Ouvrir, fermer, recomposer : cadres intermédiaires et « frontières » professionnelles

Source: The Conversation – France (in French) – By Ricardo Azambuja, Professeur associé en management, EDHEC Business School

C’est une dimension souterraine du travail des managers : établir des frontières dans l’organisation et décider de ce qui peut ou non circuler. Pourtant, la prise en compte de cette dimension amène à revoir complètement leur rôle réel et leurs missions.


Le travail des cadres consiste en grande partie à travailler au-delà des « frontières » organisationnelles, hiérarchiques, et même symboliques. Pour mettre en œuvre une stratégie et communiquer les besoins et le savoir-faire des employés, les cadres doivent composer avec ces frontières, représentant et traduisant les expériences de différents acteurs, y compris eux-mêmes.

Les chercheurs s’intéressent de plus en plus à ces frontières – contestées ou admises – que les cadres respectent, contournent et, en fin de compte, remodèlent activement pour remplir leur rôle.

Dans un récent article, nous tentons de nuancer et d’enrichir ces analyses en posant la question suivante : comment les cadres intermédiaires utilisent-ils le travail sur les frontières pour façonner leurs actions quotidiennes ? Notre observation principale est que ce travail ne se contente pas de renforcer ou d’affaiblir les frontières, que ce soit en termes d’ancienneté, d’expertise ou de hiérarchie, mais les configure de manière sélective afin de les rendre plus ou moins visibles et/ou poreuses.

Une position hybride

Les études sur les cadres intermédiaires ont mis en évidence leur position hybride et leur capacité à naviguer habilement entre les ambiguïtés et les malentendus, ainsi que les différences entre divers groupes.




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L’idée de travailler les frontières attire de plus en plus l’attention des chercheurs, en particulier lorsque ces frontières sont en mutation ou contestées. Dans de telles situations, elles ne peuvent être considérées comme acquises et deviennent un élément du rôle professionnel. Cependant, ces frontières professionnelles ont généralement été étudiées sous l’angle de leur renforcement ou de leur renversement dans le but de protéger les groupes ou de permettre leur collaboration.

Une activité hautement politique

Afin de mieux comprendre le travail de gestion des frontières, nous avons examiné de manière ethnographique un cabinet d’audit brésilien via des observations et des entretiens afin de comprendre l’expérience quotidienne et les motivations des managers.

Nous avons observé que la création de frontières est une activité hautement politique, constituant une source importante d’action managériale, car les cadres intermédiaires sont en mesure de filtrer et de traduire les idées de la hiérarchie et d’établir des espaces à partir desquels l’action est possible.

Ils peuvent « fermer ou ouvrir » ces espaces de manière à consolider leur position et à influencer l’organisation « depuis le milieu ». Ils peuvent promouvoir de manière sélective les interactions sociales et les identifications entre différentes unités ou différents rangs, ou inversement, éloigner les acteurs les uns des autres.

Barricade ou façade ?

Nous avons identifié quatre stratégies relatives aux frontières :

  • La technique des « frontières barricades » – Les barricades sont des frontières faciles à voir et difficiles à franchir. Les cadres intermédiaires les ont érigées pour mettre en évidence et légitimer leurs propres positions, se posant ainsi en gardiens indispensables des pratiques organisationnelles. Se positionnant comme les porte-paroles de la direction auprès de leurs employés et inversement, ils mettent l’accent sur l’autonomie et l’autorité. En allant jusqu’à adopter des pratiques propres à leurs services, ils les rendent indéchiffrables pour les autres, créant ainsi des sphères d’action parallèles où ils peuvent exercer un contrôle unique.

  • La mise en place des « frontières façades » – Les façades donnent l’impression de frontières solides, mais qui sont en réalité poreuses et inconsistantes. Les cadres intermédiaires s’engagent dans un travail de façade lorsqu’ils souhaitent marquer symboliquement les différences entre des groupes qui, dans la pratique, collaborent et ont des échanges continus. Cela leur permet de réguler les échanges à des moments clés et de maintenir un équilibre entre autonomie et travail en réseau. Ici, les cadres peuvent exercer de facto leur pouvoir sans remettre en cause les hiérarchies organisationnelles établies, une stratégie qui leur offre une certaine flexibilité opérationnelle.

  • Le travail sur des « frontières taboues » – Les frontières taboues sont celles qui ne doivent pas être mentionnées, bien qu’elles soient opérantes. Le travail managerial sur cette frontière existe principalement entre pairs, où cultiver un esprit de collégialité et de coopération exige de fermer les yeux sur les différences de pouvoir établies ou sur les intérêts divergents. Alors que les façades impliquent de rendre publiques les différences tout en établissant des liens, les frontières taboues maintiennent des différences cachées tout en conservant une apparence d’unité. Une grande partie de ce qui est « tabou » concerne la concurrence pour des ressources rares ou le statut entre managers. Dans ce cas, rendre cette concurrence visible peut compromettre la capacité à s’appuyer les uns sur les autres pour obtenir des ressources et des compétences essentielles.

  • La gestion des « frontières fantômes » – Les frontières fantômes, les plus insaisissables, ont une existence éthérée et peuvent être franchies, mais elles hantent le travail quotidien de manière « spectrale ». À la différence d’une situation d’absence de frontières, les managers ignorent ou contournent de manière sélective les frontières formelles afin d’établir des liens où « le faire malgré tout » est considéré comme faisant partie de l’établissement de relations. De cette manière, les frontières fantômes impliquent une présence dans l’absence : la connaissance de leur franchissement fait partie du fonctionnement interactionnel du franchissement.

Les managers, des douaniers ?

Dans l’ensemble, les managers ne se contentent pas de créer ou de détruire des frontières, mais ils travaillent sur la composition des frontières elles-mêmes, les rendant visibles ou invisibles et modifient la mesure dans laquelle elles peuvent être franchies… et par qui.

Xerfi Canal, 2022.

Cela donne une image du travail des cadres intermédiaires comme fondement de la constitution de l’organisation elle-même, car les pratiques d’« enfermement et d’exclusion » des cadres constituent un travail d’organisation continu, distinct et moins visible que l’élaboration de stratégies par la direction. Travailler sur les frontières implique également que la vie quotidienne des cadres est essentielle pour comprendre le fonctionnement des organisations et la manière dont les stratégies sont mises en œuvre.

Notre article suggère que les futurs programmes de recherche devraient se concentrer sur la manière dont les pratiques quotidiennes de travail sur les frontières façonnent les espaces d’action au sein de l’organisation, ce qui a donc de fortes implications « politiques ». Nous notons toutefois que ces pratiques sont perçues comme une forme de travail des cadres non reconnue, et qu’elles sont souvent subjectivement épuisantes.

Changer en changeant les autres

En effet, en modifiant les frontières qui définissent les rayons d’action des autres – et d’eux-mêmes – les cadres intermédiaires changent effectivement leur propre identité dans leur vie quotidienne, et ces pratiques peuvent entraîner une confusion et un fardeau personnel. Le travail de délimitation fait des managers ce que les managers font des frontières, et l’organisation qui en résulte n’est pas toujours prévisible à l’avance.

Notre étude suggère donc que nous devrions accorder davantage d’attention non seulement à la manière dont les managers existent au sein des organisations, dont ils créent eux-mêmes des formes d’organisation, mais aussi dont ils se construisent à travers leur action sur ces organisations.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Ouvrir, fermer, recomposer : cadres intermédiaires et « frontières » professionnelles – https://theconversation.com/ouvrir-fermer-recomposer-cadres-intermediaires-et-frontieres-professionnelles-271329

Entretien annuel : le danger du marketing de soi-même

Source: The Conversation – France (in French) – By George Kassar, Full-time Faculty, Research Associate, Ascencia Business School

L’effet Dunning-Kruger caractérise cette tendance : les moins compétents surestiment leurs capacités tandis que les plus compétents se montrent plus prudents dans leur jugement. StockHolm/Shutterstock

Nous sommes bel et bien en janvier. Le mois du blanc est surtout celui du grand théâtre des entretiens d’évaluation individuelle de performance dans bien des entreprises. Alors, comment les cadrer au mieux pour distinguer les salariés qui se mettent en scène de ceux qui créent réellement de la valeur, mais sous-estiment leur capacités ?


L’entretien annuel de performance est devenu un passage obligé dans la plupart des organisations. Il ne s’agit pas d’une simple discussion informelle, mais d’un moment qui pèse sur les primes, les promotions ou les opportunités de carrière. Très différent des entretiens de parcours professionnels qui sont une obligation légale, les salariés y voient un verdict sur leur année ; les managers doivent trancher, classer, justifier. La pression est forte des deux côtés de la table.

Dans ce contexte tendu, le collaborateur entre, armé de son powerpoint mental avec ses objectifs atteints, ses initiatives personnelles ou son leadership exemplaire. Le manager, lui, soucieux de préserver l’éthique dans ce processus, coche des cases, écoute poliment et note des mots-clés : confiance, dynamisme, vision, etc. Tout semble sérieux, objectif, quantifié. En réalité, la scène tient parfois plus du théâtre qu’une vraie application scientifique de la gestion de la performance.

De ce fait, ces entretiens, pourtant censés évaluer les résultats concrets, finissent souvent par mesurer autre chose, celle de la capacité à se vendre. Ce glissement ne serait qu’un détail s’il n’avait pas de conséquences bien réelles sur la motivation et la rétention des « talents ».

Quand la confiance se déguise en compétence

Durant le mois de janvier, un paradoxe managérial devient presque une tradition. Ceux qui maîtrisent tout juste leur sujet arrivent sûrs d’eux, brandissant leurs « grandes réussites » et occupent l’espace. Les vrais compétents, eux, minimisent leurs exploits, soulignent ce qui reste à améliorer… et passent sous le radar. Résultat : on récompense ceux qui parlent le plus fort, pas forcément ceux qui contribuent le plus. On s’étonne ensuite de voir les meilleurs partir.

Le phénomène a un nom : l’effet Dunning-Kruger. Décrit dès 1999 par les psychologues David Dunning et Justin Kruger, il désigne la tendance des moins compétents à surestimer leurs capacités tandis que les plus compétents se montrent plus prudents dans leur jugement.

Les études contemporaines confirment que ce biais ne s’arrête pas à la salle de classe, au laboratoire ou même sur le champ. Transposé au bureau, ce syndrome donne une situation paradoxale : plus on est limité, plus on risque de se croire excellent, plus on est bon, plus on doute et plus on voit ce qui pourrait être mieux.

Marketing de soi-même

Si le manager ne s’appuie que sur le discours tenu pendant l’entretien, sans preuves solides, il a toutes les chances de se laisser influencer par cette confiance parfois mal placée. L’aisance orale, la capacité à « vendre » un projet ou à reformuler ses tâches en succès stratégiques deviennent des critères implicites d’évaluation.

Cette surestimation omniprésente pourrait entraîner de graves atteintes au bon jugement professionnel. Elle déforme la perception des compétences réelles et favorisent une culture d’apparence plutôt qu’une culture de résultats.

Les vrais performants, souvent modestes, finissent par comprendre que la reconnaissance interne ne récompense pas les résultats et l’impact de leur travail, mais le récit qu’on en fait et la capacité à se mettre en scène.

Ces derniers peuvent ressentir un décalage entre ce qu’ils apportent réellement et ce que l’organisation valorise. Leur engagement s’érode, leur créativité aussi. Ce qui est un facteur bien documenté de démotivation et de départ.

Le plus ironique ? Ceux qui doutent d’eux-mêmes sont souvent ceux qu’on aimerait garder. Les études sur la métacognition montrent que la capacité à se remettre en question est un signe de compétence. À l’inverse, les plus sûrs n’évoluent pas. Persuadés d’avoir déjà tout compris, ils s’enferment dans leur propre suffisance durable.

L’entreprise perd, dans le silence, celles et ceux qui faisaient avancer les projets les plus exigeants et les plus sensibles. Elle garde ceux qui savent surtout parler de leurs succès.

Cadrer l’évaluation sur des faits

La bonne nouvelle est qu’il est possible de corriger cette dérive. Les pistes sont connues mais rarement appliquées.

Tout commence par un bon cadre pour la mise en place de l’évaluation de la performance. Une formation adaptée aux managers, évaluateurs et collaborateurs est encouragée, avec un système de revue fréquente de la performance, un dispositif de mesure clairement défini et un groupe d’évaluateurs multiples.




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Il est important de fonder les évaluations sur des faits en revenant à des concepts fondamentaux tels que le management by objectives (MBO). L’enjeu : définir des objectifs clairs, mesurables, ambitieux mais réalistes, suivi à l’aide d’indicateurs alignés sur l’impact réel, avec une stratégie de mesure fondée sur les données pour évaluer des résultats concrets, et pas seulement le récit de la personne évaluée.

L’avis d’un seul manager ne devrait pas suffire à juger la performance d’une personne qui travaille en équipe. Il faut regarder sa contribution au collectif.

Les dispositifs de « feed-back à 360° » permettent de diversifier les retours
– collègues, clients, revues de projets, etc. Quand plusieurs personnes confirment la contribution d’un collaborateur discret, il devient plus difficile de l’ignorer. À l’inverse, un profil très visible mais peu fiable sera plus vite repéré.

Distinguer assurance et compétence

Il est important de garder à l’esprit que la gestion de la performance est un processus social. Les recherches montrent que le feed-back formel, donné lors de l’entretien annuel, est bien plus efficace lorsqu’il est soutenu par un feed-back informel et des échanges réguliers. Ces discussions spontanées renforcent la confiance et créent le contexte nécessaire pour que l’évaluation finale soit juste, non biaisée, acceptée et réellement utile.

Il est essentiel de former les managers à mieux reconnaître et anticiper les biais cognitifs, en particulier ceux du jugement, dont le fameux décalage entre confiance affichée et compétence réelle. Comprendre que l’assurance n’est pas une preuve en soi, et que la prudence peut être le signe d’une réelle expertise, change la manière de conduire un entretien.

Tant que les entreprises confondront assurance et compétence, elles continueront à promouvoir les plus confiants et à perdre, peu à peu, leurs meilleurs éléments.

Dans un marché où les talents ont le choix, ce biais n’est pas qu’un détail psychologique : mais un véritable risque stratégique. Après tout, ceux qui parlent le plus fort ne sont pas toujours ceux qu’il faudrait écouter !

The Conversation

George Kassar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Entretien annuel : le danger du marketing de soi-même – https://theconversation.com/entretien-annuel-le-danger-du-marketing-de-soi-meme-271897

Les étudiants entrepreneurs ne s’intéressent pas qu’au profit

Source: The Conversation – France (in French) – By Pauline Brunner, Maître de conférences en sciences de gestion et du management, Université de Strasbourg

Le réseau Pépite France fédère les 33 pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat, dont sont membres les 6000 étudiants-entrepreneurs français et françaises. PeopleImages/Shutterstock

Une recherche dresse la typologie des étudiants-entrepreneurs français, bénéficiant du programme Pépite France. Tantôt pro-business, tantôt pro-environnement ou pro-social, homme ou femme, très diplômé ou peu diplômé, six profils se distinguent : les business entrepreneurs, les entrepreneurs sociaux, les entrepreneurs environnementaux, les entrepreneurs durables, les aspirants entrepreneurs et les entrepreneurs académiques.


Depuis 2021, le statut national d’étudiant-entrepreneur (SNEE), mis en place par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, permet aux étudiants et jeunes diplômés d’aménager leur emploi du temps, de substituer leur stage ou mémoire par un projet entrepreneurial et d’être accompagné.

L’étudiant fondateur de start-up purement « business » fait figure de proue, mais, de plus en plus, des entrepreneurs motivés par l’envie d’agir pour la société et la planète émergent. Selon le réseau Pépite France qui coordonne ces entrepreneurs, 69 % de l’ensemble des entreprises créées par les étudiants ont une finalité sociale et environnementale.

Notre recherche menée auprès de 210 étudiants-entrepreneurs inscrits dans le programme national Pépite France, entre 2014 et 2021, dresse une typologie de ces étudiants en fonction de l’orientation économique, sociale et environnementale de leurs projets. Six profils se distinguent : les business entrepreneurs, les entrepreneurs sociaux, les entrepreneurs environnementaux, les entrepreneurs durables, les aspirants entrepreneurs et les entrepreneurs académiques.

Qui sont ces entrepreneurs ? Quelles sont leurs aspirations ? Et pour quels résultats ?

Entrepreneurs sociaux, business ou académiques

Les business entrepreneurs (20 % de l’échantillon)

Essentiellement des hommes, étudiant dans un master scientifique, ils participent à plusieurs programmes d’accompagnement entrepreneurial et engagent des projets fondés sur des technologies numériques. Leur objectif : développer un projet rentable.

Les entrepreneurs sociaux (19 % de l’échantillon)

Animés par des valeurs fortes et sensibles aux questions de société, les entrepreneurs dits sociaux se caractérisent par leur motivation à répondre à des besoins sociaux non résolus dans la société. Majoritairement des femmes de niveau master, issues des sciences humaines, ces entrepreneuses sont actives dans le domaine de la santé et du bien-être.

Les entrepreneurs environnementaux (14 % de l’échantillon)

Les entrepreneurs dits environnementaux cherchent à promouvoir le bien-être écologique. Plutôt des hommes de 23 à 26 ans, en master scientifique, leur objectif est de contribuer à trouver des solutions innovantes dans les secteurs de l’agriculture, l’alimentation ou l’énergie.

Les entrepreneurs durables (11 % de l’échantillon)

La notion d’entrepreneur durable met en avant un entrepreneuriat fondé sur la « triple performance » sociale, environnementale et économique. Leurs projets sont plutôt liés à l’agriculture et prennent la forme d’activités d’achat-revente.

Les aspirants entrepreneurs (29 % de l’échantillon)

Ces étudiants en licence plutôt jeunes, masculins, s’inscrivent généralement pour la première fois dans un programme d’accompagnement. Leurs projets, encore embryonnaires, concernent plutôt la culture ou les arts. Leur objectif : développer et tester leurs compétences.

Les entrepreneurs académiques (4 % de l’échantillon)

Plus âgés, doctorants ou docteurs, ils développent des projets innovants pour trouver des applications concrètes à leurs recherches.

L’influence du genre, du domaine d’études et de la nature du projet

Pourquoi une telle diversité ? Les résultats de l’étude suggèrent que plusieurs facteurs entrent en jeu.

Le genre

Les femmes sont fortement représentées dans les projets sociaux (85 % contre 35 % de l’échantillon total), mais moins dans les projets purement économiques (7 % contre 35 % de l’échantillon total) ou environnementaux (17 % contre 35 % de l’échantillon total), soulignant l’influence des valeurs et des expériences vécues dans l’orientation des projets.

Le domaine d’études

Les sciences humaines nourrissent plutôt les projets sociaux (33 % contre 13 % de l’échantillon total) tandis que les sciences dites « dures » nourrissent les projets purement business (65 % contre 46 % de l’échantillon total) et les projets environnementaux (73 % contre 46 % de l’échantillon total).

La nature du projet

Les projets liés à l’agriculture sont plus souvent durables (46 % contre 18 % de l’échantillon total) ou environnementaux (57 % contre 18 % de l’échantillon total) tandis que les applications numériques se retrouvent surtout dans les projets sociaux ou purement économiques.

Les trajectoires personnelles sont importantes. L’entrepreneuriat étudiant ne se réduit pas à une logique unique : il reflète une pluralité de motivations, de parcours et d’ambitions.

Entrepreneurs sensibles aux enjeux de société

La génération actuelle d’étudiants est souvent décrite comme particulièrement sensible aux grands enjeux de société. Notre étude va dans ce sens. Une part importante des jeunes interrogés souhaite contribuer au changement, au-delà de la seule réussite économique. Mais l’enthousiasme ne suffit pas. Sans accompagnement adapté, beaucoup de ces projets risquent de rester à l’état d’idées prometteuses.

Le défi est double : donner aux étudiants les compétences pour développer leurs projets et créer un écosystème qui valorise les initiatives à impact.

Un des enjeux pour les universités et pour les pouvoirs publics est de soutenir cette diversité, sans la réduire à un modèle unique. Les étudiants sont nombreux à entreprendre autrement, et l’entrepreneuriat étudiant est devenu un laboratoire prometteur de la transition vers une société plus responsable.

The Conversation

Pauline Brunner est membre de l’Université de Strasbourg, du réseau de recherche en entrepreneuriat Grand-Est R2E, et du laboratoire LabEx Entreprendre de l’Université de Montpellier. Elle a reçu des financements de l’Idex Université de Strasbourg.

Véronique Schaeffer est membre de l’Université de Strasbourg et du réseau recherche en entrepreneuriat du Grand Est R2E. Elle a reçu des financements de l’Idex Université de Strasbourg et de la Région Grand-Est.

ref. Les étudiants entrepreneurs ne s’intéressent pas qu’au profit – https://theconversation.com/les-etudiants-entrepreneurs-ne-sinteressent-pas-quau-profit-271814

« Deep tech » : comment faire pour que les innovations de rupture atteignent leurs clients

Source: The Conversation – France (in French) – By Rani J. Dang, Maîtresse de conférences HDR; Vice-Présidente Entrepreneuriat Université Côte d’Azur; Direction UniCA Entreprendre, Université Côte d’Azur

Pour rester dans la compétition mondiale et viser les transitions en cours, les start-ups « deep tech » ont un rôle clé. Porteuses de technologie d’avant-garde, ces entreprises doivent relever de nouveaux défis. Les méthodes classiques d’accompagnement d’entreprises émergentes ne suffisent pas toujours. Car celles-ci doivent aussi « inventer » leur écosystème, avant d’atteindre le client final.


Le plan Deeptech de 2019 visait à stimuler la création de start-ups « deep tech », ces entreprises construites sur les résultats de la recherche scientifique. Ces objectifs sont largement repris dans le plan France 2030.

Cependant, la réussite commerciale de ce type d’entreprise, bâtie sur des bases scientifiques solides, reste un défi d’ampleur. Car le succès commercial ne dépend pas que de la technologie… mais aussi de l’adoption de cette dernière par un écosystème, souvent invisible jusque-là. L’étude de cas Caeli Energie, qui conçoit une climatisation bas carbone, montre que le succès d’une rupture technologique dépend avant tout de son adoption par des partenaires intermédiaires bien plus que par le client final.




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Le mythe persistant de la réussite grâce à la seule technologie

Les projets « deep tech » apportent une forte valeur ajoutée et présentent un caractère très différenciant, de par l’utilisation de technologies de rupture généralement protégées par la propriété intellectuelle et par un développement opéré en lien étroit avec la recherche. En relevant les défis contemporains, les « deep tech » investissent des domaines peu explorés et repoussent les frontières de l’innovation.

Malgré les efforts déployés, de nombreuses « deep tech » n’atteignent jamais leur marché. Non pas en raison d’une innovation déficiente, mais parce qu’elles sont confrontées à un triple défi. En effet, elles doivent développer simultanément leur organisation, une nouvelle technologie, mais aussi un marché qui, par définition, n’existe pas encore. Cette situation rend les approches classiques de l’entrepreneuriat inadaptées. Il est difficile, voire impossible, de tester la proposition de valeur quand les clients ne disposent pas des connaissances pour appréhender et adopter l’innovation.

Convaincre un écosystème

Les approches dominantes en innovation partent d’une vision ciblée sur le client, où la réussite dépend de la valeur perçue par le client. L’approche écosystémique définie et développée par Ron Adner constitue un cadre analytique pertinent pour comprendre comment les entrepreneurs peuvent appréhender les risques de l’écosystème en considérant la chaîne de relations et les interdépendances dont dépend la mise sur le marché d’une innovation.

Comme explicité dans l’article « Revisiter l’innovation par l’approche écosystémique », ce principe montre ses limites notamment dans le cas des innovations de rupture. C’est pourquoi les « deep tech » sont plus sujettes aux risques écosystémiques que les autres start-ups. Entre l’innovateur et son client, une multitude d’acteurs se dresse et conditionne l’adoption : distributeurs, installateurs, prescripteurs, régulateurs, mais aussi les producteurs de technologies complémentaires… Si l’un d’eux fait défaut ou n’est pas disposé à adapter ses pratiques, l’innovation n’atteint pas le client quand bien même ce dernier serait enthousiaste.

Une « deep tech » face à un écosystème complexe

Pour comprendre comment les « deep tech » naviguent dans ces environnements incertains, nous avons étudié Caeli Energie, une start-up qui conçoit une climatisation bas carbone fonctionnant sans gaz frigorigène, avec une consommation énergétique de trois à cinq fois inférieure à un climatiseur classique. Sa technologie repose sur un évapo-échangeur breveté, issu d’années de recherche. Pourtant, pour arriver jusqu’au consommateur, Caeli Energie doit convaincre les acteurs de son écosystème complexe :

  • les distributeurs, qui référencent le produit ;

  • les installateurs, prescripteurs clés qui doivent comprendre le fonctionnement du produit et accepter de sortir de leurs routines ;

  • les promoteurs, qui intègrent la nouvelle solution dans leurs projets immobiliers ;

  • les régulateurs, du fait des normes et contraintes techniques.

Il existe donc un risque d’intégration, soit la capacité de l’innovation à s’insérer dans les routines, compétences et infrastructures existantes.

Deux risques sous-estimés

Notre étude montre que les « deep tech » consacrent l’essentiel des efforts à la maîtrise du risque d’exécution : finance, technologie, industrialisation. Mais sous-estiment deux risques majeurs :

  • un risque d’interdépendance : l’innovation dépend-elle d’autres technologies ? d’un contexte réglementaire spécifique ? d’un équipement complémentaire ? Pour Caeli Energie, ce risque est modéré, car le système fonctionne de manière autonome. Mais pour de nombreuses « deep tech » (santé, quantique, hydrogène…), ce risque peut prendre des proportions significatives.

  • un risque d’intégration : l’innovation impose-t-elle de nouvelles routines aux partenaires ? de nouvelles compétences ? de nouveaux modèles économiques ?

Si un installateur ne comprend pas le produit, si un distributeur ne sait pas le promouvoir, si un acteur refuse d’adapter son processus, alors l’innovation n’atteint jamais son client.


Fourni par l’auteur

Anticiper l’interdépendance

Trois recommandations émergent de notre étude :

(1) Cartographier l’écosystème : identifier tous les acteurs avant le client final y compris ceux qui ne sont pas acheteurs, mais dont le rôle est déterminant ;

(2) Analyser les risques écosystémiques : les risques d’exécution, mais surtout d’interdépendance et d’intégration, et construire des stratégies pour les maîtriser ;

(3) Construire une proposition de valeur pour chaque acteur et pas seulement pour le client final.

L’histoire de Caeli Energie illustre une vérité que l’on observe dans toute innovation de rupture. La réussite ne dépend pas de la seule technologie, mais de la capacité à orchestrer son adoption par un écosystème.

À l’heure où l’action publique mise sur la « deep tech », comprendre cette dynamique est incontournable. Si la France veut réussir son pari d’une industrie innovante et souveraine, elle doit outiller ses entrepreneurs pour mieux naviguer dans ces environnements incertains.


Cet article a été co-écrit avec Florent Genoux, délégué Innovation Grenoble Alpes, Bpifrance.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. « Deep tech » : comment faire pour que les innovations de rupture atteignent leurs clients – https://theconversation.com/deep-tech-comment-faire-pour-que-les-innovations-de-rupture-atteignent-leurs-clients-272211

Enquête qualitative sur la diaspora malgache en France

Source: The Conversation – France in French (3) – By Léo Delpy, Maitre de conférences, Université de Lille

Manifestation de la diaspora malgache en France, place de la République à Paris, en solidarité avec les manifestations en cours à Madagascar à ce moment-là, 25 octobre 2025.
Compte Instagram « Malagasy en France »

Forte de près de 170 000 personnes, cette communauté est pourtant peu connue en France. Une enquête permet de mieux comprendre la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ainsi que la diversité des relations entre les membres.


La diaspora malgache est l’une des principales diasporas d’Afrique subsaharienne en France. Les dernières estimations, datant de 2015, font état de 170 000 personnes, ce qui la place au même niveau que les diasporas malienne et sénégalaise. Malgré son importance numérique et son rôle important lors des récentes manifestations de la Gen Z à Madagascar, notamment à travers une mobilisation soutenue sur le réseau social Facebook, cette communauté est peu visible. Elle fait notamment l’objet de peu d’études si on la compare aux autres diasporas préalablement citées.

Une communauté peu connue

On peut faire remonter la première présence malgache en France hexagonale à la moitié du XIXᵉ siècle avec la venue de deux étudiants malgaches inscrits en faculté de médecine. Par la suite, d’autres étudiants, principalement issus des classes bourgeoises proches du pouvoir colonial, suivront le même chemin (études de médecine et de théologie). Cependant, comme le précise Chantal Crenn dans son livre Entre Tananarive et Bordeaux. Les migrations malgaches en France, il est difficile de parler de première vague tant le nombre est faible.

Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour observer la première vague importante avec l’arrivée de 40 000 hommes, puis une deuxième vague avec la Seconde Guerre mondiale. Après 1947, la venue de Malgaches en métropole est principalement le fait d’étudiants issus de la bourgeoisie des Hautes Terres. Dans les années 1975-1980, les difficultés économiques et politiques de la Grande île vont pousser une partie des étudiants à venir étudier en France métropolitaine et certains à y rester.

Cet article se propose de combler en partie ces lacunes en analysant les résultats de l’enquête qualitative « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France », réalisée dans le cadre du projet de recherche TADY entre janvier 2025 et décembre 2025, regroupant 25 entretiens réalisés avec des membres de la diaspora malgache en France (France hexagonale et La Réunion) et à Madagascar.

Dans le cadre de ces entretiens, deux thématiques principales ont été abordées : d’une part, la perception de l’appartenance à la diaspora malgache ; d’autre part, la diversité des relations entre les membres de la diaspora en France, ainsi que les relations entre cette communauté et Madagascar.

Les résultats développés dans cet article n’engagent pas l’ensemble de l’équipe de recherche du projet TADY mais les seuls auteurs de l’enquête « Perception et réseaux de la diaspora malgache en France ». Cependant, les travaux ont bénéficié d’interactions porteuses au sein du projet TADY et les auteurs remercient à ce titre l’ensemble des membres du projet. Nous renvoyons également les lecteurs au rapport « La diaspora malagasy en France et dans le monde : une communauté invisible ? ».

Définitions endogènes de la diaspora malgache

L’analyse des entretiens de notre enquête ne permet pas d’identifier une définition commune et uniforme à l’ensemble des membres de la diaspora.

Cela rejoint la littérature scientifique sur les diasporas et souligne la nécessité de ne pas adopter une définition trop restrictive des groupes diasporiques. Dans les faits, nous identifions plusieurs visions avancées par les personnes enquêtées, qui peuvent être cumulatives ou non.

Premièrement, une vision identitaire et culturelle met en lumière une série d’arguments en lien avec le fait d’être natif de Madagascar ; d’avoir un attachement identitaire et culturel ; ou encore d’avoir la nationalité malgache (sans forcément avoir un attachement particulier à la culture malgache ou au pays). Ainsi, plusieurs entretiens soulignent que l’appartenance à la diaspora malgache renvoie au fait d’être né à Madagascar puis d’avoir migré, ou encore d’avoir la nationalité et de vivre dans un autre pays que Madagascar.

« La diaspora pour moi, c’est être natif du pays tout en étant parti du pays. »

Cette définition est pour certaines personnes une condition essentielle de l’appartenance au groupe diasporique. D’autres ont une vision plus large et considèrent que l’appartenance à la diaspora malgache est davantage liée aux pratiques culturelles, surtout au fait de parler le malgache.

« Quelqu’un de deuxième génération peut être considéré comme de la diaspora, mais cela dépend de l’éducation. Si les deux parents sont nés à Madagascar, et si les parents entretiennent la langue avec leurs enfants. Dans ce cas, oui. Sinon, les enfants peuvent avoir un rejet. Cette adoption passe par la langue mais aussi la culture, l’adoption du pays. »

Deuxièmement, une vision réticulaire et communautaire, avec deux représentations.

La première (représentation plus individuelle) renvoie au fait d’être en relation avec les membres de la diaspora et/ou d’être en relation avec Madagascar.

« Pour moi, la diaspora c’est toute personne qui a une relation avec Madagascar – que la personne soit malgache ou mariée à un Malgache ou née en France mais enfant de Malgache. Voilà, donc dès qu’il y a une relation avec quelqu’un qui vient de Madagascar ou qui est malgache, qu’il soit né ou pas à Madagascar, pour moi, ça constitue totalement la diaspora. »

La deuxième représentation organisationnelle et communautaire (moins fréquente) qualifie la diaspora comme étant toute forme d’action collective et d’organisation (formelle ou non) qui œuvre pour l’intérêt des Malgaches en France ou à Madagascar.

« Selon moi, la diaspora malgache, c’est la communauté de Malgaches à l’étranger qui se retrouvent par leur origine […] et qui se réunissent selon leurs centres d’intérêt (sportif, religion commune, ou un aspect culturel, etc.). »

Comme nous le verrons dans la suite de l’article, cette dimension réticulaire prend une place importante.

La structuration de la diaspora malgache en France

L’analyse des récits nous permet également d’identifier une dimension centrale de la diaspora : celle de la complexité et de la diversité des relations entre diaspora et Madagascar, d’une part, et entre les membres de la diaspora, d’autre part.

Premièrement, l’ensemble des témoignages soulignent l’importance des relations d’entraide entre les membres de la diaspora et Madagascar.

D’abord, les soutiens sont pour la plupart intrafamiliaux et peuvent être plus ou moins réguliers. Ils peuvent intervenir pendant un événement ponctuel (mariage, enterrement, baptême, maladie) ou bien plus régulièrement (transfert mensuel, paiement de frais de scolarité, etc.).

« Chaque fois que mes parents avaient besoin, ou avaient un pépin à Madagascar, il fallait dépanner. Ils n’avaient personne sur qui compter à part moi. Donc on part, on ne se rend pas forcément compte, mais il y a une responsabilité derrière. »

Ces logiques d’entraide s’apparentent souvent à de véritables mécanismes de protection sociale s’inscrivant dans une stratégie familiale construite autour de la migration.

D’autres témoignages relatent des processus d’entraide qui dépassent le simple cercle intrafamilial. À l’échelle de la famille élargie, de nombreuses initiatives sont développées dans le village d’origine des parents ou, plus largement, dans le lieu d’origine de la famille à Madagascar. Les mécanismes d’entraide sous-tendent de nombreux processus de négociation et des échanges complexes. Les écarts économiques et les perceptions de ces écarts renforcent la complexité de ces relations.

De nombreux témoignages soulignent la complexité des réseaux d’entraide entre la diaspora et Madagascar :

« Quand on envoie de l’argent là-bas, comme c’est un pays pauvre, ma famille a des voisins, les voisins savent que la famille de France envoie de l’argent, alors des fois quand on envoie de l’argent, on nourrit tout un voisinage. Donc des fois ma famille en demande un peu plus. C’est en allant là-bas que je l’ai vu et je l’ai vécu. »

Ainsi, les mécanismes d’entraide intrafamiliaux réguliers (entre enfants en France et parents à Madagascar par exemple) sont souvent le pilier de tout un système de redistribution impliquant de nombreuses personnes à Madagascar et en France.

Ensuite, au-delà de la logique de l’aide privée, plusieurs répondants soulignent la nécessité ressentie d’œuvrer directement pour Madagascar. Ils expriment leur sentiment de devoir moral impérieux, souvent cultivé au sein de la famille, à réinvestir leurs compétences acquises en France pour le développement de Madagascar.

Cette position, ancrée dans leur vision propre des enjeux du développement à l’île, se décline entre s’investir via l’aide au développement ou via le secteur privé, dans une perspective critique de l’aide. Dans les deux cas, toutefois, cette volonté de mobiliser ses compétences pour Madagascar entre en tension avec les opportunités limitées sur le marché du travail local, que ce soit en termes d’accès à l’emploi ou en termes de traitement salarial, en lien avec les écarts rapportés par plusieurs répondants entre conditions salariales des expatriés et conditions salariales des personnels nationaux. Les personnes malgaches venues étudier en France craignent de recevoir un salaire local alors que leur niveau de compétence est validé par un diplôme international.

Toutefois, malgré le manque d’opportunités de retour à Madagascar, la participation de la diaspora au développement du pays est bien réelle et prend notamment la forme de ressources immatérielles à travers le transfert d’opinions et d’idées qui peuvent influencer voire façonner celles des membres de la famille et plus largement l’opinion publique et dont le principal support et espace d’expression est Facebook, le réseau social le plus utilisé par les Malgaches.

Plusieurs enquêtés affirment s’informer régulièrement sur la situation du pays et certains prennent le temps de discuter les actualités avec leurs proches à Madagascar.

Par ailleurs, les influenceurs et lanceurs d’alerte sur Facebook basés en Europe, qui bénéficient d’une grande popularité en France comme à Madagascar, ont joué un rôle important dans le mouvement de la Gen Z.

Deuxièmement, l’analyse des récits permet également de caractériser la diversité des réseaux diasporiques en France selon les personnes.

Certaines se trouvent dans des réseaux exclusivement structurés autour de la famille proche et n’ont que peu de relations avec le reste de la diaspora malgache en France.

« En tant que personne faisant partie de la diaspora, je n’ai pas beaucoup échangé avec d’autres personnes de la diaspora, à part la famille. J’ai une définition très personnelle et très restreinte, je ne connais pas d’associations ou autre, je n’en ai jamais fait partie. »

Ces personnes peuvent par ailleurs maintenir des relations avec les membres de la famille présents à Madagascar. Tandis que d’autres, et ce à des niveaux variables, sont insérées dans des associations sportives, culturelles ou religieuses. Les organisations cultuelles malgaches occupent une place centrale dans la structuration des réseaux diasporiques. Au-delà de la fonction cultuelle, les Églises chrétiennes malgaches, dont les deux plus importantes et présentes dans les grandes villes françaises sont l’Église protestante malgache en France et le réseau des communautés catholiques malgaches de France, assurent souvent un rôle déterminant d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants (recherche d’emploi et de logement, conseil administratif), et favorisent également le maintien d’un lien fréquent et fort avec la communauté malgache.

« Sans la communauté malgache, je ne sais pas trop comment j’aurais pu m’en sortir à mon arrivée en France. C’est complètement grâce à la communauté malgache que j’ai pu m’en sortir, parce que ne serait-ce qu’avoir des amis, avoir des gens qui aident, par rapport à tout ce qui est administratif… parce qu’arriver en France sans rien connaître du tout, c’est très compliqué. […] Tout a été facilité par cette communauté malgache. La communauté de l’Église m’a permis de ne pas trop perdre mes repères et de ne pas être perdu totalement après mon arrivée en France. »

En conclusion, les principaux résultats de l’enquête soulignent la complexité des structures des réseaux diasporiques. Cette dernière s’explique non seulement par la diversité des représentations que la diaspora a d’elle-même mais aussi par la multitude des formes d’interaction qu’elle entretient avec Madagascar.


Cet article a été co-écrit avec Sarah M’Roivili.

The Conversation

Léo Delpy a reçu des financements du projet Tady.

Claire Gondard-Delcroix a reçu des financements du projet Tady.

Tantely Andrianantoandro et Tsiry Andrianampiarivo ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Enquête qualitative sur la diaspora malgache en France – https://theconversation.com/enquete-qualitative-sur-la-diaspora-malgache-en-france-271451

When science discourages correction: How publishers profit from mistakes

Source: The Conversation – Indonesia – By Douglas Sheil, Professor, Faculty of Environmental Sciences and Natural Resource Management, Wageningen University

Flawed scientific articles don’t just clutter journals — they misguide policies, waste taxpayer funds, and endanger lives. Errors in top-tier research persist due to a broken correction system. Consider our own recent experiences.

In March 2025, Communications Earth & Environment published a paper claiming oil palm certification reduces yields and drives land expansion. But the study misread satellite data – interpreting temporary declines during replanting as a loss of production area. When corrected, the data show no decline in efficiency.

The paper’s conclusion, that certification increases land demand, is therefore unsupported. Despite this, our request for retraction was declined, and we were asked to submit a rebuttal text, but our rebuttal remains under review nearly a year later.

Another example is a 2023 Nature paper estimating deforestation due to rubber plantations. The study’s sampling errors overstated rubber’s deforestation footprint. Our correction finally appeared almost two years later – behind a paywall – by which time the flawed study had been cited 98 times and shaped multiple policy reports.

Both papers passed peer review in leading journals, showing that even top-tier systems promote errors as easily as insights.

Why errors are hard to fix

These cases, and too many more, show that academia’s “correction machinery” is faltering. Few journals prioritise retractions or errata, and researchers who expose errors receive little encouragement.

The academic economy rewards novelty over accuracy. Careers hinge on new papers, not careful corrections. Post-publication critique counts for little. Admitting error risks reputation. Pointing out others’ mistakes risks backlash.

In this context, it is unsurprising that errors – even those that are flagged – accumulate. Retractions are rare, slow, and often buried. One Nature paper was retracted 22 years later – after nearly 4,500 citations.

These delays carry costs. In medicine, flawed data have led to harmful clinical decisions – as seen in the now-retracted 2020 Lancet hydroxychloroquine study that briefly halted global COVID-19 trials.

In conservation, satellite-based deforestation estimates often vary widely, confusing policymakers and undermining trust in the evidence. Different studies have produced very different pictures of forest loss, leading to contested claims and uncertain priorities.




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‘Publish or perish’ evolutionary pressures shape scientific publishing, for better and worse


How we got here

The reasons are structural and self-reinforcing – driven by profit and pressure.

  • Commercialisation of academic publishing

Many others have highlighted the problems of a system where the norm is that scientists, often funded by public money, conduct research, review papers for free, and then their institutions pay exorbitant fees to access the results while private companies pocket the profits.

The roots of this dysfunction trace back to Robert Maxwell, who in the 1960s turned Pergamon Press into a “perpetual financing machine”. Maxwell pioneered a model that commodified academic prestige and researcher vanity, creating the commercial empires that dominate the landscape today.

Maxwell’s model remains successful. Springer Nature reported profit margins of around 28% on nearly €2 billion (US$2.3 billion) in annual revenue. Elsevier and Wiley post even higher profit margins.

Academic publishing is now one of the most lucrative industries per unit of input, but profitability rests on extensive unpaid academic labour – peer review alone totals more than 100 million hours annually – and on restricted public access to the outputs.




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Academic publishing is a multibillion-dollar industry. It’s not always good for science


  • Peer review and inequality of access

Peer review, the gatekeeper of scientific integrity, is buckling under an insatiable demand. The number of submissions is growing as many nations accelerate their scientific outputs, and AI tools facilitate the production of increasingly credible looking submissions. Nature itself recently described a “peer-review crisis”.

Retractions exceeded 10,000 in 2023 and continue to rise. Arguably, not a sign of self-correction working, but of quality control in crisis.

Meanwhile, paywalls and charges for open access publishing (APCs) exclude many of the researchers able to catch flaws. Nature’s APCs now reach €10,690 (US$12,690). These costs are effectively barring many from low-income countries from publishing, accessing or correcting published work.

Double income for the publishers: Researchers pay to publish. Readers pay to read.

Science, at least in theory, is self-correcting. But a system prioritising profit and prestige corrects only when it must – and slowly.

It’s time to reform

Science advances not by being right, but by discovering where it’s wrong – and fixing it. Systemic reform must reframe prompt correction as a hallmark of integrity, not a badge of failure.

Open correction platforms, shared data, and AI-assisted review tools already make rapid, collective scrutiny possible. What’s missing are the incentives and the courage to make that the new norm.

If publishers can profit from paywalled errors, they can afford open corrections. If institutions and funders can count our papers and citations, they can also count our corrections.

Journals should make corrections visible, prestigious, and citable, and expand “Diamond Open Access” models. Wider access means more scrutiny and faster fixes.

Institutions should reward transparency over output, funders should back post-publication verification, and researchers should favour publishers that value rigour over hype.

You can encourage your university to join cOAlition S to advance fairer, faster correction. Readers, too, can help – by checking Retraction Watch before citing.

The tools for faster, fairer correction already exist – what’s missing is the will to use them. Errors are inevitable – but resigned silence isn’t. Science’s strength lies not in never being wrong, but in how effectively and openly it corrects itself.

The Conversation

Para penulis tidak bekerja, menjadi konsultan, memiliki saham atau menerima dana dari perusahaan atau organisasi mana pun yang akan mengambil untung dari artikel ini, dan telah mengungkapkan bahwa ia tidak memiliki afiliasi di luar afiliasi akademis yang telah disebut di atas.

ref. When science discourages correction: How publishers profit from mistakes – https://theconversation.com/when-science-discourages-correction-how-publishers-profit-from-mistakes-272657

Quand le Venezuela battait les États-Unis à l’OMC

Source: The Conversation – in French – By Shérazade Zaiter, Auteure | Juriste | Conférencière, Université de Limoges

Un retour sur un épisode aujourd’hui oublié, celui de la victoire du Venezuela contre les États-Unis, au milieu des années 1990, devant l’organe de règlement des différends de l’OMC, permet d’appréhender l’évolution qu’a connue l’ordre international au cours de ces trente dernières années.


Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces armées états-uniennes ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro au palais de Miraflores, à Caracas. Dans la foulée, Donald Trump annonçait que les États-Unis dirigeraient temporairement le Venezuela, le temps de permettre l’installation d’un gouvernement favorable à Washington. Il s’en est ensuite félicité sans détour : l’objectif de l’opération était l’accès au pétrole vénézuélien, appelé selon lui à être exploité par les grandes compagnies américaines.

Cette séquence, largement commentée, soulève de graves questions vis-à-vis du droit international. Mais elle invite aussi à une interrogation plus fondamentale : qu’est-ce qu’une victoire dans les relations internationales ? Et si nous nous trompions sur ce que signifie « gagner » ?

Revenons trente ans en arrière, à une époque où le Venezuela affrontait déjà les États-Unis sur un terrain stratégique : celui de l’énergie. La bataille ne se déroulait pas à Caracas, mais à Genève.

David contre Goliath, ou l’art de combattre les géants

Dans La loi David et Goliath, paru en 2013, l’essayiste canadien Malcolm Gladwell invite à repenser les conflits asymétriques. Selon lui, les situations de désavantage apparent peuvent se transformer en sources de force, précisément parce qu’elles obligent à inventer d’autres stratégies.

Les géants, écrit-il, ne sont pas toujours aussi puissants qu’ils le paraissent ; leurs atouts peuvent devenir des faiblesses. À l’inverse, la position du plus faible peut ouvrir des opportunités inattendues.

Cette grille de lecture éclaire singulièrement un épisode aujourd’hui largement oublié de l’histoire du droit international commercial : l’un des tout premiers différends traités par l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Une affaire fondatrice : le Venezuela contre les États-Unis

L’OMC entre officiellement en fonctions le 1ᵉʳ janvier 1995, avec une innovation majeure : un mécanisme de règlement des différends juridiquement contraignant, destiné à remplacer les rapports de force commerciaux par des règles communes et opposables.

Quelques semaines plus tard, le 23 janvier 1995, le Venezuela saisit l’Organe de règlement des différends. Le pays est dirigé depuis 1994 par Rafael Caldera Rodriguez, figure de la démocratie vénézuélienne d’avant Chavez (qui lui succédera à la présidence en 1999), dans un contexte où Caracas et Washington entretiennent encore des relations diplomatiques et économiques relativement normales, fondées sur l’interdépendance énergétique et le respect des cadres multilatéraux.

Washington applique alors des normes environnementales plus strictes à l’essence importée qu’à l’essence raffinée sur son territoire, ce que Caracas considère comme une discrimination déguisée contraire au principe de « traitement national » selon lequel un produit importé ne doit pas être traité moins favorablement qu’un produit national similaire.

Washington invoque la protection de l’environnement et de la santé publique, estimant que ses mesures sont justifiées par les exceptions prévues par les accords de l’OMC. En janvier 1996, le groupe spécial donne raison au Venezuela, rejoint entre-temps par le Brésil. Les États-Unis font appel, mais l’organe d’appel confirme l’essentiel des conclusions. Contraints par la décision, ils modifient leur réglementation en 1997.

L’OMC et l’ORD : un pari sur la paix par le droit

La création de l’OMC reposait sur une conviction forte : le commerce international, encadré par des règles communes et arbitrées par des institutions indépendantes, pouvait contribuer à la stabilité et à la paix. Le cœur juridique de ce projet est l’Organe de règlement des différends (ORD).

Pour la première fois, les États acceptent un mécanisme quasi juridictionnel, obligatoire, doté de délais contraignants et d’une possibilité de sanction en cas de non-exécution. L’ORD n’est pas parfait, mais il introduit une rupture majeure : la substitution du droit au rapport de force dans la gestion des conflits commerciaux.

Le différend entre le Venezuela et les États-Unis incarne cet esprit fondé sur l’égalité juridique formelle des États, indépendamment de leur puissance économique ou militaire.

Le lent effritement du multilatéralisme

Depuis une quinzaine d’années, les règles du commerce international sont de plus en plus ouvertement contournées. La Chine subventionne massivement ses filières stratégiques ; l’Union européenne recourt à un protectionnisme non tarifaire fondé sur les normes ; les États-Unis bloquent le fonctionnement de l’Organe d’appel de l’OMC. En façade, tous continuent de défendre le multilatéralisme. Dans les faits, presque plus personne ne le respecte pleinement.

Le retour de Donald Trump au pouvoir a accéléré cette dynamique. Dès l’été 2025, l’administration américaine impose des surtaxes douanières massives à l’Inde, pourtant présentée comme un partenaire stratégique clé dans la rivalité avec la Chine, mais aussi, à d’autres alliés ou partenaires majeurs, du Mexique à l’Union européenne, en passant par la Corée du Sud, et assume une politique commerciale « à la carte », fondée sur le rapport de force.

Le tournant protectionniste américain

Ce modèle a toutefois toujours été accepté par Washington de manière instrumentale. Tant que l’OMC servait ses intérêts stratégiques, en ouvrant des marchés, en diffusant les normes du capitalisme libéral, en stabilisant les relations économiques internationales, elle était tolérée, voire soutenue. Mais dès lors que le droit commercial a commencé à contraindre la marge de manœuvre américaine, le discours a changé.

L’OMC est accusée d’atteinte à la souveraineté américaine, d’inefficacité et de complaisance envers la Chine. Le blocage délibéré de la nomination des juges de l’Organe d’appel, paralysant le système de règlement des différends, marque un tournant décisif : Washington ne cherche plus à réformer le droit commercial multilatéral, mais à l’empêcher de fonctionner lorsqu’il devient contraignant.

Ce rejet s’inscrit dans une revendication assumée du protectionnisme, présenté comme un instrument de puissance et de sécurité nationale. Cette logique n’a rien de nouveau et ses contradictions ont été mises en lumière dès le XIXe siècle. En 1845, dans sa célèbre Pétition des fabricants de chandelles, Frédéric Bastiat tournait en dérision les raisonnements protectionnistes en imaginant des producteurs de chandelles demandant au législateur d’interdire la lumière du soleil, trop concurrentielle…

Le Venezuela, laboratoire d’un monde sans règles

L’opération menée contre le Venezuela en ce début d’année 2026 s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large. De nombreux analystes estiment que derrière le discours sur la démocratie et les souffrances du peuple vénézuélien se dessine un objectif géostratégique clair : couper un maillon essentiel de l’approvisionnement énergétique chinois. Pékin absorbait jusqu’à 80 % du pétrole du Venezuela et avait massivement investi dans ses infrastructures. En neutralisant Caracas, Washington frappe indirectement son principal rival stratégique.

Dans cette perspective, le droit international devient superflu, voire encombrant. La violation de la souveraineté vénézuélienne est cohérente avec une stratégie d’endiguement de la Chine qui passe par l’affaiblissement de ses partenaires, qu’il s’agisse du Venezuela, de l’Iran ou, demain, d’autres États jugés stratégiques.

Les réactions internationales confirment ce basculement. L’Union européenne, pourtant prompte à se présenter comme la gardienne de l’ordre juridique international, n’a pas formulé de condamnation explicite de l’opération américaine. Les déclarations, prudentes et ambiguës, traduisent une résignation : l’ordre international fondé sur des règles communes n’est plus la priorité. L’essentiel est désormais de rester dans le camp du plus fort.

Que signifie « gagner » dans les relations internationales ?

Il serait pourtant trompeur de lire l’épisode du milieu des années 1990 comme une parenthèse enchantée où le droit international aurait, par nature, triomphé de la puissance. L’ordre juridique issu de 1945 n’a jamais été extérieur aux rapports de force. Il en est au contraire le produit. Ces règles ont été acceptées, et parfois promues, par les grandes puissances parce qu’elles correspondaient à leurs intérêts stratégiques du moment : stabiliser l’économie mondiale, sécuriser les échanges, contenir les conflits dans des cadres prévisibles.

La victoire du Venezuela devant l’OMC n’était donc pas une victoire contre la puissance américaine, mais une victoire rendue possible par un système que Washington jugeait alors utile.

Trente ans plus tard, ce n’est pas tant le droit international qui a disparu que le compromis politique qui le rendait opérant. Lorsque le droit cesse de servir la stratégie dominante, il devient un obstacle à contourner. En 1995-1997, le Venezuela a gagné un différend commercial face aux États-Unis. En 2026, les États-Unis ont gagné un accès direct aux ressources pétrolières vénézuéliennes. Mais à quel prix ?

Le prix est celui de l’érosion accélérée des règles communes, de la banalisation de la force brute et de l’installation durable d’un monde plus instable, où chaque victoire tactique fragilise un peu plus l’ordre global. Si nous nous trompons aujourd’hui sur ce que signifie « gagner », c’est peut-être parce que nous confondons la domination immédiate avec la victoire durable.

Le droit international n’a jamais aboli les rapports de force ; il en a été une mise en forme, imparfaite mais stabilisatrice. Ce que nous avons perdu, en renonçant à cette contrainte volontaire, ce n’est pas seulement un idéal juridique abstrait, mais un outil concret de régulation qui permettait encore aux David d’affronter les Goliath autrement que sur le champ de bataille.

Le droit ne triomphe jamais seul. Mais sans lui, la victoire cesse d’être autre chose qu’un rapport de prédation temporaire, et le monde, un espace où, à terme, plus personne ne gagne vraiment.

The Conversation

Shérazade Zaiter ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand le Venezuela battait les États-Unis à l’OMC – https://theconversation.com/quand-le-venezuela-battait-les-etats-unis-a-lomc-273245

Les plantes aussi ont un microbiote – pourrait-on s’en servir pour se passer de phytosanitaires ?

Source: The Conversation – in French – By Cécile Monard, Chargée de recherche, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Les plantes sont en contact tellement étroit avec des microorganismes que l’on parle de symbiose, et qu’on ne peut envisager l’évolution des unes sans les autres. Gaudenis/Unsplash, CC BY

Les plantes et leur microbiote – tout comme les humains et leur microbiote –échangent du matériel génétique. En étudiant cette forme de communication entre les partenaires d’une symbiose, des scientifiques montrent comment les racines peuvent favoriser l’accès aux nitrates présents dans le sol – une ressource indispensable à la croissance des plantes. Ils et elles explorent aussi l’hypothèse que ce langage permette de lutter contre les pathogènes.


Depuis une dizaine d’années, une nouvelle vision des organismes s’impose. Les êtres humains, les animaux et les plantes ne peuvent exister sans leur association avec une myriade d’espèces de microorganismes qui constituent leur microbiote et qui leur apportent des fonctions biologiques complémentaires à leur hôte.

Par exemple, les champignons « mycorhiziens » prolongent les fonctions racinaires des plantes. Ils leur permettent notamment d’explorer le sol et ses ressources ; et apportent une fonction protectrice contre les pathogènes grâce à leur capacité à synthétiser des fongicides et des antibiotiques.

Cet ensemble « hôte et microbiote » forme ce que l’on appelle l’« holobionte », et il est maintenant admis qu’il s’agit d’une unité évolutive et fonctionnelle à prendre en compte dans son ensemble.

Cette nouvelle vision des organismes, non plus comme des individus uniques mais comme des métaorganismes, implique l’existence d’un dialogue entre les différents partenaires de cet ensemble complexe – que nous nous efforçons aujourd’hui de décoder.

Un nouveau langage, fondé sur le transfert de « code génétique » au sein des êtres vivants

Au sein des êtres vivants, différents mécanismes de communication sont connus, permettant le transfert d’informations à différentes échelles de l’organisme. Il peut s’agir d’échanges d’ions, comme le calcium ou le potassium entre les cellules, de signaux électriques à travers nos neurones ou encore le transport d’hormones dans le sang, comme l’insuline qui régule la glycémie en fonction de notre régime alimentaire.

Il existe même des petites protéines ou des peptides capables de voyager entre les organes, qui peuvent par exemple être impliqués dans l’immunité. Un cas très étudié est celui de la systémine, produite par les feuilles de plantes blessées. Ce peptide est transféré à d’autres organes pour induire des mécanismes de défense dans la plante entière.

En plus de cet arsenal de dialogues moléculaires, une autre voie de communication a été découverte en 1993 et a révolutionné le domaine de la communication chez les organismes vivants. Elle est basée sur l’échange de matériel génétique, composé de mini-séquences appelées « microARN », entre différentes cellules et/ou organes d’un même individu.

Initialement observée chez un nématode (un ver microscopique), cette découverte a ensuite été généralisée à d’autres animaux, aux êtres humains et aux plantes. Elle a donné lieu à l’attribution du prix Nobel de médecine 2024 à Victor Ambros et Gary Ruvkun.

Les premières recherches ont montré que ces microARN sont des intermédiaires de communication impliqués dans la majorité des processus biologiques, depuis l’embryogenèse jusqu’au vieillissement, et affecte notamment l’immunité et la résistance des organismes aux contraintes environnementales.

Un langage aussi utilisé entre différents êtres vivants

Depuis une dizaine d’années, nous savons également que ces microARN sont impliqués dans le transfert d’information entre différents individus – ce que l’on peut qualifier de communication.

En particulier, les microorganismes du microbiote et leur hôte échangent du matériel génétique. Ceci est particulièrement surprenant car, en général, le matériel génétique (ADN) ou l’intermédiaire de ce matériel (ARN) ne sont pas très mobiles entre cellules et a fortiori entre cellules d’individus et d’espèces différents !

Néanmoins, l’étude du microbiote intestinal des mammifères a bien mis en évidence en 2016 l’implication de microARN produits par les cellules épithéliales du tube digestif de l’hôte, dont le but est d’exercer une pression de sélection du microbiote intestinal bénéfique et de reprogrammer le fonctionnement de ce dernier.

De la même façon, nous avons montré que les racines des plantes influencent le fonctionnement de leur microbiote. Celui-ci, par son rôle dans l’assimilation des nutriments, présente des similitudes avec le système digestif des animaux.

Pourquoi ce « langage » est important pour une agriculture en transition

En 2024, nous avons également montré (Brevet FR3147485 du 11/10/2024) que des microARN de plantes pouvaient réduire la compétition de ses dernières avec certains microorganismes présents dans le sol à proximité de leurs racines pour l’accès aux nitrates, une ressource vitale pour les végétaux souvent apportée par les engrais minéraux ou les épandages de lisier et fumier.

De plus, dans le cas de certains stress environnementaux ou bien d’infections par les pathogènes, l’expression des microARN est perturbée et on assiste à un développement anarchique, ou déséquilibre, du microbiote – on parle de « dysbiose ».

Il est concevable d’agir sur le « langage » entre microbiote et racines pour moduler la réponse des plantes aux changements environnementaux, notamment en contexte agricole. Par exemple, l’utilisation de microARN naturellement produits par les plantes pourrait aider ces dernières à recruter un microbiote bénéfique, et leur permettre de se défendre des pathogènes, de résister aux stress environnementaux liés au changement climatique ou encore de faciliter leur nutrition ; ce qui pourrait permettre de limiter notre dépendance aux engrais minéraux et aux produits phytosanitaires délétères pour l’environnement.

Nous espérons que ces pratiques fondées sur l’application de microARN mimant ceux naturellement produits par les plantes puissent constituer une nouvelle porte d’entrée vers une agriculture durable et respectueuse de l’environnement sans avoir recours à l’introduction de gènes exogènes dans le génome des plantes, ce qui crée des organismes génétiquement modifiés, qui sont l’objet de controverses dans notre société.


Le projet Deciphering plant-microbiome interactions to enhance crop defense to bioagressors est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Cécile Monard a reçu des financements de CNRS, CMI Roullier, OSERen

Abdelhak El amrani a reçu des financements de la région de bretagne, CNRS, Europe, ANR.

ref. Les plantes aussi ont un microbiote – pourrait-on s’en servir pour se passer de phytosanitaires ? – https://theconversation.com/les-plantes-aussi-ont-un-microbiote-pourrait-on-sen-servir-pour-se-passer-de-phytosanitaires-266429

Microsoft’s AI deal promises Canada digital sovereignty, but is that a pledge it can keep?

Source: The Conversation – Canada – By Blayne Haggart, Associate Professor of Political Science, Brock University

Over the past year, few words have been abused as much as “sovereignty,” particularly in relation to Canadian digital policy and artificial intelligence. In early December, Microsoft promised to invest more than $7.5 billion over the next two years to build “new digital and AI infrastructure” in Canada. This investment is backed by a pledge that it will “stand up to defend” Canadian digital sovereignty.

Framing the investment in terms of protecting Canadian sovereignty isn’t incidental. Politically, countries are increasingly worried that tech companies based in the United States are vulnerable to pressure from the increasingly authoritarian government of President Donald Trump to turn over foreign citizens’ data, trade secrets, emails and any activity or metadata produced on their systems to the U.S. government.

If you’re wondering how investments in essential digital infrastructure from a U.S. company can help protect Canadian sovereignty, you’re not alone. It can’t and it won’t, for the simple reason that Microsoft — and other tech companies based in or that do business in the United States — are promising something that’s beyond their control to deliver.

Data sovereignty

Sovereignty, in its simplest terms, refers to the ability of a state to control what happens within its borders and what crosses those borders. It has other aspects, such as whether a state is recognized by other states, but at heart it’s about control.

In June 2025 testimony before a French Senate committee examining the issue of government procurement and digital sovereignty, Microsoft France’s director of public and legal affairs, Anton Carniaux, was asked if he could guarantee under oath that data could not be transmitted to the U.S. government without the French government’s approval. He replied: “No, I cannot guarantee that, but, again, it has never happened before.”

Carniaux’s response reminds us that the U.S., through its 2018 CLOUD Act, has claimed the right to exercise control over data collected by U.S. companies, even if it’s stored outside the country. In other words, American law explicitly requires that U.S. law takes precedence over other countries’ laws.

This is a clear infringement of any definition of sovereignty in terms of control. In response, Microsoft has promised to write “into contracts that Microsoft will challenge any government demand for Canadian data where it has legal grounds to.”

While meant to sound reassuring, Microsoft’s promise is less than it appears. Not only does their commitment leave it up to Microsoft and U.S. courts to determine the validity of any demand, but the law itself is only half of the problem.

Mass surveillance

The mass illegal surveillance of global communications by U.S. intelligence agencies, revealed by whistleblower Edward Snowden in 2013, was abetted by American tech companies. The U.S. National Security Agency collected vast amounts of data on people around the world, including non-American citizens, by tapping into internet firm servers.

American companies are uniquely beholden to pressure from the U.S. government. They depend on the government to negotiate favourable international agreements, and also as a major purchaser of their goods and services.

As research by York University criminology professor Natasha Tusikov has shown, the U.S. also engages in “shadow regulation,” putting pressure on private companies to fulfil government objectives that go beyond what’s required by law — even, as Tusikov discusses, pursuing policies that have been explicitly rejected by democratically elected legislatures.

All that happened before the Trump era. And given his clear contempt for the principle of sovereignty and American tech companies’ close ties with the government, U.S. abuse of the non-American data held by its tech companies is certainly a possibility.

Carney government vague about sovereignty

As misleading as Microsoft’s promises may be, it’s the Canadian government that’s playing the loosest with digital sovereignty talk. Prime Minister Mark Carney arguably won the federal election on his promise to protect Canadian sovereignty against a rapacious United States.

While the prime minister has promised a “Canadian sovereign cloud,” it is unclear what exactly this means. Evan Solomon, Canada’s minister in charge of promoting AI, has expressed openness to including U.S. companies like OpenAI (a Microsoft partner) in Canada’s sovereign cloud, indicating that it could include “hybrid models” with “multiple players.”

Solomon has also argued that “sovereignty does not mean solitude … we can’t look at AI as a walled-off garden. Like, ‛Oh, we cannot ever take money from X or Y.’”

It’s true that sovereignty is never absolute. The real world is much messier than a world divided into neat, discrete packages that the principle of territorial sovereignty implies. No community or state is fully self-sufficient.

We live in a global world of economic and social connections. Global governance involves a mix of domestic laws, international agreements and formal and informal cross-border working relationships. Countries benefit when they can draw on expertise and resources they lack at home.

But Microsoft’s and Solomon’s comments elide the deeper issue that come from focusing too much on abstract notions like “sovereignty.” Canada’s problem isn’t a loss of Canadian sovereignty in the abstract. It’s a U.S. that has violated Venezuela’s sovereignty, threatened others (including Canada) with annexation and is led by a president who has declared himself above international law.

Reasserting control

Sovereignty is about control. In the digital era, power lies with those who control the software and the data. Canada’s problem is that American companies control enormous swaths of Canada’s essential digital infrastructure, including emerging AI technologies and cloud services, but also email and the increasingly networked office software that underpin our entire society.

There’s a reason why France and Germany are collaborating on an alternative to Google Docs.

So long as the U.S cannot be trusted to respect domestic and international laws, companies based or working in the U.S are vulnerable to political pressure. This could potentially include capturing Canadians’ data for political and economic reasons, and cutting off our access to their products or limiting their functionality.

These hard facts about control, rather than abstract musings about sovereignty, should be our starting points for discussions about Canadian digital policy.

The Conversation

Blayne Haggart has received funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.

ref. Microsoft’s AI deal promises Canada digital sovereignty, but is that a pledge it can keep? – https://theconversation.com/microsofts-ai-deal-promises-canada-digital-sovereignty-but-is-that-a-pledge-it-can-keep-272890

Nowhere to stay: Canada needs a rights and responsibility approach to international student housing

Source: The Conversation – Canada – By Zhixi Zhuang, Associate Professor, School of Urban and Regional Planning, Toronto Metropolitan University

International students in Canada are vulnerable to housing insecurity and exploitation in the rental market.

Across Canada, students are grappling with record-high rents, low vacancy rates and widespread housing shortages. International students, however, experience these pressures in uniquely severe and unequal ways.

Many of them are unfamiliar with local rental markets and have small social networks. As well, they often have limited knowledge of their rights and often face uncertain immigration and financial situations.

As a result, international students are especially vulnerable to rental discrimination, housing insecurity, financial exploitation and even homelessness.

Ongoing research I’m conducting with colleagues highlights the responsibilities of governments and institutions who are obligated to uphold the housing rights of international students. Researchers have included Rupa Banerjee, Mariam (Mo) El Toukhy, Jack Krywulak and Rushde Akbar from Toronto Metropolitan University, and Sandeep Agrawal and Pradeep Sangapala from the University of Alberta.

This research examines the accountability measures and actions governments and institutions must take to ensure students’ rights are preserved using the Rights and Responsibility framework developed by researcher Kathryn Sikkink.

Based on our preliminary findings, grounded partly in interviews with
students as well as research dialogue at a housing symposium, we offer urgent recommendations.

Housing is human right

Housing is widely recognized as a basic human right. Yet, international students often lack protection when securing safe and affordable housing.

They are also unfairly blamed for worsening Canada’s housing crisis.

Across the Global North, the lack of accessible and affordable housing has put international students at risk of housing insecurity. While financial instability is one main cause, many students also experience exploitation.

This includes overcrowded housing, rent hikes, forced evictions, illegal upfront rent payments, rental scams and harassment from landlords.

These negative housing experiences are linked to growing mental distress. Many students struggle to meet basic daily needs, such as food and shelter, and they face barriers to social integration. These vulnerabilities put international students at risk of psychological, academic and financial stress.

Limited support regarding tenant rights

International students also frequently report discrimination based on their status, race, ethnicity, gender and sexual orientation. These challenges are worsened by the limited support higher education institutions provide regarding tenant rights or finding safe, stable long-term housing.

Canada formally acknowledges housing as a basic human right under the National Housing Strategy Act of 2019. Through this legislation, the federal government has committed to ensuring that everyone in Canada has access to adequate housing. For international students, this means the right to live in safe, secure, affordable and adequate conditions.

But many international students are denied this right. Unfairly high rent, unsafe living conditions and discrimination often leave them living in severely inadequate conditions, all while being scapegoated for Canada’s growing housing pressures.

Root causes

In January 2024, the federal government capped international student visas to approximately 360,000. The 2025 budget also proposes cutting study permits by over half within three years.

Rather than addressing the longstanding housing crisis, this approach wrongly shifts blame onto international students, further marginalizing them and risking lasting harm to their health, academic success and future careers.

Current housing policies are outdated and lack intergovernmental co-ordination. This has worsened the country’s housing crisis by creating regulatory bottlenecks, misaligned incentives, inadequate development of affordable housing and insufficient co-ordination among stakeholders across sectors.

Government policies affecting student housing are complex and fragmented. They involve overlapping jurisdictions, including federal immigration decisions (like visa caps), provincial education mandates (such as student recruitment goals) and municipal zoning rules that regulate student housing development.

Not addressing housing needs

Canada’s National International Education Strategy (2019–24) incentivized universities and colleges to boost international student enrolment through grants tied to tuition revenue.

Institutional dependence on these fees grew, but the strategy was not accompanied by housing funding. Similarly, provinces regulate only domestic tuition, allowing institutions to maximize their reliance on international fees without addressing housing needs.

At the municipal level, zoning bylaws have also acted as barriers to student housing.




Read more:
International students’ housing challenges call for policy action


All levels of government should create formal avenues for collaboration on housing issues, while higher education institutions should play a key role in leading student housing development.

There is a clear need for co-ordinated action to address the policy, infrastructure and human rights dimensions of these challenges. Existing research rarely examines the role of multisectoral partnerships — or how key stakeholders, such as governments, higher education institutions, housing developers and community organizations should collaborate.

Research with students, stakeholders

We conducted semi-structured interviews with 24 international students from 14 countries, representing 10 higher education institutions from across southern Ontario — as well as with two private and non-profit housing developers, two student housing providers and one higher education representative.

Drawing on interview insights, we conducted an online survey with nearly 1,800 Ontario and Alberta international and domestic students.

Our findings echo recent studies showing that limited institutional services and resources, combined with poor governmental policy co-ordination, have left international students disproportionately vulnerable to exploitation and discrimination in housing markets.

Many turn to digital platforms, such as Facebook Marketplace, Kijiji and other rental agencies, in addition to social media, for housing information and resources. However, as several students from Nigeria, China and Cambodia reported, many online housing options are scams, including listings with false information and demands for six to 12 months of rent paid upfront. There is clearly an urgent need for safer and more reliable digital student housing infrastructure.

In the survey, international students reported greater stress during their housing search, heightened financial anxiety and more negative housing experiences compared to their domestic counterparts.

Key takeaways

  1. International students’ lived experiences must be central to multi-level interventions. Their perspectives should be prioritized in shaping future housing policies and services.

  2. Higher education institutions are in the best position to provide pre-/post-arrival online resources and guides to support international students in navigating safe and appropriate housing and protecting their housing rights.

  3. Social integration and connections with the wider community help shape students’ well-being. Universities and colleges should facilitate opportunities for civic participation and community building through both on-campus and off-campus housing arrangements. This requires engaging community organizations and non-governmental organizations in building long-term partnerships focused on shared housing, digital infrastructure, legal protection and rights advocacy.

  4. The fragmentation between immigration, education and housing policies requires special co-ordination. This project calls for an intergovernmental student housing task force as a platform for federal, provincial and municipal governments to work in tandem with universities and colleges.

  5. Student housing developments should be incentivized, as current housing approval processes are often lengthy, complex and inconsistent. Fast-track reviews and standardized guidelines are needed. Current zoning regulations in many jurisdictions primarily recognize higher education institutions as legitimate student housing developers, requiring other private or non-profit developers to seek zoning amendments or institutional partnerships.

These rules should be expanded to allow private and non-profit developers, multi-tenant buildings and the reuse of commercial or office spaces. Student housing should also be developed near campuses with shared space designs to help students connect socially.

International students contribute significantly to Canada’s culture, prosperity and global standing. Urgent action is needed to protect these students’ rights and well-being while fostering community cohesion and long-term sustainability.

The Conversation

Zhixi Zhuang receives funding from Migrant Integration in the Mid-21st Century: Bridging Divides, a research program funded by the Government of Canada through the Canada First Research Excellence Fund (CFREF).

ref. Nowhere to stay: Canada needs a rights and responsibility approach to international student housing – https://theconversation.com/nowhere-to-stay-canada-needs-a-rights-and-responsibility-approach-to-international-student-housing-267080