Drones et robots tueurs dans la guerre : soldat ou algorithme, qui décidera de la vie et de la mort demain ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Vilaine, Docteur en sciences de gestion, ancien officier, enseignant en géopolitique à ESDES Business School, ESDES – UCLy (Lyon Catholic University)

Il est impossible de purement et simplement ignorer la propagation sans cesse plus rapide des armes létales autonomes et de l’intelligence artificielle sur les théâtres de guerre ; mais il serait éminemment dangereux de confier la prise de décision à la technologie seule.


La guerre des machines est déjà en cours. Ces dernières années, le recours massif aux drones et à l’intelligence artificielle (IA) a transformé le champ de bataille et la nature des opérations. L’autonomie accélère la détection et la délivrance du feu. La refuser, c’est rendre les armes. L’envisager sans garde-fous, c’est percevoir la guerre dénuée de toute éthique.

La France est une puissance moyenne qui ne peut se permettre de prendre du retard technologique. Mais la France est également une grande démocratie qui se veut exemplaire : elle ne peut faire n’importe quoi avec l’avènement de ces nouvelles armes. Elle doit instaurer la primauté humaine sur le code informatique, assumer un couple homme-machine où l’impact militaire demeure, mais où l’humain reste responsable.

Les drones, l’IA, les robots tueurs sont déjà là. Le front en Ukraine est saturé de drones et de logiciels qui trient des images. Déjà, des prototypes sont capables de détecter, de poursuivre et de frapper presque sans intervention humaine. Où la France se place-t-elle dans cette rapide évolution, et que doit-elle décider aujourd’hui pour rester dans la course sans nier ses valeurs ?

Ce qui a déjà changé

Le drone est devenu l’outil d’artillerie du pauvre. Il est l’instrument de reconnaissance de la petite unité et l’engin de précision du dernier mètre. Avec les milliers de drones dans le ciel, l’œil est partout, l’angle mort se réduit. La surprise se joue en secondes.

L’artillerie classique est, certes, toujours efficace. Mais la rupture que constituent les drones est d’abord logicielle : des algorithmes identifient une silhouette humaine ou celle d’un véhicule et accélèrent le temps entre la détection et la frappe. C’est précisément là où l’humain fatigue, là où chaque seconde compte et que la valeur ajoutée de l’autonomie s’affirme.

Pourquoi l’autonomie change tout

Il est nécessaire de distinguer l’idéal du réel. Dans la première configuration, l’humain décide alors que, dans la deuxième, l’humain commence à déléguer des éléments de son jugement à, par exemple, une alerte automatique ou à une trajectoire optimale.

Concrètement, il est d’usage de parler de trois régimes différents :

  • l’humain dans la boucle ;
  • l’humain sur la boucle ;
  • et l’humain hors de la boucle.

Le premier cas est très simple : l’humain décide. Dans le deuxième cas, l’humain surveille et, éventuellement, interrompt. Dans le troisième cas, la machine est préprogrammée et décide seule.

Ce n’est pas qu’une affaire de choix, car, à très haute vitesse (défense antidrones, interception de missiles ou encore combat collaboratif aérien complexe), la présence humaine tend à s’effacer, puisque l’action se joue en secondes ou en dizaines de secondes. Le réalisme et l’efficacité de l’action imposent dès lors de penser que refuser toute autonomie revient à accepter d’être lent et, donc, inopérant. En revanche, accepter une autonomie totale, c’est-à-dire rejeter tout garde-fou, c’est faire entrer de l’incertitude, voire de l’erreur, dans le fonctionnement d’une action létale.

La responsabilité stratégique et éthique d’un pays démocratique se joue entre ces deux pôles.

Le dilemme des puissances moyennes

La France est, du point de vue militaire, une puissance moyenne, mais de très haute technologie. Elle est souveraine dans la grande majorité de ses équipements, mais ne dispose pas d’un budget illimité, ce qui l’oblige à arbitrer.

Dans ce contexte, se priver d’autonomie revient à prendre le risque d’un retard capacitaire face à des régimes autocratiques à l’éthique inexistante ; s’y jeter sans doctrine, c’est s’exposer à une bavure ou à une action involontaire menant à une escalade risquant d’éroder la confiance de la société dans sa propre armée.

Atouts et angles morts français

La France dispose d’une armée moderne et aguerrie en raison de sa participation à de nombreuses missions extérieures. Sa chaîne hiérarchique est saine car elle responsabilise les différents niveaux (contrairement à l’armée russe par exemple). Son industrie sait intégrer des systèmes complexes. En outre, elle dispose d’une grande expertise de la guerre électronique et en cybersécurité. Ces différentes caractéristiques sont des fondements solides pour développer une autonomie maîtrisée.

En revanche, les défauts de l’industrie française sont connus. Son industrie et les militaires privilégient des solutions lourdes et chères. En bonne logique ; les cycles d’acquisition sont longs en raison des innovations. Enfin, une certaine difficulté à passer du démonstrateur à la série peut être constatée.

Tout cela rend difficile la réponse à un besoin massif et urgent du déploiement de drones et de systèmes antidrones, qui combinent détection, brouillage, leurre et neutralisation, du niveau section jusqu’au niveau opératif (sur l’ensemble d’un front).

Ce que la France devrait décider maintenant

L’industrie doit ancrer la primauté nouvelle dès la conception de l’arme ou du système d’armes. Cet objectif doit incorporer certains impératifs : chaque boucle létale (processus de décision et d’action qui conduit à neutraliser ou à tuer une cible) doit avoir un responsable humain identifiable.

En outre, des garde-fous techniques doivent être mis en place. Des « kill-switch » (« boutons d’arrêt d’urgence ») physiques doivent être installés dans les systèmes. Des seuils reparamétrables doivent être prévus : par exemple, si un radar ou une IA détecte une cible, il est nécessaire de définir un seuil de confiance (par exemple de 95 %) avant de la classer comme ennemie. Des limitations géographiques et temporelles codées doivent être prévues. Par exemple, un drone armé ne peut jamais franchir les coordonnées GPS d’un espace aérien civil ou bien une munition autonome se désactive automatiquement au bout de trente minutes si elle n’a pas trouvé de cible.

Un autre point important est que la décision doit être traçable. Il est nécessaire de posséder des journaux de mission permettant de déterminer qui a fait quoi, quand et sur quelle base sensorielle (radars, imagerie, etc.). Une telle traçabilité permet de définir la chaîne de responsabilité. Elle permet également d’apprendre de ses erreurs.

La formation des personnels est aussi importante que la qualité des matériels. Les militaires doivent être formés, préparés à l’ambiguïté. Les opérateurs et décisionnaires doivent être en mesure de comprendre le fonctionnement et les limites des algorithmes, savoir lire un score de confiance. Ils doivent être en mesure de reconnaître une dérive de capteur et, par conséquent, de décider quand reprendre la main. Paradoxalement, l’autonomie exige des humains mieux formés, pas moins.

Sur le plan capacitaire, la France doit apprendre le « low-cost », ce qui implique de disposer d’essaims et de munitions rôdeuses en nombre. Pour ce faire, le pays doit savoir intégrer dans sa base industrielle de défense aussi bien les grandes entreprises traditionnelles que des start-ups innovantes pour plus de productions locales et réactives. Il ne s’agit pas de remplacer les systèmes lourds, mais bien de les compléter afin de pouvoir saturer le champ de bataille.

Le pays, qui a délaissé la capacité antiaérienne, doit bâtir une défense antidrones, chargée de la courte portée et ayant les capacités de détecter, d’identifier, de brouiller, de leurrer, de durcir les postes de commandement (c’est-à-dire leur apporter une protection plus efficace, en les enterrant, par exemple) et protéger les convois. Ces capacités doivent être intégrées dans l’entraînement au quotidien.

Ce qu’il faut éviter

Un piège peut être une forme de surenchère normative stérile. Il est nécessaire de tenir bon sur les principes sans être naïf dans un monde de plus en plus agressif. Si la France dit explicitement « Jamais de robots tueurs autonomes », cela n’empêchera pas d’autres pays d’en utiliser ; mais dire « Toujours oui à ces technologies » serait incompatible avec les principes moraux proclamés par Paris.

Un cadre clair, ajusté par l’expérience, doit donc être inventé.

La dépendance logicielle et, donc, l’absence de souveraineté numérique sont très dangereuses. Il est indispensable de ne pas acheter de briques IA sans véritablement connaître leurs biais, sans savoir ce que l’algorithme a pris en compte. Un effort financier continu doit être entrepris pour développer nos propres outils.

Enfin, il faut éviter d’oublier le facteur humain. Il serait tentant de soulager la chaîne décisionnelle par l’automatisation. Ce serait la priver de l’intelligence de situation propre aux humains et de leur intuition difficilement codable. La doctrine doit accepter de ralentir provisoirement l’action sur le champ de bataille pour laisser la place au jugement.

Responsabilité et droit : la vraie ligne rouge

Une machine, bien paramétrée, peut paradoxalement mieux respecter qu’un humain le droit des conflits armés qui repose sur quelques principes simples. Durant un conflit, il est nécessaire de distinguer (ne pas frapper les civils), d’agir dans le cadre de la proportionnalité, c’est-à-dire de ne pas causer de dommages excessifs (ce qui est très difficile à mettre en œuvre) ; et d’appliquer la précaution (faire tout ce qui est raisonnable pour éviter l’erreur).

Si une machine peut aider à appliquer ces principes, elle ne peut, seule, assumer la responsabilité de se tromper.

Comment correctement appliquer ces principes ? Réponse : c’est le commandement qui s’assure que les paramétrages et les règles ont été convenablement définis, testés, validés.

Société et politique : ne pas mentir au pays

La guerre est par nature une activité terrible, destructrice des âmes et des chairs. Affirmer que le recours généralisé à l’IA permettrait de rendre la guerre « propre » serait une imposture intellectuelle et morale.

L’autonomie est ambiguë. Si elle peut réduire certaines erreurs humaines inhérentes au combat (la fatigue, le stress, la confusion, l’indécision), elle en introduit d’autres :

  • le biais : une IA entraînée avec des images de chars soviétiques dans le désert peut se tromper si elle rencontre un blindé moderne en forêt) ;
  • les capteurs trompés : des feux de camp peuvent tromper une caméra infrarouge qui les prendra pour des signatures humaines ou de véhicules
  • la confusion. Exemple historique : en 1983, l’officier soviétique Stanislav Petrov a refusé de croire son système d’alerte qui détectait à tort une attaque nucléaire américaine contre l’URSS. Une IA autonome aurait appliqué son programme et donc déclenché le feu nucléaire soviétique contre le territoire des États-Unis…

Coder nos valeurs

Notre pays doit faire concilier agilité et vitesse au combat, et conscience humaine. Cela suppose de coder nos valeurs dans les systèmes (garde-fous, traçabilité, réversibilité), de procéder à des essais dans le maximum de situation (temps, météo, nombres différents d’acteurs, etc.), d’enseigner ce que l’on pourrait appeler « l’humilité algorithmique », du sergent au général.

Alors, demandions-nous, qui décidera de la vie et de la mort ? La réponse d’un pays démocratique, comme le nôtre, doit être nuancée. Certes, la machine étend le champ du possible, mais l’humain doit garder la main sur le sens et sur la responsabilité. L’autonomie ne doit pas chasser l’humain. La guerre moderne impose la rapidité de l’attaque et de la réplique. À notre doctrine d’éviter de faire de cet impératif un désert éthique.

The Conversation

Laurent Vilaine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Drones et robots tueurs dans la guerre : soldat ou algorithme, qui décidera de la vie et de la mort demain ? – https://theconversation.com/drones-et-robots-tueurs-dans-la-guerre-soldat-ou-algorithme-qui-decidera-de-la-vie-et-de-la-mort-demain-263836

60% of Africans don’t believe democracy is working in their interests – how parliaments can fix the problem

Source: The Conversation – Africa (2) – By Temitayo Isaac Odeyemi, Research fellow, University of Birmingham

Across Africa, democracy is being tested – by rising authoritarianism and military coups as well as a growing disconnect between citizens and the institutions meant to represent them.

The latest flagship report from Afrobarometer, a pan African research network, delivers a powerful warning. Citizen Engagement, Citizen Power, released in July 2025, reports that over 60% of Africans are dissatisfied with how democracy works in their countries. Support for democracy remains high, but belief in its effectiveness is fading, especially when citizens feel excluded from meaningful participation in decisions that affect them.

Put simply: the crisis of participation results from people being absent from the room when decisions that affect them are made. This article sets out practical ways parliaments can bring citizens in.

I am a political scientist whose work in comparative politics focuses on political institutions and democratic engagement in Africa. My broader research builds on my PhD on institutional development and legislative public engagement in Nigeria.

This research has shown that democratic fatigue has many roots, including insecurity and unmet socio-economic needs. But the deeper issue is a crisis of participation where decisions that affect people are made without consultation. Too often, Africans feel that decisions are made for them, not with them. Power remains concentrated in elite circles, while public engagement is reduced to symbolic gestures.

Democracy, in this view, is something performed in capitals rather than lived in communities.

If that is to change, parliaments must take the lead. As the institutions most visibly linked to representation, they can reconnect citizens with the democratic process. When parliaments get people to take part, they help restore public confidence. When they fail to do so, the entire democratic project is weakened.

Encouragingly, many African constitutions, including those of Kenya, South Africa, Zambia and Zimbabwe, now call for public participation in making laws.

Parliaments are increasingly referring to citizen engagement in their strategic plans, and standout models like South Africa’s Public Participation Model offer practical frameworks.

South Africa’s efforts have contributed to a 27% increase in public understanding of the parliament’s mandates. Evidence from civil society and independent research corroborates this.

But in many countries implementation remains patchy, and most parliaments fall short on including citizens.

According to Afrobarometer’s October 2024 data, trust in parliaments has declined by 19 percentage points since 2011. Only 37% of Africans now express confidence in these critical policy-making and representative bodies.

There’s a sense that public participation is often tokenistic — and that parliaments engage with citizens only when politically convenient.

Two recent examples illustrate the cost of disengagement. In Kenya, mass protests over the 2024 Finance Bill erupted after parliament passed controversial tax measures without adequate public consultation. The backlash, including the storming of parliament, reflected widespread anger not just at the bill’s content, but at the lack of citizen involvement in shaping it.

In Nigeria, lawmakers reinstated a colonial-era national anthem in a single day, bypassing public input.

One of the reasons trust in parliaments is falling is that there are gaps in how the institution listens and acts.

As the Afrobarometer data shows, citizens consistently believed that parliaments hold the key to making laws and holding leaders to account. So the challenge is not what the institution does or is expected to do, it is how it does it. Thus, producing visible actions is one way for parliament to restore public faith.

What Afrobarometer tells us about participation

The message of Citizen Engagement, Citizen Power is clear: citizens want more than just the right to vote. They want to shape decisions, hold leaders accountable, and co-create solutions to the challenges they face. Participation is not a luxury; it is central to the legitimacy and effectiveness of democratic institutions.

For parliaments, this starts with communication. Many citizens are simply unaware of what their parliament does, or how to influence it. Parliamentary websites are often out of date, social media channels underused, and legislative documents filled with inaccessible jargon.

Parliaments must use plain-language summaries, infographics and citizen-focused materials to explain key issues. This is urgent in an era of misinformation and deep fakes.

Radio remains one of the most powerful and accessible tools for democratic outreach. Legislatures already using radio programmes to explain bills and gather feedback should expand these initiatives, especially in local languages. Podcasts, public dialogues and community events can also spark engagement.

But engagement is not only about information – it is about presence. Many parliaments remain physically and culturally distant from the people they serve. Members of parliament are increasingly drawn from wealthy, business-oriented elites, creating a growing perception that parliament serves its own interests.

In earlier periods, teachers, civil servants and community leaders were more common in legislatures.

To close this gap, parliaments must invest in decentralised engagement. That includes hosting hearings outside capitals, organising outreach in rural areas, and partnering with schools, universities and faith-based institutions.

Crucially, consultation must be genuine. All too often, participation is limited to elite NGOs in urban centres. They play an important role, but are not a substitute for broad-based engagement. South Africa’s Parliamentary Democracy Office offers one model: a dedicated outreach unit working to include rural voices and translate public input into policy. Similar efforts across the continent should ensure that participation becomes routine, and that citizens can trace how their contributions affect outcomes.

Existing community structures can host citizens’ assemblies and forums. Technology can also help, but must be used inclusively. With nearly half the population living in rural areas and one-third lacking formal education, digital engagement risks excluding the very groups that most need a voice.

Participation as a democratic lifeline

The Afrobarometer report shows that citizens are not turning away from democracy itself. They are turning away from democratic institutions that don’t include them. Participation can reconnect citizens to democracy and restore trust in governance. But only if it is meaningful, sustained and inclusive.

The events in Kenya and Nigeria demonstrate the risks of exclusion. If parliaments legislate without the people, citizens will seek a voice elsewhere – through protests, populist movements, or authoritarian alternatives.

The Conversation

Temitayo Isaac Odeyemi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. 60% of Africans don’t believe democracy is working in their interests – how parliaments can fix the problem – https://theconversation.com/60-of-africans-dont-believe-democracy-is-working-in-their-interests-how-parliaments-can-fix-the-problem-262581

Corée du Nord : comment la logistique déjoue les obstacles

Source: The Conversation – France (in French) – By Gilles Paché, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, Aix-Marseille Université (AMU)

Comment la Corée du Nord fait-elle pour mettre à la disposition de toute sa population les biens dont elle a besoin ? Plongée dans la logistique façon Pyongyang, où le train joue un rôle essentiel.


La Corée du Nord nous apparaît le plus souvent comme une terre de secrets, avec sa dynastie de dictateurs dont on ignore presque tout, et ses frontières hermétiques qui la coupent du monde, même si des signaux à bas bruit d’un changement progressif sont identifiables. Le mystère est au moins aussi grand concernant sa logistique, parce qu’il faut bien qu’une logistique opère, comme dans n’importe quel pays, pour couvrir les besoins.

Comment les marchandises circulent-elles à travers le pays malgré la sévérité des sanctions et, donc, des contraintes imposées à la Corée du Nord ? La créativité assure en fait le bon fonctionnement d’une dictature singulière, et son exploration révèle une ingéniosité déconcertante, sachant que les chaînes logistiques n’y ressemblent à aucune autre.

L’importance du réseau ferré

En lieu et place de centres de distribution high-tech, de matériels de manutention automatisés et d’un dense réseau autoroutier, on se trouve en présence de routes de montagne sinueuses et mal entretenues, et de chemins de fer vieillissants. La majorité du réseau de 6 300 kilomètres date d’avant 1925, mais sa volumétrie est finalement comparable à celle de la France, qui dispose de 28 000 kilomètres pour une superficie quatre fois supérieure.

Chaque expédition de biens de première nécessité se présente de fait comme un casse-tête stratégique, à la recherche d’un équilibre constant entre l’utilisation au plus juste de ressources rares et le respect absolu de priorités géopolitiques. Explorer la logistique nord-coréenne est en effet autant une question technique que politique, pour une dictature soumise, comme omentionné plus haut, à des sanctions internationales très sévères.




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Tragédies ferroviaires

Le réseau ferroviaire constitue l’épine dorsale de la logistique intérieure. Les trains transportent tout : du charbon, des denrées alimentaires mais aussi des équipements industriels, reliant fermes, usines et bases militaires. Mais la vétusté endémique des infrastructures et les coupures d’électricité rendent toute planification chaotique, sans parler de possibles drames. En décembre 2023, un train à alimentation électrique a subi une chute brutale de tension, et le déraillement consécutif a causé la mort de plus de 400 personnes, mettant en lumière la fragilité structurelle du réseau ferroviaire.

Autre exemple tragique : un soldat est mort de faim à bord d’un train bloqué plusieurs jours, sans vivres ni assistance. Cet épisode dramatique, digne d’un mauvais polar, illustre la dépendance au rail, qui peut devenir un piège mortel, sachant que l’État donne toujours la priorité aux expéditions officielles, détournant trains et marchandises à destination de civils pour satisfaire prioritairement des besoins militaires, ce qui ne fut pas le cas en l’espèce pour le malheureux soldat.

Plus surprenant, les préférences de la dynastie régnante influencent directement les décisions logistiques. Des témoignages de transfuges rapportent que Kim Il-Sung et Kim Jong-il privilégiaient certaines régions selon leurs projets ou leurs caprices du moment, orientant ainsi directement la topographie des flux de transport, sans oublier que le train restait le moyen de transport le plus sécurisé à leurs yeux. Dans un tel contexte, les planificateurs aux ordres doivent bricoler des solutions adaptées. Lorsqu’une pénurie surgit, notamment pour les denrées alimentaires, ils réorganisent les chargements et les expéditions ou réacheminent en urgence les livraisons pour faire face aux exigences liées à la défense du territoire.

Une succession de mini-crises

L’acheminement de denrées alimentaires est effectivement l’un des points sensibles de la logistique nord-coréenne. La production agricole fluctue fortement selon les conditions climatiques, tandis que les pénuries d’énergie paralysent souvent la circulation des marchandises. Les camions sont rares, en étant réservés à la nomenklatura locale. Dans certaines régions, des responsables logistiques munis de bons prioritaires d’enlèvement se livrent à une “chasse aux vivres”. Par exemple, à Sinuiju et Uiju, ils écument fermes et entrepôts pour récupérer fruits, légumes et produits essentiels, souvent au détriment des locaux. Penser chaque acheminement ressemble alors à la résolution d’une succession de mini-crises.

Pour y faire face, les habitants s’appuient sur des réseaux locaux d’entraide et le travail collectif. Malgré ces défis, le pays réussit à maintenir des chaînes logistiques minimales pour ses villes et, surtout, pour ses différentes bases militaires. Ici, l’efficacité se mesure moins en référence à la vélocité des flux de biens de première nécessité que la capacité d’assurer la survie des populations et, par-dessus tout, du régime. Des itinéraires détournés, des transports nocturnes ou encore le recours à une main-d’œuvre étrangère pour pallier les défaillances logistiques témoignent d’un véritable jeu d’équilibriste, indispensable au maintien d’une dictature soumise à un isolement extrême dès lors qu’elle est devenue la neuvième puissance nucléaire de la planète.

Contournements discrets

Depuis son premier essai d’une bombe au plutonium en octobre 2006, les sanctions internationales ont poussé la Corée du Nord à développer des stratégies logistiques sophistiquées de contournement. Les frontières avec la Chine et la Russie, notamment le fleuve Tumen, servent de points de passage pour des échanges informels. Des commerçants nord-coréens, symboles d’une nouvelle classe moyenne d’entrepreneurs, les exploitent pour faire entrer des biens essentiels tels que le carburant, les médicaments et des composants technologiques, souvent via des routes maritimes non officielles. Ces activités logistiques sont rendues possibles grâce à la coopération tacite entre les autorités locales et les réseaux de contrebande.

Lesdits réseaux sont organisés et coordonnés le plus souvent par des entités liées à l’État, telles que le fameux « Bureau 39 », chargé des activités économiques illicites. Ils utilisent des navires sous pavillons de complaisance pour transporter des marchandises entre la Corée du Nord et la Chine, contournant ainsi les sanctions internationales de manière discrète puisque sont masquées l’origine et la destination réelles des cargaisons, tout en brouillant les pistes pour les autorités de contrôle.

À cela s’ajoute le fait que des diplomates nord-coréens ont été impliqués dans des activités de contrebande d’armes, utilisant leur statut pour faciliter le déroulement des opérations logistiques.

En mai 2024, AsiaPress, agence de presse japonaise travaillant avec un réseau clandestin de journalistes nord-coréens pour documenter la vie quotidienne et l’économie souterraine du pays, a révélé comment le ministère nord-coréen de la sécurité d’État (MSS) orchestre un contournement au poste frontalier du District 21, face à Hyesan. L’agence précise que, chaque jour, des camions chinois chargés de biens essentiels traversent la frontière sous l’œil vigilant des autorités nord-coréennes, un agent du MSS posté tous les 20 mètres pour superviser l’opération ! Ces flux sont initiés par le Bureau 39, qui tire profit de l’économie parallèle pour renflouer les caisses du régime, finalement grâce à une logistique soutenant un trafic autant secret que stratégique.

Une résilience jusqu’à l’invraisemblable

En fin de compte, l’élément clé à retenir de la logistique nord-coréenne est sans doute sa remarquable résilience sur le long terme. Des voies ferrées sans âge aux sentiers de montagne dérobés utilisés dans les trafics de contrebande, chaque expédition raconte une histoire de survie et d’ingéniosité. Un constat pas réellement surprenant car même dans les pays les plus isolés, et mis au ban diplomatique et économique, une logistique ad hoc s’avère indispensable à la circulation des biens et au fonctionnement d’une société.

France 24 – 2025.

Chaque déplacement prend ici la forme d’un défi permanent, comme si la Corée du Nord jouait une partie de poker sans fin contre la pénurie. La logistique n’y est pas celle de l’efficacité managériale au sens occidental du terme, mais d’une survie faite de bricolages, de détournements et de multiples astuces. Un sac de riz transporté à vélo, un wagon surchargé cahotant à 25 km/h à travers les campagnes, ou un esquif improvisé franchissant un fleuve le démontre jour après jour. Finalement, déjouer les obstacles est l’objectif principal d’une logistique nord-coréenne, pas comme les autres.

Des liens officiels avec la Russie

La résilience se renforce d’ailleurs au fil des semaines puisqu’à mesure que la guerre en Ukraine s’enlise, une partie de la logistique nord-coréenne bascule vers des échanges de plus en plus formels et nombreux avec le voisin russe. Ainsi, les livraisons d’armes destinées à la Russie, documentées par plusieurs sources, relèvent la présence d’une logistique organisée, puissante et totalement assumée, qui participe au fait de sortir la Corée du Nord de son isolement.

De même, la récente reprise de vols commerciaux entre Moscou et Pyongyang par la compagnie russe Nordwind symbolise le glissement vers une institutionnalisation incontestable des canaux officiels. En d’autres termes, la logistique nord-coréenne se révèle capable non seulement d’improviser dans l’ombre, mais aussi de se formaliser lorsque l’opportunité se présente. Une plasticité qui conforte le régime et, à ce titre, n’est certainement pas sans danger pour la sécurité à long terme de la planète.

The Conversation

Gilles Paché ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Corée du Nord : comment la logistique déjoue les obstacles – https://theconversation.com/coree-du-nord-comment-la-logistique-dejoue-les-obstacles-264074

Les bactéries miroirs pourraient conquérir la vie sur Terre : et si ce fantasme de scientifiques devenait une dangereuse réalité

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kate Adamala, Assistant Professor of Genetics, Cell Biology and Development, University of Minnesota

À l’avenir, si des cellules synthétiques (dites « cellules miroirs »), correspondant à la version chimiquement inversée de cellules naturelles, se développaient sur Terre, quelles pourraient être les conséquences pour la santé humaine et l’environnement ? On fait le point sur les risques et les enjeux liés à cette vie miroir.


La plupart des grandes molécules biologiques, y compris toutes les protéines, l’ADN et l’ARN, s’orientent dans une direction ou dans une autre. En d’autres termes, elles sont chirales. Tout comme le gant gauche ne convient qu’à la main gauche et le gant droit à la main droite, les molécules chirales ne peuvent interagir qu’avec d’autres molécules dont la chiralité est compatible.

Deux chiralités sont possibles : gauche et droite, officiellement appelées L pour le latin laevus et D pour dexter. Toute vie sur Terre utilise des protéines L et des sucres D. Même les Archaea, un large groupe de microorganismes à la composition chimique inhabituelle, respectent cette règle concernant la chiralité des principales molécules qu’ils utilisent.

Depuis longtemps, les scientifiques spéculent sur la possibilité de créer des biopolymères qui reproduiraient les composés présents dans la nature, mais dans une orientation opposée, à savoir des composés constitués de protéines D et de sucres L. Ces dernières années, des avancées prometteuses ont été réalisées, notamment à travers la mise au point d’enzymes capables de fabriquer des ARN miroirs et des ADN miroirs.

Diagramme de deux modèles moléculaires qui sont des images miroirs l’un de l’autre, comme les deux mains sur lesquelles ils sont superposés
La chiralité désigne le fait qu’un élément ne peut pas être superposé à son image miroir, comme c’est le cas pour vos mains.
NASA

Quand les scientifiques ont observé que ces molécules miroirs se comportaient exactement comme leurs équivalents naturels, ils ont estimé qu’il serait possible de créer une cellule vivante complète à partir de ces molécules. Les bactéries miroirs, en particulier, ont le potentiel pour constituer des outils de recherche fondamentale précieux, ce qui pourrait peut-être permettre aux scientifiques d’étudier pour la première fois un nouvel arbre de la vie et de résoudre de nombreux problèmes en bioingénierie et biomédecine.

Cette « vie miroir », comme on la surnomme – faite de cellules vivantes constituées d’éléments de base ayant une chiralité opposée à celle des éléments qui composent la vie naturelle –, pourrait avoir des propriétés très similaires à celles des cellules vivantes naturelles. Ces cellules miroirs pourraient vivre dans le même environnement, se disputer les ressources et se comporter comme n’importe quel organisme vivant. Elles seraient capables d’échapper aux infections d’autres prédateurs et aux systèmes immunitaires, car ces adversaires ne seraient pas en mesure de les reconnaître.

Ses caractéristiques justifient pourquoi des chercheurs et chercheuses comme moi ont été immédiatement attirés par la vie miroir. Mais ses qualités constituent également des défauts majeurs qui permettent d’appréhender les problèmes posés par cette technologie.

Je suis spécialiste de la biologie de synthèse, j’étudie les façons d’utiliser la chimie pour créer des cellules vivantes. Je suis également bioingénieure et je développe des outils pour la bioéconomie.

En qualité de chimiste de formation, la vie miroir m’est d’abord apparue comme un moyen fascinant de répondre à des questions fondamentales sur la biologie et d’appliquer concrètement ces découvertes à l’industrie et à la médecine. Cependant, à mesure que j’en apprenais davantage sur l’immunologie et sur l’écologie de la vie miroir, j’ai pris conscience des conséquences potentielles de cette technologie sur l’environnement et sur la santé.

De réelles inquiétudes fondées sur une hypothétique « vie miroir »

Il est important de noter que les chercheurs seront probablement, d’ici dix ans à trente ans, en mesure de créer des bactéries miroirs. À l’échelle d’un domaine en perpétuelle évolution, comme la biologie de synthèse, une décennie correspond à une très longue période. La création de cellules synthétiques est difficile en soi et la création de cellules miroirs nécessiterait plusieurs avancées techniques.

Cependant, cela comporterait un risque. Si des cellules miroirs étaient libérées dans l’environnement, elles seraient probablement capables de proliférer rapidement sans grande restriction. Les mécanismes naturels qui maintiennent l’équilibre des écosystèmes, notamment les infections et la prédation, ne fonctionneraient pas sur la vie miroir.

Les bactéries, comme la plupart des formes de vie, sont sensibles aux infections virales. Des virus bactériens, ou bactériophages, pénètrent dans les bactéries en se liant à leurs récepteurs de surface, puis utilisent leur machinerie cellulaire pour se répliquer.

Mais tout comme un gant gauche ne convient pas à une main droite, les bactériophages naturels ne reconnaîtraient pas les récepteurs cellulaires miroirs et ne pourraient pas utiliser leur mécanisme. La vie miroir serait probablement résistante aux virus.

Image microscopique de nombreuses boules géométriques fixées à une sphère translucide par de fins filaments
Les bactéries miroirs pourraient être capables d’échapper aux bactériophages censés contribuer à les maintenir sous contrôle. Ici, plusieurs bactériophages sont fixés à la paroi cellulaire d’une bactérie.
Professor Graham Beards/Wikimedia, CC BY-SA

Les microorganismes qui se nourrissent dans l’environnement contribuent également à maintenir les populations de bactéries sous contrôle. Ils distinguent les aliments des non aliments à l’aide de récepteurs chimiques « gustatifs ». Tout ce à quoi ces récepteurs se lient, comme les bactéries et les débris organiques, est considéré comme comestible.

À l’inverse, les éléments qui ne peuvent pas se lier à ces récepteurs, comme les roches, sont classés comme non comestibles. Pensez à un chien qui fouille le sol de la cuisine : il mangera un morceau de pain, mais se contentera de renifler une cuillère avant de passer à autre chose. Pour les prédateurs des bactéries, la vie en miroir ressemblerait davantage à une cuillère qu’à du pain : les prédateurs la « renifleraient » avec leurs récepteurs et passeraient à autre chose, car ces cellules ne peuvent pas se lier à eux.

La garantie d’être en sécurité contre le risque d’être mangées serait une excellente nouvelle pour les bactéries miroirs, car cela leur permettrait de se reproduire librement. Ce serait une bien moins bonne nouvelle pour le reste de l’écosystème, car les bactéries miroirs pourraient accaparer tous les nutriments et se propager de manière incontrôlable.

Même si les bactéries miroirs n’attaquaient pas activement les autres organismes, elles consommeraient tout de même les sources de nourriture dont les autres organismes ont besoin. Et comme les cellules miroirs auraient un taux de mortalité beaucoup plus faible que les organismes normaux en raison de l’absence de prédation, elles prendraient lentement, mais sûrement, le contrôle de l’environnement.

Même si les cellules miroirs se développaient plus lentement que les cellules normales, elles seraient capables de se développer sans que rien ne les arrête.

Une immunité insuffisante

Un autre mécanisme de contrôle biologique qui ne serait pas capable de « détecter » les cellules miroirs est le système immunitaire.

Vos cellules immunitaires vérifient constamment tout ce qu’elles trouvent dans votre sang. L’arbre décisionnel d’une cellule immunitaire est assez simple. Tout d’abord, il détermine si quelque chose est vivant ou non, puis il le compare à la base de données du « soi » – vos propres cellules. Si cet élément est vivant mais ne fait pas partie de vous, il doit être détruit. Les cellules miroirs ne passeraient probablement pas la première étape de ce filtrage : elles ne provoqueraient pas de réponse immunitaire, car le système immunitaire ne serait pas capable de reconnaître ou de se lier aux antigènes des cellules miroirs. Cela signifie que les cellules miroirs pourraient infecter une large variété d’hôtes, une situation sans précédent.

Vous pensez certainement qu’une infection causée par des bactéries miroirs pourrait être traitée avec des antibiotiques de même nature. Cela fonctionnerait probablement, et ce serait même moins agressif pour votre intestin qu’un traitement antibiotique classique. En effet, comme les antibiotiques présentent également une polarité, les versions miroirs de ces médicaments n’auraient aucun effet sur votre microbiome intestinal, tout comme les antibiotiques classiques n’ont aucun effet sur les cellules miroirs.

Mais les humains ne représentent qu’une petite partie de l’écosystème. Tous les autres animaux et plantes peuvent également être sensibles à une infection par des pathogènes miroirs. S’il est possible d’imaginer que l’on puisse développer des antibiotiques miroirs pour traiter les infections humaines, il est physiquement impossible de traiter l’ensemble du monde végétal et animal.

Si tous les organismes sont sensibles à une infection, même lente, par des bactéries miroirs, il n’existe aucun traitement efficace qui puisse être déployé à l’échelle de l’ensemble de l’écosystème.

Mieux vaut prévenir que guérir

La vie miroir est un sujet de recherche passionnant et un outil potentiellement efficace pour des applications pratiques en médecine et en biotechnologie. Mais pour de nombreux scientifiques, dont je fais partie, aucun de ces avantages ne compense les graves conséquences que la vie miroir peut avoir sur la santé humaine et sur l’environnement.

Avec un groupe de chercheurs en immunologie, en écologie, en biosécurité et en sécurité, dont certains ont déjà travaillé activement sur la vie miroir, nous avons mené une analyse approfondie des motifs d’inquiétudes possibles concernant la création de la vie miroir. Quelle que soit la manière dont la question était examinée, de front ou à travers le miroir, nos conclusions étaient claires : les avantages potentiels de la création de la vie miroir ne valent pas les risques encourus.

« La vie en miroir est scientifiquement séduisante, mais éthiquement peu pertinente », CBC News.

Il n’existe aucun moyen de rendre quoi que ce soit totalement infaillible, y compris les dispositifs de sécurité intégrés à une cellule miroir, censés prévenir le risque de rejet accidentel ou délibéré dans l’environnement. Les chercheurs travaillant dans ce domaine, dont nous-mêmes, pouvons trouver cela décevant. Mais ne pas fabriquer de cellules miroirs peut garantir la sécurité et la sûreté de la planète. Une discussion plus approfondie au sein de la communauté scientifique mondiale, afin d’identifier les types de recherches sur les biomolécules miroirs et les technologies connexes les plus sûres, et réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour réglementer ces recherches, peut contribuer à prévenir les dangers potentiels.

Conserver les cellules miroirs à l’intérieur du miroir, plutôt que de les rendre physiquement réelles, est le moyen le plus sûr de garantir la sécurité.

The Conversation

Kate Adamala ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les bactéries miroirs pourraient conquérir la vie sur Terre : et si ce fantasme de scientifiques devenait une dangereuse réalité – https://theconversation.com/les-bacteries-miroirs-pourraient-conquerir-la-vie-sur-terre-et-si-ce-fantasme-de-scientifiques-devenait-une-dangereuse-realite-257145

Budget Bayrou : voter la confiance, puis l’amender peut être une bonne option

Source: The Conversation – France in French (3) – By François Langot, Professeur d’économie, Directeur adjoint de l’i-MIP (PSE-CEPREMAP), Le Mans Université

Lundi 1er septembre, le premier ministre, François Bayrou, débute des consultations avec les principaux leaders politiques à propos de son projet de budget pour 2026. Un autre budget est-il possible ? Peut-on à la fois réduire l’endettement, sans casser la croissance, tout en réduisant les inégalités ?


Cette année, l’État français versera 68 milliards d’intérêts aux marchés financiers. Au-delà de cette dépense contrainte, il déboursera 91 milliards d’euros de plus que ses recettes : le total de ses dépenses hors charges d’intérêts sera de 1 627 milliards d’euros, alors qu’il ne percevra « que » 1 535 milliards de recettes. Ce sont donc 159 milliards d’euros (91+68) qu’il faudra « trouver » en 2025, puis 170 milliards d’euros en 2026, si rien ne change dans la gestion des finances publiques.

Une gestion de la dette plus difficile

Pour s’opposer aux changements proposés par le gouvernement Bayrou, certains affirment que le niveau de la dette publique n’est pas un problème. Ils ont raison, mais uniquement dans un contexte particulier : si l’augmentation de la richesse créée en France chaque année à l’avenir est suffisante pour compenser les intérêts payés chaque année. Les prévisions pour 2025 indiquent que le taux d’intérêt sur la dette sera de 2,2 %, alors que la croissance ne sera que de 2 %. Il y aura donc un besoin de financement d’environ 7 milliards d’euros en 2025.

Même si les dépenses de l’État hors charges d’intérêts étaient égales à ses recettes, le surplus de revenus créés en 2025 serait inférieur de 7 milliards d’euros aux intérêts à couvrir sur la dette publique. Cela augmentera mécaniquement le ratio dette/PIB (la dette, augmentée de ses intérêts, croissant plus vite que le PIB). Pour 2026, la hausse des taux d’intérêt et le contexte international morose ne laissent pas envisager une croissance économique supérieure au taux d’intérêt, permettant de stabiliser la dette, même si les dépenses hors charges d’intérêts étaient égales aux recettes publiques.

Ainsi, le contexte conjoncturel (faible croissance et hausse des taux d’intérêt) doit conduire à s’inquiéter du niveau de la dette : plus il est élevé, plus un taux d’intérêt élevé par rapport au taux de croissance créera de nouveaux besoins de financement, faisant alors exploser la dette. Cette hausse de la charge d’intérêts a évidemment des conséquences immédiates : à niveau de recettes égales, les euros qui y sont consacrés ne peuvent servir à financer l’école, la santé, la sécurité ou les transferts aux ménages.




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Ne pas voter la confiance, si celle-ci porte sur l’état des finances publiques et le montant d’efforts budgétaires à fournir pour contenir la hausse de la dette, ne semble donc pas fondée économiquement. Toutefois, les pistes avancées par le premier ministre le 15 juillet dernier pourraient être amendées, notamment pour conjuguer la réduction de la dette et la préservation de la croissance économique. Cette dernière est d’autant plus nécessaire qu’elle peut contribuer à la réduction du poids la dette.

Un budget pour la croissance qui réduit les inégalités

Tout en réduisant l’écart entre les dépenses hors charges d’intérêts et les recettes publiques, afin de ne pas accroître comptablement l’endettement, ces amendements doivent alors poursuivre un double objectif :

  • soutenir la croissance, car elle facilite la gestion des finances publiques en finançant la charge des intérêts

  • et contenir les inégalités économiques pour que les mesures prises soient majoritaires approuvées dans l’opinion.

Ces mesures budgétaires doivent être calibrées afin qu’elles réduisent graduellement le déficit, d’au moins 40 milliards d’euros en 2026, puis d’une séquence à déterminer pour que le déficit soit ramené à 3 % du PIB en 2029 conformément aux engagements européens de la France). Pour que ces mesures soient efficaces, elles doivent cibler les baisses de dépenses et les hausses de recettes qui réduisent le moins la croissance et n’augmentent pas les inégalités.

Réduire les dépenses plutôt qu’augmenter les prélèvements

Les évaluations faites par le Cepremap et l’i-MIP des deux derniers budgets proposés par les gouvernements Barnier et Bayrou (voir les notes du Cepremap et de l’i-MIP), ont montré que deux types de mesures réduisent fortement la croissance : d’une part, les coupes dans les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités, et d’autre part, les hausses de prélèvements, ces derniers réduisant peu le déficit du faut des réductions d’assiette qu’ils provoquent.

En revanche, les réductions des transferts indexés sur les revenus du travail (retraites et allocations chômage) permettent à la fois de réduire le déficit et de soutenir la croissance. En effet, ces économies affecteront les seniors qui peuvent, pour les compenser, puiser dans leur épargne s’ils sont retraités ou travailler plus longtemps s’ils sont encore actifs.

Ces mesures permettront à la fois de soutenir la demande par la remise en circulation de l’excès d’épargne accumulée depuis la crise du Covid – principalement par les plus de 60 ans, selon l’Insee (2025) – et d’accroître le taux d’emploi, encore trop faible en France, deux leviers fondamentaux de la croissance. Afin de ne pas creuser les inégalités, les transferts d’assistance, tels que le minimum vieillesse, peuvent être accrus, car tous les seniors ne disposent pas d’épargne ou d’opportunités pour prolonger leur activité.

Graphique 1 : Évolutions depuis 1995 des dépenses et des recettes de l’État (en pourcentage du PIB). Les écarts au début de chaque mandat présidentiel sont en point de pourcentage, comme l’écart minimal (vert) et l’écart maximal (en orange)


Fourni par l’auteur

Quelles dépenses cibler ? Corriger les déséquilibres passés

Respectant le cadrage budgétaire proposé par le gouvernement Bayrou, les amendements au budget doivent aussi corriger de certains déséquilibres passés. Les évolutions historiques des dépenses publiques et des recettes de l’État indiquent, contrairement aux analyses trop partielles, que les prélèvements sont encore au-dessus de leur niveau moyen de 0,4 point de pourcentage, alors que les dépenses sont encore à plus 3 points au-dessus de leur niveau moyen (entre 1995 et aujourd’hui, les recettes représentent 51 % du PIB et les dépenses 54 %, voir graphique 1). Courir après la hausse des dépenses en augmentant les prélèvements ne semble donc pas être une évidence aujourd’hui.

France 24 – 2025.

L’ouverture de négociations que le premier ministre propose doit alors permettre de mieux cibler les mesures réduisant les dépenses. Pour mener cette négociation, les mesures sélectionnées doivent, en premier lieu, soutenir la croissance et contenir les inégalités économiques en favorisant celles qui augmentent la consommation des ménages et le taux d’emploi, et en second lieu, tenir compte des évolutions passées, certains postes de dépenses ayant déjà connu des dérives tendancielles.

Le graphique 2 montre que si la baisse continue de la part des dépenses consacrées au fonctionnement de l’État peut se justifier (-4 points au total), celle consacrée à l’enseignement est plus surprenante (-1,5 point au total), contrastant, en particulier, avec la hausse continue de celle consacrée à la santé (+ 3,3 points au total). Si la perspective est de soutenir la croissance et de contenir les inégalités, il serait opportun d’arrêter de réduire le soutien aux affaires économiques observé pendant la présidence d’E. Macron – comme cela avait aussi le cas pendant celle de J. Chirac, alors qu’il avait fortement crû pendant celle de F. Hollande –, mais aussi parvenir à contenir la part des dépenses consacrées à la protection sociale, en hausse de 1,4 point de PIB depuis 1995. Le choix des postes où se feront les économies budgétaires ne peut donc pas être indépendant des relatifs efforts précédemment consentis et de leurs impacts sur la croissance.

Graphique 2 : Évolutions par mandat présidentiel des dépenses de l’État (en pourcentage du PIB) par postes


Lecture : pendant les présidences de J. Chirac, N. Sarkozy et F. Hollande, les dépenses de protection sociale ont augmenté de 1,2, 1 et 0,3 point de pourcentage respectivement (soit au total une hausse de 2,5 points) et baissé de 1,1 point pendant la présidence d’E. Macron.

The Conversation

François Langot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Budget Bayrou : voter la confiance, puis l’amender peut être une bonne option – https://theconversation.com/budget-bayrou-voter-la-confiance-puis-lamender-peut-etre-une-bonne-option-264166

AI has a hidden water cost − here’s how to calculate yours

Source: The Conversation – USA (2) – By Leo S. Lo, Dean of Libraries; Advisor to the Provost for AI Literacy; Professor of Education, University of Virginia

How many AI queries does it take to use up a regular plastic water bottle’s worth of water? kieferpix/iStock/Getty Images Plus

Artificial intelligence systems are thirsty, consuming as much as 500 milliliters of water – a single-serving water bottle – for each short conversation a user has with the GPT-3 version of OpenAI’s ChatGPT system. They use roughly the same amount of water to draft a 100-word email message.

That figure includes the water used to cool the data center’s servers and the water consumed at the power plants generating the electricity to run them.

But the study that calculated those estimates also pointed out that AI systems’ water usage can vary widely, depending on where and when the computer answering the query is running.

To me, as an academic librarian and professor of education, understanding AI is not just about knowing how to write prompts. It also involves understanding the infrastructure, the trade-offs, and the civic choices that surround AI.

Many people assume AI is inherently harmful, especially given headlines calling out its vast energy and water footprint. Those effects are real, but they’re only part of the story.

When people move from seeing AI as simply a resource drain to understanding its actual footprint, where the effects come from, how they vary, and what can be done to reduce them, they are far better equipped to make choices that balance innovation with sustainability.

2 hidden streams

Behind every AI query are two streams of water use.

The first is on-site cooling of servers that generate enormous amounts of heat. This often uses evaporative cooling towers – giant misters that spray water over hot pipes or open basins. The evaporation carries away heat, but that water is removed from the local water supply, such as a river, a reservoir or an aquifer. Other cooling systems may use less water but more electricity.

The second stream is used by the power plants generating the electricity to power the data center. Coal, gas and nuclear plants use large volumes of water for steam cycles and cooling.

Hydropower also uses up significant amounts of water, which evaporates from reservoirs. Concentrated solar plants, which run more like traditional steam power stations, can be water-intensive if they rely on wet cooling.

By contrast, wind turbines and solar panels use almost no water once built, aside from occasional cleaning.

Large concrete towers emit vapor into the atmosphere.
Cooling towers, like these at a power plant in Florida, use water evaporation to lower the temperature of equipment.
Paul Hennessy/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Climate and timing matter

Water use shifts dramatically with location. A data center in cool, humid Ireland can often rely on outside air or chillers and run for months with minimal water use. By contrast, a data center in Arizona in July may depend heavily on evaporative cooling. Hot, dry air makes that method highly effective, but it also consumes large volumes of water, since evaporation is the mechanism that removes heat.

Timing matters too. A University of Massachusetts Amherst study found that a data center might use only half as much water in winter as in summer. And at midday during a heat wave, cooling systems work overtime. At night, demand is lower.

Newer approaches offer promising alternatives. For instance, immersion cooling submerges servers in fluids that don’t conduct electricity, such as synthetic oils, reducing water evaporation almost entirely.

And a new design from Microsoft claims to use zero water for cooling, by circulating a special liquid through sealed pipes directly across computer chips. The liquid absorbs heat and then releases it through a closed-loop system without needing any evaporation. The data centers would still use some potable water for restrooms and other staff facilities, but cooling itself would no longer draw from local water supplies.

These solutions are not yet mainstream, however, mainly because of cost, maintenance complexity and the difficulty of converting existing data centers to new systems. Most operators rely on evaporative systems.

A simple skill you can use

The type of AI model being queried matters, too. That’s because of the different levels of complexity and the hardware and amount of processor power they require. Some models may use far more resources than others. For example, one study found that certain models can consume over 70 times more energy and water than ultra‑efficient ones.

You can estimate AI’s water footprint yourself in just three steps, with no advanced math required.

Step 1 – Look for credible research or official disclosures. Independent analyses estimate that a medium-length GPT-5 response, which is about 150 to 200 words of output, or roughly 200 to 300 tokens, uses about 19.3 watt-hours. A response of similar length from GPT-4o uses about 1.75 watt-hours.

Step 2 – Use a practical estimate for the amount of water per unit of electricity, combining the usage for cooling and for power.

Independent researchers and industry reports suggest that a reasonable range today is about 1.3 to 2.0 milliliters per watt-hour. The lower end reflects efficient facilities that use modern cooling and cleaner grids. The higher end represents more typical sites.

Step 3 – Now it’s time to put the pieces together. Take the energy number you found in Step 1 and multiply it by the water factor from Step 2. That gives you the water footprint of a single AI response.

Here’s the one-line formula you’ll need:

Energy per prompt (watt-hours) × Water factor (milliliters per watt-hour) = Water per prompt (in milliliters)

For a medium-length query to GPT-5, that calculation should use the figures of 19.3 watt-hours and 2 milliliters per watt-hour. 19.3 x 2 = 39 milliliters of water per response.

For a medium-length query to GPT-4o, the calculation is 1.75 watt-hours x 2 milliliters per watt-hour = 3.5 milliliters of water per response.

If you assume the data centers are more efficient, and use 1.3 milliliters per watt-hour, the numbers drop: about 25 milliliters for GPT-5 and 2.3 milliliters for GPT-4o.

A recent Google technical report said a median text prompt to its Gemini system uses just 0.24 watt-hours of electricity and about 0.26 milliliters of water – roughly the volume of five drops. However, the report does not say how long that prompt is, so it can’t be compared directly with GPT water usage.

Those different estimates – ranging from 0.26 milliliters to 39 milliliters – demonstrate how much the effects of efficiency, AI model and power-generation infrastructure all matter.

Comparisons can add context

To truly understand how much water these queries use, it can be helpful to compare them to other familiar water uses.

When multiplied by millions, AI queries’ water use adds up. OpenAI reports about 2.5 billion prompts per day. That figure includes queries to its GPT-4o, GPT-4 Turbo, GPT-3.5 and GPT-5 systems, with no public breakdown of how many queries are issued to each particular model.

Using independent estimates and Google’s official reporting gives a sense of the possible range:

  • All Google Gemini median prompts: about 650,000 liters per day.
  • All GPT 4o medium prompts: about 8.8 million liters per day.
  • All GPT 5 medium prompts: about 97.5 million liters per day.
A small black spigot spews a stream of water over a green grass lawn.
Americans use lots of water to keep gardens and lawns looking fresh.
James Carbone/Newsday RM via Getty Images

For comparison, Americans use about 34 billion liters per day watering residential lawns and gardens. One liter is about one-quarter of a gallon.

Generative AI does use water, but – at least for now – its daily totals are small compared with other common uses such as lawns, showers and laundry.

But its water demand is not fixed. Google’s disclosure shows what is possible when systems are optimized, with specialized chips, efficient cooling and smart workload management. Recycling water and locating data centers in cooler, wetter regions can help, too.

Transparency matters, as well: When companies release their data, the public, policymakers and researchers can see what is achievable and compare providers fairly.

The Conversation

Leo S. Lo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. AI has a hidden water cost − here’s how to calculate yours – https://theconversation.com/ai-has-a-hidden-water-cost-heres-how-to-calculate-yours-263252

Lifetime trends in happiness change as misery peaks among the young – new research

Source: The Conversation – UK – By Alex Bryson, Professor of Quantitative Social Science, UCL

Tero Vesalainen/Shutterstock

For years now, research studies across the world looking at happiness across our lifetimes have found a U-shape: happiness falls from a high point in youth, and then rises again after middle age. This has been mirrored in studies on unhappiness, which show a peak in middle age and a decline thereafter.

Our new research on ill-being, based on data from 44 countries including the US and UK, shows this established pattern has changed. We now see a peak of unhappiness among the young, which then declines with age. The change isn’t due to middle-aged and older people getting happier, but to a deterioration in young people’s mental health.

A closer look at data from the US shows this clearly. We used publicly available health data, which surveys more than 400,000 people each year, to identify the percentage of people in the US in despair between 1993 and 2024. Those we define as being in despair were the people who had answered that their mental health was not good every day in the 30 days preceding the survey.

Across most of the period, among both men and women, levels of despair were highest among the oldest age group (45-70) and higher for the middle-aged (25-44) than the young (18-24). However, the percentage of young people in despair has risen rapidly. It’s more than doubled for men, from 2.5% in 1993 to 6.6% in 2024, and almost trebled for women – from 3.2% to 9.3%.

Despair also rose markedly among the middle-aged, but less rapidly. It’s gone up from 4.2% to 8.5% for women and from 3.1% to 6.9% for men. The percentage of older men and women in despair rose only a little over the period.

As a result, by 2023-24 relative levels of despair across age groups were reversed for women. The youngest age group has the highest levels of despair, and the oldest age group the lowest. For men, the level of despair was similar for the youngest and middle-aged groups, and lowest for the oldest age group.

These trends have resulted in a very different relationship between age and ill-being over time in the US.

Between 2009 and 2018, despair is hump-shaped in age. However, the rapid rise in despair before the age of 45, and especially before the mid-20s, has fundamentally changed the lifecycle profile of despair. This means that the hump-shape is no longer apparent between 2019 and 2024.

Despair rose the most for the youngest group but also rose for those up to age 45; it remained unchanged for those aged over 45.

Our study found similar trends for Britain, based on analyses of despair in the UK Household Longitudinal Survey and anxiety in the Annual Population Survey. It also shows that the percentage in despair declines with age in another 42 countries between 2020 and 2025, based on analyses of data from the Global Minds Project.

Investigating causes

Research into the reasons for these changes is underway but remains inconclusive. The growth in despair predates the COVID pandemic by a number of years, although COVID may have contributed to an increasing rate of deterioration in young people’s mental health.

There is a growing body of evidence that identifies a link between the rise in ill-being of the young and heavy use of the internet and smartphones. Some research suggests that smartphone use is indeed a cause of worsening youth mental health. Research that limited access to smartphones found significant improvements in adults’ self-reported wellbeing.

However, even if screen time is a contributory factor, it is unlikely to be the sole or even the chief reason for the rising despair among the young. Our very recent research, which has not yet been peer-reviewed, points to a reduction in the power of paid work to protect young people from poor mental health. While young people in paid work tend to have better mental health than those who are unemployed or unable to work, the gap has been closing recently as despair among young workers rises.

Although the causes of the changes we describe have yet to be fully understood, it would be prudent for policymakers to place the issue of rising despair among young people at the heart of any wellbeing strategy.

The Conversation

Alex Bryson receives funding from the United Nations Development Program.

David Blanchflower received funding from the UN.

Xiaowei Xu receives funding from UKRI.

ref. Lifetime trends in happiness change as misery peaks among the young – new research – https://theconversation.com/lifetime-trends-in-happiness-change-as-misery-peaks-among-the-young-new-research-263665

Microplastics, pregnancy and the placenta: what we know and what we don’t

Source: The Conversation – UK – By Priya Bhide, Clinical Reader Women’s Health Research Unit, Centre for Public Health and Policy, Queen Mary University of London

alphaspirit.it/Shutterstock

During pregnancy, the placenta is the lifeline between mother and baby. It supplies the foetus with oxygen and nutrients, removes waste products and acts as a partial shield against harmful substances. But it is not an impenetrable barrier.

A 2023 systematic review found evidence that microplastics – tiny plastic particles less than five millimetres in size – may be able to cross from the mother’s bloodstream into the foetus. If confirmed, this could have serious consequences for development during pregnancy and for the long-term health of future generations.

Plastic waste does not simply disappear. Over time, sunlight, environmental conditions and mechanical wear break it down into smaller and smaller fragments: from large pieces known as macroplastics, to mesoplastics, to microplastics and eventually to nanoplastics: particles less than 100 nanometres across, small enough to be measured on the scale of molecules.

These particles come from the breakdown of everyday items: polyethylene from plastic bags and bottles, polypropylene from food containers and straws, polystyrene from takeaway cups and packaging, polyethylene terephthalate (PET) from drinks bottles, and polyvinyl chloride (PVC) from pipes, toys and clothing.

A 2025 review examining research in animals, lab-grown cells and human tissue samples found that both microplastics and nanoplastics can cross the placental barrier. Once inside, they may disrupt the delicate workings of the fetoplacental unit – the combined system of placenta and foetus – in several ways.

Studies suggest microplastics can block or interfere with the normal pathways cells use to communicate, trigger programmed cell death (apoptosis), and cause oxidative stress – a form of cellular damage that occurs when harmful oxygen-containing molecules build up faster than the body can neutralise them. Some plastics may also disrupt the endocrine system, which controls hormone release essential for growth and development.

How to limit your exposure to microplastics | BBC Global.

The ability to cross the placental barrier is especially concerning because this barrier normally acts as a highly selective filter, protecting the developing foetus from many harmful substances while allowing essential nutrients and oxygen through. If plastics bypass these defences, they could interfere with organ formation and long-term health during one of the most vulnerable stages of human development.

Exactly how these particles cross into the placenta is still not fully understood. Factors such as particle size, weight and surface charge – the tiny electrical charge carried by a particle – seem to play a role, as does the biological environment they move through.

Experiments using human placental models found that larger polystyrene particles (50–500 nanometres) did not damage placental cells and, in some cases, even seemed to improve their survival. By contrast, much smaller particles (20–40 nanometres) caused some cells to die and slowed the growth of others.

Animal studies show mixed results. In some experiments, most nanoplastics stayed in the placenta, with only a small amount reaching the foetus. In studies using human placentas in the lab, larger particles were usually trapped, while smaller ones could pass through in limited amounts.

Other research has found that nanoplastics can travel into foetal organs, including the brain, lungs, liver, kidneys and heart. Even when these organs looked normal under the microscope, researchers sometimes found smaller placentas and lower birth weights – changes that can affect a baby’s health.

Overall, this suggests that not all nanoplastics are dangerous, but certain sizes and types may pose real risks during pregnancy.

Critical window for microplastic harm

Foetal development is a finely tuned process, with cell growth, movement and death all tightly regulated. This makes it particularly vulnerable to environmental “insults” during critical windows of development. According to Barker’s foetal reprogramming theory, also known as the “developmental origins of health and disease” hypothesis, the conditions in the womb can “programme” how a baby’s organs, tissues and metabolism develop.

Harmful exposures during pregnancy, such as poor nutrition, toxins, stress, or pollutants like microplastics, can permanently alter the way organs form and function. These changes might not cause illness immediately, but they can increase the risk of chronic conditions such as diabetes, high blood pressure and heart disease later in life.

For example, if the placenta is damaged or nutrient supply is restricted, the foetus may adapt by prioritising blood flow to the brain at the expense of other organs. While this can help survival in the short term, it may result in smaller kidneys, altered metabolism or changes in blood vessel structure, all of which carry long-term health consequences.

Mothers are unknowingly passing on microplastics to unborn babies, doctors warn | 7NEWS.

Microplastics consumed through food or water may also disrupt the gut’s delicate balance of microbes, damage the intestinal lining, interfere with nutrient absorption and change how fats and proteins are processed.

Laboratory experiments show that polystyrene nanoparticles can enter embryos, accumulate in multiple organs and cause effects such as a slowed heart rate and reduced activity, even at very low doses. When inhaled by the mother, these particles can travel to the placenta and on to the foetal brain and heart.

There is also concern about potential effects on the developing brain. Some studies indicate that microplastics can build up in regions vital for learning, memory and behaviour, including the cerebellum, hippocampus and prefrontal cortex. Once there, they can cause oxidative damage, change the levels of neurotransmitters (the brain’s chemical messengers) and switch off certain genes needed for healthy brain development.




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In animals, prenatal exposure to microplastics has been linked to anxiety-like behaviour, impaired learning, abnormal patterns of nerve cell growth, thinner brain tissue and disrupted connections between neurons.

Gaps in knowledge

Despite these worrying signs, there is still much we do not know. Research in this area is hampered by the fact that most studies are done in animals or in controlled laboratory settings, with little direct evidence from pregnant women.

We still do not fully understand how microplastics travel through the body, how much can accumulate in the placenta and foetus, or how easily they can be cleared.

What is clear is that further research is urgently needed. Understanding whether microplastics pose a genuine threat to reproductive health and foetal development could help shape policies on plastic production, consumption and disposal — and inform the advice given to women during pregnancy.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Microplastics, pregnancy and the placenta: what we know and what we don’t – https://theconversation.com/microplastics-pregnancy-and-the-placenta-what-we-know-and-what-we-dont-262820

Yaba’s grip: how cheap methamphetamine is fuelling Thailand’s addiction crisis

Source: The Conversation – UK – By Joseph Janes, Senior Lecturer in Criminology, Swansea University

Yaba, a cheap and potent methamphetamine-caffeine pill often dubbed “crazy medicine”, has become one of Thailand’s most pressing public health crises. Easy to produce and widely available, yaba is used by everyone from factory workers seeking stamina to partygoers chasing a high.

With its low price, intense effects and highly addictive nature, yaba is one of the most commonly abused stimulants in southeast Asia – and its spread shows no sign of slowing. Yaba’s rapid rise over the past 30 years as a street drug marks a troubling evolution.

Originally introduced to east Asia during the second world war to enhance soldiers’ endurance, methamphetamine has become known as “nazi speed” in some circles. And what began as a wartime stimulant is now at the heart of a regional addiction crisis.

A typical yaba pill contains around 30% methamphetamine. When mixed with caffeine it acts as a powerful central nervous system stimulant. The drug delivers a quick and intense burst of energy, euphoria and heightened alertness, often accompanied by reduced appetite.

Users often crush and smoke the pills, though some swallow them whole. The high lasts for hours, followed by a comedown marked by exhaustion, insomnia and paranoia.

Despite its dangers, yaba is alarmingly accessible. In some areas, a single pill costs as little as 10p, making it available to the region’s poorest and most vulnerable. Yaba is now the most widely abused form of methamphetamine in Thailand and its neighbouring countries, including Laos, Cambodia and Vietnam. Its use is particularly prevalent among young people, and its popularity is rapidly growing.

A Sky News report on yaba, August 2025.

The golden triangle and the yaba boom

The golden triangle, where Myanmar, Thailand and Laos meet, has long been notorious for its role in the global opium trade. But today, it’s at the heart of Asia’s methamphetamine crisis.

According to the UN, the production and trafficking of synthetic drugs in the region have grown exponentially, with methamphetamine seizures in 2024 hitting a record 236 tonnes, a 24% increase.

Much of this production is centred in Myanmar’s Shan State, where ongoing conflict has created the ideal conditions for industrial-scale drug operations. Armed groups, often relying on drug profits to fund their military activities, operate in regions beyond government control. These lawless areas, combined with relative stability in others, have allowed for the large-scale manufacturing of yaba and other methamphetamines.

Thailand continues to serve as both a primary transit route and an end market for yaba. In 2024, Thai authorities seized over 139 million yaba pills. But despite record-breaking seizures, the actual volume of yaba reaching the streets is believed to be far higher, highlighting the limitations of enforcement efforts alone.




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While Thailand leads the region in drug seizures, efforts are outpaced by the scale of the trade. Smugglers, often armed, transport hundreds of thousands of pills at a time, exploiting porous borders – particularly between Thailand and Myanmar. Thai authorities find themselves in a constant game of whack-a-mole. When they shut down one trafficking route another quickly emerges.

Meanwhile, trafficking routes are diversifying. New land corridors now link Myanmar with Cambodia through Laos, while maritime networks are expanding across Malaysia, Indonesia and the Philippines. These changes have turned a local problem into a transnational crisis.

A Vice documentary, The Meth Warlords of the Golden Triangle.

Thailand’s response to the yaba crisis has been a mix of hardline enforcement and hesitant reform, with mixed results. A controversial policy has allowed possession of up to five yaba tablets, distinguishing users from traffickers.

A government-backed proposal to cut this to one tablet has been approved in principle and is awaiting enactment. So, the five-pill rule is still in force. Though a step toward decriminalisation, it’s a policy which has failed to offer a coherent strategy for treating addiction.

Indeed, investment in drug treatment and harm reduction has been sluggish. Formal rehabilitation services remain scarce and unevenly distributed. Without accessible, evidence-based support, many users end up cycling between incarceration and relapse.

In the absence of government-led solutions, some communities have turned to grassroots alternatives. Across Thailand, Buddhist monasteries have become unlikely centres of detox, blending ritual with rudimentary treatments.

These detox programmes often involve communal steam baths followed by the ingestion of a secret herbal concoction that is said to purge toxins through vomiting. Though lacking clinical oversight, they offer discipline and belonging for those with nowhere else to turn.

Lessons

Yaba’s rapid spread is not just Thailand’s problem but a symptom of a broader, global failure. Conflict-driven economies, porous borders and the worldwide demand for cheap synthetic drugs have created the perfect conditions for yaba to thrive. When chemicals are easily sourced, production is decentralised and law enforcement is overwhelmed, illicit drug markets grow faster than they can be contained.

Thailand’s experience highlights the shortcomings of the decades-long “war on drugs”. Despite record seizures and intensified enforcement efforts, the yaba trade continues to expand. It’s cheaper, faster and more deadly than before. Criminal networks adapt faster than authorities can act, while users are often criminalised rather than supported.

What’s needed now is not more punishment, but a serious, coordinated effort that includes public health infrastructure and evidence-based harm reduction strategies.

Buddhist monasteries should not have to serve as a stand-in for state-funded addiction treatment. The resurgence of the golden triangle as a global synthetic drug hub is a warning that the world cannot afford to ignore.

The Conversation

Joseph Janes does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Yaba’s grip: how cheap methamphetamine is fuelling Thailand’s addiction crisis – https://theconversation.com/yabas-grip-how-cheap-methamphetamine-is-fuelling-thailands-addiction-crisis-262765

Democrats dig in with a new type of campaign against Trump

Source: The Conversation – UK – By Dafydd Townley, Teaching Fellow in US politics and international security, University of Portsmouth

Over the past few months, the governor of California, Gavin Newsom, has increasingly become a focal point for the Democratic party’s resistance to the US president, Donald Trump.

And a poll taken in August 2025 gave Newsom a bump in support from Democrats and Democratic-leaning independents, going from 11% in June to 19% in August. He was the only potential 2028 Democratic presidential candidate who saw gains in the survey.

Touted by many as a potential replacement for the ailing Joe Biden as the 2024 Democrat presidential nominee, Newsom didn’t have a chance to stand as Biden passed the mantle directly to Kamala Harris.

But in the past few months the charismatic former mayor of San Francisco has been increasingly outspoken in his criticism of the Trump administration. On August 27 he said Americans needed to “wake up” to threats he said were posed by the current administration.

Part of Newsom’s approach has recently been to adopt the same mass communication methods as Trump has. This is not the highbrow intellectual route that Democrats have taken in the past. This is AI slop – the low-quality, mass-produced online content generated by artificial intelligence, designed to manipulate social media platform’s algorithms for greater exposure.

New social media style

Over the past few weeks, Newsom’s team has released numerous social media messages mimicking and mocking Donald Trump.

For instance, this month, Newsom’s staff posted a message on X featuring an AI-generated image of the governor wearing a crown on the cover of Time magazine, accompanied by the caption: “Long Live the King.” The following day, the same account reposted an AI-generated image of a muscular Newsom holding the American flag with the caption: “In Gavin We Trust.”

The approach seems to be popular. Newsom’s team also released parody-Trump merchandise with reports suggested that it raised US$100,000 (£73,900) online on its first day of release. And Newsom’s use of this AI-produced content may well be redefining how Democrats attack Republicans in the future.

Newsom made no excuses for taking such a route. When questioned by Fox LA about this new approach recently he said: “I’ve changed, the facts have changed; we (the Democrats) need to change.”

The California governor is not the only Democrat to stand up to Trump. While Democrats in Congress are hamstrung by the Republican majority in both the House and Senate, elected Democrat officials in state governments are working hard to limit Trump’s influence.

When Trump federalised the California National Guard to end public protests against the activities of the Immigration and Customs Enforcement agency (Ice), Newsom and California’s attorney-general, Rob Bonta, sued Trump, defense secretary Pete Hegseth, and the Department of Defense.

Newsom and Bonta argued that the president had exceeded his constitutional authority, as such action had been taken without the governor’s consent. Newsom defiantly declared that: “The president is not a king and is not above the law.”

An appeals court allowed Trump to retain control of the National Guard while the lawsuit continued. The federal trial opened in San Francisco on August 11, and a judgment had not been released as this article went live.

California governor Gavin Newsom has been testing out a new style of social media, and it’s getting noticed.

In Chicago

As well as ordering the Department of Defense to create specialist National Guard units to deal with civil unrest, Trump has also threatened to use troops in other Democrat-controlled cities such as Baltimore and New York, where he also claims that state governments are failing to deal with crime waves.

On August 26, in an eloquent but defiant speech, Illinois governor JB Pritzker warned Trump not to send troops to Chicago: “Mr President, do not come to Chicago. You are neither wanted here nor needed here,” Pritzker said.

Mirroring Newsom’s claims of executive overreach, Pritzker said that Trump’s determination to use troops to reduce crime figures in Democrat-controlled cities around the country was to “lay the groundwork to circumvent our democracy, militarise our cities and end elections”.

“If this were happening in any other country, we would have no trouble calling it what it is, a dangerous power grab,” Pritzker said.

Trump has used the National Guard as a law enforcement tool in Washington DC, another Democrat-controlled city, since the middle of August. The US president sent troops, complete with armoured vehicles, to the nation’s capital, where he claimed violent crime was out of control. While the troops were initially unarmed, in the past week officials have said that guard members have been authorised to carry either their M17 pistols or M4 rifles.

According to figures released by the Washington Metropolitan Police Department, violent offences were at their lowest level in 2024 in 30 years. The pattern appears to be continuing in 2025, with violent crime down 26% compared to this time last year and robberies falling by 28%. The Democrat mayor of Washington DC, Muriel Bowser, called Trump’s deployment of troops an “authoritarian push”.

It turns out the use of troops in Washington DC has not gone down that well with Americans. According to a Reuters/Ipsos poll during the last week in August, only 38% of Americans supported Trump’s actions, with 46% opposed.

After what had seemed to be a good start to the year for Trump, his job approval rating is fragile. With the midterms just over a year away, the Republicans need to keep one eye on the polls if they wish to retain their majorities in the House and Senate.

Whether Newsom’s pushback against the administration is the start of his campaign for 2028 is unclear, but it would do him no harm to establish himself as a national political figure, a portrayal with which he can build a campaign for 2028.

The Conversation

Dafydd Townley does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Democrats dig in with a new type of campaign against Trump – https://theconversation.com/democrats-dig-in-with-a-new-type-of-campaign-against-trump-263869