Qu’est-ce que le « fascisme de la fin des temps » dénoncé par Naomi Klein ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Luke Munn, Research Fellow, Digital Cultures & Societies, The University of Queensland


L’ESSENTIEL

  • Naomi Klein et Astra Taylor décrivent dans un nouveau livre un Fascisme de la fin des temps qui considère l’effondrement comme inévitable et mise sur la survie d’une élite.

  • Dans The Nerd Reich, Gil Durán enquête sur les milliardaires de la Silicon Valley qui mettent leur fortune et les technologies au service de projets autoritaires.

  • Les deux ouvrages interrogent ainsi le technofascisme : la manière dont l’IA, les algorithmes et les plateformes transforment et diffusent les idéologies fascistes.


« L’heure de vérité a sonné pour l’Occident », peut-on lire dans une récente annonce de recrutement de Palantir. Cette entreprise de la Silicon Valley fournit de plus en plus de services de « renseignement » fondés sur les données aux services de renseignement, à la police et aux armées, mais aussi à de grandes entreprises et à des organisations à but non lucratif. « Dans les usines, les blocs opératoires et sur les champs de bataille, proclame l’annonce, nous bâtissons pour dominer. »

Comment comprendre cette convergence entre technologies de pointe et violence assumée, entre une intelligence artificielle « rationnelle » et une vision primitive du monde qui semble renouer avec le langage du sang et du sol, des amis et des ennemis, du « nous » et du « eux » ? Dans les tribunes, les émissions-débats et les analyses politiques, un mot s’est imposé : fascisme.

En tant que terme, le « fascisme » est éminemment provocateur, mais semble appartenir à une autre époque. Il évoque les images saisissantes de foules de partisans en bottes martelant le sol, répétant les mêmes slogans et reproduisant les mêmes saluts, sous des bannières aux lettres noires et aux couleurs rouge sang. Pourtant, ces images sont généralement associées aux régimes politiques de l’Europe de l’entre-deux-guerres, il y a un siècle : vestiges poussiéreux d’une époque révolue où le « mal » avait été identifié puis anéanti.

Qu’est-ce donc que le fascisme aujourd’hui ? En quoi peut-il aider à expliquer les dynamiques technologiques, sociales et politiques contemporaines ? Deux ouvrages récents tentent d’établir un diagnostic : End Times Fascism And the Fight for the Living World (qui sortira en français en février chez Actes Sud sous le titre Le Fascisme de la fin des temps, NDLR), de l’essayiste Naomi Klein et de la cinéaste Astra Taylor, et The Nerd Reich : Silicon Valley Fascism and the War on Democracy, du journaliste Gil Durán.

« Le fascisme de la fin des temps »

Pour Klein et Taylor, ce que nous observons aujourd’hui n’est pas une répétition, mais une évolution. Les idéologies fascistes se sont greffées sur une vision apocalyptique plus large. « Le fascisme de la fin des temps est un fascisme qui repose sur la conviction que quelque chose d’immense est en train de s’achever et qui répond à cette vérité dérangeante par une cruauté assumée », écrivent-elles.

Dans cette vision, l’effondrement de nos systèmes économiques, institutionnels et environnementaux est tenu pour acquis. Les inégalités économiques explosent, entre logements devenus inabordables et flambée du coût de la vie. Les écosystèmes se dégradent, tandis que l’on atteint les limites planétaires. Et ce ne sont là que quelques-unes de ces crises qui se superposent.

Le nouveau livre de Naomi Klein et Astra Taylor, « End Time Fascism »

Mais une vision apocalyptique du monde, ancrée dans le fondamentalisme religieux, considère que la crise ne doit pas être résolue, mais accélérée. Le dysfonctionnement et le chaos sont nécessaires à l’avènement d’un monde plus glorieux : ils sont les douleurs qui précèdent une grande renaissance. Religion apocalyptique et fascisme politique se rejoignent sur ce point : le monde actuel est corrompu et ne peut être sauvé ; il doit être réduit en cendres puis entièrement rebâti – à moins qu’il ne faille tout simplement le fuir pour accéder à un paradis supérieur.

Pour les tenants de cette vision, la fin des temps est arrivée. Seule l’adhésion à cette transition accélérée, où le vainqueur rafle toute la mise, permettra aux élites désignées de survivre, voire de prospérer. Klein et Taylor explorent ce fil conducteur dans les trois grandes parties de leur ouvrage.

« Messianic Dreams » retrace la naissance et l’essor du rêve sioniste, jusqu’à sa déclinaison actuelle sous la forme d’un projet de refondation génocidaire à Gaza, où la glorieuse étape suivante d’une société se construit sur les cendres d’une autre. Les autrices expliquent que cette entreprise ne relève pas seulement d’une « juste vengeance » ou de la « sécurité nationale », mais poursuit un objectif cosmologique bien précis : « nous rapprocher tous sensiblement de la fin des temps annoncée par les prophéties ».

« Escape to the Cloud » analyse la foi fervente des géants de la tech dans une superintelligence artificielle et dans l’utopie – ou la dystopie – à double tranchant qu’elle ferait advenir. Dans cette perspective, les discours sur le risque existentiel que ferait peser la « singularité » – le moment où l’IA deviendrait consciente et où les frontières entre humains et machines s’effondreraient – servent essentiellement les intérêts de ceux qui les portent, en orientant les investissements et l’attention vers le développement technologique. Ils confortent ainsi le pouvoir de ceux qui le détiennent déjà.

(Ces discours sur le risque existentiel, qui ne datent pas d’hier, ont récemment fait la une de l’actualité, avec des mises en garde venues de toutes parts : du haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme aux anciens employés du secteur, en passant par le « parrain de l’IA », NDLR).

Enfin, « Prepper Nation » examine la volonté de bunkériser les États-Unis face aux menaces futures et d’en expulser les étrangers, accusés d’en corrompre la pureté. Dans cette vision, les élites comptent survivre à l’apocalypse en créant leurs propres infrastructures technologiques, leurs propres États ethniques et circuits financiers, et même leurs propres bunkers – au sens littéral du terme.

Pour Klein et Taylor, combattre le fascisme de la fin des temps suppose d’abord de s’attaquer à son postulat central : l’idée que le monde est condamné, tel un navire en perdition qu’il serait désormais impossible de sauver. Elles placent leurs espoirs dans le fait d’« être ici » et de « rester », plutôt que de partir. Elles nous invitent à accepter notre réalité abîmée et à entreprendre le travail lent et chaotique nécessaire pour l’améliorer, plutôt que de l’abandonner – avec la démocratie – à un ordre autoritaire pratiquant la politique de la terre brûlée.

Zohran Mamdani, le maire progressiste de New York, qui a mené une remarquable campagne de terrain et célèbre la diversité culinaire, les fêtes et les communautés de la ville, est présenté comme l’un des défenseurs de cet état d’esprit ancré dans « l’ici et maintenant ».

End Times Fascism est un ouvrage stimulant et captivant, qui entrelace habilement différents travaux journalistiques pour construire une analyse cohérente de notre situation politique actuelle. Il faut notamment saluer la manière dont les autrices distinguent soigneusement les versions dévoyées du judéo-christianisme, instrumentalisées par des entrepreneurs fascistes – mélange de guerre sainte et de guerre culturelle menées par les Élus –, des interprétations communément admises de la doctrine.

Comme l’explique l’ouvrage, ce sont précisément les injonctions chrétiennes ancestrales à aimer son prochain – y compris le migrant – qui ont en partie motivé la mobilisation antifasciste contre les expulsions menées par l’ICE dans le Minnesota. Des Églises et des organisations confessionnelles ont participé aux manifestations, distribué des repas et apporté leur aide. Les fondamentalistes d’extrême droite, au contraire, sélectionnent dans la Bible les passages qui les arrangent, tout en ignorant ses injonctions essentielles à « pratiquer la justice, marcher humblement et aimer la miséricorde » (Michée 6,8) : accueillir l’étranger plutôt que de l’expulser en le désignant comme l’Autre.

Astra Taylor
Astra Taylor.

Mais si l’ouvrage incarne ce que le journalisme grand public peut produire de meilleur, il en présente aussi les limites. Klein et Taylor se concentrent résolument sur des personnes, des lieux et des événements, plutôt que de tenter d’analyser leurs idéologies de manière plus systémique. Il en résulte que le fascisme de la fin des temps se trouve associé aux actions d’hommes puissants et égocentriques, des responsables politiques aux magnats de la tech. Le président américain Donald Trump, en particulier, constitue le fil rouge du livre et réapparaît sans cesse au fil des pages.

Ainsi, lorsque Klein et Taylor affirment, à la fin de l’ouvrage, que le fascisme de la fin des temps ne se résume pas à Trump et qu’il perdurera après la disparition de ces hommes, cette thèse entre en contradiction avec le propos même du livre. Une fois les élites puissantes mises de côté, il devient difficile de se représenter ce fascisme de la fin des temps. À quoi ressemble-t-il lorsqu’il quitte la une des journaux et échappe aux élites pour s’inscrire dans la vie quotidienne ?

Le « Nerd Reich »

Dans The Nerd Reich, le journaliste Gil Durán, qui vit depuis longtemps à San Francisco, tourne son regard vers la Silicon Valley. Il s’intéresse à la manière dont « les hommes les plus riches du monde construisent un nouvel ordre politique ». Son ennemi déclaré est Peter Thiel – également présent dans End Times Fascism –, le milliardaire cofondateur de PayPal et de Palantir : « un homme qui fusionne affaires, politique et religion en un terrifiant concentré de pouvoir ».

Couverture du livre « The Nerd Reich »

Pour Durán comme pour d’autres, Thiel est la figure centrale d’une nouvelle forme de fascisme portée par la Silicon Valley, que ce soit concrètement, par ses dons, ou idéologiquement, par ses livres et ses discours. S’aventurant de plus en plus au-delà du monde de la tech, Thiel livre des diagnostics politiques et propose des visions de l’avenir qui trouvent un écho favorable dans les cercles du pouvoir.

D’où viennent ces idées ? Durán estime qu’elles trouvent leur origine dans L’Individu Souverain, un ouvrage prospectif publié en 1997, consacré au passage à l’ère de l’information et signé par William Rees-Mogg, ancien rédacteur en chef du Times britannique, et le conseiller financier James Dale Davidson. Curieusement, Durán ne se livre jamais vraiment à une lecture approfondie de ce livre qu’il considère pourtant comme un texte fondateur. Il préfère en souligner quelques thèses essentielles et retracer l’accueil général qui lui a été réservé.

Le cercle des riches fascistes décrit par Durán s’étend des entrepreneurs de la tech aux responsables politiques. Il comprend des personnalités bien connues comme Elon Musk, le vice-président JD Vance et Sam Altman, le directeur général d’OpenAI. Mais il compte aussi des figures moins célèbres, comme l’entrepreneur en cryptomonnaies Balaji Srinivasan, qui souhaite que la Silicon Valley opère une « sécession définitive » d’avec les États-Unis, ou l’investisseur en capital-risque Marc Andreessen, qui exalte l’accélération du « technocapital » et dénigre la démocratie.

Chacun à sa manière a tiré parti de la fortune accumulée dans la finance et la tech pour s’arroger une influence politique et sociale et imposer sa vision de la société et de l’État.

Qu’y a-t-il exactement de fasciste chez ces individus et dans leurs idées ? Pour Durán, le fascisme technologique « combine des technologies puissantes » comme l’IA, les cryptomonnaies et les réseaux sociaux « au service d’objectifs autoritaires » qui profitent à « un petit groupe d’oligarques étroitement liés entre eux ». Ceux-ci cherchent à privatiser ce qui relève du bien public et à « éliminer la démocratie », écrit-il.

Pourtant, le livre ne propose pas d’analyse plus approfondie ni plus systémique du fascisme technologique. Quelles sont ses valeurs fondamentales ? Comment ces technologies servent-elles concrètement des objectifs autoritaires ? Et quelles pourraient en être les conséquences au-delà des luttes de pouvoir qui se jouent dans la bulle américaine ?

Ce qui se rapproche le plus d’une réponse tient en deux paragraphes expéditifs, à la page 240. On y apprend que le fascisme technologique « adapte cette idéologie à l’ère de l’IA » en contrôlant « la réalité au moyen d’algorithmes » et en lançant « la prochaine génération de drones robots tueurs ». Le tout serait alimenté par un système de capital-risque qui, « à court de licornes, doit désormais chasser les Antéchrists pour étancher sa soif insatiable d’accélération ».

Gil Duran
Gil Durán.
Simon & Schuster

La force comme la faiblesse de The Nerd Reich tiennent donc à son approche journalistique. Fort de dix années d’expérience dans les rédactions, Durán émaille son récit d’informations puisées au cœur de la Silicon Valley.

Il retrace ainsi, étape par étape, les manœuvres qui ont entouré les élections au conseil municipal de San Francisco, où un afflux d’argent venu des géants de la tech visait à faire basculer la politique locale du camp progressiste vers le camp conservateur. Il décrit le tout dans un langage particulièrement imagé – évoquant par exemple « une image dégoulinante de cosplay fasciste » –, qui ne laisse aucun doute sur le regard qu’il porte sur ces hommes et leurs manœuvres.

Cette approche présente toutefois un inconvénient : les chapitres se fragmentent en dizaines de portraits et d’anecdotes centrés sur des personnages, que seul un fil ténu relie. Le lecteur se trouve entraîné dans un tourbillon de noms, de dates et de lieux. Garry Tan, directeur général de l’incubateur de start-up Y Combinator. Sam Bankman-Fried et sa plateforme d’échange de cryptomonnaies FTX, fondée sur la fraude. Michelle Stephens et son organisation Acts 17, qui organise des événements destinés à rapprocher technologie et christianisme. Bryan Johnson, convaincu de pouvoir vivre éternellement grâce à des produits comme son propre élixir sur mesure, une forme de « poudre de perlimpinpin ». Et Curtis Yarvin, blogueur politique dont les idées antilibérales ont trouvé un écho à Washington.

Dans chaque cas, le lecteur glane quelques bribes sans qu’un véritable fil conducteur se dégage. En quoi, exactement, le long récit consacré au parcours de Yarvin – y compris sa vie amoureuse et sa consommation de psychédéliques – éclaire-t-il ses idées, de plus en plus influentes, visant à transformer l’État en start-up ? Au lecteur de tirer ses propres conclusions.

Le technofascisme et les citoyens ordinaires

Dans ces deux ouvrages, le prisme adopté pourrait être qualifié de celui du « grand homme » : le responsable politique puissant, le fondateur de start-up technologique plein d’assurance ou l’investisseur en capital-risque aux poches profondes, capable de mobiliser d’immenses ressources pour transformer ses visions en réalités fascistes. Cette galerie d’adversaires puissants se prête à des récits saisissants : ce sont des personnes bien réelles que l’on peut désigner et mettre en cause.

Mais cette focalisation sur des élites peu recommandables laisse plusieurs questions essentielles sans réponse. D’où viennent ces pulsions fascistes ? Comment ont-elles été adaptées à notre époque ? Quels griefs et quels désirs sont au cœur de cette idéologie ? Et comment ces valeurs sont-elles mises en forme, racontées et diffusées de manière à séduire les citoyens ordinaires ?

Aujourd’hui, nous sommes entourés de plateformes, de modèles et d’algorithmes qui exaltent la raison et la rationalité. Pourtant, sur le plan politique, nous assistons au retour du mythe, de l’intolérance et de la barbarie. Ces deux forces ne constituent pas un paradoxe, mais un programme. Le technofascisme mobilise les technologies de pointe pour conforter des idéaux autoritaires et des valeurs réactionnaires qui divisent le monde selon l’origine, le genre et les frontières.

Mais comment ces deux forces se renforcent-elles mutuellement ? Quel rôle la dimension « techno » joue-t-elle dans le technofascisme ? J’y vois trois fonctions essentielles.

La technologie amplifie les visions fascistes en leur donnant une traduction concrète et en mettant en œuvre la différenciation et la domination. Le partenariat conclu par Palantir avec l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) pour organiser des expulsions fondées sur l’exploitation des données en offre un parfait exemple récent. Des idéaux fascistes se trouvent ainsi transformés en un dispositif concret composé de plateformes, de logiciels et de serveurs, qu’il suffit de louer et de faire fonctionner.

Deuxièmement, la technologie aliène. Elle crée un vide de sens que viennent combler de puissants récits mythologiques, capables de répondre aux frustrations et de rétablir un ordre dans le monde. Des grands récits comme la théorie du grand remplacement, selon laquelle les immigrés non blancs remplaceraient les populations blanches, réduisent des crises complexes à des figures concrètes. Les récentes manifestations anti-immigration en Australie en ont fourni un exemple inquiétant. Elles ont transformé un ensemble complexe de tensions – de la hausse du coût de la vie aux inquiétudes climatiques – en un mythe puissant désignant un unique bouc émissaire : le migrant.

Enfin, la technologie manipule. Elle crée des environnements qui exploitent les désirs tout en favorisant, au fil du temps, le développement d’idéologies fascistes. Les influenceurs de la manosphère transforment la misogynie, le sentiment d’insécurité et la xénophobie en contenus viraux. D’anciens militants radicalisés décrivent un effet d’engrenage, dans lequel les médias ont joué un rôle essentiel en les poussant progressivement vers des positions plus à droite. Ils ont fini par adhérer à des visions violentes et déshumanisantes qui ne peuvent être qualifiées que de fascistes.

Pris ensemble, ces deux ouvrages éclairent les dynamiques fascistes qui semblent imprégner toujours davantage notre époque. Ce problème n’appartient ni à d’autres lieux ni à d’autres temps : il se pose à nous, ici et maintenant. Comme l’a souligné un chercheur après trois décennies consacrées à l’étude des personnalités autoritaires : « J’étudie des gens ordinaires, pas des nazis. » Comprendre la logique profonde de ce phénomène fasciste constitue la première étape pour le combattre et le contrer.

The Conversation

Luke Munn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Qu’est-ce que le « fascisme de la fin des temps » dénoncé par Naomi Klein ? – https://theconversation.com/quest-ce-que-le-fascisme-de-la-fin-des-temps-denonce-par-naomi-klein-292157

La reconnaissance du vote blanc pourrait-elle améliorer la démocratie ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Thierry Aimar, Maître de conférences en sciences économiques, Université de Lorraine

L’ESSENTIEL

  • Une véritable reconnaissance du vote blanc pourrait-elle inciter les partis et les candidats à mieux prendre en compte les demandes des citoyens ?

  • En France, le résultat d’un scrutin est uniquement déterminé par l’addition de votes positifs, quels que soient l’abstention et les votes blancs ou nuls.

  • En Colombie, au Pérou, en Mauritanie ou en Mongolie, le vote blanc est comptabilisé. Il peut même, dans certains cas, invalider une élection.


Dans les démocraties représentatives contemporaines, les élections remplissent deux fonctions principales : choisir les dirigeants et exprimer les préférences politiques de la population. Mais ces deux fonctions doivent être connectées si on veut garantir la légitimité, la qualité et l’efficacité de la gouvernance. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Un scrutin peut désigner un vainqueur sans rapport avec les préférences véritables des citoyens. Avec pour conséquence de favoriser un sentiment d’illégitimité des élus et de réduire leur capacité pratique de gouverner efficacement.

D’où vient cette césure entre ces deux fonctions du système démocratique ? Du refus de la reconnaissance du vote blanc. Lorsque celui-ci est exclu des suffrages exprimés, l’élection permet certes de désigner des gouvernants mais elle ne permet pas de mesurer correctement le niveau d’insatisfaction des électeurs à l’égard de l’offre politique.

En France, les bulletins blancs sont comptabilisés séparément des votes nuls depuis la loi du 21 février 2014. Cependant, à la différence d’autres pays, comme la Colombie, le Pérou, la Mauritanie ou la Mongolie, ils ne toujours pas considérés comme des suffrages exprimés et n’ont donc pas le pouvoir d’invalider une élection. Alors que le vote blanc est censé permettre à des citoyens engagés de signaler leur insatisfaction à l’égard de l’offre politique proposée, ce message de « civisme critique » est totalement ignoré par nos dirigeants. En effet, le résultat d’un scrutin demeure uniquement déterminé par l’addition de votes positifs, quelle que soit l’ampleur de l’abstention, des votes blancs et des votes nuls. S’il veut politiquement peser, le citoyen est alors contraint de choisir un candidat qu’on lui présente. Aucune voie alternative ne lui est ouverte.

Vote d’adhésion et vote de rejet

Ainsi, des candidats médiocres peuvent gagner des élections parce qu’ils apparaissent comme le moindre mal par rapport à leurs adversaires, sans répondre aucunement aux attentes de la société. En France, comme dans d’autres pays occidentaux, une grande partie des suffrages rassemblés par les deux extrêmes (droite et gauche) n’exprime pas un vote d’adhésion, mais un rejet à l’égard du candidat d’en face. Cette situation révèle la dégénérescence du processus démocratique, détruit par un marché politique qui nourrit l’inefficacité collective et déconnecte les citoyens de leurs gouvernants.

Selon la théorie du Public Choice, les systèmes démocratiques doivent être interprétés comme des marchés politiques dans lesquels les partis et les candidats offrent des programmes pour satisfaire les désirs des électeurs. Dans un marché économique, les consommateurs ne sont pas obligés d’acheter des produits qui ne correspondent pas à leurs attentes. Les citoyens devraient alors également pouvoir refuser de consommer les programmes politiques proposés. Or, dans un système électoral où seuls les votes positifs sont pris en compte, les citoyens n’ont pas cette liberté. Ils sont contraints de choisir entre des options qu’ils jugent parfois insatisfaisantes car on leur impose de consommer l’une d’entre elles.

Dès lors, les candidats n’ont d’autre contrainte que celle d’être rejetés moins fortement que leurs concurrents. Plutôt que de chercher à convaincre une majorité large d’électeurs, ils recherchent alors simplement l’appui de minorités organisées en lobbies, ayant naturellement avantage à soutenir des partis en échange de subsides et de protections en cas de victoire. Le processus débouche sur une antisélection qui désigne dans la théorie économique une situation dans laquelle les mécanismes de sélection du marché favorisent les acteurs les moins performants. Les dirigeants répondent de moins en moins aux besoins de l’ensemble des citoyens.

La reconnaissance du vote blanc bloquerait-il la démocratie ?

Pour certains analystes, une reconnaissance du vote blanc ouvrirait la boite de Pandore et bloquerait la démocratie. Au regard du décalage actuel entre l’offre et la demande de politiques publiques, il risquerait justement d’empêcher l’élection des candidats en occupant une place dominante. Certes, si jamais dans des élections, le poids du vote blanc devait s’avérer systématiquement majoritaire, on ne pourrait pas échapper à la nécessité de revoir de fond en comble nos mécanismes de représentation collective. Mais doit-on prévoir un tel scénario ?

En Mongolie, cet îlot de démocratie ancré entre la Russie et la Chine, un vote blanc qui dépasserait seulement 10 % des voix a le pouvoir d’invalider une élection. Mais jamais ce seuil n’a été atteint ! Dans les pays où le vote blanc est reconnu, aucun ne s’est retrouvé face à une crise de la gouvernance. Ceci est logique car lorsque les électeurs disposent de la possibilité de refuser en bloc des produits insatisfaisants, les partis deviennent obligés d’adapter leur offre à la demande, pour leur éviter d’être collectivement rejetés.

Reconnaître le vote blanc et en faire une menace sérieuse sur le résultat d’une élection, c’est donc paradoxalement garantir qu’il resterait limité en obligeant les partis à satisfaire les besoins des citoyens sous peine d’être individuellement comme collectivement exclus du marché. Mais c’est donc également produire une incitation à réduire l’abstention. En effet, dans un système où seuls sont pris en compte les suffrages positifs, un bulletin blanc est un geste politiquement inefficace, sans conséquence réelle sur l’issue du scrutin. De nombreux citoyens insatisfaits de l’offre politique préfèrent donc rationnellement choisir la stratégie d’abstentionnisme plutôt que celle du vote. À l’inverse, si déposer dans l’urne un bulletin blanc a de sérieuses chances d’influer sur le résultat d’une élection, la volonté d’y participer y est accrue.

L’exemple de la Mongolie

Pour reprendre l’exemple de la Mongolie, l’abstention y est structurellement plus faible que dans nombre de pays occidentaux. À titre d’illustration, les chiffres de participation aux élections législatives sont toujours supérieurs à 70 % alors qu’en France elles n’ont mobilisé en 2017 comme en 2022 que moins de 50 % du corps électoral. Dans ce contexte, reconnaître le vote blanc ne devrait pas être interprété comme un risque de blocage, mais bien au contraire comme une véritable soupape permettant de restaurer la légitimité du processus politique, en évitant la sélection de nos dirigeants par des votes en trompe-l’œil.

Au même titre qu’une grande partie de l’abstention, le vote blanc nous alerte sur la crise de représentation de nos institutions démocratiques. Mais le refus de le reconnaître comme suffrage exprimé est l’explication même de cette crise de représentation. Dans ce contexte de défiance croissante envers nos dirigeants, la montée en puissance des mouvements populistes et de la violence qui les accompagnent sont des réactions logiques à ce mépris des citoyens. A chaque nouveau soubresaut, ce sont des masses toujours plus importantes de la population qui doutent de la valeur de la démocratie face à des élus paralysés dans leur action par leur faible représentativité.

Reconnaître le vote blanc comme un suffrage exprimé, c’est donc revitaliser la démocratie, en stoppant les dérives du marché politique vers la polarisation, l’illibéralisme et la tentation de régimes autoritaires ; c’est également une invitation plus large à réactualiser l’ensemble de nos mécanismes d’expression des préférences électorales, bien trop rigides pour répondre aux enjeux d’un XXIᵉ marqué par de profondes mutations technologiques et sociétales.

The Conversation

Thierry Aimar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La reconnaissance du vote blanc pourrait-elle améliorer la démocratie ? – https://theconversation.com/la-reconnaissance-du-vote-blanc-pourrait-elle-ameliorer-la-democratie-284577

Présidentielle : qui veut gouverner démocratiquement ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédéric Gonthier, Professeur de science politique, Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes


L’ESSENTIEL

  • Le recours au référendum et les appels à la souveraineté populaire s’imposent dans les discours de nombreux candidats et candidates à la présidentielle.

  • Le référendum n’est pas une garantie de renforcement démocratique, il peut, au contraire, être un moyen d’affaiblir l’État de droit et les contre-pouvoirs.

  • Un processus de « déconsolidation démocratique » touche de nombreux pays. Il est souvent légitimé par la volonté de « redonner la parole au peuple ».


À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la démocratie s’installe dans la campagne en traversant les clivages partisans. Jean-Luc Mélenchon propose de rendre la souveraineté du peuple « permanente » par le référendum. Gabriel Attal entend consulter les Français·es très régulièrement, « pourquoi pas tous les ans », tandis qu’Édouard Philippe souhaite rendre l’utilisation du référendum « plus habituelle ». Bruno Retailleau, lui, promet de « redonner la parole au peuple ». Et Marine Le Pen entend faire du référendum un instrument central, notamment pour inscrire la « priorité nationale » dans la Constitution, instaurer un référendum d’initiative populaire et soumettre directement au vote des sujets comme l’immigration, le voile ou la fin de vie.

Même instrument, donc, mais pas nécessairement mêmes objectifs politiques ni même pouvoir accordé aux citoyen·nes. Une chose est le référendum au service d’un projet de transformation institutionnelle et d’intervention accrue des citoyen·nes. Une autre est le référendum comme adjuvant pour relégitimer les gouvernant·es dans un système représentatif fragmenté.

Et une dernière est le référendum mobilisé pour faire prévaloir la décision majoritaire contre des obstacles ou des garde-fous institutionnels. Cette utilisation du référendum comme un outil plébiscitaire destiné à contourner les contre-pouvoirs s’inscrit dans une séquence bien identifiée dans les recherches sur la déconsolidation démocratique, une notion qui désigne la fragilisation de l’attachement aux normes et aux institutions démocratiques dans des régimes jusque-là considérés comme consolidés.

La démocratie contre la démocratie ?

Ces recherches s’accordent à dire que nous sommes entrés dans une vague d’autocratisation qui ressemble peu aux ruptures autoritaires du XXᵉ siècle. Aujourd’hui, les démocraties libérales s’érodent le plus souvent de l’intérieur, sous l’action de gouvernants arrivés au pouvoir par des élections compétitives. Ils prêtent serment sur une Constitution, gouvernent avec des majorités parlementaires et continuent d’organiser des élections. Surtout, ils ne promettent pas moins de démocratie : ils prétendent au contraire en restaurer une version plus authentique et plus efficace, débarrassée des élites, des juges, des médias ou des experts qui empêcheraient le peuple de gouverner.

L’instrumentalisation du référendum est à resituer dans cette perspective. L’appel à la souveraineté populaire n’est pas nouveau, mais l’invocation du peuple pour contourner les institutions est l’une des caractéristiques des formes contemporaines de recul démocratique. On retrouve ainsi, d’un pays à l’autre, une sorte de répertoire commun. D’abord, délégitimer les contre-pouvoirs en s’appuyant notamment sur un référendum ou une initiative citoyenne. Puis renforcer progressivement l’exécutif et réduire l’autonomie des institutions chargées de le contrôler. Enfin, lorsque cela devient possible, agir sur les règles électorales, l’accès aux médias ou les conditions mêmes de la compétition politique. Les institutions ne disparaissent pas, mais leur capacité à contraindre le pouvoir s’amenuise.

La déconsolidation démocratique ne prend donc pas nécessairement la forme d’une rupture spectaculaire. Même lorsqu’elle s’accompagne d’épisodes très visibles, elle procède souvent par une accumulation de transformations qui fragilisent progressivement les contre-pouvoirs. C’est une séquence graduelle et cumulative. Chaque réforme, prise isolément, peut sembler limitée, technique, parfois même défendable. C’est leur accumulation qui finit par déplacer l’équilibre des pouvoirs. Ce caractère progressif rend la déconsolidation démocratique difficile à identifier quand elle est en cours.

En fait, la déconsolidation n’implique pas tant un abandon affiché de la démocratie que sa réinterprétation illibérale. Avant de modifier les institutions, les entrepreneurs de déconsolidation cherchent à transformer la manière dont les citoyen·nes les perçoivent. Les juges seraient politisés, les journalistes militants, les fonctionnaires hostiles au peuple, les chercheurs idéologues, les associations partisanes. Convaincre que les institutions sont déjà corrompues permet de présenter leur affaiblissement non comme une attaque contre la démocratie, mais comme sa nécessaire restauration.

L’usage plébiscitaire du référendum répond à cet objectif. Illibéralisme politique et déconsolidation démocratique vont ainsi souvent de pair : l’illibéralisme qualifie la conception politique qui subordonne les droits et les contre-pouvoirs à la volonté majoritaire, alors que la déconsolidation renvoie plutôt au processus institutionnel par lequel ces garanties démocratiques s’affaiblissent effectivement.

Prendre au sérieux les aspirations démocratiques

Le malaise démocratique est souvent décrit à travers la défiance, l’abstention ou la « fatigue » des citoyen·nes, comme si la principale menace pesant sur la démocratie venait d’un désengagement populaire ou d’une demande croissante d’autorité. En fait, les citoyen·nes dans leur grande majorité sont insatisfaits mais ne rejettent pas la démocratie libérale. Il ne suffit donc pas de compter celles et ceux qui veulent « plus de démocratie » ou « plus d’autorité ». Il faut comprendre quels arbitrages les citoyen·nes font entre souveraineté populaire et État de droit, efficacité gouvernementale et contrôle du pouvoir, décision majoritaire et droits des minorités…

Comprendre comment les citoyen·nes arbitrent leurs préférences démocratiques est d’autant plus important que la polarisation partisane peut brouiller ces arbitrages. Les citoyen·nes ont en effet tendance à tolérer des atteintes aux garanties démocratiques lorsqu’elles sont commises par leur propre camp politique ou qu’elles permettent d’éviter la victoire du camp adverse. L’attachement abstrait à la démocratie ne garantit pas toujours la défense concrète de ses règles. Jusqu’où sommes-nous prêts à sacrifier certains principes démocratiques pour obtenir les politiques ou les dirigeants que nous préférons ?

En fait, derrière la saillance du référendum dans les discours des candidat·es à l’élection présidentielle s’affrontent des conceptions différentes de la démocratie. Le référendum peut répondre au désir de peser davantage sur des décisions dont les citoyen·nes se sentent dépossédé·es. Mais une démocratie ne se réduit pas au principe majoritaire. Tout dépend de ce sur quoi on vote, de qui déclenche la consultation, de la qualité de la délibération qui la précède, des droits que la majorité peut remettre en cause et des contre-pouvoirs qui subsistent… Une chose est la souveraineté qui élargit le pouvoir des citoyen·nes ; une autre est celle qui transforme la victoire en autorisation de s’affranchir de l’État de droit.

C’est pourquoi l’élection présidentielle sera aussi une compétition pour définir ce que signifie gouverner démocratiquement. Lorsque les candidat·es promettront de « rendre le pouvoir au peuple » une fois élu·es, il faudra demander : Quel pouvoir ? À quel peuple ? Par quelles institutions ? Avec quels droits pour celles et ceux qui se retrouvent minoritaires ? Et avec quels contre-pouvoirs face aux vainqueurs ?

L’élection de 2027 mettra finalement en concurrence plusieurs réponses à une question centrale : quelle démocratie voulons-nous ? Que cette question soit disputée n’est pas seulement un symptôme de crise. C’est aussi et surtout la preuve que la démocratie est redevenue un enjeu politique de premier plan.


Une Convention citoyenne pour la démocratie s’est ouverte à Lille (Nord), le 12 septembre 2026. Elle réunit citoyen·nes, parlementaires et membres de la société civile pour réfléchir à l’équilibre des pouvoirs et à la représentation politique dans le cadre du programme DemoCIS.

The Conversation

Frédéric Gonthier a reçu des financements de DemoCIS, ANR-24-RSHS-0001, France 2030, AMI SHS 2024.

– ref. Présidentielle : qui veut gouverner démocratiquement ? – https://theconversation.com/presidentielle-qui-veut-gouverner-democratiquement-291696

Nigel Farage : la fin de l’état de grâce ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Laëtitia Langlois, Maître de conférences en études politiques britanniques, Université d’Angers


L’ESSENTIEL

  • Il y a peu, Nigel Farage, patron du parti d’extrême droite Reform UK, enchaînait les succès électoraux et les sondages flatteurs. Mais la situation a évolué.

  • Accusé d’avoir reçu des dons illégaux, quelque peu ridiculisé par une élection partielle où son principal adversaire se présentait comme « le comte Tête de Poubelle », Farage doit aussi s’adapter à la personnalité du nouveau premier ministre Andy Burnham, bien plus proche des classes populaires que Keir Starmer.

  • Si Nigel Farage recule légèrement dans les sondages, il ne faut pas pour autant en conclure que son temps est passé. Ses thèmes de prédilection demeurent au cœur des débats, et il reste aujourd’hui l’adversaire numéro un du gouvernement travailliste.


Après un été marqué par des affaires financières et des accusations de financement illégal, une victoire en demi-teinte dans sa circonscription de Clacton-on-Sea (Essex, Angleterre) et une nette baisse dans les sondages depuis l’arrivée au pouvoir du très populaire nouveau premier ministre travailliste Andy Burnham, la dynamique exceptionnellement favorable qui portait Nigel Farage semble – pour la première fois depuis des mois – marquer le pas.

Cet essoufflement ne doit cependant pas masquer la force politique majeure que représente le leader d’extrême droite et son parti, Reform UK, dans un pays où les questions d’immigration et d’identité nationale restent des préoccupations centrales de l’électorat.

Un été dans la tourmente judiciaire

Tout commence le 13 mai 2026. Une semaine seulement après la retentissante victoire de Reform UK aux élections locales où ce parti remporte près de 1 500 sièges de conseillers locaux et prend le contrôle de 14 collectivités, Nigel Farage est visé par une enquête de la commission d’éthique du Parlement britannique à propos d’un don de 5 millions de livres (soit environ 6 millions d’euros) versé par le milliardaire Christopher Harbone au leader d’extrême droite britannique.

Ce don considérable, effectué à la veille des élections de juillet 2024 auxquelles Nigel Farage était candidat dans la circonscription de Clacton-on-Sea, n’a pas manqué de soulever bien des interrogations. D’un point de vue éthique et déontologique, tout d’abord, le don – non déclaré – contrevient au code de conduite de la Chambre des communes qui exige que les dons perçus dans les douze mois précédant une élection soient déclarés afin de garantir les règles de transparence du financement des partis.

En outre, les opposants de Farage soulignent le risque de conflit d’intérêts lié à ce don, Christopher Harborne ayant fait fortune dans le secteur des cryptomonnaies.

Enfin, pour celui qui a toujours dénoncé les élites corrompues, être mêlé à une telle affaire ne peut que fissurer l’image d’intégrité et de probité de son parti d’autant qu’une seconde affaire, tout aussi sulfureuse, éclate quelques mois plus tard.

Le 4 septembre 2026, alors que se tient le congrès de Reform UK à Birmingham, une enquête de Verbatim Media, menée par deux journalistes infiltrés au sein du parti, révèle comment des proches de Farage ont tenté de dissimuler des promesses de dons – en l’occurrence fictives, car les deux investisseurs étaient en réalité les journalistes d’investigation eux-mêmes – provenant supposément des États-Unis et destinés à financer des sondages favorables à Reform UK. Or, au Royaume-Uni comme en France, le financement de partis politiques par des dons étrangers est une pratique illégale. Devant l’ampleur du scandale et le tollé provoqué par ces révélations, les deux membres de Reform UK mis en cause – James Orr et Dan Jukes – sont contraints de démissionner. Dans la foulée, la London Metropolitan Police annonce l’ouverture d’une enquête.

Ces affaires sont pour le moins embarrassantes pour Nigel Farage, mais sa contre-attaque est immédiate : optant pour une stratégie de défense qui ressemble à s’y méprendre à celle de Donald Trump, il nie en bloc les accusations tout en les présentant comme un complot de l’establishment qui vise à nuire à sa réputation et à freiner la progression de son parti.

Dans un coup d’éclat savamment orchestré, Farage annonce sa démission de son poste de député, provoquant ainsi une élection partielle anticipée dans sa circonscription. Fidèle à sa rhétorique populiste, il déclare qu’il s’en remet au jugement des électeurs (« The people of Clacton should be the judges of my actions ») et présente la nouvelle élection comme un affrontement du peuple contre l’élite (« This will be a people versus the establishment election »).

Cependant, ce qui devait être une élection en forme de plébiscite pour Farage s’est rapidement transformé en une véritable farce le privant de l’affrontement avec l’establishment qu’il avait lui-même souhaité mettre en scène et réduisant considérablement la portée de sa victoire.

Réélection à Clacton : une victoire en trompe-l’œil

Au lendemain du scrutin du 13 août, les résultats sont sans appel. Avec 63 % des voix, Nigel Farage s’impose largement. Cependant, ce très bon score doit être relativisé au regard des conditions très singulières dans lesquelles l’élection s’est déroulée.

Refusant de faire le jeu de Farage, les principaux partis britanniques – le Parti travailliste (Labour Party), le Parti conservateur (Conservative Party) et les Libéraux-Démocrates (Liberal Democrats) – ont choisi de ne pas participer au scrutin et de ne présenter aucun candidat face au leader de Reform UK.

Plus cocasse encore, en lieu et place d’un duel avec les représentants de l’establishment, Farage s’est retrouvé opposé à une trentaine de candidats au profil pour le moins fantaisiste, au premier rang desquels son principal adversaire, Count Binface (littéralement « comte Tête de Poubelle »), dont les propositions allaient de la nationalisation de la chanteuse Adele au blocage du prix des croissants.

Dans ce contexte, la campagne a rapidement pris des allures de parodie électorale, si bien que ce qui peut à première vue apparaître comme une très belle victoire doit être fortement nuancé, d’autant que le score final de Farage s’est révélé inférieur à celui prédit par les sondages et que, parallèlement, Count Binface a réalisé un score historique de près de 27 % des voix.

Le résultat de Farage fait écho à la baisse de Reform UK observée dans les sondages depuis quelques semaines. Si elle a longtemps devancé les deux grands partis traditionnels, la formation se retrouve aujourd’hui plusieurs points derrière le Parti travailliste.

Les affaires ont incontestablement contribué à l’érosion de la popularité de Farage, mais elles ne sauraient à elles seules expliquer le recul de Reform UK dans les sondages. Un autre facteur a modifié la donne : l’arrivée d’Andy Burnham à Downing Street.

L’effet Burnham

Après plusieurs mois particulièrement difficiles, marqués par les répercussions de l’affaire Epstein, qui a éclaboussé l’une des personnalités du Labour les plus en vue depuis des décennies, Peter Mandelson, des revers politiques et une sévère déroute aux élections locales, et alors qu’il était de plus en plus fragilisé au sein de son propre parti, Keir Starmer démissionne de son poste de premier ministre le 22 juin dernier.

Il est immédiatement remplacé par Andy Burnham qui, quelques jours plus tôt, avait remporté l’élection partielle de Makerfield (Angleterre). Redoutable communicant, à l’aise en public et offrant l’image d’un homme sympathique et simple, Burnham se distingue nettement de son prédécesseur dont l’apparente austérité et la raideur avaient largement contribué à instaurer une certaine distance avec l’électorat.

Le « roi du Nord », surnom donné à Burnham dans sa ville de Manchester dont il fut le maire pendant près de dix ans, possède toutes les qualités qui ont fait le succès de Farage : proximité, aisance, capacité à apparaître comme un homme soucieux des préoccupations quotidiennes des Britanniques.

Cette nouvelle approche se manifeste d’ailleurs dans ses premières propositions : supprimer la TVA sur les factures d’électricité et bloquer les prix des tickets de transport en commun (hors Londres), des propositions concrètes et simples qui s’adressent à un électorat populaire particulièrement sensible aux questions de pouvoir d’achat.

Ainsi, qu’il s’agisse de la forme et du fond, Burnham incarne un nouveau visage du Parti travailliste, plus accessible et plus humain, qui résonne parfaitement avec les attentes de l’opinion publique britannique. Preuve de cet engouement pour le nouveau premier ministre, les sondages placent désormais le Parti travailliste en tête devant Reform UK et le Parti conservateur. Cet inversement de tendance est éminemment symbolique : pour la première fois depuis des mois, Farage et son parti ne font plus la course en tête.

Attention cependant à ne pas en tirer de conclusions trop hâtives. Burnham n’est au pouvoir que depuis quelques semaines et les réalités budgétaires du pays vont immanquablement s’imposer au nouveau gouvernement et l’obliger à faire des choix, peut-être douloureux, lors de l’élaboration du prochain budget.

Par ailleurs, Nigel Farage reste un acteur politique incontournable seul capable de bouleverser le traditionnel bipartisme britannique et ses thèmes de prédilection
– immigration, identité nationale – dominent toujours largement le débat national, et continueront sans doute de le faire jusqu’aux prochaines législatives, qui auront lieu en 2029.

Reform UK, un poids politique majeur

La baisse de Reform UK dans les sondages ne doit pas être interprétée comme un recul des idées que porte le parti de Farage. Certes, les affaires qui ont ponctué l’été ternissent l’image du leader et de sa formation, mais l’essoufflement constaté semble davantage relever d’une situation temporaire liée à la conjonction de différents facteurs que d’une désaffection appelée à s’inscrire dans la durée.

En quelques années, le parti s’est imposé comme une force politique durable dans le paysage britannique. Sa percée historique aux élections locales de mai 2026, avec près de 1 500 sièges remportés et une implantation croissante dans des bastions traditionnellement à gauche, confirme son ancrage électoral et sa capacité à attirer des électeurs tant parmi les conservateurs que parmi les travaillistes.

Surtout, le parti continue de peser sur l’agenda politique national, en imposant notamment les questions d’immigration et d’identité nationale. Dans un pays où les tensions identitaires sont si profondes et l’hostilité si virulente à l’égard de l’immigration, comme en témoignent notamment les événements survenus à Douvres et à Portsmouth, les 4 et 5 septembre derniers, Farage peut espérer continuer de capitaliser longtemps sur les inquiétudes et les colères qui animent une grande partie de l’électorat britannique.

The Conversation

Laëtitia Langlois ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Nigel Farage : la fin de l’état de grâce ? – https://theconversation.com/nigel-farage-la-fin-de-letat-de-grace-291887

Au sein de l’opposition russe, la bataille des idées

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cécile Vaissié, Professeure des universités en études russes et soviétiques, Université de Rennes 2, chercheuse au CERCLE (Université de Lorraine), Université Rennes 2


L’ESSENTIEL

  • Des milliers de Russes, en désaccord avec la politique du Kremlin, vivent aujourd’hui en Occident. Parmi eux, des personnalités politiques et de la société civile tentent d’organiser cette communauté hétéroclite.

  • Entre eux, les débats vont bon train sur la responsabilité des citoyens russes vis-à-vis de la guerre en Ukraine, sur le soutien ou non aux sanctions, ou encore sur l’attitude à avoir à l’égard des Russes restés au pays, qui risquent gros à exprimer ouvertement la moindre contestation.

  • L’analyse de trois débats ayant eu lieu sur la place publique en août 2026 permet de repérer les principales interrogations soulevées.


Trois discussions publiques impliquant, deux par deux, cinq personnalités de l’opposition russe et un diplomate occidental ont attiré l’attention le mois dernier car elles posaient, de façon calme et courtoise – ce qui n’est pas toujours le cas au sein de cette opposition – des questions centrales et signalaient, en outre, que la dissidence russe des années 1960-1980 redevient une référence.

Alexandre Podrabinek et Andreï Zoubov : peut-on reprocher aux Russes de ne pas se révolter en masse contre le régime ?

La première de ces discussions a eu lieu, d’ailleurs, entre un ancien dissident et ex-prisonnier politique, Alexandre Podrabinek, 73 ans – qui a joué un rôle clé pour dénoncer les répressions psychiatriques dans les années 1970-1980 –, et un historien renommé, Andreï Zoubov, 74 ans, qui a mené une brillante carrière académique et a longtemps été proche de l’Église orthodoxe russe officielle, tout en s’opposant à certaines actions du pouvoir. L’historien a émigré en septembre 2022 ; le dissident est resté en Russie.

Andreï Zoubov – « l’une des personnes les plus sensées et pondérées » de l’émigration, selon Podrabinek – a accordé à Radio Liberté, début août, une interview publiée sous un titre un peu réducteur : « Les habitants de la Russie continuent de considérer le pouvoir soviétique comme “le leur” ». Deux questions s’entrecroisaient donc : celle du rapport des Russes à leur passé soviétique, c’est-à-dire, aussi, à la violence et à l’impérialisme ; et celle de leur rapport à leurs autorités en général.

Ce titre a fait réagir Alexandre Podrabinek sur sa page Facebook : pour lui, les émigrés ne peuvent pas parler « des sentiments et des priorités du peuple » avec lequel ils ne vivent plus. En outre, « les gens sont tous différents », « il n’y a jamais une opinion unique sur quoi que ce soit », et beaucoup craignent de s’exprimer. Une double rupture était ainsi soulignée : celle, très aiguë, entre les Russes qui ont quitté la Russie et ceux qui y sont restés ; et celle entre ce qui est dit en Russie et ce qui y est pensé.

Podrabinek a d’ailleurs relevé une question posée à Zoubov par le journaliste de Radio Liberté Moumine Chakirov, « lui aussi émigré » : « Pourquoi n’y a-t-il pas aujourd’hui de protestations massives ? » L’ancien dissident a rétorqué : « Pourquoi ? Pour la raison pour laquelle, Moumine, tu es parti en Occident au lieu de rester en Russie et de participer aux protestations de masse. Les gens craignent de perdre leur vie et leur liberté. »

Podrabinek est aussi revenu sur les propos de Zoubov – il y a eu « très peu de révoltes » pendant la collectivisation et la Grande Famine (Holodomor) – et a interpellé l’historien :

« Qu’y a-t-il là d’étonnant, Andreï Borissovitch ? Vous non plus vous n’avez pas protesté contre le pouvoir soviétique […]. Vous avez protégé votre vie et votre carrière universitaire. Pourquoi croyez-vous qu’un paysan, durant les années sombres de la période stalinienne, estimait moins sa vie ? »

Documentaire « Le Nuremberg du communisme, autopsie d’un procès avorté ». Alexandre Podrabinek y intervient à plusieurs reprises.

Que signifient le silence, le manque apparent de réaction et de contestation, dans un pays où règne la violence et où les conséquences de certaines déclarations peuvent être terribles ? Andreï Zoubov estime que les Russes ont, dans leur grande majorité, réellement adhéré au pouvoir soviétique et en sont restés marqués. Podrabinek et d’autres rappellent la violence que ce pouvoir a déchaînée contre ceux qui ne l’acceptaient pas. La question est sous-jacente : les Russes souhaitent-ils la liberté et la démocratie, et sont-ils capables de construire un État de droit ?

Andreï Volna et Vladimir Kara-Mourza : l’opposition peut-elle, en Russie, avoir recours à des méthodes autres que non violentes ?

La deuxième discussion revient précisément sur l’attitude à avoir face au pouvoir russe actuel. Elle a eu lieu entre deux émigrés qui siègent tous deux au sein de la délégation de l’opposition russe admise à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) (rappelons que la Russie, en tant qu’État, a été exclue du Conseil de l’Europe en mars 2022) : Andreï Volna, chirurgien, la petite soixantaine, exerce bénévolement dans un hôpital militaire ukrainien depuis septembre 2023 ; Vladimir Kara-Mourza , 44 ans, que le Kremlin a tenté deux fois d’empoisonner, a été condamné à vingt-cinq ans de camp, puis échangé après deux ans de détention, le 1ᵉʳ août 2024, avec d’autres détenus, contre des espions russes emprisonnés dans divers pays occidentaux.

Le 11 août, Volna a adressé à Kara-Mourza une « lettre ouverte », sur Facebook. Il y parle avant tout de leur responsabilité face à la jeunesse russe. Des jeunes, en Russie, ont, en effet, tenté de défendre le parti Iabloko qui, connu pour ses positions anti-guerre, a été écarté des élections législatives du 18 au 20 septembre, et Kara-Mourza a dit voir en eux « l’avenir de la Russie ».

Volna l’approuve, mais il souligne que cet « avenir peut tarder à arriver ». Ses paroles sont terribles : « Ce qui nous unit, pas nous concrètement, mais nos générations, c’est que nous avons perdu notre pays. » Et s’ils ont « perdu la vie qui était la [leur], là-bas, en Russie », c’est parce qu’ils croyaient en « la force d’une opposition non violente » et en la possibilité d’élections. Il ajoute : « Nemtsov et Navalny ont payé cette conviction de leurs vies », et, pour Kara- Mourza aussi, le prix a été très élevé.

C’est toutefois l’Ukraine – rappelle le médecin russe – qui a payé et continue de payer le prix le plus terrible pour cette défaite des démocrates russes : « Elle le paie de son sang. Et ce n’est pas une figure de style. Vous le savez. Elle le paie au prix de centaines de milliers de vies. »

Andreï Volna, au centre, tient une boîte contenant un kit chirurgical de prélèvement osseux, en compagnie de ses collègues, le jour de la fête du drapeau national d’Ukraine, le 23 août 2026.
Compte Facebook d’Andreï Volna

Volna admet ne plus croire aux « élections » – systématiquement falsifiées en Russie – ni en l’efficacité d’une « opposition non violente ». Certes, étant émigrés, le destinataire de sa missive et lui-même « n’ont pas le droit », estime-t-il, d’appeler ceux qui se trouvent en Russie à des actions violentes, mais ils ne peuvent pas non plus les inciter à répéter leurs propres erreurs – à savoir privilégier la contestation pacifique –qui ont conduit « à la catastrophe ».

Kara-Mourza lui répond le jour même. Il dit comprendre la position de Volna, sans pour autant la partager. Il évoque la dissidence des années 1960-1980 – pour lui, « ce qu’il y a eu de mieux dans notre pays au XXᵉ siècle » – et souligne les choix de celle-ci : agir sans violence, pour et dans le respect de la loi.

C’est dans cette lignée que Kara-Mourza veut s’inscrire face au « régime de bandits » actuel. Il n’est pas non plus d’accord avec Volna lorsque celui-ci considère que la guerre contre l’Ukraine est conduite non par le seul régime, mais par toute la Russie.

Kara-Mourza assure que de nombreuses personnes, en Russie, ne soutiennent ni la dictature ni la guerre et que des millions auraient voté pour un parti anti-guerre si celui-ci avait pu se présenter aux élections – que ne l’ont-elles fait avant, pourrait-on soupirer, sachant que Iabloko n’a obtenu que des résultats très faibles au cours des vingt dernières années (4 % aux législatives de 2003, 1,5 % à celles de 2007, puis 3,4 % en 2011, 2 % en 2016 et 1,3 % aux dernières en date, en 2021)…

Ilia Iachine et Nigel Gould-Davies : les intérêts de l’Europe et de l’opposition russe coïncident-ils ?

Le troisième débat de ce mois d’août 2026 avait pour protagonistes Ilia Iachine, politicien de 43 ans, émigré de force – lui aussi a été « échangé » en compagnie de Kara-Mourza le 1ᵉʳ août 2024, alors qu’il était en détention depuis juin 2022 –, qui a créé en juin 2026 un parti cherchant à rassembler les opposants russes, et Nigel Gould-Davies, chercheur et diplomate britannique, spécialiste de la politique russe et ex-ambassadeur au Bélarus – car les Occidentaux ont également leur mot à dire dans ces réflexions.

Dans un article publié le 1ᵉʳ août dans The Spectator, le Britannique se demande si « l’opposition russe en exil » veut vraiment « le meilleur pour l’Europe ». Rappelant que la Russie a déclenché « la plus grande invasion en Europe depuis 1945 », assassine, sabote et espionne sur tout le continent, il estime que l’Europe, pour des raisons de sécurité, doit sélectionner strictement les Russes auxquels elle accorde des visas, contrairement à ce que demande une partie de l’opposition russe en exil.

Gould-Davies souligne aussi que de nombreux exilés politiques russes s’opposent aux sanctions économiques occidentales visant leur pays et se retrouvent ainsi sur la même ligne que le Kremlin, pour des raisons parfois directement opposées : le pouvoir russe demande la suppression de ces sanctions parce qu’elles le gênent, lui et ses proches, alors que des exilés, dont Mikhaïl Khodorkovski, assurent qu’elles sont inefficaces contre la guerre, mais rendent plus difficile la vie des Russes « ordinaires ».

En fait, note le Britannique, une majorité de cette opposition continue à vouloir avant tout défendre les Russes, car « elle espère pouvoir un jour gouverner la Russie » et ne souhaite donc pas donner à ceux-ci l’impression que les exilés souhaitent l’effondrement économique du pays. En revanche, l’Europe veut achever la guerre de façon à ce que la Russie ne puisse plus représenter une menace à l’avenir.

Iachine lui répond dans le Moscow Times – journal créé à Moscou en anglais en 1992, qui a désormais un site en anglais et en russe, basé à Amsterdam depuis 2022 et le début de la guerre contre l’Ukraine. Il reprend, sans le citer, l’une des thèses clés du célèbre dissident soviétique Andreï Sakharov (1921-1989, Prix Nobel de la paix en 1975) : « La sécurité de l’Europe à long terme est impossible sans l’émergence d’une Russie démocratique. »

Certes, admet-il, les actions du Kremlin sont « une menace globale pour la sécurité européenne », mais, assure-t-il à son tour, de nombreuses personnes en Russie veulent « construire une Russie meilleure qui ne sera plus une menace », et elles sont donc « les alliées de l’Europe », même si elles ont trop peur pour protester contre la guerre.

Gould-Davies réplique, toujours dans le Moscow Times. Il convient qu’une Russie démocratique et post-impérialiste serait une garantie pour la sécurité européenne. Mais, demande-t-il, que font les émigrés et l’opposition politique russe en exil pour concrétiser ce but, à part exprimer des exigences à l’égard de l’Occident ? Ils ont pourtant un rôle à jouer pour convaincre leurs compatriotes restés en Russie, mais semblent souvent craindre d’irriter ceux-ci.

Gould-Davies souligne que, « malgré toutes leurs différences », des figures importantes de la dissidence – Andreï Sakharov, Vladimir Boukovski, Alexandre Soljénitsyne, Alexandre Guinzbourg, etc. – avaient en leur temps appelé l’Occident à imposer des sanctions à l’URSS, par exemple après l’invasion de l’Afghanistan. Cette intelligentsia soviétique « se voyait comme une conscience morale, plutôt que comme un groupe de politiciens en devenir », et elle souhaitait que le pouvoir soviétique soit affaibli et isolé afin que le régime change. Gould-Davies estime, comme Kara-Mourza, que cela a fonctionné, et appelle donc l’opposition politique russe en exil à réfléchir à ce que disaient et faisaient les dissidents.

Des paroles aux actes ?

Même les carrures intellectuelles et morales qu’étaient certains dissidents soviétiques n’ont pas réussi – pour des raisons multiples qui ne dépendaient le plus souvent pas d’eux – à faire de la Russie un État démocratique, bienveillant pour ses habitants et pacifique à l’égard de ses voisins.

Mais que des débats soient menés par des opposants à Poutine sur les buts et les moyens à privilégier ne peut être que positif. À condition que ces débats permettent de régler les désaccords qui, en divisant l’opposition en exil, empêchent celle-ci d’agir avec l’unité, l’efficacité politique et la visibilité désormais indispensables.

The Conversation

Cécile Vaissié ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Au sein de l’opposition russe, la bataille des idées – https://theconversation.com/au-sein-de-lopposition-russe-la-bataille-des-idees-290460

Como pez en el agua: la amistad en el hábitat digital

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Johanna Pérez Daza, Investigadora de la Universidad Católica Andrés Bello (UCAB)., Universidad Católica Andrés Bello

JORM SANGSORN / ISTOCK

Vivimos inmersos en la tecnología ¿Qué duda cabe? En nuestros espacios abundan dispositivos y aparatos que abarcan una amplia gama de funciones y sofisticaciones. Las relaciones interpersonales no solo beben de las aguas de la era digital: se zambullen en ellas. Las tecnologías digitales acortan distancias geográficas y temporales, perfilan hábitos de consumo, trabajo, estudio y entretenimiento, e introducen otras formas de dar y recibir afecto y atención.

Pensar las emociones en este contexto amerita despojarnos de prejuicios y anclajes al pasado y estar abiertos a las nuevas posibilidades de construir vínculos afectivos mediados por la tecnología. No se trata de desplazamientos o suplantaciones, sino de otras exploraciones que, aunque diferentes, ya resultan cotidianas y cercanas. En este sentido, Javier Mercadé de Luna señalaba en 2017:

“Internet y el resto de tecnologías a él conectadas (…) son nuestro hábitat digital. Nadie hoy puede concebir ya su vida sin el aspecto digital de la misma. (…) lo digital es nuestro medio: un medio que actúa de un modo totalizante. Influye en nuestra forma de leer, de estudiar, de comprar, de relacionarnos con nuestros seres queridos (…), de amar y de concebirnos a nosotros mismos”.

Las amistades digitales

Vale la pena preguntarnos si hay distinciones en el modo de asumir la amistad en entornos digitales. Si lo que para algunos significa adaptación o resistencia, para otros es un proceso espontáneo, cómodo y hasta imperceptible. Para los adolescentes, la utilización de la tecnología es parte fundamental de su día a día, tan es así que pasa desapercibida pues su existencia se da por obvia. Aquí valen las palabras de McLuhan, de 1969:

“A esta forma de autohipnosis la llamo narcosis Narciso, un síndrome según el cual, el hombre no es consciente de los efectos sociales y físicos de su nueva tecnología, como un pez que no es consciente del agua donde nada. Debido a ello, precisamente en el momento cuando un entorno provocado por los medios se vuelve penetrante y metamorfosea nuestro equilibrio sensorial, también se vuelve invisible”.

Paradójicamente a esta invisibilidad hay que añadir la omnipresencia de las tecnologías que se extienden por las relaciones interpersonales e incluso posibilitan otros modos de expresar afecto a través, por ejemplo, de reacciones en forma de emojis, stickers, avatares, gifs y memes como parte de una iconografía que sintetiza y comunica, al tiempo que estimula emociones y comportamientos.

Desde videollamadas, interacciones por redes sociales y audios de whatsapp hasta citas virtuales para ver una película en simultáneo a través de aplicaciones y extensiones, videojuegos multijugadores online, retos virales, selfis para Instagram, intercambios por Discord, mascotas virtuales, todo suma al momento de crear y avivar comunidades en línea en las que la amistad, la compañía y la socialización encuentran nuevas rutas. Mención especial merecen las rachas de TikTok, pues permiten entender las dinámicas que se gestan en estos entornos.

No romper la racha

En TikTok, una racha es una secuencia de días consecutivos en la que dos amigos se envían mensajes directos (videos, texto, emojis) en el chat. Para activarla, es necesario intercambiar mensajes durante tres días seguidos, y, para mantenerla, ambos deben enviar al menos un mensaje cada día para que el emoji de fuego no se vuelva gris. La racha se rompe si pasan más de 24 horas sin que los participantes se envíen mensajes, pero puede recuperarse si se reactiva el intercambio en un plazo de 48 horas desde que se rompió.

Se observa así un modo de relación totalmente fundamentado en la tecnología. En este caso, en una aplicación que, aunque remite a una comunidad global, permite relaciones más estrechas entre grupos más pequeños, o incluso acotadas a dos personas, en los que la tecnología es medio pero también fin, contenido y contenedor, forma y fondo, estructura y acabado. Los términos también son relevantes ya que, como en la amistad, las rachas se activan, mantienen, pierden y recuperan, señalando que requieren atención, lealtad e interés mutuo. La relación no funciona si es en un solo sentido o si se descuida.

En la otra orilla, encontramos prácticas antiamistad, basadas en el acoso, la discriminación, el bullying y otros males revestidos de las tecnologías del momento. Las relaciones en la red no están exentas de riesgos, abusos y malas prácticas. En tal sentido, más vale la mirada crítica y cautelosa que la ingenua o idealista.

Peces en la sociedad líquida

El transcurrir del tiempo puede hacer que los lazos afectivos cambien, pasando del estado sólido a la liquidez. Esta es una de las premisas expuestas por el sociólogo polaco Zygmunt Bauman en su obra La modernidad líquida (1999), y desarrollada con detenimiento en su libro Amor líquido (2003), en el cual analiza la fragilidad de los vínculos humanos en la posmodernidad.

Aunque el concepto se centra en las relaciones de pareja y lo que comúnmente se asume como amor romántico, sus principios pueden extrapolarse a otro tipo de relaciones interpersonales caracterizadas, según dice, por la superficialidad, la fugacidad, la inestabilidad y, en consecuencia, menor compromiso, duración y solidez. Sin embargo, como apunta Espíritu Ávila (2023), pareciera ser un estado al que algunos se adaptan o transitan, y no, como hemos venido sosteniendo, un estado propio de las generaciones actuales:

“El amor líquido es una subjetividad de emociones y sentimientos circunstanciales temporales que tiene que ver con los deseos, anhelos y placeres que queremos consumir en la sociedad líquida en la que vivimos; es una más de las muchas aristas subjetivas que nos permite dar sentido y adaptación al mundo que nos ha tocado vivir”.

Estos principios buscan explicar aquellas relaciones que han adoptado la tecnología como un complemento o paliativo, pero no para quienes la viven como parte consustancial de sus relaciones. Es decir, no como un medio sino como el entorno mismo en el que se engendran, crecen y alimentan los vínculos afectivos.

En este sentido, la tecnología no sería un recurso adicional, sino un elemento central que existe tácitamente y no requiere mayor enunciación. Ella está implícita y sobrentendida, presente y abarcadora en las relaciones de millones de adolescentes del hábitat digital contemporáneo.

La negativa a usar estas herramientas y aplicaciones supone una limitación, ya que son prácticamente un requisito indispensable para ser miembros funcionales y competentes de los grupos y comunidades que se conforman en torno a la tecnología, asumida como el fuego arrebatado a los dioses alrededor del cual todo sucede, pues dota a los simples mortales de atributos que, de otro modo, serían inalcanzables.


Este artículo se publicó originalmente en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.


The Conversation

Johanna Pérez Daza no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Como pez en el agua: la amistad en el hábitat digital – https://theconversation.com/como-pez-en-el-agua-la-amistad-en-el-habitat-digital-292150

¿Por qué cuando estoy nervioso se me acelera el corazón?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco Manuel Ocaña Campos, Profesor Titular. Investigador Principal Grupo Neurociencia del Bienestar. Área de Psicobiología, Universidad de Sevilla

New Africa/Shutterstock

Este artículo forma parte de la sección The Conversation Júnior, en la que especialistas de las principales universidades y centros de investigación contestan a las dudas de jóvenes curios@s de entre 12 y 16 años. Podéis enviar vuestras preguntas a tcesjunior@theconversation.com


Pregunta formulada por Rodrigo, de 15 años, desde el IES La Madraza (Granada).


Estás esperando para hacer un examen o para exponer un trabajo delante de toda la clase. No has corrido ni has hecho ejercicio, pero notas que el corazón empieza a latir con fuerza, casi como si acabaras de correr los cien metros. ¿Por qué sucede esto si aparentemente no estamos haciendo ningún esfuerzo?

La primera sorpresa es que el corazón no decide por su cuenta. En su interior, existen unas células especiales, las células marcapasos, capaces de generar de manera espontánea el ritmo que hace que se contraiga una y otra vez. Pero ese ritmo puede cambiar rápidamente porque el corazón y el cerebro están en comunicación constante a través del sistema nervioso autónomo.

Cuando nuestro cerebro interpreta que estamos ante una situación importante, difícil o amenazante, pone en marcha la respuesta de estrés. Y aquí conviene aclarar algo: el estrés no es necesariamente malo. Es una respuesta de nuestro organismo que nos permite adaptarnos a lo que sucede a nuestro alrededor y prepararnos para actuar.

Un examen no pone nuestra vida en peligro. Tampoco una entrevista, hablar en público o lanzar un penalti. Sin embargo, son situaciones cuyo resultado nos importa. Nuestro cerebro las interpreta como un desafío y puede activar los mismos mecanismos que durante miles de años han ayudado a nuestros antepasados a responder ante situaciones mucho más peligrosas.

El “acelerador” del organismo

Buena parte de estos cambios dependen del sistema nervioso autónomo, que regula continuamente funciones del organismo, sin que tengamos que pensar en ellas. No necesitamos recordar a nuestro corazón que tiene que latir ni ordenar a nuestros pulmones que respiren mientras dormimos.

Una de sus ramas es el sistema nervioso simpático. Podemos imaginarlo, simplificando bastante, como una especie de acelerador. Cuando necesitamos responder ante una situación importante, aumenta su actividad: el corazón late más deprisa, respiramos más rápido, sudamos y se libera adrenalina. Nuestro organismo está movilizando recursos y preparándose para la acción.

¿Pero por qué tiene que acelerarse precisamente el corazón? Porque su función es impulsar la sangre por todo el cuerpo, para transportar oxígeno y nutrientes hasta nuestros tejidos, incluidos los músculos y el cerebro. Si necesitamos reaccionar rápidamente, aumentar el trabajo del corazón ayuda a disponer de esos recursos.

El problema es que no hace falta tener delante un león para que esto ocurra. Podemos estar tranquilamente sentados en una silla esperando un examen y que nuestro organismo se comporte, en parte, como si necesitara prepararse para correr. El corazón se acelera, las manos sudan, respiramos más rápido, hasta podemos sentir las famosas “mariposas” o un nudo en el estómago. No son fenómenos independientes. Forman parte de una respuesta coordinada que nos prepara para afrontar lo que está a punto de ocurrir.

¿Y cómo sabe el cuerpo que ya puede tranquilizarse?

Nuestro organismo no puede permanecer continuamente acelerado. Cuando la situación termina, necesita recuperar progresivamente su estado habitual. Y aquí adquiere especial importancia otra rama del sistema nervioso autónomo: el sistema nervioso parasimpático.

Si antes utilizábamos la metáfora del acelerador, ahora podemos hablar del freno. El parasimpático ayuda a disminuir el ritmo del corazón y favorece la recuperación del organismo después de una situación que nos ha exigido activarnos. En esta tarea, tiene un papel especialmente importante el nervio vago, una gran vía de comunicación entre el cerebro y diferentes órganos de nuestro cuerpo, entre ellos el corazón.

Por tanto, un sistema nervioso que funciona bien no es el que consigue estar siempre tranquilo. Necesitamos activarnos para responder a los desafíos. Lo importante es que, una vez que el examen o la competición han terminado, nuestro organismo sea capaz de entender que debe volver al modo de calma.

El problema aparece cuando encadenamos una preocupación con otra. El examen de mañana, una discusión, las notificaciones del móvil, algo que ha ocurrido en clase o, simplemente, darle vueltas durante horas a un problema pueden mantener activa la respuesta de estrés, aunque no exista una amenaza física. Si esta situación se prolonga durante demasiado tiempo, al organismo le resulta más difícil recuperar su estado habitual. Es lo que ocurre con el estrés crónico.

¿Podemos hacer algo cuando estamos muy nerviosos?

Aquí aparece algo interesante: respiración y corazón están estrechamente relacionados. Cuando respiramos, nuestro corazón no mantiene exactamente el mismo ritmo. Normalmente, se acelera ligeramente al inspirar y se ralentiza al espirar. Estas pequeñas diferencias forman parte de lo que conocemos como variabilidad de la frecuencia cardiaca.




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Por eso, respirar de manera lenta y controlada puede influir sobre el sistema nervioso autónomo y ayudarnos a regular nuestra activación. Esta relación entre respiración y corazón es también la base del biofeedback de la variabilidad de la frecuencia cardiaca, un entrenamiento en el que podemos observar cómo responde nuestro organismo y aprender progresivamente a regularlo.




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Pero el objetivo no es conseguir que nuestro corazón nunca se acelere. Si antes de un examen, una competición o una actuación notas que empieza a latir más rápido, es completamente normal. Significa que tu cuerpo sabe que lo que está a punto de ocurrir es importante y se está preparando para responder.

Lo realmente importante es que, cuando todo haya terminado, también sea capaz de pisar el freno y volver a su estado habitual. Un sistema nervioso sano no es el que permanece siempre en calma, sino el que sabe cuándo acelerar y, sobre todo, cuándo dejar de hacerlo.


El museo interactivo Parque de las Ciencias de Andalucía y su Unidad de Cultura Científica e Innovación colaboran en la sección The Conversation Júnior.


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Francisco Manuel Ocaña Campos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Por qué cuando estoy nervioso se me acelera el corazón? – https://theconversation.com/por-que-cuando-estoy-nervioso-se-me-acelera-el-corazon-291303

Cremas, perfumes, maquillaje y ‘skincare’ pueden esconder un daño para niñas y adolescentes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mariana F. Fernández, Catedrática de Universidad. Facultad de Medicina, Universidad Granada. Investigadora del CIBERESP y del ibs.GRANADA, Universidad de Granada

Las niñas cada vez se aficionan a los productos cosméticos a edades más tempranas. Karina Thomson / Unsplash., CC BY-SA

Cada vez más niñas comienzan a desarrollar sus mamas antes que las generaciones anteriores. No se trata de una impresión aislada de pediatras o endocrinólogos, sino de una tendencia observada en numerosos países durante las últimas décadas. Los estudios epidemiológicos indican que la edad de inicio de la pubertad femenina se ha adelantado progresivamente, un fenómeno que nos invita a preguntarnos en qué medida está influyendo nuestro entorno cotidiano en este cambio.

La pubertad constituye uno de los procesos biológicos más sofisticados del desarrollo humano y depende de una delicada interacción entre genes, hormonas, dieta y factores ambientales. Sabemos que las características genéticas desempeñan un papel importante y que la obesidad infantil puede adelantar su aparición. Sin embargo, estos factores no explican por completo por qué el calendario puberal se ha acelerado en las últimas décadas.

Entre las hipótesis que han despertado más interés, figura la influencia de la exposición a disruptores endocrinos, un amplio grupo de sustancias químicas presentes en el ambiente y en productos que utilizamos todos los días (como envases alimentarios, textiles, juguetes, o cosméticos y productos de cuidado personal, capaces de interferir con el funcionamiento normal del sistema hormonal.

Una exposición mucho más cotidiana de lo que parece

Perfumes, champús, geles de baño, protectores solares, cremas hidratantes, desodorantes o esmaltes de uñas forman parte de la rutina diaria de millones de personas. Algunos de estos productos contienen disruptores endocrinos como ftalatos, parabenos, benzofenonas, bisfenoles o fragancias sintéticas, que muestran actividad hormonal en estudios experimentales.

Esto significa que dichas sustancias químicas pueden comportarse como hormonas o interferir con ellas, alterando los delicados mecanismos que regulan procesos biológicos esenciales. Tanto en modelos animales como estudios de laboratorio se observa, por ejemplo, que pueden modificar la comunicación entre el cerebro y las gónadas, lo que afectaría a los mecanismos implicados en el inicio de la pubertad.

Los estudios de biomonitorización muestran que muchos de estos compuestos están presentes en las muestras biológicas humanas, desde la orina a la sangre o la placenta. La concentración suele ser mayor en personas que utilizan con más frecuencia determinados productos cosméticos. En este sentido, en una investigación reciente en la Universidad de Granada, comprobamos que las niñas que utilizan habitualmente productos de cuidado personal (skincare), cada vez a edades más tempranas, tienen niveles urinarios más elevados de algunos bisfenoles y parabenos. Algo que vienen a corroborar análisis epidemiológicos previos como el estudio Hermosa, de la Escuela de Salud Pública de la Universidad de Berkeley (EE. UU.).

¿Es esa exposición suficiente para modificar el desarrollo puberal?

Los estudios realizados en la población infantil ofrecen resultados heterogéneos. Algunos observan asociaciones positivas entre determinados disruptores endocrinos y un inicio más temprano del desarrollo mamario, aunque otros no muestran esa relación. Las diferencias en el diseño de los estudios, la forma de medir la exposición o el tiempo de seguimiento dificultan establecer una conclusión definitiva.

Sin embargo, cuando se analizan conjuntamente los trabajos de mayor calidad metodológica, comienza a dibujarse una tendencia. Las asociaciones más consistentes aparecen con algunos ftalatos, especialmente cuando la exposición tiene lugar durante etapas tempranas de la vida, como el embarazo y la lactancia. Los resultados son menos homogéneos para otros compuestos, como bisfenoles o parabenos.

¿Y si el problema no fueran compuestos individuales?

Durante mucho tiempo, los estudios se han centrado en analizar por separado el efecto de una sustancia química (o de unas pocas): un ftalato, un parabeno o un bisfenol. Sin embargo, esa aproximación no refleja la situación real de exposición de la población. Nadie está expuesto a un único compuesto.

Nuestra vida cotidiana está marcada por exposiciones a mezclas complejas de disruptores endocrinos. Cada mañana, aplicamos sobre nuestra piel cremas, desodorante, perfume, maquillaje, protector solar, etc; además de ingerir alimentos envasados y convivir con numerosos contaminantes presentes en textiles, juguetes, polvo doméstico o productos de limpieza.

Vivimos expuestos a un auténtico cóctel químico. Por eso, estudiar cada compuesto de manera independiente no permite comprender los efectos combinados de las exposiciones ambientales sobre el desarrollo humano. Es necesario investigar si el riesgo podría depender de la suma de muchas exposiciones pequeñas. Los estudios de biomonitorización apoyan esta hipótesis, ya que habitualmente encontramos varios compuestos en las muestras biológicas analizadas.

Este concepto, conocido como exposición acumulativa o efecto mezcla, representa uno de los mayores desafíos de la toxicología moderna. Sustancias presentes en concentraciones muy bajas podrían no producir ningún efecto por separado, pero actuar de forma aditiva –o, incluso, potenciarse–. Además, la exposición no solo depende de la cantidad, sino también del momento. El sistema endocrino es especialmente vulnerable durante determinadas etapas de la vida: embarazo, lactancia y niñez constituyen auténticas “ventanas de oportunidad” para el desarrollo, donde pequeñas alteraciones hormonales pueden tener consecuencias más importantes que durante la edad adulta.

¿Conviene evitar los cosméticos en la infancia?

Aunque la evidencia científica no muestra de manera concluyente que el uso de cosméticos cause pubertad precoz, la ausencia de certeza tampoco implica que el problema pueda descartarse. En salud pública, existe un criterio ampliamente aceptado para situaciones como esta: el principio de precaución, que consiste en adoptar medidas sencillas para reducir una exposición potencialmente evitable, cuando existen indicios científicos de riesgo, aunque subsistan con incertidumbres.

Aplicar cautela, en este caso, significa evitar el uso innecesario de cosméticos y perfumes en población infantil, no introducir rutinas cosméticas a edades tempranas y, cuando sea posible, optar por productos con formulaciones sencillas y sin ingredientes potencialmente disruptores endocrinos.

Estas recomendaciones coinciden con las propuestas de las sociedades científicas de pediatría y endocrinología, que insisten en reducir la exposición global durante, al menos, la gestación, la lactancia y la infancia, etapas especialmente sensibles para el desarrollo humano.

Un cambio de perspectiva

El estudio de las causas ambientales de la pubertad precoz ilustra cómo evoluciona la ciencia. Hemos pasado de investigar si un determinado compuesto químico podía adelantar el desarrollo puberal a un objetivo más ambicioso: investigar cómo interactúan cientos de sustancias ambientales con nuestro sistema hormonal a lo largo de toda la vida.

Lograr este objetivo exige estudios de gran tamaño, capaces de seguir a niños y niñas desde el embarazo hasta la adolescencia, medir de forma repetida las exposiciones químicas y analizar conjuntamente factores como la alimentación, la obesidad, la genética y el entorno social. Solo así podremos distinguir qué parte del adelanto puberal corresponde a los cambios en nuestro estilo de vida y cuál debe atribuirse a las sustancias presentes en el ambiente.

Aunque no existen razones para demonizar los cosméticos, tampoco conviene ignorar las señales que las investigaciones ya revelan. Comprender el efecto combinado de pequeñas exposiciones que acompañan nuestra vida cotidiana desde antes de nacer constituye uno de los grandes retos de la medicina ambiental y de la endocrinología del siglo XXI. Hasta que dispongamos de respuestas más definitivas, reducir el contacto con disruptores endocrinos durante las etapas más vulnerables parece la decisión más acertada.

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Mariana F. Fernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Cremas, perfumes, maquillaje y ‘skincare’ pueden esconder un daño para niñas y adolescentes – https://theconversation.com/cremas-perfumes-maquillaje-y-skincare-pueden-esconder-un-dano-para-ninas-y-adolescentes-289856

El ‘wrapped’ que la UCI nunca le envió

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Dueñas-Ruiz, Estudiante de Doctorado en Inteligencia Artificial aplicada a Cuidados Intensivos e Informática Médica, Universidad de Valladolid

Soonthorn Wongsaita/Shutterstock

Imagine que sale del hospital tras dos semanas en cuidados intensivos, abre el móvil y comprueba que le ha llegado un correo electrónico con un asunto que le suena: “Tu wrapped [es decir, el resumen anual de lo escuchado] 2026 está listo”. No es de Spotify: lo envía la UCI. Le dice que pasó 142 horas conectado al respirador, que su pulsioxímetro registró 3,1 millones de latidos, que su artista del año fue la noradrenalina y que su puntuación SOFA tocó techo el martes a las 4:18 de la madrugada con un 12. Abajo, en negrita: “La probabilidad que su equipo médico calculó de que no llegara a este correo: 47 %”.

Es una idea absurda, pero el hospital tenía cada uno de esos datos. Lo único que faltaba era la infografía.

Lo que sigue no es una broma. Una UCI moderna recoge de cada paciente, cada hora, más información de la que Spotify guarda de su música en un año. Electrocardiograma registrado cada milisegundo, presión arterial latido a latido, oxígeno, lactato, plaquetas… El problema no es la falta de datos: es el exceso, cómo extraer de esa avalancha una sola decisión a tiempo. Decisión que, muchas veces, es de vida o muerte.

El ‘wrapped’ que ya existe

La medicina lleva décadas resolviendo ese problema con una herramienta humilde: la puntuación clínica. Es, literalmente, un wrapped: un puñado de números que resumen el estado del paciente en una sola cifra. La más famosa en cuidados críticos se llama SOFA y comparte espíritu con el resumen anual de Spotify: medir seis funciones del cuerpo –respiración, latido, filtración, metabolismo, coagulación y conciencia–, puntuar cada una de 0 a 4 y sumarlas. Un SOFA de 0 es un paciente que respira tranquilo en su cuarto. Un SOFA de 24, alguien que se está muriendo. Cada dos puntos de aumento durante una sepsis multiplican el riesgo de morir.

Ese número viaja por las pantallas de la guardia, se lee en los pases de visita, decide quién entra antes en un ensayo clínico y, durante la primera ola de covid-19, condicionó quién accedía primero a un respirador cuando había más enfermos que máquinas. Toda una arquitectura de decisiones cuelga de seis cifras.

Una fórmula con treinta años en plantilla

El SOFA se diseñó en octubre de 1994, durante una reunión de la Sociedad Europea de Medicina Intensiva, celebrada en Versalles (Francia) y presidida por el intensivista belga Jean-Louis Vincent. Querían una fórmula sencilla y transportable, que cualquiera pudiera calcular con un papel al pie de cualquier cama.

Aquel año, la web aún no había llegado a la mayoría de los hogares, los teléfonos apenas cabían en el bolsillo de un abrigo y los primeros stents cardiacos acababan de llegar al mercado. Tres décadas después, el SOFA seguía casi como entonces, pero la medicina, no.

Imagine que Spotify le mandara cada diciembre un wrapped calibrado con la música de 1994. Que su artista del año tendría que ser, a la fuerza, Ace of Base, porque el algoritmo no sabe que existe Rosalía. En 2026, una parte del SOFA evalúa al paciente con criterios pensados para una UCI que ya no existía: terapias nuevas, dispositivos nuevos, pacientes mayores y más complejos. La fórmula no era mala. Era de su época.

… Y entonces llegó SOFA-2

En octubre de 2025, sesenta intensivistas de nueve países publicaron en la revista JAMA una versión renovada de la fórmula. La llamaron SOFA-2. Para ello revisaron los datos anonimizados de 3,3 millones de pacientes y reescribieron la tabla para incluir fármacos y dispositivos de soporte que en 1994 no existían.

Es un avance considerable. Y también, si me permiten, un wrapped que sale cada treinta años. La medicina cambia más deprisa. Lo siguiente –en lo que muchos investigadores trabajan ahora– es la recalibración continua: que la fórmula se afine sola, alimentada por los datos que ya están entrando en el hospital esta misma noche.

Recalibrar y, mejor aún, pedirle a la inteligencia artificial que la escriba

Calibrar una puntuación clínica es como afinar un piano. Las notas son las mismas, pero antes de cada concierto alguien comprueba que un do siga sonando como un do. La medicina, después de la pandemia, descubrió que muchas de sus puntuaciones estaban desafinadas.

La inteligencia artificial ofrece dos caminos. El primero –el famoso, el que sale en los medios– es el de las cajas negras: redes neuronales que aciertan mucho pero no explican por qué. Un médico no puede firmar una decisión que no entiende. Y desde agosto de 2026, el reglamento europeo de IA obliga a que los sistemas sanitarios de alto riesgo sean transparentes.

El segundo camino, mucho menos contado, consiste en pedirle al algoritmo otra cosa: que no devuelva un número, sino la fórmula que lo produce. El resultado no es una máquina misteriosa, sino una ecuación nueva, escrita en el mismo idioma matemático que el SOFA, que un médico puede leer, criticar y firmar antes de usarla con un paciente.

El ‘wrapped’ no es el alta

Volvamos al correo del principio. La idea no es que la UCI nos mande un wrapped al alta –aunque, confesémoslo, sería un detalle–. La idea es que detrás de cada cama de cuidados críticos hay ya una matemática viva, y que esa matemática merece la misma atención que el resto del cuidado: ser revisada, recalibrada y, cuando haga falta, reescrita. Las fórmulas no curan; curan los equipos clínicos. Pero las fórmulas que ellos consultan pueden estar afinadas o desafinadas, y eso, calladamente, también influye en quién sale por la puerta del hospital.

Si alguna vez le dan el alta de una UCI, no espere un wrapped. Sepa, eso sí, que durante esos días alguien sumó seis números cada mañana para tomar decisiones sobre usted; que esos números vienen de una fórmula con varias décadas de historia; y que, en hospitales y universidades, alguien está intentando ahora mismo que esa fórmula sea, simplemente, un poco más justa.

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Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation

– ref. El ‘wrapped’ que la UCI nunca le envió – https://theconversation.com/el-wrapped-que-la-uci-nunca-le-envio-289816

De Barranquilla a Macondo: cómo Shakira se fabricó una identidad global

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lourdes Moreno Cazalla, Doctora en Comunicación. Autora del estudio para el Observatorio Nebrija del Español "El boom de la música urbana latina y la expansión del español a nivel global", Universidad Nebrija

Shakira actúa en la final del Mundial 2026. A.RICARDO / Shutterstock.com

Durante septiembre y octubre, Macondo, el ficticio hogar de la familia Buendía en Cien años de soledad, tiene código postal y es madrileño. En Villaverde, se ha creado un pequeño universo para doce noches de esos meses, con un estadio efímero y una artista central: Shakira. El proyecto se llama Es Latina.

La afirmación parece una obviedad: Shakira es colombiana, nacida en Barranquilla. Pero en realidad no lo es. Al llevar más de tres décadas atravesando fronteras con su música, que Shakira “sea latina” no ha significado siempre lo mismo. Su trayectoria permite observar cómo ella ha contribuido a fabricar una identidad global cuando las reglas para llegar a serlo van cambiando.

Esa es una de las cuestiones que planteo en el último informe del Observatorio Nebrija del Español. En el estudio hemos utilizado su trayectoria para observar durante más de tres décadas los cambios en las barreras de acceso a los mercados, las formas de circulación de la música y, a la vez, la manera de construir una identidad capaz de viajar entre ellos.

Cuando ser diferente obligaba a ser legible

En la industria musical de los años 90 y comienzos de los 2000, ser de otro lugar podía aportar un valor diferencial. Sin embargo, esa diferencia tenía que estar pulida y ser legible, lo que se ha llamado “la otredad domesticada”. Una discográfica, una radio, MTV o un DJ en Los Ángeles, Londres o Medellín debían reconocer rápidamente qué artista tenían delante y dónde colocarla.

Una estrella internacional tenía que resultar lo suficientemente distinta para llamar la atención y lo suficientemente familiar para poder ser clasificada, y el idioma también formaba parte de esa negociación. El vídeo y la imagen ayudaban a resolver parte del problema al funcionar como una especie de jeroglífico cultural.

Shakira lo descubrió pronto y buscó los códigos: el pelo claro, las caderas, el baile, el ritmo, el Caribe, la imagen de una diosa… signos de un lenguaje expresivo más allá del idioma capaz de comunicar una procedencia incluso a quien apenas conoce nada de ese lugar, probablemente porque ese lugar es un universo creado.

Para el año 2000, Shakira ya había publicado en español varios álbumes de estudio y un disco en directo. Sin embargo, ninguna canción de esa etapa entraría en el Billboard Hot 100, la lista más importante a nivel mundial para determinar el éxito de un single; su primera aparición llegaría en 2001, con “Whenever, Wherever”. En ese momento empezó a vender discos en Estados Unidos, todavía sin ocupar el escaparate central del pop.

Para eso surge el crossover, una fórmula lingüística. Por ejemplo, la de una cantante colombiana que graba su música en inglés para conquistar el mercado anglosajón. Visto desde 2026, el movimiento de Shakira resulta mucho más sofisticado.

El inglés fue un pasaporte pero, una vez atravesada la frontera, con todo su lenguaje expresivo e identitario, su equipaje solo empezaría a crecer. Shakira fue yuxtaponiendo capas: el español e inglés; el pop, el rock y los ritmos latinoamericanos; colaboraciones anglosajonas e hispanas; referencias colombianas y códigos del pop internacional. Este proceso implicó una construcción cultural de la identidad latina orientada hacerla reconocible y comercializable como un mercado relativamente homogéneo. Lo que inicialmente parecía una adaptación al canon, terminaría funcionando también en sentido contrario.

El crossover ha sido, a largo plazo, una especie de caballo de Troya. Una vez legitimada dentro del pop global, se construye una “audiotopía latina”, unos espacios virtuales y sonoros creados por la música donde los oyentes pueden reimaginar el mundo social y convivir con diferencias culturales.

Shakira ha logrado que su identidad no sea vista solo como folclore local caribeño o asiático, sino como una fuerza capaz de remapear los límites de la ciudadanía contemporánea y un imaginario latino a escala mundial. Incluso cuando en un estadio en Nueva York está interpretando en inglés, la imagen que proyecta es latina.

Shakira interpretando la canción del Mundial 2026, ‘Dai Dai’, en un concierto en Brooklyn, Nueva York.

Cuando ser local ya no impide ser global

Las plataformas digitales cambiaron de nuevo las reglas. Spotify, YouTube o TikTok no acabaron con los intermediarios porque las playlists siguen clasificando y la curaduría de las grandes plataformas continúa decidiendo qué canciones reciben atención. Ahora públicos dispersos geográficamente pueden reunirse alrededor de una propuesta muy específica sin que esta tenga que hacerse comprensible.

Así, la música de Shakira y su identidad forman parte de listas relacionadas con temas latinos o géneros como el reguetón, pero también aparecen en las principales clasificaciones globales de países en los que no se habla español, desde Alemania a Bangladesh.

En el aspecto visual, su domino es sobresaliente. En YouTube, de hecho, con 34 701,7 millones de visualizaciones, es la tercera artista con más reproducciones de la plataforma, por detrás de Bad Bunny y BTS y por delante de la mismísima Taylor Swift.

Las colaboraciones también muestran bien este alcance global. Alejandro Sanz, Karol G o Fuerza Regida no aportan únicamente audiencia a una canción. Conectan escenas, géneros, territorios y comunidades distintas. La identidad deja de funcionar solamente como una etiqueta –latina, anglosajona, colombiana– y se comporta como una red.

En 2023, el éxito de la sesión de Shakira con Bizarrap sirvió para pulverizar la vieja idea del crossover. Una artista colombiana y un productor argentino convirtieron una canción en español en un acontecimiento mundial sin producir ninguna versión. Lo local y lo global ya no funcionan necesariamente como extremos opuestos.

Vídeo de la sesión de Shakira con Bizarrap.

Macondo es un espejo

Por eso la residencia madrileña resulta interesante más allá de sus cifras. Treinta años atrás, unas cuantas imágenes debían bastar para que un espectador situado a miles de kilómetros entendiera de dónde venía Shakira. En 2026 sucede casi lo contrario, la artista puede construir un espacio entero alrededor de ese lugar de procedencia imaginario y convertirlo en destino. Macondo, escribía la propia artista en El País, “no es un pueblo, es un espejo” y ella es el reflejo de ser latina.

Se trata de la primera residencia artística de formato internacional en España, al estilo de las residencias de Las Vegas o de la de Adele en Múnich, pero con un estadio temporal. Ahí está quizá la transformación más interesante de su identidad global. Durante buena parte de su carrera, Shakira tuvo que asimilar cuánta diferencia podía transportar consigo para atravesar cada frontera. Ahora puede construir todo un universo con esa diferencia.

En este sentido, la transformación más significativa de Shakira no consiste únicamente en haber conseguido llevar el español a espacios cada vez más amplios, sino en haber llegado a una posición en la que ya no necesita abandonar ese lugar de origen para ocupar el centro del escenario global. La artista que comenzó atravesando fronteras termina convirtiéndose, ella misma, en un territorio de encuentro.


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Lourdes Moreno Cazalla no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. De Barranquilla a Macondo: cómo Shakira se fabricó una identidad global – https://theconversation.com/de-barranquilla-a-macondo-como-shakira-se-fabrico-una-identidad-global-291915