Pourquoi les entreprises doivent parfois apprendre à « échouer vite »

Source: The Conversation – in French – By Kumar Rakesh Ranjan, Professor of Marketing, EDHEC Business School

Comment réussir à échouer ? Rater n’est pas difficile, mais un échec réussi n’est pas si simple à atteindre. C’est une question de compétences disponibles et de préparation : bien échouer ne s’improvise pas. Mais aussi, et peut-être surtout, une question de timing.


Dans les entreprises, certaines idées, longtemps après avoir montré leurs limites, continuent d’absorber du temps, de l’argent et de l’attention. Les projets ne sont souvent arrêtés que lorsque les preuves de leur échec deviennent impossibles à ignorer. La stratégie de Meta dans le métavers en offre une illustration frappante. Après plusieurs années d’investissements massifs, les changements annoncés par le géant américain en mars 2026 peuvent être lus comme un net recul, voire un abandon, de ses ambitions dans le métavers.

Mais de nombreuses entreprises adoptent l’approche inverse, consistant à se détourner rapidement de l’échec plutôt que de s’entêter. Google, par exemple, a fermé son service de jeux en ligne Stadia lorsqu’il est devenu clair qu’il ne trouvait pas son marché, tout en réutilisant certaines technologies dans d’autres activités. En Formule 1, Mercedes a également renoncé à son concept de voiture sans pontons, lorsqu’il est apparu que cette solution l’enfermait dans une impasse concurrentielle. Et Slack est passé d’une application de jeu qui avait échoué à une plateforme de messagerie interne omniprésente.




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Un apprentissage plus rapide

Ce qui a motivé toutes ces décisions, ce n’était pas une tolérance à l’échec. Elles traduisent plutôt une capacité à repérer tôt les signaux faibles, à regarder en face les fragilités d’un projet et à changer de cap avant que les pertes ne s’accumulent. En d’autres termes, les dirigeants et les équipes ont adopté la philosophie du « failure fast ».

Dans nos recherches, nous détaillons pourquoi ce concept est l’un des plus essentiels, mais aussi un des plus mal compris. Il ne s’agit ni de célébrer l’erreur, ni de revoir les ambitions à la baisse, ni d’autoriser les dirigeants à renoncer trop facilement.

Il s’agit plutôt de créer les conditions d’un apprentissage plus rapide. Cela suppose une discipline managériale précise : reconnaître qu’une opportunité a peu de chances d’aboutir, s’arrêter avant que les coûts irrécupérables ne s’alourdissent, puis réorienter les ressources disponibles vers des projets plus prometteurs. Cette stratégie peut fonctionner pour n’importe quelle entreprise, à n’importe quel niveau, quelle que soit l’importance des enjeux.

S’inspirer du cas Slack

Slack est aujourd’hui omniprésent. On oublie souvent que l’entreprise a été fondée en 2011 sous la forme d’un jeu en ligne multijoueurs appelé Glitch qui n’a pas réussi à percer. Slack, alors connue sous le nom de Tiny Speck, l’a arrêté en 2012, mais ce faisant, ses dirigeants ont identifié une valeur cachée dans un outil de communication interne qu’ils avaient développé simplement pour coordonner leur propre travail.

Ce simple outil interne s’est révélé adapté à un marché alors en plein essor, celui des logiciels de collaboration en équipe. L’entreprise a donc changé de cap en mobilisant son capital et ses talents disponibles pour lancer Slack en 2013. Depuis lors, Slack est devenue l’une des plateformes logicielles d’entreprise à la croissance la plus rapide de l’histoire, ce qui a finalement conduit à son acquisition pour un montant de 27,7 milliards de dollars (environ, 24,2 milliards d’euros) par la plateforme commerciale Salesforce en 2021.

Un abandon raisonné

De telles histoires sont souvent présentées comme des récits de persévérance, mais ce sont en réalité des exemples d’abandon raisonné. Parmi les cas similaires, on peut citer l’invention accidentelle des Post-it par 3M (initialement utilisés comme marque-pages de fortune pour des recueils de cantiques) ; le changement de cap de Shopify, qui est passé de la vente de snowboards à la mise en place d’une infrastructure de commerce électronique ; et la transformation d’Instagram, qui est passé d’une application de check-in encombrée à une plateforme de partage de photos ciblée.

Ces histoires rappellent que réussir ne consiste pas seulement à maintenir le cap. Il faut aussi savoir reconnaître le moment où ce cap ne mène plus nulle part, puis choisir une meilleure voie.

Savoir quand (et comment) passer son tour

Or, une grande partie du monde entrepreneurial continue de véhiculer un message simpliste selon lequel la ténacité est la clé du succès. Cette croyance peut pourtant conduire au piège des « coûts irrécupérables ». L’histoire des entreprises regorge d’exemples de ce piège.

Blockbuster n’a pas accepté une offre d’achat de Netflix et a préféré étendre son réseau de magasins physiques ; Kodak a inventé les appareils photo numériques, mais a choisi de donner la priorité à son activité dominante de pellicules photographiques ; et le financement en joint-venture de l’avion de ligne supersonique Concorde s’est poursuivi malgré des preuves solides que le projet ne serait pas viable commercialement. Ces entreprises ont finalement disparu après avoir dominé leur secteur respectif.

Ces coûts irrécupérables éclairent par contraste la notion d’échec rapide. Nos recherches montrent que les bénéfices de cette approche ne se limitent pas aux grands virages stratégiques très médiatisés. Ils concernent aussi des décisions plus ordinaires, prises au quotidien. Des études sur les ventes interentreprises, par exemple, montrent que se retirer rapidement des opportunités à faible potentiel peut améliorer la motivation et les performances.

Cela dit, il existe une condition importante : cette approche ne fonctionne que lorsque les dirigeants et les salariés en contact avec la clientèle ont une compréhension solide de ce que l’entreprise peut faire et de ce que les clients veulent – plutôt que de considérer l’abandon précoce comme un choix par défaut sous-optimal.

Une démarche en trois étapes

Ces cas variés font apparaître une logique commune. Échouer vite ne relève pas de l’improvisation : c’est une manière structurée de décider dans l’incertitude, en trois étapes. Là encore, l’histoire des débuts de Slack en est un bon exemple.

La première étape consiste à recueillir des informations permettant de déterminer si un projet donné a des chances de réussir. Ces signaux peuvent provenir d’une observation directe ou de données. L’objectif est de se forger rapidement une image factuelle permettant de savoir si une initiative prend de l’ampleur. Dans le cas de Slack, le PDG Stewart Butterfield et son équipe ont constaté, grâce à l’expérience directe des utilisateurs, que le jeu Glitch n’était tout simplement pas (suffisamment) amusant. Mais ils ont également détecté d’autres signaux indiquant des limites structurelles qui empêchaient toute voie viable vers le succès sur les appareils mobiles.

Délicate mise en œuvre

L’étape suivante consiste à interpréter les données collectées – en combinant expérience, connaissance du contexte et outils analytiques pour distinguer les idées qui méritent un investissement de celles qui n’en méritent pas. Des méthodes simples, comme comparer les résultats attendus à des références passées, aident à éviter les décisions fondées uniquement sur l’intuition. Dans le cas de Slack avec Glitch, S. Butterfield a synthétisé les premiers signaux et conclu que, malgré des coûts irrécupérables importants, le jeu ne justifiait pas l’allocation de ressources supplémentaires.

La dernière étape, et la plus difficile, est la mise en œuvre. Même lorsque les signaux indiquent qu’il faut arrêter, prendre cette décision reste difficile. Se retirer peut sembler contre-intuitif dans un environnement qui récompense la persévérance. C’est pourquoi les dirigeants doivent démontrer qu’il existe une manière plus judicieuse d’allouer le temps, le capital et l’attention. Chez Slack, le PDG a donné suite à ses convictions analytiques en fermant le jeu et en réorientant la technologie interne pour créer Slack – recadrant cet « échec » comme une réaffectation stratégique.

Stanford Online (en anglais), 2017.

Une leçon pour toutes et tous

Ces enseignements dépassent largement le cadre de la vente, de la culture des start-up et des géants de la tech. Les dirigeants rencontrent les mêmes dilemmes lorsqu’ils développent un produit, nouent un partenariat ou recrutent. Dans ces situations, le véritable risque n’est pas toujours d’échouer, mais d’échouer trop tard.

Ainsi, les organisations solides savent comment échouer de manière calculée. Concrètement, cela signifie définir tôt les critères de réussite et d’échec, tester rapidement les hypothèses clés et limiter les pertes avant que l’engagement ne se transforme en gaspillage. Ces leçons valent pour de nombreux secteurs et à tous les niveaux de l’organisation.

Pour une analogie plus poétique, tournons-nous vers la mer. Aucun marin expérimenté ne tente de traverser toutes les étendues d’eau. Certaines mettront son endurance à l’épreuve, tandis que d’autres ouvriront de nouvelles routes. Les meilleurs marins savent lire les vents et changer de cap avant que la tempête n’éclate.

Les dirigeants d’entreprise font face au même arbitrage. La croissance ne vient ni de la persévérance à tout prix ni du renoncement instinctif. Elle dépend de la capacité à reconnaître le moment où l’effort ne crée plus de valeur.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi les entreprises doivent parfois apprendre à « échouer vite » – https://theconversation.com/pourquoi-les-entreprises-doivent-parfois-apprendre-a-echouer-vite-284737

Pourquoi est-ce si difficile d’estimer les bénéfices et les coûts du Brexit ?

Source: The Conversation – in French – By Bernd Philipp, Docteur en sciences de gestion, enseignant chercheur en logistique et SCM, ESCE International Business School

Après le Brexit, en 2020, l’Union européenne a dû affronter la pandémie de Covid-19, le choc des prix de l’énergie des suites de la guerre en Ukraine et de la crise du détroit d’Ormuz. Alors, comment mesurer efficacement les conséquences du Brexit pour les entreprises ? Une étude propose de l’analyser comme un risque à l’aide des outils du « risk management ».


Le Royaume-Uni quittait officiellement le marché unique européen le 31 janvier 2020. Cette sortie mettait fin à la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Depuis, la Cour des comptes estime que « l’excédent français du solde des échanges de marchandises avec le Royaume-Uni s’est considérablement réduit de 12,7 milliards d’euros en 2019 à 5,6 milliards ».

Pour appréhender le Brexit sous une nouvelle approche, notre recherche s’intéresse à distinguer les effets directs du Brexit – exogènes – des stratégies – endogènes – mises en œuvre par les entreprises pour y faire face.

Pour ce faire, nous avons mobilisé le concept de la gestion des risques. Il permet d’étudier les différentes phases du processus de l’identification du risque à sa résolution, en passant par son évaluation et les enseignements à en tirer.

Dans cette perspective, le Brexit peut être considéré soit comme un événement de risque, soit comme un facteur générateur de risques, notamment pour les chaînes d’approvisionnement, ou supply chains. Ces dernières relient des entreprises, des fournisseurs, des prestataires logistiques et des clients, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la livraison du produit ou du service final.

C’est pourquoi nous appelons à utiliser les outils de la gestion des risques appliquée aux supply chains pour éclairer les décideurs économiques et politiques face aux impacts du Brexit.

Effet globalement défavorable sur l’économie

Qui sont les gagnants et les perdants du Brexit ? Il est encore difficile d’estimer le coût économique du Brexit.

Cet exercice est particulièrement complexe. L’année 2020 a marqué la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne ; elle a également été celle de la pandémie de Covid-19. Deux ans plus tard, la guerre en Ukraine et le choc des prix de l’énergie sont venus ajouter de nouvelles perturbations.

La France est l’un des pays européens qui ressent le plus fortement ses effets du Brexit. La Cour des comptes estime que le nombre d’entreprises françaises exportatrices vers le Royaume-Uni a chuté de 9 000 à 8 000 entre 2018 et 2021.

Lorsqu’on adopte une perspective britannique, les études concluent à un effet globalement défavorable sur l’économie du Royaume-Uni. Selon l’étude du National Bureau of Economic Research (NBER), fondée sur près de dix années de données depuis le référendum de 2016, l’investissement des entreprises britanniques aurait diminué de 12 % à 13 %, l’emploi de 3 % à 4 % et la productivité de 3 % à 4 %.

Dans le même temps, les données du Fonds monétaire international (FMI) montrent que l’économie britannique a progressé d’environ 5 % entre le début de l’année 2020 et aujourd’hui. Une croissance qui est supérieure à celle observée en France et comparable à celle de l’Italie.

L’analyse de la recherche académique

Il convient de nuancer les conséquences du Brexit selon la géographie (Royaume-Uni, Irlande, États-Unis ou Chine) et selon le secteur industriel (alimentaire, chimique ou automobile), tout en distinguant les impacts exogènes (augmentation des droits de douane) des réactions endogènes (reconfiguration des stratégies commerciales ou nouvelles routes logistiques).




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Pour appréhender tous ces paramètres, nous nous sommes appuyés sur une revue de littérature académique consacrée au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. À partir de mots-clés liés au Brexit et aux supply chains, une première recherche automatisée a identifié 122 articles, parmi lesquels 17 contributions étaient directement en lien avec notre problématique. Parmi celles-ci, seules huit identifiaient clairement des stratégies d’entreprise face au Brexit.

Ce nombre relativement faible constitue en lui-même un résultat intéressant : malgré l’importance économique et politique du Brexit, la recherche académique sur ses conséquences reste encore limitée.

Notre analyse s’est articulée autour :

  • de la répartition des publications dans le temps, en distinguant les études menées avant l’entrée en vigueur du Brexit (approche pré-Brexit) de celles réalisées après sa mise en œuvre (approche post-Brexit) ;

  • des approches méthodologiques complémentaires : études de cas, enquêtes, modélisations, rapports d’expertise, travaux théoriques ou revues de littérature ;

  • du degré d’utilisation des outils du risk management, appréhendés comme un ensemble de méthodes mobilisées tout au long du processus itératif de gestion des risques. Parmi ces méthodes, figure notamment la Failure Modes and Effects Analysis, ou FMEA, largement utilisée dans les systèmes de management de la qualité. Comme son nom l’indique, la FMEA sert à repérer les possibles défaillances d’un système et à analyser leurs conséquences.

Qui est touché par le Brexit… et comment ?

Quantifier précisément les coûts et les bénéfices semble quasiment impossible.

Cette démarche implique de prendre en compte à la fois les barrières commerciales, qu’elles soient tarifaires (droits de douane) ou non tarifaires (formalités administratives, contrôles, normes et procédures supplémentaires), les difficultés de recrutement et de disponibilité de la main-d’œuvre, ainsi que les coûts supplémentaires liés aux retards attendus dans les ports.

Par exemple, dans le secteur alimentaire, les coûts mêlent hausse du prix des denrées alimentaires, pénuries de main-d’œuvre liées au départ d’une partie des travailleurs européens, ainsi qu’une moindre efficacité du modèle logistique fondé sur le « juste-à-temps » (just-in-time).

Relocalisation, technologies et coopération

Dans notre étude, nous avons mis en lumière les différentes stratégies possibles pour une entreprise face aux impacts du Brexit, tirées d’études scientifiques :

  • la relocalisation des chaînes d’approvisionnement, qu’il s’agisse des sites de production, des activités de stockage ou du rapprochement des activités des marchés clients comme le soulignent Javier Bilbao-Ubillos et Vicente Camino-Beldarrain dans « Reconfiguring Global Value Chains in a Post-Brexit World: A Technological Interpretation » ;

  • saisir les opportunités des nouvelles technologies comme la blockchain et la traçabilité avec l’exemple de l’industrie alimentaire selon les chercheurs Christopher Brooks, Lesley Parr, Jordan M. Smith, Dominic Buchanan, Dominika Snioch et Essam Hebishy. L’utilité : mieux suivre les marchandises, sécuriser les échanges d’informations et gérer plus efficacement les nouvelles formalités administratives ;

  • adopter une démarche de coopération comme le soulignent Linda Caroline Hendry, Mark Stevenson, Jill MacBryde, Peter Ball, Maysara Sayed et Lingxuan Liu. Elle peut être verticale entre fournisseurs, fabricants et distributeurs ou horizontale entre les entreprises d’un même secteur. Elle permet de partager les informations, les ressources et les bonnes pratiques afin de mieux faire face aux perturbations.

Un nouveau cadre d’analyse

Notre principal résultat ne réside donc pas seulement dans le fait d’avoir dressé un « inventaire » des conséquences du Brexit, mais à donner un cadre d’analyse évaluant son importance pour les entreprises. La gestion des risques de la chaîne d’approvisionnement permet d’interpréter plus finement les impacts observés et d’identifier les stratégies adaptées aux différents contextes.

Elle offre également la possibilité de mobiliser des concepts encore peu exploités dans les recherches sur le Brexit, comme les stratégies d’atténuation des risques ou les capacités de résilience des chaînes d’approvisionnement. L’avenir implique d’étudier l’interaction entre ces deux concepts et le degré d’influence que l’organisation – typiquement la supply chain – exerce sur eux.

The Conversation

Bernd Philipp ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi est-ce si difficile d’estimer les bénéfices et les coûts du Brexit ? – https://theconversation.com/pourquoi-est-ce-si-difficile-destimer-les-benefices-et-les-couts-du-brexit-279281

Sans eau, les forêts arrêtent de capter du CO₂

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Martin, Chercheur à INRAE, Inrae

La forêt du mont Ventoux, dans le Vaucluse, en proie à la sécheresse, en 2022. Frédéric Jean, Fourni par l’auteur

Pour survivre en période de sécheresse, les arbres stoppent la photosynthèse, une activité très gourmande en eau au cours de laquelle s’échappent, pour chaque molécule de CO₂ absorbée par une feuille d’arbre, environ 400 molécules d’eau en moyenne. Des forêts entières se retrouvent alors à émettre plus de CO₂ qu’elles n’en capturent.


C’est une réalité révélée par les sécheresses récentes : les forêts peuvent émettre plus de CO₂ qu’elles n’en capturent. Cet état de fait est alarmant quand on sait que les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et que les forêts jouent un rôle clé dans les politiques d’atténuation du changement climatique. Même si la quantification du CO₂ capté par les forêts mondiales reste un exercice difficile, on estime qu’elles captent environ un quart du CO₂ émis par les activités humaines.

Mais face au manque d’eau, donc, les forêts peuvent cesser d’être des puits de carbone. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder les feuilles des arbres.




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L’eau, monnaie d’échange du CO₂

Les feuilles des arbres constituent le point d’entrée principal du CO₂ dans l’écosystème forestier. Elles agissent comme de véritables usines chimiques en captant l’énergie solaire pour convertir en sucre le CO₂ présent dans l’air : c’est la photosynthèse. Ces sucres alimentent les besoins énergétiques de la plante. Ils permettent aussi aux arbres de grandir et, ainsi, de stocker davantage de CO₂ émis par les activités humaines.

La surface des feuilles est en partie couverte de stomates, de minuscules fentes qui peuvent s’ouvrir et se fermer. C’est par ces pores que le CO₂ pénètre dans l’arbre. Ce déplacement du CO₂ ne nécessite pas d’énergie à l’arbre. Il se fait naturellement du milieu où le CO₂ est plus abondant – l’atmosphère – vers le milieu où il l’est moins, ici l’intérieur de la feuille.

Stomates vus au microscope optique sur une feuille d’arbre de l’espèce Tapirira guianensis, échantillonnée en novembre 2023 sur le site de Paracou, en Guyane française.
Julien Lamour, Fourni par l’auteur

Mais l’ouverture des stomates ne permet pas seulement au CO₂ d’entrer. Elle entraîne aussi une perte en eau pour l’arbre, car les cellules de l’intérieur des feuilles sont bien plus riches en vapeur d’eau que l’atmosphère, et ce, même dans les régions les plus humides. C’est ce qu’on appelle la transpiration des arbres. En moyenne, pour chaque molécule de CO₂ absorbée par un stomate, environ 400 molécules d’eau s’échappent simultanément.

Cette transpiration est nécessaire à la croissance et au métabolisme des plantes. Elle peut représenter jusqu’à plusieurs centaines de litres d’eau – l’équivalent de plusieurs baignoires – par jour selon la taille de l’arbre en saison de croissance, et plusieurs dizaines de milliers de litres par jour pour un hectare de forêt. Ces grandes quantités d’eau sont puisées dans le sol par les racines de l’arbre.

Un fil d’eau fragile qui s’élève contre la gravité

Pour acheminer l’eau des racines jusqu’aux feuilles, les plantes ont besoin d’un système hydraulique performant. Le moteur de ce transport, à contre-courant de la gravité, est l’évaporation de l’eau au niveau des stomates. Celle-ci crée une tension qui « tire » les colonnes d’eau vers le haut, comme une paille géante, grâce à la forte cohésion des molécules d’eau entre elles.

Ce principe a été formulé à la fin du XIXᵉ siècle par le botaniste irlandais Henry Horatio Dixon, et a ainsi été appelé « tension-cohésion ». Il explique comment la transpiration est un mécanisme passif, sans coût énergétique pour l’arbre.

Pourtant, la tension nécessaire pour élever l’eau jusqu’à la cime des arbres est colossale. Imaginez que l’eau est aspirée comme à travers une paille de plusieurs dizaines de mètres, mais que cette paille est remplie d’obstacles : les parois des vaisseaux, les cellules… Résultat ? La force nécessaire pour faire monter l’eau jusqu’au sommet de l’arbre équivaut à celle qu’il faudrait pour pomper de l’eau d’un puits de plusieurs centaines de mètres de profondeur !

Dans ces conditions extrêmes, l’eau se trouve dans un état dit « métastable », c’est-à-dire qu’elle peut brusquement passer à l’état gazeux si la tension augmente encore : si c’est le cas, c’est la cavitation. Lorsque la cavitation survient, cela génère des bulles d’air dans ce réseau qu’on appelle le système hydraulique de l’arbre. Des embolies gazeuses empêchent alors la circulation de l’eau et le système hydraulique défaille. Les feuilles ainsi que les autres tissus de l’arbre se déshydratent progressivement, jusqu’à se dessécher de manière irréversible.

Une bulle d’embolie dans la nervure d’une feuille de noyer
Une bulle d’embolie dans la nervure d’une feuille de noyer.
Hervé Cochard, Fourni par l’auteur

La cavitation est un phénomène irréversible qui intervient lors des sécheresses extrêmes, souvent liées au manque de pluie combiné aux vagues de chaleur. Dans ces situations, d’une part, l’eau du sol est de plus en plus difficile à extraire au fur et à mesure que celui-ci s’assèche, on parle de sécheresse du sol. D’autre part, lorsque l’atmosphère chauffe, l’air devient plus desséchant et le moteur de l’évaporation au niveau des feuilles s’emballe, ce qui augmente la tension dans la plante et accélère la vidange du sol. On parle de sécheresse atmosphérique.

Un dilemme entre la soif ou la faim

En période de sécheresse, les arbres font donc face à un dilemme : ouvrir les stomates pour favoriser la photosynthèse nécessaire au métabolisme et à la croissance de l’arbre ou fermer les stomates pour sauvegarder de l’eau et préserver leur système hydraulique de la rupture irréversible.

L’évolution des arbres au cours des temps géologiques a permis l’émergence d’un comportement qui résout ce dilemme. Les stomates s’ouvrent et se ferment dynamiquement, en quelques minutes, pour minimiser les pertes en eau quand les conditions sont défavorables à la photosynthèse, comme quand la lumière diminue. En situation de sécheresse, toutes les plantes vasculaires ferment leurs stomates.

Les forêts vont, pendant ce temps, continuer à émettre du CO₂. D’abord du CO₂ issu de la consommation des sucres produits par la photosynthèse et nécessaires à leur métabolisme. Ensuite, du CO₂ émis par les arbres qui meurent face à la sécheresse et relarguent ainsi dans l’atmosphère le carbone qu’ils ont stocké de leur vivant. Ces deux réalités peuvent donc amener une forêt à ne plus être un puits mais une source de carbone, une inversion qui peut être amplifiée par certains types d’exploitation forestière, notamment ceux fondés sur un interventionnisme massif.

Effet d’une sécheresse de courte durée induite par une vague de chaleur. La hausse des températures (courbe rouge, en haut) génère une « sécheresse atmosphérique » rapide qui provoque la fermeture des stomates des arbres (courbe noire). Ceci impacte le bilan de carbone de la forêt : la photosynthèse (courbe verte, en bas) chute alors que la respiration de l’écosystème (courbe rouge, en bas) se maintient ou augmente. Au plus fort de la canicule, l’écosystème se transforme ainsi temporairement en source de carbone (courbe bleue). Figure établie d’après les données du site ICOS de Font-Blanche (Inrae, URFM-RECOVER, https://font-blanche.hub.inrae.fr/) enregistrées pendant la canicule de juin 2019.
Fourni par l’auteur

D’un arbre à l’autre, d’une espèce à l’autre, la résistance à la sécheresse peut toutefois beaucoup varier en fonction de la vulnérabilité de son système hydraulique à l’embolie. La fermeture des stomates a été sélectionnée pour exploiter au maximum l’eau disponible au regard des capacités à résister à l’embolie de l’espèce.

Un arbre avec un système hydraulique plus vulnérable, comme le bouleau, aura tendance à fermer ses stomates plus tôt qu’un arbre avec un système hydraulique plus résistant, comme le chêne vert. En fait, tous les arbres fonctionnent à la limite de l’embolie, même les plus résistants vivant dans des zones très arides. En conséquence, toutes les forêts du monde sont vulnérables à une augmentation des sécheresses causées par le changement climatique.

En effet, lorsque les sécheresses dépassent les conditions de référence auxquelles les arbres sont adaptés, les impacts physiologiques deviennent critiques, car, même après la fermeture des stomates, des pertes d’eau résiduelles se poursuivent à travers la cuticule des feuilles et des tiges. Ce phénomène peut entraîner la chute des feuilles, une embolie au sein du système hydraulique et le dessèchement des bourgeons, menant in fine à la mort de l’arbre.

L’eau contrôle le cycle du carbone et vice versa

Ainsi, pour comprendre et prédire la capacité des forêts à agir comme puits de carbone, il faut comprendre et prédire la variation de l’eau dans le temps et l’espace.

Il a parfois été mis en avant que le changement climatique et l’augmentation de la concentration en CO  dans l’atmosphère auraient un effet fertilisant sur la végétation selon une logique en apparence implacable : qui dit plus de CO₂, dit plus de photosynthèse, plus de croissance et plus gros puits de carbone. Mais, c’est oublier que le changement climatique est aussi synonyme de sécheresses plus intenses et plus fréquentes, qui privent les arbres de leur monnaie d’échange.

Un tour à flux permettant de mesurer les flux de carbone d’une forêt
Un tour à flux permettant de mesurer les flux de carbone d’une forêt.
Guillaume Simioni, Fourni par l’auteur

Et d’ailleurs, quand bien même les arbres auraient assez d’eau : le CO₂ augmente la photosynthèse, mais réduit aussi l’ouverture des stomates, car plus il y a de CO₂ dans l’air, plus celui-ci peut être capté avec une plus faible ouverture des stomates. Cela est bénéfique pour la plante qui sauvegarde de l’eau, mais, à large échelle, cela diminue la transpiration et donc le recyclage des eaux de pluie par les forêts. En effet, l’eau transpirée par les arbres est critique pour la stabilité des conditions climatiques sur les continents.

Par exemple, on estime que jusqu’à 50 % des précipitations à l’ouest de l’Amazonie proviennent de l’eau transpirée par la partie est du bassin amazonien et transportée par les alizés. La fermeture des stomates à l’ouest peut donc diminuer la pluie à l’est. Et ces effets en cascade pourraient mettre en péril la stabilité de ce fameux « poumon vert ».

Vue de la forêt tropicale humide depuis le haut de l’inselberg de la station des Nouragues, en Guyane française.
Isabelle Maréchaux, Fourni par l’auteur

The Conversation

Nicolas Martin bénéficie de financements de recherche de l’ANR et d’Horizon Europe. Cet article est le fruit de réflexions menées dans le cadre du réseau d’animation PsiHub (psihub.inrae.fr/past-workshops), financé par INRAE-ECODIV. Par ailleurs, il est membre du conseil d’administration de l’association Forêt Méditerranéenne.

Hervé Cochard a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR), du FAEDER, de fonds Européens H2020, et du Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

Isabelle Maréchaux a reçu des financements du Labex CEBA (Centre d’étude de la Biodiversité Amazonienne, ANR-10-LABX-25-01) , de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et du programme de recherche européen Biodiversa +. Cet article est le fruit de réflexions menées dans le cadre du réseau d’animation PsiHub (psihub.inrae.fr/past-workshops), financé par INRAE-ECODIV.

Julien Lamour a reçu des financements du projet “Next Generation Ecosystem Experiments – Tropics”, programme de recherche du gouvernement américain qui vise à mieux comprendre le rôle des forêts tropicales sur le climat, et du projet de l’agence nationale de la recherche française “Paysages Amazoniens en transition”.

ref. Sans eau, les forêts arrêtent de capter du CO₂ – https://theconversation.com/sans-eau-les-forets-arretent-de-capter-du-co-286708

No son inventos de la FIFA: Roma también tuvo sus palcos VIP

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Suárez Cortés, Investigador predoctoral (FPU) en Historia antigua, Universidad de Zaragoza

Gorodenkoff/Shutterstock

Los elevados precios de las entradas para el Mundial 2026 han generado un intenso debate. El sistema de precios dinámicos ha convertido los boletos en objetos de lujo. Por ejemplo, una localidad para el partido entre Colombia y Portugal de la fase de grupos costaba entre 2 600 y 26 000 dólares. Mientras tanto, las celebridades son invitadas por las marcas para disfrutar de una experiencia VIP en palcos privados.




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La situación en la antigua Roma era muy distinta: asistir al teatro era gratuito. También lo era ir a ver un combate de gladiadores o una carrera de carros.

Palcos VIP en la Roma antigua

Estos espectáculos o “juegos” (ludi) eran ofrecidos al pueblo por individuos de gran fortuna, que asumían personalmente todos los gastos de la organización. El objetivo de estas personas era aumentar su popularidad y obtener reconocimiento social. Los habitantes de Roma esperaban acudir cada año (gratuitamente) a una serie de espectáculos que se celebraban como parte de sus festividades religiosas (los Juegos Megalesios en abril, los Juegos Romanos en septiembre, los Juegos Plebeyos en noviembre…).

Así pues, el cambio de mentalidad entre el espectáculo antiguo y moderno es muy importante, especialmente en lo que refiere a su explotación económica. No obstante, esta diferencia no impidió que ya en la República romana surgieran discusiones similares a las que hoy provoca el Mundial.

Imagen del teatro romano de Pompeya
Teatro romano en Pompeya.
Wikimedia Commons, CC BY-SA

Por ejemplo, no tiene nada de nuevo reservar a los miembros más prominentes de la sociedad una serie de asientos separados del resto del público. En el año 194 a.e.c. se decidió que durante los espectáculos las primeras filas de asientos estarían reservadas para los senadores, la élite política y económica de Roma. Esto no fue bien recibido por muchos.

El historiador Tito Livio recogió una de las quejas planteadas entonces: “¿Por qué al rico le molestaba sentarse al lado de un pobre?”. La localidad ocupada se había convertido en un símbolo de la propia posición social.

Asientos reservados

Pasado un siglo, la medida seguía siendo polémica. El hecho de que el orador Cicerón, dependiendo del contexto inmediato en que hablaba, pudiera tanto alabarla como criticarla es buena muestra de ello.

En el 67 a.e.c. se dio un paso más en esta dirección. Una ley reservó también una serie de filas de asientos a los “caballeros” (equites), otra de las élites económicas de Roma junto a los senadores.

Según las fuentes antiguas, esta ley fue considerada por el pueblo como “una afrenta”. Nos han llegado incluso noticias de intercambios de insultos en las gradas entre caballeros y miembros de la plebe a este respecto.

La división de las gradas entre grupos sociales acabó consolidándose con el paso del tiempo y con nueva legislación. Los mejores asientos quedaron reservados para los VIP de la antigua Roma.

Fallida oportunidad de negocio

Otras medidas no tuvieron el mismo éxito. Este es el caso del intento, en el siglo II a.e.c., de anular el carácter gratuito de los espectáculos. Para comprender esta tentativa debemos tener en cuenta que en la ciudad de Roma no hubo teatros o anfiteatros permanentes hasta muy tarde.

El teatro de Pompeyo es del 55 a.e.c. y el Coliseo del 80 e.c. Previamente, los juegos tenían lugar en estructuras temporales de madera o en espacios abiertos como el foro.

Relieve mostrando combates entre gladiadores
Combates de gladiadores. Relieve hallado en Lucus Feroniae.
carolemage/flickr, CC BY-SA

Con ocasión de una serie de combates gladiatorios que se iban a celebrar en el foro en el 122 a.e.c., varios magistrados vieron una oportunidad de hacer negocio. Construyeron gradas y aunciaron que iban a cobrar la entrada a las butacas. Podemos imaginar que las estructuras de madera bloquearían la visión a todo aquel que no se encontrase sentado en ellas. Por lo tanto, los ciudadanos tenían dos opciones: abonar el precio o no ver las luchas de gladiadores.

Ante esta situación, el tribuno de la plebe Gayo Sempronio Graco decidió actuar. Primero, ordenó a los magistrados que retirasen los graderíos para que “los pobres pudiesen ver desde allí sin pagar”. Ante la negativa que recibió, decidió acudir al foro, la noche previa a la celebración del espectáculo, con una cuadrilla de obreros. Cuando amaneció, las gradas habían desaparecido. Gayo Graco las había desmontado y, así, el espectáculo volvía a ser gratuito. Según el biógrafo Plutarco, el pueblo le consideró por esta acción “un hombre íntegro”.

Activista romano

La acción de Graco no fue mera demagogia. Se enmarcaba dentro de un programa político y económico más amplio. Por ejemplo, entre sus diversas iniciativas estuvo la promoción de una ley para distribuir trigo a precio subvencionado entre la población de Roma. El rechazo de la mayoría senatorial a estas políticas, en un contexto de polarización, fue, de hecho, lo que le llevó a la muerte. Por tanto, su maniobra aquella noche fue más bien activismo ideológico.

Hace mucho tiempo que las gradas reflejan las jerarquías sociales y económicas. Sin embargo, la explotación económica del acceso a los espectáculos es un fenómeno mucho más reciente. La comparación entre los “juegos” antiguos y el fútbol moderno nos permite comprender cómo ha evolucionado el pensamiento económico en los últimos 2 000 años.

The Conversation

Carlos Suárez Cortés recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación.

Silvia Lacorte no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. No son inventos de la FIFA: Roma también tuvo sus palcos VIP – https://theconversation.com/no-son-inventos-de-la-fifa-roma-tambien-tuvo-sus-palcos-vip-286631

El arma secreta de la Roja contra el calor en el Mundial: chalecos que no son de hielo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nazaret Ruiz Marín, Profesora del Departamento de Máquinas y Motores Térmicos, Universidad de Cádiz

El equipo de la Selección Española de Fútbol ha empezado a usar en este Mundial chalecos y calzado con tecnología de material de cambio de fase (PCM). Real Federación Española de Fútbol.

Los chalecos refrigerantes de la Selección española se han convertido en una de las imágenes más comentadas del Mundial 2026. Numerosos titulares los han descrito como “chalecos de hielo” o “chalecos de gel”. Pero estas denominaciones confunden más de lo que aclaran: “hielo” induce a error y “gel” se queda en la apariencia.

Su interés no está en ser una prenda fría para soportar mejor el calor antes de saltar al campo, sino en la tecnología de gestión térmica que incorporan. En un partido disputado con altas temperaturas, el calor acumulado puede acelerar la fatiga, reducir la capacidad de repetir esfuerzos y afectar a la toma de decisiones. Estos chalecos buscan precisamente limitar ese impacto: no aplican frío de forma brusca, sino que absorben calor del cuerpo de manera controlada mientras su material interno cambia de estado. Ese matiz explica por qué pueden enfriar de forma más estable, cómoda y prolongada… y por qué su interés va más allá del fútbol.

De la Fórmula 1 al vestuario

En la Fórmula 1, los pilotos llevan años enfrentándose a un enemigo silencioso: el calor dentro de la cabina de conducción, que puede rondar los 50 °C durante casi dos horas de carrera. El punto de inflexión llegó en el Gran Premio de Qatar de 2023, cuando Logan Sargeant abandonó por un golpe de calor y Esteban Ocon vomitó repetidamente dentro del casco. Aquel episodio aceleró la adopción de sistemas de refrigeración para los pilotos, que serán obligatorios a partir de 2026.

Hoy, lo que empezó como una solución de emergencia en los monoplazas de carreras ha encontrado ahora su camino en los campos de fútbol.

El sistema, por supuesto, no es una simple bolsa de hielo. Su funcionamiento se basa en un material conocido como PCM (Material de Cambio de Fase). El principio de su funcionamiento sigue la misma lógica que permite que el hielo se derrita al absorber calor, pero este puede programarse para que su punto de fusión esté muy por encima de los 0 °C del hielo: es posible elegir entre 6,5 °C, 15 °C, 21 °C, 24 °C o, incluso, 29 °C, según la necesidad de cada situación.

La Selección Española de Fútbol estrena este Mundial chalecos de material de cambio de fase para protegerse del calor.

¿Hielo? No, algo mucho más inteligente

Las cualidades en las que supera al hielo son algunas más. El agua a 0 °C es demasiado agresiva para la piel: quema, irrita y, aun peor, provoca vasoconstricción. Los vasos sanguíneos se contraen, el flujo en la piel se reduce y el calor, en lugar de salir, queda atrapado. El remedio se vuelve contraproducente. Además, se derrite en pocos minutos y pierde eficacia casi tan rápido como la consigue.

Sin embargo, el PCM actúa de forma muy distinta. Mantiene su temperatura constante mientras se funde. Enfría durante horas. No daña la piel ni provoca el temido efecto rebote. Y pesa un 20 % menos que el agua, algo que para un futbolista en pleno esfuerzo no es una anécdota. Además, se recarga en media hora en una nevera y aguanta miles de usos sin perder un ápice de rendimiento.

Eso sí, el PCM que se incluye en los chalecos no es naturalmente un gel, sino que se formula con aditivos que lo espesan y evitan que se derrame al fundirse. Además, esta tecnología, desarrollada por empresas como la neerlandesa Inuteq –e integrada por Adidas en su sistema Climacool– es 100 % de origen vegetal y biodegradable.

Los compartimentos del chaleco son la clave

El PCM no elimina el calor, sino que lo gestiona con precisión. Para lograrlo, el sistema consta de tres elementos, empezando por el chaleco portador, una prenda ligera y ajustable con compartimentos independientes distribuidos por el torso. Esa compartimentación es clave: permite que el calor se reparta de forma homogénea entre todos los paquetes. Si el material estuviera concentrado en una única bolsa, las zonas más expuestas al calor corporal se calentarían antes que las internas, se fundirían de forma desigual y se desperdiciaría gran parte de su capacidad. Pero, al dividirlo en unidades más pequeñas, cada paquete recibe calor de manera equilibrada y el enfriamiento es más eficiente y duradero.

Esquema del funcionamiento de los chalecos de cambio de fase.
Nazaret Ruiz.

El segundo elemento son las cápsulas de PCM que se insertan en los compartimentos. Cada una actúa como una unidad autónoma, fundiéndose a un ritmo controlado. Y, si una se rompe, el daño queda localizado. El tercero es la bolsa de transporte aislante, que mantiene los paquetes a la temperatura adecuada hasta el momento de usarlos.

El chaleco se coloca sobre la camiseta, de forma que sus paquetes de PCM cubren el torso, el abdomen y la espalda. Al fundirse, transfieren su refrigeración de forma constante. El efecto es medible: la temperatura corporal interna desciende hasta medio grado centígrado y la de la piel, hasta 13 °C.

Buenas noticias para los deportistas

La evidencia científica respalda su eficacia a la hora de conseguir mayor bienestar y rendimiento en la práctica deportiva. Un estudio comprobó que corredores que utilizaron enfriamiento con PCM en condiciones de calor (33 °C) mostraron menor temperatura central y cutánea, menor frecuencia cardíaca y una velocidad de carrera significativamente mayor con los chalecos que sin ellos.

En el terreno del fútbol, once jugadores de élite que usaron PCM durante 3 horas tras un partido vieron reducido su dolor muscular un 26,5 % a las 36 horas.

Con estos resultados, no sorprende que su uso se haya extendido. Se emplea antes del partido –para crear un “colchón térmico” que retrase la fatiga– y en el descanso –para acelerar la recuperación–.

Más allá del fútbol: una tecnología para todos

El calor extremo no es un problema exclusivo del deporte. Trabajadores de la construcción, bomberos, personal sanitario con equipos de protección individual (EPIs), operarios industriales o equipos de rescate sufren un estrés térmico similar al de un futbolista en pleno partido. En todos estos casos, la fatiga por calor reduce la productividad y aumenta el riesgo de accidentes.

Por eso, la tecnología PCM, desarrollada en principio para responder al calor extremo en circuitos y estadios, empieza a salir del deporte de élite. Ya se incorpora a chalecos refrigerantes, cascos y ropa de trabajo.

En la misma línea, su uso podría extenderse a expediciones, eventos multitudinarios o desplazamientos urbanos durante olas de calor. En un contexto de temperaturas cada vez más extremas, la gestión térmica personal está dejando de ser una solución excepcional para convertirse en una necesidad cotidiana. Y este invento práctico y sostenible podría aportar su granito de arena.

The Conversation

Nazaret Ruiz Marín no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El arma secreta de la Roja contra el calor en el Mundial: chalecos que no son de hielo – https://theconversation.com/el-arma-secreta-de-la-roja-contra-el-calor-en-el-mundial-chalecos-que-no-son-de-hielo-286525

Au-delà de la « ville 15 minutes » : ce qui donne vraiment envie de marcher

Source: The Conversation – in French – By Paula Negron-Poblete, Professeure agrégée à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage, Université de Montréal

La sédentarité est une habitude qui nous guette, et de plus en plus de voix s’élèvent pour nous inciter à adopter des modes de vie plus actifs. Mais qu’est-ce qui pousse vraiment les gens à marcher ? Un quartier peut offrir une très bonne accessibilité à pied à une multitude de destinations, mais seulement quelques parcours spécifiques seront réellement perçus comme favorables à la marche.

À titre de professeure à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, je constate d’importantes disparités dans l’accessibilité au sein des territoires. Si l’accessibilité à pied aux commerces et services est nécessaire pour avoir des milieux de vie favorables à la santé, elle n’est pas suffisante. Ce sont la sécurité, le confort et l’attractivité des trajets parcourus qui sont susceptibles d’inciter les gens à marcher.

Accessibilité et marchabilité

La marche est souvent pratique pour rejoindre une épicerie ou un arrêt d’autobus par exemple. On considère qu’une destination est accessible à pied si elle se trouve au plus à 800 mètres de distance. L’indicateur Walk Score permet de connaître l’accessibilité à pied d’une adresse quelconque en fonction de l’offre de services et commerces à distance de marche. On parle aussi de villes de 15 minutes pour faire référence aux environnements qui permettent de rejoindre plusieurs destinations à pied (environ un km) ou à vélo (un peu moins de 5 km) dans ce laps de temps.

Mais le choix de marcher dépend aussi de la sécurité, du confort et de l’attractivité du trajet à parcourir, des facteurs qui varient selon la forme urbaine, le paysage urbain et la personne elle-même, et qui sont particulièrement importants lorsque la marche constitue une activité en soi. On parle alors de marchabilité ou de potentiel de marche.

Assurer des trajets sécuritaires

Un quartier où l’offre commerciale est abondante le long de boulevards très achalandés ou dans des centres commerciaux entourés de vastes stationnements peut offrir plusieurs destinations à moins de 15 minutes à pied. La marche y reste toutefois peu sécuritaire, car les piétons doivent à plusieurs reprises partager l’espace avec les automobiles. Les conditions de sécurité du parcours sont donc faibles en raison des risques accrus d’accident.




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Le mauvais état des trottoirs peut également nuire aux déplacements à pied. Pour les individus avec une mobilité plus limitée, des surfaces brisées ou des dalles surélevées augmentent les risques de chutes. Pour les personnes utilisatrices d’un fauteuil roulant, les transitions entre le trottoir et la chaussée aux intersections sont souvent problématiques. Le niveau de sécurité peut aussi varier selon les saisons. Ainsi, des trottoirs enneigés ou glacés peuvent créer des barrières à la marche chez plusieurs personnes, dont les personnes très âgées. Si elle n’a pas d’autre moyen de se déplacer, la personne court un risque d’isolement.

Les attributs du cadre bâti peuvent nuire à la sécurité perçue des trajets à pied. Les bâtiments détériorés, délaissés, avec peu de fenestration renvoient une image de danger. À l’opposé, des parcours à travers des espaces animés tout au long de la journée permettent de recréer une ambiance sécuritaire. Une enquête menée récemment aux États-Unis a montré que les piétons évitent les boulevards avec beaucoup de trafic, mais dans plusieurs quartiers, c’est le long de ces axes qu’on trouve les commerces, obligeant les gens à les fréquenter.

La perception de la sécurité est particulièrement importante pour favoriser la marche chez les enfants. Même si l’école est proche de la maison, la présence de voitures aux abords et les vitesses de circulation élevées nuisent à la sécurité des parcours vers l’école. Des politiques de vision zéro, à l’aménagement de rues-écoles, les interventions sont nombreuses ces dernières années pour assurer des trajets sécuritaires et agréables pour les piétons, notamment les enfants.




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Des trajets confortables

Une séparation claire entre le trottoir et les voies de circulation automobile renforce la sécurité des personnes qui marchent. Lorsqu’on y ajoute de la végétation, on améliore aussi le confort et l’agrément du parcours. Le mobilier urbain joue un rôle similaire : la présence régulière de bancs, par exemple, offre aux personnes âgées la possibilité de faire une pause durant le trajet. Enfin, un éclairage pensé pour les piétons (et pas seulement pour les automobilistes), permet de repérer plus facilement d’éventuels obstacles sur le chemin et de se déplacer sereinement après la tombée du jour.

Aux intersections, l’aménagement de saillies de trottoir ou des traverses surélevées permettent aux piétons de franchir la rue au même niveau que le trottoir, améliorant le confort et la continuité du déplacement. Des trottoirs de plus de deux mètres de largeur rendent aussi la marche plus fluide : ils permettent de contourner les obstacles (vélos stationnés, bacs de recyclage au chemin), de marcher en groupe ou de circuler plus facilement en fauteuil roulant.


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À l’inverse, certains aménagements nuisent à la marche, car ils augmentent les risques pour le piéton. C’est le cas des entrées charretières empruntées par les voitures pour accéder aux stationnements hors rue. Ces aménagements sont fréquents dans les milieux plus dépendants de l’automobile, où les stationnements hors rue sont omniprésents.

Pour le plaisir de marcher

La possibilité de croiser d’autres personnes dans la rue est aussi recherchée. Les terrasses publiques, les espaces verts et la présence d’art public contribuent à agrémenter le parcours de marche. Des villes comme Montréal, Vancouver ou Toronto offrent des parcours de marche qui mettent de l’avant l’art mural urbain.



Il est important d’aller au-delà des simples aménagements fonctionnels visant à sécuriser les trajets de marche. Lorsqu’on aménage ou réaménage un espace, c’est aussi l’occasion d’augmenter le plaisir que la marche peut procurer. Une intersection au coin d’une école peut ainsi être transformée grâce à un marquage au sol avec un design original, rendant le trajet à l’école plus ludique et agréable pour les enfants. Favoriser la marche est un travail qui implique plusieurs professionnels de l’aménagement.

La Conversation Canada

Paula Negron-Poblete a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec et du Conseil de recherche en sciences humaines. du Canada.

ref. Au-delà de la « ville 15 minutes » : ce qui donne vraiment envie de marcher – https://theconversation.com/au-dela-de-la-ville-15-minutes-ce-qui-donne-vraiment-envie-de-marcher-283321

Coupe du monde : pour qui prendre parti lorsque l’équipe de votre pays d’accueil affronte celui de vos origines ? Un dilemme pour de nombreux Néo-Canadiens

Source: The Conversation – in French – By Cary Foo, PhD Student, Recreation and Leisure Studies, University of Waterloo, University of Waterloo

Le match entre le Canada et le Maroc en Coupe du monde a placé la communauté marocaine, très nombreuse au Québec, devant un choix qui peut s’avérer déchirant entre leur pays d’origine et leur pays d’adoption. Ce dilemme, loin de se limiter à cette communauté, révèle le lien complexe entre identité, migration et allégeance sportive au sein de la mosaïque culturelle canadienne.


Jesse Marsch, sélectionneur de l’équipe nationale canadienne de football, a déclaré à l’approche de la Coupe du monde de la FIFA : « Nous sommes tellement fiers de rassembler le pays autour de l’équipe du peuple cet été ».

Si ce message illustre l’enthousiasme suscité par la participation du Canada à domicile, la manière dont l’« équipe du peuple » est perçue par les Canadiens eux-mêmes pendant la Coupe du monde est plus nuancée.

La Coupe du monde représente un moment particulier pour le Canada, où la diversité et la culture sont mises en avant. C’est pourquoi de nombreux Canadiens pourraient arborer plusieurs drapeaux – et pas seulement celui à la feuille d’érable – tout au long de la compétition.

Un tournoi mondial dans un pays multiculturel

Les événements sportifs internationaux comme la Coupe du monde permettent aux gens de célébrer des identités communes et de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté parmi leurs compatriotes. Mais comprendre qui une personne choisit de soutenir lors de tournois mondiaux peut s’avérer complexe et va au-delà du pays où elle vit.

En effet, l’attachement à une équipe sportive n’est pas toujours simple ; il est façonné par l’histoire personnelle et la migration. Si l’on tient compte de la dimension mondiale de la Coupe du monde moderne, les frontières s’estompent encore davantage. Des joueurs sur le terrain aux supporters dans les tribunes, le chevauchement des identités culturelles fait que le choix d’une équipe à soutenir dépend rarement uniquement du lieu où l’on vit actuellement.

L’équipe nationale du Canada reflète parfaitement le tissu multiculturel du pays, avec un effectif composé en grande partie de joueurs qui partagent des parcours d’immigration.

Richie Laryea, membre de l’équipe canadienne, a déclaré : « Notre équipe nationale est à l’image de ce qu’est notre pays aujourd’hui. Et c’est très bien ainsi. Elle doit être extrêmement diversifiée. » Mais les Canadiens qui partagent les mêmes origines ethniques que les joueurs de l’équipe nationale ont-ils du mal à décider qui soutenir ?

Le riche multiculturalisme du Canada – et la composition diversifiée de son équipe nationale – font de cette période un moment fascinant pour observer quel pays les Canadiens choisissent de soutenir pendant la Coupe du monde.


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Allez le Canada ?

Avant 2022, l’équipe nationale masculine canadienne était rarement le premier choix des fans de football au Canada, principalement parce qu’elle ne se qualifiait presque jamais pour la Coupe du monde. De ce fait, la Coupe du monde était l’occasion, dans de nombreuses villes canadiennes, de renouer avec ses racines culturelles et d’encourager plutôt le pays d’origine de sa famille.

Lors de la Coupe du monde 2018, le Croatia Park de Mississauga est devenu un immense lieu de rassemblement pour les Canadiens d’origine croate venus encourager leur équipe nationale et célébrer leurs racines. Si de telles scènes mettent pleinement en valeur la diversité du Canada, elles soulèvent également une question fascinante : lorsque chacun soutient son pays d’origine, quelle place reste-t-il à l’équipe canadienne elle-même ?

Ces célébrations mettent en lumière une véritable crise d’identité pour certains supporters, maintenant que le Canada est devenu un concurrent régulier sur la scène internationale. Le véritable dilemme survient lorsque les gens se sentent profondément déchirés entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil. Les supporters peuvent être confrontés à la décision difficile de choisir quel drapeau hisser – ou quelle patrie occupera la première place s’ils décident d’arborer les deux.




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Identités contradictoires

Dans l’univers très compétitif du sport de haut niveau, gagner est tout ce qui compte. À mesure que les équipes sont éliminées et que le tournoi bat son plein, les Canadiens partagés entre deux loyautés peuvent se retrouver tiraillés dans plusieurs directions. Cela peut amener bon nombre d’entre eux à se sentir véritablement tiraillés quant à l’équipe qu’ils « devraient » soutenir.

Une étude portant sur la Coupe du monde 2014 a montré que les supporters peuvent soutenir certaines équipes lorsqu’ils découvrent des liens personnels avec ces nations. Un participant à l’étude, d’origine kenyane, a déclaré : « J’ai été attiré par la Belgique, car leur attaquant est un Belge d’origine kenyane. »

L’attaquant Jonathan David, de l’équipe canadienne, est d’origine haïtienne ; ses deux parents sont nés à Port-au-Prince. Lors d’une interview donnée lors de la Gold Cup de la Concacaf 2019, où le Canada affrontait Haïti, David a expliqué :

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’affronter le pays où l’on a vécu quand on était plus jeune. Mais je dois tout de même y aller avec la mentalité que je dois faire mon travail pour mon pays.

Malgré l’élimination d’Haïti de la Coupe du monde, un débat passionnant persiste : les Canadiens d’origine haïtienne ont-ils été tiraillés quant à leur identité au moment de choisir s’ils devaient soutenir le Canada, Haïti, ou les deux ? À présent, l’attention se porte sur la question de savoir si les origines haïtiennes de David incitent activement la communauté à se rallier derrière l’équipe canadienne pour le reste du tournoi.




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Pas besoin de choisir son camp

Au final, les supporters ne sont pas obligés de choisir une seule équipe : ils peuvent soutenir à la fois les équipes qui représentent leur héritage culturel et la sélection canadienne qui entre dans l’histoire. Parallèlement, le succès du Canada sur le terrain nous pousse à repenser ce que signifie réellement être « Canadien » dans un pays où soutenir ses origines a longtemps été la norme.

Au final, le choix de l’équipe que les Canadiens décident d’encourager offre un aperçu fascinant de la mosaïque culturelle unique du pays.

Alors que les rues canadiennes se remplissent d’une mer colorée de drapeaux du monde entier et que les communautés se rassemblent autour d’une passion commune pour le football, c’est le moment idéal pour réfléchir à notre identité nationale.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Coupe du monde : pour qui prendre parti lorsque l’équipe de votre pays d’accueil affronte celui de vos origines ? Un dilemme pour de nombreux Néo-Canadiens – https://theconversation.com/coupe-du-monde-pour-qui-prendre-parti-lorsque-lequipe-de-votre-pays-daccueil-affronte-celui-de-vos-origines-un-dilemme-pour-de-nombreux-neo-canadiens-286713

La formation ne suffit pas à garantir une reconversion des femmes sorties de l’emploi dans l’univers du numérique

Source: The Conversation – in French – By Marion Lauwers, Enseignant-chercheur, Institut Catholique de Lille (ICL), Institut catholique de Lille (ICL)

Les femmes restent très sous-représentées dans l’univers du numérique, malgré la multiplication de dispositifs de formation. Comment l’expliquer ? Comment lever les freins ?


L’inclusion des femmes et, notamment, des femmes sorties de l’emploi dans le secteur du numérique est cruciale pour développer des technologies plus justes et égalitaires. Elle est également critique pour la compétitivité européenne. Comme souligné par la Commission européenne, une augmentation de la part des femmes travaillant dans le numérique à hauteur de 45 % d’ici à 2027 permettrait d’améliorer le produit intérieur brut (PIB) de 260 milliards à 600 milliards d’euros.

Cependant, moins de 29 % de femmes travaillent aujourd’hui dans l’univers du numérique. Pis, ce taux semble stagner par rapport à 2025. Les femmes, en France, restent très sous-représentées dans les métiers du numérique.

De nombreux dispositifs de formation visant l’acquisition accélérée de compétences et l’insertion dans les métiers du numérique ont été créés ces dernières années. Certains programmes s’adressent spécifiquement aux femmes issues des milieux les plus défavorisés. Le gouvernement a même fait de la parité dans les métiers de la tech et du numérique une de ses priorités depuis 2023.

Alors, comment mieux accompagner les femmes sorties de l’emploi à se reconvertir dans l’univers du numérique ?

Notre étude, en parallèle de la publication de deux livres blancs sur les innovations pédagogiques pour une reconversion inclusive et sur les perspectives de parcours de e-learning inclusifs et personnalisés, montre que la formation, seule, ne suffit pas.

Monde complexe et inaccessible

Les entretiens que nous avons menés au sein d’une structure d’accompagnement des femmes, auprès d’accompagnatrices emploi, mettent en évidence l’importance de développer le regard des femmes sorties de l’emploi sur l’univers du numérique.

Nombreuses sont celles qui ne se sentent pas à la hauteur ; elles voient le secteur comme un monde complexe et inaccessible. De plus, ces métiers restent souvent méconnus ou mal connus.

« Ce qui répondait à leurs attentes, c’était vraiment de savoir de quoi on parle, de quel métier, quelle est la mission de chaque métier, qu’est-ce qu’on fait, à quoi ça sert, avec quels outils, type langage informatique ? C’est vraiment du concret », souligne Astrid, l’une des accompagnatrices d’emploi.

Outre les recommandations classiques – faire découvrir ce qu’est le numérique ou l’importance des rôles modèles ou des mentors –, nos entretiens mettent en lumière l’importance de donner de la visibilité aux formations :

« Avoir des ateliers qui leur permettent de découvrir la formation, c’est bien. Parce que ces personnes-là ne seraient jamais tombées sur les sites [de formation] », rappelle Sylvie, une autre accompagnatrice d’emploi.

Au-delà de la visibilité des formations existantes, il apparaît essentiel de travailler sur l’accessibilité du contenu proposé :

« On [leur] demande par exemple la définition d’un cloud. Pour des personnes qui sont très loin du numérique, ça ne leur parle pas du tout. Même si elles s’en servent tous les jours, elles ne réalisent pas et elles ne savent pas ce que c’est. Il faut le désacraliser », affirme Astrid.

Autocensure technologique

Les femmes concernées cumulent souvent une autocensure technologique, une rupture prolongée de l’emploi, des contraintes familiales et un réseau professionnel fragile. Trop souvent les solutions proposées peinent à lever les barrières des apprenantes.

La plupart des femmes accompagnées ont un accès au numérique réduit leur donnant l’impression qu’une reconversion dans ce secteur est tout simplement impossible.

« On a vraiment un public fragilisé, qui n’a pas obligatoirement les moyens et l’accès au numérique, ça reste encore quelque chose qui est rarissime. Sur le panel de femmes qu’on accompagne, je n’en ai aucune qui a un ordinateur à la maison », souligne Sarah, une autre accompagnatrice d’emploi.

Au-delà des freins matériels, les freins financiers et logistiques sont importants :

« C’est l’argent du coup [qui joue sur la motivation]. Nous, on travaille beaucoup sur des formations qui sont prises en charge par le Conseil régional et qui permettent [à ces personnes] de suivre une formation gratuitement. Les problématiques sont souvent liées au financement et au temps (…). Souvent, ce sont des femmes seules avec enfants ; il y a une réalité du quotidien. Elles ont vraiment besoin de travailler », rappelle Astrid.

Comme souligné par l’une des accompagnatrices :

« Travailler sur les freins qu’il y a en périphérie, autour de cette insertion professionnelle, aide aussi à développer des projets. (…) Nous, on est dans le faire faire. Et justement les ateliers sont là pour apporter cette indépendance », souligne Sarah.

En parallèle, des formations accessibles en version mobile, adaptables et personnalisées, sont nécessaires pour favoriser un apprentissage évolutif. Dans ce sens, un potentiel assez important se dessine autour des plateformes d’apprentissage renforcées par les intelligences artificielles (IA) génératives.

Parcours en étapes

Certaines formations sont fondées sur des effets de modes ou éloignées des opportunités locales, ce qui peut générer encore plus de précarité :

« J’en ai des femmes qui travaillent dans le numérique, qui ont participé à un parcours pendant trois ans et, aujourd’hui, elles ne trouvent pas de boulot de développeur. Elles ont appris une partie, une technologie. Ensuite, il y a eu l’arrivée de l’IA. Et là, du coup, elles ont été larguées », estime Astrid.

Il semble crucial de penser à long terme et d’orienter ces femmes dans des parcours en étapes, en adéquation avec leurs souhaits, leurs capacités et en adéquation avec les besoins réels du marché.

Renforcer les liens entre les Régions, France Travail et les acteurs locaux du marché de l’emploi, ainsi que ceux entre les femmes évoluant dans le numérique apparaît essentiel pour mieux accompagner leur retour à l’emploi. Ces coopérations amélioreraient les orientations vers des opportunités d’insertion professionnelle réelles.

Former oui, mais à quoi et pourquoi ?

De nombreux acteurs prônent la formation et l’accompagnement des femmes au numérique dès le lycée et même avant.

Cette stratégie ne comblera pas les besoins du marché actuels ni ne résoudra à courte échéance le manque de parité dans les métiers du numérique.

S’intéresser aux femmes sorties de l’emploi et/ou souhaitant se reconvertir reste un élément clé pour accélérer la mixité dans l’univers du numérique dès aujourd’hui. Encore faut-il comprendre leurs freins, les lever et s’assurer que l’offre de formation corresponde à leurs attentes et aux besoins du marché.

The Conversation

Cette recherche s’intègre dans un projet plus vaste: « Dispositifs France Formation Innovante NUMérique – Deffinum.
Porté par un consortium représenté par l’Institut Catholique de Lille, la Fédération Nationale des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (FNCIDFF) et l’association Social Builder en qualité de chef de file.
Une partie de ce projet a été financé par la Banque des Territoires

Abir Karami et Mourad Ellouze ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. La formation ne suffit pas à garantir une reconversion des femmes sorties de l’emploi dans l’univers du numérique – https://theconversation.com/la-formation-ne-suffit-pas-a-garantir-une-reconversion-des-femmes-sorties-de-lemploi-dans-lunivers-du-numerique-282766

La gestion comme mise en dispositif

Source: The Conversation – in French – By Franck Aggeri, Professeur de management, PSL Research University, Mines Paris – PSL

La gestion ne peut pas être réduite à des chiffres. Il s’agit d’une matière vivante, qui crée des dispositifs. Pour mieux comprendre, l’œuvre du philosophe Michel Foucault est éclairante. Décryptage avec la mise en place d’outils dans le cadre de la transition bas carbone.

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat avec la Revue française de gestion, qui a fêté ses 50 ans en 2025.


La gestion n’est pas seulement cette activité, souvent caricaturée, de contrôle, de coordination et d’évaluation des performances. C’est également une activité plus exploratoire de conduite d’actions collectives inédites, comme organiser une transition écologique, numérique ou sanitaire.

Les objectifs, les moyens et les méthodes sont alors inventés chemin faisant. Dans de telles situations, le premier défi pour la recherche est de comprendre ce que gérer peut vouloir dire.

Pour cela, notre article paru dans la Revue française de gestion propose un cadre d’analyse, inspiré des travaux de Michel Foucault, que nous appelons « mise en dispositif ». Pourquoi cette formule et quels en sont les principes ? Pour y répondre, revenons d’abord sur le sens du mot « dispositif », puis sur l’usage qu’en a fait le philosophe, avant d’illustrer son intérêt sur l’exemple de la transition bas carbone.

Les deux sens du terme « dispositif »

Mot très usité dans la langue française, dispositif vient étymologiquement du latin dispositio qui désigne deux choses :

  • l’action de disposer des éléments en vue d’une finalité,

  • mais également l’une des dimensions de l’art rhétorique, agencer les arguments de façon à les rendre intelligibles.




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Ces deux dimensions se retrouvent dans l’usage courant de la notion : l’assemblage d’éléments formant un tout cohérent en vue de répondre à une fonction ou d’atteindre une finalité (par exemple, on parle de dispositif technique, pédagogique…) et les stratégies rhétoriques qui accompagnent la mise en place de tout dispositif public.

Le terme a depuis longtemps colonisé l’univers de la gestion dans une acception proche du sens commun. Ainsi, un dispositif de gestion est souvent décrit comme un agencement déjà constitué de règles, d’outils et d’acteurs formant un ensemble cohérent en vue d’une finalité, par exemple un dispositif de gestion des compétences.

L’héritage de Michel Foucault

Une telle conception courante est statique. Elle ne dit rien des modalités d’émergence du dispositif : comment et par qui a-t-il été conçu ? En vue de quelles finalités ?

La question de la formation des dispositifs a été précisément le cœur de la réflexion du philosophe Michel Foucault pour étudier la conduite de nouvelles formes d’action collective. Il souligne trois points essentiels de la formation d’un dispositif :

  • son caractère finalisé et situé, qui répond à une urgence stratégique dans un contexte précis ;

  • son hétérogénéité (il est composé d’éléments discursifs, spatiaux, instrumentaux, humains, légaux, moraux, etc.) ;

  • l’activité collective qui constitue le « dispositif » en agençant ces éléments hétérogènes pour leur donner un sens et une capacité à orienter la conduite des acteurs.

Dans notre article, nous mettons en évidence la fécondité du cadre de la « mise en dispositif » pour comprendre les processus d’émergence de nouvelles formes d’action collective. L’accent est particulièrement mis sur l’activité d’agencement d’éléments hétérogènes (discours, instruments, savoirs, rôles des acteurs, architecture…) en vue de finalités révisables.

Nous soulignons également que ce processus de mise en dispositif ne part jamais d’une page blanche. Les nouveaux dispositifs se superposent ou viennent compléter des dispositifs déjà existants pour les articuler et leur donner une nouvelle finalité et un nouveau sens pour les acteurs.

La transition bas carbone au concret

Illustrons la démarche en prenant l’exemple de la formation d’un dispositif carbone dans un grand groupe de la construction. La transition bas carbone est l’un des mantras contemporains des décideurs publics comme privés. Mais comment celle-ci peut-elle être mise en œuvre ?

Le point de départ de l’enquête est le suivant. Au milieu des années 2000, les dirigeants du groupe anticipent une évolution réglementaire en Europe : le bilan énergétique des bâtiments va être complété par un bilan carbone. La différence entre énergie et carbone ? L’enjeu n’est plus seulement d’améliorer l’isolation des bâtiments, mais de réduire l’empreinte carbone de leur fabrication, c’est-à-dire le choix des matériaux et des systèmes constructifs. Ceci implique un changement complet des méthodes de construction et des chaînes d’approvisionnement.

Or, à cette époque, le groupe n’a pas d’outils de calcul du carbone et n’a aucune solution à disposition. Plutôt que de décréter de grands objectifs, la direction choisit une voie plus modeste. Elle mandate un expert interne avec l’objectif de concevoir un bilan carbone simplifié, facilement appropriable par les opérationnels. Après une phase de test et de paramétrage, un outil de calcul est mis au point. Tous les chefs de projet ont alors l’obligation de chiffrer des variantes bas carbone, que le client le demande ou pas.

Un calcul qui ait du sens…

Pour que ce calcul ait du sens et produise des effets concrets s’engage un patient travail d’agencement de l’outil à toute une série d’éléments qui le complètent pour en faire un dispositif de gestion cohérent.

Des partenariats sur la conception de matériaux et solutions bas carbone sont lancés et testés sur des sites pilotes. Voici quelques exemples.

Un comité d’innovation bas carbone est créé. Un référentiel sectoriel de comptabilité carbone est construit en même temps qu’un label « bâtiments bas carbone », susceptible de préfigurer la réglementation. La conception de projets pilotes bas carbone permet de montrer la pertinence du concept.

Ce n’est qu’après un long processus de mise en dispositif qu’une feuille de route stratégique est enfin annoncée par le groupe. Elle sera régulièrement révisée au gré des événements et de l’élaboration d’autres dispositifs publics ou concurrents, alimentant, à leur tour, de nouveaux agencements.

La mise en dispositif, c’est cela, un processus multiforme, fruit d’initiatives locales et centrales dont le chercheur a pour mission de reconstituer minutieusement le processus, les effets attendus et inattendus, et les potentiels transformatifs.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La gestion comme mise en dispositif – https://theconversation.com/la-gestion-comme-mise-en-dispositif-285392

Le syndrome du sauveur au travail : quand les héros de l’entreprise créent les crises qu’ils prétendent résoudre

Source: The Conversation – in French – By Mohamad Fadl Harake, Docteur en Sciences de Gestion, Chercheur en Management Public Post-conflit, Université de Poitiers

La dynamique des organisations n’est pas toujours aisée à décrypter. La preuve avec ce profil particulier. En apprence, il est l’élément clé, la personne essentielle, toujours là pour trouver une solution quand un problème se pose. Et pourtant, dans certains contextes, ce collaborateur « sauveur » loin d’être la solution est surtout le symptôme d’un problème organisationnel majeur.


Dans certaines organisations, la personne qui sauve systématiquement la situation est parfois aussi celle qui a contribué, discrètement, à provoquer la crise. Ce paradoxe n’a rien d’anecdotique, mais correspond à un schéma bien identifié.

Souvent, il ne s’agit pas du dirigeant le plus haut placé, mais d’une personne devenue apparemment indispensable. Elle détient un savoir tacite difficile à formaliser ou à transmettre, ce qui renforce sa position.

Lorsque la situation se dégrade, souvent de manière récurrente, c’est cette même personne qui rétablit l’ordre, parfois de façon spectaculaire. On pourrait la qualifier d’« indispensable ».

Mais des questions restent rarement posées : pourquoi l’organisation a-t-elle si souvent besoin d’être sauvée ? Et pourquoi est-ce presque toujours par la même personne ?




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Un trio infernal

Le syndrome du sauveur renvoie à un schéma organisationnel récurrent. Il ne correspond pas aux formes les plus visibles du leadership toxique (ni supérieur autoritaire ni dirigeant colérique), mais à un profil plus discret, souvent plus coûteux pour l’organisation, celui d’un cadre expérimenté qui contribue à provoquer les crises dont il sera ensuite célébré comme le principal agent de la résolution.

Ce phénomène ne se maintient pas seul. Il s’inscrit dans une structure particulière impliquant trois autres acteurs. Au sommet se trouve souvent un dirigeant affaibli, désengagé, guidé par ses intérêts personnels ou simplement réticent à affronter les conflits. Il s’appuie alors sur le « sauveur » pour gérer les situations difficiles, en échange de sa protection, qui devient alors une ressource essentielle. La littérature décrit ce type de configuration à travers le concept de « triangle toxique », qui associe un leadership destructeur, des suiveurs vulnérables et un environnement propice.

Dans les configurations les plus problématiques, cette relation dépasse la simple dépendance fonctionnelle : le « sauveur » devient un allié stratégique de la direction générale, qui peut trouver dans cette alliance un moyen de préserver son pouvoir ou d’éviter toutes remises en cause du système existant.

Autour du « sauveur » gravite fréquemment un cercle de fidèles, des collaborateurs loyaux mais dépendants, dont l’avancement repose moins sur leurs compétences que sur leur proximité avec lui. Ce favoritisme nourrit une loyauté forte et peu critique. Cette dynamique correspond à ce que la littérature désigne comme du favoritisme relationnel, ou cronyism. Ensemble, ils brouillent les responsabilités, redirigent les décisions et compliquent discrètement le travail de toute personne susceptible de menacer cet équilibre.

Ce comportement ne relève pas seulement d’un défaut individuel. Il constitue aussi une conséquence prévisible de la relation qui peut se nouer entre des suiveurs fragilisés et un leader destructeur.

Un coût considérable pour l’entreprise

La victime est souvent le manager compétent. C’est fréquemment la personne la plus solide sur le plan professionnel, mais aussi celle dont le potentiel est perçu comme une menace. Progressivement associée à des échecs qu’elle n’a pas causés, rarement reconnue pour ses réussites, elle finit souvent par quitter l’organisation. Le coût pour l’entreprise est considérable : temps managérial gaspillé, ressources détournées, climat de travail fragilisé et affaiblissement durable de la performance collective.

Les mécanismes à l’œuvre sont particulièrement reconnaissables pour celles et ceux qui ont déjà été confrontés à ce type de dynamique organisationnelle. Le cycle débute rarement par un sabotage manifeste. Il s’installe à travers une succession d’actions discrètes et difficilement imputables.

Cela peut être une information essentielle retenue au moment opportun, une tâche sensible confiée à un collaborateur loyal mais insuffisamment préparé, ou encore l’abandon progressif d’un processus pourtant éprouvé. Pris isolément, aucun de ces éléments ne constitue une faute grave. Leur efficacité réside précisément dans leur banalité, car ils se confondent avec le bruit de fond d’une organisation déjà complexe ou sous tension.

La crise finit alors par émerger. Un projet échoue, un client exprime son mécontentement, une défaillance opérationnelle survient. C’est à ce moment que le « sauveur » adopte une posture contre-intuitive, puisqu’il choisit d’attendre. Il se retire suffisamment pour laisser la situation se dégrader, tandis que ses alliés orientent progressivement le récit des événements. Le manager compétent, devenu bouc émissaire, se retrouve alors à gérer la crise avec des moyens limités, souvent sans réel soutien.

Une résolution rapide

Puis, lorsque la situation devient critique, le « sauveur » intervient. La résolution est généralement rapide, précisément parce qu’il maîtrise déjà les leviers de sortie de crise. Cette logique rappelle le phénomène de Munchausen at work, où un individu provoque ou entretient un problème afin d’être ensuite reconnu pour sa capacité à le résoudre.

C’est cette répétition qui transforme l’épisode en cycle plutôt qu’en incident isolé. Le bouc émissaire s’affaiblit ou quitte l’organisation. Les fidèles du « sauveur » consolident leur position. Le dirigeant, convaincu de la valeur de la personne qu’il identifie comme un sauveur, va lui donner encore plus d’autonomie.

L’organisation retrouve alors un équilibre seulement apparent. Derrière un calme précaire restauré, se prépare souvent la crise suivante et, avec elle, la nécessité d’un nouveau sauvetage.

Pourquoi ce cycle se prolonge-t-il ?

On pourrait penser qu’un système aussi fragile finirait par s’effondrer sous le poids de ses contradictions. Pourtant, c’est rarement le cas. Cette résilience tient moins au hasard qu’à l’architecture même de l’organisation.

Le syndrome du sauveur est difficile à détecter précisément parce qu’il produit, en apparence, des résultats. Les crises sont résolues, les indicateurs de performance demeurent suffisamment acceptables pour éviter toute remise en question approfondie. Vue de l’extérieur, cette dynamique peut même être perçue comme une preuve de compétence. Cela aide à comprendre pourquoi certains profils narcissiques ou fortement centrés sur leur autopromotion accèdent plus facilement au pouvoir. En effet, ils excellent souvent davantage dans l’art d’être sélectionnés que dans l’exercice réel du leadership).

Les circuits de remontée d’information sont souvent compromis. Toute critique visant le « sauveur » remonte vers un dirigeant auprès duquel il est devenu indispensable. La sortie de ce cycle devient d’autant plus difficile lorsque les mécanismes de protection institutionnelle jouent en sa faveur.

Dès lors que la direction générale tire elle-même bénéfice du maintien de cet équilibre (par intérêt, faiblesse, corruption ou simple volonté de préserver le statu quo) les alertes sont neutralisées et toute tentative de changement devient structurellement coûteuse. Le partage des connaissances se dégrade lui aussi, puisque l’information est concentrée plutôt que diffusée, la rétention du savoir devenant parfois une véritable stratégie de pouvoir).

Impuissance apprise généralisée

Un effet plus discret s’installe également sur le plan psychologique. Les collaborateurs apprennent à ne plus résoudre les problèmes de manière autonome, car l’initiative devient risquée tandis que la déférence apparaît plus sûre. Une forme d’impuissance apprise peut alors émerger, avec des effets durables sur la performance.

Le coût réel apparaît souvent là où les indicateurs classiques regardent peu. Les équipes ne s’effondrent pas nécessairement (le « sauveur » veille précisément à l’éviter), mais elles cessent peu à peu d’exprimer leurs désaccords ou de signaler les erreurs. Lorsque les problèmes ne remontent plus, l’apprentissage collectif se dégrade et la performance finit par s’éroder.

Le stress chronique généré par cet environnement peut également conduire au burn out, marqué par l’épuisement, le cynisme et un sentiment croissant d’inefficacité. Ces signaux apparaissent rarement dans un tableau de bord ; ils deviennent surtout visibles dans les trajectoires professionnelles, de ceux qui restent, mais plus encore de ceux qui partent.

Il convient toutefois d’éviter toute généralisation excessive. Tous les leaders capables de résoudre des crises ne relèvent pas de cette logique. La différence essentielle se lit dans la trajectoire. Les leaders efficaces cherchent à réduire leur caractère indispensable. Ils documentent les processus, délèguent les responsabilités et développent les compétences de leurs équipes. Le « sauveur », à l’inverse, renforce la dépendance organisationnelle. Chaque crise résolue consolide son emprise et rend la suivante un peu plus probable, jusqu’à ce que l’organisation finisse par croire qu’aucune solution n’est possible sans lui.

Briser le cercle infernal

Quelques repères simples permettent pourtant d’identifier des signaux souvent visibles, mais rarement interprétés comme tels, et peuvent aider à enrayer cette dynamique.

Le premier consiste à examiner systématiquement l’origine des crises autant que leurs modalités de résolution. Lorsque les perturbations et les solutions convergent, de manière récurrente, vers une même personne, ce schéma mérite une attention particulière.

Le deuxième concerne la circulation des connaissances. Il est utile d’évaluer la capacité de transfert des savoirs au sein de l’organisation. Lorsqu’un individu résiste activement au partage de ses pratiques ou peine à expliquer pourquoi ses fonctions ne pourraient être assurées en son absence, il ne s’agit pas nécessairement d’expertise. Cela peut aussi révéler un pouvoir fondé sur la dépendance.

France Inter, 2020.

Le troisième signal réside dans l’analyse des départs. Les pertes de talents se concentrent souvent autour de certaines personnes plutôt qu’autour de services entiers. Ces départs sont rarement dépourvus de causes structurelles.

Au-delà de ces indicateurs, la création de véritables espaces de parole constitue sans doute le levier le plus efficace pour modifier durablement cette situation. Ces dispositifs doivent permettre aux collaborateurs de signaler des dysfonctionnements en dehors des circuits hiérarchiques habituels, dans des conditions de sécurité psychologique suffisantes pour s’exprimer sans crainte de représailles.

L’efficacité de ces mécanismes ne repose d’ailleurs pas uniquement sur leur usage effectif. Leur simple existence peut déjà produire un effet dissuasif, en limitant la capacité d’un acteur à monopoliser l’information ou à entretenir une dépendance organisationnelle. En définitive, la question la plus révélatrice n’est peut-être pas : « Que ferions-nous sans cette personne ? », mais plutôt : « Pourquoi personne d’autre ne peut-il accomplir cette fonction ? »

Lorsqu’aucune réponse convaincante n’émerge, il est possible que le cycle soit déjà installé. Lorsqu’il devient difficile d’imaginer la survie d’une organisation sans une figure héroïsée, ce sentiment mérite d’être interrogé. Il peut traduire une expertise réelle ou une admiration légitime. Mais il peut aussi révéler la forme la plus aboutie d’une dépendance soigneusement construite.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le syndrome du sauveur au travail : quand les héros de l’entreprise créent les crises qu’ils prétendent résoudre – https://theconversation.com/le-syndrome-du-sauveur-au-travail-quand-les-heros-de-lentreprise-creent-les-crises-quils-pretendent-resoudre-286197