Du rail aux ETF : 130 ans de Dow Jones racontent les métamorphoses du capitalisme financier

Source: The Conversation – in French – By Angelo Riva, Economist, Professor at the INSEEC Grande Ecole, Affiliate Researcher at the Paris School of Economics, Academic Fellow at the Institut Louis Bachelier, INSEEC Grande École


L’ESSENTIEL

Dow Jones SPF 500, Nasdaq, ces termes sont souvent utilisés. Mais savez-vous vraiment ce qu’ils recouvrent ?

L’histoire des indices boursiers est riche. Elle raconte en parallèle l’histoire du capitalisme et de la finance aux États-Unis.

Ce que l’on choisit de mesurer n’étant jamais innocent, que raconte vraiment cette histoire du pouvoir de la finance sur l’économie ?


Le 26 mai 2026, le Dow Jones Industrial Average (DJIA) a fêté ses 130 ans. Doyen des grands indices boursiers, son histoire, comparée à celle des indices qui l’ont suivi, montre comment le marché financier s’est successivement raconté, a tenté de se projeter, de se mesurer, puis d’orienter lui-même les capitaux.

Un chiffre né dans la presse

Le premier « Dow » paraît en 1884 dans le Customer’s Afternoon Letter, ancêtre du Wall Street Journal. Avec ses 11 valeurs, surtout ferroviaires, le Dow Jones Railroad Average (DJRA) résume une économie nationale naissante que le rail unifie. Cette genèse journalistique explique sa simplicité. La collecte des données et le calcul devaient être suffisamment rapides pour que l’indice puisse être publié dans la foulée, peu après la fermeture de la Bourse. Dow s’adressait d’abord aux financiers de New York, et cela au prix d’une approximation dans le suivi du marché. Le DJRA était un indice pondéré par les prix.

En pratique, Dow additionne le prix des actions des onze sociétés composant l’indice, puis divise cette somme par onze afin d’obtenir la valeur de l’indice. Par conséquent, une action dont le prix en dollars est élevé pèse davantage dans l’indice qu’une action moins chère, même si la société ayant émis cette dernière affiche une capitalisation boursière nettement supérieure en raison d’un nombre d’actions en circulation beaucoup plus important.




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Vingt valeurs en 1916, 30 en 1928

Dans les années 1890, la seconde révolution industrielle s’affirme. Les fusions-acquisitions donnent aux entreprises industrielles la taille nécessaire pour accéder à la Bourse. Le 26 mai 1896, Charles Dow publie ainsi le premier Dow Jones Industrial Average (DJIA). Le gaz, l’acier et l’électricité remplacent le chemin de fer, auquel est désormais exclusivement consacré le DJRA.

Le DJIA sera élargi à 20 valeurs en 1916, puis à 30 en 1928. Sa méthode de calcul est alors réformée afin d’atténuer les problèmes de continuité de l’indice provoqués par les opérations sur le capital ou par l’inclusion d’une nouvelle valeur. Depuis cette date, le DJIA a conservé ce format. Sa composition évolue avec les secteurs dominants. Les entreprises sont incluses dans l’indice en fonction de leur représentativité de l’économie états-unienne et de leur réputation.

Dans les années 1920, avec l’essor de l’actionnariat, des fonds d’investissement et de la presse financière, l’indice n’est plus seulement un outil réservé aux spécialistes. Il gagne le grand public. Le New York Herald Tribune et The Annalist, un supplément du New York Times, publient indices et rendements sous forme graphique. On ne suit plus seulement General Motors ou U.S. Steel : on suit « Wall Street ».

Standard Statistics, l’entreprise ancêtre de Standard and Poor’s, franchit en 1926 une étape supplémentaire tournée vers le développement de l’industrie de l’information financière. Pondérés par la capitalisation et largement documentés, ses nombreux indices quotidiens s’inscrivent dans une véritable industrie de l’information financière, couvrant un large éventail d’actions.

Des mesures plus précises que le Dow sont nécessaires pour évaluer les performances des fonds d’investissement qui, à cette époque, se diffusent. Le Dow raconte le marché et Standard commence à en fournir une infrastructure informationnelle précise. Le krach d’octobre 1929 révèle paradoxalement la puissance du Dow. Grâce à son historique, l’effondrement du marché devient largement visible. Pour cette raison, le DJIA devient le récit chiffré de la crise.

Mesurer plutôt que prophétiser

Déjà dans les années 1910-1920, les indices ne se contentaient plus de résumer le marché, mais prétendaient aussi anticiper la conjoncture. Des statisticiens, tels que Babson et Mitchell, puis le National Bureau of Economic Research incorporent les indices à l’étude des cycles économiques.

En même temps, des économistes tels qu’Irving Fisher ainsi que Standard Statistics commencent à intégrer les dividendes dans les indices. Un indice de prix répond à la question : « Les cours ont-ils monté ? » Un indice de rendement total répond à une autre question : « De combien la richesse de l’actionnaire a-t-elle augmenté ? » en intégrant les dividendes aux augmentations des cours.

Après le krach de 1929, les travaux d’Alfred Cowles, économiste et homme d’affaires et co-fondateur de la société d’économétrie, posent la question de savoir si les prévisionnistes battent ou non réellement le marché. Pour cela, Cowles compare leurs conseils à une stratégie passive fondée sur un indice, puis la Cowles Commission reconstruit pour la période allant de 1871 à 1937 des séries de cours, dividendes, rendements et bénéfices. Cowles fait ainsi de l’indice un instrument de preuve économétrique et un socle de la finance empirique. Dow invente le langage médiatique du marché ; Cowles fonde sa grammaire statistique.

Du portefeuille à la technologie

Si les fonds d’investissement aux États-Unis se développent dès le début du XXᵉ siècle, une décision de justice de 1950 fait des retraites un objet obligatoire de la négociation collective et détermine leur essor. Au début des années 1950, Harry Markowitz fonde la théorie moderne du portefeuille que les fonds utiliseront dans leurs choix d’investissement. Il montre que des investisseurs rationnels devraient construire leurs portefeuilles sur la base de la diversification afin d’optimiser le rendement ajusté du risque.

Le S&P 500, lancé en 1957, avec ses 500 sociétés et sa pondération par la capitalisation flottante, est un indice reproduisant de près un portefeuille de marché, adapté à l’évaluation des gérants de fonds. Le DJIA, toujours pondéré par les prix, reste une galerie des plus grandes entreprises états-uniennes.

Et le Nasdaq fut

En 1970, le Railroad Average devient Transportation Average : camion, avion et logistique ont détrôné le train. Un an plus tard, le Nasdaq Composite, pondéré par la capitalisation et ouvert à toutes les valeurs cotées sur ce marché, donne un visage chiffré au capitalisme et à l’innovation technologiques. Il faudra pourtant attendre 1999 pour que Microsoft et Intel, cotées au Nasdaq, intègrent le DJIA.

Lumni, 2024.

Depuis les années 1980, les fonds indiciels et, ensuite, les Extraded Traded Fund (ou ETF), répliquent mécaniquement des indices, sans doute face à l’incapacité des gérants de battre le marché sur la longue période. Avec leur essor fulgurant dans les années 2010, l’entrée dans un indice ou la sortie de celui-ci peut déclencher des achats ou des ventes massifs, accroître les corrélations et modifier la formation des prix : l’indice lui-même organise désormais une part croissante des flux qu’il observe.

Un Panthéon de l’histoire américaine

Le DJIA, lui, reste pondéré par les prix. Contrairement à des indices comme le S&P 500, l’entrée d’une entreprise dans le DJIA n’obéit pas à des formules mathématiques. Si des considérations techniques s’en mêlent, la réputation et représentativité de l’entreprise en sont les clés. Un comité composé de représentants du Wall Street Journal et du S&P Dow Jones Indices décide de façon discrétionnaire. Ces conventions, ainsi que l’absence des dividendes dans l’indice, limitent sa représentativité du marché. Mais cette imperfection éclaire sa fonction actuelle : un panthéon de l’industrie états-unienne.

Cette histoire est celle de la mise en chiffres du capitalisme financier. En 130 ans, l’indice est devenu successivement chiffre de journal, baromètre industriel, système d’information, preuve statistique, benchmark de portefeuille, emblème technologique, puis infrastructure d’investissement. Le Dow en demeure le fil rouge : un miroir ancien qui permet de voir comment la finance a fini par agir sur ce qu’elle mesure.

The Conversation

Angelo Riva a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

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Mesurer l’intensité de l’écoanxiété pour prévenir le mal-être et les risques pour la santé mentale

Source: The Conversation – in French – By Pierre-Éric Sutter, Psychologue-psychothérapeute, préventeur en santé mentale au travail, enseignant-chercheur, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)


L’ESSENTIEL :

  • L’écoanxiété n’est pas une pathologie, mais une détresse psychologique liée à la crise environnementale.

  • Une échelle, développée par la recherche, permet désormais d’en évaluer l’intensité.

  • En s’appuyant notamment sur cet outil, un rapport récent de l’Agence de la transition écologique (Ademe) dresse le profil des personnes les plus exposées à l’écoanxiété en France.


Vous avez la boule au ventre à chaque mauvaise nouvelle écologique ? Vous êtes anxieux à l’idée qu’on n’en fasse pas assez pour la planète ? Tout cela nuit à votre sommeil ? Vous êtes loin d’être le seul.

Ces inquiétudes environnementales touchent 15 millions de Français, au point de représenter un enjeu de santé publique. Pourtant ce mal-être, insuffisamment pris en charge, renvoie à un concept et à des symptômes bien connus scientifiquement, nommés « écoanxiété ».

Inquiétudes environnementales : un mal-être croissant

L’écoanxiété n’est pas une maladie, mais peut rendre malade. Elle se définit comme  :

un « état psychologique de détresse mentale et émotionnelle qu’un individu peut ressentir en réponse à la menace du changement climatique et aux problèmes environnementaux mondiaux ».

L’écoanxiété se caractérise par des ruminations, des peurs, des insomnies, de l’isolement, de l’impuissance. Ce mal-être peut être plus ou moins intense, entre santé mentale positive et pathologies psychiatriques. Ainsi, l’écoanxiété n’est pas une maladie bien qu’elle puisse rendre malade : lorsqu’elle perdure et s’intensifie, elle peut s’accompagner de troubles anxieux ou dépressifs.

« L’écoanxiété ne peut (et ne doit) pas non plus être confondue avec les troubles anxieux ou la dépression (quand bien même la chronicité et l’intensité de ces symptômes augmentant, ils peuvent conduire à ces psychopathologies). »




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Plus l’écoanxiété est forte, plus elle menace la santé mentale. Ainsi, on ne devrait plus dire « je suis/je ne suis pas écoanxieux ». Comme pour la température de la fièvre, une écoanxiété moyenne n’a pas le même impact sur la santé mentale qu’une très forte écoanxiété. La minimiser – ou, plus grave, l’invisibiliser – risque d’ostraciser l’écoanxieux parce qu’on n’a pas su reconnaître les souffrances qu’il subit. Tout l’enjeu consiste à cerner l’intensité de l’écoanxiété ressentie.

Comment évaluer l’intensité de l’écoanxiété ?

Le thermomètre met tout le monde d’accord sur la mesure de la fièvre. Quand elle est faible, pas de menace ; quand elle est forte, on soigne la pathologie qu’elle révèle. Idem pour l’écoanxiété, avec The Hogg Eco-Anxiety Scale (en français, l’échelle d’écoanxiété de Hogg).

Cette échelle a été transposée en France puis étalonnée. En d’autres termes, cela signifie que l’échelle est calibrée, par la méthode des rangs percentiles, en sept catégories d’intensité allant de « pas du tout écoanxieux » à « risque psychopathologique », en passant par « moyennement écoanxieux ».

En somme, elle permet de distinguer l’écoanxiété adaptative, propice à l’action, de l’écoanxiété maladaptative, menaçante pour la santé mentale. Ainsi, cet outil diagnostique l’intensité de l’écoanxiété par degré, tant pour un individu que pour une nation tout entière.

Où en est la France dans la reconnaissance de l’écoanxiété ?

Une étude de l’Observatoire de l’écoanxiété (Obseca) portée par l’Agence de la transition écologique (Ademe) a été menée, en 2025, sur un échantillon représentatif de 998 Français âgés de 15 à 64 ans. Elle a permis de cerner, pour la première fois, l’écoanxiété à l’échelle du pays.

Les résultats dessinent trois grandes classes de tendances :

  • première classe : 75 % de Français n’éprouvent pas de menace directe pour leur santé mentale. Soit ils ne sont pas écoanxieux, soit ils le sont peu ou très peu, leurs inquiétudes étant faibles ;

  • deuxième classe : 15 % d’entre eux sont « moyennement écoanxieux ». Les symptômes commencent à s’installer : ruminations, irritabilité, sentiment d’impuissance, troubles du sommeil. À ce stade, les choses peuvent s’apaiser comme s’aggraver, d’où la nécessité de prévenir la bascule vers l’aggravation ;

  • troisième classe : 10 % éprouvent une forte ou très forte écoanxiété. Parmi eux, 5 % – soit 2,1 millions de Français – seraient très fortement écoanxieux, dont 420 000 en situation de risque psychopathologique. Leur détresse est telle qu’ils pourraient basculer vers un trouble anxieux ou dépressif si rien n’est fait pour les soigner.

Cette écoanxiété dite maladaptative menace la santé mentale, parce que les ressources de l’écoanxieux ne lui permettent plus de faire face aux stresseurs de la crise environnementale.

Qui sont les personnes les plus exposées ?

Contrairement à l’idée reçue, il ressort de l’étude de l’Ademe que l’écoanxiété ne concerne pas seulement les plus jeunes, mais tous les âges. Les 25-34 ans sont en moyenne plus écoanxieux que les autres classes d’âge – mais sans différence significative (sauf avec les 50-64 ans) –, alors que les 15-24 ans concentrent davantage de cas d’écoanxiété très intense (« fortement » et « très fortement écoanxieux »), qui correspond à l’écoanxiété la plus maladaptative.

Les niveaux d’études jouent aussi un rôle : les bac + 3 à bac + 5 sont plus écoanxieux que ceux qui n’ont pas de diplôme ou ont un niveau d’étude faible. Habiter une grande ville, en particulier en Île-de-France, rend également plus écoanxieux, avec une proportion des « très fortement écoanxieux » deux fois supérieure à la moyenne nationale.

Enfin, plus une personne déclare de l’intérêt pour l’environnement, plus elle a de chance d’être écoanxieuse. L’écoanxiété est le revers de l’éco-lucidité que l’on peut définir comme une prise de conscience clairvoyante des enjeux écologiques. D’où l’importance de ne pas décorréler les deux notions pour ne pas invisibiliser l’écoanxiété la plus intense – et donc la plus dangereuse.

Pour enrayer l’écoanxiété, un plan de prévention national pourrait être prévu, au niveau individuel, collectif et sociétal.

Protéger la santé mentale des individus

Comme le préconise le comité d’experts du rapport de l’Ademe, pour protéger la santé mentale des individus, il conviendrait de légitimer l’écoanxiété maladaptative, en l’intégrant dans une nomenclature consacrée aux risques psychosociaux. Elle doit être reconnue non comme signe de « folie » à cacher, mais comme réaction à une menace bien réelle.

Il faudrait également diagnostiquer l’écoanxiété maladaptative pour prévenir les risques liés à la santé mentale. Cela nécessite de former les praticiens, mais aussi de les outiller pour dépister en priorité les écoanxieux les plus menacés.

Enfin, il conviendrait d’offrir aux écoanxieux une prise en charge graduée selon l’intensité de l’écoanxiété ressentie, via des ressources en ligne, des groupes de parole ou d’éco-engagement pour l’écoanxiété adaptative, de la psychothérapie spécifique, du suivi psychiatrique pour l’écoanxiété maladaptative.

Prévenir l’écoanxiété au travail

Au travail, l’écoanxiété peut se traduire par des conflits de valeurs, du désengagement ou, à l’inverse, du surengagement, du burn out. Elle accroît les départs, les difficultés de recrutement ou de fidélisation.

Le rapport de l’Ademe préconise que les employeurs considèrent l’écoanxiété comme un risque « psychosocio-environnemental », à intégrer dans leur plan de prévention, pour renforcer leur obligation de sûreté en matière de santé et de sécurité. Cela suppose de sensibiliser directions, DRH, managers, représentants du personnel, pour sortir de la minimisation, voire de la moquerie.

Mesurer le niveau d’écoanxiété des salariés permettrait d’identifier les facteurs de risque qui la causent (missions exposées à des catastrophes écologiques, par exemple) et les facteurs de protection qui l’atténuent (espaces de discussion, projets de transition).

L’organisation du travail des employeurs doit montrer sa cohérence avec les enjeux environnementaux : réduire l’empreinte carbone des activités, éviter le geenwashing, valoriser les salariés qui alertent plutôt que de les marginaliser.

Impliquer les salariés dans la transition écologique peut se révéler un antidote puissant à leurs inquiétudes et accroît leur fidélisation.

Développer une réponse institutionnelle

Si l’écoanxiété progresse au rythme des catastrophes environnementales, ne rien faire revient à accepter l’installation durable d’un problème de santé publique aux coûts humains et économiques importants.

Comme le suggère le comité d’experts du rapport de l’Ademe, diverses politiques publiques pourraient être envisagées, comme déployer des campagnes de sensibilisation « positive » à l’écoanxiété pour l’expliquer, sans dramatiser, en montrant qu’elle peut être accompagnée de façon graduée, selon son intensité, en lien avec la transition écologique. En outre, des exemples de transitions réussies ou des récits d’avenir vivables pourraient être mis en avant.




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Suivre l’évolution de l’écoanxiété, en ayant recours à des enquêtes nationales répétées, peut aussi se révéler pertinent. Ce suivi permettrait d’ajuster les politiques en fonction de son intensité, comme on le fait pour d’autres indicateurs de santé mentale.

Ainsi, l’Obseca, soutenu par l’Ademe, a reconduit l’étude 2025 durant l’été 2026, avec le même protocole, afin d’évaluer l’évolution de ces résultats d’une période à l’autre. Le rapport sera publié fin octobre 2026.

Enfin, structurer des actions en santé mentale environnementale s’impose. Cela suppose de former les professionnels aux questions de l’écoanxiété, mais aussi de coordonner des réseaux ad hoc aux dispositifs territoriaux de santé mentale. L’objectif est double : éviter la pathologisation abusive, ne pas laisser sans aide ceux qui basculent dans un mal-être extrême.

Plus les politiques environnementales seront lisibles, vraisemblables et stables, moins la population se sentira délaissée. Une transition écologique crédible n’est pas juste un enjeu de CO₂, c’est aussi un antidote partiel aux inquiétudes des citoyens.

De la peur au pouvoir d’agir

Plus qu’une détresse individuelle, l’écoanxiété est le symptôme d’une crise sociétale. Elle parle tant de notre lucidité que de notre sentiment d’impuissance. En faire un enjeu de santé mentale, de prévention au travail et de politique publique, ce n’est pas la psychologiser ; c’est transformer la peur, légitime, en moteur d’action pour faire face aux crises écologiques à venir.

Protéger les individus, outiller les employeurs, structurer une réponse publique : ces trois priorités ne régleront pas la crise environnementale. Mais elles peuvent aider à ce que, face à elle, nous restions capables d’agir et de tenir dans la durée.

The Conversation

Pierre-Eric Sutter a reçu des financements de l’Ademe. Il est co-fondateur d’Econoïa (powered by KE Conseil EURL).

– ref. Mesurer l’intensité de l’écoanxiété pour prévenir le mal-être et les risques pour la santé mentale – https://theconversation.com/mesurer-lintensite-de-lecoanxiete-pour-prevenir-le-mal-etre-et-les-risques-pour-la-sante-mentale-285521

Fabien Eboussi Boulaga, le philosophe qui interrogeait la liberté de penser pour l’Afrique

Source: The Conversation – in French – By Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University

Philosophe camerounais, ancien jésuite et penseur majeur de la condition postcoloniale, Fabien Eboussi Boulaga, né en 1934 et mort en 2018, demeure moins connu du grand public que Valentin Yves Mudimbe ou Achille Mbembe. Son œuvre occupe pourtant une place importante dans l’histoire intellectuelle africaine contemporaine, car elle interroge avec une remarquable constance la possibilité de penser librement dans des sociétés profondément marquées par la colonisation, le christianisme missionnaire et les transformations politiques intervenues après les indépendances. Derrière cette réflexion apparaît une question qui conserve aujourd’hui toute son actualité. Quelle peut être la fonction d’un intellectuel africain et d’où peut-il parler sans devenir le représentant d’un pouvoir, d’une idéologie ou d’une identité figée ?

Le parcours d’Eboussi Boulaga donne à cette interrogation une profondeur particulière. Né à Bafia, au Cameroun, il entre dans la Compagnie de Jésus en 1955 avant d’être ordonné prêtre en 1969. Sa formation religieuse devient progressivement le lieu d’une réflexion critique sur les rapports entre christianisation, domination coloniale et cultures africaines.

Son parcours connaît un tournant important en 1980, lorsqu’il quitte la Compagnie de Jésus et demande son retour à l’état laïc, après plusieurs années de réflexion critique sur le christianisme et sa présence en Afrique.

Ses interrogations dépassent cependant largement son itinéraire personnel. Elles concernent la manière dont un sujet africain peut se constituer comme sujet de sa propre pensée alors même qu’une grande partie des catégories employées pour parler de lui ont été élaborées ailleurs.

En tant que chercheur en études culturelles francophones, je m’intéresse depuis plusieurs années aux voix intellectuelles africaines et aux conditions dans lesquelles elles construisent leurs propres espaces de pensée.
C’est dans le prolongement de cette réflexion qu’avec Buata Malela (spécialiste des littératures françaises et francophones et des études postcoloniales), nous avons publié en 2025 Sensibilités intellectuelles africaines. Du discours occidental aux voix africaines (1988-2022).

Dans cet ouvrage, nous examinons la manière dont les intellectuels africains élaborent une pensée critique confrontée à la fois aux héritages coloniaux, aux rapports de pouvoir et aux transformations contemporaines de la production des savoirs.

Sortir de la quête de l’authenticité

Publié en 1977, La Crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie constitue à cet égard un moment essentiel de son œuvre. Le terme « Muntu », présent dans plusieurs langues bantoues, renvoie à la personne ou à l’être humain. Chez Eboussi Boulaga, la crise du Muntu désigne plus profondément la situation d’un sujet africain confronté à une histoire dans laquelle il a longtemps été défini et interprété par d’autres.

Une partie des pensées africaines développées dans le contexte de la décolonisation avait cherché à répondre à cette situation en retrouvant une authenticité que la colonisation aurait recouverte ou détruite. Cette démarche se comprend historiquement, puisqu’il s’agissait de réhabiliter des cultures et des sociétés longtemps décrites comme inférieures. Eboussi Boulaga en perçoit cependant les limites. La recherche d’une essence africaine originelle peut devenir une nouvelle manière d’enfermer le sujet africain, cette fois dans une identité supposée immuable.

La question décisive n’est donc plus de retrouver une Afrique intacte qui aurait précédé la colonisation. Elle consiste à comprendre comment des individus et des sociétés peuvent construire leur devenir à partir d’une histoire qui comprend aussi bien les héritages africains que la violence coloniale, les religions importées, les indépendances et les transformations du monde contemporain.

Cette position explique l’intérêt critique qu’Eboussi Boulaga porte à l’un des textes les plus controversés de l’histoire de la philosophie africaine, La Philosophie bantoue de Placide Tempels, publiée en 1945.




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Qui a le droit de définir la pensée africaine ?

Le missionnaire belge Placide Tempels entendait montrer que les populations bantoues possédaient une conception cohérente du monde, organisée notamment autour de la notion de force vitale. Dans le contexte colonial, alors que nombre de penseurs européens avaient refusé aux sociétés africaines la capacité de produire une pensée philosophique, cette démarche pouvait apparaître comme une reconnaissance.

Eboussi Boulaga met au jour une difficulté plus profonde. Le Bantou décrit par Tempels demeure un objet de connaissance dont la pensée est reconstruite par un observateur extérieur. Il est décrit, classé et interprété, alors que sa propre parole peine à devenir le lieu à partir duquel la connaissance est produite.

Dans L’Affaire de la philosophie africaine, paru en 2011, Eboussi Boulaga revient longuement sur cette question et montre combien la construction d’une différence bantoue peut rester solidaire du dispositif colonial.

Le problème dépasse donc la question de savoir s’il existe ou non une philosophie africaine. Il concerne les conditions dans lesquelles une société devient un objet de savoir et les rapports de pouvoir qui déterminent celui qui possède l’autorité nécessaire pour la définir.

Cette interrogation rejoint certains des grands débats contemporains sur la décolonisation des savoirs, même si Eboussi Boulaga se méfie précisément de toute réponse qui consisterait à substituer une nouvelle orthodoxie à l’ancienne.

Le danger de « l’intellectuel exotique »

Cette réflexion prend une dimension particulièrement forte dans « L’intellectuel exotique», un article publié en 1993 dans la revue Politique africaine. Eboussi Boulaga y interroge la position paradoxale de l’intellectuel africain, souvent formé dans des institutions héritées de la colonisation et utilisant des catégories intellectuelles largement façonnées en Europe.

L’expression « intellectuel exotique » désigne une situation dans laquelle l’intellectuel reproduit les mécanismes dont il cherche à se libérer. Il peut ainsi multiplier les discours sur l’Afrique, son histoire ou son identité tout en demeurant dépendant des cadres qui déterminent ce qui peut être reconnu comme un savoir légitime.

Eboussi Boulaga ne préconise pourtant pas de rompre avec toute pensée venue d’Europe, car cela reviendrait encore à se définir par rapport à elle. La liberté intellectuelle suppose plutôt de pouvoir recevoir, transformer et contester les héritages disponibles.

Cette exigence de liberté intellectuelle ne reste pas cantonnée au domaine des idées. Elle conduit Eboussi Boulaga à s’interroger sur les formes concrètes de la vie politique et sur la capacité des sociétés africaines à décider de leur propre devenir. Cette conception éclaire son intérêt pour les transformations politiques du continent.

Dans Les Conférences nationales en Afrique noire. Une affaire à suivre, publié aux éditions Karthala en 2009, il analyse les transitions démocratiques alors engagées dans plusieurs pays africains à partir des années 1990 et réfléchit aux conditions permettant aux sociétés de devenir actrices de leur propre histoire.

Une pensée pour les débats d’aujourd’hui

Plus de trente ans après « L’intellectuel exotique », les questions posées par Eboussi Boulaga restent actuelles. Dans un contexte marqué par l’essor d’une diaspora académique africaine et les débats sur la décolonisation des savoirs, sa réflexion conserve toute sa portée.

Pour Eboussi Boulaga, se libérer d’une domination intellectuelle ne consiste ni à retrouver une identité originelle ni à remplacer des références européennes par des références africaines. La pensée critique doit aussi interroger les catégories mobilisées au nom de l’émancipation. L’actualité de sa pensée tient à cette exigence de vigilance.

L’intellectuel africain n’a pas à choisir entre Afrique et Occident, tradition et modernité, appartenance et universel. Sa responsabilité est de préserver sa liberté de jugement face aux pouvoirs, aux institutions et aux discours qui cherchent à fixer les limites du pensable.

Relire Fabien Eboussi Boulaga, c’est ainsi défendre une vie intellectuelle dans laquelle les sujets africains se pensent comme producteurs de savoir, capables d’interroger leur histoire, leurs héritages et leur devenir.

The Conversation

Christophe Premat does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Fabien Eboussi Boulaga, le philosophe qui interrogeait la liberté de penser pour l’Afrique – https://theconversation.com/fabien-eboussi-boulaga-le-philosophe-qui-interrogeait-la-liberte-de-penser-pour-lafrique-292012

Les populations africaines veulent des services climatiques qui répondent à leurs besoins locaux

Source: The Conversation – in French – By Petra Holden, Senior Researcher, University of Cape Town

Partout en Afrique, les populations s’emploient à restaurer et à gérer les mangroves, les pâturages et les espaces verts urbains. Elles font face à des menaces croissantes liées au changement climatique. De plus en plus, elles prennent leurs décisions à partir d’informations climatiques fournies par les gouvernements, les bailleurs de fonds et les chercheurs.

Mais reçoivent-elles les informations dont elles ont besoin ?

Nous sommes des chercheurs spécialisés dans la restauration des écosystèmes et les liens entre les populations, leurs moyens de subsistance et l’environnement. Nous étudions comment les solutions fondées sur la nature peuvent aider les populations à s’adapter au changement climatique.




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Avec nos coauteurs, nous avons interrogé 530 personnes impliquées dans des projets fondés sur la nature au Ghana, au Kenya, en Tanzanie, à Madagascar et en Afrique du Sud. Les projets ou solutions fondés sur la nature visent à protéger, à restaurer ou à exploiter les écosystèmes dégradés de manière durable.

Les personnes interrogées appartiennent à des groupes communautaires, à des administrations publiques, à des ONG, à des organisations intergouvernementales, à des organismes parapublics, à des entreprises et à des organismes de recherche. Certaines tiraient leurs moyens de subsistance de ces projets. D’autres s’en servaient pour faire face au changement climatique, aux dégradations environnementales et aux menaces pesant sur l’approvisionnement en nourriture et en eau.

Leur travail portait notamment sur la protection et la restauration des forêts, des mangroves, des zones humides et des pâturages. Il comprenait également l’agriculture de conservation, l’agroforesterie, le pâturage tournant et la végétalisation urbaine. Les campagnes contre la surpêche et la déforestation faisient également partie des projets fondés sur la nature.

Il en va de même pour la plantation d’arbres indigènes, le réensemencement des pâturages, la gestion des effectifs de bétail, l’apiculture durable et l’élimination des plantes non indigènes.

Par exemple, dans le bassin d’uMzimvubu, dans la province du Cap-Oriental en Afrique du Sud, les petits agriculteurs font paître leurs moutons sur les terres communautaires. Ils sont membres d’associations de pâturage qui participent à des programmes de solutions fondées sur la nature visant à soutenir les moyens de subsistance en milieu rural. En tant que membres, ces agriculteurs bénéficient de plusieurs avantages, notamment d’informations sur la gestion durable de leurs pâturages.

Autre exemple : une pépinière communautaire à Madagascar qui cultive des plants de mangrove destinés à restaurer les forêts.




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Notre étude s’est penchée sur les informations reçues par ces personnes concernant les conditions climatiques passées, actuelles et futures. Nous leur avons demandé comment elles utilisaient ces informations dans leur travail et quelles informations supplémentaires leur seraient utiles. Nous leur avons demandé de classer par ordre d’importance les améliorations à apporter aux services climatiques ainsi que leurs attentes concernant de nouveaux services. Cela nous a permis d’identifier les services existants à améliorer et les domaines où de nouveaux services étaient nécessaires.

Nous avons constaté que les gens souhaitaient que les services climatiques existants soient améliorés. Ils souhaitaient également de nouveaux services adaptés à leur communauté. Ceux-ci devraient combiner des prévisions météorologiques et saisonnières, ainsi que des projections sur le changement climatique. Ils devraient également intégrer les informations sur les terres, l’eau, les moyens de subsistance et les savoirs locaux.

Il ne suffit pas de demander aux gens de quelles informations climatiques ils ont besoin. Les scientifiques, les prestataires, les utilisateurs et les détenteurs de savoirs locaux et autochtones ont besoin de temps, de ressources et de mesures incitatives pour développer ensemble des services climatiques.

Les institutions et les bailleurs de fonds doivent reconnaître que faire travailler ensemble différents types de personnes est tout aussi important que de développer un « service climatique » final.

Ce que les gens utilisent déjà influence ce dont ils disent avoir besoin

Nous avons constaté que les populations utilisent déjà différents types d’informations climatiques pour prendre des décisions. Il s’agit notamment de prévisions sur les pluies et les températures, ainsi que d’alertes concernant les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses. Au Ghana, au Kenya, en Tanzanie, à Madagascar et en Afrique du Sud, ces services climatiques sont diffusés via les téléphones portables, les sites web, la télévision et la radio.

Plus de la moitié des personnes que nous avons interrogées souhaitaient disposer de versions améliorées des informations qu’elles utilisent déjà. Cela montre que les services existants devraient être améliorés afin de répondre aux besoins des différentes communautés et des différents lieux.

Plus de 80 % des personnes interrogées ont déclaré que les services climatiques existants présentaient des limites. L’un des principaux problèmes est que les connaissances autochtones et locales utilisées pour prévoir le climat ou prendre des décisions n’étaient pas intégrées aux services climatiques officiels. Par exemple, à Turkana, au Kenya, des voyants traditionnels appelés « Emuron » ont recours à des pratiques autochtones pour anticiper les phénomènes météorologiques violents et autres catastrophes climatiques. Les anciens envoient également des éclaireurs pour évaluer l’état des pâturages et des points d’eau avant de décider où déplacer le bétail. Or, ces pratiques ne sont pas reliées aux services climatiques officiels.

Les personnes interrogées ont également indiqué que les informations étaient difficiles d’accès ou arrivaient trop tard. Les services en ligne ne sont pas adaptés là où les populations n’ont pas les moyens de payer des forfaits de données mobiles, où la réception est instable ou encore lorsqu’elles ne disposent pas de smartphones. Les rapports techniques doivent également être simplifiés ou expliqués en personne par des experts. Les réseaux communautaires existants et les personnalités locales de confiance pourraient recevoir les informations par les canaux officiels et les diffuser plus largement.

Plus de 60 % des personnes interrogées ont déclaré qu’il fallait renforcer les connaissances en matière de changement climatique. Cela inclut la compréhension du changement climatique et de ses impacts, la connaissance des services disponibles, ainsi que les compétences nécessaires pour interpréter et mettre en pratique ces informations.

Les populations souhaitent de nouveaux services climatiques locaux leur permettant d’agir

Les services climatiques indiquent souvent aux populations la quantité de pluie attendue ou la température prévue. Mais cela n’explique pas ce que ces prévisions signifient pour les terres, l’eau ou les autres ressources naturelles qu’elles gèrent. Les participants souhaitaient que ces informations soient combinées à des données sur le débit des cours d’eau, l’humidité du sol, la végétation et les risques d’incendie.

Par exemple, une personne gérant des pâturages souhaitait savoir comment les précipitations et l’humidité du sol affecteraient le fourrage disponible – l’herbe et les autres plantes dont se nourrit le bétail. Les personnes souhaitaient également que les prévisions et les projections climatiques soient associées à des informations locales sur les aspects sociaux, sanitaires et économiques, notamment sur la manière dont les précipitations pourraient affecter la santé animale, les maladies du bétail et les déplacements des personnes et des animaux.

Elles souhaitaient obtenir des informations concernant leur communauté, leur quartier ou leur commune en particulier, plutôt que des alertes régionales générales. Il s’agissait notamment d’identifier les lieux les plus exposés au risque d’inondation et les mesures que les habitants devaient prendre.




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Les personnes que nous avons interrogées nous ont indiqué qu’elles souhaitaient davantage d’informations climatiques sur leurs téléphones portables, sur les radios communautaires, ainsi que par le biais de réseaux communautaires organisés, des réseaux sociaux et des applications de messagerie. Elles ont précisé que ces canaux devaient fonctionner de concert afin que les personnes capables d’accéder à ces informations et de les comprendre puissent les partager avec d’autres. Elles souhaitaient également davantage d’illustrations, d’animations et de vidéos accompagnées de chiffres et d’explications écrites.

Les populations utilisaient déjà des services consacrés à la canicule, aux sécheresses et aux inondations. Mais elles ont indiqué que ceux-ci devaient être améliorés. Elles ont également identifié des opportunités pour de nouveaux services diffusant des alertes et des informations sur les vagues de chaleur et de froid extrêmes, l’érosion, les glissements de terrain, le vent et les incendies.

Neuf répondants sur dix (91 %) ont déclaré que les nouveaux services climatiques devaient intégrer les savoirs autochtones et locaux, y compris les méthodes de prévision. À Turkana, les habitants ont suggéré que les devins rencontrent des scientifiques afin d’expliquer les méthodes de prévision locales et de développer ensemble de nouveaux services.

D’autres ont souligné l’importance des termes et des langues locales. Cela nécessite une coopération continue entre les détenteurs de savoirs locaux, les scientifiques et les prestataires de services climatiques, plutôt que quelques réunions ponctuelles.

L’innovation souhaitée par les personnes interrogées ne se résumait pas à davantage de produits techniques, mais à de meilleures façons de réunir différents types de savoirs, d’acteurs et de technologies.

Prochaines étapes

Nos conclusions montrent que la production d’informations climatiques utiles ne se limite pas à demander aux gens ce dont ils ont besoin. Les scientifiques, les fournisseurs d’informations climatiques, les utilisateurs locaux et les détenteurs de savoirs autochtones ont besoin de temps et de soutien pour se réunir régulièrement, partager leurs connaissances et élaborer ensemble ces informations.

Les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent financer ce travail, et pas seulement les prévisions, cartes ou outils finaux. Par exemple, les gouvernements et les bailleurs de fonds du développement pourraient prendre en charge des coûts tels que les déplacements, les réunions communautaires, la traduction, la formation et la coopération continue, en particulier dans les endroits où les organisations locales n’ont pas les moyens de les assumer.

Cela contribuera à garantir que les informations climatiques reflètent les savoirs locaux et aident les populations à prendre des décisions concrètes.

The Conversation

Petra Holden bénéficie d’une subvention du projet ALBATROSS (https://albatross-project.eu/), financé par l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101137895.

Cherié Janine Forbes bénéficie d’une subvention du projet ALBATROSS (https://albatross-project.eu/), financé par l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101137895.

Gerald Ngoma bénéficie d’une subvention du projet ALBATROSS (https://albatross-project.eu/), financé par l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101137895.

Martine Visser’s research time is supported in part by the National Research Foundation of South Africa (UID: 148866).

– ref. Les populations africaines veulent des services climatiques qui répondent à leurs besoins locaux – https://theconversation.com/les-populations-africaines-veulent-des-services-climatiques-qui-repondent-a-leurs-besoins-locaux-292373

« Une alliance unique avec l’UE » : voici comment mieux s’organiser entre Canadiens pour réussir en Europe

Source: The Conversation – in French – By Stéphane Dion, Diplomate en résidence, Université de Montréal

**La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souhaité que le Canada devienne le premier « membre associé » de l’Union européenne. Le premier ministre Mark Carney, de façon plus réaliste, a appelé de ses vœux une Alliance unique et forte.

Quelles formes que prennent ces relations renforcées, il est clair que l’Union européenne (UE) et le Canada ont de grandes ambitions l’un envers l’autre. Cependant, l’Europe est sollicitée de tous côtés. La compétition pour y prendre des parts de marché et attirer ses investisseurs est féroce.

Nous devons mieux travailler avec les Européens, mais aussi mieux travailler entre nous, entre Canadiens, pour réussir en Europe. Ce sera mon sujet ici : développer des habitudes de travail efficaces, mieux nous organiser, de façon méthodique et planifiée, afin de nous donner les moyens de nos ambitions en Europe.

Aujourd’hui diplomate en résidence de la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Montréal, j’ai été ambassadeur du Canada en Allemagne de 2017 à 2022, puis en France jusqu’à décembre 2025, en plus d’avoir été pendant ces huit années l’Envoyé spécial du premier ministre du Canada auprès de l’Union européenne et de l’Europe.

Fort de cette expérience, voici quatre suggestions pour mieux réussir en Europe qui touchent l’organisation interne du gouvernement du Canada.




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1 : Une imputabilité claire, assortie d’échéances et d’objectifs précis

Le gouvernement, le premier ministre, doivent nommer, systématiquement et officiellement, pour chaque entente signée avec l’UE ou des pays européens, un haut responsable canadien. Ce dernier, avec son pendant européen, sera imputable de sa mise en œuvre. Il faut, pour chaque entente, une imputabilité claire, assortie d’échéances et d’objectifs précis.

C’est ce que le premier ministre Mark Carney a fait dans le cas du Partenariat stratégique signé en juin 2025 avec l’Europe. Il a nommé son représentant personnel auprès de l’Union européenne, John Hannaford, responsable, avec son pendant européen, de la mise en œuvre de cet accord.

Le prochain Sommet Canada-UE, les 29 et 30 octobre, devra être le moment de prendre acte des résultats réellement obtenus depuis un an dans tous les domaines prioritaires, afin d’amplifier cet élan et de nous hisser notre relation vers un nouveau sommet, une réelle alliance unique.




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2 : Développer une véritable approche d’Équipe Canada

Une approche d’équipe serait un outil précieux pour la stratégie canadienne partout dans le monde, mais elle est particulièrement nécessaire dans le contexte européen.

L’Europe est le seul continent véritablement intégré, grâce à l’existence de l’UE et à l’attrait qu’elle exerce sur tous les pays qui souhaitent la rejoindre. D’où la nécessité incontournable d’une approche « Équipe Canada ».

De grands espoirs sont placés dans le Bureau des exportations stratégiques que le premier ministre Carney vient de créer.

Mais celui-ci ne pourra faire œuvre utile que si son action s’agence non seulement avec les ministères, mais aussi avec tous les organismes qui existent déjà : Exportation et développement Canada, qui fournit un financement ; la Corporation commerciale canadienne, qui aide les entreprises canadiennes à vendre aux gouvernements étrangers ; le Service des délégués commerciaux, qui crée des contacts sur le terrain ; Investir au Canada, dont la mission est d’attirer de investissements de partout y compris d’Europe ; et la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense.

Si chacune de ces structures tire à hue et à dia et devient un État dans l’État, nous allons échouer.

3 : Maintenir autant que possible nos ressources diplomatiques en Europe

Il faut être sur place pour gagner. Alors que nous accroissons fortement nos dépenses militaires, il ne faut pas négliger non plus nos ressources diplomatiques sur le terrain. Elles sont sous-développées pour un pays du G7 et même en comparaison avec des pays de moindre importance que nous.

Affaires mondiales Canada est requis de procéder à des coupes pour aider le gouvernement à réduire son déficit. Il faut que ces économies se fassent dans le ministère à Ottawa, mais que l’on épargne la section géographique et notre présence sur le terrain. Le nombre d’employés d’Affaires mondiales assignés à Ottawa est démesuré par rapport à notre déploiement à l’étranger, si l’on compare à ce que font nos alliés.

Il ne faut surtout pas affaiblir le Service des délégués commerciaux, alors même qu’il faut encourager les entreprises canadiennes à s’intéresser au marché européen. Les délégués commerciaux les accompagnent de A à Z et leur montrent comment aborder les marchés allemands, français, italiens, polonais, etc.

Il nous faut tirer pleinement parti de notre accord commercial avec l’UE –

l’AECG – qui encore récemment n’était utilisé qu’à 60 % de son potentiel selon l’économiste en chef d’Affaires mondiales Canada.

4 : Mieux utiliser nos ambassadeurs et ambassades

Pendant mes huit années à titre d’Envoyé spécial en Europe, je n’ai rencontré que des chefs de mission compétents et dévoués. En même temps, j’ai pu constater combien trop souvent eux et leurs équipes étaient tenus à l’écart des informations essentielles par le fonctionnement trop cloisonné de notre gouvernement.

Je propose que le gouvernement adopte un protocole de quatre règles qui stipulerait que :

  • lors des réunions bilatérales tenues à l’occasion des visites officielles, l’ambassadeur est toujours présent ;

  • s’il y a une écoute silencieuse d’une discussion téléphonique entre chefs de gouvernement ou ministres, l’ambassadeur fait bien sûr toujours partie du groupe à l’écoute ;

  • les cahiers d’information préparée pour les visites officielles sont toujours examinés par l’ambassadeur, qui a l’occasion de faire des suggestions ;

  • peu importe où les réunions bilatérales ont lieu dans le monde, le compte rendu est transmis à l’ambassadeur.

Le respect de ces quatre règles ne coûterait pas un sou au gouvernement, mais lui vaudrait une diplomatie beaucoup plus apte à remplir son rôle efficacement. En les mettant en œuvre, nous serons plus à même de solidifier toujours davantage nos liens avec l’Europe.

La Conversation Canada

Stéphane Dion ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. « Une alliance unique avec l’UE » : voici comment mieux s’organiser entre Canadiens pour réussir en Europe – https://theconversation.com/une-alliance-unique-avec-lue-voici-comment-mieux-sorganiser-entre-canadiens-pour-reussir-en-europe-292450

Comment l’IA peut prévoir – et expliquer – le niveau d’eau des Grands Lacs ?

Source: The Conversation – in French – By Rahim Barzegar, Professeur, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

En janvier 2013, le lac Michigan atteignait le niveau d’eau le plus bas jamais enregistré. Sept ans plus tard, à l’été 2020, il battait des records inverses : inondations répandues, berges arrachées, routes riveraines fermées. Entre ces deux extrêmes, près de deux mètres. Les lacs Supérieur, Érié et Ontario ont connu le même retournement à quelques mois près. Presque personne ne l’avait vu venir.


Ces basculements se préparent pendant des mois, dans un mélange de pluie, de neige, d’évaporation et de décisions humaines. Démêler ce mélange reste l’un des problèmes les plus tenaces dans le domaine de l’hydrologie, et l’un des plus importants. Le niveau d’eau contrôle la profondeur des ports, la stabilité des berges, les prises d’eau potable et la survie des milieux humides côtiers.




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Une analyse de quarante ans de fluctuations, que nous avons publiée dans Science of the Total Environment, s’y attaque avec des outils venus de l’intelligence artificielle (IA).

Le but n’était pas seulement de prédire les niveaux d’eau, mais d’utiliser l’IA de façon à expliquer ce qui les fait varier.

Une machine qui devine, mais n’explique rien

Pendant des décennies, on traitait la balance hydrologique comme un compte bancaire : on additionne les dépôts (pluie, ruissellement, apports de l’amont), on soustrait les retraits (évaporation, débits sortants), et le solde donne le niveau d’eau. L’approche est rigoureuse, mais elle nécessite une longue calibration et ne capture pas précisément les écarts inhabituels du climat.

L’apprentissage automatique par l’IA fait l’inverse : on lui fournit quarante ans de données et il en extrait les régularités grâce à un algorithme. Un algorithme consiste en une série de calculs qui transforme les chiffres reçus en une estimation du niveau d’eau et se corrige s’il s’écarte des mesures.

On gagne en précision, mais le résultat arrive sans explications, lesquelles sont nécessaires si le résultat sert à gérer un barrage ou à cartographier des zones inondables.

Demander des comptes à la machine

Pour régler ce problème, nous avons entraîné huit algorithmes sur les niveaux d’eau mensuels des lacs Supérieur, Michigan, Érié et Ontario, de 1982 à 2022. Nous avons incorporé neuf variables dans chaque algorithme, comme la température de l’air et les débits d’apports en eau.

Chaque variable était fournie pour le mois en cours, mais aussi pour un mois plus tôt, deux mois plus tôt, jusqu’à six mois en arrière. Ce faisant, le modèle pouvait relier le niveau d’eau de juin à la neige tombée en janvier.




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Pour les quatre algorithmes les plus performants, l’erreur descendait à une douzaine de centimètres, contre 14 à 21 pour les modèles les plus simples.

Puis, nous l’avons forcé à se justifier avec les valeurs de Shapley (SHAP), une technique issue de la théorie des jeux qui répartit équitablement le gain d’une équipe entre ses joueurs. Ici, elle donne la contribution de chaque variable dans la hausse ou la baisse du niveau d’eau, pour un mois donné. Autrement dit, est-ce les températures de l’air ou bien les débits entrants qui sont plus importants pour contrôler le niveau d’eau ?

Mais SHAP ne renseigne pas sur la durée qu’un signal met à traverser un bassin versant.

D’où une seconde technique, l’analyse variographique des surfaces de réponse (VARS). Au lieu d’observer le modèle, on le perturbe, par exemple en augmentant le ruissellement comme le ferait une fonte hâtive des neiges. On mesure l’impact de cette perturbation un mois plus tard, puis six mois.

Ensemble, SHAP et VARS donnent les variables coupables du niveau d’eau et leur délai d’action.

La neige de janvier décide du niveau de juin

Les quatre lacs à l’étude présentent des différences fondamentales.

Les lacs Supérieur et Michigan sont de grandes cuves lentes nourries par la fonte des neiges dont le niveau d’eau dépend du ruissellement et des débits sortants. Le lac Érié, peu profond, dépend de ce qui lui arrive de l’amont par la rivière Détroit. Quant au lac Ontario, il se distingue par le poids de l’évaporation.

En appliquant la même méthode avec les mêmes variables, nous avons obtenu quatre réponses différentes étant donné ces caractéristiques.

Le résultat le plus frappant de notre étude concerne le temps. On s’attendait à voir l’influence des variables s’estomper à mesure qu’on remonte dans le passé, comme dans une rivière où l’averse s’oublie en quelques jours. C’est l’inverse : elle grandit après trois ou quatre mois.

Un lac ne réagit donc pas à la météo d’hier, mais à celle de la saison précédente. Ces lacs ont une forte inertie, et c’est une bonne nouvelle pour la prévision saisonnière : une partie de ce qui fera le niveau de l’été prochain est déjà tombée, sous forme de neige.


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Le lac le plus imprévisible est celui qu’on contrôle

Un lac a tenu tête à nos algorithmes : le lac Ontario, avec une erreur supérieure de moitié, due à des décisions humaines.

En effet, ses niveaux d’eau sont réglés au barrage Moses-Saunders, selon des règles d’exploitation ajustées au jour le jour. Dans notre modèle, chaque variable est résumée par une seule valeur mensuelle. Ainsi, le débit sortant du barrage figure bien dans nos données, mais la succession de décisions humaines qui l’a produit disparaît dans le calcul de la moyenne.

Lorsque davantage d’eau est relâchée pour protéger les riverains en aval, alors que le climat ne l’imposait pas, le modèle voit un niveau qui chute sans cause repérable parmi ses variables. Il apprend mal, et se trompe davantage.

Cet échec montre une limitation entre ce que le climat explique et ce qui relève de nos décisions collectives. La solution est simple : il faut fournir ces règles au modèle, au même titre que la pluie ou la neige. Ainsi, les algorithmes cesseront de prendre nos décisions pour des données aberrantes.

Au-delà des Grands Lacs

Les applications de notre approche vont aussi au-delà des Grands Lacs et des eaux de surface.

Avec Ouranos, le consortium québécois sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, nous appliquons maintenant cette approche à la recharge des eaux souterraines du Québec méridional, cette fois avec un modèle informé par la physique.

Notre contribution représente l’exception, car la plupart des modèles d’IA employés en environnement sont incapables de s’expliquer. Il s’agit pourtant d’une exigence non négociable pour un outil qui sert à gérer un barrage ou à protéger une source d’eau potable.

Un modèle interprétable est un modèle qu’on peut vérifier, discuter et contredire. C’est la condition pour que l’IA devienne un instrument légitime dans la gestion de l’eau.

La Conversation Canada

Rahim Barzegar a reçu des financements de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Ehsan Raei et Jan Franklin Adamowski ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Comment l’IA peut prévoir – et expliquer – le niveau d’eau des Grands Lacs ? – https://theconversation.com/comment-lia-peut-prevoir-et-expliquer-le-niveau-deau-des-grands-lacs-288682

Groenlandia no se compra, se negocia: las claves del nuevo acuerdo con Estados Unidos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Belén López Tárraga, Profesora sustituta en el Departamento de Geografía, Universidad Complutense de Madrid

Bandera de Groenlandia con montañas y glaciares al fondo. Michal Balada/Shutterstock

El renovado interés de Estados Unidos por Groenlandia ha vuelto a ocupar las portadas de todos los medios internacionales. El anuncio de un nuevo acuerdo de seguridad trilateral entre Washington, Copenhague y el gobierno autónomo de Nuuk ha sorprendido al mundo. Las pretensiones de adquisición o control unilateral sobre la isla tropezaban con infranqueables barreras constitucionales, el estatuto de autonomía groenlandés y los compromisos en el seno de la OTAN.

Lejos de una anexión o compra directa, la Casa Blanca ha tenido que dirigir sus exigencias de seguridad a través de la vía diplomática multilateral, respetando la integridad territorial del Reino de Dinamarca y el derecho de autodeterminación del pueblo groenlandés.

Sin embargo, tras los titulares triunfalistas se esconde un complejo tablero de narrativas políticas, cautelas jurídicas y pugnas geoeconómicas por el control del Ártico.

Triunfo retórico vs. pragmatismo

A un lado del Atlántico, Donald Trump presentó el preacuerdo en sus canales oficiales con un marcado tono eufórico, celebrando haber asegurado un “control permanente sobre la seguridad” de la isla, además de un marco de cooperación indefinido útil para la agenda política interna de cara a las elecciones de medio mandato.

Al otro lado, la respuesta de Copenhague y Nuuk destacó por un calculado pragmatismo. La primera ministra danesa, Mette Frederiksen, restó dramatismo al choque institucional en sus intervenciones públicas, recordando la solidez de las relaciones bilaterales con Washington y encuadrando el movimiento dentro del marco de cooperación preexistente en la OTAN (heredero del tratado de defensa de 1951, actualizado en 2004).

Por su parte, la reacción en la capital groenlandesa ha sido de prudente tranquilidad. Como ha señalado el líder político groenlandés Erik Jensen en declaraciones al medio local Sermitsiaq, existe confianza en que el contenido del pacto salvaguarda los intereses de la isla. Dinamarca y Groenlandia parecen haber adoptado la estrategia de permitir que Washington disfrute del titular político a cambio de preservar intactas las líneas rojas fundamentales: la soberanía del Reino y la autonomía de Nuuk.

La prudencia jurídica

A pesar del impacto mediático del anuncio, la cautela analítica resulta indispensable. A día de hoy, el texto definitivo del acuerdo no es público. La primera ministra danesa, Mette Frederiksen, y el presidente de Groenlandia, Jens-Frederik Nielsen, han viajado a Nueva York para rubricar en los márgenes de la Asamblea General de la ONU el nuevo pacto de seguridad junto a Estados Unidos. Sin embargo, esta escenografía política no equivale a un hecho consumado ni concede fuerza legal inmediata al documento.

Para que medidas tan relevantes como el derecho de veto estadounidense sobre inversiones extranjeras o el despliegue de nuevas instalaciones militares entren en vigor de forma efectiva e indefinida, el tratado debe superar un itinerario obligatorio de varios pasos.

El proceso arranca con la firma del texto oficial por EE. UU., Dinamarca y Groenlandia en la sede de la ONU, aunque esta no concede validez jurídica inmediata. Para entrar en vigor, el acuerdo debe ser ratificado por los parlamentos danés y groenlandés y el Senado estadounidense, culminando con la notificación diplomática cruzada de su aprobación.

Será en las votaciones de los parlamentos donde surjan las verdaderas discusiones sobre la letra pequeña. Los políticos daneses y groenlandeses revisarán con mucho detalle si los permisos militares o el control de obras que pide EE. UU. le quitan poder de decisión a Groenlandia o si solo sirven para reforzar la seguridad en la zona. Hasta que los tres parlamentos no aprueben el texto, las nuevas normas no se podrán aplicar.

Tierras raras y veto en las rutas árticas

Más allá de la narrativa militar, la verdadera clave del acuerdo es geoeconómica. Groenlandia alberga una de las mayores reservas no explotadas de tierras raras del planeta, minerales indispensables para la transición energética, la industria de la aviación y la tecnología de defensa.

El acuerdo pretende articular un mecanismo de veto de facto para frenar el desembarco de capitales estatales considerados “no deseados”, con la mira puesta en China y Rusia, en la minería estratégica y en las infraestructuras de transporte de la isla.

A esto hay que añadir el papel de las nuevas rutas por el mar. Como el hielo del Ártico se está derritiendo, países como China o Corea del Sur ya utilizan estas vías marítimas para transportar mercancías durante varios meses al año. Al evitar que países como China o Rusia inviertan o pongan bases militares en Groenlandia, Estados Unidos y sus aliados se aseguran de controlar el paso entre el Ártico y el Atlántico, impidiendo que el comercio de sus rivales se convierta en un dominio militar permanente.

El encaje en la estrategia de seguridad de la UE

Este movimiento transatlántico conecta de lleno con las prioridades de la Unión Europea que ha anunciado que publicará su renovada política para el Ártico el próximo 20 de octubre. En el discurso sobre el Estado de la Unión de septiembre de 2026, la presidenta de la Comisión Europea, Ursula von der Leyen, situó formalmente a Rusia como la amenaza estructural prioritaria a la que dar continuidad en la estrategia de seguridad europea, al tiempo que urgió a acelerar la independencia del bloque en materias primas críticas.

El acuerdo sobre Groenlandia ayuda a que la Unión Europea y Estados Unidos dejen de discutir por el control del Ártico y trabajen juntos en el norte. Para Europa, que necesita comprar fuera casi toda la energía y los minerales que consume, este pacto trae dos grandes ventajas: refuerza la seguridad militar frente a las amenazas de Rusia y garantiza que los minerales clave para el futuro se queden en manos de países aliados.

El tiempo y el debate en los parlamentos dirán si el pacto es una solución equilibrada para la seguridad global o si la letra pequeña esconde fricciones de soberanía. Por el momento, el episodio demuestra que en el tablero ártico del siglo XXI la diplomacia de las alianzas y el control de los recursos valen mucho más que la retórica de la anexión.

The Conversation

Ana Belén López Tárraga no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Groenlandia no se compra, se negocia: las claves del nuevo acuerdo con Estados Unidos – https://theconversation.com/groenlandia-no-se-compra-se-negocia-las-claves-del-nuevo-acuerdo-con-estados-unidos-292445

El Mediterráneo del Cabo de Gata está repleto de biodiversidad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lucía Cabello Alemán, Estudiante de doctorado / Ecología / Medioambiente, Universidad de Almería

Basta con sumergirse unos pocos metros frente a la costa de Cabo de Gata, en Almería, para descubrir un mundo que la mayoría de los visitantes nunca llega a conocer. Bajo la superficie se esconde uno de los ecosistemas marinos mejor conservados del Mediterráneo, donde cada inmersión ofrece encuentros diferentes con una extraordinaria biodiversidad.

Pero ¿qué especies acompañan habitualmente a quienes practican esnórquel o buceo en estas aguas? A continuación, proponemos un recorrido submarino para descubrir algunos de sus habitantes más emblemáticos.

Un paisaje único, también bajo el agua

Cuando pensamos en Cabo de Gata solemos imaginar acantilados volcánicos, calas de aguas transparentes y uno de los paisajes más áridos de Europa. Sin embargo, la verdadera singularidad de este lugar la encontramos bajo la superficie del mar. El origen volcánico de la costa ha dado lugar a un fondo marino extraordinariamente diverso. Paredes rocosas, grietas, arenales y extensas praderas de Posidonia oceanica forman un mosaico de hábitats que proporciona refugio, alimento y zonas de reproducción a una gran diversidad de especies.

La creación de la Reserva Marina de Cabo de Gata-Níjar en 1995, ocho años después de la declaración del Parque Natural Marítimo-Terrestre, contribuyó a conservar buena parte de esta riqueza biológica. Hoy constituye un referente para la conservación y el estudio de los ecosistemas marinos del Mediterráneo occidental.

Pero la mejor forma de comprender su valor no es desde un mirador. Es ponerse unas gafas de esnórquel —o un equipo de buceo— y descubrir qué ocurre bajo la superficie.




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De estrellas de mar a barracudas

Las primeras rocas aparecen cubiertas de vida. Entre los erizos y las anémonas crecen algas que se balancean suavemente con el oleaje. A su vez, las llamativas estrellas de mar naranjas aportan una de las notas de color más características del fondo.

Al recorrer unos metros bajo el agua, no tardan en aparecer las primeras praderas de Posidonia oceanica. Entre sus hojas nadan grandes bancos de salpas, alimentándose tranquilamente de la planta. También es frecuente encontrar sargos de todos los tamaños y los llamativos peces fredis, cuyos colores verdes y azules destacan sobre el fondo. Sobre la arena descansan discretamente los pepinos de mar (holoturias), auténticas recicladoras del ecosistema. Con un poco de suerte, podemos dar con alguna nacra (Pinna nobilis), el bivalvo más grande y una de las especies más amenazadas del Mediterráneo .

Las zonas de roca volcánica esconden algunas de las escenas más fascinantes de la inmersión. Basta observar con atención cualquier grieta para descubrir un pulpo intentando pasar desapercibido. Si se mantiene la distancia y le damos tiempo, es frecuente que abandone su refugio y se desplace lentamente sobre las rocas. Por un instante parece que decidiera ofrecernos su particular desfile antes de desaparecer de nuevo.

Las grietas también sirven de refugio a morenas y congrios. Entre las rocas patrullan lentamente los meros, símbolos representativos de esta reserva marina. En Cabo de Gata pueden observarse desde pequeños juveniles hasta grandes ejemplares. En las zonas mejor protegidas, algunos permiten acercarse mucho más de lo que cabría esperar.

Si levantamos la vista hacia el azul, de vez en cuando llega uno de esos encuentros que ningún buceador olvida: un banco de barracudas suspendido en el agua, inmóvil durante unos segundos. Es una de las imágenes más espectaculares que puede ofrecer el Mediterráneo.

Sobre los fondos arenosos tampoco es raro descubrir una raya pastinaca parcialmente enterrada bajo la arena o, con algo más de suerte, una tembladera. Estos peces de esqueleto cartilaginoso, emparentados con los tiburones, son capaces de producir descargas eléctricas para defenderse o capturar a sus presas.

Pero las mayores sorpresas no siempre las protagonizan los animales más grandes. Basta detenerse unos minutos frente a una roca para descubrir diminutos nudibranquios de colores y formas sorprendentes: las conocidas babosas del mar.

Paraflabellina ischitana, un nudibranquio que habita principalmente en las aguas del mar Mediterráneo.

El Mediterráneo está cambiando

El fondo marino tiene una cualidad especial: cuanto más despacio se observa, más vida aparece. Sin embargo, este paisaje no es inmutable. El Mediterráneo es uno de los mares que más rápido se está calentando del planeta. A ello se suman la contaminación, la sobrepesca y la llegada de especies invasoras, como el alga asiática Rugulopteryx okamurae, que transforman lentamente su ecosistema.

Al mismo tiempo, otras especies emblemáticas atraviesan una situación crítica. La nacra ha sufrido un colapso poblacional sin precedentes debido a una enfermedad causada por un parásito, al que se suman la degradación de su hábitat y otras presiones de origen humano.
Encontrar hoy un ejemplar vivo durante una inmersión es ya una auténtica excepción. A esto se suma algo que quienes llevan años buceando en Cabo de Gata perciben: los pulpos parecen menos frecuentes y aquellos enormes meros que muchos recuerdan encontrar con facilidad son hoy más escasos.

Ante este escenario, la Reserva Marina de Cabo de Gata-Níjar resulta más importante que nunca. Proteger estos fondos no solo significa conservar especies, sino también mantener la capacidad del ecosistema para adaptarse a los cambios que ya están en marcha. Conocer este mundo oculto es el primer paso para comprender por qué merece la pena conservarlo.

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Lucía Cabello Alemán ha recibido financiación de las ayudas de Formación del Profesorado Universitario (FPU), del Ministerio de Innovación, Ciencia y Universidades.

Rafael Hernández Maqueda no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El Mediterráneo del Cabo de Gata está repleto de biodiversidad – https://theconversation.com/el-mediterraneo-del-cabo-de-gata-esta-repleto-de-biodiversidad-289560

Las claves del pulso económico entre China y Estados Unidos que definirá el futuro del planeta

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Vázquez Rojo, Doctor en Economía. Profesor e Investigador en la UCJC, Universidad Camilo José Cela

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Durante las últimas décadas se habló de China como una “potencia emergente”, pero la expresión resulta cada vez menos adecuada. Es ya la segunda economía del mundo, genera alrededor de un tercio de las manufacturas globales y compite en sectores como los vehículos eléctricos, las baterías, las energías renovables, la inteligencia artificial y las telecomunicaciones.

Desde Pekín, además, este proceso se interpreta con una perspectiva histórica distinta. El gran país asiático no se considera una potencia nueva. Su ascenso representa la recuperación de la posición central que ocupó durante siglos, y perdió a partir del siglo XIX.

Entender esta trayectoria ayuda también a explicar la creciente rivalidad con Estados Unidos. En El regreso de China analizo cómo ambos países compiten hoy por tecnología, cadenas de suministro, mercados, finanzas e influencia política. Detrás de cada uno de estos conflictos aparece una cuestión más amplia: cómo se repartirá el poder en la economía mundial durante las próximas décadas.

Cuando China ocupaba el centro

Antes de la Revolución Industrial, China se encontraba entre las economías más desarrolladas del mundo. Algunas regiones, como el delta del Yangtsé, presentaban hacia mediados del siglo XVIII niveles de vida y estructuras productivas comparables a los de las zonas más avanzadas de Europa. Sus grandes ciudades articulaban extensas redes comerciales y el país destacaba en sectores como la porcelana, la seda, el hierro o el té.

Ese equilibrio cambió con la Revolución Industrial. Gran Bretaña incorporó el carbón y la máquina de vapor a la producción, aumentó enormemente su productividad y combinó esa transformación económica con una creciente capacidad comercial y militar.

Así, China quedó rezagada. Las guerras del opio mostraron con crudeza la nueva correlación de fuerzas. A mediados del siglo XIX, el antiguo centro político y económico de Asia comenzó a sufrir derrotas militares, tratados desiguales y una creciente pérdida de soberanía frente a las potencias occidentales.

Ese periodo, llamado en China “Siglo de la Humillación”, ocupa un lugar clave en la visión china de su propia historia. La modernización del país durante el siglo XX puede leerse también como un intento de cerrar aquella ruptura.

De la reforma económica a la fábrica del mundo

La victoria del Partido Comunista en 1949 fue el primer paso de esa recuperación. Su líder, Mao Zedong, reconstruyó la unidad del país, reforzó la capacidad del Estado e impulsó su industrialización, aunque algunas de sus grandes campañas, como el Gran Salto Adelante o la Revolución Cultural, tuvieron enormes costes económicos y humanos. China recuperó soberanía y peso político, pero seguía lejos de ocupar la posición económica que había tenido siglos atrás.

El auténtico gran salto llegó después de 1978. Las reformas impulsadas por Deng Xiaoping abrieron progresivamente la economía al comercio y la inversión extranjera. China ofrecía mano de obra abundante, costes relativamente bajos, infraestructuras cada vez mejores y un Estado dispuesto a favorecer la industrialización.

El momento internacional también ayudó. Desde los años ochenta, las grandes empresas comenzaron a fragmentar sus procesos productivos entre distintos países. Las actividades intensivas en trabajo se desplazaron hacia economías con menores costes, mientras las empresas occidentales conservaban buena parte del diseño, las patentes, las marcas, el software y la financiación.

La rivalidad entre China y Estados Unidos por la hegemonía mundial es cada vez más abierta.

China encontró su lugar dentro de ese modelo y terminó convirtiéndose en la principal plataforma manufacturera global. Su entrada en la Organización Mundial del Comercio, en 2001, aceleró todavía más el proceso.

Durante años, Estados Unidos y las potencias occidentales veían con buenos ojos esa integración. Las empresas occidentales reducían costes y accedían al enorme mercado chino. China recibía inversión, tecnología y conocimientos mientras industrializaba su economía a una velocidad extraordinaria.

Pero Pekín fue modificando gradualmente su posición dentro de esas cadenas de valor.

De fabricar productos a controlar tecnología

Durante la última década, la estrategia china se ha centrado en progresar hacia las actividades de mayor valor añadido. El objetivo aparece en sucesivos programas industriales, tecnológicos y científicos: aumentar la capacidad nacional en semiconductores, telecomunicaciones, inteligencia artificial, robótica, baterías, energías renovables, biotecnología o computación cuántica.

El resultado ya es visible. Empresas como Huawei o BYD compiten internacionalmente con compañías estadounidenses, europeas, japonesas y surcoreanas. China conserva una enorme base manufacturera y al mismo tiempo ha desarrollado capacidades tecnológicas propias.

Esta transformación cambia también la naturaleza del poder económico. Fabricar un producto constituye solo una parte de la cadena. Las patentes, los estándares técnicos, los proveedores, las plataformas digitales, la financiación y las infraestructuras determinan quién captura el valor y quién ocupa las posiciones centrales de una industria.




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Estados Unidos cambia de estrategia

Durante décadas, Washington favoreció la integración de China en la economía mundial. Existía también una expectativa política: la apertura económica debía favorecer una progresiva liberalización interna y acercar al país al modelo occidental.

La primera parte funcionó mucho mejor que la segunda. China quedó profundamente integrada en el comercio y las cadenas globales, mientras el Partido Comunista mantuvo el control político. Al mismo tiempo, esa integración permitió al país acumular capacidades industriales y tecnológicas hasta convertirse en un competidor de Estados Unidos desde dentro del propio sistema económico internacional.

La política estadounidense fue cambiando a medida que esta transformación se hacía evidente. Barack Obama intentó reforzar las alianzas económicas en Asia y diseñar nuevas reglas comerciales alrededor de Estados Unidos. En su primer mandato, Donald Trump apostó por los aranceles y una política abiertamente proteccionista. Joe Biden mantuvo buena parte de ese giro mediante controles tecnológicos, subsidios y programas de política industrial. De este modo, EE. UU. aceptaba el rol periférico de China, pero buscaba frenar la escalada de Pekín como potencia.

Por tanto, la rivalidad con China ha terminado generando un consenso poco habitual en Washington: la seguridad nacional depende también de la capacidad productiva, el acceso a tecnologías estratégicas y el control de determinadas cadenas de suministro.




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Una globalización más política

Este cambio está transformando la globalización.

Gobiernos y empresas siguen dependiendo de redes productivas, financieras y tecnológicas internacionales. Pero ahora observan esas dependencias con una preocupación mucho mayor. Un proveedor de semiconductores, un sistema de pagos, una refinería de minerales críticos o una infraestructura digital pueden convertirse en instrumentos de presión.

Estados Unidos parte con ventajas importantes porque ocupa posiciones centrales en las finanzas internacionales, el dólar y determinadas tecnologías avanzadas. China intenta reducir esas vulnerabilidades y construir redes propias en ámbitos como las infraestructuras, las energías limpias, los sistemas de pagos o los estándares tecnológicos.

El resultado es una globalización donde la eficiencia comparte espacio con la seguridad económica. Vuelven la política industrial, los subsidios, los aranceles, los controles de exportación y la preocupación por el origen de las cadenas de suministro.




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Librando la batalla por la IA

Las grandes revoluciones tecnológicas abren oportunidades para alterar las posiciones de poder. China conoce bien esa historia: quedó rezagada durante la I Revolución Industrial y ahora quiere evitar que ocurra lo mismo. En este contexto, la carrera por la IA es clave: Estados Unidos parte con ventaja en los chips más avanzados, la capacidad de computación y los principales modelos, mientras China trata de reducir esas dependencias y proponer una alternativa global.

Washington busca mantener el liderazgo y extender al resto del mundo un ecosistema estadounidense de chips, centros de datos, servicios en la nube, modelos, aplicaciones y estándares. Pekín combina el desarrollo de modelos avanzados con una apuesta por sistemas de pesos abiertos (open-weights, disponibles públicamente bajo la licencia), más baratos y fáciles de adaptar para su aplicación masiva en la industria. Su plan global de gobernanza de la IA insiste además en las comunidades de código abierto, la interoperabilidad y la reducción de las barreras de acceso a esta tecnología.

Pekín también aprovecha los costes como ventaja. Modelos chinos como DeepSeek son mucho más baratos de utilizar que los modelos de frontera estadounidenses, lo que facilita su adopción por empresas y desarrolladores de todo el mundo, especialmente en el Sur Global. La combinación de precios más bajos, modelos abiertos y mayor facilidad para adaptarlos a necesidades locales puede convertirse así en una importante vía de expansión internacional.




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Las reglas y los estándares también son clave. Dario Amodei, CEO de Anthropic, defiende frenar el desarrollo de los modelos más avanzados por razones de seguridad, siempre preservando la ventaja estadounidense frente a China. Esa posición tiene dos dimensiones. Quien alcanza primero la frontera tecnológica parte con ventaja para definir las reglas de seguridad, las auditorías o los requisitos que después deberán cumplir los demás. Algo parecido ocurre con los estándares técnicos: desde cómo se conectan los agentes de IA entre sí hasta la forma en que acceden a datos, aplicaciones y otras herramientas.

Cuando empresas y desarrolladores empiezan a construir sus sistemas sobre determinados protocolos, estos ganan escala y resulta más fácil que terminen extendiéndose al resto del mercado. La competición, por tanto, va más allá de quién desarrolla primero la IA más potente: también abarca qué modelos se utilizan, bajo qué reglas funcionan y sobre qué estándares y plataformas acaba construyéndose el ecosistema global.




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Equilibrios de poder

La disputa entre Estados Unidos y China será dentro de todos estos escenarios. Parece difícil imaginar un simple relevo en el que China ocupe exactamente el lugar que Estados Unidos ha desempeñado desde mediados del siglo XX, pues Washington conserva enormes ventajas económicas, financieras, tecnológicas y militares.

Además, China tampoco necesita reproducir ese modelo para alterar el equilibrio internacional. Su peso industrial, comercial y tecnológico ya le permite ocupar posiciones de las que resulta cada vez más difícil prescindir.

La cuestión que marcará las próximas décadas será, por tanto, cómo se distribuyen esas posiciones de poder, quién consigue controlar las redes sobre las que funciona la economía mundial y qué país logra gestionar mejor sus desequilibrios internos para preservar la estabilidad necesaria para sostener esa competencia en el tiempo.

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Juan Vázquez Rojo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Las claves del pulso económico entre China y Estados Unidos que definirá el futuro del planeta – https://theconversation.com/las-claves-del-pulso-economico-entre-china-y-estados-unidos-que-definira-el-futuro-del-planeta-291403

El vínculo emocional como base de la innovación en las empresas familiares

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María de las Mercedes Gracia Laborda, Contratada FPU-UMU, Universidad de Murcia

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Si miramos el mapa de la economía europea, el paisaje no está dominado por rascacielos de cristal y grandes corporaciones multinacionales. La realidad es mucho más cercana: el 99 % del tejido empresarial en Europa corresponde a pequeñas y medianas empresas, muchas de ellas empresas familiares.

No todo es tradición

Sobre la empresa familiar pesa el estereotipo de ser una entidad tradicional, apegada a las costumbres y resistente al cambio. Existe la creencia de que, en estas empresas, el peso del apellido y el respeto hacia cómo “se hacían antes las cosas” son un lastre que impide navegar hacia la innovación.

Pero ¿y si esta supuesta rigidez fuera en realidad una forma distinta de tomar impulso? Una investigación reciente a 417 pymes europeas nos ha permitido mirar bajo el capó, y los resultados muestran que las empresas familiares no solo innovan sino que, cuando lo hacen, su impacto suele ser profundo.

Innovar para transformar el negocio

¿Qué hace que una empresa decida cambiar? A menudo se piensa que la innovación surge de un chispazo de genialidad o de comprar la última maquinaria del mercado. Sin embargo, nuestro trabajo apunta a un factor mucho más profundo y previo: la preparación estratégica, que podríamos definir como un estado de alerta y disposición para innovar.

La mezcla de mentalidad abierta, análisis del entorno y voluntad de mejora permite a una empresa estar lista para la siguiente etapa del viaje. Ese es el combustible para el cambio que, aunque por sí solo no mueva el coche (pues se necesita un motor, la visión estratégica), lo transforma en movimiento.

La innovación no trata solo de inventar un nuevo producto o diseñar un nuevo proceso, sino de transformar la lógica con la que funciona la empresa: cómo crea valor, cómo llega a sus clientes y, en última instancia, cómo genera ingresos.

Tras analizar 417 pymes europeas, descubrimos que el ritmo de la innovación en la empresa familiar no depende tanto de quiénes son sus dueños sino de cómo se autopercibe.

Innovación, ¿por inercia?

Las empresas familiares que se gestionan sin una autopercepción familiar se centran más en el reporte de resultados a corto plazo y la innovación sigue un patrón de goteo constante. Estas organizaciones suelen trabajar su preparación estratégica para innovar de forma procedimental.

Innovan con frecuencia, pero tienden a realizar cambios incrementales de baja intensidad. Se trata de una innovación de mantenimiento. Al ser cambios poco profundos, el mercado apenas los nota y su impacto en el rendimiento financiero se diluye. Es un movimiento constante, pero que no siempre logra transformar la cuenta de resultados.

En cambio, en las empresas familiares con un fuerte vínculo emocional con el proyecto, hay más agilidad en la toma de decisiones y una visión de legado a largo plazo.

Para ponerle cifras a esta agilidad, nuestro estudio, basado en la observación de 417 pymes europeas, revela una diferencia notable en la capacidad de ejecución. Mientras que las empresas con baja identidad familiar muestran una eficiencia promedio del 25 % en la conversión de sus esfuerzos innovadores en resultados financieros, en las empresas familiares con un fuerte vínculo emocional esa eficiencia es cercana al 40 %.

Este plus se explica por el efecto legado: el vínculo emocional reduce el miedo al riesgo cuando la supervivencia está en juego. En momentos críticos, la familia no ve el cambio como una amenaza a su patrimonio sino como la única vía para proteger el futuro de las próximas generaciones.

Esta diferencia estadística confirma que, para la empresa familiar, la agilidad no es una elección, sino una capacidad intrínseca que surge cuando el apellido y el negocio se convierten en una misma realidad.

Más allá de la familia: lecciones para el futuro

El principal hallazgo es que el éxito de la innovación no depende de la frecuencia con la que se anuncian cambios, sino de su profundidad estratégica. Por tanto:

  1. La preparación no es opcional: independientemente de si la empresa es familiar o no, la preparación estratégica para innovar es un requisito indispensable. Sin él, cualquier intento de cambio será errático y costoso.

  2. El modelo de negocio es el verdadero tablero de juego: no basta con innovar en productos. El impacto real de la innovación transforma la lógica del negocio.

  3. Hay que reivindicar la gestión emocional: la agilidad y la visión a largo plazo, rasgos propios de la empresa familiar, son virtudes competitivas que las compañías no familiares deberían intentar replicar para ganar eficiencia.




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Para concluir

La innovación no debe ser entendida como una carrera de velocidad, donde gana quien más cambios acumula. Es más bien un ejercicio de precisión. Nuestro estudio muestra que, cuando una organización logra alinear su mente (preparación) con su estructura (modelo de negocio), compite con más eficacia.

Quizás sea hora de dejar de pedir a las pymes que innoven más y empezar a ayudarlas a que innoven de verdad.

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María de las Mercedes Gracia Laborda recibe fondos de contrato FPU-Universidad de Murcia.

Carolina López Nicolás ha recibido fondos de la Comisión Europea para esta investigación dentro del programa H2020 (grant agreement 645791).

Ángel Meroño Cerdán no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El vínculo emocional como base de la innovación en las empresas familiares – https://theconversation.com/el-vinculo-emocional-como-base-de-la-innovacion-en-las-empresas-familiares-279360