Pour apprendre une langue étrangère, il n’y a pas d’âge limite ! Enfants et adultes ont leurs propres stratégies

Source: The Conversation – France (in French) – By Karen Stollznow, Senior Research Fellow of linguistics, University of Colorado Boulder; Griffith University

Les enfants ont bien plus de facilité que leurs aînés à se familiariser avec un nouvel accent lorsqu’ils apprennent une langue. Cependant, devenir plurilingue n’est pas hors de portée des adultes, qui peuvent compter sur tout un ensemble d’autres compétences développées au fil du temps.


Si les jeunes apprenants peuvent acquérir plus facilement un accent natif, les adultes conservent la capacité d’apprendre de nouvelles langues jusqu’à un âge avancé.

On a tendance à supposer qu’en apprenant une langue dès le plus jeune âge, on la maîtrisera rapidement.

Beaucoup de gens pensent également qu’il est beaucoup plus difficile d’apprendre une langue si l’on s’y met tardivement.

Les recherches sur l’apprentissage des langues montrent que l’âge auquel une personne s’initie à une langue a son importance, mais il n’existe pas d’âge limite auquel la capacité d’apprendre une langue s’éteindrait.

Si les jeunes apprenants acquièrent plus facilement l’accent des locuteurs natifs, les adultes conservent la capacité d’apprendre de nouvelles langues jusqu’à un âge avancé. Tout le monde peut continuer à apprendre et à perfectionner son vocabulaire et sa grammaire. D’autres facteurs, tels que la motivation, peuvent également jouer un rôle pour les apprenants de tous âges.

Je suis linguiste et autrice d’un ouvrage à paraître, intitulé Beyond Words : How We Learn, Use, and Lose Language, qui examine comment une langue est apprise, utilisée et oubliée tout au long de la vie, et pourquoi l’âge seul ne fixe pas de limites strictes à nos capacités linguistiques.

Au contraire, les stratégies utilisées par les apprenants, les résultats qu’ils atteignent le plus facilement et la façon dont les autres évaluent leurs progrès peuvent tous évoluer au fil du temps.

Comment l’âge influence l’apprentissage des langues

L’âge d’une personne peut influencer sa capacité à apprendre une langue de différentes manières.

Les scientifiques parlent parfois de « périodes sensibles », c’est-à-dire d’une période précoce du développement pendant laquelle le cerveau est particulièrement réceptif à certains types d’informations.

En matière de langage, les bébés et les enfants sont particulièrement sensibles aux schémas sonores. Ils peuvent également percevoir des distinctions phonétiques subtiles que les adultes ont du mal à percevoir ou à reproduire.

Cela explique pourquoi les enfants qui grandissent dans un environnement bilingue parlent souvent les deux langues comme des natifs. Les accents, plus que le vocabulaire ou la grammaire, sont le domaine où les différences liées à l’âge sont les plus prononcées.

Les périodes sensibles existent également chez d’autres animaux, en particulier les oiseaux, qui ont une période sensible précoce pour apprendre le chant spécifique à leur espèce auprès d’un tuteur adulte.

Une fois cette période passée, il est toujours possible d’apprendre une nouvelle langue. Mais cela demande généralement plus d’efforts conscients et de pratique.

Des études montrent également que les enfants exposés à une deuxième langue dès leur plus jeune âge, généralement avant la puberté, ont plus de chances d’acquérir une prononciation et une intonation proches de celles d’un locuteur natif.

Des recherches en imagerie cérébrale montrent que les personnes qui apprennent deux langues dès le plus jeune âge ont tendance à les traiter dans les mêmes parties du cerveau. Ceux qui apprennent une deuxième langue plus tard utilisent souvent des zones cérébrales légèrement différentes pour chaque langue.

Concrètement, les personnes bilingues précoces sont plus susceptibles de passer d’une langue à l’autre sans effort. Les apprenants tardifs peuvent devoir travailler plus consciemment leur deuxième langue, surtout au début.

Les avantages d’apprendre une langue à l’âge adulte

La prononciation ne représente qu’une part de la maîtrise d’une langue. Les adultes bénéficient aussi d’atouts qui leur sont propres pour y parvenir.

Contrairement aux jeunes enfants, les apprenants adultes peuvent déjà s’appuyer sur une langue maternelle pleinement développée. Ils possèdent également des compétences de raisonnement et de reconnaissance des schémas, ainsi qu’une conscience du fonctionnement du langage.

Cela permet aux adultes d’apprendre de manière plus réfléchie, car ils étudient les règles grammaticales et comparent consciemment les langues. Les adultes ont également davantage tendance à s’appuyer sur des stratégies délibérées, telles que la mémorisation, pour apprendre une langue.




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En classe, les adultes surpassent souvent les enfants dans les premières étapes de l’apprentissage, en particulier en lecture et en écriture.

L’apprentissage des langues ne s’arrête jamais vraiment. Même à l’âge adulte, les gens continuent à développer et à perfectionner leur langue maternelle, façonnée par leur éducation, leur travail, leur environnement social et la façon dont ils l’utilisent au quotidien.

S’il peut être plus difficile pour les adultes d’acquérir un accent proche de celui d’un locuteur natif à un âge avancé, la bonne nouvelle est que la grammaire, le vocabulaire et la fluidité restent à la portée de la plupart des apprenants adultes.

Les avantages d’apprendre une langue dès l’enfance

Les enfants, quant à eux, ont tendance à apprendre les langues de manière implicite, par immersion et interaction, souvent sans prêter attention aux règles.

Les facteurs sociaux et émotionnels jouent également un rôle majeur dans la réussite de l’apprentissage d’une langue.

Les enfants sont généralement moins timides que les adultes et plus disposés à prendre des risques lorsqu’ils s’expriment.

Les adultes, en revanche, sont souvent très conscients de leurs erreurs et peuvent hésiter à s’exprimer, par crainte de paraître ridicules ou d’être jugés.

Les recherches montrent systématiquement que la disposition à communiquer est un facteur prédictif important de la réussite dans l’apprentissage d’une nouvelle langue. L’anxiété, l’inhibition et les commentaires négatifs des autres peuvent ralentir considérablement les progrès, quel que soit l’âge.

Accent, préjugés et pression sociale

D’autres facteurs, tels que la pression sociale et la discrimination, jouent également un rôle important lorsqu’une personne tente d’apprendre une nouvelle langue.

Les recherches sur la langue et l’identité montrent que les auditeurs associent souvent un fort accent à une intelligence ou une compétence moindre, bien qu’il n’y ait aucun lien entre l’accent et les capacités cognitives.

Les locuteurs non natifs sont souvent victimes de stigmatisation, de discrimination et de préjugés de la part des locuteurs natifs.

Ce préjugé peut décourager les apprenants adultes et renforcer la fausse croyance selon laquelle, pour réussir l’apprentissage d’une langue, il faut parler comme un natif.

La motivation et les aptitudes comptent aussi

La motivation est un autre facteur clé qui influence les apprenants de tous âges.

Les gens apprennent de nouvelles langues pour de nombreuses raisons : un nouveau pays, le travail, les études, les relations ou l’intérêt pour une autre culture.

La recherche distingue les différentes raisons qui poussent les gens à apprendre une langue. Certaines sont pratiques, comme l’évolution de carrière ou la réussite d’un examen. D’autres sont personnelles, comme le désir de se rapprocher d’une communauté, d’une culture ou d’une famille.




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Les apprenants qui ressentent un lien personnel ou émotionnel fort avec la langue sont plus enclins à persévérer même lorsque cela devient difficile, et ils atteignent souvent des niveaux de maîtrise plus élevés que ceux qui n’ont pas ce lien.

D’autres personnes ont une aptitude naturelle pour l’apprentissage des langues et peuvent les assimiler facilement. Peut-être remarquent-elles rapidement les schémas sonores, ou peuvent-elles mémoriser de nouveaux mots après les avoir entendus une ou deux fois.

L’aptitude linguistique est différente de l’intelligence et varie d’une personne à l’autre. L’aptitude augmente les chances de réussite dans l’apprentissage d’une langue, mais ne la garantit pas.

Les apprenants ayant une aptitude moyenne peuvent tout de même devenir très compétents dans de nouvelles langues à l’âge adulte s’ils y sont exposés de manière régulière, s’ils s’entraînent et s’ils sont motivés.

À chaque âge ses atouts

Alors, vaut-il mieux apprendre une deuxième langue quand on est enfant ou quand on est adulte ? Les recherches suggèrent que la question la plus pertinente est de savoir quels aspects de l’apprentissage d’une langue, tels que la prononciation, la fluidité ou la maîtrise à long terme, sont les plus importants.

Apprendre une nouvelle langue dès le plus jeune âge permet de parler plus facilement comme un locuteur natif et d’utiliser la langue avec aisance, sans avoir à réfléchir aux règles.

Apprendre une langue plus tard dans la vie fait appel aux points forts dont disposent les adultes, tels que la planification, la résolution de problèmes et une pratique soutenue.

En fin de compte, certaines personnes apprennent rapidement les langues tandis que d’autres ont plus de difficultés, quel que soit leur âge.

Les croyances relatives à l’apprentissage des langues influencent les politiques éducatives, les choix parentaux et la manière dont les personnes multilingues sont traitées dans la vie quotidienne.

Lorsque les adultes s’entendent dire qu’ils ont raté leur chance d’apprendre une langue, beaucoup ne prennent même plus la peine de se lancer. Lorsque les accents étrangers sont considérés comme des imperfections, des locuteurs pourtant compétents peuvent être injustement victimes de discriminations.

En réalité, des recherches montrent qu’il est possible d’apprendre une langue à tout âge. Il s’agit d’un parcours réalisable tout au long de la vie, plutôt que d’une course contre la montre.

The Conversation

Karen Stollznow ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pour apprendre une langue étrangère, il n’y a pas d’âge limite ! Enfants et adultes ont leurs propres stratégies – https://theconversation.com/pour-apprendre-une-langue-etrangere-il-ny-a-pas-dage-limite-enfants-et-adultes-ont-leurs-propres-strategies-277027

La « silver economy » pour les marques, ou comment faire du neuf avec les vieux ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jean-Baptiste Welté, Professeur de Sciences de Gestion, Université Paris-Panthéon-Assas

Les seniors qui cumulent temps libre et pouvoir d’achat sont une cible de choix pour les marques. Quelles stratégies déploient ces dernières pour les séduire, les attirer et les fidéliser ? Du pur hédonisme à la marque « apprenante »… l’imagination est (toujours) au pouvoir !


La « silver economy » ne cesse de croître. Voyages, assurances, santé, alimentation, cosmétique, le vieillissement de la population entraîne l’émergence de davantage de produits et de services à destination des personnes âgées. L’économie à destination des seniors pourrait ainsi générer un chiffre d’affaires de plus de 130 milliards d’euros à l’horizon 2030 ».

Un nouvel hédonisme

Ce marché du vieillissement est en réalité un marché du « bien vieillir ». Les personnes âgées sont invitées à profiter de ce nouveau « plus bel âge de la vie », que représente notamment la soixantaine. Certes, elles présentent des vulnérabilités, mais des produits et services associés au « bien vieillir » les invitent à un nouvel hédonisme.

En bonne santé pour beaucoup grâce aux progrès de la médecine, libérées des contraintes du travail, elles peuvent jouir pleinement de leur temps libre. Dans ce contexte, les marques, pourvoyeuses de sens des sociétés de consommation, leur offrent des imaginaires auxquels se rattacher. Alors que leur public cible était plutôt les jeunes générations en quête de modèle identitaire, elles peuvent accompagner les nouvelles exigences sociales du « bien vieillir ».




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Les marques aident les personnes âgées dans leur rôle de grand-parents, et accompagnent plus généralement la transmission sociale au sein de la famille, au travers de récits valorisant des compétences, un savoir-faire ou un savoir-être, comme, par exemple, la campagne « Générations » de Patek Philippe.

Mais cette transmission n’est pas automatique. Les seniors ont un pouvoir de régulateur, et peuvent contredire certaines marques, par exemple remettre en question le rôle fédérateur de Nutella (en limitant l’usage auprès de leur famille, ou alors s’opposer aux marques de jeux vidéo, pour « garder un lien » avec leurs petits-enfants).

Des marques apprenantes

La relation peut être inversée, et des marques « apprenantes » aident les personnes âgées à maintenir le lien avec les jeunes générations. Ils ont alors plaisir à continuer à apprendre tout en restant socialement en lien avec leur entourage. Les marques technologiques comme Apple ont ainsi intégré un mode senior à partir d’Ios 17 qui leur permet d’accéder plus facilement aux applications, et de pouvoir rester connecté avec leurs petits-enfants.

Certaines marques « béquille » sont utilisées par les personnes âgées pour gérer plus aisément les effets du vieillissement. Mais cette fonction de « béquille » ne doit pas représenter uniquement un marché destiné aux seniors, sous peine de les stigmatiser. Par exemple, la marque suisse, On, destinée aux sportifs souhaitant allier innovation et performance, s’est développée sur ce nouveau segment de marché tout en gardant son offre pour sa cible d’origine.

Les marques coups de cœur

La marque peut également servir aux coups de cœur des personnes âgées, preuve que leur désir peut encore être stimulé. Certaines marques peuvent avoir été fantasmées plus jeunes, puis leur consommation décalée à cause des contraintes économiques ou financières de chacun.

France 24, 2020.

Les seniors profitent d’autant plus pleinement de ces marques « hédoniques » que le report de jouissance a créé une attente et amplifié le désir. Plus généralement, la marque fonctionne alors comme une envie de « se faire plaisir ». Des pulls en cachemire, comme Bompard, qui associent aux bénéfices fonctionnels de multiples coloris favorisent par exemple ces achats coups de cœur.

« Pépé gâteux » ou « Mamie Nova »

La relation entre les marques et les personnes âgées illustrent qu’ils restent pleinement acteurs de la société de consommation. Les marques sont, comme pour les plus jeunes générations, un outil d’expression sociale. Ces relations dynamiques invitent à reconsidérer la place des seniors dans les représentations publicitaires et plus généralement médiatiques.

Même si ces dernières ont tendance à évoluer et mettre en avant des exemples de « bien-vieillir », les visions stéréotypées associées au déclin physique ou cognitif restent prégnantes. Or, les marques peuvent contribuer à les modifier, et tisser une relation client spécifique avec cette cible, en comprenant ses multiples facettes (sa vulnérabilité mais également sa capacité à être prescripteur, et à craquer pour des achats impulsifs). Elles renouvellent alors leur imaginaire fécond avec les identités protéiformes des personnes âgées.


Cet article est publié en partenariat avec Décisions Marketing, la revue scientifique de l’Association française du marketing. La version intégrale a paru dans le numéro 120 qui avait pour thème « La place des marques dans la société. ».

The Conversation

Jean-Baptiste Welté est Professeur associé à l’école Polytechnique

Anne Bontour ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La « silver economy » pour les marques, ou comment faire du neuf avec les vieux ? – https://theconversation.com/la-silver-economy-pour-les-marques-ou-comment-faire-du-neuf-avec-les-vieux-276720

Mesures anti-évitement fiscal : quel bilan dix ans après le plan d’action de l’OCDE ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Flora Bellone, Professeure des Universités en Sciences économiques, Université Côte d’Azur

Les recettes fiscales mondiales perdues du fait du transfert de bénéfices sont passées de 9 à 10 % depuis 2015. Elnur/Shutterstock

En 2015, les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, soutenue par le G20, adoptaient un plan d’action contre l’érosion de la base et le transfert de bénéfices (« Base Erosion and Profit Shifting »). Cette initiative internationale constituait une réponse au phénomène de l’évitement fiscal des entreprises, qui s’était fortement amplifié au cours des trente dernières années, en parallèle de l’expansion mondiale des chaînes de valeur et de la croissance des multinationales.


Les entreprises multinationales ont tiré parti des différences au sein du système fiscal international pour mettre en place des schémas d’organisation fondés, notamment, sur des choix d’implantation dans des juridictions à faible fiscalité et des transferts de bénéfices via divers mécanismes dont le plus important est l’ajustement des prix de transfert intra-groupe. Une entreprise va facturer une prestation à une autre entreprise du même groupe, mais d’un autre pays, afin de déplacer des fonds.

En dix ans, le plan « Base Erosion and Profit Shifting » (BEPS) a-t-il permis d’endiguer ces pratiques ? Les études sur le sujet font pour l’heure actuelle un bilan mitigé. Dans notre récent working paper « Tax avoidance by small multinationals as a side effect of anti tax avoidance policy » (« L’évasion fiscale des petites multinationales comme effet secondaire de la politique anti-évasion fiscale »), nous contribuons à en évaluer les effets, tout en mettant l’accent sur les différences de comportements des grandes et des petites multinationales en matière d’évitement fiscal.

Pas de diminution significative

Sur le plan macroéconomique, d’abord, des analyses empiriques récentes montrent que l’évitement fiscal international n’a pas connu de diminution significative depuis 2015. Gabriel Zucman et son confrère de l’Université de Berkley Ludvig Wier documentent, en particulier, ont montré que, sur la période 2015-2019, les profits des multinationales ont continué de croître plus rapidement que les profits mondiaux, que la part des profits déclarés dans les paradis fiscaux est restée stable autour de 37 %, et que la fraction de recettes fiscales mondiales perdues du fait du transfert de bénéfices est passée de 9 à 10 %.

Ces constats illustrent un paradoxe. Alors que la réglementation internationale s’est renforcée, aucune baisse nette de l’évitement fiscal n’a été observable à l’échelle agrégée, du moins dans les années qui ont juste suivi la mise en œuvre de la réforme.

Comment l’expliquer ? Les travaux des économistes Ruby Doeleman, Dominika Langenmayr et Dirk Schindler montrent que cette stabilité globale masque des ajustements stratégiques fins. Les grandes multinationales ont tendance à réorienter leurs profits hors des paradis fiscaux les plus visibles.

Elles auraient tendance à les réorienter vers des juridictions à faible fiscalité, mais présentant davantage de substance économique, ce qui rend l’effet net sur les recettes fiscales des pays à forte imposition ambigu.

Réallocation vers des juridictions fiscalement avantageuses

De même, Olbert et De Simone, respectivement chercheurs aux universités de Rotterdam et d’Austin, soulignent que la mise en place du « Country by Country Reporting » (CbCR, qui implique une transparence accrue sur l’allocation du profit imposable) prévu dans le plan BEPS a induit des réallocations réelles des investissements et de l’emploi vers des juridictions fiscalement avantageuses, reflétant un ajustement des structures organisationnelles plutôt qu’une simple modification comptable. Ces études convergent vers une idée clé : si les incitations fiscales demeurent, le cadre BEPS et le CbCR conduisent désormais les entreprises à opérer leurs arbitrages en articulant les gains fiscaux avec une plus grande substance économique.

Dans nos travaux, nous avançons l’hypothèse que les pratiques d’organisation fiscale se seraient déplacées progressivement vers les entreprises multinationales de taille moyenne. Le plan BEPS, bien qu’orienté vers la lutte contre l’évitement fiscal, aurait en effet involontairement réduit les barrières à l’entrée de ces pratiques pour les petites multinationales.

Multinationales de plus petites tailles

Dès sa conception, le texte s’est focalisé sur les grandes entreprises, en instaurant un seuil de chiffre d’affaires consolidé de 750 millions d’euros pour déterminer les obligations de reporting. Seules les firmes dépassant ce seuil ont été soumises à des exigences strictes et à des sanctions significatives en cas de non-conformité, cette stratification visant à concentrer la surveillance fiscale sur les acteurs les plus capables d’engager des stratégies fiscales agressives et à limiter les coûts administratifs pour les entreprises plus modestes. En parallèle, les petites et moyennes multinationales ont pu bénéficier d’un choc informationnel positif leur permettant de réestimer à la baisse leur risque de contrôle fiscal, tout en gagnant en expertise sur les schémas complexes de manipulation des prix de transferts explicités dans le cadre de la réglementation.

Ainsi, notre travail en cours sur les multinationales françaises semble révéler un phénomène complémentaire. Tandis que les grandes multinationales (au-dessus du seuil de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires) sont partiellement sorties des paradis fiscaux du fait de la réforme, des multinationales de plus petite taille ont augmenté leur présence dans des juridictions à fiscalité avantageuses après 2015, profitant des clarifications et de la standardisation introduites par le BEPS pour réduire l’incertitude et les coûts fixes liés aux pratiques internationales d’organisation fiscale.

Si ces résultats se confirment, ils pointeraient un canal d’apprentissage et d’imitation des pratiques des grandes firmes par les entreprises de plus petite taille qui aurait pu être facilité par la législation.

Améliorer la compétitivité des entreprises domestiques

Ces résultats suggèrent que les politiques anti-évitement fiscal des multinationales doivent prêter attention non seulement à la marge intensive de ces pratiques, c’est-à-dire la propension des entreprises engagées dans ces pratiques à les intensifier ou à les atténuer, mais aussi à la marge extensive, c’est-à-dire les incitations de nouveaux acteurs à adopter ces pratiques dans le nouveau cadre législatif. En particulier, ces politiques doivent veiller à ne pas faciliter l’adoption de pratiques d’optimisation fiscale par des entreprises initialement moins sophistiquées.

Cependant, les études sur les évolutions de l’évitement fiscal lors de la dernière décennie suggèrent une autre conséquence du plan BEPS et des obligations de CbCR pour les multinationales au-dessus du seuil de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidés : en plus du renchérissement de leurs coûts fiscaux effectifs, leurs ventes diminueraient.

Les multinationales perdraient ainsi du pouvoir de marché lorsque leurs stratégies d’évitement fiscal sont limitées, améliorant la compétitivité des entreprises domestiques. Il s’agit toutefois d’un domaine de recherche récent et en développement. Les effets à long terme sur la structure des marchés nécessitent davantage de données empiriques.


Cette contribution est publiée en partenariat avec le Printemps de l’économie, cycle de conférences-débats qui se tiennent du 17 au 20 mars au Conseil économique social et environnemental (Cese) à Paris.

Retrouvez ici le programme complet de l’édition 2026, « Le temps des rapports de force ».

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Mesures anti-évitement fiscal : quel bilan dix ans après le plan d’action de l’OCDE ? – https://theconversation.com/mesures-anti-evitement-fiscal-quel-bilan-dix-ans-apres-le-plan-daction-de-locde-276438

Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume-Uni

Source: The Conversation – France in French (2) – By Étienne Ghys, Mathématicien, directeur de recherche émérite CNRS, ENS de Lyon; Académie des sciences

Charles-Marie de La Condamine, « Mesure des trois premiers degrés du méridien dans l’hémisphère austral », illustration tirée des _Observations de Messieurs de l’Académie royale des sciences, envoyés par le roi sous l’équateur_, Paris, Imprimerie royale, 1751. Archives de l’Académie des sciences, RES 126, Fourni par l’auteur

Quelle est la forme exacte de la Terre ? Est-elle aplatie ou plutôt allongée aux pôles ? La question a agité les milieux scientifiques des deux côtés de la Manche pendant plusieurs siècles. Pour tout savoir de cette controverse scientifique, l’Académie des sciences et la Royal Society de Londres présentent, du 1er avril au 20 juin 2026, l’exposition « La figure de la Terre. Un débat franco-anglais (XVIIᵉ-XXIᵉ siècle) », dans les locaux de la bibliothèque Mazarine, au cœur de l’Institut de France, à Paris.


On pourrait croire la question définitivement réglée : la Terre est ronde. Et pourtant, des enquêtes récentes indiquent qu’environ 8 % de nos concitoyens ne sont pas pleinement convaincus qu’elle le soit. Ce chiffre ne traduit pas seulement une méconnaissance. Selon moi, il révèle surtout une défiance. Ce n’est pas tant la rotondité de la Terre qui est contestée que l’autorité de ceux qui l’affirment. Le doute vise les « sachants », les institutions, les discours officiels. Face à ce phénomène, l’ironie ou l’indignation ne suffisent pas. Il faut peut-être s’interroger sur la manière dont nous racontons l’histoire des sciences, sur ce que nous transmettons, et sur ce que nous omettons.

On a longtemps enseigné que le Moyen Âge aurait cru la Terre plate et que la science moderne aurait progressivement dissipé cette erreur. Ce récit commode est historiquement faux. Depuis l’Antiquité grecque, les savants savent que la Terre est sphérique. Lors des éclipses de Lune, l’ombre projetée par la Terre est toujours circulaire (elle aurait une forme d’ellipse si la Terre était un disque plat) ; les étoiles visibles changent lorsqu’on voyage vers le nord ; au IIIᵉ siècle avant notre ère, Ératosthène mesurait déjà le périmètre terrestre avec une précision remarquable. La rotondité de la Terre n’est pas une conquête récente : elle appartient au patrimoine intellectuel de l’humanité depuis plus de deux millénaires.

Mais ce savoir était longtemps celui des lettrés. Les paysans, les artisans, les marins ordinaires, ceux qui ne lisaient ni Aristote ni les traités d’astronomie, n’avaient sans doute pas de représentation précise de la forme globale du monde. Leur univers était celui de l’horizon familier, du champ, du village, du port. La Terre était vécue, non pensée à l’échelle planétaire. Il ne s’agissait pas d’erreur, mais souvent d’indifférence : la question ne se posait pas. La science progresse d’abord dans des cercles restreints avant de devenir culture commune. Cette distance historique entre savoir savant et imaginaire ordinaire est peut-être l’une des clés de la fragilité contemporaine du consensus scientifique.

La triangulation, une affaire de patience

Au XVIIᵉ siècle, la question change de nature. On ne se contente plus de savoir que la Terre est ronde : on veut désormais la mesurer précisément. En France, sous l’impulsion de la dynastie des Cassini, l’Académie des sciences entreprend de déterminer la longueur d’un degré de latitude. La latitude se mesure par l’angle que fait l’étoile Polaire avec l’horizon : lorsqu’on se déplace vers le nord, cet angle augmente. Il suffit donc, en principe, de mesurer la distance parcourue pour une variation d’un degré afin d’estimer la dimension du globe.

La méthode employée est un chef-d’œuvre de rigueur : la triangulation. On mesure avec un soin extrême la longueur d’un segment sur le terrain puis, depuis des points élevés – collines, tours, clochers –, on observe les angles formés avec d’autres repères visibles à des dizaines de kilomètres. De triangle en triangle, on reconstitue ainsi de vastes distances. C’est une science de patience, d’équipes, d’instruments perfectionnés et d’erreurs soigneusement évaluées. La Terre devient un objet mesurable, arpenté, calculé.

Pierre Bouguer. La figure de la Terre. Déterminée par les Observations de Messieurs Bouguer & de La Condamine, de l’Académie royale des sciences, envoyés par ordre du roi au Pérou, pour observer aux environs de l’équateur. Paris : Jombert, 1749.
Académie des sciences, CC BY

Au même moment, en Angleterre, Isaac Newton publie les Principia. Il y expose la théorie de la gravitation universelle et s’interroge sur la forme précise du globe. Si la Terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures, la force centrifuge doit légèrement l’aplatir aux pôles et la faire gonfler à l’équateur. À partir d’une observation apparemment modeste, la différence de période d’un pendule entre l’équateur et Cambridge, Newton réalise une expérience de pensée extraordinaire et estime l’ampleur de cet aplatissement. Pour la première fois, une théorie physique prétend prédire la forme même de la planète.

La rivalité entre la France et l’Angleterre devient scientifique

Les premières mesures françaises semblent pourtant indiquer l’inverse : la Terre serait allongée aux pôles. La controverse s’installe. Derrière le débat scientifique se profile une rivalité ancienne entre la France et l’Angleterre, nations proches, concurrentes et pourtant intimement liées par l’histoire. Pour trancher, l’Académie des sciences décide d’envoyer deux expéditions : l’une en Laponie, près du cercle polaire, l’autre à l’équateur. Il faut mesurer à nouveau, comparer, calculer. Les conditions sont extrêmes, les instruments fragiles, les incertitudes nombreuses. Mais le verdict tombe : la Terre est bien légèrement aplatie aux pôles. Les savants français, par leurs propres observations, confirment la prédiction newtonienne.

Cette victoire de la théorie newtonienne n’efface en rien l’héroïsme scientifique des expéditions. Voltaire, qui fut l’un des plus ardents défenseurs de Newton en France, en a donné une formule restée célèbre, s’adressant à Maupertuis :

« Vous avez trouvé dans les glaces, au milieu des ennuis, ce que Newton trouva sans sortir de chez lui. »

En quelques vers, il résume admirablement la tension féconde entre le travail de terrain, long et éprouvant, et la puissance de l’abstraction théorique. L’un ne va pas sans l’autre : sans hypothèse, pas d’expédition ; sans mesure, pas de confirmation. La science avance ainsi : en acceptant que les faits corrigent les hypothèses, même lorsque cela contredit des traditions prestigieuses.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la Révolution française engage une nouvelle étape. Il s’agit de créer un système de mesures universel, affranchi des usages locaux. Le mètre sera défini comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre. La Terre devient l’étalon commun de l’humanité. De nouvelles campagnes de mesure sont entreprises pour fixer cette unité. La géodésie (l’étude de la forme de la Terre) rejoint alors des enjeux politiques et économiques : maîtriser la longitude en mer, c’est maîtriser les routes commerciales et la puissance navale. La mesure du globe participe désormais à l’histoire des empires.

Une aventure qui ne s’arrête pas

L’histoire ne s’achève pas avec l’ellipsoïde newtonien. La Terre réelle n’est ni parfaitement sphérique ni exactement régulière. Les masses internes, les reliefs, les océans introduisent des irrégularités que l’on regroupe sous le nom de « géoïde ». Au XIXᵉ siècle, des mathématiciens, comme Henri Poincaré, s’interrogent sur la stabilité des corps en rotation et développent des concepts qui éclairent aussi la compréhension des formes planétaires. Aujourd’hui, grâce aux satellites et à l’altimétrie spatiale, la surface moyenne des océans est connue avec une précision centimétrique. Du bâton d’Ératosthène aux instruments orbitaux, c’est une même quête intellectuelle et technique qui se poursuit.

C’est cette aventure, scientifique autant que politique, que retrace l’exposition organisée conjointement par la Royal Society et l’Académie des sciences. Présentée d’abord à Londres, elle est aujourd’hui accueillie à Paris, à la bibliothèque Mazarine de l’Institut de France. Manuscrits, cartes, instruments, carnets de terrain, correspondances témoignent de ces débats, de ces voyages et de ces calculs. On y voit comment des savants parfois rivaux ont appris au fil du temps à confronter leurs théories au réel, à mesurer leurs erreurs, à dialoguer au-delà des frontières.

À l’heure où certains doutent encore de la rotondité de la Terre, il n’est pas inutile de revenir à cette histoire longue et complexe. Elle rappelle que la science n’est ni un dogme ni une vérité révélée, mais une construction patiente, collective, souvent conflictuelle, toujours ouverte à la révision. Comprendre comment nous avons mesuré la Terre, c’est comprendre comment se fabrique la connaissance. Et c’est peut-être aussi une manière, aujourd’hui, de reconstruire la confiance dans le savoir.

The Conversation

Étienne Ghys ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Déterminer la forme de la Terre : une aventure scientifique et politique entre la France et le Royaume-Uni – https://theconversation.com/determiner-la-forme-de-la-terre-une-aventure-scientifique-et-politique-entre-la-france-et-le-royaume-uni-276534

Paul Ehrlich, often called alarmist for dire warnings about human harms to the Earth, believed scientists had a responsibility to speak out

Source: The Conversation – USA (2) – By William J. (Bill) Kovarik, Professor of Communication, Radford University

Biologist Paul R. Ehrlich in 2010. Paul R. Ehrlich/Wikipedia, CC BY

Stanford University biologist Paul Ehrlich, who died March 15, 2026, in Palo Alto, California, was a scientific crusader whose dire predictions about population growth, world hunger and environmental collapse made headlines and sparked controversy for decades.

Sometimes called a “prophet of doom” by his detractors, Ehrlich was among the most public figures of the environmental movement. He was admired and often honored for his prophetic warnings. But he was also excoriated when his worst predictions failed to come true.

Ehrlich founded Stanford’s Center for Nature and Society in 1984 and wrote more than 40 books and over 1,100 scientific articles on ecology, the environment and population dynamics. He is best known outside of academia for writing “The Population Bomb” in 1968, along with his wife, conservation biologist Anne H. Erhlich, who survives him.

A man and woman in an airport, carrying bags and papers.
Paul Ehrlich and his wife, biologist Anne Ehrlich, arrive in New Zealand for a series of talks on population on Aug. 22, 1971.
George Lipman/Fairfax Media via Getty Images.

The book became a bestseller that was reprinted more than 20 times and translated into multiple languages. It starkly predicted that population growth would exhaust Earth’s resources, leading to wars and social collapse.

Ultimately, the book both popularized and polarized the U.S. environmental movement.

As a scholar of communications and environmental history, I see Ehrlich’s difficult fight for the environment as emblematic of the vast chasm between science on one side and political culture influenced by the mass media on the other side.

And I see Ehrlich’s passing – along with others of his generation, such as Carl Sagan, E.O. Wilson and Jane Goodall – as a loss for a world that needs visionaries and public scientists now more than ever. Public understanding of science and technology is critical for political discussion, for environmental preservation and, in the words of British physical chemist C.P. Snow, for the sake of “the poor who needn’t be poor if there is intelligence in the world.”

The battle over the book

“The Population Bomb” opened with a verbal blast: “The battle to feed all of humanity is over.” And because the “stork had passed the plow,” the Ehrlichs wrote, “hundreds of millions of people are going to starve to death.” Overpopulated India was doomed, they contended, and England “will not exist in the year 2000,” following a massive social and environmental breakdown.

These stark warnings, while overstated, seemed at least plausible at the time. Older scientists, including Snow and oceanographer Roger Revelle, had also warned about population growth overtaking food production.

The Ehrlichs were influenced by books such as the 1948 bestsellers “Road to Survival,” by ecologist William Vogt, and “Our Plundered Planet,” by paleontologist Henry Fairfield Osborn. All of these thinkers owed a debt to the original Cassandra of population catastrophe, English economist Thomas Malthus, whose 1798 book “An Essay on the Principle of Population” warned that the world’s population would inevitably outstrip its food supply.

Even worse, Malthus predicted, efforts to produce more food would simply continue the cycle of famine and poverty. However, new crops and agricultural techniques forestalled Malthus’ catastrophe in the 19th century. As a result, the term “Malthusian” came to signify overly pessimistic views about complex social problems.

Paul Ehrlich appears on ‘The Tonight Show’ with host Johnny Carson on Jan. 31, 1980.

A different sort of Malthusian

Handsome and well-spoken, Ehrlich captured the public imagination through news articles, public lectures and television appearances. “The Population Bomb” launched him into the center of a raging global debate over environment and conservation. He appeared as a guest on “The Tonight Show” with Johnny Carson more than 20 times in the 1970s and early ’80s.

This wasn’t the typical public profile for a biology professor. As New York Times reporter Robert Reinhold observed in 1969, Ehrlich was “representative, perhaps, of a growing new breed of scientists who are willing to get involved in the unscientific and sometimes rough business of crusading in public against such things as DDT, highway building and population growth.”

Not all environmental advocates agreed with Ehrlich’s view that population growth was the critical threat. Another prominent biologist, Barry Commoner, saw faulty technology as the primary source of environmental problems.

In fairness, Ehrlich and his frequent collaborator, physicist John Holdren, saw technology and population as cofactors in a complex social problem, which they summarized with the equation I = P x A x T, or Impact equals Population times Affluence times Technology. Put another way, population growth, wealth and the types of technologies people chose to use all contributed to human impacts on the environment.

The debate between Ehrlich and Commoner perplexed some people, but it showed two different approaches to environmental policy. With Commoner’s approach, technological problems such as toxic waste and nuclear radiation, would be solved through cleanups and improved processes.

Ehrlich said reducing overconsumption and addressing population growth would also help ease these challenges. To slow population growth, Ehrlich called for promoting contraception and increasing access to abortions, and perhaps even resorting to coercive methods, such as forced sterilization.

By the 1970s, a focus on population growth had become widely accepted. The first United Nations Conference on the Human Environment, held in Stockholm in 1972, ranked population growth alongside pollution and underdevelopment as the top action items on the global agenda. Later that year, a prominent European think tank, the Club of Rome, echoed Ehrlich’s warnings in its widely circulated Limits to Growth report.

Scarcity or abundance?

World population continued to grow through the 1970s and ’80s, but the impacts that Ehrlich predicted did not occur. This was largely due to the Green Revolution, a broad campaign by governments and research institutes to provide high-yield varieties of wheat and rice, along with pesticides and mechanized agriculture, to developing countries. These new tools increased harvests and dramatically reduced the risk of famine.

Agricultural scientist Norman Borlaug, a leader of this effort, received the Nobel Peace Prize in 1970. Borlaug made a point of agreeing with Ehrlich in his Nobel lecture, saying the Green Revolution was a temporary reprieve and that population control was also essential in the ongoing battle against hunger.

Conservative economists and scientists weren’t persuaded. One prominent critic, academic economist Julian Simon, argued for what came to be called the cornucopian view, which held that the only limits to growth were imagination and ingenuity. Simon said the Earth had infinite capacity to provide materials and that humans would constantly innovate and find new ways to use them.

In 1980 Simon publicly bet Ehrlich that prices of five important industrial raw materials – copper, nickel, tungsten, chromium and tin – would fall rather than rise over the next decade. Ehrlich said he would have preferred some environmental measure rather than metals, but he said resources would become scarce and prices would rise.

Simon, on the other hand, argued that markets and new technologies would drive prices down. Ultimately, although prices for these five metals had risen during the preceding decades and would also rise during the 1990s, they declined between 1980 and 1990. Simon won the bet, and Ehrlich wrote him a check in 1990 for US$576.07, the difference between the 1980 and 1990 prices.

Metals prices may not have been a good proxy for the issues that Paul Ehrlich and Julian Simon sought to capture in their famous bet.

A matter of when

After the catastrophes that Ehrlich predicted in “The Population Bomb” failed to occur, many critics had a laugh at his expense. “As you may have noticed, England is still with us. So is India,” chuckled New York Times columnist Clyde Haberman in 2015.

“Paul Ehrlich is a misanthrope who’d make you apply for a government permit to have a baby if he could,” wrote Chelsea Follett of the libertarian Cato Institute in 2023.

Ehrlich and his supporters replied that while the Green Revolution might have forestalled widespread famine, human impacts were weighing ever more heavily on the planet. Taking problems such as climate change and toxic pollution into account, Ehrlich asserted in 2009 that “The Population Bomb” had been “way too optimistic.”

In his 2023 memoir, “Life,” Ehrlich expressed deep gratitude for a 70-year career in science. However, he was frustrated over what he saw as the inability of science to penetrate America’s stubbornly unscientific political culture. He was also saddened that the environmental movement was failing to effectively oppose “the forces that pose existential threats to civilization.” Throughout his career as a public scholar, Ehrlich was never afraid to look into the abyss.

The Conversation

William J. (Bill) Kovarik does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Paul Ehrlich, often called alarmist for dire warnings about human harms to the Earth, believed scientists had a responsibility to speak out – https://theconversation.com/paul-ehrlich-often-called-alarmist-for-dire-warnings-about-human-harms-to-the-earth-believed-scientists-had-a-responsibility-to-speak-out-178492

Les hérissons ont l’ouïe fine et cette découverte pourrait nous aider à les sauver

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Lund Rasmussen, Research fellow in Ecology and Conservation, University of Oxford

En Europe, des millions de hérissons meurent en traversant les routes, mais une découverte ouvre la voie à un système d’alerte qui pourrait les empêcher de traverser à des moments dangereux.


Le hérisson est l’un des mammifères sauvages les plus connus et les plus appréciés d’Europe. Beaucoup de personnes les rencontrent dans leur jardin, entendent leur reniflement au crépuscule ou aperçoivent leur silhouette épineuse se déplacer dans la nuit.

Malheureusement, partout en Europe, les populations de hérissons diminuent rapidement. Le hérisson européen est désormais classé comme « quasi menacé » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) pour l’Europe. Il est devenu urgent de comprendre pourquoi cela se produit et ce qui peut être fait de manière réaliste pour enrayer ou inverser cette tendance.

Les nouvelles recherches que j’ai effectuées avec mon équipe montrent que les hérissons peuvent entendre des ultrasons. Grâce à cette découverte, il serait possible de concevoir des dispositifs sonores dissuasifs ciblant spécifiquement les hérissons, sans déranger les humains ni leurs animaux de compagnie. Ainsi, les signaux ultrasonores pourraient à l’avenir avertir les hérissons de l’approche de véhicules ou les éloigner des machines dangereuses.

C’est important, car l’une des plus grandes menaces pour les hérissons provient de la circulation routière. On estime que les voitures tuent chaque année un nombre considérable de hérissons à travers l’Europe, certaines études suggérant que jusqu’à un sur trois de ces animaux pourrait mourir chaque année sur les routes.

Les hérissons ne sont tout simplement pas adaptés aux infrastructures modernes. Leur principale stratégie de défense a évolué pour leur permettre d’échapper aux prédateurs naturels qui détectent les mouvements dans l’obscurité. Ils se figent, évaluent la menace, puis s’enfuient ou se recroquevillent en une boule épineuse. Face à un véhicule roulant à grande vitesse, cette stratégie leur est fatale.

Le naturaliste et réalisateur britannique David Attenborough liste des moyens d’aider les hérissons à survivre.

Les routes fragmentent également les paysages, ce qui, chez les hérissons, provoque des difficultés de trouver de la nourriture, des partenaires et de nouveaux habitats. Lorsque cela s’ajoute à des obstacles tels que des clôtures massives, une agriculture intensive, des jardins où l’on utilise des pesticides et l’utilisation généralisée de machines, comme les débroussailleuses et les tondeuses à gazon robotisées, il devient évident que le problème ne réside pas dans le comportement des hérissons. C’est l’environnement créé par les humains qui est en cause.

Le son peut-il être une solution ?

Pendant des années, je me suis posé la même question : les humains pourraient-ils avertir les hérissons avant qu’un danger ne survienne ? Pourrions-nous les éloigner des routes et des machines sans déranger les gens ?

Pour explorer cette possibilité, j’ai dû commencer par une question étonnamment simple : que peuvent réellement entendre les hérissons ?

J’ai constitué une équipe pluridisciplinaire composée d’experts spécialisés dans l’imagerie, la bioacoustique (étude de ce que les animaux entendent), le comportement animal, l’écologie des hérissons, l’expérimentation animale et l’anesthésie chez les hérissons.

À l’aide de microscanners haute résolution d’un hérisson qui avait été euthanasié dans un centre de sauvetage de la faune sauvage pour des raisons de bien-être, l’équipe a construit un modèle tridimensionnel de l’oreille moyenne et interne.

Le modèle a montré que les hérissons ont des os de l’oreille moyenne très petits et denses ainsi qu’une articulation partiellement fusionnée entre le tympan et le premier de ces os. Cela rend l’ensemble de la chaîne osseuse plus rigide, ce qui lui permet de transmettre efficacement les sons très aigus, une caractéristique des animaux, tels que les chauves-souris écholocalisatrices, qui peuvent entendre les ultrasons.

Les scans ont également révélé que les hérissons ont un petit étrier (le plus petit os de l’oreille moyenne qui relie la chaîne des os de l’oreille à la cochlée remplie de liquide de l’oreille interne). Or, un étrier plus petit et plus léger peut vibrer plus rapidement, ce qui lui permet de transmettre des ondes sonores à haute fréquence. La cochlée s’est également avérée relativement courte et compacte, ce qui lui permet de mieux traiter les vibrations ultrasoniques.

Les ultrasons désignent les fréquences sonores supérieures à 20 kHz, au-delà de la limite supérieure de l’audition humaine. Mais l’anatomie seule ne suffit pas à prouver quoi que ce soit. Pour confirmer ce que les hérissons pouvaient réellement entendre, nous avions besoin de mesures directes. Mais comment mesurer l’audition d’un hérisson ?

La mesure de l’audition des hérissons

Nous avons testé l’audition de 20 hérissons européens à l’aide d’enregistrements de réponses auditives du tronc cérébral. Sous anesthésie légère, de petites électrodes placées juste sous la peau des hérissons ont mesuré leur activité cérébrale pendant leur sommeil profond. Pendant ce temps, nous avons diffusé des sons couvrant une large gamme de fréquences et de pulsations. Si les hérissons pouvaient les entendre, leur activité cérébrale l’indiquait. Après ces tests, les hérissions étaient en bonne santé et prêts à être relâchés dans la nature le lendemain soir.

Les résultats ont été frappants. Les hérissons entendaient des sons compris entre environ 4 kHz et au moins 85 kHz, avec une sensibilité maximale autour de 40 kHz, soit bien au-delà de la gamme des ultrasons. Les hérissons peuvent donc entendre des sons que les humains, les chiens et les chats ne peuvent pas entendre. Tout cela pourrait changer la donne pour la conservation des hérissons.

En théorie, cela permettrait aux scientifiques d’utiliser des signaux ultrasoniques pour avertir les hérissons de l’approche de véhicules ou les éloigner de machines potentiellement dangereuses.

De nombreuses questions restent toutefois en suspens. Quels sons sont efficaces ? Les hérissons s’habituent-ils à certains bruits et finissent-ils par les ignorer ? Quelle est la portée des signaux ultrasoniques ?

Des recherches supplémentaires sont désormais nécessaires pour concevoir des répulsifs sonores efficaces et bénéfiques pour les hérissons, mais il s’agit là d’un pas en avant significatif. Qui sait, peut-être que l’industrie automobile pourrait contribuer au financement de ces recherches ?

The Conversation

Sophie Lund Rasmussen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les hérissons ont l’ouïe fine et cette découverte pourrait nous aider à les sauver – https://theconversation.com/les-herissons-ont-lou-e-fine-et-cette-decouverte-pourrait-nous-aider-a-les-sauver-278156

Les poussières atmosphériques, cause sous-estimée de pollution de l’air dans les villes

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanouil Proestakis, National Observatory of Athens

Transportées dans l’atmosphère parfois sur de longues distances, les poussières atmosphériques (particules en suspension dans l’air) constituent une source de pollution encore trop peu prise en compte, au regard des polluants classiques. Une analyse menée sur quinze ans de données satellitaires montre l’ampleur du risque pour les populations des mégapoles urbaines.


Les villes sont en train de devenir le principal lieu de vie humaine. En 2018, plus de 55 % de la population mondiale vivait dans des zones urbaines, une proportion qui devrait atteindre près de 68 % d’ici à 2050, selon les Nations unies.

Cette croissance urbaine sans précédent stimule l’innovation et l’activité économique, mais elle concentre également l’exposition humaine aux facteurs de stress environnementaux et intensifie la pression sur l’environnement urbain. Dans ce contexte, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné les défis multiples et les risques graves que la mauvaise qualité de l’air fait peser sur les activités socio-économiques et la santé humaine. On ne considère généralement, dans les études, la dégradation de la qualité de l’air qu’à travers les émissions de polluants tels le dioxyde d’azote (NO₂), le dioxyde de soufre (SO₂), le dioxyde de carbone (CO₂) et l’ozone (O₃).

Dans une étude récente, nous avons donc pris en compte la poussière atmosphérique (celle-ci est principalement produite par les déserts et par certaines pratiques agricoles et transportée par les vents, ndlt). Cette dernière s’accumule dans les zones urbaines et représente un facteur de risque supplémentaire trop souvent négligé, alors qu’il a des effets sanitaires délétères.

Les poussières atmosphériques, un enjeu de santé publique

Parmi les types d’aérosols contribuant à la dégradation de la qualité de l’air, les poussières atmosphériques provenant de sources naturelles et des activités humaines sont souvent considérées comme moins dangereuses. Le problème ? Cette hypothèse néglige un nombre croissant de preuves scientifiques démontrant que les poussières en suspension dans l’air constituent un danger pour la santé.

Tout d’abord, la masse de ces poussières n’est pas négligeable. En termes de masse, elles sont le deuxième type d’aérosols le plus abondant au monde, surpassé uniquement par les particules de sel marin. Dans les larges zones continentales, elles deviennent le principal composant de la charge d’aérosols atmosphériques.

Plus précisément, on estime que les sources naturelles, principalement les zones arides et semi-arides, émettent environ 4 680 téragrammes (Tg) (1 Tg = 1 milliard de kilogrammes) de poussière dans l’atmosphère chaque année. Cette estimation ne tient pas compte de la poussière déjà présente dans l’atmosphère.

À l’échelle mondiale, les processus naturels contribuent à environ trois quarts de la charge totale de poussière, le quart restant étant lié aux activités humaines, en particulier autour des zones urbaines et hautement industrialisées. Les transports, le développement des infrastructures, le changement d’affectation des sols, la déforestation, le pâturage et les pratiques agricoles peuvent être en cause.

Mettons ce chiffre en perspective : la masse de poussières en suspension dans l’air rejeté chaque année dans l’atmosphère à l’échelle mondiale correspond à 615 000 fois le poids de la tour Eiffel




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Particules fines, grandes questions

De plus, ces particules sont loin d’être uniformes en taille. Des expériences à grande échelle menées pour étudier les polluants atmosphériques ont révélé que les particules présentes dans les couches atmosphériques transportées par le vent ont des tailles très variables, allant de moins de 0,1 micromètre (μm, environ la taille d’un virus SARS-CoV-2 , ou coronavirus) à plus de 100 μm (environ le diamètre d’un cheveu humain).

Plus inquiétant encore, les données issues d’études épidémiologiques établissent un lien entre les poussières en suspension dans l’air et des risques sanitaires. Les poussières minérales de grande taille sont souvent considérées comme relativement inoffensives, ne provoquant que des irritations cutanées mineures ou des réactions allergiques, même en cas d’exposition prolongée. Il en va autrement des particules fines. En raison de leur petite taille, ces particules fines peuvent pénétrer profondément dans les poumons, ce qui peut déclencher des maladies respiratoires et cardiovasculaires, des réactions allergiques plus graves, voire des cancers.

Au-delà de ces effets directs, les scientifiques continuent d’étudier le rôle de la poussière en tant que vecteur de bactéries, comme le suggèrent les épidémies de méningite dans le désert du Sahel.

Ces préoccupations soulèvent de nombreuses questions. Dans quelle mesure la répartition (entre particules fines et particules de grande taille) des poussières en suspension dans l’air a-t-elle évolué au cours des deux dernières décennies dans les zones urbaines fortement industrialisées et densément peuplées ?

Pouvons-nous détecter des tendances significatives, à la hausse ou à la baisse, dans ces données ? Quelles grandes villes connaissent actuellement, ou sont susceptibles de connaître dans un avenir proche, des concentrations de poussières dépassant les seuils de sécurité de la qualité de l’air fixés par l’OMS ?




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Ce que montrent quinze années d’observations satellites dans les mégapoles

Afin de mieux comprendre la quantité de poussière que respirent quotidiennement les populations urbaines, notre récente étude a examiné les observations satellitaires de la Terre sur une période de plus de quinze ans. Nous avons étudié l’accumulation et les dynamiques temporelles des transports de poussière dans la couche atmosphérique la plus basse, au-dessus de 81 des plus grandes villes et zones urbaines du monde. Concrètement, nous avons retenu les zones où la population excède 5 millions d’habitants.

Les résultats révèlent plusieurs conclusions importantes :

  1. La poussière atmosphérique représente, sans aucun doute possible, une menace pour la santé publique dans un nombre important de grandes zones urbaines dans le monde. D’après les données démographiques et les projections fournies par l’ONU, environ 9 personnes sur 10, parmi les quelque 800 millions d’habitants des 81 plus grandes villes, sont exposées à des niveaux de poussière supérieurs aux seuils annuels de risque en matière de qualité de l’air. Une tendance géographique claire se dessine : les zones urbaines les plus touchées se situent au Moyen-Orient, dans le sous-continent indien (Asie du Sud), en Asie de l’Est et au Sahel.

  2. Les niveaux de poussière semblent diminuer dans la plupart des grandes villes. Cependant, cette nouvelle encourageante s’accompagne de deux réserves importantes : dans de nombreux cas, ces tendances temporelles à la baisse ne sont pas statistiquement significatives et, souvent, la charge globale de poussière reste considérable. En d’autres termes, même lorsque des réductions sont observées, elles ne se traduisent pas nécessairement par une diminution significative des risques pour la santé.

  3. À court terme, ce problème ne devrait pas disparaître. Selon les estimations de l’ONU, la population urbaine de ces mégapoles devrait augmenter pour atteindre plus d’un milliard de personnes au milieu des années 2030.

Par conséquent, la poussière atmosphérique restera un danger environnemental pour la santé. Même si les tendances à la baisse devaient se confirmer, cette pollution touchera davantage d’habitants du fait de l’augmentation des populations dans les villes.

De la science à la politique

En réponse aux preuves scientifiques de plus en plus nombreuses qui montrent que les poussières en suspension dans l’air constituent un risque pour la santé humaine, les pays renforcent peu à peu leurs législations en matière de qualité de l’air. Des initiatives nationales et internationales ont été lancées.

Des initiatives telles que le SDS-WAS de l’Organisation météorologique mondiale, l’alliance DANA et le programme CAMS NCP reflètent une collaboration croissante pour améliorer la surveillance, la modélisation et la traduction de la science en solutions pratiques. Parallèlement, les gouvernements s’efforcent d’aligner leurs réglementations sur les recommandations de l’OMS.

Par exemple, la directive révisée de l’Union européenne (UE) sur la qualité de l’air ambiant reconnaît explicitement les aérosols naturels tels que la poussière comme un danger pour la santé. Les progrès de la recherche, la coordination des politiques et l’amélioration de la réglementation constituent, ensemble, une base plus solide pour agir.

Avec l’accélération de l’urbanisation, la lutte contre la pollution de l’air, notamment la poussière atmosphérique, est essentielle pour protéger la santé publique, renforcer la résilience des villes et garantir un avenir plus durable aux villes du monde entier qui connaissent une croissance rapide.


Créé, en 2007, pour aider à accélérer et à partager les recherches scientifiques sur des enjeux sociaux majeurs, le Fonds d’Axa pour la recherche soutient près de 700 projets dans le monde. Pour en savoir plus, visiter le site ou bien sa page LinkedIn.

The Conversation

Emmanouil Proestakis a reçu des financements du Fonds AXA pour la recherche postdoctorale dans le cadre du projet intitulé « Observation de la Terre pour la qualité de l’air – Mode fin de la poussière » (EO4AQ-DustFM).

ref. Les poussières atmosphériques, cause sous-estimée de pollution de l’air dans les villes – https://theconversation.com/les-poussieres-atmospheriques-cause-sous-estimee-de-pollution-de-lair-dans-les-villes-277882

Formula 1’s 2026 rules: new sustainability rules are changing the way races are won

Source: The Conversation – UK – By Paolo Aversa, Professor of Strategy, King’s College London

The first races under Formula 1’s new regulations delivered exactly what the sport’s rule-makers had hoped for: more overtaking. At the recent Australian Grand Prix in Melbourne, passes on track nearly tripled compared with the previous year. At the Chinese Grand Prix over the weekend the increase was less extreme, but still noticeable.

This revealed something unexpected about Formula 1’s new generation of cars. Many of the passes did not come from the classic ingredients of racing – a driver braking later into a corner, carrying more speed through the apex, or finding a daring line. Instead, they often happened when one car temporarily ran out of electrical power.

Under one of the most significant rule changes in the sport’s history, roughly half of a Formula 1 car’s output now comes from its electric motor. Drivers must carefully manage when their batteries deploy or regenerate energy. When the battery runs low, the car temporarily becomes vulnerable. Once the battery is recharged by recovering energy from braking, the driver can attack again. These cycles can create sudden swings in performance within a race.

This is raising questions about whether Formula 1’s push for sustainability is changing how races are won.

A greener engine era

Under the new regulations, the cars still look like Formula 1 machines. But the way they generate and deploy power is very different. The familiar turbocharged combustion engine remains, but it now shares power almost equally with the electric system.

The combustion engine also now runs on 100% sustainable fuel, designed to be carbon-neutral over its lifecycle. The cars themselves are smaller and lighter, with new active aerodynamic systems aimed at reducing air resistance on straights.

Major rule changes often trigger waves of experimentation as teams search for new advantages, and managing energy has suddenly become central to racing strategy. In a study published in Organization Science, my colleagues and I showed that Formula 1 teams face a classic strategic trade-off: incremental improvements are safe but rarely transformative, while radical innovations can produce breakthrough performance – or spectacular failure.

A new kind of racing

The Australian Grand Prix offered an early glimpse of how racing is being affected. Early in the race, Mercedes driver George Russell and Ferrari’s Charles Leclerc repeatedly overtook each other within a few laps. But the pattern was unusual: neither driver was consistently faster. Instead, their cars were alternating between phases of energy depletion and recharge. The result looked less like traditional racing and more like a strategic ebb and flow of electrical power.

In the new hybrid era, drivers may need to adjust braking points or racing lines to regenerate electricity efficiently. They may even need to lift their foot from the throttle when in past seasons the same situation would have called for flat-out acceleration.

Some drivers have already expressed concerns that the new cars could feel less instinctive if energy constraints become too restrictive. If success increasingly depends on managing software systems and electrical energy flows, some drivers may feel that the essence of their craft is shifting. After the Chinese Grand Prix, veteran racer Fernando Alonso called this the “battery world championships”, and recent champion Max Verstappen likened it to Mario Kart.

The F1 sustainability paradox

Formula 1 has long argued that it operates like a moonshot laboratory, where extreme competition accelerates development. Technologies refined in racing have later appeared elsewhere, from advanced braking and handling systems in road cars to sensor technologies now used in hospitals. Even the choreography of Formula 1 pit stops has inspired procedures used by emergency medical teams.

The new generation of engines aims to extend that tradition by demonstrating sustainable innovation through advanced hybrid systems and sustainable fuels. But there is a paradox here. Early estimates suggest Formula 1’s new synthetic, net-zero fuel could cost hundreds of dollars per litre, more than ten times the cost of conventional racing fuel – and a hundred or more times the cost of regular petrol.

While this shows what is technically possible, unless production costs fall dramatically these fuels may remain confined to racing or high-performance supercars. In other words, the sport may develop impressive sustainable technologies – but ones that remain too expensive for everyday mobility.

Racing for the future

None of this means the regulations have failed. Formula 1 has a long history of dramatic rule changes producing awkward early seasons before engineers unlock their potential. Previous technological revolutions such as ground-effect aerodynamics in the late 1970s or the hybrid power units introduced in 2009 and then in 2014 required years of refinement before teams fully mastered them. Something similar may happen this year.

The first two races of the new season offered a first hint of tension facing the sport, but whether it ultimately produces better racing remains uncertain. At times, the difference between new and old F1 resembles the contrast between choreographed WWE matches and Olympic wrestling: more visually dramatic, yet less about raw athletic contest.

What is clear is that the 2026 regulations have already begun to reshape Formula 1 in ways few expected.

The Conversation

Paolo Aversa does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Formula 1’s 2026 rules: new sustainability rules are changing the way races are won – https://theconversation.com/formula-1s-2026-rules-new-sustainability-rules-are-changing-the-way-races-are-won-278342

Can animals sense earthquakes?

Source: The Conversation – UK – By Rachel Grant, Senior Lecturer in Bioscience, London South Bank University

Roomanald/Shutterstock

For centuries, unusual animal behaviour before earthquakes has been reported worldwide. Livestock becoming restless, wildlife disappearing and snakes emerging from hibernation in the middle of winter. For a long time, scientists dismissed such observations as folklore.

In recent years, however, systematic research has begun to explore whether animals genuinely respond to environmental changes preceding major earthquakes. Although earthquakes are hard to predict even for humans, several studies suggest intriguing patterns in animal behaviour before seismic events.

As the world population increases, more people will be affected when earthquakes happen, making this research more important than ever.

My own research journey began with a serendipitous observation in Italy. I was studying the effects of moon phases on toad reproduction at San Ruffino Lake in 2009, when the toads disappeared for five days. They returned only after a magnitude 6.3 earthquake struck the city of L’Aquila, about 50 miles away.

This observation formed the basis of my 2010 study showing that 96% of common toads abandoned their breeding site five days before the 2009 L’Aquila earthquake. It was one of the first studies to quantify a shift in wild amphibian behaviour before seismic activity. Amphibians’ permeable skin makes them especially sensitive to changes in water chemistry which could make their behaviour a potential early warning of seismic activity.

I also conducted a multi-species study of Yanachaga National Park, Peru, before a major earthquake in 2011. A charity called Wildlife Insights (formerly Team Network) places cameras in many locations in national parks for conservation monitoring. I looked for parks where a large earthquake had occurred and analysed the charity’s photographs for Yanachaga National Park.

The motion-activated cameras recorded a sharp decline in animal activity in the weeks leading up to the quake. Daily counts fell from typical values of around five to 15 separate animal records per day to fewer than five, across all seven orders of vertebrates in the forest. In the final 24 hours before the quake, animal movements completely ceased.

I compared records from around the time of the earthquake to seismically quiet periods in the same season. I found that during less seismically active times, animal numbers stayed constant.

In Peru, the steep decline in activity was pronounced not only in small and medium sized rodents such as pacas and capybaras but also in bigger animals like long nosed armadillos. This “silencing” of the forest suggests that earthquake-related cues affect entire animal communities rather than just one species.

It’s not just wildlife

Research has shown that livestock around the world, particularly cows, also show signs of pre-seismic behavioural and physiological change.

Close up of brown and white cows
Cows seem particularly prone to unusual behaviour before an earthquake.
cctm/Shutterstock

There are numerous reports of cows panicking and wandering around in areas where they would not normally be seen. For example, stories that cows converged on San Francisco’s Chinatown in 1906 prior to a large earthquake which killed 3,000 people. In 2012, a blog post circulated on the internet showing photographs of cows entering a suburb of Malaysia’s capital city, Kuala Lumpur, and feeding in gardens, two days prior to a magnitude 8.6 earthquake off the coast of Sumatra.

Several Japanese studies have monitored dairy cows using automated milking and activity systems. These studies have reported modest but statistically significant reductions in milk yield and changes in rumination or restlessness in the days preceding some local earthquakes.

Pets seem to be affected too. In 2011, a massive magnitude 9.1 earthquake struck off the northeast coast of Honshu in Japan, generating a tsunami that disabled three nuclear reactors. Post earthquake questionnaires surveyed 1,259 dog owners and 703 cat owners about their pet’s behaviour before the earthquake. About 19% of dog owners and 16% of cat owners reported unusual behaviour. Restiveness was a dominant behaviour in both species, usually within one day prior to the quake. It’s important to note though, that post-event recollections are not considered as scientifically robust as data collected in real time.

What might animals be sensing?

The key question is not whether animals behave differently, but why.

One leading hypothesis, proposed by Friedemann Freund (a scientist for NASA), focuses on environmental changes caused by stress building up in rocks as tectonic plates shift, prior to large earthquakes, releasing electrically charged particles.

These particles can alter the properties of air and soil in the area by increasing the number of positive airborne ions (electrically charged molecules) and appear to affect stress levels and behaviour in animals (including humans). More research is needed but the phenomenon may help explain the changes in animal behaviour before the Italian and Peruvian earthquakes.

However there are many other cues which could contribute to unusual animal behaviour before earthquakes. For example vibrations, disturbances to the local electromagnetic field or sounds outside of human hearing range. We still don’t know exactly which signals, or combination of cues, explains the behaviour.

Despite growing evidence that animals can sense environmental changes preceding earthquakes, the scientific community remains cautious. Several studies have found unusual animal behaviour before earthquakes could later be explained by normal seasonal activity.

Then there’s the fact that earthquakes are rare, which makes the phenomenon difficult to study. I believe animals simply move away from unpleasant or unusual environmental changes, rather than “predicting” earthquakes.

Of ants and earthquakes

There are ongoing studies that may help us learn more about animal behaviour and earthquakes. A systematic trial called Animal Alerts is underway in Lima, Peru, an area with a high level of seismic activity. Researchers have fitted dogs with smart collars which record their heart rate, movement and other parameters in real time.

A 2013 study carried out long-term observations of red wood ant mounds on active faults (cracks in the Earth’s crust that have recently moved and may cause earthquakes). The researchers reported alterations in daily activity rhythms of the ants living on these fault lines. Building on this work, my postgraduate research student, Shanza, is studying earthquake precursors for her master’s degree. She aims to identify which animal species are most likely to respond to early earthquake signals such as positive ions or magnetic field fluctuations. She then plans to simulate some of these conditions in the lab, using ants as a model species.

Animal data alone are unlikely to give reliable earthquake warnings. But the more we can combine animal data with environmental measurements, the closer we will come to reliable forecasts of earthquake hazard risk.

The Conversation

Rachel Grant does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Can animals sense earthquakes? – https://theconversation.com/can-animals-sense-earthquakes-275464

The shot that could stop cancer before it begins – and why getting it early matters

Source: The Conversation – UK – By Jiayao Lei, Assistant Professor in Epidemiology, Karolinska Institutet

Halfpoint/Shutterstock

When 12-year-olds receive a letter from the school nurse about the HPV vaccine, their reactions are often mixed. Some students worry about the needle. Others wonder why they need a vaccine for something they have never heard of.

What many of them may not realise is that this routine school vaccination protects against a virus that can cause cancer later in life. For many students, the letter is the first time they encounter a remarkable idea: that a vaccine can help prevent cancer before it even starts.

The evidence for that protection is now becoming clear. In our recent study, we analysed long-term health data from girls and young women followed for nearly two decades and found that the HPV vaccine greatly reduces the risk of cervical cancer.

This matters because cervical cancer remains one of the most common cancers affecting women worldwide, despite being largely preventable. Importantly, the protection does not appear to weaken over time.

Human papillomavirus (HPV) is one of the most common viruses in the world. Most people will get it at some point in their lives, often without knowing it. In many cases, the body clears the virus naturally. But some types of HPV can remain in the body for years and gradually damage cells. Over time, this can lead to cancer.

How the HPV vaccine prevents cancer

HPV causes almost all cervical cancers and can also lead to other cancers in both men and women, including cancers of the throat, anus, penis, vagina and vulva. Because these cancers usually develop slowly, often many years after infection, preventing the virus early is the most effective way to stop them.

That is exactly what the HPV vaccine is designed to do.

To understand how well the vaccine works in real life, we followed 926,362 girls and young women in Sweden over 18 years in a nationwide population study. Some had received the HPV vaccine, while others had not.

Over time, far fewer people who were vaccinated developed cervical cancer compared with those who were not vaccinated. This shows that the vaccine helped protect many people from getting cervical cancer.

We also found that the age at vaccination matters. Girls who received the vaccine before the age of 17 were much less likely to develop cervical cancer later in life. In fact, their risk was about four times lower than girls who had not been vaccinated. People vaccinated later still gained some protection, but the benefit was smaller.

The reason is straightforward. The vaccine prevents HPV infection, but it cannot remove an infection that has already occurred. Vaccinating earlier, ideally before exposure to the virus, allows the immune system to build protection in advance. This is why HPV vaccination is often offered to young teenagers through school vaccination programmes.

Lasting protection

A common question about vaccines is whether their protection fades over time. The results of our study are reassuring.

We followed participants for up to 18 years after vaccination and found no evidence that protection declined over time. Once the vaccine created protection, it continued working year after year. Long-lasting protection means the vaccine can guard against the virus during the years when it matters most.

Many countries now recommend HPV vaccination for both girls and boys, usually in early adolescence. Vaccinating boys protects them from HPV-related cancers and also helps reduce the spread of the virus.

For many adults today, the HPV vaccine did not exist when they were teenagers. Younger generations now have a powerful opportunity: they can prevent certain cancers before they begin.

A future where cancers caused by HPV can largely be prevented may begin with a simple vaccine given in adolescence.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The shot that could stop cancer before it begins – and why getting it early matters – https://theconversation.com/the-shot-that-could-stop-cancer-before-it-begins-and-why-getting-it-early-matters-277006