Are we really programmed to be lazy?

Source: The Conversation – France – By Nathalie André, Maitre de Conférences en Sciences du sport, Université de Poitiers

For decades, psychology and neuroscience have suggested that if humans and animals naturally try to make as little effort as possible, it is because putting in the effort is not enjoyable.

Another possible interpretation: is that it’s not the actual effort that individuals avoid, it’s the effort wasted – effort that leads you nowhere or whose benefits do not justify putting in the effort. This vision is explored in a recent article I co-wrote with Roy Baumeister at Harvard University, Guido Gendolla at the University of Geneva, and Michel Audiffren from the University of Poitiers and published in 2026 in Neuroscience & Biobehavioral Reviews.

Let me explain:

How did we come to pinpoint that it’s effort-wasting that people avoid rather than actual effort?

To support our thesis, we conducted a critical, two-pronged synthesis of the scientific literature. First looking at child development. We thought that, if the effort was intrinsically unpleasant, effort rejection should be observed very early in development.

Infants and young children do not show any spontaneous aversion to effort: they engage in it freely, associate pleasure with satisfaction, and only learn how to spare their efforts gradually. The example of 10-month-olds is particularly striking: after watching an adult persevere in a difficult task, they themselves redouble their efforts to solve a problem.

Later on, at around 6 years old, children smile more after achieving something difficult than when something is easy – as if the acutal resistance involved added value to their success. If effort were intrinsically aversive, none of this would be possible.

Secondly, we focused on studies of the “least effort principle” in animals and adults. The preference for the least costly path in terms of effort emerges only when the rewards are strictly equivalent – and disappears as soon as the benefits justify the investment.

Better still, several studies show that people prefer to actively engage in a task rather than remain passive, and that busy people are happier than idle people, even when they are forced to be active.

Why is this so important?

This shift in perspective is transforming our understanding of human motivation. It makes it possible to solve what some call the “paradox of effort”: if there is indeed a biological law of “least effort”, then how can we explain why millions of people voluntarily engage in demanding activities such as extreme sports, learning an instrument, lengthy studies – and find them enjoyable?

If effort is perceived as a neutral cost (i.e. neither positively nor negatively balanced), comparable to spending money, then it becomes logical that people agree to put in the effort when it pays off.

This approach reinstates human beings as agents capable of evaluating and making decisions, rather than as an organism perpetually battling against a biological repulsion to action. It also makes it possible to better distinguish between ordinary situations of disengagement – when faced with something deemed unfavourable – and pathological cases, where a real aversion to effort may arise.

In the second case, such resistance to effort is based on well-identified neurobiological mechanisms, notably a reduced activity of the dopaminergic system.

Dopamine plays a central role in motivation in this respect: it strengthens the sense of reward and stimulates the pursuit of goals. When dopamine is lacking, effort becomes truly unpleasant and the desire to engage withers away.

What should be the next steps for this research?

Several questions remain open.

It is still unclear in what conditions some people develop a real aversion to effort and which neurobiological mechanisms are involved. Dopamine function is often cited, but research has mainly focused on situations involving external rewards. However, few studies examine the intrinsic motivations behind actually seeking effort for the sake of it.

One practical question still stands: what if, rather than seeking to make tasks less burdensome in schools, at work, and in care sectors – we primarily sought to make them more justified and useful in the eyes of those who are required to do them? This could make all the difference.


The Research Brief is a short, three-minute take on interesting academic work with context and commentary from the academics themselves.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Nathalie André ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Are we really programmed to be lazy? – https://theconversation.com/are-we-really-programmed-to-be-lazy-279776

Que sait-on des hantavirus soupçonnés d’être responsables du décès de trois passagers d’un bateau de croisière ?

Source: The Conversation – in French – By Thomas Jeffries, Senior Lecturer in Microbiology, Western Sydney University

Le 3 mai 2026, selon les informations communiquées par l’Organisation mondiale de la santé, trois personnes sont mortes à bord d’un bateau de croisière sur l’océan Atlantique. L’OMS suspecte une épidémie provoquée par un hantavirus, une famille de virus qui peuvent, de manière exceptionnelle, être transmis à l’humain par des rongeurs et provoquer des syndromes pulmonaires et hémorragiques, potentiellement mortels.


Trois personnes sont décédées à la suite d’une épidémie présumée d’hantavirus sur un bateau de croisière au milieu de l’océan Atlantique. Au moins un autre passager est en soins intensifs en Afrique du Sud.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux dimanche 03 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé ces décès et indiqué que cette maladie rare à hantavirus avait été confirmée en laboratoire dans un des cas. Les autorités enquêtent actuellement sur cinq autres cas suspects parmi les passagers du MV Hondius.

Alors, qu’est-ce-que la maladie à hantavirus ? Et pourquoi peut-elle se révéler mortelle ?

Au fur et à mesure que l’enquête avance, voici ce que nous savons.

Que sait-on sur les hantavirus ?

Les hantavirus provoquent des syndromes pulmonaires rares mais graves et peuvent aussi entraîner des hémorragies sévères et de la fièvre, sachant qu’une maladie à hantavirus peut être mortelle.

(Ces virus quand ils sont zoonotiques causent chez l’humain deux types de syndromes, indique l’Institut Pasteur : soit une fièvre hémorragique avec syndrome rénal causée principalement par des hantavirus de l’Ancien Monde, soit un syndrome cardiopulmonaire causé essentiellement par des hantavirus du Nouveau Monde. Les deux syndromes peuvent être provoqués par une même espèce virale. C’est une maladie relativement rare dans certains pays – une centaine de cas hospitalisés détectés en moyenne en France annuellement et de l’ordre d’une cinquantaine par an aux États-Unis –, mais plus fréquente dans d’autres – plusieurs centaines à milliers de cas par an en Allemagne et Scandinavie, ndlr.)




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Qu’est-ce qu’une zoonose ?


Le virus est transmis par des rongeurs, tels que les souris et les rats, principalement par l’urine et les excréments des animaux infectés.

En général, les hantavirus ne se transmettent pas d’un humain à un autre, sauf dans de rares cas.

On estime qu’il y a chaque année, dans le monde, entre 150 000 et 200 000 cas d’infection par des hantavirus.

Ils sont moins contagieux que les virus transmissibles par voie aérienne tels que le Covid et les virus influenza (les virus influenza transmettent la grippe, ndlr), car ils ne se transmettent généralement pas d’une personne à l’autre.

Qu’est-ce qui rend ces hantavirus mortels ?

Il existe deux principaux types d’hantavirus, chacun présentant des symptômes différents.

Le syndrome pulmonaire à hantavirus, qui touche les poumons, est principalement présent aux États-Unis. Si une personne est infectée par ce type d’hantavirus, elle présentera probablement, en l’espace de quelques jours, une toux et un essoufflement.

À mesure que la maladie progresse, des symptômes tels que la fatigue, la fièvre et des douleurs musculaires peuvent apparaître. Des maux de tête, des vertiges, des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales peuvent également survenir. Il s’agit de la souche la plus mortelle du hantavirus. Malheureusement, environ 38 % des personnes qui présentent ces symptômes décèdent des suites de la maladie.

La fièvre hémorragique avec syndrome rénal est principalement présente en Europe et en Asie, mais la souche connue sous le nom de « virus de Séoul » s’est propagée dans le monde entier. Cette forme d’hantavirus touche principalement les reins.

Les personnes développent généralement des symptômes dans les deux semaines qui suivent l’exposition au virus. Les premiers symptômes comprennent des maux de tête intenses, des douleurs abdominales, des nausées et une vision trouble. Les symptômes plus avancés comprennent une tension artérielle basse, des hémorragies internes et même une insuffisance rénale aiguë. Cette maladie peut être causée par différents virus, dont certains sont plus mortels que d’autres, ce qui signifie qu’entre 1 % et 15 % des cas peuvent être mortels.

Malheureusement, il n’existe aucun traitement spécifique ni aucun remède contre aucun des deux types d’hantavirus. Toutefois, une prise en charge médicale précoce peut augmenter les chances de survie du patient. Cela peut inclure le recours à des respirateurs, l’oxygénothérapie et la dialyse.

Concernant le bateau de croisière, les autorités poursuivent leurs investigations afin de déterminer à quel type de hantavirus les passagers ont été exposés.

Comment le virus s’est-il retrouvé sur un bateau de croisière ?

Dans un environnement clos tel qu’un bateau de croisière, les passagers auraient pu contracter un hantavirus de deux façons.

Selon une première hypothèse, ils auraient été exposés au virus lors d’une excursion à terre.

Autre hypothèse : des rongeurs auraient pu s’introduire à bord du navire dans la cargaison, puis transmettre la maladie aux passagers par le biais de leur urine ou de leurs excréments contaminés. D’autres facteurs, tels que les normes d’hygiène et les pratiques de stockage des aliments, ont peut-être contribué à accélérer la propagation de l’infection.

Pour endiguer cette épidémie présumée, les autorités doivent d’abord s’assurer que tous les rongeurs sont capturés en toute sécurité et retirés du navire. Elles doivent ensuite surveiller l’ensemble des passagers afin de détecter d’éventuels symptômes liés à une infection par hantavirus. Le virus est diagnostiqué à l’aide d’un test PCR, similaire à ceux utilisés pour diagnostiquer des virus tels que le Covid.

Sachant qu’il n’existe aucun traitement spécifique contre cette maladie, les autorités doivent aider les passagers infectés à gérer leurs symptômes. Cela implique de vérifier qu’ils respirent normalement et que leurs reins fonctionnent correctement.

Alors, faut-il s’inquiéter ?

Bien qu’ils soient préoccupants, les cas d’infections par des hantavirus restent extrêmement rares. Cependant, comme la maladie à hantavirus peut présenter des symptômes similaires à ceux d’autres affections respiratoires, il est recommandé de toujours consulter un médecin si vous présentez des symptômes.

Si vous avez séjourné dans des régions où ce type de virus est présent et que vous souffrez d’essoufflement, de fièvre ou de tout autre symptôme qui ressemble à un syndrome grippal, consultez votre médecin traitant.

The Conversation

Thomas Jeffries ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Que sait-on des hantavirus soupçonnés d’être responsables du décès de trois passagers d’un bateau de croisière ? – https://theconversation.com/que-sait-on-des-hantavirus-soupconnes-detre-responsables-du-deces-de-trois-passagers-dun-bateau-de-croisiere-282082

À quelle heure éteindre les lampadaires pour protéger la biodiversité ?

Source: The Conversation – in French – By Samuel Challéat, Chercheur, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Alors que l’extinction nocturne se diffuse dans les communes, trois études portant respectivement sur des rouges-gorges, des crapauds et des chauve-souris montrent que, souvent, éteindre la lumière quelques heures ne suffit pas à restaurer une nuit naturelle. Pour la biodiversité, l’enjeu n’est pas seulement d’éteindre, mais de savoir quand et où.


Ces dernières années, éteindre l’éclairage public au cœur de la nuit s’est imposé comme une réponse simple à plusieurs enjeux : réduire la facture énergétique, afficher une forme de sobriété, et limiter la pollution lumineuse et ses effets sur le vivant. Du point de vue de la biodiversité, la meilleure solution serait de ne pas éclairer du tout. Mais cette option se heurte à d’autres usages légitimes des espaces nocturnes : les nôtres ! Reste alors une question : une extinction de quelques heures en milieu de nuit suffit-elle vraiment à réduire les impacts de la lumière sur la biodiversité ? Pas nécessairement : ses effets sur le vivant dépendent du contexte – lieu, paysage lumineux à large échelle, météorologie – et des espèces concernées.

Une mesure répandue, mais dont les effets biologiques restent peu évalués

De fait, les espèces n’utilisent pas toutes la nuit de la même manière. Le début de soirée, le cœur de la nuit et les heures qui précèdent l’aube correspondent souvent à des comportements différents : recherche de nourriture, déplacements, retours au gîte, endormissement et réveil, communications… Dans ce contexte, une extinction partielle de l’éclairage peut limiter certains effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité… ou passer à côté de l’essentiel si elle ne coïncide pas avec les pics d’activité des espèces présentes.

Autre point important : éteindre localement ne signifie pas forcément retrouver une obscurité totale. En ville, les éclairages voisins – lampadaires des rues adjacentes, enseignes, vitrines ou éclairages privés – ainsi que la lumière diffusée par les nuages maintiennent souvent une clarté résiduelle. Et cet effet ne s’arrête pas aux centres urbains : en zone rurale aussi, le halo lumineux des villes peut rester perceptible à plusieurs dizaines de kilomètres. Pour les espèces les plus sensibles à la lumière, la différence entre périodes allumées et éteintes peut donc être faible, même lorsque l’éclairage public est coupé localement. Les horaires d’extinction d’une commune ne suffisent donc pas, à eux seuls, à décrire l’ambiance lumineuse réelle à laquelle les animaux sont exposés.

Le rouge-gorge familier en ville : couper la lumière au cœur de la nuit ne suffit pas

rouge-gorge familier (_Erithacus rubecula_)
Le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula).
Giles Laurent, CC BY

C’est ce que nous constatons chez le rouge-gorge familier (orthographié « “rougegorge” familier » par la Cinfo, ndlr). Chez cet oiseau diurne, l’extinction partielle de l’éclairage en milieu de nuit ne suffit pas, en contexte urbain, à retrouver des rythmes d’activité comparables à ceux observés dans des sites non éclairés. Même lorsque les lampadaires sont coupés entre 23 heures et 6 heures, les oiseaux ont tendance à chanter plus tôt le matin et plus tard le soir que dans des zones réellement sombres.

Sonagramme du chant du rouge-gorge familier.
Fourni par l’auteur

Pour tester cet effet dans la métropole nantaise (Loire-Atlantique), nous avons comparé trois types de sites : des sites non éclairés, des sites éclairés toute la nuit et des sites soumis à une extinction partielle de l’éclairage, c’est-à-dire à une coupure de l’éclairage public pendant une partie de la nuit.

Nous avons utilisé un indicateur simple : le chant du rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). En enregistrant l’environnement sonore sur plusieurs jours, on peut reconstituer les rythmes de chant de l’espèce sur l’ensemble du cycle jour-nuit et voir comment ils varient selon les conditions lumineuses.

Chants de rouges-gorges familiers ainsi que de troglodytes mignons, de pinsons des arbres et de fauvettes à tête noire.
Laurent Godet, Fourni par l’auteur737 ko (download)

Le résultat est net : les sites où l’éclairage est coupé en milieu de nuit ressemblent souvent davantage aux sites éclairés toute la nuit qu’aux sites non éclairés. L’écart apparaît surtout aux moments clés pour cette espèce, à l’aube et au crépuscule – respectivement autour de quarante minutes avant et de vingt minutes après le coucher du soleil – qui correspondent à ses pics d’activité vocale.

Dans notre étude, le pic de chant matinal survient en moyenne avant le lever du soleil, de l’ordre de quelques dizaines de minutes. Or, c’est précisément à ce moment-là que, dans un paysage urbain déjà lumineux, l’extinction partielle de l’éclairage se distingue peu d’un éclairage continu.

Cela s’explique sans doute par le rôle central de l’aube et du crépuscule chez les espèces diurnes : ces transitions servent de repères pour caler les rythmes quotidiens. Beaucoup de dispositifs d’extinction laissent encore de la lumière en début de soirée et se rallument avant le jour. Autrement dit, on éteint au cœur de la nuit, mais on maintient de la lumière aux deux moments qui comptent le plus pour synchroniser l’activité.

Pour un rouge-gorge, ce décalage peut avoir des conséquences très concrètes : chanter plus tôt, c’est aussi défendre son territoire plus tôt, interagir différemment avec les autres individus, et décaler des activités essentielles comme la recherche de nourriture ou l’attraction d’un partenaire.

Nos données ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un effet direct sur la reproduction ou la survie. Mais elles montrent qu’une extinction partielle de l’éclairage ne ramène pas automatiquement la situation à la normale, surtout en ville où l’obscurité reste souvent incomplète même quand une rue ou un quartier est éteint.

Une chauve-souris réunionnaise : un petit décalage de l’extinction peut changer la donne

Petit molosse de la Réunion (_Mormopterus acetabulosus_)
Petit molosse de La Réunion (Mormopterus acetabulosus).
Paul Jossigny, CC BY

Chez le petit molosse, une chauve-souris nocturne endémique de La Réunion, en revanche, avancer de deux heures l’extinction du soir suffit à faire disparaître l’effet de l’éclairage en début de nuit. Cependant, cet effet persiste en fin de nuit, quand le rallumage matinal reste précoce.

Nous avons étudié cette espèce, Mormopterus francoismoutoui, dans une situation permettant d’aller au-delà d’une simple comparaison entre sites éclairés et non éclairés. Pendant un mois, sur certains sites, l’extinction partielle de l’éclairage a été modifiée : les lampadaires s’éteignaient deux heures plus tôt que d’habitude. Cela permettait de comparer la situation avant et après ce changement sur les mêmes sites avec, en parallèle, des sites témoins non éclairés. L’activité des chauves-souris a été suivie par acoustique, à l’aide d’enregistreurs captant leurs cris d’écholocation. Il ne s’agit pas d’un comptage direct d’individus, mais d’un indicateur de leur activité.

Petits molosses de La Réunion, en sortie de gîte.
Samuel Challéat, Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS, UMR Géode, Fourni par l’auteur

Les résultats montrent que tant que les lampadaires restent allumés, les chauves-souris sont davantage détectées près des zones éclairées, surtout au début et à la fin de la nuit, c’est-à-dire pendant leurs pics d’activité. Quand l’extinction du soir est avancée, cet effet disparaît au début de la nuit : la lumière ne « structure » plus leur activité comme auparavant. En revanche, une différence tend à persister avant l’aube, ce qui est cohérent avec un rallumage matinal resté inchangé. Les petit molosses semblent donc toujours attirés par les zones éclairées lors de leur pic d’activité précédant le lever du jour, notamment lorsque la météo est favorable.

Ce résultat illustre un point important : l’efficacité d’une extinction partielle de l’éclairage dépend de son chevauchement avec les périodes d’activité des espèces présentes. Couper la lumière en milieu de nuit peut avoir peu d’effet si une espèce concentre ses déplacements et sa recherche de nourriture aux extrémités de la nuit. À l’inverse, un ajustement apparemment modeste – ici, éteindre deux heures plus tôt en soirée – peut suffire à faire disparaître l’effet de l’éclairage sur une partie de la nuit.

Il faut toutefois rester prudent dans l’interprétation. Une présence plus importante près des lampadaires ne signifie pas forcément que la lumière est bénéfique. Elle peut correspondre à une opportunité, par exemple si des insectes sont attirés par la lumière, mais aussi à des effets plus ambigus : trajets modifiés, concentration des individus dans certains espaces, compétition accrue ou exposition plus forte aux prédateurs. Autrement dit, ces résultats montrent surtout une redistribution de l’activité dans le temps et dans l’espace, sans permettre de conclure que l’éclairage artificiel est, en soi, favorable ou défavorable.

Chez les crapauds, l’extinction partielle reste une solution partielle

Crapaud épineux (_Bufo spinosus_)
Le crapaud épineux (Bufo spinosus).
Frank Vassen, CC BY

Chez le crapaud épineux (Bufo spinosus), un amphibien surtout actif la nuit, l’extinction partielle de l’éclairage atténue certains effets de la lumière artificielle, sans recréer pour autant les conditions d’une nuit réellement sombre.

Le crapaud épineux est une espèce commune dans le sud et l’ouest de la France, fréquemment présente à proximité des zones habitées, y compris en contexte urbain et périurbain. Chez son espèce sœur très proche, le crapaud commun (Bufo bufo), la lumière artificielle nocturne est déjà connue pour affecter le comportement, la physiologie et même l’expression des gènes dans les cellules : plus de 1 000 gènes dysfonctionnent lorsque les animaux sont soumis à une faible intensité lumineuse la nuit ! Or, chez ces animaux, l’activité est souvent plus marquée en début de nuit, ce qui laisse penser qu’une extinction partielle de l’éclairage en cœur de nuit ne peut, au mieux, qu’en atténuer les effets.

Qu’appelle-t-on « expression des gènes » ?

  • L’expression des gènes correspond à la manière dont un organisme « active » ou « désactive » certains gènes selon le moment, l’environnement ou l’état dans lequel il se trouve. Tous les gènes ne fonctionnent pas en permanence. Selon qu’il fait jour ou nuit, qu’un animal est au repos, en activité ou soumis à un stress, certains gènes sont davantage mobilisés que d’autres. Cela permet notamment de produire les molécules nécessaires au fonctionnement de l’organisme. Dire que la lumière artificielle peut modifier l’expression des gènes signifie donc qu’elle ne change pas seulement le comportement visible des animaux : elle peut aussi affecter leur fonctionnement biologique en profondeur.

Nous avons testé cette hypothèse expérimentalement chez des individus issus de l’une des zones les moins exposées à la pollution lumineuse dans l’ouest de la France – en Mayenne et dans l’Orne. Trois groupes ont été constitués : un groupe maintenu dans l’obscurité naturelle, un groupe exposé à une faible lumière toute la nuit (0,5 lux) et un groupe soumis à une extinction de l’éclairage entre 23 heures et 5 heures, mais avec cette même intensité lumineuse de 0,5 lux le reste de la nuit. Après au moins neuf jours d’exposition, nous avons suivi l’activité de mâles par vidéo au cours de la nuit.

La distance parcourue a peu varié selon les traitements, sans doute en partie à cause du dispositif expérimental. En revanche, un résultat ressort nettement : plus les crapauds sont exposés longtemps à la lumière, plus ils passent de temps dans leur refuge. Les individus soumis à une extinction partielle de l’éclairage occupent une position intermédiaire entre ceux placés dans l’obscurité et ceux exposés toute la nuit. C’est aussi le seul groupe à montrer une reprise de l’activité après le rallumage de 5 heures du matin.

Pour un crapaud, cela peut avoir des conséquences très concrètes : passer plus de temps caché, c’est potentiellement disposer de moins de temps pour chercher de la nourriture, trouver un partenaire ou se déplacer vers un autre site. Le regain d’activité observé au moment du rallumage pourrait aussi représenter un coût en énergie ou une source de stress. L’extinction partielle de l’éclairage réduit donc certains effets comportementaux, mais elle ne semble pas équivalente, pour ces animaux, à une nuit non éclairée.

Nous ne savons pas encore si cette atténuation se traduit aussi par une réduction des effets physiologiques ou génétiques de la lumière artificielle. Il reste également à mieux comprendre l’impact d’un changement brutal d’intensité lumineuse, au moment de l’extinction comme du rallumage.

Un constat commun : l’importance des moments clés de la nuit

Il serait excessif de conclure que l’extinction partielle de l’éclairage est inutile. Mais nos résultats rappellent qu’elle reste avant tout pensée en fonction des usages humains de la nuit – quand les espaces publics sont moins fréquentés et la circulation plus faible – plutôt qu’en fonction des moments où la lumière influence le plus les êtres vivants.

Dans nos trois études, ce sont justement les extrémités de la nuit qui apparaissent décisives. Chez le rouge-gorge, maintenir de la lumière au crépuscule et à l’aube suffit à entretenir des décalages d’activité, même lorsque l’éclairage est coupé au cœur de la nuit. Chez le petit molosse, avancer l’extinction du soir réduit l’effet de la lumière en début de nuit mais non en fin de nuit si le rallumage matinal reste inchangé. Chez les crapauds, le rallumage en fin de nuit relance l’activité alors qu’elle devrait plutôt diminuer. Dans les trois cas, le constat est le même : pour être efficace, une extinction partielle doit coïncider avec les périodes où les espèces sont les plus sensibles à la lumière et produire une baisse réellement perceptible de la luminosité.

Enfin, parler d’extinction comme d’un simple retrait de lumière peut être trompeur. Cette modalité de gestion de l’éclairage public impose aussi des transitions artificielles brutales – allumage, extinction, rallumage – qui peuvent perturber les organismes. Une extinction en milieu de nuit, ce n’est donc pas seulement moins de lumière : c’est aussi une autre manière de découper artificiellement la nuit.

Quelles implications pour l’action locale ?

Ces résultats ne livrent pas, bien sûr, de recette unique. Mais ils suggèrent trois leviers si l’on veut que l’extinction partielle de l’éclairage apporte aussi un bénéfice à la biodiversité.

D’abord, ajuster les horaires autour du crépuscule et de l’aube, souvent décisifs pour les rythmes et l’activité des espèces. Ensuite, réduire la lumière qui déborde des zones encore éclairées – rues adjacentes, enseignes, éclairages privés – pour que l’extinction se traduise par une baisse réelle de luminosité. Enfin, adapter la stratégie d’éclairage selon les lieux – centre-ville, quartiers résidentiels, abords d’espaces naturels – plutôt que d’appliquer partout la même règle.

Ces décisions d’aménagement gagnent à s’appuyer à la fois sur l’expertise écologique et sur l’expérience des habitants pour repérer les lieux et les horaires sensibles, arbitrer en transparence, puis ajuster les choix au vu des retours et des observations.

The Conversation

Samuel Challéat est coordinateur de l’Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS, directeur du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS, et directeur adjoint de l’UMR 5602 GÉODE. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Jean Secondi est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

Kévin Barré est membre de l’Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Laurent Godet est membre de l’UMR 6554 LETG, de l’Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion, de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS et de la Fondation de France dans le cadre du projet LARN.

Léa Mariton est membre de l’Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Elle a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS.

Thierry Lengagne est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

ref. À quelle heure éteindre les lampadaires pour protéger la biodiversité ? – https://theconversation.com/a-quelle-heure-eteindre-les-lampadaires-pour-proteger-la-biodiversite-281362

Chinese and Canadian approaches to math teaching have a lot to learn from each other

Source: The Conversation – Canada – By Chenkai Chi, Postdoctoral Research Fellow, Educational Studies, University of Windsor

What kind of education best helps students learn math?

In the province of Ontario, the most recent provincial standardized results (2024–25) show modest improvement in elementary mathematics achievement, but overall performance remains uneven, particularly in the junior grades.

Provincially, 64 per cent of Grade 3 students met the provincial standard, up from 61 per cent the previous year. In contrast, only 51 per cent of Grade 6 students met the standard, indicating that about half of students are not yet achieving expected levels by the end of the junior division.

Student attitudes toward mathematics also decline with age: while 67 per cent of Grade 3 students reported liking mathematics, this dropped to 48 per cent in Grade 6.

These results suggest gradual recovery following COVID-19 pandemic disruptions, but they also point to the necessity for more work to be done for both teachers and students to develop a deeper understanding of the 2020 math curriculum. This curriculum incorporated new priorities like social–emotional learning, coding, mathematical modelling and financial literacy.




Read more:
6 changes in Ontario’s not-so-basic new elementary math curriculum


My research has examined Ontario math education taught by generalist elementary school teachers in dialogue with Chinese mathematics instruction taught by specialist math teachers. Grounded in this work, I believe we should firstly be proud of Ontario math education instead of criticizing it.

This research was part of a partnership grant project from the Social Sciences and Humanities Research Council, with education researchers Shijing Xu and Michael Connelly.

Dialogue between teachers

In our research with a “Sister School Network” project, generalist elementary teachers from a Windsor, Ont. public school and mathematics specialist teachers from a Chongqing, China primary school participated in monthly online knowledge-sharing meetings.

At the meetings, teachers shared and compared curriculum. They offered demonstrations on topics such as fractions, multiplication and estimation, and discussed student learning and parent engagement.

From 2016 to 2019, Xu and I co-ordinated these monthly exchanges and organized visits of Canadian teachers to Chongqing as well as Chinese teachers’ visits to Windsor.

Other sister schools that are part of Xu and Connelly’s project include Shanghai-Toronto, Shanghai-ChangChun and Windsor-Beijing.

Special education, professional autonomy

Chinese mathematics specialist teachers deeply appreciated the strengths of Ontario’s generalist model — particularly the comprehensive learning support provided to students with diverse needs and the high level of professional autonomy granted to teachers.

One Chinese participant with more than 20 years of mathematics teaching experience reflected:

“I wish we could have a special education support system like in Canada.”

Such perspectives highlight a key strength of Ontario’s elementary generalist system — one that educators in the province can take pride in. In an interview I did with mathematics education researcher Christine Suurtamm, whose research has engaged international perspectives on mathematics education and Canadian teachers’ practice, Suurtamm noted:

“I think the idea that we have great faith in teachers’ professional judgment to work with a curriculum, and to determine the best way to sequence and select the kinds of activities that address the curriculum expectations and meet their students’ needs, is a real benefit to our students in Ontario. I think that is something we should be proud of.”

Value of working with a specialist

In my study, a Grade 5 Canadian teacher also appreciated the opportunity to co-plan and co-teach with a Chinese mathematics specialist teacher. In interviews, the teacher emphasized a deep appreciation for this collaborative approach and expressed the hope that Canadian schools could provide more structured opportunities for such professional collaboration.

In my interview with Suurtamm, she also noted it would be worthwhile if Ontario teachers had more time to develop their math lessons in collaboration with other teachers.

In 2023, Ontario announced funds to double the number of school mathematics coaches. Research about how and where the coaching model has been implemented, how teachers are relying on it and its real effects in the classroom would help gain insight into the efficacy of this approach.

Challenges with Ontario math education

My research also suggested ways Ontario mathematics education might learn from Chinese mathematics learning.

Two key challenges emerge in Ontario mathematics teaching. First, teacher collaboration is limited. Unlike Chinese mathematics specialists who routinely engage in co-planning, lesson observation and collective reflection, Canadian generalist teachers have few structured opportunities for sustained collaboration, despite a clear desire for it.

Second, the consolidation of mathematical learning seen in Ontario is relatively weak. One Chinese math specialist teacher described teaching mathematics as a dynamic balance between Fang (放) — encouraging open exploration and the use of multiple strategies — and Shou (收) — a structured consolidation phase. In this phase, key ideas are clarified, connections are synthesized and methods are formalized.

Ontario educators and policymakers may consider these insights in ways that are responsive to local situations.

Curriculum and approaches evolve

Overall, my collaborative research views improving mathematics teaching and curricula as an ongoing and progressive process.

As Suurtamm notes, curriculum changes should be approached as an evolution rather than a revolution. Changes build thoughtfully on existing foundations rather than seeking to replace them wholesale.

Before pursuing new directions, it is important to reflect on and recognize the strengths that already characterize Ontario’s mathematics education system.

The Conversation

Chenkai Chi receives funding from SSHRC Doctoral Fellowship, Ontario Graduate Scholarship and Mitacs Globalink Fellowship.

ref. Chinese and Canadian approaches to math teaching have a lot to learn from each other – https://theconversation.com/chinese-and-canadian-approaches-to-math-teaching-have-a-lot-to-learn-from-each-other-274072

Que faire de la violence dans les textes sacrés ?

Source: The Conversation – in French – By Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherches, Institut de recherche pour le développement (IRD)

*La Victoire de Josué sur les Amalécites* (1624-1626), par Nicolas Poussin.
Musée de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg, Russie)/Wikipédia

Le Coran comme la Bible comportent de nombreux passages qui peuvent être interprétés comme des appels directs à commettre des actes violents. Est-il possible – et est-il souhaitable – de limiter leur diffusion, spécialement auprès des jeunes ? Faut-il les accompagner d’une notice spécifique ? Ou compter sur la capacité de discernement des lecteurs ?


Dans une tribune publiée par le Figaro, une quarantaine de personnalités, dont Élisabeth Badinter et la sœur de Samuel Paty, ont demandé l’interdiction d’une dizaine d’ouvrages qualifiés d’islamistes et leur retrait de la plateforme du Pass Culture, dispositif d’accès aux activités culturelles mis en place par le gouvernement français à destination des jeunes entre 15 ans et 20 ans. Les livres incriminés sont, en l’occurrence, pour la plupart, déjà accessibles en ligne gratuitement.

Mais l’un d’entre eux, le Muwatta, retient plus particulièrement l’attention. Il s’agit en effet d’un texte écrit par Malik ibn Abbas, un imam du VIIIᵉ siècle à l’origine du malékisme. Or, ce courant de pensée constitue l’une des quatre écoles canoniques de l’islam sunnite, avec le chafiisme, le hanafisme et le hanbalisme. De plus, le Muwatta est considéré comme le plus ancien traité de jurisprudence islamique et une des principales sources de référence des hadiths, les dires du prophète.

Passages spécifiques du Coran et de l’Ancien Testament

Les pétitionnaires reprochent à l’imam Malik ibn Abbas d’appeler au meurtre, de légitimer la lapidation et de justifier le fait de « couper la tête » des apostats. À ce titre, on pourrait tout aussi bien envisager de restreindre la circulation du Coran. Le cinquième verset de la sourate du Repentir invite en effet à exterminer les polythéistes : « Tuez les idolâtres partout où vous les trouverez », ordonne-t-il.

« Quand vous rencontrerez les infidèles, ajoute la quatrième sourate, tuez-les jusqu’à en faire un grand carnage. »

Les moudjahidines n’en seront que mieux récompensés. La troisième sourate précise ainsi que « l’indulgence et la miséricorde vous attendent […] si vous mourez ou si vous êtes tués en combattant dans le sentier de Dieu ».

En poursuivant la lecture des textes sacrés des religions abrahamiques, on s’aperçoit cependant que la Bible n’est pas moins sanguinolente. L’Ancien Testament, en particulier, regorge de mille et une précisions sur la manière de sacrifier des animaux et développe une vision très militarisée du monde en comparant le croyant à un soldat ou un mercenaire. D’après le décompte de certains auteurs, il comprendrait entre 600 et 1 700 passages ayant trait à des actes de violence.




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Le Seigneur dispose ainsi d’un « arsenal » dont il peut tirer « les armes de sa colère ». Le Livre de Job précise que « la puissance et la terreur appartiennent à Dieu », tandis que l’ange de l’Éternel s’en va tuer 185 000 Assyriens qui voulaient s’en prendre aux Juifs.

Dans le Premier Livre des Psaumes, le Seigneur est une arme de combat au service d’une lutte xénophobe et suprémaciste qui vise à asservir les peuples étrangers et mécréants. Il poursuit ses ennemis, les atteint, les anéantit et les « brise ». Il « extermine » ceux qui le haïssent, les « broie comme la poussière » et les « foule comme la boue des rues » pour mettre Israël « à la tête des nations », assujettir les autres peuples et obtenir l’obéissance des « fils de l’étranger ».




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Un Dieu sans pitié ?

Le Dieu de l’Ancien Testament est d’autant plus résolu qu’il ne veut avoir « pitié d’aucun de ces méchants infidèles ». Dans le Livre d’Esaïe, par exemple, il trempe son épée dans le « sang des agneaux » pour punir les peuples voués à l’extermination et exercer sa colère « sur toutes les nations ».

« Il les livre au carnage. Leurs morts sont jetés, leurs cadavres exhalent la puanteur, et les montagnes se fondent dans leur sang. »

Dans le Premier Livre de Samuel, le Seigneur ordonne au peuple d’Israël d’aller punir les Amalécites, une tribu de nomades accusée d’avoir tenté d’entraver la sortie des Hébreux d’Égypte. Il faut effacer la mémoire de cette race maudite et n’en épargner aucun :

« Tu mettras à mort hommes et femmes, enfants et nourrissons, gros bétail et petit bétail, chameaux et ânes. »

Dans le Livre de Jérémie, Dieu ordonne de détruire « les fils de l’Orient », en l’occurrence les populations de la péninsule arabique. Il invite à piller leurs tentes, leurs chameaux et leurs troupeaux jusqu’à ce que leur terre devienne un « repaire de chacals, un désert pour toujours » :

« Personne n’y habitera, aucun homme n’y séjournera. »

Les Égyptiens et leurs alliés éthiopiens et libyens ne sont pas non plus épargnés dans le Livre d’Ezéchiel. Leurs villes seront dévastées et leur territoire est appelé à devenir un désert pendant quarante ans.

De tous les textes sacrés des religions abrahamiques, l’Ancien Testament est en fait le plus violent si l’on en croit des décomptes selon lesquels il comporterait 5,3 % de mots faisant allusion à des tueries ou des destructions, contre 2,8 % dans le Nouveau Testament et 2,1 % dans le Coran.

Alors que faire ? Faut-il aussi retirer la Bible des bibliothèques municipales et de la plateforme du Pass Culture ?

Quelles solutions – et en faut-il ?

Les signataires de la tribune du Figaro reprochent aux auteurs d’ouvrages islamistes de ne pas avoir fait « l’exégèse de hadiths ou de sourates pour présenter ce qui, à une époque, constituait la base d’une pratique religieuse datée, ancienne, celle du Moyen Âge arabo-islamique, société guerrière, expansionniste, colonisatrice et esclavagiste ».




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À suivre ce raisonnement, faudrait-il donc uniquement diffuser des versions de la Bible comportant des notes explicatives pour garantir « une mise à distance critique », ou bien insérer un avertissement pour prévenir le lecteur que certains passages peuvent choquer ? Après maintes tribulations, Tintin au Congo a, par exemple, été réédité en 2023 avec un avant-propos expliquant les préjugés coloniaux en vigueur au moment de la première parution de l’album de Hergé. Celui-ci avait en effet été vivement critiqué pour son racisme et sa xénophobie. En 2010, un citoyen belge et le Conseil représentatif des associations noires (Cran) avaient ainsi demandé, en vain, qu’on en interdise la vente. Dans certaines libraires du Royaume-Uni, à partir de 2007, l’album avait été déplacé des rayons enfants vers la section des BD pour adultes.

Le Coran et la Bible sont aussi des livres qui continuent d’être vendus, et pas seulement des textes sacrés et vénérés par les croyants. Il est évidemment important de les contextualiser pour en avoir une compréhension plus fine. Mais on ne peut a priori ni les corriger ni les expurger.

Pour les pouvoirs publics, la situation est d’autant plus inextricable qu’il ne leur revient pas de se mêler des débats des théologiens en vue d’imposer une exégèse plutôt qu’une autre. Tout bien considéré, il vaut donc mieux laisser le Muwatta sur la plateforme du Pass Culture, reconnaître « la face sombre de la Bible » et apprendre à vivre ensemble avec le legs d’un passé extrêmement violent.

The Conversation

Marc-Antoine Pérouse de Montclos ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Que faire de la violence dans les textes sacrés ? – https://theconversation.com/que-faire-de-la-violence-dans-les-textes-sacres-279958

Corse : aux racines de la violence politique des années FLNC

Source: The Conversation – in French – By Jean-Paul Pellegrinetti, Historien, IAE Nice – Université Côte d’Azur

Il y a cinquante ans, le 5 mai 1976, naissait le Front de libération nationale de la Corse, FLNC. Comment expliquer l’irruption de violence politique qui a frappé l’île jusqu’aux années 2000 ?


À la fin du XIXe siècle, l’économie agricole de la Corse s’effondre et l’île ne prend pas le tournant de la révolution industrielle. Pour beaucoup, le départ vers les colonies devient une échappatoire à la misère. Durant l’entre-deux-guerres, 230 000 Corses ou leurs enfants sont établis ou en service en outre-mer. Pendant les années 1960, la Corse reste la grande oubliée des Trente Glorieuses. Cette situation est à l’origine de la contestation portée par de nouvelles générations qui dénoncent la persistance d’un clanisme qui a sclérosé la vie politique. À cela vont s’ajouter les répercussions de l’indépendance algérienne et l’effondrement d’un empire colonial qui permettait d’accéder aux emplois de la fonction publique.

Déçue par l’absence de perspectives politiques, une partie de la jeunesse militante adopte progressivement la lutte armée comme mode d’action.

La fin de la guerre d’Algérie

Face au sous-développement économique qui prévaut sur l’île, un plan d’action régional propose, en 1957, une stratégie de relèvement économique adaptée aux impératifs de la construction européenne. Ce plan repose sur deux sociétés d’économie mixte, la société de mise en valeur de la Corse (Somivac) et la société d’équipement touristique de la Corse (Setco).

En 1962, avec l’indépendance de l’Algérie, 17 500 rapatriés non corses s’installent sur l’île et bénéficient des aménagements de ces sociétés alors que les Corses sont tenus à l’écart. Comme l’explique l’historien Didier Rey, des frustrations naissent donc avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie, porteurs d’une certaine forme de modernité. Les Corses se sentent sacrifiés, dépossédés du développement et, même, déracinés sur leur propre sol.

En 1965, des premiers attentats à l’explosif – non revendiqués – visent alors les « Pieds-noirs », la Somivac ou des complexes touristiques. Sur un fond de sentiment de spoliation, se constituent, autour des frères Edmond et Max Simeoni, les bases d’une revendication politique régionaliste, avec la création, en 1967, de l’Action régionaliste corse (ARC).

Aléria : un événement fondateur

Au début des années 1970 s’effectue en Corse le passage du régionalisme à l’autonomisme. La période correspond au Riacquistu, c’est-à-dire à la réappropriation de la langue, de la culture, de l’identité, de l’histoire, des expressions artistiques et culturelles ou encore des savoir-faire. Des combats à la fois politiques, culturels (création de groupes musicaux) ou écologiques sont menés. Notamment la lutte contre les « boues rouges » de la société italienne Montedison ou contre les projets d’essais nucléaires que le général de Gaulle veut mener sur le site d’anciennes mines en Balagne (Haute-Corse).

En janvier 1973, l’« Appel de Castellare » scelle l’acte de naissance du nationalisme corse dont les premiers mouvements clandestins, le Fronte Paesanu Corsu di Liberazione (FPLC) (créé le 8 octobre 1973) ou Ghjustizia Paolina, sont directement issus, à côté d’autres mouvements.

Dans la nuit du 3 au 4 janvier 1974, la Corse connaît sa première « nuit bleue » marquée par une vague d’attentats. Le 22 mars de la même année, à la veille de la visite du premier ministre Pierre Messmer, le groupe Ghjustizia Paolina fait exploser un avion sur l’aéroport de Bastia-Poretta. La violence politique fait ainsi son apparition dans l’histoire contemporaine insulaire et s’y installe pour des décennies. Durant l’année 1975, quelque 226 attentats sont comptabilisés.

En août 1975, des militants de l’Action pour la renaissance de la Corse (ARC), avec à leur tête Edmond Simeoni, occupent les armes à la main une cave viticole d’un rapatrié à Aleria pour dénoncer le scandale de vins frelatés dont la Corse est victime. Mais l’opération se termine dans le sang : le ministre de l’intérieur Michel Poniatowski décide d’employer la force. Deux gendarmes sont tués et un militant de l’ARC est grièvement blessé. L’événement marque le début d’une période de tensions politiques et de violences entre la Corse et l’État.

La création du FLNC

À la fin de l’année 1975, des discussions ont lieu entre les diverses organisations clandestines et conduisent à une unification. Le 5 mai 1976, est signé la naissance du Front de libération nationale de la Corse (FLNC). Il constitue un tournant du processus de radicalisation, dans les discours et dans les actes.

Sa création est annoncée par une spectaculaire vague d’explosions dans les principales localités de l’île, mais aussi à Nice, à Marseille et à Paris. D’autres vont suivre. On en comptabilisera plus de 300 en 1976, et jusqu’à 438 en 1980.

Pour marquer le premier anniversaire de son existence, en mai 1977, le FLNC publie son Livre vert. La Corse est présentée comme une colonie victime de l’oppression exercée par la France et ses relais locaux que sont les clans. L’indépendance doit permettre à la Corse de mettre fin à cette situation. La dynamique s’inscrit dans un contexte intellectuel marqué par les luttes tiers-mondistes et les références à la guerre d’Algérie.

Durant cette période, la violence s’intensifie et les « nuits bleues » se succèdent accompagnées par des slogans comme « IFF », (I Francesi Fora, « les Français dehors »), ou encore « la valise ou le cercueil ».

Cette radicalisation s’explique en partie par des facteurs socioéconomiques. La crise économique des années 1970, marquée par la montée du chômage et le déclin de certains secteurs clés, accentue le sentiment de marginalisation ressenti dans l’île, notamment dans les milieux modestes ou précarisés.

Dérives et ambiguïtés de l’État

Face à cette montée de la violence clandestine, l’État adopte une stratégie ambivalente. D’un côté, il affirme son autorité par des opérations policières ponctuelles et spectaculaires ; de l’autre, il semble tolérer l’émergence de groupes « contre-terroristes », à l’image de l’organisation Francia, le Front d’action nouvelle contre l’indépendance et l’autonomie créé en 1977. Opposé aux nationalistes, le groupe mène des attentats contre des militants nationalistes. Son existence contribue à instaurer un climat de violence généralisée, où les frontières entre légalité et illégalité deviennent floues. Francia entretient des liens troubles avec des milieux politiques ou administratifs, ce qui alimente les soupçons de collusion avec l’appareil d’État.

Cette situation engendre une profonde défiance au sein de la population, qui perçoit une justice à deux vitesses où les violences des groupes antinationalistes semblent rarement sanctionnées.

L’affaire Bastelica-Fesch, en janvier 1980, constitue l’aboutissement de ces tensions. Une tentative d’action menée par Francia dans le village de Bastelica (Corse-du-Sud) déclenche une réaction en chaîne, aboutissant à une prise d’otages et à un siège spectaculaire d’un hôtel à Ajaccio. L’intervention des forces de l’ordre, marquée par des affrontements violents, entraîne la mort d’un CRS ainsi que celle de deux civils, complètement étrangers aux événements. La condamnation des dérives de l’État est unanime, d’autant que le gouvernement français reste muet.

En 1981, la gestion judiciaire de l’affaire renforce ce sentiment. Les responsables des violences liées aux réseaux parallèles bénéficient d’un traitement clément, tandis que les militants nationalistes sont lourdement condamnés. Ils bénéficieront un an plus tard de l’amnistie accordée par le président François Mitterrand. Néanmoins, cette inégalité va contribuer à légitimer, dans certains milieux, le recours à la violence comme forme de résistance.

Triomphe du nationalisme

Après une guerre fratricide et violente menée durant quelques années entre différentes branches nationalistes, les années 2000 voient le vote nationaliste gagner progressivement du terrain lors des scrutins électoraux. Finalement, cinquante ans après la naissance du FLNC, ce sont les autonomistes – pour qui l’avenir de l’île doit passer par le rejet de la violence – qui prennent le dessus dans la vie politique insulaire.

Comme l’explique le politologue Andria Fazi, les résultats électoraux de 2017 attestent une « mainstreamisation » du vote nationaliste, capable désormais d’attirer des citoyens issus de tous bords politiques.

Lors des élections territoriales de juin 2021, Gilles Simeoni, président sortant de l’exécutif corse, obtient la majorité absolue, sans alliance avec d’autres listes nationalistes, et choisit l’autonomie comme l’une de ses priorités politiques.

The Conversation

Jean-Paul Pellegrinetti ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Corse : aux racines de la violence politique des années FLNC – https://theconversation.com/corse-aux-racines-de-la-violence-politique-des-annees-flnc-281558

Quelle approche globale pour un musée sobre et citoyen ?

Source: The Conversation – in French – By Lucie Marinier, Professeure titulaire de la chaire d’ingénierie de la culture et de la création, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

L’Atelier Maciej-Fiszer à Paris, qui a dû penser réemploi pour les expositions « Zorn » (automne 2017), « Les Hollandais à Paris » (printemps 2018) et « Impressionnistes à Londres » (automne 2018). Paris Musées

L’ouvrage Musée et Écologie. Missions, engagements et pratiques publié, sous la direction de Lucie Marinier, d’Aude Porcedda et d’Hélène Vassal, en janvier 2026, dans la collection « Musée-Mondes » des éditions de la Documentation française, dresse le riche panorama d’un secteur qui s’est « mis en route » et qui cherche, bien qu’encore freiné par des indicateurs marqués par la notion de croissance, à allier sobriété aux engagements écologique et citoyen.


Face à l’urgence climatique et à la multiplication des atteintes au vivant, les musées ont à résoudre une équation difficile mais décisive : renforcer leur rôle social et culturel pour participer à la redirection écologique de la société tout en diminuant leur impact sur l’environnement. Or celui-ci est réel : à titre d’exemple, un grand établissement comme le musée du Quai Branly Jacques Chirac émet près de 9000 tonnes équivalent CO2 de GES par an hors trajets des visiteurs. Or ces derniers peuvent peser jusqu’à 80 ou 90 % des émissions d’un établissement culturel.

Depuis une dizaine d’années, notamment au Canada mais aussi en France, nombreux sont les musées qui mettent en place des méthodologies pour mesurer et diminuer leur impact négatif et redoublent d’efforts pour diffuser la connaissance scientifique sur l’anthropocène et ses conséquences sur l’habitabilité terrestre, participant à la construire un nouvel imaginaire.

Cela concerne les musées de sciences mais aussi, bien que plus récemment, les musées d’art. Ces derniers, en plus de programmer des expositions d’art écologique, développent des initiatives hybrides avec des artistes, professionnels de l’environnement (OFB, Ademe), scientifiques du climat ou activistes. Ce fut le cas avec la programmation « Planétarium » au Centre Pompidou ou l’exposition « Cent œuvres qui racontent le climat » au Musée d’Orsay.

Nous sommes donc face à un secteur qui a pris conscience de son impact et de sa responsabilité et cherche à penser autrement, alors que les musées restent évalués à l’aune de la croissance des lieux et des collections, de la fréquentation des expositions et de l’illusion d’une stabilité climatique permettant une conservation des œuvres qui se voudrait immuable.

Une démarche commune et cohérente

L’ouvrage Musée et Écologie, sous la direction de Lucie Marinier (professeure du CNAM), d’Aude Porcedda (professeure de l’Université de Québec à Trois-Rivières) et d’Hélène Vassal (directrice du soutien aux collections du musée du Louvre) a mis à contribution plus de 90 acteurs – professionnels des musées, scientifiques et artistes – qui se mobilisent pour la production d’orientations stratégiques, font évoluer le discours du musée, construisent des projets citoyens et participatifs et des pratiques écoresponsables concrètes.

Car seules les approches globales, qui concernent les contenus culturels mais aussi la sobriété de leur production et de leur diffusion, peuvent inscrire de manière durable la redirection d’un établissement. Pour cela, de nouvelles manières de construire les projets, plus circulaires, plus collectives, sont essentielles, ce qui implique de décloisonner les fonctions et intégrer le plus en amont possible les enjeux écologiques. Le secteur muséal est constitué de métiers identifiés et les professionnels sont très connectés, y compris à l’échelon international, et ce sont par ces réseaux que passent les nouvelles pratiques.

Les projets d’écoresponsabilités sont aussi l’occasion de nouvelles collaborations, d’un certain « partage de la légitimité » entre les fonctions scientifiques et culturelles et les fonctions techniques, de production et de médiation, internes mais aussi externes au musées (par exemple des scénographes au sein des établissements de Paris Musées qui leur demande désormais d’imaginer des dispositifs qui pourront être au moins partiellement réutilisés pour deux voire trois expositions tout en étant pertinentes pour chacune).

Des expérimentations, souvent menées par des structures dédiées ou par des institutions en collectif favorisent ces décloisonnements et la collaboration avec des chercheur·euses.

De nouveaux métiers (écoconseillers, référents en responsabilité sociétale des organisations) apparaissent. Plusieurs politiques publiques ont accompagné et soutenu ces processus ces dernières années, souvent par des appels à projets, des guides ou des projets innovants tels que les résidences vertes.

Stratégies d’écoconditionnement des œuvres, inspirée du principe d’écoconception de la roue de Brezet et Van Hemel.
Studio dazd — Augures Lab Culturrrre Circulaire (ex-« Scénogrrraphie ») 2024, Fourni par l’auteur

Les métiers du musée révèlent de puissantes compétences, non seulement compatibles, mais favorisant les démarches écologiques. Trois principes partagés entre conservation préventive et écoresponsabilité apparaissent centraux : la durabilité, la sobriété et l’adaptation aux risques. La redirection écologique opérée par les missions et les normes muséales, plutôt que contre elles, semble ainsi produire les transformations les plus ambitieuses, les plus innovantes et les plus pérennes.

Notons que les approches françaises et canadiennes, principalement présentées dans l’ouvrage, comportent des nuances. Les musées québecquois étudiés ont une approche plus large, socio-écologique, intégrant l’ensemble des 17 Objectifs de développement durable (ODD), y compris les enjeux éducatifs, participatifs, inclusifs et décoloniaux. L’approche française sépare davantage les contenus de programmation et l’approche technique de la sobriété. Or, le « plafond de verre » qui semble se profiler invite à cumuler les deux approches pour une redirection écologique globale et robuste.

Dépasser le plafond de verre

De nombreux professionnels font part aujourd’hui de leur frustration : ils atteignent un plafond de verre, une fois réalisés les bilans carbone (dont plus de 80 % concernent les déplacements des visiteurs), les économies d’énergie et les dispositifs de réemploi. Les politiques publiques et l’engouement culturel baissent, les attaques contre les faits scientifiques relatifs au dérèglement climatiques sont nombreuses.

Les musées ont progressé en matière « d’efficacité écologique », ce qui leur permet de poursuivre le même niveau d’activité en utilisant moins d’énergie et de ressources, mais au risque de produire « un effet rebond » : cela « coûte moins », donc on fait plus. Encore trop rares sont ceux qui assument véritablement l’objectif de sobriété qui consiste à ralentir l’activité (allonger la durée des expositions, diminuer le nombre d’œuvres, les faire venir de moins loin) mais aussi à réinterroger la programmation, sa pertinence, son audience à l’aune des enjeux socio-écologiques.

Cela nécessite de repenser profondément, avec l’ensemble des professionnels, financeurs, territoires et publics, les projets scientifiques et culturels pour faire d’autres types de propositions, créer d’autres rituels, activer de nouvelles valeurs, rompre avec la logique « extractiviste » inhérente au musée moderne occidental – cette habitude de prélever des œuvres ou des objets pour les faire venir souvent de loin jusqu’à nos musées.

Deux pistes sont explorées en ouverture de l’ouvrage. La première est celle d’un musée conforté dans ses capacités à participer au soin des personnes et des écosystèmes et qui pourrait aussi « accepter » que les populations lui portent des attentions d’un nouveau type, plus actives, plus « dialoguantes ». Un musée engagé et, pour ou dans lequel on s’impliquerait, notamment sur les questions écologiques.

La seconde est très concrète. Au-delà de la sobriété volontaire, c’est à l’adaptation urgente au changement climatique que sont confrontés les musées avec l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de fortes chaleurs ou de pluie intense. L’étude menée par les Augures et Écoact montre que, en 2050, plus de 50 % des musées de France métropolitains connaîtront une hausse d’au moins 5 jours du nombre de jours très chauds et que 38 sont d’ores et déjà exposés directement au recul du trait de côte.

Les musées doivent mener des études de vulnérabilité afin de s’adapter (pour le bien des œuvres mais aussi des personnels et des publics) et d’intégrer ces enjeux au sein de leurs projets culturels et scientifiques. Garantir artificiellement la stabilité climatique devient une gageure, il faut penser différemment : en imaginant une autre saisonnalité de la programmation (ne pas utiliser les salles sous verrière en été par exemple), en développant l’inertie thermique des bâtiments ou en créant des microclimats ciblés pour les œuvres les plus fragiles.

Cette situation peut être angoissante et conduire à des maladapations. Par exemple, face à la hausse des températures, on peut être tenté d’installer de nouvelles climatisations qui vont produire de la chaleur extérieure et des émissions.

Pourtant, certaines équipes cherchent désormais à réfléchir à une redirection du musée accompagnée d’une coopération pour participer à l’adaptation de leur territoire, en s’appuyant sur des compétences spécifiquement muséales (musées qui deviennent lieux refuges en cas de canicules, végétalisation des abords dans le respect de l’esthétique patrimoniale…).

Le rôle d’intérêt général du musée pourrait, sans être remis en cause, se développer pour participer à sa propre adaptation mais aussi à celle de son environnement et de ses publics.


L’ouvrage collectif *Musée et Écologie », paru aux éditions de la Documentation française.

The Conversation

Lucie Marinier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quelle approche globale pour un musée sobre et citoyen ? – https://theconversation.com/quelle-approche-globale-pour-un-musee-sobre-et-citoyen-277563

Évaluations scolaires : noter plus tôt, à quel prix ? Une étude pointe des effets sur la santé mentale des filles

Source: The Conversation – in French – By Anna Linder, Researcher in Health Economics, Lund University

Des notes plus précoces pourraient fragiliser la santé mentale des adolescentes. LightField Studios/Shutterstock

À partir de quel âge donner des notes aux enfants ? En Suède, une réforme montre que des évaluations plus précoces peuvent creuser les inégalités de santé mentale entre filles et garçons.


Au Royaume-Uni, les écoles s’appuient de plus en plus sur les tests, les notes et des dispositifs dits « de responsabilisation » fondés sur la performance. En Angleterre, les inspections de l’Ofsted, l’organisme public chargé d’inspecter et d’évaluer les écoles, et les classements d’établissements renforcent l’attention portée à ces résultats mesurables. Des évolutions similaires ont eu lieu en Suède, où des réformes successives ont introduit des évaluations plus précoces et plus détaillées.

Ces environnements scolaires orientés vers la performance influencent le bien-être des jeunes. Pourtant, malgré les réformes fréquentes des systèmes d’évaluation, leurs conséquences psychologiques sont rarement au cœur des débats publics.

Notre dernière étude met en lien ces évolutions avec la hausse des troubles de santé mentale chez les jeunes. Elle montre que des évaluations plus précoces et plus formalisées peuvent accroître les troubles psychiques diagnostiqués cliniquement, en particulier chez les filles.




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L’éternel débat des notes à l’école


Nos travaux portent sur une réforme suédoise introduite en 2012, qui a avancé le début de la notation officielle de la classe de quatrième (environ 14 ans) à celle de sixième (environ 12 ans). Autrement dit, les notes et les indications explicites de performance relative apparaissent désormais deux ans plus tôt qu’auparavant.

Pour en estimer les effets, nous avons comparé des enfants nés juste avant et juste après la date de mise en œuvre de la réforme. Comme l’exposition dépendait strictement de la date de naissance, les élèves de part et d’autre présentaient des caractéristiques similaires, à ceci près que certains recevaient des notes plus tôt que d’autres. Nous avons également tenu compte de certaines tendances de fond sur cette période, notamment de l’augmentation générale des diagnostics de troubles psychiques au fil du temps. Ce type de comparaison entre cohortes permet d’isoler l’effet propre d’une notation plus précoce sur la santé mentale.

Notre analyse s’appuie sur des registres nationaux appariés en éducation et en santé, couvrant plus de 520 000 enfants nés entre juillet 1992 et juin 2000. Nous avons examiné les diagnostics psychiatriques enregistrés en soins ambulatoires et hospitaliers au moment où les élèves entraient en classe de troisième (fin du collège).

Des notes plus précoces affectent la santé mentale des filles

L’introduction de notes plus tôt dans le parcours scolaire a entraîné une hausse des diagnostics de dépression et d’anxiété chez les filles, avec des effets particulièrement marqués chez celles dont les résultats scolaires se situent entre faibles et moyens. Chez les garçons, les effets sont plus limités et moins systématiques.

Parmi les filles, la part de celles diagnostiquées pour dépression ou anxiété est passée de 1,4 % à 2,0 %. Si cette hausse absolue (0,6 point de pourcentage) peut sembler modeste, les troubles psychiatriques à cet âge restent relativement rares. Elle correspond en réalité à une augmentation d’environ deux cinquièmes par rapport à la situation antérieure à la réforme.

Une adolescente, le visage enfoui dans ses mains, réconfortée par des adultes
Les filles qui ont commencé à recevoir des notes à un âge plus précoce seraient plus anxieuses.
SeventyFour/Shutterstock

Nos résultats suggèrent que la pression scolaire et la comparaison sociale sont des facteurs probables de cette hausse des troubles de santé mentale. Les notes rendent la performance plus visible dès un plus jeune âge, en indiquant clairement la position d’un élève par rapport à ses pairs. À un moment où la construction de soi est encore en cours, cela peut accroître la sensibilité à la comparaison et au sentiment d’échec.

Une explication possible tient à une plus grande sensibilité des filles aux retours sur leurs performances. Dans des travaux antérieurs, nous avons montré que lorsque les filles recevaient des notes plus favorables que ce que leurs performances mesurées laissaient prévoir, leur santé mentale s’améliorait. Cela suggère qu’elles sont particulièrement réceptives aux évaluations – et donc plus vulnérables lorsque la pression liée à la notation s’intensifie.

Des conséquences plus larges

Nos résultats indiquent que la pression scolaire pourrait contribuer aux écarts de santé mentale entre les sexes à l’adolescence. Si les filles ont davantage tendance à intérioriser la pression et le stress liés à l’évaluation, l’introduction de notes plus précoces pourrait, de manière non intentionnelle, accentuer des inégalités déjà bien documentées.

Nous ne soutenons pas que la notation soit intrinsèquement néfaste. Les notes peuvent motiver, orienter les apprentissages et informer les parents comme les enseignants. Mais leur calendrier et leur conception comptent. Lorsque l’évaluation devient plus formelle plus tôt dans la scolarité, des coûts psychologiques inattendus peuvent apparaître en parallèle des objectifs académiques.

À mesure que les systèmes de notation évoluent, les questions de calendrier et d’intensité méritent une attention particulière. Les écoles ne sont pas seulement des institutions qui mesurent la performance ; ce sont aussi des environnements où les jeunes construisent leur identité. Concevoir des systèmes éducatifs qui soutiennent à la fois les apprentissages et un développement équilibré suppose de prendre ces deux objectifs au sérieux.

Les politiques éducatives impliquent inévitablement des arbitrages. Les dispositifs pensés pour mesurer et élever le niveau façonnent aussi l’expérience quotidienne des élèves. Nos résultats suggèrent que lorsque les décideurs avancent l’âge des évaluations formelles, ils devraient mettre en balance leurs effets sur la santé mentale avec leurs bénéfices académiques.

Les politiques de responsabilisation doivent prendre en compte leurs effets psychologiques. Il ne s’agit pas d’abandonner la notation, mais de concevoir des systèmes d’évaluation adaptés au stade de développement des élèves, accompagnés de dispositifs de soutien permettant d’interpréter les retours de manière constructive.

Les élèves réagissent différemment à l’évaluation. Des réformes efficaces pour certains peuvent en fragiliser d’autres, en particulier ceux déjà sensibles à la pression de la performance. Suivre le bien-être en parallèle des résultats scolaires permet de repérer plus tôt d’éventuels effets indésirables.

The Conversation

Anna Linder reçoit des financements du Swedish Research Council for Health, Working Life and Welfare et de la Public Health Agency of Sweden.

Gawain Heckley reçoit actuellement des financements du Swedish Research Council, du Swedish Research Council for Health, Working Life and Welfare et de la Jan Wallanders och Tom Hedelius stiftelse.

Ulf Gerdtham reçoit des financements du Swedish Council for Working Life and Social Research.

ref. Évaluations scolaires : noter plus tôt, à quel prix ? Une étude pointe des effets sur la santé mentale des filles – https://theconversation.com/evaluations-scolaires-noter-plus-tot-a-quel-prix-une-etude-pointe-des-effets-sur-la-sante-mentale-des-filles-281391

Face à Pékin, Taïwan peut-il encore compter sur la protection de Washington ?

Source: The Conversation – in French – By Barthélémy Courmont, Directeur du master Histoire — Relations internationales, Institut catholique de Lille (ICL)

Le respect tout relatif que porte Donald Trump aux alliances de long terme souscrites par les États-Unis alimente l’inquiétude à Taïwan : si la République populaire de Chine, toujours plus puissante sur le plan militaire, décide d’envahir l’île, cette dernière pourra-t-elle compter sur le soutien de Washington ? Et même sans invasion directe, ne risque-t-elle pas d’être sacrifiée si le président des États-Unis décide de passer avec Pékin l’un de ces grands « deals » qu’il apprécie tant ?


Il n’est nul besoin de rappeler qu’une confrontation entre la Chine et Taïwan aurait, avant même l’implication d’autres acteurs, des incidences profondes sur la sécurité et l’économie internationales. Aussi est-il indispensable de porter un regard lucide et attentif sur les tensions actuelles dans le détroit de Taïwan. Ces tensions ne sauraient cependant être comprises sans tenir compte du positionnement de Washington, dans une relation triangulaire que le politologue américain Richard Bush a qualifiée de « nœud ».

Il convient aujourd’hui de s’interroger sur ce nœud. D’une part, en raison de l’évolution du rapport de force interdétroit, qui place désormais Pékin dans une position très avantageuse. D’autre part, en raison des errements stratégiques de Washington et d’une politique étrangère américaine qui montre d’inquiétants signes de déclin.

L’étau chinois se resserre

Depuis 2016, on relève de plus en plus de provocations militaires chinoises impliquant les capacités navales et aériennes, avec de multiples incursions dans l’espace aérien et les eaux territoriales de Taïwan. S’y ajoute un discours menaçant : plusieurs responsables militaires chinois ont notamment insisté sur les préparatifs d’une invasion. Xi Jinping, plus mesuré, a rappelé que l’unification doit se faire par la voie pacifique… sans cependant exclure la possibilité d’avoir recours à la force, et donc à l’invasion. Si les tensions interdétroit ne sont pas nouvelles et doivent être analysées avec précaution, elles sont très clairement montées d’un cran depuis quelques années.

Le premier facteur de tension est politique. Après l’élection en janvier 2024 de (William) Lai Ching-te, connu pour sa défense sourcilleuse de la souveraineté de l’île, Pékin a poursuivi ses pressions et continué d’attaquer Taïwan par tous les moyens juridiques en sa possession, notamment auprès des organisations internationales, dont Taïwan est interdite d’accès en vertu du principe d’« une seule Chine », ou en torpillant les efforts diplomatiques de Taipei auprès de ses rares partenaires. Le président taïwanais a ainsi récemment dû renoncer à un déplacement en Eswatini (anciennement le Swaziland, en Afrique australe) en raison de l’annulation temporaire des autorisations de vol par plusieurs pays situés sur l’itinéraire.

Le second facteur est militaire. Autrefois incapable de planifier une invasion de Taïwan, la Chine est désormais en position de force. Si Taipei dispose de soutiens officiels, la République populaire sait qu’elle possède un avantage stratégique lui offrant la possibilité de donner de la substance à son discours agressif. Lors du vingtième congrès national du Parti communiste chinois en octobre 2022, Xi Jinping a même annoncé un renforcement de l’appareil militaire pour doter son pays d’une « armée de classe mondiale » à l’horizon 2027. Plus récemment, à l’occasion de l’Assemblée nationale du peuple, l’habituelle formule de « réunification pacifique » fut remplacée par celle de « réunification ferme » dans le rapport sur le budget du premier ministre Li Qiang.

Une escalade militaire dans le détroit de Taïwan pourrait conduire à un conflit dévastateur pour la région et aurait des conséquences très lourdes sur l’économie mondiale. En effet, ce détroit constitue une voie de communication majeure pour le commerce international. L’arrêt des exportations et des importations depuis Taïwan perturberait les chaînes d’approvisionnement logistique et l’activité de nombreux centres économiques de la région, d’Europe et du reste du monde. Cette dépendance à Taïwan s’est renforcée au cours des dernières années, à la faveur du développement des exportations de produits de haute technologie, notamment les semiconducteurs.

Derrière la rhétorique agressive de Pékin et les risques d’escalade militaire, la relation interdétroit continue cependant d’offrir certaines garanties de maintien du statu quo.

La Chine a conscience du fait qu’une invasion de Taïwan l’exposerait à de très lourdes conséquences, militaires d’abord (capacités de riposte de Taïwan contre des villes chinoises, possibilité d’un engagement américain mais aussi japonais), diplomatiques ensuite (risque d’isolement et de sanctions), économiques enfin, quand on mesure l’importance des liens économiques et commerciaux entre les deux rives du détroit. En se lançant dans une hasardeuse invasion de Taïwan, Pékin prendrait donc un risque énorme, au point que la question de « l’après » se pose dans les cercles décisionnaires chinois.

Washington, un partenaire fiable ?

La relation interdétroit est triangulaire : elle implique le soutien des États-Unis à Taïwan, notamment en vertu du Taïwan Relations Act adopté par le Congrès américain en 1979 et des « Six assurances » données en 1982 à Taïwan par Ronald Reagan. Celles-ci engagent Washington à ne pas définir de date pour la cessation de la livraison d’armements à Taïwan ; à ne pas consulter Pékin sur les ventes d’armes à Taïwan ; à ne pas jouer de rôle de médiateur entre Taipei et Pékin ; à ne pas réviser les termes du Taïwan Relations Act ; à ne pas changer sa position sur la question de la souveraineté de Taïwan ; et à ne pas exercer de pressions sur Taipei pour ouvrir des négociations avec Pékin.

Ce lien a été particulièrement au centre des attentions en 1996 quand, en marge de la première élection présidentielle à Taïwan, Washington avait dépêché plusieurs navires de guerre dans le détroit pour répondre aux provocations chinoises. Une décennie plus tard, le soutien américain à Taïwan a été disputé à l’occasion de l’adoption par la République populaire de Chine (RPC) d’une loi anti-sécession indiquant que toute proclamation d’indépendance de Taïwan conduirait à l’utilisation de la force. Washington avait indiqué que son soutien ne serait pas forcément effectif dès lors que la « provocation » viendrait de Taipei.

Depuis, la relation sino-américaine s’est complexifiée, et Washington voit dans Taipei une épine dans le pied de Pékin. Mais Taïwan craint de voir la Chine profiter d’une vacance de leadership de Washington pour lancer l’assaut. La crédibilité des États-Unis est ainsi réexaminée à Taïwan. Le retrait américain d’Afghanistan en août 2021, la volte-face sur l’Ukraine et, plus généralement, le déclin relatif mais réel de l’influence des États-Unis dans le monde et leur refus de s’engager aux côtés des partenaires traditionnels sont perçus à Taipei comme des signes indiquant qu’il est nécessaire de réexaminer la relation avec Washington. Les Taïwanais craignent ainsi d’être « lâchés » par le partenaire américain et de devenir l’objet d’un « grand marchandage » entre Washington et Pékin.

La politique étrangère déployée par l’administration Trump renforce les inquiétudes de Taipei. Le conflit en cours au Moyen-Orient fait craindre aux Taïwanais une nouvelle crise de crédibilité de Washington, qui non seulement parvient difficilement à définir une politique étrangère cohérente, mais qui se heurte en plus à d’immenses problèmes de moyens logistiques, notamment en matière de munitions.

C’est dans ce contexte que la réactivation du partenariat stratégique avec Washington est privilégiée à Taipei. Taïwan achète des armements aux États-Unis, sans avoir toutefois la garantie que ceux-ci seront livrés dans les délais et que l’armée américaine volerait à son secours dans le cas d’une agression chinoise.

Lors d’une rencontre avec des parlementaires américains à Taipei, le 7 avril 2026, le président taïwanais a rappelé que le budget de la défense nationale dépassera cette année 3 % du PIB du pays et atteindra 5 % d’ici à 2030. Il a également indiqué que le gouvernement a proposé un budget spécial de défense de 40 milliards de dollars (34 milliards d’euros) sur huit ans afin de renforcer les capacités de combat asymétrique et de coopérer avec des pays industrialisés militaires de pointe comme les États-Unis.

Lors de leur rencontre à Washington, le 19 mars 2026, Donald Trump et la première ministre japonaise Takaichi Sanae se sont engagés en faveur de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan. Ils ont également soutenu le règlement pacifique des différends par le dialogue, et se sont opposés à toute tentative de modification unilatérale du statu quo, y compris par la force ou la coercition, ce que Taïwan a salué.

Mais, dans le même temps, le locataire de la Maison-Blanche privilégie une approche unilatérale et sans aucune concertation avec ses alliés traditionnels sur le dossier de l’Iran, où il a choisi la voie de la force plutôt que celle de la diplomatie. De quoi interroger les Taïwanais sur la crédibilité du discours officiel américain, et rappeler que les inquiétudes des partenaires de Washington en Asie orientale sont très proches de celles des alliés européens.

De quoi, aussi, alimenter les craintes d’un passage à l’acte de la RPC, qui non seulement se sent en position de force, mais surtout qui peut estimer pouvoir attaquer l’île sans se soucier d’une riposte américaine. De quoi, enfin, faire réfléchir à une reconfiguration sécuritaire régionale, et donc imposer un dialogue décomplexé entre Taipei et Washington, au-delà des déclarations convenues et n’abordant pas les sujets qui fâchent.

Ce dialogue est plus que jamais indispensable, tout autant qu’il est désormais obligatoire pour Taipei de chercher d’autres partenaires, pour le cas où Washington ferait défaut. Mais du Japon à l’Australie, en passant par les Philippines et même l’Union européenne, les potentiels candidats seraient-ils plus fiables que Washington ?

The Conversation

Ce texte a bénéficié du soutien de la Taïwan Fellowship 2026 du Ministry of Foreign Affairs (MOFA), République de Chine (Taïwan).

ref. Face à Pékin, Taïwan peut-il encore compter sur la protection de Washington ? – https://theconversation.com/face-a-pekin-ta-wan-peut-il-encore-compter-sur-la-protection-de-washington-281916

The COVID-19 pandemic exposed the load mothers carry — a burden that’s still being ignored today

Source: The Conversation – Canada – By Jane E. Sanders, Associate Professor, King’s School of Social Work, Western University

The COVID-19 pandemic exacerbated and brought into focus the ongoing disproportionate burden on mothers when it comes to household logistics, child care and financial inequity. It also revealed just how deeply embedded and structurally reinforced that burden is.

When labour that had previously been a shared social responsibility shifted into individual households, the load fell mainly to women. But perhaps even more important is that the true impact of this burden was invisible — even to women themselves.

Data over three years, from 2020 to 2023 — the height of the pandemic — laid bare the reality of a poorly scaffolded social structure. What had been seen as informal or “natural” for women to take on was, in fact, an uneven distribution of labour and responsibility.

That reality has clear economic effects. Canadian women earn approximately 69 per cent of the average salary of men. Mothers’ salaries also decrease by 49 per cent in the year after a child is born and 34 per cent 10 years later, while fathers’ salaries are largely unaffected.

This disparity — often referred to as the motherhood gap or child penalty — increases over time, crosses generations and is rooted in how societies value and distribute care work.

Studying families during COVID-19

Even before the pandemic, women were often responsible for the majority of housework and child care.

This was the status quo when COVID-19 arrived, as social isolation regulations increased family mental-health concerns while simultaneously decreasing social support.

Between January 2021 and August 2023, qualitative data was collected through semi-structured interviews and focus groups that included 113 people — social work students and professionals from King’s University College at Western University’s School of Social Work and the local school board — to examine the impact of COVID-19 on families who participated in the first three years of our Support and Aid to Families Electronically (SAFE) program.

Participants were asked how families were impacted during COVID-19 and the associated restrictions. We did not expect the disproportionate cost of these increased household responsibilities to be invisible.

Our social systems position women, particularly mothers, as the primary load-bearing point, shouldering a concentrated burden within families. When the already inadequate scaffolding of social structures is removed, as it was during COVID-19, the pressure is too concentrated. Policies, social expectations and workplace culture reinforce these imbalances.

Inequality hiding in plain sight

There were stories of mothers juggling working from home with children’s daily needs, balancing in-person work without child care and facing unemployment and financial peril. After each story, and among other questions, we asked if they thought any of this was related to their gender.

Overwhelmingly, the women said, “No.”

The unequal burden of the COVID-19 pandemic on women was evident in the new roles they were required to undertake, the stress associated with these roles and the psychological and emotional impact of these increased expectations.

However, the concentrated weight of this load was not recognized by those bearing it.

The participants in our study did not identify the stories they shared — of job loss, of being an in-home caregiver (daycare provider, food preparer, entertainer, social support) or of providing mental-health case management and support when everything, including in-school learning, closed — as being connected to the fact that they are women.

The responses revealed how deeply gendered expectations are internalized, framed as circumstance or coincidence rather than inequality.

For example, some of the women said they took on more of the household burden simply because they happened to be the ones who were home during the day, while others said they took on more because they were the one working outside of the home during the day. One participant said:

“Whoever was at home dealing with [our] three children, [they’re] not really doing any of the household stuff. And that just happened to be my husband who was always home. [I would] come home [after having] worked, I now deal with kids and dinner, and then I’m also doing all of the household things. This was burdensome, but I don’t really think it was because I [am a woman].”

Even when the cost of this burden was clear, the fact that it was gendered remained hidden. Another said:

“I don’t think I closed down the business because of being a woman. It was just a lot to handle. It was just draining on a day-to-day.”

It was understood that if women are unable to bear the load, foundational social structures could fracture, as one mother observed:

“My mental health had the greatest impact on the mental health and emotional regulation of the entire household.”

The cost of ignoring the burden

There are profound positives to motherhood, and conceding the need for equity and balance does not contradict them. Rather, acknowledging the disproportionate responsibilities related to household well-being, child care, education and financial equity validates women’s struggle to keep up. It also challenges internalized dominant messages for all of us.

The mental health and educational impact of COVID-19 on children, youth and families will be longstanding. The impact on parents, particularly mothers, will be ongoing.

Only once we truly acknowledge this disproportionate burden can we discuss how these expectations fail everyone, particularly during times of structural instability.

Until caregiving and emotional labour are recognized as shared social responsibilities, rather than private obligations borne disproportionately by women, crises like COVID-19 will continue to deepen existing inequalities.

The Conversation

Jane E. Sanders received funding from the Social Sciences and Humanities Research Council grant number 430-2021-00162.

ref. The COVID-19 pandemic exposed the load mothers carry — a burden that’s still being ignored today – https://theconversation.com/the-covid-19-pandemic-exposed-the-load-mothers-carry-a-burden-thats-still-being-ignored-today-275922