Grands travaux et démesure : Trump réinvente la Maison Blanche

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po

Donald Trump n’est pas le premier président des États-Unis à lancer de grands travaux à la Maison Blanche. Mais il existe une différence fondamentale entre les rénovations précédentes, dont les finalités étaient essentiellement fonctionnelles, et son projet d’immense salle de bal, reflet d’une vision très personnelle du décorum lié à la fonction présidentielle…


À l’orée de son second mandat présidentiel, Donald Trump a exprimé le souhait de doter la Maison Blanche d’un espace architectural inédit : une salle de bal destinée à accueillir des réceptions officielles, des dîners d’État et des événements diplomatiques de haute tenue.

Ce projet s’inscrit dans une longue tradition de réaménagements présidentiels, mais en déplace sensiblement la finalité. Le dispositif envisagé consisterait en l’édification, à la place de l’East Wing (l’aile orientale du complexe de la Maison Blanche), en cours de destruction, d’un espace d’environ 8 500 mètres carrés, conçu dans un style néoclassique afin de ne pas rompre avec l’esthétique originelle du bâtiment pensé par James Hoban à la fin du XVIIIᵉ siècle.

Trump n’est pas le premier président des États-Unis à ordonner un aménagement d’envergure du célèbre bâtiment. Depuis son achèvement en 1800, la Maison Blanche n’a cessé d’être transformée pour répondre aux exigences politiques, technologiques ou symboliques du moment. Thomas Jefferson (1801-1809) fit construire les premières terrasses et agrandir le bâtiment, Ulysses S. Grant (1869-1877) introduisit des commodités modernes, Theodore Roosevelt (1901-1909) décida de séparer espaces domestiques et professionnels en créant la West Wing en 1902, Harry S. Truman (1945-1953) entreprit une rénovation structurelle majeure entre 1948 et 1952.

Les modifications successives ont toujours été envisagées comme des réponses à des nécessités fonctionnelles ou institutionnelles. Le projet de Trump se distingue donc des précédents, dans la mesure où il semble poursuivre une finalité de prestige plus qu’une finalité pratique ou structurelle. De fait, il s’inscrit avant tout dans une logique de monumentalisation personnelle.

Plan supposé de l’extension de la salle de bal vers l’aile est de la Maison Blanche, basé sur la carte disponible à l’adresse https://www.theguardian.com/us-news/2025/oct/23/trump-white-house-ballroom-reaction. En pointillés, l’emplacement de la future salle de bal.
Belbury/Wikipedia, CC BY-NC

Les coûts historiques des grandes rénovations présidentielles

Les transformations de la Maison Blanche ont toujours reflété, au-delà des nécessités matérielles, la conception que chaque président se fait de la fonction et du prestige de sa fonction.

La rénovation la plus célèbre reste celle conduite sous Harry S. Truman de 1948 à 1952. Après des décennies d’affaissement structurel, le bâtiment principal dut être intégralement vidé, ne conservant que les façades extérieures. Cette reconstruction, menée par l’architecte Lorenzo Winslow (1892-1976), coûta environ 5,7 millions de dollars à l’époque – soit près de 70 millions à 85 millions de dollars actuels (de 60,4 millions à 73,3 millions d’euros).

L’enjeu était avant tout sécuritaire et fonctionnel : il s’agissait de sauver le bâtiment, non d’en rehausser le prestige décoratif. Truman lui-même s’était installé à Blair House (la résidence des invités officiels du président des États-Unis lors de leur séjour à Washington) pendant les quatre années de travaux – une décision qui soulignait la dimension institutionnelle plutôt que personnelle du chantier.

Une décennie plus tard, Jacqueline Kennedy mena une autre forme de rénovation : esthétique, patrimoniale et culturelle. Dès son arrivée en 1961, la First Lady déplorait l’aspect hétéroclite et moderne du mobilier et entreprit une vaste campagne de restauration historique. Elle fit appel à des experts en art, des conservateurs et des mécènes privés pour redonner à la Maison Blanche le caractère d’un musée vivant de l’histoire nationale. Le budget total de cette opération fut d’environ 2 millions de dollars de l’époque (soit 21,5 millions de dollars actuels, ou près de 19 millions d’euros), dont une large part provenait de dons privés via la White House Historical Association, qu’elle fonda pour l’occasion. L’objectif était autant de préserver un patrimoine que de renforcer la sacralité culturelle du lieu.

Sous Barack Obama, plusieurs projets de modernisation furent également entrepris, notamment en matière de durabilité énergétique, de systèmes de communication et d’accessibilité. Ces travaux, moins visibles et donc moins médiatisés, ont coûté environ 4,5 millions de dollars (3,8 millions d’euros) par an entre 2010 et 2016.

Le projet de Donald Trump : un chantier somptuaire et symbolique

Dans ce contexte historique, le projet de salle de bal lancé par Donald Trump apparaît d’une nature tout à fait différente. En effet, le coût estimé pour cette nouvelle aile colossale s’élève à 200 millions de dollars (plus de 172 millions d’euros) initialement, puis 250 millions (215,8 millions d’euros), avant d’être réévalué à 300 millions de dollars (259 millions d’euros). En proportion, cette somme est entre trois et six fois supérieure à la reconstruction intégrale de Truman, et représente quatorze fois le coût du projet Kennedy.

Même si la justification officielle invoque un besoin d’espace et de représentation, la nature du projet révèle une approche profondément marquée par la culture du spectacle. À travers ce chantier, Trump semble poursuivre la logique esthétique et narrative qui caractérise son image publique : magnifier la puissance présidentielle par la monumentalité et le luxe, quitte à brouiller les frontières entre espace civique et personnel.

Ce projet a suscité des réactions contrastées au sein même de la sphère Trump, à commencer par son épouse. Melania Trump a en effet exprimé des réserves quant à la pertinence et au calendrier d’un tel chantier, estimant que celui-ci risquait d’alimenter une perception publique centrée sur le faste plutôt que sur la gouvernance.

Les opposants politiques de Donald Trump ont, pour leur part, dénoncé l’inutilité et le caractère narcissique d’un tel aménagement. Hillary Clinton a évoqué un projet « révélateur d’un président davantage occupé à mettre en scène son héritage qu’à gouverner le pays », position qui a rapidement été relayée par plusieurs figures du parti démocrate.

La portée symbolique des travaux

Au-delà des réactions immédiates, la portée symbolique d’un tel projet mérite une analyse approfondie, tant il touche à la fonction quasi rituelle de la Maison Blanche dans l’imaginaire politique états-unien. La construction d’une salle de bal conférerait à la résidence présidentielle une dimension plus monarchique que républicaine, en renforçant une théâtralisation du pouvoir que plusieurs chercheurs identifient comme un trait marquant de la présidence contemporaine. Cette scénographie du politique permettrait à Trump de faire de la Maison Blanche non seulement un lieu de décision, mais aussi un espace spectaculaire conçu pour magnifier la figure du président en tant qu’incarnation de la nation.

La salle de bal, pensée comme un espace d’apparat, fonctionnerait comme un décor destiné à mettre en scène la puissance et la grandeur, à la manière des salles d’apparat européennes, telles que Versailles ou Buckingham. Cette analogie souligne le déplacement symbolique qu’impliquerait une telle construction, en rapprochant la présidence états-unienne d’une forme de souveraineté cérémonielle.

D’ailleurs, dès le début de son second mandat, Donald Trump avait décidé de faire quelques travaux de rénovation. En janvier 2025, il s’attaque au Bureau ovale et commande des dorures massives (moulures, plafonds, cadres) et de nombreux objets dorés pour refléter son goût pour le luxe. Il impose une esthétique bling-bling dans un espace traditionnellement marqué par la sobriété.

En outre, la salle de bal constituerait un espace de sociabilité élitaire, réservé à une audience sélectionnée de dignitaires, de mécènes et d’alliés politiques, ce qui renforcerait la dimension exclusive de l’exercice du pouvoir. La portée symbolique d’un tel édifice dépasserait ainsi la seule question architecturale pour investir le champ du politique, du culturel et du mémoriel, en projetant dans l’espace bâti une conception du pouvoir centrée sur la magnificence, la visibilité permanente et la sacralisation de la figure présidentielle.

Trump et la postérité

Chaque président contribue, à sa manière, à l’inscription matérielle de la fonction dans le temps. Toutefois, la tentation d’assimiler Trump aux « bâtisseurs » de la présidence semble relever d’une construction narrative plus que d’une réalité fonctionnelle.

Là où Roosevelt, Truman ou même Kennedy cherchaient à adapter la résidence aux exigences de l’État moderne, Trump semble viser une empreinte mémorielle, visible et spectaculaire, dont la salle de bal serait le symbole. Une telle initiative interroge sur la conception trumpienne de la postérité, fondée non sur l’action politique durable, mais sur l’établissement d’un signe architectural destiné à survivre à son mandat.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Cinquante ans après la mort de Franco, que reste-t-il de sa dictature ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sophie Baby, Maîtresse de conférences HDR en histoire contemporaine, Université Bourgogne Europe

La mort du dictateur Francisco Franco, le 20 novembre 1975, a ouvert la voie à la démocratisation de l’Espagne. Pour autant, les quatre décennies durant lesquelles il a exercé le pouvoir dans son pays ont laissé une trace qui ne s’est pas encore estompée. Sophie Baby, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université Bourgogne Europe, spécialiste du franquisme et de la transition démocratique en Espagne, autrice en 2024 de Juger Franco ? Impunité, réconciliation, mémoire, aux éditions La Découverte, revient dans cet entretien sur le parcours du Caudillo, de son rôle dans la guerre civile (1936 à 1939) à la répression que son régime a mise en œuvre, sans oublier les enjeux mémoriels autour de la commémoration de cette époque qui secouent aujourd’hui l’Espagne contemporaine.


The Conversation : Pouvez-vous nous rappeler qui était Francisco Franco et la façon dont il est arrivé au pouvoir ?

Sophie Baby : Franco, né en 1892 dans le village d’El Ferrol, en Galice, est un officier de carrière qui s’illustre dans la guerre du Rif (1921-1926), alors seul terrain d’action de l’armée espagnole. Il devient à 33 ans l’un des plus jeunes généraux d’Europe. Après la proclamation de la Seconde République espagnole en 1931, il occupe plusieurs postes de haut rang. En 1936, il se rallie, assez tardivement, au coup d’État militaire qui cherche à renverser la toute jeune République. D’autres généraux que lui ont fomenté ce putsch, mais il y jouera un rôle clé.

Depuis les Canaries, il rallie le Maroc, soulève l’armée d’Afrique qui lui était fidèle et débarque en Andalousie. Avec la mort des autres chefs putschistes, les généraux Sanjurjo et Mola, dans des accidents d’avion, il s’affirme comme le leader du camp rebelle dit « national ». Face à l’échec du coup d’État et à la résistance du gouvernement républicain, d’une partie de l’armée restée loyale à la République et de la population, une guerre civile s’engage, qui durera trois ans. Installé à Burgos, dans le nord du pays, Franco fonde les bases de son futur régime, et s’impose sur tout le territoire après la victoire proclamée le 1er avril 1939.

Sur quelles valeurs ce nouveau régime repose-t-il ?

S. B. : Le régime franquiste s’appuie sur le Movimiento Nacional (Mouvement national) qui devient le seul parti autorisé en Espagne. C’est un mouvement nationaliste, antilibéral, catholique et profondément anticommuniste, hostile aux réformes laïques et sociales de la République. Centré sur la Phalange, organisation inspirée du fascisme italien, il vise à restaurer un ordre traditionnel fondé sur l’armée, l’Église et les hiérarchies sociales. Son idéologie mêle nationalisme, conservatisme et croisade religieuse contre une « anti-Espagne » identifiée au communisme, à la franc-maçonnerie, au libéralisme.

Quel a été le bilan humain de la guerre civile et du régime de Franco ?

S. B. : Il faut distinguer ce qui est le strict bilan de la guerre civile, de 1936 à 1939, et le bilan de la répression franquiste, qui s’entremêlent dans le temps. Ces bilans ne sont pas totalement définitifs, on ne dispose toujours pas de liste précise des noms et du nombre des victimes. Mais les historiens ont énormément travaillé et l’ordre de grandeur est fiable aujourd’hui.

On estime que la guerre civile a fait 500 000 victimes. Parmi elles, 100 000 étaient des soldats tombés au front, donc une minorité. Environ 200 000 personnes ont été exécutées à l’arrière – 49 000 dans la zone contrôlée par les républicains et 100 000 dans la zone franquiste. Le reste sont des victimes des conséquences de la guerre, des déplacements, de la famine et des bombardements des villes.

Après 1939, la répression franquiste se poursuit, avec environ 50 000 exécutions dans les années 1940. Par ailleurs, l’Espagne est plongée dans une grave famine provoquée non pas par le simple isolement conséquent à la Seconde Guerre mondiale, comme l’a clamé la propagande franquiste, mais par la politique d’autarcie du régime qui avait fait le pari de l’autosuffisance, interrompant les importations notamment d’engrais, fixant autoritairement les prix, réquisitionnant la production, laissant la population en proie du marché noir et à la faim, pour un bilan d’au moins 200 000 morts.

En outre, on estime qu’au tout début des années 1940, il y a à peu près 1 million de prisonniers en Espagne : environ 300 000 dans les prisons et plus d’un demi-million dans les presque 200 camps de concentration répartis sur le territoire espagnol, qui existent jusqu’en 1947. On estime que quelque 100 000 prisonniers de ces camps de concentration ont trouvé la mort pendant cette période.

Par ailleurs, 140 000 travailleurs forcés sont passés dans les camps de travail du régime, qui fonctionnaient encore dans les années 1950. Tandis que 500 000 personnes fuient la répression franquiste ; les deux tiers ne reviendront pas.

Le régime franquiste s’est clairement rangé pendant le conflit mondial du côté de Hitler et de Mussolini, qui avaient massivement contribué à la victoire du camp national par l’envoi de dizaines de milliers de soldats, d’avions, de matériel de guerre. Oscillant entre un statut de neutralité et de non-belligérance, Franco s’était engagé, lors de sa rencontre avec Hitler à Hendaye en octobre 1940, à entrer en guerre au moment opportun – moment qui ne s’est jamais présenté. Mais les Alliés n’étaient pas dupes : l’Espagne de Franco fut mise au ban de la communauté internationale et ne put pas rejoindre l’Organisation des Nations unies avant 1955.

Aujourd’hui, qu’en est-il de la question de la reconnaissance des victimes de la guerre et du régime ?

S. B. : Le régime franquiste a mis en place une politique mémorielle offensive et durable, reposant d’abord sur l’exaltation des héros et des martyrs de la « croisade ». Les victimes du camp national ont obtenu des tombes avec des noms et des monuments leur rendant hommage – ces monuments « a los caídos » (« aux morts ») qui parsèment les villages de la Péninsule. Elles ont pu bénéficier de pensions en tant qu’anciens combattants, invalides de guerre, veuves ou orphelins.

Ce qui n’était pas le cas de celles et ceux du camp vaincu, voués à l’exclusion, à la misère et à l’oubli. Paul Preston parle à cet égard de politique de la vengeance. La persécution se poursuivra jusqu’à la fin du régime, les dernières exécutions politiques datant de quelques semaines avant la mort du dictateur.

C’est ce déséquilibre que les collectifs de victimes issues du camp républicain, constitués dans les années 1960 et 1970, demanderont à compenser une fois le dictateur disparu, réclamant réparation puis reconnaissance.

En 2025, le gouvernement de Pedro Sánchez a lancé l’année commémorative des « Cinquante ans de liberté » pour célébrer les acquis démocratiques et les luttes antifranquistes. L’accent est mis sur ceux qui ont lutté et, pour certains, perdu leur vie sur l’autel de ce combat pour la liberté. Cette initiative s’inscrit dans une politique mémorielle amorcée avec l’exhumation de Franco en 2019 – son corps reposait jusque-là dans la basilique de Valle de los Caídos, en Castille au nord-ouest de Madrid, construite par des prisonniers du régime ; Pedro Sanchez, tout juste arrivé au pouvoir, avait fait une priorité de son transfert vers le caveau de sa famille – et renforcée par la loi sur la mémoire démocratique de 2022, qui rompt avec la logique d’équivalence entre les deux camps, condamne sans détour la dictature et affirme la supériorité définitive de la légitimité démocratique sur la légitimité franquiste.

Face à ces politiques de mémoire orchestrées par la gauche, quelles sont les positions de la droite traditionnelle et de l’extrême droite ?

S. B. : Il est certain que la droite – que ce soit le parti conservateur traditionnel, le Parti populaire (PP), ou la formation d’extrême droite Vox, apparue en 2014 – s’est toujours opposée à cette politique de mémoire qu’elle considère comme une façon d’entretenir la division des Espagnols susceptible, dit-elle, de reconduire la guerre civile d’antan. Ces partis estiment qu’il ne faut pas « rouvrir les blessures du passé », même si un relatif consensus existe aujourd’hui, au moins localement, sur la nécessité d’identifier et de restituer les corps des disparus. Mais ils s’opposent à toute forme de réhabilitation des victimes et refusent toute forme de responsabilité de l’État.

La droite, qui n’a jamais rompu avec la dictature franquiste et qui a majoritairement refusé d’adopter la Constitution de 1978, s’est depuis le début des années 2000 approprié l’héritage de la transition à la démocratie, brandissant la concorde, le consensus, la réconciliation comme arguments pour rejeter les politiques de mémoire.

Comment la question des symboles franquistes dans l’espace public est-elle traitée ?

S. B. : La première loi mémorielle de 2007, adoptée par le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, a engagé l’effacement de l’espace public des symboles franquistes qui étaient encore omniprésents : changement des noms de rues, suppression des emblèmes de la Phalange (le joug et les flèches) présents sur tous les bâtiments publics, déboulonnage des statues équestres de Franco, destruction d’un certain nombre de monuments à la gloire du régime et de la « croisade » parce qu’ils exaltaient de façon trop évidente les valeurs du franquisme. Il en subsiste un certain nombre et, tout récemment, le gouvernement a annoncé la publication d’un recensement de ces symboles encore en place.

Le déboulonnage des statues peut rappeler la vague que l’on a pu observer aux États-Unis et ailleurs, notamment au Royaume-Uni, à la suite du mouvement Black Lives Matter. Mais en Espagne, il n’a rien eu d’un tel élan populaire ; à l’inverse, il a relevé d’une politique menée d’en haut par les pouvoirs publics.




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Aujourd’hui, que reste-t-il de la figure de Franco ?

S. B. : La commémoration des cinquante ans de la mort de Franco soulève une question centrale : que commémorer exactement ? La mort d’un dictateur ? Ce qu’il en reste, c’est, je dirais, majoritairement de l’ignorance. Dans le cursus scolaire classique, la part consacrée à l’enseignement de l’histoire de l’Espagne du XXe siècle est très réduite. Cela conduit à une méconnaissance globale de ce qu’a été réellement le franquisme et encourage une vision très édulcorée de ce régime.

Un discours familial et social persiste dans certains milieux, surtout de droite et dans certaines régions comme Madrid ou la Castille, qui tend à minimiser l’ampleur de la répression franquiste, à renier toute comparaison de Franco avec Hitler ou Mussolini, à valoriser les bienfaits du régime. Jusqu’à considérer, pour un cinquième de la population, selon un sondage récent, que les années de la dictature de Franco furent bonnes, voire très bonnes, pour les Espagnols. On observe ainsi une apparente résurgence de cette vision positive du régime franquiste ces dix dernières années, à la faveur de l’essor de Vox : de plus en plus de jeunes participent aux messes en l’honneur de Franco, chantent dans la rue le Cara al Sol (l’hymne phalangiste) et certains enseignants du secondaire déplorent que des élèves choisissent Franco comme héros de l’histoire de l’Espagne à l’occasion de travaux à rendre.

Cela explique en partie la politique du gouvernement socialiste actuel, destinée notamment à cette jeunesse, qui insiste non seulement sur la cruauté du régime par le biais de la réhabilitation des victimes, mais aussi sur les conséquences concrètes de l’absence de libertés et sur l’importance de la lutte antifranquiste et des acquis démocratiques.


Propos recueillis par Mathilde Teissonnière.

The Conversation

Sophie Baby a reçu des financements de l’Institut universitaire de France.

ref. Cinquante ans après la mort de Franco, que reste-t-il de sa dictature ? – https://theconversation.com/cinquante-ans-apres-la-mort-de-franco-que-reste-t-il-de-sa-dictature-269085

Pourquoi publier une « nouvelle » histoire de France en 2025

Source: The Conversation – France in French (3) – By Éric Anceau, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Lorraine

_Le 28 juillet 1830. La Liberté guidant le peuple_ (1830), tableau d’Eugène Delacroix (1798-1863) exposé au Louvre (Paris). Musée du Louvre via Wikimédia Commons

La connaissance du passé évolue au fil des recherches. Du big data à l’archéologie préventive, la palette d’outils à disposition de l’historien s’enrichit. Et on s’intéresse aujourd’hui à des sujets longtemps restés sous silence, comme l’environnement ou le genre. Regard sur cette nouvelle approche de l’histoire.


L’histoire de France est un inépuisable sujet de discussion pour les personnalités politiques de tous bords, les médias, les Français et les étrangers qui observent les querelles qui agitent notre pays autour de son passé avec un mélange d’admiration, d’amusement et d’agacement. Les représentations qui en ont été proposées lors de la cérémonie des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024, ont ainsi fait couler beaucoup d’encre.

De fait, la connaissance du passé progresse au fil des recherches. Le contexte de naguère n’est plus celui d’aujourd’hui et les interprétations de l’histoire s’entrechoquent. On ne peut ainsi pas parler du passé colonial de la France en 2025 comme on le faisait au « temps béni des colonies », pour reprendre le titre de la chanson ironique et critique, en 1976, de Michel Sardou, Pierre Delanoë et Jacques Revaux – pour ne donner que cet exemple.

C’est pourquoi nous avons entrepris avec une centaine de spécialistes une Nouvelle Histoire de France. Publiée en octobre 2025 aux éditions Passés composés, cette somme de 340 éclairages, des Francs à la crise actuelle de la Ve République, de Vercingétorix à Simone Veil, tient compte des renouvellements de la discipline. Explications.

Une histoire trop longtemps tiraillée entre roman national et déconstruction

Non seulement la France a été au cœur de la plupart des principaux événements qui ont scandé l’histoire mondiale des derniers siècles, mais elle a également été en proie à des clivages politiques, religieux et idéologiques majeurs : les catholiques face aux protestants, les républicains contre les monarchistes ou encore la droite face à la gauche.

Ce passé, long, riche et tumultueux, n’a cessé d’être instrumentalisé. À partir du XIXe siècle, et plus particulièrement de la IIIe République, a dominé un « roman national » qui présentait la France sans nuances, puissante et rayonnante, et faisait de tous ces affrontements un préalable douloureux mais nécessaire à un avenir radieux.

À partir des années 1970, cette histoire a commencé à être déconstruite par le postmodernisme soucieux de rompre avec la modernité née pendant les Lumières, de libérer la pensée et de délivrer l’individu du passé pour l’inscrire pleinement dans le présent, en fustigeant les grands récits historiques.

Cette approche a été salutaire car elle a fait réfléchir, a remis en cause de fausses évidences et a fait progresser notre connaissance. Ainsi, pour reprendre le cas de l’histoire coloniale, Edward Saïd (1935-2003) a-t-il souligné, dans l’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident (1978, 1980 pour l’édition française), ce que le regard occidental porté sur l’Orient et sur les colonisés avait pu avoir de biaisé, voire de méprisant, même s’il a pu pécher lui-même par réductionnisme et caricature pour défendre sa thèse.

Et certains déconstructeurs en sont venus à noircir systématiquement l’histoire de France, comme le fit par exemple Claude Ribbe avec son Crime de Napoléon (2005) comparant l’esclavage et la traite négrière à la Shoah et Napoléon à Hitler.

Cependant, d’autres ont rapidement profité de ces derniers excès pour proposer de nouveau un roman national qui a pu prendre un tour essentialiste. Il existe pourtant et évidemment une voie entre la fierté aveugle des uns et la passion destructrice des autres.

Un troisième moment historiographique

De la fin des années 2000 au milieu de la décennie suivante, trois grandes entreprises collectives ont contribué à explorer une autre voie, à distance des interprétations partisanes.

À partir de 2009, Joël Cornette a ainsi dirigé, pour l’éditeur Belin, une Histoire de France en plus de dix volumes et 10 000 pages, faisant la part belle aux sources et aux illustrations. Claude Gauvard a pris peu après la tête d’une Histoire personnelle de la France en six volumes aux Presses universitaires de France, avant que Patrick Boucheron et un autre collectif ne publient, en 2017, chez Fayard, une Histoire mondiale de la France autour d’événements destinés à faire réfléchir.

Ces trois histoires proposaient un récit chronologique et s’appuyaient sur des spécialistes reconnus pour essayer de recentrer un pendule de l’histoire qui avait sans nul doute trop oscillé. Il nous est cependant apparu qu’il y avait nécessité de proposer un autre projet de grande ampleur, une Nouvelle Histoire de France. Nous avons emprunté cette même voie médiane, en rassemblant d’ailleurs plusieurs des autrices et auteurs qui avaient participé aux entreprises précédentes, mais en procédant aussi différemment, sous forme encyclopédique et chronologico-thématique.

Pierre Nora (1931-2025) qui avait dirigé une somme pionnière au milieu des années 1980, les Lieux de mémoire, nous disait au début du processus éditorial, en 2023, que le temps était sans doute venu d’ouvrir un troisième moment historiographique, celui d’une histoire soustraite à la fausse modernité qui conduit à ne lire le passé qu’avec des schémas actuels de pensée, celui d’une histoire renonçant au nouveau mantra qui rend l’Occident coupable de tous les maux et qui pare le reste du monde de toutes les vertus par un excès symétrique à celui par lequel le premier s’est longtemps pris pour le phare de la planète renvoyant le second à sa supposée arriération, celui enfin d’une histoire extraite du cadre étroit de notre hexagone pour montrer ce que la France doit au monde mais aussi ce qu’elle lui a apporté, dans un incessant mouvement de circulation à double sens, à la fois humain, matériel et immatériel.

De nouveaux sujets et des méthodes nouvelles

Avec cette Nouvelle Histoire de France, il s’agit de renoncer aux effets de mode, d’accorder toute leur place aux incontournables – les personnalités, les faits marquants, les œuvres majeures – sans omettre aucun des renouvellements majeurs de ces dernières années. La discipline a évolué en effet tant dans les objets (histoire impériale et coloniale, histoire des voix oubliées et des marges négligées, histoire du genre et des femmes, histoire environnementale…), que dans les méthodes (archéologie préventive, prosopographie, approche par le bas, jeu sur les échelles, big data…).

Parmi les nouveaux sujets historiques, l’environnement est très certainement l’un de ceux qui ont pris le plus de place dans la recherche en raison de la dégradation accélérée de la planète due au double processus de marchandisation du monde
– porté par un imaginaire économique de croissance infinie – et d’artificialisation de la planète – reposant sur un imaginaire technoscientifique prométhéen – qui se développe depuis la fin du XVIIIe siècle. En mettant en avant ces alertes précoces et les alternatives proposées dans le passé, l’histoire environnementale est porteuse de sens pour l’avenir et c’est pourquoi nous voulions lui accorder une grande place en confiant à Charles-François Mathis, son chef de file en France, le soin de l’aborder.

Quant aux méthodes nouvelles à disposition de l’historien, il nous faut dire un mot, là encore à titre d’exemple, de l’archéologie préventive. Celle-ci a commencé à se développer en France à partir des années 1970, avec l’ambition de préserver et d’étudier les éléments significatifs du patrimoine archéologique français menacés par les travaux d’aménagement et les projets immobiliers. Elle a permis de mieux comprendre l’héritage gaulois de la France et ses limites. Et qui mieux que Dominique Garcia, grand spécialiste de la Gaule préromaine et directeur de l’Institut national de la recherche archéologique préventive (Inrap) pour traiter le chapitre « Gaulois » de notre ouvrage ?

En outre, l’histoire n’est pas une discipline isolée mais elle s’enrichit du dialogue avec les autres sciences humaines et sociales et c’est dans cet esprit que nous avons aussi fait appel à 17 auteurs et autrices de 14 autres disciplines, habitués à travailler en profondeur historique : le géographe Jean-Robert Pitte, le spécialiste de la littérature française Robert Kopp, l’historienne de l’art Anne Pingeot, le philosophe Marcel Gauchet… Tous ont accepté de mettre leur savoir à la portée du plus grand nombre au prix d’un effort de synthèse et de vulgarisation.

C’est à ce prix que cette histoire en 100 chapitres, 340 éclairages et 1 100 pages se veut renouvelée et tout à la fois érudite et vivante, encyclopédique et ludique, dépassionnée… mais passionnante !

The Conversation

Éric Anceau a dirigé la « Nouvelle histoire de France » publiée aux éditions Passés composés.

ref. Pourquoi publier une « nouvelle » histoire de France en 2025 – https://theconversation.com/pourquoi-publier-une-nouvelle-histoire-de-france-en-2025-267669

Pour la première fois, une étude révèle ce qui se passe dans le cerveau d’un entrepreneur

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Ooms, Chargé de cours, Université de Liège

Si le cerveau est capable de renforcer certains réseaux neuronaux grâce à l’entraînement, comme on muscle son corps par le sport, alors l’expérience entrepreneuriale répétée pourrait elle-même être un facteur de développement de ces connexions particulières. BillionPhotos/Shutterstock

L’entrepreneuriat façonne-t-il le cerveau ? Certaines personnes naissent-elles avec des caractéristiques cérébrales qui les prédisposent à entreprendre ? Pour tenter de répondre à ces questions, une étude récente explore le fonctionnement du cerveau d’entrepreneurs grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, une technique qui permet de visualiser l’activité cérébrale.


Si l’on reconnaît l’importance des processus cognitifs chez les entrepreneurs
– comment pensent-ils et agissent-il face à l’incertitude ? –, on s’est peu intéressé à l’étude de leur cerveau lorsqu’ils prennent leurs décisions.

Pourquoi certains individus semblent exceller dans la création d’entreprises et naviguent habilement à travers l’incertitude, tandis que d’autres peinent à s’adapter ?

Pour tenter de faire la lumière sur la réponse à cette question, nous avons mené des travaux faisant converger neurosciences et recherche en entrepreneuriat. Nous avons en effet exploré l’activité cérébrale chez des entrepreneurs grâce à une technique d’imagerie médicale, l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).

Fruit d’une collaboration entre le centre de recherche interdisciplinaire en sciences biomédicales GIGA Consciousness Research Unit de l’Université de Liège (Belgique) et le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Liège, notre étude ouvre de nouvelles perspectives sur la manière dont les entrepreneurs abordent la prise de décision, gèrent l’incertitude et exploitent de nouvelles opportunités.

Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf)

L’IRMf permet de visualiser l’activité cérébrale en mesurant les variations du flux sanguin dans le cerveau. Cette méthode repose sur un principe simple : lorsqu’une région du cerveau est activée, elle consomme plus d’oxygène, ce qui entraîne une augmentation du flux sanguin vers cette zone. Ce surplus d’oxygène modifie légèrement les propriétés magnétiques du sang. C’est cette différence que l’IRMf mesure pour créer des cartes d’activité cérébrale en temps réel, offrant ainsi une vue détaillée de la fonction cérébrale.

Plus précisément, notre étude s’est concentrée sur 23 entrepreneurs habituels
– c’est-à-dire ceux qui ont lancé plusieurs entreprises, en les comparant à 17 managers travaillant dans de grandes organisations.

L’analyse de connectivité en état de repos basée sur une région cérébrale d’intérêt (seed-based resting state fMRI) a révélé que ces entrepreneurs expérimentés présentent une connectivité neuronale accrue entre certaines régions de l’hémisphère droit du cerveau : l’insula et le cortex préfrontal. Ces zones jouent un rôle dans la flexibilité cognitive et la prise de décisions exploratoires, c’est-à-dire la capacité à ajuster sa stratégie et à penser autrement face à des situations nouvelles ou incertaines.

Mieux gérer l’incertitude

Ce réseau cérébral plus connecté pourrait contribuer à expliquer pourquoi ces entrepreneurs semblent mieux armés pour gérer l’incertitude et faire preuve de flexibilité cognitive, des capacités souvent associées à l’identification d’opportunités entrepreneuriales.

Que ce soit de manière séquentielle – les serial entrepreneurs, qui créent une entreprise après l’autre – ou de façon concurrente – les portfolio entrepreneurs qui gèrent plusieurs entreprises en même temps –, ces profils paraissent exceller dans l’art de s’adapter rapidement. Une compétence précieuse dans le monde des start-ups, où les repères sont rarement stables.

Une autre étude, portant sur le même groupe d’entrepreneurs et de managers met en lumière un autre phénomène intrigant : ces entrepreneurs habituels présentent un volume de matière grise plus important dans l’insula gauche. Bien que l’étude n’ait pas directement mesuré la pensée divergente, d’autres travaux ont montré que l’augmentation du volume de matière grise dans l’insula gauche est associée à cette capacité – c’est-à-dire la faculté de générer de nombreuses idées différentes pour résoudre un même problème.

Ce qui suggère que les différences observées chez ces entrepreneurs pourraient refléter une plus grande propension à la pensée divergente.

Une question essentielle reste ouverte : l’entrepreneuriat façonne-t-il le cerveau… ou bien certaines personnes naissent-elles avec ces caractéristiques cérébrales qui les prédisposent à entreprendre ?

Autrement dit, sommes-nous entrepreneurs par nature ou par culture ?

Nature ou culture ?

Cette interrogation est aujourd’hui au cœur des nouveaux projets de recherche menés par l’équipe d’HEC Liège et du Centre de recherche du cyclotron (CRC) de l’Université de Liège. Cette orientation de recherche s’appuie sur le concept de « plasticité cérébrale », c’est-à-dire la capacité du cerveau à se modifier sous l’effet des expériences et des apprentissages.

Si le cerveau est capable de renforcer certains réseaux neuronaux grâce à l’entraînement, comme on muscle son corps par le sport, alors l’expérience entrepreneuriale répétée pourrait elle-même être un facteur de développement de ces connexions particulières. À l’inverse, si ces différences cérébrales sont présentes dès le départ, cela poserait la question de traits cognitifs ou neurobiologiques favorisant l’esprit d’entreprise.

Pour répondre à ces questions, de nouveaux travaux sont en cours au sein du laboratoire et du GIGA-CRC, avec notamment des études longitudinales visant à suivre l’évolution des cerveaux d’entrepreneurs au fil de leur parcours, mais aussi des comparaisons avec de jeunes porteurs de projets ou des aspirants entrepreneurs.

L’enjeu est de mieux comprendre si, et comment, l’expérience de l’entrepreneuriat peut façonner notre cerveau. Cette nouvelle phase de la recherche est en cours et entre dans une phase clé : le recrutement des participants pour une étude en imagerie par résonance magnétique (IRM). Nous recherchons des volontaires, entrepreneurs ou non, prêts à contribuer à cette exploration scientifique inédite sur les effets de la pratique entrepreneuriale sur le cerveau.

Former les futurs entrepreneurs

L’intégration des neurosciences dans l’étude de l’entrepreneuriat offre une perspective novatrice sur les facteurs qui pourraient contribuer à l’esprit entrepreneurial. En comprenant si – et comment – l’expérience entrepreneuriale influence la structure et la fonction cérébrales, il deviendrait possible de concevoir des approches de formation spécifiques pour favoriser l’esprit d’entreprendre. On pourrait, par exemple, imaginer de mettre au point des exercices pratiques et des approches d’apprentissage immersif afin de développer chez les étudiants les compétences observées chez des entrepreneurs habituels.


Cet article a été rédigé avec l’aide du Dr Arnaud Stiepen, expert en communication et vulgarisation scientifiques.

The Conversation

Frédéric Ooms a été financé par une subvention ARC (Actions de Recherche Concertée) de la Fédération Wallonie‑Bruxelles.

ref. Pour la première fois, une étude révèle ce qui se passe dans le cerveau d’un entrepreneur – https://theconversation.com/pour-la-premiere-fois-une-etude-revele-ce-qui-se-passe-dans-le-cerveau-dun-entrepreneur-259324

Comment le G20 peut aider l’Afrique à sortir de la crise de la dette

Source: The Conversation – in French – By Danny Bradlow, Professor/Senior Research Fellow, Centre for Advancement of Scholarship, University of Pretoria

La fin de la présidence sud-africaine du G20 ne veut pas dire que le pays perd sa capacité ou sa responsabilité à défendre les priorités qu’elle a portées en 2025. L’Afrique du Sud peut encore plaider pour des actions sur ces questions, au sein du G20 comme dans d’autres espaces internationaux et régionaux.

Dans cet article, je soutiens que l’Afrique du Sud devrait à l’avenir donner la priorité aux défis financiers de l’Afrique qu’elle a défendus en 2025.

L’Afrique du Sud avait défini quatre grandes priorités pour sa présidence du G20. Deux concernaient directement les questions financières. L’une visait à « garantir la viabilité de la dette des pays à faible revenu ». L’autre consistait à mobiliser des financements pour une transition énergétique juste.

L’importance de la dette, du financement du développement et du climat pour l’avenir de l’Afrique est évidente. Plus de la moitié des pays africains sont soit en situation de surendettement, soit risquent de l’être. Plus de la moitié de la population africaine vit dans des pays qui dépensent plus pour le service de leur dette que pour la santé et/ou l’éducation.

En outre, en 2023, 17 pays africains ont connu des sorties nettes de capitaux. Autrement dit, ils ont utilisé plus de devises pour payer leurs créanciers étrangers qu’ils n’en ont reçu via de nouveaux prêts pour financer leur développement. Le continent est également confronté à des phénomènes météorologiques extrêmes qui ont des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire et le bien-être humain.

En clair, les pays africains sont pris dans un cercle vicieux. Les effets du changement climatique et la pression de la dette s’alimentent mutuellement et minent leur capacité à atteindre les objectifs de développement durable.

Les priorités de l’Afrique du Sud

Les priorités de l’Afrique du Sud pour sa présidence du G20 étaient ambitieuses. Leur succès exigeait des actions concrètes à trois niveaux :

La prise de conscience : L’Afrique du Sud devait amener la communauté internationale à mieux comprendre la nature des problèmes de dette et de financement. Il s’agissait aussi de lui faire prendre la mesure des conséquences d’une inaction.

Le processus : L’Afrique du Sud devait convaincre le G20 de corriger les faiblesses du cadre commun, conçu pour aider les pays à faible revenu à obtenir un allégement de dette.

Les cas de la Zambie et du Ghana ont montré que le cadre commun était lourd, lent et indûment favorable aux créanciers. Le système impose au pays endetté de négocier séparément avec chaque groupe de créanciers, et dans un ordre précis. Il ne peut discuter avec ses créanciers commerciaux qu’après avoir abouti à un accord avec ses créanciers officiels.

Les créanciers commerciaux ne peuvent accorder un allégement tant que les créanciers officiels ne sont pas satisfaits de l’accord obtenu. Ils doivent aussi être certains de ne pas être traités moins favorablement que les créanciers commerciaux.

Une autre complication vient des multiples rôles du FMI dans les restructurations de dette. Il est à la fois conseiller et créancier des pays endettés. De plus, c’est lui qui réalise l’analyse de viabilité de la dette. Cette analyse détermine le montant de l’allègement que tous les autres créanciers doivent consentir. Plus son analyse est optimiste, plus les contributions attendues de chaque créancier, y compris le FMI, sont faibles. Ces efforts peuvent prendre la forme de nouveaux financements ou de nouvelles conditions de remboursement.

Le fond : Le processus actuel de restructuration de la dette traite la dette comme un problème technique financier et juridique. Il ignore que c’est un problème complexe et multidimensionnel pour les pays débiteurs. Cette approche limite les négociations aux termes des contrats financiers. Les négociations se concentrent sur les ajustements nécessaires parce que le débiteur ne peut pas respecter ses obligations initiales.

Cette perspective laisse de côté les effets de la crise de la dette sur les autres obligations juridiques de l’État, ainsi que sur sa situation sociale, politique, environnementale et culturelle. Cela revient à laisser le pays se débrouiller seul avec ces conséquences. Cette séparation artificielle entre les différentes obligations du pays empêche toute issue au cercle vicieux dette, développement et climat. Elle contraint le pays à choisir entre honorer ses dettes et financer son développement.

Au cours de l’année 2025, l’Afrique du Sud a été très efficace pour alerter sur la crise de la dette africaine et son impact désastreux. Elle a persuadé les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales du G20 d’adopter une déclaration sur la viabilité de la dette en octobre. Cette déclaration est la reconnaissance éloquente par le G20 du problème et de la nécessité de mieux gérer ces questions. Malheureusement, elle ne contient aucun engagement ferme du G20 sur les actions à mener pour remédier à la situation

Aucun progrès substantiel n’a été réalisé au niveau du processus et du fond. Il est peu probable que cela change dans les dernières semaines de la présidence sud-africaine.

Mais l’Afrique du Sud peut prendre trois mesures après la fin de son mandat pour que la crise de la dette africaine continue d’attirer l’attention.

Trois mesures à prendre

Premièrement, l’Afrique du Sud devrait demander à un groupe comme le Panel d’experts africains
qu’elle a créé pour conseiller le président, de préparer un rapport technique. Ce rapport doit identifier et analyser tous les obstacles qui empêchent l’Afrique d’accéder à des financements externes de développement qui soient abordables, durables et prévisibles.

Ce rapport devrait être soumis au président sud-africain au cours du premier semestre 2026. L’année prochaine, l’Afrique du Sud sera toujours membre de la troïka du G20, qui se compose des présidents actuel, sortant et entrant du G20. Par conséquent, l’année prochaine, elle pourra toujours présenter le rapport au G20. L’Afrique du Sud peut également utiliser ce rapport pour promouvoir des actions dans d’autres forums régionaux et mondiaux appropriés.

Deuxièmement, l’Afrique du Sud et l’Union africaine devraient créer un « Club des emprunteurs africains », indépendant du G20. Ce club servirait d’espace d’échange entre États africains endettés. Ils pourraient y partager informations, expériences et enseignements tirés de leurs négociations sur la dette souveraine, ainsi que des pratiques de gestion responsable de la dette. Le cas échéant, le club pourrait collaborer avec des institutions financières régionales africaines.

Le club, en collaboration avec des organisations régionales telles que la Facilité africaine de soutien juridique, pourrait également organiser des ateliers. Les États intéressés pourraient y partager davantage d’informations et évaluer plus clairement leurs options de financement. Ils pourraient aussi renforcer leurs capacités de négociation dans les transactions liées à la dette souveraine.

Le Club des emprunteurs africains devrait également être chargé de créer une table ronde sur la dette souveraine africaine, sur le modèle de la Table ronde mondiale sur la dette souveraine. Cette structure serait un forum informel, fonctionnant selon la règle de Chatham House. Elle réunirait les différentes catégories d’acteurs concernés par la dette africaine pour réfléchir à un processus de restructuration qui soit efficace, rapide et équitable, et qui adopte une approche holistique de la crise de la dette souveraine.

Troisièmement, l’Afrique du Sud devrait profiter du fait que les effets du climat, des inégalités, du chômage et de la pauvreté sur son développement sont désormais reconnus comme des enjeux majeurs relevant du mandat macro-économique et financier du FMI. L’Afrique du Sud devrait demander que le FMI revoie ses règles, ses pratiques et sa gouvernance.

Cet appel devrait rappeler que [les banques multilatérales de développement ont fait l’objet de plusieurs évaluations du G20](https://www.gihub.org/resources/publications/strengthening-multilateral-development-banks-the-triple-agenda-report-of-the-g20-independent-experts-group/ “) ces dernières années. Ces évaluations ont permis des améliorations importantes dans leurs cadres financiers et leurs pratiques. En revanche, le FMI n’a pas été soumis à une revue comparable, alors même que ses opérations auraient dû faire l’objet de révisions peut-être encore plus approfondies.

The Conversation

Danny Bradlow, outre son poste à l’université de Pretoria, est chercheur senior non résident au Centre de politique de développement mondial de l’université de Boston, conseiller senior du G20 à l’Institut sud-africain des affaires internationales et responsable de la conformité à l’Unité de conformité sociale et environnementale du PNUD.

ref. Comment le G20 peut aider l’Afrique à sortir de la crise de la dette – https://theconversation.com/comment-le-g20-peut-aider-lafrique-a-sortir-de-la-crise-de-la-dette-269891

Greffes d’organes vers l’humain : coeur, reins, peau… pourquoi le cochon est-il devenu l’animal de référence pour les xénogreffes ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Coralie Thieulin, Enseignant chercheur en physique à l’ECE, docteure en biophysique, ECE Paris

Greffer l’organe d’un animal à un être humain n’est plus de la science-fiction. Ces dernières années, plusieurs patients ont reçu des cœurs, des reins ou même la peau d’un porc génétiquement modifié. Mais pourquoi choisir le cochon, plutôt qu’un autre animal ?


Le terme xénogreffe désigne la transplantation d’un tissu ou d’un organe provenant d’une espèce différente de celle du receveur, par exemple, d’un porc vers un humain. Elle se distingue de l’allogreffe, entre deux humains, et de l’autogreffe, utilisant les propres tissus du patient. L’objectif est de remédier à la pénurie chronique d’organes humains disponibles pour la transplantation, tout en garantissant la compatibilité et la sécurité du greffon.

En France, au 1er janvier 2025, 22 585 patients étaient inscrits sur la liste nationale d’attente pour une greffe, dont 11 666 en liste active. En 2024, 852 patients sont décédés en attendant une greffe.

La peau de porc, une pionnière des xénogreffes

C’est d’abord la peau qui a ouvert la voie. Depuis les années 1960, la peau de porc est utilisée comme pansement biologique temporaire pour les grands brûlés. Sa structure et son épaisseur sont étonnamment proches de celles de la peau humaine, ce qui permet une bonne adhérence et une protection efficace contre les infections et la déshydratation.

Contrairement à d’autres animaux (vache, mouton, lapin), la peau de porc présente un réseau de collagène (protéine structurelle présente dans le tissu conjonctif et responsable de la résistance et élasticité des tissus) et une densité cellulaire similaires à ceux de l’homme, limitant les réactions de rejet immédiat. Ces greffes ne sont toutefois que temporaires : le système immunitaire finit par les détruire. Néanmoins, elles offrent une protection temporaire avant une autogreffe ou une greffe humaine.

Une proximité biologique frappante

Au-delà de la peau, le cochon partage de nombreux points communs physiologiques avec l’être humain : taille des organes, rythme cardiaque, pression artérielle, composition du plasma, voire métabolisme. Le cœur d’un cochon adulte, par exemple, a des dimensions proches de celui d’un humain, ce qui en fait un candidat naturel pour les greffes.

D’autres espèces, comme les primates non humains, présentent une proximité génétique encore plus importante, mais leur utilisation soulève des questions éthiques et sanitaires beaucoup plus lourdes, sans parler de leur reproduction lente et de leur statut protégé.

Un animal compatible avec la médecine moderne

Au contraire, les cochons sont faciles à élever, atteignent rapidement leur taille adulte, et leurs organes peuvent être obtenus dans des conditions sanitaires contrôlées. Les lignées génétiquement modifiées, comme celles développées par la société américaine Revivicor, sont désormais dépourvues de certains gènes responsables du rejet hyper aigu, ce qui rend leurs organes plus « compatibles » avec le système immunitaire humain.

Les chercheurs ont aussi supprimé des virus « dormants » (qui ne s’activent pas) présents dans le génome du porc, réduisant le risque de transmission d’agents infectieux à l’Homme.

Du pansement biologique à la greffe d’organe

Après la peau, les chercheurs se tournent vers les reins, le cœur, le foie ou encore le pancréas. En 2024, des patients ont survécu plusieurs semaines avec un cœur de porc génétiquement modifié, une prouesse longtemps jugée impossible. Des essais ont également été menés avec des reins de porc, notamment chez des patients en état de mort cérébrale ou, plus récemment, chez un patient vivant. En revanche, les recherches sur le foie et le pancréas en sont encore au stade préclinique, menées uniquement chez l’animal. Ces avancées ne sont pas seulement symboliques : la pénurie mondiale de donneurs humains pousse la médecine à explorer des alternatives réalistes.

Cependant, le défi immunologique reste immense – même génétiquement modifiés, les organes porcins peuvent être rejetés par le système immunitaire humain – tout comme les enjeux éthiques liés notamment au bien-être animal.

Le cochon s’est imposé non par hasard, mais parce qu’il représente un compromis entre proximité biologique, faisabilité et acceptabilité sociale. Si les essais confirment la sécurité et la durabilité des greffes, le porc pourrait bientôt devenir un allié inattendu mais essentiel de la médecine humaine.

The Conversation

Coralie Thieulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Greffes d’organes vers l’humain : coeur, reins, peau… pourquoi le cochon est-il devenu l’animal de référence pour les xénogreffes ? – https://theconversation.com/greffes-dorganes-vers-lhumain-coeur-reins-peau-pourquoi-le-cochon-est-il-devenu-lanimal-de-reference-pour-les-xenogreffes-267370

When did kissing evolve and did humans and Neanderthals get off with each other? New research

Source: The Conversation – UK – By Matilda Brindle, Postdoctoral researcher, University of Oxford

Moncar0/Shutterstock

If I asked you to imagine your dream snog, chances are it wouldn’t be with a
Neanderthal; burly and hirsute as they may be. However, my team’s new research
suggests that these squat beefcakes might have been right up your ancestors’
street.

In our new paper, colleagues and I investigated kissing in monkeys and apes, including modern humans and Neanderthals, to reconstruct its evolutionary history for the first time.

Before we could do this, we needed to construct a definition of kissing that was
applicable across a wide variety of animals. This sounds simple, but lots of
behaviour looks like kissing at first glance.

Many primates pre-chew food for their offspring and feed this to them orally (a
behaviour known as premastication). Ants also exchange fluid and food mouth-to-mouth in a process known as trophallaxis. Sometimes they do this mouth-to-anus too, but that is harder to mistake for a kiss. Tropical French grunt fish can also be seen passionately locking lips. However, this behaviour is no French kiss. It is part of a dominance display known as “kiss-fighting”.

We excluded kissing-like behaviour from our definition. We also excluded interactions that might be accidental or occur between members of different species, such as when dogs lick their owners’ mouths (or the time a capuchin monkey tried to snog me, but that’s a different story).

Taking all this into account, we define kissing as non-aggressive, directed, mouth-to-mouth contact between members of the same species, that doesn’t involve food
transfer. By this definition, all sorts of animals kiss, from polar bears enjoying spirited rounds of tonsil-tennis, to prairie dogs softly canoodling.

We used this definition to trawl published scientific papers, searching for observations of kissing in the group of monkeys and apes that evolved in Africa, Asia and Europe. It turns out that a handful of monkeys, and most apes, have been observed to kiss, with the exception of Eastern gorillas and the small apes (gibbons and siamangs).

The type of kiss can vary, both within and between species. Kissing between bonobos tends to be an exclusively sensual affair with “prolonged tongue-tongue interaction”. Other apes have a spicy side too, sometimes kissing as foreplay, or during sex.

Kissing also occurs in affectionate, platonic contexts across most apes, such as when mothers kiss their infants, or during greetings and reconciliation.

We combined this data with information on the evolutionary relationships between different species, in what is known as a phylogenetic comparative analysis. This technique allowed us to model the evolutionary history of kissing, and explore whether it was likely to have been present in the ancestors of different groups of species.

Our results paint early apes in an amorous light, showing that the ancestors of large apes were kissing each other as far back as 21.5 – 16.9 million years ago. Clearly, they were onto a good thing because they’ve been at it ever since, apart from Eastern gorillas, who just don’t seem to be into it.

Our reconstructions also shed light on the proclivities of Neanderthals who, it turns out, were also likely to be partial to a good smooch. Previous research shows that modern humans and Neanderthals shared an oral microbe long after the two species diverged into separate lineages. For this to happen, the microbes had to have been transferred between the two species. In other words, they were swapping saliva.

There could, of course, be an innocent explanation for this. Perhaps the two species were simply sharing food with one another over a friendly campfire. On the
other hand, when you consider that most people of non-African descent have some
Neanderthal ancestry, alongside our finding that kissing was present in Neanderthals, a saucier picture emerges.

So, did humans and Neanderthals get off with each other? Unfortunately, kissing
doesn’t preserve in the fossil record, so we’ll never be able to say for sure, but the evidence certainly points in that direction. One thing I can say for certain is that I’ll never look at a Neanderthal the same way again.

The Conversation

Matilda Brindle has previously received funding from the Natural Environment Research Council and the Leakey Foundation

ref. When did kissing evolve and did humans and Neanderthals get off with each other? New research – https://theconversation.com/when-did-kissing-evolve-and-did-humans-and-neanderthals-get-off-with-each-other-new-research-269210

Des hivers plus doux, des parasites plus présents : l’orignal est-il en péril face à la tique d’hiver ?

Source: The Conversation – in French – By Steeve Côté, professeur d’écologie animale, Université Laval

Alors que les changements climatiques modifient profondément les écosystèmes nord-américains, un petit parasite cause de grands ravages : la tique d’hiver. Cette tique, désormais plus présente suite aux conditions environnementales plus clémentes, affecte lourdement la survie hivernale des jeunes orignaux dans l’est du Canada.

Les changements climatiques permettent à des espèces comme la tique d’hiver, un parasite externe qui se nourrit du sang des grands cervidés, d’étendre leur présence vers de nouvelles régions. Jadis plus rare dans l’est du Canada, elle y est désormais bien implantée et cause des mortalités élevées, surtout chez les jeunes orignaux.

La tique d’hiver complète l’entièreté de son cycle de vie en infestant un seul hôte. Outre l’orignal, on peut la retrouver sur d’autres cervidés comme le cerf de Virginie et le caribou sur lesquels elle a peu d’effet.

Les larves de tiques se retrouvent sur la couche de feuilles mortes au sol durant l’été. À l’automne, elles se mettent en quête d’un hôte auquel elles s’accrochent au passage. Une fois sur l’hôte, elles se nourrissent de sang pour se développer jusqu’au stade adulte. L’accouplement des adultes a lieu sur l’hôte. C’est vers la fin de l’hiver que les femelles consomment la plus grande quantité de sang en vue de la reproduction. Une fois engorgées de sang, les femelles se détachent de l’hôte et pondent leurs œufs dans la litière végétale au sol.

Notre équipe de recherche tente de comprendre les liens entre la tique d’hiver, les orignaux et les conditions environnementales afin de mieux prédire l’évolution de ces relations en fonction des conditions climatiques anticipées. Notre approche repose sur la capture et le suivi de jeunes orignaux dans cinq populations. Celles-ci s’étendent du sud du Nouveau-Brunswick jusqu’au nord du fleuve Saint-Laurent. Nous avons concentré nos efforts sur les orignaux âgés de 8 à 13 mois. Leurs faibles réserves de graisse, leur métabolisme rapide et leur forte charge de tiques les rendent plus vulnérables.

Un protocole rigoureux pour évaluer l’impact

Lors de chacune des trois années de notre étude (2020, 2022 et 2023), nous avons capturé une vingtaine de jeunes orignaux dans chacune des cinq populations étudiées. En plus de munir chaque orignal d’un collier GPS, nous avons réduit la charge (ou le nombre) de tiques de la moitié des individus à l’aide de produits acaricides.

Ceci nous a permis de comparer le comportement et la survie hivernale d’animaux plus ou moins infestés, mais vivant dans un même environnement. La fin de l’hiver est une période critique pour la survie des orignaux en raison de l’épuisement de leurs réserves énergétiques. C’est également à ce moment que les tiques consomment la plus grande quantité de sang et que leurs effets sur la condition et la survie des orignaux sont les plus manifestes.

Notre expérience sur un total de 280 veaux nous a permis de déterminer que la tique d’hiver a été responsable de la majorité des 67 mortalités hivernales comptabilisées et que la plupart de ces mortalités ne seraient pas survenues en absence de tiques. Les orignaux traités à la capture avec un acaricide, et donc peu infestés ensuite, présentaient un risque de mortalité environ 94 % plus faible (9 individus morts sur 135) que les individus non traités ayant des charges de tiques naturelles (58 individus morts sur 145).

De plus, la charge de tiques à la capture augmentait la variation des indicateurs dans le sang des orignaux non traités. En complément, le risque de mortalité était plus élevé dans les régions où le loup, principal prédateur de l’orignal, était présent, alors que la masse des orignaux à la capture diminuait le risque de mortalité. Finalement, la survie des jeunes mâles était généralement plus faible que celle des femelles du même âge.

Les orignaux sont plus affectés par la tique d’hiver que les autres grands cervidés. Ce constat s’explique par une cohabitation encore récente entre la tique et l’orignal. L’expansion du parasite vers le nord, favorisée par les changements climatiques, a créé des conditions printanières plus propices à sa reproduction.


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Cette récente cohabitation n’a pas permis à l’orignal de développer les mécanismes lui permettant de se débarrasser du parasite. D’autres espèces, comme le cerf de Virginie, cohabitent depuis plus longtemps avec la tique et ont développé des comportements pour s’en débarrasser avant qu’elle ne les affaiblisse.

Mieux prévoir pour mieux gérer

Néanmoins, l’effet à long terme des changements climatiques sur la tique demeure incertain. En effet, la fonte plus hâtive et l’arrivée plus tardive de la neige favorisent la survie des tiques et augmentent leurs chances de trouver un hôte. Ces deux conditions augmentent donc les probabilités que la tique puisse trouver un hôte et se reproduire. Toutefois, les étés chauds et secs comme celui de 2025 sont néfastes pour la tique, car un faible taux d’humidité réduit la survie des œufs.




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Les mesures de gestion permettant de diminuer l’abondance de la tique d’hiver sont limitées. Comme une tique doit infester un orignal pour se reproduire, l’abondance des deux espèces est étroitement liée. Ainsi, une réduction de la densité des populations d’orignaux est une avenue à considérer dans les régions problématiques afin de limiter la propagation des tiques. Autrement, un aménagement forestier visant à modifier la température et l’humidité du sol pourrait également influencer la survie et l’abondance des tiques.

Nos travaux en cours visent à comprendre comment la structure de la forêt influence la présence de tiques et à identifier des pratiques d’aménagement susceptibles de limiter leur survie. Nous développons également un modèle permettant de prédire les infestations de tiques à partir de différents facteurs liés à l’environnement. Ces modèles permettront de mieux prévoir l’impact des infestations sur les orignaux et d’ajuster la façon de gérer la forêt et les populations d’orignaux.

La Conversation Canada

Steeve Côté est professeur titulaire au Département de biologie à la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval. Il dirige Caribou Ungava et est membre du Centre d’études nordiques. Il a reçu des financements de recherche de plusieurs organismes gouvernementaux en partenariat avec des industries.

Christian Dussault est membre du Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatique, de la Faune et des Parcs du Québec. Mes travaux de recherche sont en partie fincancés par le Gouvernement du Québec.

Jean-Pierre Tremblay est professeur titulaire au Département de biologie à la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval. Il est membre du Centre d’étude de la forêt et du Centre d’études nordiques. Il a reçu des financements de du Conseil de la recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et de partenaires de l’industrie, d’organisations para-gouvernementales et d’organismes sans but lucratif.

Julien H. Richard est membre du Centre d’études Nordique et du Centre d’étude de la forêt, son salaire est entièrement couvert par des financements de recherche de plusieurs organismes gouvernementaux en partenariat avec des industries.

ref. Des hivers plus doux, des parasites plus présents : l’orignal est-il en péril face à la tique d’hiver ? – https://theconversation.com/des-hivers-plus-doux-des-parasites-plus-presents-lorignal-est-il-en-peril-face-a-la-tique-dhiver-256019

Why MAGA is obsessed with Epstein − and why the files are unlikely to dent loyalty to Trump

Source: The Conversation – USA – By Alex Hinton, Distinguished Professor of Anthropology; Director, Center for the Study of Genocide and Human Rights, Rutgers University – Newark

MAGA hats are placed on a table at an election night party in West Palm Beach, Fla., on Nov. 5, 2024. Ricky Carioti/The Washington Post via Getty Images

With the latest shift by President Donald Trump on releasing the Epstein files held by the U.S. Department of Justice – he’s now for it after being against it after being for it – the MAGA base may finally get to view the documents it’s long wanted to see. On the afternoon of Nov. 18, 2025, the House voted overwhelmingly to seek release of the files, with only one Republican voting against the measure. The Conversation’s politics editor, Naomi Schalit, talked with scholar Alex Hinton, who has studied MAGA for years, about Make America Great Again Republicans’ sustained interest in the case of accused child sex trafficker Jeffrey Epstein. Hinton explains how MAGA’s interest in the case fits into what he knows about the group of die-hard Trump supporters.

Naomi Schalit: You are an expert on MAGA. How do you learn what you know about MAGA?

Alex Hinton: I’m a cultural anthropologist, and what we do is field work. We go where the people we’re studying live, act, talk. We observe and sort of hang out and see what happens. We listen and then we unpack themes. We try and understand the meaning systems that undergird whatever group we’re studying. And then, of course, there’s interviewing.

A man in a suit with a crowd behind him stands at a microphone-covered lectern that has a sign 'EPSTEIN FILES TRANSPARENCY ACT' written on it.
U.S. Rep. Thomas Massie, a Texas Republican, speaks at a press conference alongside alleged victims of Jeffrey Epstein at the U.S. Capitol on Sept. 3, 2025.
Bryan Dozier/Middle East Images via AFP, Getty Images

It appears that MAGA, Trump’s core supporters, are very concerned about various aspects of the Epstein story, including the release of documents that are in the possession of the U.S. government. Are they, in fact, concerned about this?

The answer is yes, but there’s also a sort of “no” implicit, too. We need to back up and think, first of all, what is MAGA.

I think of it as what we call in anthropology a nativist movement, a foregrounding of the people in the land. And this is where you get America First discourse. It’s also xenophobic, meaning that there’s a fear of outsiders, invaders coming in. It’s populist, so it’s something that’s sort of for the people.

Tucker Carlson interviewed Marjorie Taylor Greene, and he said, “I’m going to go over the five pillars of MAGA.” Those were America First, this is absolutely central. Borders was the second. You’ve got to secure the borders. The third was globalist antipathy, or a recognition that globalization has failed. Another one was free speech, and another one he mentioned was no more foreign wars. And I would add into that an emphasis on “we the people” versus elites.

Each of those is interwoven with a key dynamic to MAGA, which is conspiracy theory. And those conspiracy theories are usually anti-elite, going back to we the people.

If you look at Epstein, he’s where many of the conspiracy theories converge: Stop the Steal, The Big Lie, lawfare, deep state, replacement theory. Epstein kind of hits all of these, that there’s this elite cabal that’s orchestrating things that ultimately are against the interests of we the people, with a sort of antisemitic strain to this. And in particular, if we go back to Pizzagate in 2016, this conspiracy theory that there were these Democratic elitists who were, you know, demonic forces who were sex trafficking, and lo and behold, here’s Epstein doing precisely that.

There’s kind of a bucket of these things, and Epstein is more in it than not in it?

He’s all over it. He’s been there, you know, from the beginning, because he’s elite and they believe he’s doing sex trafficking. And then there’s a suspicion of the deep state, of the government, and this means cover-ups. What was MAGA promised? Trump said, we’re going to give you the goods, right? Kash Patel, Pam Bondi, everyone said we’re going to tell you this stuff. And it sure smacks of a cover-up, if you just look at it.

But the bottom line is there’s a realization among many people in MAGA that you’ve got to stay with Trump. It’s too much to say there is no MAGA without Trump. There’s certainly no Trumpism without Trump, but MAGA without Trump would be like the tea party. It’ll just sort of fade away without Trump.

People in MAGA are supporting Trump more than more mainstream Republicans on this. So I don’t think there’s going to be a break over this, but it certainly adds strain. And you can see in the current moment that Trump is under some strain.

A blond woman in a red hat speaks at a microphone while a man in a suit stands behind her, with American flags behind him.
President Donald Trump and U.S. Rep. Marjorie Taylor Greene, a longtime supporter, have split over the Epstein files release.
Elijah Nouvelage/AFP Getty Images

The break that we are seeing is Trump breaking with one of his leading MAGA supporters, Marjorie Taylor Greene, not the MAGA supporter breaking with Trump.

With Greene, sometimes it’s like a yo-yo in a relationship with Trump. You fall apart, you have tension, and then you sort of get back. Elon Musk was a little bit like that. You have this breakup, and now she’s sort of backtracking like Elon Musk did. I don’t think what is happening is indicative of a larger fracturing that’s going to take place with MAGA.

It seems that Trump did his about-face on releasing the documents so that MAGA doesn’t have to break with him.

It’s absolutely true. He’s incredible at taking any story and turning it in his direction. He’s sort of like a chess player, unless he blurts something out. He’s a couple of moves ahead of wherever, whatever’s running, and so in a way we’re always behind, and he knows where we are. It’s incredible that he’s able to do this.

There’s one other thing about MAGA. I think of it as “don’t cross the boss.” It’s this sort of overzealous love of Trump that has to be expressed, and literally no one ever crosses the boss in these contexts. You toe the line, and if you go against the line, you know what happened to Marjorie Taylor Greene, there’s the threat Trump is going to disown you. You’re going to get primaried.

Trump has probably made a brilliant strategic move, which is suddenly to say, “I’m all for releasing it. It’s actually the Democrats who are these evil elites, and now we’re going to investigate Bill Clinton and all these other Democrats.” He takes over the narrative, he knows how to do it, and it’s intentional. Whoever says Trump is not charismatic, he doesn’t make sense – Trump is highly charismatic. He can move a crowd. He knows what he’s doing. Never underestimate him.

Does MAGA care about girls who were sexually abused?

There is concern, you know, especially among the devout Christians in MAGA, for whom sex trafficking is a huge issue.

I think if you look at sort of notions of Christian morality, it also goes to notions of sort of innocence, being afflicted by demonic forces. And it’s an attack on we the people by those elites; it’s a violation of rights. I mean, who isn’t horrified by the idea of sex trafficking? But again, especially in the Christian circles, this is a huge issue.

The Conversation

Alex Hinton receives funding from the Rutgers-Newark Sheila Y. Oliver Center for Politics and Race in America, Rutgers Research Council, and Henry Frank Guggenheim Foundation.

ref. Why MAGA is obsessed with Epstein − and why the files are unlikely to dent loyalty to Trump – https://theconversation.com/why-maga-is-obsessed-with-epstein-and-why-the-files-are-unlikely-to-dent-loyalty-to-trump-270109

Silent cyber threats: How shadow AI could undermine Canada’s digital health defences

Source: The Conversation – Canada – By Abbas Yazdinejad, Postdoctoral Research Fellow, Artificial Intelligence, University of Toronto

Across Canada, doctors and nurses are quietly using public artificial-intelligence (AI) tools like ChatGPT, Claude, Copilot and Gemini to write clinical notes, translate discharge summaries or summarize patient data. But even though these services offer speed and convenience, they also pose unseen cyber-risks when sensitive health information is no longer controlled by the hospital.

Emerging evidence suggests this behaviour is becoming more common. A recent ICT & Health Global article cited a BMJ Health & Care Informatics study showing that roughly one in five general practitioners in the United Kingdom reported using generative-AI tools such as ChatGPT to help draft clinical correspondence or notes.

While Canadian-specific data remain limited, anecdotal reports suggest that similar informal uses may be starting to appear in hospitals and clinics across the country.

This phenomenon, known as shadow AI, refers to the use of AI systems without formal institutional approval or oversight. In health-care settings, it refers to well-intentioned clinicians entering patient details into public chatbots that process information on foreign servers. Once that data leaves a secure network, there is no guarantee where it goes, how long it is stored, or whether it may be reused to train commercial models.

A growing blind spot

Shadow AI has quickly become one of the most overlooked threats in digital health. A 2024 IBM Security report found that the global average cost of a data breach has climbed to nearly US$4.9 million, the highest on record. While most attention goes to ransomware or phishing, experts warn that insider and accidental leaks now account for a growing share of total breaches.

In Canada, the Insurance Bureau of Canada and the Canadian Centre for Cyber Security have both highlighted the rise of internal data exposure, where employees unintentionally release protected information. When those employees use unapproved AI systems, the line between human error and system vulnerability blurs.

Are any of these documented cases in health settings? While experts point to internal data exposure as a growing risk in health-care organizations, publicly documented cases where the root cause is shadow AI use remain rare. However, the risks are real.

Unlike malicious attacks, these leaks happen silently, when patient data is simply copy-and-pasted into a generative AI. No alarms sound, no firewalls are tripped, and no one realizes that confidential data has crossed national borders. This is how shadow AI can bypass every safeguard built into an organization’s network.

Why anonymization isn’t enough

Even if names and hospital numbers are removed, health information is rarely truly anonymous. Combining clinical details, timestamps and geographic clues can often allow re-identification. A study in Nature Communications showed that even large “de-identified” datasets can be matched to individuals with surprising accuracy when cross-referenced with other public information.

Public AI models further complicate the issue. Tools such as ChatGPT or Claude process inputs through cloud-based systems that may store or cache data temporarily.

While providers claim to remove sensitive content, each has its own data-retention policy and few disclose where those servers are physically located. For Canadian hospitals subject to the Personal Information Protection and Electronic Documents Act (PIPEDA) and provincial privacy laws, this creates a legal grey zone.

Everyday examples hiding in plain sight

Consider a nurse using an online translator powered by generative AI to help a patient who speaks another language. The translation appears instant and accurate — yet the input text, which may include the patient’s diagnosis or test results, is sent to servers outside Canada.

Another example involves physicians using AI tools to draft patient follow-up letters or summarize clinical notes, unknowingly exposing confidential information in the process.

A recent Insurance Business Canada report warned that shadow AI could become “the next major blind spot” for insurers.

Because the practice is internal and voluntary, most organizations have no metrics to measure its scope. Hospitals that do not log AI usage cannot audit what data has left their systems or who sent it.

Bridging the gap between policy and practice

Canada’s health-care privacy framework was designed long before the arrival of generative AI. Laws like the PIPEDA and provincial health-information acts regulate how data is collected and stored but rarely mention machine-learning models or large-scale text generation.

As a result, hospitals are forced to interpret existing rules in a rapidly evolving technological environment. Cybersecurity specialists argue that health organizations need three layers of response:

1- AI-use disclosure in cybersecurity audits: Routine security assessments should include an inventory of all AI tools being used, sanctioned or otherwise. Treat generative-AI usage the same way organizations handle “bring-your-own-device” risks.

2- Certified “safe AI for health” gateways: Hospitals can offer approved, privacy-compliant AI systems that keep all processing within Canadian data centres. Centralizing access allows oversight without discouraging innovation.

3- Data-handling literacy for staff: Training should make clear what happens when data is entered into a public model and how even small fragments can compromise privacy. Awareness remains the strongest line of defence.

These steps won’t eliminate every risk, but they begin to align front-line practice with regulatory intent, protecting both patients and professionals.

The road ahead

The Canadian health-care sector is already under pressure from staffing shortages, cyberattacks and growing digital complexity. Generative AI offers welcome relief by automating documentation and translation, yet its unchecked use could erode public trust in medical data protection.

Policymakers now face a choice: either proactively govern AI use within health institutions or wait for the first major privacy scandal to force reform.

The solution is not to ban these tools but to integrate them safely. Building national standards for “AI-safe” data handling, similar to food-safety or infection-control protocols, would help ensure innovation doesn’t come at the expense of patient confidentiality.

Shadow AI isn’t a futuristic concept; it’s already embedded in daily clinical routines. Addressing it requires a co-ordinated effort across technology, policy and training, before Canada’s health-care system learns the hard way that the most dangerous cyber threats may come from within.

The Conversation

Abbas Yazdinejad is a Postdoctoral Scholar at the Artificial Intelligence and Mathematical Modelling Lab (AIMMlab), University of Toronto. He will be joining the Department of Computer Science at the University of Regina as an Assistant Professor in Cybersecurity in January 2026.

Jude Kong receives funding from NSERC, IDRC, and FCDO. He is the Executive Director of the Artificial Intelligence and Mathematical Modelling Lab (AIMMLab) at the University of Toronto, as well as AI4PEP, ACADIC, and REASURE2.

ref. Silent cyber threats: How shadow AI could undermine Canada’s digital health defences – https://theconversation.com/silent-cyber-threats-how-shadow-ai-could-undermine-canadas-digital-health-defences-268478