Trente ans après que le rappeur américain de renommée mondiale Tupac Shakur a été abattu à l’âge de 25 ans, son héritage continue de marquer l’Afrique.
Au cours de mes nombreuses années de travail comme criminologue et chercheur, j’ai vu des jeunes, dans des pays aussi éloignés que la Guinée, le Soudan du Sud et le Zimbabwe, arpenter les rues vêtus de t-shirts à son effigie. J’ai également vu des fresques murales à sa mémoire peintes sur les murs de villages sierra-léonais et dans des townships sud-africains.
J’ai été tellement frappé par l’influence de Tupac en Afrique que la compréhension de ce phénomène s’est inscrite dans cinq années de recherche ethnographique pour un livre consacré à la culture de rue, aux pratiques violentes et à la sortie des gangs dans les communautés des Cape Flats, au Cap. Le travail de terrain a consisté en des centaines d’heures d’entretiens avec des personnes vivant dans des zones marquées par la pauvreté et l’insécurité, qui ont poussé environ 100 000 personnes à rejoindre quelque 130 gangs – qui s’affrontent quotidiennement dans une lutte pour l’identité et le contrôle du territoire.
Mon étude sur l’influence persistante de Tupac au Cap a été publiée dans un article de la revue Ethnography. Elle a révélé que pour les personnes marginalisées vivant dans les Cape Flats, Tupac Shakur est bien plus qu’un musicien : c’est un symbole dans lequel elles puisent dignité et courage pour faire face aux menaces physiques, à la précarité matérielle et à la marginalisation sociale et personnelle.
Ce sont les hommes – en particulier les jeunes hommes pauvres – qui, selon les stéréotypes, s’identifient le plus à la ferveur militante du gangsta rap de Tupac. Ils l’admirent en tant que hors-la-loi de la culture de rue qui acquiert pouvoir et richesse par le crime et la violence.
Mais la masculinité gangster n’est qu’une facette du tableau. Les femmes membres de gangs s’inspirent également de l’image de Shakur en tant que « soldat de la rue » et incarnent la culture de la rue pour bon nombre des mêmes raisons que les hommes – protection, revenus, statut social – ainsi qu’en raison des menaces de violence sexuelle auxquelles les femmes sont spécifiquement confrontées.
Pour celles qui résistent aux gangs, Tupac incarne un « prophète du ghetto » et un modèle de transformation positive. La juxtaposition du rap et de la religion est significative. Elle représente un autre aspect clé de sa propre mythologie ; on le qualifie souvent de « saint du ghetto » car il a donné une voix à la souffrance des communautés noires prises au piège de la pauvreté et de la violence.
La musique et la légende de Tupac offrent aux jeunes marginalisés des townships du Cap un langage symbolique commun pour résister à l’oppression et reprendre le contrôle de leur propre identité. Alors que sa musique résonne dans les haut-parleurs et les écouteurs à travers les Cape Flats, les fans de Tupac se reconnaissent dans ses paroles et imaginent une vie meilleure au-delà des frontières sociales qui les ont vus naître.
Les filles de gangs
Une fille de gang que j’ai interviewée, prénommée Kelly, a commencé à se faire appeler « Tupac » à l’âge de 14 ans, après avoir fui son père violent. Elle s’est coupé les cheveux, a commencé à porter un bandana et s’est fait percer le nez à la manière de son idole du rap – en provoquant des bagarres, en poignardant et en volant pour prouver qu’elle était une « badass bitch » et une « vraie west-sider » (terme désignant les rappeurs originaires de la Côte Ouest américaine comme Tupac). Elle a fini par se faire remarquer par le gang des 28s, qui régnait sur son quartier, et l’a rejoint.
L’héritage de Tupac en matière de genre est loin d’être univoque. Sa musique pouvait rendre hommage aux femmes dans un premier temps, avant de les rabaisser ensuite. Des chansons comme Keep Ya Head Up dénonçaient les mauvais traitements infligés aux femmes noires, tandis que Dear Mama rendait hommage à sa mère Afeni Shakur – une militante politique de premier plan et une figure de proue du Black Panther Party. Mais il utilisait également un langage péjoratif à l’égard des femmes et rabaissait ses ennemis en les présentant comme des femmes, en particulier ses rivaux rappeurs de la Côte Est.
Une autre femme, Meryl – qui n’a jamais rejoint de gang, mais a survécu à un père violent et alcoolique, puis à sa propre dépendance – m’a confié qu’elle voyait dans l’histoire de Shakur, marquée par les épreuves et la résilience, le reflet de sa propre histoire.
Sa musique fait écho à différentes périodes de ma vie, même aujourd’hui.
Sobre depuis plus d’une décennie et travaillant au sein de sa communauté en tant que conseillère, elle a expliqué que sa musique avait accompagné sa propre transformation, depuis Hit ‘Em Up durant ses années de fête jusqu’à Changes lorsqu’elle a retrouvé la sobriété et un sens plus profond à sa vie.
Le gospel du ghetto
Au début, Gavin pensait que Tupac était un personnage de dessin animé, après que son frère aîné lui a fait découvrir le clip animé de la chanson Do For Love. Ce frère faisait partie des gangs carcéraux « Mongrels » et « 28s » au Cap – deux groupes que Gavin finirait par rejoindre à son tour. Il se souvient :
Je voyais les grands gars, ils se déplaçaient toujours à la manière de Pac… Et moi, je n’étais qu’un petit enfoiré qui traînait avec mon frère et ses potes.
Alors qu’il purgeait une peine de 10 ans de prison pour un meurtre lié à un gang, Gavin s’est ensuite fait tatouer les mots « Life Goes On » – le titre d’une célèbre chanson de Tupac – pour se rappeler que « la vie devait continuer en prison ». Dans sa cellule, les gardiens ne lui autorisaient qu’un poster de Tupac et une bible.
Inspiré par le « ghetto gospel » de Tupac, Gavin a décidé de quitter les gangs pour se lancer dans une carrière de hip-hop :
C’était comme un prophète du ghetto… Je veux être le Pac des Cape Flats. Être une source d’inspiration comme Pac, pour un autre gamin comme moi, qui vient des bas-fonds.
Pour concrétiser cette vision, Gavin s’est tourné vers les aspects politiquement engagés de la discographie de Tupac et vers les chansons qui abordent des sujets tels que les grossesses précoces et le harcèlement policier au sein des communautés noires.
C’est cet aspect plus engagé de la musique de Tupac qui a contribué à consolider son statut de symbole du Black Power aux États-Unis, ainsi celui de vecteur des luttes panafricaines, au sens large.
Un héritage toujours vivant
L’héritage de Tupac revêt différentes significations selon les personnes et les époques. Il est à la fois gangster, prophète et révolutionnaire.
Mais le point commun est que, dans sa musique, les habitants des quartiers gangrenés par les gangs du Cap trouvent dans sa musique une expression commune de leur volonté de survivre et de leur fierté, faisant écho à leur propre défiance face au racisme, à la violence et à la pauvreté dans la voix de Tupac.
Pour Kelly, Meryl, Gavin et d’autres, Tupac est la preuve qu’être jeune, marginalisé et noir ne signifie pas nécessairement être impuissant.
Tous les noms cités dans cet article ont été modifiés
Dariusz Dziewanski does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – in French – By Valérie Guillard, Professeur, Génie des procédés appliqué au domaine du vivant, Membre de l’Institut Universitaire de France, Université de Montpellier
L’ESSENTIEL
Un T-shirt « climatiquement vertueux » peut émettre des millions de microplastiques : c’est l’angle mort du bilan carbone.
Nous proposons un calcul systématique de l’empreinte plastique particulaire pour quantifier et contrer cette pollution ignorée par l’empreinte carbone.
Intégrer cet indicateur dans les décisions politiques évite que les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’aggravent involontairement la crise de la pollution plastique.
Une bouteille d’eau en plastique recyclée, affichant un bilan carbone bas, passe pour un choix écologiquement raisonnable par rapport à son homologue en verre. Pourtant, cette même bouteille plastique figure parmi les objets qui libèrent le plus de particules de plastique dans l’environnement. Et plus des trois quarts de cette pollution surviendra lorsque nous n’utiliserons plus ces objets – dans des décennies, voire des siècles.
Ce paradoxe révèle un angle mort de nos décisions environnementales. Aujourd’hui, la pollution plastique s’évalue presque toujours sous le prisme du bilan carbone et des analyses de cycle de vie (ACV).
Or, ces outils, utilisés faute de données et de méthodes suffisantes, ne peuvent comptabiliser ce qui fait la singulière dangerosité du plastique : sa fragmentation lente et inéluctable en micro- et nanoparticules persistantes particulièrement interactives avec le vivant. Ces débris envahissent l’air, les sols, l’océan et voyagent jusqu’à l’intérieur de nos organes. On en retrouve désormais dans le sang, le placenta et même le cerveau humain.
Pour combler cette lacune, notre équipe mixte, Université de Montpellier et Inrae, a développé un nouvel indicateur : l’empreinte plastique particulaire (EPP).
L’empreinte plastique particulaire, un indicateur pour mesurer l’invisible
Face à l’absence de certitudes sur l’innocuité des particules plastiques et devant un faisceau de preuves convergentes de leur dangerosité, la méthode de calcul de l’EPP s’appuie sur un principe de précaution robuste : sans destruction définitive à l’échelle moléculaire (par incinération ou biodégradation par exemple) tout plastique se fragmente inéluctablement en particules qui diffusent dans notre environnement et les organismes vivants.
L’EPP comptabilise ces émissions à chacune des quatre grandes étapes de la vie d’un objet en plastique :
sa production,
son usage,
le traitement de ses déchets,
et son devenir sur le très long terme, lorsqu’il est oublié sur un mur, dans une décharge ou dans un champ.
Surtout, cette comptabilité distingue deux temporalités :
les émissions « immédiates » qui surviennent pendant la vie active de l’objet, qui s’étale de quelques années à une dizaine d’années ;
et les émissions « différées » qui, elles, apparaissent des décennies, parfois des siècles plus tard.
Appliquée à des objets du quotidien, la méthode renverse des conclusions que l’on croyait acquises.
Notre T-shirt en polyester émet par exemple un peu moins de CO₂ qu’un T-shirt en coton (7,9 contre 8,1 kg équivalent CO₂ : il apparaît donc comme le « bon » choix climatique, en apparence. Mais il génère en plus 184 grammes de particules plastiques, soit près de 57 % de sa masse.
Si l’on s’en tient à son seul bilan carbone, un T-shirt en polyester est plus vertueux qu’un T-shirt en coton. Mais celui-ci émet plus de la moitié de sa masse sous forme de particules plastiques tout au long de sa vie. Keagan Henman/Unsplash
Autre exemple : notre cagette en plastique réutilisable économise 280 g de CO₂ face à son homologue en bois à usage unique. Mais au prix de 21 g de pollution plastique particulaire supplémentaire que le bilan carbone, seul, ne voit pas.
L’alerte sur cette faille structurelle des analyses du cycle de vie a été lancée dès 2022, dans Nature Sustainability et précisée en 2025. En considérant le plastique enfoui ou en usage comme inerte, les analyses du cycle de vie et leur « indicateur boussole » l’empreinte carbone, passent sous silence la dangerosité de la pollution plastique.
L’EPP transforme aujourd’hui cette alerte en outil de mesure opérationnel et propose de rectifier l’avantage comparatif injustifié actuellement conféré aux matériaux plastiques dans les ACV.
Les décharges, réservoirs empoisonnés légués à nos petits-enfants
Un des résultats les plus frappants de nos travaux tient à la temporalité de ces émissions de particules plastiques. Contrairement aux idées reçues, l’essentiel n’est pas libéré pendant la durée de la vie active d’un objet, mais continue bien après, et très longtemps après sa mise en décharge.
Les chiffres donnent le vertige. Pour une bouteille en PET, 83,8 % des émissions de particules sont différées. Pour un vêtement en polyester, ce taux atteint 87,6 %. Pour une peinture, dont la totalité de la masse finit en microparticules faute d’incinération, les émissions différées approchent 75 %.
Les décharges ne sont donc pas un lieu de stockage inerte : elles alimentent en continu les flux de particules plastiques qui contaminent notre environnement sans figurer dans aucun bilan environnemental officiel.
Depuis 1950, 10,5 milliards de tonnes de plastique se sont ainsi accumulées sans être incinérées. Les émissions avérées de particules dans les « jus » s’échappant des décharges sont déjà importants et ne feront que s’accroître dans les décennies et siècles à venir. Enfouir du plastique, c’est transmettre une dette de toxicité aux générations futures, avec intérêts.
Quand recycler ne suffit pas : le piège du décyclage
Reste l’argument qui rassure, la pierre angulaire du plastique circulaire : le recyclage. Mais là encore, l’EPP nous invite à revisiter son efficacité. D’abord, en nous rappellant que la pollution plastique ne peut être réduite à une question de gestion des déchets plastiques puisqu’elle démarre dès la production de l’objet.
Ensuite, en distinguant le recyclage (en boucle fermée) du décyclage (en boucle ouverte).
Le recyclage en boucle fermée réutilise la matière plastique usagée pour refaire les mêmes objets : ainsi une bouteille redevient une bouteille. Mais cette boucle n’est possible qu’un nombre limité de fois : trois à quatre cycles et essentiellement pour le PET avec un tiers de perte en masse à chaque cycle. En Europe, elle ne concerne qu’environ 12 % des bouteilles, soit moins de 0,5 % de la totalité des plastiques que nous utilisons.
Tout le reste, c’est-à-dire la plus grande majorité de ce que l’on appelle recyclage, relève du décyclage : la bouteille devient textile, le textile devient isolant, le pneu devient gazon synthétique.
Or, cette transformation en matériau de moindre qualité n’arrête pas la fragmentation du plastique : bien au contraire, nos calculs démontrent qu’elle l’accélère. Un vêtement issu d’une bouteille en PET décyclé émet ainsi 50 % de microfibres en plus à l’usage.
Autrement dit, le décyclage ne réduit pas l’empreinte plastique globale ; il ne fait que la déplacer dans le temps en accélérant les émissions immédiates.
En Europe, 55 % des pneus usagés collectés sont recyclés en fibres de gazon synthétique, où le plastique se dégrade encore plus vite. Florian Berger/Unsplash
Le pneu en offre une illustration parlante.
En Europe, 55 % des pneus usagés collectés sont décyclés en granulats de caoutchouc utilisés pour fabriquer du gazon synthétique, une pratique volontiers présentée comme « circulaire ». Or ce traitement fait bondir l’empreinte particulaire à court terme (pendant la phase de production et d’utilisation des produits) qui passe de 12,2 % de sa masse initiale (émis pendant leur usage) à 24,3 %.
Sur les terrains de sport où jouent nos enfants, ces granulats décyclés, exposés au soleil et aux frictions, se fragmentent encore plus vite qu’un plastique vierge.
L’EPP ne prétend pas remplacer le bilan carbone, mais le compléter en éclairant son principal angle mort. Elle ne doit pas être considérée comme un substitut à l’évaluation des impacts, mais comme un pont nécessaire entre les connaissances actuelles et les futurs cadres d’évaluation. Elle ne quantifie pas la toxicité des particules émises, mais elle offre enfin un registre visible, transparent et immédiatement utilisable de ce que nos outils occultent : l’empreinte durable et omniprésente de nos objets sous la forme de micro- et nanoplastiques.
Cet éclairage ouvre, dès à présent, la voie à des arbitrages plus équilibrés entre stratégies « bas carbone » et « bas plastique », pour continuer à réduire nos émissions de gaz à effet de serre sans augmenter l’accumulation de particules plastiques.
Il conviendrait d’appliquer sans tarder ce raisonnement aux secteurs impliqués dans les transitions numérique, énergétique ou agroécologique, et fortement consommateurs de plastiques, comme le secteur agroalimentaire, premier consommateur mondial de plastique.
Cela permettrait d’aller au-delà des approches axées sur le « tout recyclable » pour donner la priorité nécessaire aux interventions en amont, c’est-à-dire à la réduction des usages de plastiques non essentiels, mais aussi en aval, comme la dépollution des décharges existantes. Sans EPP, cette priorisation reste impossible.
Parce qu’une évidence dérangeante s’impose : on ne peut pas réduire ce que l’on ne sait pas mesurer.
Tant que les particules de plastique resteront hors des radars et qu’elles ne seront pas quantifiées, nos acteurs politiques continueront de viser à côté de la cible.
Margaux Escudier, master en politique environnementale de Sciences Po Paris, et assistante de projet Policy and Outreach Plastic Particle Footprint à l’Inrae, a participé à l’écriture de ce texte.
Cet article a bénéficié d’un financement dédié de l’Université de Montpellier (I-Site Muse).
Cet article a bénéficié d’un financement du programme de recherche et d’innovation « Horizon Europe » de l’Union européenne au titre de la convention de subvention n° 101081776, dans le cadre du projet AgriLoop, coordonné par Nathalie Gontard.
Des fragments de plastique de très petite taille peuvent se mélanger aux grains de sable, aux matières organiques ou aux sédiments. Les repérer ne suffit pas toujours : il faut aussi confirmer leur nature chimique. NOAA Marine Debris Program/Wikimedia Commons, domaine public, CC BY
L’ESSENTIEL
La taille des microplastiques et le fait qu’ils soient souvent mélangés à d’autres éléments les rendent difficiles à observer, à isoler et à identifier.
Selon la méthode utilisée, la quantité de microplastiques détectée dans un échantillon peut atteindre des niveaux multipliés par 15.
Cette grande variabilité rappelle la nécessité de bien comprendre ce qui est mesuré pour mieux appréhender les résultats.
Faites l’expérience : observez un film plastique supposément biodégradable dans une poignée de compost. Au bout de quelques mois, plus aucune trace visible, le matériau semble s’être évaporé. La conclusion est tentante : le matériau s’est sans doute dégradé.
Mais a-t-il vraiment disparu ? A-t-il été transformé en dioxyde de carbone ? A-t-il été incorporé par des microorganismes ou fragmenté en particules trop petites pour être vues ? C’est là que commence le vrai problème scientifique.
On entend beaucoup parler des microplastiques, mais beaucoup moins de la manière dont on les mesure. Or, les chiffres sur les microplastiques ne prennent sens que si l’on sait comment ils ont été obtenus. Dans certains sédiments, des travaux ont montré qu’un protocole d’extraction adapté pouvait récupérer plus de 15fois plus de particules qu’une méthode moins efficace. Autrement dit, selon la méthode utilisée, certaines particules seront détectées, tandis que d’autres resteront invisibles.
Pour vous aider à y voir plus clair, il faut donc commencer par comprendre ce que sont exactement les microplastiques et la façon dont on peut procéder pour suivre leur évolution.
Les microplastiques sont généralement définis comme des particules de plastique de moins de 5 millimètres. Leur taille les rend difficiles à observer, à isoler et à identifier, surtout lorsqu’ils sont mélangés à du sol, du compost, des boues d’épuration ou des déchets organiques.
Avant de chercher, il faut trier
La première étape pour les identifier est souvent la moins spectaculaire : extraire les particules de leur matrice.
Dans une bouteille d’eau filtrée, l’exercice est déjà délicat. Dans un sol ou un compost, il devient beaucoup plus compliqué, car un échantillon environnemental n’est jamais propre. Il contient des grains minéraux, des fibres végétales, des morceaux de matière organique, des microorganismes, parfois des biofilms, c’est-à-dire des couches vivantes formées par des communautés microbiennes. Tout cela peut masquer ou imiter des fragments de plastique.
Les protocoles combinent donc plusieurs opérations. L’échantillon peut d’abord être séché, puis tamisé afin de séparer les différentes fractions granulométriques. Une partie de la matière organique peut ensuite être éliminée ou dégradée sélectivement à l’aide de réactifs doux, avant de procéder à une séparation par densité.
Le principe est assez simple : certains plastiques flottent dans des solutions salines plus denses que l’eau tandis que beaucoup de particules minérales coulent. Les particules récupérées sont ensuite filtrées et observées. Cette étape de préparation est l’une des grandes difficultés de l’analyse des microplastiques dans les matrices complexes, comme le rappellent plusieurs revues méthodologiques sur les méthodes d’analyse des microplastiques.
La préparation de l’échantillon est donc une étape déterminante. Si le traitement utilisé pour éliminer la matière organique est trop agressif, il peut abîmer certains plastiques, surtout lorsqu’ils sont déjà vieillis ou biodégradables. Les particules peuvent alors se fragmenter, perdre une partie de leur matière ou voir leur surface modifiée, ce qui complique leur comptage et leur identification. À l’inverse, une préparation trop douce peut laisser passer d’autres biais : une solution de séparation trop peu dense peut ne pas récupérer les plastiques les plus lourds, et des résidus végétaux peuvent rester dans l’échantillon. Or, ces débris organiques, notamment les fibres ou les fragments colorés, peuvent ressembler à des microplastiques lorsqu’ils sont observés visuellement.
Il faut aussi éviter de contaminer l’échantillon au laboratoire. Une fibre textile tombée d’un vêtement, une poussière de plastique ou un filtre mal contrôlé peuvent fausser l’analyse. C’est pourquoi les laboratoires utilisent des « blancs » de contamination : des échantillons témoins, sans microplastiques attendus, qui suivent les mêmes étapes que les vrais échantillons afin de repérer d’éventuelles contaminations pendant la manipulation. Ils utilisent aussi de la verrerie rincée, des pinces propres et parfois des vêtements non synthétiques.
Voir une particule ne prouve pas tout
L’observation visuelle reste précieuse. Elle permet de repérer des fibres, des fragments, des films, des particules colorées. Elle donne accès à leur forme, à leur taille et, parfois, à leur histoire probable : fibre textile, morceau de sac, éclat de peinture ou fragment de matériau.
Mais voir une particule ne suffit pas toujours à prouver qu’il s’agit de plastique. Une fibre bleue peut venir d’un textile synthétique, mais aussi d’une contamination pendant la manipulation. Une particule brune peut être un fragment végétal, un agrégat organique ou un plastique très oxydé.
Pour éviter ces biais, les chercheurs utilisent donc souvent en complément des méthodes qui reconnaissent la signature chimique de la matière. La spectroscopie infrarouge et la spectroscopie Raman (du nom du physicien indien Chandrashekhara Venkata Râman, Prix Nobel en 1930) fonctionnent un peu comme une lecture d’empreinte digitale moléculaire.
Elles éclairent la particule et analysent la façon dont ses liaisons chimiques vibrent. Le polyéthylène, le PET, le PLA ou le PBAT ne donnent pas les mêmes signaux et peuvent ainsi être identifiés.
S’y retrouver derrière les sigles
Le polyéthylène, ou PE, est l’un des plastiques les plus courants : on le retrouve par exemple dans des films, des sacs ou des emballages souples.
Le polyéthylène téréphtalate, ou PET, est bien connu pour les bouteilles de boisson et certains textiles synthétiques.
L’acide polylactique, ou PLA, est un polyester biosourcé, utilisé notamment dans certains emballages, gobelets ou objets imprimés en 3D.
Le poly(succinate de butyle), ou PBS, et le polybutylène adipate téréphtalate, ou PBAT, sont aussi des polyesters, étudiés pour des applications biodégradables, par exemple dans des films ou des emballages souples.
Tous ces plastiques ne se comportent pas de la même manière dans l’environnement.
Ces méthodes ont un avantage important : elles permettent de faire le lien entre l’apparence d’une particule et sa nature chimique. On peut ainsi savoir non seulement qu’un fragment est présent, mais aussi s’il s’agit de polyéthylène, de polyéthylène téréphtalate (PET), d’acide polylactique (PLA) ou d’un autre plastique.
Elles sont donc très utiles pour cartographier les microplastiques, c’est-à-dire repérer où ils se trouvent, sous quelle forme et de quelle matière ils sont faits. Mais elles ont aussi des limites. Les particules très petites sont, par exemple, difficiles à analyser. Les pigments, les biofilms, la fluorescence ou les résidus de matrice peuvent brouiller le signal.
Pour les nanoplastiques, des particules encore plus petites, souvent inférieures au micromètre, la difficulté augmente encore : il ne s’agit plus seulement de voir un fragment, mais de détecter une matière dispersée dans un bruit de fond complexe.
Quand la chimie remplace le comptage
Une autre famille de méthodes change complètement de stratégie. Au lieu d’observer et de compter chaque particule une par une, elle analyse une fraction de l’échantillon pour y rechercher des molécules caractéristiques d’un polymère donné.
Ces molécules peuvent provenir de particules trop petites, trop nombreuses ou trop mélangées à la matrice pour être identifiées individuellement. C’est le domaine des méthodes chromatographiques couplées à la spectrométrie de masse.
Le principe peut être résumé simplement. On transforme le plastique en petites molécules caractéristiques, puis on les sépare et on les mesure. Dans certains cas, le matériau est chauffé jusqu’à se fragmenter : c’est la pyrolyse-GC/MS.
Dans d’autres, on le transforme chimiquement avant analyse. On peut alors utiliser de la chromatographie en phase gazeuse, ou GC/MS, ou de la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse, souvent appelée LC-MS.
Ces méthodes ne répondent donc pas directement à la question « combien y a-t-il de particules ? », mais plutôt à une autre : « Quelle quantité de tel polymère est présente dans l’échantillon ? » Autrement dit, elles ne donnent pas forcément le nombre, la forme ou la taille des fragments, mais elles peuvent mesurer une masse de matière plastique à partir de marqueurs chimiques caractéristiques. C’est très utile lorsque les fragments sont trop petits, trop nombreux ou trop mélangés à la matrice pour être comptés un par un.
Pour certains polyesters biodégradables, comme le poly(succinate de butyle) [PBS], ou le polybutylène adipate téréphtalate (PBAT), on peut également suivre des molécules issues de leurs briques de construction. Pour le PBS, on peut rechercher des dérivés de l’acide succinique. Pour le PBAT, certaines approches suivent notamment des marqueurs liés à l’acide téréphtalique après transformation du polymère. Une étude récente a, par exemple, développé une quantification du PBAT et de ses produits de dégradation dans le sol par spectrométrie de masse, après hydrolyse du polymère.
La résonance magnétique nucléaire (RMN) complète ce tableau. Elle ne sert pas principalement à compter des particules dans un échantillon brut. Elle permet plutôt de lire l’environnement chimique des atomes, par exemple l’hydrogène ou le carbone. Elle peut aider à identifier un polymère, vérifier une structure, suivre une dégradation ou quantifier certains mélanges après extraction.
Ces méthodes chimiques sont puissantes. Mais elles détruisent souvent l’échantillon : après chauffage ou transformation chimique, les particules ne peuvent plus être observées directement. On perd donc l’information sur leur forme, leur taille et leur nombre, même si l’on gagne une mesure plus précise de la matière plastique présente. Elles apportent ainsi une autre pièce de l’enquête.
Ce schéma résume les principales étapes de l’analyse des microplastiques dans des échantillons complexes (sols, composts, eaux, boues). Après extraction et préparation, plusieurs outils peuvent être mobilisés – observation visuelle, infrarouge/Raman, méthodes chromatographiques ou RMN – chacun apportant un type d’informations différent. Dans le cas des plastiques biodégradables, il rappelle qu’un matériau invisible à l’œil nu n’a pas forcément totalement disparu. Jules Bellon, réalisé avec BioRender, Fourni par l’auteur
Disparu ne veut pas toujours dire dégradé
Ce décalage entre ce que l’on voit et ce qui reste réellement dans l’environnement est particulièrement important pour les plastiques biodégradables. Un fragment peut devenir invisible à l’œil nu, se disperser dans le milieu, sans que le matériau ait été entièrement transformé.
La vraie question n’est donc pas seulement « le plastique est-il encore visible ? », mais plutôt : « Où est passé le carbone qui le composait ? »
Les plastiques sont constitués en grande partie de carbone. Lorsqu’ils se biodégradent en présence d’oxygène, une fraction de ce carbone est convertie en dioxyde de carbone, ou CO₂. C’est ce que mesurent de nombreux essais de biodégradation. Mais ce CO₂ ne raconte qu’une partie de l’histoire.
La fraction qui n’est pas transformée en CO₂ peut, elle, suivre plusieurs chemins. Elle peut rester sous forme de résidus plastiques. Elle peut se fragmenter en particules plus petites. Elle peut aussi être utilisée par des microorganismes et se retrouver dans leurs cellules, dans des résidus biologiques ou des composés organiques produits pendant la dégradation.
Cette question est cruciale, car elle conditionne notre manière d’évaluer les plastiques dits biodégradables. Si un matériau disparaît visuellement, mais laisse derrière lui des fragments persistants, il peut contribuer à une pollution difficile à détecter. À l’inverse, si une partie de son carbone est réellement transformée en CO₂ ou incorporée temporairement dans la biomasse microbienne, son devenir environnemental n’est pas le même.
Comprendre ces différentes trajectoires permet donc d’éviter deux erreurs opposées : considérer trop vite qu’un plastique a disparu ou supposer que tout le carbone non transformé en CO₂ correspond forcément à des microplastiques persistants.
Dans nos travaux sur les polyesters biodégradables, nous cherchons justement à distinguer ces possibilités. Nous combinons la mesure du CO₂ produit (par la biodégradation), l’analyse du carbone organique total restant dans le milieu et des méthodes chromatographiques capables de quantifier des résidus de polymère.
Pour cela, nous avons étudié deux plastiques utilisés dans des applications biodégradables : le PBS, que l’on peut retrouver dans certains films ou emballages, et le PBAT, plus souple, souvent associé aux matériaux compostables. Ces matériaux ont été testés seuls ou mélangés à des matières végétales, comme de la peau d’orange ou de la drêche de brasserie (résidu solide, principalement de l’orge ou d’autres céréales, resté dans la cuve, ndlr), à température modérée, autour de 28 °C, dans des conditions proches du compostage de proximité, domestique ou collectif, et non du compostage industriel à haute température.
Nous avons aussi étudié l’effet de la bioaugmentation, c’est-à-dire l’ajout de microorganismes sélectionnés pour favoriser la biodégradation.
Ces travaux montrent que les plastiques biodégradables ne suivent pas tous la même trajectoire : certains produisent davantage de CO₂, d’autres se fragmentent ou laissent des résidus, et une partie du carbone peut aussi être incorporée temporairement dans la biomasse microbienne ou dans la matière organique du milieu.
Une absence de fragment visible ne signifie donc pas forcément une disparition complète. Mais ce qui ne se transforme pas en CO₂ ne reste pas toujours sous forme de plastique persistant.
Une partie peut avoir été incorporée dans la biomasse microbienne ou dans de la matière organique associée.
C’est pourquoi la détection des microplastiques et des nanoplastiques ressemble moins à une photographie qu’à une enquête. L’extraction prépare la scène. La microscopie donne des indices visuels. L’infrarouge et le Raman identifient des empreintes moléculaires. Les méthodes chromatographiques mesurent des signatures chimiques. La RMN éclaire certaines transformations.
Aucune méthode ne dit tout. Certaines voient les particules. D’autres mesurent une masse. D’autres suivent le devenir chimique du polymère. L’enjeu n’est donc pas seulement de détecter des petits morceaux de plastique, mais de poser la bonne question avant de choisir l’outil.
Dans un domaine où les chiffres circulent vite dans le débat public, cette prudence est essentielle. Les microplastiques ne sont pas seulement un problème de pollution. Ce sont aussi un problème de mesure.
Jules Bellon a reçu des financements de la région Normandie pour mener ses travaux de recherche .
Feriel Bacoup a reçu des financements de Région Normandie
Richard Gattin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Deux personnes passent une soirée dans le même jardin et reçoivent à peu près le même nombre de piqûres de moustiques. Le lendemain matin, l’une d’elles ne les remarque presque pas, tandis que l’autre est couverte de grosses marques enflées qui démangent intensément et qui persistent pendant plusieurs jours.
La plupart d’entre nous ont déjà vécu cette expérience ou connaissent quelqu’un à qui cela est arrivé. Mais pourquoi les piqûres de moustiques ont-elles des effets si différents selon les personnes ? La réponse réside dans la façon dont la salive du moustique interagit avec notre système immunitaire unique.
Lorsqu’un moustique vous pique, il injecte de la salive dans votre peau. Le système immunitaire reconnaît cette salive comme un corps étranger et libère de l’histamine, une substance chimique produite par les cellules immunitaires qui provoque des symptômes allergiques tels que des rougeurs, de l’enflure et des démangeaisons.
Mais cela n’explique qu’en partie ce qui se passe. La salive d’un moustique contient également toute une série d’autres composés biologiquement actifs qui interagissent avec le système immunitaire de façons plus complexes qu’on ne le pensait auparavant.
Par exemple, la salive d’un moustique contient également des protéines qui empêchent la coagulation du sang et maintiennent la circulation sanguine, ce qui lui permet de se nourrir sans être dérangé.
Ces mêmes protéines salivaires influencent la réponse immunitaire qui se produit au lieu de la piqûre. Plutôt que de servir uniquement à faciliter l’alimentation, la salive du moustique peut modifier l’environnement immunitaire local en quelques minutes après une piqûre.
En termes simples, la salive oriente le système immunitaire vers un type particulier de réponse (appelée « réponse Th2 ») qui est davantage associée à des réactions de type allergique qu’à la lutte contre les infections. Cela rend les vaisseaux sanguins voisins temporairement plus « perméables », ce qui contribue à attirer davantage de cellules immunitaires vers la zone touchée.
Dans le cas d’une simple piqûre, cela se traduit principalement par une rougeur, des démangeaisons et un gonflement plus importants. Mais les chercheurs pensent que ce même changement immunitaire pourrait également faciliter l’implantation des virus transportés par le moustique dans la peau et leur propagation dans l’organisme.
Pourquoi certaines personnes réagissent plus fortement
L’une des caractéristiques les plus frappantes des piqûres de moustiques est l’énorme variation dans la façon dont les gens y réagissent.
Une vaste étude génétique menée auprès de plus de 84 000 personnes confirme ce constat. Les participants ont rapporté avoir ressenti des réactions allant de petites bosses légères à de grosses bosses enflées. Même les réactions d’une même personne aux piqûres de moustiques variaient au fil du temps.
Les enfants réagissent souvent plus fortement que les adultes, et les personnes exposées à des espèces de moustiques qu’elles ne connaissent pas peuvent également réagir différemment, car la salive varie d’une espèce à l’autre. Cela s’explique en grande partie par l’exposition.
Les réactions ont tendance à être les plus fortes lors des premières expositions à une espèce particulière de moustique. Elles s’atténuent généralement au fil des expositions répétées, à mesure que le système immunitaire s’adapte — un peu comme si l’on développait progressivement une tolérance.
Comme les enfants n’ont tout simplement pas encore été piqués autant de fois, ils sont plus susceptibles de se trouver encore dans cette phase de réaction plus forte. La même logique explique l’effet « espèce inconnue » : un adulte qui réagit modérément aux moustiques de sa région peut réagir fortement lors d’un voyage dans un endroit où l’on trouve des espèces différentes de moustiques, puisque son système immunitaire n’a jamais été confronté auparavant à ces protéines salivaires particulières.
La génétique joue probablement aussi un rôle, les différences héréditaires dans la régulation immunitaire influençant l’intensité de la réaction d’une personne.
Mais la principale raison pour laquelle les gens réagissent si mal aux piqûres de moustiques tient à une légère hypersensibilité à la salive des moustiques.
Les enfants réagissent souvent plus vivement aux piqûres de moustiques. (Shutterstock)
Certaines personnes, en nombre beaucoup plus restreint, présentent des réactions locales exagérées, parfois appelées « syndrome de Skeeter », où l’enflure s’étend bien au-delà de la piqûre elle-même et est souvent confondue avec une cellulite bactérienne (une infection cutanée provoquant des rougeurs et de l’enflure).
Il n’existe pas de cause unique connue à l’hypersensibilité. Cependant, on pense que le syndrome de Skeeter résulte d’une réponse immunitaire inhabituellement forte aux protéines présentes dans la salive du moustique, impliquant des anticorps spécifiques au moustique et d’autres réponses immunitaires inflammatoires.
On ne comprend pas encore tout à fait pourquoi certaines personnes développent cette réaction exagérée — bien que l’âge, une exposition antérieure aux moustiques et la susceptibilité individuelle puissent tous jouer un rôle. Heureusement, les réactions allergiques graves aux piqûres de moustiques sont extrêmement rares.
Si vous réagissez fortement aux piqûres de moustiques, l’application d’une compresse froide peu après la piqûre peut aider à réduire l’enflure. Les antihistaminiques oraux et les crèmes topiques à base de corticostéroïdes à faible concentration peuvent également soulager les démangeaisons et l’inflammation, surtout lorsqu’ils sont utilisés rapidement.
Évitez de vous gratter, car cela peut prolonger l’inflammation, endommager la peau et augmenter le risque d’infection. Les personnes qui présentent des réactions inhabituellement importantes, une aggravation de la douleur ou de la fièvre devraient consulter un médecin.
La prévention des piqûres demeure la meilleure stratégie. L’utilisation de répulsifs contre les insectes, le fait de couvrir la peau exposée et de dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide dans les régions où sévissent des maladies transmises par les moustiques peuvent tous contribuer à réduire le risque de se faire piquer.
La salive des moustiques et les maladies
Les conséquences de la salive des moustiques vont bien au-delà des piqûres et des démangeaisons qu’ils laissent derrière eux.
Les chercheurs reconnaissent de plus en plus que ces protéines salivaires pourraient influencer le processus de transmission des agents pathogènes des moustiques aux humains.
Plus précisément, les mêmes modifications immunitaires qui provoquent les démangeaisons liées aux piqûres semblent aider les virus transmis par les moustiques, tels que la dengue, le virus Zika et le virus du Nil occidental, à établir une infection initiale plus forte et à se propager dans l’organisme plus rapidement que si le virus était injecté sans être accompagné de salive.
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Une autre découverte intrigante provient de la recherche sur le paludisme. Une étude marquante a révélé que les enfants infectés par Plasmodium falciparum, l’espèce de parasite responsable de la forme la plus grave du paludisme chez l’humain, produisaient des odeurs corporelles différentes de celles des enfants non infectés. Plusieurs composés chimiques étaient présents en plus grande quantité, et les moustiques étaient attirés par certaines de ces odeurs.
Ces résultats suggèrent que les parasites du paludisme pourraient modifier les odeurs de l’hôte de manière à attirer davantage les moustiques, ce qui pourrait accroître leurs chances de transmission.
C’est pour ces raisons que les scientifiques étudient actuellement des vaccins qui ciblent la salive des moustiques elle-même, et non pas seulement les agents pathogènes qu’elle transporte.
Une piqûre de moustique peut sembler n’être qu’un désagrément mineur de l’été, mais elle reflète une interaction complexe entre la salive du moustique et le système immunitaire.
Khalid Beshir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Depuis plus de vingt ans, les recherches menées en protection de l’enfance documentent une réalité préoccupante : les professionnels du secteur présentent des niveaux élevés de détresse psychologique, d’épuisement professionnel, de fatigue compassionnelle et de stress traumatique secondaire. Pour répondre à ces enjeux majeurs de santé mentale, les stratégies actuelles valorisent les réponses individuelles, notamment à travers la formation des professionnels. Très peu de recherches ou d’initiatives politiques ciblent le fonctionnement des institutions elles-mêmes.
Des travaux finlandais, norvégiens, ainsi que de nombreuses autres études internationales arrivent à des constats similaires : travailler auprès d’enfants en danger, de familles en crise et de situations marquées par la violence ou les traumatismes expose les intervenants à des risques psychologiques importants.
Rien de surprenant. Cependant, au Québec comme en France, nos institutions semblent toujours fonctionner en méconnaissance de cette réalité. Les indicateurs de santé des enfants « protégés » n’évoluent pas à la hausse, et les inégalités dont ils sont victimes par le système même chargé d’assurer leur développement augmentent.
Depuis 5 ans, un consortium entre l’Université du Québec à Montréal, où je suis professeur de psychologie, et l’Agence Kalía, en France, vise à identifier les meilleurs leviers institutionnels pour répondre aux besoins des professionnels sans leur faire porter de responsabilité supplémentaire. À travers des revues de littérature, des études d’étalonnage et des études qualitatives, notre équipe a pu identifier que, pour agir sur la qualité des services, il fallait s’adresser simultanément au fonctionnement institutionnel, au management et à la résilience professionnelle.
Les individus et les institutions
Les approches traditionnelles en psychologie du travail se sont longtemps attachées à comprendre pourquoi certains professionnels, exposés aux mêmes contraintes, tombent en épuisement professionnel ou développe de la détresse psychologique alors que d’autres semblaient mieux y faire face. Les recherches ont ainsi porté sur les caractéristiques individuelles, les stratégies d’adaptation, les compétences émotionnelles ou encore les interventions visant à renforcer la résilience et le soutien aux équipes.
Ces travaux ont permis de mieux comprendre les mécanismes individuels de l’épuisement. Ils n’ont toutefois pas suffi à enrayer les difficultés observées dans des secteurs particulièrement exigeants comme la protection de l’enfance.
Depuis une quinzaine d’années, la littérature a progressivement déplacé son regard. En 2015, les travaux d’Elizabeth L. Lizano, chercheuse américaine en travail social, et de Michàlle E. Mor Barak, professeure de travail social à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), ont montré que la santé mentale des professionnels dépend largement des conditions dans lesquelles ils exercent leur travail.
La même année, la revue systématique de Paula McFadden, chercheuse nord-irlandaise spécialisée dans le bien-être des travailleurs sociaux, réalisée avec Andrew Campbell et Brian Taylor, de l’Université d’Ulster, aboutissait à des conclusions similaires. Charge de travail, soutien organisationnel, qualité de la supervision, stabilité des équipes et culture institutionnelle apparaissent ainsi comme des déterminants majeurs du bien-être psychologique des intervenants, et donc des conditions dans lesquelles les institutions sont en mesure d’exercer leur mission.
Autrement dit, les difficultés observées ne relèvent pas seulement de la capacité des individus à faire face à des situations complexes. Elles sont également liées à la manière dont les institutions organisent le travail de protection. Cela paraît normal. Qui veut voyager loin devrait ménager sa monture.
L’institution au service de ses professionnels
Mais cela étant dit, si l’on consulte les nombreux rapports gouvernementaux portant sur la qualité des services de protection de l’enfance, on ne peut que constater qu’une question fondamentale reste dans l’ombre : que se passe-t-il lorsque les professionnels vont mal ? Et que peuvent faire les institutions pour faire en sorte de prévenir ce mal-être ?
La protection de l’enfance repose largement sur des activités qui mobilisent le jugement humain : évaluer des situations ambiguës, construire des relations de confiance avec les familles, prendre des décisions dans l’incertitude, coordonner des partenaires ou maintenir une continuité relationnelle auprès des enfants. Dans un tel contexte, il paraît difficile de considérer l’état psychologique des professionnels comme une simple conséquence périphérique du système. Les données nous apprennent justement que la qualité de vie au travail est le principal facteur de réussite des interventions.
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Une profession technocratisée
Les travaux de notre équipe franco-québécoise auprès de professionnels français de la protection de l’enfance ont permis d’éclairer cette question sous un autre angle.
Les participants ne décrivaient pas seulement de la fatigue ou de la détresse. Ils et elles rapportaient une expérience marquée par l’urgence permanente, la difficulté à prioriser les situations, l’impression de « désamorcer des bombes » sans jamais résoudre les problèmes de fond, ainsi qu’une charge administrative qui concurrence directement le temps consacré aux enfants et aux familles. Plus encore, plusieurs évoquaient la difficulté croissante à disposer d’espaces permettant de réfléchir collectivement aux situations rencontrées.
Ces travaux convergent vers une idée simple : la qualité de l’intervention dépend en partie de la capacité des institutions à soutenir la capacité de penser de leurs professionnels.
Or cette question est rarement formulée ainsi. Lorsqu’une détresse psychologique est observée, la tentation est souvent de rechercher des solutions centrées sur les individus : soutien psychologique, gestion du stress, développement de la résilience ou formation. Ces réponses sont importantes. Elles peuvent cependant conduire à négliger une interrogation plus fondamentale : que nous apprend cette souffrance sur les organisations qui la produisent ?
Cette question dépasse largement le seul champ de la protection de l’enfance. Elle renvoie à une difficulté récurrente dans les sciences humaines et dans les politiques publiques : celle de distinguer ce qui relève des personnes de ce qui relève des institutions. Lorsque des problèmes collectifs sont principalement observés à travers leurs manifestations individuelles, le risque est de psychologiser des phénomènes dont les déterminants sont en partie organisationnels, sociaux ou politiques.
Pour vraiment remettre les professionnels au centre de l’équation
Les recherches disponibles ne permettent pas encore d’affirmer que la détresse psychologique des professionnels affecte directement la qualité des décisions prises auprès des enfants et des familles. Elles montrent toutefois que cette détresse est associée au roulement de personnel, à l’absentéisme et au désengagement professionnel.
Le parcours des enfants confiés à la protection de l’enfance est d’emblée marqué par la discontinuité relationnelle. Comment penser traiter les effets de cette discontinuité par une autre forme de discontinuité. Comment le roulement de personnel ou le recours désormais courant aux agences de travail temporaire peut-il servir l’intérêt des enfants les plus vulnérables de nos sociétés ?
Il faut urgemment considérer la santé mentale des professionnels comme un facteur essentiel à la réussite de nos services. Il s’agit bien sûr d’un enjeu de bien-être au travail, mais également d’un indicateur de la capacité des institutions à remplir leur mission. Car lorsqu’un système chargé de protéger les enfants peine à protéger celles et ceux qui portent cette responsabilité au quotidien, ce n’est pas seulement un problème de santé mentale. C’est une information précieuse sur l’état du système lui-même.
Thomas Saïas est associé et co-gérant de l’Agence Kalía.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Miguel Ángel Estévez Paz, Profesor de Psicología Social de la Universidad Complutense de Madrid., Universidad Complutense de Madrid
El debate en torno a la inversión económica que requieren los proyectos de exhumaciones de víctimas de la guerra civil y la dictadura no debería centrarse en el cálculo del coste por cada víctima identificada, pues con ello se confunde coste y valor.
Desde la perspectiva de la ciencia social, es esencial que, al valorar su relación coste/beneficio, aprendamos a observar sus efectos en términos de convivencia social. Ello aun cuando no se logre la identificación por ADN de los restos, ya que han pasado más de 90 años desde el golpe de Estado que provocó la Guerra Civil.
“Pérdida ambigua”, el trauma del cuerpo ausente
Cuando una persona desaparece en un contexto de violencia política y su cuerpo nunca es encontrado, sus seres queridos pueden transitar lo que en psicología se denomina “pérdida ambigua”. Un duelo que no puede cerrarse porque falta el principal elemento que cualquier cultura necesita para procesar una muerte: el cuerpo.
Un estudio de 2021 con familiares de personas desaparecidas en el sur de Sri Lanka lo resume así: la ambigüedad no resuelta actúa como barrera para adaptarse al duelo y se asocia con síntomas depresivos y con conflictos relacionales sostenidos en el tiempo.
El patrón se repite en contextos muy distintos. La ausencia del cuerpo no es un trámite pendiente, es un segundo daño añadido al trauma primigenio (el causado por la muerte del ser querido), que se mantiene de forma indefinida, afectando incluso a las siguientes generaciones.
En la región de Somalilandia, un estudio con 74 familiares de víctimas de la dictadura de Siad Barre encontró que las exhumaciones ayudan a combatir la pérdida ambigua y permiten un entierro culturalmente apropiado aun en ausencia de procesos judiciales. Buscar los restos de los desparecidos no puede devolverle la vida a los asesinados, pero sí dar paz a sus familias.
Más allá del núcleo familiar directo de las víctimas, el efecto social está menos estudiado, pero tiene mayor visibilidad. En Guatemala, donde el conflicto armado dejó más de 200 000 muertos o desaparecidos, la Fundación de Antropología Forense documentó cómo el propio acto de exhumación transforma las fosas en lugares de memoria e identidad, y redignifica a comunidades –mayoritariamente mayas–, que el Estado había etiquetado como “vidas desnudas” para justificar su exterminio.
España no es diferente
A este respecto, por mucho que se empeñara en lo contrario la maquinaria de comunicación franquista, “Spain is not diferent”, y nunca lo ha sido.
Un estudio, publicado en 2025 en International Journal for Crime, Justice
and Social Democracy, centrado en España, documenta que los emplazamientos de exhumación abiertos han creado espacios donde familias, arqueólogos y comunidades locales colaboran. Esa colaboración fomenta la revisión de la memoria colectiva y el reconocimiento público de las injusticias del pasado, generando un efecto que no queda confinado al círculo familiar.
Otro estudio etnográfico con familiares de desaparecidos realizado por la AMEDE (Asociación por la Recuperación de la Memoria Democrática, Social y Política de San Fernando, Cádiz) identificó tres parejas de emociones dominantes durante el proceso de exhumación: pena y dolor, orgullo y coraje, indignación y solidaridad. Concluyó que, a través de la exhumación, las familias buscan dignificar la memoria de los desaparecidos y reclaman el pago de una deuda social contraída durante el golpe de Estado y la dictadura.
Relación de la sociedad con las familias de las víctimas
Hay al menos dos formas de entender la relación entre las familias de las víctimas y el resto de la sociedad. La primera concibe a la sociedad actual como protectora (quien gasta) en atención de una familia que sufre “pena y dolor”. Es la lógica que evalúa estos procesos en términos de coste/beneficio, la misma que reduce la identificación de una víctima al porcentaje del coste que le corresponde.
La segunda concibe a la sociedad como deudora. Responsable de su propia historia, está obligada moral y legalmente a asumir el coste de las exhumaciones porque así lo exige la deuda contraída con esas familias, a quienes hemos de devolver su “orgullo” y reconocer “su coraje”.
Ambos modelos, sin embargo, mantienen una separación entre “la sociedad” y “la familia” que tal vez no sea más que un artificio. ¿Acaso esas familias no son parte de la sociedad? ¿Acaso la sociedad no es, al menos de un modo conceptual, una familia más grande?
¿Es que esos muertos no son nuestros? ¿No debería sentirse indignada y solidaria la sociedad entera? Los asesinados eran tan españoles como quienes los asesinaron y tan españoles como lo somos quienes nacimos después. La deuda, entonces, no es de una sociedad abstracta hacia una serie familias concretas, sino de una sociedad concreta, la nuestra, que ha de indignarse y solidarizarse junto a cada familia y, a la vez, consigo misma.
Actuar desde la ‘comunitas’ para sanar la democracia
En esta lógica suprafamiliar, comprometerse a sanar (o al menos a dejar de dañar) a estas familias es, al mismo tiempo, contribuir a sanar (o al menos a dejar de dañar) a nuestra sociedad (en abstracto) y nuestra democracia (en concreto).
Existe un nosotros (al que la antropología cultural llama “comunitas”) del que todos formamos parte como miembros de una misma especie, de un mismo país, de una misma comunidad, de una misma familia, etc.
La represión desagregó a sus víctimas de todos esos colectivos: les negó su libertad, su nacionalidad, su humanidad y, finalmente, su vida. Con cada exhumación de una víctima de la Guerra Civil y la dictadura en nuestro país una familia recupera a un familiar, España recupera a un español y la humanidad entera recupera a un ser humano. La familia aprehende esos huesos; la sociedad aprende de ellos.
Sólo tengo constancia de dos estudios sociológicos válidos y fiables en los que se haya preguntado a la población española en su conjunto sobre su opinión al respecto de las exhumaciones de víctimas del franquismo: el estudio número 2 760 del CIS (2008) y la encuesta realizada por SocioMétrica para el diario El Español en torno al 20-N de 2025, coincidiendo con el 50 aniversario de la muerte de Franco.
En la encuesta del CIS, el 64,1 % de los encuestados se mostró a favor de los trabajos de identificación de las víctimas. En el estudio de 2025, esa cifra subió a un 68,2 % de la población favorable a la “exhumación de fosas y recuperación de cadáveres”.
El Español compartió unos días después los microdatos de ese estudio. En ellos se desagregan los resultados en función del partido político al que habían votado los encuestados. Los resultados evidenciaron una clara inclinación general a favor de estos procesos, incluyendo a los votantes del PP.
Sin embargo, el titular que todos recordaremos de aquel 50 aniversario de la muerte del dictador fue: “El 36 % de los españoles, a favor de lo que supuso Franco para España y el 56 % en contra; con empate entre los jóvenes”.
Desconexión moral
La psicología advierte sobre mecanismos de desconexión
moral, como minimizar las consecuencias de la guerra y la dictadura y difuminar la responsabilidad de las violaciones de derechos humanos, ente otros. Estos procesos no son exclusivos de quienes ejercen la violencia en el momento en que ocurre. Son, también, las herramientas psicológicas con las que las generaciones posteriores se distancian, reescriben, moderan o directamente invierten el juicio moral sobre esa violencia con el paso del tiempo.
Frente a este proceso de erosión de la historia, la exhumación de víctimas
cumple una función que ninguna otra medida de memoria democrática puede
sustituir: hace literalmente imposible el negacionismo frente a la presencia material del cuerpo de otro ser humano.
Nuestro cerebro puede cuestionarse de forma abstracta si “hubo cosas buenas y cosas malas” en la dictadura, pero resulta mucho más difícil a nivel cognitivo sostener ese relato como justificación de la violencia cuando se está ante la evidencia física de un cráneo humano con el orificio de un disparo en la nuca. En esa escena vemos los restos mortales de una persona, con un nombre y una familia que ha seguido buscándole y que reivindica su derecho a despedirse de sus restos.
El “giro forense” de la memoria
La literatura científica acerca del “giro forense” que encontramos en los estudios de memoria sobre el caso español documenta precisamente esto: el hueso no es solo prueba científica. Es un espejo que devuelve concreción e irrefutabilidad a un pasado que el debate político puede, de otro modo, seguir discutiendo indefinidamente en términos abstractos y, por tanto, manipulables.
Desde esta perspectiva (la social/comunitaria), cada exhumación no es solo un acto de reparación y justicia hacia una familia concreta, aunque lo sea en primer lugar y por encima de todo. Es también, para el comunitas de una sociedad concreta, la nuestra, una forma de prevenir el autoritarismo. También representa un recordatorio material, verificable y difícil de negar de las consecuencias últimas de la deshumanización del diferente.
No se puede valorar una medida de reparación moral sin comprender antes el daño que repara. En el modelo clásico de duelo de Kübler-Ross, la negación es la primera de cinco fases. En el más evidenciado enfoque del psicólogo William Worden, aceptar la realidad de la pérdida es la primera de cuatro tareas que deben realizarse para poder progresar. Para ambas teorías, las personas que transitan un duelo no puede avanzar mientras no reconozcan y tomen plena conciencia de lo que han perdido. Las sociedades, sospecho, tampoco.
Miguel Ángel Estévez Paz colabora en proyectos de investigación y acompañamiento psicosocial a víctimas de violencia política en Colombia y España financiados por diferentes entidades públicas.
Declara su implicación personal en la temática como nieto y sobrino nieto de represaliados que fueron encarcelados durante la dictadura en España cuya historia sigue aún tratando de esclarecer y documentar.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Roncesvalles Labiano Juangarcía, Profesora Contratada Doctora, Departamento de Periodismo, Universidad de Navarra
Una democracia sana requiere ciudadanos bien informados. Aunque los jóvenes han mostrado tradicionalmente menos interés por el consumo de noticias que el resto de la población española, algunas investigaciones recientes revelan un preocupante aumento de la brecha informativa intergeneracional.
En general, y según los datos del Digital News Report España 2026 elaborado por investigadores de la Universidad de Navarra, los españoles consultan las noticias con menor frecuencia que hace siete años. Si en 2019 nueve de cada diez españoles se informaban una vez al día, en 2026 lo hacen ocho de cada diez.
Entre los menores de 25 años el descenso ha sido mucho más acusado al pasar del 77 % en 2019 al 54 % en 2026. En el otro extremo, el 7 % de los jóvenes afirma no informarse nunca, aproximadamente el doble que el resto de la población.
Revertir esta tendencia parece complicado si nos atenemos a dos motores principales para estar informado: el interés y la confianza en las noticias. Por lo que se refiere al primero, el 54 % de los españoles está muy interesado en la información frente al 33 % de los jóvenes de 18 a 24 años. La distancia intergeneracional ha pasado de 13 puntos en 2019 a 21 puntos en 2026.
Los datos de confianza tampoco son muy alentadores: solo el 25 % de los jóvenes confía habitualmente en las noticias, ocho puntos menos que el conjunto de la población española (33 %). La combinación de escaso interés y poca confianza permite identificar un grupo especialmente significativo, los “ninis informativos”, ciudadanos que no muestran ni interés ni confianza en la información. En España representa el 35 % de la población, pero entre los menores de 25 años alcanza al 53 %.
Lo paradójico es que esto ocurre en un momento en el que la oferta de contenidos es prácticamente ilimitada y acompaña a los jóvenes allí donde pasan buena parte de su tiempo. Redes sociales, plataformas de vídeo, buscadores, aplicaciones móviles y, más recientemente, chatbots de inteligencia artificial conviven hoy con la televisión, la radio y los medios impresos y digitales.
Redes sociales como única fuente informativa
La explicación a esta paradoja se encuentra en parte en la transformación de las principales vías de acceso a las noticias. Las redes sociales son el ejemplo más evidente: el 59 % de los menores de 25 años las utiliza para estar informado (12 puntos más que el conjunto de la población) y el 47 % las considera su principal fuente de noticias (23 puntos más). La televisión muestra prácticamente la relación inversa: continúa siendo la principal fuente para el 41 % de los españoles, pero solo para el 23 % de los jóvenes.
Todo esto refleja no solo el cambio de un dispositivo por otro, sino la transformación generacional del modelo de consumo de información. Antes el ciudadano buscaba las noticias y ahora le llegan mientras hace otras cosas.
Y aquí aparece otra de las contradicciones más interesantes: los jóvenes recurren a las redes pero no se fían de ellas. Solo el 15 % de los menores de 25 años afirma confiar en las noticias que encuentra en redes sociales. Más de la mitad, el 55 %, desconfía de ellas. Esta aparente incoherencia ayuda a entender uno de los cambios más profundos del actual ecosistema informativo: la confianza ya no determina por sí sola qué fuente o medio informativo se usa. La elección depende también de la comodidad, inmediatez, quién nos presenta las noticias y cómo captan nuestra atención.
Los influencers ganan a los medios tradicionales
Ahí radica uno de los grandes desafíos para los medios tradicionales. Su principal competidor no es una fuente que los jóvenes consideren más fiable, sino simplemente alguien que aparece antes y encaja mejor con su forma de consumir contenidos: los creadores de contenidos o influencers. El 36 % de los jóvenes los usa para estar informado frente al 23 % de la población total.
¿Cuál es su principal atractivo en comparación con los medios tradicionales? La mayoría los percibe más entretenidos (69 %), cercanos (61 %), comprensibles (54 %) y auténticos (39 %). Son atributos que no tienen que ver estrictamente con la calidad periodística de la información, sino con conectar con la gente.
Sin embargo, los medios siguen conservando ventaja en atributos estrictamente informativos, como la fiabilidad, el conocimiento o la imparcialidad. Por lo tanto, pueden seguir siendo considerados más creíbles y rigurosos y, al mismo tiempo, dejar de ocupar el centro de la dieta informativa juvenil. Ese es probablemente uno de los grandes desafíos para el periodismo. La credibilidad continúa siendo imprescindible, pero ya no basta para garantizar relevancia ni consumo.
Buscando cercanía, claridad y entretenimiento
Los medios compiten en un ecosistema donde las personas no eligen únicamente en función de quién ofrece la información más fiable. Compiten también por la atención, la cercanía, la claridad, el entretenimiento, la personalidad y la capacidad para integrarse de manera natural en las rutinas digitales.
Eso no significa que el periodismo deba convertirse en un producto de entretenimiento ni imitar a los influencers. Tampoco que deba sacrificar rigor para conseguir clics o visualizaciones. Significa que no puede dar por supuesto que la credibilidad o el rigor, por sí solos, garantizan una audiencia.
La cuestión ya no consiste únicamente en conseguir que los jóvenes vuelvan a los medios. Antes habrá que entender por qué se han alejado, qué esperan cuando buscan información, por qué determinadas voces consiguen captar su atención y cómo puede el periodismo trasladar a los nuevos entornos aquello que continúa constituyendo su principal ventaja: ofrecer información fiable, contrastada y relevante para comprender el mundo.
Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Irene Toledo Alday, Investigadora predoctoral en física de nanoestructuras y materiales avanzados, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)
El ligoteo es un fenómeno difícil de predecir. Una miradita, una sonrisa cómplice, un contacto visual que dura unos segundos más de lo esperado… Con el tiempo, lo que empezó como una interacción tímida puede transformarse en una relación funcional: dos personas que se entienden, coordinan sus rutinas y construyen una historia compartida.
Sabemos identificar con facilidad el principio y el final de esas historias. Lo difícil es explicar qué ocurre entre medias. No existe un manual universal ni una serie de pasos infalibles que funcionen en todas las relaciones. Cada encuentro depende de múltiples factores: afinidad, contexto, momento… y una buena dosis de imprevisibilidad.
En química y biología molecular ocurre algo sorprendentemente parecido.
Encuentros esporádicos que se convierten en algo más
Muchas moléculas, como proteínas o péptidos, pasan gran parte de su existencia encontrándose con otras moléculas en su entorno. Se acercan, prueban distintas orientaciones, se separan y vuelven a encontrarse. Es un proceso lleno de ensayo y error que recuerda bastante a una primera cita: nadie sabe muy bien cómo terminará la conversación, pero pequeñas señales pueden marcar la diferencia.
Este fenómeno se conoce como agregación. Durante la agregación, distintas moléculas empiezan a juntarse sin formar todavía una estructura bien definida. Son encuentros tentativos, agrupaciones inestables que pueden disolverse con facilidad. Como en cualquier noche de bar, la mayoría de estos encuentros no prospera demasiado.
Sin embargo, de vez en cuando ocurre algo distinto.
Cuando las condiciones –la concentración, la temperatura o el entorno químico– son adecuadas, las moléculas dejan de agruparse de forma aleatoria y empiezan a organizarse espontáneamente en estructuras ordenadas y estables.
Hablamos de uno de los fenómenos más fascinantes de la naturaleza: el autoensamblaje. Consiste en la capacidad que tienen componentes relativamente simples de organizarse por sí solos en estructuras complejas sin necesidad de un director externo. Es como si, tras la fase de ligoteo molecular, las moléculas decidieran formalizar la relación y construir algo juntas.
¡Aquí “hay química”!
El secreto de este proceso está en las interacciones intermoleculares. Aunque no podamos verlas directamente, esas fuerzas actúan como las reglas invisibles del baile molecular. Algunas moléculas se atraen gracias a puentes de hidrógeno; otras interaccionan mediante fuerzas de Van der Waals; y, en muchos casos, las llamadas interacciones hidrofóbicas empujan a ciertos grupos químicos a mantenerse juntos para evitar el contacto con el agua.
En el fondo, todo depende de la compatibilidad. Algunas moléculas encajan bien porque sus cargas eléctricas se complementan; otras prefieren permanecer juntas porque comparten la misma aversión al agua. En química utilizamos nombres técnicos para estas interacciones. En el mundo de las relaciones humanas probablemente diríamos simplemente que “hay química”.
Procesos fundamentales para la vida
Cuando ese equilibrio de fuerzas se alcanza, el resultado puede ser extraordinario. A partir de componentes diminutos pueden surgir fibras nanométricas, láminas moleculares o redes tridimensionales capaces de comportarse como materiales completamente nuevos.
Este fenómeno no es una simple curiosidad científica. El autoensamblaje está en el corazón de muchos procesos fundamentales de la vida. Las membranas celulares, por ejemplo, existen gracias a la capacidad de ciertas moléculas lipídicas para organizarse espontáneamente en estructuras ordenadas. Muchas proteínas también dependen de este principio para adoptar la forma tridimensional que les permite desempeñar su función dentro de las células.
Cuando la unión hace… la enfermedad
Pero, como ocurre en las relaciones humanas, no todas las historias de agregación tienen un final feliz.
En algunos casos, ciertas proteínas pueden agregarse de manera descontrolada y formar estructuras extremadamente estables… pero perjudiciales. Estas proteínas se ensamblan en fibrillas altamente ordenadas que se acumulan en el cerebro y están asociadas a enfermedades neurodegenerativas como el álzheimer o el párkinson. Son, por así decirlo, relaciones moleculares demasiado persistentes: estructuras que se forman con facilidad pero que luego resultan muy difíciles de deshacer.
Comprender cómo se produce esa transición, desde los primeros encuentros moleculares hasta estas estructuras altamente organizadas, es uno de los grandes retos de la biomedicina actual.
En busca de supermateriales
Paradójicamente, el mismo proceso que puede contribuir al desarrollo de enfermedades también representa una de las herramientas más prometedoras de la ciencia de materiales. Desde mediados del siglo XX, el autoensamblaje se ha convertido en un principio fundamental de la nanotecnología. Investigadores de todo el mundo estudian cómo diseñar moléculas capaces de organizarse por sí mismas para crear nuevos materiales, sensores, dispositivos electrónicos o sistemas de liberación controlada de fármacos.
En cierto modo, el objetivo es aprender el arte del ligoteo molecular.
Si los científicos logran comprender con precisión qué interacciones favorecen el autoensamblaje y cómo controlarlas, podrían diseñar moléculas que se organicen de forma predecible para construir materiales funcionales a escala nanométrica. Sería como dominar las reglas invisibles que transforman un encuentro casual en una relación estable.
Por ahora, ese conocimiento sigue siendo incompleto. Las interacciones que conducen al autoensamblaje son sutiles, dependen de múltiples factores y, en muchos casos, siguen siendo difíciles de predecir. Pero cada avance en su comprensión acerca un poco más a los científicos a descifrar este fenómeno.
Quizá, después de todo, las moléculas y las personas no sean tan diferentes. Ambas empiezan con interacciones aparentemente aleatorias. Algunas se disipan rápidamente, mientras que otras evolucionan hacia estructuras más estables. Y, en ocasiones, cuando todo encaja, surge algo nuevo, ordenado y funcional.
En química lo llamamos autoensamblaje. En la vida cotidiana, simplemente amor.
Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Adrián Villalba Felipe, Profesor asociado en Universidad Internacional de Valencia (VIU) e Investigador Postdoctoral en Institut Cochin (Université Paris Cité, Francia), Universidad Internacional de Valencia
La reproducción plantea un conflicto ineludible con las exigencias del deporte de élite, ya que la etapa de mayor fertilidad femenina coincide exactamente con los años de máximo rendimiento profesional. Esta presión estructural empuja a las futbolistas a posponer la maternidad y a asumir ciertos riesgos al terminar su carrera.
Ahora debemos preguntarnos si esta iniciativa pionera representa un auténtico avance en los derechos laborales o si desplaza la responsabilidad hacia la biología, eludiendo una transformación estructural que el deporte necesitaría para integrar la maternidad de forma natural.
Marcando el reloj biológico en el calendario deportivo
Las mujeres nacen con un número limitado de óvulos: el cronómetro de la edad reproductiva arranca con la primera menstruación, pero a partir de los 35 años, tanto la cantidad como la calidad de dichos óvulos disminuyen drásticamente.
Para esquivar ese envejecimiento, la medicina recurre a la congelación de óvulos en edad temprana, extrayéndolos en su mejor momento. Estas células sexuales se conservan intactas en nitrógeno líquido a muy baja temperatura, lo que mantiene su calidad de forma casi indefinida.
La medicación altera esta norma biológica al aportar una dosis extra de hormonas que rescatan a todos esos folículos para que no se pierdan, logrando que crezcan de forma simultánea. Estimular muchos óvulos a la vez es indispensable para la congelación, ya que obtener solo uno por mes haría imposible acumular la cantidad necesaria para garantizar opciones de éxito en el futuro.
Los especialistas extraen después los óvulos mediante una intervención quirúrgica ambulatoria y guiada por ecografía, introduciendo una fina aguja para aspirar el líquido de los folículos. Una vez almacenados, esos óvulos se pueden fecundar en el laboratorio mediante técnicas in vitro muchos años después de su congelación. El embrión resultante se transfiere posteriormente al útero para lograr su implantación, un procedimiento clínico muy habitual hoy en día.
Las futbolistas pueden valerse de estos métodos científicos para pausar su fertilidad, aunque deben salvar el escollo de las leyes deportivas, ya que las normativas mundiales antidopaje prohíben varias hormonas necesarias para la estimulación. Sin embargo, se permiten ciertas excepciones en tratamientos reproductivos previamente declarados.
Ahora, la iniciativa de la federación española nos lanza hacia el mismo debate moral dentro del deporte. Financiar esta técnica parece otorgar plena autonomía reproductiva a las jugadoras, ya que en teoría les permite decidir el momento ideal para formar una familia, pero algunos especialistas en ética advierten sobre las aristas de una realidad compleja.
Y es que esa aparente libertad podría ocultar una presión estructural sobre la mujer: el entorno competitivo empujaría a las atletas a alterar su propia biología.
A esta presión laboral se suma el riesgo de presentar la técnica como un seguro de fertilidad infalible. Los especialistas recuerdan que las técnicas de reproducción asistida no garantizan un embarazo futuro, por lo que a menudo genera una falsa sensación de control.
Cambiar las reglas de juego
Las futbolistas asumirían de ese modo un proceso médico sin padecer ninguna enfermedad, convirtiendo su planificación familiar en un producto dependiente del calendario competitivo. Intervendrían sus cuerpos para encajar en un ecosistema laboral diseñado históricamente para hombres.
Desde este punto de vista, aunque la congelación de óvulos supone un avance médico indudable para las deportistas profesionales, tal vez el verdadero éxito sería cambiar las reglas del juego. Esto significaría reformar las estructuras laborales del deporte de alta competición para que la maternidad sea plenamente compatible con la carrera en activo, garantizando contratos protegidos, adaptando las cargas de entrenamiento y ofreciendo recursos reales de apoyo familiar.
Quién sabe si este es tan solo el primer paso para que el talento femenino nunca más requiera de una pausa obligada del reloj biológico.
Adrián Villalba Felipe recibe fondos del Instituto de Salud Carlos III (ISCIII) y el European Research Council (ERC).
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jennifer Martínez Geijo, Estudiante predoctoral del programa de Biomedicina y Ciencias de la Salud, Universidad de León
Cuando pensamos en el sistema inmunitario, solemos imaginarlo luchando contra virus o bacterias. Sin embargo, también funciona como un equipo de seguridad que patrulla constantemente una ciudad en busca de actividades sospechosas. Cada día aparecen en nuestro cuerpo miles de células con mutaciones potencialmente peligrosas que podrían dar lugar a tumores, pero la mayoría son eliminadas antes de que lleguemos siquiera a notar su existencia. Pero si nuestras defensas son capaces de detectar células cancerosas, ¿por qué aparece el cáncer?
La respuesta es que los tumores son expertos en pasar desapercibidos. A diferencia de virus y bacterias, que son claramente extraños para nuestro organismo, las células tumorales proceden de nuestro propio cuerpo. Aunque acumulan alteraciones que las hacen peligrosas, siguen conservando muchas características normales. Esto dificulta que el sistema inmunitario las identifique como una amenaza.
Hoy sabemos que la evolución de un cáncer no depende únicamente de las células tumorales, sino también de la compleja interacción que mantienen con el sistema inmunitario.
La revolución de la inmunoterapia
Durante décadas los tratamientos contra el cáncer se han basado en la cirugía, la radioterapia y la quimioterapia. En los últimos años la inmunoterapia introdujo una idea diferente. En lugar de atacar al tumor de forma directa, ¿por qué no ayudar al propio sistema inmunitario a hacer el trabajo?
Las células inmunitarias disponen de mecanismos de control que actúan como frenos para evitar que una respuesta excesiva dañe tejidos sanos; el problema es que algunos tumores han aprendido a aprovecharlos para esconderse. Imaginemos un coche de policía persiguiendo a un delincuente. Aunque el motor funcione perfectamente y el vehículo tenga combustible suficiente, la persecución no llegará muy lejos si el freno permanece activado. Los llamados “inhibidores de puntos de control inmunitario” liberan ese freno y permiten que el sistema inmunitario vuelva a actuar contra el tumor.
Sin embargo, existe una limitación importante. Para que esta estrategia funcione el sistema inmunitario debe haber detectado previamente la presencia del cáncer. Por eso los investigadores distinguen entre tumores “calientes”, fácilmente reconocibles por nuestras defensas, y tumores “fríos”, que pasan prácticamente desapercibidos.
Conseguir que estos últimos se vuelvan visibles es uno de los grandes retos de la oncología actual.
La sorpresa de las vacunas de ARN mensajero
Aquí es donde entra en juego la pregunta que buscamos responder en este artículo. ¿Puede una vacuna diseñada para prevenir una infección viral ayudar a combatir el cáncer?
La pregunta parece extraña, pero un estudio reciente sugiere que las vacunas de ARN mensajero frente a la covid-19 podrían potenciar la eficacia de algunos tratamientos oncológicos. El hallazgo no significa que estas vacunas curen el cáncer por sí solas. Lo que hacen es algo igual de interesante: parecen ayudar al sistema inmunitario a reconocer tumores que antes pasaban desapercibidos.
Representación de la posible sinergia entre la vacunación frente a la COVID-19 y la inmunoterapia basada en inhibidores de puntos de control inmunitario. Imagen de elaboración propia realizada con BioRender.com.
Tras la vacunación el organismo entra temporalmente en estado de alerta. Aunque esta respuesta está dirigida contra el virus, sus efectos pueden extenderse más allá de la infección.
Es como si encendiera las luces de una habitación oscura y, de repente, el sistema inmunitario pudiese ver lo que antes permanecía oculto. El resultado es que tumores previamente invisibles se vuelven detectables. En otras palabras, pasan de ser “fríos” a “calientes”.
El doble golpe de vacuna e inmunoterapia
Una vez que el tumor ha sido identificado, la inmunoterapia puede desplegar todo su potencial. Sin embargo, el tumor no permanece pasivo. Al detectar la presión del sistema inmunitario intenta volver a ocultarse activando mecanismos que frenan la respuesta defensiva. Y es aquí donde aparece la posible sinergia. La vacuna ayuda al sistema inmunitario a identificar tumores que antes pasaban desapercibidos, mientras que los inhibidores de puntos de control impiden que el cáncer vuelva a activar esos frenos.
Los investigadores analizaron pacientes con cáncer de pulmón o melanoma tratados con inhibidores de puntos de control inmunitario. Aquellos que habían recibido una vacuna de ARN mensajero frente a la covid-19 alrededor del inicio del tratamiento presentaron una supervivencia significativamente mayor. En personas con cáncer de pulmón avanzado, la supervivencia media aumentó de 21 a 37 meses. Resultados similares se observaron en pacientes con melanoma, lo que sugiere que el fenómeno podría extenderse a distintos tipos de tumores.
En resumen, el resultado es una especie de doble golpe: la vacuna pone en alerta al sistema inmunitario, mientras que la inmunoterapia evita que el tumor lo frene. Cuando ambas actúan a la vez, la respuesta antitumoral parece ser más eficaz.
Más allá de la pandemia
La pandemia aceleró el desarrollo de las vacunas de ARN mensajero y demostró que esta tecnología podía llegar rápidamente a millones de personas. Ahora, estudios como el que hemos explicado sugieren que sus aplicaciones podrían ir mucho más allá de las enfermedades infecciosas.
Comprender cómo estas vacunas modulan el sistema inmunitario podría abrir nuevas estrategias para mejorar tratamientos ya existentes, aunque convertir estas prometedoras ideas en herramientas clínicas requerirá todavía años de investigación.
Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.