Les vraies raisons pour lesquelles vous procrastinez – et comment y remédier, selon la science

Source: The Conversation – in French – By Itamar Shatz, Affiliated Lecturer, Department of Theoretical and Applied Linguistics, University of Cambridge

Face à une tâche ou à un projet, vous arrive-t-il de vous dire sans cesse que vous le ferez « demain », « bientôt » ou « après avoir regardé encore quelques vidéos » ?

Si c’est le cas, en tant que personne ayant étudié la science de la procrastination pendant des années, je peux vous assurer que vous n’êtes pas seul. Environ 20 % des adultes procrastinent régulièrement.

Ceux qui agissent ainsi – moi y compris – peuvent être confrontés à toute une série de problèmes et de conséquences qui, selon les recherches, sont liés à la procrastination, notamment de moins bons résultats aux examens, des revenus plus faibles, un manque de sommeil et une [santé mentale et physique précaire]

La procrastination peut être pénible et extrêmement difficile à gérer. Cela s’explique en grande partie par le fait que bon nombre des idées que l’on entend à propos de ce comportement courant sont erronées.




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La plus grande fausseté est peut-être l’idée selon laquelle la procrastination découle de la paresse ou d’un manque d’intérêt. Selon cette interprétation erronée, les personnes qui procrastinent n’ont qu’à « faire plus d’efforts ». De telles perceptions peuvent entraîner des sentiments de culpabilité et de honte.

En réalité, les procrastinateurs ont généralement l’intention de travailler tout aussi fort que leurs pairs – voire plus. Mais une caractéristique déterminante de la procrastination est le fossé entre les intentions et les actions. Non seulement « simplement essayer plus fort » ne fonctionne pas, mais cela se retourne souvent contre nous, en nous détournant des solutions qui fonctionnent.

Qu’est-ce qui cause réellement la procrastination ?

Fondamentalement, notre cerveau est programmé pour privilégier ce qui nous fera nous sentir mieux immédiatement, plutôt que ce qui nous fera nous sentir mieux à long terme et dans l’ensemble.

Ainsi, lorsque nous craignons qu’une action soit pénible ou difficile, notre cerveau nous pousse à la retarder par mécanisme de défense, afin de repousser la douleur que nous redoutons.

Cela peut se produire lorsque nous avons l’impression que la matière à étudier sera source de frustration ou qu’un examen à venir sera particulièrement stressant. Ou encore, nous pouvons craindre que notre rédaction ou notre présentation ne soit pas parfaite.

Le perfectionnisme peut s’avérer particulièrement problématique lorsque nous craignons que notre travail soit critiqué par les autres, que cela risque ou non de se produire dans la réalité.

Notre cerveau peut être encore plus désorienté lorsque nous sommes confrontés à des alternatives tentantes dont nous savons qu’elles nous procureront une satisfaction immédiate, comme les flux des médias sociaux qui sont hyper-optimisés pour capter notre attention le plus longtemps possible.

D’autres facteurs peuvent rendre encore plus difficile de réorienter notre esprit lorsque nous repoussons une échéance. L’un des principaux facteurs est la fatigue ou, pire encore, l’épuisement professionnel, à force de travailler trop, pendant trop longtemps, à des tâches particulièrement épuisantes.

Cela peut entraîner un cercle vicieux. Nous sommes trop épuisés pour faire ce que nous devons faire, alors nous remettons cela à plus tard, ce qui nous stresse et nous épuise davantage, renforçant ainsi l’emprise de la procrastination.

Une explication de la procrastination. Vidéo : TED-Ed.

Des études ont également établi un lien entre la procrastination et le TDAH, un trouble neurodéveloppemental qui peut rendre plus difficile pour certaines personnes de s’en tenir à une tâche particulière.




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Heureusement, tout comme une mauvaise compréhension de la procrastination peut nous mettre sur la mauvaise voie pour la surmonter, en comprendre les véritables raisons peut nous aider à y mettre fin.

Comment cesser de procrastiner

Il existe de nombreuses raisons de procrastiner, et chacune d’entre elles peut nécessiter une solution différente. Commencez par vous demander pourquoi vous procrastinez cette fois-ci : la raison n’est pas toujours la même.

Êtes-vous épuisé ? Êtes-vous distrait par votre téléphone ? Avez-vous peur de faire des erreurs ? Ou bien y a-t-il un autre problème, ou une combinaison de problèmes, qui vous empêchent d’accomplir la tâche que vous devez accomplir, ou d’atteindre l’objectif que vous vous êtes fixé ?

Si vous avez des doutes, essayez de comparer les situations où vous êtes passé à l’action avec celles où vous avez sans cesse retardé les choses. Quelle était la différence ?

Sinon, imaginez qu’un ami se trouve dans une situation similaire et réfléchissez plutôt à son problème. Prendre cette distance psychologique pourrait vous aider à y voir plus clair.

Ensuite, demandez-vous quel changement vous pourriez apporter dès maintenant pour augmenter vos chances de mener à bien cette tâche. Il est vrai que certains sont plus faciles à mettre en œuvre que d’autres.

Si votre téléphone vous distrait, par exemple, éteignez-le avant de commencer la tâche. Si vous travaillez dans une bibliothèque ou un café, rangez votre téléphone dans votre sac dès que vous vous asseyez.

Si le problème réside dans la crainte d’une issue particulière, c’est plus difficile. Mais essayez de vous poser la question suivante : quelle est, en réalité, la probabilité que ce que vous redoutez le plus se produise réellement ? Souvent, c’est beaucoup moins probable, ou moins effrayant, que vous ne le pensez.

Une autre stratégie consiste à passer en revue ce scénario catastrophe, en réfléchissant à la façon dont vous pourriez en atténuer les répercussions négatives s’il venait à se produire.


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J’aborde d’autres causes de la procrastination, ainsi que d’autres solutions pour y remédier, dans mon nouveau livre, Solving Procrastination : The Science of Why We Put Things Off and How to (Finally !) Stop (Vaincre la procrastination : la science qui explique pourquoi on repousse les tâches, et comment (enfin !) y mettre fin.)

Voici quelques suggestions en bref :

  • Décomposez les tâches floues en micro-étapes gérables, afin que votre cheminement vous semble clair et réalisable.

  • Renforcez votre confiance en vous en identifiant et en remportant des victoires régulières, afin de faire taire le pessimiste intérieur qui vous freine.

  • Organisez votre horaire en fonction de vos rythmes de productivité, afin de travailler en harmonie avec vos préférences naturelles, et non à leur encontre.

Avant tout, vaincre la procrastination ne se résume jamais simplement à « faire plus d’efforts ». Il s’agit plutôt de cerner les véritables raisons pour lesquelles vous avez tendance à procrastiner – puis de les résoudre à l’aide des techniques qui vous conviennent le mieux.


Cet article fait référence à un livre mentionné à des fins rédactionnelles et contient un lien vers bookshop.org. Si vous cliquez sur ce lien et effectuez un achat sur bookshop.org, The Conversation UK pourrait toucher une commission.

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tamar Shatz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche. Il est l’auteur de « Solving Procrastination: The Science of Why We Put Things Off and How to (Finally!) Stop », publié par Penguin Random House.

– ref. Les vraies raisons pour lesquelles vous procrastinez – et comment y remédier, selon la science – https://theconversation.com/les-vraies-raisons-pour-lesquelles-vous-procrastinez-et-comment-y-remedier-selon-la-science-290507

50 000 móviles sonando en el Camp Nou: ¿estamos aprendiendo a ignorar las alertas?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Medina Morales, Profesor de Geografía, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria

Christian Bertrand/Shutterstock

Durante el partido entre el FC Barcelona y el Racing de Santander, los teléfonos móviles de buena parte de los 50 568 espectadores presentes en el Camp Nou empezaron a sonar simultáneamente. Un mensaje ES-Alert advertía de lluvias torrenciales y riesgo de inundaciones, y recomendaba evitar los desplazamientos y las actividades al aire libre. Sin embargo, el partido continuó y el público permaneció en las gradas.

La escena podría interpretarse como una muestra de indiferencia ante el peligro. Pero permanecer dentro del estadio quizá era más seguro que provocar la salida simultánea de miles de personas en plena tormenta. El episodio plantea, en realidad, una cuestión más compleja: ¿qué debe hacer la ciudadanía cuando recibe una alerta pero a su alrededor todo continúa con aparente normalidad?

La tecnología funcionó: el mensaje llegó en pocos segundos a miles de personas. Sin embargo, una alerta no es eficaz únicamente solo porque se haya recibido. Lo es cuando permite comprender el riesgo y tomar una decisión para protegerse.

Una herramienta para captar nuestra atención

ES-Alert es el sistema español de avisos de emergencia a teléfonos móviles. Utiliza la tecnología de difusión por celdas (cell broadcast) para enviar mensajes a los dispositivos conectados a las antenas de una zona determinada. No necesita conocer los números de teléfono de los destinatarios ni requiere ninguna aplicación, conexión a internet o registro previo.

Su principal ventaja es evidente: permite dirigirse de manera rápida y masiva a las personas que se encuentran dentro de un territorio amenazado. Además, el mensaje aparece acompañado de un sonido y una vibración difíciles de ignorar, incluso cuando el teléfono está en silencio.

Pero ES-Alert es solo una de las piezas del sistema de alerta temprana. Detectar el peligro y difundir un aviso no es suficiente. Para que la alerta reduzca realmente los daños, las personas deben entenderla, considerarla creíble, identificar qué comportamiento se espera de ellas y disponer de tiempo y capacidad para actuar.

Recibir no significa actuar

Las investigaciones sobre la respuesta ciudadana a las emergencias demuestran que entre la recepción de un aviso y la adopción de una conducta protectora hay un proceso de interpretación y decisión. El Modelo de Decisión de Acción Protectora explica que las personas no responden automáticamente a una alerta como si fueran interruptores que se puedan activar desde un centro de emergencias.

En un investigación realizada en la Universidad de Las Palmas de Gran Canaria por el grupo de investigación GEOTIGMA se denominó “latencia social” al tiempo que transcurre entre la recepción de una alerta y el inicio de la respuesta ciudadana.

Primero intentamos determinar qué está pasando: ¿la amenaza es real?, ¿me puede afectar?, ¿qué debería hacer? Después buscamos información adicional: consultamos las redes sociales, los medios de comunicación o las aplicaciones meteorológicas; hablamos con las personas que tenemos cerca y observamos cómo reaccionan los demás.

Este comportamiento también se ha observado empíricamente: en un estudio sobre ES-Alert en Gran Canaria, una parte de los participantes recurrió a las redes sociales o a los medios de comunicación para verificar o ampliar la información recibida.

Este comportamiento no tiene por qué ser necesariamente irracional. Contrastar la información puede ayudarnos a tomar una decisión correcta. El problema aparece cuando el mensaje es ambiguo o cuando las señales recibidas son contradictorias, porque la búsqueda de confirmación consume parte del tiempo disponible para protegernos.

En el Camp Nou, miles de personas recibieron un mensaje que advertía de un riesgo potencialmente grave mientras el partido continuaba disputándose. Los jugadores permanecían en el campo, el público continuaba en las gradas y no se transmitía ninguna instrucción específica por la megafonía del estadio. Ante esta situación, la conducta de los demás actuó como una segunda fuente de información: si nadie interrumpe el partido ni nos indica que debamos desplazarnos a otra zona, quizá el peligro no sea tan inmediato.

¿Salir del estadio o quedarse?

El mensaje recomendaba evitar los desplazamientos y las actividades al aire libre. Esta instrucción era razonable para quienes todavía se encontraban en casa, pero resultaba menos clara para las más de 50 000 personas que ya estaban dentro del estadio.

¿Debían abandonarlo a pesar de la recomendación de no desplazarse? ¿Era preferible permanecer en las gradas? ¿Había alguna zona interior más segura? ¿Qué había que hacer al terminar el partido si la tormenta continuaba?

No parece razonable interpretar la permanencia del público como una simple desobediencia. La evacuación de un estadio también puede generar riesgos, especialmente si decenas de miles de personas salen al mismo tiempo bajo una lluvia intensa. La cuestión no es, por tanto, si el partido debía suspenderse automáticamente, sino si la alerta iba acompañada de instrucciones adaptadas a las personas que se encontraban en un recinto de grandes dimensiones.

Una advertencia general difícilmente puede resolver por sí sola todas estas situaciones. Por eso es fundamental la coordinación entre Protección Civil, las autoridades locales, los responsables del evento y los servicios de seguridad. El mensaje enviado a los móviles, la información ofrecida por megafonía y las decisiones adoptadas por la organización deben transmitir una orientación coherente.

Cuando una alarma se convierte en ruido

El sonido de ES-Alert está diseñado para interrumpirnos. Su carácter excepcional forma parte de su eficacia. Si se utiliza con demasiada frecuencia, para territorios excesivamente amplios o con instrucciones poco relacionadas con la situación concreta de las personas que lo reciben, estas pueden acostumbrarse a él y, por tanto, restarle importancia.

El uso del sistema ha aumentado considerablemente en Cataluña. Según datos de Protección Civil, el número de alertas enviadas pasó de 36 en 2024 a 75 en 2025, más del doble en tan solo un año. Este incremento no significa que cada ciudadano recibiera todos estos mensajes, ya que muchas activaciones se dirigieron a zonas geográficas concretas. Tampoco demuestra, por sí solo, que las alertas fueran innecesarias, pero sí confirma que una herramienta concebida como excepcional se utiliza cada vez con más frecuencia.

Esto no significa que haya que enviar menos alertas a cualquier precio: no alertar ante una amenaza grave puede tener consecuencias irreparables. y tampoco significa que cualquier aviso que finalmente no acabe en una catástrofe constituya una falsa alarma: las decisiones deben tomarse con información incompleta y antes de conocer el desenlace.

El riesgo aparece cuando la ciudadanía recibe repetidamente avisos poco relevantes o que no le permiten saber qué tiene que hacer. Las investigaciones sobre la sobrealerta y la fatiga asociada demuestran que esta situación puede favorecer la desconexión de los usuarios e incluso la desactivación de determinadas notificaciones.

La tecnología no puede actuar por nosotros

El episodio del Camp Nou no demuestra que ES-Alert haya fracasado. Al contrario: pone de manifiesto su extraordinaria capacidad para captar simultáneamente la atención de miles de personas. Pero también muestra los límites de una comunicación que termina en la pantalla del teléfono.

Una alerta eficaz debe explicar qué ocurre, dónde está el peligro, a quién afecta, qué hay que hacer y durante cuánto tiempo. En lugares con grandes concentraciones de personas, además, debe estar coordinada con los responsables del recinto, que pueden convertir el aviso general en instrucciones concretas.

La pregunta no es únicamente si estamos aprendiendo a ignorar las alertas. También debemos preguntarnos si las estamos diseñando de manera que la ciudadanía pueda reconocer cuándo debe actuar y cómo hacerlo. Porque el verdadero éxito de ES-Alert no consiste en hacer sonar 50 000 móviles, sino en conseguir que 50 000 personas sepan qué deben hacer después.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. 50 000 móviles sonando en el Camp Nou: ¿estamos aprendiendo a ignorar las alertas? – https://theconversation.com/50-000-moviles-sonando-en-el-camp-nou-estamos-aprendiendo-a-ignorar-las-alertas-292393

Un site archéologique marocain qui réécrit l’histoire du Maghreb… Ce que nous apprend la découverte d’un ancien rempart

Source: The Conversation – in French – By Giulio Lucarini, Senior Researcher, Institute of Heritage Science, National Research Council (CNR)


L’ESSENTIEL

  • Oued Beht, au Maroc, abritait un important centre agricole et artisanal dès le Néolithique.

  • Le rempart vieux de 4 000 ans mis au jour révèle une société complexe et organisée.

  • Réoccupé au Moyen Âge, le site éclaire l’évolution des sociétés du Maghreb.


À Oued Beht, dans les collines du nord-ouest du Maroc, au-dessus du fleuve qui a donné son nom au site, des fouilles ont récemment révélé un pan jusqu’ici méconnu de l’histoire de la région. La découverte d’un vaste édifice montre qu’au IIe millénaire avant notre ère, les communautés d’Afrique du Nord-Ouest transformaient déjà leur environnement et entretenaient des échanges au sein de vastes réseaux méditerranéens.

Les recherches précédemment menées par le projet archéologique d’Oued Beht avaient déjà mis au jour ce qui constitue probablement le plus ancien et le plus vaste complexe agricole jamais découvert en Afrique en dehors de la vallée du Nil. Il daterait d’environ 5 400 à 4 900 ans. De nouvelles fouilles, auxquelles nous avons participé, ont été menées en 2023 et nous ont permis de mieux comprendre le site.

Notre nouvelle étude met en lumière la plus ancienne construction de grande ampleur probablement défensive connue à ce jour en Afrique du Nord, hors de la vallée du Nil. Elle daterait d’environ 4 000 à 3 500 ans.

On ignore précisément contre quelles menaces ces structures semblables à des remparts avaient été érigées. Elles témoignent probablement d’une concurrence croissante pour le contrôle des terres, des ressources et peut-être des voies de circulation, plutôt que de la crainte d’« envahisseurs ». De telles constructions laissent penser que les communautés ressentaient le besoin de se protéger ou d’affirmer leur pouvoir sur des lieux stratégiques.

Cette découverte atteste l’existence d’une architecture défensive organisée au Maghreb bien plus tôt qu’on ne le pensait. Elle révèle aussi que les sociétés de la région étaient alors plus complexes et mieux structurées qu’on ne l’imaginait.

Notre étude montre également qu’entre le XIe et le XIIIe siècle, le promontoire d’Oued Beht a retrouvé une place centrale. L’ancienne structure défensive a été reconstruite, un hameau ou une ferme s’est établi sur une colline voisine et un cimetière a été aménagé entre les deux.

Ensemble, ces découvertes offrent un rare aperçu archéologique des communautés rurales aussi bien à la préhistoire qu’u Moyen Âge. Elles nous aident à comprendre comment ces sociétés se sont développées et ont perduré dans une région trop souvent oubliée des livres d’histoire.

Un foyer majeur de la préhistoire au Maghreb

Pendant longtemps, la fin de la préhistoire au Maghreb – la région d’Afrique du Nord qui comprend le Maroc, l’Algérie et la Tunisie – est restée mal connue. Comparées à celles de régions voisines, comme la péninsule Ibérique ou la région d’Athènes, les données archéologiques étaient souvent fragmentaires. Mais ces dernières années, la situation a radicalement changé.

Les fouilles menées à Oued Beht ont révélé une importante concentration d’activités humaines sur une superficie d’au moins dix hectares. La première grande phase d’occupation remonte au milieu du IVe et au début du IIIe millénaire avant notre ère, soit à la fin du Néolithique.

L’étude des restes de végétaux et d’animaux datant de cette époque indique qu’une communauté d’agriculteurs y cultivait notamment de l’orge et du blé. Ses habitants exploitaient également des plantes sauvages et élevaient du bétail.

Le site était également un important centre de production artisanale. Des milliers de haches en pierre polie et d’autres outils y ont été découverts, ainsi que des poteries finement façonnées, parfois ornées de motifs peints.

On ignore encore si Oued Beht était alors un village occupé en permanence, un lieu de rassemblement saisonnier ou un type de site moins familier. Mais il occupait manifestement une place majeure dans le paysage du nord-ouest du Maroc.

Le rempart défensif

La présence de levées de terre et de murs potentiellement anciens avait été signalée dès les années 1930. L’archéologue français Armand Ruhlmann avait alors décrit un ensemble de trois murs, le quatrième côté étant protégé par l’escarpement naturel du promontoire. Il y voyait un dispositif défensif de type « éperon barré ». Jusqu’à présent, toutefois, la nature exacte et la datation de ces vestiges restaient incertaines.

De nouvelles fouilles ont confirmé l’existence d’un fossé, d’un rempart et d’un mur construits en plusieurs étapes dans une partie étroite de la crête d’Oued Beht, entre le fleuve et un ravin. Ce dispositif isolait et protégeait l’extrémité sud du promontoire. La datation au carbone 14 des dépôts associés à ces structures nous a permis d’en établir la chronologie.

Ces datations situent la construction initiale de cet ouvrage à une époque correspondant à l’âge du bronze dans le reste de la Méditerranée occidentale. Il s’agit donc du plus ancien ouvrage défensif attesté en Afrique du Nord en dehors de l’Égypte.

À quoi servait cet ouvrage ?

Cette structure soulève d’importantes questions sur la société qui l’a édifiée. La construction d’un système associant rempart et fossé nécessitait de la planification, de la coordination et la mobilisation d’une importante main-d’œuvre. Elle témoigne donc de l’existence d’une communauté capable de mener des projets de construction complexes.

Au cours de la première phase d’occupation, au Néolithique, les activités se concentraient dans la partie nord du site d’Oued Beht, plus vaste et plus ouverte. À l’époque étudiée dans notre nouvelle étude, elles s’étaient déplacées vers la crête méridionale, plus étroite et plus facile à défendre. Cette évolution pourrait traduire un changement dans les stratégies d’occupation du territoire.

Des liens avec le monde méditerranéen

Le IIe millénaire avant notre ère est une période de profonds bouleversements dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Dans le sud de la péninsule ibérique, les sociétés argariques – entre 2200 et 1550 avant notre ère – développaient des habitats complexes, souvent établis au sommet de collines. Elles se caractérisaient par une architecture planifiée, une métallurgie avancée, notamment dans la production du bronze, et de fortes hiérarchies sociales, perceptibles dans les pratiques funéraires. Ces communautés aménageaient fréquemment des sites fortifiés et des habitats stratégiquement situés, qui leur permettaient de contrôler les territoires environnants.

De plus en plus d’indices montrent que les communautés d’Afrique du Nord-Ouest étaient intégrées à de vastes réseaux méditerranéens, notamment avec les territoires correspondant aujourd’hui à l’Espagne et au Portugal. Les découvertes d’Oued Beht confirment que le Maghreb n’était pas isolé, mais participait pleinement aux transformations qui façonnaient alors la Méditerranée occidentale.

Le système défensif du site pourrait ainsi témoigner de profondes évolutions dans l’organisation sociale et les relations entre les communautés de la région : une concurrence croissante pour l’accès aux ressources, le contrôle des voies de circulation et l’émergence de formes de pouvoir plus structurées.

Réécrire l’histoire

Les découvertes d’Oued Beht montrent combien l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord reste encore à explorer. Le rempart témoigne de la capacité des communautés de la région à coordonner de vastes chantiers. Il révèle aussi des transformations sociales que l’on commence tout juste à entrevoir.

Les vestiges médiévaux montrent que le promontoire a de nouveau été occupé plusieurs siècles après l’abandon de l’habitat préhistorique. Oued Beht n’a donc pas connu une seule période d’occupation : différentes communautés ont choisi ce même lieu au fil des millénaires.

À mesure que les recherches progresseront, ce site pourrait devenir essentiel pour comprendre comment les sociétés du Maghreb ont évolué, des premières communautés agricoles au monde rural médiéval.

The Conversation

Giulio Lucarini a reçu, pour le projet OBAP, des financements du ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI), du Conseil national de la recherche italien et du ministère italien de l’Université et de la Recherche (MUR), par l’intermédiaire de l’ISMEO – Association internationale d’études méditerranéennes et orientales, à Rome. Il est affilié à l’ISMEO.

Cyprian Broodbank a reçu, pour le projet OBAP, des financements du British Institute for Libyan and Northern African Studies, du programme de recherche en sciences humaines de l’Université de Cambridge et du McDonald Institute for Archaeological Research. Il est administrateur du Mediterranean Archaeological Trust et du Museum of London Archaeology.

Toby C. Wilkinson est affilié au McDonald Institute for Archaeological Research de l’Université de Cambridge et à l’Institut catalan d’archéologie classique (ICAC).

– ref. Un site archéologique marocain qui réécrit l’histoire du Maghreb… Ce que nous apprend la découverte d’un ancien rempart – https://theconversation.com/un-site-archeologique-marocain-qui-reecrit-lhistoire-du-maghreb-ce-que-nous-apprend-la-decouverte-dun-ancien-rempart-292250

En Antarctique, le guano des manchots devient rose, et ce n’est pas une bonne nouvelle

Source: The Conversation – France (in French) – By Casey Youngflesh, Assistant Professor of Biological Sciences, Clemson University

Un manchot Adélie nageant dans l’océan. Casey Youngflesh, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Les images satellite permettent de suivre l’évolution des colonies de manchots Adélie, et notamment l’évolution de la couleur de leurs excréments.

  • Des chercheurs ont remarqué que le guano des oiseaux de certaines colonies devient rose, ce qu’ils rattachent à un changement de régime alimentaire, basculant des poissons vers le krill, plancton des mers froides formé de petits crustacés.

  • Ce changement alimentaire n’est pas trivial : les poussins nourris au krill sont plus légers que ceux nourris aux poissons à l’âge adulte et ont moins de chances de survie à l’âge adulte.


La couleur des excréments de manchots Adélie, observée depuis l’espace, offre un bon aperçu de l’évolution de l’écologie et de l’environnement de l’Antarctique au fil du temps.

Les manchots Adélie comptent parmi les prédateurs les plus nombreux de l’océan Austral. Ils se nourrissent dans l’océan, mais nichent sur des affleurements rocheux disséminés tout autour du continent antarctique.

Les colonies de manchots comptent souvent des centaines de milliers d’oiseaux nicheurs, qui produisent une grande quantité de guano, à tel point qu’il est facilement identifiable depuis l’espace, grâce aux satellites Landsat de la Nasa.

 Une vue satellite d’un groupe de petites îles, entre lesquelles flotte de la glace, montre que certaines de ces îles sont roses, tandis que d’autres ne le sont pas
Un graphique de la Nasa montre plusieurs des îles Danger, en Antarctique, désormais teintées de rose par le guano des manchots Adélie, dont le régime alimentaire est riche en krill. Sans ces colonies, ces îles ressembleraient davantage à l’île Darwin.
NASA Earth Observatory/Michala Garrison

Une équipe multidisciplinaire de chercheurs, que j’ai dirigée, a utilisé des milliers d’images satellite remontant jusqu’aux années 1980 pour étudier ces traces de guano de manchots. L’enjeu était de déterminer le régime alimentaire de ces oiseaux et son évolution, en fonction des changements environnementaux. Ces derniers ont en effet des répercussions sur leur survie.

Nous avons notamment constaté que, lorsqu’une colonie est entourée de glace de mer abondante, les manchots Adélie qui y vivent ont tendance à se nourrir davantage de petits poissons. Lorsque la banquise est moins abondante, ils dépendent davantage du krill, ces petits crustacés ressemblant à des crevettes.




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La couleur de la nourriture et celle des excréments

Le krill possède un exosquelette rose que les manchots ne digèrent pas entièrement, ce qui confère à leur guano une teinte rosée. C’est justement la couleur du guano qui nous permet de déterminer ce que mangent les manchots.

Cette méthode s’appuie sur une approche quantitative que nous avons mise au point, qui consiste à analyser la couleur du guano et à établir un lien entre celle-ci et la part du krill dans le régime alimentaire des manchots.

Pour établir ce lien, nous avons collecté du guano de manchot à plusieurs endroits. À l’aide d’un spectromètre, nous avons déterminé la couleur de chaque échantillon telle qu’un satellite la percevrait. Cette opération a été réalisée dans un petit laboratoire de fortune installé à bord d’un navire en Antarctique, qui sent probablement encore aujourd’hui le guano de manchot. Nous avons également analysé la composition de ce guano, à l’aide d’outils issus de la chimie environnementale, afin de déterminer le régime alimentaire à l’origine de cette couleur.

Une personne est penchée au-dessus d’une table sur laquelle sont disposés plusieurs petits morceaux de tissu de différentes couleurs
Casey Youngflesh étale du guano de manchot afin de préparer son analyse.
Casey Youngflesh, CC BY

Ces informations, associées à une modélisation statistique, nous ont permis de déterminer ce que mangent les manchots en nous basant sur la couleur de leur guano telle qu’observée par satellite. Plus largement, cela nous donne un aperçu de ce qui se passe au sein du réseau trophique (c’est-à-dire, le réseau de relations prédateurs/proies de l’écosystème, ndlt) marin antarctique dans son ensemble, des informations qui resteraient autrement cachées sous la surface de l’océan austral. À notre connaissance, il s’agit de la première initiative visant à surveiller directement, depuis l’espace, ce que mangent ces animaux.

Une vue aérienne montre deux cercles formés par une colonie de manchots sur la terre ferme, près d’un rivage rocheux et glacé
Une photo prise par un drone montre à quel point les colonies de manchots, en bas à gauche, se distinguent par leur couleur du terrain environnant.
Thomas Sayre-McCord/WHOI/MIT, CC BY

À partir des données issues d’environ 4 000 images satellite, nous avons pu étudier les variations du régime alimentaire des manchots dans le temps et dans l’espace. De fait, nous avons constaté que les manchots se nourrissent effectivement d’aliments différents selon les régions du continent antarctique et que leur alimentation varie aussi bien au cours de l’année que d’une année à l’autre.

Les relations entre banquise, les réseaux trophiques et les populations de manchots

Nos données montrent comment le changement climatique modifie le régime alimentaire des manchots et comment le réseau trophique antarctique, dans son ensemble, évolue en conséquence.

Depuis les années 2010, la banquise a connu un recul spectaculaire en Antarctique, plusieurs années ayant enregistré de nouveaux records historiques de couverture minimale. Moins de glace de mer signifie moins de poissons, ce qui est une mauvaise nouvelle pour les manchots : les poussins de manchots Adélie sont généralement plus lourds lorsqu’ils sont nourris au poisson plutôt qu’au krill. De plus, les poussins plus lourds ont davantage de chances de survivre jusqu’à l’âge adulte.

Nos résultats montrent que dans les régions où les manchots consomment moins de poissons, leur nombre a diminué au cours des dernières décennies sur l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce. À l’inverse, les colonies de manchots qui consomment davantage de poissons ont davantage de chances de rester stables ou de s’agrandir.

De nombreux manchots sont perchés au-dessus de leurs poussins, au milieu des rochers, de la terre et du guano
Une colonie de manchots Adélie avec leurs poussins, sur l’île du Roi-George, en Antarctique.
Michael Polito, University of California Santa Cruz, CC BY

Malheureusement, le recul à large échelle de la banquise devrait se poursuivre à l’avenir. Les manchots Adélie sont également confrontés aujourd’hui à une concurrence accrue de la part d’autres espèces marines – sans parler des humains – pour l’accès aux poissons et au krill.

Une photo en gros plan montre un manchot penché en avant, le bec ouvert, face à deux minuscules poussins gris et noirs qui tendent la tête vers lui, la bouche grande ouverte
Un manchot Adélie adulte nourrit deux petits sur l’une des îles Danger, en Antarctique.
Michael Polito, University of California Santa Cruz, CC BY

Par exemple, dans la région de la péninsule antarctique, située juste au sud de l’Amérique du Sud, les populations de baleines à fanons, qui se nourrissent principalement de krill, ont considérablement augmenté depuis la fin de la chasse commerciale à la baleine il y a plusieurs décennies. Dans le même temps, les manchots papous ont étendu leur aire de répartition vers le sud, en direction de l’Antarctique à mesure que le climat se réchauffe, ce qui augmente le nombre de prédateurs chassant dans ces eaux.

Les chalutiers pêchent désormais également de grandes quantités de krill destinés à l’alimentation des poissons et à la fabrication de compléments alimentaires pour l’humain, ce qui pourrait exercer une pression supplémentaire sur les manchots Adélie dans ces régions.

Une découverte rendue possible par les images satellite

Ce n’est qu’en exploitant des milliers d’images satellite que notre équipe de recherche a pu comprendre comment le régime alimentaire des manchots Adélie varie selon les différentes zones de répartition de l’espèce, comment il évolue au fil des saisons et comment il s’adapte aux changements environnementaux observés au cours des dernières décennies.

Les informations fournies par les satellites sont particulièrement précieuses pour les régions isolées et difficiles d’accès telles que l’Antarctique. Les autres méthodes de collecte de ces données nécessiteraient des moyens considérables en termes de personnel, de planification, de déplacements et de logistique de survie.

À mesure que les technologies satellitaires continuent de s’améliorer, avec une résolution toujours plus élevée, des intervalles plus courts entre les prises d’images et de nouveaux capteurs destinés à la collecte d’informations, de nouvelles possibilités s’offrent à nous, chercheurs, pour transformer en profondeur la manière dont nous surveillons certaines espèces sauvages, fournissant ainsi des informations essentielles sur l’évolution du monde et sur la manière dont l’humanité pourrait s’adapter à ces changements.

The Conversation

Casey Youngflesh a reçu des financements de la NASA.

– ref. En Antarctique, le guano des manchots devient rose, et ce n’est pas une bonne nouvelle – https://theconversation.com/en-antarctique-le-guano-des-manchots-devient-rose-et-ce-nest-pas-une-bonne-nouvelle-292258

« Tu souffres de bouffées de chaleur ? » La ménopause, ce tabou qui creuse les inégalités au travail

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sophie Hennekam, Associate Professor in Human Resource Management, specialized in Diversity Management, Audencia

La ménopause agit comme un révélateur puissant d’inégalités sociales et professionnelles déjà existantes. Une étude menée dans plusieurs pays, sur trois continents, suggère que, loin d’être une simple transition biologique, elle met en lumière la manière dont le genre, la classe sociale, la culture et l’organisation du travail s’entrecroisent pour façonner les parcours professionnels des femmes.


La ménopause est encore largement pensée comme une question médicale individuelle.

Pourtant, nous montrons dans notre recherche qu’elle est avant tout une expérience sociale, profondément marquée par la culture et la classe sociale, avec des conséquences très différenciées sur les carrières des femmes.

La ménopause ne produit pas, à elle seule, ces inégalités. Elle révèle et amplifie des mécanismes déjà à l’œuvre, dont les effets diffèrent selon les ressources professionnelles, sociales et culturelles dont disposent les femmes.

En France, la ménopause au travail commence tout juste à émerger dans le débat public, alors même qu’elle concerne 17 millions de femmes. Chaque année, environ 500 000 femmes entrent dans cette période de leur vie ; 87 % d’entre elles indiquent des incidences sur leur activité professionnelle. Le nombre de femmes en emploi concernées ne cesse d’augmenter, sous l’effet du vieillissement de la population active et du recul de l’âge de départ à la retraite.

Longtemps tabou, ce sujet suscite désormais un intérêt politique croissant. En avril 2025, un rapport parlementaire a formulé 25 propositions visant à mieux intégrer la ménopause dans les politiques de ressources humaines et à améliorer les conditions de travail des salariées concernées. Il marque une prise de conscience certes tardive, mais indispensable.

Notre recherche s’appuie sur 205 témoignages de femmes en emploi dans plusieurs pays, notamment en Chine, en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Zimbabwe et en Zambie. Elle analyse la manière dont elles vivent cette transition et met en évidence un constat central : les effets professionnels de la ménopause sont profondément inégalitaires.

Médicalisation de la ménopause

La ménopause n’est pas interprétée de manière universelle. Elle est principalement appréhendée dans de nombreux contextes occidentaux à travers un prisme biomédical, qui met l’accent sur les symptômes, la fatigue ou la baisse de performance.




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Même si les répercussions de la ménopause sur la santé des femmes ne doivent être ni ni niés ni minorés, cette médicalisation contribue à renforcer les stéréotypes liés à l’âge et au genre tout en alimentant des formes de stigmatisation au travail, en particulier dans les environnements compétitifs.

À l’inverse, dans les contextes africains et asiatiques analysés, la ménopause est perçue comme une transition sociale, parfois associée à un statut symbolique renforcé ou à une reconnaissance accrue. Certaines femmes interrogées décrivent cette période comme une étape de redéfinition de soi, y compris sur le plan professionnel. Une première femme interviewée témoigne :

« Après avoir traversé ces changements physiques et émotionnels, je me sens mieux armée pour gérer le stress et les situations difficiles. Je suis également devenue plus empathique envers les personnes confrontées à des difficultés personnelles, ce qui a renforcé mes compétences en matière de communication et de leadership. De plus, la ménopause m’encourage à fixer des limites plus saines et à donner la priorité à prendre soin de moi. »

Plus grande difficulté avec des emplois physiques

Sur tous les continents, en revanche, les femmes qui cumulent plus fréquemment des emplois physiquement exigeants, peu flexibles et offrant peu de marges de négociation, assument davantage de responsabilités domestiques. Ce phénomène est largement documenté dans la littérature sociologique, notamment par les chercheuses Jan Windebank ou Tracey Warren.

Pour ces femmes, les symptômes de la ménopause peuvent devenir particulièrement difficiles à gérer. Elles disposent de moins de ressources organisationnelles et se sentent souvent moins légitimes à demander des aménagements.

Une personne interviewée rappelle que :

« Le plus dur, c’est sans aucun doute le travail physique. Je me fatigue assez vite et j’ai ensuite des bouffées de chaleur si, par exemple, je dois aider quelqu’un à prendre son bain. »

Auto-exclusion professionnelle

La sévérité des symptômes peut affecter la santé, la productivité et la présence au travail). Notre recherche met surtout en évidence un phénomène plus discret : l’auto-exclusion professionnelle.

« Je pense que la ménopause m’a empêchée de postuler à d’autres emplois auxquels j’aurais pu prétendre. Cela me rend très peu sûre de moi et limite mes choix », relate une personne interviewée.

De nombreuses femmes expliquent renoncer à des opportunités de promotion, de mobilité ou de formation, non par manque de compétences, mais par une anticipation d’un coût personnel trop élevé. Ce mécanisme marque particulièrement les trajectoires professionnelles féminines en contexte de précarité.

« Je pense que depuis que je suis entrée en périménopause, je m’intéresse moins à l’évolution de ma carrière. J’ai l’impression de n’avoir plus rien à apporter à un poste à plus grandes responsabilités. J’ai perdu la confiance que j’avais autrefois… Je me demande sans cesse si je fais bien mon travail », souligne une autre personne interviewée.

Logique implicite d’adaptation individuelle

La ménopause devient un enjeu relevant de l’organisation du travail. Nous mettons en lumière que les difficultés rencontrées par les femmes tiennent moins aux symptômes eux-mêmes qu’à l’articulation entre les contraintes professionnelles et les ressources organisationnelles disponibles.

« Je n’ai pas parlé de mes symptômes à mon employeur. Mais si je le faisais, je ne recevrais aucun soutien », exprime une personne interviewée.

Les réponses organisationnelles reposent largement sur une logique implicite d’adaptation individuelle, supposant que les salariées disposent des marges de manœuvre nécessaires pour ajuster leur activité ou solliciter du soutien. Ces marges sont socialement différenciées :

  • les femmes les mieux dotées en ressources professionnelles et organisationnelles sont davantage en mesure de composer avec la ménopause ;

  • celles occupant des positions plus contraintes se trouvent plus exposées à la fatigue morale et au retrait professionnel.

En ce sens, les politiques organisationnelles existantes tendent à bénéficier prioritairement aux femmes disposant déjà de ressources, laissant de côté celles qui en auraient pourtant le plus besoin. Ceci confirme les appels récents à reconnaître la ménopause comme une véritable question de travail.

Ce que la ménopause révèle des inégalités au travail

Les effets de la ménopause ne sont ni uniformes ni automatiques. Ils dépendent largement des ressources disponibles – individuelles, sociales et organisationnelles – dont disposent les femmes pour y faire face.

Celles qui occupent des emplois autonomes, mieux reconnus et plus flexibles peuvent plus facilement ajuster leur activité, mobiliser du soutien ou redéfinir leur trajectoire professionnelle. À l’inverse, les femmes cantonnées à des postes contraints et moins aménageables se trouvent exposées à une dégradation de leurs conditions de travail et à des arbitrages défavorables pour leur carrière.

La ménopause apparaît comme un moment critique où des inégalités jusqu’alors latentes deviennent visibles : renoncements à des opportunités professionnelles, auto-exclusion de certaines trajectoires. Ces mécanismes contribuent à renforcer les écarts déjà observés en matière de progression de carrière, de reconnaissance et de santé au travail.

Penser la ménopause autrement, c’est dépasser une approche strictement individuelle ou médicale pour l’envisager comme un enjeu organisationnel et social à part entière. Cela implique de concevoir des politiques de ressources humaines capables de tenir compte de la diversité des situations vécues par les femmes, en intégrant explicitement les dimensions de conditions de travail et de culture organisationnelle.

À ce titre, la ménopause constitue un levier essentiel pour repenser les politiques d’égalité professionnelle, de santé au travail et de maintien en emploi des femmes tout au long de leur carrière.


Cet article a été corédigé avec Bruno Felix, professeur à Fundação Dom Cabral au Brésil.

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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. « Tu souffres de bouffées de chaleur ? » La ménopause, ce tabou qui creuse les inégalités au travail – https://theconversation.com/tu-souffres-de-bouffees-de-chaleur-la-menopause-ce-tabou-qui-creuse-les-inegalites-au-travail-281810

Une nouvelle carte du monde agrandit l’Afrique : pourquoi tant de remous ? Les cartographes s’expliquent

Source: The Conversation – in French – By Jack Swab, Assistant Professor Department of Geography & Sustainability, University of Tennessee

L’ONU a adpté une résoluton non contraignante en faveur de la projection « Equal Earth ». Cette carte représente plus fidèlement la taille réelle des terres émergées. La projection couramment utilisée aujourd’hui, appelée « projection de Mercator », exagère considérablement la superficie des terres situées près des pôles Nord et Sud, ce qui donne l’impression que « l’Afrique est beaucoup plus petite ».

Dans la projection de Mercator, les pays situés près des pôles Nord et Sud peuvent apparaître avec une taille de deux à quatorze fois plus grande que leur taille réelle. Dans la projection « Equal Earth », ces distorsions sont réduites. L’Afrique y apparaît ainsi plus grande par rapport aux autres régions.

Nous avons demandé à Jack Swab et Derek Alderman, cartographes et géographes qui étudient le pouvoir social et communicatif des cartes, de nous expliquer ce phénomène.


Qu’est-ce qu’une projection cartographique ?

Une projection cartographique est une technique utilisée par les cartographes (créateurs de cartes) pour représenter la terre, qui est ronde et en trois dimensions, sur une carte plate en deux dimensions. C’est ce que nous voyons accroché aux murs et sur les écrans d’ordinateurs. Lorsque les cartographes aplatissent le globe, la carte subit des déformations, ce qui modifie les formes et les superficies. Il n’existe aucune projection cartographique qui ne déforme pas la Terre, mais certaines projections sont mieux adaptées à certains usages que d’autres.

Le travail d’un cartographe consiste à choisir parmi les centaines de projections cartographiques différentes, en tenant compte de l’objet de la carte et de son utilisation prévue. Aucune projection n’est idéale pour toutes les utilisations. Cette nouvelle projection « Equal Earth » est mieux adaptée que la projection de Mercator pour produire des cartes du monde à l’échelle globale à des fins éducatives, de communication publique et d’élaboration des politiques.

La projection « Equal Earth » favorise une compréhension géographique plus précise des tailles relatives des pays et des continents. Elle offre au grand public une perspective plus juste pour comparer les régions en termes de population, d’environnement, de développement, de politique et d’autres tendances mondiales.

La projection de Mercator est-elle encore utile ?

Bien que la projection de Mercator ne soit pas adaptée pour représenter la taille des terres émergées de la planète, elle ne disparaîtra pas pour autant. Elle est par exemple très utile à des fins de navigation, car elle permet de conserver la précision d’un relèvement à la boussole entre deux points sans avoir à le recalculer.

C’est pourquoi la plupart des plateformes cartographiques en ligne, telles que Google Maps ou Apple Maps, s’appuient sur une variante de la projection de Mercator pour fournir des itinéraires. Utiliser la projection « Equal Earth » pour la navigation ne serait pas aussi efficace que la projection de Mercator.

Comment la projection « Equal Earth » sera-t-elle utilisée ?

La production de cartes est décentralisée. Il n’existe pas d’autorité unique qui décide du choix de la projection cartographique à utiliser. L’ONU a simplement entériné le message général selon lequel la projection « Equal Earth » est une projection plus juste qui représente de manière plus équitable la taille réelle de la planète Terre. Et bien que cette initiative se déroule à l’échelle mondiale, des mouvements sont en cours au sein des communautés cartographiques pour faire de la projection « Equal Earth » la projection cartographique mondiale par défaut.

La résolution de l’ONU ne suffira pas à elle seule à faire de la projection « Equal Earth » une projection adoptée à l’échelle mondiale.

Cela nécessite une révision délibérée des cartes utilisées dans les manuels scolaires, les bases de données, les productions médiatiques et les discussions diplomatiques, ce qui exige un investissement en main-d’œuvre et en ressources financières.

La projection « Equal Earth » a été développée par des cartographes et est devenue populaire dans le milieu depuis son lancement en 2018. Il est désormais possible d’acheter des cartes murales utilisant la projection « Equal Earth ». Elle a également déjà été utilisée par différents médias. Cela dit, il revient à chacun de faire le choix d’utiliser « Equal Earth » ou d’autres types de projection.

Pourquoi la projection « Equal Earth » a-t-elle suscité des résistances ?

La résistance à la projection « Equal Earth » a été assez limitée. Il y a eu plusieurs abstentions lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies, mais la plupart étaient motivées par d’autres raisons. L’Ukraine, par exemple, a exprimé des inquiétudes concernant la représentation de la péninsule de Crimée, objet de litige, sur la carte, que le site web de la projection « Equal Earth » présente comme un territoire dont le statut est contesté .

Cela a suscité une réaction de la Russie, ainsi que des remarques d’autres nations concernant des territoires disputés. Étant donné que la résolution de l’ONU portait sur la manière de représenter le monde et non sur des frontières politiques spécifiques (un point sur lequel la Russie et l’Ukraine s’accordaient), ces discussions relevaient davantage de prises de position géopolitiques sur des questions qui ne relevaient pas de la cartographie.

Le seul cas à part, et le seul vote « contre » la projection « Equal Earth », est venu des États-Unis. Ce pays a affirmé que la proposition s’inscrivait dans le cadre d’un « projet radical et idéologique » qui n’avait pas sa place dans les débats des Nations Unies. Les délégués américains ont contesté les formulations établissant un lien entre les distorsions de la projection de Mercator et les héritages coloniaux ainsi que la marginalisation de l’Afrique. Cela n’a rien de surprenant, puisque l’administration actuelle nie l’existence de systèmes structurels d’inégalité.

Il est difficile de ne pas remarquer l’hypocrisie à l’œuvre. Les États-Unis souhaitent que les autres pays ne discutent pas des implications politiques de la cartographie, alors même que le président Trump s’adonne à sa propre réinterprétation nationaliste de la carte. Il a unilatéralement rebaptisé le golfe du Mexique «golfe d’Amérique» et le lac Ontario en lac Amérique, pour des raisons idéologiques évidentes et sans consultation internationale.

En quoi cette nouvelle carte est-elle importante pour changer la perception mondiale du monde ?

L’argument avancé par les pays africains était que la projection « Equal Earth » constitue une forme de « justice cognitive ».

La justice cognitive reconnaît que les gens assimilent souvent le pouvoir et la valeur des lieux à leur taille apparente sur les cartes. La perception traditionnelle de l’Afrique comme un continent plus petit que l’Europe ou l’Amérique du Nord renforce l’idée que ces régions du monde sont plus importantes.

La projection « Equal Earth » pourrait faciliter l’enseignement, la diffusion et la discussion d’une vision différente de l’Afrique et de son importance dans le monde. Aujourd’hui, les pays africains comptent parmi les économies et les populations qui connaissent la plus forte croissance au monde.

Les projections cartographiques ne peuvent à elles seules changer les mentalités. Cependant, alors que les pays africains cherchent à exercer une plus grande influence dans les affaires internationales, corriger la carte mentale des dirigeants mondiaux constitue une étape importante pour mettre en avant la pertinence et les droits du continent.

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The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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La importancia de enseñar a los estudiantes lo que la IA no puede hacer

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Billy J. Stratton, Professor of English and Literary Arts, University of Denver

«Madeleine en el Bois d’Amour» (1888), de Émile Bernard. Art Media/The Print Collector via Getty Images

Resulta inquietante imaginar que el pensamiento humano pueda volverse obsoleto o ser considerado inferior debido a los avances en inteligencia artificial. Pero, a pesar de todos sus problemas, la IA no puede ignorarse ni descartarse. Ha llegado para quedarse, y quiero que mis alumnos comprendan lo que está en juego si dependemos demasiado de esta tecnología.

No puedo culparlos por preguntarse por qué deberían dedicar tanto tiempo y esfuerzo a perfeccionar su escritura y sus habilidades de pensamiento crítico si los grandes modelos de lenguaje parecen hacer un trabajo aceptable.

Sin embargo, esta situación tiene importantes implicaciones para la cultura y las sociedades.

Es fácil imaginar un futuro en el que la dependencia de la IA conduzca al conformismo intelectual y a la erosión del pensamiento crítico. Los investigadores ya están documentando estos efectos, que amenazan con convertir el esfuerzo de lidiar con las ideas en un arte perdido.

Por eso creo que es fundamental que los educadores enfrenten la IA de frente. La clave, en mi opinión, es enseñar a los estudiantes a distinguir las habilidades de reconocimiento de patrones de la IA de su incapacidad para soñar despierta, ponerse en el lugar de los demás y expresarse de manera auténtica.

Dime qué piensas

En un curso que impartí recientemente sobre literatura gótica sureña, les propuse un ejercicio a mis alumnos. Se les pidió que le pidieran a la IA que analizara la «atmósfera emocional» de una escena de la novela de Carson McCullers de 1940, «El corazón es un cazador solitario».

Muchos de los personajes que los lectores conocen en las obras del gótico sureño, como las de McCullers, son extravagantes y brutales. Retratados desde una perspectiva distorsionada y antinatural, hablan en dialectos extraños y evocan lo que Flannery O’Connor se refirió al «grotesco.»

Viven en lugares aislados que parecen anclados en el pasado y que, por usar otra expresión de O’Connor, están «perseguidos por Cristo».

A muchos lectores les cuesta asimilar los extraños mundos de estos personajes. A la IA le resulta aún más difícil generalizar las complejas tensiones entre la fe y la incredulidad, o entre el bien y el mal, que dan vida a estas historias.

Foto en blanco y negro de una mujer joven sentada en el escalón de una entrada, con la cabeza apoyada en una mano y un cigarrillo entre los dedos de la otra.
Carson McCullers.
AP Photo

Para limitar el abanico de respuestas y permitir comparaciones útiles, les proporcioné a los estudiantes escenas en las que aparecían los personajes principales de la novela. Una de ellas era la secuencia desgarradora en la que Spiros Antonapoulos, un personaje sordo, es enviado a un manicomio estatal, dejando atrás a su único amigo, John Singer.

La escena transmite una sensación palpable de angustia y tristeza. Además, despierta una ira justificada hacia el primo de Antonapoulos por haberlo alejado, una decisión motivada por la conveniencia y basada en un malentendido que interpreta las dificultades de Spiros como un comportamiento desviado y antisocial. El hecho de que provenga de una familia de inmigrantes y viva en un pequeño pueblo de Georgia le da a la escena un matiz aún más intenso.

ChatGPT, sin embargo, describió la escena utilizando una terminología estéril y abstracta. Para citar una respuesta representativa que compartió uno de mis alumnos: «La atmósfera es devastadoramente solitaria y parece suspendida en el tiempo. La escena se percibe como tranquila, desamparada y emocionalmente unilateral. No hay una despedida dramática; en cambio, el momento está marcado por la angustia silenciosa de Singer. La partida del tren simboliza una separación irreversible».

La descripción es fría y objetiva. No logra captar el peso de la profunda tristeza que emana de la separación de dos amigos que solo se tienen el uno al otro. Además, contiene un error factual: es un autobús, no un tren, el que se aleja.

También falta un reconocimiento claro del temor de Singer ante los horrores que le esperan a Antonapoulos, así como de la ironía dramática que genera la aparente inconsciencia de Antonapoulos respecto a cómo su vida está siendo trastornada. La IA simplemente carece de la experiencia vivida necesaria para desarrollar conciencia contextual de manera que le permita comprender verdaderamente la inquietante novela de McCullers.

Dado que la IA funciona en gran medida como un motor de optimización —basándose en la síntesis de enormes cantidades de datos en línea y en el resumen de los resultados—, sus análisis de esta escena y de otras fueron sistemáticamente superficiales; «carecían de profundidad» y estaban llenos de «tópicos vagos», como lo expresaron dos estudiantes.

Acceder a la experiencia corporal

A continuación, les pedí a mis alumnos que le pidieran a la IA que generara “una nueva escena con al menos tres personajes” de su elección.

El resultado creativo fue aún más insípido. A los alumnos les divirtió especialmente que la IA hiciera que John Singer, quien actúa como un eje que conecta a todos los demás personajes, hablara sobre una variedad de temas. El problema, por supuesto, es que Singer, al igual que Antonapoulos, también es sordo.

Fotograma de una película en el que aparece un hombre sentado, vestido con traje, con los ojos cerrados, la cabeza inclinada hacia abajo y las manos levantadas.
Alan Arkin interpreta a John Singer en la adaptación cinematográfica de 1968 de «El corazón es un cazador solitario».
Warner Bros.

No es de extrañar que esa IA no pudiera comprender la experiencia de no poder oír. Es importante recordar que interactuar con una IA significa tratar con una inteligencia sintética que carece de un cuerpo a través del cual experimentar e interactuar con el mundo.

Sin una presencia física, no puede ponerse en el lugar de sus usuarios ni experimentar nada que se acerque a la empatía humana. Si bien los multimillonarios de la tecnología, como Elon Musk y Marc Andreessen, pueden considerar la empatía y la introspección como debilidades, esos rasgos son el corazón palpitante de la literatura y el arte, la fuente de la creatividad y la conexión humana.

En otras palabras, la emoción, la empatía y la irracionalidad podrían considerarse algunos de los contrapisos más poderosos frente a la IA.

Aceptar la fragilidad humana

Puede haber situaciones en las que la IA resulte útil para mis alumnos, y creo que los esfuerzos por prohibir el uso de la IA son inviables y contraproducentes.

La posibilidad de prescindir por completo de estas herramientas es, en gran medida, un lujo. Así como muchas personas no pueden permitirse contratar a alguien para que limpie su casa, cuide su jardín o cuide a sus hijos, quienes luchan por llegar a fin de mes quizá necesiten recurrir a la ayuda de la IA.

Pero mi esperanza es que mis alumnos —especialmente en lo que respecta a su trabajo intelectual— comprendan que el uso de la tecnología implica renunciar a capacidades que son esenciales para el pensamiento y la creatividad humanos: la imaginación, la intuición y la autorreflexión.

Quiero que lo piensen dos veces antes de intentar ocultar, con un chatbot, las fragilidades, debilidades, obsesiones y divagaciones inherentes a la mente humana. En cambio, quiero que acepten estas tendencias humanas y se entreguen a lo que el poeta William Wordsworth llamó el «desbordamiento espontáneo de sentimientos poderosos».

Después de todo, el mejor arte suele surgir de quienes se encuentran en su momento de mayor vulnerabilidad, confusión y desorientación.

The Conversation

Billy J. Stratton does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. La importancia de enseñar a los estudiantes lo que la IA no puede hacer – https://theconversation.com/la-importancia-de-ensenar-a-los-estudiantes-lo-que-la-ia-no-puede-hacer-292126

Merci, Trump : le Canada en voie de devenir le tout premier « membre associé » de l’UE

Source: The Conversation – in French – By Stewart Prest, Lecturer, Political Science, University of British Columbia

Un pays peut-il changer de continent ? Le Canada semble prêt à tenter l’expérience.

Le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé son intention de solliciter un statut inédit de membre associé de l’Union européenne. Il ne s’agit pas non plus d’une simple lubie, puisque Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a déjà appuyé cette idée.

Cette proposition est à la fois absurde et parfaitement logique, selon la façon dont on la présente. Sur le plan géographique, le Canada reste solidement ancré en Amérique du Nord, partageant une frontière avec son voisin du sud de plus en plus imprévisible, les États-Unis.

À d’autres égards importants, cependant, le Canada a clairement eu beaucoup plus en commun ces derniers mois avec les pays européens qu’avec des États-Unis de plus en plus instables. En effet, en l’espace d’un an, les États-Unis sont passés du statut de plus proche allié du Canada sur la scène mondiale à celui de principale menace pour sa souveraineté.




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En renforçant les liens avec d’autres démocraties européennes, Carney espère, de toute évidence, offrir au Canada une certaine protection contre l’ingérence continue des États-Unis et l’hostilité du président américain Donald Trump. Cet argument repose sur une certaine logique.

Les puissances moyennes s’unissent

En fait, à bien des égards, cette proposition s’inscrit tout à fait dans la lignée de l’approche multilatérale adoptée par le Canada en matière de politique internationale depuis la fin de la guerre froide.

C’est un récit que Carney a clairement évoqué lorsqu’il a parlé de la nécessité pour les puissances moyennes de tracer ensemble leur propre voie dans son discours historique prononcé à Davos plus tôt cette année.

Le Canada, hier comme aujourd’hui, n’est pas de taille à rivaliser avec les plus grandes puissances mondiales. Mais en collaborant avec d’autres États partageant les mêmes valeurs, il peut trouver des moyens de se défendre et d’accroître son influence. La différence, bien sûr, c’est qu’aujourd’hui, les États-Unis ne font plus partie de ces alliés, mais constituent au contraire la plus grande menace pour le Canada.

Il ne faut pas non plus sous-estimer cette menace. Alors que certains observateurs, dont moi-même, mettent en garde contre ce danger depuis que la piteuse démarche de Justin Trudeau à Mar-a-Lago a inspiré à Trump sa blague sur le « 51e État », l’ampleur et la gravité du problème sont devenues impossibles à ignorer.

Les dernières négociations commerciales l’ont clairement démontré. Après les blagues de mauvais goût et les cartes offensantes, l’administration Trump s’est mise à formuler des exigences plus concrètes en matière d’allégeance.

Avant même son entrée en fonction, Trump inventait des problèmes de trafic de drogue à la frontière que le Canada devait résoudre — un grief sur lequel le président revient sans cesse.

Des négociations commerciales plus récentes comprenaient des exigences qui constituaient un renoncement à la souveraineté canadienne. Elles comprenaient un droit de veto sur les partenaires commerciaux internationaux du Canada, une dépendance accrue à l’égard des États-Unis pour les marchés de défense et les services de sécurité et, chose incroyable, une tentative d’ingérence dans le bilinguisme officiel canadien.




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Chercher de l’aide ailleurs

En cours de route, des personnalités proches de Trump ont mis en avant l’idée d’une sécession de l’Alberta, et l’ambassadeur des États-Unis a traité les Canadiens avec un mépris total. Pire encore, le Canada n’a reçu que très peu de soutien, même de la part des Américains qui lui sont favorables.

Le message est clair : les Américains ont été intimidés par un gouvernement autoritaire qui n’a aucun respect pour le Canada ni pour les Canadiens. Si le Canada souhaite défendre sa souveraineté, il doit chercher de l’aide ailleurs. Aucun pays n’est plus vulnérable que celui qui n’a pas d’alliés.

Cela nous ramène à un Canada plus étroitement lié à l’Europe.

L’Union européenne est le premier regroupement de démocraties et la première puissance économique au monde. Lorsque les États européens parviennent à coopérer sur le plan politique — ce qui n’est pas toujours acquis —, ils constituent une force capable de rivaliser avec les autres grandes puissances mondiales.

Le Canada entretient également des liens de longue date avec l’Europe, non seulement par le biais de liens culturels — un patrimoine culturel commun à de nombreux Canadiens, bien que loin d’être tous —, mais aussi grâce à une coopération diplomatique et militaire au sein de nombreuses institutions internationales. Parmi ces organisations, on compte l’OTAN, les Nations unies, le G7 ou encore la Francophonie.

En tant que démocraties tout aussi vulnérables face à des régimes autoritaires de plus en plus décomplexés, le Canada et les États membres de l’UE ont tout intérêt à se protéger mutuellement et à collaborer pour défendre les valeurs et les institutions démocratiques.




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Risques et inconvénients potentiels

Le statut de membre associé du Canada au sein de l’UE soulève encore de nombreuses questions et comporte des risques bien réels. L’adhésion à l’Union européenne n’est pas sans inconvénient, comme l’a clairement démontré le Brexit il y a à peine dix ans.

Le Royaume-Uni a voté pour quitter l’Union européenne et, bien que cette décision ait posé des problèmes sur le plan économique, elle n’était pas dénuée de logique. L’adhésion à l’UE demeure controversée, car la mise en commun de la souveraineté exige des sacrifices : les nations renoncent à leur contrôle unilatéral en échange de bénéfices collectifs plus vastes.

Ce n’est pas un détail. La perte de pouvoir décisionnel est, dans une large mesure, ce à quoi le Canada s’oppose dans les négociations commerciales avec les États-Unis. Bien qu’il soit beaucoup trop tôt pour savoir en quoi consistera ce statut de membre associé, Carney devra prendre des mesures pour empêcher les populistes canadiens de trouver une nouvelle cible lointaine à Bruxelles.

L’harmonisation des politiques avec les alliés européens risquerait également de constituer un obstacle supplémentaire au commerce avec les États-Unis. Bien qu’il soit clair que le Canada ne puisse plus compter sur une relation de confiance avec son voisin du sud, les deux pays resteront indissociables, et les États-Unis demeureront probablement le plus important partenaire commercial du Canada, non seulement en raison de la géographie, mais aussi grâce à des décennies d’investissements et de politiques communes.

Même si le Canada a besoin d’amis, il est important que le pays agisse de manière à ne pas compromettre ses relations avec les États-Unis.


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Commerce avec l’Asie

Enfin, le Canada ne doit pas oublier que des millions de Canadiens ont des racines bien au-delà de l’Europe.

La région du Pacifique demeure la plus importante source d’échanges commerciaux du Canada à l’extérieur des États-Unis, et les démocraties de cette région ressemblent, à bien des égards, davantage au Canada qu’aux pays de l’UE.

Le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et Taïwan sont, tout comme le Canada, pris entre les influences des États-Unis et de la Chine et doivent trouver le moyen de louvoyer entre ces deux puissances. Par conséquent, dans sa recherche d’alliés, le Canada ne peut se permettre d’être trop étroit d’esprit ou trop ancré dans le passé. L’Europe représente le passé du Canada, mais la région du Pacifique occupe une place prépondérante dans son avenir.

Une chose est toutefois claire. Le premier ministre du Canada comprend que le monde a changé ; le monde d’avant ne reviendra pas. Le Canada mène un combat pour sa survie et agit en conséquence.

La Conversation Canada

Stewart Prest ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Merci, Trump : le Canada en voie de devenir le tout premier « membre associé » de l’UE – https://theconversation.com/merci-trump-le-canada-en-voie-de-devenir-le-tout-premier-membre-associe-de-lue-292210

Tecnocapitalismo: así está cambiando la tecnología las estructuras de poder en el mundo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Víctor Climent Sanjuán, Profesor Titular de Sociología, Universitat de Barcelona

Peter Thiel, cofundador de las compañías PayPal (junto a Elon Musk) y Palantir. mark reinstein/Shutterstock

La irrupción de la Cuarta Revolución Industrial está suponiendo una profunda transformación tecnológica de las sociedades desarrolladas como consecuencia del impulso de la inteligencia artificial (IA), la robótica y la digitalización de la economía y la sociedad.

Esta nueva realidad ha implicado el desarrollo de un nuevo modelo económico y social denominado tecnocapitalismo donde los datos, los algoritmos, las plataformas de IA generativa y el conocimiento se convierten en las principales fuentes de riqueza y poder.

En otras palabras, mientras la Cuarta Revolución Industrial aporta las tecnologías, el tecnocapitalismo desarrolla el sistema que permite que estas sean utilizadas para generar beneficios, organizar la producción, mejorar la productividad y, sobre todo, para establecer nuevos mecanismos de control social y una nueva estructura de poder.

Este último punto es uno de los más relevantes tanto por su trascendencia política como social. La evolución hacia el tecnocapitalismo supone la irrupción de nuevos actores, muy ligados a la revolución tecnológica, que paulatinamente están sustituyendo a la antigua clase dominante de la Globalización.

Nos referimos a una burguesía muy vinculada a los grandes grupos y organismos financieros y a las grandes corporaciones empresariales que ejerce poder a través del manejo e influencia en las principales instituciones globales e internacionales como el Fondo Monetario Internacional, el Banco Mundial, el Banco Central Europeo, la Unión Europea o el G7.

Los grandes magnates que mandan en el mundo

Este proceso de sustitución de los grupos dominantes viene determinado por variables que ya no responden a los mecanismos clásicos. La nueva gobernanza se fundamenta en el poder del algoritmo, en el control del comportamiento social y en la gestión de los metadatos de la identidad individual y colectiva de la sociedad.

Y sus principales protagonistas ya no son los directivos de grandes corporaciones empresariales que poseen un gran poder de decisión, pero apenas disponen de un porcentaje de propiedad. En la actualidad, la mayoría de las grandes empresas tecnológicas están gestionadas por magnates que acumulan un inmenso poder y una enorme riqueza.

Otro hecho relevante, desde una perspectiva política, es que la mayoría de propietarios de las grandes tecnológicas, especialmente las norteamericanas, son personas muy cercanas al trumpismo o a movimientos de extrema derecha. Son personajes que defienden abiertamente postulados autoritarios como el supremacismo blanco, la redefinición del sistema democrático o la legitimidad de utilizar la fuerza militar para que unas naciones impongan su voluntad a otras, sin importar el orden internacional ni sus principales instituciones como Naciones Unidas o la Corte Penal Internacional.

Entre otros, Elon Musk (X, Tesla, SpaceX), Peter Thiel (fundador de Palantir) o Alex Karp (consejero delegado de esta compañía) son un buen ejemplo de esta dinámica social que busca, a través de las redes y del algoritmo, modelar la opinión pública, especialmente las generaciones más jóvenes, para introducir cambios sociales estructurales destinados a dinamitar las viejas democracias occidentales.

Tecnoautoritarismo y nuevas guerras

Sin embargo, el punto más complejo de este análisis consiste en comprender cómo el tecnoautoritarismo de esta nueva clase dirigente consolida una nueva estructura de poder. Históricamente, las actividades o espacios de “gobernanza crítica” (control social, sistemas de inteligencia, seguridad, defensa, objetivos militares, etc…) siempre han sido gestionados por los gobiernos y por las principales estructuras del Estado.

No obstante, en los últimos años, estos modelos de control social, e incluso algunas decisiones de los altos mandos militares muy relacionadas con los objetivos militares de una guerra, empiezan a ser administrados por determinadas empresas suministradoras de software e IA.

Estas plataformas tecnológicas, a través de sus sistemas operativos, se infiltran en las grandes estructuras de los Estados y, poco a poco, van substituyendo determinadas capacidades decisorias, propia de los gobernantes, para convertirse en “infraestructuras soberanas” que, al margen del control público, privatizan y monetizan infinitud de megadatos. Y estos, posteriormente, permiten reescribir las reglas del control social, las relaciones de poder y las guerras presentes y futuras.

Veamos un ejemplo: Un determinado ejército suscribe un convenio de colaboración con un contratista que suministra un software y un algoritmo (IA) que se convierte en el sistema operativo, por defecto, de la inteligencia en el campo de batalla, de la logística y de la elección de los objetivos de guerra.

Lo cierto es que la capacidad de ataque de estos sistemas automatizados con aprendizaje generativo incrementa brutalmente el número de objetivos de guerra y su capacidad de destrucción. Pero también implica que, en este caso, el ejército “ceda” una parte de su capacidad de decisión y muchas otras iniciativas de guerra a un algoritmo que está controlado por una empresa privada. Es decir, se produce un trasvase de soberanía y de gobernanza crítica, propia del Estado, a un consejo de administración controlado por intereses privados.

El desprecio a la democracia de los tecnócratas

Por otra parte, todo este proceso de sustitución de las clases dominantes no sería posible sin la llegada al poder de los partidos políticos de extrema derecha. Las iniciativas de estos gobiernos no solo consisten en impulsar políticas inmigratorias excluyentes, establecer pautas de extrema polarización política o practicar un ultranacionalismo militante. Además, sus políticas persiguen el desprecio más absoluto hacia el modelo democrático, buscan el control social a través de las redes y, sobre todo, pretenden la total desregulación del espacio económico y político del Estado.

Y es en este contexto de cambio social, donde las nuevas estructuras de poder pueden desarrollar su verdadero potencial de crecimiento e innovación, sin las cortapisas regulatorias de los viejos sistemas democráticos.

En otras palabras, el proceso de digitalización social, la robotización y la implementación de la IA generativa están propiciando cambios profundos en el ámbito económico y productivo y en las relaciones de poder de nuestras sociedades.

Y el desarrollo de esta nueva revolución industrial será más positivo o más negativo para la humanidad en función de la capacidad adaptativa de las viejas democracias a la nueva realidad social y de la limitación de poder de los nuevos actores sociales.

Solo desde la regulación y el control público de la nueva “gobernanza algorítmica” será posible establecer un nuevo contrato social que permita que las nuevas tecnologías redunden en beneficio de la humanidad.

The Conversation

Víctor Climent Sanjuán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Tecnocapitalismo: así está cambiando la tecnología las estructuras de poder en el mundo – https://theconversation.com/tecnocapitalismo-asi-esta-cambiando-la-tecnologia-las-estructuras-de-poder-en-el-mundo-288028

¿Quién cuida de las organizaciones? El trabajo que invisibiliza a las mujeres y frena su ascenso

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gema García Piqueres, Profesora Titular de Universidad en el Área de Organización de Empresas, Universidad de Cantabria

Vanz Studio/Shutterstock

Cuando hablamos de desigualdad de mujeres y hombres en el empleo, solemos pensar en la brecha salarial, el techo de cristal o la penalización de la maternidad. Pero hay otros mecanismos menos visibles que también contribuyen a mantenerla.

Uno de ellos tiene que ver con el reparto de tareas dentro de las organizaciones y con el valor que se les atribuye.

En cualquier organización hay tareas imprescindibles: coordinar, organizar, tutorizar, resolver problemas o ayudar a otras personas. Aunque son necesarias y generan valor, no siempre cuentan para promocionar.

La economista Linda Babcock y sus colaboradoras denominaron a este fenómeno non-promotable work: trabajo que no da posibilidades de ascenso, es decir, tareas necesarias para la organización, pero que apenas contribuyen al reconocimiento y la progresión profesional de quien las realiza.

El concepto, aunque reciente, conecta con otras cuestiones como el trabajo emocional (la regulación de las emociones en el lugar de trabajo para cumplir con las normas o expectativas), el comportamiento de ciudadanía organizacional (una conducta individual y voluntaria no exigida por la empresa pero que mejora su eficiencia y funcionamiento) o el trabajo invisible (tareas esenciales, como el trabajo emocional, que no se reconocen ni compensan). Esto plantea una nueva pregunta clave: ¿quién realiza este trabajo y qué obtiene a cambio?

El non-promotable work también tiene género

Los estudios muestran que dicho trabajo recae con mayor frecuencia sobre las mujeres. Una serie de experimentos realizados en 2017 demuestra que responde a un doble mecanismo: las mujeres reciben más peticiones para asumir tareas que no contribuyen a la promoción profesional y también son más proclives a aceptarlas.

La teoría de los roles sociales ayuda a explicar este fenómeno. Las expectativas sociales siguen asociando a las mujeres con la cooperación, la empatía y la disponibilidad, mientras que a los hombres se les relaciona con la autonomía y la orientación a los resultados. Estos estereotipos también se reproducen en las organizaciones y pueden contribuir a que las mujeres sean percibidas como candidatas naturales para asumir tareas de apoyo, coordinación o servicio.

Pero la desigualdad no se explica únicamente porque a las mujeres se les pida asumir estas tareas con mayor frecuencia. También influye que suelen rechazarlas menos. Las expectativas de género influyen en lo que se espera del comportamiento de mujeres y hombres. Además, pueden generar reacciones negativas cuando se apartan de esas expectativas. A este fenómeno se le conoce como backlash.

De esta forma, se genera tensión: asumir demasiadas tareas de apoyo resta tiempo para actividades que sí cuentan para promocionar, pero rechazarlas puede afectar a la percepción de compromiso. Joan C. Williams y Mikayla Boginsky denominan tightrope bias (el sesgo de la cuerda floja) a esta situación: las mujeres deben equilibrar las expectativas de cooperación y disponibilidad con la asertividad asociada al liderazgo.

Una extensión laboral de la división tradicional del cuidado

El reparto de estas tareas puede entenderse también desde la economía de los cuidados. Dentro de las organizaciones, algunas actividades se asimilan a una forma de cuidar de la organización y de las personas que la integran.

El cuidado familiar y el non-promotable work no son lo mismo, pero comparten características: ambos son necesarios para que el sistema funcione, suelen ser poco visibles y recaen de forma desproporcionada sobre las mujeres.

A escala mundial, ellas dedican al trabajo doméstico y de cuidados no remunerado 2,5 veces más horas al día que los hombres.

En Europa, los datos del Instituto Europeo para la Igualdad de Género (EIGE) confirman que este reparto desigual sigue siendo una fuente importante de desigualdad.

Cuando cuidar de las organizaciones tiene un coste profesional

El non-promotable work genera, ante todo, un problema de tiempo. Cada hora dedicada a coordinar, tutorizar, organizar o resolver tareas cotidianas es una hora menos para las actividades que impulsan las carreras profesionales.

Pero el coste no es únicamente temporal. También puede ser un coste de oportunidad.

No todas las tareas adicionales ofrecen las mismas posibilidades de visibilidad, reconocimiento o promoción. Algunas permiten demostrar capacidad de liderazgo, acceder a proyectos estratégicos o establecer relaciones con personas clave dentro de la organización. Otras, aunque sean necesarias para que todo funcione, apenas dejan huella en la trayectoria profesional.

Esta diferencia aparece también en investigaciones que distinguen entre office housework –las tareas necesarias para que el día a día funcione– y office glamour work, proyectos más visibles y estratégicos, y con mayor potencial para impulsar una carrera.

Los resultados muestran que las mujeres realizan más tareas del primer tipo y tienen menos acceso a las del segundo. Por tanto, el problema no es solo hacer más tareas que no promocionan. También tener menos oportunidades de realizar otras que sí pueden impulsar su carrera.

Esto genera un coste de oportunidad claro: estas tareas consumen un recurso escaso (el tiempo) y desplazan funciones que sí reciben reconocimiento y recompensa en las organizaciones.

Valoración desigual

Pero también importa cómo se valora ese trabajo. Un estudio sobre office housework encontró que este tipo de tareas estaba relacionado con la promoción de los hombres pero no de las mujeres. Esto sugiere que la desigualdad no reside únicamente en quién realiza estas tareas, sino también en el reconocimiento profesional que reciben quienes las realizan.

Con el tiempo, este efecto se acumula. Menos tiempo para trabajo del que se valora para promocionar significa menor visibilidad y menos oportunidades de liderazgo.

Los datos apuntan en esa dirección. El Global Gender Gap Report 2024 del Foro Económico Mundial muestra que las mujeres siguen ocupando una proporción significativamente menor de los puestos directivos y de alta dirección. Además, el informe Women in the Workplace 2024 de la consultora McKinsey identifica la primera promoción hacia puestos de mando –el llamado broken rung o peldaño roto– como uno de los momentos clave en los que las mujeres pierden representación.

Reconocer el trabajo que hace que todo funcione

El non-promotable work muestra que este problema no depende solo de las decisiones individuales. También depende de cómo se organiza el trabajo. ¿Por qué determinadas tareas se distribuyen de forma desigual? ¿Quién tiene acceso a las actividades que favorecen la carrera profesional? ¿Y cómo se recompensa cada contribución?

La solución pasa por distribuir estas responsabilidades de forma más equilibrada y reconocer mejor un trabajo que con frecuencia apenas cuenta en los sistemas de evaluación y promoción.

Porque no basta con ofrecer las mismas oportunidades si unas personas deben dedicar más tiempo que otras a tareas necesarias para que la organización funcione pero que apenas se tienen en cuenta para avanzar profesionalmente.

Visibilizar y valorar estas contribuciones permitiría acercar lo que las organizaciones necesitan a aquello que realmente incentivan.

Reconocer el non-promotable work supone avanzar hacia organizaciones más responsables, donde la igualdad no dependa únicamente de ofrecer las mismas oportunidades de promoción, sino también de revisar cómo se distribuye y se reconoce el trabajo cotidiano que hace posible el éxito colectivo.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. ¿Quién cuida de las organizaciones? El trabajo que invisibiliza a las mujeres y frena su ascenso – https://theconversation.com/quien-cuida-de-las-organizaciones-el-trabajo-que-invisibiliza-a-las-mujeres-y-frena-su-ascenso-290918