Maths au quotidien : pourquoi les entreprises dépensent-elles tant en publicité ?

Source: The Conversation – in French – By Antoine Prevet, Directeur exécutif Chaire etilab, Chercheur en économie, Mines Paris – PSL

La ville de New York envahie par les écrans publicitaires, aux États-Unis. Anthony Rosset, Unsplash, CC BY

Les entreprises dépensent en publicités des montants qui paraissent délirants. Pour comprendre leur raisonnement, petit passage par la théorie des jeux.

En 2024, les dépenses publicitaires mondiales sont estimées à plus de 1 000 milliards de dollars — soit l’équivalent d’un tiers du PIB français. En moyenne, les entreprises consacrent près de 10 % de leur chiffre d’affaires au marketing. Dans certains secteurs, comme les start-up ou les SaaS (Software as a Service), ce chiffre peut même grimper jusqu’à 20 %.

Pourquoi une telle frénésie publicitaire ? La réponse immédiate semble évidente : la publicité attire des clients. Mais cette explication est incomplète. En réalité, les entreprises investissent massivement dans la publicité… à cause de leurs concurrents.

La publicité comme jeu de stratégie

En effet, les dépenses publicitaires relèvent d’une situation d’interdépendance : les décisions d’une entreprise affectent non seulement ses propres ventes, mais aussi celles de ses concurrents. Ce type de relation est précisément ce que la théorie des jeux — un champ des mathématiques formalisé au XXe siècle notamment par John von Neumann, Oskar Morgenstern et John Nash — permet d’analyser.

La théorie des jeux étudie les situations où des agents rationnels, appelés des « joueurs » interagissent selon des règles précises, avec des choix stratégiques et des résultats qui dépendent des décisions de chacun.




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Imaginons deux entreprises concurrentes, A et B. Chacune gagne 10 millions d’euros en l’absence de publicité. Chacune peut choisir d’investir ou non dans une publicité qui coûte 2 millions d’euros. Voici les conséquences possibles :

  • Si les deux investissent, elles ne gagnent que 8 millions chacune (10 — 2).

  • Si une seule investit, elle capture 5 millions d’euros à l’autre entreprise, qui, elle, n’a pas fait de publicité : elle gagne donc 13 millions (10 — 2 + 5), tandis que l’autre ne gagne que 5 millions (10 — 5).

Les gains des entreprises A et B en fonction de leur stratégies publicitaires respectives.
Antoine Prévet, Fourni par l’auteur

Cet exemple constitue bien entendu une simplification schématique. Il repose notamment sur l’hypothèse que les entreprises ne peuvent pas conquérir de nouveaux clients par la publicité, ce qui est évidemment inexact. Cet exemple vise uniquement à exposer les conditions nécessaires à la mise en place du point d’intérêt du jeu.

Quelle est la meilleure stratégie pour chacune des entreprises ?

Le choix collectivement optimal serait de ne pas investir du tout : chaque entreprise gagnerait alors 10 millions. Pourtant, ce scénario ne se réalise jamais. C’est le célèbre « dilemme du prisonnier » : une tension entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif.

Quelle que soit la décision du concurrent, chaque entreprise a intérêt à investir dans la publicité. Si B investit, A gagne plus en investissant aussi (8 contre 5). Si B n’investit pas, A gagne encore plus en investissant (13 contre 10) : on dit que l’investissement publicitaire est une « stratégie dominante », c’est-à-dire la meilleure stratégie, quelle que soit la décision du partenaire de jeu.

Ce raisonnement est symétrique pour B. On aboutit ainsi à un équilibre dans lequel les deux entreprises investissent… pour un résultat inférieur à celui d’une coopération.

Il est important de noter que dans ce jeu, la publicité n’a, par hypothèse, pas de valeur intrinsèque. Sa valeur est relative : elle n’existe que par comparaison avec la stratégie du concurrent. Ce mécanisme explique pourquoi les montants investis en publicité peuvent sembler absurdes au premier abord, tout en étant en réalité une décision parfaitement rationnelle — et même optimale, dans un contexte concurrentiel ; même si la publicité ne permet pas d’acquérir de nouveaux clients.

Peut-on sortir de ce piège ?

Dans un cadre statique, sans intervention extérieure, la réponse est non. Même en autorisant les entreprises à se coordonner, chacune aurait trop à gagner en trichant… et l’équilibre coopératif serait donc instable. Par ailleurs, ces coordinations sont souvent illégales, les autorités de la concurrence interdisent, sauf exception, toute collusion entre concurrents.

Trois solutions sont néanmoins envisageables :

  1. Interdire la publicité. Une solution radicale serait d’interdire toute publicité. Cela mettrait fin au dilemme… mais au prix de priver les consommateurs d’une information utile pour leurs choix. La publicité joue en effet un rôle d’information et de différenciation.

  2. Encadrer légalement les engagements. Si les entreprises pouvaient légalement s’engager à limiter leurs dépenses publicitaires — et si un tiers (juge, autorité, etc.) pouvait faire respecter ces engagements — alors l’équilibre coopératif deviendrait atteignable. Autrement dit, les entreprises pourraient s’engager de manière crédible à ne pas investir dans la publicité. En cas de déviation, elles seraient sanctionnées par la loi. C’est l’intervention d’un tiers — ici, l’autorité publique — qui rend possible la contractualisation.




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  1. Répéter le jeu. Enfin, si l’interaction entre les entreprises se répète dans le temps, il devient possible d’instaurer une forme de coopération : tricher une fois, c’est risquer de perdre la confiance (et donc les profits) à long terme. C’est le principe de la « réciprocité conditionnelle », qui peut conduire à des stratégies coopératives stables dans le temps. Ce mécanisme est celui de la réputation, qui établit un lien entre les comportements présents et les gains futurs.

The Conversation

Antoine Prevet a reçu des financements des mècenes de l’etilab.

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Des lucioles aux stades de football : comment se propage l’information sociale dans les groupes

Source: The Conversation – in French – By Guy Théraulaz, Directeur de recherche au CNRS, Université Toulouse 1 Capitole

Pourquoi bâillons-nous quand quelqu’un bâille ? Comment des poissons au sein d’un banc coordonnent-ils leurs mouvements pour fuir un prédateur ? Comment une ola peut-elle se propager dans un stade, spectateur après spectateur ? Ces phénomènes, aussi quotidiens qu’énigmatiques, sont les manifestations visibles d’un mécanisme profond : la propagation de l’information sociale.


Dans les sociétés animales comme dans les foules humaines, la coordination des comportements individuels ne résulte pas d’ordres venus d’en haut, mais souvent de la capacité des individus à percevoir et à réagir à ce que font leurs voisins. Ces réactions en chaîne, parfois subtiles, donnent naissance à des comportements collectifs émergents, souvent d’une efficacité redoutable.

La contagion du bâillement illustre à merveille la capacité de certains comportements à se propager d’un individu à l’autre. Bien que d’apparence anodine, ce phénomène observé chez l’humain, les chimpanzés ou les lycaons – des chiens sauvages africains organisés en groupes très sociaux – est un formidable outil de coordination. Chez les lycaons (Lycaon pictus) les bâillements répétés précèdent souvent le départ en chasse. Plus il y a de bâillements, plus le groupe est susceptible de se mettre en mouvement. Chaque individu devient ainsi un maillon d’un mécanisme décisionnel distribué : pas besoin de leader, l’action émerge de l’imitation mutuelle.

Un lycaon en train de bailler
Chez les lycaons, les bâillements répétés précèdent souvent le départ en chasse.
Tambako The Jaguar/Flickr, CC BY

Cette logique s’étend à d’autres espèces. Les abeilles géantes d’Asie (Apis dorsata), en réponse à des attaques de frelons, déclenchent une onde visuelle et sonore spectaculaire en redressant leur abdomen en cadence. Ce comportement, appelé « scintillement », agit comme une alarme collective synchronisée qui fait fuir les prédateurs.

Chez l’homme, la ola dans les stades illustre une dynamique similaire. Un petit groupe de supporters se lève, bras tendus, incitant leurs voisins à faire de même. Le mouvement, s’il est lancé dans un état collectif d’excitabilité intermédiaire (lorsque les spectateurs sont ni trop calmes, ni trop agités), va se propager comme une onde à travers l’arène. Chaque spectateur agit comme une cellule d’un système excitable, passant d’un état inactif à actif, puis réfractaire (temporairement inactif), comme le font les cellules cardiaques ou nerveuses.

Synchronisation des comportements

Un cran au-dessus de la simple contagion, on trouve la synchronisation, où tous les individus d’un groupe s’alignent dans le temps. Les lucioles Photinus carolinus sont célèbres pour cela. Chaque mâle émet des éclairs lumineux pour attirer les femelles, mais lorsque la densité devient suffisante, ces flashes se synchronisent en bouffées collectives toutes les 12 secondes. Le mécanisme est simple : chaque luciole agit comme un oscillateur ajustant son rythme à celui des autres. Si elle perçoit un flash tôt dans son cycle, elle retarde le sien ; s’il est tard, elle l’avance.

Des lucioles dont l’émission de lumière est synchronisée dans le parc national des Great Smoky Mountains aux États-Unis/Babak Tafreshi.

C’est le même principe chez les applaudissements humains : au sortir d’un concert, les spectateurs finissent souvent par frapper des mains à l’unisson. Cela ne requiert ni chef d’orchestre ni consignes explicites. Les rythmes individuels s’alignent peu à peu, chaque personne agissant comme un métronome influencé par ses voisins. L’effet est d’autant plus fort que la fréquence des applaudissements diminue, facilitant la synchronisation.

Les dynamiques de propagation en mouvement

La propagation de l’information sociale devient plus complexe encore lorsque les groupes sont en déplacement. Chez les poissons ou les oiseaux, un changement de direction initié par un seul individu peut entraîner tout le groupe. Dans ce cas-là, il n’y a pas de notion de « leader ».

Starling murmuration 2020 #Geldermalsen.

Par exemple, chez le méné jaune (Notemigonus crysoleucas), une espèce de poissons d’eau douce originaire d’Amérique du Nord, un seul individu qui vire de bord peut déclencher une réaction en chaîne sans menace extérieure. Cette plasticité comportementale s’observe aussi chez les criquets pèlerins qui, même dans un environnement homogène, changent spontanément de sens de déplacement.

Des études fines que nous avons réalisées au Centre de Recherches sur la Cognition Animale à Toulouse, ont permis de caractériser ces interactions. Grâce à l’analyse de trajectoires de poissons filmés en laboratoire, on sait désormais que chaque individu ajuste sa direction en fonction d’un petit nombre de voisins proches. Il s’aligne plus avec ceux qu’il voit à l’avant ou sur les côtés, mais quasiment pas avec ceux qui sont derrière lui. Cette attention sélective allège la charge cognitive, tout en assurant une propagation rapide de l’information par effet domino.

Et si l’intensité de ces interactions sociales varie, c’est toute la forme du déplacement collectif qui change : dispersion, vortex circulaire (déplacements collectifs circulaires dans le lesquels ils nagent atour d’une zone centrale vide), banc polarisé (nage dans une même direction), ou nuée désorganisée. En modulant simplement l’attraction et l’alignement entre eux, les poissons peuvent adapter leurs comportements collectifs aux circonstances. Mieux encore, ils peuvent collectivement basculer dans un état critique où la moindre perturbation comme un brusque changement de luminosité ou un stress induit par la présence d’un prédateur suffit à déclencher une transformation rapide de tout le groupe. Cet état de « vigilance maximale » constitue une forme d’intelligence distribuée, prête à réagir avant même que tous n’aient perçu le danger.

La puissance des traces

L’information ne passe pas toujours par l’observation directe. Chez les insectes sociaux comme les fourmis ou les termites, elle se propage souvent à travers l’environnement via des traces laissées par les individus. C’est ce que le biologiste Pierre-Paul Grassé a appelé la stigmergie. Lorsque qu’une fourmi découvre une source de nourriture, elle dépose une piste de phéromones sur le sol en revenant au nid. D’autres fourmis suivent cette piste, renforcent la trace, et un trafic auto-renforcé se met en place.

Ce mécanisme simple permet des décisions collectives remarquables. Par exemple, face à deux sources de sucre de qualités différentes, les fourmis de l’espèce Lasius niger privilégient la plus riche, sans avoir besoin de la comparer explicitement. Le marquage chimique varie en fonction de la qualité perçue : plus le sucre est concentré, plus la piste est renforcée.

Mais ce système peut aussi piéger la colonie. Si une piste est bien établie vers une source médiocre, l’introduction ultérieure d’une meilleure source ne suffit pas à faire changer le groupe. La mémoire chimique collective devient un verrou comportemental. La même logique s’applique dans le choix du chemin le plus court entre un nid et une source ; les fourmis « choisissent » par renforcement différentiel, amplifiant l’option dont les signaux croissent le plus vite, en l’occurrence, le chemin le plus rapide à parcourir.

L’art de l’ajustement collectif

De la danse des lucioles aux pistes des fourmis, des bancs de poissons aux foules, la propagation de l’information sociale repose toujours sur le même principe fondamental. Chaque individu, avec ses perceptions limitées et ses règles simples, ajuste son comportement à celui des autres. De ces ajustements locaux émergent des décisions collectives, des formes de coordination, et parfois même des comportements intelligents sans chef ni plan préconçu. Ces mécanismes, longtemps réservés aux sciences naturelles, intéressent désormais les urbanistes, les concepteurs de systèmes interactifs, ou les spécialistes de l’intelligence artificielle. Car comprendre comment l’information sociale circule, se filtre, s’amplifie ou s’éteint dans un groupe, c’est aussi poser les bases d’une société plus réactive, plus juste et plus coopérative.


Cet article est proposé en partenariat avec le colloque « Les propagations, un nouveau paradigme pour les sciences sociales ? » (à Cerisy (Manche), du 25 juillet au 31 juillet 2025).

The Conversation

Guy Théraulaz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Notre penchant pour l’alcool trouverait son origine chez nos ancêtres il y a plus de 10 millions d’années

Source: The Conversation – in French – By Mickael Naassila, Professeur de physiologie, Directeur du Groupe de Recherche sur l’Alcool & les Pharmacodépendances GRAP – INSERM UMR 1247, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Avec les singes, nous partageons des ancêtres qui auraient consommé de l’alcool. Wirestock/Freepik, CC BY

L’addiction à l’alcool n’est pas qu’une question de société. C’est aussi une vieille histoire d’évolution, de fruits fermentés et de mutations génétiques.


Des fruits trop mûrs au sol, légèrement gonflés, un peu mous, odorants… et légèrement alcoolisés. Voilà ce que nos ancêtres de la lignée des hominoïdes, aujourd’hui représentée par les grands singes et l’humain, trouvaient souvent dans les forêts tropicales de l’Afrique. Et ce petit goût d’éthanol, ils l’adoraient.

Selon l’hypothèse du « Drunken Monkey » (singe ivre), formulée par Robert Dudley dès l’an 2000, la consommation d’éthanol chez les humains ne viendrait pas d’une dégénérescence culturelle moderne, mais bien d’une pression évolutive ancienne. Des millions d’années avant que l’homme n’invente l’agriculture et la fermentation, nos ancêtres frugivores auraient déjà été amateurs de fruits naturellement fermentés. Et le passage de la cime des arbres au sol avec le glanage de fruits tombés au sol aurait accéléré cette évolution.

Une mutation qui change tout

Une étude publiée en 2014 rapporte qu’il y a environ 10 millions d’années, une mutation dans l’enzyme ADH4 (alcool-déshydrogénase) a permis à nos ancêtres de métaboliser l’éthanol 40 fois plus efficacement. Cette adaptation est survenue précisément chez nos ancêtres de la lignée des hominoïdes (ancêtre commun des humains, chimpanzés et gorilles mais pas chez les orangs-outans).

Pourquoi ? Parce que ceux-ci vivaient dans les hauteurs des arbres, où les fruits ne fermentent pas autant qu’au sol. Les ancêtres des chimpanzés et gorilles, eux, descendaient volontiers glaner les fruits tombés, plus susceptibles d’avoir fermenté sous l’action naturelle des levures. Avoir accès à de nombreux fruits fermentés tout en étant capables de dégrader l’alcool devenait alors un avantage évolutif, cette mutation devenant ainsi un « gain de fonction » permettant de trouver plus facilement de la nourriture riche en calories.

De la même manière que la mutation de l’ADH permettait aux primates de s’adapter pour améliorer leur régime alimentaire, l’être humain s’est aussi adapté plus récemment avec des mutations de l’autre enzyme, l’ALDH, qui dégrade l’acétaldéhyde (produit de dégradation toxique induisant une réaction d’intolérance à l’alcool avec des rougeurs faciales (un « flush »), tachycardie, nausée) en acétate (non toxique). Cette réaction d’intolérance à l’alcool serait censée nous protéger de la consommation d’alcool, une molécule qui avec son métabolite tout aussi toxique peut causer des dégâts sévères pour notre santé.

L’éthanol comme carte au trésor olfactive

L’éthanol émis par les fruits fermentés ne se sent pas seulement de près. Il se diffuse à distance et servait probablement de signal olfactif aux primates pour localiser des ressources énergétiques riches en sucre.

L’éthanol est largement présent dans la nature, principalement par la fermentation des sucres des fruits par les levures. Une étude a rapporté les concentrations d’alcool de différents fruits pas encore tombés au sol mais dont certains étaient trop mûrs. La concentration varie selon les espèces et les environnements : des traces (0,02–0,9 %) ont été mesurées dans des fruits tempérés et subtropicaux comme le sorbier, le figuier sycomore ou le palmier dattier, tandis que dans les zones tropicales humides, particulièrement favorables à la fermentation, des teneurs beaucoup plus élevées (jusqu’à 10 % dans certains fruits de palmiers au Panama) ont été observées dans les fruits trop mûrs. Bien que la plupart des fruits présentent des niveaux faibles (<0,2 % en moyenne), leur consommation répétée peut représenter une source significative d’éthanol pour les animaux frugivores. Cette production naturelle d’alcool s’inscrit dans une relation complexe entre plantes, levures et animaux : les fruits offrent des sucres, les levures colonisent et fermentent, et les animaux attirés contribuent à disperser à la fois les graines et les spores de levures, suggérant une forme de « mutualisme écologique ».

De nombreuses anecdotes circulent sur des animaux « ivres » après avoir consommé des fruits fermentés… Éléphants et babouins en Afrique avec le marula, ou encore un élan en Suède coincé dans un arbre après avoir mangé des pommes fermentées. Toutefois, ces récits restent rarement validés scientifiquement : ni la teneur en éthanol des fruits, ni la présence d’alcool ou de ses métabolites chez les animaux n’ont été mesurées. On sait en revanche que certains mammifères, comme les singes verts introduits aux Caraïbes, n’hésitent pas à subtiliser et consommer les cocktails de fruits alcoolisés laissés sans surveillance par les touristes sur les plages de St Kitts.

Une étude rapporte que des chimpanzés de Bossou en Guinée utilisent des feuilles enroulées comme “éponges” pour boire de la sève de palme fermentée contenant jusqu’à 6 % d’éthanol.

Des chimpanzés filmés en train de partager des fruits alcoolisés en Guinée-Bissau/Africanews.

Et ce n’est pas de la picole en cachette : ils boivent en groupe, se passent les feuilles, presque comme un apéritif communautaire. De quoi revisiter nos idées sur l’alcool et le lien social. L’activité de glanage des fruits fermentés au sol et alcoolisée devient alors une motivation sociale, déjà ! Nous n’avons rien inventé.

De nos jours, l’alcool coule à flots, mais nos enzymes n’ont pas suivi

L’évolution nous a donné un foie capable de dégrader environ 7 g d’éthanol par heure. C’est peu face aux cocktails modernes. Autrefois, le volume d’éthanol ingéré était naturellement limité par ce que contenait… un estomac de singe rempli de fruits. Aujourd’hui, on peut boire des dizaines de grammes en quelques gorgées de boissons fortement alcoolisées. Un shot (un “baby”) de whisky ou de spiritueux à 40° et de seulement 3cl seulement contient 10g d’alcool !

Il n’est donc pas étonnant que nous devions faire face au problème de la consommation excessive d’alcool et de l’addiction à l’alcool qui ont de lourdes conséquences sur la santé et nos sociétés. On parle de « mismatch » et de « gueule de bois liée à l’évolution ». Les mutations de nos gènes codant ADH et ALDH n’ont pas encore permis à notre espèce de faire face aux conséquences néfastes de l’alcoolisation excessive.

Pour conclure, notre instinct de boire est ancien, mais les risques sont nouveaux.

Notre attrait pour l’alcool n’est pas une anomalie moderne. C’est un héritage évolutif, un bug de l’époque des forêts humides, où l’éthanol signifiait calories et survie. Mais dans un monde où les alcools sont concentrés, accessibles, omniprésents… ce qui était un avantage est devenu un facteur de risque pour notre santé et un enjeu de santé publique prioritaire.


Pour en savoir plus, le livre de Mickael Naassila « J’arrête de boire sans devenir chiant » aux éditions Solar.

The Conversation

Professeur des Universités, Directeur de l’unité INSERM UMR 1247 le Groupe de Recherche sur l’Alcool & les Pharmacodépendances (GRAP), Chercheur sur l’addiction à l’alcool depuis 1995. membre sénior à l’Institut Universitaire de France en 2025. Auteur de plus 140 articles scientifiques et des ouvrages “Alcool: plaisir ou souffrance” Le Muscadier et “J’arrête de boire sans devenir chiant”, SOLAR.
Président de la Société Française d’Alcoologie et d’Addictologie (SF2A), de la Société européenne de recherche biomédicale sur l’alcoolisme (ESBRA) et vice-président de la Société internationale de recherche biomédicale sur l’alcoolisme (ISBRA).

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Les Néandertaliens raffolaient déjà du pigeon, bien avant les grands chefs étoilés

Source: The Conversation – France in French (2) – By Thomas GARCIA-FERMET, Doctorant en Préhistoire et paléoenvironnements quaternaires, spécialité paléontologie des oiseaux, Université de Perpignan Via Domitia

Nous partageons une très longue histoire culinaire avec les pigeons. Thomas Garcia-Fermet, Fourni par l’auteur

Pour l’humanité du XXIe siècle, le pigeon peut apparaître comme le plus anodin, voire indésirable, des volatiles. Mais Homo sapiens est loin d’être la première espèce humaine à avoir croisé cet oiseau. Au cours du Pléistocène, pigeons et corvidés partagèrent les abris creusés dans les falaises avec Néandertal, qui les ajouta occasionnellement à son menu.


Nous sommes au Pléistocène supérieur (entre 129 000 et 11 700 ans avant le présent), à une époque où l’Europe est notamment peuplée par les Néandertaliens. Les terres du Vieux Continent sont arpentées par tout un cortège de grands mammifères emblématiques parmi lesquels mammouths, rhinocéros, chevaux, bisons, rennes, ours, lions ou hyènes. Si cette mégafaune popularisée à juste titre occupe une place de choix dans l’imaginaire du grand public, elle fait de l’ombre aux nombreux vertébrés de taille plus modeste qui vivent à ses côtés, tels que les lapins, les rongeurs, les amphibiens ou les oiseaux.

Depuis plusieurs centaines de millénaires déjà, pigeons et corvidés abondent dans les régions de l’Europe méditerranéenne, occupant les cavités creusées dans les vastes falaises calcaires. De récentes études démontrent que ces oiseaux ont parfois été consommés par leurs voisins néandertaliens.

L’exploitation des petits vertébrés au Paléolithique

Si la chasse aux moyens et grands mammifères par Néandertal est une idée établie depuis longtemps, l’intégration de petites proies agiles (lapins, oiseaux…) dans le régime alimentaire des hominines était alors associée au Paléolithique supérieur (approximativement 40 000 à 12 000 ans avant le présent) et à Homo sapiens, en réponse à une rapide croissance démographique et permise par le développement d’une technologie adéquate.

Par conséquent, les restes de petits vertébrés trouvés dans les niveaux d’occupation néandertaliens (Paléolithique moyen) furent les grands oubliés des études archéozoologiques. Notre regard a changé au cours des deux dernières décennies, lorsque de nouvelles études ont démontré la consommation de petits animaux – lapins, tortues, mollusques, oiseaux – par les Néandertaliens et qu’elles ont illustré toute la plasticité du régime alimentaire de ces derniers. L’exploitation des oiseaux, non systématique et dont la fréquence reste à préciser, semble couvrir une partie importante de l’aire de répartition géographique de Néandertal – de la péninsule Ibérique au Proche-Orient – et s’étendre sur une large période chronologique. Une étude parue en 2023 établit qu’elle s’étire jusqu’aux côtes méditerranéennes du sud de la France, où un remarquable gisement a livré des traces d’exploitation de plusieurs espèces par les Néandertaliens.

Le cas de la grotte de la Crouzade

La grotte de la Crouzade à Gruissan (Aude), vaste cavité creusée dans le massif calcaire de la Clape et située à environ 3 kilomètres de l’actuel rivage méditerranéen, est un site exceptionnel ayant enregistré plusieurs niveaux d’occupations néandertaliennes (Paléolithique moyen) et d’Homo sapiens (Paléolithique supérieur). Les humains préhistoriques ont fréquenté la cavité durant des périodes plus ou moins longues, en alternance avec d’autres animaux, comme les ours ou les hyènes.

Le remplissage sédimentaire de la grotte a livré des milliers d’ossements d’oiseaux, attribués principalement au pigeon biset (Columba livia), au chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) et au crave à bec rouge (P. pyrrhocorax). Il s’agit d’espèces grégaires, rupestres, dont les vastes colonies nichaient très probablement dans les cavités voisines de la grotte.

Exemples d’os d’oiseaux de la grotte de la Crouzade (Aude), portant des traces de prédation non humaine. Traces mécaniques (perforations et bords crénelés, A1 à A4) et traces de digestion (B1 à B5).
Thomas Garcia-Fermet, Fourni par l’auteur

L’analyse taphonomique (étude des processus qui interviennent entre la mort d’un organisme et la fouille) des restes aviens provenant des couches du Paléolithique moyen (déposées il y a environ 40 000 ans) prouve qu’une grande partie de ces oiseaux a été consommée par des rapaces comme le grand-duc d’Europe (Bubo bubo) et par des carnivores de taille moyenne (renard ou blaireau). En effet, de nombreux spécimens arborent des perforations, bords crénelés et traces de digestion.

Cuisson des carcasses et découpe à l’aide d’outils

En outre, l’examen microscopique des ossements d’oiseaux révèle des traces d’activités humaines bien plus rares (moins de 2 % de restes affectés). On recense, tout d’abord, des traces de chauffe localisées sur les extrémités articulaires des os ou sur les bords de fracture sous la forme de zones sombres contrastant avec la patine crème du reste du fossile. Elles attestent la cuisson de carcasses partielles préalablement désarticulées. À titre d’exemple, des traces de chauffe relevées sur une extrémité articulaire de l’os coracoïde ont permis de conclure à la cuisson d’une carcasse ou d’une portion de carcasse dont les ailes étaient détachées.

On observe ensuite des stries de découpe, qui indiquent que des outils lithiques (notamment en silex) ont été employés au moins occasionnellement par les Néandertaliens lors du traitement des carcasses. Enfin, quelques altérations observées sur les humérus pourraient correspondre à la désarticulation du coude par surextension forcée du membre antérieur, mais l’origine de ces marques demeure incertaine.

À la Crouzade, les traces anthropiques se concentrent sur les trois espèces les plus abondantes : le pigeon biset, le chocard et le crave. Les oiseaux étrangers aux grottes (canards, perdrix…) ne portent pas de modifications anthropiques et semblent avoir été introduits dans la cavité par d’autres prédateurs.

Relations oiseaux-Néandertaliens

Le cas de la Crouzade confirme que l’exploitation des oiseaux au Paléolithique moyen n’est pas une exception. Toutefois, il suggère que les oiseaux jouaient un rôle secondaire dans l’alimentation des Néandertaliens, complémentant l’apport en protéines assuré par les grands mammifères. Par ailleurs, il est possible que l’implication de Néandertal dans l’accumulation osseuse soit sous-estimée, car le traitement des carcasses de petits vertébrés ne laisse pas systématiquement de traces sur les os : les activités de boucherie peuvent s’effectuer à mains nues, sans l’aide d’outils.

Exemples d’os d’oiseaux (pigeon biset et chocard) de la grotte de la Crouzade (Aude) portant des traces d’exploitation anthropique. Traces de chauffe (encadrées en jaune) et stries de découpe.
Thomas Garcia-Fermet, Fourni par l’auteur

Cette étude montre que les Néandertaliens, à l’instar des autres prédateurs qui ont occupé sporadiquement le site, ont principalement exploité les ressources aviennes à l’échelle locale. Est-ce le fruit d’une sélection ? Dans ce cas précis, il est difficile de le démontrer : la concentration des traces anthropiques sur les pigeons et corvidés peut tout autant traduire une chasse opportuniste (voire un charognage) conditionnée en partie par l’abondance relative des proies dans le voisinage immédiat des humains préhistoriques. La littérature scientifique démontre, par ailleurs, que le spectre des oiseaux consommés peut varier d’un site à l’autre, allant du petit passereau au grand rapace, illustrant la capacité des Néandertaliens de tirer profit d’une grande diversité d’habitats et de ressources.

À la Crouzade, la localisation de certaines stries sur des éléments recouverts d’une chair relativement abondante atteste l’exploitation des oiseaux dans un but alimentaire. On a notamment pu observer des stries de décarnisation sur le fémur, mais aussi sur le sternum, témoignant de la récupération des muscles pectoraux (l’équivalent des « blancs de poulet »). Les stries situées sous l’extrémité articulaire de la scapula pourraient correspondre à la désarticulation de l’aile.

Quelques stries affectant les corvidés sont relevées sur des os peu charnus comme l’ulna ou le carpométacarpe. Leur emplacement est compatible avec les stries expérimentales produites par certains chercheurs lors du détachement des rémiges. Ces stries permettent d’émettre l’hypothèse que les corvidés n’ont pas seulement été exploités en tant que ressources alimentaires, mais également comme sources de matières premières.

La récupération des plumes à des fins culturelles est, d’ailleurs, signalée dans d’autres sites du Paléolithique moyen comme, [sur la péninsule Ibérique], les grottes de Gibraltar (Royaume-Uni). Préoccupations esthétiques, symboliques, utilitaires ? La fonction exacte de ces matériaux demeure mystérieuse. On sait que Néandertal a parfois collecté les serres de grands rapaces pour les convertir en parures. Une étude en cours suggère, d’ailleurs, que ce fut le cas dans un gisement audois voisin de celui de la Crouzade.

Loin de l’image de la brute préoccupée uniquement par une survie difficile, Néandertal s’affiche comme un redoutable prédateur, capable d’exploiter une grande diversité de biotopes, et également comme un être raffiné, habile, dont la créativité rivalise avec celle de son cousin et successeur, Homo sapiens.

The Conversation

Thomas GARCIA-FERMET ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Néandertaliens raffolaient déjà du pigeon, bien avant les grands chefs étoilés – https://theconversation.com/les-neandertaliens-raffolaient-deja-du-pigeon-bien-avant-les-grands-chefs-etoiles-263749

Du monde du silence au babillage des baleineaux, une plongée-conversation avec Olivier Adam

Source: The Conversation – in French – By Olivier Adam, Bioacousticien, Sorbonne Université

Olivier&nbsp;Adam est informaticien, spécialiste d’acoustique et de traitement du signal. Il suit les cétacés grâce à leurs vocalisations. Fourni par l’auteur

Olivier Adam, informaticien et professeur de traitement du signal à Sorbonne Université, a découvert les sons émis par les cétacés, lors d’une mission à Gibraltar, en 2003. C’était le début d’une passion au long cours. Il revient tout juste de Madagascar, où ses collègues et lui étudient les baleines à bosse. À cette occasion, il a raconté à Elsa Couderc, cheffe de rubrique Sciences et technologies à « The Conversation France », comment on apprend à mieux connaître ces animaux grâce aux surprenantes ondes sonores qu’ils émettent en permanence. Bienvenue dans un monde qui est tout sauf silencieux.


The Conversation : Vous êtes informaticien, à l’origine spécialiste d’acoustique et de traitement du signal. En entendant ces mots, on ne pense pas immédiatement à la vie sous-marine. Comment en êtes-vous venu à étudier les cétacés ?

Olivier Adam : Jusqu’en 2000, j’étudiais les pathologies du système auditif chez l’humain. On avait développé des outils informatiques permettant d’évaluer le fonctionnement de notre audition.

Puis, un jour, un collègue biologiste est revenu d’une conférence aux États-Unis, où les chercheurs avaient déjà commencé à collecter des sons de cétacés et à les analyser. Ce collègue, Christophe Guinet, voulait savoir à quelles profondeurs les cachalots descendaient au cours de leurs grandes plongées. Or, à l’époque, la seule manière de suivre ces animaux, c’était d’enregistrer leurs émissions sonores grâce à des hydrophones que l’on déployait en surface. Et il m’a demandé si je pouvais l’accompagner sur une mission : « On va faire des observations de cachalots en mai à Gibraltar, est-ce que tu veux venir ? » J’ai accepté. Là-bas, j’ai vu mon premier cachalot. Je l’ai enregistré et je ne m’en suis jamais remis. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Ça a été un réel tournant pour moi, d’un point de vue personnel et scientifique.

Une baleine à bosse à Madagascar.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur

T. C. : Qu’est-ce que vous avez entendu ?

O. A. : Ce sont des sons complètement improbables dans notre oreille humaine, très différents des sons qu’on entend dans notre vie quotidienne. C’est dingue, parce que c’est un tout autre monde, un monde sonore auquel on n’a pas accès d’habitude, qu’on ne connaît pas. Et il est tout sauf silencieux.

Cette première fois à Gibraltar, le cachalot est resté à la surface, immobile, en train de respirer intensément pendant cinq ou dix minutes, puis il fait un « canard » [l’animal lève la nageoire caudale pour débuter sa plongée] et, à partir de là, pour moi qui ne peux pas descendre physiquement à ces profondeurs abyssales, la seule façon de le suivre, c’était en l’écoutant (à l’époque, les balises n’existaient pas). Ce que j’ai fait, totalement immobile sur le bateau, mon casque audio vissé sur la tête, pendant les quarante-cinq minutes de son extraordinaire plongée. Puis il est remonté à la surface, et ce cycle a recommencé par une phase de respiration intense avant de repartir en plongée. Grâce aux enregistrements sonores, on pouvait reconstruire son activité, c’est-à-dire sa prospection de la masse d’eau devant lui à la recherche de nourriture, sa chasse dans la pénombre des profondeurs et les moments où il avait trouvé à manger. C’était saisissant et spectaculaire.

Les clics d’un cachalot.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur1,4 Mo (download)

Il faut bien comprendre qu’en écoutant ces cétacés, on entre complètement dans leur monde, dans leur intimité. C’est ça qui est dingue : dès qu’ils descendent à quelques mètres, ils disparaissent, et la seule façon de rester en contact, c’est grâce à l’acoustique. On arrive à les accompagner et à les suivre, sans même avoir à plonger avec eux !

T. C. : Que pouvez-vous déduire des sons que vous enregistrez ?

O. A. : La première information qu’on en déduit est que si on les entend, c’est évidemment qu’ils sont présents. C’est très important, car une grande partie des cétacés est très discrète et ne s’approche pas des bateaux. Donc on ne les voit pas même quand ils viennent à la surface respirer. Par contre, on peut les entendre, et c’est cette détection de leurs émissions sonores qui témoigne de leur présence. Ensuite, on peut essayer de les localiser, et dire s’ils sont à proximité ou éloignés. Cette information est cruciale quand on veut décrire la fréquentation d’une zone d’intérêt, comme une aire marine protégée, ou les effets potentiels d’une activité anthropique en mer.

Les vocalisations d’une baleine boréale.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur1,26 Mo (download)

Et puis il y a d’autres analyses que l’on peut mener à partir des enregistrements de leurs émissions sonores. On peut s’intéresser à leur langage, à leurs comportements, et finalement à leur société. Comment vivent-ils ensemble ? Quelles sont leurs interactions ? Ce sont de très belles questions scientifiques, tout à fait d’actualité aujourd’hui !

T. C. : Comment les cétacés perçoivent-ils le monde ?

O. A. : Ils ont les mêmes sens que nous. La vue, par exemple, car même si on s’imagine qu’il fait noir dans les grandes profondeurs, avec la bioluminescence [émanant de céphalopodes comme le calmar diaphane, ou de crevettes], il y a quand même quelques repères visuels.

De plus, près de la surface, les cétacés restent en contact et évoluent à proximité les uns des autres – c’est le sens du toucher. C’est même étonnant de les voir ainsi alors qu’ils ont l’immensité de l’océan à eux. Il faut croire que le vivre-ensemble est très important dans leur société.

Ensuite, il y a aussi le goût et l’odorat, mais probablement moins développés que pour les mammifères terrestres.

Pour la « perception magnétique », c’est plus compliqué. Il s’agit d’une hypothèse qui a été souvent avancée pour les grandes baleines afin d’expliquer leurs routes migratoires, mais sans que ce soit totalement démontré. Par contre, il y a eu des recherches sur les dauphins qui ont montré leur sensibilité au champ magnétique.

Mais il est clair que l’audition est fondamentale pour les cétacés. Ils ne peuvent tout simplement pas vivre avec un système auditif défaillant. En plus, les odontocètes [les cétacés à dents, comme les dauphins et les orques] ont une faculté supplémentaire : l’écholocalisation. Ils vont émettre des sons courts pour trouver leurs proies ou pour avoir des informations sur leur environnement immédiat. L’écholocalisation consiste à émettre des « clics » sonores, et à interpréter leurs rebonds acoustiques sur les obstacles autour d’eux – que ce soient des rochers, des bateaux, ou d’autres animaux. Grâce à ces échos, ils peuvent se repérer dans l’espace, savoir ce qu’il y a autour d’eux, si c’est immobile ou en mouvement…

groupe de dauphins sous l’eau
Des dauphins en groupe.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur



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Aujourd’hui, on essaye de comprendre si cette image acoustique leur apporte d’autres informations, par exemple, une texture, une sensation. Personnellement, je ne pense pas qu’il faille réduire l’écholocalisation à l’obtention d’une image mentale. Ce que je dis est certes très spéculatif, car je n’ai pas encore de preuve scientifique de cela, mais c’est mon intuition parce que les odontocètes émettent des clics en permanence, même lorsqu’ils sont assez proches pour voir complètement ce qu’ils sont en train d’écholocaliser. Pourquoi feraient-ils cela s’ils ont déjà un visuel très clair de ce qu’ils ont devant eux ? Du coup, je suis convaincu que la perception et l’interprétation qu’ils ont des échos leur procurent des informations et des ressentis qui vont bien au-delà d’une simple image.

T. C.  : Est-ce que vous pouvez reconnaître ces animaux à partir de leurs clics ?

O. A. : Les cachalots, oui – ils font des sons très spécifiques, très forts et souvent avec des rythmes particuliers. Ils se distinguent nettement des 90 autres espèces de cétacés.

Mais il faut comprendre que, si on connaît bien certaines de ces espèces car on les observe régulièrement, comme les baleines à bosse par exemple, il y en a d’autres que l’on ne voit presque jamais dans leur environnement naturel et que l’on découvre parce qu’un jour, un individu s’échoue sur une plage. Cela a été le cas, par exemple, au nord-ouest de Madagascar où un cachalot pygmée s’est échoué. Il mesurait moins de 4 mètres, comparé aux 15-18 mètres du grand cachalot, et on ne savait même pas que cette espèce était présente dans les eaux malgaches. En fait, il s’agit d’une espèce très furtive, donc très difficile à observer dans le milieu naturel. C’est la raison pour laquelle on a très peu d’information, que ce soit sur son mode de vie, son groupe social et sa production sonore. Donc, clairement, on ne connaît pas les émissions sonores de toutes les espèces de cétacés !

T. C. : Le son peut servir à plein de choses aux cétacés, et, comme vous le disiez, à avoir une vie sociale. On sait notamment que différents clans d’une même espèce ont des manières de s’exprimer différentes, n’ont pas le même langage. Comment apprend-on ce genre de choses ?

O. A. : Sur le langage, les premiers gros travaux datent des années 1960-1970 avec des études réalisées sur des dauphins en captivité. Les scientifiques essayaient d’évaluer leur intelligence, notamment en parlant avec eux, que ce soit en anglais ou grâce à des sifflements.

Quand on a voulu faire ces expérimentations dans le milieu naturel, cela a été beaucoup plus compliqué. Aujourd’hui, il y a des scientifiques, comme Denise Herzing ou Diana Reiss à New York, qui mènent ce type de recherche sur la structure sociétale des dauphins dans leur environnement naturel. Elles basent leurs travaux sur des observations visuelles et acoustiques, et c’est très compliqué du fait de la faible disponibilité des cétacés. J’ai moi-même essayé de travailler sur les dauphins en Guadeloupe et à La Réunion, mais cela demande de la patience et de l’obstination pour leur proposer une expérimentation, car il est très rare qu’ils restent suffisamment longtemps avec nous avant de repartir vivre leur vie.

En ce qui concerne ce qu’on pourrait appeler les « dialectes » de populations des baleines à bosse : les biologistes comparent leurs vocalisations depuis les années 1970. On a noté que leurs chants se transmettaient de génération en génération. Aussi, pour les groupes qui sont dans des hémisphères différents et, donc, qui ne peuvent pas s’entendre, elles vont émettre des vocalisations différentes. C’est pour cela qu’on parle de « dialectes régionaux ».

Les vocalisations d’une baleine à bosse.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur1,54 Mo (download)

T. C. : Donc les baleines à bosse ne « parlent » pas le même dialecte, alors qu’elles possèdent toutes les mêmes capacités physiques pour produire des sons.

O. A. : Tout à fait. J’ai travaillé avec la chercheuse américaine Joy Reidenberg sur l’anatomie de leur système respiratoire, et nous avons décrit les différents éléments de leur générateur vocal. Et oui, c’est le même pour toutes les baleines à bosse, mâles et femelles. Même si, techniquement, il n’y a que les mâles qui chantent – les femelles vocalisent aussi, mais elles ne répètent pas des phrases plusieurs fois de suite, donc on ne parle pas de chant pour elles, mais de « sons sociaux ».

Concernant les dialectes, comme je le disais tout à l’heure, il est normal qu’elles ne partagent pas les mêmes vocalisations avec des baleines qui ne sont pas de la même population.

Par contre, il y a des exceptions à cette règle : on a remarqué quelques vocalisations qu’elles ont toutes en commun, par exemple des « woop » et des sons pulsés. Et ça, on ne sait pas pourquoi. Est-ce que ce sont les plus vieilles vocalisations de leur répertoire ? ou les plus faciles à émettre ? ou les plus intuitives ?

La chercheuse américaine Michelle Fournet [Université du New Hampshire] s’est intéressée à cette question. Elle a postulé que le « woop » correspondait à une sorte de signalement, comme un « bonjour ». Elle a testé son hypothèse en diffusant ce son dans l’eau, et il y a eu plein de baleines à proximité, qui ont répondu, à leur tour, en émettant cette même vocalisation. C’est intéressant ! On est aujourd’hui dans quelque chose d’entièrement spéculatif, mais c’est une nouvelle thématique qui est de plus en plus à la mode, le « playback ».

Avec mes collègues d[e l’Université d’]’Orsay et du Cerema [Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, du ministère de la transition écologique], je la pratique depuis deux ans maintenant. On enregistre des sons et, pour certains, on pense qu’ils ont une signification. On essaye comme cela d’avancer dans le dictionnaire des cétacés. C’est passionnant, mais pas très simple, car il faut pouvoir observer très finement les réactions des cétacés au moment même de la diffusion des sons que l’on veut tester.

Respiration en surface d’une baleine à bosse.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur

Aussi, pour ne rien rater, nous sommes obligés de combiner des drones aériens, pour observer ce que les animaux font à la surface, et des balises électroniques que l’on ventouse sur leur dos et qui nous informent sur leurs mouvements quand on perd le contact avec eux en surface parce qu’ils descendent en plongée. Il s’agit d’expérimentations difficiles à mettre en œuvre et longues dans leur durée, mais qui sont nécessaires pour enregistrer leurs réactions et comprendre les effets de tel ou tel son.

T. C. : Est-ce qu’avec le « playback », le but est de créer des « dictionnaires » dans lesquels on aurait une correspondance entre un mot humain et un son animal ? Quel est le degré d’anthropomorphisme quand on parle de langage animal ?

O. A. : C’est compliqué, en fait. Dans les années 1970, on était partis sur l’idée « un son égale un mot » : on essayait de trouver à quel mot correspondait chaque son émis.

Aujourd’hui, on a un peu changé de concept. On regarde plutôt des phrases, parce que les baleines à bosse émettent leurs vocalisations dans un certain ordre, en séquences temporelles parfaitement organisées dans le temps, et elles les répètent dans ce même ordre.

Aussi, on s’interroge sur cette structure temporelle du fait que les vocalisations ne sont pas émises de façon aléatoire. On se demande également : « Si on enlève une vocalisation, est-ce que ça change la phrase, ou pas ? » C’est comme si on enlevait une note dans une partition de musique : est-ce que cela change complètement la mélodie ? Et probablement que, comme pour certaines notes, des vocalisations pourraient avoir un rôle plus important que d’autres dans la syntaxe mélodique du chant. Ce que je veux dire, c’est que peut-être que nous ne devrions pas considérer les vocalisations toutes de la même façon.

Et on pourrait aussi envisager une combinaison des deux, c’est-à-dire une signification particulière pour une vocalisation et une autre liée à l’ensemble de la phrase, c’est-à-dire finalement des choses plus complexes à imaginer et à déchiffrer.

Les scientifiques s’intéressent aussi à la communication interespèce, par exemple en diffusant des sons d’orques à d’autres espèces de cétacés. C’est ce que fait très bien la chercheuse Charlotte Curé [Cerema]. Et c’est super intéressant, car leurs réactions ne sont pas les mêmes ! Par exemple, les cachalots ont arrêté leur plongée pour remonter illico à la surface et voir ce qui se passait. Les globicéphales, qui sont de grands dauphins avec une tête arrondie et qui vivent toujours en grands groupes de plusieurs dizaines d’individus, quant à eux, sont venus au bateau… probablement pour vérifier s’il y avait à manger, car ils partagent les mêmes proies que les orques. Par contre, pour les baleines à bosse, c’était le contraire : elles se sont éloignées discrètement, sûrement pour se protéger de potentielles attaques…

Voilà où on en est aujourd’hui… Ces questions de langage, ça va prendre du temps.

T. C. : On comprend que ce sujet n’est pas facile. Quelles seraient les prochaines étapes pour avancer sur le langage des baleines ?

O. A. : Il y a plein de questions qui ne sont absolument pas résolues aujourd’hui ! Par exemple, on n’a toujours pas réussi à extraire la signature acoustique individuelle chez les baleines à bosse. Cela signifie qu’on ne sait pas reconnaître un individu à partir des sons qu’il émet. Pour ma part, je suis convaincu qu’elle existe et que ces cétacés s’identifient entre eux uniquement à partir de leurs émissions sonores !

Autre chose qu’on ne sait toujours pas, c’est s’il y a une « hiérarchie vocale » ? À partir du moment où on parle de groupes sociaux, on peut s’attendre à une certaine organisation avec des « leaders » ou des « influenceurs » – on pourrait imaginer que certains individus sont plus loquaces et imposent leurs vocalisations et leurs décisions. Si oui, qui sont-ils ? Sont-ils les plus vieux, les plus imposants, les plus rapides, ou tout le contraire ?

Pour les cachalots, on sait que c’est le cas : il y a des communautés d’une douzaine de femelles qui vivent ensemble toute leur vie. Ce sont des clans. Ces individus partagent des sons, s’alimentent dans les mêmes zones et élèvent leurs jeunes ensemble. Les rôles sociaux sont partagés. On distingue la matriarche, qui est la femelle plus vieille. On repère aussi les nounous qui s’occupent de tous les petits lorsque les autres adultes plongent pour s’alimenter.

Chez les orques, la structure sociale est différente. La mère garde ses petits tout au long de sa vie. Elle va leur transmettre son savoir, c’est-à-dire comment trouver les proies, les meilleures techniques de chasse et leur répertoire vocal. Cet apprentissage de génération en génération est juste exceptionnel. Il est essentiel pour leur survie et constitue la culture du groupe.

Chez les baleines à bosse en revanche, la société est plus ouverte. Les relations entre les adultes sont très souples, notamment pendant la période de reproduction, au cours de laquelle les mâles se reproduisent avec plusieurs femelles, et inversement. Par contre, il existe un lien particulièrement fort : celui qui relie la mère à son baleineau. Au cours de sa première année, ce dernier est totalement dépendant de sa mère, pour l’alimentation, pour les déplacements, pour sa protection.

vue du ciel
Une baleine à bosse et son baleineau.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur

T. C. : Est-ce que les baleineaux « babillent » ?

O. A. : Oui, tout à fait. Les sons des baleineaux sont moins puissants, moins construits, moins cohérents – c’est assez mignon ! Nous avons montré qu’ils émettent des sons dès la première semaine après leur naissance – comme nos bébés.

En plus, ils naissent là où les mâles chantent, ce qui laisse croire que les baleineaux ont entendu ces chants puissants alors qu’ils étaient encore dans le ventre de leur mère.

Puis, au cours de leurs premières semaines de vie, ils vont apprendre à contrôler leur générateur vocal pour imiter les vocalisations des aînés et les reproduire tout au long de leur vie.

Deux baleines à bosse : le baleineau et sa mère.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur319 ko (download)

Une de nos étudiants, Maevatiana Ratsimbazafindranahaka, qui a soutenu sa thèse en novembre 2023, a montré que les baleineaux réclament du lait à leur mère. Un peu comme s’ils chouinaient quand ils ont faim !

T. C. : Vous travaillez beaucoup sur les baleines à bosse à Madagascar… Encore cet été, vous étiez là-bas, et c’est de là que viennent les photos qui illustrent cet entretien. Comment ont évolué les choses depuis votre première mission sur l’île en 2007 ?

O. A. : Quand j’ai commencé à travailler sur les cétacés au début des années 2000, personne en France ne s’intéressait à leurs émissions sonores. En plus, le matériel pour enregistrer des sons en mer coûtait cher, donc il était difficilement accessible pour débuter.

C’est finalement auprès d’un laboratoire américain que j’ai pu récupérer mes premières données, mais cela a été aussi ma première déception : elles n’étaient pas d’assez bonne qualité pour être utilisées d’un point de vue scientifique. Il faut se rappeler que, contrairement à aujourd’hui, à l’époque, les gens ne partageaient pas leurs données très facilement.

Donc la seule solution était d’aller en mer pour faire moi-même mes enregistrements. C’était nouveau pour moi – j’étais très surpris que des biologistes passent des mois entiers au milieu de nulle part pour aller enregistrer des espèces non humaines, alors que moi, quand j’ai fait ma thèse en informatique, toutes les données que j’utilisais étaient accessibles très facilement sur Internet, il suffisait de les télécharger sur un serveur. En commençant ma recherche sur les cétacés et en travaillant avec des biologistes, je me suis rendu compte du temps, de l’énergie et de la patience qu’il faut pour observer le vivant.

chercheurs sur un bateau
Étudier les cétacés est un vrai travail d’équipe, tant de nombreuses compétences sont nécessaires.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur

Je suis arrivé à Madagascar en 2007. Je n’avais jamais vu de baleines à bosse, je ne les avais jamais écoutées. Et là, ça a été un choc. Déjà parce que je me suis retrouvé dans une barque de six mètres de long, totalement ouverte aux intempéries, avec un petit moteur de 60 CV, et sans gilets de sauvetage… Au niveau sécurité, il faut reconnaître qu’on n’était pas complètement au point ! On allait en mer pour écouter des chants des journées entières. Je déployais un simple hydrophone du bateau et, pendant des heures, on les écoutait en direct. C’était complètement fou toute l’énergie acoustique qu’elles envoyaient à travers l’océan !

Par la suite, j’ai continué de travailler avec l’association Cétamada. Avec eux, on a fait des choses exceptionnelles. On a installé la première station acoustique pour enregistrer les chants tout au long de la saison. On a prélevé des échantillons de peau pour constituer la plus grande base génétique de l’océan Indien. On s’est aussi intéressés aux habitats, à la distribution géographique de ces baleines. On a ainsi montré qu’elles sont très mobiles pendant la période de reproduction, en se déplaçant dans tout l’océan Indien. Au cours d’une même saison, ce sont les mêmes individus que l’on voit à La Réunion, à Madagascar, aux Comores, et jusqu’à la côte africaine. Ce sont de vrais nomades. Et maintenant, comme je le disais précédemment, on travaille sur le playback.

T. C. : Aujourd’hui, vos bases de données acoustiques sont agrémentées d’autres types de données ?

O. A. : Oui, tout à fait, l’acoustique est une des méthodes. J’étais focalisé sur l’acoustique au début de ma carrière, je lui suis toujours, mais, maintenant, j’utilise aussi d’autres outils d’observation pour avoir une description la plus complète possible. Car il faut bien comprendre que chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Elles sont complémentaires. Donc je recommande vraiment de ne pas hésiter à combiner les observations visuelles faites par des observateurs à bord des bateaux ou en utilisant un drone aérien, l’acoustique évidemment, et de faire aussi des prélèvements d’eau pour faire de l’ADN environnemental.

Mais il faut noter que toutes ces données n’ont pas ce caractère instantané qui nous permet de suivre, même a posteriori, ce que font les cétacés. Du coup, aujourd’hui, nous déployons aussi des balises électroniques que l’on ventouse sur le dos des cétacés. Elles sont équipées d’une caméra, d’un hydrophone et de différents capteurs qui nous permettent de savoir exactement ce qu’elles ont fait durant leurs plongées.

Malheureusement, ces balises ne restent attachées que quelques heures avant de se détacher par elle-même généralement du fait de la force hydrodynamique qui s’exerce quand la baleine se déplace. Connaître son activité pendant un temps si court est assez frustrant quand on sait qu’une baleine vit cent ans ! Idéalement, on aimerait bien suivre sa vie sur plusieurs années…

Île Sainte-Marie à Madagascar, en août 2025.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur

Quoi qu’il en soit, les bases de données ont augmenté d’une façon incroyable. Au milieu des années 2010, il y a eu un réel basculement : on est passé d’une ère où on avait très peu de données à une ère où on en avait trop – c’est le big data des cétacés. Les hydrophones et les drones sont très accessibles, les smartphones s’emportent partout… on peut capter des données 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Notre communauté scientifique s’organise pour développer des méthodes afin d’analyser les sons qu’on a mesurés et de ne pas les mettre à la poubelle faute de temps pour les analyser. Par exemple, je travaille aujourd’hui avec une doctorante, Lucie Jean-Labadye, informaticienne elle aussi, qui applique des méthodes d’intelligence artificielle et d’apprentissage profonds pour interpréter les enregistrements sous-marins.

T. C. : Justement, à quoi sert l’IA dans le cadre de vos travaux ?

O. A. : À deux choses. Tout d’abord, il s’agit de traiter ces grandes bases de données. En fait, pour la détection et la classification des événements sonores, les programmes que l’on a développés depuis les années 2000 étaient basés sur l’extraction de quelques caractéristiques acoustiques, comme les fréquences et les durées. Cela était suffisant lorsqu’on s’intéressait à certaines vocalisations, mais leurs performances se dégradaient avec la forte augmentation de la taille des bases de données. Pour faire simple, ces méthodes généralisent mal.

Or, aujourd’hui, on a besoin de méthodes qui permettent de traiter des grandes bases de données. L’IA nous aide à traiter massivement tous les enregistrements acoustiques, et donc à analyser les paysages sonores.

La deuxième raison de s’intéresser à l’IA, c’est que l’on peut se focaliser sur les détails. Pour classifier des vocalisations de baleines, il faut se fixer des critères et des seuils. Or cela s’avère vite très compliqué et fastidieux. Et souvent, au final, cela ne nous aide pas à mieux comprendre l’information, car on ne sait pas trop où elle est cachée.

Avec l’IA, on peut tester plein de critères différents et les appliquer à des centaines d’heures d’enregistrement. Cela permet de tester différentes solutions, de faire les choses plus rapidement et de mieux comprendre la signification de leur langage.

T. C. : Aujourd’hui, vous travaillez aussi sur les « paysages sonores sous-marins ». Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi étudier ces paysages sonores ?

O. A. : Il est important de replacer ce que font les cétacés dans le contexte environnemental dans lequel ils évoluent. En particulier, on sait que les activités humaines ont des influences directes sur les écosystèmes marins. Et toutes nos activités sont bruyantes.

Donc, travailler sur les paysages sonores revient à savoir ce qui relève de notre présence en mer, à nous les humains, et de pouvoir caractériser cette pollution sonore. L’idée est donc de classer les événements sonores en trois catégories : la « biophonie » incluant les sons du vivant comme les chants de baleines, par exemple ; la « géophonie » qui rassemblent les sons de l’environnement, tels que la pluie ; et l’« anthropophonie », qui correspond à tous les sons issus des activités humaines.

Les enregistrements acoustiques nous donnent principalement les niveaux sonores et les bandes fréquentielles. En fonction des types de sons et de leur durée d’exposition, on peut en déduire les risques encourus par les cétacés. L’objectif est clairement d’avancer sur la conservation de l’océan et la protection des cétacés. Il est essentiel de tout faire pour mieux considérer l’océan et ses habitants. Et de soutenir des régulations de nos activités économiques pour protéger efficacement le milieu marin. C’est urgent, aujourd’hui.

De nombreux secrets demeurent encore sous la surface. À Madagascar, en août 2025.
Olivier Adam, Fourni par l’auteur

The Conversation

Olivier Adam ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Du monde du silence au babillage des baleineaux, une plongée-conversation avec Olivier Adam – https://theconversation.com/du-monde-du-silence-au-babillage-des-baleineaux-une-plongee-conversation-avec-olivier-adam-262292

So-called ‘clutch’ athletes might be more hype than nerveless match-winners

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Ger Post, Lecturer Neuroscience, PhD student collaborative reasoning, The University of Melbourne

With the AFL finals approaching, discussions about the league’s clutch players – those who excel under pressure – will soon appear in the media and be debated among fans.

Last year, Gold Coast captain Noah Anderson was ranked highest in a list of AFL clutch players, followed by more established names including the Western Bulldogs’ Tom Liberatore and Geelong’s Patrick Dangerfield.

But what does clutch really mean and is it possible for athletes to be “clutch”?

Noah Anderson enhanced his reputation as a so-called clutch player with a match-winning effort against Collingwood.

The power of labels and narratives

While most people struggle when the pressure rises – they may even “choke”, where they lose the ability to perform a skill in front of an audience – clutch players seem to excel in these circumstances.

They thrive when the heat is on and seem to save something special for these moments.

The label of being a clutch player is often shaped by stereotypical narratives of, as some media commentary has put it, “hardened, stubborn men” who will “take themselves to the next level through sheer guts and an iron will”.

In 2018, former Port Adelaide great and outspoken media pundit Kane Cornes earmarked Bulldogs champion Marcus Bontempelli as a clutch player:

The one player who I want with the ball in their hands, when the game is on the line is “The Bont”. For me, Marcus Bontempelli, is right now the best clutch performer in the competition.

More recently, Carlton’s Blake Acres was described as “intense, desperate and completely unwilling to give an inch” in the finals:

Acres was the big moment player, full of desperation, intensity and a relentless attack on the ball.

But are these players really clutch?

Blindspots and biases

These character sketches and rankings of clutch players mask many blind spots and biases in how the data are compiled and interpreted.

For example, the data tend to favour players who generate impact with eye-catching and easily measurable actions (such as Bontempelli, who often brilliantly takes marks and kicks goals) while undervaluing those who do the less glamorous grunt work that helps the rest of the team (such as Liberatore, who plays a more selfless role).

More importantly, the data don’t reflect whether a player actually improves under pressure (the definition of clutch).

In the case of Anderson, is he indeed performing better than others in the final quarters of tight games? Or is he just more talented than others and ranks higher in all quarters of games?

Or maybe he is better in the first three quarters of the game and then declines in the fourth quarter – yet he is he still better than the rest?

We don’t know solely from assessing his performances in final quarters.

Studies from other team sports including basketball, soccer and baseball cannot definitely prove players excel under pressure.

No one saves something special for when it’s needed most.

It seems more likely that clutch performances simply stick in our memories: game-deciding moments are more memorable than efforts that fail to seal victory.

There could be other reasons, too.

The power of opportunity

Statistics from many sports show even if athletes are involved in more goals or baskets when the game is on the line, it doesn’t necessarily mean they excel in these moments.

When late-game performances by basketball legends including LeBron James and Kobe Bryant were analysed, another option surfaced: clutch performers seem to be doing more instead of better in the last minutes of tight games.

Their scoring accuracy doesn’t improve in these moments (they miss, on average, just as much as most players) but they do get more scoring opportunities.

These opportunities are created by many involved, not in the least the teammates who pass the ball to the clutch player.

These teammates often follow the instructions from their coaches to get the clutch player in scoring position in the dying seconds.

Opponents can, unintentionally, assist by making more fouls on clutch players when the heat is on, giving them more free throws to seal the victory.

Finally, there are fans and pundits who label these players as the ones who should decide the game.

So to get more opportunities to decide a match, an athlete needs to build a reputation that they will take themselves “to the next level” when it matters most. Tattooing “CHOSEN1” on your back might help build these reputations, as LeBron James did.

Even better is when others talk about your confidence, hunger for victories, or hardened, stubborn competitiveness. This signals to fans, teammates and coaches that you are the one who should be getting the ball to decide the game.

More opportunities means more game-winning shots, which reinforces the idea you are a clutch player.

Being listed as one of the most clutch players of the competition might be the best assist an athlete can get to decide a final.

The Conversation

Ger Post does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. So-called ‘clutch’ athletes might be more hype than nerveless match-winners – https://theconversation.com/so-called-clutch-athletes-might-be-more-hype-than-nerveless-match-winners-263111

Not all processed foods are bad for you. Here’s what you can tell from reading the label

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Clare Collins, Laureate Professor in Nutrition and Dietetics, University of Newcastle

If you follow wellness content on social media or in the news, you’ve probably heard that processed food is not just unhealthy, but can cause serious harm.

Eating a diet dominated by highly processed foods means you’re likely to consume more kilojoules than you need, and greater amounts of salt, sugar – as well as food additives.

But not all processed foods are equal, nor bad for you. Here’s what to look out for on food labels if you want to buy processed, but convenient, foods.

What do the processing categories mean?

Researchers use the Nova processed food classification system to group foods into four processing levels.

Group 1: Unprocessed or minimally processed foods are either in their natural state or have minimal processing. They’re basic foods you could eat straight away, such as vegetables and fruit, or foods that only need minimal processing to make them safe and palatable, such as eggs, meat, poultry, fish, oats, other grains, plain pasta, legumes, milk, plain yoghurt, ground herbs and spices, or nuts with shells.

Group 2: Processed culinary ingredients are derived from group 1. These are used in cooking to enhance flavour and texture, and include oils, sugar and honey.

Group 3: Processed foods are treated using traditional processing methods such as canning, bottling, fermenting, or salting to extend shelf life. These include canned fruits, tomato paste, cheese, salted fish, and breads with minimal ingredients. You could make these foods in a home kitchen.

Group 4: Ultra-processed foods are industrially produced with ingredients and additives not normally found in home kitchens, and have little, if any, group 1 items left intact. These foods are engineered to be hyper-palatable, meaning you can’t stop eating them, and have long shelf lives. Products include factory-made biscuits, snack foods, instant meals, frozen desserts, preserved meats, instant noodles, margarine, some breakfast cereals and sugar-sweetened drinks.

However, group 4 products vary greatly in their nutritional quality and the number and type of food additives used to manufacture them.

What’s the concern about eating lots of ultra-processed foods?

About 42% of Australians’ total energy intake comes from ultra-processed foods. These are relatively cheap and are energy-dense, but nutrient-poor. This means they can contain a lot of kilojules, salt and added sugars but are poor sources of nutrients the body needs such as vitamins, minerals and dietary fibre.

Studies have linked higher intakes of ultra-processed foods with poorer diet quality and worse health outcomes. A review of 122 observational studies found people with the highest intakes (compared with the lowest) were about 25% more likely to have had a decline in kidney function. They were 20% more likely to be overweight, or have obesity or diabetes, and were 40% more likely to have common mental health conditions such as depression.

However, a recent review highlighted that the health impact of these foods and drinks varies depending on their category. Products such as sugar-sweetened drinks can negatively affect health, while others – such as cereals with added vitamins and minerals and some dairy products – can be neutral or even protective.

Some level of food processing can improve food safety, extend shelf life and reduce food waste. This is likely to include the use of additives, such as emulsifiers, flavour enhancers, preservatives, food acids, colours and raising agents. Additives need to be approved by Food Standards Australia and New Zealand (FSANZ) after a safety assessment, with the lowest amount added to achieve the specific purpose in the food product.

A cheese board
Processed foods have different health risks and benefits.
Kyle Roxas/Getty Images

However, some adults and children eat a lot of ultra-processed foods. This means they have high intakes of food additives, in terms of total amount and different types.

Researchers have raised concerns about a potential link between high intakes and increased risks of some health conditions, ranging from mental health disorders to heart disease and metabolic disorders such as diabetes. The researchers called for transparent use of evidence to ensure public health messaging is kept up to date.

An observational study in more than 100,000 French adults also raised concerns about potential “cocktail” effects of food additive combinations. Although more research is needed, they found some additive combinations were associated with a higher risk for developing type 2 diabetes.

Finally, a recent review highlighted the potential for additives, particularly emulsifiers, to damage the gut lining and alter the balance of healthy versus unhealthy gut microbes. This could potentially increase the risk of developing inflammatory bowel conditions.

What processed foods should you choose?

It depends on how they’re made, the additives used, how often you eat them, and how much you have.

When choosing processed foods:

  1. Read the ingredient list on the food label. It tells you a lot about the level of processing and additives used. Look for products that contain minimal to no additives, and ingredients that could be found in a home kitchen. Note that additives could be listed by name or number.

  2. If there are a number of products in the same category, choose the one with more Health Stars as it will contain less salt, saturated fat and added sugars, compared to products with fewer Health Stars.

  3. Think about how often you eat the product. If you do eat it weekly or more often, spend more time comparing products before making a final choice.

While you might expect all Nova 3 processed foods to be healthier than Nova group 4 (ultra-processed), this isn’t always the case. Nova group 3 items don’t necessarily meet the nutrient criteria that deems them “healthy”. They could still contain excessive amounts of added salt, saturated fat or sugars.

For help to review the level of processing alongside the nutrient criteria, consider using an app such as Open Food Facts. This assigns food products a Nova group score, a nutrition score, and another to rate its impact on the environment.




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Ultra-processed foods might not be the real villain in our diets – here’s what our research found


The Conversation

Clare Collins AO is a Laureate Professor in Nutrition and Dietetics at the University of Newcastle, NSW and a Hunter Medical Research Institute (HMRI) affiliated researcher. She is a National Health and Medical Research Council (NHMRC) Leadership Fellow and has received research grants from NHMRC, ARC, MRFF, HMRI, Diabetes Australia, Heart Foundation, Bill and Melinda Gates Foundation, nib foundation, Rijk Zwaan Australia, WA Dept. Health, Meat and Livestock Australia, and Greater Charitable Foundation. She has consulted to SHINE Australia, Novo Nordisk, Quality Bakers, the Sax Institute, Dietitians Australia and the ABC. She was a team member conducting systematic reviews to inform the 2013 Australian Dietary Guidelines update, the Heart Foundation evidence reviews on meat and dietary patterns and was Co-Chair of the Guidelines Development Advisory Committee for Clinical Practice Guidelines for Treatment of Obesity 2025.

ref. Not all processed foods are bad for you. Here’s what you can tell from reading the label – https://theconversation.com/not-all-processed-foods-are-bad-for-you-heres-what-you-can-tell-from-reading-the-label-260818

Russia’s GPS interference: do I need to worry when flying?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Lucia McCallum, Senior Scientist in Geodesy, University of Tasmania

Gints Ivuskans / AFP via Getty Images

On Sunday, a plane carrying European Union chief Ursula von der Leyen was reportedly forced to land in Bulgaria using paper maps after its GPS navigation systems were jammed. Bulgarian authorities claim the jamming was deliberate Russian interference, though a Kremlin spokesperson told the Financial Times this was “incorrect”.

GPS interference is on the rise, so you might be wondering how it works. And can anything be done about it? And – perhaps most importantly – do you need to worry?

How does GPS jamming work?

The Global Positioning System (GPS) and other satellite navigation systems use radio signals from satellites to calculate position. To determine position, a GPS needs a direct line of sight to at least four satellites.

There are two ways to disrupt satellite navigation.

The first is jamming. This works by simply broadcasting high-intensity radio noise in the same frequency band used by the navigation satellites.

Jamming drowns out the satellite signal, like a person shouting loudly in your ear stops you hearing what someone is saying on the other side of the room. This appears to be what happened in Bulgaria.

The second way to interfere with satellite navigation is called spoofing, and it’s a little more elegant. Spoofing involves sending radio signals that pretend to be coming from the navigation satellites.

Where jamming stops the satellite navigation system from producing any location, spoofing tricks it into giving a false location – with potentially catastrophic results.

Are jamming and spoofing becoming more common?

Jamming and spoofing do appear to be growing more common, especially in conflict zones in the Middle East and Eastern Europe.

A clandestine Russian base near the Polish border is reportedly responsible for satnav interference in the Baltic region.

Ships in the Red Sea report frequent interference, likely from Houthi rebels in Yemen.

These increasingly common incidents highlight how vulnerable our reliance on satellite navigation makes us.

What can be done about interference?

The best response to interference is to have backup navigation options in place. The US-run GPS is the best known and most commonly used satellite navigation system, but there are others.

The EU runs a parallel system called Galileo, while Russia has one called GLONASS and China operates its own BeiDou satellites.

Each of these systems operates using slightly different radio frequencies. Some navigation systems can tune in to more than one set of satellites – so even if one is jammed, others may be available.

Galileo also has a “safety of life” feature, which allows users to detect spoofing. Australia’s in-development SouthPAN system will also offer a similar feature.

Another common feature of navigation systems is inertial sensing. This relies on sensors such as gyroscopes and barometers to directly detect movement and calculate position.

Most car navigation systems use inertial sensors to track location in cities or tunnels where there is no direct line of sight to satellites. Inertial sensing works well for short periods of time, but quickly becomes inaccurate and needs to be recalibrated by checking in with satellite systems.

Many researchers around the world are trying to develop new alternatives to satellite navigation using extremely precise sensors. One recent development uses tiny fluctuations in Earth’s magnetic field to detect position, for example.




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Quantum navigation could transform how we travel. So what is it, and how does it work?


Should you be worried about flying?

Everyday air passengers have no need to worry about jamming or spoofing. For one thing, it’s very rare – especially outside conflict zones.

For another, the aviation industry is highly regulated and extremely safe. Even where satellite navigation doesn’t work, there are backup options.

What all of us can take away from this latest incident is how dependent we have become on satellite navigation. What matters is that we have a diverse range of systems so we are not dependent on just one.

The Conversation

Lucia McCallum does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Russia’s GPS interference: do I need to worry when flying? – https://theconversation.com/russias-gps-interference-do-i-need-to-worry-when-flying-264334

How Australia’s anti-immigration rallies were amplified online by the global far right

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Callum Jones, Associate research fellow, Deakin University

Over the weekend, rallies were staged across various Australian cities under the branding “March for Australia”. The rallies, which were attended by avowed neo-Nazis and elected politicians alike, called for an end to mass migration.

These protests are not unique to Australia. Recently, the United Kingdom has seen its own wave of anti-migrant demonstrations in cities such as London, Bristol and Birmingham.

Despite claims by some that the Australian rallies were “hijacked” by the neo-Nazi National Socialist Network (NSN), they were deeply rooted in the far-right, white nationalist ideas of “remigration” and the Great Replacement theory.

An ABC investigation in the lead-up to the rallies found that “remigration” was listed on the organisers’ website as a key reason for marching, before later being deleted.

Significantly, the March for Australia rallies also received high-profile, online support from far-right figures overseas, including Alex Jones, Tommy Robinson, Jack Posobiec and Elon Musk.

Musk retweeted a post erroneously claiming 150,000 people took part in the rallies, while Jones retweeted a post claiming a crowd size of half a million.

For the rally organisers, public support from figures such as these greatly expands the reach of their message, and repositions them from isolated fringe events to vital parts of a global anti-immigration movement.

This is not the first time Musk has inserted himself in the domestic politics of a foreign country to bolster the far right. The tech billionaire notably gave his support to Germany’s far-right Alternative for Germany party in recent elections, describing it as the “best hope”“ for the country.

In recent days, he also posted the phrase ”remigration is the only way“ in response to a post about foreigners in the UK.

Remigration refers to the mass deportation of non-white immigrants to their so-called countries of origin.

It is an ideological cornerstone of ”identitarianism“, a European far-right movement centred on preserving white European identities. These are perceived to be under attack by immigration, globalisation and multiculturalism.

Global growth of the far right

This online support for March for Australia underscores the growing transnational links among far-right movements.

These movements increasingly see themselves as united by shared concerns over the defence of so-called “Western Civilisation”, opposition to mass immigration, the preservation of white identity, and beliefs in conspiratorial narratives such as the Great Replacement theory.

And this transnational growth wouldn’t be possible without the proliferation of social media in recent years.

In Australia, for example, research shows how “indispensable” mainstream social media platforms have been in the development of anti-Islamic far-right movements such as the United Patriots Front, going back to the 2010s.

The far right also capitalises on virality and humour to extend the dissemination of their ideology online. In particular, this is done through memes.

Research has found, for example, that one particularly prominent transnational far-right meme, Pepe the Frog, has been localised for an Australian audience through the addition of a Ned Kelly mask.

Research also shows how international slogans travel across borders. US President Donald Trump’s “Make America Great Again” mantra, for instance, has been adapted into a distinctly local form for Australians: “Make Australia Grouse Again”.

The online space makes it easier for extreme views and rhetoric to permeate into mainstream political discourse, as well.

When elements of the far right get removed from mainstream social media platforms— a process known as “deplatforming” — they often find a new home on alternative platforms such as Telegram. Research shows they now host a range of Australian neo-Nazi groups.

It’s noteworthy that many of the key figures lending support for March for Australia, including Robinson and Jones, were previously deplatformed from Twitter before Musk acquired the company and reinstated them.

Social media has also allowed neo-Nazis such as Tom Sewell, who is essentially persona non grata in Australian mainstream media, to build a large and highly influential profile among international far-right audiences.

With Musk’s vows to defend “free speech” on X, and Mark Zuckerberg’s dramatic shift in Meta’s approach to content moderation, the mainstream social media environment is becoming even more hospitable to far-right movements. This is a worrying trend.

For the Australian far right, the support of figures such as Musk and Robinson signals an opportunity to increase their mobilising potential. It could also lead to the transnational exchange of information, resources and tactical support.

As the far right becomes increasingly emboldened, mainstreamed and normalised, we should expect to see more public and increasingly violent demonstrations across Australian cities – and support for these among a global audience online.

The Conversation

Kurt Sengul has received funding from the NSW Government’s Countering Violent Extremism (CVE) and Social Cohesion Research Program.

Callum Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How Australia’s anti-immigration rallies were amplified online by the global far right – https://theconversation.com/how-australias-anti-immigration-rallies-were-amplified-online-by-the-global-far-right-264269

What are ShinyHunters, the hackers that attacked Google? Should we all be worried?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Jennifer Medbury, Lecturer in Intelligence and Security, Edith Cowan University

Cyber crime group ShinyHunters has received global attention after Google urged 2.5 billion users to tighten their security following a data breach via Salesforce, a customer management platform.

Unlike data breaches where hackers directly break into databases holding valuable information, ShinyHunters – and several other groups – have recently targeted major companies through voice-based social engineering (also known as “vishing”, short for voice phishing).

Social engineering is when a person is tricked or manipulated into providing information or performing actions that they wouldn’t normally do.

In this case, to get access to protected systems, a criminal would pose as a member of the target company’s IT helpdesk and convince an employee to share passwords and/or multi-factor authentication codes. Although vishing is not a new tactic, the use of deepfakes and generative artificial intelligence to clone voices is making this type of social engineering harder to detect.

Just this year, companies such as Qantas, Pandora, Adidas, Chanel, Tiffany & Co. and Cisco have all been targeted using similar tactics, with millions of users affected.

Who, or what, are ShinyHunters?

ShinyHunters first emerged in 2020 and claims to have successfully attacked 91 victims so far. The group is primarily after money, but has also been willing to cause reputational damage to their victims. In 2021, ShinyHunters announced they were selling data stolen from 73 million AT&T customers.

ShinyHunters has previously targeted companies through vulnerabilities within cloud applications and website databases. By targeting customer management providers such as Salesforce, cyber criminals can gain access to rich data sets from multiple clients in one attack.

The use of social engineering techniques is considered a relatively new tactic for ShinyHunters. This change in approach has been attributed to their links with other similar groups.

In mid-August, ShinyHunters posted on Telegram they have been working with known threat actors Scattered Spider and Lapsus$ to target companies such as Salesforce and Allianz Life. The channel was taken down by Telegram within days of being launched. The group publicly released Allianz Life’s Salesforce data, which included 2.8 million data records relating to individual customers and corporate partners.

Scattered Lapsus$ Hunters, the newly rebranded group, recently advertised they had started providing ransomware as a service. This means they will launch ransomware attacks on behalf of other groups willing to pay them.

They claim their service is better than what’s being offered by other cyber crime groups such as LockBit and Dragonforce. Rather than negotiating directly with victims, the group often publishes public extortion messages.

Who are all these cyber criminals? There’s likely a significant overlap of membership between ShinyHunters, Scattered Spider and Lapsus$. All these groups are international, with members operating on the dark web from various parts of the world.

Adding to the confusion, each group is known by multiple names. For example, Scattered Spider has been known as UNC3944, Scatter Swine, Oktapus, Octo Tempest, Storm-0875 and Muddled Libra.

How can we protect ourselves from vishing?

As everyday users and customers of large tech companies, there’s little we can do in the face of organised cyber crime groups. Keeping yourself personally safe from scams means staying constantly vigilant.

Social engineering tactics can be highly effective because they prey on human emotions and the desire to trust and to be helpful.

But companies can also be proactive about reducing the risk of being targeted by vishing tactics.

Organisations can build awareness of these tactics and build scenario-based training into employee education programs. They can also use additional verification methods, such as on-camera checks where an employee shows a corporate badge or government-issued ID, or by asking questions that cannot easily be answered with information found online.

Finally, organisations can strengthen security by using authenticator apps that require phishing-resistant multi-factor authentication such as number matching or geo-verification. Number matching requires a person to enter numbers from the identity platform into the authenticator app to
approve the authentication request. Geo-verification uses a person’s physical location as an additional authentication factor.

The Conversation

Jennifer Medbury does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What are ShinyHunters, the hackers that attacked Google? Should we all be worried? – https://theconversation.com/what-are-shinyhunters-the-hackers-that-attacked-google-should-we-all-be-worried-264271