Comment les migrants bouleversent et enrichissent les routines organisationnelles

Source: The Conversation – France (in French) – By Sina Grosskopf, Professeure de gestion interculturelle, International University of Monaco

Une étude met en lumière trois phases à travers lesquelles les migrants prennent l’initiative de changements dans les organisations : relecture des routines, négociation au sein des équipes et ancrage de nouvelles pratiques. Que peuvent apprendre les entreprises de ces dynamiques de transformation ?


Dans un marché du travail mondialisé, les salariés migrants doivent souvent s’adapter à des structures imprégnées de normes culturelles qui ne sont pas les leurs. Mais au lieu de se conformer passivement, beaucoup deviennent, consciemment ou non, des agents de transformation.

Cette étude s’intéresse à la manière dont les migrants multiculturels – c’est-à-dire ayant intériorisé plusieurs cultures sociétales – s’engagent dans les routines organisationnelles et les reconfigurent. Ce travail porte sur des migrants hautement qualifiés, dont les ressources réflexives, culturelles et linguistiques facilitent l’identification et la transformation des routines. À l’inverse, ceux qui ont un accès plus limité à la langue, à l’éducation ou à la participation sociale rencontrent davantage d’obstacles et disposent de moins de marge de manœuvre.

Les routines organisationnelles sont des schémas récurrents et reconnaissables d’actions interdépendantes de différents acteurs ; elles ne sont donc pas seulement rigides, mais, grâce aux personnes impliquées, dynamiques et susceptibles de changer. Ainsi, l’acteur – et, en particulier, ses actions dans des contextes spécifiques – passe au premier plan. Il en résulte que les routines organisationnelles se voient réinterprétées par ces salariés. Forts de leurs répertoires culturels variés, ils introduisent des pratiques et des significations alternatives qui viennent questionner le statu quo.

À partir d’une étude de cas multiple dans les secteurs de l’aéronautique et du conseil en Allemagne, trois processus interdépendants se dessinent : une relecture des routines, une négociation au sein des équipes, puis un changement organisationnel durable. Ces dynamiques restent fortement conditionnées par le contexte dans lequel elles émergent.

Relecture des routines

Le changement commence par la manière dont les migrants perçoivent les routines. En tant qu’individus multiculturels, ils observent les pratiques professionnelles avec un regard pluriel, détectant des contradictions ou des dysfonctionnements que d’autres ne voient pas ou ne voient plus, tant ceux-ci semblent « normaux ». Ils apportent ainsi une perspective inédite, nourrie de leurs expériences diversifiées.




À lire aussi :
Pourquoi les entreprises allemandes aiment tant la France


Cette relecture illustre la créativité culturelle des individus multiculturels, capables de générer des idées nouvelles en mobilisant une large palette d’expériences, de savoirs et de perspectives. En intégrant même des valeurs et pratiques contradictoires, ils expriment une complexité cognitive qui fait de leur répertoire multiculturel une ressource précieuse pour imaginer des alternatives aux routines établies.

Par exemple, un spécialiste roumain en informatique aéronautique attribue l’émergence de sa créativité à son expérience migratoire :

« Cette expérience a brisé toutes les structures figées et, lorsqu’on évolue dans un cadre plus libre, il devient plus facile d’être créatif. »

De leur côté, plusieurs collègues allemands estiment que les individus multiculturels « bénéficient de davantage de libertés – ou les revendiquent – et développent ainsi une pensée plus créative, capable de sortir des cadres établis. » L’ouverture à l’expérimentation apparaît, en effet, plus marquée chez ces derniers. Alors que beaucoup d’Allemands craignent de « détruire » quelque chose, les personnes multiculturelles relativisent :

« Qu’est-ce que je pourrais casser maintenant ? C’est presque déjà cassé de toute façon ! »

Un participant français ajoute :

« Les Français et les Italiens cherchent peut-être plus facilement des raccourcis, même en prenant des risques. Cela peut parfois constituer un avantage. »

Négociation interculturelle

Identifier des alternatives n’est qu’un début : les migrants doivent ensuite convaincre leur équipe. Dans cette phase de négociation interculturelle, leurs compétences communicationnelles et leur empathie culturelle sont décisives. Conformément aux recherches récentes, ces négociations interculturelles peuvent mener au rejet des idées proposées, à des compromis unilatéraux, à des compromis mutuels, voire à des innovations profitables à l’ensemble du groupe.

Dans le cadre de la recherche mentionnée ci-dessus, un ingénieur aéronautique indien raconte comment un environnement de travail allemand, très axé sur les tâches et sur les faits, s’est progressivement transformé en une ambiance plus conviviale et centrée sur les relations humaines – une évolution amorcée par l’introduction d’une nouvelle routine, inspirée de sa propre conception des relations de travail, sous la forme d’un « bureau de chahutage » :

« On plaisante, on parle de choses personnelles, de ce qu’on fait en dehors du travail. Parfois, on va faire du snowboard ou on joue au flipper, ce genre de trucs. Ensuite, on discute de nos scores, de qui a fait quoi, de comment ça s’est passé. On a aussi un système qu’on appelle le “keycount”. Celui qui était responsable au moment où un appareil du satellite a été non pas détruit directement, mais impliqué dans un incident, reçoit un keycount. […] Rien n’est caché dans notre groupe. La première règle, c’est que rien ne se fait dans le dos de quelqu’un – tout doit être dit en face, directement à la personne concernée. » Arian, ingénieur aéronautique indien.

Il montre comment le tableau d’affichage, soutenu par ses collègues, transforme l’orientation allemande vers la tâche en un environnement plus relationnel. La négociation interculturelle se traduit par l’introduction active de cette nouvelle routine et par la conviction générée autour du facteur plaisir – un élément enraciné dans la tradition collectiviste et relationnelle indienne. Le contraste entre deux cultures devient ainsi une source d’inspiration pour l’introduction et la négociation de cette nouvelle routine organisationnelle quotidienne, qui ne peut être reconnue, comprise et mise en œuvre que par quelqu’un ayant une connaissance des deux contextes.

Intégrer le changement

La troisième phase consiste à intégrer ces changements négociés dans les routines organisationnelles. Lorsqu’elle réussit, la contribution des migrants et la négociation collective dépassent le simple cadre des suggestions individuelles pour transformer en profondeur les modes de fonctionnement. Les routines cessent alors d’être de simples schémas répétitifs : elles deviennent des espaces dynamiques d’interaction et de transformation, facilitant une approche plus détendue du changement dans les pratiques et structures organisationnelles. Les équipes commencent à interroger les façons de faire habituelles et à envisager d’autres possibles.

Ce qui n’était au départ qu’une « petite suggestion » peut ainsi déclencher des réflexions plus larges sur les valeurs, sur la confiance et sur la collaboration. Ces moments ouvrent des perspectives d’apprentissage interculturel et de construction d’identités partagées, comme en témoignent ces salariés, qu’ils soient migrants ou non :

« Je pense que j’ai changé. Je ne suis clairement plus aussi étroit d’esprit qu’il y a dix ans. Et c’est quelque chose qu’il faut vraiment apprendre […] il faut accepter les opinions différentes, et surtout d’autres manières de travailler, qui peuvent elles aussi mener au succès. » (Hans, ingénieur aéronautique allemand)

« Je pense que les choses ont évolué dans le bon sens au cours des dix dernières années. Nous travaillons désormais plus étroitement avec des personnes de différentes nationalités. Les gens dans notre organisation sont devenus plus tolérants et compréhensifs. » (Camille, ingénieure aéronautique française)

« Je crois que le fait d’avoir fait partie du groupe depuis un certain temps a rendu le groupe un peu plus espagnol. » (José, ingénieur aéronautique espagnol)

Le rôle du contexte organisationnel

Cependant, tous les contextes organisationnels ne se montrent pas également réceptifs. En particulier, les situations de dépendance ou les structures hiérarchiques rigides – comme les relations avec des clients ou les rapports entre siège et filiales – peuvent freiner ces dynamiques de transformation. Les différentes études de cas de la recherche citée, chacune marquée par ses propres spécificités contextuelles, montrent que le rôle moteur des migrants peut parfois être entravé, ou cantonné à une fonction explicative ou justificative, plutôt qu’être pleinement reconnu comme une contribution active.

Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), 2021.

À l’inverse, les organisations qui favorisent les contacts interculturels grâce à un environnement international, à la diversité des équipes et à un état d’esprit global sont bien mieux placées pour tirer parti de la créativité culturelle que les migrants apportent.

Enjeux pour les entreprises

Comment les organisations peuvent-elles accompagner ce processus et valoriser pleinement leur main-d’œuvre multiculturelle ? Plusieurs pistes sont à suivre :

  • Valoriser la diversité des interprétations : plutôt que d’exiger une assimilation rapide, les entreprises devraient considérer les visions alternatives comme des opportunités d’apprentissage et de développement ;

  • Créer des espaces de négociation interculturelle : encourager un dialogue ouvert dans lequel les salariés peuvent proposer des changements, en expliquer les raisons et écouter les autres points de vue ;

  • Permettre l’évolution des routines : mettre en place des mécanismes de retour d’expérience permettant aux expérimentations réussies à petite échelle d’être étendues plus largement ;

  • Reconnaître l’innovation du quotidien : le changement ne vient pas toujours d’une stratégie décidée en haut. Soutenir les interprétations individuelles, les négociations interpersonnelles et les expérimentations locales, et donner aux équipes les moyens de faire évoluer les pratiques de manière organique.

Les migrants multiculturels ne sont pas simplement des salariés qui s’adaptent à une culture d’entreprise : ce sont aussi des innovateurs culturels. En créant des environnements ouverts à la réinterprétation et à la négociation, les organisations peuvent devenir plus agiles, inclusives et résilientes.

The Conversation

Sina Grosskopf est membre de l’Université de Passau, de l’International Association of Cross-Cultural Competence and Management, du Centre d’études en entrepreneuriat international et interculturel (Université du Québec à Montréal) et du International Organizations Network.

ref. Comment les migrants bouleversent et enrichissent les routines organisationnelles – https://theconversation.com/comment-les-migrants-bouleversent-et-enrichissent-les-routines-organisationnelles-258419

The Pacific’s united front on climate action is splintering over deep-sea mining

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Kolaia Raisele, PhD Candidate in Anthropology, La Trobe University

DrPixel/Getty

In recent years, Pacific island nations have earned global credibility as champions of climate action. Pacific leaders view sea level rise as an existential threat.

But this united front is now under strain as some Pacific nations pursue a controversial new industry – deep-sea mining. Nauru, the Cook Islands, Kiribati and Tonga have gone the furthest to make it a reality, attracted by new income streams. But nations such as Fiji, Palau and Vanuatu have called for a moratorium on deep-sea mining in international waters.

Public opinion across the Pacific is often divided, pitting possible economic gains against the potential risks of an industry whose environmental impact remain uncertain but potentially significant. As this tension intensifies, it may split the Pacific and risk the region’s moral authority on climate.

school children from vanuatu holding signs about climate change.
Vanuatu and other Pacific nations have offered a broadly united front on climate change. But deep-sea mining may risk this unity. Pictured: Vanuatuan schoolchildren holding signs about climate change.
Hilaire Bule/Getty

What are the concerns over deep-sea mining?

Deep-sea mining targets three types of mineral deposits – polymetallic nodules strewn across deep underwater plains, cobalt-rich crusts on seamounts, and the ore deposits around hydrothermal vents.

To extract them, mining companies can use unmanned collectors to pump ore to the surface and return the wastewater. This creates plumes of sediment which can smother marine life. Methods of minimising damage to species from mining on land are largely unworkable at depth.

Deep-sea ecosystems are poorly understood, but we know they are slow to recover. Researchers have found areas mined as a test more than 40 years ago still show physical damage and immobile corals and sponges remain scarce.

a crab walking on polymetallic nodules, deep-sea mining.
Many species live on the seabeds, seamounts and hydrothermal vents which would be targeted for mining. Pictured: a crab crawling across a field of polymetallic nodules near Gosnold Seamount.
NOAA, CC BY-NC-ND

Why is there so much interest in deep-sea mining?

Deep-sea mining hasn’t begun anywhere in earnest, because the International Seabed Authority has yet to finalise rules governing extraction. This authority oversees the 54% of the world’s oceans beyond territorial waters.

But plans for deep-sea mining operations can still be submitted and considered without these rules in place.

Analysts have estimated seabed minerals could be worth a staggering A$30 trillion. Some of the richest deposits lie in the Clarion-Clipperton Zone in international waters between Hawaii and Mexico, thousands of kilometres away from Pacific nations. Under international law, companies cannot mine in international waters on their own. They need to be officially sponsored by a national government, which has to keep effective control over its operations.

One reason deep-sea mining companies see Pacific states as such useful partners is that these countries can access
reserved areas of international seabed set aside for developing countries, as well as potential resources in the very large territorial waters around many island states.

Backers in Nauru, Tonga, the Cook Islands and Kiribati argue rising demand for manganese, cobalt, copper and nickel could deliver significant economic returns and diversify economies.

Nauru

Nauru’s enormous deposits of guano – compressed seabird excrement long sought as fertiliser – once made the country wealthy. But the guano is largely gone and the small nation has limited other resources.

Nauru sponsors Nauru Ocean Resources, a wholly owned subsidiary of seabed mining company The Metals Company. In 2011, the company received an International Seabed Authority contract permitting exploration of polymetallic nodules in the Clarion-Clipperton Zone, more than 8,000km from Nauru.

Nauru has since “proudly taken a leading role” in developing international legal frameworks in mining nodules in the international seabed.

In June, Nauru signalled Nauru Ocean Resources would apply for an exploitation license.

Tonga

Tonga’s government is similarly backing deep-sea mining by partnering with The Metals Company to explore mining in the Clarion-Clipperton Zone.

In August 2025, Tonga signed an updated agreement with Tonga Offshore Mining, a subsidiary of The Metals Company. The agreement was originally signed in 2021 amid large-scale criticism over the lack of public consultation.

The mining company has promised new benefits, ranging from financial benefits, scholarships and community programs. Even so, the revised deal has encountered opposition from civil society, young people and legal experts. Prominent Tongans remain unconvinced, citing environmental, legal and transparency risks.

Economic pressure is part of the picture. Tonga owes an estimated A$180 million to China’s Exim Bank – roughly a quarter of its annual GDP.

Cook Islands

The 15 Cook Islands are widely scattered, giving the government exclusive rights to almost two million square kilometres of ocean. The government has issued exploration licences inside its Exclusive Economic Zone to three companies – Cook Islands Consortium, CIIC Seabed Resources Limited, and Moana Minerals. The Cook Islands government has established a domestic regulatory framework and is building research capacity.

Kiribati

Kiribati’s atolls and island are even more dispersed. The nation’s exclusive economic zone covers about 3.4 million km². The state-owned Marawa Research and Exploration company holds a 15-year exploration contract with the seabed authority. Kiribati has opened talks with China to explore potential collaboration.

The Pacific split

While revenues could potentially be sizeable for the Pacific, costs, technologies and environmental liabilities are highly uncertain.

The experience of Papua New Guinea is a cautionary tale. In 2019, the PNG deep-sea mining venture Solwara-1 went into administration following intense community pushback. The fallout cost the government an estimated $184 million. The PNG government now opposes deep-sea mining in its territorial waters.

seabed mining vessels on land, large mining vehicles.
Nautilus Mineral’s Solwara-1 deep-sea mining project in Papua New Guinea wound up in 2019. Pictured: the company’s three seabed mining vehicles.
Nautilus Minerals

While deep-sea mining now has clear backers, other nations are far more wary.

In 2022, Palau launched an alliance calling for a moratorium on mining in international waters. Early signatories included Fiji, American Samoa and the Federated States of Micronesia. Since then, Tuvalu, Vanuatu and the Marshall Islands have joined, as well as dozens of other countries. PNG has not yet joined.

Opposition from these Pacific states is based on the precautionary principle, which favours caution when knowledge is limited and damage is possible.

Pacific youth are among the most prominent opponents of deep-sea mining. The regional Pacific Blue Line coalition uniting civil society, faith groups, women’s organisations and youth networks has consistently called for a complete ban in the region. Young people have spoke out publicly in nations such as Tonga, where youth advocates criticised limited consultation and rallied against the plans, as well as the Cook Islands, where young people have demanded transparency.

Reputation under a cloud?

Pacific leaders have built a worldwide reputation for their principled climate diplomacy, from championing the 1.5°C goal to the major new advisory opinion on climate change issued by the world’s top court in response to a case instigated by students from the University of the South Pacific.

If some Pacific leaders open the door fully to deep-sea mining, it risks undermining the region’s united front on environmental issues and threatens its credibility.

The way this plays out will shape how the world hears the Pacific on climate and the oceans in the years ahead.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Pacific’s united front on climate action is splintering over deep-sea mining – https://theconversation.com/the-pacifics-united-front-on-climate-action-is-splintering-over-deep-sea-mining-263199

How can the International Criminal Court achieve justice for women?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Olivera Simic, Professor in Law, Griffith University

Some say the law / ought not to bend. // That it should be a neutral, / certain thing. // But there are reasons / judgement and interpretation / are bequeathed / to human / – humane – / hearts, and heads.

– Excerpt from The Hope of a Thousand Small Lights, Maxine Beneba Clarke


On January 23 2025, the International Criminal Court’s (ICC) chief prosecutor applied for arrest warrants for the Taliban’s supreme leader and Afghanistan’s chief justice, charging them with the persecution of women, a crime against humanity. It was a long overdue decision.

These arrest warrants, said Amnesty International, gave

hope, inside and outside the country to Afghan women, girls, as well as those persecuted on the basis of gender identity or expression.

And hope in justice is important.

The ICC is a Hague-based court with the power to prosecute war crimes, crimes against humanity and genocide. Today, it explicitly recognises sexual slavery, enforced prostitution, forced pregnancy, enforced sterilisation and gender-based persecution as distinct crimes.

But the recognition of gender-based abuses as distinct crimes under international law is relatively recent. The ICC has been widely criticised for its slow and lengthy processes, with an abysmal rate of convictions.


Review: Feminist Judgments: Reimagining the International Criminal Court – edited by Kcasey McLoughlin, Rosemary Grey, Louise Chappell & Suzanne Varrall (Cambridge University Press)


In its 23-year history of operation, only 11 ICC cases have resulted in convictions. Just two of those, relating to crimes in Congo and Uganda, included successful convictions for sexual and gender-based crimes.

What would it take for more of these cases to result in successful prosecutions of gender-based crimes? What would be required to bring “gender-sensitive judging” into practice? And might it be possible to imagine a world where laws are written with a specific focus on benefiting women and people of diverse genders?

These are some of the questions the feminist judgment “movement” seeks to answer. In this movement, scholars and practitioners rewrite judgments in decided cases from a feminist perspective.

A new book, Feminist Judgments: Reimagining the International Criminal Court, brings together nearly 50 authors, of all genders, from the Global North and Global South. In this collection, edited by Australian legal scholars Kcasey McLoughlin, Rosemary Grey, Louise Chappell and Suzanne Varrall, academics, advocates, and legal practitioners “re-envision a range of judgements” delivered at the ICC.

Similar projects conducted around the world have rewritten feminist judgments from courts in the United Kingdom, Ireland, Scotland, New Zealand, Canada, United States, Australia and India. But this is the first book to examine decisions made by ICC judges; decisions that carry “far-reaching consequences”.

The ICC holds prosecutorial authority in over 120 countries. The court’s rulings also, as the editors write, serve “as persuasive precedents in other international, regional, and national criminal courts”.

Alternative judgments

Contributors address nine ICC situations in Afghanistan, Myanmar/Bangladesh, the Central African Republic, the Democratic Republic of Congo, Cote d’Ivoire, Mali, Sudan and Uganda. Because ICC cases are so large, each rewritten decision focuses on a single issue of law, fact or procedure addressed in the original decision.

For example, Suzanne Varrall and Sarah Williams rewrite the acquittal of former Congolese vice president and militia leader Jean Pierre Bemba Gombo by the ICC Appeals Chamber. Bemba’s was the ICC’s first case to include charges and a conviction for sexual violence. It was overturned on appeal in 2018.

The authors argue the court should factor in sexual and gender-based violence when interpreting and applying the doctrine of command responsibility, or a commander’s responsibility to prevent violations of international humanitarian law by their troops.

Most sexual and gender-based violence in conflict affects women and girls. But in applying a gender-sensitive approach, Varrall and Williams remind us, judges would also challenge traditional views of gender roles such as the idea that all men are combatants. Civilian men and boys can also be victims.

Currently, 50% of judges at the ICC are women but having women judges does not automatically mean they hold feminist perspectives, or possess a specific gender expertise. The ICC Prosecutor’s Office has published a comprehensive gender policy and appointed gender advisors as a part of a commitment to support gender justice and improve its track record in prosecuting gender-based crimes.

One of the major themes emerging from this collection is the need for judges to make decisions informed by the lived experiences of those affected by international crimes. Survivors’ experiences are not only to be heard, but listened to “with particular care”, as eminent international jurist Navi Pillay reminds us in her foreword.

Pillay, a former judge of the International Criminal Tribunal for Rwanda and the ICC, was the judge in the 1998 Akayesu case, the world’s first case confirming sexual violence can be an act of genocide.

The case brought against a former village mayor in Rwanda, Jean-Paul Akayesu, achieved some justice for an estimated 250,000-500,000 women and girls raped in the 1994 Rwandan genocide. While listening to the testimony of witness “JJ” in the case, Pillay became convinced that the traditional “body penetration” definition of rape was not appropriate in the context of mass rapes during war.

In such contexts, rape is never “just penetration” of the body itself. It becomes a calculated act of cruelty, a combination of humiliation, degradation, public nudity and the unbearable pain of having one’s children witness the abuse of their mother. Rape in the context of mass atrocity morphs into a destruction of the spirit and of the will to live, leaving a lifelong scar.

Feminist judgments can have an impact. A minority opinion, for instance, may one day become the prevailing orthodoxy.
Feminist judgments are an exercise in consciousness-raising, primarily designed to educate and transform legal discourse.

This collection goes beyond traditional legal analysis by incorporating photography and poetry, including Beneba Clarke’s The Hope of a Thousand Small Lights. It recognises justice can have many different meanings; that it can be symbolic too, and still profoundly meaningful to victims.

Political constraints

Rewritten judgments in this collection offer clear guidance for ICC courts on how to advance gender-sensitive jurisprudence in cases of atrocity. But the ICC faces political constraints, including attacks on its authority from the Trump administration.

In November 2024, the court issued warrants of arrest for the now deceased Hamas leader, Mohammed Diab Ibrahim Al-Masri, allegedly responsible for the October 2023 attacks in Israel. These charges, withdrawn after his death, included sexual violence crimes committed in Israel on October 7.

The court also charged Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, and former Defence Minister Yoav Gallant in relation to war crimes in Gaza, including starvation and targeting civilians, and crimes against humanity.

This month, the US State Department announced new sanctions on four ICC officials, including two judges and two prosecutors, claiming they were instrumental in efforts to prosecute Americans and Israelis. The US is not a member of the ICC. The court has denounced these sanctions as a “flagrant attack against the independence of an impartial judicial institution”.

If the ICC is perceived as lacking impartiality, this will limit its ability to address the gendered and intersectional dimensions of atrocity worldwide.

War and gender

War exacerbates previously existing gender inequalities. Around 110 instances of armed conflict are underway around the world; Africa and the Middle East are the most affected regions.

Many of these conflicts are intractable, dragging on for decades. With technology in warfare rapidly evolving, the growing application of AI and machine learning in weapons has gendered impacts. Attacks by explosive weapons in residential areas, for instance, disproportionately affect women and girls, since they often have primary responsibility for buying household goods or food at markets. Wars are also becoming less likely to be resolved politically.

The collective behind Feminist Judgments: Reimagining the International Criminal Court acknowledge that, even with its best efforts, the ICC can only achieve a limited and selective accountability. They encourage victims to pursue justice in other ways, not necessarily retributive. Perhaps those ways could be restorative or symbolic. Initiatives in arts, storytelling and memorialisation can bring some closure to survivors, while strengthening the social fabric of the nation.

With no meaningful recourse for women to Afghan courts and only limited access to courts of other states, the ICC remains the only viable judicial venue in which to prosecute the Taliban leaders for gender persecution.

However, the chances of seeing these leaders appear before the ICC are slim. They depend on arresting the defendants, who have publicly denounced the ICC warrants for their arrest. And the ICC has never conducted a trial in absentia. The court’s governing framework, known as the Rome Statute, states: “the accused shall be present during the trial”.

Almost 50% of individuals accused by the ICC are not brought to justice.

The court hopes charges confirmed in their absence could perhaps bring some redress to victims. Despite the absence of the accused, victims would still have an opportunity to finally speak out before a court – and the evidence would be examined, presented and documented for future reference.

The Conversation

Olivera Simic does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How can the International Criminal Court achieve justice for women? – https://theconversation.com/how-can-the-international-criminal-court-achieve-justice-for-women-263797

Trump isn’t the first US politician to pick a fight with the Smithsonian. But this time could be different

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Kylie Message, Professor of Public Humanities and Director of the ANU Humanities Research Centre, Australian National University

United States President Donald Trump first signalled his intention to target the Smithsonian Institution in March, when he signed an executive order titled Restoring Truth and Sanity to American History.

This executive order – one of several targeting the cultural sector – vowed to remove “improper, divisive or anti-American ideology”.

It was quickly followed by an article from the White House titled President Trump is Right about the Smithsonian, with more than 20 examples of how the Smithsonian had embraced so-called “woke” ideology.

Trump’s recent post on social network Truth Social called the Smithsonian ‘out of control’.
Truth Social/Donald Trump (screenshot)

To put this all in context, the Smithsonian is the world’s largest museum, education and research complex. It was founded in 1846 as an entity independent from the US government. Today, most of its funding comes through federal appropriations. Its governing board includes the US vice president and supreme court chief justice.

It is custodian for more than 157 million items, 21 museums, 21 libraries, 14 education and research centres, a zoo, and several historical and architectural landmarks.

Trump has long been a participant in the culture wars, including when he denounced “cancel culture” at a 2020 fourth of July event at Mt Rushmore. However, there is something different about his current interest in the Smithsonian. And that’s because next year is the US “semiquincentennial”: the 250th anniversary of the Declaration of Independence.

Looking through history, it’s clear Trump’s attacks on the Smithsonian can’t be separated from the semiquincentennial. We’re also reminded of how the Smithsonian has both thwarted and endured political interference in the past.

2026: a politically important year

Trump’s heightened interest in the Smithsonian was explained in a recent letter from the White House to Smithsonian Secretary Lonnie Bunch III:

As we prepare to celebrate the 250th anniversary of our Nation’s founding, it is more important than ever that our national museums reflect the unity, progress, and enduring values that define the American story.

In parallel, a presidential action was released in celebration of the major anniversary.

This action established Task Force 250, which would be chaired by the president and housed in the Department of Defence. The task force’s key priorities include the development of a “national garden of American heroes” (proposed in Trump’s first term), and the protection of monuments from vandalism.

While the presidential action identifies no specific role for the Smithsonian, taken together the statements lead to questions about political influence over the Smithsonian’s operations.

Decades of political grievance

Many of the Smithsonian exhibits that attracted historical censorship and controversy are now themselves approaching significant anniversaries.

One example is the 1972 exhibition, The Right to Vote, held at the Museum of History and Technology (now the National Museum of American History) to celebrate the 1965 Voting Rights Act.

The Right to Vote exhibit ran at the Museum of History and Technology from 1972 to 1974.
Flickr, CC BY-SA

The exhibition had been scheduled as a venue for President Richard Nixon’s inauguration ball. But upon inspection, Nixon’s team decided it was too controversial and had it walled off for their events.

Further political grievances were aimed at the 1991 National Museum of American Art exhibition The West as America: Reinterpreting Images of the Frontier, 1820-1920. It encouraged visitors to understand how historical paintings represent a mythical view of the past that has been used to justify the West’s expansion and development.

The exhibition led to immediate outrage from former Librarian of Congress Daniel Boorstin. Boorstin wrote in the visitor’s book that it was: “A perverse, historically inaccurate destructive exhibit! No credit to the Smithsonian!”

Other politicians became energised by Boorstin’s view that the exhibition was a disrespectful attempt to dismantle and shame the history and legacy of the American frontier.

The exhibition became the subject of heated debate in the Senate Committee on Appropriations hearings from 1990 to 1992. At issue was how American nationalism should be represented in museums. A group of senators, led by Ted Stevens, threatened to reduce the Smithsonian’s funding if it failed to present “accountability” for its use of federal funds.

The Smithsonian’s then-secretary Robert McCormick Adams insisted it was precisely because the Smithsonian was dependent on tax resources that it had a responsibility to “exemplify the nation’s pluralism”.

In reporting the brouhaha, New York Times columnist Michael Kimmelman used language that wouldn’t be out of place today. He said the controversy “raises questions about government involvement in the arts […] Is it now the job of Congress to police its constituents’ thinking about the art in those museums?”

Cancelled by Congress

Another instance of political interference came in the mid 1990s, in relation to a Smithsonian exhibition representing the 50th anniversary of America’s atomic bombing of Japan in WWII.

The National Air and Space Museum designed a display that included the restored B-29 bomber, a plane called the Enola Gay, that dropped the first atomic bomb on Hiroshima on August 6, 1945.

The exhibition was supposed to open in 1995. However, people who consulted on its early plans criticised it for supposedly presenting a politically correct and revisionist interpretation of the events. They claimed it overplayed the horrors of the bombings, and portrayed Japanese victims without sufficient context surrounding the preceding Japanese aggression.

Members of Congress soon became aware of the concerns, adding their own threats of hearings and budget reductions. They called for the curator’s resignation, and contributed to the exhibition’s eventual cancellation.

With the original exhibition scrapped, the Enola Gay was exhibited at the National Air and Space Museum in a rather bare-bones display in June, 1995.
Smithsonian Institution Archives

History repeats

Trump’s attacks on the Smithsonian are part of a long political playbook in which culture has been targeted for representing an inclusive view of the American union.

The Smithsonian has weathered political attacks on its exhibitions in the past. However, there is now more attention to its institutional remit than ever before.

The recent threats from Trump, and lessons from history, highlight the importance of protecting the Smithsonian as an independent authority that withstands political interference at all costs.

The Conversation

Kylie Message has received funding from the Smithsonian Institution and from the Australian Research Council.

ref. Trump isn’t the first US politician to pick a fight with the Smithsonian. But this time could be different – https://theconversation.com/trump-isnt-the-first-us-politician-to-pick-a-fight-with-the-smithsonian-but-this-time-could-be-different-264022

Local journalists and fixers are dying at unprecedented rates in Gaza. Can anyone protect them?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Simon Levett, PhD candidate, public international law, University of Technology Sydney

Journalist Mariam Dagga was just 33 when she was brutally killed by an Israeli airstrike in Gaza on August 25.

As a freelance photographer and videographer, she had captured the suffering in Gaza through indelible images of malnourished children and grief-stricken families. In her will, she told her colleagues not to cry and her 13-year-old son to make her proud.

Dagga was killed alongside four other journalists – and 16 others – in an attack on a hospital that has drawn widespread condemnation and outrage.

This attack followed the killings of six Al Jazeera journalists by the Israeli Defence Forces (IDF) in a tent housing journalists in Gaza City earlier in August. The dead included Pulitzer Prize-winning journalist Anas al-Sharif.

Israel’s nearly two-year war in Gaza is among the deadliest in modern times. The Committee to Protect Journalists, which has tracked journalist deaths globally since 1992, has counted a staggering 189 Palestinian journalists killed in Gaza since the war began. Many worked as freelancers for major news organisations since Israel has banned foreign correspondents from entering Gaza.

In addition, the organisation has confirmed the killings of two Israeli journalists, along with six journalists killed in Israel’s strikes on Lebanon.





‘It was very traumatising for me’

I went to Tel Aviv and Jerusalem in Israel and Ramallah in the West Bank in 2019 to conduct part of my PhD research on the available protections for journalists in conflict zones.

During that time, I interviewed journalists from major international outlets such as The New York Times, The Guardian, the Australian Broadcasting Corporation, CNN, BBC and others, in addition to local Palestinian freelance journalists and fixers. I also interviewed a Palestinian journalist working for Al Jazeera (English), with whom I remained in contact until recently.

I did not visit Gaza due to safety concerns. However, many of the journalists had reported from there and were familiar with the conditions, which were dangerous even before the war.

Osama Hassan, a local journalist, told me about working in the West Bank:

There are no rules, there’s no safety. Sometimes, when settlers attack a village, for example, we go to cover, but Israeli soldiers don’t respect you, they don’t respect anything called Palestinian […] even if you are a journalist.

Nuha Musleh, a fixer in Jerusalem, described an incident that occurred after a stone was thrown towards IDF soldiers:

[…] they started shooting right and left – sound bombs, rubber bullets, one of which landed in my leg. I was taken to hospital. The correspondent also got injured. The Israeli cameraman also got injured. So all of us got injured, four of us.

It was very traumatising for me. I never thought that a sound bomb could be that harmful. I was in hospital for a good week. Lots of stitches.

Better protections for local journalists and fixers

My research found there is very little support for local journalists and fixers in the Occupied Palestinian Territories in terms of physical protection, and no support in terms of their mental health.

International law mandates that journalists are protected as civilians in conflict zones under the Geneva Conventions and Additional Protocols. However, these laws have not historically extended protections specific to the needs of journalists.

Media organisations, media rights groups and governments have been unequivocal in their demands that Israel take greater precautions to protect journalists in Gaza and investigate strikes like the one that killed Mariam Dagga.

Sadly, there is seemingly little media organisations can do to help their freelance contributors in Gaza beyond issuing statements noting concern for their safety, lobbying Israel to allow evacuations, and demanding access for foreign reporters to enter the strip.

International correspondents typically have training on reporting from war zones, in addition to safety equipment, insurance and risk assessment procedures. However, local journalists and fixers in Gaza do not generally have access to the same protections, despite bearing the brunt of the effects of war, which includes mass starvation.

Despite the enormous difficulties, I believe media organisations must strive to meet their employment law obligations, to the best of their ability, when it comes to local journalists and fixers. This is part of their duty of care.




Read more:
Israel must allow independent investigations of Palestinian journalist killings – and let international media into Gaza


For example, research shows fixers have long been the “most exploited and persecuted people” contributing to the production of international news. They are often thrust into precarious situations without hazardous environment training or medical insurance. And many times, they are paid very little for their work.

Local journalists and fixers in Gaza must be paid properly by the media organisations hiring them. This should take into consideration not just the woeful conditions they are forced to work and live in, but the immense impact of their jobs on their mental health.

As the global news director for Agence France-Presse said recently, paying local contributors is very difficult – they often bear huge transaction costs to access their money. “We try to compensate by paying more to cover that,” he said.

But he did not address whether the agency would change its security protocols and training for conflict zones, given journalists themselves are being targeted in Gaza in their work.

These local journalists are literally putting their lives on the line to show the world what’s happening in Gaza. They need greater protections.

As Ammar Awad, a local photographer in the West Bank, told me:

The photographer does not care about himself. He cares about the pictures, how he can shoot good pictures, to film something good. But he needs to be in a good place that is safe for him.

The Conversation

Simon Levett does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Local journalists and fixers are dying at unprecedented rates in Gaza. Can anyone protect them? – https://theconversation.com/local-journalists-and-fixers-are-dying-at-unprecedented-rates-in-gaza-can-anyone-protect-them-263923

How we tricked AI chatbots into creating misinformation, despite ‘safety’ measures

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Lin Tian, Research Fellow, Data Science Institute, University of Technology Sydney

Bart Fish & Power Tools of AI / https://betterimagesofai.org, CC BY

When you ask ChatGPT or other AI assistants to help create misinformation, they typically refuse, with responses like “I cannot assist with creating false information.” But our tests show these safety measures are surprisingly shallow – often just a few words deep – making them alarmingly easy to circumvent.

We have been investigating how AI language models can be manipulated to generate coordinated disinformation campaigns across social media platforms. What we found should concern anyone worried about the integrity of online information.

The shallow safety problem

We were inspired by a recent study from researchers at Princeton and Google. They showed current AI safety measures primarily work by controlling just the first few words of a response. If a model starts with “I cannot” or “I apologise”, it typically continues refusing throughout its answer.

Our experiments – not yet published in a peer-reviewed journal – confirmed this vulnerability. When we directly asked a commercial language model to create disinformation about Australian political parties, it correctly refused.

Screenshot of a conversation with a chatbot.
An AI model appropriately refuses to create content for a potential disinformation campaign.
Rizoiu / Tian

However, we also tried the exact same request as a “simulation” where the AI was told it was a “helpful social media marketer” developing “general strategy and best practices”. In this case, it enthusiastically complied.

The AI produced a comprehensive disinformation campaign falsely portraying Labor’s superannuation policies as a “quasi inheritance tax”. It came complete with platform-specific posts, hashtag strategies, and visual content suggestions designed to manipulate public opinion.

The main problem is that the model can generate harmful content but isn’t truly aware of what is harmful, or why it should refuse. Large language models are simply trained to start responses with “I cannot” when certain topics are requested.

Think of a security guard checking minimal identification when allowing customers into a nightclub. If they don’t understand who and why someone is not allowed inside, then a simple disguise would be enough to let anyone get in.

Real-world implications

To demonstrate this vulnerability, we tested several popular AI models with prompts designed to generate disinformation.

The results were troubling: models that steadfastly refused direct requests for harmful content readily complied when the request was wrapped in seemingly innocent framing scenarios. This practice is called “model jailbreaking”.

Screenshot of a conversaton with a chatbot
An AI chatbot is happy to produce a ‘simulated’ disinformation campaign.
Rizoiu / Tian

The ease with which these safety measures can be bypassed has serious implications. Bad actors could use these techniques to generate large-scale disinformation campaigns at minimal cost. They could create platform-specific content that appears authentic to users, overwhelm fact-checkers with sheer volume, and target specific communities with tailored false narratives.

The process can largely be automated. What once required significant human resources and coordination could now be accomplished by a single individual with basic prompting skills.

The technical details

The American study found AI safety alignment typically affects only the first 3–7 words of a response. (Technically this is 5–10 tokens – the chunks AI models break text into for processing.)

This “shallow safety alignment” occurs because training data rarely includes examples of models refusing after starting to comply. It is easier to control these initial tokens than to maintain safety throughout entire responses.

Moving toward deeper safety

The US researchers propose several solutions, including training models with “safety recovery examples”. These would teach models to stop and refuse even after beginning to produce harmful content.

They also suggest constraining how much the AI can deviate from safe responses during fine-tuning for specific tasks. However, these are just first steps.

As AI systems become more powerful, we will need robust, multi-layered safety measures operating throughout response generation. Regular testing for new techniques to bypass safety measures is essential.

Also essential is transparency from AI companies about safety weaknesses. We also need public awareness that current safety measures are far from foolproof.

AI developers are actively working on solutions such as constitutional AI training. This process aims to instil models with deeper principles about harm, rather than just surface-level refusal patterns.

However, implementing these fixes requires significant computational resources and model retraining. Any comprehensive solutions will take time to deploy across the AI ecosystem.

The bigger picture

The shallow nature of current AI safeguards isn’t just a technical curiosity. It’s a vulnerability that could reshape how misinformation spreads online.

AI tools are spreading through into our information ecosystem, from news generation to social media content creation. We must ensure their safety measures are more than just skin deep.

The growing body of research on this issue also highlights a broader challenge in AI development. There is a big gap between what models appear to be capable of and what they actually understand.

While these systems can produce remarkably human-like text, they lack contextual understanding and moral reasoning. These would allow them to consistently identify and refuse harmful requests regardless of how they’re phrased.

For now, users and organisations deploying AI systems should be aware that simple prompt engineering can potentially bypass many current safety measures. This knowledge should inform policies around AI use and underscore the need for human oversight in sensitive applications.

As the technology continues to evolve, the race between safety measures and methods to circumvent them will accelerate. Robust, deep safety measures are important not just for technicians – but for all of society.

The Conversation

Lin Tian receives funding from the Advanced Strategic Capabilities Accelerator (ASCA) and the Defence Innovation Network.

Marian-Andrei Rizoiu receives funding from the Advanced Strategic Capabilities Accelerator (ASCA), the Australian Department of Home Affairs, Commonwealth of Australia as represented by the Defence Science and Technology Group of the Department of Defence, and the Defence Innovation Network.

ref. How we tricked AI chatbots into creating misinformation, despite ‘safety’ measures – https://theconversation.com/how-we-tricked-ai-chatbots-into-creating-misinformation-despite-safety-measures-264184

Bouger pour mieux apprendre : Comment lutter contre la sédentarité à l’école

Source: The Conversation – in French – By Boris Cheval, Associate professor, École normale supérieure de Rennes

L’école s’est longtemps construite autour d’une dualité entre le corps et l’esprit. Or l’activité physique bénéficie aux performances cognitives, nous dit la recherche, et la sédentarité a des effets néfastes à long terme sur le bien-être des jeunes. Comment changer la donne dans les établissements ?


Le manque d’activité physique est un facteur majeur de l’explosion mondiale des maladies cardiovasculaires, du diabète et de certains cancers. La sédentarité fragilise aussi la santé mentale et altère le bien-être quotidien des jeunes.

Malgré de solides preuves sur les vertus de l’exercice, les niveaux d’inactivité physique restent alarmants, et augmentent même depuis vingt ans chez les jeunes. Or, l’enfance et l’adolescence ne constituent pas de simples étapes de vie. Ce sont des périodes charnières au cours desquelles se forgent des habitudes de santé pour l’avenir. L’école – espace‑temps commun à presque tous les enfants de la nation – peut être un levier de changement essentiel.

Pourtant, loin de freiner cette tendance, l’école la nourrit. En France, entre le CP et la terminale, si l’on additionne toutes les heures de cours passées assis, nos enfants resteraient l’équivalent d’une année entière vissés sur une chaise, nuitées comprises. Constat d’autant plus marquant qu’il accompagne la baisse régulière de l’activité physique entre 7 ans et 15 ans. À cela s’ajoutent des disparités socioéconomiques et de genre : les petites filles issues de milieux défavorisés payant le plus souvent le prix de ces disparités.

Démystifier l’opposition entre corps et esprit

Une explication possible à l’omniprésence du temps sédentaire à l’école réside dans une croyance tenace, et pourtant infondée, qui oppose les apprentissages du corps à ceux de l’esprit. Le mouvement est ainsi souvent perçu comme un obstacle à l’apprentissage, associé à des comportements d’élèves jugés problématiques : « agités », « turbulents », « qui ne tiennent pas en place ».




À lire aussi :
Le corps à l’école : une dimension oubliée


Si les enseignants reconnaissent volontiers l’importance de l’activité physique pour la santé, ils méconnaissent encore souvent ses vertus sur les apprentissages. Pourtant, les travaux de synthèse sont sans équivoque. Pratiquer davantage d’activité physique améliore les fonctions cognitives, la structure et le fonctionnement cérébral, ainsi que les performances académiques.

Dans le contexte scolaire, les synthèses de la littérature montrent qu’une augmentation du temps consacré à l’activité physique se traduit par une amélioration des performances en mathématiques. Fait notable : aucune étude n’a mis en évidence d’effet indésirable de cette augmentation du mouvement à l’école sur les résultats scolaires. Autrement dit, activité physique et réussite académique sont complémentaires, et non concurrentes.

Faire une place au mouvement dans la journée scolaire

S’il est urgent d’agir, comment faire ? Il ne s’agit pas simplement de pointer du doigt les enseignants ni de leur dicter ce qu’ils devraient faire. L’enjeu consiste à leur proposer des pistes concrètes et réalistes pour intégrer davantage du mouvement à l’école.

Pour y parvenir, il semble d’abord nécessaire de transformer la culture scolaire et les représentations de la communauté éducative pour que le mouvement cesse d’être une simple parenthèse et devienne un pilier de chaque établissement.

La généralisation, dès la rentrée 2025, des tests d’aptitude physique dans toutes les classes de sixième pourrait constituer une avancée majeure en valorisant la dimension corporelle de l’enseignement et en renforçant le rôle de l’école dans la promotion de la santé publique. Dans la même logique, intégrer la question du mouvement et de la place du corps dans les critères d’évaluation des établissements scolaires renforcerait la prise de conscience de leur importance et adresserait un signal institutionnel fort.




À lire aussi :
Comment la Finlande encourage l’activité physique des enfants et des adolescents


Certaines expérimentations menées à l’étranger montrent également la voie au sein des classes. En Australie, la chercheuse Jo Salmon a développé un programme intitulé « Learning Through Moving » (« Apprendre en bougeant »), qui propose une plateforme pour aider les enseignants à intégrer le mouvement dans leurs classes. Ce programme mobilise plusieurs leviers comme des idées de pauses actives pour rompre la sédentarité en classe ou de leçons actives où le mouvement est directement lié aux contenus des apprentissages.

Dans une leçon active de chimie, par exemple, il est proposé d’illustrer les états de la matière en demandant aux élèves de modéliser le comportement des molécules dans les solides, les liquides et les gaz à travers des mouvements dans l’espace.

Au-delà de l’intégration du mouvement en classe, il s’agit aussi de repenser l’école elle-même, pour en faire un environnement propice à l’activité physique.

Un premier levier consiste à transformer les espaces scolaires afin de faire du mouvement l’option par défaut. Des expérimentations émergent déjà dans certains établissements, comme à Bruz (Ille-et-Vilaine), où élèves et personnels du lycée Anita-Conti sont encouragés à rester actifs tout au long de la journée grâce, notamment, à du mobilier actif (vélos-bureaux, bureaux assis-debout, etc.).

« Chalon-sur-Saône : des bureaux-vélos innovants dans une classe de CM 1 » (France 3 Bourgogne, 2018).

C’est dès la conception et la rénovation des écoles, collèges et lycées qu’il faut penser à cette intégration du mouvement, et le site Archiclasse propose des guides et des exemples inspirants.

Un second levier repose sur une réorganisation des temps scolaires, en intégrant dans les emplois du temps des créneaux spécifiquement consacrés au mouvement, comme au lycée d’État Jean-Zay (Paris). Dans un contexte de réflexion sur la refonte des rythmes scolaires, avec la convention citoyenne lancée en juin 2025, il est essentiel de rappeler que le mouvement doit y occuper une place centrale.

L’EPS : pilier essentiel, mais non exclusif dans la promotion du mouvement

L’EPS joue un rôle clé pour intégrer le mouvement à l’école, mais elle ne peut, à elle seule, répondre aux besoins quotidiens des élèves. Les associations sportives des établissements proposent aussi de nombreuses autres opportunités de pratique physique, mais peinent souvent à attirer les élèves qui en sont le plus éloignés.

Pour lutter efficacement contre la sédentarité, engager les élèves dans le mouvement doit devenir un objectif transversal, porté par toute la communauté éducative.

Le succès limité du récent dispositif « Trente minutes d’activité physique quotidienne » (avec 42 % des établissements ayant adopté la mesure), nous rappelle aussi que, si la recherche peut identifier des leviers d’action robustes, ces leviers ne sont pas toujours directement adaptés aux contextes spécifiques dans lesquels les enseignants exercent. En particulier, le nombre d’élèves par classe au sein d’espaces inadaptés constitue un obstacle évident dans la mise en place de tels dispositifs.




À lire aussi :
« 30 minutes d’activité physique » à l’école : un dispositif contre la sédentarité à questionner


L’enjeu consiste donc à former et à accompagner les enseignants dans la co-construction des interventions. Ce sont eux qui connaissent le mieux leurs élèves, leurs caractéristiques, les contraintes de leur établissement, et qui peuvent proposer les adaptations les plus pertinentes. L’expérience montre que c’est à cette condition que les initiatives peuvent s’ancrer durablement dans les pratiques scolaires et, in fine, produire des changements durables dans les comportements des jeunes.

Maintenir les élèves immobiles pour apprendre relève d’un héritage pédagogique dépassé : corps et esprit sont profondément liés, et le mouvement est essentiel non seulement à la santé, mais aussi aux apprentissages. Dans un monde où notre tendance naturelle au moindre effort est exacerbée par des environnements toujours plus sédentaires – y compris à l’école –, le mouvement doit devenir une priorité éducative.

The Conversation

Boris Cheval a reçu des financements de Rennes Métropole et de l’Union Européenne

Florent Desplanques et Silvio Maltagliati ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Bouger pour mieux apprendre : Comment lutter contre la sédentarité à l’école – https://theconversation.com/bouger-pour-mieux-apprendre-comment-lutter-contre-la-sedentarite-a-lecole-261877

Marché du pétrole : Quand l’Opep parle, le marché écoute

Source: The Conversation – in French – By Valérie Mignon, Professeure en économie, Chercheure à EconomiX-CNRS, Conseiller scientifique au CEPII, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

C’est bien connu : en économie, la parole compte, qu’il s’agisse d’un PDG de grande entreprise ou d’un responsable de banque centrale. Dire peut avoir un effet sur le réel. Qu’en est-il du marché pétrolier et de l’un de ses acteurs majeurs, l’Opep ? Quel pouvoir les mots des producteurs de pétrole exercent-ils sur les cours du brut ?


Chaque déclaration de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est scrutée comme une parole d’or. Les pays membres de cette organisation représentent près de 40 % de la production mondiale et la majorité des réserves prouvées de pétrole. Cela fait de cette organisation un acteur incontournable du secteur. Ses annonces peuvent déclencher d’importantes variations des prix du baril, faire évoluer la facture énergétique des ménages et peser sur l’inflation mondiale.

Mais une question persiste : ces communiqués apportent-ils réellement de l’information sur le marché, ou ne sont-ils qu’un exercice de communication diplomatique destiné à préserver l’image de l’organisation ?

Les communiqués passés au crible

Pour répondre à cette question, nous avons mené une étude visant à analyser plus de 260 déclarations publiées par l’Opep entre 2002 et 2021. Dépassant la simple lecture descriptive de ces communiqués, nous avons utilisé des outils d’analyse textuelle (Structural Topic Models) afin de mettre en évidence les grands thèmes récurrents et leur évolution au fil du temps.

Cette approche révèle que les messages de l’Opep sont bien plus riches qu’on ne l’imagine. Certes, ils traitent régulièrement de prix et de quotas, mais ils couvrent aussi des sujets comme la croissance économique mondiale, la stabilité de la demande et les pénuries, la coopération entre pays et, de plus en plus, ces dernières années, la transition et les politiques énergétiques ainsi que le climat.

L’Opep ne se limite donc pas à parler volumes de production et nombre de barils : elle construit de véritables récits qui replacent ses décisions dans un cadre plus large, les reliant à des facteurs fondamentaux comme la demande mondiale, l’offre disponible ou l’incertitude économique.




À lire aussi :
Trump : un marchand de doutes sur les marchés pétroliers mondiaux ?


Deux thèmes apparaissent comme étant particulièrement cruciaux : la capacité de production disponible et la cohésion entre les pays membres de l’organisation. Le premier est essentiel pour rassurer les marchés sur la possibilité de répondre à la demande. Le second est la clé de voûte de la crédibilité du message : une annonce de l’Opep n’a de portée que si l’organisation parvient à afficher une unité minimale.

Quand la parole apaise les marchés

En croisant ces discours avec des données financières afin d’en mesurer l’effet concret sur les marchés, le constat est frappant : les annonces de l’Opep réduisent la volatilité des prix du pétrole, en particulier sur les contrats à plus long terme.

Lorsqu’elle insiste sur sa capacité à maintenir la stabilité en rassurant sur ses capacités de production ou lorsqu’elle met en avant la coopération entre ses membres, l’organisation parvient à calmer les marchés. Ainsi, même sans toucher aux robinets, l’Opep remplit une des missions principales qu’elle affiche : stabiliser le marché pétrolier.

Tous les acteurs ne réagissent cependant pas de la même manière. Les acteurs physiques – producteurs, raffineurs, industriels – ajustent leurs positions lorsque l’Opep évoque la croissance économique ou la demande. Les investisseurs financiers, eux, sont davantage sensibles aux signaux liés à l’offre et aux politiques énergétiques. Cette différence met en évidence des interprétations de ces communiqués selon les prismes et les intérêts des uns et des autres. Dans tous les cas, un mot revient, apparaissant comme décisif : coopération.

Lorsque l’Opep affiche son unité, sa parole est crédible. En revanche, si des divergences entre pays membres apparaissent, les annonces de l’organisation perdent de leur impact et de leur efficacité.

Une influence renforcée en période de crise

L’effet stabilisateur de la communication de l’Opep est encore plus marqué en période de crise. Lors de la crise financière de 2008 ou de la pandémie de Covid-19, les signaux envoyés par l’organisation ont joué un rôle essentiel pour orienter les anticipations des investisseurs. En période de forte incertitude, les marchés se fient davantage aux annonces publiques ; investisseurs et industriels cherchent, en effet, une boussole, et la parole de l’Opep leur offre un point de repère.

RTL, 2025.

Même lorsque ses décisions de production étaient difficiles à appliquer dans un contexte de désorganisation, l’Opep a pu limiter la panique par le simple poids de ses annonces. Ces épisodes montrent que sa communication constitue un instrument à part entière de gestion des marchés, parfois aussi important que les choix de production eux-mêmes.

Pourquoi cela importe aujourd’hui

Nos recherches montrent ainsi que les communiqués de l’Opep ne sont pas de simples discours politiques. Ils constituent un signal crédible, capable de réduire la volatilité et d’orienter les décisions des investisseurs comme des industriels.

Derrière les mots, l’Opep détient donc une arme puissante, même si elle n’est pas très visible : la capacité de stabiliser les marchés sans produire un seul baril de plus. Ce pouvoir souligne l’importance de sa communication comme instrument de politique énergétique internationale.

À l’heure où la transition énergétique s’accélère et où le prix du brut reste volatil, comprendre les messages de l’Opep est plus que jamais essentiel pour anticiper les mouvements du pétrole et, plus largement, pour saisir les équilibres de l’économie mondiale.

The Conversation

Valérie Mignon est conseiller scientifique au CEPII, membre du Cercle des économistes, présidente de la section 05 (sciences économiques) du CNU et secrétaire générale de l’AFSE.

Marc Joëts ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Marché du pétrole : Quand l’Opep parle, le marché écoute – https://theconversation.com/marche-du-petrole-quand-lopep-parle-le-marche-ecoute-263821

Désastres macroéconomiques : Comment la perception de leur fréquence influence nos décisions financières

Source: The Conversation – in French – By Camille Cornand, Directrice de recherche en économie, CNRS, chercheuse au sein du GATE, Université Lumière Lyon 2

Les désastres économiques, comme la crise du Covid-19, ont-ils un impact sur les comportements d’investissement financier ? Échaudés par une chute extrême des valeurs, les investisseurs sont-ils ensuite moins enclins à investir ? Au cœur de l’analyse se trouve la fréquence perçue des catastrophes macroéconomiques. Plus on les surestime, plus on est prudent en matière d’investissement financier. Mais des parades existent !


Les désastres macroéconomiques sont caractérisés par des baisses profondes et persistantes du produit intérieur brut (PIB), supérieures à 10 % sur une période prolongée. Ils sont le résultat de guerres, de crises financières, de pandémies ou encore de catastrophes climatiques. Bien qu’ils surviennent rarement, ils ont des répercussions majeures sur l’économie mondiale. Des recherches antérieures ont démontré que ces « désastres rares » jouent un rôle important dans la compréhension de l’appétit pour le risque des investisseurs financiers. Cependant, la manière dont les acteurs économiques perçoivent ces désastres reste mal comprise.

Cet article explore la perception de la fréquence des désastres macroéconomiques et comment elle influence les décisions d’investissement financier. Il analyse également la diffusion d’information sur les désastres macroéconomiques passés en se demandant si elle permet aux individus de mieux estimer la fréquence de ces désastres et de les conduire à des décisions d’investissement plus performantes.

D’importants biais cognitifs

La perception des événements rares est sujette à des biais comportementaux du fait, à la fois, de leur rareté dans l’histoire économique et de l’empreinte des événements sur les esprits quand ils surviennent. Ainsi, avant qu’un désastre se produise, les individus ont souvent tendance à sous-estimer la probabilité de ce type d’événement. Mais une fois un événement rare survenu, la perception du risque est souvent exagérée, avec la conviction que de nouveaux désastres sont imminents.




À lire aussi :
Quand commence un krach boursier ? Et qu’appelle-t-on ainsi ?


Ce phénomène peut être expliqué par « le biais de récence », un biais cognitif qui accorde une importance excessive aux événements récents et saillants, comme le montrent les recherches de Tversky et Kahneman.

La crise du Covid-19 et ses répercussions sur l’économie mondiale ont ravivé l’intérêt pour l’étude des désastres macroéconomiques. Non seulement la pandémie a provoqué une chute spectaculaire des marchés financiers, mais elle a également modifié la perception du risque économique et les décisions d’investissement des individus. Selon des études récentes, les personnes qui ont vécu des pertes importantes pendant la crise sanitaire forment ainsi des anticipations plus pessimistes concernant la reprise économique et sont plus enclines à éviter les investissements risqués, ce qui se traduit par une baisse de performance significative de leur épargne.

Surestimation systématique des désastres

Afin de mieux comprendre comment les individus perçoivent la fréquence des désastres macroéconomiques, une étude expérimentale avec des incitations financières a été menée en 2023-2024 auprès de deux groupes de participants en France : 346 experts en finance et 590 personnes non expertes issues de la population générale. L’idée sous-jacente à l’étude de ces deux populations est que les connaissances et la pratique financières pourraient être des déterminants importants des biais dans les perceptions et les décisions financières des individus.

La fréquence historique des désastres macroéconomiques est définie comme le nombre d’épisodes de désastres dans un échantillon historique de plus de 6 000 observations de PIB réel par habitant de 1870 à 2021 sur 42 pays de différentes régions du monde. Cet échantillon est basé sur l’ensemble de données historiques de Barro et Ursua (2008), mis à jour jusqu’en 2021, dans lequel la probabilité d’un épisode de désastre est de 3 % par an.

Les résultats de l’étude ont mis en évidence que les participants surestiment systématiquement la fréquence historique des désastres macroéconomiques. En moyenne, les personnes non expertes ont estimé que la fréquence des désastres macroéconomiques dans l’échantillon de données historiques était de 21,8 %. Même les experts ont surestimé la fréquence des désastres, avec une estimation moyenne de 15 %.

Figure 1 – Estimation moyenne (et intervalle de confiance à 95 %) de la fréquence des désastres macroéconomiques


Graphique réalisé par les auteurs, Fourni par l’auteur

Un sous-investissement dans les actifs financiers risqués

Cette surestimation a eu des conséquences sur les décisions d’investissement des participants. Les participants devaient, dans un second temps, répartir un certain montant entre un actif sans risque, rapportant avec certitude un rendement faible, et un actif risqué, offrant un rendement élevé en l’absence de réalisation d’un désastre macroéconomique et un rendement négatif en cas de désastre. L’occurrence éventuelle d’un désastre était déterminée par un tirage aléatoire calibré sur la fréquence des désastres macroéconomiques dans l’échantillon historique.

Les résultats montrent que la surestimation de la fréquence des désastres macroéconomiques a conduit les participants à sous-investir dans l’actif risqué, réduisant ainsi leurs gains.

Le rôle de la communication

Face à cette surestimation marquée de la fréquence des désastres macroéconomiques par les deux groupes de participants, une question se pose : la communication sur la fréquence réelle de ces événements extrêmes peut-elle remédier à un problème d’information ou aider à corriger des erreurs de jugement et in fine améliorer la prise de décision en matière d’investissement financier ?

Pour répondre à cette question, l’étude a inclus trois traitements informationnels. Le premier d’entre eux a consisté à informer les participants que trois désastres macroéconomiques ont été observés sur 100 données historiques tirées de plus de 6 000 observations de la base de données. Le second a fourni aux participants une information plus précise en indiquant que 30 désastres macroéconomiques ont été observés sur 1 000 données historiques. Le troisième traitement était similaire au premier, mais fournissait en plus aux participants une brève description de trois désastres macroéconomiques spécifiques, récents et saillants : la crise de la dette grecque (2008-2013) et les épisodes de pandémie de COVID-19 au Royaume-Uni et en Espagne (2020).

Ce traitement avait pour but de tester si les individus réagissent différemment lorsqu’ils reçoivent de l’information sur des événements proches dans le temps et géographiquement.

Des perceptions réévaluées

Les résultats ont montré que, effectivement, fournir aux participants de l’information sur la fréquence historique des désastres macroéconomiques leur permet de réévaluer leur perception de cette fréquence dans le bon sens. Après avoir reçu des informations, les experts et les non-experts ont révisé leurs estimations à la baisse, comme en témoignent les deux graphiques ci-dessous. Ils ont, dès lors, alloué une part plus importante de leur investissement à l’actif risqué.

Figure 2 – Comparaison de la réévaluation de la fréquence de désastre macroéconomique selon le traitement informationnel pour la population générale et pour la population d’experts (moyennes et intervalles de confiance à 95 %)


Graphiques réalisés par les auteurs, Fourni par l’auteur

Cependant, si la précision des informations fournies n’a pas eu un impact significatif sur la réévaluation de la fréquence estimée des désastres, et ce, tant pour les experts que pour les non-experts, les informations présentées de manière saillante et concrète ont eu un impact différent pour les non-experts. Ces derniers ont eu tendance à accorder plus de poids aux événements récents mentionnés et ont donc moins diminué leur estimation de la fréquence de désastre macroéconomique après réception de l’information par rapport aux autres cas.

Banque de France, 2021.

Implications pour la communication financière

Les résultats de cette étude ont des implications pratiques importantes en termes de communication financière. La communication sur la fréquence historique des désastres macroéconomiques peut influencer de manière significative les perceptions de ce type de risque extrême et les décisions d’investissement financier qui en découlent.

Fournir des informations quantitatives sur les désastres macroéconomiques peut améliorer leur perception par les investisseurs et réduire le sous-investissement observé dans les actifs risqués, en particulier parmi les non-experts. Cependant, l’impact de cette communication dépend de la manière dont l’information est présentée et du public qu’elle vise. La précision de l’information ne semble ainsi pas être aussi déterminante que la référence à des exemples saillants et récents, notamment pour la population générale.

The Conversation

Camille Cornand a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

Brice Corgnet et Pauline Gandré ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Désastres macroéconomiques : Comment la perception de leur fréquence influence nos décisions financières – https://theconversation.com/desastres-macroeconomiques-comment-la-perception-de-leur-frequence-influence-nos-decisions-financieres-263849

Sénégal : ce que révèle la dégradation de la note sur la dette cachée et les notations de crédit

Source: The Conversation – in French – By Daniel Cash, Reader in Law, Aston University

En février 2025, l’agence de notation Moody’s a abaissé la note du Sénégal de deux crans. Quelques mois plus tard, en juillet, Standard & Poor’s a suivi avec une nouvelle dégradation.

En l’espace de quatre mois, la note souveraine du pays a perdu trois niveaux. Une telle dégringolade est rare, surtout pour un État qui n’est pas en défaut de paiement ou en pleine restructuration.

L’effondrement des notations a provoqué une vente massive des eurobons du Sénégal. Elle a également compliqué les négociations en cours entre le pays et le Fonds monétaire international.

Plus généralement, elle a envoyé un signal sur la manière dont les agences de notation réagissent désormais aux défaillances de gouvernance, et pas seulement aux tendances macroéconomiques. Pour les observateurs, ce n’est pas qu’un simple ajustement de marché, mais un avertissement.

Alors pourquoi une telle sanction ?

En juillet 2025, Moody’s a publié un rapport sur les « hausses de dette inexpliquées ». Le document montre que le manque de transparence budgétaire – quand les gouvernements fournissent des données incomplètes ou trompeuses – compromet la solvabilité des États. Cela s’applique à l’échelle mondiale, et pas seulement à l’Afrique.

L’analyse repose sur ce qu’on appelle les ajustements flux de stocks. C’est l’écart entre l’augmentation annuelle réelle de la dette d’un pays et celle qui devrait résulter de son déficit budgétaire déclaré. Concrètement, si un État affiche un déficit de 5 milliards de dollars, sa dette devrait croître d’un montant similaire. Si la hausse est beaucoup plus forte – ou plus faible –, c’est le signe qu’il manque des informations ou que certaines données sont fausses.

Les recherches démontrent une corrélation claire entre les ajustements importants des flux de stocks et les scores de gouvernance plus faibles.

La dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s et son rapport de recherche soulignent à quel point les questions de transparence et de gouvernance influencent de plus en plus les évaluations de crédit souverain. Les agences de notation ont amélioré leurs méthodologies afin de prendre en compte ces risques. Les facteurs de gouvernance représentent désormais environ 25 % des notations souveraines dans les principaux cadres des agences.

Les problèmes de transparence compliquent également les négociations de restructuration de la dette. Par exemple, le processus de restructuration de la Zambie a pris 3,5 ans (2021-2024), en partie à cause de complications liées à la transparence. La restructuration en cours en Éthiopie (depuis 2021) fait face à des défis similaires. Pour sa part, le Ghana a bénéficié d’un processus plus rapide grâce à une transparence initiale plus élevée.

En tant que chercheur ayant étudié de près le fonctionnement des agences de notation, je considère que l’analyse approfondie de Moody’s constitue à la fois un outil de diagnostic et un système d’alerte précoce pour les problèmes de transparence.

Le message adressé aux gestionnaires de la dette souveraine est clair : à l’ère où les exigences de transparence sont renforcées et les méthodologies de notation plus sophistiquées, la qualité des données fiscales est devenue indissociable de la solvabilité.

Les signes avant-coureurs

Selon Moody’s, de forts écarts entre flux et stocks qui persistent dans le temps signalent un manque de transparence fiscale, une faiblesse dans la remontée des informations et un contrôle insuffisant des dépenses.

Moody’s a notamment souligné que

L’agence souligne que les marchés dits « frontières », en Afrique subsaharienne et en Amérique latine, sont ceux qui ont connu les plus grands écarts de ce type ces dix dernières années.

Ces décalages ont parfois des explications techniques valables : opérations de gestion de la dette, achats d’actifs, règlement d’arriérés ou révisions statistiques. Mais les recherches de Moody’s ont montré que ces justifications techniques ne représentaient que la moitié des décalages entre flux et stocks. L’autre moitié reste inexpliquée, ce que Moody’s considère comme un sérieux signal d’alerte pour la crédibilité budgétaire d’un État.

Les failles du Sénégal en matière de transparence

Le cas du Sénégal illustre comment des lacunes en matière de transparence peuvent déstabiliser rapidement le profil de crédit d’un État.

À la suite des élections de mars 2024, un audit de l’Inspection générale des finances et un rapport de la Cour des comptes ont révélé des « indicateurs budgétaires beaucoup plus faibles » que ceux annoncés. La dette de l’État central avoisinait les 100 % du PIB en 2023, soit environ 25 points de plus que les chiffres publiés jusque-là.

L’ampleur de ces corrections était inédite. Le ratio dette/PIB est passé de 74,4 % à 99,7 % fin 2023. Le déficit budgétaire, lui, a été réévalué de 4,9 % à 12,3 % du PIB. Sur ce constat, Moody’s a été catégorique :

L’ampleur et la nature de ces écarts montrent que la marge budgétaire du Sénégal est bien plus étroite qu’annoncée, avec des besoins de financement beaucoup plus importants. Ces écarts révèlent aussi de sérieuses lacunes de gouvernance dans le passé.

La sanction n’a pas tardé et a été sévère. En février 2025, Moody’s a abaissé la note du Sénégal de B1 à B3 et a placé la perspective en « négative », après une précédente dégradation en octobre 2024.

Les indicateurs de la dette du Sénégal reflètent la gravité du défi budgétaire. Le Fonds monétaire international estime que la dette du Sénégal a atteint 105,7 % du PIB à la fin de 2024, les besoins de financement bruts (le montant total que le gouvernement doit rembourser et emprunter à nouveau pour continuer à fonctionner) devraient avoisiner 20 % du PIB en 2025 dans le budget du Sénégal.

Le Fonds monétaire international a suspendu sa facilité de crédit élargie de 1,8 milliard de dollars américains en juin 2024 après la découverte de fausses déclarations. Toutefois, le Fonds, dans une note sur les négociations lors d’une visite de son personnel en août 2025 axée sur la collaboration avec le Sénégal à la lumière des audits postélectoraux, a écrit :

L’équipe des services du FMI salue l’engagement des autorités sénégalaises en faveur de la transparence et de la responsabilité budgétaires, à la suite de la divulgation des importantes déclarations erronées qui sont intervenues au cours des dernières années.

Des dérives inquiétantes

Moody’s souligne que les ajustements stock-flux se produisent dans toutes les régions et à tous les niveaux de revenu. Mais leur persistance et leur ampleur varient considérablement d’une région à l’autre. Les cas récents en Afrique montrent des tendances particulièrement inquiétantes.

En voici quelques exemples :

Pourquoi est-ce intéressant ?

La logique économique qui sous-tend la corrélation entre les ajustements importants des stocks et des flux et les scores de gouvernance plus faibles est simple. Des ajustements positifs persistants des stocks et des flux indiquent que les déficits budgétaires peuvent ne pas refléter fidèlement les besoins de financement du gouvernement. Comme l’explique Moody’s :

Lorsque les ajustements des stocks et des flux sont positifs, un solde primaire plus élevé est nécessaire pour stabiliser la dette à long terme.

Cela pose un problème à la fois budgétaire et de crédibilité que les agences de notation doivent intégrer dans leurs évaluations.

Pour les pays ayant connu des ajustements importants dans le passé, Moody’s note qu’il peut

donner une évaluation plus négative de l’efficacité de la politique budgétaire.

Un manque de transparence peut aussi bloquer les négociations de restructuration de dette. Les négociations menées dans le cadre du cadre commun du G20, qui vise à coordonner l’allégement de la dette entre créanciers publics et privés, en sont un exemple.

Le processus repose sur des données claires et complètes sur la dette afin de déterminer le montant de l’allègement nécessaire et qui doit l’assumer. Lorsque des dettes importantes sont dissimulées, contestées ou mal comptabilisées, l’ensemble des négociations ralentit, voire s’enlise complètement.

La voie à suivre

La convergence entre l’amélioration des méthodes de notation et les exigences en matière de transparence crée à la fois des défis et des opportunités pour les emprunteurs souverains.

L’amélioration des systèmes de données budgétaires n’est plus un simple exercice technique de comptabilité. Il s’agit d’une stratégie visant à maintenir l’accès au marché et la solvabilité d’un État.

Les agences de notation indiquent que cette tendance va s’intensifier.

Pour les États souverains des marchés émergents et frontières, les incitations à renforcer la transparence sont évidentes. Les études montrent qu’une meilleure gouvernance réduit les « spreads » souverains sur le marché, tandis qu’une mauvaise gouvernance peut les augmenter de 50 à 200 points de base.

En définitive, les États ont tout à gagner à améliorer leur gouvernance. Les marchés financiers valorisent la transparence et la solidité institutionnelle en offrant, en retour, des conditions de financement plus favorables.

De l’alerte à l’opportunité

Le Sénégal offre une parfaite illustration des conséquences d’un déficit de transparence : une dégradation brutale de la notation souveraine. Cet épisode souligne également la vigilance accrue des agences de notation, désormais promptes à identifier et à sanctionner ce type de manquement.

Les États emprunteurs gagneraient donc à voir dans les exigences accrues de transparence non pas une contrainte, mais une occasion de réduire leurs coûts de financement et de renforcer leur crédibilité sur les marchés.

The Conversation

Daniel Cash does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Sénégal : ce que révèle la dégradation de la note sur la dette cachée et les notations de crédit – https://theconversation.com/senegal-ce-que-revele-la-degradation-de-la-note-sur-la-dette-cachee-et-les-notations-de-credit-264154