Comment la présence de MSC Croisières dans les ports français est devenue un enjeu de souveraineté nationale

Source: The Conversation – in French – By Ronan Kerbiriou, Ingénieur d’études, Université Le Havre Normandie


L’ESSENTIEL

  • Les chantiers de Saint-Nazaire sont dépendants la construction des paquebots géants, notamment du groupe MSC, première entreprise de transport maritime mondial.

  • Une étude met en lumière l’importance de ces entreprises de navigation touristique pour l’économie des ports français.

  • Au-delà des bateaux de tourisme, les territoires portuaires français cherchent à diversifier leurs activités.


L’été s’est installé en France et la saison des contestations des croisières est relancée. Symbole du tourisme de masse, la croisière est critiquée en raison des pollutions (visuelles, atmosphériques, sonores), des impacts environnementaux et du surtourisme qu’elle entraîne dans les villes portuaires.

En France, la Mediterranean Shipping Company (MSC) occupe une place majeure dans l’activité de la croisière maritime et dans le système productif. Les chantiers navals de Saint-Nazaire, 10 000 emplois (directs et indirects), sont dépendants de ces commandes de paquebots géants.

Ces dernières années, une double interdépendance touristique et industrielle s’est construite entre cet armateur et un certain nombre de territoires portuaires. Cette interdépendance implique un risque sur la capacité des autorités à mettre en place des régulations à l’encontre de cette activité sujette à débat.

Notre recherche s’inscrit dans le cadre théorique des réseaux de production globalisés, et plus spécifiquement sur la façon dont les activités productives s’ancrent dans des territoires. Ces derniers cherchent à attirer des investissements, des capitaux et des flux pour créer de la valeur et du développement, dans un processus qualifié de couplage stratégique dans la littérature.

MSC Croisières est un cas particulièrement intéressant. C’est un des principaux armateurs de croisières au monde, avec un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros en 2024 et environ 20 000 collaborateurs. Cette filiale fait également partie du groupe MSC, première entreprise de transport maritime mondial et très implantée dans les ports français, notamment via les terminaux de sa filiale TIL.

18 % de parts de marché en France

Depuis la période post-pandémie de Covid-19, MSC Croisières a augmenté son nombre d’escales en France, passant d’une centaine par an à plus de 350 en 2025. Sa part de marché est passée de 11 % en 2015 à 18 % en 2025.

Marseille concentre une part significative de son activité avec 276 escales réalisées en 2025 (contre 124 en 2018). Ainsi, en 2025, 40 % des escales de croisière à Marseille ont été opérées par MSC. La croissance de l’activité du groupe italo-suisse concerne également d’autres ports : Le Havre (de 3 à 27 escales), Cherbourg (de 3 à 11) ou encore Ajaccio (de 0 à 8).

Évolution du nombre d’escales de MSC Croisières.
Fourni par l’auteur

Dans ces villes portuaires, l’activité croisière de MSC est souvent vue comme un levier de développement territorial.

Investissements dans les villes portuaires

Les villes portuaires tentent de s’insérer dans les circuits de croisières en réalisant des investissements majeurs avec plus de 100 millions d’euros au Havre et 200 millions d’euros à Marseille.




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Des terminaux spécialisés avec branchements à quai sont mis à disposition des armateurs pour réduire les émissions polluantes locales et atmosphériques et réaliser des « escales zéro fumée ». Cela répond à une source de contestation majeure contre ce secteur d’activité et d’anticiper les futures réglementations européennes sur l’obligation du branchement à quai des navires passagers.

Ces actions se positionnent dans une forme de développement spéculatif avec l’espoir de retombées économiques pour la ville portuaire, sans certitude sur la pérennité des itinéraires des navires et sur la portée des retombées économiques territoriales.

Maintenir à flot Saint-Nazaire

Depuis le début du XXIe siècle, MSC Croisières fait des Chantiers de l’Atlantique, situés à Saint-Nazaire, son principal constructeur de paquebots – 24 sur les 34 de sa flotte.

MSC s’inscrit comme le client majeur du dernier grand chantier naval français en étant à l’origine de la moitié de son chiffre d’affaires entre 2012 et 2024 – 7,2 milliards d’euros sur un total de 15,3 milliards d’euros. Cette relation s’inscrit sur le long terme avec un carnet de commande de six navires à l’horizon 2031 pour un total de neuf milliards d’euros.

Cette importance des commandes a permis d’éviter la faillite des chantiers navals et de doubler le nombre d’emplois relevant de la construction navale dans la zone d’emploi de Saint-Nazaire au cours des dix dernières années.

Évolution du nombre de salariés dans la construction navale dans la zone d’emplois de Saint-Nazaire.
URSSAF, Fourni par l’auteur

Souveraineté nationale

Dans un contexte de restructuration industrielle, le maintien des compétences et du tissu industriel dans le secteur de la construction navale apparaît comme un enjeu stratégique majeur. Il concerne notamment les capacités de production militaire, en particulier en lien avec Naval Group.

Le lancement du nouveau porte-avions « La France Libre », annoncé par le président Emmanuel Macron en mars 2026, illustre la nécessité de préserver les capacités de construction navale. Cependant, les commandes militaires, par nature irrégulières, ne suffisent pas à garantir la viabilité économique à long terme du secteur.

Illustration du futur porte-avion français « La France libre ».
Rama/Wikimedia

La construction de navires de croisière, qui requiert un haut niveau de technologie et d’expertise, s’avère primordiale pour le maintien de l’emploi et des compétences. L’armateur italo-suisse contribue pleinement à l’ancrage productif et à la pérennité à long terme d’un secteur stratégique pour la souveraineté militaro-industrielle française et européenne.

Concentration de MSC Croisières dans les ports français

Les dimensions touristiques et industrielles de MSC mettent en évidence une forte concentration des formes d’ancrage territorial au sein des territoires portuaires. Il y a donc un couplage stratégique entre la firme MSC et les ports français, représentés par une pluralité d’acteurs – gestionnaires des ports, collectivités territoriales, clusters industriels, notamment de la construction navale, acteurs locaux du tourisme et l’État.

S’il existe une interdépendance, elle est asymétrique et nécessite d’appréhender les rapports de pouvoir qui en découlent. Ces écosystèmes territoriaux sont exposés aux décisions d’une firme susceptible, pour diverses raisons, de réorienter la localisation de ses activités ou de ses circuits de croisière, de se désengager ou de contourner certains ports.

Il existe donc un risque : la dépendance économique à l’égard d’un acteur dominant. Elle peut conduire les institutions publiques, qu’elles soient locales, régionales ou nationales, à une certaine réticence lors de la mise en œuvre de réglementations visant à limiter les externalités négatives de l’activité de croisière.

Dans ce contexte, une forme de compromis semble se dessiner, fondée sur la poursuite de l’activité parallèlement à une évolution progressive des normes et des pratiques, comme en témoigne la Charte croisière durable en Méditerranée, signée entre la Cruise Lines International Association (CLIA) et l’État français en 2022, puis renouvelée en 2025.

The Conversation

Nathan Gouin a reçu des financements de Délégation Interministérielle au Développement de Vallée de la Seine, dans le cadre du projet “Réindustrialisation, Transitions et Logistique”

Ronan Kerbiriou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment la présence de MSC Croisières dans les ports français est devenue un enjeu de souveraineté nationale – https://theconversation.com/comment-la-presence-de-msc-croisieres-dans-les-ports-francais-est-devenue-un-enjeu-de-souverainete-nationale-285510

L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants

Source: The Conversation – in French – By Susanne Durhuus-Andersen, Senior Clinical instructor in the School of Dentistry, University of Copenhagen

Les dents de lait de votre enfant, délicates et d’un blanc crayeux, tombent. À votre grande surprise, les dents qui poussent à leur place sont fragiles, et présentent des taches jaune-brun. Cette pathologie dentaire est appelée hypominéralisation molaire-incisive. Il s’agit d’une affection presque aussi fréquente que les caries, mais qui demeure méconnue en dehors des professionnels du secteur dentaire. Et même au sein de celui-ci, elle est souvent mal diagnostiquée.


L’hypominéralisation molaire-incisive (MIH) affecte la façon dont certaines dents définitives se forment durant la petite enfance. Elle n’est pas causée par un manque de brossage, la consommation de sucre ou de mauvaises habitudes d’hygiène dentaire, mais par un phénomène qui perturbe la formation de l’émail, avant même que les dents ne percent.

Dans le cadre de notre travail, à la clinique universitaire de l’hôpital dentaire de l’Université de Copenhague, nous recevons de nombreux enfants et adolescents atteints de cette pathologie et nécessitant une prise en charge.

Les raisons pour lesquelles certains enfants développent une MIH et d’autres non ne sont pas encore pleinement comprises. Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette affection est plus fréquente qu’on ne le pense généralement.

En Scandinavie, l’hypominéralisation molaire-incisive affecte 28 % des enfants, ce qui la place parmi les pathologies dentaires les plus répandues. Des études ont révélé qu’elle est très fréquente à travers l’Europe, alors qu’elle semble moins poser problème en Afrique et en Asie.

Les chercheurs tentent encore de comprendre les raisons de ces variations. À l’heure actuelle, on soupçonne qu’elles reposent en grande partie sur des différences de diagnostic et de signalement, ainsi qu’à la fréquence des maladies de la petite enfance, ou encore à des facteurs génétiques.

La MIH reste toutefois une énigme pour la médecine dentaire, alors même qu’elle affecte un nombre important d’enfants dont elle peut laisser les dents définitives durablement fragilisées et décolorées. Voici ce que l’on en connait à ce jour, sur la base des recherches les plus récentes.

Qu’est-ce que la MIH ?

L’émail, la fine couche qui recouvre nos dents, est le matériau le plus dur de notre corps. Chez les enfants atteints de MIH, le développement de l’émail dentaire a été perturbé, et ce dernier contient moins de minéraux que la normale.

Cette anomalie du développement survient tôt dans la vie de l’enfant, pendant que les dents se forment à l’intérieur de la mâchoire, soit généralement entre la naissance et l’âge de deux ans.

Il en résulte des dents dont l’aspect diffère de la normale, et qui sont plus susceptibles de se fracturer.

Le plus souvent, l’émail touché est celui des premières molaires définitives (les fameuses « dents de six ans »), ainsi que celui des incisives.

Outre les signes visibles, la MIH pose un autre problème moins évident : elle peut mener les enfants à éviter de se brosser les dents, parce que cela leur fait mal. Ils peuvent également ressentir une sensibilité dentaire lorsqu’ils consomment des boissons ou des aliments froids ou chauds.

La recherche a identifié cinq causes possibles à la MIH, parmi lesquelles :

Que peuvent faire les parents ?

Tout d’abord, il est important de comprendre qu’en l’état actuel des connaissances actuelles, il n’est pas possible de prévenir la MIH. En tant que parent, il n’y a donc rien que vous puissiez faire pour empêcher son apparition.

Cela dit, certaines mesures peuvent améliorer la situation. La plus évidente est le brossage des dents avec un dentifrice fluoré. Ce point est extrêmement important : en effet, l’émail dentaire des jeunes enfants est plus tendre que celui des adultes, ce qui signifie que leurs dents sont plus difficiles à garder propres, et davantage exposées au risque de caries.

Il est également important d’aider votre enfant à développer une bonne relation avec le dentiste. Un point de départ est de présenter positivement ce que font les dentistes, afin de lui faire comprendre que le rôle de ces professionnels est de l’aider à mieux protéger ses dents, afin qu’elles ne le fassent pas souffrir et ne se cassent pas. Autre point à souligner : si une dent le fait souffrir, il faut apprendre à votre enfant à indiquer précisément l’endroit où elle est située, et de quelle façon elle le fait souffrir.

Que peut faire le dentiste ?

Si votre enfant est atteint de MIH, le dentiste évaluera l’étendue de l’atteinte et classera les dents touchées en fonction de son niveau : légère, modérée ou sévère.

Les molaires atteintes de MIH légère sont traitées avec un gel fluoré concentré, ou scellées avec un revêtement plastique transparent, afin de les protéger des caries (voire les deux à la fois).

Les molaires atteintes de MIH modérée reçoivent des obturations temporaires. La dent étant très sensible, une anesthésie est nécessaire.

Les molaires atteintes de MIH sévère sont obturées et, dans les cas les plus graves, une couronne en acier inoxydable. Ce capuchon métallique protège la dent de la casse, des caries et de la douleur.

Dans de rares cas, le dentiste peut proposer d’extraire complètement la dent, si son pronostic à long terme est trop mauvais. Ce type de décision est généralement pris entre huit et dix ans.

Les incisives ne présentent généralement qu’une MIH légère à modérée. Elles ne sont donc souvent pas traitées dans un premier temps.

Lorsque les enfants atteints de MIH grandissent, ils demandent souvent un traitement esthétique. Celui-ci consiste généralement en un blanchiment associé à un type de traitement reposant sur l’infiltration, dans l’émail, d’une résine fluide. Celle-ci comble les espaces vides dans la structure de l’émail, ce qui fait disparaître la décoloration : la couleur de la couronne de la dent est alors normale et uniforme.

À l’âge adulte, si les molaires sont sévèrement touchées, la pose d’une couronne ou d’un inlay en céramique peut être envisagée.

Quelles perspectives ?

Pour véritablement s’attaquer à l’hypominéralisation molaire-incisive et à ses conséquences pour les dents des enfants, la première étape serait de déterminer son ampleur réelle de façon plus précise. Cela suppose de mettre en place des études plus solides et plus homogènes que celles actuellement disponibles, et de définir un meilleur consensus au sein de la profession sur la façon de diagnostiquer cette pathologie et d’enregistrer les données qui la concerne.

Par ailleurs, les chercheurs s’efforcent aussi de répondre à certaines des questions les plus fondamentales : quels sont les principaux facteurs déclenchants ? Pourquoi certains enfants développent-ils cette pathologie tandis que d’autre sont épargnés ?

À long terme, les connaissances acquises grâce à ces nouvelles recherches devraient améliorer les traitements et éviter que cette pathologie n’entraîne des problèmes dentaires durables, ce qui permettra de réduire le recours répété aux soins dentaires, lesquels sont souvent difficiles pour les enfants (et les adultes).


Cet article a été commandé dans le cadre d’un partenariat entre Videnskab.dk_ et The Conversation ; il est également publié en danois._

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. L’hypominéralisation molaire-incisive, une anomalie dentaire mal connue qui touche des millions d’enfants – https://theconversation.com/lhypomineralisation-molaire-incisive-une-anomalie-dentaire-mal-connue-qui-touche-des-millions-denfants-286284

De la télévision au tourisme : comment Camping Paradis transforme la fiction en expérience

Source: The Conversation – in French – By Erwan Boutigny, Maître de Conférences en Sciences de Gestion et du Management, Université Le Havre Normandie

Vous aimez regarder Camping Paradis ? Eh bien, vivez l’expérience maintenant ! La série à succès de TF1 labellise désormais des campings pour proposer à ses fans de vivre « comme s’ils y étaient ». Que traduit cette évolution sur les attentes des consommateurs ? Et sur le modèle économique des fictions ?


Depuis sa première diffusion en 2006 sur TF1, Camping Paradis s’est imposée comme une série incontournable du paysage audiovisuel français. Alors qu’elle célèbre cette année son vingtième anniversaire, la série ne se contente plus d’être un succès télévisuel. Son univers s’est progressivement transformé en une offre touristique. Depuis 2020, des campings labellisés « Camping Paradis » proposent aux vacanciers de vivre dans la réalité l’univers de la série. Aujourd’hui, la franchise compte près d’une centaine de campings en France, offrant aux fans la possibilité de prolonger concrètement leur expérience.

Loin d’être un simple coup marketing, ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large de transformation des œuvres culturelles en expériences concrètes. À l’image de grandes franchises internationales comme Star Wars ou Harry Potter, certaines séries ne se limitent plus à leur format d’origine. Elles se déploient à travers différents supports et espaces, créant des univers immersifs. Dans ce contexte, Camping Paradis propose une version accessible et ancrée dans le quotidien de cette logique : celle d’un tourisme inspiré par la fiction. Plus qu’un simple produit dérivé, Camping Paradis illustre une évolution des industries culturelles. Les œuvres peuvent également chercher à être vécues. Une transformation qui interroge la manière dont nous prolongeons notre rapport aux fictions.




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De la fiction à la franchise

À rebours du paradigme « Adult Only », Camping Paradis met en scène la vie d’un camping en bord de mer, dirigé par Tom Delormes, personnage central incarné par Laurent Ournac. Chaque épisode repose sur une structure simple et efficace : des vacanciers arrivent avec leurs histoires personnelles, traversent des difficultés, puis trouvent une résolution positive. Les thèmes abordés (amitié, amour, famille) participent à construire une image idéalisée des vacances et c’est précisément cet imaginaire qui va être exploité. Fort de cette popularité, TF1 Licensing a décidé de prolonger la valeur de la série au-delà de ses diffusions. Des campings existants peuvent désormais adopter le label « Camping Paradis » en respectant un cahier des charges précis : décors inspirés de la série, animations, ambiance conviviale, voire formation du personnel via la « Camping Paradis Academy ». Ainsi, la série ne se contente plus d’être regardée : elle se vit et propose aux vacanciers de devenir les acteurs d’un univers qu’ils connaissaient déjà en tant que spectateurs. L’univers fictionnel devient ainsi une véritable marque, générant une activité économique dans un secteur du tourisme particulièrement dynamique.

De la fiction à la marque

Ce passage de la télévision à l’expérience touristique s’inscrit dans une logique de « transmédialité », où une œuvre ne se limite plus à un seul support, mais se déploie sur différents médias tout en conservant son identité. Chaque nouvelle déclinaison vient enrichir l’expérience globale. Si cette logique peut d’abord répondre à un objectif narratif, elle constitue également un puissant levier économique : en multipliant les points de contact avec le public, les détenteurs des droits prolongent la durée de vie commerciale de leurs œuvres et créent de nouvelles sources de revenus, bien au-delà de leur diffusion initiale. Cette dynamique est aujourd’hui portée par de grands acteurs du divertissement, à l’image de Netflix, qui développe avec les « Netflix House » des espaces immersifs permettant aux spectateurs d’entrer physiquement dans l’univers de leurs séries préférées. Souvent associée à de grandes franchises internationales comme Star Wars ou Harry Potter, la « transmédialité » trouve également sa place dans des œuvres plus modestes, comme Camping Paradis. Les campings labellisés illustrent cette extension de l’univers de la série vers une expérience touristique. Ainsi, l’œuvre ne constitue alors plus seulement un récit : elle devient une marque capable de créer de la valeur bien au-delà de son support d’origine.

Vivre la fiction

Dans le cas de Camping Paradis, il ne s’agit pas simplement de produits dérivés ou de stratégie marketing. Contrairement à la simple reproduction de décors, les campings franchisés offrent une immersion où le spectateur devient acteur de l’univers. La série devient un cadre réel dans lequel les individus peuvent évoluer. Les campings franchisés recréent l’atmosphère de la fiction à travers des éléments matériels (décors, costumes, objets) mais aussi immatériels (ambiance, interactions humaines, valeurs). Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis une trentaine d’années : une offre culturelle ne se limite plus à un objet ou à un service, mais se conçoit comme une expérience. L’enjeu n’est plus seulement de proposer, mais de faire vivre.

Cette transformation correspond à une évolution des attentes du public. Les consommateurs ne cherchent plus uniquement à regarder des contenus, ils recherchent désormais des dispositifs qui prolongent émotionnellement les univers culturels auxquels ils sont attachés. L’industrie du divertissement tend ainsi à se rapprocher des industries d’expériences, où l’émotion et l’immersion deviennent des sources centrales de valeur, comme en témoignent les innovations au sein des musées.

Les téléspectateurs connaissent déjà les codes : les soirées dansantes, la convivialité, Tom Delormes, le célèbre tee-shirt bleu. Lorsqu’ils arrivent dans un Camping Paradis, ils ne découvrent pas un lieu inconnu : ils retrouvent un univers familier. Ce sentiment de familiarité s’explique par les mécanismes d’identification aux œuvres de fiction. Les travaux de Hans Robert Jauss permettent de comprendre que le lien entre une fiction et son public ne se limite pas au simple visionnage : il repose sur différentes formes d’attachement. Déjà en 1998, en étudiant le phénomène Hélène et les garçons, Dominique Pasquier montrait combien les téléspectateurs pouvaient s’approprier les personnages et leur univers. Un attachement qui, aujourd’hui, peut aller jusqu’à vouloir les vivre.

Pourquoi vivre la fiction ?

Ainsi, plusieurs formes d’identification apparaissent dans Camping Paradis. L’identification par sympathie est particulièrement forte : les personnages y sont ordinaires, proches du quotidien des téléspectateurs, ce qui facilite l’attachement émotionnel. L’identification admirative joue également un rôle important, notamment à travers le personnage de Tom Delormes, figure bienveillante et rassurante. Cette proximité contribue à donner aux vacanciers l’impression qu’ils retrouveront, dans les campings franchisés, l’esprit de la série au-delà de ses seuls décors.

TF1 50 minutes inside 2026.

Mais c’est surtout l’identification associative qui prend une dimension nouvelle avec la franchise. Les spectateurs ne se contentent plus d’imaginer leur place dans l’univers de la série, puisqu’ils peuvent réellement s’y projeter en devenant vacanciers dans un « Camping Paradis ». La frontière entre fiction et réalité s’estompe. D’autres formes, plus distanciées, existent également. L’identification ironique, notamment, où les spectateurs prennent du recul face au caractère parfois stéréotypé ou prévisible des intrigues. Mais même cette distance contribue à l’attachement durable à la série.

Au-delà du récit

Plus qu’un succès télévisuel, Camping Paradis révèle une transformation profonde des industries culturelles. La fiction ne se limite plus à un récit, elle devient un univers à expérimenter. En proposant aux spectateurs de prolonger leur expérience dans la réalité, la série s’inscrit dans une logique où divertissement et économie se rejoignent. Elle montre qu’une œuvre, même sans univers fantastique, peut générer une immersion forte en s’appuyant sur la convivialité et les émotions partagées.

Ainsi, Camping Paradis ne révolutionne pas seulement le secteur du camping. La série illustre une évolution plus large des industries culturelles, où l’objectif n’est plus seulement de raconter des histoires, mais de permettre au public de les vivre. À l’heure où les frontières entre médias, tourisme et divertissement deviennent de plus en plus poreuses, Camping Paradis témoigne d’une évolution plus profonde : demain, les œuvres culturelles ne chercheront plus seulement à conquérir des audiences, mais à accompagner les individus dans leurs pratiques, leurs loisirs et leurs expériences quotidiennes. Le récit devient le point de départ d’une relation durable avec le public, bien au-delà de l’écran.

The Conversation

Erwan Boutigny ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. De la télévision au tourisme : comment Camping Paradis transforme la fiction en expérience – https://theconversation.com/de-la-television-au-tourisme-comment-camping-paradis-transforme-la-fiction-en-experience-281902

Avec la loi d’urgence agricole, la France contrevient au droit international sur les zones humides

Source: The Conversation – in French – By Dr Carina Bury, Chargée d’enseignement, Université Paris Nanterre

Tandis qu’une partie du pays est touchée par des restrictions maximales d’utilisation de l’eau potable, le Parlement vient d’adopter la loi d’urgence agricole, qui prévoit le doublement des capacités de stockage de l’eau pour l’irrigation agricole à l’horizon 2035. Or, cette loi, conjuguée au contexte réglementaire français de la gestion de l’eau, contredit la Convention de Ramsar sur les zones humides, pourtant ratifiée par la France en 1986. La promulgation de cette loi est désormais suspendue, depuis le 24 juillet 2026, à la saisine du Conseil constitutionnel entreprise par plusieurs députés « insoumis » et écologistes.


A la fin juillet 2026, des dizaines de départements interdisent aux particuliers d’arroser leur jardin sous peine d’amende. Quelques jours plus tôt, le Parlement votait le doublement des capacités de stockage d’eau agricole d’ici 2035, dans le cadre de la loi d’urgence agricole.

L’agriculture consomme déjà, sur la période 2010-2018, 58 % de l’eau qui ne retourne pas dans les milieux naturels. Et cela, en grande partie, pour nourrir un cheptel de plus de 16 millions de bovins.

Les zones humides (étangs, lacs, marais…), elles, n’ont aucun droit à faire valoir. Le droit français ne les protège que de biais, par un calcul. Dans chaque bassin, on fixe la quantité d’eau que l’on peut pomper de façon que le milieu tienne encore huit années sur dix, l’été, quand les rivières sont au plus bas. Deux années sur dix, donc, on admet d’avance qu’il ne tiendra pas. Le manque n’est pas un accident : il est prévu au calcul.

Pire : la loi d’urgence agricole, adoptée le 21 juillet (mais pas encore promulguée, le Conseil constitutionnel doit désormais se prononcer), fait de l’état d’un marais un argument contre lui. En effet, quand un projet détruit une zone humide, celui qui le porte doit compenser ailleurs ; la loi prévoit désormais de doser cette contrepartie selon l’état du milieu. Plus un marais est déjà abîmé, moins on exigera de celui qui l’achève. À l’Assemblée, la rapporteure de la Commission du développement durable avait prévenu : abîmer un peu revient à s’ouvrir le droit d’abîmer tout à fait.

Or, la France s’est engagée par traité à préserver ses zones humides en ratifiant en 1986 la Convention de Ramsar. Les États parties ont depuis précisé que cela impose de leur allouer l’eau nécessaire à leur maintien.




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Quand la loi fixe l’ordre de priorité entre citoyens, agriculture et zones naturelles

Remplir une piscine, arroser un jardin, laver une voiture, ces gestes sont désormais interdits dans beaucoup de départements sous peine d’amende.

Ils ne sont pourtant pas le cœur du problème. En effet, l’eau prélevée par le particulier est extraite du milieu, mais une large part lui revient au bout de la chaîne. Il faut distinguer l’eau prélevée de l’eau consommée, qui ne revient pas : elle est soit évaporée, soit absorbée par les plantes, dans tous les cas, perdue pour le cycle local.

Sur ce critère de l’eau consommée, le seul qui compte pour les nappes d’eau, l’agriculture est le premier poste : 58 % du total, devant l’eau potable (26 %). Cette consommation se concentre entre juin et août, quand les nappes sont déjà au plus bas.

On pourrait arguer que c’est nécessaire pour notre alimentation. Or, cette eau ne va pas directement dans nos assiettes. L’abreuvement des bêtes ne pèse qu’environ 1 % des prélèvements nationaux.

Autrement dit, le bœuf ne boit pas l’eau du marais, il la mange : sur trois millions d’hectares de maïs, la moitié est cultivée comme fourrage et le principal débouché du maïs grain reste l’alimentation animale. Là où les bassines doivent être construites – c’est-à-dire le bassin de la Sèvre niortaise et du Mignon – plus d’une exploitation irrigante sur deux élève des animaux.

Dans la sèvre niortaise, la moitié de l’irrigation va à la culture du maïs, laquelle est principalement destinée à l’alimentation animale et en particulier bovine.
Jaclou-DL/Pixabay

Ce même mois de juillet 2026, le Parlement a inscrit dans la loi l’objectif de doubler les capacités de stockage d’eau à usage agricole d’ici 2035, facilitant la construction de ces ouvrages y compris en zones humides. Dans le même temps, ce texte supprime les réunions publiques au cours de la consultation préalable en vue d’un projet et renforce le poids du monde agricole dans les instances de gestion de l’eau.

La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a jugé dans la presse que le texte modifiait

« bien au-delà » de l’urgence agricole « la politique qui organise le partage de la ressource en eau ».

Le fond du problème tient à ce que le droit accorde à chacun. Au particulier, une interdiction : il risque une amende. À l’irrigation agricole, qui consomme le plus, une promesse de doubler ses réserves. Au bœuf, enfin, dont l’alimentation commande toute cette eau, l’appui d’une loi qui facilite les projets d’élevage au nom de la « souveraineté » agricole. Le marais, lui, ne récolte que des miettes : un équilibre souhaitable, mais qui peut ne pas être respecté deux années sur dix.

Or, cette logique à géométrie variable sous-tend un certain ordre de priorité. On le comprend, les marais passent en dernier.

L’exemple du Marais poitevin

Le Marais poitevin illustre bien les difficultés auxquelles se heurte déjà la réglementation française sur l’eau du fait du changement climatique et de la multiplication des sécheresses. Il ne s’agit pas d’un marais parmi d’autres : il est inscrit depuis 2023 sur la liste des zones humides d’importance internationale au titre de la Convention de Ramsar sur près de 69 000 hectares.

En effet, le code de l’environnement impose que le volume prélevable tienne compte des zones humides, qui dépendent également de la nappe. Ainsi, le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Sèvre niortaise fixe un niveau maximal de prélèvements à respecter, conformément à la règle des huit années sur dix. Or, la détermination de ce volume prélevable doit théoriquement, depuis 2021, tenir compte des effets du changement climatique.

Vidéo Ouest-France du 2 novembre 2022 consacrée aux conflits sur les mégabassines à l’origine de manifestations à Sainte-Soline.

Or, sur ce point, les juges ont récemment donné raison aux associations anti-bassines. En 2025, les juges de la Cour administrative d’appel de Bordeaux ont jugé « excessifs » les volumes d’irrigation accordés par l’État dans ce territoire. En 2024 déjà, plusieurs réserves de substitution, dont l’emblématique bassine de Sainte-Soline, avaient été suspendues en raison de la présence d’espèces protégées.




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Le paradoxe : des bassines subventionnées pour compenser la destruction de zones humides

Le problème de fond se joue à trois niveaux :

  • D’abord, la façon dont sont fixés les seuils depuis 2021. Les objectifs de niveau d’eau sont calibrés pour satisfaire l’ensemble des usages « en moyenne huit années sur dix ». Restent les années sèches (deux années sur dix), celles que le changement climatique rend plus sèches encore, où c’est le milieu naturel qui sort perdant. Un tel sacrifice n’est pas accidentel : il est inscrit dans la formulation de la règle.

  • C’est aussi la « solution » même qui est promue, consistant à stocker davantage d’eau, qui est contestable. Face à un milieu privé de son eau, la logique voudrait qu’on prélève moins ; au contraire, les réserves de substitution prélèvent autant, mais plus tôt dans l’année, dans un ouvrage conçu pour durer trente ans. C’est un exemple type de maladaptation au changement climatique, où le remède augmentera encore la vulnérabilité des milieux naturels.

  • Le troisième problème est dans la loi d’urgence agricole en elle-même, qui allège les obligations de compensation écologique pour les projets de retenues d’eau situés dans des zones humides déjà altérées. Elle permet aussi que les zones humides créées sur les bords d’une installation de stockage puissent compenser la destruction d’autres zones humides.

Dans le Marais poitevin, l’habitat le plus précieux – des tourbières alcalines, abritant des plantes qui n’existent nulle part ailleurs – est dégradé sur la totalité de sa surface, du fait notamment des abaissements de nappe. Cette dégradation, causée par les prélèvements, devient un motif juridique permettant de justifier sa moindre protection : plus un marais est abîmé, moins la loi le défend.

Or, l’argument de la loi, selon lequel la marge humide d’une bassine nouvellement créée peut compenser la destruction d’une tourbière, résiste difficilement à l’examen : 30 cm d’eau en moins, et c’est un écosystème millénaire qui disparaît. De surcroît, ces habitats se trouvent à l’intérieur du périmètre inscrit au titre de Ramsar, inscription qui oblige la France à signaler sans délai toute modification de leurs caractéristiques écologiques.




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Ce que la France vote est en contradiction avec ce qu’elle a ratifié à l’international

Le respect du droit international n’est pas une option. La France est partie depuis 1986 à la Convention de Ramsar. Il s’agit du plus ancien traité_ mondial_ moderne d’environnement en vigueur, et c’est le seul consacré à un type d’écosystème. Son article 3(1) impose à la France de concevoir ses plans d’aménagement de façon à promouvoir l’« utilisation rationnelle » de toutes les zones humides de son territoire.

Ce qu’implique cette « utilisation rationnelle » a été précisé au fil du temps.

  • En 2002, la résolution VIII.1 a porté sur la détermination et l’allocation de l’eau nécessaire au maintien des fonctions écologiques des zones humides.

  • En 2005, la résolution IX.1 y a ajouté des lignes directrices sur la gestion des eaux souterraines. Le principe qui s’en dégage est simple : les besoins en eau d’une zone humide doivent être pris en compte dans tout plan de prélèvement à l’échelle du bassin versant.

Il existe une formule bien connue des juristes : pacta sunt servanda, les traités doivent être respectés. Elle a une conséquence moins citée : un État ne peut pas invoquer son propre droit pour justifier qu’il n’exécute pas un traité. Ce que le Parlement vote n’est donc pas, de ce point de vue, une affaire purement interne.

Un État qui ratifie un traité accepte que ses engagements descendent jusque dans ses propres lois. Et donc, de façon implicite, que sa façon de légiférer ne soit plus seulement une question de droit interne.

En clair, protéger un marais suppose des règles nationales, que le préfet et l’agence de l’eau sont tenus d’appliquer quand ils délivrent une autorisation de pompage. L’engagement international de la France ne s’arrête donc pas au Quai d’Orsay.

S’y ajoute une exigence de diligence. Les obligations d’un État ne sont pas figées au jour de la signature d’un traité international. Elles se mesurent à l’état des connaissances et à la situation du moment. Comme le changement climatique multiplie les années sèches, l’effort attendu de la France augmente. Une loi qui abaisse la protection au moment précis où il faudrait au contraire la relever n’est pas seulement insuffisante : elle va dans le sens inverse de ce que l’engagement impose.

En 2021, la Cour de justice européenne a condamné l’Espagne pour ne pas avoir évalué l’effet des pompages souterrains sur les zones humides du parc national de Doñana.
José Luis Filpo Cabana, CC BY-SA

Le droit européen y ajoute désormais de possibles sanctions : en 2021, la Cour de justice a condamné l’Espagne pour le parc de Doñana, pour ne pas avoir évalué l’effet des pompages souterrains sur la zone humide. La France pourrait faire l’objet d’une décision similaire pour le Marais poitevin.

Une nouvelle contrainte de l’UE s’applique depuis 2024 : le règlement européen sur la restauration de la nature impose de remettre en eau une part des tourbières drainées d’ici 2030.

Le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, le nerf de la guerre

Annuler les autorisations une par une par voie judiciaire, comme c’est actuellement le cas, des années après la construction, est l’arme la plus faible : elle ne vise que les gros projets sans toucher aux conditions qui les ont rendus possibles. En l’occurrence, le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux.

Celui-ci doit être révisé tous les six ans : c’est le seul endroit du droit français où l’on raisonne selon les bassins versants, qu’on tient compte des effets cumulés et avec une représentation des usagers au sein des instances de gouvernance. C’est le lieu de négociation où les besoins en eau des écosystèmes du marais doivent devenir un plafond opposable, plutôt qu’un vague objectif qui ne serait tenu que les bonnes années.

La question brûlante, cet été 2026, n’est pas de savoir comment économiser un peu d’eau en prenant sa douche ou en se lavant les dents. Elle est de savoir qui peut demander de l’eau, à quel titre et par quels moyens. L’irriguant dépose une demande, l’industriel négocie et le particulier, lui, se voit notifier une interdiction. Le marais ne demande rien : il n’a ni dossier ni siège au comité de bassin, et n’accède au juge que par le biais d’une association qui plaide en son nom. Il n’a qu’un traité, ratifié en 1986, qui oblige la France à lui garantir l’eau dont il vit.

C’est le seul usager dont le droit ne dépend pas d’un arbitrage local, et c’est pourtant le seul qui sort perdant chaque été. Un État peut décider de faire passer les bovins avant les marais. Mais il ne peut pas décider que cet arbitrage relève de sa seule appréciation, s’il a pris par ailleurs des engagements internationaux.

La saisine du Conseil constitutionnel sur la loi d’urgence agricole pourra-t-elle aboutir sur cette question de l’eau ? Le code de l’environnement énonce bien un principe de non-régression, selon lequel la protection de l’environnement ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante.

Mais le législateur « ne se lie pas lui-même » : une nouvelle loi peut déroger à une loi antérieure. C’est donc la Charte de l’environnement, de valeur constitutionnelle, qui servira de mesure, comme en 2025 pour la loi Duplomb, qui avait été partiellement censurée. Mais quand bien même une censure interviendrait, elle ne toucherait qu’aux articles déférés, non aux règles qui organisent la répartition de l’eau.




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The Conversation

Dr Carina Bury a reçu des financements de la Fondation fédérale allemande pour l’environnement (Deutsche Bundesstiftung Umwelt) pour sa thèse sur la mise en oeuvre de la Convention de Ramsar.

– ref. Avec la loi d’urgence agricole, la France contrevient au droit international sur les zones humides – https://theconversation.com/avec-la-loi-durgence-agricole-la-france-contrevient-au-droit-international-sur-les-zones-humides-288212

Ulysse aux mille ruses était-il aussi un athlète ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Paul Thuillier, Directeur du département des sciences de l’Antiquité, École normale supérieure (ENS) – PSL

Athlètes dans la palestre avec des entraîneurs et un flûtiste ; face B : satyres en tenue d’athlètes s’entraînant (parodie) ; lieu de fabrication : Athènes ; peintre : Nikoxenos ; période / date : fin de l’époque archaïque, vers 520-510 av. J.-C. Wikipédia/ArchaiOptix, CC BY-SA

Dans le film de Christopher Nolan, Ulysse apparaît à la fois comme un homme rusé et doté de capacités physiques hors normes. Mais dans l’épopée homérique, d’autres figures, comme Achille ou Atalante, semblent à première vue bien plus sportives que lui.


Tous les héros de la mythologie grecque, ces demi-dieux, sont des athlètes, et c’est aussi le cas de certaines héroïnes même si le sport féminin n’était pas très répandu dans la Grèce antique. Or, Ulysse n’apparaît pas au premier abord avec cette image de grand sportif, ce qui est quelque peu étonnant : marin, voyageur, Ulysse aux mille tours (polytropos) est considéré plutôt comme astucieux, ingénieux, l’homme de l’intelligence rusée, en grec ancien de la « mêtis ». S’il est sans doute aujourd’hui le personnage du monde mythologique grec le plus connu, en particulier des enfants, c’est bien sûr en raison des nombreux épisodes souvent très savoureux dans lesquels son astuce incroyable lui permet de tirer son épingle du jeu.

Malin qui comme Ulysse a su échapper aux redoutables Cyclopes, écouter le chant mélodieux des sirènes sans finir au fond des flots, séduire la magicienne Circé et la nymphe Calypso sans rester leur prisonnier, imaginer le stratagème du cheval de Troie pour entrer dans une ville aux fortifications imposantes. Une habileté diabolique et bien favorisée par certaines déesses. L’iconographie antique, qu’elle soit grecque ou étrusque, a fait de ces anecdotes un de ses thèmes favoris (par exemple Ulysse attaché au mât de son navire), et la popularité du roi d’Ithaque a traversé les siècles, comme le montre le film de Nolan. Mais faut-il s’en tenir à cette seule conclusion d’un prince habile entre tous, paradoxale pour un héros grec ?

Évidemment, les choses paraissent très différentes si l’on observe en premier lieu Héraklès, parangon de force physique et de virilité : ses « travaux » sont des exploits athlétiques et d’ailleurs son combat contre le lion de Némée est souvent représenté comme une véritable lutte sportive, par exemple sur les vases attiques à figures rouges ou noires.

Héraclès combattant le lion de Némée. Lécythe à fond blanc, v. 500-475 av. J.-C.
Wikimedia

Si l’on en vient aux héros de l’épopée homérique, c’est la figure d’Achille « aux pieds rapides » qui s’impose et s’oppose à celle d’Ulysse : lui est en revanche l’exemple même du héros athlétique, modèle de vertu guerrière et de vaillance. Le chant 23 de l’Iliade, l’épopée qui raconte sa colère et le siège de Troie, est presque tout entier consacré aux jeux funéraires donnés en l’honneur de Patrocle : on a pu parler à ce sujet d’« évangile agonistique, c’est-à-dire sportif ». Ces jeux comprennent huit épreuves : la course de chars qui occupe la plus grande place – et c’est bien normal puisque c’est l’épreuve aristocratique par excellence, le pugilat, la lutte, la course à pied, le duel armé, le lancer du disque, le tir à l’arc, et le lancer du javelot.

Si Achille ne participe pas aux compétitions, c’est uniquement parce que cette cérémonie est organisée pour son ami le plus cher, mais il ne manque pas de faire remarquer ou de faire avouer à ses compagnons qu’il remporterait à chaque fois la victoire, et d’abord dans l’épreuve-reine, la course de chars, s’il se mesurait aux autres qui sont pourtant eux-mêmes tous des héros de l’armée qui assiège Troie. Achille applique le précepte que lui a enseigné son père Pélée, et en ce sens il est bien l’archétype de tous les aristocrates grecs : « Être toujours le meilleur, et surpasser tous les autres (aien aristeuein, Iliade, 6,208 ; 11, 784). »

Atalante championne du pentathlon

La comparaison pourrait être dure encore pour le marin de l’Odyssée si l’on suit une héroïne comme Atalante qui une grande sportive, et on pourrait presque dire une pentathlonienne avant la lettre : effet, cette vierge chasseresse ne se contente pas d’être une championne de la course à pied où elle domine tous les prétendants qui voudraient l’épouser, et dont la défaite entraîne pour eux des conséquences mortelles. Seul Hippomène réussira à la vaincre grâce à un subterfuge : les pommes d’or qu’il dépose le long de la piste, et auxquelles Atalante ne saura résister, ralentiront la vitesse de la concurrente.

Mais celle-ci est aussi représentée parfois en train de disputer une épreuve de lutte contre Pélée : un vase attique à figures noires conservé à Munich et un miroir étrusque gravé conservé au Vatican, datés du Ve siècle avant notre ère, nous ont transmis cette épreuve mixte assez surprenante pour l’époque. Atalante, qui participera à l’expédition des Argonautes, s’illustre encore au tir à l’arc et elle est présente lors d’une des chasses les plus célèbres de la mythologie grecque, la chasse au sanglier de Calydon.

Lutte entre Pélée et Atalante, fin de l’époque archaïque, vers 500-490 av. J.-C, détail.
Wikimedia, ArchaiOptic, CC BY

Une culture « agonistique »

Qu’un grand héros de la mythologie grecque soit un sportif n’a rien que de très normal dans la société grecque, à fortiori à l’époque archaïque. On a pu dire de cette culture hellénique qu’elle était agonistique, d’après le terme agôn qui en grec ancien renvoie en particulier à l’idée d’affrontement, de rivalité, de concours : une fois de plus, être le premier, le vainqueur, est essentiel.

Bien des aspects de cette société grecque révèlent la place offerte au sport : création des grands concours panhelléniques (les « agônes » en grec), et entre autres du concours olympique, Olympie restant pour toujours le haut lieu du sport hellénique ; présence d’édifices multiples mais toujours liés à la pratique sportive, à l’entraînement ou à la compétition officielle, stades, hippodromes, palestres, gymnases -on remarquera au passage que ces termes sont restés dans notre lexique.

Dans l’éducation, rôle de la « gymnastique », des activités physiques et sportives, aussi important que celui des disciplines intellectuelles et artistiques (la « mousikè »). Une victoire olympique est presque aussi valorisée qu’une victoire militaire en tant que général, et certains athlètes, de façon certes exceptionnelle, finissent même par recevoir un véritable culte religieux, et devenir ainsi des héros, des demi-dieux dans le sens plein du terme et non pas simplement de façon métaphorique comme aujourd’hui dans le langage journalistique, étant parfois même dotés de pouvoirs miraculeux : c’est le cas de Théagène de Thasos. Enfin, chacun connaît l’importance du sport dans l’art grec, une source d’inspiration majeure pour tous les artistes, peintres ou sculpteurs, et, parmi nombre de chefs-d’œuvre, il suffit de citer le Discobole de Myron ou l’Aurige de Delphes.

Le sport : un rouage essentiel de l’Odyssée

Il n’empêche qu’on reste presque surpris quand on constate la place incroyable accordée au sport dans l’Iliade, cette épopée qui signe le début de la littérature occidentale. Le thème sportif serait-il moins présent dans l’autre poème épique d’Homère centré sur le personnage d’Ulysse et son retour à Ithaque ? En réalité, il n’en est rien quand on regarde le déroulement de l’Odyssée.

Ulysse accomplit par trois fois des exploits sportifs qui interviennent à des moments clés de l’épopée, à des tournants de l’action. Au chant 8 (186-194), Ulysse l’emporte au lancer du disque lors du concours organisé en son honneur par les Phéaciens : après avoir été traité de non-athlète, de commerçant par un concurrent, ce qui est insupportable pour un noble grec comme lui, qui a une haute idée du sport, il relève donc le défi, et le naufragé qu’il était retrouve toute sa confiance.

Au chant 18 (1-123), de nouveau défié par le mendiant Iros qui ne veut pas de lui à la table des prétendants, il l’écrase dans un pugilat et montre qu’il est un grand athlète, digne de redevenir roi d’Ithaque.

C’est enfin au chant 19 (572-587) le concours de tir à l’arc qui confirme sa pleine légitimité : Ulysse peut transpercer douze haches alignées, un exploit balistique quelque peu incertain mais typique, comme on le voit en Égypte, des tests de légitimation du pouvoir royal. En fait, on a pu constater qu’un vingtième des deux épopées homériques était dévolu au thème sportif !

Ulysse aux mille tours : athlétique et ingénieux

Si l’on revient au chant 23 de l’Iliade, on constate alors que Ulysse a bien participé aux jeux funéraires célébrés en l’honneur de Patrocle, comme tous les grands héros présents au siège de Troie, à l’exception d’Achille pour les raisons que nous avons vues. On le retrouve même dans deux épreuves, puisqu’il dispute le match de lutte contre le grand Ajax, fils de Télamon, puis la course à pied : ces deux compétitions n’ont rien de mineur, on les retrouve plus tard dans les cinq épreuves du pentathlon, et la lutte (en grec palê) est à l’origine du mot palestre.

Or, il est intéressant de suivre l’issue de ces deux épreuves. En lutte, les deux adversaires n’arrivent pas à se départager, Achille arrête le combat car l’armée grecque a besoin de ces combattants qui finiraient par prendre un mauvais coup dans la mesure où la lutte antique était pénible et dangereuse. Un match nul en quelque sorte, moins glorieux sans doute qu’une nette victoire. À la course à pied où Ulysse retrouve contre lui un autre Ajax, le fils d’Oïlée cette fois, il aurait bien pu perdre si Athéna, sa protectrice, n’avait pas fait un croche-pied à Ajax qui termine le nez dans la bouse de vache… Ulysse athlète incontestable, mais qui n’oublie jamais la ruse.

The Conversation

Jean-Paul Thuillier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Ulysse aux mille ruses était-il aussi un athlète ? – https://theconversation.com/ulysse-aux-mille-ruses-etait-il-aussi-un-athlete-288213

Peut-on s’inspirer du Japon pour repenser la durabilité de la filière textile en France ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathalie Lallemand-Stempak, Maitresse de conférences en sciences de gestion, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Vous voyez trois kimonos ? C’est aussi un modèle original de reconditionnement de l’industrie textile. Damian Hutter/Unsplash, CC BY

Re conditionner le textile pourrait être un moyen de réduire l’empreinte écologique du secteur. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le Japon pratiquait encore la réutilisation à grande échelle des tissus pour créer de nouveaux habits. Comprendre le fonctionnement de ce modèle donne des pistes pour inventer un nouveau modèle de production et de consommation.


À l’échelle mondiale, l’industrie textile est le quatrième secteur ayant le plus d’impact sur l’environnement. Elle représente environ 8 % des émissions de gaz à effet de serre et 20 % de la pollution mondiale d’eau potable. Corollaire d’une production toujours croissante, le cycle de vie des vêtements est de plus en plus court. Ce phénomène génère à son tour une quantité massive de déchets, à l’origine de catastrophes environnementales.

Si la France est en avance sur l’Europe dans l’application d’une responsabilité élargie du producteur (REP) à la filière textile, ses résultats restent néanmoins décevants. En 2023, seuls 32 % des textiles et chaussures mis sur le marché des particuliers ont été collectés. Et moins de 60 % des produits textiles collectés sont considérés comme réutilisables, faute d’une qualité suffisante.




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Une troisième voie existe

En réponse à ce problème, la durabilité appliquée au secteur textile s’articule aujourd’hui autour de deux leviers principaux : réduire la production – soit, faire moins, mais mieux ; et généraliser la collecte et le recyclage. Le premier est souvent présenté comme inévitable pour limiter l’impact environnemental de la filière. Cependant, il suppose de remettre en cause le modèle économique des acteurs qui dominent aujourd’hui le marché mais aussi de modifier les habitudes de consommation de la société. D’un autre côté, la rentabilité de l’activité de recyclage incite à maintenir des niveaux de production élevés, en contradiction avec l’objectif de réduction de son empreinte.

Dans ce débat, une troisième voie existe, pourtant rarement évoquée, en dépit d’une volonté affichée, le « reconditionnement ». Distinct de la simple notion de « seconde main », le terme désigne un ensemble de techniques et de pratiques reposant sur l’entretien, la réparation, l’échange, l’adaptation et la réutilisation et visant à prolonger la durée de vie des produits, quel que soit leur utilisateur. Son impact environnemental est marginal, tout en favorisant la création d’emploi local, notamment dans le tri, la réparation et le « re design » et en répondant aux habitudes de renouveau des consommateurs. Pourtant, son développement, et a fortiori sa généralisation, sont généralement considérés comme difficile, voire impossible dans un contexte de consommation de masse.

Exception nipponne

À ce jour, le Japon constitue la seule exception du G20 à avoir pratiqué le reconditionnement textile à grande échelle. Non pas au temps des artisans d’autrefois, mais en plein XXe siècle, entre les années 1920 et 1960, quand un kimono teint sur deux vendu à Kyoto, centre de la production nationale, était reconditionné. Loin de l’image d’Épinal présentant une population culturellement prédisposée à la sobriété, cette pratique trouve son origine dans le goût des Japonais pour la mode dans un contexte de ressources limitées. En effet, pendant plus de deux siècles, l’archipel a fonctionné en quasi-autarcie, produisant relativement peu de coton, tandis que la soie restait l’apanage d’une infime minorité : la haute strate de la classe guerrière, qui ne représentait elle-même qu’environ 7 % de la population. Face à une demande que l’offre en vêtements neufs pouvait pas satisfaire, le reconditionnement émerge comme une réponse.

Dès le XVIIIe siècle, la filière se structure. À Tokyo, deux marchés principaux coexistent :

  • l’un, dédié au commerce de gros, vend des textiles neufs issus de stocks invendus des saisons précédentes et qu’il faut remettre au goût du jour ;

  • le second est un marché d’occasion où les articles sont vendus sans être remis à neuf, mais où le tri revêt une importance cruciale. On y trie les textiles encore vendables localement de ceux destinés à d’autres marchés.

Une véritable industrie du reconditionnement

La vente au détail y côtoie ainsi le commerce de gros, et une part importante des acheteurs est composée de colporteurs qui participent aux enchères du matin avant d’écouler leur marchandise dans l’après-midi ou via les enchères du soir. Plusieurs marchés régionaux, alimentés par les textiles en provenance des métropoles, complètent ce réseau à l’échelle du pays.

Loin d’être une pratique de subsistance prémoderne vouée à disparaître avec la modernisation, à partir des années 1920, le reconditionnement textile au Japon évolue et devient une industrie à part entière. Se met alors en place un écosystème complexe, associant des compétences techniques diverses et hautement spécialisées – réparation, re-teinture, nettoyage, détachage, refaçonnage – dont les différents métiers s’organisent en corporations, syndicats et associations professionnelles.

Le shikkai – (dont le nom signifie littéralement « marchand de toutes choses ») est une figure centrale du reconditionnement. Ni fabricant ni simple revendeur, il est avant tout un coordinateur. C’est lui qui orchestre l’ensemble du cycle de vie d’un vêtement, de sa première teinture jusqu’à ses reconditionnements successifs. Il évalue l’état du tissu, conseille le client sur les options de reconditionnement, supervise le parcours des pièces qui leur sont confiées, mobilise un réseau d’artisans hautement spécialisés, contrôle chaque étape du processus, puis restitue la pièce finie. Le shikkai peut également servir de point de vente, mais son principal atout réside dans sa proximité avec le client et dans sa capacité à orchestrer cet écosystème artisanal. In fine, c’est la fonction d’intermédiaire qualifié de proximité qui fait du shikkai le pivot de toute la filière.

La réparabilité au cœur de la valeur

On distingue trois facteurs clés de succès du reconditionnement textile au Japon :

Premièrement, la culture vestimentaire est fondée sur un vêtement à la structure simple et standardisée, pour les hommes comme pour les femmes : le kimono. La valeur perçue du vêtement ne résidant pas dans sa coupe mais dans la qualité et la quantité du tissu qui le compose, ainsi que dans la richesse et le design de ses motifs, sa réparabilité est un critère intégré dans la conception même du produit.

RTS 2023.

Deuxièmement, l’habit constitue une forme de capital et d’épargne mobilisable. En témoigne l’exemple d’une maison guerrière au bord de la faillite qui, en 1842, parvient à récupérer l’équivalent de la moitié de son revenu annuel en vendant son stock de vêtements. Ce principe traverse l’ensemble des groupes sociaux jusqu’au XXe siècle. Ainsi, l’expression « mener la vie de bambou » – vendre progressivement ses vêtements pour assurer sa subsistance – est encore très répandue au Japon après 1945. Lorsqu’ils sont trop usés pour être revendus en l’état, les kimonos servent encore à la fabrication de cols, de bordures, d’éponges, ou de housses, procurant une source de revenus modeste mais stable.

Un vivier d’artisans

Enfin, la société dispose d’un vaste vivier d’artisans dotés d’une haute technicité couvrant un large spectre de microspécialisations liées à la prolongation de durée de vie des textiles. Cet ensemble est structuré en réseau, avec un maillage territorial fin permettant de limiter considérablement la perte de valeur lors du passage d’un état à un autre. Il associe des services de proximité coordonnés par des acteurs dédiés à de grands pôles commerciaux nationaux capables de gérer des flux importants. Les compétences en matière de tri et de préparation y jouent un rôle central, bien qu’elles demeurent mal documentées, car largement exercées par des femmes dans des contextes informels.

Alors qu’en France une loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile a été promulguée le 8 juillet 2026 après un long parcours parlementaire, certains s’inquiètent déjà du caractère insuffisant de ce texte pionnier. L’expérience japonaise du reconditionnement à grande échelle montre pourtant que la conciliation entre désir de consommation et durabilité environnementale n’est pas une utopie, mais une possibilité historiquement documentée. Elle suppose cependant de déplacer la création de valeur de l’achat de produits neufs vers leur entretien, et de rendre désirable leur réparation, leur transformation et leur circulation prolongée.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Peut-on s’inspirer du Japon pour repenser la durabilité de la filière textile en France ? – https://theconversation.com/peut-on-sinspirer-du-japon-pour-repenser-la-durabilite-de-la-filiere-textile-en-france-281779

Les lanceurs d’alerte au travail se censurent, car ils sont ignorés par leur hiérarchie. Comment éviter d’en arriver à un drame ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Wim Vandekerckhove, Professeur en éthique des affaires, EDHEC Business School

15 % des salariés estiment qu’il y a des irrégularités dans leur organisation. Très peu d’entre eux font part de ces préoccupations à la direction ou via un canal dédié aux lanceurs d’alerte. Alors, avant que la vie d’un collègue soit en danger, comment signaler un dysfonctionnement ?


Qu’il s’agisse du scandale pharmaceutique du Mediator en France ou du tollé suscité par l’affaire dite du « Dieselgate », lorsqu’un scandale éclate, on entend souvent parler d’un ou deux lanceurs d’alerte, en se demandant pourquoi tous ceux qui étaient au courant n’ont rien dit alors que les conditions d’une catastrophe étaient réunies, sous leurs yeux.

Alors pourquoi la plupart des gens restent-ils silencieux lorsqu’ils sont témoins d’actes répréhensibles ?

Une étude récente menée par Transparency International sur les lancements d’alerte en entreprise révèle que 15 % des employés estiment que des irrégularités ont lieu sur leur lieu de travail. Les deux tiers d’entre eux déclarent faire part de leurs préoccupations à d’autres personnes, le plus souvent à leur supérieur hiérarchique direct.

Lors d’une réunion d’équipe, ils peuvent demander s’ils ont bien compris la procédure, ou interroger un collègue pour savoir si ce qu’ils sont censés faire est conforme à la politique de l’entreprise. À ce stade, ils expriment alors une préoccupation, mais cela ne fait pas nécessairement d’eux des lanceurs d’alerte, ou du moins ils ne se considèrent pas comme tels.

Nos recherches antérieures indiquent que la réaction la plus courante face à ce faible niveau de partage des préoccupations est que l’employé est ignoré.

Pour la plupart d’entre nous, le fait d’être ignoré, dès cette étape, est la raison principale pour laquelle nous n’allons pas plus loin. Très peu d’employés feront en effet part de leurs préoccupations à la direction ou via un canal dédié aux lanceurs d’alerte.

Majorité silencieuse

Selon Navex, l’un des leaders européens dans la gestion de systèmes et de logiciels d’alerte interne au sein des entreprises, le nombre moyen d’employés signalant des irrégularités via un canal dédié (lorsqu’il existe) est de 1,57 pour 100 employés.

À quel point ce chiffre est-il faible ?

Imaginons une entreprise de 200 employés. L’étude de Navex suggère que, lorsque les salariés qui expriment des doutes sont ignorés (comme évoqué précédemment), seuls trois d’entre eux feront part de leurs préoccupations via un canal interne de signalement. En résumé, théoriquement, si vous avez 200 employés et que 30 d’entre eux sont témoins d’un acte répréhensible, 27 gardent le silence et seuls 3 osent parler.

Le fait de s’exprimer dépend en grande partie du type d’acte répréhensible. Nous sommes plus enclins à signaler les actes qui constituent une menace pour la santé ou la sécurité d’une personne, et moins enclins à signaler ceux qui concernent une violation de la politique de l’entreprise. Mais voici le hic : avant que la vie de quelqu’un ne soit en danger, nous avons déjà passé beaucoup de temps à garder le silence face à la pente glissante des violations de la politique de l’entreprise.

Notre silence face aux « fautes mineures » constitue un apprentissage comportemental qui encourage en réalité le silence face aux fautes plus graves dont nous pourrions être témoins.

Depuis 2019, la directive européenne sur le lancement d’alerte impose à toutes les organisations de plus de 50 salariés de disposer d’un canal interne de lancement d’alerte et d’avoir la capacité d’assurer un suivi rigoureux des signalements reçus par ces canaux.

La transposition dans la législation nationale des 27 États membres de l’Union européenne est en place depuis un certain temps. Grâce à des mesures de protection renforcées et à des exigences en matière de canaux de signalement, l’objectif de la directive européenne était de créer un environnement permettant aux employés de faire part de leurs préoccupations en toute sécurité et efficacement.

Manque de confiance dans les processus

Selon nos recherches, les employeurs et employés utilisent des logiques différentes. Ce qui semble freiner les employés, c’est l’impression que le fait de s’exprimer comporte des risques. Ils ne sont pas convaincus que le signalement d’irrégularités à leur employeur donnerait lieu à des mesures concrètes et qu’ils ne subiraient aucune conséquence négative pour avoir fait part de leurs préoccupations. En d’autres termes, les employés restent silencieux parce qu’ils ne font pas confiance aux canaux de signalement.




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Cela contraste avec l’excès de confiance observé chez les dirigeants. Ils pensent que les questions importantes seront abordées, mais craignent que les canaux de communication ne soient utilisés à mauvais escient. Nos travaux de recherche auprès de professionnels de la conformité suggèrent que la haute direction souhaite conserver le contrôle total des cas de signalement interne.

Gestion des signalements

Il n’en reste pas moins que les organisations ont encore beaucoup à faire pour s’améliorer. Dans le cadre du projet BRIGHT soutenu par la Commission européenne (Building Resilience through Integrity, Good Governance, and Honesty Training), un outil d’auto-évaluation Speak Up Self Assessment (SUSA) en ligne et gratuit a été créé. Il est développé à l’intention des professionnels de l’intégrité à travers l’Europe afin qu’ils puissent évaluer eux-mêmes la culture de lancement d’alerte et les systèmes de signalement au sein de leurs organisations.

Cet outil est conçu pour fournir un retour d’information sur la manière dont des entreprises telles que le groupe français EDF, par exemple, se conforment aux exigences de l’Union européenne, à la norme ISO 37002:2021 et aux lignes directrices de la Chambre de commerce internationale (CCI).

Les données de SUSA indiquent que des canaux de signalement existent, mais qu’ils sont trop souvent de mauvaise qualité. Alors que la plupart des organisations semblent espérer une solution miracle, ce qu’il faut réellement, c’est un effort continu de la part de la direction pour instaurer et renforcer une culture du dialogue.

Culture du signalement

Nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers en espérant que le silence de l’ancienne génération soit en voie de disparition, laissant la place à la voix de la nouvelle génération.

Au contraire, une étude menée par Protect, la principale organisation caritative britannique qui soutient et conseille les lanceurs d’alerte, montre que la génération Z est encore plus silencieuse que les baby-boomers.

Cette récente étude a révélé que les jeunes travailleurs (âgés de 18 à 24 ans) sont moins enclins à s’exprimer que tout autre groupe d’âge, quel que soit le type d’irrégularité. La majorité silencieuse, confrontée à des obstacles tels que la peur et le sentiment d’impuissance, semble s’agrandir, ce qui devrait être une vraie source de préoccupation.

The Conversation

Wim Vandekerckhove a reçu des financements de la Commission Européenne pour coordonner le projet BRIGHT et développer l’outil d’auto-évaluation Speak-Up Self-Assessment (SUSA) ( http://www.susatool.com ).

– ref. Les lanceurs d’alerte au travail se censurent, car ils sont ignorés par leur hiérarchie. Comment éviter d’en arriver à un drame ? – https://theconversation.com/les-lanceurs-dalerte-au-travail-se-censurent-car-ils-sont-ignores-par-leur-hierarchie-comment-eviter-den-arriver-a-un-drame-283186

La selección: 90 aniversario de la guerra civil española

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lola Delgado, Editora de Política y Sociedad, The Conversation

Soldado con ametralladora durante la guerra civil española. Everett Collection/Shutterstock

“Paz, piedad y perdón”. Hay quienes conocen este como “el discurso de las tres pes”. Fue el último de Manuel Azaña, pronunciado en el Ayuntamiento de Barcelona en el segundo aniversario del golpe de Estado que sufrió la II República española, allá por el 18 de julio de 1938. Resulta curioso, pero su llamamiento de aquel día ha sobrevivido al paso del tiempo.

Noventa años después del golpe de Estado que desencadenó el conflicto, aquellas tres palabras siguen resonando como el mejor antídoto frente al odio que devastó España. Azaña las pronunció desde el corazón, el mismo que le impulsó a escribir su carta de renuncia a la presidencia que dirigió al entonces presidente de las Cortes, Diego Martínez Barrio, el 27 de febrero de 1939 en Collonges-sous Salève, en la frontera francesa con Suiza. Merece la pena detenerse unos minutos en este artículo para conocer la historia que hay detrás de su hallazgo y conservación.

La guerra dejó cientos de miles de muertos, millones de vidas marcadas para siempre y un legado de dolor cuyas consecuencias, en muchos casos, aún perduran.

Pero, nueve décadas después, aquella contienda sigue planteando preguntas que van mucho más allá de la historia militar o de los grandes acontecimientos políticos. La investigación actual dirige cada vez más la mirada hacia las personas: cómo vivieron aquel conflicto, qué consecuencias dejó en quienes lo sufrieron y de qué manera sus efectos continúan proyectándose sobre las generaciones posteriores.

Una de las líneas de trabajo que más interés ha despertado en los últimos años es el estudio del trauma psicológico. Durante décadas, las secuelas emocionales de la guerra apenas ocuparon espacio en el debate público. Sin embargo, distintos equipos de investigación tratan ahora de comprender cómo el miedo, la violencia, la represión o el exilio pudieron condicionar la salud mental de quienes los padecieron e incluso influir en sus descendientes. En este artículo se habla de un proyecto que pretende sacar a la luz las secuelas que todavía perviven en familiares de segunda a cuarta generación de víctimas del franquismo.

El silencio impuesto durante años, unido a la dificultad para elaborar el duelo, hace pensar que muchas de esas heridas permanecieron ocultas durante décadas.

Frente a la imagen de verdugos movidos únicamente por el fanatismo, algunos estudios como el que nos detalla Francisco Jorge Leira Castiñeira, de la Universidad Carlos III, analizan cómo miles de hombres sin experiencia militar fueron incorporados por la fuerza a los ejércitos y terminaron participando en episodios de enorme brutalidad. Comprender los mecanismos psicológicos, sociales y políticos que transforman a ciudadanos corrientes en perpetradores resulta esencial no solo para interpretar el pasado, sino también para prevenir que procesos similares vuelvan a repetirse.

Otra historia que nos sigue sobrecogiendo en este 90 aniversario es la de los llamados “niños de la guerra”. Miles de menores fueron evacuados al extranjero para escapar de los bombardeos y muchos nunca regresaron a España, como los 456 hijos de republicanos denominados “niños de Morelia” (México). O los casi 3 000 menores españoles trasladados a la Unión Soviética entre 1937 y 1938.

La experiencia de los niños de la guerra marcó profundamente sus vidas y también la literatura que muchos escribieron años después, tal y como escribe la investigadora Maravillas Moreno Amor, de la Universidad de Murcia. Sus recuerdos constituyen hoy un valioso testimonio sobre el desarraigo, la pérdida de la infancia y la construcción de una identidad entre dos países.

“España que perdimos, no nos pierdas”, dice uno de los versos más memorables del poema Entre España y México (1939), escrito por el poeta alcarreño Pedro Garfias durante el exilio republicano. Esa frase se repitió durante años por todos aquellos que tuvieron que dejar su tierra huyendo de la represión franquista.

Los historiadores siguen ampliando las fronteras del conocimiento sobre la Guerra Civil. El acceso a nuevos archivos, la digitalización masiva de documentos, las técnicas de análisis de grandes bases de datos o la incorporación de nuevas disciplinas están permitiendo formular preguntas diferentes a las de hace solo unas décadas. La investigación ya no se limita a reconstruir qué ocurrió, sino que intenta comprender cómo afectó a la vida cotidiana, a las emociones y a la memoria colectiva.

Todo ello sin olvidar que la violencia no terminó con el final de la guerra. La dictadura franquista desarrolló un amplio sistema represivo –como nos cuenta el investigador Cristian Sánchez Benítez, de la Universidad de Jaén– que combinó ejecuciones, encarcelamientos, trabajos forzados, depuraciones profesionales, exilio y control social.

Aquella represión buscaba castigar a los vencidos, pero también moldear el comportamiento de toda la sociedad mediante el miedo.

Noventa años después, la historia sigue recordándonos que ninguna investigación sobre la Guerra Civil encontrará una conclusión más necesaria que aquellas tres palabras de Manuel Azaña: paz, piedad y perdón.

The Conversation

– ref. La selección: 90 aniversario de la guerra civil española – https://theconversation.com/la-seleccion-90-aniversario-de-la-guerra-civil-espanola-288173

¿Se puede enseñar a oscuras? Una propuesta sorprendente para mejorar la concentración infantil

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paloma Bravo-Fuentes, Profesora ayudante doctora del área de Didáctica de la Expresión Musical, Universidad de Málaga

Un grupo de escolares trabajan en un mural con pintura fluorescente y luz negra. Paloma Bravo Fuentes.

En muchas aulas con niños de 3, 4 o 5 años pedir silencio no basta. A esa edad, la atención todavía depende mucho del cuerpo, de la emoción y del entorno. Un espacio saturado de estímulos, con conversaciones cruzadas, objetos que compiten por la mirada y una tarea poco significativa, puede empujar al grupo hacia la dispersión. Por eso la propuesta educativa que explicamos a continuación no empieza con una orden, sino con una transformación del ambiente.

La luz negra es un tipo de iluminación, como una bombilla, un foco o una tira LED, que emite luz ultravioleta. Combinada con materiales fluorescentes y música de fondo, logra crear una interrupción positiva de la rutina. El aula deja de ser el escenario habitual y se convierte en un espacio novedoso. La mirada se dirige hacia lo que brilla, el fondo se oscurece y la actividad artística se vuelve el centro de la experiencia.

No se trata de hacer magia, sino de reorganizar el ambiente sensorial: menos ruido visual, más contraste y música bien elegida. Esa combinación puede favorecer la calma, la atención y la cooperación en los más pequeños.

Cuando apagamos la luz, encendemos la atención

La luz negra cambia de forma muy clara la manera en que los niños perciben el aula. Al apagar la iluminación habitual, muchos estímulos visuales cotidianos (carteles, mochilas, juguetes, muebles o movimientos alrededor) pierden protagonismo. En cambio, los colores fluorescentes destacan con intensidad sobre el fondo oscuro. El resultado es un entorno más simple y focalizado: la mirada se dirige de manera natural hacia aquello que brilla.

Y es que la luz que entra por los ojos no solo sirve para “ver”. La retina también envía información a zonas del cerebro relacionadas con el estado de alerta, los ritmos biológicos y la regulación del nivel de activación.




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Esto ocurre porque la retina no solo capta imágenes: también cuenta con unas células especiales que detectan cuánta luz hay en el ambiente. Esa información viaja hasta distintas zonas del cerebro y contribuye a regular nuestro nivel de alerta, el sueño y otros ritmos del organismo.

No es que la radiación ultravioleta estimule directamente el cerebro infantil, sino que la combinación de penumbra, contraste y fluorescencia reorganiza la atención. Reduce el ruido visual, concentra la mirada y convierte la actividad artística en el foco principal de la experiencia.

Menos estímulos compitiendo por la mirada

Algunas investigaciones sobre la capacidad de atención en el aula han mostrado que los elementos visuales del espacio pueden atraer la mirada y competir con la actividad de aprendizaje. No significa que la clase deba estar vacía, sino que el exceso de información puede dificultar el foco, especialmente en edades tempranas o en alumnado con necesidades de apoyo.

La luz negra modifica esa condición visual. Al apagar la iluminación general, lo fluorescente se vuelve el centro de la experiencia. Desde el punto de vista pedagógico, esto ayuda a convertir una tarea abierta en una tarea más delimitada: cada estudiante no tiene que elegir entre muchos estímulos, sino entrar en una escena visual clara.

Los dibujos cobran vida bajo la luz negra, despertando la sorpresa y la ilusión de los niños y niñas.
Paloma Sánchez Bravo.

La música que organiza el ambiente

La luz negra transforma lo que se ve en el aula, pero la música ayuda a transformar cómo se habita ese espacio. No actúa como un simple acompañamiento, sino como parte del ambiente sensorial que sostiene la experiencia. Una música suave, estable y bien elegida (pues un volumen alto puede aumentar la excitación en lugar de regularla y algunas letras distraer o condicionar demasiado la actividad) puede marcar un ritmo común, reducir la sensación de ruido, acompañar el movimiento y favorecer que niñas y niños entren poco a poco en una disposición más calmada y atenta.




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En educación infantil, la música tiene un valor especial porque conecta cuerpo, emoción y acción. El alumnado no solo escucha: se mueve, pinta, espera, imita, recuerda y comparte dentro de una misma atmósfera. Junto con la penumbra, el contraste visual y los materiales fluorescentes, la música potencia la sensación de inmersión y convierte la actividad artística en una experiencia más envolvente.

Diversos estudios sobre desarrollo emocional en la etapa preescolar subrayan su papel para acompañar la expresión emocional, la autorregulación y la participación infantil.

Un ejemplo de aula: de la disrupción al mural compartido

Recientemente pusimos en marcha esta alternativa pedagógica en un aula con niños y niñas de 5 años. El grupo acumulaba interrupciones, comportamientos disruptivos y dificultades para respetar turnos o mantener tareas cooperativas. La propuesta fue sencilla: apagar la luz, encender lámparas de luz negra, colocar papel continuo negro en el suelo, ofrecer pinturas fluorescentes y escuchar una selección musical de canciones elegidas por el propio alumnado.

La consigna también fue simple: pintar lo que la música les hiciera sentir o recordar. Durante la sesión se observó una bajada del ruido de fondo, una mayor atención sostenida, préstamo espontáneo de materiales y comentarios positivos entre iguales. En el cierre, cada estudiante mostró su parte del mural y explicó qué había sentido o recordado. Según la docente, en los días posteriores hubo menos conflictos y una mejor disposición al trabajo cooperativo.

Lo que nos enseña esta experiencia

La luz negra y la música no sustituyen a una buena gestión de aula ni resuelven por sí solas los problemas de convivencia. Tampoco convierten automáticamente una actividad en una experiencia educativa significativa. Su efecto depende de cómo se diseñe la propuesta, de la intención docente y de la manera en que se acompañe al grupo.

Lo que sí nos recuerdan es que la concentración infantil no depende únicamente de la voluntad del estudiante. Depende también de cómo organizamos el espacio, la luz, el sonido, la tarea y la relación con los demás.

Apagar la luz para encender colores fluorescentes puede parecer un gesto pequeño. Sin embargo, usado con criterio, permite algo muy valioso en educación: detener la inercia del conflicto y abrir una escena nueva en la que mirar, escuchar, crear y cooperar resulte un poco más fácil.

The Conversation

Paloma Bravo-Fuentes no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Se puede enseñar a oscuras? Una propuesta sorprendente para mejorar la concentración infantil – https://theconversation.com/se-puede-ensenar-a-oscuras-una-propuesta-sorprendente-para-mejorar-la-concentracion-infantil-285113

Mercados de predicción, ¿juegos de azar o inteligencia colectiva?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco J. Jariego, Independent Researcher. Professor of Innovation & Futures Studies, UNED – Universidad Nacional de Educación a Distancia

Publicidad de la plataforma Kalshi promocionando su servicio de apuestas sobre las elecciones a la alcaldía de Nueva York en 2025.
Rblfmr/Shutterstock

Un mercado de predicción es un mecanismo en el que los participantes negocian contratos cuyo valor depende del resultado de “un evento futuro, incierto, pero definido con precisión”.

Aunque el acontecimiento y su impacto no se puedan predecir con absoluta certeza, la clave está en describir con precisión el contrato (qué debe pasar para que se cumpla o no). Así, el precio en cada momento es la mejor estimación del colectivo sobre la probabilidad de que ese evento ocurra: los mercados revelan y agregan información privada dispersa entre numerosos agentes.

El pasado 26 de mayo de 2026, el Ministerio de Consumo de España ordenó el bloqueo cautelar de las plataformas Kalshi y Polymarket y les abrió un expediente sancionador por operar sin licencia de juego. Para el Gobierno español, los mercados de predicción son, a efectos legales, juegos de azar.

El punto de inflexión

Hace cinco años, los mercados de predicción todavía eran, sobre todo, un experimento académico. En 2024, el ciclo electoral estadounidense los hizo despegar. Kalshi, fundado en 2018, obtuvo el reconocimiento de la CFTC para operar como mercado regulado en los 50 estados y se integró con plataformas de finanzas (fintech) como Robinhood y Coinbase. Polymarket, creado en 2020 sobre blockchain, creció rápidamente en volumen de transacciones y fue citado como referencia informativa por medios internacionales de primer nivel. Los mercados de predicción llegaban así al público generalista.

El debate ha sido intenso: desde análisis en los grandes medios y artículos de opinión, hasta artículos académicos que los describen como una amenaza para la salud pública, la heterogeneidad de las fuentes e intensidad de la discusión son indicadores precisos del interés que genera el sector.

Ejemplos de mercados de predicción, presentes y pasados
Ejemplos de mercados de predicción.
Francisco J. Jariego con información de Wikipedia, CC BY-SA

¿Por qué son tan controvertidos?

La evidencia sobre su capacidad predictiva es sólida: en múltiples situaciones, los mercados de predicción superan a las encuestas y a los paneles de expertos. Su mecanismo de agregación de información dispersa amplía el espectro de opinión disponible y, por tanto, de inteligencia colectiva.

Las objeciones más enconadas son tres:

  • Su equiparación con los juegos de azar.

  • La manipulación por participantes que dispongan de información privilegiada.

  • Las reservas éticas sobre la monetización de eventos negativos.

Las tres han sido ampliamente estudiadas y debatidas.

Si nos atenemos a la definición del BOE de los juegos de azar vemos que todos esos elementos concurren con facilidad en los mercados de predicción:

“Toda actividad en la que se arriesgan cantidades de dinero u objetos económicamente evaluables sobre resultados futuros e inciertos, dependientes en alguna medida del azar, y que permiten su transferencia entre los participantes, con independencia de que predomine la destreza de los jugadores o el azar”.

Aunque el operador de teleprompter de la Casa Blanca acaba de ser acusado de utilizar información privilegiada sobre los contenidos de los discursos del presidente estadounidense, la posible manipulación de los mercados de predicción es difícilmente sostenible en el tiempo: cualquier intento de distorsionar el precio crea oportunidades de arbitraje que los participantes con información real aprovechan.

La presencia de especuladores, paradójicamente, incrementa la liquidez. No es una propiedad exclusiva de estos mercados: ocurre en cualquier otro, desde la renta variable hasta los mercados de opciones y futuros. Los manipuladores atraen a participantes informados dispuestos a explotar las ineficiencias que crean, mejorando en ocasiones la precisión del mercado.

Y respecto a la ética de las apuestas sobre eventos negativos, esta cuestión tiene una respuesta que seguramente no agrade a muchos: la información sobre eventos negativos es valiosa para quienes deben prevenirlos, pero suprimirla no elimina el riesgo, solo la capacidad de estimarlo.

Miedo al futuro

Los medios de comunicación pueden verse especialmente afectados por la agilidad e inmediatez de los mercados de predicción: Polymarket y Kalshi ofrecen información en tiempo real en redes sociales, y plataformas como Substack permiten integrar predicciones directamente en sus artículos.

Estas plataformas operan en un espacio regulatorio ambiguo que ninguna jurisdicción ha resuelto satisfactoriamente. En Estados Unidos, por ejemplo, más de la mitad de los estados restringen las apuestas sobre resultados electorales. El problema no es la regulación, sino el marco conceptual: equiparar un mercado de agregación de información con una máquina tragaperras es un error de categoría. En lugar de bloquear el acceso a los mercados de predicción, vale más establecer las condiciones para que operen legalmente. La función de la regulación debe ser habilitar y encauzar nuevas posibilidades, no limitarlas.

La verdadera razón del rechazo subyace en dos capas más profundas:

  • La estratégica. Como formuló Maquiavelo en El príncipe, nada es más difícil que introducir un nuevo orden de cosas: el innovador tiene en contra a todos los que se benefician del antiguo orden.

  • La sociológica. El estadounidense Robert K. Merton describió cómo anticiparse a los hechos puede influir en el comportamiento de los involucrados y provocar que lo que se predice finalmente ocurra. Si un mercado asigna alta probabilidad a un evento, ¿acelera su llegada? Aunque el argumento es real, opera en ambas direcciones: la misma dinámica que puede precipitar un resultado negativo puede también movilizar la respuesta que lo evita, o decantar uno deseable. Que el conocimiento anticipado del futuro tenga consecuencias no es un defecto del mecanismo, es precisamente su valor.

La batalla no ha hecho más que comenzar

La valoración de Kalshi supera los 40 000 millones de dólares y la de Polymarket está en torno a los 15 000 millones de dólares respectivamente. Y Mark Zuckerberg acaba de anunciar que Meta pone la mirada en los mercados de predicción.

No es la primera vez que experimenta con ellos: ya lo hizo con Forecast, en 2020, durante los primeros días de la pandemia. La nueva apuesta es una aplicación llamada internamente Arena. Zuckerberg no quiere perderse esta nueva oportunidad de negocio que abren Kalshi y Polymarket.

The Conversation

Francisco J. Jariego no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Mercados de predicción, ¿juegos de azar o inteligencia colectiva? – https://theconversation.com/mercados-de-prediccion-juegos-de-azar-o-inteligencia-colectiva-286031