Harcèlement moral institutionnel à France Télécom : quand la politique dysfonctionnelle de l’entreprise devient un délit pénal

Source: The Conversation – in French – By Michel Rocca, Professeur d’économie politique, Université Grenoble Alpes (UGA)

L’arrêt historique rendu par la Cour de cassation, le 21 janvier 2025, dans l’affaire France Télécom marque un tournant majeur en droit du travail et en droit pénal. Rappelons que la direction de l’entreprise (devenue Orange en 2013) avait mis en œuvre, à compter de 2006, deux plans de restructuration qui prévoyaient le départ de 22 000 employés et la mobilité de 10 000 autres (sur quelque 120 000 employés). En 2008 et en 2009, 35 salariés s’étaient suicidés. Cet arrêt ouvre la voie à une nouvelle ère de responsabilisation des organisations, publiques comme privées, en matière de santé au travail.


En consacrant la notion de « harcèlement moral institutionnel », la plus haute juridiction française reconnaît définitivement que la responsabilité pénale d’une entreprise et de ses dirigeants peut être engagée lorsqu’une politique managériale, menée en connaissance de cause, a pour effet de dégrader les conditions de travail des salariés.

L’arrêt de la Cour de cassation du 21 janvier 2025 condamne définitivement sept dirigeants, mais aussi la personnalité morale de France Télécom au titre d’un « harcèlement moral institutionnel » résultant de la politique de l’entreprise. Avec cette nouvelle notion, la responsabilité pénale d’une société et de ses dirigeants peut désormais être engagée lorsqu’ils ont mis en œuvre, « en connaissance de cause », une politique d’entreprise ayant pour « objet » ou pour « effet » une dégradation des conditions de travail des salariés.

Au début des années 2000, le PDG Didier Lombard lance en effet le plan Nouvelles Expériences des Télécommunications (Next), qui prévoyait 22 000 départs en trois ans, soit 20 % de départs parmi les salariés ayant le statut de fonctionnaire. Sans procéder à des licenciements classiques, l’entreprise imagine alors une politique visant à précipiter les départs.

Les différents niveaux de l’encadrement installent un climat de pressions constantes, effectuent des réorganisations permanentes et abusives, des mutations forcées ou des mises à l’isolement. Les brimades de salariés sont fréquentes. Entre 2008 et 2011, plus de soixante employés se suicident, et quarante tentent de mettre fin à leur jour. Ce plan Next sera d’ailleurs qualifié par la presse de « plan de l’éradication ».

L’arrêt consacre la notion de harcèlement moral institutionnel

En pratique, cet arrêt vient ainsi consacrer la notion même de harcèlement moral institutionnel. Comme le rappelle Michel Miné, le harcèlement moral institutionnel « figure désormais au plus haut niveau de la jurisprudence […] un grand arrêt de droit pénal, mais aussi de droit du travail ».

Complétant le droit relatif au harcèlement moral, cette évolution a une portée considérable pour les salariés de toutes les organisations, mais également pour leurs directions et leurs responsables RH. Ces derniers sont désormais pénalement responsables des effets de leurs politiques. C’est donc un nouvel univers de la santé au travail qui s’ouvre potentiellement.

L’arrêt de janvier 2025 concerne aussi les situations antérieures à 2025

En s’appuyant principalement sur les travaux parlementaires relatifs à la loi n°2002-73 du 17 janvier 2002 de modernisation sociale, la rédaction de cet arrêt de la Cour de cassation inscrit dans le droit deux ouvertures à très forte portée progressiste. Ces ouvertures répondent précisément aux attentes des salariés dont la santé s’est détériorée du fait de politiques organisationnelles ou managériales. Michel Miné résume très bien cette évolution en notant que

« le juge n’est pas là pour juger des choix stratégiques, mais pour examiner les effets des méthodes de gestion qui en découlent ».

À la suite de cet arrêt, un tribunal administratif sera désormais légitime pour « déterminer si la méthode employée pour mettre en œuvre la politique d’entreprise excède le pouvoir normal de direction et de contrôle du chef d’entreprise » (§70). Tout n’est donc plus possible au seul motif que c’est la liberté d’entreprendre qui appelle des choix stratégiques d’entreprise… non discutables. En matière de santé au travail, le choix de gestion dans l’organisation ne bénéficie plus d’une totale immunité : il peut être jugé.

Ensuite, cet arrêt crée, à côté du harcèlement moral déjà défini par l’article L.1152-1 du Code du travail, une forme de harcèlement moral sans qu’une relation entre des personnes individuellement identifiées soit nécessaire. Sans nécessité d’une action d’une personne sur une autre, le harcèlement moral institutionnel peut être exercé à l’égard « d’autrui » (terme de l’arrêt). Sans besoin de prouver un ciblage individuel, le harcèlement peut donc indifféremment concerner une équipe, un service, un groupe de salariés et, par extension, l’ensemble des membres d’une organisation. En fait, « pourvu que ces dernières fassent partie de la même communauté de travail et aient été susceptibles de subir ou aient subi les conséquences » de la politique managériale (§40).

Les conséquences de cet arrêt sont en réalité aussi vastes que profondes. Première conséquence de l’arrêt de janvier 2025, des situations antérieures à 2025 sont concernées. Il est en effet considéré que cette évolution du droit était « prévisible » de sorte qu’elle peut s’appliquer à des faits antérieurs.

Toutes les politiques managériales dysfonctionnelles ou pathogènes sont concernées

Si la temporalité est étendue, le champ l’est aussi. En condamnant également la personne morale France Télécom, la Cour de cassation étend potentiellement le champ à toutes formes d’organisation : de la TPE à la collectivité territoriale en passant par l’hôpital ou l’université, toutes les politiques managériales dysfonctionnelles ou pathogènes sont potentiellement concernées.

Cette nouveauté est intéressante : les organisations publiques et bureaucratiques sont en effet particulièrement sujettes à ces politiques aux effets dévastateurs et peu abordés, comme nous l’avons montré ailleurs à partir de la pratique du harcèlement en meute.

Ainsi, dans les mois qui viennent, les premiers jugements de différentes juridictions vont être connus et discutés. Le juge administratif sera particulièrement scruté pour connaître son degré de suivisme de l’arrêt de la Cour de cassation ; juridiction qui représente le plus haut niveau de jurisprudence : va-t-il vraiment suivre l’arrêt qui consacre le harcèlement moral institutionnel et, ainsi importer ce délit dans l’environnement public ?

L’égalité devant la loi devrait imposer que ce type de décision soit également adoptée par les juridictions administratives. Il semble assez probable que le juge administratif suive cette voie, avec toutefois quelques modulations. Un premier arrêt de la Cour administrative d’appel de Bordeaux en avril 2025 va dans ce sens. Ainsi, la jurisprudence pourrait par exemple, amener à condamner une université pour « faute de service » en cas de harcèlement moral institutionnel. Le juge devra au fond arbitrer entre un jugement mettant en avant la « responsabilité pour carence » (manquement à l’obligation de protéger les agents) ou « une qualification pénale ». Si rien n’est encore joué sur le sens de cet arbitrage, il n’en demeure pas moins que le temps de l’impunité semble révolu : les victimes peuvent désormais agir sur le terrain pénal contre l’institution elle-même, en complément des recours en droit du travail ou administratif.

Deuxième conséquence, le périmètre des acteurs impliqués et l’incidence sur leurs responsabilités sont en définitive précisés par cet arrêt de janvier 2025. C’est surtout leur mise en cause pénale qui est mise en lumière.

Dit simplement, si une politique managériale promeut, en connaissance de causes, des méthodes de gestion pathogènes pour la santé des salariés, tout dirigeant, mais aussi tout cadre actif dans la promotion de cette politique peut être jugé responsable. La Cour de cassation signale ainsi, dans son arrêt de janvier 2025, le « suivisme » des directions et services de ressources humaines (DRH) dont « les procédures et les méthodes ont infusé dans toute la politique managériale ». Fait majeur, une DRH est potentiellement « complice du délit » de harcèlement moral institutionnel quand elle accompagne des politiques pathogènes dont les effets sont connus.

Au minimum, une vigilance accrue est donc attendue des DRH en matière d’adoption de méthodes de gestion afin de ne pas être dans l’abus immanquablement porteur de risque pénal. Plus largement, la posture professionnelle de la DRH est sérieusement questionnée : connaissant l’objet ou les effets d’une politique sur la santé des salariés, doit-elle toujours accompagner sa direction, dont elle dépend de manière souvent très étroite ? Si la DRH a par exemple connaissance de la volonté d’un dirigeant de cibler un ou plusieurs salariés, au point que des atteintes à leur santé soient envisageables, quelle doit être sa posture ou son éthique, pour reprendre une notion chère à la communauté des responsables de ressources humaines ?

Vers une responsabilité de tous en matière de santé au travail ?

Par enchaînement, il est possible de tracer des perspectives au regard de ce nouvel état des lieux des responsabilités quand un harcèlement moral institutionnel est avéré pour le juge.

Comment évaluer, par exemple, la responsabilité des élus de conseils des collectivités publiques, des élus d’un conseil d’administration d’universités, d’hôpitaux ou d’associations dès lors qu’ils marquent une trop grande complaisance vis-à-vis de la poursuite de politiques managériales dont ils ont à connaître les effets sur la santé des salariés ? Ne sont-ils pas, comme « organes de décisions » partie prenante des atteintes à la santé, comme l’ont été des cadres de France Télécom ?

Naturellement, le même questionnement peut être adressé aux représentants du personnel et à leur posture. Pour la plupart d’entre eux, ils ont évidemment chevillé au corps le souci de documenter les atteintes à la santé des salariés liés au management du travail et d’accompagner les salariés en souffrance, y compris pas l’outil juridique. L’affaire de France Télécom est d’ailleurs emblématique du rôle exemplaire des représentants syndicaux. Ils ont consciencieusement mobilisés les dispositifs légaux prévus à cet effet dans les organisations (les outils de la commission Santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), notamment).

Une interrogation demeure pourtant : quelle est la responsabilité de représentants des salariés qui, par complaisance, faiblesse, intérêt ou connivence avec les directions, minimisent ou ignorent l’importance de la prise en charge cette nouvelle question du harcèlement moral institutionnel ? Dans l’affaire France Télécom, les élus CFDT et FO étaient par exemple dans « un déni de la situation » selon le syndicat Solidaires, acteur central de la démarche d’accompagnement et de dépôt de plainte. N’oublions pourtant jamais que « l’homme est responsable de son ignorance, l’ignorance est une faute », pour Milan Kundera.

Pour le citoyen-salarié, avec la reconnaissance juridique du harcèlement moral institutionnel, une nouvelle étape est sans nul doute franchie : le temps de l’impunité des directions et du management semble en tout cas révolu, quelle que soit l’organisation concernée. Tout montre que le citoyen-salarié peut donc se sentir un peu moins seul face à ses éventuelles souffrances, comme ce fut déjà le cas avec la reconnaissance juridique du « harcèlement moral », en 2002, à la suite des travaux pionniers de Marie-France Hirigoyen et de Christophe Desjours.

En définitive, le premier défi de la caractérisation juridique de cette nouvelle facette du harcèlement moral semble maintenant relevé. Si les faits sont donc assez documentés, notamment par les représentants du personnel, le juge peut travailler. Encore faudra-t-il, in fine, que les différentes juridictions fassent demain écho, dans un délai raisonnable, à cette immense attente de justice face aux errances de directions et de manageurs aux politiques déviantes et pratiques toxiques, toutes porteuses de profondes souffrances au travail, souvent inaudibles. C’est le prochain défi de santé au travail qui est devant nous.

The Conversation

Michel Rocca ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Harcèlement moral institutionnel à France Télécom : quand la politique dysfonctionnelle de l’entreprise devient un délit pénal – https://theconversation.com/harcelement-moral-institutionnel-a-france-telecom-quand-la-politique-dysfonctionnelle-de-lentreprise-devient-un-delit-penal-266415

Parler de « vivant » plutôt que de « nature » : effet de mode ou tournant politique ?

Source: The Conversation – in French – By Virginie Arantes, Postdoctoral Researcher – Projet Chine CoREF, CNRS/EHESS (CECMC), Université Libre de Bruxelles (ULB)

Le terme s’est imposé en librairie, en politique. Il est aussi de plus en plus repris par des institutions. Il apparaît souvent comme un synonyme de « nature ». Mais que signifie ce « vivant » dont on se réclame de plus en plus ? Les autrices et auteur de Rendre le vivant politique (éditions de l’Université de Bruxelles, 2025) sondent le succès nouveau de ce mot.


C’est un terme que l’on entend de plus en plus : « vivant ». Mais d’où vient-il ? que décrit-il ? et pourquoi est-il de plus en plus invoqué ?

Une rapide recherche du terme « vivant » dans Google Ngram Viewer, qui recense la fréquence des mots usités dans les livres numérisés sur Google Books, permet déjà de repérer deux moments où son usage explose : dans les années 1980 et aujourd’hui.

Mis en ligne par Google en décembre 2010, Ngram Viewer permet de visualiser la fréquence de suites de mots dans les livres numérisés sur Google Books. L’outil s’appuie sur plus de 5 millions d’ouvrages, soit environ 4 % des livres jamais publiés, et dont la très grande majorité est postérieure à 1800. L’interprétation des visualisations appelle à la précaution, mais cette courbe sert ici seulement à poser des questions au sujet de ce succès du « vivant » dans la production éditoriale.
Capture d’écran Google Ngram Viewer

Le pic des années 1980 peut sans doute s’expliquer par la montée en puissance du discours sur la biodiversité qui n’est plus confinée au registre scientifique. Mais comment expliquer le regain actuel ? Serait-il la manifestation d’un moment politique qui voit le « vivant » devenir un nouvel imaginaire structurant et un horizon de lutte ? Dans les librairies, la tendance est en tout cas nette. Le succès d’ouvrages comme Manières d’être vivant (Baptiste Morizot, 2020), Exploiter les vivants (Paul Guillibert, 2023) ou le Moment du vivant (sous la direction d’Arnaud François et de Frédéric Worms, 2016) témoigne d’une quête de sens et d’un désir de rupture avec une vision instrumentale de la nature.

Mais le mot ne circule pas qu’en rayon : il s’invite de plus en plus dans les slogans militants et partisans. En Belgique, le parti Écolo s’interroge : « Qui va protéger le vivant, qui va protéger ma santé ? », tandis qu’en France, le parti antispéciste Révolution écologique pour le vivant (REV) a été créé en 2018. On retrouve aussi ce terme dans le vocabulaire des politiques publiques, dans les mouvements sociaux, dans les dictionnaires d’écologie politique et jusque dans le langage éducatif.

Dans cette perspective, les défenseurs du vivant appellent à « faire corps » avec les écosystèmes. Ils proposent de repartir des milieux partagés à toutes les échelles – de la mare à l’océan – et de tenir compte de leurs liens, de la goutte d’eau à l’atmosphère.

« Anthropocène », « zone critique » : d’autres termes qui émergent en même temps que celui de « vivant ».

  • Ce déplacement de regard trouve un écho dans l’histoire récente des sciences. Il n’est pas anodin que la notion controversée d’anthropocène, apparue au début des années 2000 dans un colloque de géologues, résonne aujourd’hui dans les luttes pour le vivant. De même, il n’est pas plus surprenant que l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), fondé en 1921 pour étudier les forces telluriques et les champs magnétiques, s’intéresse désormais à la zone critique – cette fine couche où se nouent les interactions entre vie, sol et atmosphère. Chez Bruno Latour, cette zone prend une dimension philosophique : elle devient le lieu d’où penser le « nouveau régime climatique ».

Dans un contexte où les sociétés peinent à répondre à la crise environnementale – et où une partie du débat public rejette même l’écologie –, le terme « vivant » propose de décentrer le regard. Il invite à le déplacer, à voir dans la nature et les êtres qui la peuplent non pas des ressources à dominer, mais des existences avec lesquelles apprendre à cohabiter.

Pourquoi ce retour du vivant ?

Le « vivant » permet ainsi de dire ce que la « nature » ne permet pas.

Contrairement à « nature », souvent pensée comme un décor extérieur ou une ressource à exploiter, le « vivant » inclut les humains dans une communauté élargie avec les animaux, les végétaux et les écosystèmes, et s’interroge sur l’ensemble plutôt que sur telle ou telle partie. Il insiste sur les relations, sur les interdépendances et sur la fragilité des milieux que nous habitons. Cette nuance explique son succès croissant : il offre un langage qui relie la crise écologique à nos existences concrètes, à nos corps, à nos manières d’habiter le monde sans nous en couper. Il comble les lacunes des analyses trop focalisées sur la partie et qui perdent de vue le tout. Et c’est précisément parce qu’il nous attache à notre être sensible qu’il ouvre un espace de luttes, d’appropriations et d’expérimentations politiques.

Sa signification varie selon les contextes. En français, il évoque des dynamiques d’interdépendance entre humains et non-humains. En anglais (life, living beings, vital), il est souvent ramené aux Life Sciences, c’est-à-dire l’ensemble des sciences de la vie (biologie, médecine, génétique, agronomie, écologie scientifique), à une approche plus fonctionnelle et technique. En Amérique latine, le « vivant » prend une tournure institutionnelle : la Constitution de l’Équateur reconnaît ainsi la Pachamama (la Terre-Mère) comme sujet de droit – une manière de traduire dans le langage juridique des visions du monde autochtones, fondées sur l’harmonie entre les êtres humains et la nature. Le préambule du texte évoque d’ailleurs la volonté de « construire une nouvelle forme de coexistence publique, dans la diversité et en harmonie avec la nature, afin de parvenir au buen vivir, le sumak kawsay », c’est-à-dire le bien vivre ou la vie en plénitude.

Dans d’autres contextes, notamment occidentaux, la gestion écologique reste trop souvent marquée par des logiques de contrôle, de « maîtrise » de la nature et de ses risques, voire d’exclusion, comme le souligne la chercheuse en sciences politiques Krystel Wanneau lorsqu’elle analyse les dispositifs de « solutions fondées sur la nature » promus par les Nations unies. Elle prend ici comme exemple les problèmes d’inondation dans le nord de la France et aux Pays-Bas pour illustrer l’attrait de ces solutions redonnant de la place à la nature en s’inspirant des services offerts par les écosystèmes.

Dès le XIIe siècle, les Flamands ont ainsi mis en place les wateringues, des dispositifs de canaux pour contenir les inondations et gagner des terres agricoles sur la mer. Aujourd’hui, ces approches conciliant activités humaines et préservation écologique se multiplient, mais elles restent marquées par des tensions entre logiques administratives, agricoles, urbaines et écologiques pouvant reconduire des rapports de pouvoir inégaux entre politiques nationales et initiatives locales, comme dans le Nord-Pas-de-Calais. Partout dans le monde, ces approches de gestion des risques « avec » le vivant séduisent sur le papier, mais leur concrétisation se heurte à des conflits dont la résolution appelle de véritables débats démocratiques.

« Dunkerque veut aller plus loin et met en place un partenariat avec les agriculteurs des sections de son territoire pour les amener à ne pas évacuer l’eau systématiquement, mais à refaire des zones humides moins drainées, en contrepartie du paiement de leurs rôles par la communauté urbaine », explique le chercheur Bernard Barraqué dans son article « Les wateringues hier et aujourd’hui, en France et aux Pays-Bas » (2025).
CC BY

Pas étonnant donc qu’en parallèle, des alternatives démocratiques émergent. Le mouvement des villes en transition, lancé par l’enseignant britannique Rob Hopkins, promeut des modes de vie collectifs résilients, où « prendre soin du vivant » devient un mot d’ordre local. En France, les Soulèvements de la Terre, ou encore les mobilisations écologistes radicales étudiées par le politiste Luc Sémal, montrent que le vivant peut devenir un outil de mobilisation et de critique.

Parallèlement, certaines collectivités locales expérimentent des Parlements du vivant (dans l’agglomération Dracénie Provence Verdon [Var]) ou des micro-Parlements des vivants (à La Rochelle [Charente-Maritime], à Paris) pour faire participer les écosystèmes dans les décisions publiques afin de dépasser les oppositions modernes entre humain et non-humain, raison et émotion, corps et esprit. Ce changement reflète une tentative de réinventer notre rapport au monde, en mobilisant des savoirs sensibles longtemps marginalisés.

Mais cette prise de conscience ne suffit pas. Comme le montrent les historiens de l’environnement, l’anthropocène n’est pas qu’un moment de réveil écologique : c’est aussi le produit de trajectoires politiques et économiques anciennes, qui vont de l’industrialisation et de l’exploitation coloniale aux logiques extractives et financières contemporaines. Penser le vivant exige donc plus qu’un changement de regard. Il faut transformer les priorités, les institutions, les formes de pouvoir. Les chercheurs en théorie politique Marc-Antoine Sabaté et Emmanuel Charreau insistent : ce n’est pas parce qu’on parle du vivant qu’on agit en conséquence. Il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, encore faut-il changer les cadres hérités de ces histoires longues. Avoir conscience du réchauffement climatique ne produit pas une action immédiate, mais plutôt l’inverse.

Ces tensions deviennent de plus en plus visibles en Europe. En Belgique, la Cour constitutionnelle a suspendu le report de l’interdiction des diesels Euro 5 à Bruxelles, mobilisant le droit à la santé et à un environnement sain. En France, le Conseil d’État a condamné l’État pour inaction climatique (affaire Grande-Synthe, dans le Nord), confirmant que seule la contrainte juridique oblige à agir.

Mais la crise des gilets jaunes rappelle que protéger le climat sans corriger les inégalités sociales peut générer de nouvelles fractures. Comme le note le chercheur en théorie politique Éric Fabri, reconnaître le vivant sans transformer les logiques propriétaires revient à reproduire les mêmes asymétries de pouvoir et, en fait, à reconduire le paradigme de la nature (ontologie naturaliste) dont la propriété est une expression juridique. L’histoire des idées est ici utile pour révéler à quel point la vision d’une nature dont l’humain est maître et possesseur est intimement liée à l’idéologie propriétaire. Ne pas la remettre en question, c’est ainsi accepter de continuer à porter les œillères modernes qui font de la nature un ensemble de ressources à s’approprier.

Le vivant bat en brèche cette représentation et invite à penser un rapport au monde qui ne soit pas hiérarchique, unilatéral ni fondé sur la domination.

Une révolution intellectuelle ou un discours récupéré ?

À mesure que le vivant devient un objet de débat, une question devient centrale : assiste-t-on à une transformation en profondeur de nos institutions, ou à une récupération d’un langage critique vidé de sa portée subversive ?

Comme le souligne le professeur en philosophie Philippe Caumières, parler du vivant n’a de sens que si cela s’accompagne d’un véritable renouveau de l’activité politique autonome. Or, aujourd’hui, deux dynamiques coexistent – et parfois s’opposent frontalement. D’un côté, on observe des tentatives sincères pour repenser notre rapport au vivant, à travers le droit, la politique, ou de nouvelles formes de gouvernance écologique. Mais en parallèle, le vivant devient aussi un outil de langage pour des logiques plus anciennes. États et entreprises invoquent la protection du vivant pour légitimer des politiques de contrôle, de marchandisation ou de surveillance.

C’est particulièrement visible en Chine : derrière la bannière de la « civilisation écologique », le Parti communiste chinois promet de réconcilier développement et environnement. Dans les faits, la conservation d’espèces emblématiques comme le panda ou la mise en place de parcs nationaux servent à renforcer le contrôle territorial, à limiter l’accès aux ressources ou à encadrer les populations locales, comme l’analyse la chercheuse en science politique Virginie Arantes, spécialiste de la Chine. Le vivant y devient un capital écologique et symbolique, mais aussi un instrument de gouvernement.

Ceci soulève une question centrale : le vivant remet-il en cause la distinction entre nature et culture, ou la redéfinit-il selon de nouvelles logiques ? Même lorsqu’on parle de vivant, les dynamiques d’exploitation et de pouvoir demeurent. Quel rôle peuvent jouer les humains dans ces conflits d’intérêts interespèces ? Peuvent-ils être arbitres sans imposer leurs propres normes comme seul étalon ? Cette tension traverse également les débats philosophiques. Bruno Latour appelait ainsi à reconstruire nos attachements au vivant et à reconnaître la pluralité des êtres avec lesquels nous cohabitons. Mais des penseurs, comme Frédéric Lordon ou Andreas Malm, rappellent que toute réflexion écologique qui oublie les rapports de classe et la dynamique du capitalisme risque de manquer sa cible. Penser le vivant, oui – mais sans perdre de vue les structures sociales et économiques qui façonnent les conditions de vie et le travail.

Le vivant n’est pas un mot magique. C’est un champ de lutte. Ce qui se joue, c’est la fabrication d’une frontière entre humain et nature, et la difficulté – voire l’impossibilité – d’entretenir avec celle-ci un rapport autre qu’extractiviste. Et la manière dont nous habitons le vivant, le nommons, le protégeons ou l’exploitons en dit long sur le monde que nous sommes en train de construire.

À mesure que le vivant devient un enjeu central, il peut ouvrir des voies nouvelles – ou servir à reconduire des logiques anciennes de domination.

Le défi est triple :

  • Transformer les prises de conscience en actions concrètes.
  • Mobiliser les savoirs permettant de réordonner les priorités politiques.
  • Questionner les formes d’appropriation du vivant, qu’elles soient économiques, juridiques ou politiques.

Plutôt qu’un consensus, le vivant est aujourd’hui une question. Il nous force à choisir : que préserver, pour quels mondes à venir, avec qui et pour qui ?


Cet article est inspiré de l’ouvrage Rendre le vivant politique, dirigé par Virginie Arantes, Éric Fabri et Krystel Wanneau, paru en 2025 aux éditions de l’Université de Bruxelles et consultable en ligne.

The Conversation

Virginie Arantes a bénéficié de financements du Fonds de la Recherche Scientifique – FNRS (Belgique) et du CNRS dans le cadre de son postdoctorat au sein du projet Chine CoREF. Ces soutiens n’ont exercé aucune influence sur les résultats ou les conclusions de sa recherche.

Eric Fabri a reçu des financements du Fonds National de la Recherche Scientifique FRS-FNRS pour financer ses recherches postdoctorales. Ces financements n’engendrent cependant aucun contrainte quant aux résultats des recherches menées.

Wanneau Krystel a reçu des financements de l’Agence nationale de recherche (ANR) dans le cadre de son postdoctorat au sein du projet ANR “SciOUTPOST”. Ces financements n’exercent aucune influence sur les résultats ou les conclusions de sa recherche.

ref. Parler de « vivant » plutôt que de « nature » : effet de mode ou tournant politique ? – https://theconversation.com/parler-de-vivant-plutot-que-de-nature-effet-de-mode-ou-tournant-politique-267899

La santé sexuelle des jeunes en situation de handicap : un sujet encore tabou ?

Source: The Conversation – in French – By Noëline Vivet, Doctorante en Santé Publique, Ined (Institut national d’études démographiques)

Les études consacrées à la sexualité des jeunes en situation de handicap physique, sensoriel, intellectuel ou mental restent trop peu nombreuses. Il est pourtant crucial de mener des recherches pour, et avec, ce public afin d’appréhender au mieux leurs besoins et spécificités dans la sphère intime et de mener des actions de prévention, notamment contre les violences sexuelles et le risque d’infections sexuellement transmissibles.


Imaginez un monde où l’on vous considère comme une personne asexuée, sans désirs ni besoins amoureux. Un monde où l’on vous infantilise, où vous manquez d’informations essentielles sur votre propre corps et sur vos relations intimes. C’est une réalité que vivent trop souvent les jeunes en situation de handicap.

En France, 5 % des jeunes personnes âgées de 10 ans à 24 ans vivent avec un handicap, qu’il soit physique, sensoriel, intellectuel ou mental. Si l’accès à l’éducation, à l’emploi et au logement s’améliore, un aspect essentiel de leur vie reste encore trop souvent négligé : leur santé sexuelle et reproductive, comme le montre l’analyse de la littérature scientifique que nous avons menée.

Très peu de recherche… le reflet d’un tabou ?

En recherchant dans les bases de données scientifiques parmi les articles publiés au cours d’une décennie (2013-2023), uniquement 21 références scientifiques ont pu être trouvées. Parmi ces articles, 13 décrivent des interventions d’éducation sexuelle qui ont concrètement été proposées à de jeunes personnes handicapées, six décrivent les besoins de ces jeunes au regard de leur sexualité et deux adressent des recommandations pour mieux comprendre le sujet.

Ce très faible nombre de travaux scientifiques nous interroge en tant que chercheuses et chercheurs. La sexualité des jeunes en situation de handicap reste un sujet tabou dans la société qui évite souvent la question, en projetant sur ces jeunes une représentation d’absence de sexualité. Est-ce que cette stigmatisation de la sexualité des jeunes personnes handicapées serait également intériorisée par les scientifiques, conduisant à ce qu’ils et elles négligent cette thématique dans leurs travaux ?

Comprendre les besoins spécifiques en santé sexuelle

En dix ans, au niveau international, seulement six publications scientifiques ont cherché à identifier les besoins concernant la sexualité des jeunes en situation de handicap (que ces personnes soient atteintes de spina bifida, d’autisme, de cancer, d’un handicap physique ou intellectuel). Considérant la diversité des handicaps, cela représente très peu de travaux.

Nous pouvons néanmoins faire l’hypothèse que les jeunes en situation de handicap ont des besoins de santé sexuelle au même titre que les jeunes sans handicap : besoins d’informations fiables et d’éducation appropriée sur leur corps, sur la contraception, sur les relations amoureuses et sexuelles, sur les infections sexuellement transmissibles (IST), sur le consentement, etc.

Les jeunes en situation de handicap ont également des besoins intimes spécifiques, liés à leur handicap. Par exemple, les jeunes ayant des troubles de l’apprentissage peuvent avoir besoin d’informations simplifiées et visuelles pour garantir leur compréhension.

Les jeunes ayant des handicaps moteurs peuvent avoir besoin de ressources et d’outils supplémentaires pour garantir leur vie affective et sexuelle (comme du matériel médical pour se mouvoir en autonomie pendant la vie sexuelle malgré leurs difficultés physiques).

Les jeunes autistes ont davantage besoin d’aide pour appréhender la communication et la lecture du consentement sexuel. Ou encore, les jeunes ayant des troubles mentaux peuvent avoir besoin d’un accompagnement spécifique pour comprendre les émotions et les relations.

Quelques études mettent en évidence le fait que les jeunes en situation de handicap sont plus vulnérables face aux violences sexuelles et aux IST que les autres jeunes.

Dans une étude réalisée auprès de femmes autistes de haut niveau (sans déficiences intellectuelles, ndlr), la moitié d’entre elles ont témoigné avoir subi, au cours de leur vie, une pénétration par la contrainte (notion incluant le mensonge et la manipulation). Les enfants en situation de handicap auraient « 2,9 fois plus de risques d’être victimes d’actes de violence sexuelle et 4,6 fois plus en cas de maladie mentale ou de déficiences intellectuelles ».

Pour prendre en compte ces besoins spécifiques et difficultés, il sera nécessaire d’adapter le contenu et les supports de l’éducation à la santé sexuelle en fonction du handicap (visuel, cognitif, etc.), mais également d’adopter une approche inclusive pour intégrer les jeunes en situation de handicap dans les supports et les ressources déjà existants.

Une éducation à la santé sexuelle pour – et avec – les jeunes

Parmi les 21 travaux scientifiques analysés, aucun n’a été réalisé selon une méthode de recherche participative, c’est-à-dire en incluant de jeunes en situation de handicap dans la construction de la recherche, dans la conception et dans la mise en œuvre des interventions d’éducation à la santé sexuelle.

Pourtant, la recherche participative s’est beaucoup développée ces dernières années. Elle semblerait particulièrement pertinente à la fois pour conduire des recherches pertinentes et pour concevoir des actions de promotion de la santé sexuelle adaptées à leurs besoins spécifiques.




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Recherche participative en santé : rapprocher les citoyens et les scientifiques au sein de projets de recherche


En effet, les points de vue des jeunes en situation de handicap sont essentiels pour garantir l’efficacité des actions et ainsi répondre de façon adaptée à leurs besoins. Ils et elles sont les mieux placées pour identifier ces besoins, pour proposer des solutions adaptées, et pour juger de la pertinence des actions d’éducation à la santé sexuelle.

Nous faisons l’hypothèse que cette absence d’implication des jeunes en situation de handicap dans la recherche pourrait refléter un manque de formation des chercheurs et chercheuses pour communiquer efficacement avec ces jeunes dans une visée de conduite des études de recherche. Il est probablement plus facile pour les scientifiques de s’adresser aux parents et aux professionnel·le·s qui accompagnent ces jeunes, mais cela ne permet pas de comprendre totalement les besoins propres des jeunes en situation de handicap.

Communiquer avec les jeunes en situation de handicap peut se révéler particulièrement difficile et challengeant. Les jeunes peuvent rencontrer des difficultés à s’exprimer au regard de leur handicap (limite d’accès à la parole, limite d’expression orale des émotions, etc.), mais également des difficultés à comprendre l’autre dans la communication.

L’entourage des jeunes ainsi que les professionnel·le·s manquent également de moyens et de connaissances pour communiquer efficacement avec les jeunes en situation de handicap. Communiquer avec ces jeunes nécessite donc de nouvelles méthodes de communication et d’adaptation qu’il faudrait anticiper et penser dans les études scientifiques.

Et maintenant ? Changeons notre regard sur ces jeunes et leur sexualité

Finalement, ce travail met en évidence l’urgence de changer le regard sur la sexualité des jeunes personnes handicapées. Il est indispensable de sortir des préjugés et de reconnaître enfin leurs besoins. Cela pourrait passer, dans un premier temps, par des formations des professionnel·le·s qui accompagnent ces jeunes, par la sensibilisation de la communauté scientifique et des financeurs de la recherche, mais également par la formation des professionnel·le·s de la recherche à interroger le handicap.

Cette déconstruction des a priori devra permettre également de changer le regard sur les jeunes personnes handicapées, afin de pouvoir enfin les considérer comme des partenaires indispensables dans le développement d’une éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

The Conversation

Elise de La Rochebrochard a reçu des financements de l’ANR et de l’Agence de la Biomédecine.

Philippe Martin a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

Noëline Vivet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La santé sexuelle des jeunes en situation de handicap : un sujet encore tabou ? – https://theconversation.com/la-sante-sexuelle-des-jeunes-en-situation-de-handicap-un-sujet-encore-tabou-262879

COVID-19 mRNA vaccines could unlock the next revolution in cancer treatment – new research

Source: The Conversation – USA (3) – By Adam Grippin, Physician Scientist in Cancer Immunotherapy, The University of Texas MD Anderson Cancer Center

With a little help, your immune cells can be potent tumor killers. Steve Gschmeissner/Science Photo Library via Getty Images

The COVID-19 mRNA-based vaccines that saved 2.5 million lives globally during the pandemic could help spark the immune system to fight cancer. This is the surprising takeaway of a new study that we and our colleagues published in the journal Nature.

While developing mRNA vaccines for patients with brain tumors in 2016, our team, led by pediatric oncologist Elias Sayour, discovered that mRNA can train immune systems to kill tumors – even if the mRNA is not related to cancer.

Based on this finding, we hypothesized that mRNA vaccines designed to target the SARS-CoV-2 virus that causes COVID-19 might also have antitumor effects.

So we looked at clinical outcomes for more than 1,000 late-stage melanoma and lung cancer patients treated with a type of immunotherapy called immune checkpoint inhibitors. This treatment is a common approach doctors use to train the immune system to kill cancer. It does this by blocking a protein that tumor cells make to turn off immune cells, enabling the immune system to continue killing cancer.

Remarkably, patients who received either the Pfizer or Moderna mRNA-based COVID-19 vaccine within 100 days of starting immunotherapy were more than twice as likely to be alive after three years compared with those who didn’t receive either vaccine. Surprisingly, patients with tumors that don’t typically respond well to immunotherapy also saw very strong benefits, with nearly fivefold improvement in three-year overall survival. This link between improved survival and receiving a COVID-19 mRNA vaccine remained strong even after we controlled for factors like disease severity and co-occurring conditions.

To understand the underlying mechanism, we turned to animal models. We found that COVID-19 mRNA vaccines act like an alarm, triggering the body’s immune system to recognize and kill tumor cells and overcome the cancer’s ability to turn off immune cells. When combined, vaccines and immune checkpoint inhibitors coordinate to unleash the full power of the immune system to kill cancer cells.

University of Florida Health pediatric oncologist Elias Sayour, who led the research, explains that mRNA vaccines that are not specific to a patient’s cancer can ‘wake up the sleeping giant that is the immune system to fight cancer.’

Why it matters

Immunotherapy with immune checkpoint inhibitors has revolutionized cancer treatment over the past decade by producing cures in many patients who were previously considered incurable. However, these therapies are ineffective in patients with “cold” tumors that successfully evade immune detection.

Our findings suggest that mRNA vaccines may provide just the spark the immune system needs to turn these “cold” tumors “hot.” If validated in our upcoming clinical trial, our hope is that this widely available, low-cost intervention could extend the benefits of immunotherapy to millions of patients who otherwise would not benefit from this therapy.

Countless clear vials of liquid with labels reading 'CANCER mRNA vaccine 10 ML' on a table
Combining immunotherapy with mRNA vaccines could allow more patients to benefit from this treatment.
Thom Leach/Science Photo Library via Getty Images

What other research is being done

Unlike vaccines for infectious diseases, which are used to prevent an infection, therapeutic cancer vaccines are used to help train the immune systems of cancer patients to better fight tumors.

We and many others are currently working hard to make personalized mRNA vaccines for patients with cancer. This involves taking a small sample of a patient’s tumor and using machine learning algorithms to predict which proteins in the tumor would be the best targets for a vaccine. However, this approach can be costly and difficult to manufacture.

In contrast, COVID-19 mRNA vaccines do not need to be personalized, are already widely available at low or no cost around the globe, and could be administered at any time during a patient’s treatment. Our findings that COVID-19 mRNA vaccines have substantial antitumor effects bring hope that they could help extend the anti-cancer benefits of mRNA vaccines to all.

What’s next

In pursuit of this goal, we are preparing to test this treatment strategy in patients with a nationwide clinical trial in people with lung cancer. People receiving an immune checkpoint inhibitor will be randomized to either receive a COVID-19 mRNA vaccine during treatment or not.

This study will tell us whether COVID-19 mRNA vaccines should be included as part of the standard of care for patients receiving an immune checkpoint inhibitor. Ultimately, we hope that this approach will help many patients who are treated with immune therapy, and especially those who currently lack effective treatment options.

This work exemplifies how a tool born from a global pandemic may provide a new weapon against cancer and rapidly extend the benefits of existing treatments to millions of patients. By harnessing a familiar vaccine in a new way, we hope to extend the lifesaving benefits of immunotherapy to cancer patients who were previously left behind.

The Research Brief is a short take on interesting academic work.

The Conversation

Adam Grippin receives funding from the National Cancer Institute (NCI), the American Brain Tumor Association, and the Radiological Society of North America. He is an inventor on patents related to mRNA therapeutics that are under option to license by iOncology. He is currently employed by the MD Anderson Cancer Center and consults for Sift Biosciences.

Christiano Marconi works for the University of Florida. He receives funding from the UF Health Cancer Center.

ref. COVID-19 mRNA vaccines could unlock the next revolution in cancer treatment – new research – https://theconversation.com/covid-19-mrna-vaccines-could-unlock-the-next-revolution-in-cancer-treatment-new-research-258992

Les « cassos », ces jeunes ruraux dont on ne veut pas

Source: The Conversation – France in French (3) – By Clément Reversé, Sociologie de la jeunesse, sociologie des espaces ruraux, Université de Bordeaux

« Cassos ». Derrière ce mot devenu banal se cachent des vies : parfois celles de jeunes ruraux précaires, sans diplôme, qui se sentent (à juste titre) disqualifiés par la société. À travers leurs récits se dessine le portrait d’une France invisible, marquée par un stigmate, une domination sociale et une fiction méritocratique.


« J’ai une vie de cassos. »

C’est par cette phrase que Loïc, jeune Charentais tout juste sorti de prison, se décrit lui-même. « Cassos » n’est pas une fonction objective, c’est un stigmate qui finit parfois par s’intérioriser, mais qui semble surtout devenir du langage ordinaire. Ce mot de honte ne semble plus seulement renvoyer au « cas social » imaginé par les classes moyennes et supérieures (qui sont les premiers à avoir utilisé pendant longtemps cette expression), il semble également (et peut-être surtout) se jouer au sein des classes populaires, face à une expérience vécue de la précarité, de la relégation et de l’isolement.

Dans la Vie de cassos. Jeunes ruraux en survie (2023), j’ai tenté de saisir le poids du stigmate et de la domination chez des jeunes dont on ne semble pas vouloir dans les territoires ruraux. Cet ouvrage est issu d’une enquête de sociologie auprès d’une centaine de jeunes sans diplôme vivant en milieu rural.

Ces derniers vivent dans une société qui ne leur laisse pas de prise sur leur destin. Le terme de « cassos » est une clé de lecture du rapport entre domination, identité et survie dans nos campagnes contemporaines.

Le « cassos » : un miroir de la société néolibérale

Ce que révèle cette enquête, c’est la fonction politique du stigmate. En désignant les plus précaires comme « inadaptés », voire comme des « assistés », la société contemporaine entretient la fiction méritocratique : si certains réussissent, c’est que les autres n’ont pas voulu jouer le jeu. Ce terme de « cassos » condense cette morale néolibérale en accusant les précaires d’être responsables de leur précarité et les stigmatisés d’être responsables de leur stigmate.

En outre, cette assignation peut être lue dans l’autre sens et devenir un miroir tendu à la société actuelle.

Derrière les visages d’Érika, de Lucas, de Safâ ou de Vincent, c’est la normalisation de la précarité qui se lit. En ce sens, « cassos » n’est pas un type social, mais une condition. Celle de quiconque se trouve disqualifié dans un monde où le diplôme, l’emploi stable et la reconnaissance deviennent des privilèges de plus en plus rares et difficiles d’accès. Ainsi, là où les discours politiques célèbrent l’autonomie et la responsabilisation des jeunes, ces jeunes font l’expérience de la dépendance contrainte : aux petits boulots, à l’aide publique et à la famille.

Le risque à terme est que cette « galère » ne soit pas seulement une « phase », mais se structure en condition d’existence à part entière. Ceux que l’on appelle les « cassos » ne sont pas des marginaux extérieurs à la société : ils en sont pleinement issus, et – si on prend le temps de les écouter – ils en révèlent les mécanismes avec une grande lucidité. « Cassos » cesse alors d’être une insulte et devient un diagnostic des symptômes de domination contemporaine.

Jeunes ruraux en galère : la pointe extrême de la domination

Louna, 22 ans, se souvient :

« Je voulais être archéologue, mais on m’a vite fait comprendre qu’il fallait garder les pieds sur terre. »

Sa phrase renvoie à la logique scolaire qui produit des « inégalités justes », c’est-à-dire présentées comme légitimes au nom du « mérite ». Pour ces jeunes, l’école n’est pas vraiment une promesse d’ascension, mais plutôt les débuts d’un parcours qui sera marqué par la honte sociale.

En quittant l’école (puisque tous les enquêtés sont des « décrocheurs scolaires »), ils tentent de s’investir dans un marché de l’emploi qui ne veut pas non plus d’eux. Les enquêtés finissent très souvent désaffiliés, car s’ils « touchent » à de l’emploi, leur insertion se fait généralement sans stabilité, dans la précarité et donc sans reconnaissance sociale ni autonomie par le travail. Pour financer son quotidien, on vend ses meubles, on mange de la semoule uniquement pour faire des économies, on pratique une prostitution de « débrouille », et parfois aussi on revend de la drogue. Comme pour Loïc :

« C’était pas un choix, c’était une nécessité. »

Cette galère n’est pas un écart à la norme ou à l’honorabilité, mais une condition d’existence ordinaire, marquée par la domination. Ces jeunes, précaires et stigmatisés comme « cas sociaux », incarnent cette pointe extrême de la domination en subissant à la fois le déclassement scolaire, le marché du travail fragmenté et l’interconnaissance locale (le fait que les habitants se connaissent directement ou indirectement, ne serait-ce que de réputation). Ce fut notamment le cas de Charlotte, 19 ans, qui, après s’être fait arrêter par la gendarmerie pour avoir consommé du cannabis au collège, est devenue le bouc émissaire du village :

« À partir du moment qu’il y avait une connerie de faite dans le village c’était moi. […] On a dû déménager à cause de ça avec ma mère et mon frère. »

Le stigmate comme langage

Ce qui frappe aussi, c’est la banalisation du terme « cassos » dans le langage commun. Non pas que les enquêtés soient « objectivement » des « cas sociaux » (cela n’aurait pas de sens), mais ils sont vulnérables à l’image que le monde extérieur fait d’eux. Dans les bouches de certains agents des services publics, comme dans celles des habitants, ce terme désigne ceux que l’on ne veut plus voir : « les familles à problèmes » ; « ceux du fond du bourg », me raconte un conseiller municipal d’une petite commune de Gironde. Ce dernier rajoute :

« C’est pas les bons [jeunes] qui partent […]. »

Mais plus que cela, les jeunes eux-mêmes peuvent s’en emparer ; « Y’a qu’un cassos comme moi pour faire ça », me dit un enquêté en riant. Il n’y a, certes, pas de retournement de stigmate comme cela a pu être le cas avec les mouvements queer, mais le dire peut être un moyen de se nommer avant d’être nommé : de retourner la honte en ironie acide. D’ailleurs, les travaux sur la stigmatisation montrent que cette dernière fonctionne d’autant mieux qu’elle est incorporée par les dominés. En effet, quand elles intériorisent les jugements négatifs qu’on porte sur elles, les personnes dominées finissent par y croire et se les appliquer, reproduisant ainsi la domination.

Ici, le « cassos » est un marqueur d’identité négative qui signale l’appartenance d’un individu à une « minorité du pire » au sein même des classes populaires. Pour ceux qui ne sont pas désignés comme tels, il convient alors de se distancer. Une mère de famille m’explique ainsi refuser que son fils aille chez un ami parce que « chez eux, ça sent le cassos ». En réalité, ce refus est avant tout en lien avec la réputation locale puisque ladite famille est « connue pour les mauvaises raisons ». En clair, être cassos c’est être expulsé de l’honorabilité locale : celle de la respectabilité, du travail, mais aussi du bon voisinage.

Les enquêtés ont d’ailleurs conscience de ne pas « [avoir] les bonnes cartes en main », ils le répètent souvent. Mais le mot « cassos » reste stigmatisant et surtout insultant. Enzo, 18 ans nous raconte l’un de ces évènements :

« Y’a une fois j’étais à la caisse du Leclerc et j’ai pas fait gaffe, mais je passe devant un mec. Là, le mec prend les nerfs et me dit “Nanani, marre des cassos” ou je sais pas quoi. J’ai serré, vraiment, j’ai cru que j’allais le démarrer. »

« Sans rien »

Cette jeunesse « sans monde ; sans rien » est privée d’espaces légitimes d’existence. Ces jeunes ne se reconnaissent ni dans les classes populaires « honorables » – qu’a pu, par exemple, étudier le sociologue Benoît Coquard en 2019 – ni dans une culture juvénile mainstream. Ils n’ont pas de place dans l’espace public local, ne se perçoivent ni comme « beaufs » ni comme « kékés » et se refusent à devenir des « assistés ».

Leur quotidien est fait d’instabilité entre de l’inactivité (beaucoup) et des emplois en intérim ou du « travail au black ». Le quotidien et l’expérimentation de la jeunesse sont souvent sacrifiés pour se « débrouiller » :

« Je sais ce que j’ai fait, j’ai mis de côté tout plein de choses […] en me disant que c’est un pari sur l’avenir. […] C’est pas un regret, j’avais pas trop le choix. » (Sheyenne, 19 ans.)

À la différence des « gars du coin » étudiés il y a un quart de siècle par le sociologue Nicolas Renahy, ces jeunes ruraux ne peuvent compter ni sur la solidarité locale ni sur leur travail. Tout d’abord puisqu’ils ne font pas partie des jeunes « honorables », mais aussi parce que cette solidarité et l’accès à l’emploi des jeunes se précarise de plus en plus. Ils sont marqués par une triple absence : de stabilité, de réseau et de reconnaissance. Ils sont ceux que le monde social rejette comme inutiles.

En outre, le rural renforce l’isolement symbolique de ces jeunes. Dans les villages où « tout se sait » et où tout le monde se connaît, ne serait-ce que de vue ou de réputation, la réputation négative se transmet comme un héritage.

The Conversation

Clément Reversé a reçu des financements de la région Nouvelle-Aquitaine.

ref. Les « cassos », ces jeunes ruraux dont on ne veut pas – https://theconversation.com/les-cassos-ces-jeunes-ruraux-dont-on-ne-veut-pas-265333

How a new online game helps imagine life on Earth in 2100

Source: The Conversation – UK – By Lynda Dunlop, Senior Lecturer in Science Education, University of York

What will the world look like in 2100? This question is central to a new free online game called FutureGuessr. Launched in June 2025, this new form of climate communication combines gameplay with visual climate imagery and encourages players to explore future scenarios.

Players are shown an image from the future and asked to guess the location. Information is revealed about how close they are, what the climate change consequences would be, what will happen if no action is taken and how things could be different.

Available to play in English and French, the game takes inspiration from GeoGuessr, the online geography game that has enabled millions of people to travel virtually from their phone and guess where they are. FutureGuessr uses pictures to give users a visual representation of how familiar landscapes will look in 2100 as a result of climate change.

FutureGuessr is part of a broader trend in the use of games in climate communication. Creative board games and video games can reach diverse audiences and communicate climate change in serious, playful, thought-provoking and surprising ways.

Games played for pleasure, like Game Changers (an online story-based game produced by Megaverse) can generate conversations on climate actions by creating an innovative visual game world and integrating climate change into the plot. Collective decision making in the game allows players to learn and discuss climate change with others.

Our research suggests that this helps players critique corporate power, learn about greenwashing and enjoy an aesthetic experience. In the world of board games, Daybreak challenges players to cooperate and stop climate change by trying out different technical, social and economic projects.

Play with purpose

Serious games go beyond entertainment to connect with real-world problems. The most successful ones are fun while engaging with social, environmental and economic issues that players really care about.

Games can support players in thinking about becoming disaster ready and building disaster resilience. A game called The Flood Recovery Game is being used by researchers to identify disaster recovery gaps. It can also help policymakers create more comprehensive strategies to address flooding.

In terms of climate education, interactive in-person game-based workshops like the Climate Fresk already connects millions of people with science from the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), the UN body that assesses the science on climate change. These three-hour workshops also enable people to consider how they might act to create positive climate solutions.

FutureGuessr is a game for pleasure with a serious purpose: to make climate change data visible. Produced in partnership with Résau Action Climat, a network of non-governmental organisations, it shows the negative effects of climate change in familiar locations such as Antarctica and Easter Island.




Read more:
How interactive ‘climate fresk’ workshops are trying to accelerate environmental awareness around the globe


Research on visual climate communication found that images showing climate impacts such as extreme weather and floods moved people, especially when it featured localised impacts. There is a balance to be struck between highlighting local relevance and linking to the bigger picture. Showing the future of recognisable places we care about might be powerful in building support for climate action.

But photographs from the future don’t exist. FutureGuessr uses images generated from a bespoke AI model which combines maps with photographs of locations and data from IPCC reports.

This has a cost. The climate cost of the AI revolution is increasingly measured and documented, and image generation is one of the most energy intensive tasks you can do with AI. Experts in computing have called for “frugal AI”: to treat AI as finite, only to be used when necessary, and even then, as effectively as possible.

It is important to consider not just the message, but the medium, and the environmental effects of game production. The Playing for the Planet Alliance has produced a carbon calculator for the industry and offers awards and game jams to support the video game industry to take climate action.

Now that the images have been created, an effective use of FutureGuessr might be to generate conversations about the effects of climate change, and about how research, game design and communication can be carried out in the most environmentally sensitive way.

People won’t act just based on facts alone. The development of creative ways to communicate the climate emergency that connect people with why this matters is essential for people and communities. Already, some games are making an increasingly visible contribution to the conversation but we need greater transparency in the environmental impacts of game production, and consideration of how to minimise these impacts through visible commitments to sustainability as modelled by Daybreak.
FutureGuessr demonstrates value of bringing games and visual climate communication together to raise awareness of how climate change affects landscapes everywhere on the planet. We all need to play for the planet. Our research shows that whether played for purpose or pleasure, games can create space for serious conversations about how to tackle climate change.


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The Conversation

Lynda Dunlop has received funding from the Economic and Social Research Council, the Education Endowment Foundation, British Educational Research Association, the Engineering and Physical Sciences Research Council, the Templeton World Charity Foundation, Wellcome and UK Research and Innovation.

Steven Forrest works for the University of Hull. He has received funding from the Aviva Foundation and Ferens Education Trust to carry out serious gaming projects.

ref. How a new online game helps imagine life on Earth in 2100 – https://theconversation.com/how-a-new-online-game-helps-imagine-life-on-earth-in-2100-267353

Le potentiel oxydant : un nouvel indice pour mesurer la pollution atmosphérique

Source: The Conversation – France (in French) – By Cécile Tassel, Doctorante en géochimie de l’atmosphère, Université Grenoble Alpes (UGA)

Elle est à l’origine de 7 % des décès en France. La pollution atmosphérique est un fléau invisible, mais bien réel. Mais pour s’attaquer à ce problème, il faut d’abord le mesurer.

C’est le travail de Cécile Tassel (Doctorante à l’Université Grenoble Alpes) et Gaëlle Uzu (Directrice de recherche à l’IRD). Ces géochimistes de l’atmosphère sont à l’origine d’une étude inédite tout juste parue dans Nature. Elles y utilisent un nouvel indicateur pour mesurer les dommages des particules fines : le potentiel oxydant. En réunissant des données issues de 43 sites dans toute l’Europe, il s’agit de la base de données la plus complète jamais réalisée sur ce sujet.


The Conversation : Jusque-là, les particules fines et la pollution atmosphérique étaient avant tout mesurées en fonction de leur diamètre et leur concentration massique, avec les PM10 (masse cumulée de toutes les particules inférieures à 10 µm) et les PM2,5 (particules inférieures à 2,5 µm). Quelles sont les limites de ces mesures ?

Gaëlle Uzu et Cécile Tassel : Effectivement. Depuis 1996, en France, la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie (dite loi LAURE) a rendu obligatoire la mesure des particules fines, et l’indicateur réglementaire de référence a depuis lors été la concentration massique des particules en fonction de leur diamètre. La France était à l’époque pionnière et l’UE s’est beaucoup inspirée de cette loi pour élaborer la directive européenne. Ces données sont bien sûr capitales, car nos poumons sont censés ne voir entrer et sortir que des flux de gaz lors de la respiration. Mais ces particules fines, de par leur taille, peuvent entrer dans les poumons et perturber le fonctionnement de ces organes. La taille est donc bien sûr très importante, comme la fréquence répétée d’exposition à ces particules.

Mais ces indicateurs ne nous disent pas tout. Car il y a des particules d’origine naturelle (celles des embruns marins, des volcans, des forêts, avec les végétaux qui émettent des polyols), et d’autres d’origine humaine, émises notamment par le trafic routier.

Donc si on regarde seulement la concentration massique, on peut trouver qu’un bord de mer a la même concentration de particules fines que Grenoble, une ville notoirement polluée en hiver de par sa position géographique de fond de vallée. Seulement, en bord de mer, ces particules seront essentiellement du sel, du magnésium qui auront plutôt un effet hydratant bénéfique sur nos poumons, tandis qu’en ville ce sera plutôt des microgrammes émis par le trafic routier, qui n’auront pas du tout le même effet.

Pour avoir donc plus d’informations sur les caractéristiques physiques et chimiques des particules et leur dangerosité pour la santé, nous avons utilisé un autre indicateur : le potentiel oxydant.

Cet indicateur permet de mesurer le stress oxydatif dans les poumons. Ce stress est un mécanisme biologique qui signale un déséquilibre entre la quantité d’antioxydants qui nous protègent et les espèces réactives de l’oxygène, qui peuvent être libérées ou générées dans les poumons suite à l’inhalation de particules atmosphériques. En cas d’excès, un stress oxydatif croissant peut survenir, induire une inflammation des cellules pulmonaires et la mort de celles-ci. Il s’agit d’un mécanisme biologique clé dans l’apparition de maladies cardiovasculaires et respiratoires, qui font partie des premières causes de mortalité en France aujourd’hui.

Pour mieux comprendre et lutter contre ce fléau, nous avons donc réuni 11 500 mesures de potentiel oxydant issues de 43 sites répartis en Europe.

Du côté des institutions, ce nouvel indicateur a été recommandé dans la nouvelle Directive Européennes sur la qualité de l’air fin 2024.

À vous écouter, tout cela paraît limpide. Pourquoi alors cet indicateur est-il si peu utilisé ?

G. U. et C. T. : Déjà, c’est un indicateur relativement récent. Il a d’abord été utilisé dans des travaux de chimistes japonais et américains au début des années 2000, mais leurs études sont restées confidentielles pendant des années. Il faut en fait attendre 2015 pour que des liens soient faits entre d’un côté la santé humaine et de l’autre les sources de pollution. À partir de là, on a pu intégrer cet indicateur dans des études épidémiologiques un peu plus larges. On a également pu modéliser les sources au niveau européen.

Comme ces mesures sont relativement nouvelles, il n’existe pas encore de protocole standardisé pour mesurer le stress oxydatif, donc les résultats ne sont pas toujours comparables d’une étude à l’autre. Pour avoir cependant une comparaison à grande échelle, nous avons réalisé nos 11 500 mesures en provenance de toute l’Europe avec le même protocole. Concernant les antioxydants que l’on mesure, sur lequel il n’y a pas toujours non plus de consensus, nous avons décidé de réaliser deux types de test qui sont représentatifs de deux grandes familles d’antioxydants pulmonaires, et qui sont également les plus utilisés à ce jour dans la recherche.

Enfin, il n’existe pas encore d’appareil automatisé de mesure du potentiel oxydant en temps réel. Par ailleurs, modéliser cet indicateur est très coûteux en calcul.

Si l’on regarde maintenant du côté des sources de stress oxydatif, que constate-t-on ?

G. U. et C. T. : Les deux principales sont le trafic routier et le chauffage au bois. Pour le chauffage au bois, il est facile à détecter car quand on brûle du bois, on brûle de la cellulose. Or quand la cellulose brûle, elle crée des molécules de levoglucosan, et on ne connaît pas d’autres sources que la combustion du bois ou du charbon de bois qui en émettent. Donc quand on constate cette présence on sait que c’est lié au chauffage au bois. Cela arrive généralement entre octobre et mars. Il arrive très rarement qu’on en mesure en été, et ce sera alors sans doute plutôt dû à des barbecues, mais cela reste très négligeable. Le stress oxydatif lié au trafic routier est lui présent en continu, avec bien sûr des pics lors des vacances scolaires par exemple, ou en fonction des jours de la semaine.

Avec toutes ces mesures d’ampleur inédite à l’échelle d’un continent, quels constats avez-vous pu faire qui étaient impossibles avec la seule mesure de la taille et de la concentration des particules fines ?

G. U. et C. T. : On a par exemple vu que les niveaux à Athènes, où le préleveur est installé en face de l’Acropole, dans une zone plutôt boisée avait une concentration massique à peu près équivalente à celle d’une école de zone périurbaine d’une vallée alpine. Mais le potentiel oxydant est beaucoup plus élevé dans cette zone périurbaine du fait de sa topographie notamment, dans une vallée.

On a pu aussi constater que certains pics de concentration n’étaient pas tellement dus à des émissions locales, mais plutôt à des phénomènes météorologiques comme des épisodes de poussières sahariennes. En tant que tel, le potentiel oxydant d’un microgramme de poussière du Sahara n’est pas très élevé, c’est plutôt l’accumulation qui est néfaste. Nos poumons ne sont pas faits pour recevoir de grandes quantités de poussières de sable par mètre cube d’air inhalé pendant plusieurs jours, ça les irrite.

Enfin, de façon plus globale, nous observons des niveaux de potentiel oxydant beaucoup plus élevés dans les sites de trafic proches des grandes voies routières par rapport aux sites ruraux ou même urbains. Ces différences ne sont pas aussi marquées lorsqu’on mesure seulement la concentration massique.

Mais la bonne nouvelle, c’est que l’on peut jouer sur les deux sources d’émissions principales à savoir le chauffage au bois non performant et le trafic routier. Nos simulations montrent qu’une réduction d’au moins 15 % des émissions de chacune de ces deux sources permet d’abaisser les niveaux urbains moyens de potentiel oxydant au niveau de ceux observés dans les zones urbaines les moins polluées.

Après cette publication d’ampleur inédite, quelles sont les prochaines étapes pour mieux comprendre le stress oxydatif, et lutter contre la pollution atmosphérique ?

G. U. et C. T. : Nous avons, en publiant notre étude, proposé des valeurs cibles de potentiel oxydant à atteindre pour l’Europe et mis à disposition de tous notre base de données avec le code qui nous a permis de faire nos simulations de baisse des émissions. Elles peuvent donc désormais être répliquées à des niveaux plus locaux, pour fixer certains objectifs, réfléchir aux stratégies à mettre en place.

Plusieurs études tâchent également de modéliser spatialement le potentiel oxydant, mais c’est un volet de recherche toujours en cours. Des prototypes de mesures en ligne du potentiel oxydant sont aussi développés dans plusieurs laboratoires, dont l’Institut des Géosciences de l’Environnement, mais leur sensibilité ne dépasse pas encore les mesures en laboratoire.

The Conversation

Cécile Tassel est membre de l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE) et de l’Institut pour l’Avancée des Biosciences (IAB). Sa thèse est financée sur les projets IDEX Université Grenoble Alpes (UGA) MOBIL’AIR/ACME.

Gaëlle Uzu a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche, de l’Europe, de l’Université Grenoble Alpes, et de sa fondation, d’Actis-FR et de l’Ademe.

ref. Le potentiel oxydant : un nouvel indice pour mesurer la pollution atmosphérique – https://theconversation.com/le-potentiel-oxydant-un-nouvel-indice-pour-mesurer-la-pollution-atmospherique-268134

Côte d’Ivoire’s elections have already been decided: Ouattara will win and democracy will lose

Source: The Conversation – Africa (2) – By Sebastian van Baalen, Associate Senior Lecturer, Uppsala University

Even before the ballot, the 25 October presidential polls in Côte d’Ivoire can already be described as a loss to democracy and democratic values. Incumbent president Alassane Ouattara is running for a fourth term. With his two main contenders barred from participating, the president will most likely win by a landslide.

Ouattara has previously claimed three electoral victories. The first, in 2010, was marred by widespread violence and a re-escalation of armed conflict that led to the loss of more than 1,500 lives.

His second electoral victory, in 2015, was carried on the back of a broad coalition that later broke apart. The third, in 2020, ended in a violent opposition boycott.

Accusations of constitutional capture by the incumbent have only increased since then. In this way, the otherwise divided political opposition is unanimous in condemning the president’s fourth-term bid.

Ouattara announced his candidacy for a fourth five-year term in office in August 2025. The political opposition has condemned the announcement and the international community has remained silent.

Ouattara and his supporters argue that he is eligible because the 2016 constitutional revision has reset the count and allows him a second term. His opponents insist that the constitutional limit is of one five-year term renewable once, and that Ouattara’s third and fourth-term bids are constitutional coups, which have precedents across the continent.

Undermining democracy

Regardless of the legal reasoning, Ouattara’s fourth-term bid is a loss for democracy at the hands of a politician who, in the run-up to the 2020 election, himself insisted that Ivorian politics was in dire need of a generational change.

In addition to the principle of adhering to a two-term mandate limit, the 2025 election undermines Ivorian democracy because the contest is heavily tilted in the incumbent’s favour. In September, the constitutional council confirmed that the two main opposition candidates, Tidjane Thiam and Pascal Affi N’Guessan, would be excluded from contesting the election on technical grounds.

Thiam is the new leader of the country’s oldest party, the Democratic Party of Ivory Coast – African Democratic Rally (PDCI), and was expected to give Ouattara a run for his money. He was excluded on the grounds that his renouncement of his French citizenship was finalised too late.

N’Guessan inherited the second major opposition party, the Ivorian Popular Front, from the polarising former president Laurent Gbagbo when the latter was indicted at the International Criminal Court in the Hague. This was for his alleged role in crimes against humanity in the wake of the 2010 elections.

Gbagbo, and his long-time collaborator Charles Blé Goudé, were both acquitted of all charges in 2021, and they have both gone on to found new political parties in Côte d’Ivoire, despite being ineligible due to criminal rulings against them in the Ivorian courts.

N’Guessan has been unable to mend the fractures within his party – between Gbagbo-loyal hardliners and his own support base of Ivorian Popular Front moderates – but with Thiam out of the race, he could have been a serious contender. N’Guessan was excluded because he allegedly lacked the number of patron signatures needed to support his candidacy.

Whether these technical knock-outs of the two main opposition candidates were due to negligence on their part or due to bureaucratic foul play by the regime is secondary to the fact that the absence of the two main opposition candidates casts a worrying shadow over the 2025 election.

The political climate is already polarised and rife with conspiracy theories about Ouattara’s corruption and more genuine allegations of his political divisiveness. The amputated political contest only serves to deepen the fault lines between the government and the opposition and spur further voter disillusionment. Such polarisation and disillusionment may also trigger violence, a serious risk in a country where elections are regularly marred by violence.

To complete the autocratic hat-trick, the National Security Council has banned public gatherings, citing concerns over public safety. It seems likely that the authorities were acting preemptively in light of the 2020 election, during which the political opposition called on its supporters to engage in street protests and “civil disobedience”. Those events left at least 83 people dead and 633 people injured in clashes between protesters and security forces and between rivalling communities.

Banning protests may easily backfire as opposition supporters take to the streets anyway. The opposition has called for daily protests during the brief official electoral campaign.

Silence from the international community

Despite this threefold blow to democracy playing out ahead of the 25 October vote, international reactions have been muted at best. Ouattara is a favourite among international partners such as France and the EU. Since coming to power, he has presided over continent-leading economic growth rates large-scale infrastructure investments, and an unlikely victory in the Africa Cup of Nations on home soil.

His popularity in Europe has been further galvanised by the virtual collapse of French influence in its other former colonies. Ouattara is now one of the few west African leaders still pursuing its diplomatic relations with Paris in a “business as usual” manner.

Afraid of rattling anti-French sentiment in yet another former colony, the French government has remained silent on Ouattara’s slow deconstruction of Ivorian democracy. The rest of the EU follows suit, as it has yet to establish a position in the sub-region independent of France’s unspoken leadership.

Both France and the EU are losing further credibility by lending support to Ouattara’s constitutional capture. Accusations of double standards and hypocrisy when insisting on democratic norms are central to the anti-French rhetoric of leaders such as Burkina Faso’s junta leader Ibrahim Traoré. By remaining silent on the slow death of democracy in Côte d’Ivoire, western leaders undermine their own position in the sub-region.

A similar impasse characterises the regional economic community, Ecowas, which is still coming to terms with the withdrawal of the three Sahelian states currently under military rule. With Côte d’Ivoire and Nigeria the most important Ecowas members still insisting on its relevance and credibility, the regional bloc is unlikely to take a strong stand on Ouattara’s fourth-term bid or electoral foul play.

What the future hold

Much is still unknown with regard to Côte d’Ivoire’s upcoming election. Coalitions are forming among the opposition candidates left in the race.

Some of the excluded candidates are joining forces in a “common front” to call for street protests and demand their inclusion on the electoral list. And street protests are growing. More than 200 protestors were arrested on 11 October during a peaceful rally in Abidjan.

While street protests failed to sway the incumbent’s anti-democratic tendencies in 2020, recent events in Madagascar and Kenya indicate that governments ignore the popular appetite for change at their own peril.

Regardless of how the final days of the electoral campaign play out, democracy has already suffered a loss in Côte d’Ivoire. The most pressing question may not be about the outcome of the vote but about the more enduring marks on Ivorian electoral politics.

The incumbent, the opposition and the international community all share a responsibility to pave the way for a peaceful and constitutional transfer to a post-Ouattara era. We hope that democracy can recover, and a younger generation can gain more genuine influence.

The Conversation

Sebastian van Baalen receives funding from the Swedish Research Council (grant VR2020-00914, VR2020-03936, and VR2024-00989. He is a member of the Conflict Research Society steering council, a not-for-profit academic organization.

Jesper Bjarnesen receives funding from the Swedish Research Council (grant VR2024-00989).

ref. Côte d’Ivoire’s elections have already been decided: Ouattara will win and democracy will lose – https://theconversation.com/cote-divoires-elections-have-already-been-decided-ouattara-will-win-and-democracy-will-lose-267798

Cancer drug quality in Africa is a worry: what we found in a 4-country study

Source: The Conversation – Africa (2) – By Marya Lieberman, Nancy Dee Professor, Department of Chemistry and Biochemistry, University of Notre Dame

The number of people receiving treatment for cancer has risen dramatically in the last decade in many African countries. For example, 10 years ago in Ethiopia and Kenya, cancer care was available to only a few thousand patients per year in a few hospitals. Today, over 75,000 people receive cancer treatment each year in each of these countries.

Over 800,000 people on the continent are diagnosed with this disease each year.

But medicine regulatory agencies in many countries don’t have the capacity to measure the quality of anticancer drugs. This is particularly problematic for two reasons. Firstly, the high cost of the drugs is an incentive to opt for unverified ones. And secondly, they are highly toxic.

The combination of high demand but low capacity for regulatory oversight in a market renders it vulnerable to substandard and falsified medical products. There have been disturbing reports of substandard or falsified products causing harm to patients in a number of countries, including Brazil, the US and Kenya. But no systematic studies of anticancer drug quality across low and middle income countries have been done. As a result little is known about the quality of the drugs being used to treat cancer in Africa.

I am a cancer researcher in the US and I develop technologies for finding substandard or fake medicines in low-resource settings. In 2017, I teamed up with Ayenew Ashenef at Addis Ababa University to test a device designed to evaluate quality of cancer medicines. We were dismayed to find that most of the drug in use at a hospital in Ethiopia was substandard. We then extended the study.

Our recent study investigated the quality of seven anticancer drugs in four African countries. The drugs were cisplatin, oxaliplatin, methotrexate, doxorubicin, cyclophosphamide, ifosfamide, and leucovorin. Most of these drugs are given to patients intravenously. They are used to treat breast cancer, cervical cancer, cancers of the head and neck, cancers of the digestive system, and many other types. Some are also used to treat autoimmune diseases such as lupus.

Members of our research team collected 251 anticancer products in Cameroon, Ethiopia, Kenya and Malawi in 2023 and 2024. Products were collected both covertly and overtly from 12 hospitals and 25 private or community pharmacies, covering both public and private healthcare systems in each country.

We assessed the assay value – the quantity of the active pharmaceutical
ingredient in each dose – of the samples we had collected.

We found substandard or falsified anticancer medicines in all four countries. We discovered that 32 (17%) of 191 unique lots of seven anticancer products did not contain the correct amount of active pharmaceutical ingredient. Substandard or falsified products were present in major cancer hospitals and in the private market in all four countries.

Based on our findings it’s clear that oncology practitioners and health systems in sub-Saharan Africa need to be aware of the possible presence of substandard anticancer products. We also recommend that regulatory systems be strengthened to provide better surveillance.




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The research

To measure the amount of active pharmaceutical ingredient present in a vial or tablet, we used high-performance liquid chromatography, or HPLC. This separates and quantifies molecules and is the “gold standard” method for testing the amount of active pharmaceutical ingredients in tablets, capsules and vials of medicine.

Before we prepared the medicines for analysis, we inspected the medicines and their packaging materials. Then we used the HPLC to measure the amount of active pharmaceutical ingredient present to see if it matched the claim on the label. Every pharmaceutical product has a target assay range that is defined in its pharmacopeial monograph. This is usually 90%-110% of the amount of active pharmaceutical ingredient claimed on the package. So, for example, if a vial claims to contain 100 milligrams of doxorubicin, it is still counted as “good quality” if it has 93 milligrams of doxorubicin, but not if it contains 38mg or 127mg.

Out of the 191 unique batch numbers, 32 failed assay – about one in six.

There were several manufacturers whose products failed assay at higher rates. There were no significant differences in failure rate for products collected in different countries, in hospitals versus pharmacies, or even for products that were tested after their expiration date vs before their expiration date.

Most countries in Africa use visual inspection to identify suspect anticancer medicines. Products can fail visual inspection if they are the wrong colour when reconstituted or contain visible particles, or if there are irregularities related to the packaging. One surprising result from our study was that products that failed high-performance liquid chromatography could not be distinguished visually from products that passed the test. Only three of the 32 failed products showed any visible irregularities.




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Moving forward

The situation we uncovered is likely to be similar in other low income countries. Our hope is that the global research community can focus more attention on the quality of this class of medicines through increased research. This was done for antimalarials in the 2000s, and resulted in a turnaround in quality for those drugs.

We have shared our findings with regulators in the four countries where the samples were collected, and are working to build capacity for post market surveillance of these critical medicines.

Information about the quality of anticancer medicines is critical because cancer chemotherapy is a careful balance between killing the cancer and killing the patient. If the patient’s dose is too large, they can be harmed by toxic side effects of the drug. If the patient’s dose is too small, the cancer may continue to grow or spread to other locations, and the patient may lose their precious window for treatment.

The Conversation

Marya Lieberman receives funding from the US National Institutes of Health (NIH). Research reported in this publication was supported by the National Cancer Institute of the NIH under Award Number U01CA269195. The content is solely the responsibility of the author and does not necessarily represent the official views of NIH.

ref. Cancer drug quality in Africa is a worry: what we found in a 4-country study – https://theconversation.com/cancer-drug-quality-in-africa-is-a-worry-what-we-found-in-a-4-country-study-262529

Why some populist supporters want a strong-arm leader and others just want change

Source: The Conversation – Canada – By Dr. Andrea Wagner, Associate Professor, Political Science, MacEwan University

The rise of populist leaders has drawn significant attention over the past two decades. Around the world, they have reshaped politics, from Donald Trump in the United States to Viktor Orbán in Hungary, Marine Le Pen in France, Giorgia Meloni in Italy, Santiago Abascal in Spain and Jair Bolsonaro in Brazil.

These leaders often rise to power by promising to speak for “the people” against the established “corrupt elites.” But our recent research shows that not all populist voters want the same things.

Our study examined public opinion data from nine countries to better understand what drives support for “strongman” populist leaders. The findings reveal that there are two very different kinds of populist attitudes, and the authoritarian variety most strongly predicts whether people will support a leader who is willing to bend the rules.

Nine-country comparison

We conducted public opinion surveys in France, Italy, Spain, Hungary, Poland, Canada, the United States, Brazil and Argentina. Our Varieties of Populist Attitudes (VoPA) survey included multiple questions designed to tap into the two varieties of populism.

Respondents were asked about their trust in politicians, their support for referendums, their belief that the majority should always prevail and their preference for strong leadership — even if it means violating rules and norms — as well as their degree of nationalism.

Factor analysis confirmed that the variables associated with the above questions clustered into two distinct dimensions — anti-establishment and authoritarian populism — rather than forming a single populist attitude. This suggests that populist attitudes come in two distinct forms.

Next, we examined how each type of populist attitude predicted support for prominent populist leaders in each country who had positioned themselves as speaking on behalf of citizens against corrupt elites.

The results were striking. In most countries, including Italy, Spain, Brazil, Argentina, Hungary and Poland, authoritarian populism was the strongest predictor of support for populist leaders. In other words, people who subscribed to majoritarianism, nationalism and strong leadership were most likely to back leaders willing to centralize power and challenge liberal democratic norms.

By contrast, anti-establishment populism played a weaker role, and in some countries even a negative one. In other words, citizens who simply disliked elites or wanted more direct democracy were not drawn to strongman figures. In fact, in Italy and Hungary, anti-establishment populists rejected Meloni and Orbán.

Anti-establishment populism

France and Canada stood out as exceptions. In these countries, anti-establishment populism played a more important role than authoritarianism in explaining support for populist figures like Le Pen and Pierre Poilievre.

In Canada, multiculturalism, the unpopularity of overtly anti-immigrant rhetoric and the existence of the more authoritarian People’s Party of Canada limit the appeal of strongman politics, positioning Poilievre as an anti-establishment rather than authoritarian figure.

In France, Le Pen’s focus on referendums and institutional reform, combined with the presence of Éric Zemmour as an authoritarian alternative, reinforces that her base is motivated more by democratic discontent than authoritarianism.

In the U.S., surprisingly, neither dimension significantly predicted support for Trump. This suggests that Trump’s appeal may depend more on other dynamics such as partisanship, racial and anti-immigrant attitudes or cultural identity and backlash.

These findings shed light on the different democratic implications of the two kinds of populism.

Anti-establishment populism can be understood as a demand for more responsiveness and accountability in democratic institutions. While it can disrupt existing political systems, it doesn’t necessarily threaten the basic principles of pluralism, minority rights or checks and balances. In fact, some scholars argue that this kind of populism can serve as a corrective when elites become too insulated from the public.

Why this matters for democracy

Authoritarian populism is another story. It is linked to a preference for strong leaders who are willing to bypass institutional constraints, weaken independent oversight bodies or undermine minority protections, ostensibly in the name of the people.

This kind of populism is associated with democratic backsliding of the type seen in places like Hungary and Brazil, where populist leaders have concentrated power in the executive branch and eroded liberal democratic norms.

Our research reveals that the real threat to liberal democracy comes less from people who simply dislike elites, and more from those who desire a leader they regard as tough to embody and enforce the will of the majority at the expense of minority rights.

Recognizing this difference is important when designing democratic safeguards that distinguish between legitimate demands for accountability and more direct participation or more dangerous authoritarian impulses.




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Populism is not monolithic

For years, populism scholars have debated whether populism is inherently dangerous or potentially democratic.

Our findings show that both views can be correct, depending on which variety of populism is at play. Anti-establishment populism reflects widespread frustration with elites but does not automatically lead to democratic erosion. Authoritarian populism, on the other hand, is more likely to support leaders who chip away at democratic safeguards.

This reminds us that defending democracy requires more than just countering populism in general. It requires recognizing and addressing the authoritarian currents that run through some forms of populist politics.

The Conversation

Dr. Andrea Wagner received funding from Erasmus + Jean Monnet Chair and MacEwan University

Anna Brigevich does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why some populist supporters want a strong-arm leader and others just want change – https://theconversation.com/why-some-populist-supporters-want-a-strong-arm-leader-and-others-just-want-change-266765