Lettres de motivation : quelle valeur sur Parcoursup ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Laurence Gatti, Maître de conférences à la Faculté de Droit et des Sciences sociales, Membre de l’Institut Jean Carbonnier (UR 13396), Université de Poitiers

Demandée par certaines formations, la lettre de motivation occupe une place incertaine dans Parcoursup. Ni définie par la loi ni véritablement encadrée, elle participe pourtant à l’examen des candidatures. Quelle est alors sa valeur et peut-elle réellement justifier une différence de traitement entre les candidats ? Quelques réflexions avant les premiers verdicts de la phase d’admission.


La lettre de motivation occupe, dans Parcoursup, une place curieuse. Elle est souvent demandée, parfois regardée comme importante, mais le Code de l’éducation ne la définit pas. L’article L. 612-3 organise l’examen des candidatures en premier cycle et impose, lorsque les candidatures excèdent les capacités d’accueil, de tenir compte de la cohérence entre le projet de formation, les acquis et compétences du candidat et les caractéristiques de la formation. La lettre n’apparaît donc pas comme un critère autonome. Elle constitue plutôt un moyen d’appréciation de cette cohérence.

Prenons quelques exemples. Pour la licence de droit de l’Université de Poitiers, les critères annoncés aux candidats sont explicites : la commission d’examen des vœux porte une attention au choix de spécialités, à la fiche Avenir et à la lettre de motivation et il est conseillé aux candidats de montrer l’adéquation du projet de formation avec la formation demandée. À l’Université de Bordeaux, il est indiqué que la lettre de motivation, personnalisée, est un élément important parce qu’elle doit faire ressortir une volonté affirmée d’étudier le droit. À l’Université Paris Cité, il est précisé que « les lettres de motivation standardisées et silencieuses sur le projet des candidats sont à proscrire ».

Dans ces trois cas, la logique est la même : la lettre n’est pas conçue comme un exercice littéraire mais comme un élément ayant pour fonction, parmi d’autres, d’objectiver l’adéquation du projet à la formation.

Entre personnalisation et anonymat

Les consignes officielles de Parcoursup confirment cette orientation. La « fiche élève » consacrée à la rédaction de la lettre de motivation indique que le candidat doit expliquer ce qui le motive pour la formation, s’appuyer sur les caractéristiques de celle-ci, ses attendus, les critères utilisés pour examiner les dossiers, ainsi que sur ses propres compétences et résultats. Elle ajoute qu’il faut adapter le contenu à chaque formation, éviter le copier-coller, faire apparaître les démarches entreprises pour mieux connaître la formation et ne jamais mentionner son identité dans la lettre.

Autrement dit, la lettre est censée être à la fois personnalisée, orientée vers une formation précise et compatible avec les exigences d’anonymisation du dossier.

À partir de là, il est possible de dégager des exigences minimales. La lettre doit être intelligible, personnelle, orientée vers la formation demandée, suffisamment concrète pour faire apparaître un lien entre le parcours, les compétences, les démarches accomplies et le projet formulé. Enfin, elle doit être anonyme.

Ces exigences ne sont pas toutes de même nature. L’anonymat relève d’un texte réglementaire, l’article D. 612-1-13 du Code de l’éducation, et garantit, plus généralement, l’égalité de traitement. La personnalisation, l’adaptation à la formation et la cohérence du propos relèvent quant à elles de standards d’appréciation, objectivables dès lors que les critères ont été publiés.

À l’inverse, la lettre défaillante n’est tout simplement pas une lettre. Il peut s’agir d’un contenu vide, manifestement hors sujet, réduit à quelques signes, ou contraire aux règles d’anonymat. On rencontre encore, dans les dossiers, des textes qui tiennent davantage de la plaisanterie que d’une véritable candidature. En revanche, une lettre convenue ou maladroite ne saurait être tenue pour inexistante. Elle peut être faible sans être juridiquement nulle.

Cette nuance est essentielle. Le juge administratif, pour sa part, ne contrôlera pas la qualité intrinsèque d’une lettre de motivation. Il ne substituera pas son appréciation à celle de la commission d’examen des vœux. En revanche, il pourra contrôler la transparence des critères et leur mise en œuvre. La lettre peut alors servir à constater qu’une candidature n’a pas été distinguée, sans que le juge ne se transforme en correcteur de style ou d’orthographe.

Entre individualisation et traitement à grande échelle

Reste un paradoxe, relevé par le Comité éthique et scientifique de Parcoursup dans son troisième rapport annuel au Parlement, publié en février 2021 :

« Dans Parcoursup, les lettres de motivation ont la réputation d’être peu lues, et d’autre part le fait qu’il y ait une lettre de motivation par vœu incite à y voir un exercice formel, où l’on se contente de placer les mots clés que l’on suppose attendus des commissions d’examen des vœux. »

Cette observation ne suffit pas à ôter toute valeur à la lettre, mais invite à interroger son usage. Si la lettre est demandée, transmise et prise en compte dans l’examen du dossier, encore faut-il qu’elle puisse être véritablement utile à la décision. Si elle n’est qu’un rituel formel, sa capacité à justifier une différence de traitement devient plus difficile à défendre.

La difficulté est d’autant plus grande si l’on considère que l’expression des aspirations dans les projets dépend fortement des modalités d’accompagnement scolaire et du capital familial. Les lettres, même présentées comme le fruit d’une expression personnelle, restent en partie structurées par les conditions dans lesquelles les candidats ont pu être aidés, relus ou, au contraire, laissés seuls devant l’exercice.

Il ne s’agit pas ici de substituer une critique sociologique à l’analyse juridique mais de suggérer qu’un critère aussi peu normé doit être manié avec prudence, d’autant qu’il peut récompenser moins la motivation elle-même que la maîtrise des codes d’expression.

Ainsi comprise, la lettre de motivation dans Parcoursup n’est ni un simple ornement ni un instrument de sélection autonome. Elle est une pièce du dossier à valeur dérivée, dont la légitimité tient à trois conditions : être demandée, s’inscrire dans des critères publiés et contribuer effectivement à l’appréciation du projet.

Entre son faible ancrage textuel, les consignes administratives qui lui donnent forme et la pratique relevée par le Comité éthique, elle révèle surtout une tension centrale de Parcoursup : individualiser l’examen des candidatures tout en organisant ce traitement à grande échelle.

The Conversation

Laurence Gatti ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Lettres de motivation : quelle valeur sur Parcoursup ? – https://theconversation.com/lettres-de-motivation-quelle-valeur-sur-parcoursup-280630

La ventilation, le « poumon » du bâtiment pour allier qualité de l’air et performances énergétiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gaëlle Guyot, Chercheure en physique du bâtiment, Cerema

Désormais, la performance globale des bâtiments doit intégrer économie d’énergie et qualité de l’air intérieur (qui doit être exempte de polluants, comme de microorganismes pathogènes, type virus). Les systèmes de ventilation jouent un rôle clé. Au-delà des réglementations anciennes qui s’appuient sur les débits d’air qui caractérisent ces dispositifs, il convient de développer davantage d’indicateurs pour mesurer leur efficacité (qu’ils soient fondés sur le dioxyde de carbone CO₂, sur l’humidité ou sur les polluants, notamment).


Le secteur du bâtiment fait face à de multiples enjeux liés à la consommation énergétique comme à la qualité de l’air intérieur, ce qui nécessite une vision globale pour le bâti comme pour les nouvelles constructions.

Une condition essentielle pour construire ou rénover des bâtiments efficaces énergétiquement est de le faire en maintenant un environnement intérieur sain et confortable, aussi en gardant à l’esprit les changements et l’utilisation futurs.

Allier confort et performance énergétique permettrait par ailleurs d’éviter les conflits qui obligent, par exemple, à arbitrer entre des économies d’énergie par rapport au risque de développement de moisissures.

La ventilation pour répondre aux enjeux de performance globale des bâtiments

Face à ces enjeux de performance globale, le rôle des systèmes de ventilation est essentiel. En effet, quand ils sont efficaces, les systèmes de ventilation remplacent l’air intérieur vicié avec l’air extérieur frais. Ils contribuent ainsi à améliorer la qualité des environnements intérieurs, à éviter l’accumulation de polluants, l’excès d’humidité ainsi que la présence de pathogènes tels que les virus, le tout en contrôlant les pertes d’énergie liées au chauffage et au refroidissement de l’air entrant.

C’est quoi, la ventilation ?

  • Ventilation : processus par lequel de l’air « pur » (généralement de l’air extérieur) est introduit de manière contrôlée dans un espace et l’air vicié en est évacué. Cela peut se faire par des moyens naturels (ventilation naturelle) ou mécaniques (ventilation mécanique contrôlée ou VMC).
  • Ventilation intelligente : ventilation avec ajustement permanent des débits au cours du temps et, éventuellement, selon l’emplacement, pour fournir la qualité d’air intérieur souhaitée, tout en minimisant les consommations d’énergie.
  • Ventilation hygroréglable : ventilation intelligente qui ajuste les débits au cours du temps selon l’humidité et selon l’emplacement.

Entre l’air extérieur qu’il s’agit de réchauffer (ou de refroidir) et la consommation des ventilateurs, le renouvellement d’air représente 30 à 50 % des consommations d’énergie dans les bâtiments et encore davantage dans les bâtiments à haute efficacité énergétique.

Les bâtiments, gros consommateurs d’énergie

Il convient de prendre la mesure de l’enjeu autour de la consommation énergétique des bâtiments. L’objectif étant de réduire l’empreinte du secteur bâtiment sur les émissions de (CO₂) dans l’atmosphère.

En effet, le secteur du bâtiment représente 44 % de la consommation énergétique française et près de 42 % des émissions annuelles mondiales de dioxyde de carbone (CO₂). Les bâtiments sont les plus gros consommateurs d’énergie en Europe (au sein de l’Union européenne, cela correspond à 40 % de l’énergie utilisée en 2021 et environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie).

Pollution de l’air intérieur et effets sur la santé

Le second enjeu majeur auquel fait face le secteur du bâtiment est donc la qualité de l’air intérieur. En Europe, nous passons entre 60 et 90 % de notre temps dans les environnements intérieurs (maisons, bureaux, écoles). Selon l’Organisation mondiale de la santé, à l’échelle globale, la pollution de l’air à l’intérieur des habitations était responsable de 2,9 millions de décès par an, en 2021, dont plus de 309 000 décès d’enfants de moins de 5 ans.

En France, la pollution de l’air intérieur est responsable de presque 20 000 décès chaque année et d’un coût total de 19,5 milliards d’euros pour une année.

Une étude s’est intéressée aux dommages, en termes de santé publique, attribuables à la qualité de l’air intérieur. L’équipe de recherche a utilisé une échelle qui mesure les années de vie en bonne santé perdues du fait de l’incapacité provoquée par la qualité de l’air (mesurée en μDALY par personne et par an).

Ses résultats montrent que l’impact sur la santé d’une mauvaise qualité de l’air se situe quelque part entre les effets sur la santé des accidents de la route (4 000 μDALY par personne et par an) et les maladies cardiaques toutes causes confondues (11 000 μDALY par pers. et par an). À noter que ces estimations prennent en compte toutes les sources de dégradation de la qualité de l’air intérieur, à l’exception du tabagisme passif et du radon.

Concilier qualité de l’air intérieur et énergie

À la suite du projet Hub Air Énergie qui a réuni des acteurs concernés par la qualité de l’air intérieur des bâtiments, une base de réflexion innovante qui vise à concilier énergie et qualité de l’air intérieur dans les bâtiments peut être proposée, dans l’ordre suivant :

  1. Privilégier la sobriété : le meilleur débit d’air est celui dont nous n’avons pas besoin quand les sources de pollution ont été réduites et sont strictement limitées.

  2. Le juste débit d’air est celui qui est renouvelé au meilleur moment et au meilleur endroit, par exemple via une ventilation intelligente (on parle d’efficacité aéraulique).

  3. Purifier et filtrer l’air : si les deux premières étapes ne permettent pas d’atteindre les objectifs en matière de qualité de l’air intérieur, il est nécessaire de procéder à la filtration de l’air entrant et/ou à la purification de l’air. (Mais ce n’est pas la première étape !)

Les limites d’une réglementation ancienne sur la ventilation

Dans le domaine de la ventilation des bâtiments, les réglementations à travers le monde sont encore principalement basées sur des prescriptions, et notamment des exigences de débits d’air minimaux. De plus, elles sont généralement anciennes et parfois inadaptées aux situations actuelles.

Ainsi, en France, la réglementation sur la ventilation des bâtiments date du début des années 80 (JO, 1982, modifiée 1983. Elle exige une ventilation générale et continue et décrit les dispositions générales obligatoires de l’installation de ventilation. Elle fixe les débits d’air extraits dans chaque pièce humide, en fonction du nombre total de pièces dans le logement.

Mais en pratique, en suivant cette réglementation, avec le même niveau de débit d’air de ventilation, il est possible d’atteindre un large éventail d’indicateurs de performance de la qualité de l’air intérieur ; ces derniers donneront donc des indications différentes et donc se révéleront plus ou moins fiables concernant l’efficacité des systèmes de ventilation.

Des travaux de recherche basés sur des modélisations démontrent ainsi, qu’au cours d’une saison de chauffage, avec les mêmes débits d’air de ventilation, il est possible d’obtenir une différence de 40 % dans la concentration moyenne de formaldéhyde (un polluant reconnu comme cancérogène au niveau européen,ndlr) à l’intérieur de certaines chambres à coucher. Il suffit de modifier les hypothèses relatives à la répartition des fuites d’air.




À lire aussi :
Une avancée pour purifier l’air intérieur : des matériaux prometteurs contre le formaldéhyde


Le seul critère du débit d’air n’apparaît donc pas pertinent pour évaluer l’efficacité des systèmes de ventilation afin de limiter la présence de formaldéhyde, un constat qui pourrait s’étendre à d’autres polluants, voire à des pathogènes types virus.

Objectif : évaluer la performance globale des systèmes de ventilation

Cette approche basée sur des prescriptions s’oppose à une autre méthode qui consiste à évaluer les performances des systèmes de ventilation. Mais l’adoption d’une approche fondée sur les performances, plutôt que sur des prescriptions de débits d’air, nécessite l’utilisation d’indicateurs de performance basés sur la qualité de l’air intérieur. C’est là un verrou majeur, car il n’est pas facile de trouver un indicateur de qualité de l’air intérieur garant de la santé aussi simple que ce qui a cours pour la consommation d’énergie.

Dans certains pays (France, Belgique), des approches qui s’appuient sur les performances ont été développées et utilisées afin de valoriser les économies d’énergie dans le calcul, tout en garantissant certains indicateurs (certes imparfaits) de bonne qualité de l’air intérieur basés sur l’humidité et/ou le dioxyde de carbone. C’est le cas, entre autres, de la ventilation intelligente qui a montrédes résultats pour améliorer la qualité de l’air intérieur tout en réalisant des économies d’énergie, en ayant recours à un débit d’air moyen plus faible.

Mais l’accès au marché pour l’ensemble de ces stratégies innovantes est actuellement entravé par des contraintes réglementaires normatives qui varient d’un pays à l’autre.

La ventilation, véritable « poumon » du bâtiment

« Les bâtiments bénéficient, dans des conditions normales d’occupation et d’usage et, le cas échéant, compte tenu de l’environnement dans lequel ils se situent, d’un renouvellement de l’air et d’une évacuation des émanations de sorte que la pollution de l’air intérieur du local ne mette pas en danger la santé et la sécurité des personnes et que puissent être évitées, sauf de façon passagère, les condensations. »

Cette déclaration est issue de la récente révision du Code de la construction et de l’habitation. Ce concept va être étendu à tous les types de ventilation. À noter qu’en France, une méthode basée sur les performances est déjà utilisée depuis les années 80 pour la ventilation hygroréglable – qui adaptent le flux d’air en fonction du niveau d’humidité à l’intérieur. Ce type de ventilation équipe déjà plus de 90 % des nouveaux bâtiments résidentiels.

Six indicateurs de performance identifiés grâce à un consortium d’experts à l’échelle internationale pourraient être utilisés dans cette future approche basée sur la performance :

  • quatre qualifiant la qualité de l’air intérieur : basés sur l’exposition au dioxyde de carbone (CO2), aux particules fines (PM2,5), au formaldéhyde et à l’humidité ;

  • deux qualifiant la performance énergétique : les pertes thermiques par renouvellement d’air et la consommation électrique des moteurs de ventilation.

La ventilation doit être perçue non seulement comme un moyen d’économiser de l’énergie mais surtout comme le véritable « poumons » d’un bâtiment, même si nos normes et réglementations peinent encore à l’intégrer.


Les auteurs remercient l’Ademe – numéro de subvention 2262D0108 – pour le financement de la contribution du Cerema au projet SmartAIR ainsi que le groupe d’experts de l’Annexe 86 de l’Agence internationale de l’énergie (Programme IEA-EBC).

The Conversation

Gaelle Guyot a reçu des financements de l’ADEME et de l’ANR via différents projets de recherche. Elle est lauréate d’appels à projets de type BATRESP ou AQACIA.

Valérie Leprince a reçu des financements de l’ADEME pour plusieurs projets de recherche.

Baptiste Poirier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La ventilation, le « poumon » du bâtiment pour allier qualité de l’air et performances énergétiques – https://theconversation.com/la-ventilation-le-poumon-du-batiment-pour-allier-qualite-de-lair-et-performances-energetiques-277983

Audiovisuel public : le rapport Alloncle ignore la transformation de l’espace informationnel. Comment y répondre ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nathalie Sonnac, Professeure en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Panthéon-Assas

Le rapport Alloncle raisonne dans le cadre hérité du siècle dernier (chaînes, temps de parole, obligations éditoriales). Or, les plateformes numériques ont reconfiguré en profondeur l’espace informationnel. Comment penser le futur de l’audiovisuel public dans ce contexte inédit ?


Le très contesté rapport parlementaire sur l’audiovisuel public pose une question simple : comment réformer l’audiovisuel public français ? Après plusieurs mois d’auditions de députés, dirigeants de chaînes, journalistes, producteurs et régulateurs autour de trois thèmes (neutralité, fonctionnement et financement), il dresse un constat sévère : biais éditoriaux, manquements au pluralisme, gouvernance défaillante, coûts excessifs, organisation inefficiente. Sont proposés une rationalisation des chaînes, le renforcement des contrôles ainsi que des restructurations et économies massives.

L’un des problèmes de ce rapport est qu’il est déjà obsolète, car il s’est construit sur un angle mort. Il identifie certains dysfonctionnements internes mais demeure largement aveugle aux transformations systémiques qui redéfinissent aujourd’hui le rôle même de l’audiovisuel public. Il continue de raisonner dans un cadre largement hérité du XXe siècle : celui des chaînes, des temps de parole, des obligations éditoriales et du pluralisme des antennes. Or le centre de gravité du système informationnel s’est déplacé. Les acteurs qui structurent aujourd’hui massivement l’accès à l’information ne sont plus d’abord les chaînes de télévision ou les radios publiques, mais les grandes plateformes numériques qui organisent la visibilité des contenus, hiérarchisent les informations, orientent les flux d’attention et déterminent ce qui circule dans l’espace public.

Peut-on proposer une refonte globale de l’audiovisuel public sans prendre en considération les mutations profondes de l’espace informationnel ? La question n’est plus seulement : « Les médias respectent-ils leurs obligations ? » Elle devient : « Dans quelles conditions se forme désormais l’opinion publique ? »

L’économie de l’attention

C’est ici que l’analyse économique devient essentielle. Le rapport insiste beaucoup sur les coûts de l’audiovisuel public, mais beaucoup moins sur les modèles économiques qui transforment la circulation de l’information. Pourtant, c’est là que se joue une part décisive du problème démocratique.

Les plateformes numériques reposent sur des modèles fondés sur la captation de l’attention. Leur objectif n’est pas prioritairement de produire une information fiable ou pluraliste, mais de maximiser l’engagement : clics, réactions, commentaires, temps passé. Cette logique économique modifie profondément les incitations à produire de l’information. Elle favorise les contenus émotionnels, polarisants, simplifiés, spectaculaires, au détriment des formats plus complexes, nuancés ou coûteux à produire.

Dans ce nouvel environnement, les médias eux-mêmes se transforment sous contrainte. La compétition ne se joue plus seulement entre chaînes publiques et privées, mais entre tous les producteurs de contenus cherchant à capter une ressource devenue rare : l’attention disponible. L’information entre alors dans une économie de la visibilité dominée par la viralité.

Le rapport parlementaire évoque les réseaux sociaux, les nouveaux usages ou la fragmentation des audiences, mais ces éléments restent périphériques dans son raisonnement. Les plateformes apparaissent comme un simple contexte : elles sont pourtant devenues le cœur de l’écosystème informationnel.

Cette mutation change profondément la question du pluralisme. Pendant longtemps, le pluralisme consistait principalement à garantir une diversité de courants politiques et d’opinions dans les médias. Aujourd’hui, le problème est plus vaste. Ce qui est en jeu, ce n’est plus seulement qui parle, mais ce qui est rendu visible. Les algorithmes hiérarchisent les contenus selon leur capacité à retenir l’attention. Ils créent des effets de focalisation, d’amplification et parfois de radicalisation.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la montée des fake news, la polarisation du débat public ou encore la fatigue informationnelle. Le problème ne réside pas uniquement dans des erreurs journalistiques ou des biais éditoriaux, mais dans un environnement informationnel entier structuré par des logiques d’influence permanentes.

Nous ne sommes pas dans une démocratie privée de liberté. Nous sommes dans une démocratie où les conditions mêmes de formation de l’opinion sont transformées par des mécanismes économiques, techniques et algorithmiques largement invisibles : une démocratie sous influence.

Pourquoi l’information ne peut être abandonnée aux seules logiques de marché

Cette transformation fragilise les médias traditionnels et surtout remet en cause les conditions mêmes de production d’une information d’intérêt général.

L’information n’est pas un bien économique comme les autres. Sa valeur sociale dépasse largement sa valeur marchande. Une enquête longue, un reportage international, une couverture locale ou un travail de vérification produisent des effets collectifs qui excèdent leur rentabilité immédiate : compréhension du monde, participation civique, circulation de références communes, capacité à débattre démocratiquement.

Or le marché ne garantit pas spontanément la production de ces contenus. Les formats longs, coûteux, peu viraux ou faiblement monétisables sont précisément ceux que les logiques de plateformes tendent à marginaliser.

La concurrence n’est donc pas symétrique. Les médias de service public continuent d’assumer des missions de vérification, de couverture territoriale, de production culturelle ou d’investigation dans un environnement où les plateformes captent l’essentiel de la croissance publicitaire sans supporter les mêmes obligations.

L’audiovisuel public ne constitue donc pas seulement un acteur parmi d’autres du paysage médiatique. Il représente une infrastructure démocratique destinée à corriger les défaillances d’un marché qui, laissé à lui-même, ne produit ni pluralisme suffisant, ni information de qualité accessible à tous, ni espace public commun.

Quelles réformes concrètes pour adapter le service public audiovisuel ?

Reconnaître le rôle démocratique du service public ne signifie pas défendre le statu quo.

Le défi n’est pas seulement de corriger les dysfonctionnements, mais de lui donner les moyens d’affronter l’économie de l’attention et les nouvelles architectures numériques. L’audiovisuel public doit être réformé pour affronter cet environnement, non pour s’y effacer.

Une partie de sa fragilisation vient d’abord des hésitations et contradictions de l’État actionnaire lui-même. Depuis plusieurs années, les ressources publiques ont été fragilisées alors même qu’elles représentent l’essentiel du financement de France Télévisions. Le dernier rapport de la Cour des comptes évoque une forte dégradation des capitaux propres du groupe et une situation de trésorerie particulièrement préoccupante. La cause est identifiée : baisse programmée des dotations publiques, absence de visibilité durable et anticipation tardive de la gravité de la situation. Réformer un acteur aussi central sans sécuriser les conditions de son financement revient à fragiliser davantage un édifice déjà sous tension.

Mais les difficultés financières ne suffisent pas à tout expliquer. Le fonctionnement interne reste marqué par une organisation rigide : cartographie cloisonnée de 160 métiers qui rend la polyvalence difficile et complique l’évolution des compétences, progression salariale liée à l’ancienneté qui fait augmenter mécaniquement la masse salariale même lorsque les effectifs diminuent, ou encore existence de dispositions sociales héritées du passé (avantages en nature, régimes spécifiques, règles d’organisation) qui limitent les gains de productivité.

La gouvernance éclatée engendre des doublons de fonctions supports de l’ordre de 17 % selon le rapport de l’IGF ou l’adoption de réformes stratégiques de fond. C’est pourtant ce qu’ont fait la plupart des démocraties européennes (Belgique, Espagne, Royaume-Uni, Italie, Finlande ou Suisse) regroupant leurs services publics audiovisuels. C’est ce que recommande aussi la « Mission d’accompagnement à la constitution d’une holding France Médias », menée par l’ancienne directrice des antennes Radio France et de France Inter, Laurence Bloch en 2025.

De surcroît, l’audiovisuel public doit conquérir impérativement les publics jeunes et jouer un rôle central dans l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Arte a montré qu’un média public pouvait toucher un public jeune grâce à une stratégie numérique exigeante. Cela suppose des investissements massifs dans les formats courts, les contenus interactifs ou encore des outils de vérification en temps réel. Dans un espace informationnel saturé, polarisé et algorithmisé, la capacité des citoyens à distinguer un fait d’une opinion, à identifier une manipulation, à comprendre comment se fabrique l’information, est devenue une condition ordinaire de la citoyenneté.

En 2026, près de 41 % des Français déclaraient utiliser les réseaux sociaux, les influenceurs et les outils d’intelligence artificielle pour s’informer sur l’actualité politique. La question de l’éducation aux médias n’est peut plus être marginale, elle touche aux conditions de formation du jugement démocratique. L’engagement doit être structurel : un pôle dédié au sein de la holding, adossé à l’éducation nationale, en charge de produire des contenus pédagogiques, des outils de décryptage et de formations à destination de tous les publics, scolaires, adultes et seniors.

L’enjeu n’est pas seulement de préserver des chaînes ou des structures existantes, mais de maintenir, dans un paysage fragmenté par les algorithmes et polarisé par les chaînes d’opinion, un espace où le citoyen n’est pas réduit à un profil, à une cible ou à un consommateur d’émotions. La consommation des programmes de façon délinéarisée (en streaming) va s’installer comme la norme de la consommation des contenus audiovisuels. Une plateforme unique de l’ensemble des productions de l’audiovisuel public participerait d’un espace d’information commun. La réforme annoncée par la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, ce 12 mai « streaming first » est peut-être la première pierre de ce nouvel édifice.

Réformer l’audiovisuel public est un choix de société, celui de décider que la démocratie a besoin d’un espace d’information commun et qu’il est indispensable d’agir en conséquence.

Et c’est là l’une des ambiguïtés majeures du rapport Alloncle. Il déconstruit la légitimité d’un système, tout en affirmant qu’il faut le maintenir. Le milliard d’économies annoncé repose surtout sur une réduction du périmètre du service public (en termes d’offre, de coûts et d’organisation) avec le pari que cette contraction n’affectera pas ses missions. C’est un point fragile du raisonnement.

Affaiblir le service public : un risque démocratique

On ne protège pas une démocratie en affaiblissant ses digues. L’audiovisuel public est l’une d’elles : pas la seule, mais une digue essentielle qui organise l’accès de tous à une information qui se doit d’être vérifiée, indépendante des intérêts commerciaux et des pressions politiques.

Si l’audiovisuel public venait à disparaître, le marché ne comblerait pas le vide. Il le réorganiserait selon ses propres logiques. L’information deviendrait un produit entièrement soumis aux impératifs d’audience et de rentabilité. Les territoires les moins attractifs seraient les moins couverts. Les formats coûteux (enquêtes longues, reportages internationaux, présence de proximité) seraient les premiers sacrifiés. La polarisation progresserait. Et les citoyens les plus vulnérables à la désinformation seraient les plus exposés.

Cette hypothèse n’a rien d’abstrait. À un an d’une élection présidentielle, des forces politiques ont fait du démantèlement de l’audiovisuel public un objectif assumé. Pendant ce temps, les plateformes numériques continuent de remodeler l’espace informationnel sans avoir réellement à rendre des comptes sur les effets démocratiques de leurs algorithmes.

La disparition du service public audiovisuel ne serait pas un simple ajustement budgétaire. Elle constituerait un recul démocratique – silencieux, progressif, peut-être irréversible.


Nathalie Sonnac est l’autrice de Qui veut la peau de l’audiovisuel public ? aux éditions de l’Observatoire, 2026.

The Conversation

Nathalie Sonnac est aussi membre du Laboratoire de la République

ref. Audiovisuel public : le rapport Alloncle ignore la transformation de l’espace informationnel. Comment y répondre ? – https://theconversation.com/audiovisuel-public-le-rapport-alloncle-ignore-la-transformation-de-lespace-informationnel-comment-y-repondre-282408

Comprendre les violences xénophobes en Afrique du Sud

Source: The Conversation – France in French (3) – By Philippe Gervais-Lambony, Professeur émérite de géographie, spécialiste de l’Afrique du Sud, Université Paris Nanterre

L’Afrique du Sud connaît depuis 2008 des vagues récurrentes de violences xénophobes visant des migrants, dans un contexte de pauvreté, de chômage massif et de défiance envers l’État. Des mouvements nationalistes relayés par les réseaux sociaux accusent les étrangers d’être responsables de la criminalité et de la dégradation des services publics, avec le soutien implicite ou explicite de nombreux acteurs politiques.


En 1974, Hugh Masekela, célèbre jazzman sud-africain, enregistre ce qui est devenu sa chanson la plus populaire, véritable hymne de la lutte contre l’apartheid : Stimela (coal train). Il y raconte la souffrance des travailleurs recrutés de force par le régime de Pretoria :

« There is a train that comes from Namibia and Malawi, there is a train that comes from Zambia and Zimbabwe, there is a train that comes from Angola and Mozambique, from Lesotho, from Botswana, from Zwaziland, from all the hinterland of Southern and Central Africa. This train carries young and old, African men who are conscripted to come and work on contract in the golden mineral mines of Johannesburg… »

(« Il y a un train qui vient de Namibie et du Malawi, il y a un train qui vient de Zambie et du Zimbabwe, il y a un train qui vient d’Angola et du Mozambique, du Lesotho, du Botswana, du Swaziland, de tout l’arrière-pays de l’Afrique australe et centrale. Ce train transporte jeunes et vieux, des hommes africains enrôlés de force pour venir travailler sous contrat dans les mines d’or de Johannesburg… »)

Cet hommage aux opprimés en est aussi un aux migrants déracinés par le système raciste, et rappelle à quel point les migrations sont consubstantielles à l’histoire de l’Afrique du Sud.

Comment en est-on alors arrivé à ce que, en avril 2026, les rues des métropoles sud-africaines soient envahies par des foules appelant à l’expulsion des étrangers, pointant du doigt d’autres Africains noirs comme étant la cause de tous leurs maux ? Comment le pays dont la Constitution de 1996, modèle d’inclusion, protégeait les droits de tous les réfugiés, est-il devenu le théâtre des violences xénophobes récurrentes ?

2008-2019, des vagues successives de violences xénophobes

En mai 2008, une vague de violences inédites (plus de 50 morts et de 60 000 déplacés) est venue ternir l’image de la « nation arc-en-ciel » : les scènes d’agression contre les étrangers, poursuivis jusque dans leurs maisons, parfois brûlés vifs, ont envahi les médias du monde entier et conduit à une intervention de l’armée dans les townships et les bidonvilles des grandes villes.

Des violences de ce type se sont reproduites plus tard : en 2013, au Cap, contre des commerçants originaires de la Corne de l’Afrique ; en 2015, à Durban, peu après que le roi des Zoulous (une des plus puissantes et influentes autorités dites « traditionnelles », instrumentalisées par le régime d’apartheid et maintenues officiellement après 1994) a appelé au départ des « étrangers » ; en 2017, les propos anti-immigrés du maire de Johannesburg Herman Mashaba précèdent de peu une nouvelle vague de violences ; en 2019, à Durban et dans le Gauteng, les Nigérians et les Ghanéens sont systématiquement visés. Dans tous les cas, il est toujours question d’un phénomène urbain, et les attaques ont lieu essentiellement dans les townships et les quartiers informels.

La stigmatisation des migrants d’Afrique noire semble être devenue un trait caractéristique de la démocratie sud-africaine. Aucun des principaux partis politiques ne peut s’en dire innocent, et certainement pas le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, qui, à chaque campagne électorale, voit certains de ses candidats sortir la « carte xénophobe » et a également mis en place une législation de plus en plus restrictive et répressive en matière d’immigration, bien éloignée des idéaux des années 1990 et qui finit pratiquement par légitimer le rejet des migrants.

L’approche des élections municipales de novembre 2026 n’est d’ailleurs pas sans lien avec les manifestations actuelles. Celles-ci ont cependant des caractéristiques nouvelles : elles se présentent comme portées par des « mouvements citoyens » et leurs leaders tiennent un discours en apparence légaliste, assumant d’être pleinement visibles jusque dans l’espace public des centres-villes. Ils sont souvent issus du monde des médias, voire des influenceurs – ce qui explique que les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans ces mobilisations xénophobes.

Les nouveaux visages de la haine

Ainsi est née en 2021, à Soweto, l’opération Dudula – qui signifie littéralement « forcer » ou « abattre » en IsiZulu (la langue zouloue) –, une organisation nationaliste qui affirme « lutter contre la criminalité et la dégradation des services publics ». Blocage à l’entrée des écoles ou des services de santé pour en interdire l’accès aux étrangers, attaques violentes des locaux d’entreprises accusées d’employer des étrangers ; autant de modes d’action largement médiatisés sur les réseaux sociaux. Zandile Dabula, 36 ans, présidente du mouvement, déclare à la presse :

« La plupart des problèmes que nous rencontrons sont causés par l’afflux de ressortissants étrangers. Notre pays est en désordre. »

Une autre jeune femme dirige le mouvement March and March, l’organisateur des manifestations actuelles. Né à Durban en 2025, ce collectif a pour visage Jacinta Ngobese-Zuma, une ancienne vedette de la radio, 39 ans, née à Kwamashu, l’un des grands townships de Durban. Elle appelle à l’expulsion des migrants illégaux et dénonce l’« inaction » de l’État face aux criminels et trafiquants. Elle vise plus spécifiquement les migrants du Nigeria et du Ghana – ce qui a d’ailleurs fait réagir officiellement les gouvernements de ces deux pays – et refuse la qualification de « xénophobe », affirmant n’avoir rien contre les étrangers « légaux ».

Début avril 2026, son mouvement manifeste violemment dans la ville d’East London (KuGompo City dans l’Eastern Cape) pour dénoncer le prétendu couronnement d’un roi igbo (groupe ethnique du Nigeria) dans la région. À la fin du mois, March and March manifeste à Johannesburg. Herman Mashaba, ancien maire et candidat aux prochaines élections municipales pour le parti ActionSA, vient lui faire part de son soutien.

Ces mouvements xénophobes font aussi circuler des chiffres validant le sentiment d’une invasion d’amaKwerekwere (« barbares »), désignation courante et péjorative des étrangers en IsiZulu, alors qu’il y aurait, en réalité, entre 3 millions et 4 millions d’immigrés sur une population totale de près de 63 millions – une proportion similaire à celle de nombreux pays du monde.

Le principal changement depuis 1994 est que si la majorité des étrangers sont toujours originaires d’Afrique australe (près de 70 % selon le service statistique national), les flux migratoires viennent désormais aussi d’Afrique de l’Ouest et de la Corne de l’Afrique. Ces « nouveaux » arrivants sont très présents dans le secteur du commerce informel (ce qui en fait des cibles visibles et faciles), mais nombreux sont aussi, parmi eux, des travailleurs qualifiés –médecins, ingénieurs, enseignants – dont l’Afrique du Sud a cruellement besoin. Certes, le nombre de migrants a augmenté. Pourtant, rapporté à la population totale du pays, le poids des étrangers reste relativement modeste.

La colère des « frustrés relatifs » ?

C’est donc plutôt l’échec des gouvernements post-apartheid à réduire la pauvreté et les inégalités et à faire reculer la criminalité qui est le plus souvent pointé comme cause de la xénophobie.

En Afrique du Sud aujourd’hui, le taux de chômage dépasse les 30 % (et est bien plus élevé dans les espaces les plus paupérisés) et plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, alors que l’enrichissement des élites a été extrême. Les inégalités, et surtout la pauvreté, sont des facteurs de « frustration relative » (relative deprivation). Leur inscription dans l’espace hérité concentre géographiquement le sentiment d’injustice dans les townships et plus encore dans les quartiers informels – c’est-à-dire les espaces où étaient, sous l’apartheid, cantonnées les populations noires.

Sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018), les inégalités ont explosé et la corruption s’est généralisée massivement à tous les niveaux de l’État. Le ministère de l’intérieur n’a pas été épargné : en février 2026, une enquête commandée par le président Ramaphosa (à la tête du pays depuis 2018) a révélé que de nombreux fonctionnaires acceptaient des pots-de-vin pour attribuer des visas. Or, c’est aussi à cette période que le quotidien des Sud-Africains s’est dégradé : coupures d’eau et d’électricité, infrastructures en déliquescences, services publics à l’agonie, criminalité endémique…

La méfiance à l’égard des forces de l’ordre s’est aussi accrue. La police, largement corrompue et violente, réprime et harcèle systématiquement les étrangers alors que sa tolérance à l’égard des groupes de « vigilants » voire des gangs criminels, notamment liés au narcotrafic, est bien connue.

La fracturation de la société est également une conséquence de la multiplication des mobilisations identitaires. Le régime d’apartheid était déjà fondé sur la ségrégation ethnique, au-delà de la seule ségrégation raciale (l’ensemble du système des bantoustans était une mise en œuvre de cette double ségrégation, raciale et ethnique, qui permettait de diviser la population noire pour mieux la contrôler).

Jacob Zuma a, à son tour, largement instrumentalisé l’identité ethnique zouloue (un des neuf grands groupes ethniques sud-africains, numériquement le premier puisqu’il rassemble près de 25 % de la population totale du pays), notamment lors de son procès pour viol en 2006 (à l’issue duquel il a été acquitté) quand ses partisans manifestaient vêtus de t-shirts « Real Zulu Boy ».

On ne s’étonnera donc pas que le mouvement March and March soit né à Durban (ville où, comme dans toute la province du Kwazulu-Natal, la population noire est à une écrasante majorité zouloue) et, qu’en tête de ses cortèges, viennent souvent des hommes en tenue traditionnelle zouloue. Cette forme particulière d’ethnicisation accompagne et nourrit la montée en puissance des mouvements nationalistes et populistes.

En Afrique du Sud, les modalités des processus liés à l’accroissement des inégalités et au repli identitaire nationaliste sont particulièrement violentes dans une société « à vif ». Mais le sentiment anti-migrants est bel et bien porté par des acteurs politiques et sociaux. Dans un contexte où la défiance envers l’État ne cesse de croître (celle-ci étant davantage aggravée par les accusations de corruption portées contre le chef de l’État, risquant de donner lieu à une procédure de destitution en 2026) et où la participation politique est en déclin, c’est bien pour la démocratie sud-africaine elle-même qu’il y a à s’inquiéter.

The Conversation

Philippe Gervais-Lambony ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comprendre les violences xénophobes en Afrique du Sud – https://theconversation.com/comprendre-les-violences-xenophobes-en-afrique-du-sud-282570

Au Sahel, la difficile équation entre la terre, l’eau et les populations

Source: The Conversation – France in French (3) – By Christian Bouquet, Chercheur au LAM (Sciences-Po Bordeaux), professeur émérite de géographie politique, Université Bordeaux Montaigne

Pour analyser les conflits dans le Sahel, il faut commencer par une arithmétique simple : il y a de plus en plus de monde, et de moins en moins d’eau sur des terres qui se réduisent.


Le 25 avril 2026, un conflit autour d’un puits a coûté la vie à 42 personnes dans la province de Wadi Fira, dans l’est du Tchad. Selon les autorités, il s’agissait d’une « dispute entre deux familles vivant sur ce territoire ». L’une faisait partie de la communauté des éleveurs transhumants, l’autre de celle des cultivateurs sédentaires. Dans toute la zone sahélienne, les puits sont souvent des lieux de tension, comme ici à Kouré, au Niger :

Puits dans la région de Kouré (Niger). À gauche, les femmes appartiennent à la communauté djerma, cultivateurs sédentaires. À droite, les hommes sont des Peuls, éleveurs transhumants.
Christian Bouquet, FAL

Sur cette image, on distingue au fond, dans la brume de l’harmattan, les cases du village des cultivateurs sédentaires djermas. Le troupeau de l’éleveur peul est en repli de transhumance ; il descend vers le sud au gré des pâturages, souvent confondus avec les champs de culture des paysans, surtout quand tout le monde converge vers le puits. Les conflits agro-pastoraux se multiplient dans cette région. Selon International Crisis Group, ils auraient fait plus d’un millier de morts et près de 2 000 blessés entre 2021 et 2024.

Si la géographie ne sert pas toujours à faire la guerre, elle reste toutefois très utile pour mieux comprendre ces conflits dans la mesure où c’est, par définition, une discipline « de terrain ». Rappel : le Sahel est une construction géographique. C’est « le rivage » du désert, et sa limite nord (telle qu’elle a été définie par Robert Capot-Rey en 1953) est celle du cram-cram (Cenchrus biflorus) et de l’isohyète 200 mm.

En effet, le cram-cram, petite graminée dont les glumes à crochet « interdisent l’entrée de la prairie à quiconque n’est pas chaussé ou monté », ne pousse pas si les précipitations sont inférieures à 200 mm. Naturellement, cette limite pluviométrique ne concerne pas que le cram-cram. Aucune culture vivrière, même la céréale la moins exigeante – comme le mil –, ne peut être pratiquée au-dessous de 250 mm de précipitations, de préférence bien réparties et bien dosées entre juin et septembre. Autant dire que les agriculteurs sédentaires connaissent la limite nord de leur implantation.

Le fardeau des sécheresses à répétition

Longtemps, les éleveurs nomades ou semi-nomades ont davantage joué avec cette contrainte, car une bonne pluie peut toujours faire naître un pâturage temporaire aux franges du désert. Mais ils devaient ensuite se replier vers le sud, et composer avec les paysans sédentaires afin d’éviter de faire piétiner par leurs troupeaux les champs cultivés. Parfois, des accords avaient été passés entre les uns et les autres autour de la fumure animale ou sur la récolte des fruits de quelques arbres, comme l’acacia gommier, dont les éleveurs pouvaient être considérés comme « propriétaires » car ils en avaient été les planteurs. C’était d’ailleurs le cas autrefois dans cette région orientale du Tchad, où a eu lieu le drame du 25 avril 2026.

Mais cette situation apparemment équilibrée qui prévalait avant et pendant la colonisation a été progressivement modifiée par deux facteurs de changement dont l’addition a sensiblement restreint l’espace occupé par les deux communautés.

Il y a d’abord eu la succession des sécheresses et, plus globalement, une péjoration très sensible des précipitations depuis 1970, ainsi qu’il apparaît sur ce diagramme :

Les conséquences de cet assèchement du climat débouchent aussi sur une autre représentation graphique, moins souvent évoquée mais plus concrète :


Geoconfluences/Christian Bouquet

En effet, selon Monique Mainguet, l’isohyète 200 mm a migré de 250 km vers le sud depuis 1900. Sans aller jusqu’à calculer avec précision la surface ainsi gagnée par le désert, en croisant ce chiffre avec la longueur méridienne du Sahel (de la Mauritanie à l’Érythrée), soit près de 6 500 km, on peut retenir qu’au moins 1 500 000 km² ont été perdus en quelques décennies par les éleveurs et les cultivateurs qui y vivaient encore au siècle dernier.

Une population qui a presque quadruplé en cinquante ans

Et dans cet espace ainsi rétréci, un autre paramètre a bougé : la population. Elle a presque quadruplé en cinquante ans : 135 millions en 2020 (contre moins de 40 millions dans les années 1970), et pourrait s’élever à 330 millions d’habitants en 2050.

L’équation est dès lors inquiétante : quand les éleveurs ne trouvent plus l’herbe et l’eau qui sont leurs repères millénaires, quand les cultivateurs attendent vainement la pluie qui rythmait leurs saisons, ils deviennent des migrants climatiques – bien qu’ils ne soient pas reconnus comme tels. Et rien n’a été prévu pour eux dans les zones méridionales de l’Afrique sahélienne. Lorsque cette migration s’ajoute aux mouvements de déplacés internes et de réfugiés chassés de chez eux par les conflits, on peut clairement ressentir un profond découragement.

Passer à l’étape suivante devient alors quasiment impossible. Celle-ci consisterait à développer une vision d’avenir pour les trente prochaines années à partir de notre constat : il y a trop de monde sur des terres disponibles restreintes alors que les ressources en eau (pluviale) diminuent.

Dessiner des projections dans le temps long

Dans une logique aménagiste, on peut imaginer des éleveurs qui renonceraient au nomadisme, et même au semi-nomadisme, pour se convertir à une forme de stabulation d’abord partielle puis totale, et imaginer des cultivateurs allant chercher l’eau là où elle se trouve encore (notamment dans les nappes souterraines), afin de produire davantage dans des conditions plus sécurisées, voire de cultiver du fourrage pour ceux avec lesquels ils étaient jusqu’alors en concurrence.

On ne rêve pas : cette formule a été testée dans les années 1970 lorsque les polders du lac Tchad étaient si prometteurs qu’on pouvait y réaliser trois récoltes par an, et sept à huit coupes de fourrage Pennisetum dans le même temps. Dans cette zone, où les pluies dépassaient rarement 250 mm, les paysans savaient utiliser l’eau du lac et des nappes, et l’expérience d’embouche qui avait été tentée à Bol avait permis d’engraisser les bovins de 90 kg en moyenne en six mois.

Depuis, dans cette région peut-être plus encore qu’ailleurs, le vent de l’histoire a tout emporté.

Ranch d’embouche dans les polders du lac Tchad, en 1974.
Christian Bouquet, FAL

C’est donc une arithmétique simple, par laquelle il faudrait sans doute toujours commencer quand on analyse les conflits sahéliens, du Darfour au Mali : plus de monde et moins d’eau sur des terres disponibles qui se réduisent. Certes, on ne doit pas occulter les autres facteurs de tensions (zones grises abandonnées par les États, mauvaise gouvernance, corruption, conflits intercommunautaires, groupes armés, djihadisme, trafics, etc.). Mais il ne faut pas non plus s’enfermer dans le déni de peur de stigmatiser telle ou telle communauté.

Il faut – surtout – essayer de dessiner des projections sur le temps long sans craindre les critiques « ethnographiques ». Personne ne peut imaginer un éleveur peul devenu sédentaire, chaussé de bottes en caoutchouc, armé d’une fourche et distribuant du foin à ses vaches. Et pourtant…

The Conversation

Christian Bouquet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au Sahel, la difficile équation entre la terre, l’eau et les populations – https://theconversation.com/au-sahel-la-difficile-equation-entre-la-terre-leau-et-les-populations-281834

Urban gardens may contain lead — here’s what the research says about the hidden health risk

Source: The Conversation – Canada – By Melody Lynch, Adjunct Professor, Geography, Planning and Environment, Concordia University

You skip the pesticides, you remove weeds by hand, you choose heirloom seeds. Organic methods give you comfort in knowing that your vegetables are grown without excessive chemicals.

But what many careful gardeners don’t know is their gardens can carry a hazard that organic methods alone may not prevent: lead.

Lead has no safe level of exposure and it’s present in the soil of some Canadian urban gardens. Where does it come from? Leaded gasoline emissions from historical use, deteriorating lead-based paint that seeps into the soil around older buildings and industrial activities like mining.

Luckily there are many simple and affordable ways to reduce lead exposure and make our gardens safer.

Lead affects us all differently

Lead has no function in the human body and is harmful in any concentration.

Though estimates vary, adults absorb around three to 10 per cent of the lead they ingest, while those who are fasting or malnourished may absorb up to 60 to 80 per cent. The number is higher for children, who may absorb up to 50 per cent — or up to 100 per cent on an empty stomach.

For adults, lead accumulates primarily in our bones and teeth due to repeated or prolonged exposure before slowly being released into the rest of the body. For children, a greater proportion of lead is absorbed in soft tissues, causing serious health problems to begin earlier in life.

Over time, exposure can cause long-term irreversible health effects on the brain and nervous system, the kidneys and the cardiovascular system.

Each year, lead exposure is responsible for 1.5 million deaths and over 33 million years of healthy life lost to disability around the world.

Gasoline, paint and time

Lead can occur naturally, but most lead pollution results from human activity, like manufacturing, or from products like batteries.

The use of leaded gasoline has been eliminated around the globe, but historically deposited lead remains in the environment because it does not degrade over time.

Unfortunately, there are no regulations for leaded paint in many global contexts where it is still widely available and used. This contributes to global health inequities.

Furthermore, low-income and racialized communities may experience disproportionate exposure to lead, an example of environmental injustice.

Why the risk is worth taking

Despite the risk, gardens can be an important source of healthy foods, especially for economically marginalized communities. There are many other benefits too.

When we take care of a garden, research shows this reciprocally enhances individual and community well-being. Gardens can strengthen our immune function, help regulate endocrine responses, support emotional stability and improve psychosocial behaviours, especially among children. They can also foster empathy toward nature and other people.

For some Indigenous Peoples and other groups with long agricultural histories, gardens can contribute to cultural continuity through practices rooted in intergenerational knowledge and spirituality.

It’s important not to throw the baby out with the bathwater when it comes to managing risk and reward. Food safety concerns have been used to negatively stereotype marginalized populations who have limited alternatives, or to pre-empt public debate on land-use decisions that ultimately displace community gardens.

How to make your garden safer

Lead can get into your plants from the air or soil. Each plant will uptake lead differently depending on factors including plant type and soil characteristics. Leafy greens and root vegetables are generally more likely to absorb lead than other vegetables, for example.

Luckily, there are many simple ways to prevent lead from ending up in your homegrown foods.

  1. Position your garden away from busy roads, parking areas, railways, waterways and industrial areas.
  2. If you think lead may be present in your soil, you can send a sample to get tested.
  3. Be cautious with chemical fertilizers and pesticides. Attempt non-chemical solutions when possible; otherwise follow recommended dosages carefully.
  4. Use raised beds or pots with fresh soil if you are concerned about your soil being polluted.
  5. Use compost. While it will not remove heavy metals, high-quality compost can prevent lead from moving into your produce from the soil.
  6. Maintain soil pH with use of a pH meter available at the hardware store. Ensure your soil is not too acidic to prevent lead from moving from your soils into your plants.
  7. Look to soil texture. Avoid soils that are too sandy, as they encourage the movement of lead into your garden plants.
  8. Look to soil colour. Red and yellow soils often indicate the presence of iron oxides, which help prevent lead from moving into plants. Dark black soils often indicate high organic matter content, which helps with this protection too.
  9. Use mulch, such as wood chips or decaying leaves, to prevent lead from entering your soils from the air.
  10. Avoid burning waste in or near the garden, which may cause lead to enter your food. The open burning of waste is an urgent global health problem in places where waste collection infrastructure is insufficient, including some Indigenous communities in Canada.
  11. Prevent young children from putting soil in their mouths while in the garden, as they are at higher risk of developing health problems if they consume lead.
  12. Wash fruits and vegetables with clean water before eating to remove residues.



Read more:
We developed a biodegradable wash that can remove pesticides and keep fruit fresh longer


Perhaps the biggest action that we can take to make our gardens safer is to hold our governments accountable for clean communities. If you are worried about pollution, contact your local representative or join a cause to demand tighter regulations and improved planning policies.

For many families, a garden is not just a hobby. It’s where lunch or dinner comes from. And while progress has been made, lead exposure remains a hidden health risk for Canadians. It’s preventable if we take the right measures.

The Conversation

Melody Lynch received funding for this research from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada and Mitacs.

ref. Urban gardens may contain lead — here’s what the research says about the hidden health risk – https://theconversation.com/urban-gardens-may-contain-lead-heres-what-the-research-says-about-the-hidden-health-risk-280552

Rivals season 2: Jilly Cooper’s Rutshire drama shows good sex from a woman’s point of view

Source: The Conversation – UK – By Amy Burge, Associate Professor in Popular Fiction, University of Birmingham

Good sex on the screen seems to be having a moment. Steamy gay ice hockey romance Heated Rivalry made stars of its unknown leads Hudson Williams and Connor Storrie. The most recent season of Bridgerton – in which the titular family’s son and their lady’s maid fall passionately in love (and into bed) – garnered 39.7 million views in four days.

The final season of Outlander is currently airing, enduringly popular more than a decade after its episode The Wedding was heralded as a game-changer for representations of explicit, woman-centred sex on television.

These three shows have something in common: they are all adapted from romantic fiction written by women – Rachel Reid, Julia Quinn and Diana Gabaldon, respectively.

They have also all been credited as examples of shows that, like the romance novels they are inspired by, prioritise the female gaze in their depictions of sex. The Guardian has described this as “storytelling that highlights the meandering, textured, sublimely messy inner worlds and wants of women” (even when, as in the case of Heated Rivalry, women are not actually partaking in the on-screen sex).

The second season of Rivals, now streaming on Disney+, is also adapted from a romantic novel by a female author: the 1988 book of the same name by the late Dame Jilly Cooper. Season 1, first broadcast in 2024, was critically acclaimed, and became Disney’s most successful drama of 2024.

Sex and the bonkbuster

Cooper was particularly famous for writing “bonkbusters”: a form commonly associated with the 1980s, described pithily by comedy writer and author Sue Limb as “a big, thick book with lots of bonking in it”.

Sex is central to the bonkbuster, which glories in wild, over-the-top sex scenes. More than half of Rivals’ 52 chapters describe sex between characters – and many of these sex scenes have made it onto the screen.

These range from the tender – such as the first time between Freddie Jones (Danny Dyer) and Lizzie Vereker (Katherine Parkinson), in which he declares her body “an area of outstanding natural beauty” – to the ridiculous. One of our earliest encounters with protagonist and Conservative MP Rupert Campbell-Black (Alex Hassell) is via him playing a naked tennis match with fellow MP’s wife Sarah Stratton (Emily Atack).

Notably, not all – not even most – of the sex scenes in Rivals occur in the service of a romantic plot, which sets it apart from shows like Heated Rivalry and Bridgerton. This reflects the difference in genre between the source texts: while bonkbusters have a lot in common with romance novels – including, but not limited to, their predominantly female readership – they are not quite the same thing.

However, for many readers, the depictions of sex in bonkbusters felt as groundbreaking in the 1980s as the sex depicted in these lauded screen adaptations of romantic novels.

Sex education and female pleasure

In 2022-24, we spoke to dozens of people who read books like Rivals in the 1980s, while conducting research for our recent book The Bonkbuster.

A key takeaway for many was bonkbusters’ role as supplementary sex education. For example, one of our participants appreciated the comparative sexual progressiveness of Rivals, which contrasted with her memory of a 1986 biology textbook “which showed the female reproductive organs but did not point out the clitoris”.

By representing sex on the page, books like Rivals filled a silence about sex in these readers’ lives. One of the most remarked-upon aspects of bonkbusters by those we spoke to was not just the explicit sex, but that the sex depicted was overwhelmingly positive for the women involved – and it was men who had to work at it.

For example, when Rupert and Cameron (Nafessa Williams) have sex for the first time, she “ordered him around like a sergeant-major”. This is reflected in the TV adaptation, where, when Cameron demands more clitoral stimulation, Rupert’s reply – taken directly from the book – is to say “I am, after all, a member of the Cli-Tory Party,” and obliges.

While Rupert is sleeping with Cameron under sinister pretences (corporate espionage), she still benefits in short-term sexual pleasure. Good sex in the bonkbuster tends to happen because men are willing to put in an effort to make it good for women.

Sex adaptation – nostalgia v discomfort

However, bonkbuster sex is not always pleasurable, and Cooper has an eye for the unsexy, darker side of the 1980s. Many such details have been included in the TV adaptation. For example, several female characters in Rivals are assaulted, but in the first season, none of the male perpetrators are held accountable – something which many of our readers also found disquieting in the book.

The TV adaptation, though, has taken the opportunity to redress some of the imbalances from the original text.

In the novel, Cameron requires stitches after being badly beaten by Tony (David Tennant). But in the TV adaptation finale of season one, it is Cameron who strikes Tony. The first season ends unclear as to whether Tony is alive or dead (although Tennant’s presence in the trailer for season two is a bit of a giveaway).

And while Cooper’s novel mentions HIV/AIDS in passing, the TV adaptation places more emphasis on the discrimination against gay men at the time, and introduces a new relationship between two gay characters – Charles (Gary Lamont) and Gerald (Hubert Burton).

The second season has taken this even further. Even Rupert – who got away with everything short of murder in Cooper’s books – has to face the consequences of his past bad behaviour.

These changes are indicative of the different climate of 2026. While some aspects of the 1980s bonkbuster are clearly still important and pleasurable for readers and viewers – the nostalgia, the sex positivity – some things are best left in the 1980s.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Rivals season 2: Jilly Cooper’s Rutshire drama shows good sex from a woman’s point of view – https://theconversation.com/rivals-season-2-jilly-coopers-rutshire-drama-shows-good-sex-from-a-womans-point-of-view-283032

Andy Burnham: what has made the king of the north so popular?

Source: The Conversation – UK – By Alex Nurse, Reader in Urban Planning, University of Liverpool

R Heilig/Shutterstock

The mayor of Greater Manchester Andy Burnham looks set to contest the Makerfield by-election. His announcement that he was putting himself forward forced others seeking to oust Keir Starmer as prime minister to slow their pace. And it now seems unlikely that anyone will fire the starting gun on a leadership contest until Burnham has at least had a chance to join the pack.

In UK politics right now, the only certainty is that nothing is certain. But what we do know is, as Labour politicians go, Burnham is unusually popular. His selection was well received among his colleagues, and he is regularly the only UK politician of any political stripe with a net-positive favourability rating.

Importantly, Burnham also enjoys strong popularity ratings across his own patch of Greater Manchester. In the borough of Wigan – where Makerfield sits – he won 66.1% of the vote in the last mayoral election in 2024.

But over the next few weeks, Burnham will face important questions on how well that popularity stands up in the face of devastating local election results for Labour, in which the party failed to win a single seat in Wigan.

Policy wins – and missteps

The single biggest policy win Burnham can point to is his work on the buses. As mayor, Burnham championed the foundation of the Bee Network. The centrepiece of this integrated transport scheme was the renationalisation of bus routes across Greater Manchester, as well as support to cap fares at £2 at a time when nationally they were rising.

The vibrant yellow buses have become ubiquitous in Manchester?, and a visible reminder of Burnham’s policy presence. It seems that this approach has worked, with people in the street citing Burnham’s support for the bus network as a clear plus point.

Bee Network buses are recognisable on the Manchester roads.
Burnham stamped his authority on Manchester with the yellow buses.
Terry Waller/Shutterstock

Another winning card in Burnham’s hand is his building of “Brand Manchester”. He has cultivated a profile as a politician who cares deeply about his patch, and has consistently and publicly reinforced it. Burnham stood up to the Conservative government over what he felt was a weak and confusing support package during the COVID pandemic. This was what cemented his title as “king of the north”.

In broad terms, Burnham’s building of the brand coincides with Greater Manchester being at a particular zenith under his watch. It is the fastest-growing place in the UK, for example. But this growth is very heavily centred on Manchester city centre. Given concerns about who is actually benefiting from high-rise, high-value developments, this might not be something Burnham will shout too loudly about on the streets of Makerfield.

Of course, his nine years as mayor have included missteps. The development of the Greater Manchester spatial plan – a long-term blueprint for housing, jobs and infrastructure – has been a fraught process, with local authorities withdrawing their support over disputed housing allocations. The struggles of his administration on the thorny issue of housing show that Burnham has no miraculous ability to reach consensus on the difficult issues.




Read more:
Manchester, devolution and Brexit – Andy Burnham Q&A


And in 2022, Burnham bowed to political pressure and retreated from plans to introduce a clean air zone in Manchester. This now appears to be a misstep – over a similar period as mayor of London, Sadiq Khan faced down similar pressures. But Khan can claim to have been vindicated, as London hit its air quality targets 184 years ahead of scientists’ predictions.

Ultimately, the English devolved mayors face a very different set of problems to national government. Equally, the powers afforded to them under devolution remain limited in scope, and reliant on whatever funding national government is prepared to release. Complex headaches like national debt and taxation, defence funding or managing geopolitics in an increasingly uncertain world are certainly way beyond the remit of a metro mayor.

Having been outside of Westminster politics for nine years, Burnham is unattached to any preconceived agendas. This blank canvas is both an asset and a risk – although he has said that he would have no plans to change the government’s fiscal rules.

Makerfield is by no means a safe seat, and Burnham’s path is fraught with peril. However, it’s clear that he has been able to use his mayoralty to build a strong local and national profile, while also being sheltered from the crosswinds of national politics as a prince across the water.

Now, Burnham must see if he can realise his own promise or if he will find that he waited too long to make his move. One thing is for sure: his decision to leave Westminster and position himself as the outsider, and his track record as mayor of Greater Manchester, make him a formidable opponent in the by-election.

The Conversation

Alex Nurse receives funding from the Economic and Social Research Council

ref. Andy Burnham: what has made the king of the north so popular? – https://theconversation.com/andy-burnham-what-has-made-the-king-of-the-north-so-popular-283231

Les conflits d’intérêts sont la norme. Nos politiques continuent de les traiter comme des exceptions

Source: The Conversation – in French – By Bryn Williams-Jones, Professor of Bioethics and Director of the Department of Social and Preventive Medicine, École de santé publique, Université de Montréal

Les conflits d’intérêts sont à juste titre considérés comme problématiques : ils peuvent introduire des biais, compromettre l’objectivité et éroder la confiance. Certaines situations sont suffisamment graves pour être interdites. Mais la plupart sont moins évidentes.


À l’université, les conflits d’intérêts ne sont pas des anomalies. Ils font partie du fonctionnement ordinaire des activités académiques – recherche, encadrement, évaluation, attribution de ressources. Pourtant, ils continuent d’être traités comme des écarts à corriger plutôt que comme des tensions à organiser.

Qu’il s’agisse de l’évaluation des demandes de subvention, de la direction d’étudiants, de la publication scientifique ou de la gouvernance interne, les universitaires occupent simultanément des rôles multiples – chercheur, collègue, mentor, évaluateur – qui créent des zones de tension structurelles. Ces tensions apparaissent clairement dans certaines situations ordinaires.

Évaluer ses pairs : un terrain propice aux conflits d’intérêts

Prenons un cas banal : l’évaluation des demandes de subvention. Une professeure ou un professeur est invité à siéger sur un comité. Parmi les dossiers, plusieurs proviennent de personnes issues de son réseau professionnel – anciennes collaborations, collègues du même champ, parfois des concurrentes ou des concurrents directs.

Les règles sont claires : déclarer les liens pertinents et se retirer en cas de conflit. Mais, dans la pratique, les frontières sont floues. À partir de quand une proximité intellectuelle devient-elle un conflit ? Le fait d’avoir publié sur le même sujet ? D’avoir déjà échangé des commentaires sur un projet ?

La personne chargée de l’évaluation doit alors arbitrer entre plusieurs exigences : être impartiale, reconnaître la qualité scientifique, ne pas pénaliser indûment un projet concurrent, et préserver des relations professionnelles durables. À l’inverse, se retirer trop largement fragilise le fonctionnement même du système, en réduisant le nombre d’expertes et d’experts disponibles.

Ce type de situation n’est pas exceptionnel – il est constitutif du fonctionnement académique.




À lire aussi :
Les scandales SAAQclic et ArriveCan révèlent l’absence de contrôles internes


Des règles claires, des situations ambiguës

Dans la plupart des universités, ainsi que chez les organismes subventionnaires, la gestion des conflits d’intérêts repose sur un triptyque bien établi : identification, évaluation et gestion.

Par exemple, les règlements institutionnels exigent la déclaration des intérêts financiers ou relationnels, et prévoient des mécanismes de retrait des processus décisionnels lorsque ces intérêts sont jugés incompatibles avec l’impartialité attendue. Les politiques en vigueur dans les universités canadiennes et chez les organismes subventionnaires illustrent bien cette approche, centrée sur la transparence et la gestion ponctuelle des situations à risque.

Ce cadre est indispensable – mais il repose implicitement sur une conception des conflits comme des situations exceptionnelles, localisables, et, idéalement, évitables. Or, dans la pratique académique, une grande partie des conflits ne peut ni être éliminée, ni même clairement circonscrite.

Les chercheuses et les chercheurs collaborent avec l’industrie, conseillent des gouvernements, participent à des entreprises en démarrage et naviguent entre différents rôles, académiques et non académiques. Les professeures et les professeurs enseignent et encadrent des étudiantes et des étudiants qu’ils doivent à la fois évaluer et soutenir. Les administratrices et les administrateurs arbitrent entre les intérêts du corps professoral, des partenaires externes – publics et privés – et de l’institution.

Ces activités s’inscrivent dans des configurations où plusieurs intérêts se chevauchent, souvent de manière difficile à démêler. Dans ces contextes, les conflits d’intérêts ressemblent moins à des incidents isolés qu’à des conditions durables qui doivent être interprétées et gérées.

Un malentendu persistant

Malgré cela, les conflits d’intérêts restent mal compris dans le milieu universitaire. Ils sont encore largement perçus comme des fautes personnelles ou des accusations de manquement, plutôt que comme des situations nécessitant une analyse rigoureuse.

Ce malentendu a des effets concrets. Il peut susciter des réactions défensives, amplifier les tensions et, dans certains cas, mener à des allégations formelles d’inconduite – non pas en raison d’une intention malveillante, mais parce que des situations problématiques n’ont pas été reconnues comme telles et n’ont donc pas été prises en charge de manière appropriée.




À lire aussi :
Comment reconnaître – et gérer – un conflit d’intérêts


Au fil de plusieurs décennies de travail sur les conflits d’intérêts, notamment dans le cadre de comités disciplinaires appelés à examiner des allégations d’inconduite, j’ai constaté à quel point ces situations sont mal interprétées dès le départ. Ce qui commence comme une question de chevauchement d’intérêts est rapidement reformulé en question de responsabilité individuelle.

L’attention se déplace alors de la compréhension de la situation vers la défense des positions, ce qui rend toute résolution constructive plus difficile.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Des événements aux situations

Une partie du problème tient à la manière dont nous concevons les conflits d’intérêts. Ils sont souvent envisagés comme des phénomènes statiques et facilement identifiables : soit un conflit existe, soit il n’existe pas.

En pratique, ils sont dynamiques. Ils émergent progressivement, évoluent dans le temps et sont façonnés par des contextes institutionnels, des rôles professionnels et des relations. Les identifier exige plus qu’une simple déclaration : cela requiert une interprétation.

Il devient alors plus juste de considérer les conflits d’intérêts non comme des événements ponctuels, mais comme des situations où différents intérêts entrent en tension et peuvent, selon les contextes, affecter le jugement et la confiance.

Analyser ces situations implique de poser une série de questions : quels intérêts sont en jeu ? Quelle est leur intensité ? Comment peuvent-ils influencer les décisions ? Qui est concerné ?

Les approches de gestion mettent de plus en plus l’accent sur ce type d’analyse contextuelle, ainsi que sur des outils permettant d’identifier et d’évaluer les situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent.

Au-delà de la conformité

Si l’on comprend les conflits d’intérêts de cette manière, les limites de nombreuses politiques institutionnelles apparaissent plus clairement. La déclaration ne résout pas un conflit et l’existence d’une règle ne suffit pas à assurer une gestion adéquate des situations. Les politiques centrées sur la conformité risquent ainsi de passer à côté du travail plus exigeant du jugement.

Cela conduit à une question plus fondamentale : si les conflits d’intérêts sont normaux et parfois inévitables, que devraient réellement viser les politiques ?

Une réponse consiste à ne pas chercher à éliminer complètement les conflits, mais à créer les conditions permettant de les reconnaître, d’en discuter et de les gérer de manière responsable.

Cela suppose un déplacement du regard – du contrôle vers l’interprétation, de la responsabilité individuelle vers une responsabilité partagée, et de la conformité formelle vers une délibération continue.

Les approches institutionnelles gagneraient à évoluer dans ce sens, en considérant les conflits d’intérêts comme des situations nécessitant une analyse structurée plutôt qu’une simple déclaration, et en offrant des repères pour orienter les décisions en pratique.

Gérer l’inévitable

Cela n’élimine ni l’ambiguïté ni l’incertitude et ne garantit pas de bonnes décisions. La résolution parfaite est rare. En pratique, la réduction des risques constitue souvent l’objectif le plus réaliste.

Dans cette perspective, les conflits d’intérêts ne sont pas des anomalies à éviter, mais des caractéristiques d’un système complexe. Les gérer exige plus que des règles. Cela requiert une attention au contexte, une ouverture à la discussion et la capacité d’exercer un jugement dans des situations marquées par l’incertitude et par la diversité des intérêts et des priorités.

Dans une grande diversité de contextes académiques, ces situations prennent des formes variées : chevauchement des rôles, attentes concurrentes et nécessité de prendre des décisions sans pouvoir dissiper entièrement les tensions en jeu.

L’enjeu n’est pas de banaliser ces situations ni d’en minimiser les risques. Il s’agit plutôt de reconnaître que traiter les conflits d’intérêts comme des accusations à résoudre peut empêcher de les comprendre – et, par conséquent, de les gérer efficacement.

Pour être pertinentes, les politiques doivent refléter la manière dont ces situations émergent et soutenir le travail, souvent difficile, de leur gestion, plutôt que de supposer qu’elles peuvent toujours être évitées.

La Conversation Canada

Bryn Williams-Jones ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les conflits d’intérêts sont la norme. Nos politiques continuent de les traiter comme des exceptions – https://theconversation.com/les-conflits-dinterets-sont-la-norme-nos-politiques-continuent-de-les-traiter-comme-des-exceptions-281692

After the COVID-19 pandemic, thousands more kindergarteners faced developmental challenges

Source: The Conversation – Canada – By Magdalena Janus, Professor, Department of Pediatrics, University of British Columbia

Children with special needs often experience a range of early developmental challenges that can affect their readiness for learning and their participation in school.

This population includes children with a wide range of neurodevelopmental conditions (like autism and ADHD) as well as physical or sensory conditions and impairments.

Overall, children with special needs are more likely to experience challenges in one or more areas of their development compared to other children their age. For example, about 80 per cent of kindergarten children with identified special needs do not yet have the skills needed to fully benefit from classroom learning, compared to 27 per cent of children without special needs.

In Canada, children with special health needs are more likely to live in lower-income neighbourhoods and to experience poorer developmental outcomes.

The COVID-19 pandemic, declared in March 2020, changed many aspects of everyday life for young children across Canada. Although all children were affected, those with special needs were often impacted more deeply.

Public health measures disrupted many of the resources and supports they and their families relied on, such as health-care visits, child care and early education programs. In some cases, these supports stopped altogether.

Many pandemic policies did not fully consider the needs of vulnerable groups, including children with special needs. As a result, these children and their families were more likely to experience negative impacts during this pandemic, highlighting gaps in support and services that may have affected their development.

Status of inequities

Our team at the Offord Centre for Child Studies at McMaster University produced a report that provided a comprehensive description of the status of inequities in early childhood development in Canada for children with special needs, both before and after the onset of the pandemic. The Public Health Agency of Canada commissioned the report.

We used population-level data and five different neighbourhood-level socioeconomic measures of inequities, including neighbourhood income after tax. The child development data came from the Early Development Instrument (EDI), a 103-item, teacher-completed questionnaire that assesses kindergarten children’s ability to meet age-appropriate developmental expectations across five developmental domains.

We examined EDI data collected before and after the onset of the pandemic to see whether there were differences in teachers’ reports of children’s development in kindergarten.

The EDI database consisted of data from both a pre- and post-pandemic
cohort of children (2017-20; 2020-23). This cohort comprises a total of 540,005 children with special needs from seven provinces and one territory: Prince Edward Island, Newfoundland and Labrador, Nova Scotia, Québec, Ontario, Manitoba, British Columbia and Northwest Territories.

We only selected provinces and territories with EDI data collection in both pre- and post-pandemic onset periods.

Defining special needs

“Special needs” encompasses a broad range of conditions affecting behaviour, communication and physical and intellectual development. A child was identified on the EDI as having special needs if they received a medical, physical or mental-health diagnosis by either a medical or a health practitioner or if they received special education support or services at school.

After the COVID-19 pandemic, a higher percentage of children with special needs didn’t meet age-appropriate developmental expectations in one or more developmental domains: physical health and well-being, social competence, emotional maturity, language and cognitive development, communication skills and general knowledge. These children are considered developmentally vulnerable.

While the overall rates of developmental vulnerability increased, the general pattern remained the same: children in lower-income neighbourhoods or areas with greater social and material disadvantage were more likely to face developmental difficulties.

Neighbourhood income

This pattern was especially strong when looking at neighbourhood income. As income decreased, the percentage of children experiencing developmental challenges increased. For other neighbourhood characteristics, such as how remote or rural an area was, the patterns were less clear.

For example, while children in very remote areas sometimes had higher rates of vulnerability, this was not consistent across all levels of remoteness, and in some cases, children in the most remote areas had lower vulnerability rates than those in more accessible regions.

Importantly, even though these patterns were similar before and after the pandemic, the overall number of children with special needs who were developmentally vulnerable increased after COVID-19.




Read more:
Children with special health needs are more likely to come from poorer neighbourhoods


On average, there was a 2.5 percentage-point increase in developmental vulnerability. While this may seem small, it represents thousands more children facing developmental challenges than just a few years earlier.

This increase is important because early developmental challenges in kindergarten are linked to greater risks for difficulties later in life, including academic struggles and social or emotional challenges.

These risks are especially pronounced for children with special needs, even though some difficulties may improve over time. Even modest increases in developmental vulnerability can have meaningful impacts — not only for children and families, but also for education and health-care systems that support them.

Girls with special needs: possibly more affected

In both the pre- and post-COVID-19 groups of children with special needs, there was a higher percentage of boys who were developmentally vulnerable compared to girls, with only a few exceptions.

For example, 83 per cent of boys with special health needs were considered developmentally vulnerable before the pandemic, rising to nearly 85 per cent after, compared to about 73 per cent and 77 per cent of girls, respectively.

Boys showed higher rates of vulnerability in most areas of development, except for language and cognitive skills. This pattern is consistent with previous research showing that boys often face more developmental and academic challenges in the early school years.




Read more:
New research shows quality early childhood education reduces need for later special ed


However, while boys had higher overall rates, the increase in developmental vulnerability after the pandemic was larger among girls. Rates rose by just over one percentage point for boys, but by more than four percentage points for girls. This suggests that girls with special needs may have been more affected by pandemic-related disruptions than boys.

Implications for essential services

Our findings have important implications for policy and practice. Understanding how developmental vulnerability is associated with neighbourhoods can help identify where support is most needed. There is a need to ensure children in more disadvantaged areas have access to health care, early intervention and specialized supports.

Schools play a key role by identifying special needs early, ideally starting in kindergarten, so that appropriate supports, such as individualized education plans, can be put in place as soon as possible.




Read more:
Many autistic students are denied a full education — here’s what we need for inclusive schools


The increase in both the number of kindergarten children with special needs and the proportion experiencing developmental challenges since the pandemic means that there will be more children requiring specialized assistance and accommodation in later grades.

Our findings highlight the growing pressures on children, families and health and education systems, and underscore the importance of responding with timely and targeted support.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. After the COVID-19 pandemic, thousands more kindergarteners faced developmental challenges – https://theconversation.com/after-the-covid-19-pandemic-thousands-more-kindergarteners-faced-developmental-challenges-280245