Une icône méconnue du marronnage : Selomoh del Castilho et le capitaine Broos

Source: The Conversation – France in French (3) – By Paulo Antonio Paranaguá, Historiador, sociólogo e doutor em História da Arte, Sorbonne Université

Portrait du capitaine Broos (1821-1880), chef des Brooskampers ou Bushinengue (« Noirs de la forêt ») au Suriname (1862).
Selomoh del Castilho/Het Utrechts Archief (Pays-Bas)

Au Suriname, les communautés marronnes, fondées par d’anciens esclaves ayant fui les plantations coloniales, incarnent une longue histoire de la résistance à l’esclavage. Réalisé vers 1862 par le photographe Selomoh del Castilho, le portait du capitaine Broos constitue l’un des rares témoignages visuels du marronnage au XIXe siècle. Paulo Antonio Paranaguá, auteur de História da America Latina em 100 fotografias (Bazar do Tempo, Rio de Janeiro, 2025 ; l’édition espagnole est prévue fin 2026), revient ici sur l’histoire de cette photographie et de sa redécouverte.


Del Castilho, héritier de la diaspora juive néerlandaise en Amérique du Sud

Selomoh del Castilho est un pionnier de la photographie du XIXe siècle, singulier à la fois par sa personnalité et par l’une de ses œuvres, qui a connu un destin inattendu au XXIe siècle.

Il est né le 20 juillet 1826 au Suriname, la Guyane néerlandaise, et est décédé le 20 juin 1914 à Paramaribo, la capitale de cette colonie. Selomoh (Salomon) était un Juif séfarade, comme l’indique l’orthographe portugaise de son patronyme. Il épousa une coreligionnaire, Hanna de Jacob Morpurgo (1838–1895). Ils eurent plusieurs enfants, certains portant des prénoms bibliques tels qu’Isaac, Élie, Esther ou Jacob.

Cette origine juive est liée à l’histoire du Brésil hollandais (1624-1654). En effet, de nombreux Juifs des Pays-Bas accompagnèrent l’aventure sud-américaine du prince Jean-Maurice de Nassau-Siegen et construisirent la synagogue de Recife, au Pernambouc (1637), la plus ancienne des Amériques. Lorsque les Portugais vainquirent et expulsèrent les Hollandais de leur colonie, ces derniers se réfugièrent plus au nord, en Guyane, dans les Caraïbes ou sur l’île de Manhattan, où ils fondèrent La Nouvelle-Amsterdam (actuelle New York).

En Guyane, certains de ces Juifs ont reproduit le modèle esclavagiste de la plantation de canne à sucre du nord-est du Brésil, dans la « Jodensavanne » (Savane juive), à 70 kilomètres de Paramaribo, sur les rives du fleuve Suriname. Les recherches archéologiques y ont découvert l’existence d’une synagogue et d’un cimetière juif datant du XVIIe siècle, avec plusieurs pierres tombales écrites en portugais, d’autres en espagnol, en hébreu ou en néerlandais.

Les pionniers juifs de la photographie aux XIXᵉ et XXᵉ siècle

Très peu de Juifs ont embrassé la photographie au XIXe siècle. À part Selomoh del Castilho, en Amérique du Sud, on ne trouve que Federico Lessmann (père et fils), au Venezuela. Même dans les pays où la communauté juive était mieux établie et présentait une plus grande diversité, il y a eu peu de photographes juifs à cette époque. Au XIXe siècle, on compte Mendel John Diness (Jérusalem), Maksymilian Fajans (Varsovie), Hermann Biouw (Hambourg), Bertha Beckmann (Leipzig), Adèle Perlmutter-Heilperin (Vienne), David Lionel Salomons (Londres), George Barron Goodman (Sydney), Shimmel Zohar et Solomon Nunes Carvalho (New York).

En revanche, la liste des photographes juifs à partir du XXe siècle est aussi vaste qu’éloquente. Elle inclut l’une des premières femmes professionnelles de la région latino-américaine et caraïbéenne, la Surinamaise Augusta Curiel (1873-1937), qui a inauguré son atelier à Paramaribo en 1904 et l’a maintenu actif pendant plus de trente ans. Son œuvre a été exposée en 2025 au musée de la Photographie d’Amsterdam (FOAM). Augusta Curiel fut précédée par une autre Surinamaise, Clarissa Heilbron (1869-1949), qui ouvrit son atelier à Paramaribo en 1889, mais quitta la photographie après son mariage avec Abraham Moses Salomons (1893).

Selomoh del Castilho exerça la photographie entre 1857 et 1894, avec un atelier à l’angle de la Heerenstraat et de la Klipstenenstraat, des rues situées au centre de Paramaribo. Bien qu’il s’intéressât également aux beaux-arts, il transmit les techniques de sa profession à deux de ses fils, Alfred del Castilho (1875-1913), qui adopta le nom de The American Photographer pour son atelier sur la Heerenstraat, et Raphael del Castilho (1862-1943), qui transféra son atelier à la Domineestraat et mourut à New York.

Selomoh travailla avec le daguerréotype – un procédé qui permettait de fixer des images uniques sur une plaque de cuivre recouverte d’argent –, l’ambrotype – – reposant sur une plaque de verre amovible, recouverte d’une émulsion au collodion humide – et le format carte de visite. Ses expériences avec la couleur rappellent le futur autochrome des frères Lumière. En 1867, dans une publicité du Koloniaal Nieuwsblad, journal important de Paramaribo, il se présente comme photographist.

Le portrait de Broos, le cliché unique d’un rebelle

Malheureusement, peu de photos de Selomoh del Castilho ont été identifiées et conservées. La plus importante est sans doute le portrait du Kapitein (capitaine) Broos (1821-1880), chef des Bakabusi Sama, Bakabusi Nengre, Brooskampers ou Bushinengue (Noirs de la forêt).

Les frères Broos et Kaliko étaient les chefs d’un camp d’anciens individus esclavisés en fuite, formé en 1740, sur les rives de la rivière Surnaukreek, un affluent du fleuve Suriname. Ce type de rebelles étaient appelés Nègres Marrons dans les colonies françaises, Cimarrones dans les colonies espagnoles, Maroons dans les colonies anglaises et Quilombolas au Brésil.

Au Suriname, les rebelles résistèrent les armes à la main aux persécutions et aux attaques militaires jusqu’à un an avant l’abolition officielle de l’esclavage dans les colonies des Pays-Bas aux Caraïbes et en Amérique du Sud (1863). Une période de transition de dix ans s’ensuivit, avec du travail forcé. Les autorités coloniales négocièrent alors un traité de paix avec les Brooskampers en échange de terres. Le portrait du capitaine Broos a été pris à Paramaribo à cette occasion.

Dans le Brésil impérial, jusqu’à l’abolition en 1888, les individus esclavisés fugitifs étaient des hors-la-loi. Les photographies de Noirs brésiliens, prises à l’époque pour des raisons pseudoscientifiques (Louis Agassiz) ou commerciales (Christiano Jr, Alberto Henschel), représentaient des personnes réduites en esclavage ou des affranchis ; en aucun cas des Quilombolas ou des fugitifs. Luiz Felipe de Alencastro, ancien titulaire de la chaire d’Histoire du Brésil à la Sorbonne, Ynaê Lopes dos Santos, professeure d’histoire des Amériques à l’Université Fédérale Fluminense, et Sergio Burgi, conservateur en chef de la photographie à l’Institut Moreira Salles, partagent cette observation.

À Cuba, un autre pays d’abolition tardive, en 1886, la situation est analogue : les Noirs photographiés au XIXe siècle sont des personnes esclavisées ou des affranchis, confirme le spécialiste Rufino del Valle au Taller y Museo de la Fotografia Cabrales del Valle, à La Havane. Enfin, la riche collection caraïbéenne du Schomburg Center for Research in Black Culture de la Bibliothèque publique de New York ne contient aucune photo de Nègre Marron ou Maroon du XIXe siècle.

En somme, au XIXe siècle latino-américain et caribéen, le seul Noir qui se soit rebellé contre l’esclavage portraituré par un appareil photo est le capitaine Broos. Ce portrait est donc exceptionnel et unique.

La pose respecte les conventions de l’époque : assis, vêtu de blanc ou en tons clairs, portant des habits décontractés et une écharpe colorée autour du cou, une main posée négligemment sur sa jambe, Broos regarde la caméra, très sérieux, possiblement avec une expression de méfiance ou de défi. La photo a vraisemblablement été prise dans l’atelier de Selomoh del Castilho ou dans un autre espace neutre, peut-être à la suite d’une commande officielle. La recherche historique n’a pas élucidé les questions à ce propos, admet Eveline Sint Nicolaas, conservatrice au Rijskmuseum (Amsterdam), coorganisatrice de la formidable exposition Slavernij/Slavery (« Esclavage », 2021) et coautrice du magnifique ouvrage Suriname in beeld (Terra, 2025).

Destins croisés de deux représentations de l’esclavage

Ce portrait est contemporain de la célèbre photographie états-unienne connue sous le titre Scourged Back (dos flagellé), prise par McPherson & Oliver, à Baton Rouge, état de Louisiane, le 2 avril 1863.

Le portraituré était un homme esclavisé fugitif, dénommé Peter ou Gordon selon les sources, parvenu à s’échapper d’une plantation de coton après un châtiment au fouet qui lui avait laissé des cicatrices dorsales terribles. L’image fut utilisée comme un argument contre l’esclavage par la propagande abolitionniste en pleine Guerre de Sécession (1861-1865). L’une des trois versions de la photo fut même diffusée en format carte de visite, alors très populaire. En 2025, ce document visuel a été censuré dans des institutions fédérales et des parcs nationaux par la présidence de Donald Trump, qui prétend expurger l’histoire des États-Unis.

Cependant, la différence entre ces deux photos est évidente. L’une montre le chef d’une communauté rebelle invaincue, présenté en toute dignité face à la caméra ; le second est une victime, un individu sans visage ni identité certaine, présentant au photographe son dos voûté et meurtri, pour preuve de son martyre.

Certes, les deux images constituent des documents inestimables sur l’histoire de l’esclavage. Il est néanmoins permis de s’interroger sur leur notoriété tellement dissemblable. L’écart entre une grande nation comme les États-Unis et un petit pays sud-américain, ainsi que leur poids respectif dans l’histoire de la photographie, est-elle vraiment suffisante comme explication ? La différence entre une victime, aussitôt instrumentalisée dans la presse de l’époque, et un leader rebelle longtemps oublié, ne révèle-t-elle quelque chose sur les perceptions à l’œuvre et les images en construction ?

De l’archive à l’icône : la postérité du portrait de Broos

La photo de Selomoh del Castilho est conservée aux Archives d’Utrecht (Pays-Bas) après un don de la Fraternité évangélique active au Suriname. Il y a quelques années, une copie du portrait du capitaine Broos a été emportée par des Surinamais d’ascendance africaine au Ghana, où elle a été exposée au Mémorial de l’esclavage d’Assin Manso. La photo a également été exhibée dans les locaux d’une association surinamaise à Amsterdam. Le portrait a été progressivement approprié par des artistes, des institutions et des entités intéressées par l’histoire coloniale ou les études postcoloniales. Amsterdam possède même un Broos Institute, qui propose un recentrage africain dans la recherche et les études doctorales en Europe.

L’image acquit ainsi une dimension iconique, qui montre la capacité de la photographie à transmettre des aspects sous-estimés ou effacés de la mémoire et de l’histoire. Malgré les conventionnalismes du portrait du XIXe siècle, la photo du capitaine Broos fut réinterprétée à l’aune des attentes du XXIe siècle : elle devint un symbole de rébellion et de liberté, de survie et de résistance, d’autodétermination et d’identité. Une icône méconnue, paradoxale, car prisée par les uns et ignorée par la plupart des autres.

Dans ce processus, il y a une convergence entre le sujet portraituré et le photographe, dont la rencontre n’était pas prédestinée. Tous deux incarnent le traumatisme d’un déplacement forcé et brutal. Les ancêtres de Broos ont été enlevés d’Afrique par la traite transatlantique des personnes esclavisées, « le plus grave crime contre l’humanité » selon l’Assemblée générale des Nations unies (25 mars 2026). Certains de ces Africains déportés se sont réfugiés dans la brousse sud-américaine pour échapper à l’esclavage et ainsi reprendre le contrôle de leur vie.

Les Juifs furent expulsés de la péninsule Ibérique, menacés de torture et de mort par l’Inquisition. Le refuge de beaucoup d’entre eux fut Amsterdam, la nouvelle « Jérusalem du Nord ». Plus tard, certains cherchèrent la Terre promise en Amérique du Sud, au Pernambouc et en Guyane. Selomoh del Castilho ne se contenta pas de transmettre la tradition, ni d’exercer les métiers caractéristiques de sa communauté ; il embrassa une nouvelle profession, typique de la modernité naissante, qu’il enseigna à deux de ses fils.

Par leur initiative et leur effort, Broos et Del Castilho ont déjoué le déterminisme. L’interaction entre eux esquisse une convergence entre la diaspora africaine et la diaspora juive. En extrapolant, elle préfigure l’alliance entre Noirs et Juifs dans la lutte pour les Civil Rights (droits civiques) aux États-Unis dans les années 1960.

The Conversation

Paulo Antonio Paranaguá ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Des empereurs romains à Donald Trump : quand les dirigeants politiques se montrent dans les enceintes sportives

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sylvain Forichon, Docteur en Histoire romaine et Ingénieur de recherche, Université Bordeaux Montaigne


Conspué pendant la finale de la Coupe du monde et moqué ensuite sur les réseaux sociaux pour s’être attardé sur le podium, Donald Trump s’est placé sans le savoir dans la longue tradition des empereurs romains dont la présence et le comportement durant les grandes festivités organisées dans le gigantesque Circus Maximus étaient toujours guettés et parfois critiqués par leurs contemporains.


La présence de Donald Trump lors de la finale de la Coupe du monde de la FIFA le 19 juillet dernier au MetLife Stadium, près de New York, n’est pas passée inaperçue en raison des sifflets qui ont retenti lors de son entrée sur la pelouse, sans oublier qu’à l’issue de la rencontre, il s’est attardé sur le podium pour la photo tandis que les joueurs de l’équipe d’Espagne exultaient en brandissant leur trophée.




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L’absence du président argentin Javier Milei lors de cette même finale, qui opposait pourtant son propre pays à l’Espagne, a été tout autant commentée dans la presse, tandis que la famille royale espagnole, elle, avait fait le déplacement.

Rappelons que la venue de Donald Trump au match 3 de la finale NBA entre New York et San Antonio au Madison Square Garden le 8 juin dernier avait été tout autant remarquée. Non seulement, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, un président en exercice assistait à un match de finale NBA, mais là encore des huées et des sifflets ont retenti au moment où l’image de Donald Trump apparaissait sur un écran géant tandis qu’était entonné l’hymne américain.

Le Circus Maximus : un lieu propice à la mise en scène de l’empereur

Cette attention portée à la présence, comme à l’absence, de même qu’aux réactions de dirigeants politiques lors de grandes rencontres sportives, sans oublier l’accueil que leur réservent les autres spectateurs, n’est pas un phénomène propre au XXIe siècle, comme nous le rappellent notamment plusieurs textes datant de l’Empire romain et parvenus jusqu’à nous.

En effet, ce sujet est régulièrement abordé par des auteurs grecs et latins tout au long de l’époque impériale, notamment en ce qui concerne les spectacles du Circus Maximus à Rome. Ce vaste édifice était situé au centre de la capitale de l’Empire, entre la colline de l’Aventin et celle du Palatin, où résidait généralement l’empereur lorsqu’il était à Rome. Ses premiers aménagements dateraient du VIe siècle av. J.-C.

Plusieurs fois endommagé par des incendies, le Circus Maximus n’a eu de cesse d’être transformé et agrandi jusqu’à la fin de l’Empire romain. Il aurait pu contenir jusqu’à 250 000 personnes — encore que ce chiffre reste discuté — à partir du début du IIe siècle apr. J.-C. (soit trois fois le nombre de places du MetLife Stadium). Il était non seulement le plus grand cirque, mais aussi le plus vaste édifice de spectacle de l’Empire romain, toutes catégories confondues. Il accueillait les jeux du cirque (courses de chars et autres compétitions hippiques principalement), mais aussi des chasses, pendant des journées entières, voire plusieurs jours à maintes reprises dans l’année, notamment à l’occasion des jeux annuels organisés par des magistrats en l’honneur d’une divinité.

Maquette du Circus Maximus par Paul Bigot (1870-1942).
Charlie Morineau, Université de Caen

D’autres festivités pouvaient aussi être données au cirque, en particulier pour célébrer l’anniversaire de l’empereur, commémorer une victoire militaire ou honorer la mémoire d’un membre défunt et divinisé de la famille impériale.

Rappelons, si besoin est, que les combats de gladiateurs ne faisaient pas partie du programme des jeux du cirque. Ces affrontements à Rome ont eu lieu à l’origine sur les forums, puis, à partir de la fin du Ier siècle av. J.-C., dans des amphithéâtres. Le fameux Colisée, appelé amphithéâtre Flavien dans l’Antiquité, n’a été inauguré qu’en 80 apr. J.-C. Les amphithéâtres, par leur forme circulaire et leur taille plus réduite, étaient beaucoup mieux adaptés à l’organisation des combats de gladiateurs. Ce type d’édifice ne doit en aucun cas être confondu avec les cirques, des monuments généralement beaucoup plus grands, dont la piste très allongée était conçue pour accueillir les courses hippiques, en particulier de chars.

Un empereur observé et parfois aussi critiqué

Au regard de la documentation dont nous disposons, la conduite de l’empereur au cirque n’était régie par aucun texte normatif. Pour autant, certains comportements ont suscité la réprobation des auteurs anciens et/ou du peuple romain selon les témoignages parvenus jusqu’à nous. Ainsi, Auguste (empereur de 27 av. J.-C. jusqu’à sa mort en 14 apr. J.-C.) aurait eu pour habitude d’assister aux jeux du cirque avec attention, du moins en apparence, car il se souvenait que le peuple avait reproché à son père adoptif Jules César de passer son temps à lire et à répondre à des lettres ou à des pétitions plutôt qu’à observer la compétition.

Marc Aurèle (empereur de 161 à 180 apr. J.-C.) aurait eu la même fâcheuse habitude, ce qui suscita, là encore, des sarcasmes populaires. Auguste avait bien compris qu’il ne suffisait pas d’être présent, il fallait aussi partager l’intérêt de la foule pour les courses. Aussi, lorsqu’il lui arrivait de devoir s’absenter, il présentait ses excuses au public et prenait soin de recommander ceux qui devaient présider les jeux à sa place.

D’autres empereurs sont allés encore plus loin. Poussés par une passion sincère (ou feinte ?) pour les jeux du cirque, ils montrèrent ostensiblement leur soutien pour l’une des quatre factions — ou écuries — rivales qui s’affrontaient lors des courses et qui se distinguaient chacune par une couleur : la blanche, la verte, la rouge et la bleue. Ainsi, Caligula (37-41) ou Lucius Verus (161-169) ont soutenu la faction des Verts, tandis que Vitellius (éphémère empereur de Rome d’avril à décembre 69) supporta celle des Bleus.

Mais prendre part aux rivalités entre les factions du cirque et leurs partisans n’apportait pas que de la popularité à l’empereur. Lucius Verus fut un jour insulté au cirque par des supporters de la faction bleue. Cela pouvait aussi être dangereux pour le reste de l’assistance. Vitellius aurait fait exécuter des membres de la plèbe parce qu’ils auraient dénigré à haute voix, depuis les gradins, la faction bleue qu’il soutenait. De même, Caracalla (211-217), partisan de la faction bleue, aurait ordonné à ses soldats de massacrer à l’aveugle les spectateurs dans le cirque sous prétexte que certains d’entre eux venaient de tourner en dérision son cocher favori.

Mais le comportement qui semble avoir été le plus critiqué fut celui de Néron (54-68) qui serait, au regard de nos sources, le seul empereur de Rome à avoir osé conduire un char publiquement sur la piste du Circus Maximus

En 1876, Jean-Léon Gérôme peint « Course de chars », dont l’action se déroule au Circus Maximus.
Art Institute of Chicago

Une telle attitude est unanimement critiquée par les auteurs des textes antiques dont nous disposons, en particulier par Tacite. Bon nombre d’entre eux considéraient en effet que la passion de leurs contemporains pour les courses de chars était surtout le propre de la plèbe et des esclaves. Se passionner pour ces compétitions revenait donc à partager les goûts des plus basses couches sociales de Rome. De plus, les cochers étaient majoritairement des esclaves ou des affranchis, du moins pour ceux dont nous connaissons la condition sociale. Par conséquent, se donner en spectacle en tant que cocher dans le cirque était contraire à la dignité d’un empereur romain.

Le cirque, une tribune pour le peuple

Mais le Circus Maximus, comme les autres édifices de spectacle à Rome, était aussi un lieu où les Romains exprimaient parfois leurs opinions à l’égard du prince — qu’il soit présent ou pas d’ailleurs — ou à l’égard de membres de son entourage ou de leur politique.

Bien avant Donald Trump, plusieurs empereurs, mais aussi des magistrats, ont été sifflés ou hués dans des édifices de spectacle à Rome, dont le Circus Maximus. Plusieurs témoignages textuels évoquent en effet des interventions inopinées de manifestants en ce lieu qui utilisaient différents modes d’expression : applaudissements inattendus, silence imprévu, acclamation adressée en apparence à l’un des cochers mais qui, par son sens équivoque, semble comporter aussi un message subliminal pour l’empereur.

Plus rarement, des huées ou des injures se sont fait entendre. Parfois, des spectateurs ont demandé à l’empereur d’affranchir un cocher de condition servile qu’ils avaient trouvé particulièrement talentueux. L’empereur se devait au moins de répondre dans ce cas, positivement ou négativement, à la demande de la foule.

Quant aux railleries qui pouvaient parfois être entendues, si certains empereurs ont réagi violemment, il apparaît que l’indulgence était plutôt de mise, car cela permettait aussi à l’empereur de prendre le pouls de l’opinion publique à Rome et de jauger son degré de popularité. D’ailleurs, au IVe siècle apr. J.-C., si ce n’était déjà le cas auparavant, chaque acclamation entonnée au cirque à Rome était soigneusement consignée par écrit, alors que les empereurs étaient de plus en plus fréquemment et longuement absents de la capitale.

Le modèle du prince à l’épreuve du cirque

Il apparaît, in fine, que le comportement d’Auguste au cirque a constitué un modèle du genre durant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles : être présent, manifester de l’intérêt, répondre aux demandes de l’assistance. Cette manière d’être, empreinte de modération et de bienveillance, semble être restée un idéal qui a perduré jusqu’à la chute de l’Empire romain d’Occident et même tant que des courses ont eu lieu dans le Circus Maximus, jusqu’au milieu du VIe siècle apr. J.-C.

Ainsi, le roi Théodoric (493-526) évoque dans une de ses lettres l’habitude séculaire qu’aurait eue la foule au cirque de s’exprimer librement : « Mais au spectacle, qui chercherait la dignité des mœurs ? […] Quoi que dise là le peuple en fête, on ne peut le considérer comme un outrage. C’est un lieu où les excès sont tolérés : si leur caquet est supporté patiemment par les princes, il est prouvé que cela contribue à la gloire de ces derniers. » L’avenir nous dira s’il en est de même de nos jours pour les dirigeants politiques…

The Conversation

Sylvain Forichon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Des empereurs romains à Donald Trump : quand les dirigeants politiques se montrent dans les enceintes sportives – https://theconversation.com/des-empereurs-romains-a-donald-trump-quand-les-dirigeants-politiques-se-montrent-dans-les-enceintes-sportives-288123

Las olas de calor llegan a los glaciares alpinos, y estas son las consecuencias

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Lillo Ramos, Colaborador honorífico en el Grupo de investigación sobre Cambio Global Terrestre y Geología Ambiental, Universidad Rey Juan Carlos

El glaciar Findel, en el macizo del Monte Rosa, en los Alpes peninos. YueStock/Shutterstock

Desde la segunda quincena de mayo, Europa está siendo afectada por intensas olas de calor, caracterizadas por periodos prolongados de varios días excepcionalmente cálidos. La ola acontecida a finales de junio fue de gran intensidad y duración, registrándose temperaturas extraordinariamente altas en diferentes zonas, entre las que se incluye el arco alpino.

La primera quincena de julio ha seguido la misma tendencia de temperaturas inusualmente altas debido al bloqueo de un domo de calor –una especie de “tapadera” que atrapa una masa de aire caliente sobre la superficie terrestre– estabilizado sobre el Viejo Continente.

Seis imágenes de satélite que muestran la evolución de la temperatura de la superficie terrestre
Evolución de la temperatura de la superficie terrestre registrada por el radiómetro de los satélites Sentinel-3 para el periodo del 29 de junio al 3 de julio.
European Union, Copernicus Sentinel-3, CC BY

El deshielo se adelanta y se acelera

La ocurrencia de estas olas de calor está teniendo dramáticos efectos en los glaciares de los Alpes, donde se están produciendo elevadas tasas de fusión. El servicio de monitorización glaciar suizo (Glacier Monitoring in Switzerland, GLAMOS) ha advertido que el pasado 29 de junio fue el día de pérdida glaciar (Glacier Loss Day, GLD) en los glaciares suizos.

El GLD marca el punto de inflexión anual en el que el glaciar pierde toda la masa de nieve y hielo acumulados durante el invierno, y a partir de ese momento entra en pérdida neta irreversible hasta la siguiente temporada invernal. Según GLAMOS, la fecha en 2026 supone un adelanto de dos a tres meses en el ciclo anual de deshielo, durante los cuales se estará produciendo la fusión del hielo glaciar. En otras palabras, en este año se va a acelerar la tasa anual de pérdida de masa glaciar, ya de por sí elevada como consecuencia del cambio climático global.

Gráfico que indica un adelanto del momento del año en que comienza la pérdida de hielo glaciar desde 2013
Tendencias en el balance de masa glaciar en glaciares suizos en el periodo 2010-2026.
GLAMOS, CC BY

La tendencia del balance de las masas glaciares es similar a la observada en 2022, cuando en las montañas alpinas ocurrieron tres olas de calor de mayo a junio que marcaron en los glaciares suizos un adelanto significativo del GLD al 26 de junio. Una trágica consecuencia de estas condiciones climáticas excepcionales en los Alpes fue la gran avalancha ocurrida el 3 de julio de 2022 en el glaciar de la Marmolada.

Evolución de las temperaturas atmósfericas a 2 m. del terreno en las localidades de Chamonix (macizo del Mont Blanc, Francia), Zermatt (Cervino y macizo del Monte Rosa, Suiza) y Gressoney-La Trinité (macizo del Monte Rosa, Italia) en los meses de mayo y junio para los últimos 5 años. Nótese la intensa ola de calor de la segunda quincena de mayo en las tres localidades.
Javier Lillo, a partir de datos de ECMWF – Copernicus Climate Change Service (C3S)-Unión Europea, CC BY-SA

En 2026 parece que nuevamente se han conjugado varias causas para el adelanto del GLD, añadidas a las olas de calor de mayo y junio marcadas por la continuidad de días con elevadas temperaturas: en abril, la capa de nieve alcanzó mínimos históricos en algunos lugares o, en el mejor de los casos, alcanzó la media en unos pocos glaciares. En marzo, se depositó polvo del Sáhara, que redujo el albedo de los glaciares, aumentando con ello la absorción de la radiación solar sobre su superficie.

Aunque en mayo y junio de 2025 también se alcanzaron temperaturas altas en los Alpes, no se llegó al adelanto del GLD que se ha observado este año de 2026. Aparte de la incidencia de otros factores como las nevadas invernales, posiblemente una de las razones de mayor peso para tal adelanto sea la recurrencia de olas de calor.

El 29 de junio la isoterma –línea imaginaria que conecta puntos de la misma temperatura– de 0 ºC en el valle de Aosta (valle alpino que conecta el macizo del Mont Blanc y el Cervino por el sur) se situó a 4 600 metros sobre el nivel del mar, superando así la altitud del Cervino (4478 m) y aproximándose a la del macizo del Monte Rosa (Punta Doufur, 4634 m). Esto implica que, al menos en la superficie de la mayoría de los glaciares, las condiciones eran de fusión ese día.

Corrientes y acumulaciones de agua en el glaciar

El aumento de la fusión glaciar tendría que verse reflejado en un incremento significativo del caudal de los cursos de agua en la cabecera de la cuenca hidrográfica, como consecuencia del aporte del agua de fusión. Sin embargo, no siempre ocurre así, siendo posible que parte del agua de fusión permanezca en el glaciar.

Una mayor cantidad de agua de fusión genera un mayor desarrollo del sistema hidrológico del glaciar. La circulación y el almacenamiento del agua líquida están controlados por los huecos generados tanto por la propia dinámica del flujo glaciar (grietas y rimayas), como por los huecos producidos por la fusión del hielo (lagunas, canales, sumideros, conductos, cuevas).

El hielo actúa, desde el punto de vista hidrológico, como un material impermeable pero que es susceptible de fundirse y, por tanto, de generar huecos por donde el agua circule o se acumule. Este comportamiento dual da lugar a corrientes y acumulaciones sobre la superficie del glaciar (arroyos y lagunas supraglaciares), en su interior (conductos y bolsas endoglaciares) o en la base (corrientes y lagunas subglaciares).

Sistema hidrológico de un glaciar alpino de circo con elevada tasa de fusión
Sistema hidrológico de un glaciar alpino de circo con elevada tasa de fusión. A) Sumidero. B) Laguna supraglaciar. C) Grieta glaciar con agua de fusión intraglaciar. D) Corrientes supraglaciares de agua fusión. F) Afloramiento de agua subglaciar.
Javier Lillo, CC BY-SA

El taponamiento de conductos y cavidades intraglaciares puede ocasionar la acumulación de volúmenes importantes de agua de fusión, quedando así almacenada en el interior de la masa glaciar, sin que sea aportada a lagos o corrientes fluviales. En esas cavidades, el potencial hidráulico (generado por la presión hidrostática o bien por el propio peso del hielo) puede ser muy alto, alcanzándose condiciones de sobrepresión que pueden generar una situación de peligro por la rotura o deslizamiento súbito del hielo glaciar.




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Los riesgos para la población

Unos de los casos más representativos de la peligrosidad de estas acumulaciones intraglaciares de agua de fusión es el del glaciar del Tête Rousse (Alpes franceses), donde en el 11 de julio de 1892 tuvo lugar el reventón y brusco desagüe de una bolsa intraglaciar que causó una gran riada que devastó la población francesa de SaintGervais–Le Fayet con la pérdida de 175 vidas humanas.

El glaciar de Tête Rousse es un pequeño glaciar colgado en la ladera del Mont Blanc. Desde entonces ha sido objeto de monitorización continuada y sometido a actuaciones de drenaje en varias ocasiones al haberse observado acumulaciones o sobrepresiones excesivas en cavidades intraglaciares.




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El adelanto del GLD genera un incremento de la peligrosidad derivada de la acumulación del agua de fusión en estas masas de hielo. Por ello, es fundamental que en los glaciares alpinos se lleve a cabo la vigilancia continua mediante observación satelital, técnicas geofísicas y trabajo de campo con el fin de evaluar el grado de peligrosidad y poder implementar las medidas oportunas para reducirla.

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Javier Lillo Ramos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las olas de calor llegan a los glaciares alpinos, y estas son las consecuencias – https://theconversation.com/las-olas-de-calor-llegan-a-los-glaciares-alpinos-y-estas-son-las-consecuencias-288210

El ‘pensamiento crítico’ está de moda: ¿qué significa realmente y cómo se enseña?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sara Kells, Director of Program Management at IE Digital Learning and Adjunct Professor of Humanities, IE University

MalikNalik/Shutterstock

En cualquier debate o reflexión acerca del impacto de la inteligencia artificial en la educación e inteligencia se acaba hablando de pensamiento crítico. Esta tecnología está cambiando la forma en que los alumnos aprenden y en que los docentes evalúan el aprendizaje, y ante esta transformación, el pensamiento crítico se presenta a menudo como la respuesta pedagógica adecuada.

Pero a medida que la IA cambia la forma en que aprendemos y enseñamos, es fácil pasar por alto una cuestión crucial: ¿qué significa realmente el pensamiento crítico en el mundo actual?

Existe un peligro real de que se convierta en una palabra de moda vacía de contenido, un antídoto excesivamente simplificado y supuestamente universal contra esta nueva realidad en la que la información, las explicaciones y los resultados cada vez más sofisticados están a solo un clic de distancia.

Ampliando las definiciones

El pensamiento crítico se entiende, en términos generales, como un conjunto complejo y valioso de habilidades y hábitos. Incluye la capacidad de evaluar pruebas, valorar argumentos, identificar supuestos, distinguir las afirmaciones más sólidas de las más débiles y extraer conclusiones razonadas.

Estas habilidades siguen siendo vitales, pero no abarcan por completo lo que los estudiantes necesitan para hacer frente a los retos cognitivos de un mundo impulsado por la IA.




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Investigaciones recientes han comenzado a explorar esta distinción a través de conceptos como el pensamiento crítico digital, que incorpora la idea de que los entornos en línea, moldeados por algoritmos opacos, la personalización y la información de las plataformas, exigen que las personas interpreten no solo el contenido con el que se encuentran, sino también cómo han llegado a verlo en primer lugar.

A medida que evolucionan los entornos en los que aprendemos y vivimos, también debería hacerlo nuestra comprensión del pensamiento crítico. Como investigadora en educación cívica, creo que las respuestas no residen en abandonar las definiciones tradicionales del pensamiento crítico, sino en ampliarlas.




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Reflexión y juicio

El pensamiento crítico se desarrolla en dos pasos. El primero es la reflexión, ese micromomento vital de pausa y consideración que precede al segundo paso: la formación de un juicio.

La reflexión exige que las personas cuestionen las pruebas, examinen las suposiciones, comparen interpretaciones contrapuestas, reconozcan los límites de su propia perspectiva y estén dispuestas a revisar sus conclusiones a la luz de argumentos más sólidos o de nueva información.

Pero los espacios digitales modernos moldean agresivamente nuestra atención. Las plataformas digitales deciden qué es visible, fiable y digno de atención, y luego ofrecen contenido a los usuarios en forma de vídeos breves, reseñas cortas y feeds que se pueden desplazar sin fin.




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El pensamiento crítico resulta difícil en estos espacios digitales porque desaparece el tiempo y el espacio necesarios para la reflexión. En su lugar, es probable que los usuarios pasen directamente del consumo al juicio.

La reflexión, intermedio necesario entre consumo y juicio

Sin embargo, aún podemos fomentar la crucial primera etapa de la reflexión fuera de estos entornos digitales. Y, al igual que cualquier objetivo educativo significativo, este hábito no se adquiere únicamente a través de la enseñanza. Se cultiva gradualmente mediante la práctica repetida, la retroalimentación, la reflexión y la revisión a lo largo de todo el plan de estudios.

Aunque el pensamiento crítico comienza con una reflexión disciplinada, no termina ahí. La reflexión nos prepara para ejercer el juicio.

El juicio es donde el pensamiento comienza a orientar la acción. Es donde decidimos qué merece nuestra atención, cuánta confianza depositar en nuestro conocimiento y qué responsabilidades se derivan de ello. Determina cómo participamos en última instancia junto a los demás en situaciones en las que no podemos estar seguros al 100 % de lo que sabemos.




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El ingrediente clave: la humildad intelectual

Uno de los logros menos publicitados de la educación es que ayuda a los alumnos a descubrir los límites de su propia comprensión. Luchar con ideas difíciles, construir argumentos, cometer errores y revisar el propio razonamiento hacen mucho más que simplemente producir conocimiento. Estos procesos calibran gradualmente el juicio al enseñar a los estudiantes la diferencia entre llegar a una respuesta y comprender un tema de forma significativa.

Con las herramientas basadas en la IA, es más fácil que nunca producir trabajos que, a primera vista, parezcan reflexivos, persuasivos y sofisticados. Una persona puede parecer informada y elocuente sin haber realizado nunca el difícil trabajo cognitivo de desarrollar una comprensión real.

Por lo tanto, hay que enseñar a los estudiantes a distinguir entre una respuesta y la comprensión real. La capacidad de escribir un texto fluido y bien construido es una habilidad totalmente distinta a la de elaborar un argumento sólido. De hecho, una prosa ingeniosa a menudo puede enmascarar o distraer la atención de la falta de una comprensión clara.

Apariencia frente a profundidad

Pero el riesgo no es que el uso de la IA genere estudiantes incapaces de pensar. El riesgo es que cada vez resulte más fácil confundir una ejecución pulida con profundidad intelectual, tanto en nosotros mismos como en los demás.

Aquí es donde entra en juego la humildad intelectual. No se trata ni de modestia ni de falta de confianza, sino de la capacidad de reconocer los límites de la propia comprensión, estar abierto a la revisión y calibrar la confianza en función de lo que realmente se sabe. La humildad intelectual es lo que evita que el juicio se endurezca hasta convertirse en una certeza ciega.

Esta capacidad hace que el pensamiento crítico sea algo más que un conjunto de habilidades cognitivas. Se convierte en parte de un proyecto educativo más amplio, que prepara a los estudiantes para ejercer su juicio de forma responsable en relación con otras personas y con el mundo compartido en el que viven.

Proteger la democracia

Las sociedades democráticas dependen de personas capaces de sopesar argumentos contrapuestos, reconocer la incertidumbre sin dejarse paralizar por ella y revisar sus opiniones cuando sea necesario.

Aunque estas capacidades no surgen por sí solas, pueden desarrollarse a través de experiencias educativas que pregunten repetidamente a los estudiantes no solo qué piensan, sino también cómo han llegado a una conclusión concreta, qué pruebas podrían llevarles a reconsiderarla y cuánta confianza merece realmente.

Más allá de una habilidad aislada

Desde esta perspectiva más amplia, el pensamiento crítico no puede reducirse a una habilidad aislada, integrarse en una sola asignatura ni medirse mediante una única evaluación. Se cultiva en todas las disciplinas, a través de experiencias que obligan a los estudiantes a revisar sus conclusiones a la luz de nuevas pruebas, a defender interpretaciones contrapuestas, a explicar el razonamiento que subyace a sus decisiones y a reflexionar con honestidad sobre los límites de su propio entendimiento.

En la práctica, esto se traduce en un experimento científico que refuta la hipótesis de un alumno, una clase de historia en la que se comparan interpretaciones contradictorias de un mismo acontecimiento o un debate literario que explora múltiples lecturas de un texto.

Este tipo de tareas exigen a los alumnos que pongan en práctica el mismo hábito: ejercer el juicio con humildad intelectual. El objetivo no es simplemente llegar a la respuesta correcta, sino aprender a reconocer cuándo su propio razonamiento debe cuestionarse, refinarse o modificarse.

En última instancia, este hábito prepara a los alumnos para el mundo real actual, donde los retos rara vez tienen respuestas claras o información completa. Al igual que todos los adultos, los alumnos tendrán que lidiar con afirmaciones contradictorias y debates públicos, a menudo en plataformas gestionadas mediante algoritmos llenas de contenido generado por IA.

En estos espacios, la confianza tiende a ir por delante de la comprensión.

Cuestionar y reconsiderar

Las sociedades democráticas necesitan ciudadanos que hayan practicado la difícil tarea de revisar sus opiniones. El aula ofrece un entorno seguro y sin grandes riesgos para entrenar esta habilidad antes de ponerla en práctica en el mundo real.

Los colegios y las universidades tienen el deber de enseñar a los alumnos a ejercer un juicio sensato ante la incertidumbre, el desacuerdo y la complejidad. Esa labor no comienza enseñando el pensamiento crítico como una habilidad aislada, sino diseñando experiencias de aprendizaje que inviten repetidamente a los estudiantes a cuestionar, revisar, justificar y reconsiderar su propio pensamiento en todas las disciplinas.

Al hacerlo, la humildad intelectual se convierte no solo en un ejercicio académico, sino en un hábito cívico profundamente arraigado.

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Sara Kells no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El ‘pensamiento crítico’ está de moda: ¿qué significa realmente y cómo se enseña? – https://theconversation.com/el-pensamiento-critico-esta-de-moda-que-significa-realmente-y-como-se-ensena-288044

La venganza de acostarnos tarde: por qué robamos a propósito horas al sueño

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Oliver Serrano León, Director y profesor del Máster de Psicología General Sanitaria, Universidad Europea

Lysenko Andrii/Shutterstock

Son las once y media de la noche. Sabemos que deberíamos irnos a dormir. Mañana sonará el despertador y nos tendremos que enfrentar a trabajo, clases, cuidados, correos, reuniones o tareas pendientes.

Pero nos asalta una frase íntima, casi justificadora: “me merezco un rato para mí”. Ponemos una serie. Miramos el móvil. Encadenamos vídeos. Revisamos redes sociales. Leemos noticias que no necesitábamos leer. Contestamos mensajes. O, simplemente, seguimos despiertos, como si alargar la noche permitiera recuperar algo que el día nos ha quitado.

No es exactamente insomnio, porque no siempre existe una imposibilidad real de dormir. A veces hay cansancio, incluso mucho cansancio, pero también una resistencia extraña a cerrar la jornada. Es lo que popularmente se conoce como “venganza de acostarse tarde”. En psicología, el concepto más asentado es el de procrastinación del sueño: retrasar la hora de irse a la cama sin que exista una causa externa que lo impida.

No es que no queramos dormir: es que no queremos que acabe el día

La explicación fácil sería pensar que nos falta disciplina. Sin embargo, esta conducta suele tener una lógica psicológica más compleja. Muchas personas no retrasan el sueño porque ignoren su importancia, sino porque sienten que el día no les ha pertenecido.

Durante la jornada, el tiempo está lleno de obligaciones: producir, cuidar, responder, desplazarse, organizar, cumplir. La noche aparece entonces como un pequeño territorio de soberanía personal: nadie pide nada, nadie interrumpe, nadie evalúa. Por fin, aunque sea tarde, podemos elegir.

Ahí aparece la palabra “venganza”. No es una venganza contra el sueño, sino contra un día que no ha dejado espacio para uno mismo. El problema es que esa recuperación de libertad tiene un coste: se paga con tiempo de descanso.

Desde esta perspectiva, acostarse tarde no es solo un mal hábito. Puede ser una forma torpe de defender una necesidad legítima: autonomía, placer, silencio, intimidad, desconexión. La literatura científica sobre motivación ha mostrado que la satisfacción o frustración de necesidades psicológicas básicas, como la autonomía o la competencia, se relaciona con indicadores de bienestar y salud. Así lo plantean distintos trabajos inspirados en la teoría de la autodeterminación.

Procrastinar también es regular emociones

La procrastinación suele interpretarse como pereza, pero muchas veces funciona como una estrategia de regulación emocional. No aplazamos solo porque no sepamos organizarnos, sino porque queremos evitar una emoción incómoda ahora mismo. Los investigadores Fuschia Sirois y Timothy Pychyl lo formularon con claridad al explicar la procrastinación como una forma de reparación del estado de ánimo a corto plazo.

En la procrastinación del sueño ocurre algo parecido. Irse a la cama implica aceptar que el día termina, pero también que el día siguiente está cerca. Para algunas personas, dormir no se vive como descanso, sino como rendición: cerrar los ojos significa abandonar el único momento propio y entregarse de nuevo a la rueda de obligaciones.

Por eso el móvil, la serie o el libro no son solo entretenimiento: funcionan como anestesia, recompensa, compensación. Durante un rato, la persona no está cumpliendo expectativas ajenas. Está escapando, descansando a su manera, aplazando mentalmente el mañana. El problema es que el alivio inmediato puede producir malestar diferido. Hoy gano una hora de libertad; mañana pierdo energía, atención, paciencia y capacidad de autocontrol.

El móvil no lo explica todo, pero lo pone mucho más fácil

Sería injusto decir que la culpa es solo de las pantallas, ya que antes del smartphone se retrasaba la hora de dormir con la televisión, la lectura, las llamadas o simplemente dando vueltas a la cabeza. Sin embargo, el móvil ha cambiado la escala del fenómeno.

El teléfono ofrece tres ingredientes muy potentes: recompensa inmediata, variedad infinita y ausencia de punto final. Una serie termina, aunque la plataforma nos sugiera otra, y un libro tiene capítulos. Pero el scroll no acaba nunca. Siempre hay otro vídeo, otra noticia, otro mensaje, otra comparación, otro estímulo.




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Diversos trabajos han relacionado el uso del teléfono antes de dormir con peores indicadores de sueño. En adultos, se ha asociado con peor calidad del descanso, más síntomas de insomnio y más fatiga. Y en adolescentes, investigaciones recientes también han encontrado asociaciones entre uso problemático del teléfono, procrastinación del sueño y peor calidad del descanso.

Hay otro matiz importante: a veces ya no procrastinamos solo antes de acostarnos, sino dentro de la propia cama. Nos metemos bajo las sábanas, apagamos la luz física y encendemos otra jornada digital. La cama deja de ser un espacio asociado al sueño y se convierte en una extensión del salón, la oficina o la vida social.

El círculo: cuanto peor dormimos, más necesitamos evadirnos

La trampa de la venganza nocturna es que parece autocuidado, pero puede convertirse en autosabotaje. Si una persona termina agotada, se queda despierta para recuperar algo de vida personal y duerme poco, al día siguiente estará más cansada. Ese cansancio reducirá su capacidad para gestionar emociones, tomar decisiones, organizarse y tolerar frustraciones. Como consecuencia, llegará de nuevo a la noche con más necesidad de evasión.

Se forma así un círculo difícil de romper: día saturado, necesidad de compensación, retraso del sueño, peor descanso, más agotamiento, más necesidad de compensación. Además, la falta de sueño no afecta solo al cansancio físico. Revisiones sobre descanso nocturno y emoción muestran que dormir poco puede aumentar el estado de ánimo negativo y reducir el positivo.

Por eso no basta con decir “acuéstate antes”. Para muchas personas, esa recomendación suena casi insultante. Claro que saben que deberían dormir más: la cuestión es por qué sienten que no pueden permitirse terminar el día.

Recuperar la noche empieza durante el día

Salir de este patrón no consiste únicamente en fuerza de voluntad, ni en convertir el sueño en otra obligación más que cumplir perfectamente. La clave está en preguntarse qué necesidad estamos intentando satisfacer de madrugada.

Si la respuesta es “necesito silencio”, habrá que buscar pequeñas islas de calma antes. Si la contestación es “necesito ocio”, quizá el día está organizado de manera que no deja espacio para el placer. Y si nos respondemos “necesito sentir que decido algo”, el problema no es solo nocturno: nos enfrentamos a una falta de autonomía acumulada. Algunas medidas ayudan: poner una hora de cierre digital, sacar el móvil de la cama, elegir actividades nocturnas con final claro, reducir tareas pendientes antes de dormir o crear un ritual de transición.

Las investigaciones sobre procrastinación del sueño la han relacionado con procesos de autorregulación y descanso nocturno insuficiente, pero esa autorregulación no ocurre en el vacío: falla más cuando estamos saturados, cansados o emocionalmente sobrecargados.

Quizá la intervención más importante sea anterior: dejar de colocar todo el descanso, todo el placer y toda la vida personal al final del día.

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Oliver Serrano León no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La venganza de acostarnos tarde: por qué robamos a propósito horas al sueño – https://theconversation.com/la-venganza-de-acostarnos-tarde-por-que-robamos-a-proposito-horas-al-sueno-284889

¿Merece la pena ver ‘La Odisea’ en IMAX? Lo que cambia (y lo que no) en cada pantalla de cine

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nadia McGowan, Vicerrectorado de Investigación y Transferencia, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

Matt Damon al frente del ejército en una escena de _La Odisea_. Universal Pictures

Rodar en celuloide es, para una gran parte de los profesionales del cine, un sueño. La gran mayoría del sector audiovisual dejó atrás ese material hace más de diez años y todo se realiza casi íntegramente en formatos digitales. Pero muchos directores siguen creyendo que así es como se filma el cine “de verdad”, el de Steven Spielberg, Alfred Hitchcock y Billy Wilder, el de imágenes bellas y orgánicas que se convierten en arte.

Aunque ya pocos trabajan con este soporte, el uso del celuloide sigue siendo un factor de prestigio. En los años de la transición entre formatos, entre el 2000 y 2015, un 83 % de las obras más taquilleras se rodaron en celuloide y no fue hasta 2012 cuando el número de películas digitales superó a las rodadas de manera tradicional.

Dentro de sus grandes defensores destaca, sin duda, Christopher Nolan. Además de abrazar ese material durante toda su carrera, en 2008, en El caballero oscuro, comenzó a filmar algunas secuencias en IMAX (acrónimo en inglés de Image MAXimum, ‘imagen máxima’), buscando una mayor inmersión en la historia. Este proceso le llevó a rodar Oppenheimer en 65 mm, alternando el color y el blanco y negro, y el formato IMAX con el de película de gran formato.

Con La Odisea va un paso más allá: es el primer filme narrativo rodado íntegramente en IMAX 70 mm. Para poder hacerlo, IMAX tuvo que rediseñar sus propias cámaras puesto que, en su estado normal, sonaban como máquinas de coser industriales y esto hacía imposible poder captar los diálogos de los actores.

Solo hay 41 salas en todo el mundo que pueden proyectar La Odisea en IMAX 70 mm a pantalla completa. El resto de los espectadores la verá en celuloide de 35 mm o 70 mm, IMAX digital o en digital estándar. ¿Cómo cambia esto la experiencia al sumergirnos en la película?

Un fotograma puede tener muchas formas

Imaginemos que fotografiamos una misma imagen con el móvil, pero primero lo hacemos en horizontal y luego en vertical. Lo que hay delante de la cámara no cambia, pero la ventana a través de la cual lo vemos es diferente. En el modo panorámico captamos más información a los lados y menos por arriba. En vertical, encaja mejor la figura humana pero nos perdemos el paisaje.

Esto es lo que en cine conocemos como “relación de aspecto”: la proporción entre el ancho y el alto del fotograma. Es un concepto distinto al del soporte (celuloide o digital) o de la resolución, aunque los tres suelen estar vinculados.

La televisión de casa tiene una proporción de 16:9. El formato IMAX tiene una proporción de 1.43:1, casi cuadrada. Se capta sobre una tira horizontal de película, donde cada fotograma ocupa 15 perforaciones. Este es el negativo más grande que existe hoy en día para cine comercial, lo que implica mayor nitidez, detalle y calidad, porque incluye más información.

Fotograma de 35 mm frente al de 70 mm IMAX.
Fotograma de 35mm frente al de 70 mm IMAX.
Carniolus/Wikimedia Commons, CC BY-SA

El resto de versiones recortan este formato original. El IMAX digital la reduce a 1.90:1; el Dolby Cinema la presenta en 2.39:1 o 1.85:1 según la sala; y la copia en 35 mm anamórfico (la más habitual) se proyecta en un rectángulo mucho más panorámico, de 2.39:1. Hablamos, en todos estos casos, de la relación de aspecto. En el formato 70 mm sin IMAX (posibilidad que se ofrece en algunos cines) también se pierden detalles en las partes superior e inferior de la imagen, pero la copia mantiene la textura de la grabación original en celuloide.

Volviendo al tamaño, cuanto más se aleja del 1.43:1 original, más información se pierde por arriba y por abajo, hasta recortar un tercio de lo que captó originalmente la cámara. El ancho de la escena no cambia, el recorte sólo afecta al eje vertical. El lector que lo desee puede consultar la comparativa ofrecida por la propia página de la película.

Se pierde, sobre todo, información de la periferia de la imagen, como techos y cielos. Estos son los espacios por los que circulan los personajes y que nos permiten sentirnos inmersos en su mundo. Lo que normalmente no se pierde, si el director ha trabajado bien el encuadre, son los elementos narrativos centrales –los rostros, los gestos, la acción principal–, porque estos suelen situarse en la zona que sobrevive a cualquier recorte.

Comparación de formatos en la página de la película.
Comparación de formatos en la página de la película.
Odyssey Movie

La crítica especializada que ha comparado las distintas copias de La Odisea coincide en que la experiencia no cambia tanto como cabría esperar. La versión en 35 mm recorta la imagen y aumenta ligeramente su textura, pero el relato sigue llegando con la misma claridad en todos los formatos.

Esto puede deberse a que Nolan y su director de fotografía, Hoyte van Hoytema, han tenido en cuenta cómo se recortará la imagen en sus diferentes versiones para que ningún elemento fundamental quede fuera.

¿Para qué?

Sin embargo, esto a su vez plantea una nueva duda. Si el resultado final es tan parecido en cualquier sala: ¿por qué filmar en un formato mucho más caro que casi nadie podrá disfrutar al completo?

La respuesta procede, en parte, de la historia del cine y, en parte, de la estrategia del propio director.

Los grandes formatos han funcionado tradicionalmente como una marca de prestigio, de espectacularidad dentro de la industria, y actúan como reclamo de los espectadores. El fotograma más grande permite decir que se ha rodado con el mejor formato posible, un argumento que en el cine comercial reciente ha pesado tanto como cualquier razón puramente narrativa.

A ello se suma la justificación de la inmersión: cuanto más grande y más “cuadrado” sea el fotograma, menos distancia sentirá el espectador respecto a la pantalla, que ocupa casi completamente su campo de visión.

En este caso, Christopher Nolan, además, lo usa como seña de su identidad como autor. En un mundo digital, es de los pocos que todavía mantiene las raíces del celuloide.

La Odisea resume del deseo de muchos directores de aunar la teoría sobre la pureza del formato original con un razonamiento que impulse el beneficio económico. De hecho, es su expresión más extrema hasta la fecha: una película pensada para el 1.43:1 pero fabricada, fotograma a fotograma, para sobrevivir a todos los recortes que le esperan fuera de esas 41 salas.


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Nadia McGowan no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

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Orgullo de Berlín: el ISIS sigue inspirando el terrorismo en Europa, pero ¿quiénes cometen estos atentados?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ibrahim Al-Marashi, Adjunct Professor, IE University; California State University San Marcos

Vista de la Puerta de Brandeburgo tras el atentado terrorista perpetrado durante el Orgullo de Berlín el 25 de julio de 2026. Orator/Wikimedia Commons, CC BY-SA

El domingo 26 de julio, la policía alemana abatió al presunto autor de un atropello durante la marcha del Orgullo de Berlín, que había dejado un fallecido y 20 heridos el día anterior. El sospechoso ya tenía antecedentes policiales por su anterior intento de unirse al Estado Islámico en Siria e Irak (ISIS).

En la década de 2010, el ISIS reivindicó múltiples atentados contra eventos culturales, en su mayoría conciertos. Algunos de sus atentados más mortíferos en suelo europeo fueron el atentado de 2015 en la sala Bataclan de París y el atentado con bomba de 2017 durante un concierto de Ariana Grande en el Manchester Arena. Más recientemente, en el verano de 2024, se produjo un complot fallido inspirado por el ISIS para atacar un concierto de Taylor Swift en Viena.

También se han producido anteriormente atentados homófobos inspirados por el ISIS: el grupo también reivindicó la autoría del atentado de 2016 contra el Pulse, una discoteca gay de Orlando, Florida.

Desde el 2018, el ISIS ya no existe como Estado físico. Al carecer de una entidad política que inspire nuevos atentados en Europa, su violencia se ha reducido drásticamente durante la última década.

Sin embargo, la ideología tóxica del ISISismo –que busca resucitar un califato premoderno mediante medios modernos y occidentales, incluidas las redes sociales– ha seguido representando la forma definitiva de rebelión contrahegemónica para un determinado segmento de jóvenes musulmanes. Incluso despojado de su territorio físico, el Estado Islámico sigue desafiando y violando profundamente la soberanía y la seguridad de EE. UU. y Europa.

Muchas personas creían que el atentado frustrado de Viena en 2024 marcaba el fin de la ya menguante tendencia de los musulmanes nacidos en Europa a perpetrar atentados inspirados en el ISIS. Aunque desde entonces ha habido relativamente poca violencia islamista, el atentado de Berlín indica que la radicalización y la violencia ciertamente no son cosa del pasado.




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Los “nuevos yihadistas”

A principios de agosto de 2024, tres jóvenes austriacos presuntamente intentaron atacar a los swifties, los seguidores de la cantante estadounidense Taylor Swift, antes de su concierto en Viena a principios de agosto. Los conspiradores habían declarado específicamente su lealtad al ISIS.

Entre los autores del complot para atentar en el concierto de Swift se encontraban un austriaco originario de Macedonia del Norte y otro de origen turco, ambos musulmanes de segunda generación. El autor del atentado contra el desfile del Orgullo en Berlín tenía unos antecedentes similares: había nacido en Alemania de padres musulmanes libaneses.

Esta tendencia respalda un argumento expuesto por Olivier Roy en un artículo de The Guardian de 2017 titulado “¿Quiénes son los nuevos yihadistas?” Sostiene que hay dos grupos demográficos que suelen unirse al ISIS para llevar a cabo atentados en Occidente: los musulmanes europeos de segunda generación (que a menudo reclutan a sus hermanos y hermanas) y los europeos conversos.

Según Roy, los hijos de inmigrantes musulmanes nacidos en países europeos suelen llevar una vida laica. Crecen en hogares poco religiosos y pueden ir a discotecas y consumir alcohol y drogas. Los que proceden de entornos socioeconómicos más desfavorecidos pueden acabar involucrándose en delitos menores.

En algún momento –a menudo tras pasar por la cárcel– se convierten en musulmanes “renacidos”, abrazando no solo la fe, sino una versión más austera y radical que la de sus padres. Suelen reunirse en grupos religiosos más reducidos, en lugar de en las grandes mezquitas a las que acuden sus familias.

Hay que destacar que se trata de un pequeño segmento de los musulmanes europeos de segunda generación. Lo que refleja esta tendencia es que los hijos de familias inmigrantes pueden embarcarse en una “rebelión generacional” contra sus padres, con el objetivo de demostrar que son más devotos que ellos.

El ISIS tenía poco atractivo para los inmigrantes de primera generación, que por lo general lo sacrificaban todo para que sus hijos tuvieran una vida mejor en Europa. También hay muy pocos reclutas europeos de tercera generación, ya que, a estas alturas, o bien están bien integrados en su sociedad o bien han encontrado formas de conciliar ambas dimensiones de su identidad.




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Un punto álgido político

Los debates políticos en torno al atentado ya han comenzado, y el ministro alemán Alexander Dobrindt calificó el atentado de “terrorismo islámico” después de que saliera a la luz el pasado del atacante.

Su uso del término islámico en lugar de islamista puede resultar polémico. Islamista se refiere específicamente al islam político –que incluye las creencias de grupos extremistas como el ISIS–, mientras que islámico se refiere a la fe musulmana en su conjunto. Ya sea deliberado o no, el lenguaje utilizado por Dobrindt podría interpretarse como una sugerencia de que existe un vínculo entre el islam y la violencia terrorista.

Los partidos de derecha y las figuras públicas de toda Europa utilizarán sin duda el atentado contra el desfile del Orgullo en Berlín como otra razón para restringir la inmigración, incluso mientras ellos mismos trabajan para desmantelar y socavar activamente los derechos LGBTQIA+.

Pero los Estados Unidos y los miembros de la UE pueden hacer frente a los atentados terroristas extremistas. En lugar de dejarse arrastrar por acusaciones islamófobas, pueden tomar medidas para abordar las condiciones socioeconómicas que llevan a las personas hacia el terrorismo. La desesperación, la falta de esperanza y la ira son las razones por las que el atractivo del islamismo radical persiste aún una década después de la declaración del Estado Islámico.

Las comunidades marginadas y desesperadas constituyen un terreno fértil para que se propague la doctrina del ISIS y otras formas de extremismo violento en todo el espectro político.

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Ibrahim Al-Marashi no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Orgullo de Berlín: el ISIS sigue inspirando el terrorismo en Europa, pero ¿quiénes cometen estos atentados? – https://theconversation.com/orgullo-de-berlin-el-isis-sigue-inspirando-el-terrorismo-en-europa-pero-quienes-cometen-estos-atentados-288532

Habituación, agresividad y falta de empatía: cómo afecta a los jóvenes la violencia audiovisual

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Milton Merizalde Torres, Psiquiatra de adicciones, experto en TDAH adulto, Universidad Europea Miguel de Cervantes

AYO Production/Shutterstock

Hace apenas unas décadas, la mayoría de las personas conocíamos las guerras a través de los periódicos o de los informativos de televisión. Las imágenes llegaban seleccionadas por periodistas y editores, por lo que el acceso a escenas especialmente crudas era limitado. Hoy, en cambio, cualquiera de nosotros puede acceder a las redes para contemplar, en cuestión de segundos, conflictos armados, atentados o agresiones procedentes de diversas partes del mundo.

Es la primera vez en nuestra historia que una generación crece expuesta, desde la infancia y de forma prácticamente ininterrumpida, a sufrimiento humano en forma de material audiovisual. En algunos casos, estas imágenes provienen de zonas de conflicto y son difundidas por medios informativos o los propios testigos. En otros, muestran agresiones o situaciones de maltrato grabadas por sus propios protagonistas para deliberadamente exponerlo en redes sociales.

Ante esta situación, padres, docentes e investigadores compartimos la preocupación de que la exposición masiva a violencia audiovisual conduzca finalmente a su trivialización.

¿Nos estamos habituando al dolor ajeno?

Una actitud de desapego o indiferencia hacia el sufrimiento del otro puede estar asociada a varios factores. Uno de ellos es lo que en psicología se conoce como “habituación”. Este es un proceso mediante el cual una persona responde paulatinamente menos a un estímulo reiterado debido a que va perdiendo trascendencia.




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Se trata de una estrategia involuntaria y evolutivamente útil que nos ayuda a convivir con estímulos que no tienen importancia en la supervivencia, por lo que no requieren nuestra atención. Por ejemplo, la habituación es lo que nos permite no hacer caso al zumbido de la nevera o al ruido del tráfico mientras trabajamos. Aunque su utilidad biológica es innegable, existe evidencia que sugiere que la exposición repetida a escenarios violentos podría modificar, al menos temporalmente, la respuesta emocional ante el sufrimiento ajeno.

Este dato cobra especial importancia si consideramos que, según la Organización Mundial de la Salud (OMS), más del 10 % de los jóvenes realiza un uso problemático de redes sociales y que, tras la pandemia, los jóvenes consumen cerca de cuatro horas diarias de contenido digital. Esto es especialmente preocupante si se toma en cuenta que las bases de la inteligencia emocional, la empatía y la prosocialidad se cimentan durante la niñez y adolescencia.

Jóvenes agresivos y consumo de violencia audiovisual

Un estudio publicado recientemente muestra un efecto circular de retroalimentación en la relación entre violencia audiovisual y conductas agresivas. Sin embargo, este trabajo –al igual que otros de diseño y conclusiones similares– pone al descubierto otros factores. Por ejemplo, los jóvenes con tendencias agresivas consumen con mayor frecuencia y más temprano violencia audiovisual. Considerando la evidencia actualizada, no parece existir un efecto aislado, unívoco y directo de la exposición a la violencia sobre la conducta agresiva. Lo que existen son factores de riesgo y protección que hacen que se facilite o dificulte que esta exposición se traduzca en conductas violentas.

Desde la perspectiva de la intervención, es interesante reconocer el papel educativo y, en todo caso, correctivo de padres, profesores, sanitarios y de la sociedad en general. Aunque todavía no existen intervenciones específicas dirigidas a prevenir la habituación a violencia audiovisual y posterior conducta agresiva, las investigaciones disponibles respaldan programas que promueven el aprendizaje socioemocional, el entrenamiento en empatía, la alfabetización digital, la toma de perspectiva de las víctimas y la reducción del uso problemático de pantallas.




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Aunque la habituación sea un proceso natural e involuntario, ello no significa que sus posibles consecuencias sobre la conducta de los jóvenes deban aceptarse con resignación. La prioridad debería ser intervenir sobre aquellos predispuestos a la violencia. De este modo, será menos probable que el sufrimiento ajeno sea tan intrascendente como el zumbido de la nevera.

The Conversation

Milton Merizalde Torres no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Habituación, agresividad y falta de empatía: cómo afecta a los jóvenes la violencia audiovisual – https://theconversation.com/habituacion-agresividad-y-falta-de-empatia-como-afecta-a-los-jovenes-la-violencia-audiovisual-284811

Mallorca se revuelve contra el turismo que despoja al habitante de su territorio

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Julio Batle Lorente, Profesor Titular de Universidad, Universitat de les Illes Balears

Mistervlad/Shutterstock

El domingo 26 de julio de 2026 se celebró en la ciudad de Palma, capital de las Islas Baleares una protesta no contra los turistas, sino contra un modelo económico que ha empezado a tratar a sus habitantes como un obstáculo.

La manifestación, convocada por la plataforma Menys Turisme, Més Vida, reunió a unas 25 000 personas según la Policía, y a 70 000, según la organización. Pueden discutirse las cifras de asistencia a la protesta, pero resulta más difícil poner en entredicho la escena: salieron a la calle decenas de miles de personas reclamando el derecho a seguir viviendo en uno de los destinos más celebrados del planeta. No pedían que Mallorca dejara de recibir visitantes, no. Pedían que no haya que expulsar a su población para alojarlos.

Participaron vecinos, ecologistas, agricultores y numerosos trabajadores del propio sector turístico. Sus demandas no dejan mucho espacio para la interpretación: limitar las viviendas vacacionales, reducir las plazas de avión y los vuelos disponibles a las islas, y abandonar un monocultivo económico que consume territorio, vivienda y vida cotidiana.

Hubo cargas policiales y heridos, pero reducir la manifestación a esos incidentes sería una manera bastante eficaz de no escucharla. El conflicto de fondo no es entre residentes educados y turistas inocentes. Es entre dos derechos que han dejado de pesar lo mismo: el derecho temporal a disfrutar de un lugar y el derecho permanente a habitarlo.

Una destino turístico puede triunfar y desaparecer

Durante décadas, el éxito de los lugares turísticos se ha medido en términos de llegadas, pernoctaciones, ocupación y gasto. Cuando esas cifras aumentan se habla de una buena temporada. Pero una economía puede crecer mientras desmantela las condiciones que permiten vivir en ella.

Puede aumentar la rentabilidad de cada metro cuadrado y reducir simultáneamente su utilidad social. Puede producir más riqueza y hacer que una enfermera, un policía, un profesor o un camarero no encuentren vivienda. Puede ofrecer al visitante una libertad extraordinaria de movimiento mientras obliga al residente a marcharse. Ese es el dato que rara vez aparece en las estadísticas: un destino puede prosperar como producto y fracasar como sociedad.

El alquiler vacacional no explica por sí solo la crisis de vivienda. Influyen también la inversión internacional, la escasez de suelo, la compra especulativa, la falta de vivienda pública y unas políticas largamente insuficientes. Pero sería intelectualmente tramposo minimizar su papel.

Agustín Cócola-Gant ha descrito las viviendas turísticas como un nuevo frente de la gentrificación. Su investigación muestra que la llamada economía colaborativa encubre con frecuencia una oportunidad de acumulación para inversores y propietarios. En ese proceso, el residente de larga duración deja de ser el destinatario de la vivienda y pasa a convertirse en un impedimento para extraer de ella mayor rentabilidad.

La expulsión, además, no siempre tiene forma de desahucio. Puede ocurrir piso a piso. Una vivienda queda libre y no vuelve al mercado residencial. Desaparece una tienda cotidiana y aparece otra orientada al consumo fugaz. Se marchan los vecinos, cambia el idioma económico del barrio y quien permanece descubre que sigue teniendo domicilio, pero ya no un lugar.

Llamarlo ‘turismofobia’ no fomenta el debate

Mallorca forma parte de una revuelta territorial más amplia.

En Venecia, el movimiento contra los grandes cruceros convirtió aquellos barcos desproporcionados cruzando la laguna en la imagen de una industria cuya escala ya no guardaba relación con la ciudad.

En Canarias, decenas de miles de personas han marchado bajo una frase difícil de mejorar: “Aquí vive gente”.

En Barcelona, las pistolas de agua dirigidas contra algunas terrazas turísticas ocuparon más espacio informativo que los alquileres que motivaban la protesta.

La palabra turismofobia completa la operación. Convierte un conflicto sobre vivienda, salarios, movilidad, agua, suelo y democracia en una reacción emocional contra los extranjeros. Despolitiza el problema y, de paso, infantiliza a quien protesta.

Los expertos en sobreturismo Claudio Milano, Marina Novelli y Joseph Cheer han mostrado que la saturación no consiste solo en la presencia de demasiados visitantes. Aparece cuando el crecimiento altera de manera permanente la vida de los residentes, limita su acceso a servicios y espacios y deteriora su bienestar. Sus trabajos también relacionan las movilizaciones sociales con la impugnación de economías basadas en el monocultivo turístico y en la obligación aparentemente indiscutible de seguir creciendo.

Por tanto, la pregunta no es cuántas personas caben físicamente en una isla. La pregunta es qué debe sacrificar la población para que sigan cabiendo.

Del turismo responsable al turista situado

La academia ha construido conceptos útiles para comprender esta transformación.

El decrecimiento turístico, defendido por los profesores Robert Fletcher, Ivan Murray, Asunción Blanco-Romero y Macià Blázquez-Salom, plantea que algunos territorios no necesitan gestionar mejor el crecimiento, sino reducir materialmente la presión: menos plazas, menos vuelos, menos consumo de suelo y menor dependencia económica del turismo.

No debe confundirse con la fórmula “menos turistas que gasten más”. Puede que esa propuesta reduzca ciertas aglomeraciones, pero también convierte el territorio en un club para rentas altas. Aunque llegue con equipaje discreto, el turismo de lujo ocupa espacio, consume recursos y eleva precios.

La investigadora Freya Higgins-Desbiolles ha desplazado la atención desde la cantidad de riqueza producida hacia su distribución: quién recibe los beneficios, quién soporta los costes y qué derechos deben prevalecer cuando entran en conflicto el negocio turístico y la vida de las comunidades.

La justicia de la movilidad, formulada por Mimi Sheller, permite observar otra desigualdad: no todos los movimientos tienen el mismo poder. El visitante cruza Europa durante un fin de semana pero la camarera de piso debe recorrer cada día decenas de kilómetros porque ya no puede vivir cerca de su empleo. La movilidad fácil de unos puede producir la movilidad forzada de otros.

Y la soberanía turística, vinculada por Carter Hunt, María José Barragán-Paladines, Juan Carlos Izurieta y Andrés Ordóñez a las luchas comunitarias por el control de sus medios de vida, formula la pregunta decisiva: ¿quién tiene autoridad para determinar el futuro de un destino?

A partir de estas aportaciones propongo una figura adicional: el turista situado.

El turista situado reconoce que no llega a un decorado disponible, sino a un territorio ya habitado, atravesado por relaciones de poder y conflictos concretos. Entiende que su libertad de movimiento sucede dentro de la vida menos móvil de otros. Y acepta algo que el turismo responsable suele evitar: hay alojamientos, actividades e incluso destinos que pueden dejar de estar moralmente disponibles.

No se limita a reducir su huella. Está dispuesto a renunciar.

La conciencia empieza con un ‘no’

Un turista situado dejaría de elegir Mallorca para hacer cicloturismo. No porque pedalear sea inmoral ni porque cada ciclista constituya un problema. Lo haría porque una actividad deja de ser inocente cuando su concentración deteriora la movilidad cotidiana de quienes usan esas carreteras para trabajar, estudiar, cuidar o regresar a casa. Elegiría otro territorio menos saturado. Otra época. Otra actividad.

Y no usaría Airbnb –ni cualquier otra plataforma equivalente– en zonas gentrificadas, donde la vivienda turística contribuye a que los jóvenes nacidos allí deban marcharse porque no pueden pagarse una casa.

Podemos discutir la intensidad concreta de cada efecto, la regulación más eficaz o el peso relativo de las distintas causas. Pero cuando existe un proceso visible de expulsión residencial, utilizar una vivienda como alojamiento vacacional deja de ser una elección privada sin consecuencias.

La conciencia turística consiste en viajar sabiendo cuándo uno debe escoger otro destino.

El turista situado se hace una pregunta previa a todas las recomendaciones, certificaciones y listas de buenas prácticas:

“¿Debo estar aquí, haciendo esto?”.

A veces la respuesta será sí. Otras exigirá cambiar de temporada, alojamiento o actividad. En determinados lugares y momentos será sencillamente no.

El derecho a retirar un territorio del mercado

La soberanía turística significa que una comunidad puede decidir cuánto turismo quiere, dónde, cuándo y bajo qué condiciones.

Puede determinar que determinadas viviendas deben servir para vivir. Puede limitar cruceros, vehículos, plazas turísticas o vuelos. Puede cerrar un espacio saturado, retirar licencias y anteponer la continuidad de una comunidad al rendimiento máximo de sus activos.

No equivale a cerrar fronteras. La soberanía turística no es pureza identitaria sino capacidad democrática.

Venecia pertenece prioritariamente a su población, no a las navieras. Barcelona, a quienes la habitan, no a las plataformas turísticas. Mallorca, a quienes sostienen aquí una vida, no a una industria que comercializa su disponibilidad.

El visitante merece hospitalidad, no soberanía. Una población debe poder conservar el derecho a retirar partes de su territorio del mercado turístico, aunque exista demanda y aunque alguien esté dispuesto a pagar.

Turismo, un poder no elegido

El turismo no es ya únicamente una actividad económica. Ha adquirido capacidad para organizar el territorio, el empleo, la vivienda, las infraestructuras y el calendario político. Ha empezado a actuar como un poder constituyente sin haber sido elegido.

La cuestión no es ya si el turismo genera riqueza. La genera. La cuestión es qué clase de pobreza puede producir al hacerlo: pobreza de vivienda, de tiempo, de espacio público, de expectativas y de futuro.

Se empiezan a ver pintadas y carteles en los coches de los habitantes locales. Incluso yo he usado uno –una vez–, que escribí en alemán, harto ya de carreteras terciarias colapsadas por cicloturistas:

Es patético, sí. Es cutre, también. Y es delicado. Pero los turistas, e incluso los residentes extranjeros de los lugares que se han gentrificado, necesitan recibir urgentemente ciertos mensajes, respetuosos pero claros.

The Conversation

Julio Batle Lorente no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Mallorca se revuelve contra el turismo que despoja al habitante de su territorio – https://theconversation.com/mallorca-se-revuelve-contra-el-turismo-que-despoja-al-habitante-de-su-territorio-288566

Por qué los simios no podrán nunca hablar como los humanos: una cuestión de narices

Source: The Conversation – (in Spanish) – By A. Victoria de Andrés Fernández, Profesora Titular en el Departamento de Biología Animal, Universidad de Málaga

Umesh Jayasekara/Shutterstock

Nuestras narices no nos gustan. O eso es lo que parece desprenderse del informe de la SECPRE (Sociedad Española de Cirugía Plástica, Reparadora y Estética), según la cual la rinoplastia es la quinta intervención quirúrgica más realizada en el planeta, y no precisamente por motivos de salud. De hecho, llega a representar hasta el 10 % de las cirugías estéticas practicadas en Europa y EE. UU., ocupando España uno de los primeros puestos en este ranquin. Los más de 1,08 millones de remodelados nasales practicados en 2024 nos dicen, claramente, que las naricillas pequeñas y respingonas parecen constituir un bien estético de lo más codiciado.

Sin embargo, si supiéramos la cantidad de funciones que desempeña una buena y prominente nariz, muy posiblemente contemplaríamos nuestro apéndice nasal con unos ojos más benevolentes. Especialmente si conociésemos su importancia en la revolución cultural que conllevó la aparición de los humanos.

Para qué sirve la nariz

A priori, podríamos pensar que respirar debería ser perfectamente viable, simplemente, teniendo un orificio de contacto de las vías respiratorias con el exterior. Así, en principio, podríamos tanto oxigenarnos como oler, las dos funciones básicas en las que interviene la nariz. Sin embargo, este vistoso apéndice hace algo importantísimo con el aire: lo acondiciona en temperatura y humedad, antes de que llegue a la nasofaringe.

Si no fuese así, se nos podrían desecar las vías respiratorias en ambientes muy áridos o congelar los epitelios que revisten tráquea, bronquios y pulmones en lugares polares. En ambas circunstancias, moriríamos por imposibilidad de difusión del oxígeno en los epitelios alveolares hacia nuestra sangre. Sin llegar a situaciones tan drásticas, las vías respiratorias resecas disminuyen la función mucociliar, lo que aumenta el riesgo de infecciones respiratorias.

Pero la evolución de la nariz humana consiguió cosas mucho más sorprendentes.

Los primates tienen una nariz plana

¿Se ha preguntado alguna vez por qué nuestros “primos simiescos” lucen unas narices bastante chatas mientras nosotros paseamos en mitad de nuestros rostro un más que destacado promontorio nasal? En general, todos los primates suelen tener unas narices bastante planas y parece que les basta para realizar las funciones nasales. ¿No podríamos sobrevivir nosotros igualmente con narices más pequeñas?

En realidad, se trata de un trampantojo arquitectónico. No es que bonobos, chimpancés y gorilas apenas tengan nariz sino que su hocico prognato hace que ésta apenas sobresalga del plano. En otras palabras, gran parte de la nariz esta incluida en el morro.

La línea evolutiva que llevó a los humanos, que ya sabemos que revolucionó muchos aspectos anatómicos, también afectó a la forma de la nariz. Lo que en realidad ocurrió fue una revolución en la integración morfológica existente entre diferentes regiones del cráneo de nuestros ancestros (región nasal, maxilar, premaxilar, base del cráneo y mandíbula inferior). De hecho, esta integración desapareció y el maxilar se retrajo.

Como consecuencia de la drástica reducción del prognatismo, la apertura nasal quedó situada en un plano muy anterior de la cara. Los cartílagos laterales y el tabique nasal dejaron de estar embebidos en el perfil del tercio medio facial y terminaron quedándose “al aire”. Así, la nariz dejó de estar “escondida” y pasó a ocupar un indiscutible protagonismo en nuestra fisonomía facial.

Gracias a la nariz, nuestra voz es clara y profunda

Pero la aparición de una nariz novedosa como la nuestra supuso algo más que una cara nueva. Además de calentar, humidificar y filtrar el aire o servir de soporte al epitelio olfativo, aparecieron novedades funcionales inviables en nuestros antepasados “morrudos”.

Un artículo muy reciente revela que, en la cara de un Homo, se genera una interesantísima separación funcional entre la nariz y la laringe como consecuencia de un doble cambio anatómico. Por una parte, al quedar la cavidad nasal más verticalizada (más alta y estrecha), se establece una complejidad mayor en la vía aérea superior. Por otra, la nasofaringe se amplía y se acorta, lo que supone una separación entre la vía aérea y la oral no factible, por ejemplo, en chimpancés o gorilas.

Nuestro nuevo tracto, así configurado, es más “doble” que el rectilíneo de los simios. Esto no solo permite un flujo de aire más turbulento y eficiente para filtración y acondicionamiento, sino que posibilita más control de resonancias y mayor estabilidad acústica en la emisión de aire. En otras palabras, con esta carambola evolutiva se consiguió un sistema óptimo para modular sonidos complejos y contrastivos, entre ellos, el desarrollo de vocales claramente diferenciadas.

Pero la cosa no quedó aquí. La “independización” de nuestra nariz no solo contribuyó a resonar y modular elevando extraordinariamente nuestra potencialidad de generar sonidos variados, sino que el tracto nasal y los senos paranasales ayudaron a que nuestra voz fuese más clara y más profunda.

Hablamos por narices

Visto lo visto, El planeta de los simios es inviable. Por más que nos guste esta obra fantástica de la ciencia ficción (mucho mejor en su extraordinaria versión de Charlton Heston), la realidad es que orangutanes, chimpancés, gorilas y bonobos, por mucho que un supuesto desarrollo cerebral lo posibilitara, no podrían llegar a articular nunca los sonidos implicados en un lenguaje complejo como el nuestro.

Su nariz está integrada en un sistema facial adaptado a la masticación, no a la optimización acústica. Lo que se suponía antes algo anatómicamente monofactorial (que el habla humana fue resultado de la bajada evolutiva de la laringe), ha resultado ser una consecuencia de muchos elementos implicados. En realidad, fue una reorganización completa del cráneo que cambió las relaciones anatómicas entre tracto nasal, boca y faringe para crear un sistema acústico altamente modulable.

Nuestra protagonista, esta novedosa y protruyente nariz que tenemos, fue claramente trascendental en la adquisición de una fisiología vocal excepcionalmente flexible y acústicamente revolucionaria.

Recuérdelo antes de minusvalorar la estética de su apéndice nasal.

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A. Victoria de Andrés Fernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Por qué los simios no podrán nunca hablar como los humanos: una cuestión de narices – https://theconversation.com/por-que-los-simios-no-podran-nunca-hablar-como-los-humanos-una-cuestion-de-narices-282167