Les fonds vautours à l’origine des faillites de Camaïeu et de Vivarte (André, Minelli, Naf Naf)

Source: The Conversation – France (in French) – By Fidèle Balume, Professeur en Finance, ESSCA School of Management

Les fonds vautours se spécialisent dans l’achat à bas prix de dettes émises par des entreprises en difficulté financière. Kike Garcia 85/Shutterstock

En 2021, le groupe Vivarte aux marques célèbres, comme André, Minelli, Naf Naf ou Pataugas, est liquidé. En 2022, c’est au tour de Camaïeu. Une étude souligne une corrélation entre la faillite de ces entreprises et les « fonds vautours », ces fonds d’investissement spéculatifs qui rachètent les dettes des entreprises en difficulté afin de générer une plus-value. Alors, comment cela fonctionne-t-il concrètement ?


L’effondrement de Camaïeu et de Vivarte marque un tournant pour le secteur français du prêt-à-porter. Ces deux fleurons, autrefois leaders de l’habillement, ont succombé à une spirale de détresse financière exacerbée par des montages de type leveraged buy-out (LBO) successifs et un ralentissement structurel de la demande sectorielle.

Le LBO est un mécanisme de rachat d’entreprise qui repose sur l’effet de levier financier. Ce dernier utilise l’endettement pour accroître la rentabilité des fonds propres (grâce aux déductions fiscales) et l’effet de levier juridique, lié à l’intégration entre une société mère et sa fille.

Si ce dispositif vise théoriquement à rendre l’entreprise plus efficiente en réduisant certains coûts de gestion, il rend paradoxalement ses cibles beaucoup plus vulnérables aux chocs économiques et plus risquées que leurs concurrentes. Entre la crise des subprimes de 2008 et la pandémie de Covid-19 accroissant leur vulnérabilité, Camaïeu et Vivarte sont devenus des cibles privilégiées des fonds vautours.

Ma recherche publiée au sein de la revue Finance-Contrôle-Stratégie (FCS) contribue à comprendre les modes opératoires des fonds vautours, et les conséquences de leurs interventions sur la trajectoire de faillite des entreprises.

Racheter à « vil prix »

Les fonds vautours sont des fonds d’investissement spéculatifs qui interviennent aussi bien auprès des États que dans des entreprises en difficulté financière en rachetant leurs dettes afin de générer une plus-value. En général, leurs cibles présentent des risques de défaut élevés, c’est-à-dire des taux anticipés de faillite élevés.

Cette situation leur permet de racheter la dette d’une entreprise à une valeur de marché bien inférieure à sa valeur faciale. On parle alors de « dette décotée ». Selon les travaux du chercheur Miles Gietzmann, en ciblant les entreprises, la stratégie des fonds vautours ne se limite pas à l’utilisation d’un pouvoir de contrôle discrétionnaire. Elle s’étend à l’introduction des biais de valorisation pendant le processus de redressement de l’entreprise… à leur avantage.

Leur mode opératoire repose sur deux piliers :

  1. Le loan-to-own (prêt pour acquérir) : les fonds rachètent la dette pour devenir créancier, puis utilisent ce levier lors des restructurations pour convertir leurs créances en capital et prendre les commandes en tant qu’actionnaires.

  2. Le yield-chasing (recherche de rendement) : une fois au pouvoir, les fonds imposent des conditions de financement drastiques pour maximiser leurs gains immédiats.

Pour parvenir à leurs fins, les fonds vautours utilisent parfois des méthodes à la limite du légal, comme des campagnes médiatiques négatives visant à « dégouter les autres fonds » et à faire chuter la valeur des titres pour les racheter à « vil prix ».

Illustrations avec Camaïeu et Vivarte

Les groupes Camaïeu et Vivarte partagent une genèse de crise similaire, ancrée dans l’accumulation des dettes d’acquisition dans le cadre d’opérations de leveraged buy-out (LBO). Les trajectoires de faillite de ces figures du retail français prouvent que les fonds vautours ciblent des entreprises dont le modèle opérationnel reste souvent attractif, malgré l’asphyxie financière.

Devanture d’un magasin Camaïeu
Le 28 septembre 2022, le tribunal de commerce de Lille prononce la liquidation de l’entreprise Camaïeu, pourtant florissante dans les années 1990.
GrandWarszawski/Shutterstock

Camaïeu, créé en 1984 à Roubaix, a subi deux LBO successifs en 2005 et en 2007. De son côté, le groupe centenaire Vivarte, fondé en 1896 sous le nom d’André, a suivi une trajectoire parallèle avec des montages LBO en 2004 et en 2007. Dans les deux cas, ces opérations ont créé un déséquilibre structurel profond accroissant leur probabilité de faillite.

En appariant les informations disponibles au jeu de données de Distressed-Debt-Investing.com, mes résultats confirment la présence d’au moins un fonds vautour lors de chaque restructuration majeure de ces deux groupes. À titre d’exemple, lors de la restructuration de Vivarte en 2014, la dette a été convertie en capital, au cours du plus important debt-to-equity swap (conversion de la dette en actions) de l’histoire française ayant permis de convertir 2 milliards d’euros de dette en capital.

Ces fonds ont injecté 500 millions d’euros de liquidités supplémentaires à un taux d’intérêt de 11 %, contre un taux du marché proche de 1,6 % pour les emprunts d’État à dix ans, étouffant encore davantage le groupe. Finalement, Vivarte est liquidé en 2021, Camaïeu en 2022.

Soit se compromettre… soit s’opposer au prix de sa carrière

L’intervention des fonds vautours ne se limite pas à une ingénierie financière, elle génère des coûts cognitifs significatifs. Ces derniers résultent des désaccords profonds entre les dirigeants et les fonds sur la vision stratégique.

Ces fonds spéculatifs imposent souvent des stratégies dites low road : licenciement massif, ventes à la découpe et délocalisations pour mobiliser rapidement du cash, etc. Le dirigeant se retrouve face à un dilemme : « soit plier et se compromettre… soit s’opposer au prix de sa carrière », comme en témoignait Marc Lelandais, l’ancien président-directeur général de Vivarte.

On observe que les dirigeants qui coopèrent avec les fonds vautours, notamment ceux maintenus en place malgré un turnover élevé, ont tendance à négliger les activités de responsabilité sociale des entreprises. Cette pression a pu mener à des dérives, telles que l’implication de Camaïeu dans le scandale du Rana Plaza.

Encadrer les fonds vautours

Le cadre législatif actuel, incluant la loi Sapin II, vise à améliorer l’éthique des affaires. Elle s’avère souvent insuffisante pour protéger les entreprises en difficulté contre les tactiques prédatrices de « prêt-rachat ». Les résultats de cette recherche suggèrent plusieurs pistes de réforme :

Limiter les profits spéculatifs

À l’instar du modèle belge, la législation pourrait limiter la spéculation des fonds vautours. Suivant ce modèle, une fois qu’un fonds vautour est engagé dans une entreprise en détresse financière, si celle-ci vient à faire faillite, le remboursement de la mise de départ du fonds vautour devrait se limiter au prix payé lors du rachat.

Fonds souverain de dette

Créer un fonds public de dette pour les entreprises en difficulté, qui pourrait par exemple être géré par BpiFrance, pour offrir une alternative éthique aux fonds spéculatifs, dans le but de préserver la survie de l’entreprise et les emplois.

Le législateur contre les fonds vautours

L’Autorité des marchés financiers (AMF) ou la Banque de France pourraient être chargées d’évaluer et de fixer des seuils d’évaluation maximaux lors des opérations de LBO afin d’empêcher la formation de bulles de dette insoutenables qui attirent les fonds vautours.

L’action des fonds vautours peut être comparée à celle d’un remorqueur qui, voyant un navire en difficulté dans une tempête, n’accepterait de l’aider qu’à la condition d’en devenir le propriétaire légal pour le prix d’une épave. Une fois l’opération réalisée (le créancier devient actionnaire), au lieu de ramener le navire à bon port, il démonte les moteurs et vend la cargaison séparément pour maximiser son gain immédiat, laissant la coque vide couler définitivement.

C’est cela, en résumé, la trajectoire de défaillance accélérée par les coûts cognitifs et par les biais de valorisation occasionnés par les fonds vautours. Le législateur peut empêcher au navire en difficulté de disparaître.

The Conversation

Fidèle Balume ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les fonds vautours à l’origine des faillites de Camaïeu et de Vivarte (André, Minelli, Naf Naf) – https://theconversation.com/les-fonds-vautours-a-lorigine-des-faillites-de-cama-eu-et-de-vivarte-andre-minelli-naf-naf-268593

La NFL débarque à Paris : signe avant-coureur d’une américanisation de la « fan experience » en France ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Boris Helleu, Maitre de conférences, spécialiste de marketing du sport, laboratoire NIMEC, Université de Caen Normandie

Les fans français de football américain auront l’occasion d’assister à un match officiel de NFL en octobre prochain en se rendant au Stade de France. Ce sera une première en France, mais la NFL comme les deux autres grandes ligues sportives états-uniennes que sont la NBA (basket) et la MLB (baseball), mais aussi des organisations comme l’UFC (sports de combat) et la WWE (catch), organisent déjà depuis des années des événements majeurs dans de nombreux pays étrangers. Au menu : une « fan experience » pensée dans les moindres détails ; ce modèle américain, désormais accessible régulièrement en Europe et notamment en France, va-t-il se diffuser massivement dans « nos » sports ?


Dans la nuit de dimanche à lundi, les Seattle Seahawks ont remporté la 60e édition du Super Bowl. En octobre 2026, la France accueillera pour la première fois une rencontre de saison régulière de la National Football League (NFL). Si cet événement s’inscrit dans la volonté des ligues nord-américaines de globaliser leur marque, assiste-t-on pour autant à une américanisation de l’expérience du fan ?

Le 2 février, la NFL a annoncé que les Saints de la Nouvelle-Orléans disputeront un match au Stade de France. Cette ligue a déjà organisé plus de 60 matchs de saison régulière en dehors des États-Unis (Londres, Berlin, Munich, Francfort, Madrid, Dublin, São Paulo, Mexico City, Toronto). Ces rencontres officielles s’inscrivent dans le calendrier des International Series, qui visent à générer de nouveaux revenus commerciaux et à développer de nouvelles fanbases locales dans de grandes villes de par le monde.

La NFL estime que la France est son troisième marché européen avec 14 millions de fans potentiels, derrière l’Allemagne (20) et le Royaume-Uni (19), mais devant l’Espagne (9). La franchise de Louisiane, ancienne colonie française, dispose des droits marketing internationaux en France depuis 2023 dans le cadre du programme Global Market ; autrement dit, elle exerce une forme d’exclusivité en France pour y développer son image de marque. Ainsi, à l’été 2025, une partie de l’équipe s’est déplacée en France pour y renforcer sa présence. Un partenariat stratégique a notamment été conclu avec les Musketeers de Paris qui évoluent dans l’European League of Football.

Le match de l’automne prochain est organisé avec le concours de l’entreprise française d’événementiel GL Events (qui a décroché la concession de l’exploitation du Stade de France en juin 2025), avec le soutien du ministère des sports, de la Fédération française de football américain (FFFA) et de collectivités locales. Selon Brett Gosper, directeur Europe et Asie-Pacifique de la NFL :

« C’est un mini Super Bowl ! On l’appelle comme ça, sans trop en promettre. On essaie de faire le maximum pendant la semaine. Parfois, les équipes arrivent cinq jours avant, ça aide aussi. Les activités dans le centre-ville sont importantes, surtout pour le premier match. Et puis, pour le show de la mi-temps, espérons que ce sera un ou une grand·e artiste. »

En somme, ce n’est pas simplement une rencontre sportive qui sera exportée à Paris, mais une autre façon de voir et vivre un match.

La Fan Experience : un concept académique

La fan experience est l’adaptation au domaine du sport de la notion d’expérience client applicable à divers domaines comme l’hôtellerie ou encore la SNCF. Elle est capitale dans l’industrie du spectacle sportif. Ainsi, Roger Goodel, le grand patron de la NFL, avait-il dès 2017 écrit aux fans pour expliquer comment il songeait améliorer la Fan Experience. Mais la prise en compte de cette Fan Experience dépasse le cadre des États-Unis.

En France, en ce début d’année, l’association Sporsora, qui regroupe les grands acteurs français du sport business, a publié une étude dédiée à l’expérience spectateur. En 2023, le Pôle ressources national sport-innovations du ministère chargé des sports publie une notice intitulée « La “Fan Experience”, outil incontournable des stratégies de développement numérique des acteurs du sport ». Bref, la Fan Experience est partout ; mais elle est aussi un objet d’étude prisé des universitaires spécialistes de marketing du sport.

Ces derniers considèrent que le spectacle sportif n’est pas un bien de consommation comme les autres. Il tire sa singularité de son caractère intangible et imprévisible. En effet, le match est co-produit par des équipes, spectateurs et médias et se consomme et fur et à mesure de sa production. De fait, il génère un bénéfice client de tout autre nature qu’un produit classique. On y recherche excitation, socialisation et évasion sans vraiment savoir si on va assister à un beau match ou si l’équipe qu’on encourage va gagner.

Aussi attractif que soit ce caractère imprévisible, il constitue un défi pour l’organisateur, qui ne peut se contenter de faire reposer la satisfaction de sa clientèle sur un match à l’issue incertaine. Si le match demeure au cœur de l’expérience de consommation, il est nécessaire d’optimiser la qualité de services périphériques (accueil, animation, restauration…) et ainsi, même en cas de défaite, inciter les spectateurs à revenir. Autrement dit, la satisfaction des fans ne repose pas seulement sur la qualité du match ou son issue, mais plus certainement sur la qualité du service.

Dans une étude de 1994 consacrée à la stratégie marketing employée par les franchises NBA pour favoriser les affluences, les auteurs ont identifié 21 techniques. Selon eux, avoir une équipe victorieuse n’est pas forcément ce qui conditionne la venue au stade (même si ça aide !). D’autres chercheurs ont entrepris de différencier la part de la satisfaction des fans qui provient de la qualité du service et celle qui résulte du match. Leur étude, menée au Japon et aux États-Unis, établit un lien puissant entre l’ambiance du match et la satisfaction des fans, laquelle dépend également du personnel du stade et de la facilité d’accès aux services. Dans un article intitulé « Marketing expérientiel et analyse des logiques de consommation du spectacle sportif », les auteurs montrent comment la consommation de spectacles sportifs est façonnée par la recherche d’expériences vécues qui relèvent, les uns comme les autres, de variables individuelles (recherche de sensations, recherche d’esthétisme, besoin de stimulation, implication…) et des variables sociales (recherche d’interactions spectateur/joueur, spectateur/personnes proches…).

La littérature académique a donc conçu de nombreux modèles de l’expérience de consommation des fans. On considère que le produit « match », détaillé en services de qualité, va procurer une bonne expérience émotionnelle, générer de la satisfaction, de la loyauté et de la recommandation. Une étude identifie 11 items classés en trois principales catégories : qualité des interactions (agents de sécurité, buvette, joueurs) ; qualité de l’environnement (interactions sociales, sons et lumières, accessibilité, propreté, places, configuration du stade) ; et la qualité de l’issue du match (ambiance, qualité de la rencontre, divertissements). La fan experience, concept central du marketing du sport, désigne donc l’ensemble des interactions vécues par un spectateur avant, pendant et après un match. Bref, la satisfaction du fan ne repose pas seulement sur la victoire de son club préféré, mais aussi sur la qualité des services périphériques : accueil, restauration, animation, confort, expérience numérique (détaillée ici en 2023) etc.

La restauration, un élément fondamental de la Fan Experience.
B. Helleu, Fourni par l’auteur

Ce que Paris peut apprendre de Londres

Olivier Ginon, président du Groupe GL Events qui organisera le match au Stade de France, explique :

« Accueillir le premier match NFL à Paris au Stade de France reflète une ambition partagée et illustre notre capacité à rassembler différentes cultures sportives, à garantir une excellence opérationnelle et à positionner Paris et la France comme une destination de choix pour les plus grands événements sportifs mondiaux. »

Mais, à ce jour, la capitale européenne du sport US est Londres. Si Paris accueille depuis peu des rencontres de NBA (en 2020 puis chaque année depuis 2023), Londres dispose d’une solide expérience dans l’organisation de rencontres de NBA, NFL et MLB. S’appuyant sur la longue histoire de sa relation avec le Royaume-Uni, la NFL y a organisé une quarantaine de matchs depuis 2007 aux stades de Wembley, Twickenham et Tottenham, mobilisant de 60 000 à 86 600 spectateurs selon la capacité des enceintes.

Le stade de Tottenham a d’ailleurs été conçu par le cabinet d’architectes américain Popoulous, qui s’est inspiré de stades états-uniens en prévoyant une pelouse synthétique rétractable, ce qui a permis au club de signer un partenariat de dix avec la NFL pour accueillir deux matchs par an. Après avoir délocalisé des rencontres au Mexique, au Japon et en Australie, la ligue de baseball (MLB) a organisé des matchs de saison régulière en 2019 puis en 2023 et en 2024 au London Stadium, pour des affluences allant de 55 000 à 59 600 spectateurs par match. Dans le même temps, la MLB a renoncé à organiser des rencontres à Paris en 2025.

Match de baseball au Stade olympique dans le cadre des MLB London Series 2024.
B. Helleu, Fourni par l’auteur

Au-delà des rencontres, les ligues états-uniennes investissent la capitale britannique en mettant en place des animations à Trafalgar Square, Piccadilly ou encore Regent Street. L’objectif est double : séduire les fans européens et offrir aux Américains expatriés ou en voyage une expérience fidèle à celle des États-Unis.L’idée est de faire vivre aux fans une expérience authentique en concevant une rencontre telle qu’on pourrait la vivre aux États-Unis. Ce faisant, les organisateurs contentent tout à la fois des fans européens venus éprouver l’expérience d’un match comme aux États-Unis et les fans nord-américains qui ont fait le déplacement. Les premiers sont là pour voir un match NFL, les seconds pour encourager leur équipe dans des conditions similaires qu’à la maison.

Les organisateurs s’assurent d’ailleurs, lors d’enquêtes de satisfaction, que le public présent a apprécié les activités proposées (course des mascottes, hymnes nationaux, musique, effets pyrotechniques, spectacle de mi-temps…). La NFL connait un tel succès à Londres que Roger Goodel a évoqué la possibilité d’y organiser un jour un Super Bowl.

Une américanisation du spectacle ?

En octobre 2020 paraît dans le journal suisse Le Temps un article intitulé « La revanche du sport américain : comment “aller au stade” est devenu “partager la fan experience” ». On y lit_ :

« Si les Américains ne parviennent pas à mondialiser leurs sports, ils sont en train d’exporter leur vision du sport-spectacle, que l’on pourrait définir comme un acte de consommation, massive mais passive, du produit d’un secteur de l’industrie du divertissement. […] Depuis une dizaine d’années, la transformation du langage a mis des mots sur ce phénomène d’américanisation de la culture sportive “à l’européenne”. Aller au match est devenu “vivre la fan experience”. »

Trois ans plus tard, dans le média en ligne Konbini, une journaliste relate son expérience d’un match de NFL délocalisé à Londres. L’article est intitulé « J’ai passé le week-end aux États-Unis à essayer de comprendre quelque chose au foot US (mais j’étais à Londres) ». Il faut alors se demander si les modalités de consommation du spectacle sportif s’uniformisent sous l’effet d’une américanisation définie comme une forme particulière de globalisation culturelle dans laquelle les normes et valeurs issues des États-Unis s’imposeraient au niveau international, ou relèvent plutôt d’une forme de glocalisation, c’est-à-dire de l’adaptation de stratégies d’internationalisation aux contextes locaux.

La boutique du club de foot de Brentford propose des maillots aux couleurs du club selon une coupe NBA, MLB ou NHL.
B. Helleu, Fourni par l’auteur

Parler d’américanisation de la consommation de spectacle sportif en Europe paraît abusif. Toutes les bonnes pratiques identifiées dans des rencontres de sport US ne se diffusent pas dans les sports européens. Au-delà de raisons culturelles, logistiques (configuration des stades), il faut considérer que si les événements sportifs européens et américains relèvent du domaine du divertissement, ils sont des produits totalement différents.

Un match de Premier League (deux mi-temps) va durer en moyenne 114 minutes pour 51 % de temps de jeu effectif. Un match NFL (quatre quarts-temps) dure en moyenne 208 minutes pour 8 % de temps de jeu effectif. Un match de baseball (neuf manches) dure en moyenne 225 minutes pour 10 % de temps de jeu effectif. Aussi, les diverses animations habillant une rencontre de sport américain n’apparaissent pas transposables au football européen. Aussi, ce qui est perçu comme une américanisation du sport européen n’est pas tant l’adoption d’animations, musiques ou nourritures existant outre-Atlantique, mais plutôt la prise en compte systématique des variables de l’expérience fan avant, pendant et après le match.

The Conversation

Boris Helleu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La NFL débarque à Paris : signe avant-coureur d’une américanisation de la « fan experience » en France ? – https://theconversation.com/la-nfl-debarque-a-paris-signe-avant-coureur-dune-americanisation-de-la-fan-experience-en-france-275396

Blanchiment d’argent : l’illusion de la transparence des cryptomonnaies

Source: The Conversation – in French – By Jean-Marc Figuet, Professeur d’économie, ISG Lab, Université de Bordeaux

Une adresse publique sur la blockchain se crée en quelques secondes, sans pièce d’identité, avec une clé privée connue uniquement du propriétaire des cryptoactifs. Max Acronym/Shutterstock

Une affirmation revient souvent : les criminels du monde entier utilisent les cryptomonnaies pour blanchir l’argent, en toute impunité. En effet, s’il est facile de tracer les échanges financiers via les blockchains, impossible d’identifier les personnes sans la coopération des acteurs comme Binance, Tether ou les prestataires de paiements. Car sur la blockchain, on peut tout voir sans savoir qui agit.


La promesse des blockchains publiques, comme Bitcoin ou Ethereum, est aussi simple qu’audacieuse : chaque transaction y est enregistrée, horodatée et visible par tous. À première vue, c’est un avantage décisif pour les enquêteurs financiers. À première vue seulement, car cette transparence se révèle souvent trompeuse. Si le registre décentralisé est public, les identités derrière les adresses restent inaccessibles sans intermédiaire.

Publiée en novembre 2025, l’enquête internationale The Coin Laundry (ICIJ) montre comment ce « paradoxe crypto » alimente une économie criminelle mondialisée, et comment l’identification des personnes dépend, en pratique, du bon vouloir d’intermédiaires privés, comme les plateformes (Binance) ou les guichets de conversion crypto-to-cash desks. Ces guichets sont des opérateurs, tels que Huione Guarantee ou Tether Operations Limited, souvent localisés dans des paradis fiscaux. Ces derniers convertissent des cryptoactifs en monnaie fiduciaire – euros, dollars – ou en actifs tangibles – or, immobilier – sans vérification systématique d’identité.

On peut tout voir sans savoir qui agit. Car la blockchain affiche seulement des transferts de crypto, pas des identités. Cet écart entre la traçabilité technique et la responsabilité juridique permet aux réseaux criminels de prospérer ; la transparence des flux ne garantit ni l’identification des acteurs, ni l’effectivité des contrôles.

Alors, comment concrètement ces transactions fonctionnent-elles ?

Piège de la pseudonymie

Sur une blockchain publique, l’unité de base n’est pas l’individu, mais l’adresse publique, c’est-à-dire une suite de caractères. Par exemple, 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv**** sur la blockchain Bitcoin. Cette adresse publique se crée en quelques secondes, sans pièce d’identité, en quantité illimitée. Elle est associée à une clé privée, par exemple L5oLkpXH3Z55rVgQv8gQJQ5v9X8fLpW7tQeNqW3TbKbYsZ1P**** qui elle, n’est connue que du propriétaire des cryptoactifs.

Les réseaux criminels exploitent cette pseudonymie en multipliant les adresses, en fragmentant les montants et en automatisant les transferts via des « services » variés – mixing, swaps décentralisés ou bridges. Le plus connu est le mixing, utilisé pour brouiller les traces des transactions en crypto.

Le mixing, une technique utilisée pour brouiller les traces des transactions sur une blockchain, suit un process complexe :
  • 1. Le dépôt des fonds : un utilisateur envoie ses crypto à une adresse pool gérée par un service de mixing, comme Tornado Cash.
  • 2. Le mélange des fonds : le service mélange ces crypto avec celles d’autres utilisateurs.
  • 3. La redistribution des fonds : après un délai aléatoire, le service renvoie les fonds, mais provenant d’autres adresses, vers une nouvelle adresse désignée par l’utilisateur, ce qui rend impossible le suivi des fonds originaux.

Le mixeur Tornado Cash a permis le blanchiment de plusieurs milliards de dollars en 2022 et 2023, dont certains directement liés à des cyberattaques et des ransomwares. En 2022, le groupe Lazarus, lié à la Corée du Nord, a utilisé un mixeur pour blanchir 615 millions de dollars (plus de 520 millions d’euros) volés lors du piratage du jeu Axie Infinity. Les hackers ont subtilisé des Ethereum (ETH) et les ont envoyés à Tornado Cash qui a fragmenté puis redistribué ces ETH vers des centaines d’adresses différentes, rendant le suivi impossible. Les fonds ont ensuite été convertis en monnaie fiduciaire via des guichets asiatiques ou réinvestis dans des casinos en ligne.

Relier une adresse à une identité

Les cellules de renseignements publiques comme Tracfin en France, Europol dans l’Union européenne, ou privées telles que Chainanalysis utilisée par le FBI ou Interpol peuvent identifier des schémas de blanchiment sur la blockchain. Mais relier une adresse à une identité relève de la seule volonté de l’intermédiaire.

Un exemple rapporté par l’ICIJ illustre ce piège. Entre juillet 2024 et juillet 2025, des adresses associées au groupe cambodgien Huione ont transféré au moins 408 millions de dollars (345,8 millions d’euros) en stablecoins USDT vers des comptes clients sur Binance. Ces transactions se sont poursuivies malgré le classement d’Huione en tant qu’entité majeure de blanchiment d’argent, ou primary money laundering concern, dès le 1er mai 2025, par le Financial Crimes Enforcement Network, un département du Trésor américain.

La visibilité des transactions n’est pas en cause. Ce qui l’est, c’est la difficulté à convertir cette visibilité en attribution fiable et en action rapide, comme le gel, la saisie ou les poursuites.

Les intermédiaires, le talon d’Achille de la traçabilité

Tant que les fonds en cryptomonnaie restent dans la blockchain (« on-chain »), leur traçabilité est totale. En revanche, dès que les fonds sortent de la blockchain (« off-chain ») par une conversion en monnaie légale ou l’achat d’actifs financiers… tout dépend des intermédiaires (plateformes, prestataires de paiement…). Ces derniers jouent un rôle comparable à celui de douaniers. Eux seuls peuvent relier une adresse à une identité, condition indispensable pour déclencher une action judiciaire.




À lire aussi :
Comment les trafiquants de cocaïne blanchissent l’argent des cartels


L’enquête de l’ICIJ insiste sur une réalité moins technologique qu’institutionnelle. Même lorsque des signaux d’alerte existent, la réaction des intermédiaires peut être tardive, incomplète ou absente. Leur activité demeure structurée par un modèle économique fondé sur les volumes et les frais.

Binance, la principale plateforme, a généré plus de 17 milliards de dollars (14,4 milliards d’euros) de commissions sur les transactions en 2023. Cela crée une tension durable entre la croissance des flux, génératrice de revenus, et la traque des flux illicites. Comme le secret bancaire suisse dans les années 1990, les intermédiaires crypto aujourd’hui privilégient la rentabilité à court terme au détriment de la lutte contre la criminalité financière.

La différence ? Leur modèle est encore plus difficile à réguler, car il repose sur une technologie conçue pour contourner les contrôles.

Trois obstacles se cumulent.

Complexité technique

Les fonds peuvent changer de libellé, circuler via des services de swaps qui permettent d’échanger instantanément une cryptomonnaie contre une autre, franchir des ponts entre blockchains, ou emprunter des infrastructures décentralisées. Chaque étape n’efface pas la trace, mais multiplie les embranchements, donc les hypothèses, et accroît la difficulté probatoire.

Fragmentation juridique

Les plateformes, les prestataires et les serveurs sont dispersés géographiquement. L’entraide judiciaire internationale est lente. Et certaines juridictions sont peu coopératives, notamment dans les paradis fiscaux.

Asymétries économique et temporelle

Un criminel peut créer une nouvelle adresse en quelques clics alors qu’un enquêteur doit engager des procédures multiples dont l’issue est incertaine. L’ICIJ souligne l’émergence de crypto-to-cash desks qui permettent de convertir de grosses sommes de crypto en cash, avec des contrôles variables.

Un indicateur aide à saisir l’ampleur du phénomène. Pour 2024, l’Internet Crime Complaint Center du FBI estime à 9,3 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros) les pertes déclarées par des victimes de crimes liés aux cryptomonnaies. Au-delà du chiffre, cela dit la vitesse d’adaptation des fraudeurs et la pression sur les capacités d’enquête.

La régulation européenne en progrès

L’Union européenne a créé deux instruments majeurs pour renforcent la traçabilité aux points d’entrée et de sortie du système régulé.

Le règlement européen Markets in Crypto-Assets, dit MiCA encadre les prestataires de services sur crypto-actifs via un régime d’autorisation depuis le 30 décembre 2024. Il crée de fait des exigences de gouvernance et des obligations de conformité.




À lire aussi :
Comment les trafiquants de cocaïne blanchissent l’argent des cartels


La règle du « voyage des fonds » (règlement UE 2023/1113) impose, depuis le 30 décembre 2024, que certaines informations accompagnent les transferts afin de réduire l’opacité des flux dans les circuits régulés.

Leurs limites sont intrinsèques. Ils ne couvrent ni les échanges de pair à pair qui se réalisent sans intermédiaire (via des groupes Telegram), ni les plateformes offshore, localisées dans des paradis fiscaux, ni les portefeuilles auto-hébergés (MetaMask, Ledger…) où l’utilisateur contrôle seul ses clés.

En clair, la réglementation sécurise le pont sans combler les fossés.

La transparence ne suffit pas

Affirmer que « la blockchain est transparente » est un leurre. Cette transparence ne porte que sur les mouvements de fonds, jamais sur les acteurs et sur leur identité. La lutte contre le blanchiment se joue aux marges du système, c’est-à-dire dans la rigueur des contrôles Know Your Customer, la réactivité des plateformes, et la coopération internationale.

Trois priorités semblent aujourd’hui s’imposer :

  • harmoniser les règles pour éviter l’arbitrage entre des juridictions permissives et d’autres, strictes ;

  • doter les enquêteurs de moyens techniques et juridiques adaptés ;

  • sanctionner réellement les intermédiaires défaillants, afin de transformer la transparence en responsabilité.

Au vu de l’expérience de la coopération internationale pour lutter contre les paradis fiscaux, on peut supposer que le chemin sera, sans nul doute, périlleux pour atteindre ces priorités. Sans elles, la blockchain restera un registre ouvert où les criminels savent tourner les pages sans y laisser leur nom.

The Conversation

Jean-Marc Figuet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Blanchiment d’argent : l’illusion de la transparence des cryptomonnaies – https://theconversation.com/blanchiment-dargent-lillusion-de-la-transparence-des-cryptomonnaies-273051

Japan’s rock star leader now has the political backing to push a bold agenda. Will she deliver?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Adam Simpson, Senior Lecturer in International Studies in the School of Society and Culture, Adelaide University

Japanese Prime Minister Sanae Takaichi has delivered her Liberal Democratic Party (LDP) a landslide victory in the parliamentary elections she called shortly after taking office.

Now that she has consolidated her power in Japan’s legislature (called the Diet), the big question is what she will do with it.

Since her ascent to the prime ministership in a parliamentary vote in October, the ultra conservative Takaichi has upended the normally staid Japanese political system.

She has connected with younger voters like no other Japanese leader in recent history with her savvy social media presence, iconic fashion sense and diplomatic flair. (In a literal rock-star moment, she showed off her drumming skills in a jam session with South Korea’s leader.)

Japanese Prime Minister Takaichi Sanae and South Korean President Lee Jae Myung on the drums together.

Takaichi has cannily taken advantage of the honeymoon phase of her leadership by calling a snap election to gain more power in the Diet before there’s a dip in her popularity.

However, voters will now expect to see a return on their investment, and Takaichi faces the much more daunting task of delivering on her promises. Improving living standards in a country with a rapidly shrinking workforce and ageing population without mass immigration will test her political skills much more than winning an election.

An unlikely election victory

Although Takaichi’s LDP has been in government for most of Japan’s post-war history, it has recently experienced a string of poor election results.

In 2024, it lost the lower house majority it held with its then-coalition partner, Komeito, after a series of corruption scandals. Then, last year, the coalition lost its majority in the upper house, leaving the government hanging by a thread.

The party began its remarkable turnaround following then-Prime Minister Shigeru Ishiba’s resignation in September in the wake of those electoral setbacks.

Many pre-election polls predicted a sizeable victory for the LDP and its new coalition partner, Nippon Ishin (the Japan Innovation Party). Takaichi also received a boost with an endorsement from US President Donald Trump. Although the Japanese public views Trump unfavourably, they also know the US is their ultimate security guarantor against China, in addition to Japan’s largest export destination.

Nevertheless, there were some doubts about whether Takaichi’s popularity, particularly among younger voters, would translate into votes.

In the end, her electoral gold dust rubbed off on the rest of her party. Despite freezing temperatures and record snow in places, the LDP has been comfortably returned to office with a vastly increased majority in the lower house. The coalition now has a two-thirds super-majority, which means she can override the upper house to push through her legislative agenda.

A more assertive posture on China?

Since becoming prime minister, the hawkish Takaichi has taken an assertive position towards China.

In November, she angered Beijing by saying Japan could intervene militarily to help protect Taiwan in the face of a potential Chinese invasion. This resulted in vicious Chinese attacks on Takaichi that continued into the new year.

While the Japanese public is divided over whether to come to Taiwan’s aid in any conflict with China, there is now strong support for Takaichi’s pledge to increase the defence budget to 2% of GDP by this March, two years ahead of schedule.

In December, the Cabinet approved a 9.4% increase in defence spending to achieve this objective, focusing on domestic production and advanced capabilities (cyber, space, long-range strikes).

In response to rising threats from China, North Korea and Russia, Takaichi’s government also plans to revise Japan’s core security and defence strategies this year.

Economic woes front and centre

As much as defence matters, Takaichi will ultimately be judged by the public when it comes to economic policy.

The public is increasingly concerned about rising inflation and stagnant wages leading to falling living standards.

A vivid illustration of this: the price of rice has doubled since 2024, hitting a new high last month. Public anger over rising rice prices even brought down the farm minister last year.

Inflation has been above the Bank of Japan’s 2% target for 45 straight months. And though nominal wages have recently picked up, real incomes have been decreasing for the last four years.

Takaichi has made tackling the cost of living a priority. She has vowed to suspend Japan’s 8% food tax for two years. And last year, her government announced a massive US$135 billion (A$192 billion) stimulus package, including subsidies for electricity and gas bills.

However, these policies will increase the government’s budget deficit, adding to the country’s already sky-high public debt levels.

And last month, Japanese government bond prices collapsed after Takaichi called the election, with the markets predicting a LDP win would result in looser fiscal policy and higher government debt.

The Bank of Japan is unlikely to intervene to support the bond market in any future crisis, which will leave the government with higher borrowing costs, further increasing public debt.

Japan also faces enormous challenges related to its shrinking population and workforce.

It is too early to know whether Takaichi has the answers to these challenges. But she now has the power, authority and freedom to boldly pursue her policy agenda. Now she will need to deliver the kind of change the electorate expects.

The Conversation

Adam Simpson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Japan’s rock star leader now has the political backing to push a bold agenda. Will she deliver? – https://theconversation.com/japans-rock-star-leader-now-has-the-political-backing-to-push-a-bold-agenda-will-she-deliver-274015

Why are new tea towels worse at drying dishes than older ones?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Rebecca Van Amber, Senior Lecturer in Fashion & Textiles, RMIT University

Anna Shvets/Pexels

There’s a peculiar ritual in many kitchens: reaching past the crisp, pristine tea towel hanging on the oven door to grab the threadbare, slightly greying one shoved in the drawer.

We all know that old faithful dries dishes better, even if we can’t quite explain why. It seems counter-intuitive – shouldn’t brand new towels, fresh from the packaging, outperform their worn-out predecessors?

Yet here we are, instinctively choosing the frayed over the fresh.

This isn’t just kitchen superstition. There’s genuine science behind why your tea towels actually improve with age, and understanding it might change how you think about all your household textiles.

The science of soaking it up

Tea towels are typically made from cotton or linen fibres, chosen specifically because these natural cellulose fibres are inherently hygroscopic, or water-loving.

But fibre type alone doesn’t determine how well your towel performs. A textile’s absorption is the result of a complex interplay between fibre, yarn, fabric structure, and any finishes applied during manufacturing.

Textiles absorb and hold water in two key places: within the fibre structure itself, and in the spaces between fibres and yarns. This is why fabric structure matters so much.

Think about bath towels – when was the last time you used a smooth, thin one? Bath towels are typically thick terry pile construction with lots of small loops on the surface. These loops dramatically increase surface area, allowing water to be easily wicked into the fabric.

Close-up of a multicoloured striped towel.
The loops on terry fabric are what makes bath towels so absorbent by trapping moisture in the fibres.
Lindsay Lyon/Unsplash

Tea towels come in various constructions: plain weave, twill weave, waffle cloth, or terry. Plain weave towels – the kind you see with printed designs – require a smooth surface for clean, crisp screen printing.

Waffle cloth, which looks exactly as its name suggests, has a three-dimensional texture that makes it incredibly effective. Like with terry towels, this structure increases surface area and enhances water absorption.

Why old beats new

So what makes your battered old tea towel superior to its pristine replacement? Three key factors are at play.

Silicone finishes. Many brand-new textiles arrive coated in silicone softeners that provide softness and wrinkle resistance, making them appealing on store shelves.

But here’s the catch: these same finishes are often water resistant. Your brand new tea towel may literally have a water-repellent coating. The fix is simple – always wash new tea towels in hot water before first use.

The impact of laundering. Fabrics undergo significant changes during their first several washes – typically up to six cycles. During manufacturing, whether knitted or woven, fabrics are held under tension. Washing causes the yarns to relax in what’s called “relaxation shrinkage”, reverting to their natural, tension-free state. Industry typically tolerates up to 5% shrinkage.

Here’s where it gets interesting: while your tea towel’s dimensions may shrink slightly, its mass stays the same, meaning the fabric becomes thicker and denser. In waffle weave towels, this shrinkage can make the three-dimensional texture more pronounced, increasing surface geometry and absorption. This phenomenon has been documented in terry bath towels, as well.

A slightly ratty waffle cloth towel on a counter.
The geometry of a waffle cloth makes it really absorbent.
022 873/Unsplash

Fabric ageing. Repeated washing and drying causes minor surface damage that actually improves performance. Small fibres gradually raise up from the fabric surface, creating a fluffier, “hairier” texture.

Really smooth tea towels aren’t very absorbent because water struggles to wet the surface – it can almost bead up due to the contact angle between water and the smooth fabric.

But as washing raises more fibres off the surface making a “rougher” textile, the contact angle decreases, making the fabric easier to wet. Waffle fabrics, with their irregular surfaces, are inherently more absorbent from the start due to favourable contact angles.

In short: washing leads to more surface texture, leading to better absorption.

Not just tea towels

The real revelation here isn’t just about tea towels – it’s about how we think about textiles in general.

That “worn in” feeling we associate with our favourite bath towels, tea towels and even bed linens isn’t just nostalgia. Many of our home textiles are genuinely performing better after repeated laundering, having shed their factory finishes and relaxed into their true structure.

So before you send your old tea towels off for recycling to replace with new ones, remember: those frayed edges and faded patterns represent months of your towel becoming exactly what it was meant to be.

And when you do buy new household textiles, wash them at least once before using to remove any residual finishes.

The Conversation

Rebecca Van Amber is a chartered member of The Textile Institute.

– ref. Why are new tea towels worse at drying dishes than older ones? – https://theconversation.com/why-are-new-tea-towels-worse-at-drying-dishes-than-older-ones-271852

How watching videos of ICE violence affects our mental health

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Larissa Hjorth, Professor of Mobile Media and Games., RMIT University

The recent murders of Minneapolis residents Alex Pretti and Renee Nicole Good are drawing renewed attention to the activities of United States Immigration and Customs Enforcement (ICE) agents.

While they are not the only people to have been killed by ICE agents, first-hand videos of the events of their death have made us all witness to the extreme violence being carried out in the US.

Multiple versions of the footage went viral globally, capturing the world’s palpable sense of injustice. These videos demonstrate how mobile media is transforming each of us into a new kind of witness to suffering.

We need to find new ways to process such collective trauma and channel it toward meaningful action.

Why some deaths grip the world

Every day, we are exposed to loss, grief and death through our mobile phones. The distance between the participant and the observer – between the mourner and the witness – collapses. This is what scholars call “affective witnessing”. The rise of social media, body cam technology and surveillance media have all driven this phenomenon.

As we watch viral footage of tragic events, the boundaries between the emotions of the recording witness and our own merge. We feel their grief in our bodies, and become witnesses by extension.

All witnessing is “affective” – meaning it stays in our bodies, hearts and minds. But there is a particular intensity that comes with mobile media witnessing, since our phones live in our pockets, in an especially intimate space we can’t always distance ourselves from.

Cultural studies scholar Judith Butler notes that in the case of war and violence, grief is not just personal – it’s social, cultural and political. Butler argues that when grief goes public (such as through social media), inequalities are magnified. Some losses become more visible and “grievable” than others.




Read more:
Images from Gaza have shocked the world – but the ‘spectacle of suffering’ is a double-edged sword


In recent years, we have increasingly witnessed through social media what death researcher Darcy Harris calls “political grief”.

Political grief encompasses the collective loss and mourning felt by communities facing systemic injustice (including non-death related). It can take the form of emotional, psychological and spiritual distress arising from certain events, policies, and ideologies.

All of the violent ICE incidents reported in the US are deeply embedded in a sense of political grief being felt across the world. They prompt the lingering question: “Is this the future of the world?”

From text messages to TikTok

From its outset, mobile media has played an important role in making political grief visible and providing systems for collective action.

From its 2G beginnings, mobile media has been used in “people power” political revolutions. For instance in 2001, text messaging was used in the Philippines to mobilise protesters to demand the removal of then president Joseph Estrada.

More recently, footage of the 2020 murder of George Floyd by the Minneapolis police had global ramifications. As cultural studies scholars Andrew Brooks and Michael Richardson note, the affected body of the Floyd witness who filmed the video represents

both the intensity of the event and the embodied experience of the witness, establishing a relation between the two.

Brooks and Richardson call this “embodied affective witnessing”, whereby the victim, the first-hand witness and their online audience all become implicated.

At the same time, mobile media can be a weapon when used by a state as a form of surveillance technology.

What do we do with what we can’t unsee?

In a space where the distance between mourner and witness is vanishing, digital “grief literacy” is needed.

Psychologist Lauren Breen and colleagues describe this as finding ways to identify and normalise respectful conversations about grief, mourning and loss that connect to hope and social change.

In the context of distressing ICE footage, this could look like

  • pausing before re-sharing graphic material, and considering who might be affected
  • seeking out safe spaces for processing political grief
  • channelling distress into tangible real-world action, such as contacting politicians, or supporting affected families.

We also need to understand that we all grieve differently. For two years, we have been investigating how everyday Australians explore grief, loss and mourning via mobile media.

Through interviews with mourners and field experts, we’ve encountered stories ranging from personal bereavement to collective non-death loss, such as ecological grief and political grief.

Many of the people we interviewed developed their own social media strategies to cope with loss on personal and collective scales.

Some chose not to share footage out of concern for their own wellbeing, respect for victims’ dignity, or due to scepticism over what positive real-world impact re-sharing would have.

Others engaged in thoughtful sharing to create spaces for understanding, hope and activism.

But sorting through these feelings shouldn’t fall entirely on individuals. Ultimately, we need better media grief literacy, and ways to hold complex public discussions that address how grief may be dealt with on both an individual and collective level.

The Conversation

Larissa Hjorth is an Australian Research Council Future Fellow (The Mourning After: Grief, witnessing and mobile media practices, FT220100552).

This research is funded by Larissa Hjorth’s Australian Research Council Future Fellowship, The Mourning After. Katrin Gerber is a Research Fellow on this study.

– ref. How watching videos of ICE violence affects our mental health – https://theconversation.com/how-watching-videos-of-ice-violence-affects-our-mental-health-275217

Blanchiment d’argent et cryptomonnaie : l’illusion de la transparence de la blockchain

Source: The Conversation – France (in French) – By Jean-Marc Figuet, Professeur d’économie, ISG Lab, Université de Bordeaux

Une adresse publique sur la blockchain se crée en quelques secondes, sans pièce d’identité, avec une clé privée connue uniquement du propriétaire des cryptoactifs. Max Acronym/Shutterstock

Une affirmation revient souvent : les criminels du monde entier utilisent les cryptomonnaies pour blanchir l’argent, en toute impunité. En effet, s’il est facile de tracer les échanges financiers via les blockchains, impossible d’identifier les personnes sans la coopération des acteurs comme Binance, Tether ou les prestataires de paiements. Car sur la blockchain, on peut tout voir sans savoir qui agit.


La promesse des blockchains publiques, comme Bitcoin ou Ethereum, est aussi simple qu’audacieuse : chaque transaction y est enregistrée, horodatée et visible par tous. À première vue, c’est un avantage décisif pour les enquêteurs financiers. À première vue seulement, car cette transparence se révèle souvent trompeuse. Si le registre décentralisé est public, les identités derrière les adresses restent inaccessibles sans intermédiaire.

Publiée en novembre 2025, l’enquête internationale The Coin Laundry (ICIJ) montre comment ce « paradoxe crypto » alimente une économie criminelle mondialisée, et comment l’identification des personnes dépend, en pratique, du bon vouloir d’intermédiaires privés, comme les plateformes (Binance) ou les guichets de conversion crypto-to-cash desks. Ces guichets sont des opérateurs, tels que Huione Guarantee ou Tether Operations Limited, souvent localisés dans des paradis fiscaux. Ces derniers convertissent des cryptoactifs en monnaie fiduciaire – euros, dollars – ou en actifs tangibles – or, immobilier – sans vérification systématique d’identité.

On peut tout voir sans savoir qui agit. Car la blockchain affiche seulement des transferts de crypto, pas des identités. Cet écart entre la traçabilité technique et la responsabilité juridique permet aux réseaux criminels de prospérer ; la transparence des flux ne garantit ni l’identification des acteurs, ni l’effectivité des contrôles.

Alors, comment concrètement ces transactions fonctionnent-elles ?

Piège de la pseudonymie

Sur une blockchain publique, l’unité de base n’est pas l’individu, mais l’adresse publique, c’est-à-dire une suite de caractères. Par exemple, 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv**** sur la blockchain Bitcoin. Cette adresse publique se crée en quelques secondes, sans pièce d’identité, en quantité illimitée. Elle est associée à une clé privée, par exemple L5oLkpXH3Z55rVgQv8gQJQ5v9X8fLpW7tQeNqW3TbKbYsZ1P**** qui elle, n’est connue que du propriétaire des cryptoactifs.

Les réseaux criminels exploitent cette pseudonymie en multipliant les adresses, en fragmentant les montants et en automatisant les transferts via des « services » variés – mixing, swaps décentralisés ou bridges. Le plus connu est le mixing, utilisé pour brouiller les traces des transactions en crypto.

Le mixing, une technique utilisée pour brouiller les traces des transactions sur une blockchain, suit un process complexe :
  • 1. Le dépôt des fonds : un utilisateur envoie ses crypto à une adresse pool gérée par un service de mixing, comme Tornado Cash.
  • 2. Le mélange des fonds : le service mélange ces crypto avec celles d’autres utilisateurs.
  • 3. La redistribution des fonds : après un délai aléatoire, le service renvoie les fonds, mais provenant d’autres adresses, vers une nouvelle adresse désignée par l’utilisateur, ce qui rend impossible le suivi des fonds originaux.

Le mixeur Tornado Cash a permis le blanchiment de plusieurs milliards de dollars en 2022 et 2023, dont certains directement liés à des cyberattaques et des ransomwares. En 2022, le groupe Lazarus, lié à la Corée du Nord, a utilisé un mixeur pour blanchir 615 millions de dollars (plus de 520 millions d’euros) volés lors du piratage du jeu Axie Infinity. Les hackers ont subtilisé des Ethereum (ETH) et les ont envoyés à Tornado Cash qui a fragmenté puis redistribué ces ETH vers des centaines d’adresses différentes, rendant le suivi impossible. Les fonds ont ensuite été convertis en monnaie fiduciaire via des guichets asiatiques ou réinvestis dans des casinos en ligne.

Relier une adresse à une identité

Les cellules de renseignements publiques comme Tracfin en France, Europol dans l’Union européenne, ou privées telles que Chainanalysis utilisée par le FBI ou Interpol peuvent identifier des schémas de blanchiment sur la blockchain. Mais relier une adresse à une identité relève de la seule volonté de l’intermédiaire.

Un exemple rapporté par l’ICIJ illustre ce piège. Entre juillet 2024 et juillet 2025, des adresses associées au groupe cambodgien Huione ont transféré au moins 408 millions de dollars (345,8 millions d’euros) en stablecoins USDT vers des comptes clients sur Binance. Ces transactions se sont poursuivies malgré le classement d’Huione en tant qu’entité majeure de blanchiment d’argent, ou primary money laundering concern, dès le 1er mai 2025, par le Financial Crimes Enforcement Network, un département du Trésor américain.

La visibilité des transactions n’est pas en cause. Ce qui l’est, c’est la difficulté à convertir cette visibilité en attribution fiable et en action rapide, comme le gel, la saisie ou les poursuites.

Les intermédiaires, le talon d’Achille de la traçabilité

Tant que les fonds en cryptomonnaie restent dans la blockchain (« on-chain »), leur traçabilité est totale. En revanche, dès que les fonds sortent de la blockchain (« off-chain ») par une conversion en monnaie légale ou l’achat d’actifs financiers… tout dépend des intermédiaires (plateformes, prestataires de paiement…). Ces derniers jouent un rôle comparable à celui de douaniers. Eux seuls peuvent relier une adresse à une identité, condition indispensable pour déclencher une action judiciaire.




À lire aussi :
Comment les trafiquants de cocaïne blanchissent l’argent des cartels


L’enquête de l’ICIJ insiste sur une réalité moins technologique qu’institutionnelle. Même lorsque des signaux d’alerte existent, la réaction des intermédiaires peut être tardive, incomplète ou absente. Leur activité demeure structurée par un modèle économique fondé sur les volumes et les frais.

Binance, la principale plateforme, a généré plus de 17 milliards de dollars (14,4 milliards d’euros) de commissions sur les transactions en 2023. Cela crée une tension durable entre la croissance des flux, génératrice de revenus, et la traque des flux illicites. Comme le secret bancaire suisse dans les années 1990, les intermédiaires crypto aujourd’hui privilégient la rentabilité à court terme au détriment de la lutte contre la criminalité financière.

La différence ? Leur modèle est encore plus difficile à réguler, car il repose sur une technologie conçue pour contourner les contrôles.

Trois obstacles se cumulent.

Complexité technique

Les fonds peuvent changer de libellé, circuler via des services de swaps qui permettent d’échanger instantanément une cryptomonnaie contre une autre, franchir des ponts entre blockchains, ou emprunter des infrastructures décentralisées. Chaque étape n’efface pas la trace, mais multiplie les embranchements, donc les hypothèses, et accroît la difficulté probatoire.

Fragmentation juridique

Les plateformes, les prestataires et les serveurs sont dispersés géographiquement. L’entraide judiciaire internationale est lente. Et certaines juridictions sont peu coopératives, notamment dans les paradis fiscaux.

Asymétries économique et temporelle

Un criminel peut créer une nouvelle adresse en quelques clics alors qu’un enquêteur doit engager des procédures multiples dont l’issue est incertaine. L’ICIJ souligne l’émergence de crypto-to-cash desks qui permettent de convertir de grosses sommes de crypto en cash, avec des contrôles variables.

Un indicateur aide à saisir l’ampleur du phénomène. Pour 2024, l’Internet Crime Complaint Center du FBI estime à 9,3 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros) les pertes déclarées par des victimes de crimes liés aux cryptomonnaies. Au-delà du chiffre, cela dit la vitesse d’adaptation des fraudeurs et la pression sur les capacités d’enquête.

La régulation européenne en progrès

L’Union européenne a créé deux instruments majeurs pour renforcent la traçabilité aux points d’entrée et de sortie du système régulé.

Le règlement européen Markets in Crypto-Assets, dit MiCA encadre les prestataires de services sur crypto-actifs via un régime d’autorisation depuis le 30 décembre 2024. Il crée de fait des exigences de gouvernance et des obligations de conformité.




À lire aussi :
Comment les trafiquants de cocaïne blanchissent l’argent des cartels


La règle du « voyage des fonds » (règlement UE 2023/1113) impose, depuis le 30 décembre 2024, que certaines informations accompagnent les transferts afin de réduire l’opacité des flux dans les circuits régulés.

Leurs limites sont intrinsèques. Ils ne couvrent ni les échanges de pair à pair qui se réalisent sans intermédiaire (via des groupes Telegram), ni les plateformes offshore, localisées dans des paradis fiscaux, ni les portefeuilles auto-hébergés (MetaMask, Ledger…) où l’utilisateur contrôle seul ses clés.

En clair, la réglementation sécurise le pont sans combler les fossés.

La transparence ne suffit pas

Affirmer que « la blockchain est transparente » est un leurre. Cette transparence ne porte que sur les mouvements de fonds, jamais sur les acteurs et sur leur identité. La lutte contre le blanchiment se joue aux marges du système, c’est-à-dire dans la rigueur des contrôles Know Your Customer, la réactivité des plateformes, et la coopération internationale.

Trois priorités semblent aujourd’hui s’imposer :

  • harmoniser les règles pour éviter l’arbitrage entre des juridictions permissives et d’autres, strictes ;

  • doter les enquêteurs de moyens techniques et juridiques adaptés ;

  • sanctionner réellement les intermédiaires défaillants, afin de transformer la transparence en responsabilité.

Au vu de l’expérience de la coopération internationale pour lutter contre les paradis fiscaux, on peut supposer que le chemin sera, sans nul doute, périlleux pour atteindre ces priorités. Sans elles, la blockchain restera un registre ouvert où les criminels savent tourner les pages sans y laisser leur nom.

The Conversation

Jean-Marc Figuet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Blanchiment d’argent et cryptomonnaie : l’illusion de la transparence de la blockchain – https://theconversation.com/blanchiment-dargent-et-cryptomonnaie-lillusion-de-la-transparence-de-la-blockchain-273051

When AI goes haywire: the case of the skyscraper and the slide trombone

Source: The Conversation – France – By Frédéric Prost, Maître de conférences en informatique, INSA Lyon – Université de Lyon

AI-generated images, in response to the prompt: “Draw me a skyscraper and a sliding trombone side-by-side so that I can appreciate their respective sizes” (left by ChatGPT, right by Gemini) CC BY

Artificial Intelligence (AI) is now part of our everyday life. It is perceived as “intelligence” and yet relies fundamentally on statistics. Its results are based on previously learned patterns in data. As soon as we move away from the subject matter it has learned, we’re faced with the fact that there isn’t much that is intelligent about it. A simple question, such as “Draw me a skyscraper and a sliding trombone side-by-side so that I can appreciate their respective sizes” will give you something like this (this image has been generated by Gemini):

This example was generated by Google’s model, Gemini, but generative AI dates back to the launch of ChatGPT in November 2022 and is in fact only three years old. The technology has changed the world and is unprecedented in its adoption rate. Currently, 800 million users rely on ChatGPT every week to complete various tasks, according to OpenAI. Note that the number of requests tanks during the school holidays. Even though it’s hard to get hold of precise figures, this goes to show how widespread AI usage has become. Around one in two students regularly uses AI.

AI: essential technology or a gimmick?

Three years is both long and short. It’s long in a field where technology is constantly changing, and short when it comes to social impacts. And while we’re only just starting to understand how to use AI, its place in society has yet to be defined – just as AI’s image in popular culture has yet to be established. We’re still wavering between extreme positions: AI is going to outsmart human beings or, on the contrary, it’s merely a useless piece of shiny technology.

Indeed, a new call to pause AI-related research has been issued amid fears of a superintelligent AI. Others promise the earth, with a recent piece calling on younger generations to drop higher education altogether, on the grounds that AI would obliterate university degrees.

AI’s learning limitations amount to a lack of common sense

Ever since generative AI became available, I have been conducting an experiment consisting of asking it to draw two very different objects and then checking out the result. The goal behind these prompts of mine has been to see how the model behaves once it departs from its learning zone. Typically, this looks like a prompt such as ‘Draw me a banana and an aircraft carrier side by side so that we can see the difference in size between the two objects’. This prompt using Mistral gives the following result:

Screenshot of a prompt and the image generated by Mistral AI.
Author provided

I have yet to find a model that produces a result that makes sense. The illustration at the start of the article perfectly captures how this type of AI works and its limitations. The fact that we are dealing with an image makes the system’s limits more tangible than if it were to generate a long text.

What is striking is the outcome’s lack of credibility. Even a 5-year-old toddler would be able to tell that it’s nonsense. It’s all the more shocking that it’s possible to have long complex conversations with the same AIs without the impression of dealing with a stupid machine. Incidentally, such AIs can pass the bar examination or interpret medical results (for example, identifying tumours on a scan) with greater precision than professionals.

Where does the mistake lie?

The first thing to note is that it’s tricky to know exactly what’s in front of us. Although AIs’ theoretical components are well known, a project such as Gemini – much like models such as ChatGPT, Grok, Mistral, Claude, etc. – is a lot more complicated than a simple Machine Learning Lifecycle (MLL) coupled with a diffusion model.

MML are AIs that have been trained on enormous amounts of text and generate a statistical representation of it. In short, the machine is trained to guess the word that will make the most sense from a statistical viewpoint, in response to other words (your prompt).

Diffusion models that are used to generate images work according to a different process. The process of diffusion is based on notions from thermodynamics: you take an image (or a soundtrack) and you add random noise (snow on a screen) until the image disappears. You then teach a neuronal network to reverse that process by presenting these images in the opposite order to the noise addition. This random aspect explains why the same prompt generates different images.

Another point to consider is that these prompts are constantly evolving, which explains why the same prompt will not produce the same results from one day to the next. Changes might be brought manually to singular cases in order to respond to user feedback, for example.

As a physician, I will thus simplify the problem and consider we’re dealing with a diffusion model. These models are trained on image-text pairs. It is therefore safe to assume that Gemini and Mistral models have been trained on dozens (or possibly hundreds) of thousands and images of skyscrapers (or aircraft carriers) on the one hand, and on a large mass of slide trombones on the other – typically, close-ups of slide trombones. It is very unlikely that these two objects are represented together in the learning material. Hence, the model doesn’t have a clue about these objects’ relative dimensions.

Models lack ‘understanding’

Such examples go to show how models have no internal representation or understanding of the world. The sentence ‘to compare their sizes’ proves that there is no understanding of what is written by machines. In fact, models have no internal representation of what “compare” means other than the texts in which the term has been used. Thus, any comparison between concepts that do not feature in the learning material will produce the same kinds of results as the illustrations given in the examples above. It will be less visible but just as ridiculous. For example, this interaction with Gemini: ‘Consider this simple question: “Was the day the United States was established a leap year or a normal year?”‘

When consulted with the prefix CoT (Chain of Thought, a recent development in LLMs whose purpose is to break down a complex question into a series of simpler sub-questions), the modern Gemini language model responded: “The United States was established in 1776. 1776 is divisible by 4, but it is not a century year (100 years), so it is a leap year. Therefore, the day the United States was established was in a normal year. ”

It is clear that the model applies the leap year rule correctly, thereby offering a good illustration of the CoT technique, but it draws the wrong conclusion in the final step. These models do not have a logical representation of the world, but only a statistical approach that constantly creates these types of glitches that may seem ‘off the mark’.

This realisation is all the more beneficial given that today, AI writes almost as many articles published on the Internet as humans. So don’t be surprised if you find yourself surprised when reading certain articles.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Frédéric Prost ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. When AI goes haywire: the case of the skyscraper and the slide trombone – https://theconversation.com/when-ai-goes-haywire-the-case-of-the-skyscraper-and-the-slide-trombone-272763

Canada is losing track of its wild salmon — just when we need that knowledge most

Source: The Conversation – Canada – By Michael Price, Adjunct professor, Department of Biology, Simon Fraser University

Every year, Pacific salmon return from the ocean to the rivers and streams where they were born. These migrations nourish ecosystems, sustain Indigenous cultures and support fisheries that people across Western Canada rely on. Yet something essential has quietly eroded: Canada’s efforts to count wild salmon.

That loss of basic information matters. It becomes especially important at a time when major industrial decisions affecting salmon watersheds are being made more quickly, and with less ecological information than in the past.

Twenty years ago, Canada adopted its Wild Salmon Policy (WSP), a landmark commitment to conserve the genetic and geographic diversity of wild Pacific salmon. At its core was a simple promise: to regularly assess the health of distinct salmon populations so declines could be detected early, and recovery action taken when needed.

Our recent analysis of publicly reported monitoring data shows that this foundation is weakening. Since the WSP was introduced, the number of spawning populations counted each year has declined by roughly one-third, driven largely by the loss of high-quality surveys.

We now lack sufficient publicly available data on nearly half of Canada’s Pacific salmon populations to assess whether they are healthy or at risk. Among those that can be assessed in British Columbia, around 70 per cent are in decline.




Read more:
Habitat loss and over-exploitation are leading to a decline in salmon populations


Why monitoring matters

Counting salmon isn’t bureaucratic box-checking. Salmon are foundational to coastal ecosystems and communities, and spawner counts are one of the simplest and most reliable ways to assess population health.

These data inform researchers and fisheries managers whether populations are stable, declining or recovering, and they underpin difficult decisions: when fisheries must be closed to prevent further harm, or when sustainable openings can support food security and livelihoods.

Without consistent monitoring, managers are forced to make decisions with limited evidence. Warning signs can be missed, and fisheries or habitat degradation may continue while populations quietly decline.

And the timing couldn’t be worse. The erosion of monitoring is occurring just as pressures on salmon are intensifying.

Climate change is warming rivers, altering ocean food webs, increasing the frequency of floods and droughts and reshaping freshwater habitats across Western Canada. In a changing environment, monitoring is the only way to distinguish natural variability from sustained declines.

At the same time, Canada is moving to accelerate industrial development. Recent federal legislation allows faster approval of projects deemed to be in the “national interest.” This push for speed is occurring while federal capacity to monitor salmon ecosystems weakens.

While expediency may be appealing, it carries real environmental risks unless matched by corresponding investment in mitigation and monitoring. When development accelerates while monitoring declines, decisions are increasingly made without a clear picture of what is being put at risk — or how impacts will be detected and addressed once projects are under way.

Data collection needed

The decline in monitoring is not simply the result of shrinking budgets or unavoidable austerity. Over the past two decades, federal investments in other salmon-related programs — such as enhancement and aquaculture development — have consistently exceeded investments in policy targeting salmon conservation.

In 2021, the federal government committed a historic $647 million to salmon conservation through the Pacific Salmon Strategy Initiative. Yet the systematic rebuilding of monitoring programs — the basic data collection needed to assess population health — was not made a central funding priority.

The challenge is likely to intensify. Recent federal budgets have committed to significant cuts to Fisheries and Oceans Canada, the department responsible for fisheries oversight and environmental monitoring. This would likely further constrain the capacity to rebuild monitoring programs.

In plain terms, Canada has not invested in the collection of information needed to know whether conservation efforts are actually working — or where action is most urgently required.

What rebuilding monitoring would look like

Reversing the decline in salmon monitoring is achievable, and relatively inexpensive compared to the costs of recovery once populations collapse.

First, the monitoring infrastructure and systems that allow governments and communities to track salmon populations must be treated as essential public infrastructure.

Second, coverage matters as much as precision. Monitoring more populations consistently, even with imperfect counts, often provides better insight than highly precise estimates at a few sites. Data gaps are far more damaging than moderate uncertainty.

Third, Indigenous-led and community-based monitoring offers a powerful opportunity to rebuild capacity. Many Indigenous nations have deep knowledge of salmon systems and strong stewardship responsibilities. Supporting monitoring partnerships, while respecting Indigenous data governance, can expand coverage, strengthen legitimacy and provide economic opportunities in local communities.




Read more:
Learning from Indigenous knowledge holders on the state and future of wild Pacific salmon


Finally, if governments choose to fast-track major projects, they must strengthen, not weaken, baseline ecological monitoring in affected watersheds. Speed should not come at the expense of understanding.

Canada has a clear framework for conserving wild salmon in the Wild Salmon Policy, but its effectiveness is undermined by low investment in basic monitoring. Without consistent and representative data, it becomes impossible to know what populations are in trouble, whether conservation efforts are working or where action is most urgently needed.

In effect, we are increasingly managing salmon in the dark — with stark consequences for ecosystems, fisheries and communities. Rebuilding broad, representative, monitoring programs is a foundational step that Canada can take to safeguard wild salmon in a time of rapid environmental and industrial change.

If we stop counting salmon, we should not be surprised when they disappear — quietly.

The Conversation

Michael Price is affiliated with SkeenaWild Conservation Trust as the Director of Science, and Adjunct Professor in the Department of Biology at Simon Fraser University.

Jonathan Moore is the principal investigator of the Salmon Watersheds Lab.

– ref. Canada is losing track of its wild salmon — just when we need that knowledge most – https://theconversation.com/canada-is-losing-track-of-its-wild-salmon-just-when-we-need-that-knowledge-most-273746

Northern housing must be built as an integrated ecosystem — by the North, for the North

Source: The Conversation – Canada – By Shelagh McCartney, Professor, Urban and Regional Planning, Toronto Metropolitan University

The recently launched Build Canada Homes (BCH) initiative marks the federal government’s most ambitious effort to build affordable homes since the Second World War.

The $13 billion initiative promises a building surge to emulate Canada’s post-war national housing program by doubling the national output of housing.




Read more:
Canada is a suburban nation because of post-Second World War government policy


This effort to aggressively stimulate growth in Canadian affordable housing construction includes the creation of the BCH new national agency working as a developer, rapid construction on public land, innovative modular construction methods and partnerships with private capital to push the pace.

For many Canadians, this may seem like a decisive response to the country’s housing crisis while also promoting Canadian sovereignty during tumultuous relations with the United States and other geopolitical developments.

But for the North, the parallels between the role of housing policy now and in the post-war era should give us pause. The building boom following the Second World War established many of the chronic housing, health and economic challenges northerners face today.

Lessons from the post-war era

Amid Cold War tensions and fears of Soviet encroachment following the Second World War, Canada and the United States moved to militarize and secure the Arctic.

Both countries established weather stations, the Distant Early Warning Line, airbases and other strategic infrastructure to assert sovereignty over the region. This geopolitical anxiety also fuelled Canadian efforts to create or expand permanent northern settlements.

These efforts imposed fixed communities on Indigenous peoples who previously moved seasonally through vast territories in patterns shaped by ecological knowledge and deep relationships with the land. This was often pursued through forced or incentivized relocations, reshaping Indigenous mobility and ways of life.

This push to secure the North was accompanied by a rapid expansion of federal housing initiatives in the 1950s and ‘60s to meet national housing strategies. Southern-style houses were imported into the North, detached from northern cultures, landscapes and climates, and administered through colonial governance structures.

Construction of these homes relied on southern labour and materials, leaving communities with buildings but not the authority, tools or training needed to construct or maintain them. Rather than recognize and learn from the approaches to housing construction and sustainability that northern, Indigenous peoples had been practising for generations, the government sought to impose control and authority through northern housing.

This era laid the groundwork for the housing precarity that northerners continue to feel today. Yet BCH uses the same language and approach — framing housing issues as a crisis, advocating rapid deployment, standardized technologies, reliance on southern supply chains and a short-term time frame. This undermines northerners’ abilities to self-determine and direct their own sustainable housing systems.

A different approach required

The North of 2026 is not the North of 1950. Climate change is accelerating permafrost thaw, reshaping ecosystems and exposing structural vulnerabilities in buildings and infrastructure caused by southern construction methods.

Dependence on imported materials and southern labour is even more unsustainable. Simultaneously, Indigenous Peoples across the North have developed community-led housing strategies, design innovations and governance models that offer powerful alternatives.

A Northern Housing Ecosystem (NHE) approach re-imagines northern housing not as a one-off construction campaign but as an interconnected system involving governance, economy, design, training, maintenance and social well-being.

It aligns with Indigenous-led housing innovations already underway — from the work of the K’asho Got’ine Housing Society and Yellowknives Dene First Nation, to regional training and design initiatives across the North.

The NHE asserts that housing is tied to health, education, economic development, energy use and cultural vitality. Housing cannot be governed within silos; it must be part of a living system.

To support northern housing autonomy and sustainability, BCH must adopt principles rooted in this ecosystem approach.

Principles include promotion of a northern housing economy where housing is collective infrastructure that focuses on community well-being and a sense of home for all northerners, prioritized over a market-based logic.

This fosters housing autonomy via northern and Indigenous control over governance, design, construction, repair and maintenance — the opposite of the dependency system of the post-war era.




Read more:
Housing is health: Coronavirus highlights the dangers of the housing crisis in Canada’s North


A sustainable northern housing future

The foundational question should no longer be: How many houses can we deliver quickly? Instead, it must be: How can we build a sustainable northern housing future?

This requires structural change in housing delivery. Short-term federal funding cycles and crisis-framing create pressure to spend and build quickly. That results in prioritizing communities with more administrative capacity, risks reinforcing inequities and rushes decisions that compromise sustainability.

Without concrete efforts to right the wrongs of the past, BCH will reproduce a housing system that never adequately or sustainably served the North. While BCH represents a major federal investment, the North needs more than housing units. It needs autonomy, climate-appropriate design, skilled local labour and local business development.

A sustainable northern housing future is possible, but only if programs like BCH evolve from a fast unit-counting exercise into an ecosystem-based strategy rooted in Indigenous leadership and northern expertise. That way a northern housing system can be built that will sustain communities for generations — by the North, with the North and for the North.


Mylène Riva, Associate Professor, Department of Geography, McGill University, Canada Research Chair in Housing, Community and Health and Rebecca Schiff, professor at the University of Lethbridge, co-authored this piece.

The Conversation

Shelagh McCartney receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada and the Canada Mortgage and Housing Corporation.

Aimee Pugsley receives funding from the Canada Mortgage and Housing Corporation and the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

Julia Christensen receives funding from the Canada Mortgage and Housing Corporation and the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

– ref. Northern housing must be built as an integrated ecosystem — by the North, for the North – https://theconversation.com/northern-housing-must-be-built-as-an-integrated-ecosystem-by-the-north-for-the-north-273789