Démissionner à l’ère de TikTok : le phénomène du « quittoking »

Source: The Conversation – in French – By Élodie Gentina, Professeur à IESEG School of Management, Univ. Lille, CNRS, UMR 9221 – LEM – Lille, IÉSEG School of Management

Démissionner publiquement, en se filmant, est-ce vraiment une bonne idée ? La pratique apparue sur TikTok pose d’importantes questions. Si elle traduit un changement du rapport de force entre les employeurs et les salariés, rien ne garantit qu’il soit durable et que la vidéo « rigolote » d’aujourd’hui ne devienne demain un boulet difficile à traîner.


Longtemps, la démission a relevé de la sphère privée. Elle s’inscrivait dans un échange bilatéral entre un salarié et son employeur, souvent encadré, parfois conflictuel, mais rarement exposé. Depuis peu, cette frontière s’efface avec l’émergence du quittoking : le fait de filmer, mettre en scène et diffuser sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, le moment de sa démission ou le récit qui l’entoure.

Apparu au Royaume-Uni puis popularisé aux États-Unis, ce phénomène s’étend désormais à l’Europe, notamment en France. Il ne relève pas d’un simple effet de mode. Il traduit une transformation profonde des relations professionnelles dans un environnement où chaque individu peut rendre publique son expérience de travail.

Des dizaines de millions de vues

Le hashtag #quittok cumule aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de vues, et certaines vidéos de démission atteignent en quelques jours des niveaux d’audience comparables à ceux de campagnes médiatiques nationales. Ce qui relevait autrefois d’un échange discret devient désormais un contenu exposé, commenté et partagé à grande échelle.




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Un cas emblématique illustre cette bascule. Au Royaume-Uni, une démission collective au sein de McDonald’s a été filmée puis diffusée sur les réseaux sociaux, générant plus de 16 millions de vues en quelques heures. Aux États-Unis, plusieurs salariés d’Amazon ont également médiatisé leur départ sur TikTok en dénonçant publiquement leurs conditions de travail. L’échange, initialement privé, s’est transformé en séquence publique, analysée, débattue et largement relayée, obligeant l’entreprise à gérer en temps réel les répercussions réputationnelles.

Ces situations illustrent un changement d’échelle du risque réputationnel. D’après LinkedIn, trois candidats sur quatre regardent l’image d’une entreprise avant même d’envisager d’y postuler. Une seule vidéo peut suffire à marquer durablement cette perception.

Expression générationnelle d’un malaise structurel

Historiquement, le contrat psychologique reposait sur un équilibre relativement stable : la loyauté et l’engagement des salariés, en contrepartie de la sécurité de l’emploi et de perspectives de carrière. Or, cet équilibre apparaît aujourd’hui fragilisé. La relation de travail tend à devenir plus transactionnelle, marquée par des attentes accrues en matière de reconnaissance, de sens et de conditions de travail.

Les données disponibles confirment cette évolution. En France, près d’un salarié sur quatre se déclare peu engagé, avec un coût estimé à plus de 13 000 euros par an et par collaborateur. À l’échelle internationale, plus de la moitié des salariés déclarent adopter des comportements assimilables au « quiet quitting », consistant à se limiter strictement aux tâches prescrites. Parallèlement, environ 20 % des actifs adoptent des formes de désengagement plus visibles, via un retrait du travail exprimé de manière ouverte, active et assumée.

Si le quittoking est particulièrement visible au sein de la génération Z, il ne saurait être réduit à une simple dynamique générationnelle. Le désengagement au travail ne correspond pas à un profil homogène, même si certaines études soulignent une prévalence plus élevée chez les jeunes actifs. Il traduit avant tout des tensions structurelles au sein des organisations contemporaines.

Désengagement silencieux

Une première forme reste discrète : certains salariés choisissent de se mettre en retrait sans confrontation, en réduisant leur implication au strict minimum. Ce désengagement silencieux passe souvent inaperçu dans l’organisation. À l’inverse, une autre forme gagne en visibilité. Certains salariés rendent leur désengagement explicite, en l’exprimant ouvertement, parfois en dehors même de l’entreprise.

Le quittoking s’inscrit dans cette dynamique. Il consiste à rendre publiques des situations professionnelles – conditions de travail, pratiques managériales, décisions internes – qui, auparavant, restaient confinées à l’intérieur de l’organisation. Autrement dit, ce qui relevait traditionnellement de discussions internes, voire informelles, est désormais exposé dans l’espace public, notamment sur les réseaux sociaux. Ce basculement traduit un changement important. Lorsque les salariés estiment ne pas être entendus en interne, ils déplacent la prise de parole à l’extérieur de l’entreprise.

L’examen des prises de parole de salariés publiées sur TikTok, LinkedIn ou Reddit, ainsi que les premières analyses académiques consacrées au quiet quitting et aux nouvelles formes de désengagement au travail, font apparaître des motifs récurrents : surcharge de travail, manque de reconnaissance, pratiques managériales jugées inadaptées, ainsi qu’une perte de sens. Ces prises de parole publiques ne relèvent pas uniquement d’une logique de rupture individuelle. Elles témoignent également d’une difficulté croissante à faire émerger ces problématiques dans les cadres organisationnels traditionnels.

Culture Pub TV, 2021.

Risque réputationnel

Dans ce contexte, le quittoking peut être interprété comme le symptôme d’un déplacement des espaces de régulation. Faute de canaux internes jugés efficaces, certains salariés investissent l’espace public pour exprimer leurs expériences et interpeller les organisations. Ce phénomène questionne la capacité des entreprises à identifier, entendre et traiter les signaux faibles du désengagement avant qu’ils ne s’expriment hors de leurs frontières.

Le risque réputationnel ne concerne pas uniquement les entreprises, mais également les salariés eux-mêmes. Dans un marché du travail marqué par l’hypervisibilité numérique, médiatiser publiquement sa démission peut renforcer une image d’authenticité et susciter de l’empathie, mais aussi être perçu par certains recruteurs comme un signal de conflictualité ou de manque de discrétion professionnelle.

Cette question devient d’autant plus sensible que les recruteurs consultent désormais massivement les réseaux sociaux dans leurs processus de sélection. Une étude récente sur le social media hiring montre que les employeurs analysent de plus en plus les profils numériques des candidats afin d’évaluer leur personnalité, leur compatibilité culturelle et leur comportement professionnel.

Une nouvelle zone grise pour le droit du travail

Le quittoking soulève également des questions juridiques encore largement incertaines. Jusqu’où un salarié peut-il exposer publiquement son expérience professionnelle sans franchir les limites de la confidentialité, de l’atteinte à l’image ou de la diffamation ? Entre liberté d’expression, droit d’alerte et protection des intérêts de l’entreprise, les frontières restent floues.

Certaines vidéos peuvent relever d’une critique légitime des conditions de travail ; d’autres peuvent ouvrir la voie à des contentieux si les faits sont contestés, déformés ou impossibles à vérifier. À mesure que ces pratiques se développent, entreprises, salariés et droit du travail devront redéfinir ce qui peut désormais être rendu public dans la relation professionnelle.

S’adapter à un nouveau paradigme

Face à l’émergence du quittoking, il importe de repenser en profondeur la manière dont les organisations écoutent, accompagnent et retiennent leurs talents. Cela commence par l’instauration d’un dialogue authentique et continu. Les frustrations ne surgissent pas soudainement, mais elles s’accumulent lorsqu’elles ne trouvent pas d’espace d’expression. Mettre en place des canaux de feedback réguliers et surtout y répondre concrètement devient essentiel pour éviter que ces tensions ne se déplacent vers l’espace public. Dans le même temps, les entreprises doivent professionnaliser leurs processus de départ.

L’offboarding mérite autant d’attention que le recrutement, car c’est souvent dans ces moments sensibles que se joue la perception finale de l’organisation. Former les managers à gérer ces échanges avec justesse, en intégrant le fait que toute interaction peut désormais être exposée, est devenu incontournable. Plus largement, il est nécessaire d’adapter la culture d’entreprise aux attentes actuelles : flexibilité, autonomie, qualité de vie et sens au travail ne relèvent plus du plus, mais du socle attendu. Cette évolution suppose également de clarifier les règles du jeu, notamment sur les réseaux sociaux, en définissant un cadre clair, équilibré et juridiquement solide, sans nier les enjeux de liberté d’expression.

Anomalie ou symptôme ?

Enfin, plutôt que de percevoir le quittoking comme une menace, les organisations gagneraient à y voir un signal. L’analyse de ces prises de parole constitue un indicateur précieux, presque en temps réel, des tensions internes. Bien utilisées, elles peuvent devenir un levier d’amélioration continue, offrant une forme d’audit informel mais puissant des pratiques managériales et de la culture d’entreprise.

Par conséquent, le quittoking n’est pas un simple phénomène de réseaux sociaux : il révèle un désengagement plus profond, une remise en question de l’autorité et une exigence accrue de cohérence et de transparence au travail. Dans un contexte où tout peut devenir public, les entreprises ne peuvent plus se cacher. Le quittoking n’est pas une anomalie, mais le symptôme d’un changement structurel du rapport au travail.

The Conversation

Élodie Gentina ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Démissionner à l’ère de TikTok : le phénomène du « quittoking » – https://theconversation.com/demissionner-a-lere-de-tiktok-le-phenomene-du-quittoking-283320

Cinq leçons de négociation à tirer des aventures de Tintin

Source: The Conversation – France (in French) – By Didier Roche, enseignant- chercheur en sciences de gestion, Excelia

Tintin est-il accommodant ou inflexible ? Une étude a analysé 274 situations de Tintin en pleine négociation pour vous répondre. William Murphy/wikimediacommons

Une étude portant sur les 22 albums de Tintin  – de Tintin au Congo (1931) à Tintin et les Picaros (1976) – met en lumière les talents de négociateur du héros reporter. A-t-il un style compétitif ? accommodant ? collaboratif ? d’évitement ? ou de compromis ?


Bon, allez, je dois l’avouer, je suis un peu tintinophile !

Il est vrai que Tintin est un objet d’étude fascinant. Michel Serre observait que le héros belge, fait de simples coups de crayon, peut s’assimiler à un masque que chacun d’entre nous peut enfiler, que l’on soit petit ou grand. Je suis également un grand fan de Marianne Chaillant qui décèle en Tintin des pans entiers de pop philosophie.

Tintin reste un héros emblématique de son époque, avec sa part d’ombre. L’album Tintin au Congo (1931) a notamment été « réédité en 2023 avec un avant-propos expliquant les préjugés coloniaux en vigueur au moment de la première parution de l’album d’Hergé », comme le rapporte le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos.

Malgré cette controverse, Tintin reste une icône. Une facette de ce personnage est, cependant, peu discutée : son talent de grand négociateur. Tout au long de ses aventures, cette habileté lui permet d’être sympathique auprès des autres personnages de la bande dessinée, tout en atteignant ses objectifs.

Quelles leçons en retenir ? Comme je le précise dans mon ouvrage l’Essentiel des techniques de vente, le vendeur doit se connaître et posséder des qualités qui doivent lui être utiles afin de pouvoir créer de bonnes relations avec ses clients. Le vendeur pourra ensuite, à partir de sa propre connaissance de lui-même, choisir un style de négociation qui lui est propre.

Modèle Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (TKI)

Pour ce faire, j’ai employé une méthodologie consistant à classer les styles de négociation de Tintin selon le modèle Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (TKI). Ce dernier définit cinq styles spécifiques de gestion des conflits en négociation :

  • le style compétitif : assertif et non coopératif. L’individu poursuit ses propres préoccupations aux dépens de l’autre ;

  • le style accommodant : peu affirmatif et coopératif.

  • le style d’évitement : peu affirmatif et peu coopératif ;

  • le style collaboratif : à la fois assertif et coopératif ;

  • le style de compromis : entre l’affirmation de soi et la coopération.

J’ai ensuite étudié toutes les phases de négociation réalisées par Tintin lors de ses aventures. Concrètement, toutes les démarches où les processus de communication ont pour but de confronter ses points de vue avec ses amis, ses ennemis (ou encore avec des animaux), que ces phases de négociation soient gagnantes/gagnantes (intégratives) ou gagnantes/perdantes (ou distributives).

Les 22 albums concernés par l’étude vont de Tintin au Congo (1931) à Tintin et les Picaros (1976).

Exactement 274 situations de négociation

Après cette étude, il apparaît que Tintin a rencontré exactement 274 situations de négociation qui se sont réparties de la manière suivante entre les différents styles : 131 de style compétitif, 62 de style accommodant, 44 de style collaboratif, 22 de style de compromis et 22 et 15 de style d’évitement.

Ces résultats indiquent que le style compétitif de Tintin reste prédominant. Même s’il est moins présent au début des principaux albums, il atteint un pic lors de l’album l’Île Noire (1938), connaît une baisse jusqu’à l’album l’Affaire Tournesol et s’estompe au fil des albums suivants.

Dans ce style de négociation, l’individu utilise tout le pouvoir qui lui semble approprié pour tirer son épingle du jeu. Par exemple, dans l’Île noire, Tintin se soustrait à l’avis des médecins ou aux forces de l’ordre – les Dupondt – pour suivre la trace d’une bande de faux-monnayeurs.

À noter qu’au sein de l’album le Trésor de Rackam le Rouge (1945), Tintin adopte un style accommodant ou fait de compromis. Est-ce pour cette raison que cet album a été choisi d’être mis à l’écran par Spielberg ?

Les cinq leçons fondamentales

Cinq leçons fondamentales peuvent être tirées de l’expression du style compétitif de Tintin. Elles peuvent avoir une transposition immédiate pour un négociateur commercial.

Agir pour une cause, non pour son ego

Dans ses aventures, Tintin ne cherche jamais à « gagner pour gagner ». Il agit pour une cause : sauver un ami, faire éclater la vérité ou défendre les innocents.

Pour vous, négociateur, même si vous défendez vos intérêts (prix, marges), montrez que vous agissez aussi dans l’intérêt du client : un gain de qualité, une solution durable ou encore une réduction des risques pour votre partenaire.

Il reste stable et cohérent

Tintin reste toujours le même. Il est prévisible dans sa droiture, ce qui génère de la confiance, même chez ses adversaires.

Pour vous, négociateur, gardez une posture claire, la même posture d’une rencontre à l’autre chez un même client et chez des clients différents. Évitez les revirements et les changements d’attitude.

Il n’humilie jamais, même quand il gagne

Tintin respecte ceux qui l’ont trahi, les sauve parfois et ne fanfaronne pas.

Pour vous, négociateur, gagnez une négociation sans écraser l’autre partie et sans lui faire perdre la face. Ne dites pas par exemple : « Je vous avais dit que c’était le meilleur choix. » Dites plutôt : « Nous avons trouvé ensemble une excellente solution. »

Il collabore quand le contexte le réclame

Même très compétitif, Tintin sait parfois travailler en équipe comme avec le capitaine Haddock, Tournesol ou encore Zorrino dans le Temple du Soleil (1949). Il peut parfois laisser la main à ses partenaires sur certains aspects lorsque le contexte le réclame.

Pour vous, négociateur, ne cherchez pas à tout faire tout seul. Impliquez le client dans la réflexion et échangez avec vos collègues, formez-vous auprès d’eux voire amenez-les avec vous sur le terrain pour qu’ils puissent vous aider. Faites de la négociation un processus partagé.

Il agit avec calme même en situation de tension

Même dans les albums l’Affaire Tournesol (1956) ou Objectif Lune (1953) dans lesquels Tintin se retrouve tout particulièrement sous pression, il reste concentré, factuel et posé.

Pour vous, négociateur, résistez à la frustration et ne soyez pas impulsif, même si le client vous teste.

The Conversation

Didier Roche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Cinq leçons de négociation à tirer des aventures de Tintin – https://theconversation.com/cinq-lecons-de-negociation-a-tirer-des-aventures-de-tintin-279276

La selección: la corrupción ya es más viral que la Casita de Bad Bunny

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lola Delgado, Editora de Política y Sociedad, The Conversation

RomanR/Shutterstock

Resulta curioso darse cuenta de cómo, a pesar de que los años pasan y pasan, hay cosas que permanecen como si los días no hicieran mella en ellas. Corría enero de 2020 cuando decidimos titular un artículo de la sección de Política de The Conversation como sigue: “‘Lobbies’, buen gobierno y buena administración: un reto para nuestra democracia”. Lo firmaba el catedrático de Derecho Administrativo de la Universitat de Barcelona Julio Ponce Solé.

Pues bien, han pasado seis años ya y perfectamente podríamos volver a titular un artículo usando las mismas palabras y en ese orden exacto. Muchas cosas siguen como entonces.

Es como si el tiempo no hubiera pasado o, lo que es peor, como si no hubiéramos aprendido de los errores y siguiésemos una y otra vez dando vueltas sobre las mismas tentaciones que ablandan la piel de la política.

Y luego que si los ciudadanos desconfiamos de todo. Desde 1996 el barómetro del CIS nos lo recuerda “erre que erre”: los españoles desconfiamos de la política y de las instituciones. Que ya lo decía la filósofa Victoria Camps –una de las grandes defensoras de la ética como una guía para la vida democrática– en una entrevista que mantuvimos con ella: “Confiamos poco en las instituciones porque no cumplen las expectativas que ponemos en ellas”.

¿Qué está pasando en España últimamente, que los casos de corrupción ocupan (casi) más espacio en las noticias que la Casita de Bad Bunny? Que si Koldo, que si Santos Cerdán, Ábalos, Leire Díez, Gürtel, Kitchen, Montoro…

Cuando hace unas semanas el caso Zapatero explotó en las manos de los medios de comunicación, rápidamente nos pusimos a trabajar en la búsqueda de un experto que nos desmenuzara el asunto y nos explicara de qué iba todo aquello. Juan José Rastrollo Suárez, catedrático de Derecho Administrativo de Universidad de Salamanca, nos dio muchas respuestas en su artículo. Las preguntas formuladas fueron: ¿qué es realmente un lobby (y por qué no es necesariamente algo negativo)?, ¿por qué España sigue sin regular adecuadamente la influencia política? y ¿se desactivarían sospechas con una legislación clara? Si se lo perdieron entonces no lo hagan hoy.

Porque sí, falta en España un marco claro y homogéneo sobre lobbies, transparencia e influencia institucional. Y otra de las cosas que falta es paciencia. Por ejemplo, aún no se ha juzgado al expresidente del Gobierno José Luis Rodríguez Zapatero. No queda más que esperar, porque no es lo mismo ser culpable que ser presuntamente culpable

Quizá por eso el problema no sea únicamente la corrupción, sino la normalización de la sospecha. Como explicaba Consuelo Martínez-Priego, profesora y codirectora del Centre for Character and Human Growth, Universidad Villanueva, cuando la ciudadanía percibe que las reglas no se aplican de igual manera para todos, la desconfianza deja de ser una reacción puntual para convertirse en una actitud permanente. Y una democracia en la que los ciudadanos sospechan sistemáticamente de quienes los representan es una democracia que funciona peor.

La paradoja es que sabemos bastante bien qué habría que hacer. El profesor Alejandro Hortal Sánchez recordaba que las estrategias basadas exclusivamente en el castigo son insuficientes. La evidencia internacional muestra que la corrupción se combate también mediante prevención, transparencia, controles eficaces y una cultura institucional que dificulte los comportamientos indebidos antes de que se produzcan.

Sin embargo, seguimos instalados en un curioso ritual nacional. Nos escandalizamos cuando aparece un nuevo caso, reclamamos reformas urgentes, prometemos regeneración democrática y, pasado un tiempo, volvemos exactamente al mismo punto de partida. Algo parecido a ese propósito de apuntarse al gimnasio cada enero: la intención es sincera, pero la constancia suele ser más esquiva.

Fernando Jiménez Sánchez, catedrático de Ciencia política de la Universidad de Murcia, recordaba además que las democracias con mayores niveles de confianza institucional no son necesariamente aquellas donde existen menos investigaciones o menos controles, sino aquellas donde la responsabilidad política forma parte de la cultura democrática. Allí, dimitir ante una situación comprometida no siempre se interpreta como una admisión de culpabilidad, sino como una forma de proteger la credibilidad de la institución.

Quizá la cuestión de fondo sea esa. No si habrá un nuevo escándalo dentro de unos meses –porque probablemente lo habrá–, sino si seguiremos reaccionando de la misma manera.

Seis años después de aquel artículo sobre lobbies, buen gobierno y buena administración, las preguntas siguen siendo prácticamente las mismas. Lo preocupante no es que aún no tengamos todas las respuestas. Lo preocupante es que seguimos discutiendo los mismos problemas como si acabáramos de descubrirlos.

The Conversation

– ref. La selección: la corrupción ya es más viral que la Casita de Bad Bunny – https://theconversation.com/la-seleccion-la-corrupcion-ya-es-mas-viral-que-la-casita-de-bad-bunny-284634

Suplemento cultural: el arte en la ciudad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Agnès Varda y JR en un fotograma de _Caras y lugares_. arte France Cinéma

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Una de las cosas que más me gustan de este trabajo es poder aprender cada día algo nuevo de las disciplinas que más me interesan.

Editar este artículo de Juan Manuel Ros García me llevó a revisitar el documental Caras y lugares, de Agnès Varda y JR, una película que les recomiendo por lo bonita, tierna y sencilla que es. En ella hacen una defensa del arte, del arte urbano para más señas, como forma de conexión con diferentes ciudadanos franceses. A través de la creación de carteles gigantes en los que se destacan los rostros de la gente normal, consiguen que estas personas sean vistas con la importancia y el honor que merecen.

Cuando el grupo de investigación AUPART comenzó su proyecto, buscaban averiguar –y medir– si el arte urbano puede –y debe– entenderse como un vínculo entre la pieza y quienes viven en el espacio en el que se localiza dicha pieza. Es decir, ¿tiene sentido que en un mural, una estatua o una intervención pública se plantee, además de su belleza estética, si hace que el día a día de quienes van a interactuar con él sea mejor? Es cierto que colocar algo bonito, simplemente por ser bonito, no hace daño a nadie. Pero, como dice Ros García, es una oportunidad perdida de poder ser algo más.

Viene el papa

El papa está en España. Si me leen desde Madrid, Barcelona o Canarias se habrán dado cuenta de ello sin que se lo tenga que decir. Es la primera visita de León XIV al país, y la primera de un sumo pontífice desde Benedicto XVI. A muchos de nosotros nos parece habitual el jaleo que se monta cada vez que el papa sale del Vaticano: nos hemos criado con viajes del cabeza de la Iglesia alrededor del mundo, saludando entre las muchedumbres.

Pero Anna Peirats aclara que no siempre fue así. Durante siglos la costumbre era la opuesta: los fieles peregrinaban a ver al Santo Padre hasta Roma, hasta la tumba de san Pedro. Y él no se movía de allí.

Qué escuchamos en una voz

El otro día volví a ver Philadelphia. Al inicio, cuando sale una chica ayudando al personaje de Tom Hanks a maquillarse las lesiones que tiene en la cara provocadas por el sida, pegué un grito. Era Chandra Wilson, la doctora Bailey en Anatomía de Grey –que sigo religiosamente desde hace décadas–. Lo que más me impresionó no fue su aspecto joven (han pasado más de 30 años), sino su voz. Qué aguda y juvenil era en 1994 y, sobre todo, qué diferente a la voz ronca que conozco de la serie de televisión.

De eso habla Clara Macarena Ponce Romero en su artículo, al hilo del escándalo que se ha montado sobre la voz de Amaia Montero en la nueva gira de La oreja de Van Gogh que celebra su vuelta al grupo y 30 años desde que la banda nació. Porque no solo las voces cambian a lo largo del tiempo y la vida, sino que muchas veces eso sucede a pesar de las expectativas que sus seguidores tienen, basadas en lo que recuerdan de aquellas voces. Es decir, si los fans de hoy acuden a los conciertos, ¿van para escucharla en 2026 o en realidad quieren recuperar lo que escuchaban en 1996?

Y también al hilo de los conciertos y, sobre todo, de la gira de Rosalía, Rubén Picó Vila explica cómo funciona la acústica en las salas de conciertos y estadios y la diferencia con lo que sucede en los teatros de la ópera. De repente empiezo a reconciliarme con algunos cantantes cuyas actuaciones en directo me parecieron decepcionantes pero que, al fin y al cabo, dependían también del lugar en el que estaban.

Más allá de Persépolis

Ha fallecido Marjane Satrapi, la inolvidable autora de Persépolis. Como escribía alguien en Bluesky, “no es solo Persépolis pero sí, es Persépolis”. Porque esa novela gráfica y su posterior adaptación cinematográfica fueron esenciales para que gran parte de Occidente entendiese la vida en Irán bajo el régimen de los ayatolás.

Aunque, efectivamente, había Satrapi más allá de ese libro. Por eso, cuando en 2024 los Premios Princesa de Asturias le concedieron el galardón en la categoría de Comunicación y Humanidades, le preguntamos a Elena Pérez Elena, experta en el cómic iraní en la diáspora, por qué este sí y no el de Artes. Y ella nos remitió al acta del jurado: “una voz esencial de los derechos humanos y de la libertad”.

Francisco de Vitoria, hace cinco siglos y ahora

Hablando de derechos humanos, viajemos cinco siglos atrás, hasta Castilla, hasta las enseñanzas de Francisco de Vitoria, fundador de la Escuela de Salamanca.
Como destaca David Jiménez Castaño, Vitoria es reconocido como uno de los precursores de los derechos humanos y las relaciones internacionales, y sin ánimo de hacer presentismo, es útil releer sus teorías y utilizarlas como base para saber si las actitudes y amenazas geopolíticas de hoy en día se sostendrían éticamente según sus postulados.

Pero también es interesante, como defiende Izaskun Álvarez Cuartero, analizar cómo se utilizaron esas teorías en su momento para justificar la presencia española en América.

Jiménez Castaño y Álvarez Cuartero celebran los 500 años de la Escuela de Salamanca dándonos información para que nosotros hagamos lo que los pensadores animaban a hacer en su momento: formarnos un criterio propio.

El presente y el futuro

El Estado de Israel sigue invadiendo el Líbano sin que se le ponga freno. El fin de semana pasado rebasó la línea que él mismo se había autoimpuesto, hasta el punto de tomar el castillo de Beaufort. Hoy nos detenemos en la historia de este enclave, compleja y muchas veces violenta, igual que el ahora.

No obstante, nos rodean mensajes que nos animan a no perder la esperanza. Es lo último que debemos dejar atrás, dicen. Pero… ¿agarrarnos a determinadas esperanzas puede ser contraproducente? ¿Tal vez confiar en un futuro mejor evita que protestemos contra este presente?

The Conversation

– ref. Suplemento cultural: el arte en la ciudad – https://theconversation.com/suplemento-cultural-el-arte-en-la-ciudad-284566

La conversación docente: El acceso a la universidad, ¿prueba de madurez o desafío memorístico?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

s880 / Shutterstock

“Efecto retroactivo de la evaluación”: así se llama científicamente a la influencia que tiene el tipo de prueba a la que se enfrentará un aprendiz en la manera que estudiará y aprenderá una materia. Incluso, en la manera en que se enseñará.

Un ejemplo claro es la relación entre la prueba de acceso a la universidad (PAU) y los dos años previos de secundaria, el Bachillerato. Docentes y estudiantes saben que, independientemente de lo que se haga y se evalúe en clase (incluso pese a que representa el 60 % de la nota final para entrar en la universidad), la PAU es el objetivo, ese destino final para sus alumnos y alumnas, y saben también que muchos necesitan sacar la nota más alta posible para acceder al grado que quieran estudiar. Por lo tanto, si la PAU es un examen memorístico (por ejemplo, en Lengua y Literatura o en Historia), si lo que quieren es dar a sus estudiantes las máximas oportunidades, les prepararán para este tipo de prueba.

No pasa solo en la PAU. Imaginemos que un docente de sexto de primaria sabe que al final del curso sus alumnos realizarán una prueba de rendimiento en Lengua y Literatura de ámbito nacional, o autonómico, cuyos resultados formarán parte de un ránking de escuelas. ¿Seguirá a pies juntillas el currículum, se preocupará de introducir métodos de aprendizaje novedosos o de proponer actividades creativas para que los estudiantes disfruten de la asignatura, o se centrará en las preguntas que esta prueba plantea y tratará de prepararlos específicamente para ella, de manera que la escuela resulte bien situada en el ránking final?

Cada docente tendrá una respuesta para esta pregunta. En cualquier caso, dado que la ley educativa española propone que en secundaria (tanto en la parte obligatoria, la ESO, como en la parte de Bachillerato como cursos preparatorios para la universidad) se implanten métodos de enseñanza activos y se evalúen muchas más cosas que la reproducción exacta de lo dicho en clase o en los libros, lo lógico sería que la prueba de acceso a la universidad tuviera también este planteamiento competencial. ¿Lo tiene?

Lucía Sánchez-Taragaza y Joan Albert Gimeno Rovira de la Universitat Jaume I han investigado qué exámenes de la PAU y qué materias están hechas para evaluar habilidades críticas, de síntesis, de integración de conocimientos, y en cuáles tiene más peso el contenido aprendido de memoria. Sus conclusiones son muy interesantes, pues efectivamente la prueba de acceso a la universidad todavía es bastante memorística, lo cual hace que las clases de Bachillerato tiendan a adoptar este enfoque. Aunque, como ellos explican, no tendría por qué ser así.

Los cambios en la PAU comenzaron a implantarse el año pasado, y es lógico que no sean drásticos ni se perciban de la noche a la mañana. Hay otras cuestiones que los expertos se plantean sobre esta prueba, como su grado de equidad entre comunidades autónomas o la mejor manera de prepararse para controlar la ansiedad que provoca entre los estudiantes (y a menudo sus familias).

Ellos y ellas, por cierto, ya no estudian como antes. Si alguna vez al abrir la puerta del dormitorio de un adolescente que supuestamente estaba estudiando se lo ha encontrado mandando un mensaje de audio al grupo de clase, piénselo dos veces antes de echarle una bronca. Puede estar, efectivamente, estudiando. Laia Lluch de la UOC ha investigado el papel de la hiperconexión digital tiene en la preparación de exámenes y ha llegado a conclusiones interesantes.

Esta quincena hemos hablado también de altas capacidades, de cómo detectarlas, de qué hacer en el aula para enseñar mejor a los niños y niñas que las tienen, pero también de cómo no deberíamos pensar ellas como una ventaja competitiva; de cómo apreciar e incluir la lengua de origen de los estudiantes inmigrantes en sus institutos y colegios (con libros en la biblioteca, con presentaciones o ejemplos en el aula, simplemente aceptando que la usen y mostrando interés y curiosidad) puede influir en su rendimiento escolar; de por qué todos los docentes deberían entender cómo se desarrolla y funciona el cerebro; de lenguaje adolescente en redes y cómo afecta a la expresión escrita y la comprensión lectora en la escuela; y de cómo el origami (o lo que en otras épocas conocimos como papiroflexia) puede ser un aliado fantástico para una comprensión más profunda de las matemáticas.

The Conversation

– ref. La conversación docente: El acceso a la universidad, ¿prueba de madurez o desafío memorístico? – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-el-acceso-a-la-universidad-prueba-de-madurez-o-desafio-memoristico-284658

Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il de l’océan ? Un baromètre pour changer de regard

Source: The Conversation – France (in French) – By Marina Lévy, Directrice de l’Institut de l’Océan, océanographe, Sorbonne Université; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

L’océan joue un rôle simultanément de régulateur du climat, de pourvoyeur de ressources pour nos sociétés et d’espace de tensions croissantes, mais est trop souvent vu de façon fragmentée. Présenté pour la première fois lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc) de Nice en 2025, le baromètre Starfish a été développé par des scientifiques pour présenter une vision d’ensemble de l’état de santé de l’océan. La deuxième édition est dévoilée, ce 8 juin 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan.


L’océan recouvre plus des deux tiers de la surface de la Terre. Il régule le climat, soutient nos économies, transporte l’essentiel de nos échanges et nourrit des milliards d’êtres humains. Et pourtant, il reste l’un des « grands impensés de nos sociétés ».

Cette invisibilité tient en partie à la manière dont l’océan nous apparaît, c’est-à-dire, par fragments, et cela, sans que ces différents signaux ne soient toujours reliés entre eux. Changement climatique, perte de biodiversité, pollutions multiples et autres pressions humaines, ressources alimentaires, biomédicales et énergétiques, transport de marchandises, de données numériques et voie de migrations humaines, gouvernance, impacts sur les sociétés… ces dimensions interagissent en permanence. Nous voyons les symptômes, mais rarement le système dans son entier.

Pourtant, les connaissances scientifiques sur l’océan n’ont jamais été aussi nombreuses, mais elles restent largement dispersées et souvent peu accessibles à un public non spécialiste. À l’occasion de la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc 3), organisée à Nice en juin 2025, l’idée a émergé de fournir aux décideurs un indicateur clair, à l’image du seuil de 1,5 °C pour le climat. Mais l’océan ne saurait se résumer à un chiffre.

Il est simultanément régulateur, ressource et espace de tensions croissantes. C’est un système dont dépend directement la stabilité de nos sociétés, désormais confrontées à des risques accrus, dont les répercussions sont déjà bien visibles : records de température de l’eau, montée des eaux, tempêtes plus intenses du fait du changement climatique, mais aussi exploitation non durable des ressources, pollution plastique et même blocage de points stratégiques de passage du commerce mondial, comme nous le rappelle l’actualité.

Plutôt qu’un indicateur unique, l’idée d’un baromètre multi-dimensionnel a donc émergé : ainsi est né le baromètre Starfish, dévoilé pour la première fois le 8 juin 2025 à l’occasion de la journée mondiale de l’océan. Élaboré par une équipe multidisciplinaire d’experts, il a été présenté, à l’occasion de l’Unoc 3, aux délégations de chefs d’États et de gouvernements.

Pour l’édition 2026 du baromètre, l’équipe s’est élargie avec notamment l’intégration des membres du comité scientifique du One Ocean Science Congress (le congrès scientifique qui coïncidait avec l’Unoc), renforçant la représentativité géographique avec une participation accrue d’experts issus du Sud global. Mise à jour avec des données plus récentes, le baromètre Starfish 2026 a été dévoilé le 8 juin 2026, la Journée mondiale de l’océan ayant été retenue comme rendez-vous annuel.




À lire aussi :
Pourquoi l’océan est-il si important pour le climat ?


Une nouvelle grille de lecture pour repenser nos interactions avec l’océan

Plutôt qu’un indicateur unique, le baromètre Starfish – dont les résultats sont publiés chaque année dans une revue scientifique à comité de lecture – propose une lecture intégrée de l’océan et de ses relations avec l’humanité.

Cette grille de lecture repose sur cinq dimensions complémentaires, qui forment les cinq branches de l’étoile de mer utilisée pour représenter graphiquement le baromètre :

  • l’état de l’océan,

  • les pressions qui s’exercent sur lui,

  • les réponses mises en place pour le protéger,

  • les conséquences positives pour nos sociétés,

  • et enfin les conséquences négatives pour celles-ci.

Ce baromètre ne produit pas de nouvelles données mais joue un rôle complémentaire : rendre intelligible les savoirs qui existent déjà de façon dispersée. Chaque année, il propose une sélection de développements majeurs liés à l’océan et fondés sur les connaissances scientifiques les plus récentes. Conçu à l’échelle globale, il offre une vision d’ensemble de l’océan dans toute sa complexité, au-delà des frontières géographiques et des découpages institutionnels. Il permet ainsi de replacer des phénomènes locaux ou sectoriels dans un contexte plus large, et de mieux comprendre les interdépendances qui structurent le système océanique. Cette approche permet de relier des enjeux souvent traités séparément, du climat à la sécurité alimentaire, de la biodiversité aux tensions géopolitiques, en les replaçant dans un même système d’interactions.

Le baromètre 2025 dressait ainsi un constat préoccupant : les écosystèmes marins continuent de se dégrader sous l’effet de pressions humaines croissantes. Si les efforts de protection progressent, ils restent encore bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour inverser la tendance.

Nous avions mis en avant six chiffres clés pour illustrer la tension entre la trajectoire actuelle et les objectifs de durabilité :

  • l’augmentation du niveau des mers (23 cm depuis 1901),

  • le nombre d’espèces marines menacées d’extinction (1677),

  • la surexploitation halieutique (37,7 % des stocks de poissons),

  • 102 milliards de dollars (soit 88 5 milliards d’euros) de pertes mondiales du fait des tempêtes et des inondations,

  • la production alimentaire marine (115 millions de tonnes),

  • et enfin la protection de seulement 8,34 % de la surface de l’océan par des aires marines protégées.




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Les océans surchauffent, voici ce que cela signifie pour l’humain et les écosystèmes du monde entier


Les nouveautés de l’édition 2026

Le principal constat du baromètre 2026 reste celui d’un océan dont l’état continue de se détériorer, avec même de premiers signes d’accélération.

Baromètre Starfish 2026.
Fourni par l’auteur

Les pressions humaines, qui restent élevées, sont toujours en cause : les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime montrent peu de signes de décarbonation, la pêche industrielle manque toujours de transparence, des contrats d’exploration minière en eaux profondes sont accordés, et la quantité de déchets plastiques dans les océans a atteint des niveaux records.

Les impacts sociétaux, eux aussi, s’aggravent : forte augmentation sur le long terme des pertes économiques liées aux tempêtes et aux inondations, avec un pic particulièrement élevé en 2024. De nouvelles estimations montrant que les dommages liés à l’océan représentent une part majeure du coût socioéconomique total que représentent le changement climatique, la surexploitation des ressources, la perte de biodiversité et la pollution de l’océan.

Dans le même temps, l’édition 2026 met en évidence des avancées structurantes en matière de gouvernance et de solutions. L’entrée en vigueur de deux accords internationaux – le traité sur la haute mer en janvier 2026 et l’interdiction de certaines subventions néfastes à la pêche en septembre 2025 – ainsi que le renforcement des protections commerciales pour les requins et les raies menacés, constituent des étapes majeures pour la protection de la biodiversité marine.

Parallèlement, l’expansion des aires marines protégées – qui a désormais dépassé le seuil symbolique des 10 % – et l’essor des initiatives d’économie circulaire et de financement de l’océan témoignent d’un potentiel de transformation.

Néanmoins, les observations in situ de l’océan sont fragilisées alors même que la demande sociétale en données sur l’océan augmente. L’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), par exemple, qui joue un rôle clé au niveau mondial dans l’observation des océans, a fait l’objet de désinvestissements massifs de la part de l’administration américaine actuelle.




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La destruction des données scientifiques aux États-Unis : un non-sens intellectuel, éthique mais aussi économique


Une boussole pour l’action publique

Au-delà de l’outil de suivi que représente le baromètre, l’enjeu est plus profond : changer la manière dont nous pensons l’océan. L’océan n’est pas seulement un espace en dégradation : il est, par nature, un pilier des équilibres de la planète. Tant qu’il restera invisible ou mal compris, il restera mal gouverné. À l’inverse, une lecture plus intégrée doit permettre de mieux relier les causes, les conséquences et les leviers d’action. Le baromètre Starfish permettra d’accompagner cette prise de conscience encore incomplète, mais essentielle.

Cette grille de lecture ouvre aussi des perspectives nouvelles pour la recherche. En mettant en regard les différentes dimensions de la relation entre l’humanité et les océans, elle permet d’identifier plus clairement les angles morts de la connaissance : ce que l’on sait et surtout ce que l’on ne sait pas encore. Autrement dit, elle peut contribuer à orienter les priorités scientifiques, en révélant les manques, les déséquilibres et les besoins d’observation.

À terme, cette approche pourrait également être déclinée à des échelles régionales. Une telle adaptation permettrait de mieux tenir compte des spécificités locales – écologiques, économiques ou sociales – tout en conservant une vision systémique. Elle offrirait ainsi un cadre cohérent pour évaluer les politiques publiques, en reliant plus directement les pressions exercées sur l’océan, les mesures mises en place et leurs effets mesurables.


Les axes du Baromètre 2026 ont été pilotés par Thomas Frölicher (État de l’océan), William Cheung (Pressions humaines), Patrice Guillotreau (Impacts sociétaux), Joachim Claudet (Efforts de protection) et Peter Haugan (Opportunités pour l’humanité). Marina Lévy et Karina Von Schuckmann ont assuré la direction scientifique d’ensemble. Cette édition du Starfish a été grandement facilitée par Mahé Butel (cheffe de projet), Laurence Collet (communication), Xi Ruan (appui à la production) et Pierre Bahurel (pilotage opérationnel).

The Conversation

Marina Lévy a reçu des financements de l’ANR et du CNES.

– ref. Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il de l’océan ? Un baromètre pour changer de regard – https://theconversation.com/le-climat-a-son-objectif-de-1-5-c-quen-est-il-de-locean-un-barometre-pour-changer-de-regard-280640

Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il pour l’océan ? Un baromètre pour changer de regard

Source: The Conversation – in French – By Marina Lévy, Directrice de l’Institut de l’Océan, océanographe, Sorbonne Université; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

L’océan joue simultanément un rôle de régulateur du climat, de pourvoyeur de ressources pour nos sociétés et d’espace de tensions croissantes, mais est trop souvent vu de façon fragmentée. Présenté pour la première fois lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC) de Nice en 2025, le baromètre Starfish a été développé par des scientifiques pour présenter une vision plus holistique de l’état de santé de l’océan. La deuxième édition est dévoilée ce 8 juin 2026 à l’occasion de la journée mondiale de l’océan.


L’océan recouvre plus des deux tiers de la surface de la Terre. Il régule le climat, soutient nos économies, transporte l’essentiel de nos échanges et nourrit des milliards d’êtres humains. Et pourtant, il reste l’un des « grands impensés de nos sociétés ».

Cette invisibilité tient en partie à la manière dont l’océan nous apparaît, c’est-à-dire, par fragments, et cela, sans que ces différents signaux ne soient toujours reliés entre eux. Changement climatique, perte de biodiversité, pollutions multiples et autres pressions humaines, ressources alimentaires, biomédicales et énergétiques, transport de marchandises, de données numériques et voie de migrations humaines, gouvernance, impacts sur les sociétés… ces dimensions interagissent en permanence. Nous voyons les symptômes, mais rarement le système dans son entier.

Pourtant, les connaissances scientifiques sur l’océan n’ont jamais été aussi nombreuses, mais elles restent largement dispersées et souvent peu accessibles à un public non spécialiste. À l’occasion de la Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC3), organisée à Nice en juin 2025, l’idée a émergé de fournir aux décideurs un indicateur clair, à l’image du seuil de 1,5 °C pour le climat. Mais l’océan ne saurait se résumer à un chiffre.

Il est simultanément régulateur, ressource et espace de tensions croissantes. C’est un système dont dépend directement la stabilité de nos sociétés, désormais confrontées à des risques accrus, dont les répercussions sont déjà bien visibles : records de température de l’eau, montée des eaux, tempêtes plus intenses du fait du changement climatique, mais aussi exploitation non durable des ressources, pollution plastique et même blocage de points stratégiques de passage du commerce mondial, comme nous le rappelle l’actualité.

Plutôt qu’un indicateur unique, l’idée d’un baromètre multi-dimensionnel a donc émergé : ainsi est né le baromètre Starfish, dévoilé pour la première fois le 8 juin 2025 à l’occasion de la journée mondiale de l’océan. Élaboré par une équipe multidisciplinaire d’experts, il a été présenté, à l’occasion de l’UNOC3, aux délégations de chefs d’États et de gouvernements.

Pour l’édition 2026 du baromètre, l’équipe s’est élargie avec notamment l’intégration des membres du comité scientifique du One Ocean Science Congress (le congrès scientifique qui coïncidait avec l’UNOC), renforçant la représentativité géographique avec une participation accrue d’experts issus du Sud global. Mise à jour avec des données plus récentes, le baromètre Starfish 2026 a été dévoilé le 8 juin 2026, la journée mondiale de l’océan ayant été retenue comme rendez-vous annuel.




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Une nouvelle grille de lecture pour repenser nos interactions avec l’océan

Plutôt qu’un indicateur unique, le baromètre Starfish – dont les résultats sont publiés chaque année dans une revue scientifique à comité de lecture – propose une lecture intégrée de l’océan et de ses relations avec l’humanité.

Cette grille de lecture repose sur cinq dimensions complémentaires, qui forment les cinq branches de l’étoile de mer utilisée pour représenter graphiquement le baromètre :

  • l’état de l’océan,

  • les pressions qui s’exercent sur lui,

  • les réponses mises en place pour le protéger,

  • les conséquences positives pour nos sociétés,

  • et enfin les conséquences négatives pour celles-ci.

Ce baromètre ne produit pas de nouvelles données mais joue un rôle complémentaire : rendre intelligible les savoirs qui existent déjà de façon dispersée. Chaque année, il propose une sélection de développements majeurs liés à l’océan et fondés sur les connaissances scientifiques les plus récentes. Conçu à l’échelle globale, il offre une vision d’ensemble de l’océan dans toute sa complexité, au-delà des frontières géographiques et des découpages institutionnels. Il permet ainsi de replacer des phénomènes locaux ou sectoriels dans un contexte plus large, et de mieux comprendre les interdépendances qui structurent le système océanique. Cette approche permet de relier des enjeux souvent traités séparément, du climat à la sécurité alimentaire, de la biodiversité aux tensions géopolitiques, en les replaçant dans un même système d’interactions.

Le baromètre 2025 dressait ainsi un constat préoccupant : les écosystèmes marins continuent de se dégrader sous l’effet de pressions humaines croissantes. Si les efforts de protection progressent, ils restent encore bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour inverser la tendance.

Nous avions mis en avant six chiffres clés pour illustrer la tension entre la trajectoire actuelle et les objectifs de durabilité :

  • l’augmentation du niveau des mers (23 cm depuis 1901),

  • le nombre d’espèces marines menacées d’extinction (1677),

  • la surexploitation halieutique (37,7 % des stocks de poissons),

  • 102 milliards de dollars de pertes mondiales du fait des tempêtes et des inondations,

  • la production alimentaire marine (115 millions de tonnes),

  • et enfin la protection de seulement 8,34 % de la surface de l’océan par des aires marines protégées.




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Les océans surchauffent, voici ce que cela signifie pour l’humain et les écosystèmes du monde entier


Les nouveautés de l’édition 2026

Le principal constat du baromètre 2026 reste celui d’un océan dont l’état continue de se détériorer, avec même de premiers signes d’accélération.

Baromètre Starfish 2026.
Fourni par l’auteur

Les pressions humaines, qui restent élevées, sont toujours en cause : les émissions de gaz à effet de serre du transport maritime montrent peu de signes de décarbonation, la pêche industrielle manque toujours de transparence, des contrats d’exploration minière en eaux profondes sont accordés, et la quantité de déchets plastiques dans les océans a atteint des niveaux records.

Les impacts sociétaux, eux aussi, s’aggravent : forte augmentation sur le long terme des pertes économiques liées aux tempêtes et aux inondations, avec un pic particulièrement élevé en 2024. De nouvelles estimations montrant que les dommages liés à l’océan représentent une part majeure du coût socio-économique total que représentent le changement climatique, la surexploitation des ressources, la perte de biodiversité et la pollution de l’océan.

Dans le même temps, l’édition 2026 met en évidence des avancées structurantes en matière de gouvernance et de solutions. L’entrée en vigueur de deux accords internationaux – le traité sur la haute mer en janvier 2026 et l’interdiction de certaines subventions néfastes à la pêche en septembre 2025 – ainsi que le renforcement des protections commerciales pour les requins et les raies menacés, constituent des étapes majeures pour la protection de la biodiversité marine.

Parallèlement, l’expansion des aires marines protégées – qui a désormais dépassé le seuil symbolique des 10 % – et l’essor des initiatives d’économie circulaire et de financement de l’océan témoignent d’un potentiel de transformation.

Néanmoins, les observations in situ de l’océan sont fragilisées alors même que la demande sociétale en données sur l’océan augmente. L’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), par exemple, qui joue un rôle clé au niveau mondial dans l’observation des océans, a fait l’objet de désinvestissements massifs de la part de l’administration américaine actuelle.




À lire aussi :
La destruction des données scientifiques aux États-Unis : un non-sens intellectuel, éthique mais aussi économique


Une boussole pour l’action publique

Au-delà de l’outil de suivi que représente le baromètre, l’enjeu est plus profond : changer la manière dont nous pensons l’océan. L’océan n’est pas seulement un espace en dégradation : il est, par nature, un pilier des équilibres de la planète. Tant qu’il restera invisible ou mal compris, il restera mal gouverné. À l’inverse, une lecture plus intégrée doit permettre de mieux relier les causes, les conséquences et les leviers d’action. Le baromètre Starfish permettra d’accompagner cette prise de conscience encore incomplète, mais essentielle.

Cette grille de lecture ouvre aussi des perspectives nouvelles pour la recherche. En mettant en regard les différentes dimensions de la relation entre l’humanité et les océans, elle permet d’identifier plus clairement les angles morts de la connaissance : ce que l’on sait et surtout ce que l’on ne sait pas encore. Autrement dit, elle peut contribuer à orienter les priorités scientifiques, en révélant les manques, les déséquilibres et les besoins d’observation.

À terme, cette approche pourrait également être déclinée à des échelles régionales. Une telle adaptation permettrait de mieux tenir compte des spécificités locales – écologiques, économiques ou sociales – tout en conservant une vision systémique. Elle offrirait ainsi un cadre cohérent pour évaluer les politiques publiques, en reliant plus directement les pressions exercées sur l’océan, les mesures mises en place et leurs effets mesurables.


Les axes du Baromètre 2026 ont été pilotés par Thomas Frölicher (État de l’océan), William Cheung (Pressions humaines), Patrice Guillotreau (Impacts sociétaux), Joachim Claudet (Efforts de protection) et Peter Haugan (Opportunités pour l’humanité). Marina Lévy et Karina Von Schuckmann ont assuré la direction scientifique d’ensemble. Cette édition du Starfish a été grandement facilitée par Mahé Butel (cheffe de projet), Laurence Collet (communication), Xi Ruan (appui à la production) et Pierre Bahurel (pilotage opérationnel).

The Conversation

Marina Lévy a reçu des financements de l’ANR et du CNES.

– ref. Le climat a son objectif de 1,5 °C, qu’en est-il pour l’océan ? Un baromètre pour changer de regard – https://theconversation.com/le-climat-a-son-objectif-de-1-5-c-quen-est-il-pour-locean-un-barometre-pour-changer-de-regard-280640

‘Un monstruo viene a verme’ a la escuela: tres historias para aprender mejor

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jorge Alan Chávez Meléndez, Profesor de Metodología de la Investigación y Capital Humano, Universidad de Guadalajara

¿Qué tiene que ver un monstruo hecho de tejo con aprender a aprender? Más de lo que parece. Un monstruo viene a verme, la película del director español J.A. Bayona, está basada en la novela homónima de Patrick Ness, quien también escribió el guion cinematográfico. Esta historia no es solo un éxito de crítica: tiene presencia activa en las aulas.

Portada del libro de Patrick Ness con prólogo J.A. Bayona.
CC BY

El Ministerio de Educación de Chile lo incluye en su currículum nacional como lectura recomendada para séptimo básico. En España, la obra ha sido adaptada al teatro y forma parte de la programación oficial para centros de Educación Secundaria en el curso 2025-2026. En varios centros educativos españoles se trabaja como lectura en el aula con guías didácticas específicas.

Que una obra literaria transite así, del texto al cine y de ahí al aula, no es casualidad: hay algo en esta historia que los docentes reconocen como pedagógicamente valioso. Juntos, libro y película, ofrecen un retrato preciso sobre las competencias emocionales en situaciones de adversidad, y por qué esas competencias son fundamentales para el aprendizaje significativo.

Las emociones no interrumpen el aprendizaje, sino que lo hacen posible

Durante décadas, la educación trató las emociones como un obstáculo: algo que había que controlar para poder aprender bien. Hoy sabemos que es al revés.

La investigación en psicología educativa muestra que las competencias emocionales, como la capacidad de escucha, la empatía, la autorregulación o la autocompasión, no son habilidades blandas secundarias. Son condiciones necesarias para que ocurra un aprendizaje profundo y duradero.

Conor, el protagonista del libro y de la película, lo aprende de la manera más difícil: acompañando a su madre en un proceso de enfermedad terminal, mientras enfrenta el acoso escolar y la ausencia de su padre. A las 00:07 horas, un monstruo arbóreo hecho de tejo comienza a visitarlo para contarle tres historias. Cada una activa en él una competencia emocional distinta.

Primera historia: la empatía como herramienta de pensamiento crítico

La primera historia del monstruo presenta un reino donde nada es lo que parece. El príncipe que se presenta como víctima no lo es del todo. La bruja malvada tampoco responde a su rol.

Conor siente decepción y confusión. Pero esa incomodidad emocional es exactamente lo que lo empuja a mirar más profundo, a suspender el juicio y a comprender que la realidad es más compleja de lo que aparenta.

Eso es empatía cognitiva, la capacidad de ponerse en el lugar del otro, incluso cuando ese otro nos resulta difícil de entender. Y es también la base del pensamiento crítico: no podemos analizar bien aquello que nos negamos a comprender.

En el aula, esta competencia se traduce en algo concreto: el estudiante que desarrolla empatía cognitiva es capaz de leer un texto con el que no está de acuerdo sin descartarlo de inmediato. Puede escuchar una perspectiva diferente sin cerrarse y sostener la incomodidad de no saber antes de juzgar. Esa capacidad de espera activa es, en el fondo, lo que distingue a quien aprende de quien solo confirma lo que ya cree.

Segunda historia: autorregulación emocional, no supresión

La segunda historia lleva a Conor a destruir la habitación de su abuela en un arrebato de ira. Lo sorprendente no es el arrebato, sino lo que viene después: no hay castigo externo. Solo la emoción misma, con todo su peso.

Ahí está la lección. La autorregulación emocional no significa no sentir. Significa atravesar la emoción con conciencia, sin destruirse ni destruir a otros innecesariamente.

La investigadora Susan David llama a esto agilidad emocional. Consiste en la capacidad de moverse a través de las emociones difíciles con intención, en lugar de ser arrastrado por ellas o de suprimirlas. Quien desarrolla esta competencia aprende más, porque puede sostener la incomodidad que el aprendizaje genuino siempre implica.

Aplicado al aprendizaje, esto significa que un estudiante con autorregulación emocional puede enfrentar una materia difícil sin bloquearse, recibir una crítica sin desmoronarse o tolerar la frustración de no entender algo de inmediato sin abandonar. No porque no sienta esas emociones, sino porque ha aprendido a no dejar que lo gobiernen. Esa diferencia entre reaccionar y responder es una de las habilidades más valiosas que puede desarrollar cualquier persona en formación.

Tercera historia: autocompasión como condición para aprender de los errores

La tercera historia es la más breve y la más poderosa. Un hombre quería ser visto. Cuando al fin lo ven, descubre que ser visto no es lo mismo que ser comprendido.

Conor aprende que detrás de su ira hay una tristeza enorme. Y tras esa tristeza, una verdad que ha evitado enfrentar: desea que el sufrimiento de su madre termine, aunque eso signifique perderla.

Nombrar esa verdad, sin juzgarse por sentirla, es un acto de autocompasión. Y la autocompasión es una competencia crítica para el aprendizaje, porque aprender implica equivocarse, y equivocarse duele. Sin autocompasión, el error se convierte en vergüenza, y la vergüenza paraliza.

En contextos educativos, la falta de autocompasión tiene consecuencias muy concretas: estudiantes que no participan por miedo a equivocarse, que abandonan cuando no logran resultados rápidos o que interiorizan el error como señal de incapacidad. La autocompasión no es condescendencia con uno mismo; es la condición que permite levantarse del error con curiosidad en lugar de con vergüenza, y seguir aprendiendo.

¿Qué nos queda a nosotros?

No necesitamos enfrentar la muerte de un ser querido para desarrollar estas competencias. Pero sí necesitamos espacios, dentro y fuera del aula, donde sea posible sentir, nombrar y atravesar las emociones sin que eso se considere una debilidad.

La empatía, la autorregulación y la autocompasión no se enseñan memorizando definiciones. Se desarrollan en la experiencia, en el vínculo, en el acompañamiento. Y también, a veces, frente a un libro o una pantalla, si estamos dispuestos a no apartar la mirada.

Como el monstruo le dice a Conor: las historias más importantes son las que más nos cuesta contar. Lo mismo aplica para las emociones que más nos cuesta sentir. Y también para los aprendizajes que más nos transforman.

The Conversation

Jorge Alan Chávez Meléndez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ‘Un monstruo viene a verme’ a la escuela: tres historias para aprender mejor – https://theconversation.com/un-monstruo-viene-a-verme-a-la-escuela-tres-historias-para-aprender-mejor-282823

Timothy Garton Ash: demasiado pronto para descifrar la Historia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Santiago de Navascués Martínez, Profesor ayudante doctor de Historia Contemporánea, Universidad de Navarra

Timothy Garton Ash durante la entrega del Premio Theodor Heuss 2017 en Alemania. Susanne Kern/Wikimedia Commons, CC BY-SA

En 1978, un joven estudiante británico llegó a Berlín para investigar la resistencia alemana al nazismo. Su nombre era Timothy Garton Ash y pronto descubrió que el presente le interesaba más que el pasado: la República Democrática Alemana que tenía delante, con su aparato de vigilancia y su sociedad organizada sobre la mentira, era más urgente que cualquier archivo histórico. No tardó en convertirse en objeto de atención de la Stasi, que le abrió un expediente y reclutó informadores de su entorno.

Años después, cuando pudo leer esa documentación, fue a buscar a los informadores, los entrevistó y escribió El expediente, uno de los retratos más lúcidos que existen sobre lo que significaba vivir en una sociedad donde la mentira lo impregnaba todo, incluidas las relaciones más íntimas.

Este libro establece las credenciales de Garton Ash como ningún otro. El historiador, recientemente galardonado con el Premio Princesa de Asturias de Ciencias Sociales 2026, vivió el comunismo en sus propias carnes, lo sufrió en pequeña medida, y lo entendió desde dentro. Esa posición es la materia prima de toda su obra y explica por qué sus libros tienen una textura que los distingue de la historiografía académica convencional.

Historia del presente

La mejor prueba es La linterna mágica, relato de las revoluciones del 89 en Varsovia, Budapest, Berlín y Praga.

Portada de La linterna mágica, de Timothy Garton Ash

Penguin Libros

En noviembre de 1989, mientras la revolución checoslovaca se desplegaba en las calles de Praga, Garton Ash estaba en los bastidores del Teatro de la Linterna Mágica, sede improvisada del Foro Cívico, el grupo opositor al comunismo.

Allí vio a Václav Havel, disidente checoslovaco, líder de Foro Cívico, posteriormente, presidente de Checoslovaquia y también el primer presidente de la República Checa. Havel se movía con un andar apresurado y característico por el vestíbulo, con el cuerpo ligeramente encorvado y los brazos agitándose, vestido con vaqueros y jersey. Se detenía un instante, comenzaba a explicar alguna “negociación importante”, y en tres frases era arrastrado de nuevo por la vorágine. Se iba con una sonrisa de disculpa por encima del hombro, como diciendo: ¿qué le vamos a hacer? En el escenario, las funciones continuaban. Detrás, la historia cambiaba de acto: la revolución, como el teatro, era el único espacio donde había sido posible decir algunas verdades durante décadas.

A este talento para estar en el lugar preciso en el momento preciso se añade una prosa de rara claridad. Garton Ash se define como practicante de la “historia del presente”, una disciplina que exige tanto el rigor del historiador como la inmediatez del reportero. Sus libros mezclan erudición y autobiografía en una proporción que raramente falla, y que alcanza su mayor ambición en Europa. Una historia personal, un recorrido por casi ochenta años de historia del continente.

Despertar del sueño

Pero una lectura de conjunto deja una pregunta abierta. En una edición ampliada de La linterna mágica, Garton Ash añade un capítulo en el que constata una paradoja que no termina de resolver.

Portada de Europa, una historia personal, de Timothy Garton Ash.

Penguin libros

En 1989, el lema de las revoluciones era “el regreso a Europa.” Los europeos del Este soñaban con Europa como sinónimo de todas las cosas buenas: prosperidad, libertad, democracia, civilización. Pero según menciona el historiador en su libro, los problemas –se entiende que a partir del siglo XXI– no tardaron en llegar, “puesto que, inevitablemente, la realidad no estaba a la altura del sueño”.

Joachim Gauck, antiguo pastor protestante de la RDA que llegó a ser presidente de la Alemania unificada, lo resumió con ironía: “Soñábamos con el paraíso y despertamos en Renania del Norte-Westfalia”. Para acceder a Europa había que cumplir con las normas relativas a la economía, el sistema jurídico, el trato a las minorías, la regulación de los medios de comunicación, el control de las fuerzas armadas, el etiquetado de los alimentos… Es decir, algo mucho más prosaico.

Garton Ash se hace una pregunta clave: “¿Y hacia dónde vamos ahora? ¿Cuál era nuestro objetivo estratégico?”. Parece que la realidad no podía estar a la altura del sueño.

Tres décadas después, Polonia y Hungría reivindican una Europa cristiana, tradicional y conservadora. Hace pocos años, el expresidente Victor Orbán –otro líder de las revoluciones– declaraba que, si en 1989 pensaban que Europa era su futuro, hoy ellos son el futuro de Europa. Garton Ash registra el dato con incomodidad, pero lo despacha como “populismo”. Lo que no considera es que quizá esa Europa Central que tanto admira nunca quiso ser lo que el consenso progresista occidental es hoy en día.

El cristianismo compartido

En Europa. Una historia personal hay un mapa que ilustra este problema. Se trata de la Europa Polyglotta, elaborada en 1730, donde treinta y tres idiomas europeos, escritos en alfabetos diferentes –latino, cirílico, griego– comparten la misma frase: “Padre nuestro que estás en los cielos.”

El propio Garton Ash reconoce que sin el cristianismo no existiría Europa tal como la conocemos. Pero trata esa raíz como herencia arqueológica, ya superada: los fundadores de la Unión Europea invocaban el cristianismo; las generaciones posteriores prefieren los valores ilustrados. Lo que el mapa sugiere, y lo que la historia de Polonia o de la propia RDA confirma, es que esas raíces no desaparecen cuando se declaran extintas. Quizás el anhelo de libertad al otro lado del Telón de Acero era mucho más antiguo y profundo que las reivindicaciones de la nueva Europa, como los derechos de género o la apertura de fronteras.

El propio Garton Ash desmiente que Europa sea el producto acabado de ese liberalismo de finales del siglo XX. Lo hace con su descripción de un personaje clave en la lucha anticomunista como el polaco Bronisław Geremek. Así, lo define como alguien que llevaba “en la médula la profunda y definitoria herencia cristiana de Europa”: había escapado de niño del gueto de Varsovia, fue monaguillo, y un sacerdote de la cofradía de la Virgen María “supo motivarlo.” Geremek fue décadas después uno de los artífices del sindicato Solidaridad, opositor al gobierno comunista polaco.

Garton Ash escribe que los recuerdos personales figuran entre los propulsores más potentes de cuanto Europa ha hecho desde 1945. Es lo que llama “el motor del recuerdo”. Y tiene razón. Pero la memoria del Centro y Este de Europa era trágica: querían librarse del yugo soviético, pero no querían tampoco caer en las reglas establecidas por la agresiva globalización de principios de siglo XXI. Es decir, el motor funcionaba con una combustión que el marco del historiador no termina de reconocer.

Existe una anécdota clásica entre los historiadores escépticos. En 1972, Kissinger preguntó a Zhou Enlai qué pensaba sobre el impacto de la Revolución Francesa. El primer ministro chino respondió: “Es demasiado pronto para saber.” Durante décadas se citó como ejemplo de visión a largo plazo. Hasta que el intérprete aclaró que Zhou no hablaba de 1789 sino del Mayo del 68, ocurrido apenas cuatro años antes. No era sabiduría milenaria, sino la dificultad de descifrar lo que estaba sucediendo.

Es muy difícil, casi imposible, leer el presente. Se puede intentar, pero estamos demasiado cerca. Los libros de Timothy Garton Ash servirán como motor de la historia en el futuro, cuando ya nadie recuerde aquellos hechos.


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Santiago de Navascués Martínez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Timothy Garton Ash: demasiado pronto para descifrar la Historia – https://theconversation.com/timothy-garton-ash-demasiado-pronto-para-descifrar-la-historia-283928

Por qué los eclipses nos fascinan: lo que ocurre en el cerebro cuando miramos al cielo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José A. Morales García, Investigador Científico en enfermedades neurodegenerativas y Profesor Titular de la Facultad de Medicina, Universidad Complutense de Madrid

sobinsergey84/Shutterstock

¿Alguna vez se ha sentido hechizado por algo? Si atendemos al origen de la palabra, es posible que la respuesta sea sí. “Fascinación” proviene del latín fascinare, que significa embrujar o encantar. Y describe bien esa sensación en la que algo capta nuestra atención de forma casi irresistible, como si no pudiéramos controlarlo.

Los eclipses son un ejemplo especialmente claro. A lo largo de la historia han despertado una mezcla de asombro, inquietud y curiosidad difícil de ignorar. Aunque es complicado saber con certeza qué pensaban nuestros antepasados, existen indicios de que observaban el cielo de forma sistemática desde tiempos muy antiguos. Un ejemplo son los petroglifos de Loughcrew, en Irlanda, datados en torno al 3340 a. e. c., donde algunos investigadores han propuesto posibles representaciones de un eclipse solar.

En muchas culturas antiguas no se interpretaban como eventos naturales, sino como señales de desequilibrio cósmico, presagios enviados por los dioses. Mientras que en la tradición china, por ejemplo, se pensaba que un dragón devoraba el Sol, algunas culturas americanas los atribuían a jaguares u otras criaturas. Estas interpretaciones, a menudo asociadas al miedo, impulsaron la necesidad de anticipar cuándo ocurrirían. Y esa necesidad tuvo consecuencias profundas: favoreció la observación sistemática del cielo y el registro de patrones, semillas de lo que con el tiempo se convertiría en la astronomía y las matemáticas.

Hoy sabemos exactamente en qué consiste un eclipse, pero ¿por qué nos sigue fascinando? La respuesta, una vez más, está en el sistema nervioso.

Cuando millones de personas se reúnen para observarlo, no solo están mirando al cielo, también están activando algunos de los circuitos más profundos y antiguos del cerebro humano: la fascinación. Esa mezcla de curiosidad, sorpresa y emoción no es un capricho cultural, sino un fenómeno biológico con bases bien estudiadas.

Olvidarse de uno mismo: la red neuronal por defecto

Uno de los modelos neurobiológicos más aceptados describe la fascinación como una respuesta a una “brecha de información”: percibimos que hay algo relevante que desconocemos, y eso genera una especie de tensión cognitiva que queremos resolver. Este marco teórico, propuesto por el psicólogo George Loewenstein y respaldado por estudios neurocientíficos posteriores, sugiere que la búsqueda de conocimiento actúa como un potente motor interno.

Un eclipse encaja perfectamente en este mecanismo. Sabemos lo suficiente como para anticiparlo, pero su rareza, complejidad y espectacularidad generan incertidumbre. Es difícil no mirar.

Cuando algo nos fascina, como el momento en que la Luna comienza a tapar al Sol, se activan regiones como la corteza cingulada anterior y la ínsula anterior, implicadas en detectar lo inesperado y dirigir nuestra atención hacia ello.

En paralelo, disminuye la actividad de la llamada red neuronal por defecto, asociada a procesos autorreferenciales como la rumiación o el pensamiento centrado en uno mismo. Este cambio de equilibrio cerebral ayuda a explicar una sensación común durante experiencias intensas: la de “olvidarse de uno mismo” y centrarse completamente en lo que está ocurriendo.

Un sistema que recompensa por aprender

A medida que el eclipse avanza, entra en juego otro mecanismo clave: el sistema de recompensa del cerebro. Regiones como el estriado y el núcleo accumbens liberan dopamina, un neurotransmisor fundamental en la motivación y el placer. Aquí ocurre algo interesante: el cerebro no solo responde a recompensas materiales, sino también a la información. En otras palabras, aprender o resolver una incógnita resulta intrínsecamente gratificante.

La fascinación, además, no termina en la emoción del momento. Durante estados de alta curiosidad, el hipocampo, una estructura esencial para la memoria, se activa en coordinación con el sistema dopaminérgico. Diversos estudios han demostrado que esto mejora la consolidación de la memoria: pasado el tiempo, recordamos con claridad dónde estábamos cuando vimos el eclipse. El cerebro marca ese momento como relevante.

Estas experiencias intensas también pueden ir acompañadas de respuestas fisiológicas, como escalofríos o piel de gallina, fruto de la interacción entre el sistema emocional y el nervioso autónomo; los mismos mecanismos que se activan cuando escuchamos música o contemplamos una obra de arte.

Al final, todo esto forma parte de un mismo proceso: la incertidumbre despierta la curiosidad; la resolución activa el sistema de recompensa; y todo ello refuerza la memoria. Un eclipse, en este sentido, no es solo un fenómeno astronómico, sino un estímulo especialmente eficaz para activar estos circuitos.

¿Se puede no “sentir nada”?

Ahora bien, no todo el mundo experimenta esta fascinación con la misma intensidad. Los estudios basados en neuroimagen indican que algunas personas, por su organización cerebral, son menos propensas a este tipo de experiencias.

Bajo determinadas condiciones como la depresión o la enfermedad de Parkinson, donde la sensibilidad a la recompensa suele ser menor, la capacidad de experimentar interés o asombro puede verse atenuada. Esto podría relacionarse con disfunciones en los circuitos de recompensa (estriado) y en la integración emocional (núcleo accumbens).

De hecho, las personas con alta necesidad de cierre cognitivo (preferencia por respuestas definitivas y aversión a la ambigüedad) experimentan menos asombro. Un eclipse, con su carácter efímero e impredecible, podría generar más incomodidad que fascinación en estas personas.

Lejos de ser un simple lujo emocional, la fascinación, como desencadenante de la curiosidad, puede entenderse como un mecanismo adaptativo que nos empuja a explorar, aprender y comprender el entorno. Desde esta perspectiva, un eclipse no es solo un espectáculo visual, sino un estímulo que activa un sistema diseñado para convertir la sorpresa en conocimiento.


Este artículo fue publicado previamente por la Oficina de Transferencia de Resultados de Investigación (OTRI) de la Universidad Complutense de Madrid (UCM).


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José A. Morales García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Por qué los eclipses nos fascinan: lo que ocurre en el cerebro cuando miramos al cielo – https://theconversation.com/por-que-los-eclipses-nos-fascinan-lo-que-ocurre-en-el-cerebro-cuando-miramos-al-cielo-283402