Alternatives aux néonicotinoïdes en culture de betterave : les avancées de la recherche

Source: The Conversation – France (in French) – By Guy Richard, Directeur de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Inrae

Récolte de betteraves sucrières en Normandie. stanze/Flickr, CC BY

Voici quatre ans que des scientifiques testent et étudient les alternatives aux néonicotinoïdes pour les cultures de betteraves. Les pistes de solutions sont nombreuses et complémentaires.


Le 1er septembre 2018, la France interdisait l’usage agricole des néonicotinoïdes (NNI), insecticides qui agissent sur le système nerveux des insectes. Ces molécules, reconnues comme une des causes du déclin des colonies d’abeilles et de la biodiversité, ont été utilisées à partir des années 1990 pour contrôler les pucerons qui infestent des cultures, comme la betterave sucrière.

Présents dans les enrobages des semences, différents NNI ont pu se répandre dans les plantes et dans le sol où ils pouvaient atteindre les organismes du sol, y compris les semences des cultures suivantes et des graines de plantes productrices de pollen et de nectar, qui peuvent ensuite être visitées par les pollinisateurs.

L’interdiction des NNI a entraîné en 2020 une baisse moyenne de rendement de 28 % sur l’ensemble de la surface cultivée en betterave sucrière française, due à la jaunisse virale propagée par de fortes populations de pucerons.

Les professionnels agricoles se sont alors mobilisés pour :

  • obtenir une dérogation d’utilisation des NNI soumis à l’avis annuel d’un conseil de surveillance réunissant des parlementaires, dérogation qui sera elle-même interdite en 2023 suite à un arrêt de la Cour de justice européenne ;

  • soutenir et accélérer la recherche d’alternatives aux NNI sur betterave.

Depuis 2021, le ministère en charge de l’agriculture soutient un programme national de recherche et d’innovation (PNRI) initialement doté de 7,2 millions d’euros sur trois ans – et reconduit depuis – pour explorer des solutions opérationnelles à court terme. Le programme est copiloté par l’Institut national de la recherche sur l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et par l’Institut technique de la betterave (ITB). Il s’appuie sur un comité de pilotage composé de représentants de la filière et sur un conseil scientifique rassemblant plusieurs instituts et présidé par l’Inrae.

En tant que membres de ce conseil scientifique, nous souhaitons faire un état des lieux du PNRI quatre années après sa mise en place, à l’heure où une dérogation à l’utilisation de l’acétamipride (NNI en application par pulvérisation sur les feuilles des plantes) a été proposée, provoquant de nombreuses réactions dans le monde agricole et auprès des citoyens.

Le PNRI a soutenu 25 projets de recherche portés par des scientifiques d’origine diverse : recherche publique, enseignement supérieur, enseignement agricole, instituts techniques, sucreries, entreprises semencières et de biocontrôle, assureurs.

Plusieurs projets impliquaient directement des agriculteurs pour des expérimentations en plein champ. Le PNRI a ainsi permis de mieux comprendre et de prévoir le développement de la maladie, de tester différents moyens agronomiques pour la gérer et d’étudier les conditions de leur déploiement.

Mais pour comprendre quelles sont aujourd’hui les pistes de solutions retenues pour lutter contre la jaunisse sans NNI, commençons par regarder en quoi consiste cette maladie.

La maladie de la jaunisse

La jaunisse de la betterave est provoquée par quatre virus de plantes, parfois en multi-infection (le Beet Yellow Virus, ou BYV, étant le virus le plus dommageable). Ces virus sont transmis aux plantes par des insectes vecteurs, principalement le puceron vert du pêcher (Myzus persicae), mais aussi par le puceron noir de la fève (Aphis fabae), lorsque ces pucerons piquent les plantes pour se nourrir de leur sève.

Le virus provoque alors une altération de la photosynthèse et du transfert des sucres depuis les feuilles vers les racines : la plante jaunit et perd de sa capacité à accumuler du sucre dans sa racine.

Les virus ne peuvent cependant pas être transmis à la descendance des pucerons porteurs. C’est seulement en piquant une plante déjà infectée que le puceron se charge en virus et qu’il pourra alors le transmettre à d’autres plantes de betterave. Le contrôle des réservoirs de virus apparaît donc comme un élément important de prévention et de gestion de la maladie.

Le contrôle des réservoirs de virus

La culture de la betterave constitue le principal réservoir de virus de la jaunisse via :

  • les repousses des plantes de betterave laissées dans les parcelles suite à la récolte, ou au bord des parcelles à la suite du stockage temporaire des racines tubérisées avant leur transport à la sucrerie ;

  • des plantes destinées à la production de semences, qui passent l’hiver dans des parcelles semées à l’automne et récoltées l’été suivant.

Dans les deux cas, la présence continue de betterave permet aux pucerons de se charger en virus tout au long de l’année. La prévention consiste à enfouir ou à détruire les repousses et à séparer géographiquement (d’un kilomètre au minimum) les parcelles destinées à la production de semences et celles destinées à la production de sucre. La proximité des deux types de parcelles de betterave est probablement à l’origine de symptômes viraux particulièrement marqués dans les régions Centre et Île-de-France.

La perturbation du déplacement des pucerons

Contrairement au virus de la jaunisse, les pucerons ont de multiples plantes hôtes (colza, moutarde…). Ayant un stade ailé, leurs distances de déplacement atteignent plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres.

Ces deux éléments compromettent le contrôle de leur dissémination. En revanche, il est possible de prévoir les dates d’arrivée des vols de pucerons à partir des données de température hivernale avec des modèles en voie d’amélioration. Par ailleurs, la présence de plantes dites compagnes entre les rangs de betterave (avoine, orge notamment) perturbe le repérage des plantes de betterave par les pucerons.

La diffusion de composés organiques volatils dans l’atmosphère ou la présence de certaines espèces végétales non-hôtes détournent également les pucerons de ces parcelles (graminées) ou les attirent en dehors (crucifères). L’efficacité moyenne de ces deux techniques a été évaluée à 50 % sur les populations de pucerons et à 40 % pour les symptômes de jaunisse. Les plantes compagnes sont à détruire au bon moment pour éviter toute concurrence avec la betterave elle-même et ne pas occasionner une diminution du rendement.

La destruction des pucerons

L’apport d’insectes prédateurs (chrysopes, syrphes) des pucerons et la présence de couverts végétaux qui leur sont favorables (bandes enherbées, haies) sont des moyens de réduire les populations de pucerons.

Leur efficacité est très variable, de 0 à 68 % selon les parcelles, probablement en lien avec des conditions climatiques plus ou moins favorables à la survie et au développement des auxiliaires.

Se contenter de favoriser les prédateurs ne permet pas de contrôler le développement des pucerons. Cette technique doit de fait être associée à d’autres moyens de lutte.

L’apport d’insecticides de synthèse reste possible avec deux matières actives actuellement autorisées, le flonicamide et le spirotétramate, relativement spécifiques des pucerons et efficaces. Ces insecticides ont une durée maximale d’action de deux semaines, ce qui peut nécessiter plusieurs passages selon la succession des vols de pucerons. Des produits insecticides naturels ont été testés, avec des résultats décevants et très variables au champ, excepté pour un champignon entomopathogène (Lecanicilium muscarium) avec une efficacité de 0 à 41 %.

Vers des variétés moins sensibles au virus

Réduire la sensibilité des plantes au virus de la jaunisse est une autre voie d’action. Des variations de sensibilité à la maladie ont été mesurées pour les variétés actuelles et pour des populations de plantes utilisées dans les programmes de sélection des futures variétés. Cela laisse présager de futures variétés plus ou moins résistantes avec des potentiels de production variables, ce qui à terme permettra de mieux ajuster le choix des variétés au contexte épidémiologique.

Le stade de développement de la plante est également un facteur de sensibilité au virus, dont les dommages sont plus importants sur les jeunes stades. Il faut donc chercher à semer le plus tôt possible pour éviter des dates usuelles d’arrivée des pucerons.

On sait aussi que la quantité d’azote dans la plante joue sur l’attractivité de la plante : elle est plus élevée quand la teneur en azote de la plante est forte. Une réduction de la fertilisation azotée précoce reste ainsi une possibilité à explorer. Des stimulateurs de défenses naturelles des plantes ont également été testés, sans efficacité avérée en plein champ.

La combinaison des moyens de lutte

Divers leviers sont dès lors combinables pour lutter contre la jaunisse à l’échelle de la parcelle : choix de la variété, gestion de la fertilisation azotée, apport de stimulateurs de défense des plantes, semis de plantes compagnes dans les interrangs, semis de plantes abritant les prédateurs des pucerons, repoussant ou attirant les pucerons, apport de prédateurs ou de parasitoïdes des pucerons, apport d’insecticides, d’origine naturelle ou de synthèse.

À l’échelle du bassin de production, on peut jouer sur la destruction des repousses de betterave de l’année précédente, l’organisation spatiale des parcelles de betterave à production de semences ou de sucre.

Plusieurs combinaisons ont été testées dans des parcelles d’agriculteurs qui se sont engagés pour mettre en œuvre de nouvelles pratiques moyennant une indemnisation. Les essais se poursuivent pour mieux évaluer l’efficacité et le coût des pratiques. On peut dire aujourd’hui qu’il n’existe pas une alternative aux NNI aussi efficace lorsqu’elle est appliquée seule, mais un ensemble d’alternatives à combiner pour une efficacité maximale de l’ordre de 70 % sur les pucerons et de 50 % sur la maladie. Ces évaluations restent cependant difficiles à réaliser dans des contextes d’infestation relativement faibles depuis l’année 2020.

Le bilan du programme PNRI

Hormis l’année 2020, le rendement moyen de la surface agricole française en betterave a été peu affecté par la jaunisse virale. Cela tient probablement à plusieurs facteurs : les caractéristiques climatiques des années 2019, 2023 et 2024, jugées peu favorables au développement des pucerons (2021 et 2022 ont bénéficié de la dérogation NNI), l’utilisation des deux insecticides de synthèse, les actions de prévention vis-à-vis des réservoirs de virus mises en place depuis 2024.

Même si le PNRI n’a pas totalement atteint son objectif de déployer, dès 2024, des solutions opérationnelles, il faut souligner la qualité des recherches menées pour comprendre la maladie, l’ampleur et l’opérationnalité des résultats obtenus. Des alternatives à l’utilisation systématique d’insecticides chimiques existent, plus compliquées, plus coûteuses à déployer et moins efficaces que la pulvérisation foliaire d’un NNI, mais elles ne portent pas atteinte à la santé de l’environnement ni à la santé humaine.

Compte tenu de ces résultats, il nous semble tout à fait envisageable de promouvoir les alternatives aux NNI, mais en actant que les agriculteurs ne peuvent pas être les seuls à supporter le surcoût et le risque associés. Deux approches, à combiner, sont à développer :

  • d’une part, un mécanisme assurantiel pourrait être mis en place pour permettre aux agriculteurs de faire face aux années de forte infestation. Un des projets du PNRI a démontré sa faisabilité, et ce d’autant plus que cette situation n’a été observée qu’en 2020 (soit une année sur quatre) ;

  • d’autre part, un mécanisme de répartition du coût sur l’ensemble de la chaîne producteur-transformateur-distributeur-consommateur et non pas sur les seuls agriculteurs dans l’esprit des lois Egalim 1 et 2 pour l’amélioration de l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire.

À cela, il faut ajouter un mécanisme de non-concurrence intraeuropéenne ou internationale.

Le PNRI apparaît donc comme un programme pluridisciplinaire avec des acteurs divers qui a permis de mettre au point et de définir des modalités de déploiement d’alternatives aux NNI. Ce programme bénéficie d’une prolongation pour aller au bout de l’évaluation de ces alternatives. On voit ici le rôle essentiel joué par les décisions politiques pour donner un signal crédible aux parties prenantes d’un système leur permettant ainsi de se mobiliser pour trouver des solutions.

The Conversation

Guy Richard est président du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Il préside également le conseil d’orientation scientifique et technique du réseau des instituts techniques agricoles (COST ACTA).

Alexandre Gohin est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière

Anne Laperche est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière

Bernard Bodson est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Il est président du Conseil scientifique d’ARVALIS.

Christophe David est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Il est président du conseil scientifique de Terres Inovia.

Eugénie Hebrard est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière.

Marianne SELLAM est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière. Elle est également trésorière de l’association “Biocontrôle et Biostimulation pour l’Agroécologie”.

Philippe Reignault est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière.

Virginie Ravigné est membre du conseil scientifique et de suivi du Programme national de recherche et d’innovation (PNRI) sur les solutions de lutte contre les pucerons et la jaunisse de la betterave sucrière.

ref. Alternatives aux néonicotinoïdes en culture de betterave : les avancées de la recherche – https://theconversation.com/alternatives-aux-neonicotino-des-en-culture-de-betterave-les-avancees-de-la-recherche-265881

Pour réduire le stress parental, faut-il sortir du modèle de la famille nucléaire ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Elizabeth Sharda, Associate Professor of Social Work, Hope College

« Il faut tout un village pour élever un enfant. » Pour mieux jongler entre vie familiale et vie professionnelle et gérer le stress parental au quotidien, ne faudrait-il pas prendre plus au sérieux ce proverbe ? L’idéal de la famille nucléaire est récent, nous dit l’anthropologie, et l’inscription dans un vaste réseau social est un facteur de résilience.


Je termine ma journée de travail et je rentre chez moi, en m’arrêtant rapidement pour acheter le matériel dont mon collégien de fils a besoin pour un projet à rendre cette semaine ainsi que les ingrédients nécessaires à un dîner rapide.

Arrivée à la maison, je consulte le site de l’école de ma fille et découvre qu’elle a oublié de rendre un devoir. Lorsque je lui en parle, elle pique une petite crise. Je mobilise toute mon énergie pour l’aider à se calmer et à résoudre le problème. Mon mari rentre à la maison avec notre fils aîné, qui est découragé par un petit incident lors de l’entraînement de football au lycée. Nous devrons nous occuper de cela plus tard.

Autour de la table, nous réalisons que les deux enfants ont des entraînements sportifs jeudi, à deux bords opposés de la ville, au même moment qu’une réunion obligatoire des parents d’élèves. Et maintenant, c’est moi qui suis au bord de la crise de nerfs.

Ce soir-là, je ne suis pas en train de traverser une situation exceptionnelle ou particulièrement catastrophique. Des scènes comme celle-ci, il s’en déroule tous les soirs dans l’intimité des foyers. D’ailleurs, ma famille est privilégiée en ce qu’elle bénéficie d’un certain nombre d’appuis que d’autres n’ont pas.

Pourquoi est-ce, malgré tout, si difficile ?

Pendant longtemps, j’ai eu honte d’être dépassée par mon rôle de parent. Comment les autres s’y prennent-ils pour paraître tout gérer si facilement ? Bien sûr, les témoignages mis en avant sur les réseaux sociaux ne faisaient qu’alimenter ce jeu de comparaison. J’avais souvent l’impression d’être à la traîne, de passer à côté d’une astuce que les autres avaient trouvée pour ne pas se sentir constamment épuisés.

En réalité, je suis loin d’être la seule à ressentir ce que les sociologues appellent le « stress parental ». Défini comme la réaction psychologique négative à un décalage entre les exigences parentales et les ressources disponibles, ce stress s’est de plus en plus répandu au cours des cinq dernières décennies, avec des répercussions non négligeables : les parents qui le subissent à un niveau élevé voient leur santé mentale se détériorer et se sentent moins proches de leurs enfants.

J’ai commencé à m’intéresser au stress parental et au bien-être lorsque, plusieurs années après être devenue mère, j’ai quitté mon emploi d’assistante sociale pour m’inscrire en doctorat. J’ai alors appris quelque chose qui a complètement changé ma perspective : les parents d’aujourd’hui sont soumis à un niveau de stress très élevé parce que, traditionnellement, les gens n’ont jamais élevé leurs enfants seuls. Et pourtant, nous sommes plus isolés que jamais.

C’est là que j’ai eu le déclic. Les parents n’ont pas besoin d’en faire plus ou de redoubler d’efforts. Ce dont nous avons besoin, c’est de créer plus de liens sociaux. Nous n’avons pas besoin de nouveaux articles sur les réseaux intitulés « Les trois meilleures façons d’organiser votre famille ». Nous avons besoin d’un changement de paradigme.

Le mythe de l’autonomie familiale

Tout au long de l’histoire humaine, les gens ont principalement vécu dans des structures multigénérationnelles et multifamiliales. Par nécessité, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs comptaient sur les membres de leur clan pour subvenir aux besoins de leur famille, y compris l’éducation des enfants. Des recherches menées au fil du temps et dans différentes cultures suggèrent que les parents sont psychologiquement prédisposés à élever leurs enfants au sein d’une communauté, et non dans des cellules familiales nucléaires isolées.

Les anthropologues utilisent le terme d’« alloparents » – dérivé du grec « αλλο », qui signifie « autre » – pour désigner ces adultes qui épaulent les parents dans l’éducation des enfants.

Des recherches suggèrent que cette alloparentalité contribue au bien-être des enfants, et même à leur survie, dans les populations où le taux de mortalité infantile est élevé. Une étude réalisée en 2021 sur une population vivant de la cueillette aux Philippines a révélé que les alloparents ne fournissaient pas moins des trois quarts des soins aux nourrissons et une proportion encore plus importante des soins aux enfants âgés de 2 à 6 ans.

À l’opposé, l’idéal de la famille nucléaire est extrêmement récent. Il s’est développé avec l’industrialisation, atteignant son apogée dans les années 1950 et 1960. Malgré des changements importants dans la structure familiale – tels que l’augmentation du nombre de familles monoparentales – depuis cette période, le modèle de la famille nucléaire autonome persiste.

Et pourtant, le soutien aux autres est un facteur clé de la résilience familiale. Le dicton bien connu « Il faut tout un village pour élever un enfant » est en fait corroboré par des recherches sur le soutien social auprès des parents en général ainsi que par celles menées auprès d’enfants ayant des besoins particuliers.

Un « village » pour élever un enfant

Le soutien social, souvent considéré comme un phénomène unique, est en réalité un ensemble d’actions, chacune ayant sa propre fonction. Les sociologues distinguent au moins trois types de soutien :

  • matériel : ressources ou aide matérielles ou financières ;

  • émotionnel : expressions d’attention, d’empathie et d’amour ;

  • informationnel : fourniture d’informations, de conseils ou d’orientations.

Les différents défis liés à l’éducation des enfants nécessitent différents types de soutien. Lorsque mon mari et moi avons réalisé que nous avions trois engagements le même soir, nous n’avions pas besoin de conseils pour gérer le calendrier familial, mais plutôt de quelqu’un pour emmener notre enfant à son entraînement. C’est ce qu’on appelle un soutien concret. Lorsque ma préadolescente piquait une crise à cause de ses devoirs, je n’avais pas besoin que quelqu’un nous aide à préparer le dîner ; j’avais besoin de mobiliser ce que j’avais appris dans un livre sur l’éducation des adolescentes : c’est ce qu’on appelle un soutien informationnel.

Pour s’éloigner du mythe de l’autonomie familiale et revenir à un idéal de prise en charge collective, il faudrait un changement de paradigme à tous les niveaux. Des stratégies systémiques telles que l’accès à des soins de santé mentale de haute qualité, l’extension de programmes qui soutiennent les parents et les aidants, et l’investissement dans des infrastructures sociales comme les bibliothèques publiques et les parcs pourraient contribuer à réduire ce stress parental qui est un réel problème de santé publique.

Changer de modèle et demander de l’aide

Le stress parental n’est pas un problème qui peut être repose seulement sur les personnes qui en souffrent. Mais voici déjà cinq façons dont vous pouvez commencer à évoluer vers un autre modèle.

Faites le point sur votre réseau. Évaluez non seulement le nombre de personnes qui peuvent vous aider, mais aussi le type de soutien qu’elles vous apportent. Avez-vous beaucoup de personnes à qui parler, mais personne pour vous aider dans la préparation des repas ou pour conduire votre enfant à une activité ? Identifiez les lacunes de votre réseau et réfléchissez aux possibilités de l’étoffer.

De petits pas pour commencer. Présentez-vous à votre voisin retraité. Asseyez-vous à côté d’un autre parent lors d’un événement sportif. Discutez avec la baby-sitter que vous voyez régulièrement au parc. Les relations de soutien ne se créent pas toutes seules, elles se développent.

Offrez votre aide aux autres. Bien que cela semble contre-intuitif, les personnes qui apportent leur soutien aux autres bénéficient d’un plus grand bien-être et même d’une plus grande longévité que celles qui ne le font pas. Aider les autres crée également des opportunités de réciprocité. Ceux que vous aidez seront peut-être plus enclins à vous rendre la pareille à l’avenir.

Normalisez le fait de demander de l’aide et d’accepter qu’on vous en propose. Pour beaucoup de gens, demander de l’aide est difficile. Cela nécessite de ne plus s’abriter derrière une image de façade et de laisser les autres entrer dans votre vie. Cependant, les gens sont souvent plus disposés à apporter de l’aide qu’on ne le pense. De plus, permettre aux autres de vous aider leur donne la permission d’exprimer leurs propres besoins à l’avenir.

Réfléchissez à vos attentes en matière de garde d’enfants. La manière dont les autres s’occupent de vos enfants peut ne pas correspondre entièrement à la vôtre. Afin de voir comment élargir votre réseau d’« alloparents », réfléchissez aux pratiques non négociables pour votre famille, telles que la limitation du temps passé devant les écrans, et à celles sur lesquelles vous pouvez faire des concessions, comme manger des légumes à chaque repas.

Aucune de ces suggestions n’est facile à mettre en œuvre. Cela demande du temps et du courage. Dans notre société caractérisée par un individualisme farouche, élever ses enfants dans une optique plus collective est tout simplement anticonformiste.

Mais cela correspond peut-être davantage à la manière dont nous, êtres humains, avons élevé nos enfants au cours des millénaires.

The Conversation

Elizabeth Sharda a reçu un financement de recherche du Andrew W. Mellon Foundation Faculty Development Fund. Elle siège au conseil d’administration de Michigan Fosters, une organisation à but non lucratif qui se consacre à soutenir les familles impliquées dans le système de protection de l’enfance.

ref. Pour réduire le stress parental, faut-il sortir du modèle de la famille nucléaire ? – https://theconversation.com/pour-reduire-le-stress-parental-faut-il-sortir-du-modele-de-la-famille-nucleaire-265254

Universities can turn AI from a threat to an opportunity by teaching critical thinking

Source: The Conversation – Africa – By Anitia Lubbe, Associate Professor, North-West University

Students must learn not just how to use AI, but how to question it. Oscar Omondi via Unsplash

Across universities worldwide, a quiet revolution is underway. Generative artificial intelligence (AI) tools such as ChatGPT, Copilot, DeepSeek and Gemini are being used to produce essays, summarise readings, and even conduct complex assignments.

Generative artificial intelligence is a kind of AI that can handle a variety of creative tasks in diverse domains, such as arts, music and education.

For many university teachers, this raises alarm bells about plagiarism and integrity. While some institutions have rushed to restrict or support AI use, others are still unsure how to respond.

But focusing only on policing misses a bigger issue: whether students are really learning. As an education researcher, I’m interested in the topic of how students learn. My colleagues and I recently explored the role AI could play in learning – if universities tried a new way of assessing students.

We found that many traditional forms of assessment in universities remain focused on memorisation and rote learning. These are exactly the tasks that AI performs best.

We argue that it’s time to reconsider what students should be learning. This should include the ability to evaluate and analyse AI-created text. That’s a skill which is essential for critical thinking.

If that ability is what universities teach and look for in a student, AI will be an opportunity and not a threat.

We’ve suggested some ways that universities can use AI to teach and assess what students really need to know.

Reviewing studies of AI

Universities are under pressure to prepare graduates who are more than just knowledgeable. They need to be self-directed, lifelong learners who are independent, critical thinkers and can solve complex problems. Employers and societies demand graduates who can evaluate information and make sound judgements in a rapidly changing world.

Yet assessment (testing what students know and can do) tends to focus on more basic thinking skills.

Our research took the form of a conceptual literature review, analysing peer-reviewed studies published since the release of the AI tool ChatGPT in late 2022. We examined how generative AI is already being used in higher education, its impact on assessment, and how these practices align (or fail to align) with Bloom’s taxonomy.

Bloom’s taxonomy is a framework widely used in education. It organises cognitive (thinking) skills into levels, from basic (remembering and understanding), to advanced (creating and evaluating).

Several key patterns emerged from our analysis:

Firstly, AI excels at lower-level tasks. Studies show that AI is strong in remembering and understanding. It can generate multiple-choice questions, definitions, or surface explanations quickly and often with high accuracy.

Secondly, AI struggles with higher-order thinking. At the levels of evaluating and creating, its effectiveness drops. For instance, while AI can draft a business plan or a healthcare policy outline, it often lacks contextual nuance, critical judgement and originality.

Thirdly, the role of university teachers is changing. Instead of spending hours designing and grading lower-level assessments, they can now focus on scaffolding tasks that AI cannot master alone, thus promoting analysis, creativity and self-directed learning skills. Self-directed learning is defined as “a process where individuals take initiative to diagnose their learning needs, set learning goals, find resources, choose and implement strategies, and evaluate their outcomes, with or without assistance from others.”

Lastly, the opportunities AI presents seem to outweigh the threats. While concerns about cheating remain real, many studies highlight AI’s potential to become a learning partner. Used well, it can help generate practice questions, provide feedback, and stimulate dialogue (if students are guided to critically engage with its outputs).

All these challenges prompt universities to move beyond “knowledge checks” and invest in assessments that not only measure deeper learning, but promote it as well.

How to promote critical thinking

So how can universities move forward? Our study points to several clear actions:

  • Redesign assessments for higher-order thinking skills: Instead of relying on tasks that AI can complete, university teachers should design authentic, context-rich assessments. For example, using case studies, portfolios, debates, and projects grounded in local realities.

  • Use AI as a partner, not a threat: Students can be asked to critique AI-generated responses, identify gaps, or adapt them for real-world use. This transforms AI into a tool for practising the ability to analyse and evaluate.

  • Build assessment literacy among university teachers: University teachers need support and training to create AI-integrated assessments.

  • Promote AI fluency and ethical use: Students must learn not just how to use AI, but how to question it. They must understand its limitations, biases and potential pitfalls. Students should be made aware that transparency in disclosing AI use can support academic integrity.

  • Encourage the development of self-directed learning skills: AI should not replace the student’s effort, but rather support their learning journey. Hence, designing assessment tasks that foster goal-setting, reflection and peer dialogue is crucial for developing lifelong learning habits.

By fostering critical thinking and embracing AI as a tool, universities can turn disruption into opportunity. The goal is not to produce graduates who compete with machines, but to cultivate independent thinkers who can do what machines cannot: reflect, judge, and create meaning. Assessment in the age of AI could become a powerful force for cultivating the kind of graduates our world needs.

The Conversation

Anitia Lubbe is affiliated with the Research Unit Self-Directed Learning.

ref. Universities can turn AI from a threat to an opportunity by teaching critical thinking – https://theconversation.com/universities-can-turn-ai-from-a-threat-to-an-opportunity-by-teaching-critical-thinking-266187

World’s first known butt-drag fossil trace was left by a rock hyrax in South Africa 126,000 years ago

Source: The Conversation – Africa (2) – By Charles Helm, Research Associate, African Centre for Coastal Palaeoscience, Nelson Mandela University

Rock hyraxes, known in southern Africa more often as “dassies”, are furry, thickset creatures with short legs and no discernible tails. They spend much of their time sunning themselves on rocky outcrops.

Another thing they sometimes do is drag their butts along the ground. Dog owners know that this behaviour can be a sign of parasitic infections; in hyraxes the reason seems to be less clear, but this action leaves distinctive traces in sandy areas.

Traces and tracks – ancient, fossilised ones – are what we study at the African Centre for Coastal Palaeoscience through the Cape south coast ichnology project. Over the past few decades, we have found almost 400 vertebrate tracksites on this coast, some as old as 400,000 years, in cemented dunes known as aeolianites from the Pleistocene epoch. This epoch lasted from about 2.58 million years ago to about 11,700 years ago.

We’re building up a picture of the environment during that period and how the animals and plants of that time lived.

Among our latest finds are two fossilised traces that appear to have been made by rock hyraxes long ago. One is a tracksite and the other is a butt-drag impression with what may be a fossilised dropping in it.

The probable tracksite was brought to our attention from a site near Walker Bay on the Cape south coast by an ardent tracker, Mike Fabricius. It is around 76,000 years old. We found the probable butt-drag impression east of Still Bay on the same coast, and it is most likely around 126,000 years old.

The butt-drag impression is the first fossil of its kind to be described from anywhere in the world. In addition, these are the only possible fossilised hyrax tracks ever to be identified. In the world of palaeontology, anything this unusual is important and we feel privileged to be able to interpret them.

Interpreting the drag mark

Dating on our sites has been done through a technique known as optically stimulated luminescence, which works by analysing when materials like sand were last exposed to light.

The butt-drag impression is 95cm long and 13cm wide. It contains five parallel striations. Its outer margins are slightly raised, and within it there is a 2cm-high raised feature, 10cm by 9cm. Clearly something was dragged across the surface when it consisted of loose sand.

We considered possible causes other than hyrax buttocks. These included a leopard or an ancestral human dragging prey, or perhaps an elephant dragging its trunk. Firstly, however, these would be expected to leave tracks, and secondly in such interpretations the raised feature could not be explained.

But if it was a hyrax, it would make sense, because the buttock trace would have come after the tracks and wiped them out. And the raised feature might be a coprolite: a fused fossilised mass of hyrax droppings.

Rock hyrax dragging its buttocks. Video courtesy Mathilde Stuart.

Old dung and urine

Rock hyraxes leave much more than just tracks and butt-drag traces. Because they prefer rocky areas, their tracks are not often found, but they polish rock surfaces to a shiny finish. This is similar to what buffalo on the North American prairie do, creating “buffalo rubbing stones”.

Hyraxes also leave deposits of urine and dung. Urea and electrolytes are concentrated in their urine, and they excrete large amounts of calcium carbonate. This becomes cemented and forms extensive whitish deposits on rock surfaces. Due to their communal habits, hyraxes often urinate in the same preferred localities over multiple generations.

Their urine and dung often mix to form a substance known as hyraceum – a rock-like mass that can accumulate into extensive, dark, tarry deposits. Hyraceum has been used as a traditional medication to treat a variety of ailments, including epilepsy, and for gynaecological purposes.

Hyraceum may be tens of thousands of years old, and can be regarded as a threatened, non-renewable resource. The middens, being sensitive to environmental changes and containing fossil pollen and other evidence of ancient life, form valuable natural archives for interpreting past climates, vegetation and ecology.

Thinking of hyraceum as a trace fossil, something which apparently has not been done before, can help in the protection of this underappreciated resource.

Although fossilised urine is globally uncommon, there is a word to describe it: “urolite”, to distinguish it from “coprolite” (fossilised poop). It seems that hyraxes contribute the lion’s share of the world’s urolite. At palaeontology conferences, students can be seen sporting T-shirts that brazenly state: “coprolite happens”. In southern Africa, a more appropriate term might be “urolite happens”.

Through appreciating the importance of butt-drag impressions, urolites, coprolites and hyraceum, and learning about the environment of rock hyraxes and other animals during the Pleistocene, we will never view these endearing creatures in the same light again.

Mathilde Stuart contributed to this research.

The Conversation

Lynne Quick receives funding from the National Research Foundation of South Africa African Origins Platform (grant no: 136507)

Charles Helm does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. World’s first known butt-drag fossil trace was left by a rock hyrax in South Africa 126,000 years ago – https://theconversation.com/worlds-first-known-butt-drag-fossil-trace-was-left-by-a-rock-hyrax-in-south-africa-126-000-years-ago-264633

Hamas has run out of options – survival now rests on accepting Trump’s plan and political reform

Source: The Conversation – USA – By Mkhaimar Abusada, Visiting Scholar of Global Affairs, Northwestern University

Smoke billows following an Israeli strike in Gaza City on Oct. 2, 2025. Omar al-Qattaa/AFP via Getty Images

Weakened militarily and facing declining Palestinian support, particularly among Gazans, Hamas was already a shadow of the militant group it once was. And then came President Donald Trump’s peace plan.

On Oct. 3, 2025, Hamas said that it accepted some aspects of the 20-point proposal, including handing over administration of the Gaza Strip to a body of independent Palestinian technocrats and releasing all remaining Israeli hostages.

Those hostage are the last of the 252 taken during the Oct. 7, 2023, attack – an event that two years on looks to represent a high point, so to speak, of Hamas’ power. As an expert on Palestinian political attitudes, I believe the group now has few options to survive.

Like former resistance groups in past peace processes, it could renounce arms and transform itself into a purely political party. But to do so, it needs to overcome a series of hurdles: confronting other parts of Trump’s plan, its unpopularity at home and its rigid ideology being the three most prominent.

Campaign of assassination

It is worth taking stock of just how degraded Hamas has become as the result of two years of onslaught by Israel’s vastly superior military.

According to many intelligence reports, Hamas has lost most of its senior command in the Al-Qassam Brigades, its military wing. Izz al-Din al-Haddad, its current commander, survives, having presumably taken over from Mohammed Sinwar – the brother of Yahya Sinwar, mastermind of Oct. 7 attack – who was killed in May 2025. But he presides over a dwindling army.

President Trump may not have been exaggerating when he indicated on Truth Social on Oct. 3 that Hamas had lost 25,000 fighters. Estimates regarding the group’s losses vary, but it could represent more than half of the fighting force it had at the beginning of the war.

Hamas has succeeded in recruiting new fighters during that time. But many of these new recruits lack the competence and the experience of the dead ones. And the only motivations the new recruits have are hate and anger toward Israel.

Hamas’ political leadership has also been decimated. Chief political leaders, including Ismail Haniyeh, Saleh al-Arouri and Yahya Sinwar, have all been killed.

people walk on street past large billboard depicting slain anti-israel leaders
Iranians walk past a billboard of the slain leaders of anti-Israeli groups, including former Hamas political chief Yahya Sinwar.
Mohammadali Najib/Middle East Images via AFP

And it could have been worse. Had the Israeli attack on Hamas’ political leadership in Doha, Qatar, succeeded in September 2025, it could have been a devastating loss for the movement. But the operation missed its primary targets there.

Falling support in Gaza

Palestinian public pressure on Hamas has risen as the miseries of war have mounted.

According to local heath officials, more than 67,000 have been killed, and more than 169,000 have been injured. Most of the Gaza Strip has been reduced to rubble, and more than 90% of the population has been displaced multiple times – with most Gazans now living in tents. International organizations have reported famine and starvation in some parts of the Gaza Strip.

Hamas has lost its power and influence over many areas now under Israeli control. Israeli military and intelligence have encouraged some members of the local Palestinian clans and militia to offer services in militia-controlled areas.

In such areas, Hamas fighters have often clashed with other Palestinian groups, resulting in many deaths and growing resentment toward Hamas.

Hamas’ execution and torture of Palestinians suspected of collaboration with Israel has only worsened the situation, leading to chaos and lawlessness in many parts of Gaza.

It is little wonder, then, that half of Gazans in the latest poll of attitudes – taken in May 2025 – say they supported anti-Hamas demonstrations. Indeed support for the group in both Gaza and the West Bank have continued to decline as the war has progressed.

The push for peace

The ongoing war and the inhumane daily conditions that local Palestinians in Gaza are dealing with have led to exhaustion and fatigue among the public.

On social media, many Palestinians are asking Hamas publicly to endorse the Trump plan and put an end to their misery.

In deciding whether to accept all of the plan’s 20-points, Hamas will, from its perspective, have to weigh whether agreeing to a very bad outcome is better than the alternative. Trump has warned that a failure to get on board will cause Hamas to face “all hell.”

Hamas has already agreed to release all of the remaining Israeli hostages and to relinquish power in Gaza to a technocratic Palestinian committee. If endorsed in full, this would put an end to the war and see the gradual Israeli withdrawal from Gaza, and no expulsion of the Palestinians out of Gaza.

Egypt, Qatar and Turkey have been facilitating Hamas’ response to the plan. And there is huge regional and international pressure to get the deal over the line.

However it would force Hamas to disarm itself and allow the entry of an international and regional force into Gaza to oversee the destruction of military infrastructure, including tunnels, weapon manufacturing and the remaining rockets – points of the latest plan that Hamas appears more unwilling to accept.

What happens to the remaining Hamas fighters is a sticking point that might lead to the collapse of the whole plan.

And any rejection of the plan that can be blamed on Hamas will no doubt be welcomed by members of the Israeli extreme right. Hardline factions of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s coalition have an alternative plan: to fully occupy Gaza, expel the Palestinians and reestablish Israeli settlements in Gaza.

Two men in suits stand with thumbs up gestures
President Donald Trump and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu unveiled peace plan at the White House on Sept. 29, 2025.
Win McNamee/Getty Images

Where next for Hamas?

Perhaps the most viable option for Hamas is to transform itself into a political party. But to do so, the group will need to reform not only its structures but also its ideology.

Political momentum is swinging back to a two-state solution. France and Saudi Arabia recently spearheaded a fresh push to that end at the United Nations, and a host of Western nations recognized Palestinian statehood for the first time. Hamas may feel the pressure to finally accept a two-state solution, something it has long resisted. For its part, Trump’s plan only makes vague assertions noting the Palestinian “aspiration” for a state.

If transforming into a purely political party is to be the fate of Hamas, it will need to play its cards shrewdly and swiftly. The Palestine Liberation Organization went through this process after their departure from Beirut in 1982, eventually putting politics and diplomacy over armed resistance. And Qatar, Turkey and Egypt can help Hamas moderate its stances, too.

The rigid ideology of Hamas remains a hurdle. Since it was formed in 1987, Hamas has tethered itself to a hardline Islamist ideology that does not allow fundamental compromises on issues such as recognition of Israel and the development of Palestine as a secular state.

But there is the recent example of Syria, where following the ouster of long-term dictator Bashar al-Assad, the main Islamist fighting group pivoted to politics, and was lauded in the international community for doing so.

Whether Hamas can succeed in such a transformation – should it attempt to – remains to be seen. And there is one final snag: Even if Hamas does accept the latest peace proposal, other Palestinian militant groups in Gaza might not – and could attempt to sabotage the whole process.

The Conversation

Mkhaimar Abusada is affiliated with, Member of the Board of Commissioners of the Independent Commission for Human Rights, Palestine

ref. Hamas has run out of options – survival now rests on accepting Trump’s plan and political reform – https://theconversation.com/hamas-has-run-out-of-options-survival-now-rests-on-accepting-trumps-plan-and-political-reform-266515

Les baleines du Bitcoin : quand les géants financiers font onduler le marché des crytomonnaies

Source: The Conversation – in French – By Jean-Marc Figuet, Professeur d’économie, Université de Bordeaux

Les « baleines », ces individus ou entités détenant de grandes quantités de cryptomonnaie, ont une influence considérable sur ces nouveaux marchés financiers. Que recouvre cette terminologie ? Quel est concrètement leur impact ?


Le 4 juillet 2025, une onde de choc a traversé l’océan des cryptomonnaies. Une baleine dormante, inactive sur le marché depuis 2011, a déplacé 80 000 bitcoins (BTC), soit près de 8,6 milliards de dollars au cours du jour.

Le réveil de cette baleine a provoqué une alerte de marché (whale alert) impliquant une baisse du bitcoin de 2 % et une augmentation passagère de la volatilité. Surtout, cette opération rare nous rappelle comment le comportement d’une poignée d’investisseurs puissants est susceptible de faire trembler un marché.

Que recouvre cette terminologie de « baleine » ? Et quelle est leur influence sur le prix du bitcoin ?

Chaîne alimentaire du bitcoin

Le vocabulaire marin s’est imposé très tôt dans le lexique des cryptomonnaies.

Le premier maillon de la chaîne est constitué par les shrimps (crevettes) qui sont souvent de petits épargnants. Ces épargnants détenant moins d’un bitcoin représentent une base de plus en plus large d’adoption.

Le dernier maillon est constitué par les whales (baleines), c’est-à-dire des investisseurs possédant un portefeuille d’au moins 100 BTC. Parmi elles, les baleines à bosse (humpback whales) détiennent des portefeuilles d’au moins 5 000 BTC.

Entre ces deux maillons extrêmes se trouvent les crabs, de 1 à 10 BTC, les fish, de 10 à 100 BTC et les sharks, de 100 à 1 000 BTC.

Les espèces des baleines

Les baleines ne constituent pas un bloc homogène. Elles comportent plusieurs espèces dont l’histoire, les motivations et l’impact sur le marché diffèrent fortement.

Baleine historique

Les baleines historiques sont les mineurs et investisseurs précoces qui ont accumulé des milliers de BTC dès les premières années d’émission, parfois à des coûts dérisoires. Leur identité et leur histoire sont connues dans la communauté, car leurs adresses sont liées au minage des premiers blocs de la blockchain, ou aux débuts de certaines plates-formes pionnières – Mt. Gox, Bitstamp, Kraken, Bitfinex.

L’exemple le plus emblématique est celui de Satoshi Nakamoto, le créateur anonyme du BTC. Il aurait miné environ 1,1 million de BTC entre 2009 et 2010. Ses adresses restent inactives à ce jour.

Nombre de ces portefeuilles sont restés inactifs (cold wallets) pendant plus d’une décennie. Lorsqu’un mouvement est enregistré, l’effet psychologique est immense, car ces portefeuilles sont perçus comme des réserves stratégiques pouvant peser massivement sur l’offre.

Baleine dormante

Les baleines dormantes sont des adresses qui n’ont pas bougé depuis de nombreuses années. Ces adresses anonymes peuvent appartenir à des investisseurs oubliés, à des clés privées perdues, ou à des acteurs qui choisissent de ne rien faire.

Elles constituent une sorte de réserve silencieuse du marché. Lorsqu’elles s’activent, comme récemment, l’incertitude domine. Ces bitcoins vont-ils être vendus, ou simplement déplacés pour sécurisation ? Leur réapparition alimente les spéculations et accroît la volatilité.

Baleine institutionnelle

Les baleines institutionnelles apparaissent autour de 2020, car une partie des liquidités injectées par les banques centrales en quantitative easing (planche à billets) s’est orientée vers les actifs alternatifs, dont le bitcoin. Ces baleines regroupent aujourd’hui les fonds spécialisés et ETF (Grayscale, BlackRock, Fidelity, Ark Invest…), les trésoreries d’entreprises (MicroStrategy, Tesla…), ainsi que des banques et gestionnaires d’actifs.

Ces baleines agissent souvent selon une logique financière de long terme, dans une optique de diversification des portefeuilles et de couverture contre l’inflation, en misant sur la rareté programmée du bitcoin. Leur influence tient autant à leurs mouvements qu’à leur rôle symbolique.

L’achat massif de MicroStrategy en 2020 (plus de 21 000 BTC inscrits au bilan) ou, plus récemment, le lancement de l’ETF Bitcoin spot de BlackRock en janvier 2024, devenu en quelques mois le plus important fonds indiciel sur le bitcoin – 70 milliards d’euros d’actifs sous gestion –, ont marqué des tournants. Chaque opération de ce type crédibilise davantage le bitcoin aux yeux du marché.

Plateforme d’échange baleine

Les plates-formes d’échange (Binance, Coinbase, Kraken, Bitfinex…) peuvent être qualifiées de baleines par défaut, car elles gèrent des centaines de milliers de BTC dans des wallets consolidés. Ces derniers représentent les dépôts de leurs millions de clients. Elles n’investissent pas pour elles-mêmes.

Leurs soldes fluctuent en fonction des achats et des ventes des clients. Des transferts massifs, depuis ou vers ces adresses, sont scrutés, car ils donnent des signaux sur la direction haussière ou baissière du marché.

Effet Moby Dick

Le bitcoin (BTC) est un actif rare, plafonné à 21 millions d’unités. Cette rareté programmée implique que tout mouvement d’ampleur peut déséquilibrer le marché. Quand les baleines achètent le bitcoin, elles réduisent la liquidité et raréfient l’offre. La demande restant forte, le prix a alors tendance à augmenter.




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La littérature confirme que les mouvements des grandes adresses influencent fortement la dynamique des prix. L’impact d’exécution d’un ordre croît en fonction de sa taille. Un transfert massif modifie le prix de manière significative, même s’il ne correspond pas à une vente effective. Un choc de liquidité lié aux baleines, ou effet Moby Dick, se transmet au reste du marché cryptomonnaies dans les 6 à 24 heures, provoquant à la fois une baisse des prix et une hausse de la volatilité.

En dehors des opérations d’achat et de vente, un simple transfert par une baleine, comme celui du 4 juillet, a un effet psychologique sur le marché. Toute whale alert provoque un vague de panique ou de spéculation chez les investisseurs de taille plus modeste, qui pensent les baleines mieux informées sur l’évolution future du prix.

Influence en déclin

Les données de marchés indiquent l’érosion de l’influence des baleines. En 2012, moins de 2 000 adresses contrôlaient environ 51 % des bitcoins en circulation. En 2021, les 100 premières adresses détenaient près de 13,5 % de l’offre totale.

Là où, dans la première décennie du Bitcoin, quelques dizaines d’adresses pouvaient influencer directement le prix, la détention devient plus diffuse avec la montée en puissance des autres classes d’investisseurs – fish, sharks, crabs, shrimps. Cette dispersion progressive rend la microstructure du marché plus concurrentiel. Les baleines conservent un rôle majeur, mais elles doivent partager leur influence avec un éventail d’investisseurs beaucoup plus large.

Les baleines restent des acteurs majeurs du marché du bitcoin, capables de déclencher en quelques heures des secousses visibles sur le prix et la volatilité. Mais leur pouvoir n’est plus absolu. La détention se disperse et les marchés dérivés élargissent la base des acteurs influents. L’océan du bitcoin devient ainsi plus concurrentiel, même si les baleines ont encore la capacité de déclencher des vagues soudaines.

The Conversation

Jean-Marc Figuet a reçu des financements publics.

ref. Les baleines du Bitcoin : quand les géants financiers font onduler le marché des crytomonnaies – https://theconversation.com/les-baleines-du-bitcoin-quand-les-geants-financiers-font-onduler-le-marche-des-crytomonnaies-264708

Aider les aidants à nommer ce qu’ils vivent : une recherche participative originale avec des linguistes

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Pugniere-Saavedra, Maître de conférences en sciences du langage, Université Bretagne Sud (UBS)

Convoquer la linguistique pour évoquer sa fonction d’aidante ou d’aidant – sa place auprès du proche qu’on accompagne, la façon dont on nomme la maladie qui l’affecte, les liens qui nous unissent… –, c’est l’objet d’une recherche participative originale menée par des linguistes auprès d’aidantes de malades d’Alzheimer.


Un projet de recherche émerge parfois à la suite de conversations informelles, de concours de circonstances, de besoins pratiques, de questions ou de problèmes non résolus qui nous tiennent à cœur.

Tel a été le cas d’une recherche sur les aidants de malades diagnostiqués Alzheimer menée par une équipe de linguistes qui, par ce projet, sortent de leurs sujets de prédilection (étudier la langue en elle-même et pour elle-même) pour faire un pas de côté vers des problématiques démographiques et sociales sensibles qui questionnent la prise en charge et la fin de vie.

Près de 9,3 millions d’aidants en France

Au regard du vieillissement de la population, une place de plus en plus grande sera nécessairement accordée au proche aidant pour assurer les activités de la vie quotidienne.

En France, 9,3 millions de personnes déclarent apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Un Français adulte sur six, mais aussi un mineur sur vingt, est concerné (chiffres 2023 de la Drees pour l’année 2021).

Et, selon les projections, en 2030, on comptera 1 Français sur 5 qui accompagnera son proche en situation de dépendance, en raison de son âge, d’une maladie ou d’un handicap. L’aide la plus fréquemment déclarée est le soutien moral, suivi par l’aide dans les actes de la vie quotidienne et enfin l’aide financière.

Quelques chiffres clés pour comprendre qui sont les aidants (Source: Drees, février 2023.)

  • 8,8 millions d’adultes et 0,5 million de mineurs âgés de 5 ans, ou plus, peuvent être qualifiés de proches aidants ;
  • Entre 55 et 65 ans, près d’une personne sur quatre se déclare proche aidant ;
  • Les femmes sont surreprésentées (jusqu’à l’âge de 75 ans) : parmi les adultes, elles sont 56 % à se déclarant proches aidantes.

De la sociologie de la santé à la linguistique

Ce champ de recherche est très majoritairement occupé par la sociologie de la santé pour étudier, par exemple, les questions du partage des tâches à travers le genre, les relations entre le malade, le médecin et l’aidant, etc., les aidants devenant ainsi des acteurs du « soin négocié », ainsi que par les psycho-sociologues qui pensent l’aidance à travers des notions telles que l’épuisement, le fardeau, le burn-out…

Trois faits nous ont convaincus que les linguistes avaient toute leur légitimité pour travailler sur cette problématique :

  • les aidantes et aidants sont exposés à un certain nombre de risques (surmortalité dans les années qui suivent le début de la maladie de leur proche, décès avant leurs aidés…) ;

  • l’aidante ou l’aidant familial assure un travail conséquent, parfois même davantage que ne le ferait une ou un aidant professionnel ;

  • l’aidante ou l’aidant peut concilier activité professionnelle et aide du proche plusieurs heures par jour. Au-delà de deux à trois heures, l’aidante ou l’aidant peut être amené à modifier son organisation personnelle et professionnelle pour passer davantage de temps avec sa ou son proche dépendant.

En tant que linguistes, nous avons souhaité saisir la manière dont les aidants se reconnaissent (ou non) derrière cette désignation, la manière dont ils nomment (ou non) la maladie, les procédés qu’ils mobilisent pour contourner par exemple le terme Alzheimer qui charrie des représentations négatives quand ils accompagnent des proches atteints de cette maladie, les injonctions dont ils font l’objet dans l’espace médiatique, institutionnel, assurantiel…

D’une recherche diachronique à une recherche participative

Méthodologiquement, cette recherche initiée en 2017 consistait à faire des entretiens d’une heure trente tous les six mois pour répondre aux questions de recherche. Nous avons ainsi été amenés à évoquer les situations familiales intimes, certains non-dits entre parents et enfants ou entre conjoints, la maladie et les conséquences qu’elle a causées dans la systémique familiale. Chaque entretien consistait à revenir sur ces points mais également à parler des faits marquants qui se sont produits depuis le dernier entretien.

Peu à peu, des liens de proximité se sont tissés entre le chercheur et l’aidant. Les aidants mettaient le rendez-vous à leur agenda et nous rappelaient quand nous dépassions le délai prévu. Une relation de confiance s’est tissée et les aidants nous ont alors donné accès aux outils qu’ils ont confectionnés pour optimiser leur quotidien et celui de leur proche :

  • agenda où l’aidant consigne à la fois les rendez-vous médicaux, le passage d’aide à domicile, la livraison des repas… mais aussi ses états d’âme, sa charge mentale, les faits marquants de sa journée, ses émotions ;

  • photos et films de famille à Noël où l’on constate, année après année, les effets de l’accélération de la maladie ;

  • différents dispositifs tels que des Post-its de couleurs différentes pour distinguer, dans le réfrigérateur, ce qui doit être consommé au petit-déjeuner, au déjeuner ou au dîner ; pour distinguer les vêtements d’été, d’hiver ou de mi-saison…

  • accès aux conversations sur le groupe WhatsApp de l’aidante qui informe son entourage des signes montrant l’accélération de la maladie de son conjoint.

Face à cette demande croissante de participation à la recherche (en creux dans le discours de certains aidants, et explicite pour d’autres), nous avons fait évoluer le protocole en demandant à un photographe professionnel de travailler avec nous pour capturer, avec la photo ou la vidéo, certains moments de l’aidance et participer ainsi au renouvellement de l’iconographie du grand âge et de l’accompagnement.

Tous ont accepté la démarche et ont permis au professionnel de photographier une part de leur intimité qui a été importante dans leur parcours d’aidant (un objet cher au malade, une pièce de la maison, un dispositif créé par l’aidant, un espace dans le jardin…).

Au-delà de ces prises de vue, d’autres aidants nous ont proposé de modéliser leur expérience, via une carte mentale, qui jalonne les faits marquants de la famille sur une durée de près de dix ans (de 2014 à 2023).

Infographie – États d’âme d’un long parcours d’aidantes

Ce que raconte l’infographie

– De 2014 à 2021 : il s’agit de la confrontation des sœurs (aidantes) de leur mère (aidée) au corps médical avec des discours et émotions (parfois) contradictoires. Elles prennent alors conscience qu’elles deviennent aidantes ;

– Décembre 2021 : entrée en Ehpad de leur mère avec le sentiment de déresponsabilisation alors qu’elles ont une habilitation familiale ;

– Décembre 2023 : l’état de santé de leur mère s’aggrave et remise en cause de certains actes de la prise en charge.

Une approche singulière ?

Rappelons qu’une recherche participative, selon le rapport Houllier, est définie comme « les formes de production de connaissances scientifiques auxquelles des acteurs non scientifiques-professionnels, qu’il s’agisse d’individus ou de groupes, participent de façon active et délibérée ».

Les aidantes ont expliqué leur cheminement pour arriver à ce niveau de modélisation.

Décryptage de l’infographie

« On avait noté sur notre agenda des moments de travail, deux dates je crois au moins un mois avant notre rendez-vous et on a surtout travaillé la veille au soir et l’après-midi avant votre arrivée, et quand on a posé ces mots, on a pensé qu’il y avait nécessité d’utiliser des polices et des couleurs différentes. Par exemple, tout ce qui est médical est encadré. » […]

« Quand on a matérialisé des relations par des flèches, c’est qu’on pensait à quelqu’un en particulier, il y avait donc ces émotions positives ou négatives qui apparaissaient, elles sortent du cœur […] donc tous les métiers, on les a rencontrés, expérimentés et puis derrière, on a des gens, des visages. » […]

« Dans le premier graphe, on était dans la découverte de beaucoup de choses qu’on a dû mettre en place, apprendre, comprendre. Aujourd’hui, on est plus dans une routine, dans quelque chose qui s’est installé et on découvre comme dans plein de sujets qu’il faut tout le temps remettre son énergie sur l’ouvrage, tout le temps être vigilant, patient. »

Cette recherche participative a permis de visibiliser les aidants et leur a donné la possibilité, dans une démarche introspective, de réfléchir à ce qu’ils font au quotidien.

D’ailleurs, les sœurs aidantes à l’origine de l’infographie nous ont rapporté :

« Ça nous a ouvert aussi les yeux sur pas mal de choses et d’avoir fait ce bilan dans un sens, ça permet de finir une première étape, de mesurer tout ce qu’on avait parcouru et même si on le savait, c’était bien de repenser à tout cela, on l’aurait sans doute pas fait si vous nous aviez pas demandé de le faire. »

Et pour la linguistique, ce projet montre combien il est enrichissant de travailler sur le rapport entre langage et problématique du vieillissement et de la dépendance.

The Conversation

Cette recherche a bénéficié de l’aide de la CNSA dans le cadre de l’appel à projets « Handicap et perte d’autonomie – session 10 » lancé par l’iresp/Inserm.

ref. Aider les aidants à nommer ce qu’ils vivent : une recherche participative originale avec des linguistes – https://theconversation.com/aider-les-aidants-a-nommer-ce-quils-vivent-une-recherche-participative-originale-avec-des-linguistes-266434

L’opéra au Moyen-Orient, vitrine culturelle et outil de soft power

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Lamantia, Docteur en géographie et maître de conférences, UCLy (Lyon Catholic University)

_Zarqa Al Yamama_, le premier grand opéra produit par l’Arabie Saoudite, en avril 2024, à Riyad. Saudi Theatre and Performing Arts Commission

L’opéra, forme artistique et architecturale d’origine européenne, s’est diffusé au Moyen-Orient à partir du XIXe siècle, comme signe de modernité importée, avant de devenir un symbole culturel réinventé et un instrument de rayonnement international. Ce glissement d’un modèle occidental à une acclimatation locale s’opère selon les pays et les initiatives de leurs dirigeants alors que l’opéra, initialement perçu comme un art exogène, se mue progressivement en objet identitaire et diplomatique.


En Égypte, l’Opéra du Caire – plus ancienne implantation lyrique en Afrique et au Moyen-Orient – est inauguré en 1869 avec Rigoletto à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, tandis que, deux ans plus tard, Aïda est commandée à Verdi sur un sujet inspiré de l’Antiquité égyptienne.

Ces deux événements montrent à la fois le désir pour l’Égypte d’accéder à la modernité occidentale et l’influence que peut représenter la culture orientale pour les compositeurs européens. L’incendie de 1971 met un terme à cette aventure jusqu’à la construction dans un style islamique du Nouvel Opéra du Caire en 1988, grâce à un financement offert par le gouvernement japonais.

À partir des années 2010, des initiatives comme Balcony Opera permettent des actions « hors les murs » et mêlant répertoires arabes et occidentaux. Le rayonnement contemporain de chanteurs, comme Farrah El Dibany, alternant œuvres européennes et adaptations en arabe, illustre un va-et-vient entre traditions locales et programmation internationale standardisée.

Ce n’est pas le cas de l’Iran qui offre l’image d’une modernité lyrique interrompue. Depuis la fin du XIXe siècle, la formation d’une scène théâtrale moderne, nourrie des traductions de Molière mais aussi d’influences russes et caucasiennes, s’institutionnalise progressivement jusqu’à l’âge d’or des années 1960–1970 avec la Tehran Opera Company et l’inauguration du Vahdat Hall en 1967. La Révolution islamique de 1979 entraîne l’arrêt des activités lyriques. Depuis 2013, une renaissance partielle semble se dessiner sous la forme d’adaptations en persan d’œuvres importées, témoignant d’une résilience artistique.

Dans le cas d’Israël, l’histoire du lyrique se conjugue avec la construction culturelle nationale comme le montre la programmation, en 1923, de la Traviata, chantée en hébreu à Tel-Aviv, sous l’impulsion du chef d’orchestre et musicologue Mordecai Golinkin. La compagnie Israel Opera fonctionnera par la suite, de 1945 à 1984, avant que le New Israeli Opera s’installe en 1994 dans le Tel-Aviv Performing Arts Center.

La programmation mélange un répertoire international, mais aussi des œuvres abordant des thématiques juives et bibliques commandées à des compositeurs israéliens. Des productions comme The Passenger en 2012, dont l’histoire évoque l’Holocauste, inscrivent la mémoire et l’identité au cœur de l’activité lyrique locale associée à des politiques de médiation menée par Children Opera Hours, Magical Sounds.

Des opéras symboles de pouvoir

La vague d’intérêt pour l’art lyrique qui a touché les pays du Golfe procède d’une autre logique, où l’opéra devient un dispositif de soft power, d’attractivité touristique et d’urbanisme. À Mascate (capitale d’Oman), l’Opéra Royal inauguré en 2011 couronne une stratégie initiée par le sultan Qabous, dès les années 1980, avec la création d’un orchestre symphonique national. Inséré dans un ensemble de 80 000 mètres carrés, incluant jardins, hall d’exposition, galerie d’exposition d’instruments de musique et espaces commerciaux, le site déploie une programmation éclectique qui associe répertoires occidentaux, créations arabes et musiques du monde en coproduction avec de grandes maisons européennes.

À Dubaï, l’ouverture en 2016 d’une salle modulable de 2 000 places, conçue par Janus Rostock, en forme de boutre (un voilier arabe) et implantée dans le quartier Downtown, associe une forte identité architecturale à une flexibilité d’usage. Elle joue aussi le rôle de locomotive pour l’hôtellerie, les commerces et le tourisme événementiel. Cette même logique opère au Qatar ou au Koweit. L’ambition de s’inscrire comme capitale culturelle s’y exprime à travers l’accueil de productions et d’orchestres internationaux.

De son côté, l’Arabie saoudite incarne une accélération singulière de la structuration de son territoire lyrique. Longtemps imperméable à l’opéra du fait de restrictions de nature religieuse (présence de femmes et musique occidentale non autorisées), le royaume s’y ouvre progressivement à partir des années 2010 avant de créer, en 2020, la Theater and Performing Arts Commission dans le cadre de Vision 2030. Son objectif est d’ouvrir le royaume à la modernité en renforçant notamment l’offre destinée aux touristes et aux hommes d’affaires.

En avril 2024, la création de Zarqa Al Yamama, premier grand opéra national de langue arabe, marque une étape symbolique avec le recours à un livret du poète et dramaturge saoudien Saleh Zamanan.

L’intrigue se déroule dans une Arabie préislamique et raconte l’histoire d’une femme extralucide pressentant une attaque d’ennemis, dont la tribu ignore les avertissements. Présentée au Centre culturel Roi Fahd, elle a montré la nécessité de bâtir des équipements spécifiquement conçues pour l’acoustique lyrique, la sonorisation de l’œuvre, riche d’influences musicales arabes, s’étant avérée indispensable dans cette salle de 2 700 places. Le territoire lyrique saoudien s’est progressivement enrichi d’un festival d’opéra, de programmes de collaboration internationale avec la programmation d’œuvres occidentales à Riyad et à Al-Ula tandis que des projets de nouveaux bâtiments sont envisagés à Riyad, à Djeddah ou à Diriyah.

Dans d’autres pays du golfe, la diplomatie culturelle et la patrimonialisation jouent un rôle structurant même sans maison d’opéra. Ainsi, la Jordanie a instauré le premier festival d’opéra du monde arabe à Amman, associant des artistes jordaniens à des partenaires italiens et projetant des créations à Pétra, croisant langues arabe, anglaise et nabatéenne.

Au Liban, le Festival international de Baalbek, fondé en 1956, a produit intégralement en 2025 et pour la première fois une œuvre (Carmen) alors que se profile un projet d’opéra national à Dbayeh, d’abord envisagé avec un soutien omanais puis porté par la Chine. Au-delà des infrastructures, deux figures emblématiques, Fairuz (âgée de 89 ans) et Sabah (disparue en 2014, divas de la musique arabe, façonnent l’imaginaire vocal libanais au-delà des frontières.

Des logiques territoriales différentes

On peut identifier plusieurs processus de territorialisation. Le premier, que l’on pourrait nommer « opéra-modernité » correspond à l’usage de la maison d’opéra comme signal d’entrée dans le modernisme avec un phénomène de patrimonialisation et d’adaptation, à l’image de l’Égypte du XIXe siècle. Le second que l’on pourrait qualifier d’« opéra-vitrine » se déploie surtout dans les pays du Golfe, associé généralement à des objectifs de soft power, de branding territorial, d’attractivité touristique et de requalification urbaine. Dépendant encore de compétences lyriques étrangères, l’enjeu à venir est d’arriver à concilier exposition à l’international et écosystème local et autonome. Le troisième processus reposerait davantage sur des stratégies de médiation et d’ancrage patrimonial.

À ces processus de territorialisation s’adossent des enjeux transversaux. L’intégration au lyrique de la langue comme de la musique arabes est centrale. Promouvoir un opéra en arabe nécessite d’enrichir la dramaturgie par des récits traditionnels, des références musicales – rythme de la poésie, maqâm – en dialogue avec les styles musicaux européens et leurs esthétiques. Les actions menées par Opera for Peace, par l’intermédiaire de ses master class, contribuent à structurer ce capital humain qui s’appuie sur des politiques de démocratisation, d’hybridation et de collaborations, mais aussi des financements pérennes. En outre, l’adossement à des sites patrimoniaux, très efficace pour unir spectacle, tourisme et récit identitaire, requiert des exigences techniques et administratives singulières.

En conclusion, l’art lyrique au Moyen-Orient est bien passé d’un modèle importé à un symbole culturel réinventé. L’opéra et son écosystème composé d’architectures emblématiques, de programmations premium et de festivals fonctionne, même s’il n’attire pas encore un public local conséquent. Si certains pays ont la capacité de financer seuls le déploiement de ce symbole de prestige, on note qu’après le Japon, la Chine investit désormais dans l’aide à la construction de maisons d’opéra dans cette région. Reste à savoir si la forme artistique pourra s’affranchir de son image de seule vitrine pour participer à la fabrique de récits, où l’arabe chanté, la musique traditionnelle et la mémoire des lieux contribueront à créer une modernité régionale à travers un processus de patrimonialisation propre à ces territoires.

The Conversation

Frédéric Lamantia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’opéra au Moyen-Orient, vitrine culturelle et outil de soft power – https://theconversation.com/lopera-au-moyen-orient-vitrine-culturelle-et-outil-de-soft-power-265314

Quelles priorités pour le progrès social dans un environnement économique contraint

Source: The Conversation – in French – By Fabien Tripier, Professeur d’économie, Université Paris Dauphine – PSL

Proposer un progrès social crédible exige de tenir compte des contraintes actuelles : faiblesse de la productivité, nécessité de stabiliser la dette publique, concurrence fiscale internationale. Cela suppose de hiérarchiser les priorités en privilégiant la croissance par l’emploi et en réorientant les arbitrages budgétaires vers les services publics.


Les responsables politiques doivent donner des perspectives de progrès social pour répondre aux attentes des citoyens. Pour proposer des orientations crédibles, ces perspectives doivent tenir compte des contraintes économiques auxquelles la France fait actuellement face : la faiblesse des gains de productivité, la nécessité de stabiliser la dette publique et la concurrence fiscale internationale. Cela suppose de renoncer, au moins temporairement, à certains objectifs et d’accepter de hiérarchiser les priorités. À l’horizon de cinq années, les orientations à privilégier sont la croissance économique et la priorisation des services publics dans les arbitrages budgétaires.

En attendant la décroissance

La France a besoin de croissance économique. La décroissance, entendue comme une diminution de la production des biens et services et des revenus distribués, peut être une forme de progrès social, certainement la plus efficace pour la préservation de l’environnement. Accompagnée par un changement culturel sur la place de la consommation dans nos vies, elle pourrait se faire sans dégradation de la qualité de vie. Toutefois, la société ne semble pas prête aujourd’hui à suivre ce chemin.




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Peut-on à la fois réduire la dette, ne pas entraver la croissance et lutter contre les inégalités ?


Au niveau individuel, le pouvoir d’achat est l’une des priorités exprimées par les Français. Au niveau collectif, les besoins d’investissement sont massifs : pour l’adaptation au changement climatique, comme cela a été documenté dans le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz, mais aussi la préservation de la souveraineté militaire dans le nouveau contexte géopolitique. Satisfaire ces deux niveaux nécessite la production de biens et services qu’apporte la croissance économique.

Cette croissance ne peut pas se réaliser en travaillant moins. La baisse du temps de travail est incontestablement un objectif majeur du progrès social. Mais la limite essentielle, pour aller dans cette direction, est la faiblesse des gains de productivité actuels. Si la productivité n’augmente pas, travailler moins signifie produire moins, ce qui ne permettrait pas d’atteindre les objectifs individuels et collectifs.

La France décroche

Or, l’Europe connaît actuellement un décrochage des gains de productivité par rapport aux États-Unis particulièrement marqué en France. Depuis la crise Covid, les États-Unis ont connu une croissance de la productivité du travail de 5 % entre 2019 et 2024, la zone euro (hors France) a retrouvé en 2024 son niveau de productivité de 2019 alors que la France a connu une perte de productivité de 4,5 %.

Des gains de productivité peuvent être créés par des investissements dans l’éducation et l’innovation, mais même si ces investissements étaient réalisés dès aujourd’hui, il faudrait plusieurs années pour qu’ils se concrétisent. À l’horizon de cinq années, la diminution du travail – durée légale ou âge de la retraite – ne peut pas être la priorité. Cette conclusion est importante pour concentrer l’effort des politiques économiques sur l’accès du plus grand nombre à des emplois de qualité.

Trois crises en 15 ans

La contrainte extérieure est souvent invoquée pour justifier la réduction du déficit public. Mais cette réduction doit avant tout être défendue par ceux qui veulent préserver des marges de manœuvre pour l’action publique.

La France a connu une période de relative stabilité entre 1980 et 2008. Après une décennie de crises liées aux chocs pétroliers, nous avons bénéficié de vingt-cinq années sans crises majeures. Ce temps semble révolu. En quinze années seulement, l’économie française a été impactée par trois crises internationales majeures : financière (2008-2009), sanitaire (2020) et énergétique (2021-2022). À chaque fois, l’État a joué son rôle d’amortisseur, absorbant par un surcroît de dette publique une partie des conséquences pour limiter le coût pour les ménages et entreprises. Par exemple, lors de la crise énergétique, le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire certes coûteux pour les finances publiques, mais qui a permis de protéger les entreprises et les ménages de la hausse des prix de l’énergie et ainsi de soutenir la croissance et contenir l’inflation, comme nous le montrons dans un article à paraître (1).

Le vrai risque n’est pas une crise de dette souveraine à la grecque, mais l’incapacité d’agir lors de la prochaine crise économique. Le contexte international incertain doit inciter à reconstituer des marges budgétaires en réduisant le déficit public, pour que l’État préserve sa possibilité d’action future.

De l’urgence de choisir

Pour réduire le déficit, il faut affronter la difficile question du choix des dépenses à privilégier. Plusieurs solutions avancées visent à contourner cette question. La première solution, de facilité, invoque des dépenses « inutiles » à supprimer : agences d’État, réorganisations administratives. Ces économies,rarement chiffrées, sont d’une ampleur limitée face aux sommes nécessaires pour réduire durablement le déficit. La seconde solution, plus sérieuse, consiste à augmenter les prélèvements obligatoires, par exemple, par la mise en place d’une taxation sur les très grandes fortunes.

France 24 – 2025.

La réduction des inégalités est un objectif du progrès social. Il est tentant de concilier les deux objectifs : réduire le déficit en taxant le patrimoine des plus fortunés. Trois points sont à souligner. Premièrement, la France dispose déjà d’un puissant mécanisme de redistribution des 43 % des ménages les plus favorisés vers les 57 % les moins favorisés en tenant compte des transferts monétaires et en services publics. Elle affiche ainsi des inégalités plus faibles qu’ailleurs et qui progressent moins.

Un pari risqué

Deuxièmement, la mondialisation financière permet aux plus riches d’échapper à l’impôt par l’optimisation fiscale. Cette injustice rend le système fiscal régressif pour le 1 % des plus fortunés, tandis que les revenus du travail ont moins de possibilités d’évasion que ceux du capital. L’échelon international, ou du moins européen est pertinent pour résoudre ce problème. La France peut jouer un rôle moteur, mais ne devrait pas agir seule.

Troisièmement, bâtir une stratégie de réduction du déficit sur la seule taxation des grandes fortunes est insuffisant et risqué. Les estimations les plus favorables conduisent à vingt milliards d’euros de recettes supplémentaires, soit la moitié de l’effort nécessaire. Ces estimations comportent une marge d’incertitude importante pour des impôts nouveaux. La réaction prévisible des consommateurs à une hausse de TVA, est mieux connue que celle des grandes fortunes à un nouvel impôt sur leur patrimoine. Agir uniquement sur cette source fiscale serait un pari risqué.

Changer les priorités

Il faut donc accepter de devoir choisir parmi des dépenses qui ont toutes leur utilité et leur légitimité. Au vu des arbitrages récents, il convient d’inverser les priorités. Les décisions budgétaires ont protégé le pouvoir d’achat des retraités par exemple via l’indexation des pensions sur l’inflation, au détriment des autres dépenses publiques. Les retraités ne sont pas une catégorie économique homogène. Comme le reste de la population, elle est marquée par de fortes inégalités de revenus et de patrimoine. Il faut certes protéger les plus fragiles, qu’ils soient actifs ou retraités, mais au-delà, compte tenu des contraintes économiques, réallouer des dépenses des pensions de retraite vers les services publics présente une efficacité macroéconomique.

La priorité politique donnée à la préservation du pouvoir d’achat des retraités au cours des dernières années s’est traduite par un surcroît d’épargne dommageable à l’activité économique, pénalisée par la faiblesse de la consommation des ménages. Un euro de services publics soutient au contraire directement la demande à court terme et a un effet multiplicateur d’activité plus important que les dépenses en pensions de retraite.

Hiérarchiser les priorités

Investir dans l’éducation, la santé et la transition énergétique peut également être bénéfique à moyen terme par ses effets sur la productivité. Ces services publics sont aussi précieux pour la redistribution. Les travaux de l’Insee sur les comptes nationaux distribués montrent l’importance des transferts en nature dans le système français. Ne pas investir dans l’éducation et la santé dégraderait la qualité de ces services publics avec un risque d’amplification des inégalités, les ménages favorisés se tournant vers l’offre privée de ces services.

Accepter de hiérarchiser les priorités du progrès social, en raison de ces contraintes de court terme, ne signifie pas qu’il ne faille pas s’engager dans des projets visant à s’en libérer à long terme. À nouveau, plusieurs options sont possibles. La priorité est-elle de retrouver des gains de productivité, de changer le modèle de consommation ou de porter au niveau européen des projets d’harmonisation fiscale et de financements européens des dépenses publiques d’intérêt commun ?

Le débat est ouvert, le point essentiel est que les responsables politiques donnent des perspectives de progrès social intégrant ces différents horizons, les contraintes de court terme et les perspectives de long terme, pour répondre de manière crédible et cohérente aux attentes des citoyens.


(1) Langot, F., S. Malmberg, F. Tripier. & J.O. Hairault, 2025. The Macroeconomic and Redistributive Effects of the French Tariff Shield, Journal of Political Economy Macroeconomics, à paraître.

The Conversation

Fabien Tripier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quelles priorités pour le progrès social dans un environnement économique contraint – https://theconversation.com/quelles-priorites-pour-le-progres-social-dans-un-environnement-economique-contraint-266257

How the government shutdown is hitting the health care system – and what the battle over ACA subsidies means

Source: The Conversation – USA (3) – By Simon F. Haeder, Associate Professor of Public Health, The Ohio State University

Democrats demanded that Republicans negotiate with them on ACA subsidies and Medicaid cuts. Kevin Dietsch/Getty Images News

Major rifts over key health care issues are at the heart of the federal government shutdown that began at the stroke of midnight on Oct. 1, 2025.

This is not the first time political arguments over health care policy have instigated a government shutdown. In 2013, for example, the government shut down due to disputes over the Affordable Care Act.

This time around, the ACA continues to play a central role, with Democrats demanding, among other things, an extension of subsidies for ACA plan insurance premiums that are set to expire at the end of 2025. Democrats are also holding out to roll back cuts to the Medicaid program that President Donald Trump signed into law on July 4, as part of what he called his “One Big Beautiful Bill.”

Without a budget agreement in place, Trump ordered most federal agencies to wind down their nonessential activities. The shutdown will continue until Congress passes either a short-term or long-term funding bill and Trump signs it.

Government shutdowns are nothing new, but as a health policy expert, I worry this time around the impasse may have far-reaching effects on health care.

Even as Democrats stage their battle over access to health care, the shutdown itself could also make it harder for Americans to get the care they need. Meanwhile, Trump has threatened to use the crisis to permanently cut federal jobs on a mass scale, including ones in the health care sector, which could substantially reshape federal health agencies and their ability to protect Americans’ health.

The partisan health care divide

Historically, questions about how the government should support access to health care have long been a source of conflict between the two main political parties. The passage of the ACA in 2010 and its implementation have only intensified this friction.

In the lead-up to the current shutdown, Republicans needed Democratic votes in the Senate to pass a bill that would keep funding the government at existing levels at least until November.

In return for their support, Democrats sought several concessions. A major one was to extend subsidies for ACA insurance policy premiums, which were established during the COVID-19 pandemic. These subsidies addressed a shortcoming in the ACA by decreasing premiums for millions of Americans – and they played a crucial role in more than doubling enrollment in the ACA marketplaces.

Without this extension, ACA premiums are set to rise by more than 75% in 2026, and the Congressional Budget Office estimated that 4.2 million Americans would lose insurance. At least some Republicans seemed open to considering the ACA subsidies, particularly those from districts that were more moderate and that had large numbers of people enrolled in ACA plans. But many have objected to doing that as part of the budget process.

Democrats are also pushing to renegotiate some of the changes made to Medicaid in the budget bill. These include new work requirements that are a cornerstone of Republican demands, under which certain adults would have to work or engage in qualifying activities to maintain Medicaid benefits. Work requirements are set to take effect in 2027, but implementing them would lead to an estimated 5 million people losing their health insurance coverage.

ACA subsidies are a major bone of contention in the standoff between Democrats and Republicans.

Most contentiously, these rollbacks to Medicaid cuts would reverse restrictions that made immigrants who are generally present in the country legally, such as refugees and asylum-seekers, ineligible for Medicaid and ACA coverage. These restrictions, which were included in the budget bill, could lead to the loss of insurance for about 1.4 million lawfully present immigrants, the Congressional Budget Office has estimated.

Republicans have balked at these demands, taking particular issue with the prospect of restoring Medicaid benefits to immigrants. Some Republicans – and Trump himself – have misconstrued the Democrats’ position, saying they are seeking free health care for immigrants in the country illegally.

What kinds of health services might be affected?

Most obviously, large-scale staff reductions would interfere with a wide range of health-related services not considered essential during the shutdown. This includes everything from surveying and certifying nursing homes to assisting Medicaid and Medicare beneficiaries and overseeing contracts or extra payments to rural ambulance providers.

Protesters on September 30, 2025, at a rally against cuts to health care
If the shutdown becomes protracted, health care services may be affected.
Tasos Katopodis/Getty Images Entertainment

Some seniors may face an immediate impact as two programs have now lost funding without a new budget in place. One expanded access for seniors to telehealth services. The other allowed people to receive services at home that are generally provided in a hospital.

Crucially, most seniors will continue to receive Social Security payments. However, providers might be hesitant to schedule patients covered by Medicare if the shutdown drags on over a long period of time. This is because payments to medical providers would likely be delayed.

What health services will continue to function?

The Centers for Medicare and Medicaid Services has indicated that there is enough funding for Medicaid, the government program that primarily provides health services to low-income Americans, to support the program through the end of the calendar year. If the shutdown lasts beyond that, states may have to decide whether to temporarily fund the program on their own or whether to reduce or delay provider payments. However, no previous shutdown has ever lasted more than 34 days.

Community health centers are generally expected to receive some funding, at least for now. These providers offer nonemergency medical services for about 34 million Americans each year. Many also provide important services across the nation’s schools. However, if the standoff continues for more than a few days, those centers may struggle to keep their doors open.

Health and Human Services has also indicated that it will use all available funding to maintain “minimal readiness for all hazards” and will maintain certain medical services, such as the Indian Health Service. The Veterans Health Administration will also stay open. One of the agencies most affected by previous layoffs, the Food and Drug Administration, has indicated that it would be exempt from further cuts.

A longer-term view

Ultimately, the severity of the shutdown’s effects on health care will depend on how long it lasts.

It will also depend on whether Trump makes good on his stated intention to use the shutdown as “an unprecedented opportunity” to reshape the federal bureaucracy. The White House announced plans for potential mass firings of workers, particularly those at “Democrat Agencies.”

Whether this threat is simply a bargaining tactic remains to be seen, and it’s unclear whether health-related workers and agencies are in the crosshairs. But given that previous layoffs specifically targeted health programs, more permanent reductions in programs that affect health care may be on the way.

The Conversation

Simon F. Haeder does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How the government shutdown is hitting the health care system – and what the battle over ACA subsidies means – https://theconversation.com/how-the-government-shutdown-is-hitting-the-health-care-system-and-what-the-battle-over-aca-subsidies-means-266565