Pourquoi la France, malgré la dégradation de sa note par les agences financières, reste emprunteuse « sans risque » pour les régulateurs ?

Source: The Conversation – in French – By Rémy Estran, CEO – Scientific Climate Ratings, EDHEC Business School

Si la France est notée par trois agences (Standard & Poor’s, Moody’s, et Fitch), les notations la plus élevée et la plus basse sont écartées ; c’est celle du milieu qui est retenue. WilliamBarton/Shutterstock

Malgré la dégradation de la note de la France de AA- à A+ en septembre 2025 par l’agence Fitch, puis en octobre 2025 par Standard & Poor’s, l’Hexagone est toujours considéré comme un emprunteur « sans risque » dans les bilans des banques et des assureurs. Pourquoi ce décalage ?


Vendredi 12 septembre 2025, Fitch a dégradé la note de la France de AA- à A+, après la clôture des marchés. Symboliquement, c’est un coup dur. Pour la première fois depuis plus de dix ans, la France a perdu son badge « double A ». Et pourtant, le lundi suivant, rien n’avait changé : le CAC 40 était en hausse et les spreads de crédit de la France étaient stables.

Rebelote un mois plus tard : le 18 octobre, Standard & Poor’s (S&P) abaisse à son tour la note de la France à A+. Là encore, aucune réaction notable des marchés – ni sur les spreads obligataires ni sur l’indice CAC 40. Le 24 octobre, Moody’s a pour sa part placé la note AA- de la France sous perspective négative.

L’explication courante ? Les marchés avaient déjà anticipé ces décisions. Mais est-ce vraiment toute l’histoire ?

Dans cet article, nous expliquons pourquoi, tant dans le cadre de la réglementation bancaire (Capital Requirements Regulation, CRR) relative aux exigences de fonds propres, que de la réglementation des assurances (Solvency II), la France est toujours considérée comme un emprunteur entrant dans la définition d’un pays « sans risque ».

Cela peut aider à comprendre l’impact limité jusqu’à présent des dégradations successives de Fitch et de Standard & Poor’s, tout en soulignant que les mécanismes bancaires et assurantiels à l’œuvre peuvent soudainement se transformer en couperet.

Notations vs échelons

Dans le cadre des approches standardisées, les réglementations prudentielles européennes (2024/1820 et 2024/1872 essentiellement) ne fonctionnent pas directement avec des notations alphabétiques, mais s’appuient sur des credit quality step (CQS), soit des échelons de qualité de crédit. Ces échelons sont des catégories générales qui regroupent plusieurs notations :

– CQS 0 : AAA (Solvency II uniquement ; le CRR ne comporte pas de niveau 0), comme l’Allemagne, la Suisse, le Danemark, les Pays-Bas ou la Suède.

– CQS 1 : AAA à AA- (CRR)/CQS 1 et AA+ à AA- (Solvency II), comme l’Autriche, la Finlande, l’Estonie, la Belgique ou la République tchèque.

– CQS 2 : A+ à A-, comme la Slovénie, la Slovaquie, la Pologne, la Lituanie ou la Lettonie.

– CQS 3 : BBB+ à BBB-, comme l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, ou la Hongrie.

– CQS 4-6 : notations spéculatives (BB+ et inférieures), comme la Serbie, le Monténégro, la Macédoine du Nord ou le Kosovo.

Techniquement, selon les réglementations bancaires et assurantielles, la dégradation de la note de la France par Fitch en septembre 2025 aurait pu la faire passer de CQS 1 à CQS 2. Mais ce n’est pas le cas.

Jusqu’en octobre 2025, date de la dégradation de la note française par Standard & Poor’s, ces deux cadres réglementaires continuaient de traiter la France comme un émetteur de très haute qualité, c’est-à-dire « AA » et non « A ». Cela tient à la manière dont les réglementations traitent les notes multiples : ni les banques ni les assureurs ne retiennent mécaniquement la note la plus basse.

Règle de la deuxième meilleure notation

En vertu de la réglementation bancaire et assurantielle européenne, la règle de la deuxième meilleure notation s’applique.

Par exemple, si un débiteur est noté par trois agences (S&P, Moody’s, Fitch), les notations la plus élevée et la plus basse sont écartées, et celle du milieu est retenue. Tant que deux des trois agences maintenaient la France dans la catégorie AA, la notation de référence aux fins du capital réglementaire restait CQS 1.




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En d’autres termes, même après la dégradation par Fitch à A+, les régulateurs continuaient de classer la France comme « AA ». Ce n’est qu’après la dégradation par S&P, le 17 octobre 2025, que la France est effectivement passée en CQS 2. Moody’s, de son côté, a maintenu sa note AA-, mais l’a placée sous perspective négative le 24 octobre – un signal d’alerte, certes, mais sans conséquence réglementaire à ce stade.

Toutes les dégradations ne se valent pas. Certaines modifient immédiatement la manière dont les institutions financières européennes doivent traiter le risque. D’autres, en revanche, restent sans effet opérationnel. Et pourtant, aucune n’a véritablement fait réagir les marchés.

Illusion réglementaire de la sécurité

Pour la plupart des débiteurs, tels que les entreprises ou les institutions financières, le passage d’un échelon de qualité de crédit, ou credit quality step (CQS), à un autre a une incidence directe sur les exigences de fonds propres. Dans le cas particulier des États souverains européens, même un passage officiel au CQS 2 n’a guère d’importance.

En vertu des règles actuelles, les obligations souveraines de l’Union européenne libellées dans leur propre devise ont en effet une pondération de risque de 0 %. Pourquoi ?

Dans la pratique, les banques ne sont pas tenues de mettre de côté des fonds propres pour couvrir le risque de défaut des emprunts de la France libellés en euros, et ce, quelle que soit la note attribuée à cette dette par les agences de notation.

De même, les assureurs qui détiennent des obligations émises par les États de l’Union européenne (libellées dans leur propre monnaie) ne sont soumis à aucune exigence de capital pour se prémunir contre un éventuel défaut de paiement sur ces titres.

Les seules exigences de fonds propres pour ces obligations proviennent des risques dits « de marché » : le risque de taux d’intérêt, c’est-à-dire la perte potentielle liée à une hausse des taux, et le risque de change, en cas de variation défavorable des devises étrangères. Aucun capital n’est exigé au titre du spread de crédit, c’est-à-dire du risque que le marché exige une prime plus élevée pour prêter à l’État.

Les prêts à la France – ou à tout autre État souverain européen dans sa monnaie nationale – sont considérés comme sans risque de crédit. Ce cadre a été conçu pour éviter la fragmentation et traiter la dette publique de tout État membre européen comme la base du système financier, quelle que soit la situation individuelle de chaque pays.

Paradoxe systémique

Les marchés font bien sûr déjà la distinction entre les États souverains. Les écarts se creusent, les prix des credit defaut swaps (CDS) – qui permettent aux investisseurs de s’assurer contre le défaut d’un émetteur de dette – augmentent et les investisseurs exigent une prime pour les crédits les plus faibles, bien avant que la dégradation ne soit officielle.

Du point de vue des fonds propres réglementaires, le cadre existant ne laisse aucune place à une distinction progressive au sein de l’Union européenne. La conséquence est claire : les États souverains européens sont considérés comme « sûrs » par définition, jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus…

Cela crée une sorte d’« effet de falaise » organique. Tant que la confiance institutionnelle reste suffisante, la réglementation atténue partiellement la reconnaissance du risque. Dès qu’un seuil est franchi – souvent un seuil de confiance, plutôt que purement comptable –, la correction devient brutale. Ce qui devrait être une réévaluation progressive se transforme en rupture systémique.

Il y a quinze ans, la crise de la dette publique en Grèce avait suffi à déclencher une crise à l’échelle européenne. Aujourd’hui, la France nous rappelle que l’architecture même de la réglementation européenne rend sa stabilité financière moins graduelle que binaire. Tant que les marchés y croient, tout tient. Mais si la confiance venait à se dérober, ce n’est pas seulement la France qui vacillerait – ce serait toute l’Europe.

The Conversation

Rémy Estran est président de l’EACRA (European Association of Credit Rating Agencies).

ref. Pourquoi la France, malgré la dégradation de sa note par les agences financières, reste emprunteuse « sans risque » pour les régulateurs ? – https://theconversation.com/pourquoi-la-france-malgre-la-degradation-de-sa-note-par-les-agences-financieres-reste-emprunteuse-sans-risque-pour-les-regulateurs-266691

Les liaisons aériennes en Afrique manquent de fluidité : le G20 peut-il changer la donne ?

Source: The Conversation – in French – By Kaitano Dube, Faculty of Human Sciences Acting Research Professor, Vaal University of Technology

En Afrique, moins d’une ligne aérienne sur cinq est un vol direct. Les liaisons aériennes sont déterminées par des facteurs tels que le niveau des échanges commerciaux, les relations diplomatiques et l’existence d’une demande suffisante pour rendre une ligne rentable financièrement. À cause du manque de vols directs, les voyageurs qui souhaitent se rendre d’un pays africain à un autre sont souvent obligés de passer par l’Europe ou le Moyen-Orient. Cette situation renchérit le coût des déplacements et freine à la fois le tourisme et les investissements sur le continent.

En 2025, l’Afrique du Sud assure la présidence du G20, le groupe des grandes puissances économiques. Parmi ses quatre priorités dans le domaine du tourisme, figure la modernisation des accords aériens pour faciliter les vols directs ou les voyages sans rupture entre pays.

L’une de ses priorités est de promouvoir des accords de services aériens modernisés qui permettent des vols directs, ou des voyages sans interruption, entre les pays. Kaitano Dube, géographe spécialisé dans le tourisme, nous explique les enjeux.

Pourquoi la connectivité aérienne est-elle importante pour les pays africains ?

La connectivité aérienne mesure la facilité avec laquelle les personnes et les marchandises peuvent circuler par avion entre deux lieux. Elle est basée sur le nombre de destinations desservies et la fréquence des vols entre celles-ci.
Depuis longtemps, pouvoir voyager facilement à l’intérieur de l’Afrique est un rêve pour les entreprises touristiques et les touristes. Il a été perturbé par la pandémie de COVID-19, mais la reprise post-COVID-19 de l’industrie touristique a révélé que l’envie de voyager reste toujours forte.

Le tourisme est l’un des secteurs économiques les plus résilients au monde. Dans de nombreuses économies du G20, le tourisme contribue à plus de 10 % du produit intérieur brut. Mais les retombées sont très inégales : elles profitent surtout aux pays qui disposent d’un bon réseau aérien.
L’Afrique possède pourtant un riche patrimoine naturel et culturel, reconnu à l’échelle mondiale, avec de nombreux sites classés au patrimoine mondial. Mais de nombreux sites clés, tels que le parc national des montagnes du Simien en Éthiopie, les plateaux de grès du massif de l’Ennedi au Tchad ou le parc national du Banc d’Arguin en Mauritanie, sont parmi les moins accessibles.

La mauvaise connectivité aérienne freine la croissance économique, limite les investissements et maintient des millions de personnes en marge de la chaîne de valeur mondiale du tourisme. De nombreux voyageurs potentiels qui souhaiteraient voyager en Afrique aujourd’hui sont freinés par les coûts et la complexité des trajets.

Que fait la présidence sud-africaine du G20 en matière de connectivité aérienne ?

Le G20 a noté qu’une action coordonnée au niveau mondial pour améliorer la connectivité, en particulier pour les destinations émergentes, permettrait d’attirer davantage de visiteurs vers les régions encore peu fréquentées. Cela permettrait de répartir plus équitablement les bénéfices du tourisme sur l’ensemble du continent.

C’est pourquoi la présidence sud-africaine a choisi de faire de la connectivité sans rupture l’une de ses quatre priorités principales pour dynamiser le tourisme.

Le groupe de travail sur le tourisme du G20 a réfléchi à des moyens de promouvoir cette initiative et publiera un rapport sur le tourisme.

Les ministres du Tourisme du G20 ont également publié une déclaration encourageant les membres du G20 à créer les conditions nécessaires à des voyages aériens sans encombre.

Qu’est-ce qui faciliterait les vols en Afrique ?

Le G20 peut prendre six mesures clés :

Libéraliser le ciel : cela signifie simplement que les États membres du G20 devraient ouvrir des accords de services aériens (les accords officiels entre pays qui permettent aux compagnies aériennes de voler entre eux). Cela implique de réduire les restrictions sur les itinéraires ou la fréquence des vols et de permettre aux compagnies aériennes d’opérer plus librement. Il serait ainsi plus facile pour les compagnies aériennes de créer de nouvelles liaisons, de fixer des prix équitables et de se faire concurrence. Les voyageurs auraient ainsi plus de choix.

Relier les régions isolées : les destinations mal desservies par les compagnies aériennes, telles que celles situées en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est, devraient être reliées. Cela pourrait stimuler le tourisme et le commerce sur les liaisons mal desservies et créer des emplois et des opportunités économiques dans ces régions.




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Promouvoir les carburants aériens verts et les technologies à faibles émissions : cela fait partie de la modernisation des compagnies aériennes afin qu’elles atteignent d’ici 2050 l’objectif Net Zero de réduction à zéro des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine.

Intégrer les politiques du tourisme et des transports : le G20 devrait encourager l’intégration des politiques du tourisme et des transports dans tous les États membres ou au sein des pays. Cela permettra de réduire le temps nécessaire aux compagnies aériennes pour obtenir des autorisations de vol et de diminuer les coûts d’exploitation et d’octroi de licences.




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Réduire les obstacles liés aux visas et à la fiscalité : les États membres du G20 doivent réduire les redevances d’atterrissage, les taxes aéroportuaires et autres redevances aéronautiques afin de permettre à davantage de personnes de voyager. Les systèmes de visa doivent également être simplifiés afin de faciliter les voyages.

Création d’un indice de connectivité aérienne du G20 pour suivre les progrès : un portail mondial en ligne mesurant l’augmentation de la connectivité aérienne doit être mis en place par les États membres du G20. Il pourrait mesurer l’expansion des liaisons aériennes, les coûts des vols, les émissions de gaz à effet de serre des compagnies aériennes et la fréquence des vols intérieurs en Afrique.

Comment l’Afrique du Sud peut-elle mettre à profit sa présidence du G20 pour y parvenir ?

L’Afrique du Sud joue un rôle de passerelle pour le marché unique africain du transport aérien de l’Union africaine. Celui-ci fournit un cadre pour la libéralisation du ciel intra-africain grâce à la création d’un marché aérien unique et unifié.

Ce marché n’est pas encore pleinement mis en place, à cause du manque de volonté politique de plusieurs États africains membres de l’Union africaine. Il existe également des déficits en matière d’infrastructures : certains pays ont du mal à développer des aéroports et des systèmes de navigation aérienne adéquats. Le maintien de compagnies aériennes nationales économiquement viables a également été un combat pour les pays africains.

L’Afrique du Sud pourrait utiliser sa position au G20 pour mobiliser les pays riches et obtenir leur appui technique, leurs investissements et leur confiance afin de faire aboutir ce marché unique. Les effets seraient considérables : ouverture de nouvelles routes, baisse des tarifs, hausse du nombre de touristes et coopération accrue entre les régions africaines autour de projets communs de tourisme et de commerce.

Des recherches ont montré que le marché unique africain du transport aérien pourrait générer 1,3 milliard de dollars américains de produit intérieur brut supplémentaire et créer plus de 150 000 emplois par an. En d’autres termes, un marché aérien unique pourrait entraîner une augmentation du tourisme et créer de la richesse à travers le continent grâce aux voyages, au tourisme et à l’hôtellerie.

The Conversation

Kaitano Dube does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les liaisons aériennes en Afrique manquent de fluidité : le G20 peut-il changer la donne ? – https://theconversation.com/les-liaisons-aeriennes-en-afrique-manquent-de-fluidite-le-g20-peut-il-changer-la-donne-268454

Syrian forced migrants in Turkey have built businesses despite challenges. Here’s what has helped them succeed

Source: The Conversation – France (in French) – By Eren Akkan, Associate Professor, Kedge Business School; European Academy of Management (EURAM)

By the end of 2024, the number of people worldwide who had been “forcibly displaced as a result of persecution, conflict, violence, human rights violations or events seriously disturbing public order” and had fled their countries stood at approximately 42.7 million, according to the UN Refugee Agency. Whether they are asylum seekers requesting temporary sanctuary or refugees who are unwilling to return to their countries of origin, forced migrants are people who haphazardly migrate to and strive to find safety in a new country.

While much attention focuses on their immediate needs, such as shelter, food, and security, many forced migrants are doing something remarkable: they’re starting businesses. For example, in Turkey, over 14,000 formal businesses owned or co-owned by Syrian forced migrants have been registered since the war in Syria began in 2011. By opening small restaurants, grocery stores and service providers, these entrepreneurs are working to rebuild their lives and contribute to their host communities.

However, building a business is often an uphill battle. Many forced migrant entrepreneurs face language barriers, discrimination and legal uncertainty. Yet, some manage to succeed. What makes the difference? Our recent research on Syrian forced migrant entrepreneurs in Turkey offers new insights. We point to the key factors that shape whether forced migrant businesses thrived or struggled. Understanding how these factors interact may reveal not only how to most effectively support forced migrant entrepreneurship but also how to ensure more inclusive societies.

The role of a host country identity

Forced migrants often turn to entrepreneurship out of necessity. Barred from regular employment or struggling to find work due to unrecognised credentials or to prejudice, many start small businesses to survive. The key question here is what transforms that act of survival into a story of success in a host country? Our study of 170 Syrian forced migrant entrepreneurs showed that their business performance didn’t just depend on acumen or capital but was also tied to how they saw themselves with respect to the host society.

Those who had a host country identity, that is, who reported having a strong sense of belonging and an emotional and mental connection to the people and institutions in Turkey, were more likely to adapt their businesses to local customers, seek opportunities, and build lasting relationships. A host country identity was a predictor of both financial performance (ie whether the business was more profitable and had higher returns relative to its main competitors) and customer performance (ie whether the business attained superior outcomes in managing its customer base compared to its main competitors).

A host country identity doesn’t form in a vacuum. Local language proficiency plays a powerful role. In our study, forced migrants who felt confident speaking the host country’s language were more likely to feel connected to local contexts, including markets and customers. In contrast, perceived discrimination had the opposite effect. We found that when entrepreneurs reported being treated unfairly by customers, landlords, or officials, it chipped away at their sense of belonging. In fact, social exclusion can be subtle, with customers avoiding shops, commercial landlords denying lease agreements, or government officials delaying permits. We found that these experiences hindered the success of forced migrants’ businesses by curbing their sense of connectedness to the host country.

The role of legal protection – and its timing

Legal status plays a critical but often overlooked role in this story. In Turkey, Syrian forced migrants are granted “temporary protection” status, which affects their ability to access capital and open formal businesses. But not everyone receives this protection at the same time. We found that promptly granted formal protection was crucial. Forced migrants who received legal temporary protection shortly after arrival were affected by discriminatory attitudes to a lesser extent, hence feeling more secure and included in the host country. By contrast, those who waited longer for protection tended to be more adversely affected by discriminatory attitudes, which weakened their feeling of connection toward the host country. Even when they eventually got legal status, the damage to their sense of belonging had often already been done. We believe that this delay creates a kind of invisible disadvantage, one that policies aimed at helping forced migrants rarely address.

A social justice issue

This isn’t only about forced migrant business owners, but all of us. When forced migrant entrepreneurs succeed, they don’t just lift themselves out of poverty or precarity. They create jobs, pay taxes, serve customers, and bring new ideas into local economies. They become part of the social and economic fabric of their communities. In contrast, when they’re held back due to language barriers, discrimination or slow-moving legal systems, everyone loses out on their potential.

This is also a social justice issue. Forced migrants didn’t choose to leave their homes. Many lost everything. And yet, instead of giving up, they’re trying to contribute and belong. The least we can do is remove the barriers that make their integration harder than it already is.

Our research suggests a few actions that policymakers and civil society can take. First, ensure timely legal protection for forced migrants. Fast-tracking legal status can give them the foundation they need to start planning their lives and their businesses with confidence. Second, invest in language programmes. Forced migrants with strong language skills are better positioned to engage economically and socially. Third, combat discrimination through public education. Negative stereotypes about forced migrants don’t just hurt feelings, they hurt economies. Promoting positive narratives and intergroup contact can reduce prejudice and build more inclusive communities.

The Fast Track initiative in Sweden, which partially reflected these recommendations by focusing on language learning, credential recognition, and “workplace integration”, illustrated how targeted support can accelerate inclusion. According to a report prepared for the Nordic Council of Ministers, a Fast Track effort that focused on newly arrived entrepreneurs “led to… increased motivation and inspiration” and “83 new businesses [being] initiated by participants”. These findings underscore the potential effects of coordinated, early interventions.

Forced migration is one of the defining issues of our time. As wars, climate change, and instability continue to uproot people, countries around the world will need to do more than offer short-term aid. They’ll need to offer pathways to belonging, and that starts with recognising that forced migrant entrepreneurs aren’t a problem to be solved. They’re part of how countries can integrate newcomers while boosting economic growth and community development.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The European Academy of Management (EURAM) is a learned society founded in 2001. With over 2,000 members from 60 countries in Europe and beyond, EURAM aims at advancing the academic discipline of management in Europe.

The Conversation

This work was supported by the Department of Research and Universities of the Generalitat de Catalunya and the Ramon Llull University (2023-URLProj-079).

Burcin Hatipoglu et Eren Akkan ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Syrian forced migrants in Turkey have built businesses despite challenges. Here’s what has helped them succeed – https://theconversation.com/syrian-forced-migrants-in-turkey-have-built-businesses-despite-challenges-heres-what-has-helped-them-succeed-267901

Why do giraffes have such long legs? Animal simulations reveal a surprising answer

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Roger S. Seymour, Professor Emeritus of Physiology, University of Adelaide

If you’ve ever wondered why the giraffe has such a long neck, the answer seems clear: it lets them reach succulent leaves atop tall acacia trees in Africa.

Only giraffes have direct access to those leaves, while smaller mammals must compete with one another near the ground. This exclusive food source appears to allow the giraffe to breed throughout the year and to survive droughts better than shorter species.

But the long neck comes at a high cost. The giraffe’s heart must produce enough pressure to pump its blood a couple of metres up to its head. The blood pressure of an adult giraffe is typically over 200mm Hg – more than twice that of most mammals.

As a result, the heart of a resting giraffe uses more energy than the entire body of a resting human, and indeed more energy than the heart of any other mammal of comparable size. However, as we show in a new study published in the Journal of Experimental Biology, the giraffe’s heart has some unrecognised helpers in its battle against gravity: the animal’s long, long legs.

Meet the ‘elaffe’

In our new study, we quantified the energy cost of pumping blood for a typical adult giraffe and compared it to what it would be in an imaginary animal with short legs but a longer neck to reach the same treetop height.

This beast was a Frankenstein-style combination of the body of a common African eland and the neck of a giraffe. We called it an “elaffe”.

Images of a giraffe, an eland, and the half-giraffe half-eland 'elaffe', each with the location of its heart highlighted.
The imaginary ‘elaffe’, with the lower body of an eland and an extended giraffe neck, would use even more energy to pump blood from its heart all the way up to its head.
Estelle Mayhew / University of Pretoria

We found the animal would spend a whopping 21% of its total energy budget on powering its heart, compared with 16% in the giraffe and 6.7% in humans.

By raising its heart closer to its head by means of long legs, the giraffe “saves” a net 5% of the energy it takes in from food. Over the course of a year, this energy saving would add up to more than 1.5 tonnes of food – which could make the difference between life and death on the African savannah.

How giraffes work

In his book How Giraffes Work, zoologist Graham Mitchell reveals that the ancestors of giraffes had long legs before they evolved long necks.

This makes sense from an energy point of view. Long legs make the heart’s job easier, while long necks make it work harder.

A herd of giraffes on a grassy plain
The ancestors of giraffes evolved long legs before their long necks.
Zirk Janssen Photography

However, the evolution of long legs came with a price of its own. Giraffes are forced to splay their forelegs while drinking, which makes them slow and awkward to rise and escape if a predator should appear.

Statistics show giraffes are the most likely of all prey mammals to leave a water hole without getting a drink.

How long can a neck be?

The skeleton of a dinosaur in a museum, arranged with its extremely long neck almost vertical
In life, the Giraffatitan dinosaur would most likely have been unable to lift its head this high.
Shadowgate / Wikimedia, CC BY

The energy cost of the heart increases in direct proportion to the height of the neck, so there must be a limit. A sauropod dinosaur, the Giraffatitan, towers 13 metres above the floor of the Berlin Natural History Museum.

Its neck is 8.5m high, which would require a blood pressure of about 770mm Hg if it were to get blood to its head – almost eight times what we see in the average mammal. This is implausible because the heart’s energy cost to pump that blood would have exceeded the energy cost of the entire rest of the body.

Sauropod dinosaurs could not lift their heads that high without passing out. In fact, it is unlikely that any land animal in history could exceed the height of an adult male giraffe.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why do giraffes have such long legs? Animal simulations reveal a surprising answer – https://theconversation.com/why-do-giraffes-have-such-long-legs-animal-simulations-reveal-a-surprising-answer-266230

Why do giraffes have such long legs? Animal simulations reveal a suprising answer

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Roger S. Seymour, Professor Emeritus of Physiology, University of Adelaide

If you’ve ever wondered why the giraffe has such a long neck, the answer seems clear: it lets them reach succulent leaves atop tall acacia trees in Africa.

Only giraffes have direct access to those leaves, while smaller mammals must compete with one another near the ground. This exclusive food source appears to allow the giraffe to breed throughout the year and to survive droughts better than shorter species.

But the long neck comes at a high cost. The giraffe’s heart must produce enough pressure to pump its blood a couple of metres up to its head. The blood pressure of an adult giraffe is typically over 200mm Hg – more than twice that of most mammals.

As a result, the heart of a resting giraffe uses more energy than the entire body of a resting human, and indeed more energy than the heart of any other mammal of comparable size. However, as we show in a new study published in the Journal of Experimental Biology, the giraffe’s heart has some unrecognised helpers in its battle against gravity: the animal’s long, long legs.

Meet the ‘elaffe’

In our new study, we quantified the energy cost of pumping blood for a typical adult giraffe and compared it to what it would be in an imaginary animal with short legs but a longer neck to reach the same treetop height.

This beast was a Frankenstein-style combination of the body of a common African eland and the neck of a giraffe. We called it an “elaffe”.

Images of a giraffe, an eland, and the half-giraffe half-eland 'elaffe', each with the location of its heart highlighted.
The imaginary ‘elaffe’, with the lower body of an eland and an extended giraffe neck, would use even more energy to pump blood from its heart all the way up to its head.
Estelle Mayhew / University of Pretoria

We found the animal would spend a whopping 21% of its total energy budget on powering its heart, compared with 16% in the giraffe and 6.7% in humans.

By raising its heart closer to its head by means of long legs, the giraffe “saves” a net 5% of the energy it takes in from food. Over the course of a year, this energy saving would add up to more than 1.5 tonnes of food – which could make the difference between life and death on the African savannah.

How giraffes work

In his book How Giraffes Work, zoologist Graham Mitchell reveals that the ancestors of giraffes had long legs before they evolved long necks.

This makes sense from an energy point of view. Long legs make the heart’s job easier, while long necks make it work harder.

A herd of giraffes on a grassy plain
The ancestors of giraffes evolved long legs before their long necks.
Zirk Janssen Photography

However, the evolution of long legs came with a price of its own. Giraffes are forced to splay their forelegs while drinking, which makes them slow and awkward to rise and escape if a predator should appear.

Statistics show giraffes are the most likely of all prey mammals to leave a water hole without getting a drink.

How long can a neck be?

The skeleton of a dinosaur in a museum, arranged with its extremely long neck almost vertical
In life, the Giraffatitan dinosaur would most likely have been unable to lift its head this high.
Shadowgate / Wikimedia, CC BY

The energy cost of the heart increases in direct proportion to the height of the neck, so there must be a limit. A sauropod dinosaur, the Giraffatitan, towers 13 metres above the floor of the Berlin Natural History Museum.

Its neck is 8.5m high, which would require a blood pressure of about 770mm Hg if it were to get blood to its head – almost eight times what we see in the average mammal. This is implausible because the heart’s energy cost to pump that blood would have exceeded the energy cost of the entire rest of the body.

Sauropod dinosaurs could not lift their heads that high without passing out. In fact, it is unlikely that any land animal in history could exceed the height of an adult male giraffe.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why do giraffes have such long legs? Animal simulations reveal a suprising answer – https://theconversation.com/why-do-giraffes-have-such-long-legs-animal-simulations-reveal-a-suprising-answer-266230

Adult ADHD is diagnosed when you are ‘functionally impaired’. But what does that mean?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By David Coghill, Financial Markets Foundation Chair of Developmental Mental Health, The University of Melbourne

Tim Roberts/Getty Images

Attention-deficit hyperactivity disorder (ADHD) is a neurodevelopmental condition that affects around 2.5% of adults and 7% of children. It causes difficulties with attention, impulsivity and hyperactivity.

If unrecognised and untreated, ADHD can significantly impact educational and work achievements, and social and emotional wellbeing. It can also increase the risks of serious accidents and injuries, offending, mental illness and substance abuse.

When accurately identified and appropriately treated, these negative outcomes can be significantly reduced.

But as a recent article in the Medical Journal of Australia highlights, some people struggle to access and afford diagnoses and treatment the disorder.

Meanwhile, some popular social media channels that provide online “tests” for ADHD are sponsored by private clinics that, once you have screened positive, direct you to their sites for an online assessment. This has raised concern about potential over-diagnosis.

So, what is ADHD diagnosis actually based on? A key component is functional impairment. Let’s take a look at what that means.




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Put a finger down if TikTok has made you think you have ADHD


Why a brief assessment isn’t enough

In Australia, there are reports of business models where clinics are charging several thousand dollars for a quick, brief online assessment and diagnosis.

These brief assessments don’t comply with evidence-based guidelines and are problematic because they:

  • focus solely on ADHD and don’t attempt to assess other aspects of a person’s difficulties

  • rely heavily on information from the person being assessed and don’t seek the opinions of significant others

  • rely heavily on information about symptoms, gathered through questionnaires, and don’t assess their impact on day-to-day functioning.

This is important because a core requirement for a diagnosis of ADHD is evidence that the:

symptoms must interfere significantly with social, academic, or occupational functioning.

No matter how many symptoms you have, if they’re not having an impact on your day-to-day life, a diagnosis of ADHD shouldn’t be made.

So what is a comprehensive assessment?

To make an accurate diagnosis of ADHD, a comprehensive assessment is needed. This includes a clinical interview to evaluate the current and past presence (or absence) of each of the 18 core ADHD symptoms and associated impairment.

While there are scales such as the Weiss Functional Impairment Rating Scale and the World Health Organisation Disability Assessment Schedule that can aid assessment, these are best used as conversation starters rather than stand-alone tools.

A comprehensive assessment also includes a broader assessment for current mental and physical health problems, developmental history, personal and family mental health, substance use, addiction and, where appropriate, interactions with the justice system.

This interview shouldn’t be conducted as a simple tick-box exercise, with yes and no answers. A detailed interview is needed to explore and identify symptoms, and evaluate their impact on functioning.

It’s also strongly recommended the clinician hears from one or more people who can speak to the person’s childhood and current functioning.

What counts as ‘functional impairment’ is very individual

The diagnostic manuals don’t give detailed accounts of what counts as significant enough impairment to be diagnosed with ADHD.

This has led some commentators to complain that lack of a standardised definition could lead to over-diagnosis.

But the impacts of ADHD are so broad it would be very difficult to formulate a clear, comprehensive and encompassing list of valid impairments.

Such a list would also fail to capture the very personalised nature of these impairments. What is impairing for me may not be for you and vice versa.

So a rigid definition would likely result in missed as well as mis-diagnoses.

How do clinicians determine if someone is impaired?

Clinicians are very used to assessing the impact of symptoms on functioning. They do so for many other mental and physical health conditions, including depression and anxiety.

Research has identified several common themes in ADHD:

  • impaired romantic, peer and professional relationships
  • parenting problems
  • impaired educational and occupational achievements
  • increased accidents and unintentional injuries
  • driving offences
  • broader offending
  • substance use and abuse
  • risky sexual behaviours.

ADHD symptoms are often associated with:

  • emotional dysregulation
  • exhausting levels of mental and physical restlessness
  • low self-esteem
  • fatigue
  • high stress levels.



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One caveat is that some people are receiving a lot of support and scaffolding or have found ways to compensate for their difficulties. Whether or not this should count as impairment depends on the circumstances and requires considerable thought.

However, ADHD shouldn’t be ruled out on the basis of high levels of achievement in certain aspects of life like school or work. A person may be under-achieving relative to their potential, or having to put in extreme levels of effort to keep afloat.

An adult with ADHD, for example, may be excelling at work but by the end of the workday is too exhausted to do anything but sleep. They may also be experiencing impairments in other aspects of their lives that aren’t obvious unless specifically asked about.

Others will present multiple impacts that, when explored, aren’t true functional impairments.

So it’s crucial clinicians drill down into the details until they’re confident that it is or isn’t a genuine impairment related to the core ADHD symptoms.

Clinician training is essential

The skill of accurately assessing impairments in ADHD is not difficult to train or learn. This is done by observing experienced clinicians and practising with structured protocols.

Newly trained clinicians quickly become confident in assessing impairment and there is generally close agreement between different professionals about whether an ADHD diagnosis should be made.

However, few health professionals currently get high-quality training in ADHD either during their core or more advanced training. This must change if we’re going to improve the accuracy of assessment and reduce missed and mis-diagnoses.




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The Conversation

David Coghill has received honoraria from Medice, Novartis, Takeda and Servier and royalties from Oxford University Press and Cambridge University Press. He receives research funding from the National Health and Medical Research Council of Australia, the Australian Medical Research Futures Fund, and the Financial Markets Foundation for Children. He is the President and a director of the Australasian ADHD Professionals Association.

ref. Adult ADHD is diagnosed when you are ‘functionally impaired’. But what does that mean? – https://theconversation.com/adult-adhd-is-diagnosed-when-you-are-functionally-impaired-but-what-does-that-mean-268092

Is it aliens? Why that’s the least important question about interstellar objects

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Laura Nicole Driessen, Postdoctoral Researcher in Radio Astronomy, University of Sydney

Interstellar comet 3I/ATLAS, captured by NASA’s Hubble Space Telescope captured on July 21 2025. NASA, ESA, David Jewitt (UCLA); Image Processing: Joseph DePasquale (STScI)

On October 29, Comet 3I/ATLAS reached its closest point to the Sun.

This point, known as perihelion, was around 210 million kilometres from the Sun, or 1.4 times the distance between the Sun and Earth, and it was on the opposite side of the Sun to Earth. This means the Sun has been blocking the comet from our view (from Earth). There are already reports it’s been detected again using ground-based telescopes.

The comet is the third interstellar object (hence the “3I”) we’ve detected flying through our Solar System.

When it was first detected on July 1 2025 by the Asteroid Terrestrial Last Alert System (or “ATLAS”), one of the first questions people asked was “but is it aliens?”.

This isn’t the first time the alien question has come up in the context of a new astronomical discovery. But although it might be fun, it can also detract from the real (and very cool) science, and fuel misinformation.

A long history of speculation

Similar alien speculation arose when the first two interstellar objects were discovered: 1I/2017 U1 ‘Oumuamua and Comet 2I/Borisov.

And it doesn’t just happen for interstellar objects.

In 2019, I wrote my first public article about a discovery I made as a PhD student. I had found radio light coming from a binary star system, the first object found by the MeerKAT telescope to be changing brightness over time. Even though this had nothing to do with aliens, the editor asked me to include speculation about them.

In 1967, Jocelyn Bell Burnell, then a PhD student, discovered a rapidly repeating flash of radio light.

As a joke, she labelled it LGM 1 for “Little Green Men”, but the astronomers working on it did not really believe they had discovered aliens. They were, however, concerned about the possibility that alien-related media coverage would sensationalise the discovery and hinder their scientific investigations.

A 7 billion-year-old visitor

This concern remains for astronomers today.

Comet 3I/ATLAS is possibly the oldest thing we’ve ever seen in our Solar System. Our Solar System formed 4.6 billion years ago, while recent research points to Comet 3I/ATLAS possibly being more than 7 billion years old.

It has spent a lot of that time zipping through the universe just to spend a few months in our Solar System. When the comet reached perihelion, that’s probably the closest it’s been to a star in at least millions of years.

Research has shown the comet has more carbon dioxide in its outer layers than has been seen in most comets in our Solar System. It also has a higher ratio of nickel to other elements than has been seen in local comets.

These chemical signatures give us a unique insight into the chemical composition of the cloud of gas that formed the solar system where the comet came from.

This is one of the key reasons why we should only be asking about aliens when all other possibilities are exhausted. When we talk about aliens first, we might miss all this amazing information.

As astronomer Carl Sagan said (in his rewording of a principle by French mathematician Pierre-Simon Laplace), “extraordinary claims require extraordinary evidence”. It’s true we can’t completely explain every detail of the comet yet, but not knowing everything is not evidence of aliens.

Embrace the uncertainties

Talking about aliens also leaves room for misinformation to spread.

For example, there have been claims of things such as trajectory shifts and Comet 3I/ATLAS “hiding” behind the Sun. Despite no evidence to support this, I received many questions along these lines when I spoke about the comet online. This demonstrates how easy it is for misinformation to be generated and spread when we’re talking about “aliens”.

There are ways to see the comet while it’s on the other side of the Sun. For example, the European Space Agency plans to observe the comet using the Mars Express, ExoMars Trace Gas Orbiter and the Jupiter Icy Moons Explorer.

And if you’d like to see the trajectory of Comet 3I/ATLAS and find out where it is right now, you can.

There might be something to be learned from poets here. Romantic poet John Keats wrote about something he called “negative capability”. It’s a strange name, but the concept is about being able to sit with “uncertainties, mysteries and doubts” and be content with not knowing.

There’s a lot we don’t know about Comet 3I/ATLAS and about the universe. It wouldn’t be much fun to be an astronomer if we knew everything already. But when there’s something unknown, we humans like to fill that gap.

For astronomy mysteries, the gap tends to be filled with aliens. However, not knowing all the answers is not proof of aliens. It just means that we have work to do.

The Conversation

Laura Nicole Driessen is an ambassador for the Orbit Centre of Imagination at the Rise and Shine Kindergarten, in Sydney’s Inner West.

ref. Is it aliens? Why that’s the least important question about interstellar objects – https://theconversation.com/is-it-aliens-why-thats-the-least-important-question-about-interstellar-objects-268665

The anguish of losing: The Blue Jay fan’s guide to dealing with feelings of despair

Source: The Conversation – Canada – By Craig Greenham, Associate Professor, Department of Kinesiology, University of Windsor

The thrill of victory and the agony of defeat. This tidy maxim has been used for years to describe sports outcomes.

This polarized expression, however, oversimplifies fan reaction to events like the Blue Jays’ World Series loss, ignores the complicated emotional terrain of fandom and fails to recognize the psycho-social forces at work.

So, why are many Canadians so deeply invested in the Blue Jays?

Fans develop parasocial relationships with players, teams and even broadcasters — evident in the outpouring of emotion surrounding Jays’ announcer Buck Martinez’s cancer journey — through repeated media exposure.

Over time, these constant encounters foster a sense of familiarity and emotional intimacy, as if a genuine personal relationship exists. In a way, it makes sense: over the course of a long season, many Blue Jays fans see and hear more from slugger George Springer than from some of their real-life friends.

Personal pain

Jays losses therefore feel personal — and so, too, does the team’s success. This connection is captured by the concept of what’s known as BIRGing — basking in the reflected glory — when fans feel a sense of personal triumph when their team performs well, as though there’s a twinning of fates.

The phenomenon was playfully illustrated in a 2024 A&W promotion — “Blue Jays Win, You Win” — that offered free or discounted food after each victory, literally tying fan rewards to team success.

Of course, the opposite is true too. When the Jays fall short, fans feel lacerated. The more crucial the game, the deeper the cut. Given this emotional investment, it’s no surprise that Blue Jays fans felt like a bundle of nerves heading into Game 7 and were devastated by the result.

The nature of the Game 7 loss inflames the emotions further — a game the Jays were leading until the ninth inning. There were opportunities to increase that lead that went maddeningly unrealized, embattled relievers yielded home runs to Dodger lesser lights, there were near-collisions in the outfield that could have jarred loose a key run from an outfielder’s glove, and a play at home plate that required frame-by-frame analysis to determine an outcome ultimately unfavourable to the Jays.

Canadians understand the description “sudden death” as a hockey term, but there’s no denying that Game 7 created a similar profound sense of loss, not just in Toronto but across the country.

In the sports realm, the ninth inning events resembled a funeral for Jays fans. The finality and closure was symbolized by the final out; the loss of routine and community created a void and disconnection for fans; feelings of mourning a dream amid the vanquished hope as the team fell just short of the ultimate World Series goal; and an unknown future that brings with it the anxiety of not knowing which players will return and an understanding these opportunities are rare.

Players and fans have to navigate and negotiate their way through the loss. The tears on the field and in the clubhouse mirrored those in the stands and living rooms across the country, a vivid reminder that fandom is as much about emotional commitment as the scoreboard.

Haunted by the Maple Leafs

Of course, Blue Jays fandom isn’t siloed — especially for those in Ontario. Many of the club’s loyal supporters are equally passionate about the forlorn Toronto Maple Leafs, who have not won a Stanley Cup since 1967.

The hockey club has put the fan base through the proverbial wringer with prolonged periods of ineptitude, mixed with inexplicable collapses and controversial playoff defeats.

The fragility of this fan base is palpable — excited in hope, but also braced for doom because of its frequent visits. Toronto sports fans aren’t used to being favoured by fortune. That’s why moments like the Joe Carter World Series home run in 1993 or the Kawhi Leonard buzzer-beater baseline jumper in the 2019 NBA playoffs have been immortalized.

Kawhi Leonard’s iconic buzzer beater in 2019. (NBA)

They’re outliers, those precious times when the fan base evaded the grim reaper’s scythe and grasped the greater glory.

The rarity of these victories elevates them to mythic moments — reminders that even in a history full of sports heartbreak, there are flashes of transcendent jubilation that justify the fan’s emotional investment.

Five stages of grief

Sports fans are nothing if not resilient, however, and Blue Jays fans are working themselves through the classic five stages of grief — denial, anger, bargaining, depression and acceptance.

What has likely expedited the process and softened the blow for some is the fact that the Blue Jays weren’t expected to challenge for the World Series at all in 2025. The club finished last in its division in 2024 and surprised the baseball world with its rise to prominence.

This process is called framing and it explains how people interpret and give meaning to events. It’s the lens. So instead of focusing on the anguish of Game 7, diehard fans emphasize team growth, memorable moments and optimism for next season.

Naturally, nothing in baseball is guaranteed and a Blue Jays return to the World Series in 2026 will require the personnel, performance, health and luck necessary to have success. Fans, meantime, will use the off-season to emotionally steel themselves for, potentially, another wild ride. Spring, after all, is the season of hope when anything seems possible.

The Conversation

Craig Greenham does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The anguish of losing: The Blue Jay fan’s guide to dealing with feelings of despair – https://theconversation.com/the-anguish-of-losing-the-blue-jay-fans-guide-to-dealing-with-feelings-of-despair-268756

Dix ans après, quel bilan pour l’accord de Paris ?

Source: The Conversation – in French – By Christian de Perthuis, Professeur d’économie, fondateur de la chaire « Économie du climat », Université Paris Dauphine – PSL

Que reste-t-il de l’accord de Paris, dix ans après sa signature, au moment de l’ouverture de la COP30 au Brésil, dans un contexte de tensions géopolitiques et de « backlash » climatique mené par les États-Unis ? Des signaux encourageants subsistent malgré tout, notamment l’accélération des transitions énergétiques dans les pays émergents. De quoi garder entrouverte une fenêtre, certes bien étroite, sur la voie de la stabilisation de la température mondiale.


Lors de son adoption en 2015, l’accord de Paris a généré beaucoup d’espoirs, car il embarquait l’ensemble des signataires. De par son caractère universel, il allait donner une tout autre dimension à la lutte contre le réchauffement planétaire.

Changement d’ambiance, dix ans après, à l’ouverture de la COP30 sur le climat à Belém au Brésil, qui doit se tenir du 10 au 21 novembre 2025. En 2024, le thermomètre a affiché un réchauffement de 1,5 °C, les émissions mondiales de CO2 ont continué d’augmenter et sa concentration dans l’atmosphère a battu tous ses records. Avec la défection des États-Unis après la réélection de Donald Trump, l’universalisme de l’accord en a pris un sérieux coup.

Ni tout rose ni tout noir, notre bilan de dix années d’application de l’accord de Paris s’écarte d’une telle vision simpliste suggérant que rien n’a bougé durant les dix dernières années. Depuis 2015, des progrès substantiels ont été réalisés.

« Les émissions mondiales ne cessent d’augmenter ». Oui, mais…

Le premier bilan global des émissions de gaz à effet de serre discuté à la COP de Dubaï en 2023 a certes rappelé que les émissions mondiales de gaz à effet de serre n’étaient pas encore stabilisées. Diagnostic confirmé en 2024, mais qui reste insuffisant à ce stade pour analyser l’impact de l’accord de Paris sur le régime des émissions.

On peut également relever que :

  • Au cours de la dernière décennie, le rythme de croissance des émissions mondiales de CO2, le principal gaz à effet de serre d’origine anthropique, a été divisé par trois relativement à la décennie précédente.

  • Cette inflexion majeure s’explique par le déploiement, bien plus rapide qu’escompté, des capacités de production d’énergie solaire et éolienne.

La transition d’un système économique reposant sur les énergies de stock (fossile et biomasse) vers des énergies de flux (soleil, vent, hydraulique…) a donc été bel et bien amorcée durant les dix premières années de l’accord. Elle semble désormais irréversible, car ces énergies sont devenues bien moins coûteuses pour les sociétés que l’énergie fossile.

De plus, on ne saurait jauger de l’efficacité de l’accord à partir du seul rétroviseur. Il faut également se projeter dans le futur.

Les principaux émetteurs de CO₂ dans le monde.
Fourni par l’auteur

Du fait de ses investissements massifs dans la production et l’utilisation d’énergie renouvelable, la Chine est en train de franchir son pic d’émissions, pour des rejets de CO2 de l’ordre de 9 tonnes par habitant, quand les États-Unis ont passé leur pic à 20 tonnes, et l’Europe à 11 tonnes. L’Inde pourrait d’ici une dizaine d’années franchir le sien à environ 4 tonnes.

Le fait que ces pics d’émissions soient substantiellement plus bas que ceux des vieux pays industrialisés est une information importante. Les pays moins avancés peuvent désormais construire des stratégies de développement sautant la case fossile. Ceci laisse une fenêtre entrouverte pour limiter le réchauffement planétaire en dessous de 2 °C.

Des objectifs de température désormais inatteignables ?

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué que le thermomètre avait franchi 1,5 °C en 2025, soit la cible de réchauffement la plus ambitieuse de l’accord. Cette poussée du thermomètre reflète en partie la variabilité à court terme du climat (épisode El Niño, par exemple). Elle résulte également de dangereuses rétroactions : le réchauffement altère la capacité des puits de carbone naturels (forêts et océan) à séquestrer le CO2 de l’atmosphère.

Faut-il pour autant en conclure que les objectifs sont désormais inatteignables, au risque d’ouvrir un peu plus les vannes du backlash climatique ?

L’alerte de 2024 confirme ce qui était déjà apparu dans les scénarios prospectifs du 6ᵉ rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Du fait de l’inertie du stock de CO2 déjà présent dans l’atmosphère, la cible de 1,5 °C est en réalité dépassée avant 2035 dans la majorité des scénarios.

Cela n’exclut pas qu’on puisse limiter le réchauffement en dessous de 2 °C, l’autre cible de l’accord de Paris, à condition de réduire massivement les émissions de CO2 une fois le pic d’émission atteint. D’après le Global Carbon Budget, le budget carbone résiduel pour limiter le réchauffement à 2 °C s’établit à environ vingt-cinq années au rythme actuel d’émissions.

Et pour viser 1,5 °C ? Il faut alors passer en régime d’émissions nettes négatives durant la seconde partie du siècle. Dans ces scénarios dits du « dépassement » (overshooting), les puits de carbone séquestrent plus de CO2 qu’il n’en est émis, ce qui permet de faire redescendre le thermomètre après le franchissement du seuil. Ce serait toutefois aller au-delà de l’accord de Paris, qui se contente de fixer un objectif de zéro émission nette.

Comment financer une transition juste ?

L’accord de Paris stipule que les financements climatiques internationaux à la charge des pays développés doivent atteindre au minimum 100 milliards de dollars (86,4 milliards d’euros) par an à partir de 2020, puis être fortement réévalués.

Le bilan est ici en demi-teinte :

  • La barre des 100 milliards de dollars (86,4 milliards d’euros) n’a été franchie qu’en 2022, avec trois ans de retard.

  • À la COP29 de Bakou, un nouvel objectif de 300 milliards de dollars (259,2 milliards d’euros) par an à atteindre d’ici 2030 a été acté. Un tel triplement, s’il est effectif, ne permettra de couvrir qu’une partie des besoins de financement, au titre de l’adaptation au changement climatique, et des pertes et dommages.

Durant les dix premières années de mise en œuvre de l’accord, il n’y a toutefois guère eu d’avancée sur les instruments financiers à utiliser. En particulier, les dispositions de l’article 6 ouvrant la possibilité d’appliquer la tarification carbone n’ont pas été traduites dans un cadre opérationnel permettant leur montée en puissance.

Manque également à l’appel un accord plus précis sur qui paye quoi en matière de financement climatique. Ce flou artistique quant à qui sont les bailleurs de fonds et à hauteur de combien chacun doit contribuer fragilise la portée réelle de l’engament financier.

Il reste donc beaucoup de chemin à parcourir pour traduire la promesse de 300 milliards de dollars (259,2 milliards d’euros) par an en engagements crédibles.

Les COP sur le climat, l’énergie fossile et le jeu des lobbies

Pas plus que la Convention climat datant de 1992, l’accord de Paris ne mentionne la question de la sortie des énergies fossiles, le terme lui-même n’étant nulle part utilisé.

En 2021, la décision finale de la COP26 mentionnait pour la première fois le nécessaire abandon du charbon ; celle de la COP28 à Dubaï élargissait la focale à l’ensemble des énergies fossiles. C’est un progrès, tant la marche vers le net zéro est indissociable de la sortie accélérée des énergies fossiles.

Paradoxalement, depuis que les COP ont inscrit la question de l’énergie fossile à leur ordre du jour, la présence des lobbies pétrogaziers s’y fait de plus en plus pesante.

Elle est visible dans les multiples évènements qui se tiennent parallèlement aux sessions de négociation, et plus discrète au sein des délégations officielles conduisant les négociations. Une situation régulièrement dénoncée par les ONG qui réclament plus de transparence et une gouvernance prévenant les conflits d’intérêts lorsque le pays hôte de la COP est un pays pétrolier, comme cela a été le cas à Dubaï (2023) et à Bakou (2024).

En réalité, l’accord de Paris n’a pas accru l’influence des lobbies proénergie fossile : ces derniers s’appliquent à freiner les avancées de la négociation climatique depuis ses débuts. Il n’a pas non plus réduit leur pouvoir de nuisance, qui résulte de la prise de décision au consensus, qui donne un poids disproportionné aux minorités de blocage. Pas plus qu’il ne prévoit de mécanisme retenant ou pénalisant ceux qui font défection.

Un « backlash » climatique impulsé par l’Amérique trumpienne

Parmi les décrets signés par Donald Trump le premier jour de sa présidence figurait celui annonçant le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Une façon particulière de souffler la dixième bougie d’anniversaire.

Si la sortie lors du premier mandat avait été un non-événement, il en fut autrement cette fois-ci. En quittant l’accord, l’Amérique trumpienne ne s’est nullement mise en retrait. L’offensive engagée au plan interne par l’administration républicaine contre toute forme de politique climatique s’est doublée d’une diplomatie anti-climat agressive, comme l’a illustré le torpillage en règle de l’accord sur la décarbonation du transport maritime de l’Organisation maritime internationale.

Cette diplomatie repose sur les mêmes fondements que la nouvelle politique étrangère du pays : la défense de ses intérêts commerciaux, à commencer par ceux des énergies fossiles, à l’exclusion de toute autre considération portant sur les normes internationales en matière de droits humains, de défense de l’environnement ou de lutte contre le réchauffement planétaire.

Cette offensive anti-climat peut-elle sonner le glas de l’accord de Paris ? Les États-Unis disposent d’alliés parmi les grands exportateurs d’énergie fossile et leur idéologie anti-climat se diffuse insidieusement au-delà de leurs frontières. S’ils faisaient trop d’émules, l’accord de Paris perdrait rapidement de sa consistance.

Un autre scénario peut encore s’écrire : celui d’un front commun entre la Chine, l’Union européenne et l’ensemble des pays réaffirmant leurs engagements climatiques. Un tel jeu d’alliance serait inédit et pas facile à construire. Il sera peut-être rendu possible par la démesure de l’offensive anti-climat de l’Amérique trumpienne. Le premier acte se jouera à la COP de Belém, dès novembre prochain.

The Conversation

Christian de Perthuis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dix ans après, quel bilan pour l’accord de Paris ? – https://theconversation.com/dix-ans-apres-quel-bilan-pour-laccord-de-paris-268532

Aliments sans gluten : qui les achète et pourquoi ? quels ingrédients inattendus contiennent-ils ?

Source: The Conversation – in French – By Marie-Françoise Samson, Chercheuse en biochimie alimentaire, Inrae

Celles et ceux qui privilégient les aliments sans gluten font souvent ce choix car ces produits sont perçus comme plus sains. Mais certaines recettes incorporent une longue liste d’ingrédients (agents de texture, protéines, matières grasses, sucres et autres additifs) et… beaucoup d’eau. C’est ce que révèlent Dominique Desclaux et Marie-Françoise Samson, de l’Inrae, dans « Gluten, alimentation et santé » (éditions Quae).


La proportion de gens qui évitent/bannissent le gluten de leur alimentation est variable. En 2013 par exemple, 30 % des Américains se déclaraient intéressés par un régime sans gluten. Soixante-cinq pour cent pensent aussi que ce régime est plus sain et 27 % le choisissent pour perdre du poids (Jones, 2017).

En France, selon des données de l’enquête Nutrinet collectées en 2016, sur un peu plus de 20 000 personnes, 10,31 % d’entre elles éviteraient le gluten et 1,65 % de façon stricte. Selon une autre enquête réalisée en Angleterre en 2019, parmi les personnes qui évitent le gluten, 76 % le font parce qu’elles ont la maladie cœliaque, 8 % parce qu’elles sont intolérantes au gluten, 10 % parce qu’elles vivent avec une personne cœliaque et seulement 6 % pour d’autres raisons (Vriesekoop et al., 2020).

Parmi ces autres raisons vient en tête la perception que le régime sans gluten est plus sain, qu’il peut procurer un bien-être et un confort physique immédiats et sur le long terme. Vient ensuite la volonté de perdre du poids. Parmi ces consommateurs, on retrouve beaucoup de femmes, plutôt jeunes.

En France et dans différents pays, les consommateurs qui font le choix d’une alimentation sans gluten pour des raisons liées au bien-être ont recours à d’autres pratiques qui, pour eux, vont dans le même sens : plus de fruits et légumes, moins d’alcool et de produits gras et sucrés, mais aussi moins de produits laitiers. Ces mêmes personnes privilégient les produits issus de l’agriculture biologique, les circuits courts et évitent les aliments ultratransformés.

Une liste d’ingrédients longue comme un jour sans pain

Soixante-dix pour cent des aliments consommés par les Français contiendraient du gluten. On rappelle que, dans les produits à base de blé, comme le pain ou les gâteaux, le réseau de gluten se développe lors du pétrissage et de la formation de la pâte. Une structure protéique tridimensionnelle est créée, qui apporte de l’élasticité au mélange. Ce réseau piège aussi le gaz carbonique (CO2) produit lors de la fermentation, dans le cas du pain, ou généré par la levure chimique dans le cas des gâteaux. Les bulles de gaz formées vont alors s’expanser tout en étant contenues par le réseau et provoquer la levée de la pâte. Lors de la cuisson, le réseau se fige, contribuant ainsi à la stabilité du produit.

Ces propriétés uniques rendent le gluten presque indispensable à la formulation de produits tels que le pain ou les gâteaux. Dans le cas des produits type « pain sans gluten », la fabrication est un défi, car rien ne peut rivaliser avec les protéines du blé, mais des formulations complexes vont permettre de s’en approcher.

Si la liste des ingrédients est restreinte dans un pain de tradition française – une farine de blé panifiable, de l’eau, du sel, un levain ou une levure, et éventuellement d’autres farines (farines de fève 2 % max., farine de soja 0,5 % max., farine de blé malté 0,3 % max.) –, il n’en va pas de même pour leurs analogues sans gluten vendus dans le commerce. Parfois, une vingtaine d’ingrédients sont nécessaires pour obtenir un pain.

Quelles farines pour du sans-gluten ?

Se passer de gluten nécessite d’avoir recours à d’autres céréales et d’autres ingrédients ou additifs. L’élément principal est le plus souvent un amidon, comme dans les pains à base de blé (l’amidon est le constituant majeur de la farine de blé). Celui du maïs est l’ingrédient principal dans environ 60 % des recettes (Roman et al., 2019). Il est très souvent associé à une farine de riz blanc (dans 30 % des formulations). L’amidon de maïs donne des pains avec un volume important, mais avec une texture plutôt sèche et friable.

D’autres types d’amidon sont parfois incorporés dans des proportions plus faibles, comme le tapioca, la fécule de pommes de terre ou des amidons modifiés. D’autres farines peuvent venir compléter la liste des ingrédients de base, comme des farines de riz complet ou de sarrasin.

Ces ingrédients de base sont une réalité commerciale, mais la littérature scientifique fait état d’essais avec des farines de céréales autres que le riz ou le maïs : sorgho, millet, teff ; de pseudo-céréales : amarante, quinoa, chia ; de légumineuses (pois chiches, pois, soja) ; ou encore de châtaignes. Les légumineuses sont intéressantes sur le plan nutritionnel (teneur en protéines plus élevée et composition en acides aminés différente et complémentaire de celle des céréales), mais, si elles sont utilisées en proportions trop importantes, les études sensorielles révèlent qu’elles apportent de l’amertume ou des goûts inhabituels mal perçus par les jurys et les consommateurs.

Comment épaissir et retenir l’eau ?

Des agents de texture (hydrocolloïdes) sont incorporés dans plus de 80 % des recettes pour leurs propriétés épaississantes et leur forte capacité à retenir l’eau. Ils permettent aussi d’augmenter la viscosité du mélange, afin de mieux retenir les gaz de fermentation et la levée de la pâte. Le plus fréquemment utilisé est l’hydroxypropyl méthylcellulose (HPMC). Les gommes de xanthane, de guar ou de caroube sont aussi utilisées, car elles présentent une meilleure capacité de rétention d’eau. Des pectines sont parfois ajoutées, mais moins fréquemment que le psyllium (plantain des Indes), reconnu aussi pour ses effets bénéfiques sur la santé (traitement des diarrhées et de la constipation, régulation de la glycémie et de la lipidémie).

Quelles protéines rajouter ?

À côté de l’amidon et des ingrédients structurants, les protéines les plus fréquemment incorporées proviennent de l’œuf, entier ou blanc, ou du soja. On peut citer aussi les protéines de pois, de lupin ou de lait. L’ajout de protéines permet en outre de développer des arômes lors de la cuisson, par le biais de la réaction de Maillard.

Pourquoi rajouter du sucre ?

La plupart des pains sans gluten contiennent des sucres ajoutés : saccharose le plus souvent, glucose, fructose, sirops d’origines diverses (betterave, canne à sucre, sirop de maïs, de riz ou d’agave). Les sucres sont ajoutés pour servir de « carburant » aux levures et amener le développement d’arômes et de la coloration lors de la cuisson, toujours par le biais de la réaction de Maillard.




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Certains rajoutent aussi du gras…

Des huiles et des matières grasses sont également incorporées afin de renforcer la sensation d’humidité en bouche, d’améliorer la texture (pains moins durs, mie plus souple) ainsi que la durée de conservation, très souvent jugée décevante. Les huiles de colza/canola, tournesol et soja sont les plus utilisées devant l’huile d’olive, la margarine ou l’huile de palme.

… et encore de nombreux additifs

Parmi les ingrédients mineurs, on retrouve :

  • des émulsifiants utilisés pour stabiliser les bulles et les uniformiser dans la pâte, ou encore pour limiter les pertes en eau au cours du temps. Parmi les plus employés, on trouve les mon – -o- et diglycérides d’acides gras et les lécithines ;

  • les conservateurs comme l’acide propionique, le glycérol, les sorbates ;

  • des agents levants, naturels comme les levures et les levains, ou chimiques comme le bicarbonate de sodium ;

  • des acides pour améliorer la conservation en diminuant le pH et pour produire du CO2 avec le bicarbonate ;

  • des arômes ;

  • des graines entières ou broyées de lin, tournesol, sésame, pavot, chia ou courge qui vont apporter des oméga-3 et des oméga-6 et masquer certains goûts désagréables ;

  • des fibres en plus des hydrocolloïdes, pour enrichir les pains sur le plan nutritionnel et pour augmenter la capacité de rétention d’eau (inuline, fibres de pomme ou de betterave) ;

  • des enzymes pour former des liaisons entre les polymères entrant dans la composition du pain ou pour produire des sucres pour les levures ;

  • du sel…

Et de l’eau, dont la proportion varie, selon les ingrédients ajoutés, de 50 à 220 %.

Les pâtes et biscuits sans gluten : moins d’additifs ?

Contrairement au pain, les pâtes alimentaires et les biscuits ont des listes d’ingrédients beaucoup plus courtes. Dans le cas des pâtes alimentaires, la substitution du blé dur par 100 % de légumineuses (pois chiches, lentilles) est maintenant fréquente. Cependant, la grande majorité des pâtes sont élaborées à partir de farine de riz ou de maïs ou encore de mélanges des deux. Dans quelques cas, on retrouve des émulsifiants (mono – et diglycérides d’acides gras). La composition des biscuits est également plus « légère », dans la mesure où la pâte n’est pas levée. Là encore, les ingrédients de base sont l’amidon de maïs et la farine de riz, additionnés de sucre, de matières grasses, de levure chimique et de sel.

Les produits sans gluten sont-ils ultratransformés ?

Sur le plan organoleptique, des efforts ont été réalisés par les industriels pour améliorer les propriétés des produits sans gluten. À propos du pain, les critiques les plus fréquentes portent sur la texture qualifiée de dure et de friable, sur l’aspect des alvéoles parfois très grosses, sur le goût qualifié de fade ou de « carton ». Les reproches concernent aussi sa conservation. Les pâtes alimentaires sont, pour leur part, jugées plus proches, voire équivalentes aux analogues contenant du gluten.

Sur le plan nutritionnel, les produits sans gluten apparaissent de qualité inférieure à celle des équivalents qui en contiennent (pains, pâtes, biscuits, gâteaux, snacks, pizza).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Aliments sans gluten : qui les achète et pourquoi ? quels ingrédients inattendus contiennent-ils ? – https://theconversation.com/aliments-sans-gluten-qui-les-achete-et-pourquoi-quels-ingredients-inattendus-contiennent-ils-268619