Quiz – Les tout premiers influenceurs au monde étaient français et sont nés après la Révolution

Source: The Conversation – in French – By Julien Talbot, Responsable de la stratégie digitale, The Conversation

Et si les influenceurs existaient bien avant Internet ? Bien avant Instagram et TikTok, des personnalités orientaient déjà les façons de s’habiller, de manger, de décorer son intérieur… et même de vivre. Apprenez-en plus sur ces influenceurs de l’après-Révolution et découvrez comment leurs recommandations se diffusaient sans réseaux sociaux.

Avant de jouer, prenez quelques minutes pour lire l’article « Les tout premiers influenceurs au monde étaient français et sont nés après la Révolution ».

3, 2, 1… À vous de jouer !



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– ref. Quiz – Les tout premiers influenceurs au monde étaient français et sont nés après la Révolution – https://theconversation.com/quiz-les-tout-premiers-influenceurs-au-monde-etaient-francais-et-sont-nes-apres-la-revolution-292180

Mobilité urbaine : le meilleur algorithme ne sert à rien si personne ne lui fait confiance

Source: The Conversation – in French – By Prakash Gawas, Researcher, Polytechnique Montréal

Nous n’avons jamais autant su comment les villes bougent, mais transformer ce savoir en trajets plus fluides, plus propres et plus équitables reste un défi. Le principal obstacle à la mobilité durable n’est peut-être pas technologique, mais politique et organisationnel.


En effet, des applications suivent les autobus en temps réel, des capteurs comptent voitures et piétons, des algorithmes anticipent les embouteillages… L’intelligence numérique, qui permet de développer des méthodes analytiques fondées sur les données, promet même aux réseaux de bus d’ajuster leur fréquence à la demande ou de faire des livraisons coordonnées avec moins de véhicules. Et pourtant, traverser une ville reste souvent une épreuve : pannes, congestion, livraisons en double file qui bloquent autobus et cyclistes, quart de nuit qui se termine quand le métro ne passe plus, etc.

Cependant, améliorer la mobilité urbaine sans augmenter les émissions ni les inégalités d’accès suppose précisément de mieux exploiter les données déjà disponibles plutôt que de construire davantage d’infrastructures. Un constat se dessine : les données de mobilité sont encore mal exploitées. Elles ne transforment la mobilité que si elles sont partageables, représentatives et actionnables.

Comment, dans ces conditions, faire des données un véritable levier de transport durable ?

C’est la question que nous avons explorée avec des chercheurs en transport et recherche opérationnelle venant du GERAD, du CIRRELT, de la SCRO et des acteurs québécois de la mobilité, notamment lors d’un symposium tenu le 17 mars 2026 à HEC Montréal.


Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connaît de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, The Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.

Ce que les données ne voient pas

Tout d’abord, les données utilisées doivent refléter la réalité. Des travaux menés à Toronto l’ont montré : des itinéraires de livraison optimaux avec les données classiques disponibles étaient souvent ignorés des conducteurs, qui savaient qu’une intersection était impraticable ou préféraient une route familière. Lorsque les recommandations sont conçues pour « faire sens » à leurs yeux, elles sont bien mieux suivies.

Or, pour que ces recommandations reflètent la réalité, encore faut-il des données qui décrivent correctement les déplacements des usagers. La mobilité durable se joue alors principalement sur la qualité et le partage des données plutôt que sur d’autres innovations attendues comme l’intégration tarifaire. La circulation des données, c’est-à-dire le partage fluide des informations entre usagers, opérateurs et agences publiques, devient alors l’enjeu central de la mobilité durable.




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C’est dans cette perspective que des acteurs québécois de la mobilité agissent déjà. L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) prépare ainsi un carrefour de données ouvertes inspiré de Londres, où la politique d’ouverture de Transport for London génère, selon une analyse de Deloitte, jusqu’à 130 millions de livres de valeur par an. Le partage des données se traduit par des déplacements plus nombreux, du temps de trajet épargné par les usagers grâce aux applications de planification en temps réel, de la valeur ajoutée créée par plus de 600 applications développées à partir de ces données, utilisées par plus de 40 % des Londoniens. Le tout sans investissement public additionnel.

Mais cette volonté de partage se heurte à une logique inverse du côté des acteurs privés : dès qu’une plate-forme cherche à devenir dominante, garder les données pour soi devient un avantage concurrentiel, freinant l’ensemble de l’écosystème. Transit, une application multimodale présente dans plus de mille villes, l’a observé directement : de nombreuses agences de transport souhaitent ouvrir leurs données, mais des acteurs privés ralentissent le mouvement.

Trois tensions principales freinent ce partage de données : le manque de normes communes, la mauvaise représentation des usagers et la perte d’informations.




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Des données qui ne se parlent pas

La première tension est prosaïque : il n’existe souvent pas de normes communes pour collecter et formater les données de mobilité. Résultat, les jeux de données d’un opérateur se combinent mal avec ceux d’un autre, et l’information reste cloisonnée là où il faudrait la croiser. À Montréal, les règles de stationnement en sont un exemple : chaque arrondissement gère ses règles différemment, rendant l’unification compliquée à l’échelle de la ville.

Sans normes communes, même les meilleures données restent difficiles à exploiter : un algorithme entraîné sur les données d’un réseau ne peut pas être directement appliqué à un autre, et les décisions prises à l’échelle d’un opérateur ne peuvent pas être optimisées à l’échelle du système entier. L’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité des systèmes à échanger et utiliser les données des uns et des autres, est la condition pour que l’intelligence numérique produise des gains réels à l’échelle de la ville.

Par ailleurs, les sociétés de transport ne sont pas toujours propriétaires de leurs propres données selon les contrats de collecte passés avec des entreprises privées. Sans référentiel partagé et accord entre acteurs, chacun optimise dans son silo, et les gains réalisables à l’échelle du système entier restent hors d’atteinte.




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Qui est représenté dans les données ?

La deuxième tension touche à la représentation. Les systèmes sont pensés pour un usager « moyen » qui n’existe pas. Or, les moins bien servis sont souvent les moins présents dans les données qui servent à concevoir ces systèmes. Ce n’est pas qu’un enjeu statistique : ces usagers dépendent le plus du transport collectif. Des enquêtes plus inclusives permettraient de les rendre visibles.

C’est précisément l’enjeu que l’ARTM cherche à adresser : repérer où se creuse l’écart entre l’offre et la demande, en particulier là où se concentrent les populations vulnérables. Des données plus représentatives permettraient par exemple d’identifier les zones où l’absence de service contraint les ménages à faibles revenus à posséder une voiture alors qu’un ajustement de fréquence ou de tracé suffirait à les en dispenser.

Améliorer le service suppose donc de comprendre des comportements et des besoins réels, et cela commence par collecter des données qui reflètent qui utilise vraiment le réseau, et qui en est exclu.


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Anonymiser sans rendre inutile

La troisième oppose vie privée et utilité. Pour protéger les usagers, on anonymise les données, mais une anonymisation aveugle peut effacer l’information même qui les rendait précieuses. Impossible, par exemple, de relier la consommation d’un autobus électrique à un style de conduite pour apprendre à rouler plus sobrement. Protéger les usagers et bien les servir tirent dans des directions opposées.

De nombreuses recherches illustrent l’importance d’avoir le profil et les préférences des utilisateurs pour cibler l’offre. Par exemple, les recherches sur l’autopartage menées avec Communauto montrent que si le service venait à disparaître, une part importante de ses membres achèteraient une voiture, entraînant une hausse directe du nombre de véhicules privés en circulation. Ce bénéfice environnemental n’a pu être quantifié que parce que les usagers acceptent de divulguer leurs données de déplacement. Il en est de même pour les bornes de recharge de voiture : les conducteurs sont très différents les uns des autres, et un réseau conçu comme s’ils étaient identiques sature à certains endroits et reste désert ailleurs.

L’algorithme n’est pas l’obstacle

Ces trois freins ont un point commun : aucun n’est d’ordre technique. La pression sur les routes, elle, ne faiblit pas : avec l’essor du commerce en ligne, le nombre de véhicules de livraison pourrait croître de plus de 60 % dans le monde d’ici 2030 et la livraison par drone gagne les villes plus vite que les règles ne s’écrivent.

L’intelligence numérique n’est pas encore le frein. Ce sont les systèmes d’incitatifs, de normes, de confiance et de volonté politique qui décident si de meilleurs outils deviennent de meilleures villes. La recherche continue d’avancer, mais l’écart se creuse avec les conditions pour l’exploiter. Combler cet écart est un défi de gouvernance et aucun algorithme ne le relèvera seul.

La Conversation Canada

Antoine Legrain a reçu des financements du FRQNT.

Olivier Bahn a reçu des financements de plusieurs organismes subventionnaires de la recherche, notamment le CNRC, le CRSNG, le FRQ et Mitacs.

Camille Pinçon, Okan Arslan et Prakash Gawas ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Mobilité urbaine : le meilleur algorithme ne sert à rien si personne ne lui fait confiance – https://theconversation.com/mobilite-urbaine-le-meilleur-algorithme-ne-sert-a-rien-si-personne-ne-lui-fait-confiance-287434

Le coup d’État manqué au Niger rappelle aux dirigeants militaires leurs promesses

Source: The Conversation – in French – By Salah Ben Hammou, Nonresident Research Fellow, Rice University

Le régime militaire du Niger, dirigé par le général Abdourahamane Tchiani, a dû faire face à son plus grand défi le 29 août 2026 depuis son arrivée au pouvoir en 2023. Pendant plusieurs heures, des soldats se sont affrontés avec les forces loyales à la junte dans toute la capitale, Niamey, dans ce qui semblait être une tentative de prise de pouvoir. La situation s’est ensuite stabilisée et les autorités militaires ont affirmé avoir repris le contrôle des sites stratégiques.

Cet épisode est survenu après une année au cours de laquelle la violence djihadiste a atteint à plusieurs reprises la capitale nigérienne. Mais cette fois-ci, la menace provenait de l’intérieur même des forces armées.

Plus précisément, l’implication présumée de jeunes officiers subalternes et de soldats de première ligne met en évidence une vulnérabilité inhérente aux juntes militaires.

En tant que spécialiste des coups d’État militaires ayant publié des travaux sur l’Afrique de l’Ouest et au-delà, je considère le récent coup d’État au Niger comme s’inscrivant dans un cercle vicieux dangereux où le régime militaire se heurte à une insurrection prolongée.

À mesure que les juntes centralisent le pouvoir sans parvenir à améliorer la sécurité, elles peuvent susciter un mécontentement au sein même de l’institution qui soutient leur régime. Les officiers subalternes supportent les coûts d’un conflit non résolu tout en n’ayant que peu d’influence sur la manière dont il est mené. La frustration sur le champ de bataille peut se transformer en mécontentement politique dans les rangs de l’armée.

Des pressions similaires sont apparues au Burkina Faso et au Mali, où les auteurs des coups d’État ont eu du mal à tenir leurs promesses en matière de sécurité. Le problème peut devenir autoentretenu : plus les insurrections persistent, plus il devient difficile pour les juntes de maintenir la cohésion au sein des forces armées.

Les événements récents suggèrent que la crise sécuritaire au Niger a généré précisément ce type de pression au sein de l’armée. Plus largement, ils montrent que les guerres qui ont contribué à porter les juntes du Sahel au pouvoir pourraient désormais menacer leur maintien au pouvoir.

Insécurité persistante et pouvoir personnalisé

Lorsque le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum a été renversé en 2023, Tchiani, l’ancien commandant de sa Garde présidentielle, a accusé le gouvernement de corruption et d’incapacité à contenir l’insurrection menée par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et la Province de l’État islamique au Sahel (ISSP).

Tchiani a déclaré que « l’approche sécuritaire de Bazoum n’a pas apporté la sécurité au pays malgré de lourds sacrifices ». Sa prise de pouvoir était nécessaire pour sauver le Niger d’une « disparition progressive et inévitable », a-t-il fait valoir.

Trois ans plus tard, ces paroles résonnent encore. La situation sécuritaire sous le régime militaire s’est fortement dégradée, le JNIM et l’ISSP étendant la portée de leurs attaques. Le nombre de victimes civiles et militaires a bondi depuis le coup d’État de 2023, approchant les 2 000 rien qu’en 2025.

Les violences se sont également rapprochées du centre du pouvoir. En janvier et juin 2026, des attaques ont touché Niamey, notamment l’aéroport.

La détérioration de la situation sécuritaire contraste avec le renforcement et la personnalisation du pouvoir par Tchiani.

En 2025, il a officialisé son emprise en devenant président de transition, prolongeant de fait le régime militaire mis en place par le coup d’État de 2023 jusqu’en 2030 au moins.

Dans le même temps, les partis politiques ont été dissous. Des officiers de haut rang proches de Tchiani ont accédé à des postes politiquement sensibles et acquis de l’influence au sein de l’administration.

La consolidation du pouvoir par l’armée ne signifie pas pour autant que la junte bénéficie d’un soutien durable au sein de ses propres rangs.

Les coups d’État, comme celui de 2023, peuvent dans un premier temps susciter un large soutien, mais ce soutien peut s’éroder lorsque les nouveaux dirigeants ne tiennent pas leurs promesses. Cela vaut tout particulièrement pour les officiers subalternes, qui subissent de plein fouet l’aggravation de l’insurrection.

Le Niger avait déjà montré des signes de ce fossé grandissant. En 2025, un officier subalterne a publiquement mis en cause le général Moussa Salaou Barmou, un haut responsable de la junte, au sujet de la conduite de la lutte contre l’insurrection et des ressources mises à la disposition des troupes.

Plus tôt dans l’année, des soldats d’une garnison de Termit se sont mutinés en raison de leurs mauvaises conditions de vie, de la pénurie de fournitures essentielles et d’un sentiment d’abandon par la capitale. Lorsque des officiers supérieurs se sont rendus sur place par avion pour négocier, les soldats les ont retenus, ce qui constituait une violation flagrante de la chaîne de commandement.

Parmi les putschistes d’août 2026 figuraient des soldats de première ligne déployés dans le sud-ouest du Niger, où l’ISSP a infligé certaines des pertes les plus lourdes aux forces armées. Comme à Termit, les pénuries de ravitaillement et d’autres ressources ont alimenté la frustration parmi les troupes.

Un défi régional ?

Le Niger n’est pas le seul pays confronté à ce dilemme. Des officiers de l’armée au Mali et au Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, sont arrivés au pouvoir en promettant de résoudre les crises sécuritaires qui avaient miné gouvernements qu’ils ont renversés.

Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré et d’autres officiers subalternes ont renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en septembre 2022 après l’avoir accusé de ne pas avoir réussi à endiguer l’insurrection.

Traoré est désormais confronté à un défi similaire, après avoir fait l’objet d’allégations répétées de projets de coup d’État.

Au Mali, une offensive menée par le JNIM et le Front de libération de l’Azawad a atteint Bamako le 25 avril 20226 et a coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara, ce qui a conduit le chef de la junte, Assimi Goïta, à assumer lui-même le portefeuille de la Défense.

Les juntes ont également modifié leur manière de mener ces guerres. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont retirés de la Communuauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), abandonnant ainsi un cadre régional important pour la coopération en matière de sécurité, tout en se tournant de plus en plus vers la Russie et son Africa Corps pour obtenir un soutien militaire.

Ce nouveau partenariat a aidé les régimes à se protéger contre les défis, mais n’a guère contribué à endiguer les insurrections.

C’est là le cercle vicieux auquel sont confrontés ces régimes. Les insurrections prolongées exercent une pression croissante sur les chefs militaires qui accèdent au pouvoir en promettant d’y mettre fin. Une gouvernance de plus en plus personnalisée laisse aux officiers subalternes et aux soldats de première ligne peu de prise sur la conduite de la guerre, alors même qu’ils en paient le prix le plus lourd. Le mécontentement remonte la chaîne de commandement, incitant les soldats à contester l’autorité de leurs supérieurs.

The Conversation

Salah Ben Hammou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Le coup d’État manqué au Niger rappelle aux dirigeants militaires leurs promesses – https://theconversation.com/le-coup-detat-manque-au-niger-rappelle-aux-dirigeants-militaires-leurs-promesses-291929

Une « fausse vitamine B12 » pour transformer une résistance tumorale en vulnérabilité

Source: The Conversation – France in French (2) – By Valentin Lacombe, Médecin spécialiste en Médecine interne (CH du Haut-Anjou, Château-Gontier) et chercheur (Mitolab, MitoVasc, Inserm U1083, CNRS UMR6015, Université d’Angers), Université d’Angers


L’ESSENTIEL

  • Certaines cellules cancéreuses utilisent la vitamine B12 pour produire de la méthionine, acide aminé indispensable à leur survie et leur forte prolifération.

  • Une molécule leurre, semblable à la vitamine B12, mais qui ne permet pas la synthèse de méthionine, a été développée.

  • L’efficacité de cette approche a été démontrée in vitro et chez la souris.


Et si une force des cellules cancéreuses pouvait devenir leur point faible ? Nous avons mis au point un nouveau traitement anticancéreux ciblant deux nutriments, la vitamine B12 et la méthionine qui montre une efficacité dans de nombreux cancers.

Cette découverte et le traitement qui en découle viennent d’être publiés dans Cancer Letters.

Les coulisses d’une découverte : comprendre les liens entre méthionine, B12 et cancers

Nous travaillons depuis plusieurs années sur le lien entre cancer et vitamine B12, un nutriment présent dans notre alimentation (viande, poissons et produits laitiers notamment). Alors que son dosage sanguin est utilisé pour rechercher une carence, il arrive de découvrir une élévation de cette vitamine. Cette augmentation surprenante de la vitamine B12 est associée à différentes maladies, dont des cancers.

Certains ont cru un temps que ces taux élevés de B12 pouvaient favoriser le développement de cancers, mais nos travaux ont démontré l’inverse : c’est en fait la présence de certains cancers qui engendre l’élévation de la vitamine B12 sanguine et surtout de ses transporteurs, appelés transcobalamines, qui permettent aux cellules de la capter. Nous nous sommes donc demandé si ces cancers n’auraient pas des besoins particulièrement élevés en vitamine B12.

C’est là qu’entre en scène un deuxième acteur : la méthionine, un acide aminé (petit morceau de protéine), lui aussi apporté par l’alimentation (protéines d’origine animale ou végétale). Depuis plus de soixante ans, on sait que les cellules cancéreuses ont des besoins élevés en méthionine, au point que les en priver aboutit à un effet anticancéreux, bien plus marqué que la privation d’autres nutriments.

En effet, la méthionine permet aux cellules cancéreuses de proliférer rapidement, maintenir leur agressivité (invasion, potentiel métastatique, résistances thérapeutiques) et résister à certains stress. Des traitements reposant sur sa privation ont donc été développés : régimes alimentaires pauvres ou dépourvus de méthionine (approches très encadrées où l’apport en protéines est remplacé temporairement par une nutrition artificielle apportant les autres acides aminés, mais pas la méthionine), ou enzyme dégradant la méthionine sanguine (appelée méthioninase). Cependant, malgré des résultats très prometteurs en laboratoire, ces stratégies se sont révélées décevantes chez l’humain, restées bloquées aux premières phases de développement clinique.

Cette efficacité limitée semble venir de l’hétérogénéité des cancers humains : un même cancer peut contenir des cellules « méthionine-dépendantes », sensibles à la privation en méthionine, mais aussi des cellules « méthionine-indépendantes », capables de proliférer normalement en l’absence de méthionine. Très peu étudiées jusque-là, ces cellules méthionine-indépendantes représentaient un obstacle majeur à l’efficacité de ces traitements.

La simple privation de méthionine ne suffit pas à détruire une tumeur.
Fourni par l’auteur

C’est ici que tous les morceaux s’assemblent : pour produire ou recycler de la méthionine, nos cellules ont besoin d’une enzyme, la bien nommée méthionine synthase, qui ne fonctionne qu’en présence de… vitamine B12.

Plutôt que de considérer que cette « indépendance » en méthionine venait de besoins moindres, nous avons découvert que ces cellules sont plutôt « autonomes » : leurs besoins en méthionine restent élevés, mais elles sont capables de la produire elles-mêmes grâce à la méthionine synthase, en captant de grandes quantités de vitamine B12.

Schéma de la production de méthionine chez les cellules méthionine-indépendantes.
Fourni par l’auteur

De la découverte scientifique à une innovation thérapeutique

Toute notre équipe est animée par la volonté de transférer nos découvertes scientifiques vers les patients. Il ne s’agissait donc pas seulement d’expliquer comment certaines cellules cancéreuses pouvaient se passer de méthionine, nous souhaitions tirer de cette découverte une nouvelle stratégie thérapeutique.

Connaissant maintenant les besoins en vitamine B12 de certaines cellules cancéreuses pour produire de la méthionine, nous les avons placées dans quatre conditions : une condition normale, une privation en méthionine, une privation en vitamine B12 et une double privation en méthionine et en B12.

Le résultat était sans appel : alors que la privation en B12 n’a aucun effet et que la privation en méthionine n’a qu’un effet très modéré sur ces cellules justement résistantes à cette privation, la double privation produit un effet anticancéreux majeur. Notre traitement illustre ainsi le principe d’une thérapie métabolique : exploiter les besoins particuliers des cellules tumorales (ici en méthionine) et leurs mécanismes de compensation (ici via la vitamine B12) pour retourner leur métabolisme contre elles.

Il est nécessaire de priver les cellules cancéreuses en vitamine B12 et en méthionine pour entraîner leur mort.
Fourni par l’auteur

Nous avons confirmé cette efficacité en laboratoire sur des cellules cancéreuses issues de cancers très différents : pulmonaire, pancréatique, colique, urinaire, neurologique, mélanome, leucémie… Puis, pour nous rapprocher de la réalité de tumeurs humaines hétérogènes, nous avons ensuite testé cette double privation directement sur des morceaux de tumeurs de patients récemment opérés : là encore, nous confirmions l’effet anticancéreux.

Tout l’enjeu en cancérologie est d’agir sur les cellules cancéreuses sans être toxique pour les cellules saines. C’est un autre point fort de cette approche : les cellules saines ont de moindres besoins en méthionine, et ne souffraient donc pas de cette double privation en méthionine et en B12, leur permettant de proliférer normalement.

Une « fausse vitamine B12 » comme leurre pour les cellules cancéreuses

Il nous restait ensuite à imaginer comment transformer cette stratégie développée en laboratoire en un traitement transposable à l’humain. Or, s’il est possible de diminuer le taux sanguin de méthionine par des régimes ou un traitement qui la dégrade, notre corps possède des réserves en vitamine B12 de l’ordre de plusieurs années, rendant impensable toute stratégie reposant sur une diminution des apports alimentaires en B12 à visée thérapeutique.

Nous avons donc utilisé une autre approche : une molécule leurre. Nous avons synthétisé une molécule qui ressemble à s’y méprendre à la vitamine B12, à une petite modification près. Ainsi, elle se lie au transporteur sanguin de la vitamine B12, entre dans les cellules par le même récepteur, puis se fixe sur l’enzyme méthionine synthase… mais ne l’active pas. Les cellules cancéreuses captent alors ce leurre au lieu de capter la vraie vitamine B12, et deviennent incapables de produire la méthionine dont elles ont besoin.

Nous avons alors testé ce traitement chez des souris porteuses d’un cancer pancréatique. Ces animaux étaient répartis en quatre groupes et recevaient soit une alimentation normale, soit un régime réduit en méthionine, associé à l’administration soit d’un placebo, soit de cette « fausse vitamine B12 ». L’efficacité de la bithérapie était confirmée : les cancers pancréatiques grossissaient dans tous les groupes, sauf lorsque le régime réduit en méthionine était associé à la fausse B12.

L’efficacité de la bithérapie est confirmée.
Fourni par l’auteur

Les premiers résultats de tolérance observés chez l’animal sont également très encourageants : alors que la carence en vitamine B12 est habituellement responsable d’une anémie, la dose efficace de notre fausse B12 n’a entraîné aucune anémie ni autre anomalie des cellules sanguines chez nos animaux. Ceci s’explique par la synergie de notre bithérapie : le traitement « A+B » est bien plus efficace que la simple addition de l’effet du traitement « A » et de celui du traitement « B ». Cette synergie permet d’obtenir un effet anticancéreux important avec des doses plus faibles, donc moins toxiques.

Le travail restant

S’il a fallu près de cinq ans de travail pour en arriver là, le chemin nécessaire pour amener ce traitement jusqu’aux patients reste encore long. Au sein du laboratoire MitoLab (unité MitoVasc, Inserm U1083, CNRS UMR6015, Université d’Angers), et avec le soutien du Centre hospitalier du Haut-Anjou, nous poursuivons ce travail avec beaucoup d’engagement : optimiser la molécule, évaluer précisément sa tolérance, déterminer dans quel(s) cancer(s) le tester en priorité, et identifier les traitements existants auxquels il pourrait être associé.

Ce projet a déjà bénéficié du soutien de plusieurs acteurs académiques, hospitaliers et de valorisation (SATT Ouest Valorisation, CNRS Innovation, CHU d’Angers, CH du Haut-Anjou, Université d’Angers, Région Pays-de-la-Loire, SNFMI), et son développement vers l’humain nécessitera de nouvelles ressources, qu’elles viennent de financements philanthropiques, institutionnels ou de partenariats industriels pour accompagner les prochaines étapes.

The Conversation

Valentin Lacombe a reçu, pour accompagner ce projet, des financements de la Société Nationale Française de Médecine Interne, de la SATT Ouest-Valorisation, du CNRS Innovation, de l’Université d’Angers, du CHU d’Angers, et de la Région Pays-de-la-Loire. Il est inventeur principal de la demande de brevet PCT/EP2025/060392, liée à cette stratégie thérapeutique, mais non propriétaire du brevet, détenu conjointement par le CNRS, l’Inserm, l’Université d’Angers, le CHU d’Angers et le Centre Hospitalier du Haut-Anjou.

– ref. Une « fausse vitamine B12 » pour transformer une résistance tumorale en vulnérabilité – https://theconversation.com/une-fausse-vitamine-b12-pour-transformer-une-resistance-tumorale-en-vulnerabilite-288446

Une nouvelle solution pour lutter contre le dépérissement de la vigne dans les vignobles alsaciens

Source: The Conversation – France in French (2) – By Christelle Delaite, professeur en chimie macromoléculaire, Université de Haute-Alsace (UHA)

Vignoble de Wihr-au-Val, dans le Haut-Rhin. Virginie Wetta, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • Dans les vignobles, les maladies du bois font des ravages.

  • Un nouveau produit, le subsalicylate de bismuth, présente des résultats très prometteurs.

  • Découvrez comment il a été développé et comment les viticulteurs pourront s’en saisir.


Le monde de la viticulture fait face, depuis plusieurs décennies, à un mal qui le ronge : les maladies du bois (MDB) de la vigne telles que l’Esca ou le dépérissement au Botryoshpaeriaceae aussi appelé BDA (Black Dead Arm). Ces maladies engendrent des catastrophes économiques mondiales estimées à 1,5 milliard de dollars par an (environ 1,3 milliard d’euros), ce qui est extrêmement dommageable notamment pour la France, premier pays exportateur de vins au monde.

En effet, ces maladies entraînent de façon quasi systématique la mort des ceps (les troncs des vignes), obligeant les viticulteurs à arracher, replanter et surtout patienter. Il faut compter en moyenne 5 années avant que le jeune cep ne soit productif ce qui implique des pertes économiques colossales mais aussi une baisse de la qualité des vins.

Remplacer un produit efficace mais dangereux

Avant 2001, il était possible pour les viticulteurs français d’utiliser un produit antifongique extrêmement efficace dans la lutte contre deux maladies du bois de la vigne, l’Esca et le dépérissement au Botryoshpaeriaceae : l’arsénite de sodium, produit interdit du fait de sa toxicité, tant pour l’humain que pour l’environnement. Malheureusement, à ce jour il n’existe aucun produit phytosanitaire commercialisé ayant une efficacité similaire du fait de la difficulté de combiner efficacité antifongique, absence de toxicité humaine et environnementale et répondant aux contraintes réglementaires actuelles.

De nombreuses recherches ont vu le jour ces dernières décennies, à travers le monde, afin de pallier ce manque de solution efficace pour le traitement des MDB. En France, la mise en place par le gouvernement du plan Écophyto II+ en 2018 a contraint le monde agricole à réduire et améliorer l’utilisation des produits phytosanitaires et a ainsi permis d’entreprendre de nouveaux projets de recherche sur les développements de produits innovants et de nouvelles méthodes de traitement plus respectueux de l’environnement et de la santé des opérateurs.

C’est dans ce cadre que notre laboratoire de l’Université de Haute Alsace a développé un nouveau moyen de traitement curatif : l’endothérapie végétale verticale, méthode de traitement consistant à injecter le produit phytosanitaire directement au cœur du bois en perçant au préalable au niveau de la tête du cep afin de cibler directement l’amadou (figure 1), pourriture blanche résultant de la dégradation importante du bois par les champignons pathogènes impliqués dans les MDB.

Les trois étapes du traitement par endothérapie végétale verticale.
Mélanie Benard-Gellon, Fourni par l’auteur

Parallèlement à cette étude, nous avons mené un screening de différentes molécules contenant des éléments proches de l’arsenic (mais moins toxiques) qui a permis de mettre en lumière les potentielles propriétés antifongiques du subsalicylate de bismuth (BSS).

Un candidat très intéressant

Le BSS est un candidat fort intéressant, car il est utilisé depuis plus des décennies comme agent pharmaceutique dans le traitement des troubles gastro-intestinaux. C’est un sel insoluble composé d’acide salicylique (précurseur de l’aspirine) et de bismuth, qui présente à la fois des propriétés antibactériennes et gastro-protectrices. L’objectif de la suite de notre étude a donc été de développer une formulation liquide contenant du BSS adaptée à la méthode de traitement par endothérapie végétale verticale, respectueuse de l’humain, de l’environnement et possédant des propriétés antifongiques permettant de lutter efficacement contre les MDB.

Rapidement, le choix du milieu permettant de disperser les particules de BSS s’est porté vers le polyéthylène glycol 200 (PEG 200), un polymère liquide largement utilisé en formulation de produits cosmétiques (dans les savons par exemple) ou encore dans le domaine pharmaceutique. L’avantage principal de ce polymère est son profil amphiphile, c’est-à-dire ses affinités aussi bien avec les composés hydrophiles (eau) qu’avec les composés hydrophobes (huile). Ce sont ces dernières propriétés qui ont permis de mettre en dispersion le BSS.

Une fois le milieu de dispersion établi, les propriétés antifongiques du BSS formulé ont été vérifiées afin de s’assurer que la formulation n’altérait pas les propriétés intrinsèques du composé. Ainsi des tests d’inhibition de croissance mycélienne ont été réalisées sur des champignons pathogènes associés aux MDB avec une solution concentrée de BSS dans du PEG 200 préparée et ajoutée au milieu de culture des pathogènes. Un suivi de la croissance a été réalisé en comparaison avec les « témoins » et des mesures ont été réalisées et comparées aux « témoins » afin de valider l’inhibition de croissance des champignons par le BSS formulé.

Comme le démontrent la figure 2 et le tableau 1, le BSS formulé s’avère extrêmement efficace pour lutter contre la croissance de 4 champignons pathogènes associés aux MDB. Ces résultats démontrent non seulement que le BSS garde ses propriétés antifongiques lorsqu’il est formulé dans du PEG 200, mais également que cette formulation permet d’obtenir des tailles de particules de BSS si faibles que la biodisponibilité du produit en est accrue. En effet, plus les particules de BSS sont de petites tailles, plus la surface de contact entre le composé et la cible (= biodisponibilité) est grande et donc l’efficacité améliorée.

Culture de Fmed PHco36 sur (a) un milieu supplémenté en BSS formulé dans le PEG 200 (b) un milieu témoin, et taux d’inhibition de croissance des pathogènes. Les pathogènes testés sont ceux de l’Esca/BDA les plus virulents.
Loriane Merlen, Fourni par l’auteur

Du laboratoire à la vigne

Suite aux résultats positifs de ces premiers tests, une étude écotoxicologique a été réalisée par un laboratoire certifié et a démontré l’absence de toxicité du BSS formulé vis-à-vis de l’environnement (sur les compartiments sols et eau) ce qui nous a permis de poursuivre l’étude par des tests au vignoble.

Cep de gauche asymptomatique traité au BSS, cep du centre apoplexique non traité, cep de droite symptomatique traité témoin donc sans le principe actif BSS.
Loriane Merlen, Fourni par l’auteur

Ainsi, des essais expérimentaux de traitement au BSS formulé dans du PEG 200, par endothérapie végétale verticale, ont été réalisés pendant 4 années, sur quatre parcelles de vignes dans le vignoble alsacien, sur deux cépages sensibles aux MDB (Riesling et Gewurztraminer). Pour ce faire, le produit a été injecté, manuellement, car il n’existe pas encore de machine permettant d’automatiser le traitement, à l’aide d’une seringue dans chaque pied présentant des symptômes des MDB et cela 3 fois par an. Le temps de traitement a été estimé à environ 1 min 30 par pied de vigne.

Les résultats sont actuellement en cours de traitement informatique et statistique, mais l’efficacité observée au vignoble permet d’entrevoir le développement futur d’un traitement et d’une méthode curatifs avec le BSS formulé pour une utilisation en endothérapie végétale verticale. Tout ceci dans le but de proposer in fine à la profession viticole une solution efficace, respectueuse de l’humain et de l’environnement, pour lutter contre le fléau des MDB.

The Conversation

DELAITE Christelle a reçu des financements du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi que de la SATT Conectus Alsace.

Loriane MERLEN a reçu des financements du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi que de la SATT Conectus Alsace.

BENARD GELLON Mélanie a reçu des financements du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi que de la SATT Conectus Alsace.

– ref. Une nouvelle solution pour lutter contre le dépérissement de la vigne dans les vignobles alsaciens – https://theconversation.com/une-nouvelle-solution-pour-lutter-contre-le-deperissement-de-la-vigne-dans-les-vignobles-alsaciens-287914

Comment les bouchons en liège influencent-ils le vieillissement du vin en bouteille ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Thomas Karbowiak, Professeur des universités, directeur du Laboratoire Procédés Alimentaires et Microbiologiques, Institut Agro Dijon; Université Bourgogne Europe; Inrae


L’ESSENTIEL

  • Le mariage du vin et de l’oxygène, c’est pour le meilleur… et pour le pire.

  • Au fil du temps, les bouchons sont devenus de véritables objets techniques.

  • Avec la multiplication des types de bouchons, pas facile pour les vignerons de savoir lequel est le plus adapté pour bien faire vieillir un vin.


Les premières preuves de l’utilisation du liège pour sceller les amphores destinées au stockage et au transport du vin remontent à l’époque romaine. Aujourd’hui, 73,5 % de la production du liège est destinée à l’industrie vinicole, et plus de 12 milliards de bouteilles sont bouchées chaque année avec ce matériau.

Depuis leur essor commercial au tournant du XVIIe siècle, les bouchons en liège, qu’ils soient en liège naturel ou aggloméré, demeurent le système d’obturation privilégié, représentant près de 56 % du marché mondial des bouchons œnologiques.

Si le vin présente la particularité de pouvoir se conserver pendant de nombreuses années, son évolution au cours du temps est étroitement liée aux échanges d’oxygène avec son environnement. Pour les amateurs de vin, l’objectif est d’atteindre un optimum de vieillissement, correspondant à l’apogée sensorielle du vin, après une période pouvant aller de quelques mois à plusieurs années, au cours de laquelle ses arômes se développent progressivement. Cependant, si un apport contrôlé en oxygène peut favoriser le vieillissement du vin, une exposition excessive à l’oxygène peut conduire à une oxydation prématurée altérant ses propriétés gustatives.

Les obturateurs œnologiques jouent donc un rôle essentiel dans la régulation des échanges gazeux avec l’extérieur. Leur faible perméabilité à l’oxygène limite les transferts gazeux, parfois pendant des durées de stockage très longues. Au fil du temps, caché derrière une apparence banale, le bouchon est devenu un véritable objet technique, dont le rôle dans la conservation et l’évolution des vins soulève des questions scientifiques complexes.

D’où provient l’oxygène qui pénètre dans une bouteille de vin après le bouchage ?

Bien qu’il soit souvent considéré dans sa globalité, le transfert de l’oxygène dans une bouteille est la somme de plusieurs phénomènes. Une première contribution correspond à l’oxygène libéré par le bouchon lors de sa compression et de son insertion dans le goulot. Un second transfert correspond à l’entrée continue d’oxygène depuis l’environnement extérieur vers l’intérieur de la bouteille à travers le système d’obturation. Ce dernier peut avoir lieu non seulement au sein du bouchon, mais aussi à l’interface entre le bouchon et le goulot en verre.

Notre étude récente, publiée en juin 2026, montre comment les interactions entre les bouchons en liège et le vin influencent l’évolution du vin en bouteille, en mettant en évidence les différents mécanismes de transfert d’oxygène et les réactions qui leur sont associées au cours du temps.

Afin d’étudier ces interactions, nous avons développé un système de bouteilles miniaturisées, fermées par des bouchons en liège microagglomérés de différentes longueurs (de 6 à 42 millimètres) et remplies d’un vin modèle reproduisant les principales propriétés physico-chimiques du vin (acidité, teneur en éthanol). La variation de la longueur du bouchon constitue ici un levier expérimental permettant de dissocier les différents mécanismes et d’en permettre l’observation.

Au cours d’une expérimentation de dix-huit mois, nous avons ainsi pu identifier et distinguer des phénomènes qui se déroulent habituellement sur des échelles de temps beaucoup plus longues, pouvant atteindre plusieurs années. Lors du vieillissement du vin en bouteille, ces mêmes mécanismes se produisent à des vitesses qui dépendent notamment des caractéristiques du bouchon et de la capacité du vin à consommer l’oxygène.

Nos observations mettent en évidence plusieurs mécanismes qui se succèdent ou se superposent au cours du temps.

Le premier mécanisme correspond à une mise à l’équilibre rapide de l’oxygène entre le vin modèle et l’espace gazeux situé entre le vin et le bouchon, aussi appelé espace de tête. Cet équilibre est atteint en une quinzaine de jours seulement, ce qui conduit souvent à négliger ce mécanisme par rapport aux trois suivants.

Une fois cet équilibre établi, un second mécanisme devient prédominant : il correspond à la diffusion de l’oxygène initialement présent dans les cellules du liège constituant le bouchon vers l’intérieur de la mini-bouteille. Ce phénomène résulte de la différence de pression partielle en oxygène entre le bouchon et l’espace de tête. Cette étape se traduit par une augmentation progressive de la teneur en oxygène dans la bouteille, selon une cinétique relativement lente s’étendant sur plusieurs mois.

Après cette phase initiale, l’évolution de la teneur en oxygène dépend de la longueur du bouchon. Pour les bouchons les plus courts, la teneur en oxygène augmente petit à petit. À l’inverse, pour les bouchons les plus longs, la teneur en oxygène diminue progressivement jusqu’à devenir presque nulle après 12 mois de stockage. Cette diminution est attribuée à l’extraction des composés phénoliques du liège et à leur réaction avec l’oxygène dissous dans le vin modèle.

En effet, les composés phénoliques sont des constituants naturellement présents dans le liège. Lors du contact entre le vin et le bouchon, ils peuvent être extraits des parois cellulaires du liège puis migrer vers le vin. Leurs propriétés antioxydantes leur permettent alors de réagir avec l’oxygène, entraînant ainsi une diminution graduelle de sa concentration dans le vin.




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À plus long terme, une perméation de l’oxygène depuis l’environnement extérieur vers l’intérieur de la mini-bouteille est finalement observée. Ce phénomène résulte de la contribution combinée du transfert d’oxygène à travers le bouchon lui-même et de celui qui s’effectue au niveau de l’interface entre le verre et le bouchon. Il se traduit par une augmentation lente de l’oxygène, qui se poursuit sur plusieurs mois, voire plusieurs années.

Un équilibre subtil

Nous avons vu que plusieurs phénomènes se succèdent ou se superposent lors du vieillissement du vin. La diffusion de l’oxygène initialement contenu dans le bouchon, sa consommation par les composés phénoliques extraits du liège et, à plus long terme, la perméation lente et continue de l’oxygène depuis l’environnement extérieur à travers le système d’obturation déterminent ensemble l’évolution de la teneur en oxygène du vin au cours de sa conservation en bouteille.

Le vieillissement du « couple vin-bouchon » offre encore de nombreuses perspectives d’étude. Bien que les principaux phénomènes impliqués aient été identifiés, leurs importances selon les types de bouchons et les conditions de vieillissement restent encore à approfondir.

En effet, le liège étant un matériau biologique, ses propriétés évoluent avec le vieillissement, notamment en fonction des conditions de stockage. La température et l’humidité, connues pour leur rôle dans la conservation des vins, peuvent aussi influencer les propriétés du bouchon, et modifier la vitesse respective des phénomènes de diffusion, de perméation et d’oxydation au cours du temps.




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Quid du goût de bouchon ?

Le défaut dit de « goût de bouchon » se caractérise notamment par des odeurs de « moisi » ou de « carton mouillé ».

Il est principalement associé au 2,4,6-trichloroanisole (TCA), un composé de la famille des haloanisoles, perceptible à de très faibles concentrations (quelques nanogrammes par litres).

Contrairement à ce que l’expression « goût de bouchon » laisse penser, le TCA n’est pas un constituant du liège. Il peut s’y former sous l’action de microorganismes, mais aussi provenir de l’environnement, directement ou par l’intermédiaire de molécules précurseurs présentes à différentes étapes de la production du liège ou dans l’environnement du chai. Volatils, les haloanisoles peuvent contaminer le liège à distance par voie aérienne. Une fois présents dans le bouchon, ils peuvent ensuite migrer vers le vin.

La filière du liège a considérablement progressé dans la maîtrise de ce risque, grâce à la prévention des contaminations, au développement de procédés d’extraction et à l’amélioration des méthodes de détection et de tri. Mais comprendre comment ces molécules se forment et se transfèrent jusqu’au vin est une autre question…

The Conversation

Thomas Karbowiak a reçu des financements de Diam Bouchage.

Julie Chanut a reçu des financements de Diam Bouchage.

– ref. Comment les bouchons en liège influencent-ils le vieillissement du vin en bouteille ? – https://theconversation.com/comment-les-bouchons-en-liege-influencent-ils-le-vieillissement-du-vin-en-bouteille-291474

Vers un « bilinguisme de l’IA » : apprendre à faire avec et apprendre à faire sans

Source: The Conversation – in French – By Daniel Andler, Professeur de philosophie émérite, Sorbonne Université

Comme pour d’autres technologies venues avant l’IA, il s’agit d’apprendre à s’en passer, mais aussi à les maîtriser. Vitaly Gariev/Unsplash, CC BY

L’ESSENTIEL

  • L’intelligence artificielle (IA), et tout particulièrement l’intelligence artificielle générative, sa branche la plus visible, est déjà largement utilisée par les élèves – du collège au supérieur dans des proportions croissantes – et par les enseignants.

  • L’IA va-t-elle aider l’école à surmonter ses crises ou empêche-t-elle les jeunes de penser par eux-mêmes et d’acquérir de vraies compétences, faisant des enseignants de simples répétiteurs ? Peut-elle contribuer à réduire les inégalités ? Avons-nous encore le choix ou bien devons-nous nous accommoder de l’inévitable colonisation de l’éducation par l’IA ?

  • Face à ces questions qui peuvent être angoissantes pour les jeunes, leur entourage et les éducateurs, une proposition assez apaisante : celle du « bilinguisme », parler IA comme on parle une langue étrangère.


La posture à adopter dans l’éducation et dans la formation face à l’intelligence artificielle (IA), en particulier générative, fait l’objet de vifs débats dans le monde éducatif, tant en France qu’à l’étranger. Ils sont d’autant plus complexes qu’ils font intervenir des conceptions différentes, voire divergentes, de l’IA, et que la technologie ne cesse d’évoluer, produisant à la chaîne des systèmes d’intelligence artificielle toujours plus performants. De plus, ces systèmes s’insèrent à différents niveaux du processus éducatif, de la salle de classe à la transmission des notes, de la confection de documents pédagogiques à l’administration et à l’évaluation des établissements et du système éducatif national.

La question centrale se pose cependant en termes clairs : le recours aux systèmes d’intelligence artificielle, en particulier générative (ChatGPT, Claude, Perplexity, Gemini, Mistral Vibe…), mais pas seulement, est-il une bonne chose pour les apprenants ou une mauvaise chose, ou bien les deux à la fois ? Et de même pour les enseignants ? Il n’y a pas de réponse univoque à cette question. En revanche, il y a un moyen simple, dans son principe du moins, de faire face à la situation : ce que j’appelle le « bilinguisme éducatif ».

Quels bénéfices pour les apprenants ?

Commençons par les apprenants et par les bénéfices que peut apporter un système d’intelligence artificielle. Il identifie des ressources (textes, images, vidéos, documents de toute nature) pertinentes pour la tâche en cours ; il explique et, si nécessaire, traduit ces documents ; il aide à la réalisation de textes, d’images, de plans, de présentations ou s’en charge intégralement ; il répond aux questions et soutient avec compétence une conversation approfondie ; il propose un suivi ou un plan d’étude personnalisé et confectionne les supports de cours et les exercices correspondants.

Par ailleurs, il fournit aux apprenants en situation de handicap, ainsi qu’à ceux dont la langue et la culture d’origine diffèrent de celles de l’établissement, des outils leur permettant de participer au processus éducatif.

De manière générale, il peut ainsi contribuer à réduire les inégalités de diverses origines.

Bien entendu, il n’y a pas de garantie que les systèmes d’intelligence artificielle existants assurent ces fonctions de manière satisfaisante, et leurs faiblesses sont à juste titre soulignées. Mais il n’est pas clair qu’elles réduisent à néant leurs bénéfices présents, ni absurde de penser qu’elles peuvent être surmontées.

Les dangers inhérents au principe même de l’intervention de l’IA dans l’éducation

D’une tout autre gravité sont les dangers inhérents au principe même de l’intervention de l’IA dans l’éducation (abstraction faite des effets psychologiques et sociologiques du recours à l’IA qui débordent de ses fonctions pédagogiques et soulèvent d’autres questionnements).

Une observation préliminaire est qu’il ne suffit pas d’examiner les conséquences immédiates de l’usage des systèmes d’intelligence artificielle : comme pour toute technologie puissante, c’est sur le long terme que ses effets doivent être évalués.

On s’inquiète à juste titre, pour commencer, du risque de perte de compétence des apprenants : en confiant à l’IA, jour après jour, l’exécution des tâches cognitives inhérentes au processus éducatif, ils n’apprennent pas à s’en acquitter eux-mêmes. Au début, ils comprennent encore en quoi consistent ces tâches. Mais bientôt, elles disparaissent de leur univers : ce que l’école ou l’université fournit, à savoir la capacité de penser dans ses diverses modalités disciplinaires, est remplacé par celle de composer la bonne commande sur un clavier. L’idée d’un effort personnel a disparu.

Un deuxième danger est l’affaiblissement du sens critique, causé à la fois par le biais d’automatisation (la tendance fréquente à faire davantage confiance à la décision d’une machine qu’à son propre jugement et qu’à d’autres sources d’information) et par l’absence des ressources intellectuelles pour l’exercer.

Un troisième risque est de réduire, dans l’esprit des apprenants, l’enseignant au rôle d’assistant de l’IA : il cesse d’être un modèle, le garant du sérieux de l’entreprise éducative et la source certifiée du processus de connaissance.

Un quatrième problème est celui de la triche ou plus exactement du plagiat : ce que fournit l’apprenant n’est pas le résultat de sa propre réflexion, mais la reproduction, éventuellement maquillée, de celle du système d’intelligence artificielle consulté.

Enfin, la dimension sociale de l’enseignement peut disparaître lorsque l’IA le fragmente en autant de processus individuels qu’il y a d’élèves : la classe est remplacée par une batterie de cours particuliers, ce qui ne peut qu’accroître les inégalités.




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Du côté des enseignants

Pour les enseignants, la situation est différente, mais elle présente la même dualité.

L’enseignant pourrait perdre la capacité, par exemple, de concevoir un cours ; puis – deuxième étape – ne plus même imaginer qu’un cours puisse et doive être conçu, puisqu’il suffirait de demander à l’IA d’en fournir un. Son sens critique pourrait s’affaiblir. Il prendrait l’habitude de s’en remettre à l’IA, abandonnant ainsi son rôle proprement magistral, non de détenteur d’un savoir absolu, mais de garant de la démarche pédagogique et, corrélativement, son rôle social. Face aux parents et à l’administration, il serait en position de faiblesse.

Et certains enseignants expriment crainte, méfiance ou répugnance à l’égard des systèmes d’intelligence artificielle ou de l’IA dans son projet même.

Nous voici donc au pied du mur : dans l’intérêt des apprenants ou dans celui des enseignants – qui ne coïncident pas nécessairement –, faut-il recourir à l’IA en dépit des risques et dangers qu’elle présente, ou bien faut-il renoncer aux bénéfices qu’ils apportent, en raison de ces risques et dangers, et peut-être aussi en raison de l’incertitude où nous sommes des effets réels des systèmes d’intelligence artificielle, à court et à long terme, et de leur évolution dans les années qui viennent ?




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Laisser l’enseignant décider : une réponse majoritaire, mais qui présente des limites

La réponse officielle consiste à déléguer la décision à chaque enseignant dans l’exercice de ses fonctions. Occupant, seul, le centre du dispositif pédagogique, il décide lui-même, au coup par coup, de recourir ou non à l’IA, de déployer un système d’intelligence artificielle particulier pour l’ensemble de sa classe ou de son cours, et enfin d’autoriser ou non les apprenants à s’appuyer sur un système d’intelligence artificielle généraliste dans leur travail personnel. Il reste en tout cas « dans la boucle », en position de maîtrise ou au moins de contrôle régulier.

Cette réponse, qui semble relever du bon sens et mettre tout le monde d’accord, a des limites. Elle laisse entier le problème, chargeant chaque enseignant de le résoudre à sa manière. Sur quelle base est-il censé déterminer sa politique ? A-t-il les compétences nécessaires pour faire un choix éclairé ? Comment éviter la fragmentation des outils, des méthodes, des pratiques, qui ne peut qu’exacerber les inégalités ?

Mais le principal défaut de cette position majoritaire est ailleurs : en recommandant d’incorporer, en dose variable, de l’IA dans le processus traditionnel d’enseignement, elle l’affaiblit en l’exposant aux risques mentionnés à l’instant, tout en empêchant l’IA de réaliser pleinement son potentiel. Au lieu d’entrer en synergie, les deux modalités se gênent mutuellement et la contribution de chacune, positive ou négative, est impossible à mesurer sinon intuitivement.

Vers un « bilinguisme numérique » : apprendre à faire avec et apprendre à faire sans

Je propose au contraire d’instituer un « bilinguisme numérique » : instaurer, à tous les niveaux à partir du collège et dans toutes les disciplines, des enseignements dans lesquels les outils numériques, IA comprise, sont bannis, et en parallèle des enseignements où ils sont déployés aussi largement que possible.

Ces cursus à deux voies, « sans » et « avec », seraient conçus sur le modèle des établissements bilingues, dans lesquels certaines matières ou certaines parties du cours sont enseignées dans une langue et les autres dans une autre, étant entendu que les apprenants utilisent eux-mêmes, dans leurs interventions et leurs rendus, la langue correspondante.

Ce bilinguisme numérique présenterait des avantages décisifs de trois ordres.

Premièrement, les enseignements « sans » fourniraient les bases cognitives et éthiques de l’approche traditionnelle, qui a fait ses preuves depuis des siècles : les savoirs de base seraient acquis et, plus encore, la norme du vrai, c’est-à-dire la valeur de la poursuite, pour soi-même, de la connaissance disciplinaire, serait inculquée par l’exemple. Les enseignements « avec » donneraient aux apprenants et aux enseignants l’occasion de développer un savoir-faire numérique solide qui leur sera nécessaire dans leur vie professionnelle, mais aussi dans leurs activités citoyennes et privées. Et le passage d’une modalité à l’autre donnerait tant aux enseignants qu’aux apprenants l’occasion de progresser par eux-mêmes dans la compréhension des vertus et des limites des dispositifs techniques et de cultiver l’esprit critique auquel on donne, à juste titre, une telle importance.

Deuxièmement, les participants, dans l’un ou l’autre rôle, seraient protégés de trois risques :

  • celui de l’indisponibilité des outils numériques, à la suite d’une panne technique, d’une crise économique, d’une catastrophe naturelle, d’une guerre : ils auraient appris à faire sans ;

  • celui de la déshumanisation que pourrait induire une pratique entièrement tributaire des outils numériques ; en particulier le plaisir de la profession (pour les enseignants) et celui de la participation à la vie sociale de la classe (pour les apprenants) seraient préservés ;

  • celui de l’irréversibilité : ignorants comme nous le sommes des effets à long terme de l’usage du numérique sur tous les apprenants ou sur certaines populations, nous pourrions vouloir sinon le bannir, du moins le limiter drastiquement ; nous serions en mesure de le faire, ayant conservé la capacité de nous en passer.

En troisième lieu, nous serions mieux capables que dans un régime mixte d’évaluer l’apport et les inconvénients des technologies, leur ayant donné toutes leurs chances dans les filières « avec », et pouvant les comparer aux filières « sans ».

L’IA dans l’éducation : bonne ou mauvaise chose ?

Que la majorité des enseignants soient, selon les derniers sondages, disposés à utiliser l’IA dans leur pratique, à condition de pouvoir le faire à leur guise, et qu’ils soient nombreux à y trouver des avantages certains n’empêche pas que d’autres soient fortement hostiles à l’IA, ni que certains de ceux qui ne le sont pas aujourd’hui le deviennent, car l’IA commence à avoir mauvaise presse dans l’opinion, laquelle est très divisée. Le bilinguisme permettrait aux uns et aux autres d’exercer leur métier en accord avec leurs convictions : ceux qui sont totalement opposés à l’IA n’enseigneraient que dans des classes « sans », les autres assureraient certains cours « avec », les autres « sans ».

Mais surtout, vu le désaccord persistant sur la question de savoir si, tout bien considéré, il faut déployer l’IA dans l’enseignement, le bilinguisme permettrait aux deux hypothèses d’être mises à l’épreuve empiriquement sur les mêmes populations d’apprenants, plutôt que sur des cohortes distinctes soumises aux deux régimes, en déclinant la comparaison selon le niveau, du primaire à l’université.

Il permet aussi d’échapper à l’alternative du tout ou rien autrement que par des dispositifs hybrides actuels, combinant dans les mêmes cours les méthodes traditionnelles et de l’IA à faible dose, une approche prudente, mais qui ne permet pas de progresser sur les questions théoriques et pratiques non résolues que pose l’irruption de l’IA dans l’éducation.


Cet article reprend les idées présentées par l’auteur lors de la journée « L’intelligence artificielle pour les sciences » organisée par l’Académie des sciences le 1er octobre 2025.

The Conversation

Daniel Andler Je détiens des parts pour moins d’1% du capital de la start-up d’edtech EvidenceB

– ref. Vers un « bilinguisme de l’IA » : apprendre à faire avec et apprendre à faire sans – https://theconversation.com/vers-un-bilinguisme-de-lia-apprendre-a-faire-avec-et-apprendre-a-faire-sans-291895

Edificios rehabilitados para el invierno, ¿trampas de calor en verano?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier de Sola Caraballo, Investigador de la Escuela Técnica Superior de Arquitectura, Universidad de Sevilla

Sergieiev/Shutterstock

En España y en el resto de Europa se están rehabilitando miles de viviendas para que consuman menos energía. Esto es una buena noticia y va en la dirección correcta, pero conviene añadir un matiz: en climas cálidos esa mejora puede volverse en contra durante el verano y dejar las casas más calientes de lo que estaban antes. ¿La razón? Una vivienda preparada para mantener el calor en invierno no siempre es capaz de soltarlo en verano. Y lo que debería ser un refugio puede terminar convirtiéndose en una trampa.

Las casas de menor renta no disponen de aire acondicionado

Se estima que el 85 % del parque residencial español es energéticamente ineficiente. A esto se le suma otro dato: un 33 % de los hogares no consigue mantener su vivienda suficientemente fresca en verano, un porcentaje superior al de quienes no logran calentarlo en invierno. Dentro de casa ya pasamos más calor que frío.

El aire acondicionado, mientras tanto, está presente solo en alrededor de la mitad de los hogares españoles y escasea justo donde más falta haría, en los de menor renta. Muchas de estas viviendas no se climatizan a lo largo del día: se refrescan abriendo ventanas, bajando persianas y esperando a que caiga la noche. Funcionan, en definitiva, de manera pasiva.

Frente a esa realidad, la normativa europea y española de rehabilitación se construye sobre la eficiencia energética, sin poner el foco en el confort ni en lo que ocurre dentro de una casa que afronta sin aire acondicionado veranos cada vez más extremos.




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El calor queda atrapado en las viviendas aisladas

En un reciente estudio, investigadores del grupo Sostenibilidad en Arquitectura, Tecnología y Patrimonio de la Universidad de Sevilla hemos comprobado este problema en un barrio de vivienda social construido en Valencia en 1962, un ejemplo urbano que se repite por toda España y Europa.

Hemos analizado cómo se han comportado térmicamente estos edificios desde su construcción y cómo lo harán en las próximas décadas bajo las proyecciones climáticas más adversas. Después hemos comparado las viviendas tal como están hoy con esas mismas viviendas rehabilitadas según lo que exige la normativa.

Edificio de viviendas envejecido
Viviendas sociales en el barrio de El Cabañal, Valencia.
Los autores

Los resultados son rotundos. El invierno mejora mucho, hasta el punto de que, sin necesidad de calefacción, las horas de frío incómodo caen por debajo del 9 % del total anual. El verano, en cambio, no solo no mejora, sino que empeora. En el mes más caluroso, la vivienda pasa de estar en condiciones confortables durante un 38 % de las horas a solo un 18 % tras la rehabilitación, es decir, aumenta el equivalente a casi cinco horas más de calor incómodo cada día.

La explicación es el efecto “termo”: el aislamiento frena la entrada del calor durante el día, pero también impide que la casa se enfríe por la noche y, si además se ventila por costumbre y no por criterio, el calor entra, se queda y no encuentra por dónde salir.




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Una solución sencilla (y barata)

La buena noticia es que corregirlo sale barato. Ventilar en verano no consiste solo en abrir la ventana, sino en hacerlo cuando la temperatura exterior juega a favor: cerrar a partir de media mañana y volver a abrir cuando fuera empieza a hacer menos calor que dentro. Parece obvio, pero es lo que muchas veces no hacemos.

En invierno ocurre algo parecido: conviene ventilar poco rato y en las horas centrales del día, no necesariamente a primera hora de la mañana.

Es entendible que nadie quiera estar midiendo temperaturas a todas horas. Sin embargo, unos sensores domésticos baratos, conectados al móvil, bastarían para avisar del momento en que conviene abrir o cerrar.

El segundo elemento son los ventiladores, que consumen unas diez veces menos que un aire acondicionado y reducen la temperatura que percibimos, es decir, la sensación térmica. A la misma temperatura, el movimiento del aire nos permite estar cómodos hasta dos o tres grados por encima de lo que sería agradable sin movimiento de aire.

Con las dos medidas combinadas (sensores y ventiladores), el verano recupera horas confortables. En el mes más caluroso, aumenta hasta en un 45 % el tiempo en que la vivienda se encuentra en condiciones adecuadas. Y el año completo alcanza más del 90 % de horas en condiciones cómodas. Todo ello sin encender el aire acondicionado.

Doble tarea

España todavía está terminando de adaptar la directiva europea de eficiencia energética de los edificios y, al mismo tiempo, definiendo los nuevos planes de rehabilitación. Se está decidiendo ahora mismo qué se financia y con qué criterios, y quedan dos tareas por delante.

La primera es normativa: una regulación pensada para ahorrar energía no garantiza por sí sola que se viva mejor dentro de un hogar, así que es necesario que las normas se fijen también en el confort y que reconozcan lo que un edificio es capaz de conseguir con medidas pasivas.

La segunda tiene que ver con las personas. De poco sirve rehabilitar una vivienda si nadie explica después cómo aprovecharla: cuándo ventilar, cuándo cerrar, qué hacen realmente una persiana, un toldo o un ventilador.

Rehabilitar sigue siendo necesario y urgente. Solo hay que evitar que una casa reformada para pasar mejor el invierno acabe convertida en una trampa el verano siguiente.

The Conversation

Javier de Sola Caraballo recibe fondos y apoyo de los proyectos de investigación PID2021-124539OB- I00 y PID2024-155805OB-C21 financiados por el MICIU /AEI/ 10.13039/ 501100011033; y por “ERDF A way of making Europe”. El MICIU /AEI/ 10.13039/501100011033 también ha financiado un contrato predoctoral (FPU21/02458).

Carlos Alberto Rivera Gómez recibe fondos Como Investigador Responsable del Proyecto Financiado: Intervenciones en el paisaje mediante Islas de Frescor Urbano: Modelización basada en datos para la gestión y adaptación climática de áreas urbanas vulnerables. Referencia: PID2024-155805OB-C21. Empresa/Organismo financiador/es: Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades. Gobierno de España.
Y también Como Investigador Responsable del Proyecto Financiado: Indicadores técnicos y sociales en acciones de adaptación a los efectos de isla de calor urbana. Evaluación multi-escala aplicada a barriadas. Referencia: PID2021-124539OB-I00. Empresa/Organismo financiador/es: Ministerio de Ciencia e Innovación. Gobierno de España

Carmen Galán-Marín recibe fondos de Ministerio de Ciencia e Innovación, Plan Estatal 2024-2027 – Proyectos Investigación Orientada Referencia: PID2024-155805OB-C21 y PID2021-124539OB-I00 financiados por el MICIU /AEI/ 10.13039/ 501100011033; y por “ERDF A way of making Europe”.

Eduardo Diz Mellado recibe fondos de Ministerio de Ciencia e Innovación, Plan Estatal 2024-2027 – Proyectos Investigación Orientada Referencia: PID2025-173404OB-I00, PID2024-155805OB-C21 y PID2021-124539OB-I00 financiados por el MICIU /AEI/ 10.13039/ 501100011033; y por “ERDF A way of making Europe”. También MICIU/AEI /10.13039/501100011033 y ESF+ han financiado un contrato postdoctoral Juan de la Cierva JDC2023-050478-I.

Victoria Patricia López Cabeza recibe fondos de Ministerio de Ciencia e Innovación, Plan Estatal 2024-2027 – Proyectos Investigación Orientada Referencia: PID2025-173404OB-I00, PID2024-155805OB-C21 y PID2021-124539OB-I00 financiados por el MICIU /AEI/ 10.13039/ 501100011033; y por “ERDF A way of making Europe”.

– ref. Edificios rehabilitados para el invierno, ¿trampas de calor en verano? – https://theconversation.com/edificios-rehabilitados-para-el-invierno-trampas-de-calor-en-verano-291469

El debate de tomar carbohidratos en pruebas de resistencia: ¿hasta qué punto marcan la diferencia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María Isabel Buceta Toro, Vicedecana Grado Nutrición Humana y Dietética, Universidad Pontificia de Salamanca

La ingesta de carbohidratos puede influir decisivamente en el rendimiento físico de los corredores de pruebas de ultrarresistencia como el maratón. Gorodenkoff/Shutterstock

Hoy, las carreras de larga distancia viven un auge sin precedentes. La creciente popularidad de disciplinas como el maratón, el triatlón y el Ironman ha vuelto a a poner en cuestión cuál es el verdadero peso de los carbohidratos en estas pruebas de resistencia.

Así, una revisión reciente publicada en Endocrine Reviews planteaba que los atletas pueden mantener un alto rendimiento con una ingesta muy baja de dichos nutrientes a largo plazo, siempre que se respete un periodo de adaptación de al menos cuatro semanas.

Lo más llamativo de su propuesta es que sugiere que las pautas actuales (60-90 gramos de carbohidratos por hora) podrían estar sobreestimando las necesidades reales. Según el trabajo, cantidades muy inferiores, de apenas 10 g/h, serían capaces de prevenir la fatiga prematura por hipoglucemia (niveles de azúcar demasiado bajos) y maximizar la capacidad de resistencia.

Mantener la glucosa para evitar la “pájara”

Este enfoque aporta un valor significativo al devolver el protagonismo al hígado y al mantenimiento de la glucemia en la famosa “pájara”, ese descenso brusco del rendimiento físico.

Durante un ejercicio prolongado, los músculos necesitan un aporte constante de glucosa para seguir funcionando. Así, cuando su nivel en sangre desciende demasiado, pueden aparecer debilidad, mareo y la pérdida repentina de rendimiento. El hígado desempeña un papel fundamental en este proceso, ya que ayuda a mantener estable el azúcar que circula por nuestro organismo.

Sin embargo, conviene entender qué tipo de estudio tenemos delante. Se trata de una revisión narrativa, no de una revisión sistemática: los autores no han reunido y analizado de forma exhaustiva todos los trabajos disponibles, sino que han seleccionado investigaciones para proponer una interpretación basada en cómo funcionan los distintos procesos del organismo. Es, por tanto, un marco conceptual interesante que ofrece una nueva forma de entender el papel de los carbohidratos, pero no una síntesis definitiva de toda la evidencia disponible.

El factor determinante no es el nivel competitivo

El problema surge cuando este debate se traduce en recomendaciones simplificadas. Con frecuencia se plantea como una diferencia entre atletas de élite y deportistas populares, pero desde el punto de vista fisiológico esa distinción es secundaria. El factor realmente determinante es la intensidad relativa del esfuerzo.




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Un corredor que busca bajar de las tres horas en un maratón o un triatleta amateur que prepara un Ironman (que consiste en completar 3,86 km de natación en mar abierto, 180 km de ciclismo y un maratón a pie) pueden competir durante largos periodos a más del 80–85 % de su capacidad aeróbica máxima (VO₂máx). A esa intensidad, el metabolismo energético presenta características muy similares independientemente del nivel competitivo del atleta.

Diversos estudios clásicos de fisiología del ejercicio han demostrado que cuando la intensidad supera aproximadamente el 75–80 % del VO₂máx, la producción rápida de la molécula ATP (principal fuente de energía para las células) depende en gran medida de la oxidación de carbohidratos. En este contexto, el metabolismo no distingue entre un dorsal profesional o uno popular: responde únicamente a la demanda energética impuesta por el esfuerzo.

Esto explica por qué muchos principios derivados de la investigación en atletas de élite pueden trasladarse, con las adaptaciones pertinentes, al contexto de deportistas recreativos que compiten cerca de su máximo nivel individual.

¿Dónde están los límites? De Eliud Kipchoge a Kilian Jornet

Un ejemplo ilustrativo de estos límites fisiológicos se observó en el desafío INEOS 1:59 Challenge, donde el atleta keniano Eliud Kipchoge completó un maratón en menos de dos horas. Sostener un ritmo cercano a 21 km/h durante casi 120 minutos implica correr alrededor del 90–95 % del VO₂máx, una intensidad en la que la disponibilidad de carbohidratos resulta determinante para mantener la producción energética necesaria.

De hecho, la estrategia nutricional formó parte integral del rendimiento. Durante la carrera se utilizaron bebidas con carbohidratos administradas de forma planificada para mantener la disponibilidad energética y evitar caídas de glucemia. Más que “ahorrar” carbohidratos, la estrategia consistía en utilizarlos de forma eficiente para sostener una intensidad extrema.

A esto se suma que, en mayo de 2026, el fondista también keniano Sabastian Sawe batió en Londres el récord de maratón, dejando la marca en 1 hora, 59 minutos y 30 segundos. ¿Cuánto carbohidrato consumió Sawe? Aproximadamente 115 g/h.

Porque incluso en pruebas de ultrarresistencia, donde la intensidad media suele ser menor, el papel de los carbohidratos sigue siendo relevante. Atletas como el español Kilian Jornet han descrito cómo su enfoque nutricional ha evolucionado hacia una mayor ingesta de esos nutrientes durante la competición, acompañado de un entrenamiento específico del sistema digestivo para mejorar su tolerancia.

Porque la ultrarresistencia moderna no consiste simplemente en mantener un ritmo bajo durante muchas horas. En momentos clave –subidas exigentes, descensos técnicos o cambios de ritmo finales–, el organismo necesita una disponibilidad rápida de energía. En estos escenarios, la capacidad de mantener niveles adecuados de glucosa y glucógeno (la forma en que se almacena la primera en el hígado y los músculos) puede resultar decisiva tanto para el rendimiento físico como para la claridad cognitiva.

Superando las recomendaciones: los 120 gramos por hora

Frente a la propuesta de los 10 g/h, investigaciones recientes en corredores de élite que han realizado un entrenamiento específico han mostrado que ingestas de 120 g/h no solo pueden ser tolerables, sino que se asocian con una menor carga interna y menor daño muscular posterior a la carrera en pruebas exigentes.

Un elemento clave que a menudo se omite en el debate es que el intestino también se entrena. La literatura científica sobre entrenamiento gastrointestinal demuestra que el tracto digestivo es adaptable y que la exposición repetida a altas cargas de carbohidratos mejora la tolerancia, el vaciado gástrico y la absorción a los mismos. No se trata solo de cuánto se ingiere, sino de si el organismo está preparado para procesarlo.

La pregunta correcta

La revisión publicada en Endocrine Reviews acierta al sugerir que parte del beneficio de los carbohidratos es evitar la hipoglucemia, pero identificar un mecanismo no equivale a establecer una pauta universal. En pruebas de más de dos o tres horas, especialmente cuando el objetivo es competir cerca del máximo nivel individual, la disponibilidad de esos nutrientes marca la diferencia en la capacidad de sostener la intensidad, responder a cambios de ritmo y optimizar la recuperación.

En definitiva, el debate no debería centrarse en si los carbohidratos son un mito, sino en responder de forma individualizada: para quién, en qué prueba, con qué intensidad relativa y con qué objetivo competitivo.

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María Isabel Buceta Toro no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El debate de tomar carbohidratos en pruebas de resistencia: ¿hasta qué punto marcan la diferencia? – https://theconversation.com/el-debate-de-tomar-carbohidratos-en-pruebas-de-resistencia-hasta-que-punto-marcan-la-diferencia-277007

¿Por qué algunos espacios naturales en África y Asia se conservan sin leyes?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jaime Tatay Nieto, Profesor de ética ambiental, Universidad Pontificia Comillas

Imaginemos un frondoso bosque en el norte de Etiopía. Mientras el paisaje circundante ha sido deforestado para el pastoreo, este pequeño enclave permanece intacto, como una isla de biodiversidad. No hay guardaparques armados ni vallas electrificadas; lo que protege a estos árboles es la presencia de una iglesia en su centro y la creencia de la comunidad de que el lugar es la morada de lo divino.

Estos espacios, conocidos como sitios naturales sagrados (SNS), son probablemente la forma más antigua de protección del hábitat en la historia de la humanidad. Sin embargo, a pesar de su importancia crítica, la ciencia de la conservación suele tratar “lo sagrado” como una caja negra: algo que funciona para proteger la naturaleza, pero que no terminamos de entender.

Un estudio que hemos llevado a cabo investigadores de la Universidad Pontificia Comillas ha revelado qué significa “lo sagrado” y qué implica para la conservación de la naturaleza.

Más allá del “prohibido pasar”

Durante mucho tiempo, los gestores de áreas protegidas han visto lo sagrado de forma puramente instrumental. Para muchos científicos, “sagrado” es simplemente un sinónimo de tabú: una serie de reglas y prohibiciones que impiden el uso de recursos. Es lo que algunos autores denominan “ambientalismo accidental”: la naturaleza se conserva no porque haya un plan de gestión, sino como un efecto secundario de la devoción religiosa.

Pero lo sagrado es mucho más que una lista de prohibiciones. Tradicionalmente se ha tendido a pensar en lo sagrado como lo opuesto a “lo profano”. Esta visión binaria, muy propia de la mentalidad occidental, sugiere que para que algo sea sagrado debe estar separado de los humanos, casi como una “naturaleza virgen”.

Sin embargo, los estudios en comunidades indígenas de Asia y África muestran una realidad distinta. Para muchos, lo sagrado no es una línea que separa espacios, sino una red de relaciones. En lugares como las montañas del Tíbet o los bosques de la India, lo sagrado es donde lo humano, lo natural y lo sobrenatural se encuentran en un diálogo constante.

Las cuatro caras de un lugar sagrado

Para entender mejor esta complejidad, podemos mirar lo sagrado a través de cuatro
dimensiones clave:

1. Construcción. Lo sagrado se “fabrica” a través de mitos, historias y la presencia física de templos o tumbas de santos que irradian su santidad al paisaje.

2. Defensa. Aquí entran los famosos tabúes. El miedo al castigo de una deidad, como ocurre en los bosques indios de Kerala y el temor a la ira de las deidades serpiente, actúa como un guardián invisible del ecosistema.

3. Identidad. Estos sitios son símbolos de orgullo comunitario. Ser el guardián de un monte sagrado otorga estatus y cohesión social.

4. Habitabilidad. A diferencia de un parque nacional moderno que a veces expulsa a los residentes, los sitios sagrados son lugares para ser habitados. Se protegen mediante rituales, ofrendas y un respeto profundo, no mediante la exclusión total.




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Lo sagrado no es estático: cambia y se transforma

Nuestro trabajo muestra cómo lo sagrado no es algo congelado en el tiempo. Al igual que los ecosistemas, las creencias están en constante flujo a través de tres procesos:

  • Desacralización. La modernización, la migración y, a veces, la expansión de religiones monoteístas puede erosionar las creencias antiguas, dejando los sitios vulnerables a la explotación.

  • Resacralización. Sorprendentemente, están naciendo nuevos sitios sagrados. Desde bosques protegidos por movimientos neopaganos en Estonia hasta santuarios marianos en España que recuperan nombres vinculados a la naturaleza, como la Virgen del Pino o de la Cueva, el ser humano sigue buscando sacralizar su entorno.

  • Mutación. A veces, las creencias no mueren, sino que cambian de forma. En Kazajistán, por ejemplo, antiguos rituales animistas sobreviven hoy bajo una capa de oraciones islámicas.

El riesgo de la “mirada occidental”

Una de las conclusiones del estudio advierte sobre un peligro importante: imponer una única visión de lo sagrado. Si el conservacionismo solo valora los sitios que encajan en un determinado ideal de “naturaleza prístina”, podría ignorar lugares que son vitales para las comunidades locales pero que no parecen “salvajes” a ojos externos.

Además, tratar lo sagrado solo como una herramienta de gestión puede ser contraproducente. Si los habitantes locales sienten que sus creencias están siendo “secuestradas” por políticos o científicos para fines ajenos, el vínculo espiritual que protegía el lugar podría romperse.




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Un puente hacia una nueva conservación

La gran lección de los Sitios Naturales Sagrados es que la conservación más efectiva es aquella que reconoce que naturaleza y cultura son inseparables. En un momento de crisis climática y pérdida de biodiversidad, quizás el camino no sea solo crear más reservas cercadas, sino aprender de las comunidades que llevan milenios viendo en un árbol, un río o una montaña algo más que un simple “recurso natural”.

Reconocer la pluralidad de lo sagrado no es solo un ejercicio académico: es una necesidad política y ética. Para proteger la salud del planeta, debemos empezar por respetar las diversas formas en que los seres humanos nos sentimos vinculados a él.

Al final, quizás lo que hace que un bosque sea sagrado no sea solo la presencia de una deidad, sino nuestra capacidad de reconocer que hay valores que están mucho más allá de la utilidad.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. ¿Por qué algunos espacios naturales en África y Asia se conservan sin leyes? – https://theconversation.com/por-que-algunos-espacios-naturales-en-africa-y-asia-se-conservan-sin-leyes-290585