Alsace, Vosges, Alpes-Maritimes : ces campagnes françaises qui innovent

Source: The Conversation – in French – By Federico Diodato, Architecte-urbaniste, PhD en Architecture, Maître de conférences à l’Ensa Nancy, École nationale supérieure d’architecture de Nancy

L’éco-hameau la Vigotte Lab, dans les Vosges, lieu d’expérimentation en pleine nature. La Vigote Lab, CC BY-NC

Longtemps perçues comme périphériques, les campagnes françaises s’affirment aujourd’hui comme des laboratoires d’innovation écologique, sociale et culturelle. Entre initiatives locales, coopératives et expérimentations territoriales, elles révèlent des récits alternatifs capables de transformer notre rapport à l’écologie et au développement.


« Comment retourner à la vie rurale après avoir goûté à l’effervescence culturelle de la Ville Lumière ? », chantait Nora Bayes, à la fin de la Première Guerre mondiale (How Ya Gonna Keep ‘em Down on the Farm (After They’ve Seen Paree ?).

Ce titre évoque un contexte très spécifique – celui des États-Unis d’après-guerre, et une population bien ciblée – les soldats revenus d’Europe. Cependant, il met en évidence une opposition de représentations encore aujourd’hui profondément ancrée&. D’un côté, la ville, lieu qui relie une communauté sociale (civitas) avec un espace bâti (urbs) ; de l’autre, ce qui est présenté comme son opposé, la ruralité, souvent reléguée à une position périphérique, voire marginalisée, caractérisée par sa rusticité, sa grossièreté et considérée comme un réservoir de ressources pour la ville.

Tournant rural

Le « tournant rural » que nous vivons en France depuis quelques années signale un changement de regard porté sur ces territoires. Ce changement est culturel, car il implique un changement de perspective collectif qui transforme profondément notre façon, en tant que société, de percevoir, comprendre et se rapporter à ces territoires. Dernière preuve de ce tournant, le rapport « Des campagnes aux ruralités », rédigé par le conseil scientifique de France ruralités, qui retrace l’évolution de ce regard et la reconnaissance de la multiplicité des ruralités. Longtemps associées au déclin et à l’abandon, les « ruralités plurielles » font aujourd’hui l’objet d’une perception plus nuancée qui reconnaît leur potentiel d’innovation, de résilience et d’attractivité.

La difficulté reste, toutefois, de dépasser une vision aménagiste des territoires ruraux, qui les considère avant tout comme des réservoirs de ressources sur lesquels appliquer de nouveaux modèles de développement, même lorsqu’ils sont qualifiés de « durables ». Comme remarque le philosophe Pierre Caye, le terme « durable » pose question et, associé au développement, il semble aujourd’hui être de plus en plus vidé de sens – un concept qui est, d’un côté, « partout dans les discours, et nulle part dans les faits » et, de l’autre, un mot d’ordre « dont on a peine de saisir les principes et à mesurer les effets ».

Le concept de transition écologique ne se porte pas mieux, considéré par certains collectifs comme une impasse, dont les fonctions principales semblent être de « différer indéfiniment toute véritable transformation écologique » et de fournir un nouveau marché lucratif aux entreprises.

Et si c’était précisément dans les territoires ruraux que nous pouvions puiser pour concevoir collectivement une nouvelle forme d’écologie, porteuse d’un récit territorial renouvelé ?

Les ruralités, laboratoires d’innovation

En s’immergeant dans ces territoires, on y découvre des ruralités créatives et apprenantes, de véritables laboratoires d’innovation et d’expérimentation.

On y trouve des coopératives mettant en œuvre des systèmes productifs multisectoriels (comme la coopérative Ardelaine, en Ardèche), des villages en transition vers des systèmes énergétiques à zéro émission de CO2 (Muttersholtz, en Alsace), des éco-hameaux devenus de véritables laboratoires de recherche (la Vigotte Lab, dans les Vosges), ou encore des hameaux fondant leur développement sur l’autonomie alimentaire (Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes)… Ces expériences illustrent une résistance aux systèmes de production homogénéisants et extractifs – des systèmes qui, par essence, négligent la complexité des interdépendances socio-écologiques.

Elles révèlent les ruralités comme des socio-écosystèmes composés de filières multisectorielles capables d’intégrer agriculture et artisanat avec événements culturels et tourisme. Si elles relèvent souvent de l’« extraordinaire » – car rendues possibles grâce aux efforts considérables de collectifs locaux et d’élus engagés –, elles ne sont jamais reproductibles comme des modèles. Leur force réside ailleurs : dans les méthodologies qu’elles esquissent, toujours imaginables en regard des contextes spécifiques locaux, de leurs richesses, de leurs imaginaires et de leurs besoins.

De l’expérimentation dans le quotidien

Au-delà de ces expériences « extraordinaires », certaines recherches sur les territoires ruraux nous indiquent qu’on peut aussi retrouver dans les modes de vie « ordinaires » l’émergence de nouvelles formes d’écologie, indépendantes du discours écologique dominant encore trop attaché à l’urbain. À ce propos, la chercheuse Fanny Hugues aperçoit dans les « débrouilles » quotidiennes des habitants de ces territoires des styles de vie qui « font avec ce que l’on a » et des gestes d’attention qui tendent à « faire durer les choses ». Récupérer, réparer, autoproduire, tant d’actions qui pourraient nous montrer un chemin pour retourner à un rapport aux richesses territoriales plus sobre.

En reprenant la devise de la Fédération des parcs on pourrait affirmer qu’« une autre vie s’invente » dans les territoires ruraux. C’est particulièrement vrai dans les 59 parcs naturels régionaux (PNR), qui couvrent 18 % du territoire national et constituent des laboratoires privilégiés d’innovation. Trente disciplines se croisent au sein de leurs conseils scientifiques, contribuant activement à une inversion des valeurs et des référentiels.

Parmi les actions qu’ils portent, le dispositif des ateliers « hors les murs » – programme national mené en partenariat avec le ministère de la culture depuis 2018 – occupe une place centrale. Il permet à deux établissements d’enseignement supérieur, issus de disciplines différentes, d’organiser des ateliers territoriaux en immersion dans les PNR. Dans ce cadre, les territoires ruraux deviennent des lieux de formation ainsi que d’expérimentation pour un projet local renouvelé. Ce dispositif, en dépassant la seule dimension pédagogique, assume une portée politique et offre un terreau fertile pour imaginer des dynamiques territoriales porteuses d’avenir : initiatives locales, solidarités de proximité, innovations sociales et écologiques… autant de manifestations concrètes d’une créativité enracinée dans les spécificités des territoires ruraux.

Architectes, paysagistes, urbanistes, designers spécialistes du projet de territoire, le projet de territoire ne peut plus ignorer la dépendance des métropoles envers les ruralités, faisant de ces arrière-pays urbains non pas seulement territoires porteurs de richesses vitales (sols, biodiversité, biomasse, alimentation, énergie…), mais des véritables laboratoires d’innovation. Ces récits ne pourront devenir effectifs que si les services d’ingénierie territoriale arrivent à traduire ces apprentissages dans une commande publique à la hauteur des enjeux actuels : une commande publique qui promeut la réhabilitation de l’existant, qui valorise les formes d’habitat vernaculaires, qui maintient (ou crée) des services de proximité, qui soutient des formes d’habitat alternatives fondées sur le réemploi et l’autoconstruction et qui développe des réseaux de mobilités douces, pensés aussi comme des corridors de biodiversité.

Et même si, au bout du compte, nous choisissons de rentrer à Paris, ce sera avec un regard profondément transformé.


Cet article est publié dans le cadre de la série « Regards croisés : culture, recherche et société », publiée avec le soutien de la Délégation générale à la transmission, aux territoires et à la démocratie culturelle du ministère de la culture.

The Conversation

La Chaire Nouvelles Ruralités de l’ENSA Nancy, dirigée par Marc Verdier, a reçu des financements du Ministère de la Culture dans le cadre du Plan culture et ruralité.

Federico Diodato ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Alsace, Vosges, Alpes-Maritimes : ces campagnes françaises qui innovent – https://theconversation.com/alsace-vosges-alpes-maritimes-ces-campagnes-francaises-qui-innovent-261290

60% of Africans don’t believe democracy is working in their interests – how parliaments can fix the problem

Source: The Conversation – Africa (2) – By Temitayo Isaac Odeyemi, Research fellow, University of Birmingham

Across Africa, democracy is being tested – by rising authoritarianism and military coups as well as a growing disconnect between citizens and the institutions meant to represent them.

The latest flagship report from Afrobarometer, a pan African research network, delivers a powerful warning. Citizen Engagement, Citizen Power, released in July 2025, reports that over 60% of Africans are dissatisfied with how democracy works in their countries. Support for democracy remains high, but belief in its effectiveness is fading, especially when citizens feel excluded from meaningful participation in decisions that affect them.

Put simply: the crisis of participation results from people being absent from the room when decisions that affect them are made. This article sets out practical ways parliaments can bring citizens in.

I am a political scientist whose work in comparative politics focuses on political institutions and democratic engagement in Africa. My broader research builds on my PhD on institutional development and legislative public engagement in Nigeria.

This research has shown that democratic fatigue has many roots, including insecurity and unmet socio-economic needs. But the deeper issue is a crisis of participation where decisions that affect people are made without consultation. Too often, Africans feel that decisions are made for them, not with them. Power remains concentrated in elite circles, while public engagement is reduced to symbolic gestures.

Democracy, in this view, is something performed in capitals rather than lived in communities.

If that is to change, parliaments must take the lead. As the institutions most visibly linked to representation, they can reconnect citizens with the democratic process. When parliaments get people to take part, they help restore public confidence. When they fail to do so, the entire democratic project is weakened.

Encouragingly, many African constitutions, including those of Kenya, South Africa, Zambia and Zimbabwe, now call for public participation in making laws.

Parliaments are increasingly referring to citizen engagement in their strategic plans, and standout models like South Africa’s Public Participation Model offer practical frameworks.

South Africa’s efforts have contributed to a 27% increase in public understanding of the parliament’s mandates. Evidence from civil society and independent research corroborates this.

But in many countries implementation remains patchy, and most parliaments fall short on including citizens.

According to Afrobarometer’s October 2024 data, trust in parliaments has declined by 19 percentage points since 2011. Only 37% of Africans now express confidence in these critical policy-making and representative bodies.

There’s a sense that public participation is often tokenistic — and that parliaments engage with citizens only when politically convenient.

Two recent examples illustrate the cost of disengagement. In Kenya, mass protests over the 2024 Finance Bill erupted after parliament passed controversial tax measures without adequate public consultation. The backlash, including the storming of parliament, reflected widespread anger not just at the bill’s content, but at the lack of citizen involvement in shaping it.

In Nigeria, lawmakers reinstated a colonial-era national anthem in a single day, bypassing public input.

One of the reasons trust in parliaments is falling is that there are gaps in how the institution listens and acts.

As the Afrobarometer data shows, citizens consistently believed that parliaments hold the key to making laws and holding leaders to account. So the challenge is not what the institution does or is expected to do, it is how it does it. Thus, producing visible actions is one way for parliament to restore public faith.

What Afrobarometer tells us about participation

The message of Citizen Engagement, Citizen Power is clear: citizens want more than just the right to vote. They want to shape decisions, hold leaders accountable, and co-create solutions to the challenges they face. Participation is not a luxury; it is central to the legitimacy and effectiveness of democratic institutions.

For parliaments, this starts with communication. Many citizens are simply unaware of what their parliament does, or how to influence it. Parliamentary websites are often out of date, social media channels underused, and legislative documents filled with inaccessible jargon.

Parliaments must use plain-language summaries, infographics and citizen-focused materials to explain key issues. This is urgent in an era of misinformation and deep fakes.

Radio remains one of the most powerful and accessible tools for democratic outreach. Legislatures already using radio programmes to explain bills and gather feedback should expand these initiatives, especially in local languages. Podcasts, public dialogues and community events can also spark engagement.

But engagement is not only about information – it is about presence. Many parliaments remain physically and culturally distant from the people they serve. Members of parliament are increasingly drawn from wealthy, business-oriented elites, creating a growing perception that parliament serves its own interests.

In earlier periods, teachers, civil servants and community leaders were more common in legislatures.

To close this gap, parliaments must invest in decentralised engagement. That includes hosting hearings outside capitals, organising outreach in rural areas, and partnering with schools, universities and faith-based institutions.

Crucially, consultation must be genuine. All too often, participation is limited to elite NGOs in urban centres. They play an important role, but are not a substitute for broad-based engagement. South Africa’s Parliamentary Democracy Office offers one model: a dedicated outreach unit working to include rural voices and translate public input into policy. Similar efforts across the continent should ensure that participation becomes routine, and that citizens can trace how their contributions affect outcomes.

Existing community structures can host citizens’ assemblies and forums. Technology can also help, but must be used inclusively. With nearly half the population living in rural areas and one-third lacking formal education, digital engagement risks excluding the very groups that most need a voice.

Participation as a democratic lifeline

The Afrobarometer report shows that citizens are not turning away from democracy itself. They are turning away from democratic institutions that don’t include them. Participation can reconnect citizens to democracy and restore trust in governance. But only if it is meaningful, sustained and inclusive.

The events in Kenya and Nigeria demonstrate the risks of exclusion. If parliaments legislate without the people, citizens will seek a voice elsewhere – through protests, populist movements, or authoritarian alternatives.

The Conversation

Temitayo Isaac Odeyemi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. 60% of Africans don’t believe democracy is working in their interests – how parliaments can fix the problem – https://theconversation.com/60-of-africans-dont-believe-democracy-is-working-in-their-interests-how-parliaments-can-fix-the-problem-262581

Corée du Nord : comment la logistique déjoue les obstacles

Source: The Conversation – France (in French) – By Gilles Paché, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, Aix-Marseille Université (AMU)

Comment la Corée du Nord fait-elle pour mettre à la disposition de toute sa population les biens dont elle a besoin ? Plongée dans la logistique façon Pyongyang, où le train joue un rôle essentiel.


La Corée du Nord nous apparaît le plus souvent comme une terre de secrets, avec sa dynastie de dictateurs dont on ignore presque tout, et ses frontières hermétiques qui la coupent du monde, même si des signaux à bas bruit d’un changement progressif sont identifiables. Le mystère est au moins aussi grand concernant sa logistique, parce qu’il faut bien qu’une logistique opère, comme dans n’importe quel pays, pour couvrir les besoins.

Comment les marchandises circulent-elles à travers le pays malgré la sévérité des sanctions et, donc, des contraintes imposées à la Corée du Nord ? La créativité assure en fait le bon fonctionnement d’une dictature singulière, et son exploration révèle une ingéniosité déconcertante, sachant que les chaînes logistiques n’y ressemblent à aucune autre.

L’importance du réseau ferré

En lieu et place de centres de distribution high-tech, de matériels de manutention automatisés et d’un dense réseau autoroutier, on se trouve en présence de routes de montagne sinueuses et mal entretenues, et de chemins de fer vieillissants. La majorité du réseau de 6 300 kilomètres date d’avant 1925, mais sa volumétrie est finalement comparable à celle de la France, qui dispose de 28 000 kilomètres pour une superficie quatre fois supérieure.

Chaque expédition de biens de première nécessité se présente de fait comme un casse-tête stratégique, à la recherche d’un équilibre constant entre l’utilisation au plus juste de ressources rares et le respect absolu de priorités géopolitiques. Explorer la logistique nord-coréenne est en effet autant une question technique que politique, pour une dictature soumise, comme omentionné plus haut, à des sanctions internationales très sévères.




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Tragédies ferroviaires

Le réseau ferroviaire constitue l’épine dorsale de la logistique intérieure. Les trains transportent tout : du charbon, des denrées alimentaires mais aussi des équipements industriels, reliant fermes, usines et bases militaires. Mais la vétusté endémique des infrastructures et les coupures d’électricité rendent toute planification chaotique, sans parler de possibles drames. En décembre 2023, un train à alimentation électrique a subi une chute brutale de tension, et le déraillement consécutif a causé la mort de plus de 400 personnes, mettant en lumière la fragilité structurelle du réseau ferroviaire.

Autre exemple tragique : un soldat est mort de faim à bord d’un train bloqué plusieurs jours, sans vivres ni assistance. Cet épisode dramatique, digne d’un mauvais polar, illustre la dépendance au rail, qui peut devenir un piège mortel, sachant que l’État donne toujours la priorité aux expéditions officielles, détournant trains et marchandises à destination de civils pour satisfaire prioritairement des besoins militaires, ce qui ne fut pas le cas en l’espèce pour le malheureux soldat.

Plus surprenant, les préférences de la dynastie régnante influencent directement les décisions logistiques. Des témoignages de transfuges rapportent que Kim Il-Sung et Kim Jong-il privilégiaient certaines régions selon leurs projets ou leurs caprices du moment, orientant ainsi directement la topographie des flux de transport, sans oublier que le train restait le moyen de transport le plus sécurisé à leurs yeux. Dans un tel contexte, les planificateurs aux ordres doivent bricoler des solutions adaptées. Lorsqu’une pénurie surgit, notamment pour les denrées alimentaires, ils réorganisent les chargements et les expéditions ou réacheminent en urgence les livraisons pour faire face aux exigences liées à la défense du territoire.

Une succession de mini-crises

L’acheminement de denrées alimentaires est effectivement l’un des points sensibles de la logistique nord-coréenne. La production agricole fluctue fortement selon les conditions climatiques, tandis que les pénuries d’énergie paralysent souvent la circulation des marchandises. Les camions sont rares, en étant réservés à la nomenklatura locale. Dans certaines régions, des responsables logistiques munis de bons prioritaires d’enlèvement se livrent à une “chasse aux vivres”. Par exemple, à Sinuiju et Uiju, ils écument fermes et entrepôts pour récupérer fruits, légumes et produits essentiels, souvent au détriment des locaux. Penser chaque acheminement ressemble alors à la résolution d’une succession de mini-crises.

Pour y faire face, les habitants s’appuient sur des réseaux locaux d’entraide et le travail collectif. Malgré ces défis, le pays réussit à maintenir des chaînes logistiques minimales pour ses villes et, surtout, pour ses différentes bases militaires. Ici, l’efficacité se mesure moins en référence à la vélocité des flux de biens de première nécessité que la capacité d’assurer la survie des populations et, par-dessus tout, du régime. Des itinéraires détournés, des transports nocturnes ou encore le recours à une main-d’œuvre étrangère pour pallier les défaillances logistiques témoignent d’un véritable jeu d’équilibriste, indispensable au maintien d’une dictature soumise à un isolement extrême dès lors qu’elle est devenue la neuvième puissance nucléaire de la planète.

Contournements discrets

Depuis son premier essai d’une bombe au plutonium en octobre 2006, les sanctions internationales ont poussé la Corée du Nord à développer des stratégies logistiques sophistiquées de contournement. Les frontières avec la Chine et la Russie, notamment le fleuve Tumen, servent de points de passage pour des échanges informels. Des commerçants nord-coréens, symboles d’une nouvelle classe moyenne d’entrepreneurs, les exploitent pour faire entrer des biens essentiels tels que le carburant, les médicaments et des composants technologiques, souvent via des routes maritimes non officielles. Ces activités logistiques sont rendues possibles grâce à la coopération tacite entre les autorités locales et les réseaux de contrebande.

Lesdits réseaux sont organisés et coordonnés le plus souvent par des entités liées à l’État, telles que le fameux « Bureau 39 », chargé des activités économiques illicites. Ils utilisent des navires sous pavillons de complaisance pour transporter des marchandises entre la Corée du Nord et la Chine, contournant ainsi les sanctions internationales de manière discrète puisque sont masquées l’origine et la destination réelles des cargaisons, tout en brouillant les pistes pour les autorités de contrôle.

À cela s’ajoute le fait que des diplomates nord-coréens ont été impliqués dans des activités de contrebande d’armes, utilisant leur statut pour faciliter le déroulement des opérations logistiques.

En mai 2024, AsiaPress, agence de presse japonaise travaillant avec un réseau clandestin de journalistes nord-coréens pour documenter la vie quotidienne et l’économie souterraine du pays, a révélé comment le ministère nord-coréen de la sécurité d’État (MSS) orchestre un contournement au poste frontalier du District 21, face à Hyesan. L’agence précise que, chaque jour, des camions chinois chargés de biens essentiels traversent la frontière sous l’œil vigilant des autorités nord-coréennes, un agent du MSS posté tous les 20 mètres pour superviser l’opération ! Ces flux sont initiés par le Bureau 39, qui tire profit de l’économie parallèle pour renflouer les caisses du régime, finalement grâce à une logistique soutenant un trafic autant secret que stratégique.

Une résilience jusqu’à l’invraisemblable

En fin de compte, l’élément clé à retenir de la logistique nord-coréenne est sans doute sa remarquable résilience sur le long terme. Des voies ferrées sans âge aux sentiers de montagne dérobés utilisés dans les trafics de contrebande, chaque expédition raconte une histoire de survie et d’ingéniosité. Un constat pas réellement surprenant car même dans les pays les plus isolés, et mis au ban diplomatique et économique, une logistique ad hoc s’avère indispensable à la circulation des biens et au fonctionnement d’une société.

France 24 – 2025.

Chaque déplacement prend ici la forme d’un défi permanent, comme si la Corée du Nord jouait une partie de poker sans fin contre la pénurie. La logistique n’y est pas celle de l’efficacité managériale au sens occidental du terme, mais d’une survie faite de bricolages, de détournements et de multiples astuces. Un sac de riz transporté à vélo, un wagon surchargé cahotant à 25 km/h à travers les campagnes, ou un esquif improvisé franchissant un fleuve le démontre jour après jour. Finalement, déjouer les obstacles est l’objectif principal d’une logistique nord-coréenne, pas comme les autres.

Des liens officiels avec la Russie

La résilience se renforce d’ailleurs au fil des semaines puisqu’à mesure que la guerre en Ukraine s’enlise, une partie de la logistique nord-coréenne bascule vers des échanges de plus en plus formels et nombreux avec le voisin russe. Ainsi, les livraisons d’armes destinées à la Russie, documentées par plusieurs sources, relèvent la présence d’une logistique organisée, puissante et totalement assumée, qui participe au fait de sortir la Corée du Nord de son isolement.

De même, la récente reprise de vols commerciaux entre Moscou et Pyongyang par la compagnie russe Nordwind symbolise le glissement vers une institutionnalisation incontestable des canaux officiels. En d’autres termes, la logistique nord-coréenne se révèle capable non seulement d’improviser dans l’ombre, mais aussi de se formaliser lorsque l’opportunité se présente. Une plasticité qui conforte le régime et, à ce titre, n’est certainement pas sans danger pour la sécurité à long terme de la planète.

The Conversation

Gilles Paché ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Corée du Nord : comment la logistique déjoue les obstacles – https://theconversation.com/coree-du-nord-comment-la-logistique-dejoue-les-obstacles-264074

Les bactéries miroirs pourraient conquérir la vie sur Terre : et si ce fantasme de scientifiques devenait une dangereuse réalité

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kate Adamala, Assistant Professor of Genetics, Cell Biology and Development, University of Minnesota

À l’avenir, si des cellules synthétiques (dites « cellules miroirs »), correspondant à la version chimiquement inversée de cellules naturelles, se développaient sur Terre, quelles pourraient être les conséquences pour la santé humaine et l’environnement ? On fait le point sur les risques et les enjeux liés à cette vie miroir.


La plupart des grandes molécules biologiques, y compris toutes les protéines, l’ADN et l’ARN, s’orientent dans une direction ou dans une autre. En d’autres termes, elles sont chirales. Tout comme le gant gauche ne convient qu’à la main gauche et le gant droit à la main droite, les molécules chirales ne peuvent interagir qu’avec d’autres molécules dont la chiralité est compatible.

Deux chiralités sont possibles : gauche et droite, officiellement appelées L pour le latin laevus et D pour dexter. Toute vie sur Terre utilise des protéines L et des sucres D. Même les Archaea, un large groupe de microorganismes à la composition chimique inhabituelle, respectent cette règle concernant la chiralité des principales molécules qu’ils utilisent.

Depuis longtemps, les scientifiques spéculent sur la possibilité de créer des biopolymères qui reproduiraient les composés présents dans la nature, mais dans une orientation opposée, à savoir des composés constitués de protéines D et de sucres L. Ces dernières années, des avancées prometteuses ont été réalisées, notamment à travers la mise au point d’enzymes capables de fabriquer des ARN miroirs et des ADN miroirs.

Diagramme de deux modèles moléculaires qui sont des images miroirs l’un de l’autre, comme les deux mains sur lesquelles ils sont superposés
La chiralité désigne le fait qu’un élément ne peut pas être superposé à son image miroir, comme c’est le cas pour vos mains.
NASA

Quand les scientifiques ont observé que ces molécules miroirs se comportaient exactement comme leurs équivalents naturels, ils ont estimé qu’il serait possible de créer une cellule vivante complète à partir de ces molécules. Les bactéries miroirs, en particulier, ont le potentiel pour constituer des outils de recherche fondamentale précieux, ce qui pourrait peut-être permettre aux scientifiques d’étudier pour la première fois un nouvel arbre de la vie et de résoudre de nombreux problèmes en bioingénierie et biomédecine.

Cette « vie miroir », comme on la surnomme – faite de cellules vivantes constituées d’éléments de base ayant une chiralité opposée à celle des éléments qui composent la vie naturelle –, pourrait avoir des propriétés très similaires à celles des cellules vivantes naturelles. Ces cellules miroirs pourraient vivre dans le même environnement, se disputer les ressources et se comporter comme n’importe quel organisme vivant. Elles seraient capables d’échapper aux infections d’autres prédateurs et aux systèmes immunitaires, car ces adversaires ne seraient pas en mesure de les reconnaître.

Ses caractéristiques justifient pourquoi des chercheurs et chercheuses comme moi ont été immédiatement attirés par la vie miroir. Mais ses qualités constituent également des défauts majeurs qui permettent d’appréhender les problèmes posés par cette technologie.

Je suis spécialiste de la biologie de synthèse, j’étudie les façons d’utiliser la chimie pour créer des cellules vivantes. Je suis également bioingénieure et je développe des outils pour la bioéconomie.

En qualité de chimiste de formation, la vie miroir m’est d’abord apparue comme un moyen fascinant de répondre à des questions fondamentales sur la biologie et d’appliquer concrètement ces découvertes à l’industrie et à la médecine. Cependant, à mesure que j’en apprenais davantage sur l’immunologie et sur l’écologie de la vie miroir, j’ai pris conscience des conséquences potentielles de cette technologie sur l’environnement et sur la santé.

De réelles inquiétudes fondées sur une hypothétique « vie miroir »

Il est important de noter que les chercheurs seront probablement, d’ici dix ans à trente ans, en mesure de créer des bactéries miroirs. À l’échelle d’un domaine en perpétuelle évolution, comme la biologie de synthèse, une décennie correspond à une très longue période. La création de cellules synthétiques est difficile en soi et la création de cellules miroirs nécessiterait plusieurs avancées techniques.

Cependant, cela comporterait un risque. Si des cellules miroirs étaient libérées dans l’environnement, elles seraient probablement capables de proliférer rapidement sans grande restriction. Les mécanismes naturels qui maintiennent l’équilibre des écosystèmes, notamment les infections et la prédation, ne fonctionneraient pas sur la vie miroir.

Les bactéries, comme la plupart des formes de vie, sont sensibles aux infections virales. Des virus bactériens, ou bactériophages, pénètrent dans les bactéries en se liant à leurs récepteurs de surface, puis utilisent leur machinerie cellulaire pour se répliquer.

Mais tout comme un gant gauche ne convient pas à une main droite, les bactériophages naturels ne reconnaîtraient pas les récepteurs cellulaires miroirs et ne pourraient pas utiliser leur mécanisme. La vie miroir serait probablement résistante aux virus.

Image microscopique de nombreuses boules géométriques fixées à une sphère translucide par de fins filaments
Les bactéries miroirs pourraient être capables d’échapper aux bactériophages censés contribuer à les maintenir sous contrôle. Ici, plusieurs bactériophages sont fixés à la paroi cellulaire d’une bactérie.
Professor Graham Beards/Wikimedia, CC BY-SA

Les microorganismes qui se nourrissent dans l’environnement contribuent également à maintenir les populations de bactéries sous contrôle. Ils distinguent les aliments des non aliments à l’aide de récepteurs chimiques « gustatifs ». Tout ce à quoi ces récepteurs se lient, comme les bactéries et les débris organiques, est considéré comme comestible.

À l’inverse, les éléments qui ne peuvent pas se lier à ces récepteurs, comme les roches, sont classés comme non comestibles. Pensez à un chien qui fouille le sol de la cuisine : il mangera un morceau de pain, mais se contentera de renifler une cuillère avant de passer à autre chose. Pour les prédateurs des bactéries, la vie en miroir ressemblerait davantage à une cuillère qu’à du pain : les prédateurs la « renifleraient » avec leurs récepteurs et passeraient à autre chose, car ces cellules ne peuvent pas se lier à eux.

La garantie d’être en sécurité contre le risque d’être mangées serait une excellente nouvelle pour les bactéries miroirs, car cela leur permettrait de se reproduire librement. Ce serait une bien moins bonne nouvelle pour le reste de l’écosystème, car les bactéries miroirs pourraient accaparer tous les nutriments et se propager de manière incontrôlable.

Même si les bactéries miroirs n’attaquaient pas activement les autres organismes, elles consommeraient tout de même les sources de nourriture dont les autres organismes ont besoin. Et comme les cellules miroirs auraient un taux de mortalité beaucoup plus faible que les organismes normaux en raison de l’absence de prédation, elles prendraient lentement, mais sûrement, le contrôle de l’environnement.

Même si les cellules miroirs se développaient plus lentement que les cellules normales, elles seraient capables de se développer sans que rien ne les arrête.

Une immunité insuffisante

Un autre mécanisme de contrôle biologique qui ne serait pas capable de « détecter » les cellules miroirs est le système immunitaire.

Vos cellules immunitaires vérifient constamment tout ce qu’elles trouvent dans votre sang. L’arbre décisionnel d’une cellule immunitaire est assez simple. Tout d’abord, il détermine si quelque chose est vivant ou non, puis il le compare à la base de données du « soi » – vos propres cellules. Si cet élément est vivant mais ne fait pas partie de vous, il doit être détruit. Les cellules miroirs ne passeraient probablement pas la première étape de ce filtrage : elles ne provoqueraient pas de réponse immunitaire, car le système immunitaire ne serait pas capable de reconnaître ou de se lier aux antigènes des cellules miroirs. Cela signifie que les cellules miroirs pourraient infecter une large variété d’hôtes, une situation sans précédent.

Vous pensez certainement qu’une infection causée par des bactéries miroirs pourrait être traitée avec des antibiotiques de même nature. Cela fonctionnerait probablement, et ce serait même moins agressif pour votre intestin qu’un traitement antibiotique classique. En effet, comme les antibiotiques présentent également une polarité, les versions miroirs de ces médicaments n’auraient aucun effet sur votre microbiome intestinal, tout comme les antibiotiques classiques n’ont aucun effet sur les cellules miroirs.

Mais les humains ne représentent qu’une petite partie de l’écosystème. Tous les autres animaux et plantes peuvent également être sensibles à une infection par des pathogènes miroirs. S’il est possible d’imaginer que l’on puisse développer des antibiotiques miroirs pour traiter les infections humaines, il est physiquement impossible de traiter l’ensemble du monde végétal et animal.

Si tous les organismes sont sensibles à une infection, même lente, par des bactéries miroirs, il n’existe aucun traitement efficace qui puisse être déployé à l’échelle de l’ensemble de l’écosystème.

Mieux vaut prévenir que guérir

La vie miroir est un sujet de recherche passionnant et un outil potentiellement efficace pour des applications pratiques en médecine et en biotechnologie. Mais pour de nombreux scientifiques, dont je fais partie, aucun de ces avantages ne compense les graves conséquences que la vie miroir peut avoir sur la santé humaine et sur l’environnement.

Avec un groupe de chercheurs en immunologie, en écologie, en biosécurité et en sécurité, dont certains ont déjà travaillé activement sur la vie miroir, nous avons mené une analyse approfondie des motifs d’inquiétudes possibles concernant la création de la vie miroir. Quelle que soit la manière dont la question était examinée, de front ou à travers le miroir, nos conclusions étaient claires : les avantages potentiels de la création de la vie miroir ne valent pas les risques encourus.

« La vie en miroir est scientifiquement séduisante, mais éthiquement peu pertinente », CBC News.

Il n’existe aucun moyen de rendre quoi que ce soit totalement infaillible, y compris les dispositifs de sécurité intégrés à une cellule miroir, censés prévenir le risque de rejet accidentel ou délibéré dans l’environnement. Les chercheurs travaillant dans ce domaine, dont nous-mêmes, pouvons trouver cela décevant. Mais ne pas fabriquer de cellules miroirs peut garantir la sécurité et la sûreté de la planète. Une discussion plus approfondie au sein de la communauté scientifique mondiale, afin d’identifier les types de recherches sur les biomolécules miroirs et les technologies connexes les plus sûres, et réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour réglementer ces recherches, peut contribuer à prévenir les dangers potentiels.

Conserver les cellules miroirs à l’intérieur du miroir, plutôt que de les rendre physiquement réelles, est le moyen le plus sûr de garantir la sécurité.

The Conversation

Kate Adamala ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les bactéries miroirs pourraient conquérir la vie sur Terre : et si ce fantasme de scientifiques devenait une dangereuse réalité – https://theconversation.com/les-bacteries-miroirs-pourraient-conquerir-la-vie-sur-terre-et-si-ce-fantasme-de-scientifiques-devenait-une-dangereuse-realite-257145

Budget Bayrou : voter la confiance, puis l’amender peut être une bonne option

Source: The Conversation – France in French (3) – By François Langot, Professeur d’économie, Directeur adjoint de l’i-MIP (PSE-CEPREMAP), Le Mans Université

Lundi 1er septembre, le premier ministre, François Bayrou, débute des consultations avec les principaux leaders politiques à propos de son projet de budget pour 2026. Un autre budget est-il possible ? Peut-on à la fois réduire l’endettement, sans casser la croissance, tout en réduisant les inégalités ?


Cette année, l’État français versera 68 milliards d’intérêts aux marchés financiers. Au-delà de cette dépense contrainte, il déboursera 91 milliards d’euros de plus que ses recettes : le total de ses dépenses hors charges d’intérêts sera de 1 627 milliards d’euros, alors qu’il ne percevra « que » 1 535 milliards de recettes. Ce sont donc 159 milliards d’euros (91+68) qu’il faudra « trouver » en 2025, puis 170 milliards d’euros en 2026, si rien ne change dans la gestion des finances publiques.

Une gestion de la dette plus difficile

Pour s’opposer aux changements proposés par le gouvernement Bayrou, certains affirment que le niveau de la dette publique n’est pas un problème. Ils ont raison, mais uniquement dans un contexte particulier : si l’augmentation de la richesse créée en France chaque année à l’avenir est suffisante pour compenser les intérêts payés chaque année. Les prévisions pour 2025 indiquent que le taux d’intérêt sur la dette sera de 2,2 %, alors que la croissance ne sera que de 2 %. Il y aura donc un besoin de financement d’environ 7 milliards d’euros en 2025.

Même si les dépenses de l’État hors charges d’intérêts étaient égales à ses recettes, le surplus de revenus créés en 2025 serait inférieur de 7 milliards d’euros aux intérêts à couvrir sur la dette publique. Cela augmentera mécaniquement le ratio dette/PIB (la dette, augmentée de ses intérêts, croissant plus vite que le PIB). Pour 2026, la hausse des taux d’intérêt et le contexte international morose ne laissent pas envisager une croissance économique supérieure au taux d’intérêt, permettant de stabiliser la dette, même si les dépenses hors charges d’intérêts étaient égales aux recettes publiques.

Ainsi, le contexte conjoncturel (faible croissance et hausse des taux d’intérêt) doit conduire à s’inquiéter du niveau de la dette : plus il est élevé, plus un taux d’intérêt élevé par rapport au taux de croissance créera de nouveaux besoins de financement, faisant alors exploser la dette. Cette hausse de la charge d’intérêts a évidemment des conséquences immédiates : à niveau de recettes égales, les euros qui y sont consacrés ne peuvent servir à financer l’école, la santé, la sécurité ou les transferts aux ménages.




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« La crise politique est plus inquiétante pour l’économie française que la crise budgétaire seule »


Ne pas voter la confiance, si celle-ci porte sur l’état des finances publiques et le montant d’efforts budgétaires à fournir pour contenir la hausse de la dette, ne semble donc pas fondée économiquement. Toutefois, les pistes avancées par le premier ministre le 15 juillet dernier pourraient être amendées, notamment pour conjuguer la réduction de la dette et la préservation de la croissance économique. Cette dernière est d’autant plus nécessaire qu’elle peut contribuer à la réduction du poids la dette.

Un budget pour la croissance qui réduit les inégalités

Tout en réduisant l’écart entre les dépenses hors charges d’intérêts et les recettes publiques, afin de ne pas accroître comptablement l’endettement, ces amendements doivent alors poursuivre un double objectif :

  • soutenir la croissance, car elle facilite la gestion des finances publiques en finançant la charge des intérêts

  • et contenir les inégalités économiques pour que les mesures prises soient majoritaires approuvées dans l’opinion.

Ces mesures budgétaires doivent être calibrées afin qu’elles réduisent graduellement le déficit, d’au moins 40 milliards d’euros en 2026, puis d’une séquence à déterminer pour que le déficit soit ramené à 3 % du PIB en 2029 conformément aux engagements européens de la France). Pour que ces mesures soient efficaces, elles doivent cibler les baisses de dépenses et les hausses de recettes qui réduisent le moins la croissance et n’augmentent pas les inégalités.

Réduire les dépenses plutôt qu’augmenter les prélèvements

Les évaluations faites par le Cepremap et l’i-MIP des deux derniers budgets proposés par les gouvernements Barnier et Bayrou (voir les notes du Cepremap et de l’i-MIP), ont montré que deux types de mesures réduisent fortement la croissance : d’une part, les coupes dans les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités, et d’autre part, les hausses de prélèvements, ces derniers réduisant peu le déficit du faut des réductions d’assiette qu’ils provoquent.

En revanche, les réductions des transferts indexés sur les revenus du travail (retraites et allocations chômage) permettent à la fois de réduire le déficit et de soutenir la croissance. En effet, ces économies affecteront les seniors qui peuvent, pour les compenser, puiser dans leur épargne s’ils sont retraités ou travailler plus longtemps s’ils sont encore actifs.

Ces mesures permettront à la fois de soutenir la demande par la remise en circulation de l’excès d’épargne accumulée depuis la crise du Covid – principalement par les plus de 60 ans, selon l’Insee (2025) – et d’accroître le taux d’emploi, encore trop faible en France, deux leviers fondamentaux de la croissance. Afin de ne pas creuser les inégalités, les transferts d’assistance, tels que le minimum vieillesse, peuvent être accrus, car tous les seniors ne disposent pas d’épargne ou d’opportunités pour prolonger leur activité.

Graphique 1 : Évolutions depuis 1995 des dépenses et des recettes de l’État (en pourcentage du PIB). Les écarts au début de chaque mandat présidentiel sont en point de pourcentage, comme l’écart minimal (vert) et l’écart maximal (en orange)


Fourni par l’auteur

Quelles dépenses cibler ? Corriger les déséquilibres passés

Respectant le cadrage budgétaire proposé par le gouvernement Bayrou, les amendements au budget doivent aussi corriger de certains déséquilibres passés. Les évolutions historiques des dépenses publiques et des recettes de l’État indiquent, contrairement aux analyses trop partielles, que les prélèvements sont encore au-dessus de leur niveau moyen de 0,4 point de pourcentage, alors que les dépenses sont encore à plus 3 points au-dessus de leur niveau moyen (entre 1995 et aujourd’hui, les recettes représentent 51 % du PIB et les dépenses 54 %, voir graphique 1). Courir après la hausse des dépenses en augmentant les prélèvements ne semble donc pas être une évidence aujourd’hui.

France 24 – 2025.

L’ouverture de négociations que le premier ministre propose doit alors permettre de mieux cibler les mesures réduisant les dépenses. Pour mener cette négociation, les mesures sélectionnées doivent, en premier lieu, soutenir la croissance et contenir les inégalités économiques en favorisant celles qui augmentent la consommation des ménages et le taux d’emploi, et en second lieu, tenir compte des évolutions passées, certains postes de dépenses ayant déjà connu des dérives tendancielles.

Le graphique 2 montre que si la baisse continue de la part des dépenses consacrées au fonctionnement de l’État peut se justifier (-4 points au total), celle consacrée à l’enseignement est plus surprenante (-1,5 point au total), contrastant, en particulier, avec la hausse continue de celle consacrée à la santé (+ 3,3 points au total). Si la perspective est de soutenir la croissance et de contenir les inégalités, il serait opportun d’arrêter de réduire le soutien aux affaires économiques observé pendant la présidence d’E. Macron – comme cela avait aussi le cas pendant celle de J. Chirac, alors qu’il avait fortement crû pendant celle de F. Hollande –, mais aussi parvenir à contenir la part des dépenses consacrées à la protection sociale, en hausse de 1,4 point de PIB depuis 1995. Le choix des postes où se feront les économies budgétaires ne peut donc pas être indépendant des relatifs efforts précédemment consentis et de leurs impacts sur la croissance.

Graphique 2 : Évolutions par mandat présidentiel des dépenses de l’État (en pourcentage du PIB) par postes


Lecture : pendant les présidences de J. Chirac, N. Sarkozy et F. Hollande, les dépenses de protection sociale ont augmenté de 1,2, 1 et 0,3 point de pourcentage respectivement (soit au total une hausse de 2,5 points) et baissé de 1,1 point pendant la présidence d’E. Macron.

The Conversation

François Langot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Budget Bayrou : voter la confiance, puis l’amender peut être une bonne option – https://theconversation.com/budget-bayrou-voter-la-confiance-puis-lamender-peut-etre-une-bonne-option-264166

AI has a hidden water cost − here’s how to calculate yours

Source: The Conversation – USA (2) – By Leo S. Lo, Dean of Libraries; Advisor to the Provost for AI Literacy; Professor of Education, University of Virginia

How many AI queries does it take to use up a regular plastic water bottle’s worth of water? kieferpix/iStock/Getty Images Plus

Artificial intelligence systems are thirsty, consuming as much as 500 milliliters of water – a single-serving water bottle – for each short conversation a user has with the GPT-3 version of OpenAI’s ChatGPT system. They use roughly the same amount of water to draft a 100-word email message.

That figure includes the water used to cool the data center’s servers and the water consumed at the power plants generating the electricity to run them.

But the study that calculated those estimates also pointed out that AI systems’ water usage can vary widely, depending on where and when the computer answering the query is running.

To me, as an academic librarian and professor of education, understanding AI is not just about knowing how to write prompts. It also involves understanding the infrastructure, the trade-offs, and the civic choices that surround AI.

Many people assume AI is inherently harmful, especially given headlines calling out its vast energy and water footprint. Those effects are real, but they’re only part of the story.

When people move from seeing AI as simply a resource drain to understanding its actual footprint, where the effects come from, how they vary, and what can be done to reduce them, they are far better equipped to make choices that balance innovation with sustainability.

2 hidden streams

Behind every AI query are two streams of water use.

The first is on-site cooling of servers that generate enormous amounts of heat. This often uses evaporative cooling towers – giant misters that spray water over hot pipes or open basins. The evaporation carries away heat, but that water is removed from the local water supply, such as a river, a reservoir or an aquifer. Other cooling systems may use less water but more electricity.

The second stream is used by the power plants generating the electricity to power the data center. Coal, gas and nuclear plants use large volumes of water for steam cycles and cooling.

Hydropower also uses up significant amounts of water, which evaporates from reservoirs. Concentrated solar plants, which run more like traditional steam power stations, can be water-intensive if they rely on wet cooling.

By contrast, wind turbines and solar panels use almost no water once built, aside from occasional cleaning.

Large concrete towers emit vapor into the atmosphere.
Cooling towers, like these at a power plant in Florida, use water evaporation to lower the temperature of equipment.
Paul Hennessy/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Climate and timing matter

Water use shifts dramatically with location. A data center in cool, humid Ireland can often rely on outside air or chillers and run for months with minimal water use. By contrast, a data center in Arizona in July may depend heavily on evaporative cooling. Hot, dry air makes that method highly effective, but it also consumes large volumes of water, since evaporation is the mechanism that removes heat.

Timing matters too. A University of Massachusetts Amherst study found that a data center might use only half as much water in winter as in summer. And at midday during a heat wave, cooling systems work overtime. At night, demand is lower.

Newer approaches offer promising alternatives. For instance, immersion cooling submerges servers in fluids that don’t conduct electricity, such as synthetic oils, reducing water evaporation almost entirely.

And a new design from Microsoft claims to use zero water for cooling, by circulating a special liquid through sealed pipes directly across computer chips. The liquid absorbs heat and then releases it through a closed-loop system without needing any evaporation. The data centers would still use some potable water for restrooms and other staff facilities, but cooling itself would no longer draw from local water supplies.

These solutions are not yet mainstream, however, mainly because of cost, maintenance complexity and the difficulty of converting existing data centers to new systems. Most operators rely on evaporative systems.

A simple skill you can use

The type of AI model being queried matters, too. That’s because of the different levels of complexity and the hardware and amount of processor power they require. Some models may use far more resources than others. For example, one study found that certain models can consume over 70 times more energy and water than ultra‑efficient ones.

You can estimate AI’s water footprint yourself in just three steps, with no advanced math required.

Step 1 – Look for credible research or official disclosures. Independent analyses estimate that a medium-length GPT-5 response, which is about 150 to 200 words of output, or roughly 200 to 300 tokens, uses about 19.3 watt-hours. A response of similar length from GPT-4o uses about 1.75 watt-hours.

Step 2 – Use a practical estimate for the amount of water per unit of electricity, combining the usage for cooling and for power.

Independent researchers and industry reports suggest that a reasonable range today is about 1.3 to 2.0 milliliters per watt-hour. The lower end reflects efficient facilities that use modern cooling and cleaner grids. The higher end represents more typical sites.

Step 3 – Now it’s time to put the pieces together. Take the energy number you found in Step 1 and multiply it by the water factor from Step 2. That gives you the water footprint of a single AI response.

Here’s the one-line formula you’ll need:

Energy per prompt (watt-hours) × Water factor (milliliters per watt-hour) = Water per prompt (in milliliters)

For a medium-length query to GPT-5, that calculation should use the figures of 19.3 watt-hours and 2 milliliters per watt-hour. 19.3 x 2 = 39 milliliters of water per response.

For a medium-length query to GPT-4o, the calculation is 1.75 watt-hours x 2 milliliters per watt-hour = 3.5 milliliters of water per response.

If you assume the data centers are more efficient, and use 1.3 milliliters per watt-hour, the numbers drop: about 25 milliliters for GPT-5 and 2.3 milliliters for GPT-4o.

A recent Google technical report said a median text prompt to its Gemini system uses just 0.24 watt-hours of electricity and about 0.26 milliliters of water – roughly the volume of five drops. However, the report does not say how long that prompt is, so it can’t be compared directly with GPT water usage.

Those different estimates – ranging from 0.26 milliliters to 39 milliliters – demonstrate how much the effects of efficiency, AI model and power-generation infrastructure all matter.

Comparisons can add context

To truly understand how much water these queries use, it can be helpful to compare them to other familiar water uses.

When multiplied by millions, AI queries’ water use adds up. OpenAI reports about 2.5 billion prompts per day. That figure includes queries to its GPT-4o, GPT-4 Turbo, GPT-3.5 and GPT-5 systems, with no public breakdown of how many queries are issued to each particular model.

Using independent estimates and Google’s official reporting gives a sense of the possible range:

  • All Google Gemini median prompts: about 650,000 liters per day.
  • All GPT 4o medium prompts: about 8.8 million liters per day.
  • All GPT 5 medium prompts: about 97.5 million liters per day.
A small black spigot spews a stream of water over a green grass lawn.
Americans use lots of water to keep gardens and lawns looking fresh.
James Carbone/Newsday RM via Getty Images

For comparison, Americans use about 34 billion liters per day watering residential lawns and gardens. One liter is about one-quarter of a gallon.

Generative AI does use water, but – at least for now – its daily totals are small compared with other common uses such as lawns, showers and laundry.

But its water demand is not fixed. Google’s disclosure shows what is possible when systems are optimized, with specialized chips, efficient cooling and smart workload management. Recycling water and locating data centers in cooler, wetter regions can help, too.

Transparency matters, as well: When companies release their data, the public, policymakers and researchers can see what is achievable and compare providers fairly.

The Conversation

Leo S. Lo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. AI has a hidden water cost − here’s how to calculate yours – https://theconversation.com/ai-has-a-hidden-water-cost-heres-how-to-calculate-yours-263252

Lifetime trends in happiness change as misery peaks among the young – new research

Source: The Conversation – UK – By Alex Bryson, Professor of Quantitative Social Science, UCL

Tero Vesalainen/Shutterstock

For years now, research studies across the world looking at happiness across our lifetimes have found a U-shape: happiness falls from a high point in youth, and then rises again after middle age. This has been mirrored in studies on unhappiness, which show a peak in middle age and a decline thereafter.

Our new research on ill-being, based on data from 44 countries including the US and UK, shows this established pattern has changed. We now see a peak of unhappiness among the young, which then declines with age. The change isn’t due to middle-aged and older people getting happier, but to a deterioration in young people’s mental health.

A closer look at data from the US shows this clearly. We used publicly available health data, which surveys more than 400,000 people each year, to identify the percentage of people in the US in despair between 1993 and 2024. Those we define as being in despair were the people who had answered that their mental health was not good every day in the 30 days preceding the survey.

Across most of the period, among both men and women, levels of despair were highest among the oldest age group (45-70) and higher for the middle-aged (25-44) than the young (18-24). However, the percentage of young people in despair has risen rapidly. It’s more than doubled for men, from 2.5% in 1993 to 6.6% in 2024, and almost trebled for women – from 3.2% to 9.3%.

Despair also rose markedly among the middle-aged, but less rapidly. It’s gone up from 4.2% to 8.5% for women and from 3.1% to 6.9% for men. The percentage of older men and women in despair rose only a little over the period.

As a result, by 2023-24 relative levels of despair across age groups were reversed for women. The youngest age group has the highest levels of despair, and the oldest age group the lowest. For men, the level of despair was similar for the youngest and middle-aged groups, and lowest for the oldest age group.

These trends have resulted in a very different relationship between age and ill-being over time in the US.

Between 2009 and 2018, despair is hump-shaped in age. However, the rapid rise in despair before the age of 45, and especially before the mid-20s, has fundamentally changed the lifecycle profile of despair. This means that the hump-shape is no longer apparent between 2019 and 2024.

Despair rose the most for the youngest group but also rose for those up to age 45; it remained unchanged for those aged over 45.

Our study found similar trends for Britain, based on analyses of despair in the UK Household Longitudinal Survey and anxiety in the Annual Population Survey. It also shows that the percentage in despair declines with age in another 42 countries between 2020 and 2025, based on analyses of data from the Global Minds Project.

Investigating causes

Research into the reasons for these changes is underway but remains inconclusive. The growth in despair predates the COVID pandemic by a number of years, although COVID may have contributed to an increasing rate of deterioration in young people’s mental health.

There is a growing body of evidence that identifies a link between the rise in ill-being of the young and heavy use of the internet and smartphones. Some research suggests that smartphone use is indeed a cause of worsening youth mental health. Research that limited access to smartphones found significant improvements in adults’ self-reported wellbeing.

However, even if screen time is a contributory factor, it is unlikely to be the sole or even the chief reason for the rising despair among the young. Our very recent research, which has not yet been peer-reviewed, points to a reduction in the power of paid work to protect young people from poor mental health. While young people in paid work tend to have better mental health than those who are unemployed or unable to work, the gap has been closing recently as despair among young workers rises.

Although the causes of the changes we describe have yet to be fully understood, it would be prudent for policymakers to place the issue of rising despair among young people at the heart of any wellbeing strategy.

The Conversation

Alex Bryson receives funding from the United Nations Development Program.

David Blanchflower received funding from the UN.

Xiaowei Xu receives funding from UKRI.

– ref. Lifetime trends in happiness change as misery peaks among the young – new research – https://theconversation.com/lifetime-trends-in-happiness-change-as-misery-peaks-among-the-young-new-research-263665

Sri Lanka moved to end elite impunity with arrest of former president

Source: The Conversation – UK – By Thiruni Kelegama, Lecturer in Modern South Asian Studies, Oxford School of Global and Area Studies., University of Oxford

Sri Lanka’s former president and six-time prime minister, Ranil Wickremesinghe, was arrested on August 22 for allegedly misusing state resources while in office. He is accused of using public funds to attend his wife’s graduation ceremony in London after an official visit to the US in 2023. Wickremesinghe has since been granted bail on a 5m rupee (£12,300) bond.

His arrest represents one of the most consequential moments in the Sri Lanka’s postcolonial history. It marks the first time a former head of state has ever been detained in Sri Lanka, shattering the longstanding assumption that those at the top of the country’s politics remain forever beyond the reach of the law.

The assumption of elite impunity was built on decades of precedent. This reached its apex under the Rajapaksa family, who dominated Sri Lankan politics between 2005 and 2022, as corruption was woven into the very fabric of governance.

The Rajapaksas captured state institutions, placing family members and loyalists in key positions across the bureaucracy, military and judiciary. Public wealth was also diverted for private gain. The certainty that those in power would remain beyond legal reach, regardless of the scale of abuse, became embedded in Sri Lanka’s political DNA.

That certainty cracked in 2022 when mass protests, commonly known as Aragalaya, swept the Rajapaksas from office. The following year, the Sri Lanka’s supreme court held the family responsible for bankrupting the state by mishandling the economy.

This was a landmark ruling, but one that had little material effect. The Rajapaksas were only condemned and not punished. Wickremesinghe’s arrest is different. It shows that accountability has moved beyond a single dynasty and now threatens the entire Sri Lankan political class.

Thousands of Sri Lankans waving flags at a protest.
Thousands of Sri Lankans attend a protest demanding the resignation of former president Gotabaya Rajapaksa in 2022.
Ajit Wick / Shutterstock

The timing of the arrest deepens its significance. Sri Lanka is currently under an International Monetary Fund (IMF) bailout programme to help stabilise its economy. It was negotiated by Wickremesinghe in the wake of bankruptcy and is now being carried forward by the National People’s Power (NPP) government.

The bailout loan comes with punitive terms. Higher taxes, subsidy cuts and shrinking public services are all being shouldered by ordinary citizens. They pay daily for a crisis born of elite misrule. In this context, elite accountability is not just symbolic, it is the bare minimum of justice.

Moment of truth

This moment is defining for the NPP government. Anura Kumara Dissanayake was elected in 2024 having pledged to prosecute corruption and abolish the executive presidency – the constitutional embodiment of unaccountable power since 1978. His government faces both opportunity and test in Wickremesinghe’s arrest.

Few individuals embodied establishment politics more fully than Wickremesinghe did. The immediate response to his arrest was telling. Three former presidents, Chandrika Kumaratunga, Mahinda Rajapaksa and Maithripala Sirisena, along with opposition leader Sajith Premadasa rushed to show solidarity with the detained ex-president. This suggests the old guard’s instinct for self-preservation remains strong.

If prosecutions prove selective, the NPP also risks echoing the very cynicism it sought to displace – wielding justice as a political weapon rather than institutionalising it as a principle. While the government has already launched investigations into a broad swathe of former officials – from a member of the Rajapaksa dynasty to more than 20 ex-ministers – these early moves could be symbolic.

The real test lies with the Rajapaksas. Their rule was virtually synonymous with impunity. If they too are truly held to account, it would mark a genuine transformation from dynastic protection to the beginning of rule of law.

Such moves carry risks. Prosecutions may be dismissed as political vendetta, further polarising Sri Lanka’s already fragmented society. The protests that erupted in Colombo following Wickremesinghe’s arrest offer early evidence of this dynamic.

But the danger of inaction is greater. To do nothing, after an economic collapse born of corruption and elite mismanagement, would reinforce public cynicism and effectively license future impunity. It would tell citizens already enduring austerity that, once again, those at the top remain beyond reach.

Wickremesighe’s arrest also sends a signal beyond Sri Lanka’s borders. For years, the country’s reputation was defined by scandals and violations that went unpunished.

In 2015, for example, Sri Lanka’s central bank issued ten times the advertised amount of 30-year bonds at inflated interest rates. This cost the state an estimated 1.6 billion rupees (roughly £3.9 million) in excess losses. Then, several years later, no criminal proceedings were brought against senior officials for failing to act on intelligence warnings ahead of the 2019 Easter Sunday bombings that killed 269 people.

This pattern of impunity extended beyond domestic scandals. The UN Human Rights Council had passed multiple resolutions on Sri Lanka over alleged war crimes and enforced disappearances. Yet here too the state’s response remained the same. It made promises of accountability that never materialised.

The arrest of Wickremesinghe suggests this may be changing. It is a signal that Sri Lanka is finally serious about the rule of law – not just as a slogan, but as practice.

Sri Lanka’s myth of elite untouchability has cracked, but whether it shatters completely depends on what follows. While Wickremesinghe’s arrest is historic, lasting transformation requires institutions capable of sustained accountability.

The choice before the NPP is clear: accountability as a spectacle or as a system. Having paid the price of impunity, Sri Lankans may finally be positioned to demand its opposite.

The Conversation

Thiruni Kelegama receives funding from the Rights to the Discipline Grant by the Antipode Foundation (2024). She is a Director of the Institute of Political Economy, Sri Lanka.

– ref. Sri Lanka moved to end elite impunity with arrest of former president – https://theconversation.com/sri-lanka-moved-to-end-elite-impunity-with-arrest-of-former-president-263945

The First King of England: Æthelstan and the Birth of a Kingdom – a deep and nuanced analysis of a complex monarch

Source: The Conversation – UK – By Clare Downham, Professor, University of Liverpool

Æthelstan ( 894 to 939) in an illustration in a manuscript of Bede’s Life of Saint Cuthbert. Wikimedia

The reign of Æthelstan (924 to 939) has excited a significant amount of study in recent years. In 2004 there was The Age of Athelstan, by Paul Hill. In 2011, Sarah Foot published Æthelstan: The First King of England, and in 2018, Tom Holland released Athelstan: The Making of England. A key theme in these books is the role of Æthelstan as unifier of the kingdom of England.

Æthelstan’s most famous battle, Brunanburh (937) was fought against a coalition of vikings and Celtic-speaking peoples. Brunanburh was seen, perhaps erroneously, to secure the future of a unified England. As a historian of this period, I have argued that the “kings and battles” story of the past often cloaks the longer-term engines of political change.

This latest book to add to this history is The First King of England: Æthelstan and the Birth of a Kingdom by David Woodman, which addresses both themes of English unification and viking politics. It also seeks to provide deeper insights into the personality of King Æthelstan. The result is a highly engaging and informative biography.

The writing is well pitched for a general reader. The terminology used in tenth-century political history is explained in a clear and concise way without seeming patronising to the reader. This is particularly useful in the introduction where the different sources for Æthelstan’s reign are discussed, inviting the reader to consider how historical narratives are constructed from the evidence that survives.

Woodman draws on a range of contemporary sources. He also makes extensive use of the 12th-century text, Gesta regum Anglorum (Deeds of the kings of England), by historian William of Malmesbury, which is a
key source for the life of Æthelstan. Given that legends surrounding this tenth-century king were already evolving and developing a life of their own in William’s time, a deeper dive into that particular text to evaluate its reliability, would have been welcome.

There is intriguing discussion in Woodman’s book around the challenges that Æthelstan faced at the start of his reign. Tensions had arisen between Æthelstan and his father Edward the Elder, as the king appears to have favoured Æthelstan’s half and younger brother Ælfweard of Wessex as his successor. Such family rivalries provide relatable drama to usher in the reign of the new king.

Æthelstan’s support was based in Mercia (a powerful kingdom which was in the Midlands) while his brother’s was in Wessex (a major kingdom in what is now south west England). When Edward the Elder died in 924, Æthelstan was accepted as King of Mercia but reluctantly in Wessex, even though Ælfweard died shortly after his father.

These rivalries and family dramas could suggest that the rebellion at the Mercian stronghold of Chester, which just preceded the death of Edward the Elder in 924, had been instigated by Æthelstan himself (although this point is not made by Woodman). The intrigue continues as some years later, Æthelstan was implicated in the death of Ælfweard’s full brother Edwin.

The circumstances in which Æthelstan later extended his power over Northumbria and how he held together a unitary “kingdom of England” are explored in thoughtful detail. One of the greatest strengths of the book is the discussion of categories of contemporary sources: diplomas (written grants of lands and privileges), laws and coinage.

Æthelstan’s diplomas were issued at his court, recording time and place and witness lists. Their records are skilfully deployed by Woodman to trace Æthelstan’s travels, the changing membership and hierarchy of his assemblies, his claims to power, and the literary skills and possible identity of their authors.

Far from being a dry and dusty subject, Woodman writes vividly about Æthelstan’s laws. Legal punishments reveal harsh insights.

For example, according to one code, if an enslaved man is found guilty of theft of goods over a certain value, he was to be stoned to death by fellow slaves. Æthelstan took a harsher line than his predecessors on theft, and comparison with earlier codes may have merited more overarching consideration to understand his reign.

This uptick in state violence may correlate with growing imbalances of power and concerns over obedience as government became more powerful. Centralisation of authority and obedience are themes in Woodman’s discussion of coin iconography, the locations of mints and how the recorded names of those who minted the coins demonstrate cultural diversity in Æthelstan’s England.

Woodman provides a well-rounded analysis of Æthelstan’s government, dealing with ecclesiastical politics and piety. Æthelstan offered conspicuous gifts to churches whose favour he sought to win at home and abroad.

There are also insightful discussions around Æthelstan’s scholarly interests and his collection and donation of relics and manuscripts. These provide compelling glimpses into the king’s personality.

The desire to dominate neighbouring peoples also appears as a less savoury personality trait. Æthelstan sought to make his bombastic claims to be king of all Britain, or “Rex totius Britanniae,” which became a reality through negotiation and threats of violence. The 934 campaign, which the king led to North Britain (Scotland and England did not exist in 926 but this would have been modern-day Scotland), gives rise to extended discussion and helps readers understand the events leading to the famous Battle of Brunanburh, three years later.

Another significant bonus in this book is the analysis of Æthelstan’s continental links. As accounts of his reign tend to be focus on the “making of England” (and even a “making of Britain”) narrative, this dimension of his reign and his legacy has not always received the attention it deserves. Woodman brings together the significant articles on this topic composed by Sarah Foot, Simon MacLean and others, and combines them with perceptive analysis of primary sources.

Overall, Woodman presents Æthelstan as a European king, a scholar, with ruthless ambitions and a strong streak of piety. It would be easy to caricature Æthelstan within certain narratives that aligns with views of English nationhood as it is today, but this book provides a deeper and more nuanced analysis of this fascinating king.


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The Conversation

Clare Downham does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. The First King of England: Æthelstan and the Birth of a Kingdom – a deep and nuanced analysis of a complex monarch – https://theconversation.com/the-first-king-of-england-aethelstan-and-the-birth-of-a-kingdom-a-deep-and-nuanced-analysis-of-a-complex-monarch-264145

Research shows children’s wellbeing drops when they start secondary school – here’s why

Source: The Conversation – UK – By Paty Paliokosta, Associate Professor of Special and Inclusive Education, Kingston University

Rawpixel.com/Shutterstock

For many pupils, the move to secondary school is a moment of anticipation – new friends, new subjects, and a growing sense of independence. But research in England shows this transition often comes with a hidden cost: a sharp and lasting decline in wellbeing.

Data from a 2024-2025 survey carried out by education support and research company ImpactEd Group with over 80,000 pupils shows a drop in children’s wellbeing between year six – the last year of primary school – and year eight.

This report found that enjoyment of school plummets, feelings of safety decline, and belief that their efforts will lead to success (known as self-efficacy) drops significantly. Children receiving free school meals were also less likely to say they enjoyed school, with this gap continuing to widen into secondary school.

This isn’t just adolescent growing pains. Secondary school pupils in the UK are more miserable than their European peers. Data from the Pisa programme, which assesses student achievement and wellbeing internationally, shows that in 2022 the UK’s 15-year-olds had the lowest average life satisfaction in Europe.

It’s a systemic problem – but one that can be changed.

Difficult transitions

Moving to secondary school involves much more than a change of location. Pupils must adapt to new teachers, routines, academic demands and social dynamics. And this takes place while they are going through puberty, one of the most intense periods of emotional and neurological development.

Research on school transitions stresses that success depends not only on a child’s “readiness,” but also on the school system’s capacity to support them.

Unfortunately, many schools prioritise performance metrics over relationships. This may leave many pupils – particularly those who are neurodivergent, have special educational needs, or who come from minoritised backgrounds – feeling disconnected and unsupported. This can deeply affect their wellbeing.

One major barrier to belonging is the use of zero-tolerance behaviour policies. These strict approaches to discipline – silent corridors, isolation booths, high-stakes punishments such as suspensions – are becoming more common in large secondaries and academies. Advocates have claimed these policies create firm boundaries in schools. But for many pupils, especially those with ADHD, autism, or a history of trauma, they may instead create anxiety, alienation and disengagement from school.

Children with special educational needs are excluded from school at some of the highest rates in the country. According to the Children and Young People’s Mental Health Coalition, a collaborative network of over 300 organisations including mental health organisations and youth support services, many of these children are not “misbehaving,” but expressing unmet emotional and mental health needs. Punitive responses frequently worsen their difficulties.

Pupils on stairs at school
The environment of secondary school can be very different to that of primary education.
Rawpixel.com/Shutterstock

Schools that adopt behaviour policies that focus on emotional literacy and building trust have reported success in building a caring environment.

A hidden curriculum

While these challenges affect many students, working-class pupils often face a more acute and entrenched form of educational alienation. A deeper look into the structure of secondary education in England reveals systemic inequalities that shape how different children experience school.

According to Professor Diane Reay, a leading expert on education and social class, the British school system continues to fail working-class children. Her research suggests that schools in disadvantaged areas are more likely to feature rigid discipline, “teaching to the test,” and a narrow, fact-heavy curriculum. In such spaces, there is little room for creativity, critical thinking, or personal expression.

Instead of feeling seen and valued, many working-class students may experience school as a place of constant control and low expectations. They are more likely to encounter deficit narratives: being told what they lack, rather than having their strengths recognised or nurtured.

This dynamic plays out most starkly during the transition to secondary school. Pupils from working-class backgrounds often enter year seven already disadvantaged – socially, economically, and in terms of cultural capital. This means that in unfamiliar settings where middle-class norms dominate, they may not speak the “right” way, dress the “right” way, or know the unspoken rules. These students frequently find themselves on the outside looking in.

Beyond class, issues of race and cultural background also play a key role in how pupils experience school. Students from minority backgrounds often also encounter what researchers refer to as the “hidden curriculum”.

This is a set of unspoken norms that reflect white, middle-class values, and which they may be unfamiliar with. This affects everything from which stories are told in the curriculum to how the behaviour of students is interpreted by teachers.

The year-seven dip is not inevitable. But reversing it requires more than tweaks to transition plans or behaviour policies. It demands a fundamental shift in how we understand inclusion, belonging and educational success. Schools need to put policies in place that help students feel safe, connected and empowered to manage conflict. And they should recognise that working-class and marginalised pupils face systemic barriers, and commit to dismantling them.

The Conversation

Dr Paty Paliokosta is an Associate Professor in Inclusive Education and leads the Inclusion and Social Justice SIG at Kingston University, London. She co-leads the National SENCO Advocacy Network.

– ref. Research shows children’s wellbeing drops when they start secondary school – here’s why – https://theconversation.com/research-shows-childrens-wellbeing-drops-when-they-start-secondary-school-heres-why-260737