Réagir face au danger mortel par l’entraide, le réconfort et le soutien : témoignages de l’attentat au Bataclan le 13 novembre 2015

Source: The Conversation – in French – By Guillaume Dezecache, Directeur de recherche en sciences de la durabilité, psychologie et sciences comportementales, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Comment un groupe réagit-il face à un danger de mort ? L’analyse des témoignages de 32 victimes de l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015 montre que les comportements d’entraide, de réconfort émotionnel ou de soutien physique ont été nombreux. Cette stratégie de défense collective est souvent plus efficace que celle du « chacun pour soi ».


Le soir du 13 novembre 2015, six attentats quasi simultanés avaient ensanglanté les abords du Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), des terrasses des dixième et onzième arrondissements de Paris ainsi que l’enceinte, la fosse et les coursives du Bataclan (XIᵉ). Dans cette célèbre salle de concert, trois individus armés de fusils d’assaut font feu, tuent 90 personnes et en blessent plusieurs dizaines.

Dans un contexte marqué par de nombreux attentats en France, en Europe et ailleurs, le CNRS avait souhaité, fin novembre 2015, financer des projets de recherche permettant notamment d’appréhender les répercussions sociétales de ces nombreux événements meurtriers. Avec des collègues psychiatres, neuroscientifiques et psychologues sociaux, nous nous sommes penchés sur la question de ce que deviennent les conduites sociales (la façon dont nous nous comportons avec et face à autrui) lorsque la survie est en jeu.

Cette question est cruciale pour préparer au mieux les communautés aux situations d’urgence, et notamment pour articuler les dispositifs de secours institutionnels avec la tendance des populations à prendre les devants en se protégeant mutuellement dans l’attente ou à la place des secours.

Les comportements « antisociaux » sont rares

Depuis les années 1960 et grâce notamment aux travaux des sociologues du Disaster Research Center de l’Ohio State University (États-Unis), nous savons que la « panique » (définie comme un intense affect négatif, une croyance qu’un danger est présent mais qu’on peut en réchapper, et une motivation à atteindre la sécurité à tout prix) est rare. Évidemment, les personnes qui se sentent mortellement menacées ont peur et fuient. Mais elles le font sans volonté de nuire à autrui. Face au danger mortel, de tels comportements dits « antisociaux » (une action qui a un effet résolument délétère sur autrui) sont ainsi sans doute peu courants. Un survivant à l’attentat de Londres en 2005 raconte notamment « qu’il n’a constaté aucun comportement non coopératif », qu’il a « juste vu certaines personnes tellement absorbées par leurs propres émotions qu’elles étaient davantage concentrées sur elles-mêmes », mais « personne qui ne coopérait pas » ; il n’avait d’ailleurs « constaté aucun mauvais comportement ».

De fait, les comportements prosociaux (entraide, réconfort émotionnel, soutien physique) sont nombreux. Un témoin de la bousculade mortelle lors de la Love Parade de 2010 à Duisbourg (Allemagne) raconte qu’une personne (probablement décédée) l’avait sauvé de la mort en maintenant son bras au-dessus de sa tête, de façon à la protéger des piétinements.

Pourquoi nous montrerions-nous plutôt prosociaux face au danger mortel ? Selon la littérature scientifique, il y aurait trois grandes raisons à cela : d’abord, les normes sociales de l’ordinaire (ne pas marcher sur les autres, respecter leur intimité physique, protéger les personnes blessées, etc.) sont si importantes dans la vie quotidienne qu’elles sont maintenues. De même, la réponse au danger perçu est largement affiliative : face au danger, nous cherchons ce qui est sûr, par le rapprochement voire le contact physique. Enfin, le fait de se trouver avec d’autres face à un élément menaçant crée un sentiment de « destin commun » qui favorise des normes de protection du groupe.

Ces explications ont leur mérite, mais ne nous satisfont pas en ce qu’elles semblent présupposer que les réponses sociales au danger ne dépendent pas également des circonstances matérielles dans lesquelles se trouvent les individus. Serions-nous tout aussi prosociaux si nous avions d’abord l’occasion de nous échapper ? Faut-il se sentir en sécurité physique même minimale avant de vouloir aider autrui ? La prosocialité est-elle la réponse spontanée ou met-elle du temps à émerger ? Nous souhaitions, par un travail empirique, mieux comprendre la dynamique des réponses sociales face au danger mortel.

Une recherche menée avec les rescapés du Bataclan

Entre juin et novembre 2016, nous avons eu l’occasion de rencontrer individuellement trente-deux rescapé·e·s de l’attentat du Bataclan, approché·e·s grâce à nos contacts avec deux associations de victimes des attentats du 13-Novembre.

Après nous être assurés que chacun·e des participant·e·s se sentait en capacité de revivre par le récit sa soirée au Bataclan, nous avons discuté avec elles et eux autour d’un questionnaire portant sur leur position dans l’enceinte du Bataclan, leur perception de la menace, les comportements d’autrui et leurs propres comportements à trois moments clés de l’attentat : le moment où ils ont compris que quelque chose de grave se produisait ; lorsqu’ils prenaient conscience qu’il s’agissait d’une attaque terroriste ; enfin, les suites de l’attentat. Puisque certain·e·s participant·e·s ne se retrouvaient pas dans une telle partition du récit (nous disant notamment qu’elles ou ils n’avaient jamais pris conscience qu’il s’agissait d’un attentat), nous avons très vite abandonné l’idée d’analyser la temporalité des comportements prosociaux – à savoir s’ils émergeaient précocement ou tardivement face au danger.

Pour autant, nous avons pu analyser le rôle des contraintes spatiales et matérielles sur 426 actions sociales (réconfort autrui, pousser quelqu’un, appeler à l’aide, etc.) provenant des 32 participant·e·s (environ 13 épisodes narrés par participant·e), à savoir si elles étaient réalisées lorsqu’il était possible de s’échapper et si les agents de l’action étaient alors protégés par une paroi.

Que nous ont raconté les participant·e·s ? Évidemment, on nous a raconté l’usage de la force et des coudes pour se frayer un chemin jusqu’à la sortie.

Un participant nous a dit :

« On s’est levés, et il y a eu un mouvement de foule à ce moment-là […] on s’est fait un petit peu marcher dessus… »

On nous a aussi raconté des paroles difficiles échangées ainsi que des ordres donnés de manière violente et brutale :

« Y’a un mec (un autre spectateur) qui est arrivé derrière la porte […] et j’entendais : “Si tu n’ouvres pas la porte, je vais te b*, je vais te b*, tu vas le regretter toute ta vie, je vais te… tu vas mourir, je vais te’…” Il était complètement fou. »

Enfin, on nous a parlé de négligence des autres :

« La menace est toujours là […] je lâche la main de mon mari, enfin, le truc hyper égoïste […] je me barre et voilà. Et… euh ben, je marche sur des corps, mais je peux pas faire autrement. […] Les corps, les corps qui sont dans le hall, euh, je je, bah pour moi ils sont morts, mais je vais pas vérifier s’ils sont morts ou pas… »

Cependant, on nous a plus souvent raconté le réconfort donné aux autres :

« Je me retrouve allongée par terre, avec des gens empilés donc, je me retrouve avec un couple en face de moi, avec le mari qui couvre sa femme, et elle [est] terrorisée, et euh… […] je lui parle et je lui dis “Pleure pas… pleure pas… comment tu t’appelles ?” »

Il y eut également des transmissions d’information importante pour la survie d’autrui, en dépit du risque de se faire repérer par un terroriste :

« Quand je me suis retourné, y’avait un des assaillants […] qui était en train d’achever des gens au sol. […] Quand il a levé son arme pour recharger, j’ai demandé… et j’ai dit aux gens “Cassez-vous ! Cassez-vous, il recharge”. Et ma compagne me tenait la main elle était en pleurs, je lui ai dit “Tu te casses !” »

Des personnes témoignent de la collaboration physique :

« Ils tenaient la porte, ils ont arraché le néon, ils se sont occupés de la blessée, lui ont donné de l’eau. »

Notre analyse de la distribution des actions sociales en fonction de la position des participant·e·s suggère que les actions prosociales apparaissent plus fréquemment lorsque les individus ne peuvent pas fuir et bénéficient d’une protection minimale. Les contraintes physiques – murs, recoins, impossibilité de fuite – façonnent un espace d’action où les individus, privés d’alternatives, se tournent les uns vers les autres. La prosocialité devient alors une stratégie de survie collective, lorsque d’autres options ne sont pas ou plus aussi disponibles.

Face au danger, nous ressentons un fort besoin d’affiliation et de contact physique, davantage à l’égard des personnes qui nous sont familières, mais aussi sans doute avec le tout-venant. De fait aussi, des facteurs matériels nous empêchent parfois de nous échapper, nous obligeant à faire avec les autres. Cela tombe bien, la présence d’autres personnes est aussi souvent très rassurante.

La prosocialité face au danger peut donc être envisagée comme une stratégie de défense collective fondée sur un principe plus élémentaire : l’interdépendance. Lorsque nos chances de survie sont liées à celles des autres, agir pour soi revient à agir pour autrui – et inversement.

The Conversation

Guillaume Dezecache a reçu des financements du programme CNRS Attentats-Recherche.

ref. Réagir face au danger mortel par l’entraide, le réconfort et le soutien : témoignages de l’attentat au Bataclan le 13 novembre 2015 – https://theconversation.com/reagir-face-au-danger-mortel-par-lentraide-le-reconfort-et-le-soutien-temoignages-de-lattentat-au-bataclan-le-13-novembre-2015-269000

Cameroun : Paul Biya réélu pour un huitième mandat, et après ?

Source: The Conversation – in French – By Serge Loungou, enseignant-chercheur, Université Omar Bongo (UOB)

Le 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats de l’élection présidentielle organisée le 12 octobre. Paul Biya a officiellement obtenu 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour son principal challenger et ancien ministre, Issa Tchiroma Bakary. Or, selon son propre décompte, ce dernier revendique 54,8 % des voix, contre 31,3 % pour le président sortant.

Dès l’annonce de la réélection de Paul Biya, de nombreuses villes ont été secouées par des manifestations dont le bilan est difficile à établir avec précision. Les autorités maintiennent une opacité sur le nombre des pertes en vies humaines.

De leur côté, la société civile et les Nations Unies déplorent des milliers d’arrestations et plusieurs dizaines de civils tués.

La tension est montée d’un cran, le 2 novembre, quand Issa Tchiroma Bakary a lancé via son compte Facebook, depuis son refuge secret du Nigeria, le mot d’ordre de « villes mortes » durant trois jours. La mobilisation a été forte à Douala, la capitale économique et épicentre de la contestation, ainsi que dans les villes du Nord, de l’Est et de l’Ouest. Mais à Yaoundé, la capitale administrative, et dans les régions du Centre et du Sud, bastion du clan présidentiel, les populations ont semblé indifférentes à l’appel de son opposant.

Il n’empêche que les troubles post-électoraux perturbent les activités économiques, faisant ainsi surgir le spectre de l’inflation.

Depuis 1992, les réélections de Paul Biya ont été suivies de manifestations violentes. Son régime est parvenu à survivre au moyen de la répression, de l’instrumentalisation du régionalisme et de ralliement opportuniste d’opposants.

Pour avoir étudié les perspectives de transition politique au Cameroun, je pense que, cette fois-ci, la grogne populaire semble transcender les multiples clivages (identitaires, sociaux, politiques) qui traversent la société camerounaise.

Une évolution rétrograde

Les ferments de cette colère grandissante sont avant tout d’ordre socioéconomique. En effet, longtemps présenté comme le pays le plus prometteur d’Afrique centrale, le Cameroun connaît, depuis au moins deux décennies, une « descente aux enfers » économique et morale. Celle-ci mine sa cohésion sociale et menace sérieusement son ordre sociopolitique.

Les marqueurs significatifs de cette évolution rétrograde sont :

Ces lacunes structurelles entretiennent une tension sociale permanente.
Combinées à des circonstances politiques (compétitions électorales, révisions circonstancielles de la Constitution, revendications syndicales), elles débouchent fréquemment sur de violentes manifestations urbaines, à l’exemple des « émeutes de la faim » de 2008 et des pillages orchestrés récemment dans plusieurs villes du pays, en lien avec les protestations post-électorales.

Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, traditionnellement appelées le NOSO, symbolisent, pour emprunter l’expression du philosophe Franklin Nyamsi, la « tragédie kamerunaise ». L’ancien Cameroun britannique possède d’importantes ressources naturelles (pétrole, gaz) et d’inestimables potentialités halieutiques, agricoles et touristiques. Celles-ci en font une zone stratégique de premier plan, lui permettant de contribuer au PIB national à hauteur de 16,3 % jusqu’en 2015.

Mais le déclenchement en 2017 d’une guerre de sécession menée par les nationalistes « ambazoniens » a plongé le NOSO dans une grande insécurité, causant une grave crise humanitaire ainsi que des dommages aux économies des deux régions anglophones et partant du pays.

En 2021, un rapport de la Banque mondiale suggérait déjà que le PIB national chuterait de 9 % si le conflit devait durer jusqu’en 2025.

Une histoire coloniale particulière

Le conflit du NOSO est né des vicissitudes de l’histoire coloniale particulière du Cameroun. Il doit son enlisement autant à l’indifférence manifeste de la communauté internationale qu’à l’intransigeance de ses protagonistes locaux qui ne parviennent ni à aplanir leurs divergences politiques ni à s’imposer militairement à l’adversaire.

Alors que Paul Biya entame son huitième mandat, rien ne semble présager du retour à l’accalmie dans cette zone où l’impopularité du président provient de ce qu’il est considéré comme le “seul responsable” de la crise du NOSO.

Une défiance qui tranche avec la bienveillance dont le candidat Issa Tchiroma Bakary a semblé bénéficier de la part de l’électorat anglophone, après qu’il a promis de libérer les leaders “ambazoniens”, d’engager un dialogue pour mettre fin à la guerre et de réinstaurer le fédéralisme aboli par le pouvoir central dominé par les francophones.

Lors de sa prestation de serment organisée le 6 novembre à Yaoundé, en l’absence de dirigeants étrangers, Paul Biya a promis d’œuvrer à l’unité, la stabilité et la prospérité du pays. Son âge « canonique » tend cependant à alimenter l’incertitude. En effet, celui qu’une certaine presse se plaît à caricaturer comme le « président fantôme » ou l’« omniabsent », en raison de la rareté de ses interventions officielles et de sa propension à séjourner longuement à l’étranger, avoisinera les 100 ans au terme de ce nouveau septennat.

Cette perspective suscite forcément des interrogations. Le « sphinx d’Etoudi » — surnom attribué à Paul Biya pour sa résilience au pouvoir, Etoudi étant la colline où se situe le palais présidentiel dans la capitale Yaoundé — pourra-t-il toujours gouverner le pays réel et continuer d’incarner la stabilité ?

Envisage-t-il seulement de mener à son terme cet énième mandat ? Pourrait-il être contraint d’y renoncer ? Autant de préoccupations lancinantes auxquelles il est difficile de répondre sans se livrer à un exercice de divination.

Quoiqu’il en soit, le contexte sociopolitique camerounais parait peu se prêter à un scénario successoral de type héréditaire ou familial, comme on l’a vécu dans certains pays (République démocratique du Congo, Togo, Gabon, Tchad), ou tel qu’on le pressent pour d’autres (Guinée équatoriale, Congo, Ouganda).

La raison principale en est liée, manifestement, aux règles de gouvernance que Paul Biya est parvenu à imposer. D’une part, il veut tenir sa progéniture à l’écart de la sphère politique (État, parti). D’autre part, il cherche à demeurer le « maître de l’échiquier » annihilant toute velléité de rivalité ou de concurrence politique dans son propre camp.

L’instrument implacable de cette stratégie d’endiguement est l’« opération Épervier ». Destinée à lutter contre la corruption et l’enrichissement illicite des agents publics, cette opération a conduit à l’embastillement de longue durée de nombreux cadres administratifs et politiques associés au pouvoir, pour la plupart adversaires réels ou supposés du président. Parmi eux figurent des personnalités issues de sa communauté.

Guerre de succession

Pour autant le « bilan successoral » de Paul Biya ne présente pas les garanties d’une transition plus sereine qu’ailleurs. En effet, l’absence de dauphin officiel ou consensuel, associée à l’incertitude qui entoure les modalités de désignation du candidat du parti au pouvoir – le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) –, ne pourrait qu’intensifier la guerre de succession larvée. Cette guerre, perceptible depuis quelques années au sein du camp présidentiel, s’amplifierait à mesure que l’autorité du chef de l’État irait en s’érodant à l’épreuve du temps et/ou de la maladie.

Alimentées par de fortes oppositions de personnes, ces rivalités successorales conduiraient inévitablement à la désintégration des solidarités construites artificiellement autour de la figure tutélaire de Paul Biya.

Dans un Cameroun où, plus que jamais, le tribalisme imprègne fortement la vie sociale et politique, on peut raisonnablement craindre que les luttes intra-partisanes pour le pouvoir ne s’alimentent des fractures identitaires existantes, voire les exacerbent.

De surcroît ces querelles de succession se superposeraient à des périls bien réels qui actuellement mettent à mal la sécurité et l’unité du pays :

  • des tensions intercommunautaires dans plusieurs régions ;

  • des revendications sécessionnistes en zone anglophone ;

  • une guerre d’usure imposée par la secte islamiste Boko Haram au nord ;

  • l’insécurité alimentée à l’est par la faillite de la République centrafricaine voisine.

Âgé de 92 ans, Paul Biya est le chef d’Etat en exercice le plus vieux au monde. La perspective de son départ imminent du pouvoir est donc inéluctable. Le vide politique que laisse entrevoir ce départ a libéré des forces antagonistes. Leur affrontement expose le Cameroun à une forte instabilité dont les effets pourraient se propager dans la sous-région.

 moins que Paul Biya n’établisse les conditions d’une transition apaisée comme ce fut le cas lorsque, en 1982, il succéda conformément à la Constitution à Ahmadou Ahidjo.

The Conversation

. Serge Loungou est affilié au Centre d’études et de recherche en géosciences politiques et prospective. Il exerce la fonction de Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Libreville. A ce titre, il reçoit des financements de l’Etat gabonais.

ref. Cameroun : Paul Biya réélu pour un huitième mandat, et après ? – https://theconversation.com/cameroun-paul-biya-reelu-pour-un-huitieme-mandat-et-apres-269292

Pesticides : quand les équipements censés protéger exposent davantage

Source: The Conversation – in French – By Fabienne Goutille, Maîtresse de Conférences en Ergotoxicologie, Université Clermont Auvergne (UCA)

Les équipements individuels de protection sont obligatoires pour les agriculteurs qui épandent des pesticides. Pourtant, on sait aujourd’hui qu’ils peuvent aggraver l’exposition aux pesticides. RGtimeline/Shutterstock, CC BY

Peu adaptés aux conditions de travail réelles des agriculteurs, les équipements censés les protéger des expositions aux pesticides se révèlent bien souvent inefficaces voire même néfastes. La discipline de l’ergotoxicologie tâche de remédier à cela en travaillant auprès des premiers concernés.


Alors que la loi Duplomb a été adoptée, ouvrant la voie à la réintroduction de pesticides interdits et à la remise en cause de garde-fous environnementaux, un angle mort persiste dans le débat public : qui, concrètement, est exposé à ces substances, dans quelles conditions, et avec quelles protections ?

Loin des protocoles théoriques, la réalité du terrain est plus ambivalente. Porter une combinaison ne suffit pas toujours à se protéger. Parfois, c’est même l’inverse. Une autre approche de la prévention s’impose donc en lien avec les personnes travaillant en milieu agricole.

Avec le programme PESTEXPO (Baldi, 2000-2003), en observant le travail en viticulture en plein traitement phytosanitaire, une réalité qui défiait le bon sens est apparue : certaines personnes, pourtant équipées de combinaisons de protection chimique, étaient plus contaminées que celles qui n’en portaient pas.

Grâce à des patchs cutanés mesurant l’exposition réelle aux pesticides, l’équipe de l’Université de Bordeaux et de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a confirmé un phénomène aujourd’hui bien documenté : la perméation, c’est-à-dire la traversée des tissus protecteurs par les molécules chimiques.

Sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et de l’effort, la combinaison piégeait en fait les pesticides à l’intérieur du vêtement, empêchant leur évaporation et créant un effet piège, favorisant leur contact prolongé avec la peau. Ce n’était pas seulement un échec de protection : c’était un facteur aggravant.

Cette situation soulève une question centrale : comment des équipements conçus pour protéger peuvent-ils exposer davantage ?

Une protection illusoire imposée… et mal pensée

Les équipements de protection individuelle (EPI) portés par les agriculteurs relèvent en grande partie d’une conception industrielle. Leur homologation repose sur des tests réalisés en laboratoire, par les fabricants eux-mêmes, selon des protocoles standardisés dans des conditions semi-contrôlées, déconnectées du travail réel. Les conditions extrêmes du terrain – chaleur, humidité, densité – et les variabilités du travail ne sont pas prises en compte.

Dans les exploitations, ces équipements sont portés sur des corps en action : monter et descendre du tracteur, passer sous les rampes, manipuler les tuyaux, se faufiler entre les rangs, porter des charges, travailler au contact des machines ou de végétaux abrasifs. Les combinaisons ne suivent pas toujours ces gestes. Elles peuvent gêner la précision, limiter l’amplitude, se coincer ou se déchirer. Et parce qu’elles sont conçues sur un gabarit standardisé, elles s’ajustent mal à la diversité des morphologies, notamment des femmes, pour qui la coupe, la longueur ou l’encombrement des tissus rendent certains mouvements plus difficiles, voire plus risqués.

Pourtant, la réglementation impose le port de ces équipements. En cas de contrôle, ou d’accident, la responsabilité incombe aux propriétaires ou aux gestionnaires de l’exploitation. Cette logique repose sur une fiction rassurante : le port d’un EPI serait une protection suffisante. La réalité est tout autre.

Les personnes qui travaillent au contact des pesticides le savent bien. Lors des manifestations, on a pu entendre le slogan « Pas d’interdiction sans solution », qui résume bien leur colère : trop de normes, trop peu de moyens pour les appliquer.

Porter une combinaison étanche, par 30 °C, retirer ses gants à chaque étape, se rincer entre deux manipulations, tout en assurant la rentabilité de l’exploitation… Cela relève souvent de l’impossible. De plus, les combinaisons sont pour la plupart à usage unique, mais compte tenu de leur coût, elles peuvent être réutilisées de nombreuses fois.

On ne peut pas simplement reprocher aux agriculteurs et agricultrices de ne pas faire assez. C’est tout un système qui rend la prévention inapplicable.

L’ergotoxicologie : partir de l’activité réelle pour mieux prévenir

Face à ces constats, l’ergotoxicologie propose un autre regard. Issue de la rencontre entre ergonomie et toxicologie, cette approche s’attache à comprendre les situations d’exposition telles qu’elles se vivent concrètement : gestes, contraintes, matériaux, marges de manœuvre, savoirs incorporés. Elle repose sur une conviction : on ne peut pas prévenir sans comprendre le travail réel.

Dans notre démarche, nous utilisons des vidéos de l’activité, des mesures d’exposition, et surtout des temps de dialogue sur le travail, avec et entre les travailleurs et travailleuses. Ce sont elles et eux qui décrivent leurs gestes, les développent, et proposent des ajustements. Nous les considérons comme des experts de leurs expositions.

Dans le projet PREVEXPO (2017-2022), par exemple, un salarié de la viticulture expliquait pourquoi il retirait son masque pour remplir la cuve et régler le pulvérisateur :

« Il était embué, je n’y voyais rien. Je dois le retirer quelques secondes pour éviter de faire une erreur de dosage. »

Ce type de témoignage montre que les choix en apparence « déviants » sont souvent des compromis raisonnés. Ils permettent de comprendre pourquoi la prévention ne peut pas se réduire à une simple application de règles abstraites ou générales.

Co-construire les solutions, plutôt que blâmer

En rendant visibles ces compromis, les personnes concernées peuvent co-construire des pistes de transformation, à différentes échelles. Localement, cela peut passer par des ajustements simples : une douche mobile, un point d’eau plus proche et assigné aux traitements, un nettoyage ciblé du pulvérisateur ou du local technique, des sas de décontamination entre les sphères professionnelle et domestique, une organisation du travail adaptée aux pics de chaleur.

Encore faut-il que l’activité de protection soit pensée comme une activité en soi, et non comme un simple geste ajouté. Cela implique aussi de créer les conditions d’un dialogue collectif sur le travail réel, où risques, contraintes et ressources peuvent être discutés pour mieux concilier performance, santé et qualité du travail.

Mais cela va plus loin : il s’agit aussi d’interroger la conception des équipements, les normes d’homologation et les formulations mêmes des produits.

Faut-il vraiment demander aux agriculteurs et agricultrices uniquement de porter la responsabilité de leur exposition ? Ces réflexions dépassent leur seul cas. La chaîne d’exposition est en réalité bien plus large : stagiaires personnels et familles vivant sur l’exploitation, saisonniers et saisonnières qui passent en deçà des radars de l’évaluation des risques, mécaniciens et mécaniciennes agricoles qui entretiennent le matériel, conseillers et conseillères agricoles qui traversent les parcelles… Sans parler des filières de recyclage, où des résidus persistent malgré le triple rinçage.

Faut-il leur imposer à toutes et tous des EPI ? Ou repenser plus largement les conditions de fabrication, de mise sur le marché, d’utilisation et de nettoyage des produits phytopharmaceutiques ?

L’ergotoxicologie ne se contente pas de mesurer : elle propose des objets de débat, des images, des données, qui permettent de discuter avec les fabricants, les syndicats, les pouvoirs publics. Ce n’est pas une utopie lointaine : dans plusieurs cas, les travaux de terrain ont déjà contribué à alerter les agences sanitaires, à faire évoluer les critères d’évaluation des expositions, ou à modifier des matériels et équipements agricoles.

Ni coupables ni ignorants : un savoir sensible trop souvent ignoré

Contrairement à une idée reçue, les personnes qui travaillent dans l’agriculture ne sont pas ignorantes des risques. Elles les sentent sur leur peau, les respirent, les portent parfois jusque chez elles. Certaines agricultrices racontent que, malgré la douche, elles reconnaissent l’odeur des produits quand leur partenaire transpire la nuit.

Ce savoir sensible et incarné est une ressource précieuse. Il doit être reconnu et pris en compte dans les démarches de prévention. Mais il ne suffit pas, si l’organisation, les équipements, les produits et les règles restent inadaptés et conçus sans tenir compte du travail réel.

Prévenir, ce n’est pas culpabiliser. C’est redonner du pouvoir d’agir aux personnes concernées, pour qu’elles puissent faire leur métier sans abîmer leur santé au sens large et celle de leur entourage. Et pour cela, il faut les écouter, les associer, les croire, et leur permettre de contribuer à la définition des règles de leur métier.

Dans le contexte de la loi Duplomb, qui renforce l’autorisation de produits controversés sans se soucier des conditions réelles d’usage, ce travail de terrain collaboratif et transdisciplinaire est plus que jamais nécessaire pour une prévention juste, efficace, et réellement soutenable.


📽️ Le film documentaire Rémanences, disponible sur YouTube (Girardot-Pennors, 2022) illustre cette démarche collaborative en milieu viticole.

The Conversation

Alain Garrigou a reçu des financements de ANR, ECOPHYTO

Fabienne Goutille ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pesticides : quand les équipements censés protéger exposent davantage – https://theconversation.com/pesticides-quand-les-equipements-censes-proteger-exposent-davantage-268958

The shutdown has ended – but this economist isn’t rejoicing quite yet

Source: The Conversation – USA (2) – By Amitrajeet A. Batabyal, Distinguished Professor, Arthur J. Gosnell Professor of Economics, & Head, Department of Sustainability, Rochester Institute of Technology

After 43 days, the U.S. government shutdown finally came to an end late on Nov. 12, 2025, when Congress voted through a long-overdue funding bill, which President Donald Trump promptly signed.

But the prolonged gap in government-as-usual has come at a cost to the economy.

The Conversation spoke with RIT economist Amitrajeet A. Batabyal on the short- and long-term impact that the shutdown may have had on consumers, on the gross domestic product and on international trust in U.S. stewardship of the global economy.

What is the short-term economic impact of the shutdown?

Having some 700,000 government workers furloughed has hit consumer spending. And a subset of those workers believed they may not have a job to come back to amid efforts by the Trump administration to lay them off permanently.

In fact, the University of Michigan’s monthly index on consumer sentiment tumbled to a near record low in November – a level not seen since the depth of the pandemic. Because lower consumer sentiment is related to reduced spending, that has a short-term impact on retailers, too.

And because parks and monuments have been closed throughout the shutdown, tourism activity has been down – a decline no doubt worsened by the reduction in flights enforced due to shortages in air traffic controllers.

The effect was particularly pronounced in places like Washington D.C. – one of the most popular destination for tourists – and Hawaii. This short-term effect will likely extend to secondary businesses, such as hotels. Indeed, prior to the shutdown, the U.S. Travel Association warned that such an event would cost the total travel industry around US$1 billion a week.

And the longer-term impact?

Estimates range, but the nonpartisan Congressional Budget Office has said that the cost to America’s gross domestic product in lost productivity is in the range of $7 billion to $14 billion – and that is a cost from a self-imposed wound that will never be recovered.

And from an international macroeconomic point of view, trust in the U.S. has been hit. Even before the shutdown, political dysfunction in Washington contributed to a downgrade in the U.S. credit rating – something that could result in higher borrowing costs.

The shutdown further erodes the United States’ standing as the global leader of the free market and rules-based international order. Accompanied by the economic rise of China, this shutdown further erodes international investors’ impression of the U.S. as an arbiter and purveyor of the established trade and finance system – and that can only hurt Washington’s global economic standing.

Has the economic pain been felt evenly?

Certainly not. Large numbers of Americans have been hit, but the shutdown affected regions and demographics differently.

Those on the lower end of the income distribution have been hit harder. This is in large part due to the impact the shutdown has had on the Supplemental Nutrition Assistance Program, also known as food stamps. Some 92% of SNAP benefits go to American households below the federal poverty line.

More than 42 million Americans rely on SNAP payments. And they were caught up in the political maelstrom – left not knowing if their SNAP payments will come, if they will be fully funded and when they will appear.

There is also research that shows Black Americans are affected more by shutdowns than other racial groups. This is because traditionally, Black workers have made up a higher percentage of the federal workforce than they do the private sector workforce.

Geographically, too, the impact of this shutdown has been patchy.

California, Washington D.C. and Virginia have the highest proportion of federal employees, so that means a larger chunk of the workers in those regions were furloughed. Hawaii has also been disproportionately hit due to the large number of military there. One analysis found that with 5.6% of people in the state federally employed, and a further 12% in nonprofit jobs supported by federal funding, Hawaii was the second-hardest-hit state during the shutdown.

How easy is it for the US to recover from a shutdown?

Because shutdowns are always temporary, recovery depends on how long it has gone on for. Traditionally, the long-term economic trend is not badly affected by the short-term pain of shutdowns.

But it may be slightly different this time around. This shutdown went on longer than any other shutdown in U.S. history.

Also, the nature of this shutdown raises some concerns. This was the first shutdown in which a president said that backpay was not a sure thing for all furloughed federal employees. And the uncertainty over those threatened with layoffs again broke from past precedent. Both matters seemed to have been settled with the deal ending the shutdown, but even so, the ongoing uncertainly may have affected the spending patterns of many affected.

And we also do not know what the economic impact of the reduction of domestic flights will be.

Have other economic factors exacerbated the shutdown affect?

While the shutdowns in Trump’s first administration did take place while tariffs were being used as a foreign policy and economic tool, this year is different.

Trump’s tariff war this time around is across the board, hitting both adversaries and allies. As a result, the U.S. economy has been more tentative, resulting in greater uncertainty on inflation.

Related to that is the rising grocery prices that have contributed to an upward tick in inflation.

This all makes the job of the Federal Reserve harder when it is trying to fine-tune monetary policy to meets its dual mandates of full employment and price stability. Add to that the lack of government data for over a month, and it means the Fed is grasping in the dark a little when it comes to charting the U.S. economy.

The Conversation

Amitrajeet A. Batabyal does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The shutdown has ended – but this economist isn’t rejoicing quite yet – https://theconversation.com/the-shutdown-has-ended-but-this-economist-isnt-rejoicing-quite-yet-269471

What is Fusarium graminearum, the fungus a Chinese scientist pleaded guilty to smuggling into the US?

Source: The Conversation – USA (2) – By Tom W. Allen, Associate Research Professor of Plant Pathology, Mississippi State University

Wheat infected by *_Fusarium_*, a toxic fungus, has kernels that appear white with orange at the base. Klaus-Dietmar Gabbert/picture alliance via Getty Images

A Chinese plant scientist at the University of Michigan who drew national attention in June 2025 when she was arrested and accused of smuggling a crop-damaging fungus into the U.S. pleaded guilty on Nov. 12, 2025, to charges of smuggling and making false statements to the FBI. Under her plea agreement, Yunqing Jian, 33, was sentenced to time served and expected to be deported.

Her arrest put a spotlight on Fusarium graminearum, a harmful pathogen. But while its risk to grains such as wheat, corn and rice can be alarming, Fusarium isn’t new to American farmers. The U.S. Department of Agriculture estimates it costs wheat and barley farmers more than $1 billion a year.

Tom Allen, an extension and research professor of plant pathology at Mississippi State University, explains what Fusarium graminearum is and isn’t.

What is Fusarium graminearum?

Fusarium graminearum is a common fungal plant pathogen that creates problems for farmers across the U.S.

It causes a disease in barley and wheat called Fusarium head blight, or scab. It can also damage rice and rot corn ears and stalks. In severe cases, scab could cut a farm’s yield by 45%.

Scab has been responsible for some of the greatest annual crop losses in the U.S. In 2024, estimates from extension and research plant pathologists suggested scab reduced the U.S. wheat crop by approximately 31 million bushels or roughly 2%.

When compared with other wheat diseases that harm the head and kernels, scab is by far the most concerning because it occurs across wide areas and affects the crop at advanced growth stages.

Why is Fusarium graminearum a concern?

As a plant pathogen, the fungus responsible for scab produces a mycotoxin in grain that can harm humans and livestock. In addition, when wheat grain used for seed is infested with the fungus, the seeds are less likely to germinate and produce new plants in the next growing season.

The mycotoxin is widely categorized as a vomitoxin. It can induce vomiting if ingested in high enough concentrations, but prolonged exposure can also cause gastronintestinal damage, harm the immune system and inflame the central nervous system.

In animals, repeated exposure to the mycotoxin in food can decrease their growth and weight, and livestock can develop an immune response to the toxin that can harm their ability to reproduce.

The U.S. Food and Drug Administration has issued advisory levels, basically limits for the amount of mycotoxin considered a health hazard in grain products.

Since barley and wheat are important as food for humans and livestock, harvested grain is routinely tested when farmers bring their crops to grain elevators for sale. Entire loads of grain may be rejected if they’re found to have mycotoxin concentrations above the FDA limits.

Wheat can be treated to remove scabby kernels. If mycotoxin levels aren’t too high, it could also be used for livestock feed. The advisory threshold for the mycotoxin is higher for adult cattle and chickens, at 10 parts per million, than it is for humans, at 1 ppm.

What does the law say about importing and moving plant pathogens?

These risks are why importing and even moving plant pathogens within the U.S. is regulated by the U.S. Department of Agriculture’s Animal and Plant Health Inspection Service, or USDA-APHIS, through the Plant Protection Act of 2000.

Federal law restricts the movement of plant pathogens, including bacteria, fungi and viruses, even for research purposes, as well as their release into the environment. A scientist who wants to move a plant pathogen, either within the U.S. or from outside the U.S., must go through a permitting process with USDA-APHIS that can take up to six months to complete.

Travelers in an airport with a sign in the foreground warning against bringing in bananas, soil or plants to avoid harming crops.
A sign at a Colombian airport warns about the spread of a type of Fusarium that affects bananas and plantains.
Jeffrey Greenberg/Universal Images Group via Getty Images

The goal of these rules is to reduce the risk of introducing something new that could be even more destructive for crops.

Even with Fusarium graminearum, which has appeared on every continent but Antarctica, there is potential for introducing new genetic material into the environment that may exist in other countries but not the U.S. and could have harmful consequences for crops.

How do you manage Fusarium graminearum infections?

Fusarium graminearum infections generally occur during the plant’s flowering, rainfall and periods of high humidity during early stages of grain production.

Wheat in the southern U.S. is conducive to infection during the spring. As the season progresses, the risk from scab progresses north through the U.S. and into Canada as the grain crops mature across the region, with continued periods of conducive weather throughout the summer.

How Fusarium graminearum risk progressed in 2025. Yellow is low risk, orange is medium risk, and red is high risk. Fusarium Risk Tool/Penn State

Between seasons, Fusarium graminearum survives on barley, wheat and corn plant residues that remain in the field after harvest. It reproduces by producing microscopic spores that can then travel long distances on wind currents, spreading the fungus across large geographic areas each season.

In wheat and barley, farmers can suppress the damage by spraying a fungicide onto developing wheat heads when they’re most susceptible to infection. Applying fungicide can reduce scab and its severity, improve grain weight and reduce mycotoxin contamination.

However, integrated approaches to manage plant diseases are generally ideal, including planting barley or wheat varieties that are resistant to scab and also using a carefully timed fungicide application, rotating crops, and tilling the soil after harvest to reduce residue where Fusarium graminearum can survive the winter.

Even though fungicide applications may be beneficial, fungicides offer only some protection and can’t cure scab. If the environmental conditions are extremely conducive for scab, with ample moisture and humidity during flowering, the disease will still occur albeit at reduced levels.

A discussion of Fusarium head blight in the northern Plains. Andrew Friskop/NDSU Extension.

Plant pathologists are making progress on early warning systems for farmers. A team from Kansas State University, Ohio State University and Pennsylvania State University has been developing a computer model to predict the risk of scab. Their wheat disease predictive model uses historic and current environmental data from weather stations throughout the U.S., along with current conditions, to develop a forecast.

In those areas that are most at risk, plant pathologists and commodity specialists encourage wheat growers to apply a fungicide during periods when the fungus is likely to grow to reduce the chances of damage to crops and the spread of mycotoxin.

The Conversation

Tom W. Allen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What is Fusarium graminearum, the fungus a Chinese scientist pleaded guilty to smuggling into the US? – https://theconversation.com/what-is-fusarium-graminearum-the-fungus-a-chinese-scientist-pleaded-guilty-to-smuggling-into-the-us-261744

Trump v the BBC: a legal expert explains how the case could play out

Source: The Conversation – UK – By Rebecca Moosavian, Associate Professor in Law, University of Leeds

The BBC is the latest media organisation to be targeted by Donald Trump’s highly litigious machine. The fallout over a Panorama episode that included a misleadingly edited clip of the US president’s January 6 2021 speech led to the resignation of two BBC executives, and Trump’s threat to sue the BBC for $1 billion if they do not retract the episode.

How likely is he to succeed if he goes through with such a lawsuit? To answer this, we must look at two distinct issues. First, how defamation laws on the books apply to this situation. And second, how things might actually play out in practice.

Defamation laws enable individuals to obtain remedies (such as compensation) when another party makes false allegations that damage their reputation. The BBC has admitted that the Panorama footage was misleading in that it clipped together two parts of Trump’s speech that were actually 50 minutes apart.

However, this by no means ensures that a defamation claim by Trump would succeed. Trump must meet set requirements to prove that the footage was actually defamatory. He would face significant difficulties doing so in both England and the US.

First, Trump’s existing reputation is hardly unblemished, and includes court findings of fraudulent conduct, sexual assault (subject to ongoing litigation in the US), and impeachment for inciting an insurrection against a democratically-elected government (he was later acquitted).

Furthermore, he won the 2024 US election within a fortnight of the episode’s broadcast. It would therefore be difficult for his lawyers to prove that he suffered reputational harm from this Panorama episode.

Truth defences are also available in both jurisdictions. These protect a defendant whose allegations contain minor inaccuracies, as long as the “sting” of the libel – in this case, that Trump’s speech contributed to the storming of the Capitol – is true.

English defamation law is noted for being claimant-friendly (particularly compared to the US), so suing in this jurisdiction would arguably have been preferable for Trump. But in the UK, a defamation claim must be brought promptly within one year of publication.

This deadline has passed as the Panorama episode was broadcast in October 2024. So Trump’s defamation claim is time-barred in the UK. He has previously (but unsuccessfully) tried to use data protection law to protect his reputation in the UK due to its longer, six-year limitation period.

Because the Panorama documentary is also available in the US, Trump has instead threatened to bring a claim in the US state of Florida. US law is noted for providing strong free speech protections, particularly for media organisations sued by public figures. In defamation law, media free speech has been safeguarded by the landmark 1964 Supreme Court case New York Times v Sullivan.

L.B. Sullivan was a police commissioner in Montgomery, Alabama, who sued the Times for publishing an advert that criticised the police (but which contained some minor inaccuracies). The Supreme Court unanimously held that if a public official brings a defamation action, they must meet a higher benchmark than a civilian to succeed.

They must prove that the defendant made the statement with “actual malice” – that they knew the statement was false, or they made it in reckless disregard of whether it was true. This principle was extended to other “public figures” in later cases. Because actual malice is very hard to establish, it makes defamation actions incredibly difficult to win for politicians.

Defamation threats in practice

So the BBC might appear relatively safe if we focus solely on the legal texts. But in practice, there can be large gaps between what legal rules say and how defamation disputes operate in reality. Making legal threats – even those that are spurious or doomed to fail – can still be beneficial to claimants like Trump.

As leading US academic RonNell Andersen Jones has explained, these legal threats serve as PR for politicians, and undermine public faith in the journalists seeking to hold them to account.

These threats are a form of so-called “Slapp” suit – strategic lawsuits against public participation. Slapps are legal threats made to silence or intimidate critics or those who speak out about matters of public interest.

These cases are effective because they leverage the extremely high legal costs of litigation and exploit inequalities in power or resources between parties. Weaker parties are pressured into backing down, even if they have a good prospect of successfully defending themselves against the claim.

Many Slapps never even reach the courts because their targets choose to settle the case rather than risk the expense and stress of litigating. This playbook has served Trump well.

He has a sustained track record of seeking preposterous sums from media organisations on the basis of arguably flimsy claims, including the New York Times, the Wall Street Journal, CBS and ABC (both of which paid Trump millions to settle the cases). He is no doubt calculating that the BBC will also cave in and settle early.

Trump’s defamation threat against the BBC places the latter in a precarious position. Though the BBC has a strong legal case on the face of it, it faces the financial constraints of its diminishing publicly-funded budgets, and sustained attack from political and commercial adversaries. It will now have to make a big decision on how to respond and whether to settle, like CBS and ABC before it.

The Conversation

Rebecca Moosavian is co-deputy director of The SLAPPs Reseach Group, an international academic network researching SLAPPs and related laws <https://www.theslappsresearchgroup.org/>

ref. Trump v the BBC: a legal expert explains how the case could play out – https://theconversation.com/trump-v-the-bbc-a-legal-expert-explains-how-the-case-could-play-out-269551

Nicolas Sarkozy interdit de contact avec Gérald Darmanin : l’indépendance de la justice renforcée ?

Source: The Conversation – in French – By Vincent Sizaire, Maître de conférence associé, membre du centre de droit pénal et de criminologie, Université Paris Nanterre

Nicolas Sarkozy a été mis en liberté sous contrôle judiciaire, lundi 10 novembre, par la Cour d’appel de Paris. Il n’a plus le droit de quitter le territoire, et ne doit pas entrer en contact avec les personnes liées à l’enquête ni avec le ministre de la justice Gérald Darmanin. Cette interdiction est liée à la visite que lui a rendu le ministre en prison, interprétée comme une pression exercée sur les magistrats. Le contrôle judiciaire de l’ancien président de la République va donc dans le sens d’une réaffirmation du principe d’indépendance des magistrats vis-à-vis du pouvoir exécutif. Au-delà de l’affaire Sarkozy, quelles sont les capacités d’influence du pouvoir exécutif sur la justice ?


Le 10 novembre 2025, la Cour d’appel de Paris a fait droit à la demande de mise en liberté de Nicolas Sarkozy. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette décision n’est nullement le résultat des pressions diverses qui pèsent sur l’institution judiciaire depuis le prononcé de la condamnation de l’ancien chef de l’État. D’une part, la Cour d’appel a estimé que les conditions de la détention provisoire n’étaient pas réunies, aucun élément objectif ne laissant craindre que l’ancien chef de l’État soit tenté de prendre la fuite avant le jugement définitif de son affaire. D’autre part, et surtout, la Cour a assorti la mise en liberté d’un contrôle judiciaire strict, interdisant en particulier à M. Sarkozy tout contact avec le garde des sceaux Gérald Darmanin et avec son cabinet, considérant que de tels liens lui permettraient d’influer sur le cours de la procédure.

Ce faisant, la juridiction vient non seulement réaffirmer l’indépendance du pouvoir judiciaire, mais aussi apporter une réponse à la polémique soulevée par la visite du garde des sceaux, agissant à titre officiel, à l’ancien locataire de l’Élysée incarcéré, le 27 octobre. Cette démarche avait en effet suscité de nombreuses critiques au sein du monde judiciaire, à l’image des propos du procureur général de la Cour de cassation dénonçant un risque « d’obstacle à la sérénité et d’atteinte à l’indépendance des magistrats » ou, plus encore, de la plainte pour prise illégale d’intérêt déposée à l’encontre du ministre par un collectif d’avocats.

Le ministre de la justice peut-il rendre visite à un détenu ?

Au-delà de la polémique médiatique, c’est d’abord l’état de la relation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire – sensément séparés et indépendants – que cette visite interroge. Certes, les textes actuels permettent bien au ministre, au moins indirectement, d’y procéder. Le Code pénitentiaire reconnaît en effet à certains services de l’administration pénitentiaire le droit de procéder à des visites de contrôle du bon fonctionnement des établissements carcéraux. Dans la mesure où le ministre de la justice est à la tête de cette administration, rien ne lui interdit donc, en théorie, de procéder lui-même à de telles visites. Par ailleurs, toute personne détenue « peut demander à être entendue par les magistrats et fonctionnaires chargés de l’inspection ou de la visite de l’établissement, hors la présence de tout membre du personnel de l’établissement pénitentiaire ». Ainsi, le cadre juridique aujourd’hui applicable au contrôle des prisons n’interdit pas au garde des sceaux de visiter lui-même un établissement et de s’entretenir, à cette occasion, avec les personnes incarcérées.

Mais c’est justement un tel cadre qui, du point de vue de la séparation des pouvoirs, mérite d’être questionné. Faut-il le rappeler, c’est toujours en vertu d’une décision de l’autorité judiciaire qu’un individu peut être mis en prison, qu’il s’agisse d’un mandat de dépôt prononcé avant l’audience ou de la mise à exécution d’un jugement de condamnation définitif. C’est également l’autorité judiciaire, en la personne du juge d’application des peines, qui est seule compétente pour décider des mesures d’aménagement des peines d’emprisonnement (réduction de peines, semi-liberté, libération conditionnelle…). Et si la direction de l’administration pénitentiaire peut prendre seule certaines décisions (placement à l’isolement, changement d’établissement…), c’est sous le contrôle du juge administratif, non du ministre.

C’est pourquoi la visite dans un établissement carcéral du garde des sceaux, lequel – à la différence des fonctionnaires placés sous son autorité – est membre du pouvoir exécutif, est toujours porteuse d’un risque d’immixtion ou de pression, au moins indirecte, sur le pouvoir judiciaire. Tel est notamment le cas quand cette visite a pour seul objet d’accorder, sinon un soutien, du moins une attention particulière à un détenu parmi d’autres, quand les juges ont pour mission de traiter chacun d’entre eux sur un strict pied d’égalité.

À cet égard, il est intéressant de relever que les autres autorités habilitées – aux côtés des magistrats – à se rendre en prison ont, quant à elles, pour seule attribution de veiller au respect des droits fondamentaux de l’ensemble des personnes emprisonnées, à l’image du défenseur des droits et du contrôleur général des lieux de privation de liberté ou, encore, du comité de prévention de la torture du conseil de l’Europe.

Les leviers du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire

La polémique suscitée par la visite faite à l’ancien chef de l’État a ainsi le mérite de mettre en lumière à quel point le pouvoir exécutif dispose, encore aujourd’hui, de nombreux leviers pour intervenir plus ou moins directement dans le champ d’intervention du pouvoir judiciaire. Ainsi, ce qui est vrai pour l’exécution des peines l’est, plus encore, pour l’exercice de la police judiciaire, c’est-à-dire l’ensemble des actes ayant pour objet la constatation et l’élucidation des infractions pénales. Alors que l’ensemble des agents et officiers de police judiciaire sont en principe placés sous l’autorité exclusive du procureur de la République ou – lorsqu’il est saisi – du juge d’instruction, ils demeurent en pratique sous l’autorité du ministre de l’intérieur, seul compétent pour décider de leur avancement, de leurs mutations et, plus largement, de leurs conditions générales de travail. C’est en particulier le ministère qui décide, seul, de l’affectation des agents à tel ou tel service d’enquête, du nombre d’enquêteurs affectés à tel service et des moyens matériels qui leur sont alloués. En d’autres termes, les magistrats chargés des procédures pénales n’ont aucune prise sur les conditions concrètes dans lesquelles leurs instructions peuvent – ou non – être exécutées par les services de police.

Mais le pouvoir exécutif dispose d’autres leviers lui permettant d’exercer encore plus directement son influence sur le cours de la justice. Les magistrats du parquet sont ainsi placés sous la stricte subordination hiérarchique du garde des sceaux, seul compétent pour décider de leur affectation, de leur avancement, et des éventuelles sanctions disciplinaires prises à leur encontre.

Une situation de dépendance institutionnelle qui explique que, depuis plus de quinze ans, la Cour européenne des droits de l’homme considère que les procureurs français ne peuvent être regardés comme une autorité judiciaire au sens du droit européen. Si les magistrats du siège bénéficient quant à eux de réelles garanties d’indépendance, ils ne sont pas à l’abri de toute pression. Certes, ils sont inamovibles et le Conseil supérieur de la magistrature a le dernier mot sur les décisions disciplinaires et les mutations les concernant. Toutefois, si les juges ne peuvent être mutés contre leur gré, c’est le ministère qui reste compétent pour faire droit à leurs demandes de mutation, le Conseil n’intervenant que pour valider (ou non) les propositions faites par les services administratifs – à l’exception des présidents de tribunal et des magistrats à la Cour de cassation, qui sont directement nommés par le Conseil supérieur de la magistrature.

Des juridictions dépendantes du ministère pour leur budget

Par ailleurs, alors que le conseil d’État négocie et administre en toute indépendance le budget qui lui est confié pour la gestion des juridictions de l’ordre administratif, les juridictions judiciaires ne bénéficient quant à elles d’aucune autonomie budgétaire. Là encore, c’est le ministère de la justice qui, seul, négocie le budget alloué aux juridictions et prend les principales décisions quant à son utilisation, notamment en matière d’affectation des magistrats et des greffiers à telle ou telle juridiction et en matière immobilière. Le pouvoir exécutif dispose ainsi d’une influence considérable sur l’activité concrète des tribunaux et, en particulier, sur leur capacité à s’acquitter de leurs missions dans de bonnes conditions.

Au final, c’est peu dire qu’il existe de significatives marges de progression si l’on veut soustraire pleinement le pouvoir judiciaire à l’influence du pouvoir exécutif. Une émancipation qui, faut-il le rappeler, n’aurait pas pour fonction d’octroyer des privilèges aux magistrats, mais tendrait uniquement à assurer à tout justiciable – et, plus largement, à tout citoyen – la garantie d’une justice véritablement indépendante, à même d’assurer à chaque personne le plein respect de ses droits, quelle que soit sa situation sociale.

The Conversation

Vincent Sizaire ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Nicolas Sarkozy interdit de contact avec Gérald Darmanin : l’indépendance de la justice renforcée ? – https://theconversation.com/nicolas-sarkozy-interdit-de-contact-avec-gerald-darmanin-lindependance-de-la-justice-renforcee-269620

Partir ou bien rester ? Quand la loyauté politique est mise en péril

Source: The Conversation – in French – By Mireille Lalancette, Professor, Département de lettres et communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Qu’ont en commun, Lionel Carmant, Maïté Blanchette Vézina, Éric Lefebvre, Pierre Dufour, Pierre Fitzgibbon, Joëlle Boutig, Youri Chassin, Isabelle Poulet ? Ces huit politiciens, qui étaient tous députés pour la Coalition avenir Québec (CAQ), ont soit quitté le parti pour siéger comme indépendant, fait le saut au fédéral, ou se sont réorientés ailleurs qu’en politique. Certains, encore, ont été expulsés.

C’est notamment le cas d’Isabelle Poulet, dernière en date à quitter. Début novembre, le cabinet de François Legault a informé le public qu’Isabelle Poulet, la députée de Laporte, en Montérégie, était exclue du caucus de la CAQ. La députée aurait fait la « grave erreur » de courtiser le Parti libéral du Québec.

En flirtant avec le parti adverse, Poulet a transgressé une règle implicite : la solidarité.

Alors que les partis politiques sont au cœur du système démocratique, qu’ils coalisent les valeurs et offrent des idéologies claires permettant de regrouper les élus, qu’est-ce qui pousse les députés à quitter leur parti ? Cette question m’anime dans mes recherches en communication politique à l’UQTR. Mes collègues des Universités Acadia et de l’Alberta, spécialisés en sciences politiques, partagent cette même préoccupation.

Dans cet article, nous offrons un regard croisé sur la loyauté en politique et sur les raisons qui poussent les députés à quitter leur parti à l’aune de notre ouvrage récent No I in Team. Party Loyalty in Canadian Politics.

Dans No I in Team, nous analysons de manière détaillée la vie politique entre 1980 et 2023 tant au fédéral qu’au provincial. Plus de 350 entrevues avec des politiciens, chefs et stratèges, ainsi que l’analyse de nombreux documents d’archives et de textes médiatiques (plus de 3 300) nous ont permis de brosser un portrait riche et nuancé des raisons qui poussent les politiciens à être fidèles à leurs partis pendant qu’ils évoluent en politique, mais également des raisons qui les poussent à partir.

Le « je » et le « nous »

La prémisse clé reste que la politique est un jeu d’équipe… « there is no I in team », comme le dit le fameux dicton anglophone. En français, l’idée est celle qu’en équipe il faut oublier le « je » au profit du « nous ». Cela veut dire que dans une équipe politique, il faut parler d’une seule voix et respecter la discipline du parti.

En règle générale, les élus rejoignent des partis dont ils partagent les valeurs et qu’ils souhaitent représenter. Cela ne veut pas dire que la collaboration est exempte de défis, de désaccords et d’irritants. Malgré tout, les députés sont nombreux à rester des joueurs d’équipe, et cela pour diverses raisons.

Parmi celles-ci, on retrouve la volonté de conserver leur poste et de gagner en influence au sein de leur parti. De plus, les députés préfèrent évoluer au sein de partis puisque ces derniers jouent un rôle clé et positif dans le jeu démocratique, organisent les discours et les prises de position et stabilisent les gouvernements. Dans ce contexte, une démission demeure toujours un événement marquant.




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Conflits de loyauté

En effet, quand un élu décide de quitter son parti, il est rapidement critiqué par ses collègues et mis au ban de son parti. La démission fin octobre de Lionel Carmant, ministre responsable des Services sociaux, a certainement marqué les esprits. François Legault lui a en effet donné une longue accolade, ce qui est rare lors d’un départ.

Carmant a quitté à la suite de l’adoption de la loi sur la rémunération des médecins. Il était pris en étau entre loyauté envers sa famille, puisque sa fille et sa conjointe sont médecins, et loyauté envers sa profession, puisqu’il a lui-même travaillé à titre de neuropédiatre.

Transfuges et indépendants : mêmes combats ?

Des conflits de loyauté similaires arrivent parfois quand les gens évoluent en politique. Il n’est pas rare de voir des politiciens quitter leur parti pour en rejoindre un autre plus près de leurs valeurs et intérêts, pour obtenir une promotion, ou bien pour siéger comme indépendants.

Il y a des cas célèbres de transfuges. Pensons ici à Belinda Stronach, qui a quitté le Parti conservateur du Canada (PCC) en 2005 pour rejoindre le Parti libéral et y devenir ministre.

Les transfuges directs sont ceux qui sont les plus critiqués, autant par leurs collègues, les citoyens que les médias. Pourquoi ? Parce que le fait de passer d’un parti à l’autre – de traverser la chambre comme l’illustre l’expression consacrée – du jour au lendemain fait figure de trahison. Plus encore, cela nuit à l’image du politicien vertueux qui serait là par conviction et non à des fins électoralistes. Comment peut-on être conservateur un matin et se réveiller libéral le suivant, se questionnent citoyens et journalistes ?

C’est ce qu’on a pu se demander avec le passage récent de Chris d’Entremont, député de la Nouvelle-Écosse, du Parti conservateur du Canada au Parti libéral. Ce dernier justifie son choix en disant :

Après mûre réflexion et des discussions approfondies avec mes électeurs et ma famille, j’en suis arrivé à une conclusion claire : il existe une meilleure voie à suivre pour notre pays. Le premier ministre Mark Carney nous offre cette voie.

Interrogé en lien avec cette situation, le whip du gouvernement, Mark Gerretsen, a justifié ce transfuge :

La réalité, c’est que ce que nous constatons au sein du Parti conservateur, c’est que le mouvement progressiste est mort. Chris d’Entremont est un conservateur progressiste et il cherche un nouveau foyer. (notre traduction).

C’est fréquemment une incompatibilité du point de vue des valeurs qui motive la décision de quitter sa famille politique.


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Claquer la porte et ébranler les colonnes du temple

D’autres élus défraient les manchettes lorsqu’ils quittent leur parti pour siéger comme indépendant. Ne voulant plus faire partie de l’équipe, ils font parler d’eux lorsqu’ils exposent haut et fort leurs critiques envers leur ancien parti et son chef. Ce fut le cas pour Maïté Blanchette Vézina, qui après avoir perdu son poste de ministre des Ressources naturelles et des Forêts, a annoncé qu’elle quittait la CAQ.

Elle avait alors déclaré : « Je n’ai pas confiance en M. Legault. […] Un chef doit reconnaître le moment de préparer la relève. J’invite le premier ministre à réfléchir sérieusement. »




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La notion d’équipe est fréquemment au cœur des discours lors des départs, comme ce fut le cas pour Mme Blanchette Vézina et de plusieurs autres que nous avons analysés :

Pour aller au combat ensemble, il faut savoir clairement ce qu’on défend, y adhérer et, surtout, avoir confiance en son chef et sa garde rapprochée. Et malheureusement, ce n’est plus le cas pour moi. Depuis plusieurs mois, je m’interroge profondément sur la direction de notre formation politique, sur la capacité aussi du leadership actuel à donner un cap qui rassemble et inspire, a mentionné Mme Blanchette Vézina.

Nos résultats montrent que l’écoute du chef et la possibilité d’avoir une voix dans les dossiers sont deux variables primordiales qui expliquent les départs, mais aussi les raisons de rester.

Les conflits avec le chef prédisent souvent les départs. C’est pourquoi la plupart des chefs s’efforcent d’éviter les départs et de préserver un caucus discipliné. Les députés qui désertent soulèvent souvent des questions sur l’harmonie et la solidarité au sein du parti de la part du public et des médias. C’est d’ailleurs pourquoi de nombreux élus de la CAQ se sont faits rassurants à la suite du départ de Maïté Blanchette-Vézina, notamment en soulignant qu’ils étaient très unis.

La politique reste donc un jeu d’équipe. Dans ce contexte, les départs, choisis ou imposés, provoquent toujours des remous, et cela tant pour le parti, qui se retrouve sous les projecteurs, que pour le politicien lui-même, qui doit non seulement rendre des comptes à ses électeurs, mais aussi parfois évoluer sans l’appui qu’offre un parti politique, tant en termes de personnel, de ligne politique, que de financement.

La Conversation Canada

Mireille Lalancette a reçu des financements du CRSH pour mener cette recherche.

Alex Marland a reçu des financements de SSHRC.

Jared Wesley a reçu des financements du CRSH.

ref. Partir ou bien rester ? Quand la loyauté politique est mise en péril – https://theconversation.com/partir-ou-bien-rester-quand-la-loyaute-politique-est-mise-en-peril-269030

Quel âge avez-vous réellement ? Tout sur les derniers tests d’« âge biologique » – et leur fiabilité

Source: The Conversation – in French – By Hassan Vally, Associate Professor, Epidemiology, Deakin University

Nous aimons tous nous imaginer bien vieillir. Aujourd’hui, un simple test sanguin ou salivaire promet de nous le dire en mesurant notre « âge biologique ».

Par la suite, comme plusieurs l’ont déjà fait, nous pourrons partager notre « jeunesse » sur les réseaux sociaux, ainsi que nos secrets pour y parvenir.

Alors que l’âge chronologique correspond à la durée de votre vie, les mesures de l’âge biologique visent à indiquer l’âge réel de votre corps, en prétendant mesurer « l’usure » au niveau moléculaire.

L’attrait de ces tests est indéniable. Les gens soucieux de leur santé peuvent voir leurs résultats comme une confirmation de leurs efforts pour contrer leur vieillissement.

Mais ces tests sont-ils vraiment fiables ? Offrent-ils réellement des informations utiles ? Ou s’agit-il simplement d’un habile stratagème marketing déguisé en science ?


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Comment les tests fonctionnent-ils ?

Au fil du temps, les processus chimiques qui permettent à notre corps de fonctionner, appelés « activité métabolique », entraînent des dommages et un déclin de l’activité de nos cellules, tissus et organes.

Les tests d’âge biologique visent à saisir certains de ces changements, offrant ainsi un aperçu de notre état de santé ou de notre état de vieillissement au niveau cellulaire.

Notre ADN est également affecté par le processus de vieillissement. En particulier, des marqueurs chimiques (groupes méthyles) s’y fixent et affectent l’expression des gènes. Ces changements se produisent de manière prévisible avec l’âge et les expositions environnementales, dans un processus appelé méthylation.

Des études scientifiques ont utilisé des « horloges épigénétiques », qui mesurent la méthylation de nos gènes, pour estimer l’âge biologique. En analysant leurs niveaux à des endroits spécifiques du génome à partir d’échantillons prélevés sur les participants, les chercheurs appliquent des modèles prédictifs pour estimer l’usure cumulative du corps.

Que dit la recherche à propos de leur utilisation ?

Bien que la science évolue rapidement, les preuves étayant l’utilisation des horloges épigénétiques pour mesurer le vieillissement biologique dans les études de recherche sont solides.

Des études ont montré que l’estimation de l’âge biologique épigénétique est un meilleur prédicteur du risque de décès et des maladies liées au vieillissement que l’âge chronologique.

Il a également été démontré que les horloges épigénétiques sont fortement corrélées au mode de vie et aux expositions environnementales, telles que le tabagisme et la qualité de l’alimentation.

De plus, elles se sont avérées capables de prédire le risque de maladies telles que les maladies cardiovasculaires, qui peuvent entraîner des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux.

Dans l’ensemble, un nombre croissant de recherches indiquent que les horloges épigénétiques sont des mesures fiables du vieillissement biologique et sont étroitement liées au risque de maladie et de décès.

Mais ces tests sont-ils vraiment fiables pour les individus ?

Si ces tests sont précieux pour étudier des populations dans le cadre de la recherche, l’utilisation d’horloges épigénétiques pour mesurer l’âge biologique des individus est une tout autre affaire et nécessite un examen approfondi.

Le facteur le plus important à prendre en considération pour les tests au niveau individuel est sans doute leur précision. Il s’agit de déterminer si un seul échantillon prélevé sur un individu peut donner des résultats très différents.

Une étude réalisée en 2022 a révélé que les échantillons présentaient des écarts pouvant aller jusqu’à neuf ans. Ainsi, un échantillon identique prélevé sur une personne de 40 ans peut indiquer un âge biologique aussi bas que 35 ans (une raison de se réjouir) ou aussi élevé que 44 ans (une source d’inquiétude).

Bien que ces tests aient été considérablement améliorés au fil des ans, leur précision varie considérablement d’un fournisseur à l’autre. Ainsi, selon la personne à qui vous envoyez votre échantillon, votre âge biologique estimé peut varier considérablement.

Une autre limite réside dans l’absence actuelle de normalisation des méthodes utilisées pour ces tests. Les entreprises commerciales effectuent ces tests de différentes manières et utilisent différents algorithmes pour estimer l’âge biologique à partir de données.

Comme on peut s’y attendre, ces entreprises ne divulguent pas leurs méthodes. Il est donc difficile de les comparer et de déterminer laquelle fournit les résultats les plus précis, et ce que vous obtenez pour votre argent.


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Une troisième limite réside dans le fait que, bien que les horloges épigénétiques soient étroitement liées au vieillissement, elles ne sont qu’un « indicateur » et ne constituent pas un outil de diagnostic.

En d’autres termes, elles peuvent fournir une indication générale du vieillissement au niveau cellulaire. Mais elles ne fournissent aucune information spécifique sur les problèmes potentiels d’une personne qui « vieillit plus vite » qu’elle ne le souhaiterait ni sur ce qu’elle fait de bien si elle « vieillit bien ».




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Ainsi, quel que soit le résultat de votre test, tout ce que vous obtiendrez probablement d’un fournisseur commercial de tests épigénétiques, ce sont des conseils génériques sur ce que la science considère comme un comportement sain.

Est-ce que cela en vaut la peine ? Ou que devrais-je faire à la place ?

Même si les entreprises qui proposent ces tests ont de bonnes intentions, n’oubliez pas que leur objectif final est de vous vendre ces tests et de réaliser un profit. Et à environ 500 dollars canadiens, ils ne sont pas bon marché.

Si l’idée d’utiliser ces tests comme un outil de santé personnalisé est prometteuse, il est clair que nous n’en sommes pas encore là.

Pour que cela devienne une réalité, les tests devront être plus reproductibles, standardisés entre les différents prestataires et validés par des études à long terme établissant un lien entre les changements de l’âge biologique et des comportements spécifiques.

Ainsi, si les tests ponctuels de l’âge biologique font sensation sur les réseaux sociaux, ils représentent pour la plupart des gens un coût important et offrent une valeur réelle limitée.

La bonne nouvelle, c’est que nous savons déjà ce qu’il faut faire pour augmenter nos chances de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Cela comprend notamment :

Nous n’avons pas besoin de connaître notre âge biologique pour apporter dès maintenant des changements dans notre vie afin d’améliorer notre santé.

La Conversation Canada

Hassan Vally ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quel âge avez-vous réellement ? Tout sur les derniers tests d’« âge biologique » – et leur fiabilité – https://theconversation.com/quel-age-avez-vous-reellement-tout-sur-les-derniers-tests-d-age-biologique-et-leur-fiabilite-259862

Trespasses: little has changed for couples dating across the religious and political divide in Northern Ireland

Source: The Conversation – UK – By Laura Smith, PhD Researcher and Graduate Teaching Fellow, University of Liverpool

In her 2022 novel Trespasses, Louise Kennedy captures the emotional turmoil of an intimate relationship between Cushla, a young Catholic woman, and Michael, an older married Protestant man during the Troubles in Northern Ireland. Their love is difficult, not just because Michael is married but also because it is seen as a “mixed relationship” within Northern Irish society.

The Troubles was a period of violence stemming from a political divide over British rule, which lasted for about 30 years from the late 1960s to 1998. The fighting was between the Unionist/Loyalists who wanted Northern Ireland to remain part of the United Kingdom and the Nationalist/Republicans who sought a united Ireland. These groups were also split on religious lines with Unionist/Loyalists being mostly Protestant and Nationalist/Republicans mostly Catholic.

Channel 4’s new adaptation of Trespasses, starring Lola Petticrew, Tom Cullen and Gillian Anderson, is set in 1975, in the height of the Troubles. With the signing of the Good Friday Agreement in 1998, which brought an era of “peace” to Northern Ireland, you might assume the experiences of Cushla and Michael would no longer be common. However, my research shows that the story’s themes of forbidden love remain for women in “mixed” relationships today.

In Northern Ireland, many people still identify as either being Catholic, Nationalist and Republican or Protestant, Unionist and Loyalist, although there is an increase in people now choosing to identify as “neither”. However, key indicators of the degree of segregation in society still remain high.

The availability of integrated schools or provision of mixed-denomination social housing remains low, which means the opportunities to mix across these communities can be limited. There is also the continued presence of “peace walls”, physical barriers made of materials such as concrete, barbed wire or corrugated metal at interfaces between residential areas, which serve as a visual reminder of the violent conflict.

Endogamy, where couples marry someone from their own community, is still the single most powerful factor that bolsters the divisions between groups. Estimates suggest that approximately 20% of all relationships in Northern Ireland are mixed. Charities such as the Northern Ireland Mixed Marriage Association (NIMMA), which was founded in 1974, continues to support couples living with these undercurrents of institutionalised segregation. And for many couples, just like Cushla and Michael, crossing the religious and political divide still carries some emotional weight.

Everyday challenges

For Cushla, worrying about being seen in public with Michael is a recurring theme throughout their love story. Her inner monologue documents decisions she makes to counteract this fear of political violence, including avoiding driving through loyalist roads that border Michael’s area.

In my own research with women currently in mixed-denominational relationships in Northern Ireland, I found that echoes of Cushla’s fears persist. While none of my participants spoke about fear of physical violence, many spoke about ways they have learned to cope with subtle disapproval from neighbours and colleagues. Telling friends and family about their relationship also proved difficult for some women.

One participant spoke about how fear infiltrated into her parents’ concerns:

I knew my parents were uncomfortable with me going to a super Protestant area they’d heard bad things about. And then, I know that they were uncomfortable at the idea of me even being in a house with like a British soldier, they didn’t like that idea at all.

There was also a common thread of how women have to negotiate different expectations from families. This often emerged while organising weddings or raising children, and was a source of emotional discomfort.

While couples may feel invincible – just like Cushla and Michael did in their dangerous and passionate relationship, leading them to get complacent with their precautions – love isn’t always enough.

Everyday peace

As my ongoing research has shown, there can be a particular emotional burden that falls on these couples as they try to maintain harmony between two different identities. This burden often falls on the woman in the relationship, and is connected to other aspects of emotional and reproductive work that women may feel pressured by society to undertake.

My work focuses on how couples manage these relationships through practising what peace and conflict researchers call “everyday peace”. It refers to the ways in which ordinary people try to make their way with as much as ease as possible through in a deeply divided society. For people in mixed relationships, this can lead them to choose to stay silent, avoid contentious issues, or become ambiguous about their identity.

Ambiguity was most strongly demonstrated with reference to names. As Cushla refers to herself, Irish names become significant identifiers of being Catholic. We watch as she is tempted to give a fake name when she is stopped at a checkpoint by a Protestant soldier.

Some of my participants similarly ask their partners to refer to them by a different name while they’re at a pub in a new area. Another example given was using a nickname when getting parcels delivered to their house. These strategies emerge out of a genuine fear, or a self-acknowledged paranoia of what might happen if the wrong person finds out they are in a mixed relationship.

My research shows that being in a mixed relationship within a society trying to heal is still complicated. While it is certainly possible to have a successful mixed relationship in Northern Ireland today, some of the contentious aspects of Cushla and Michael’s relationship do still prevail.


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The Conversation

Laura Smith does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trespasses: little has changed for couples dating across the religious and political divide in Northern Ireland – https://theconversation.com/trespasses-little-has-changed-for-couples-dating-across-the-religious-and-political-divide-in-northern-ireland-269550