Mettre du pain sur la table : au Moyen Âge, un enjeu politique

Source: The Conversation – France in French (3) – By Coline Arnaud, Chercheuse au Laboratoire centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Illustration du Décaméron, de Boccace – Sixième journée; une femme travaille chez le boulanger Cisti, qui offre son vin à Geri Spina. Bibliothèque nationale d’Autriche, via Wikimedia commons, CC BY-SA

Si sa consommation baisse en France, le pain reste un aliment de base et son approvisionnement, les évolutions de son prix font l’objet d’une grande attention politique. Cette place centrale trouve sa source dans l’histoire. Pour bien la comprendre, il est important de revenir sur son rôle dans les sociétés du Moyen Âge.


« Est-ce la fin de la baguette ? » Le constat du média CNN, reposant sur une enquête récente de la Fédération des entreprises de boulangerie française, est sans appel : la consommation de pain a baissé dans l’Hexagone de plus de 50 % depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pourtant, son approvisionnement continue de faire l’objet d’une attention constante de la part des États, notamment dans un contexte d’accroissement des conflits armés et de crises sanitaires. Pour mieux comprendre la valeur sociale, politique et symbolique de cet aliment dans nos sociétés contemporaines, il est nécessaire d’interroger son rôle au fil des époques, en revenant notamment sur le sens de cet aliment au Moyen Âge.

Si le pain est considéré par la recherche contemporaine comme un ingrédient majeur de la survie de l’humanité, c’est parce que son usage simultané dans plusieurs sociétés, par ailleurs éloignées sur les plans géographique et culturel, constitue une forme essentielle de diversification alimentaire (au-delà des protéines et des végétaux). Les débuts du pain évoluent au gré des découvertes archéologiques, mais les premières galettes de riz, bulbe de jonc, maïs ou encore blé sont identifiées dès la fin du Paléolithique. Ce rôle central se perpétue au fil des siècles, dans l’Antiquité et jusqu’au Moyen Âge.

En Europe, le XIVe siècle marque progressivement l’instauration de sociétés de cour à la relative pérennité dont le schéma féodal, séparant le peuple, le clergé et la noblesse, s’organise autour du pain. Faisant parfois curieusement écho à l’organisation politique de notre monde actuel, la société médiévale se divise ainsi entre ceux qui reçoivent, ceux qui produisent, ceux qui donnent, dans un jeu de distinctions et de pouvoirs qui n’exclut ni la nuance ni l’ambiguïté.

Le pain et la couronne : un fragile équilibre

Les têtes couronnées de la fin du Moyen Âge le savent à leurs dépens, le pain est l’ingrédient premier d’une société apaisée. La célèbre maxime romaine « Panem et circences » (« Du pain et des Jeux ») synthétise à elle seule le contrat tacite qui lie le dirigeant à ses administrés. Le premier protège, le second travaille.

La paix sociale s’achète ainsi par un approvisionnement régulier et suffisant en pain. Ce dernier représente de très loin l’aliment le plus consommé par tous et, par conséquent, la part la plus importante du budget alimentaire des familles. C’est pourquoi, le roi cherche dès le XIIIe siècle à contrôler l’influente corporation des talemeliers (ancien nom des boulangers) par un encadrement de ses statuts qui régule également les conditions d’exercices et de production du pain.

L’équation est complexe et l’équilibre délicat pour parvenir à une denrée à la composition fiable, au poids raisonnable et au prix juste. La police du pain mise en place par Charles V en 1372 applique des taxes fluctuantes sur les matières premières, le produit fini, les ventes et se montre sans pitié sur les fraudes.

La profession est assujettie à des taxes d’installation, à des contrôles réguliers et à un encadrement permanent de la valeur marchande du pain. Par décret, seuls trois types de pains peuvent être fabriqués : le pain mollet (à la fine fleur de froment), le pain cléret (composé de farines de blé et de seigle) ou bourgeois, et le pain brun ou de « retraites » (uniquement constitué de farine complète, dense et roborative).

Vitrail représentant des boulangers
Vitrail représentant des boulangers, cathédrale de Chartres (Eure-et-Loir).
Rolf Kranz/Wikimédia, CC BY-SA

Néanmoins, ces restrictions sont rapidement contournées par les boulangers qui répondent à la demande de l’aristocratie pour un pain socialement différencié, qui lui permet, notamment de se distinguer de la bourgeoisie des villes, elle-même avide des mêmes privilèges que la noblesse.

C’est ainsi que des pains de fantaisie apparaissent, vendus en marge des recettes autorisées. Ces derniers s’appuient sur l’échelle de valeurs chromatiques qui régit alors l’appréciation de cet aliment en établissant une hiérarchie des consommateurs.

Les pauvres doivent ainsi se satisfaire d’un pain noir de son ou de sarrasin, à la mie épaisse et à la croûte dure, quand les plus riches se régalent de pains de Gonesse, fabriqués à partir d’une fine fleur de froment, au blutage serré. Littérature, iconographie et chansons participent à la promotion de ce système pyramidal qui valorise le gosier délicat d’un nanti par rapport aux rudes besoins des paysans.

« Charité bien ordonnée… » : collecter et distribuer le pain

Rappelons d’abord que les relations entre l’Église et le pain sont nombreuses, ne serait-ce que parce que la symbolique chrétienne s’appuie en grande partie sur la métaphore du pain comme signe de vie et d’espoir. La mise en place du sacrement de l’Eucharistie, au XIIIe siècle, confirme cette importance.

L’institution ecclésiastique incarne une forme de passerelle entre la couronne et le reste de la population à travers, par exemple, l’exercice de la charité. Les distributions de pains font en effet partie intégrante du quotidien des monastères. Ceux-ci centralisent les dons des nobles et des riches communautés marchandes qui assurent ainsi leurs saluts par leur générosité.

Les communautés religieuses entreposent ces dons alimentaires puis organisent les collectes en effectuant un tri dans les bénéficiaires. Les femmes, les enfants et les malades sont prioritaires au détriment de tous ceux qui ne contribuent pas à la vie économique et spirituelle de la communauté.

Cette charité du pain rythme ainsi les calendriers juif et chrétiens et constitue un ensemble de rituels importants qui participe à la relation de dépendance entre pauvres et riches, entre survie, devoir moral et achat d’une probité.

Le pain des pauvres

L’iconographie médiévale, de la tapisserie aux enluminures, offre un aperçu informé de la place de chacun au cœur du système féodal. Les populations rurales constituent la cheville ouvrière du pain à travers semences et moissons. Le travail des champs se conçoit autour de la vie de la cité, cette dernière garantissant le stockage et la protection du grain dans des granges dîmières, propriétés de la commune, gardées par des soldats qui contrôlent chaque sac entrant et sortant. Ces espaces sont de véritables ruches où se croisent paysans, commerçants, édiles et militaires.

Cette relation d’interdépendance encourage les villes, comme la cité-État de Sienne, en Italie du Nord, à promouvoir un chemin vertueux et sécurisé du pain. Celui-ci devient rapidement une métaphore plus générale d’une philosophie politique plaçant l’individu au cœur d’un système de réciprocité et d’équilibre collectif.

Mais le pain des pauvres, c’est aussi, en écho aux conflits actuels, celui de la révolte et du soulèvement. Les atroces récits des famines qui jalonnent la seconde partie du Moyen Âge (1030-1033, puis 1270, 1314-1318 et périodiquement jusqu’en 1347) marquent les esprits et fournissent un terreau propice à l’effroi collectif et à la contestation.




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Le blé ne manque pourtant pas toujours sur le territoire français ou dans les pays voisins. Mais son acheminement, depuis des territoires parfois éloignés, et sa distribution font l’objet de spéculations financières qui influencent le cours du grain et vont jusqu’à faire tripler le prix du pain.

Les meneurs des révoltes sont rarement les bénéficiaires de la charité ecclésiastique. Sans être nantis, ces paysans relativement aisés sont les premiers touchés par l’instabilité monétaire générée par la flambée du prix du blé et les levées d’impôts qui en découlent.

Les cibles de ces révoltes sont plurielles, à l’instar de tout mouvement contestataire : les « riches » qui se nourrissent au-delà de la satiété, les collecteurs de taxes, les usuriers et plus largement ceux qui incarnent une opulence indécente en des temps d’incertitudes chroniques.

L’Ancien Régime hérite et perpétue la plupart de ces représentations et de ces fonctionnements politiques. La couronne de France multiplie contrôles et régulations sur la profession, mais les famines qui jalonnent les XVIIe et XVIIIe siècles alimentent révoltes, suspicions et colères.

Prélude à la Révolution, la « guerre des farines » de 1775 synthétise trois siècles de cheminements politiques, sociaux et intellectuels autour de la question décidément centrale du pain pour tous.

The Conversation

Coline Arnaud a reçu des financements de la Bibliothèque nationale de France dans le cadre d’une bourse de recherche de “chercheuse invitée” en 2017.

ref. Mettre du pain sur la table : au Moyen Âge, un enjeu politique – https://theconversation.com/mettre-du-pain-sur-la-table-au-moyen-age-un-enjeu-politique-270331

Le Sénégal, hub stratégique de l’influence chinoise en Afrique de l’Ouest

Source: The Conversation – in French – By Daouda Cissé, chercheur, Université Gaston Berger

En 2020, les flux d’investissements directs étrangers chinois vers le Sénégal ont atteint un pic d’environ 213,4 millions de dollars américains. Entre 2000 et 2022, les prêts chinois au Sénégal se sont élevés à 3,6 milliards de dollars américains. L’engagement de la Chine au Sénégal est principalement axé sur le commerce et la construction d’infrastructures.

La Chine est un partenaire commercial majeur du Sénégal. En 2023, les exportations du Sénégal vers la Chine ont atteint [223,79 millions de dollars américains] et les importations en provenance de Chine se sont élevées à 1,29 milliard de dollars américains.

Cependant même si le volume des échanges commerciaux entre le Sénégal et la Chine est en hausse, il révèle des déséquilibres liés aux déficits commerciaux et à la composition des échanges commerciaux.

La Chine vise à accroître sa présence et son influence dans les secteurs culturels, en Afrique de l’Ouest, et notamment au Sénégal. Ce partenaire stratégique soutient ses intérêts fondamentaux. Outre sa quête d’influence afin d’affaiblir la présence des partenaires traditionnels du Sénégal, la Chine cherche à renforcer son partenariat politique, diplomatique, économique et sécuritaire avec ce pays.

En étudiant la présence chinoise au Sénégal au cours de ces 15 dernières années, j’ai constaté qu’en marge de l’économie, d’autres secteurs moins visibles mais tout aussi importants dans la politique étrangère chinoise intéressent les relations de Pékin avec Dakar, revêtant parfois un caractère régional.

Les chantiers d’influence de la Chine

Le Parti communiste chinois (PCC) a établi des relations avec des partis politiques au Sénégal, qui ont contribué à étendre l’influence politique de la Chine au Sénégal par le biais des idéologies politiques et de la gouvernance. Plusieurs partis politiques d’orientation communiste, principalement le Parti de l’indépendance et du travail (PIT) et la Ligue démocratique (LD), sont actifs au Sénégal.

La Chine compte sur le vote des pays africains dans les forums internationaux. Sur le continent africain, Pékin trouve des partenaires pour promouvoir son discours en faveur d’un « ordre mondial plus démocratique .». Au Sénégal, le PCC a établi des relations avec le parti politique au pouvoir ainsi qu’avec les partis d’opposition. Le PCC contribue à la formation des membres des partis politiques.

Cette stratégie vise à permettre à la Chine de nouer des relations avec tous les dirigeants de l’ensemble des partis (au pouvoir et d’opposition) susceptibles d’arriver au pouvoir. La Chine étend ainsi son influence et sa gouvernance à tous les partis.

En mars 2023, le PCC a invité des partis politiques pour la plupart des pays en développement à une conférence afin de diffuser sa gouvernance politique et économique. Les membres des partis politiques sénégalais, du pouvoir comme de l’opposition, ont participé à cet événement.

Bien que l’arrivée de Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) au pouvoir soit récente, des rapprochements entre les officiels du parti et ceux du PCC ont déjà été observés. Ils se manifestent à travers de nombreuses visites et rencontres tenues à Dakar et à Pékin, témoignant de convergences politiques et d’ambitions partagées.

Les récentes visites du 2 au 4 septembre 2024 du président Bassirou Diomaye Faye d’abord et de son Premier ministre Ousmane Sonko ensuite du 21 au 27 juin 2025 sur invitation de Pékin montrent l’intérêt et le pragmatisme de la politique étrangère du Sénégal vis-à-vis de la Chine.

Une plaque tournante médiatique

Le Sénégal est considéré comme une plaque tournante médiatique pour le reste de l’Afrique occidentale francophone. Avec l’implantation de Radio Chine Internationale (RCI) au Sénégal, Pékin vise à donner une image positive de sa présence dans le pays et dans la région de l’Afrique occidentale, en influençant les opinions publiques locales à travers la diffusion de messages ou représentations médiatiques favorables au PCC.

Cependant, par le passé, l’établissement de la RCI au Sénégal s’est heurté à des défis politiques et socio-culturels dans l’espace médiatique sénégalais, marqué par une forte présence des médias français et par les liens entre les médias d’État et le PCC. RCI relève du département de la propagande du comité central du PCC, qui contrôle les médias et les télécommunications, applique la censure et recourt à la répression pour répondre aux dissidents. Le département de la propagande de Pékin a mis en place des médias d’État à portée mondiale afin de mettre en valeur la culture et le modèle chinois.

Les médias servent la politique étrangère et la diplomatie publique de Pékin, avec des récits variant selon les ambitions géopolitiques. En Afrique, plusieurs acteurs médiatiques poursuivent des intérêts différents mais alignés sur la stratégie du PCC.

Cette présence de plusieurs acteurs dans l’expansion médiatique de la Chine en Afrique soulève des interrogations sur la liberté de la presse et l’indépendance éditoriale des médias chinois. Elle questionne également celle des médias sénégalais, qui collaborent avec eux à travers des partenariats de publication de contenus, de formations et de fourniture de matériels et d’équipements.

L’expansion des médias chinois contraste avec la présence plus ancienne et fortement établie des médias occidentaux en Afrique en général et au Sénégal en particulier. Cette prédominance occidentale s’explique notamment par les liens historiques entretenus avec des pays comme la France, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Alors que les médias d’État chinois en Afrique cherchent à bien raconter l’histoire de la Chine, à transmettre sa voix et à interpréter ses caractéristiques, les médias occidentaux adoptent une approche différente. Ils analysent notamment les défis et les problèmes posés par la présence de la Chine sur le continent.

Interrogations sur la liberté de la presse

L’influence politique et économique de la Chine au Sénégal est accompagnée par une influence médiatique qui permet de diffuser les narratifs chinois afin de changer les perceptions des populations sénégalaises quant à la présence chinoise. L’influence médiatique contribue aussi à exporter des pratiques liées à l’autocensure, contraires à la liberté de la presse, et à la liberte d’expression entre autres.

Même si l’environnement médiatique au Sénégal est en partie libre, l’autocensure existe parmi les médias locaux sénégalais lorsqu’il s’agit de couvrir des sujets controversés qui concernent la Chine (droits de l’homme, Taïwan, Hong Kong, Xinjiang, Tibet, entre autres).

Lors de sa visite au Sénégal en 2023, Zhao Leji, le président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale chinoise, a déclaré que la Chine appréciait le soutien actif de Dakar à une série d’initiatives et d’idées majeures proposées par Xi Jinping. Il a également remercié le Sénégal pour son “soutien inestimable” sur la question de Taïwan et les questions liées aux droits de l’homme et au Xinjiang province autonome des Ouïghours, confrontés à une sévère répression de Pékin.

En complément du travail des médias, la culture joue un rôle non-négligeable dans l’influence chinoise à l’étranger. Visible au Sénégal, cet engagement culturel de la Chine n’est pas une exception dans la région.

La culture, un levier de la diplomatie

La Chine développe sa diplomatie publique au Sénégal en soutenant les artistes et la coopération culturelle. Elle offre aussi des espaces culturels comme le grand théâtre national, le musée des civilisations noires et l’arène nationale

En outre, Pékin promeut sa culture auprès des artistes et des acteurs culturels sénégalais en finançant intégralement leurs voyages dans des villes chinoises pour visiter des sites et des monuments culturels. Une fois de retour au Sénégal, ces derniers racontent et dépeignent la culture chinoise à travers l’art. Ces voyages contribuent ainsi à donner une image positive de la Chine.

Au-delà de son influence politique et économique, l’influence culturelle par le biais de l’expansion culturelle figure en bonne place dans l’agenda de Pékin pour le Sénégal. À cet égard, l’exposition « La Chine vue par les artistes africains » s’est tenue à Dakar en 2023.

Financements et formations

L’influence de la Chine au Sénégal passe comme nous l’avons vu, par les acteurs du gouvernement central de Pékin qui exercent une influence politique, économique, diplomatique et culturelle, en s’appuyant notamment sur le rôle des médias d’État chinois qui diffusent le discours chinois en s’engageant dans l’environnement médiatique sénégalais par le biais de financements et de formations. Les entreprises de télécommunications chinoises sont également présentes dans le domaine de l’information, où elles construisent des infrastructures numériques et proposent des technologies permettant de contrôler l’information.

Le gouvernement sénégalais s’aligne sur le pragmatisme de la politique étrangère chinoise pour assurer sa souveraineté économique et diversifier ses partenariats. Il compte sur la Chine pour soutenir la transformation économique du pays à travers l’industrialisation, la digitalisation, les infrastructures et la coopération stratégique.

Le Sénégal voit son engagement avec la Chine comme pragmatique et axé sur le développement. Il comporte toutefois des risques liés à la dépendance économique et aux tensions avec d’autres partenaires.

Tout en cherchant à diversifier ses partenariats et accélérer sa transformation économique, le renforcement de la coopération du Sénégal avec la Chine peut présenter des inconvénients non négligeables, notamment le risque de substituer une dépendance à une autre.

The Conversation

Daouda Cissé does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le Sénégal, hub stratégique de l’influence chinoise en Afrique de l’Ouest – https://theconversation.com/le-senegal-hub-strategique-de-linfluence-chinoise-en-afrique-de-louest-269973

Les exportations agricoles africaines ne se portent pas bien : quatre façons d’y remédier

Source: The Conversation – in French – By Lilac Nachum, Visiting professor, Strathmore University

L’Afrique est le continent qui possède le plus grand potentiel agricole au monde, mais elle reste un acteur marginal dans le secteur agroalimentaire mondial. Ce paradoxe est au cœur du défi du développement de l’Afrique.

L’Afrique possède près de la moitié des terres du monde. La majeure partie peut être utilisée pour l’agriculture. Elle est également largement non protégée, non boisée et peu peuplée. Le climat du continent permet de cultiver 80 % des aliments consommés dans le monde. Selon les théories économiques, ces conditions devraient favoriser de bonnes performances à l’exportation. Pourtant, la part de l’Afrique dans les exportations agricoles mondiales est la plus faible au monde. Elle est passée d’environ 8 % en 1960 à 4 % au début des années 2020, selon les données de la Banque mondiale.

Les décideurs politiques ont largement négligé les performances à l’exportation de l’agroalimentaire, à quelques exceptions près, comme le Kenya et le Ghana. L’agroalimentaire désigne l’ensemble des activités liées à la production, la transformation, la distribution et la commercialisation des produits agricoles.

Bien qu’elle soit le principal contributeur au PIB et à l’emploi, l’agroalimentaire ne reçoit qu’une part disproportionnellement faible des dépenses publiques (4 % en moyenne), Ce qui est bien en deçà de son poids dans l’économie. Il existe des variations à travers le continent, allant de 8 % et 7 % respectivement au Mali et au Soudan du Sud à moins de 3 % au Kenya et au Ghana. De nombreux gouvernements ont plutôt choisi l’industrie manufacturière comme voie d’intégration mondiale.

Sur la base de plus de trois décennies de recherche, de conseil et d’enseignement sur les marchés mondiaux et le développement, je soutiens que l’agriculture pourrait conduire à l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale. Pour ce faire, quatre réformes sont nécessaires : améliorer l’accès au capital, documenter les terres, concevoir des politiques transfrontalières ciblées et employer stratégiquement la politique commerciale.

De cette manière, l’Afrique pourrait utiliser ses atouts naturels pour assurer une croissance économique généralisée et renforcer sa position dans les chaînes de valeur mondiales.

Quatre réformes pour soutenir l’agroalimentaire

1. Améliorer l’accès au capital

La rareté des capitaux reste le principal obstacle à l’agroalimentaire africain. Les institutions financières sont réticentes à prêter en raison des risques élevés, des horizons d’investissement investissements à long terme, des garanties insuffisantes et de la vulnérabilité des profits aux chocs des prix. La Banque mondiale estime que l’agriculture ne reçoit qu’environ 1 % des prêts commerciaux, alors qu’elle contribue à hauteur de 25 à 40 % du PIB (jusqu’à 6 % au Nigeria et en Éthiopie). Les taux d’intérêt sont souvent deux fois plus élevés que la moyenne de l’économie, comme le montrent les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture pour l’Ouganda.

Les gouvernements peuvent contribuer à combler ce déficit de financement. En 2024, le Kenya a alloué 7,7 millions de dollars américains au développement de sa production de thé. Les investissements nationaux peuvent générer des économies en réduisant les factures d’importation alimentaire. Le projet Tomato Jos du Nigeria, par exemple, a permis de réduire les importations annuelles de concentré de tomate de 360 millions de dollars américains.

Les gouvernements devraient accroître les prêts publics tout en permettant la participation du secteur privé grâce à des mécanismes de partage des risques. Le programme de garantie de crédit Khula en Afrique du Sud illustre comment les garanties soutenues par le gouvernement peuvent débloquer des financements pour les agriculteurs disposant de peu de garanties. Ce modèle a été reproduit au Kenya et en Tanzanie avec le soutien de l’UE et des banques de développement.

Les sources de financement privées telles que le capital-risque ont également connu une croissance rapide. En 2024, le Nigeria et l’Afrique du Sud ont chacun attiré environ 500 millions de dollars américains de financement par capital-risque. Les start-ups africaines financées ont connu une croissance six fois plus rapide que la moyenne mondiale. Les plateformes de microcrédit dépassent désormais 8,5 milliards de dollars américains de prêts.

2. Sécuriser les droits fonciers

Plus de 80 % des terres arables africaines ne sont pas enregistrées et sont régies par des systèmes fonciers coutumiers mal intégrés dans le droit formel. Une administration faible décourage l’investissement et limite l’utilisation des terres comme garantie. Les transferts fonciers coûtent deux fois plus cher et prennent deux fois plus de temps que dans les pays de l’OCDE (les 38 pays les plus développés du monde). Cela limite l’accès au crédit et les économies d’échelle nécessaires pour exporter.

Plusieurs réformes foncières introduites au cours de la dernière décennie démontrent les avantages de la formalisation. L’Éthiopie a délivré des certificats à 20 millions de petits exploitants, stimulant ainsi l’activité locative. La redistribution de 15 000 hectares au Malawi a augmenté les revenus des ménages de 40 %. Au Mozambique, en Ouganda et au Liberia, les gouvernements ont légalement reconnu les institutions coutumières afin de faciliter les contrats fonciers formels. La cartographie foncière exhaustive du Rwanda a encore amélioré la transparence et les incitations à l’investissement.

3. Concevoir des politiques transfrontalières ciblées

Les marchés régionaux et mondiaux nécessitent des stratégies différentes pour réussir à l’exportation. Le commerce intra-africain bénéficie de la proximité et de l’harmonisation réglementaire. Les mesures de facilitation des échanges de la Communauté de l’Afrique de l’Est ont multiplié par 65 les exportations intra-régionales de produits laitiers en une décennie.

Cependant, la plupart des exportations agricoles africaines sont destinées à des marchés non africains, ce qui nécessite des investissements dans les infrastructures et la logistique afin de garantir la rapidité et la qualité. Le Sénégal a augmenté ses exportations de 20 % par an après avoir investi dans le transport maritime rapide. L’essor de la culture des fleurs en Éthiopie doit beaucoup à ses systèmes de transport aérien et de chaîne du froid.

Les politiques doivent également être adaptées à chaque culture. La stratégie d’exportation ciblée d’avocat du Kenya a transformé ce pays en premier exportateur africain, avec une croissance annuelle à deux chiffres. La politique d’exportation de mangues du Mali a permis de mettre en place une chaîne de valeur compétitive desservant les marchés européens.

4. Utiliser la politique commerciale comme outil de modernisation

Les exportateurs africains vendent principalement des matières premières à fable valeur. Le Nigeria, premier producteur de tomates, exporte la quasi-totalité de sa production non transformée et importe du concentré. Moins de 5 % du thé kenyan, premier produit d’exportation du pays, est commercialisé sous une marque. La politique commerciale peut inverser ce déséquilibre en encourageant la transformation nationale.

La structure tarifaire différenciée de la Communauté de l’Afrique de l’Est a réussi à encourager la création de valeur ajoutée en réduisant les droits de douane sur les produits intermédiaires tout en protégeant la transformation alimentaire locale. Les gouvernements pourraient de la même manière taxer ou restreindre les exportations de produits non transformés afin d’encourager la montée en gamme. Parallèlement, il est nécessaire d’investir dans les capacités de transformation. Plusieurs pays, dont le Botswana, l’Ouganda et la Côte d’Ivoire, ont tenté d’interdire les exportations de matières premières, mais avec un succès limité faute de conditions favorables.

Un changement décisif

Le secteur agroalimentaire africain incarne le potentiel inexploité du continent en matière de transformation structurelle. Avec ses terres abondantes, son climat favorable et sa demande intérieure en forte croissance, l’Afrique possède des avantages comparatifs évidents. Elle est également de plus en plus capable de relever les défis qui ont freiné le développement du secteur agroalimentaire dans le passé. Cet article présente un programme d’action visant à inverser la tendance à la baisse de la part de l’Afrique dans le commerce agricole mondial en remédiant aux défaillances institutionnelles qui ont limité sa compétitivité.

Ce programme repose sur l’amélioration de l’accès au financement, la formalisation des droits fonciers, la mise en œuvre d’initiatives transfrontalières ciblées et l’utilisation de la politique commerciale pour monter en gamme. Un changement politique décisif vers un programme de développement axé sur l’agriculture est essentiel. La mise en œuvre de ce programme permettra aux pays africains d’améliorer leur position économique au niveau national et international.

The Conversation

Lilac Nachum does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les exportations agricoles africaines ne se portent pas bien : quatre façons d’y remédier – https://theconversation.com/les-exportations-agricoles-africaines-ne-se-portent-pas-bien-quatre-facons-dy-remedier-270908

Paris, ville des exilés et des révolutionnaires du XIXᵉ siècle

Source: The Conversation – in French – By Andrew Milne, Maître de conférences, histoire de la Grande Bretagne, et du Commonwealth, Université Bordeaux Montaigne

Condamné pour son homosexualité en Grande-Bretagne, Oscar Wilde a trouvé refuge à Paris à la toute fin du XIX<sup>e</sup>&nbsp; siècle et y meurt en 1900. Ici en photo (à gauche) aux côté de son compagnon, Lord Alfred Douglas.

Paris n’a pas seulement accueilli les artistes et les rêveurs du XIXᵉ siècle : la ville fut aussi la base arrière des bannis, des insurgés et des souverains déchus venus d’Europe et d’Asie. Dans ses cafés, ses imprimeries et ses hôtels, se tissaient des alliances improbables, parfois décisives. Comment la capitale française est-elle devenue un refuge où se réinventaient les luttes et les imaginaires politiques du siècle ?


Au XIXᵉ siècle, Paris est la terre d’asile : la ville offre aux exilés – malgré la barrière de la langue, leur isolement, leur anonymat et leurs différences culturelles – un espace où peuvent se former de grands mouvements politiques, faisant circuler des idées nouvelles et permettant de faire naître des courants de pensée.

Cette idée de Paris comme foyer révolutionnaire s’installe dès 1830 et les « Trois Glorieuses », ces trois journées de révolte qui renversent Charles X. La presse s’émancipe et les clubs secrets politiques fleurissent dans les décennies qui suivent. Paris devient un exemple et, ailleurs en Europe, l’élan révolutionnaire trouve un écho. Mais, quand l’élan se heurte – souvent – à l’échec ou à la répression, Paris accueille les premiers exilés. La tradition d’asile s’ancre dans la ville.

En 1848, le printemps des peuples porte l’élan à son paroxysme, le droit d’asile est réaffirmé par la Deuxième République. C’est à ce moment-là qu’Alphonse de Lamartine, ministre des affaires étrangères, et le gouvernement provisoire, seulement quelques jours après avoir fait tomber la monarchie de Juillet, envoient le Manifeste à l’Europe, déclarant une doctrine de non-agression, de fraternité, mais aussi d’accueil des persécutés. La tradition d’asile, héritage de la Constitution de 1793, est réaffirmée dans l’esprit de la souveraineté révolutionnaire et populaire. Il deviendra l’un des fondements des idées progressistes et libérales que la seconde République entend faire siennes.

La capitale des bannis : quand l’Europe converge vers Paris

Paris ouvre ses portes à celles et ceux qui, de Vienne, Berlin, Milan à Budapest, sont pourchassés. Des journalistes, des étudiants, des avocats, des officiers, des républicains convergent vers la ville, qui devint la capitale de la liberté d’expression, du libéralisme, et du progrès politique.

De grandes figures de l’exil y passent : Karl Marx, installé rue Vaneau (VIIᵉ arrondissement) entre 1843 et 1845, y rédige sa critique du libéralisme allemand (Manuscrits de 1844). Lénine vit rue Marie-Rose (XIVᵉ) entre 1908 et 1912. Oscar Wilde, proscrit non pour délit politique mais pour mœurs, y trouve un dernier asile en 1897, preuve que Paris accueille aussi les amours « dissidents ».

Anti-impérialisme et réseaux clandestins : Irlandais et Indiens

À Paris, les Irlandais tissent des réseaux clandestins contre la Couronne britannique, les Russes y fomentent des complots contre le tsar, les Polonais y attendent le retour de l’indépendance.

Maharajah Duleep Singh (1838-1893)
Le maharajah Duleep Singh (1838-1893).
Wikimedia

Dans l’adversité face à la Couronne britannique se trouve un terrain fertile d’entente entre les Irlandais, déterminés à soustraire par la force leur patrie à la domination anglaise, et d’anciens rois déchus indiens, spoliés par la Compagnie des Indes orientales britanniques. Parmi eux : Suchet Singh (1841–1896), à la tête du petit royaume himalayen de Chamba réduit à l’impuissance, ou Duleep Singh (1838-1893), le dernier maharajah de la nation sikhe, dépossédé, puis exilé du Pendjab à vie.

Mes recherches m’ont amené sur les pas de Duleep Singh, qui rencontre les réseaux nationalistes irlandais chez Reynold’s, un bar irlando-américain situé rue Royale (VIIIᵉ), immortalisé dans un dessin d’Henri Toulouse-Lautrec. Parmi ce noyau de la révolte irlandaise à Paris se trouvent notamment les frères Joseph et Patrick Casey, mais aussi Patrick Egan, James Stephens et Eugene Davis. Ce dernier édite le journal United Ireland à Paris, interdit en Grande-Bretagne et mène une double vie : imprimeur le jour, il rejoint ses compagnons conspirateurs et militants la nuit tombée. En 1887, les nationalistes irlandais, en quête d’alliances contre Londres, facilitent les premiers contacts entre le maharajah déchu Duleep Singh et des intermédiaires dans ses démarches (vaines) pour tenter de reconquérir son trône.

Irish and american bar rue royale, 1896 Henri de Toulouse-Lautrec
Irish and American Bar, rue Royale, Henri de Toulouse-Lautrec, 1896.
Rosenwald Collection/National Gallery of Art

Quelques années plus tard, le 22 octobre 1893, seul dans son appartement du VIIIe arrondissement de Paris, Duleep Singh s’éteint, après des années d’errance d’hôtel en hôtel. Au lendemain de sa mort, la presse française relaie la nouvelle : le « maharajah de Lahore » est mort à Paris, et toute la France s’intéresse à cet homme venu d’ailleurs.

Aujourd’hui, l’histoire de ces exilés est tombée dans l’oubli. Pourtant, tout espace est façonné par ses habitants, et tout lieu porte les traces de son histoire. Paris s’est transformé de ville d’accueil des expatriés et des immigrés en fabrique de libertés. Elle est devenue un espace de lutte des indépendances.

Et la colonisation française ?

Ville laboratoire de l’anticolonialisme mondial, la capitale française est pourtant – et d’abord – une capitale impériale. Elle accueillera des militants venus de ses propres colonies au début du XXe siècle. Les nationalistes indiens et les fenians irlandais seront suivis par des nationalistes algériens, des militants indochinois ou des écrivains antillais.

Des militants d’Afrique du Nord s’organiseront, sous Messali Hadj en 1926, jouant un rôle majeur dans la prise de conscience politique des travailleurs nord-africains installés en France. C’est ainsi que l’Étoile nord-africaine (ENA) revendique la fin du colonialisme français et la création d’un État algérien indépendant. Hô Chi Minh fonde à Paris une mouvance anticoloniale vietnamienne, en structurant un réseau révolutionnaire au début des années 1920. Il y crée le journal le Paria dès 1922, qui lui servira de tribune anticolonialiste. L’Antillais Aimé Césaire et son épouse, Suzanne Roussi-Césaire, y forgent le concept de négritude dans les années 1930 pour dénoncer le colonialisme. Paris tolère ces hommes et ces femmes sur son territoire, mais leur présence demeure étroitement surveillée par la police et les services de renseignement.

En laissant ces hommes et ces femmes penser, discuter, s’organiser, la France nourrissait sans le vouloir des aspirations qui finiraient par contester son pouvoir colonial. Ce phénomène s’accélère dans les années soixante, alors que la répression fait rage. On peut citer le cas de Djamila Boupacha, militante du Front de libération nationale algérien (FLN), violée et torturée par l’armée en 1960. L’avocate Gisèle Halimi et l’écrivaine Simone de Beauvoir dénoncent les faits et révèlent les pratiques de l’armée française en Algérie. Paris, éternelle capitale des révolutions, se réinventait alors à travers un nouveau chemin, celui de la défense des droits humains.

The Conversation

Andrew Milne ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Paris, ville des exilés et des révolutionnaires du XIXᵉ siècle – https://theconversation.com/paris-ville-des-exiles-et-des-revolutionnaires-du-xix-siecle-267821

Prada buys Versace in a €1.25 billion deal. Here’s what that means for fashion

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Jye Marshall, Lecturer, Fashion Design, School of Design and Architecture, Swinburne University of Technology

Prada will become the new owners of the Versace brand, under a €1.25 billion (A$2.2 billion) deal.

Versace has recently struggled both financially and in keeping up with the larger luxury fashion houses. Before the sale, Versace was owned by Capri Holdings, which also holds brands including Michael Kors and Jimmy Choo.

In March, Donatella Versace stepped down as the brand’s creative director and was replaced by Dario Vitale, who previously worked for the Prada Group. This marked the first time in 47 years that Versace was not led by a family member.

The Prada Group has made a move to save the Italian brand from possibly being consolidated into the larger French groups Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH) and Kering, which own considerable luxury fashion brands.

Will the luxury fashion house rivals be able to survive each other’s style?

The ‘sexy’ Versace

The iconic and sexy Versace brand was founded by Gianni Versace in 1978 in Milan, when he launched his first women’s wear collection.

Originally studying architecture like many of the great 1950s Italian fashion designers, his flamboyant and erotic style was soon embraced by many celebrities, such as Princess Diana and Elton John.

The establishment of the luxury fashion house was a family affair. Gianni’s brother Santo ran the commercial side of the business, and his younger sister Donatella also became a designer and creative director with the brand.

After Gianni was tragically murdered outside his Miami beach mansion by Andrew Cunanan in 1997, his sister Donatella continued the Versace legacy.

Under her creative leadership, the fashion house saw extravagant runways and advertising campaigns. But, over time, the fashion house struggled to maintain scale like its competitors.

The ‘luxury’ Prada

Mario Prada founded Prada in 1913 as a luxury leather-goods business.

The business didn’t find its luxury fashion house status until Miuccia Prada took over the business from her grandfather in 1978. Miuccia came to the brand with no prior design experience and with a PhD in political science.

Her background as an outsider to the fashion industry has been seen as her ultimate strength, affording her the ability to take risks and challenge every style under the Prada brand.

Bruni in a short green dress, Prada kneeling before her.
Miuccia Prada adjusts clothes on Italian-French top model Carla Bruni in 1994.
Vittoriano Rastelli/Corbis via Getty Images

In 1978, Miuccia became the fashion designer for Prada and, in 1993, its sister brand Miu Miu. Both Prada and Miu Miu would come to be known for a clean and minimalist style of fashion, while also being shocking.

Miuccia invented the “ugly chic” style: taking unconventional items or materials that are considered ugly and adding high fashion value to them, such as the iconic Prada Vela bag made from nylon instead of leather. Introducing nylon fabric into luxury fashion was a shocking move in 1984.

Miuccia Prada has dressed many celebrities, including Miu Miu “it girl” Sabrina Carpenter and Nicole Kidman, who loves a Prada dress.

The Prada Group is now a public traded company valued at approximately US$15.27 billion (A$23.2 billion), with majority ownership in the hands of Miuccia and her husband Patrizio Bertelli.

The ultimate rivalry

As family-owned Italian fashion houses with markedly different styles, Prada and Versace have often been called “rivals” by Vogue journalists and business analysts. Prada is minimalist; Versace is loud and flashy. Prada is a northern Italian brand; Versace is a southern Italian brand.

While there may be a localised rivalry, the true competition is between the Italian and French luxury fashion houses.

Until the mid 20th century, Paris held a monopoly over women’s fashion. Italian fashion houses gradually grew after the second world war as the French struggled with material shortages. But the French brands continued to dominate the fashion hierarchy with the release of Dior’s “new look”.

The rise of Italian fashion provided a philosophical rivalry with French fashion houses, who focused on couture compared to Italy’s more ready-to-wear domestic luxury goods.

Prada owning Versace ends an era of rivalry between two of the most influential Italian fashion houses. But it does provide a united front of Italian fashion.

What of the future?

Prada has been known for its investment in other luxury fashion houses. It previously bought a stake in Fendi for US$245 million in 1999 before selling in 2001 for US$265 million, and bought a 9.5% stake in Gucci in 1998 before selling in 1999.

The Versace deal is just another complex acquisition within the fashion landscape.

In today’s competitive market, luxury fashion brands such as Prada are increasingly focusing on “selling to the 1%”, targeting ultra-wealthy customers. This stands in contrast to Versace’s historical focus on serving the middle market with more “accessible luxury” pricing.

The brand’s identities will remain separate, but Prada is likely to capitalise on the strengths of each brand, with Prada’s excellent craftsmanship and local manufacturing being utilised for the Versace brand. The Prada Group will have considerable work to do to relaunch the Versace brand and remain globally competitive, including deciding which market they wish to appeal to.

So, will Versace lose its sexiness? Will Prada mess with its ultra cool “ugly minimalist” style? It is unlikely fashion followers will see much change in either brand. But it remains to be seen if they can survive in partnership in the tough global fashion market.

The Conversation

Jye Marshall does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Prada buys Versace in a €1.25 billion deal. Here’s what that means for fashion – https://theconversation.com/prada-buys-versace-in-a-1-25-billion-deal-heres-what-that-means-for-fashion-271185

Three ways climate change affects mental health – and why the story is more hopeful than it might seem

Source: The Conversation – UK – By Fabian Lenhard, Researcher, Department of Clinical Neuroscience, Karolinska Institutet

PeopleImages/Shutterstock

As headlines about heatwaves, floods and wildfires become more frequent, many people report a growing sense of worry about what climate change means for their future. Some recent media reports have even suggested that emotions like “eco-grief” could drive people toward unhealthy coping strategies, including increased use of alcohol or drugs.

But this framing misses the bigger picture. Research shows that climate change affects mental health in several ways – yet it also reveals something more hopeful.

Here is what the science tells us.

Direct effects: when extreme weather hits

Experiencing a flood, heatwave or wildfire can have a major effect on mental health. Direct and often life-threatening experiences of extreme weather can markedly raise the risk of anxiety, depression and post-traumatic stress disorder.

Rises in temperature are associated with increased hospital visits for mental health problems, even on days that don’t qualify as an official heatwave. Hotter weather can disrupt sleep, increase agitation and risk-taking, and interact with common psychiatric medications in ways that make it harder for the body to regulate heat.

For people already living with conditions such as depression, psychosis or dementia, that extra physical stress can be enough to trigger a crisis. As the climate warms, we not only see more extreme events, but also more hot days overall and those background temperature rises are increasingly recognised as a direct stressor on mental health, not just a trigger for floods and wildfires.

Indirect effects: financial strain and disrupted lives

Climate change affects our daily life. Droughts are strongly linked with higher levels of depression and anxiety, especially among farmers and rural communities that face lost harvests, mounting debts and uncertainty about the future.

People who lose homes, livelihoods or community networks after extreme weather often experience emotional consequences that last for years. In Fiji, for example, climate-driven relocation, damaged infrastructure and unstable incomes are already placing strain on mental health at the community level.

Extreme weather can also intensify pressures at home. It may lead to more financial problems, housing instability and even domestic violence, adding significant psychological stress to families already under strain.

Psychological effects: worry, grief and climate-related distress

The ongoing awareness of climate change and its consequences can create many emotions, including worry, grief, frustration, anger and hopelessness. These reactions are increasingly understood as forms of climate-related distress, a broad category reflecting both concern for the future and emotional responses to current events.

International surveys show that most people in most countries now worry about climate change. This is a valid human response to what’s happening in the world, but these feelings can sometimes become overwhelming.

High levels of climate-related distress can affect sleep, mood and day-to-day functioning. Reaching out – whether to friends, family, peer groups or a mental-health professional – can help ease the burden.

Does “eco-grief” drive alcohol and substance use, as some recent media reports have claimed? There is little scientific support for a direct link between climate-related distress and alcoholism.

However, after extreme weather events, some affected communities have reported increases in substance use. Also, the risk of intoxication tends to be higher during hot weather.

This does not mean climate distress directly causes substance misuse. But together with the trauma, loss and practical problems brought on by extreme weather, it can make it harder for some people to cope in healthy ways.

The hopeful side: climate action can strengthen wellbeing

Feeling worried about climate change does not only create problems. It can also motivate people to take meaningful action. People who worry more about climate change generally do more for the environment – provided they have access to actionable solutions.

In other words, when people can see real, practical ways to make a difference, their worry can turn into positive action. But when no solutions are available, that same worry can start to feel overwhelming or hopeless.




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How to build mental resilience to climate change


Also, research consistently shows that taking climate-positive actions can improve wellbeing. For example, studies from the UK show that people in “greener” households – those who recycle, save energy and make sustainable choices – tend to report higher life satisfaction.

Other research finds that climate-friendly actions in everyday life can boost feelings of purpose, meaning and social connection.

Climate change is shaping our emotional lives, and solutions are needed at every level.

For healthcare systems, climate-related mental health problems represent a growing challenge. Traditional treatments such as cognitive behavioural therapy, trauma-focused talking therapies and scalable digital interventions can all play a role, particularly for those directly affected by extreme weather.

For society and policymakers, protecting mental health means reducing inequality and strengthening support systems — but also making it easier for people to take climate-friendly action.

When the structures around us support sustainable choices, worry becomes a driver for engagement rather than helplessness. And when people are supported to act, everyone wins: it boosts wellbeing while also moving us toward a more sustainable future.


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Fabian Lenhard receives funding from Karolinska Institutet, Stockholm, Sweden.

ref. Three ways climate change affects mental health – and why the story is more hopeful than it might seem – https://theconversation.com/three-ways-climate-change-affects-mental-health-and-why-the-story-is-more-hopeful-than-it-might-seem-270183

Comment les systèmes de numération façonnent-ils notre pensée et influencent-ils l’apprentissage, le langage et la culture ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Charles Pelland, Postdoctoral Researcher, Department of Psychosocial Science, University of Bergen

Même si nous utilisons quotidiennement des bases de numération, peu d’entre nous ont réfléchi à la nature de ces outils cognitifs. (Getty Images/Unsplash+), CC BY-NC-ND

La plupart des gens n’ont pas de difficulté à calculer le nombre de millilitres contenus dans 2,4 litres d’eau (2 400). En revanche, il est plus ardu d’évaluer combien il y a de minutes dans 2,4 heures (144).

La raison en est simple : les chiffres indo-arabes que nous utilisons pour représenter les nombres sont en base 10, tandis que le système de mesure du temps est généralement en base 60.

Exprimer le temps en notation décimale implique une interaction entre ces deux bases, ce qui peut avoir des incidences tant sur le plan cognitif que culturel.

Les interactions entre différentes bases et leurs conséquences font partie des thèmes abordés dans un nouveau numéro de la revue Philosophical Transactions of the Royal Society, que j’ai coédité avec mes collègues Andrea Bender (Université de Bergen), Mary Walworth (Centre national de la recherche scientifique) et Simon J. Greenhill (Université d’Auckland).

Ce numéro thématique rassemble des travaux issus de l’anthropologie, de la linguistique, de la philosophie et de la psychologie, et examine la manière dont nous conceptualisons les nombres et les systèmes numériques.

Qu’est-ce qu’une base, et qu’est-ce que ça change ?

Bien que nous ayons recours quotidiennement à des bases de numération, peu de gens ont réfléchi à leur nature. Comme je l’explique dans ma contribution à ce numéro, les bases sont des nombres spéciaux dans nos systèmes numériques.

Notre mémoire n’étant pas illimitée, nous ne pouvons pas représenter chaque nombre par une étiquette unique. Nous utilisons plutôt un petit ensemble de chiffres pour en construire de plus grands, comme « trois cent quarante-deux ».

C’est la raison pour laquelle la plupart des systèmes numériques sont structurés autour d’un ancre de composition, c’est-à-dire un nombre spécial dont le nom sert à former le nom d’autres nombres. Les bases sont des ancres qui utilisent les puissances d’un nombre pour former des expressions numériques complexes.

En français et en anglais, on fonctionne avec un système décimal, qui repose sur des puissances de 10 pour composer les nombres. Par exemple, le nombre « trois cent quarante-deux » se compose de trois fois la deuxième puissance de 10 (100), de quatre fois la première puissance de 10 (10) et de deux fois la puissance zéro de 10 (1).

Cette structure nous permet de représenter des nombres de toutes tailles sans solliciter excessivement nos ressources cognitives.




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La langue influence notre façon de compter

Malgré la nature abstraite des nombres, le degré de transparence avec lequel les systèmes numériques reflètent leurs bases a des implications très concrètes, pas seulement lorsqu’il s’agit de donner l’heure. Les langues dont les règles sont moins transparentes sont plus difficiles à apprendre, à traiter, et peuvent entraîner davantage d’erreurs de calcul et de transcription.

Prenons l’exemple du français. Différentes langues, comme le français, l’anglais et le mandarin, fonctionnent avec une base 10, cependant, la plupart des pays français ont une manière, disons, inusitée de représenter les nombres compris entre 70 et 99.

Soixante-dix est composé de « six fois dix plus dix », tandis que pour 80, c’est 20 qui sert de base pour former quatre-vingts, ou « quatre fois vingt ». Pour « quatre-vingt-dix », on fait « quatre fois vingt plus dix ».

Le français n’est pas la seule langue à avoir des règles particulières pour les nombres. En allemand, les nombres de 13 à 99 s’expriment en plaçant les unités avant les dizaines, mais les nombres supérieurs à 100 suivent la règle habituelle qui consiste à commencer par la plus grande unité.

En anglais, le fait de dire « twelve » au lieu de « ten two », ou « dix deux », camoufle les règles décimales. Outre le langage, on retrouve des irrégularités similaires dans plusieurs types de représentations numériques, incluant dans de [complexes systèmes pour compter sur les mains].(https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rstb.2024.0215).

Comment les bases façonnent l’apprentissage et la pensée

Ces anomalies sont répandues dans le monde entier et ont des répercussions concrètes sur la facilité avec laquelle les enfants apprennent les nombres et interagissent avec des objets tels que des blocs, ainsi que sur l’efficacité avec laquelle les adultes manipulent les notations.

Une étude a par exemple révélé que le manque de transparence de la base ralentit l’acquisition de certaines capacités numériques chez les enfants, tandis qu’une autre a mis en évidence des effets similaires sur la rapidité avec laquelle ils apprennent à compter.

Une autre étude a démontré que les enfants parlant des langues où la base est transparente parvenaient plus rapidement à utiliser de gros blocs correspondant à 10 unités pour représenter de grands nombres (comme exprimer 32 à l’aide de trois gros blocs et deux petits) que les enfants parlant des langues où la base est cachée derrière des irrégularités.

Si la structure décimale parfaitement transparente du mandarin peut simplifier l’apprentissage, une nouvelle méthode de recherche indique toutefois que les enfants pourraient comprendre les nombres plus facilement avec des systèmes dont les ancres de composition sont inférieures à 10.




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En général, la manière dont on représente les bases a des incidences très concrètes, en ce qui concerne notamment la facilité avec laquelle on apprend les systèmes numériques et les types de systèmes qu’on va utiliser dans tel ou tel contexte.

Un groupe de personnes vêtues de combinaisons de protection blanches et de casques se tient devant un vaisseau spatial robotisé
Des techniciens descendent le Mars Climate Orbiter sur son support de travail dans l’Installation d’assemblage et d’encapsulation 2 en 1998.
(NASA)

Sur le plan culturel, la représentation de la base influence notre capacité à collaborer avec des scientifiques issus de disciplines et de cultures différentes. L’incident tristement célèbre du Mars Climate Orbiter, survenu en 1999, en est un exemple frappant : une confusion entre les unités métriques et impériales a causé l’écrasement sur Mars d’un vaisseau spatial d’une valeur de 327 millions de dollars.

De l’importance de comprendre les bases

La numératie, c’est-à-dire la capacité à comprendre et à utiliser les chiffres, est une compétence essentielle dans la vie moderne. Elle a des répercussions sur notre qualité de vie et notre capacité à prendre des décisions éclairées dans des domaines tels que la santé et les finances.

Une bonne maîtrise des chiffres permet de faire des choix plus éclairés, par exemple entre différents plans de retraite, en évaluant les compromis entre effets secondaires et avantages d’un médicament, ou en permettant de saisir comment les probabilités s’appliquent à nos investissements.

Pourtant, beaucoup de gens ont du mal à comprendre les nombres, et des millions de personnes souffrent d’anxiété mathématique. Développer de meilleures méthodes pour soutenir la maîtrise des chiffres pourrait donc améliorer la vie de nombreuses personnes.

Les recherches sur les implications cognitives et culturelles des bases, publiées dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society, nous aident à mieux percevoir notre façon de penser les nombres, ce qui constitue une étape importante pour rendre ceux-ci plus accessibles.

La Conversation Canada

Les travaux de Jean-Charles Pelland ont été rendus possibles grâce au soutien financier du projet « QUANTA : Evolution of Cognitive Tools for Quantification », qui a reçu un financement du Conseil européen de la recherche (CER) dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (convention de subvention n° 951388).

ref. Comment les systèmes de numération façonnent-ils notre pensée et influencent-ils l’apprentissage, le langage et la culture ? – https://theconversation.com/comment-les-systemes-de-numeration-faconnent-ils-notre-pensee-et-influencent-ils-lapprentissage-le-langage-et-la-culture-269768

Le retour du flip phone : se libérer de l’hyperconnexion

Source: The Conversation – in French – By Amélie Guèvremont, Professeur titulaire, Marketing, chercheure à l’Observatoire de la consommation responsable, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Le phénomène intrigue : des adolescents et jeunes adultes troquent volontairement leur téléphone intelligent contre un à clapet, communément appelé flip phone. Pourquoi renoncer à l’objet technologique le plus central de notre quotidien ? En analysant plus de 10 000 commentaires publiés sur TikTok, YouTube et Reddit, nous avons constaté que ce mouvement, bien que minoritaire, révèle une fatigue profonde face à l’hyperconnexion. Derrière le geste, un besoin : retrouver du temps, de l’attention et une forme de liberté que le téléphone intelligent semble ôter.

« J’ai passé 11,5 heures sur TikTok cette semaine 🤮 », écrit un utilisateur sur Reddit. « Passé tout le weekend à scroller, me sens vide », confie un autre. Ces témoignages, parmi 10 697 commentaires récoltés sur les réseaux sociaux, illustrent un phénomène de plus en plus documenté : les effets néfastes des écrans, particulièrement du téléphone intelligent, l’hyperconnexion et la dépendance vécus par la société actuelle.




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On passe en moyenne plus de cinq heures par jour sur notre téléphone. Notifications, FOMO (fear of missing out), défilement infini : l’hyperconnexion est devenue la norme, au point que l’Organisation mondiale de la santé considère désormais l’usage excessif des écrans comme un enjeu de santé publique. Les inquiétudes sont particulièrement fortes chez les jeunes, et des décisions comme l’interdiction du cellulaire en classe au Québec et en France montrent que la préoccupation est devenue collective.

C’est dans ce contexte qu’a émergé l’abandon du téléphone intelligent au profit… du flip phone. Ce petit appareil « à l’ancienne », sans applications ni notifications, séduit de plus en plus. Certains adolescents ont même surnommé l’été 2025 le « flip phone summer ». Le mouvement rejoint aussi des célébrités : des personnalités comme Léna Situations, influenceuse très connue notamment en France, a passé un mois sans écran en utilisant un téléphone de base. Et sur TikTok, YouTube ou Reddit, des milliers d’utilisateurs documentent désormais leur transition vers une vie numérique plus sobre.




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Une prise de conscience douloureuse

Dans les commentaires analysés, un thème émerge : la prise de conscience des effets délétères de l’hyperconnexion. Les utilisateurs parlent d’« anxiété », de « fatigue mentale », de « FOMO » et même d’une impression d’avoir été « empoisonné » par un mode de vie dominé par le téléphone intelligent.

Notre analyse paralinguistique confirme l’intensité émotionnelle : emojis de détresse, répétitions, interjections. Une forme de fatalisme ressort, parfois incarnée par 💀 : « Ça m’a fait réaliser à quel point je suis anxieux sans mon téléphone 💀 ».

Plusieurs utilisateurs décrivent une véritable dépendance — « J’ai réalisé que l’addiction numérique est bien réelle et qu’elle ruinait ma vie » — tandis que d’autres la comparent à une drogue.

Pourquoi revenir au flip phone ?

Ce qui frappe dans les récits, c’est le contraste entre le ton désespéré associé au téléphone intelligent et le soulagement presque physique à l’idée de passer au flip phone : « J’ai besoin d’une pause 😢 », écrit un utilisateur. Un autre s’exprime : « Abandonner son smartphone pour un téléphone simple procure un sentiment de liberté et de libération »

Notre analyse paralinguistique montre que les commentaires relatifs au flip phone adoptent une tonalité plus sereine, plus posée, avec un lexique centré sur la reconstruction : « repos », « calme », « recharge mentale », « retour à l’essentiel ». Les emojis se tournent vers le positif (ex. ☺️,☀️). Cette utilisatrice résume : « C’est super — tout revient toujours à la base❤️ ». Le flip phone semble offrir du temps : « J’ai terminé trois livres en 30 jours » ou « j’ai pu porter attention à la vie ».

Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais de garder l’utile et d’éliminer la dépendance. Une démarche qui s’apparente à la sobriété — « consommer moins, mais mieux ».

Un changement graduel

Notre analyse montre que la transition vers la sobriété numérique n’est pas un geste impulsif, mais un processus graduel, similaire aux autres trajectoires décrites par le modèle transthéorique du changement. Ce modèle, largement utilisé en santé et en marketing social, distingue cinq étapes de changement de comportement.

Lors de la précontemplation, les individus reconnaissent parfois leur excès, mais sans intention d’agir. Un utilisateur admet avoir fait des efforts, « POURTANT mon temps reste à 8+ heures🤡🤡🤡 ». Les émojis de cette phase (🤮, 😭, 🤡) résument le malaise : dégoût, tristesse, autodérision. Ils servent d’exutoire, mais ne s’accompagnent pas encore d’une véritable intention d’agir.

La phase de contemplation est marquée par l’ambivalence. Les utilisateurs reconnaissent l’impact de leur hyperconnexion : « J’ai réalisé que j’utilise trop les réseaux sociaux, ils m’empêchent de vivre chaque moment », mais l’hésitation persiste : « Je ne suis pas certaine d’être prêt pour un flip phone » Les emojis (👀, 😮) expriment une curiosité naissante pour le flip phone, sans que le passage à l’action soit assuré.

Dans la phase de préparation, le discours devient tourné vers l’action. Plusieurs ont acheté un appareil : « J’ai acheté un flip phone aujourd’hui… je l’ouvre. Je l’adore 🥰 ». Les marqueurs paralinguistiques — emojis enthousiastes (🥰,❤️), étirements (« trooooooooop cool »), majuscules (« WOOOOOOOW ») traduisent un engagement imminent.

Lors de l’action, les utilisateurs partagent des bénéfices, tels une concentration accrue (« Je ne me suis jamais senti autant concentré de ma vie ») et de nouvelles activités (« J’ai recommencé à lire »). Quelqu’un affirme même que « les vieux téléphones vont nous ramener en vie ». Les verbes d’action (« débuté », « aimé », « révolutionné ») illustrent une excitation liée aux premiers bénéfices ressentis.

Lors du maintien, une relation plus apaisée au numérique est décrite. Le ton est posé, centré sur la routine et les ajustements — planifier ses trajets, trouver des solutions pratiques — tout en affirmant la stabilité d’un mode de vie moins connecté : « Je ne retournerai jamais à un téléphone intelligent ».




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Normaliser la déconnexion

Ce parcours personnel s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large. Depuis quelques années, plusieurs initiatives internationales encouragent la remise en question du rapport au numérique, normalisent la déconnexion et légitiment la sobriété numérique comme une pratique sociale émergente. Le « OFF Movement », né en Europe, encourage des périodes régulières sans connexion afin de rétablir un rapport plus sain aux technologies. Plus près d’ici, un défi récent, 24 heures sans écran de PAUSE, invite familles, écoles et organisations à relever un défi collectif de déconnexion.

Ces mouvements ne font pas que proposer des pauses : ils créent un cadre social, un vocabulaire commun et un sentiment d’appartenance. Nos résultats montrent justement que la transition vers un usage plus sobre du numérique n’émerge pas dans le vide : elle s’appuie sur des espaces, en ligne et hors ligne.

Un mouvement individuel… aux résonances collectives

Ainsi, la sobriété numérique dépasse le choix individuel : elle exprime un malaise collectif face à un environnement digital devenu trop envahissant et exigeant. Le téléphone intelligent n’est plus qu’un outil, mais le centre d’un écosystème social où disponibilité permanente, pression des réseaux et performance numérique s’alimentent mutuellement, au point que plusieurs utilisateurs analysés affirment qu’il leur serait impossible de changer seuls.


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Des travaux montrent d’ailleurs une dépendance profondément collective : les individus sont beaucoup plus enclins à modifier leurs habitudes — voire à se déconnecter — lorsque leur entourage s’engage dans la même démarche.

Le flip phone n’est pas appelé à devenir la norme, mais il symbolise quelque chose de plus large : un désir de reprendre le contrôle, de récupérer du temps, de restaurer sa capacité d’attention.

En ce sens, le flip phone n’est pas une fin en soi, mais un révélateur : il montre que l’enjeu n’est pas de renoncer à la technologie, mais de trouver une manière de vivre avec elle, avec modération.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le retour du flip phone : se libérer de l’hyperconnexion – https://theconversation.com/le-retour-du-flip-phone-se-liberer-de-lhyperconnexion-270920

How Hollywood horror’s ‘killer wolf’ trope is sabotaging rewilding efforts

Source: The Conversation – UK – By Cormac Cleary, Postdoctoral Researcher, Institute for Climate and Society, Dublin City University

Artem Avetisyan / shutterstock

Wolves are returning across Europe – but not to the UK and Ireland, where public support is lukewarm at best. Ecologists point out their benefits, while farmers worry about their livestock. But another influence on public opinion is rarely discussed: Hollywood’s obsession with the wolf as a monster.

This is a particular issue in places where wolves are native yet have been extinct for centuries. Though wolves once roamed across Britain and Ireland, for most people there today they exist only in stories or on screen. The tropes we absorb through entertainment can carry far more weight than scientific facts, and have an outsized impact on how we think and feel about these animals.

Think of the big bad wolf or Little Red Riding Hood. Nearly every child in the English-speaking world is introduced to the villainous wolf from a young age. They’re cunning, cruel and ravenous.

However, we don’t leave that imagery behind us in childhood. Horror cinema keeps our nightmares full of wolves, drawing on familiar – and often entirely false – tropes. Recent films offer some particularly clear examples.

In Guillermo Del Toro’s recent adaptation of Frankenstein, wolves are depicted as villains. After escaping Dr Frankenstein, the monster takes refuge in an isolated farmstead and tries to help its residents. Twice, wolves descend on the farmstead – not only taking sheep but breaking into the house and attacking humans.

During the first attack, the monster muses that “the hunter did not hate the wolf. The wolf did not hate the sheep. But violence felt inevitable between them. This was the way of the world. It would hunt you and kill you, just for being who you are.” Del Toro uses wolves as a metaphor for the world’s brutality. To make that connection, he depicts conflict between wolf and human as “inevitable”, along with portraying wolves – very inaccurately – as determined home invaders.

This negative portrayal is not drawn from Mary Shelley’s novel, which contains no such scenes. Del Toro appears to have inserted it to heighten tension and scare viewers.

Metaphors and monsters

Robert Eggers’s Nosferatu offers another recent big budget example. When Nicholas Hoult’s character tried to escape the vampire Count Orlok’s castle, he is pursued by a pack of wolves. This is very close to older fairytale wolf characters, depicted as overtly evil or demonic.

This was reinforced by the film’s promotional campaign. In a widely reported interview, Hoult claimed he was “nearly attacked” by “real wolves”. In fact, the animals involved were Czech shepherd dogs who played their roles a little too convincingly – not wolves at all. Horror producers sometimes play up events like this to heighten the sense of threat and drum up ticket sales, in this case using an erroneous wolf attack to do so.

This isn’t limited to big budget cinema. A recent independent horror, Out Come The Wolves, shows two men and a woman who are attacked by wolves on a weekend getaway. Meanwhile, a menacing love triangle plot plays out in which a jealous would-be lover abandons his competition to a wolf attack.

The behaviour of wild predators is presented as an allegory for an opportunistic approach to romance. All’s fair in love and wolves. The film also contains an explicit reference to wolf reintroduction: when hearing about the wolf attack, one character is sceptical, saying “there haven’t been wolves in this area for years!” The message here is clear: as wolves come back to a landscape, so does the danger of attack.

Each of these films draws on existing tropes and fears in slightly different ways. This is what horror does as a genre: works with what scares us already and amplifies it for entertainment. But, in doing so, as high profile cinema events, they risk playing into inaccurate public perceptions. And because most people in Britain and Ireland will never encounter a wolf in the wild, these fictional wolves become their reference points.

On screen v reality

There are valid concerns around wolves preying on sheep, calves or other livestock, but attacks on humans are extremely rare. A pack of wolves surrounding and repeatedly terrorising a home simply doesn’t happen.

There is a strong ecological case for reintroducing wolves where they once lived. As apex predators they reduce populations of deer and other animals which can otherwise damage the environment, often by overgrazing. In Yellowstone national park in the US, grey wolf reintroductions triggered a cascade of unexpected biodiversity benefits, as overgrazing elk were forced on the move, trees recovered, rivers stabilised and beaver populations grew.

Wolf in Yellowstone runs through snow
When wolves were reintroduced to Yellowstone, scientists had an ‘almost unique’ chance to study what happens when an ecosystem becomes whole again.
Agnieszka Bacal / shutterstock

The same is happening in Europe as wolves spread back into their original range. But to reintroduce wolves to the UK or Ireland, conservationists would have to physically transport them there. Opinion polls show approval rates of 52% in Ireland and just 36% in the UK.

It’s hard to extract these numbers from the cumulative effect of centuries of storytelling, from ancient folklore through Victorian gothic novels to modern Hollywood horror. They all contribute to the idea that wolves are dangerous, unpredictable, and should be nowhere near humans.

It’s meant as entertainment. But horror’s ongoing reliance on the wolf as a symbol of evil or violence may be damaging efforts to promote coexistence with healthy wild populations. Our natural landscapes need wolves. And right now, wolves need all the good PR they can get.


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The Conversation

Cormac Cleary does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How Hollywood horror’s ‘killer wolf’ trope is sabotaging rewilding efforts – https://theconversation.com/how-hollywood-horrors-killer-wolf-trope-is-sabotaging-rewilding-efforts-270539

Gaza’s once-growing economy is nearing total collapse

Source: The Conversation – UK – By Dalia Alazzeh, Lecturer in Accounting and Finance, University of the West of Scotland

Palestinians near the ruins of Gaza’s international airport, which was shut down in 2001. Anas-Mohammed / Shutterstock

Gaza is going through one of the most severe economic collapses the world has seen in modern times. According to a UN report published in late November, the average income per person there is now just US$161 (£122) a year. Before 2007, when Israel imposed a blockade of Gaza after Hamas won elections and took control of the enclave, it was close to US$2,000.

This income drop has happened slowly over many years. But since the war between Israel and Hamas began in October 2023, Gaza’s economy has fallen apart at speed. The UN report suggests that in the space of just two years, Gaza’s economy has shrunk by 87% to US$362 million.

A major reason for this collapse is the massive destruction caused by the Israeli military’s bombing campaign, which has left almost no functioning economic life behind. In the first four months of the war alone, Israeli strikes caused an estimated US$18.5 billion worth of damage across Gaza.

More recent estimates suggest that 83% of all buildings in Gaza City have now been damaged or destroyed. With buildings gone, roads ruined, land burned and machinery destroyed, Gaza has lost the basic infrastructure it needs for people there to work, study, run businesses and move around safely.

This destruction has deeply affected everyday life. An October 2024 assessment by the UN suggested that Gaza’s Human Development Index score – a measure that summarises an area’s progress in health, education and income – was projected to soon fall to a level not seen in the enclave since the 1950s.

Hospitals are overwhelmed or destroyed, schools cannot function, electricity and water systems barely work and most families have been forced to leave their homes. Nearly the entire population of Gaza has been displaced by the war and cut off from their usual jobs, neighbourhoods and support networks.

This is all happening while the Palestinian Authority (PA), the body responsible for paying teachers, nurses and other public workers in Gaza and the West Bank, battles a severe financial crisis.

Israel controls the collection and transfer of the main tax revenues that the PA depends on, and kept or deducted around US$1.8 billion of this revenue between 2019 and 2025. These funds normally make up most of the PA’s budget, so losing them makes it harder to pay salaries, keep schools and hospitals open and help Gaza deal with its current crisis.

Gaza’s vulnerable economy

The Gazan economy was in a vulnerable state long before the start of the war. After the Oslo accords in 1993, which were intended to establish a framework for peace between Israel and Palestine, Gaza’s economy saw some growth. This was helped by international aid and the ability of some Palestinians to work in Israel.

Between 1994 and 1999, Gaza’s economy grew by an average of 6.1% annually. However, there was considerable volatility throughout this period, largely because Israel retained control of Gaza’s trade rules and borders. A spurt of growth in 1994, for example, was followed by contractions in two consecutive years as border closures disrupted the flow of Palestinian labour and goods to Israel.

Israel tightened movement restrictions in the early 2000s with the beginning of the second Palestinian uprising, and the Gazan economy entered a period of prolonged struggle. Growth dropped by 2% on average annually between 2000 and 2006.

The economic situation worsened again in 2007, when Israel responded to Hamas’s ascent to power by placing Gaza under a strict land, sea and air blockade. This blockade limited almost everything from entering Gaza, including farming supplies and construction materials like cement and steel.

It prevented many exports from leaving the enclave too, and reduced the fishing area accessible to Gazans to just six nautical miles – much smaller than had been agreed in the Oslo accords. Fuel and energy restrictions also caused long daily power cuts.

Gazan fishermen haul in their net on a beach next to a harbour/
Gazan fishermen haul in their net on a beach next to the harbour in Gaza City in 2010.
Ryan Rodrick Beiler / Shutterstock

Over the next 15 years, Gaza’s economy experienced persistent decline. Unemployment remained extremely high throughout this period and poverty became widespread. Between 2007 and 2022, annual growth dropped to 0.4% on average while real GDP per capita contracted by 37%.

Since 2023, the war has pushed the Gazan economy from long-term struggle into complete collapse. Farms have been destroyed, industrial areas flattened and basic public services barely function. With most people displaced and almost no local production left, Gaza now depends almost entirely on humanitarian aid for its economic survival.

What Gaza needs

Rebuilding Gaza will require huge resources. Experts estimate that it may cost between US$70 billion and US$90 billion to clear the rubble and rebuild Gaza’s homes, schools, hospitals, roads and water systems – and that it could take decades.

But money alone will not be enough. Gaza cannot recover fully while the blockade, border restrictions, limits on imports and exports, and withheld Palestinian tax revenues remain in place.

Studies by the UN Development Programme show that if Israel releases the tax revenues it is withholding from the PA, allows more movement of Palestinian workers and goods and if donors provide steady support, Gaza could slowly start to recover. Even a small rise in productivity would be a major improvement after years of decline.




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With 83% of its buildings destroyed, Gaza needs more than money to rebuild


Gaza’s crisis is not the result of the recent war alone. It is the outcome of decades of blockade, tight Israeli control over economic life and repeated military destruction. The current situation shows how much Gaza’s economy depends on decisions made outside the territory.

Unless access, autonomy and financial stability are restored, Gaza’s recovery will remain slow, uncertain and vulnerable to future shocks.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Gaza’s once-growing economy is nearing total collapse – https://theconversation.com/gazas-once-growing-economy-is-nearing-total-collapse-270704