Comment les moines du Moyen Âge luttaient-ils contre le froid ?

Source: The Conversation – in French – By Giles Gasper, Professor in High Medieval History, Durham University

Tout bon monastère devait être établi à proximité d’une réserve de bois. Pour la construction, mais sans doute également pour le chauffage. Tapisserie, donation de George Blumenthal, 1941, CC BY

Les monastères médiévaux imposaient pauvreté et austérité, mais la présence de chauffoirs et de quelques douceurs hivernales montre que le confort et la chaleur n’étaient pas complètement ignorés.


De nombreux chroniqueurs monastiques le rappellent : tout monastère devait idéalement être situé près de l’eau et d’une réserve de bois. Orderic Vital, né en Angleterre près de Shrewsbury en 1075 et envoyé à l’âge de 5 ans à l’abbaye normande de Saint-Évroult, insiste clairement sur cette double exigence. De l’eau pour se laver, pour l’hygiène, pour boire, pour fabriquer l’encre, pour préparer le mortier de chaux, et du bois pour construire et, sans doute, pour se chauffer.

La forme bénédictine de la vie monastique a été la plus répandue tout au long de la période médiévale, même si bien d’autres ont existé. La règle attribuée à saint Benoît détaille en 73 chapitres comment les moines devaient mener leur vie : se concentrer sur le monde à venir, sur la vie après la mort, ainsi que sur l’obéissance et l’humilité.

Privés de toute propriété individuelle, les moines vivaient sans fortune personnelle tandis que les monastères pouvaient, eux, être d’une grande opulence. Le confort matériel n’était pas une priorité, du moins en théorie. On observe d’ailleurs souvent, dans l’expression religieuse de l’époque, une opposition entre inconfort matériel et valeur spirituelle : plus l’épreuve physique était rude, plus la valeur spirituelle était jugée élevée. Les Cisterciens, apparus comme un courant monastique distinct à la toute fin du XIᵉ siècle et eux aussi fidèles à la règle de saint Benoît, accordaient une importance centrale à l’austérité dans tous les aspects de leur existence.

Une règle mal adaptée au climat

La manière dont les communautés monastiques étaient régies éclaire leur rapport au froid. Les concessions prévues à ce sujet dans la règle de saint Benoît étaient limitées : il est reconnu que les moines vivant dans des régions plus froides avaient besoin de davantage de vêtements. De manière générale, la seule différence entre la tenue d’hiver et celle d’été consistait en une coule épaisse et laineuse
– une capuche couvrant les épaules – pour les mois froids, contre une version plus légère le reste de l’année.

Benoît a rédigé sa règle dans l’Italie du VIᵉ siècle. Les conditions qui prévalaient dans les régions du nord de l’Europe aux siècles suivants différaient profondément, à bien des égards, de celles du monde méditerranéen du haut Moyen Âge – notamment en ce qui concerne le froid qui pouvait régner dans les monastères. Orderic a ainsi décrit les effets de l’hiver à la fin de son quatrième livre (sur treize) de son Historia ecclesiastica. Après avoir évoqué brièvement les conflits et affrontements à la frontière entre la Normandie et le Maine, il note que :

« Les mortels sont accablés de tant de malheurs qu’il faudrait de vastes volumes pour les consigner tous. Mais à présent, engourdi par le froid de l’hiver, je me tourne vers d’autres occupations et, las de tant de labeur, décide de clore ici le livre que j’écris. Quand la douceur du printemps sera revenue, je rapporterai dans les livres suivants tout ce que je n’ai fait qu’effleurer ou que j’ai entièrement passé sous silence. »

Le chauffoir

Mais une pièce du monastère était chauffée pendant les périodes de grand froid. Le chauffoir, ou calefactorium, était équipé d’un foyer et, dans certains cas, de quelques aménagements supplémentaires.

Très peu de bâtiments au sein des ensembles monastiques disposaient d’une cheminée. Les églises n’étaient pas chauffées, pas plus que les dortoirs. Dans ce contexte, le chauffoir constituait un lieu à part, rare et important. Même lorsqu’il était relativement vaste, il ne pouvait accueillir qu’un nombre limité de personnes à la fois. On imagine sans peine une dizaine de moines rassemblés autour de l’âtre, le bois crépitant, échangeant quelques mots à voix basse – la parole étant elle-même découragée dans les monastères – et cherchant un peu de chaleur dans un environnement glacial. Cette scène n’est sans doute pas loin de la réalité.

Malgré leur utilité évidente pour la communauté, les chauffoirs occupent une place très marginale dans les sources écrites. Les bâtiments conservés et les mentions textuelles qui subsistent permettent néanmoins d’éclairer la vie monastique et de mesurer ce que l’existence d’un chauffoir changeait concrètement.

En Angleterre médiévale, on peut citer le monastère cistercien de Meaux, dans le Yorkshire. Fondé en 1141, il n’en reste aujourd’hui aucun vestige bâti, mais une chronique abondante nous est parvenue.

Le registre des nouvelles constructions réalisées sous l’abbatiat de Thomas à partir de 1182 mentionne non seulement un magnifique réfectoire en pierre pour les moines, mais aussi le chauffoir et une petite cuisine. Le fait que ces bâtiments figurent dans la chronique comme autant d’accomplissements de l’abbé, destinés à laisser une trace pour les générations futures, témoigne de l’importance qui leur était accordée. Il est également intéressant de noter que, tandis que le réfectoire fut construit rapidement grâce à un don, la cuisine et le chauffoir furent réalisés progressivement, au rythme des ressources disponibles.

L’importance du feu

Si le chauffoir de Meaux (Yorkshire) n’existe plus que par les sources historiques, de bons exemples de chauffoirs encore conservés sont assez fréquents. L’abbaye de Rievaulx, dans le nord du Yorkshire, en offre un bon exemple.

Le chauffoir de Rievaulx est situé à côté du réfectoire et a subi d’importantes modifications entre le XIIᵉ et le XVIᵉ siècle. Finalement doté de deux étages, le complexe comprenait également des installations pour laver les vêtements des moines pendant l’hiver.

Puis direction Durham (nord-est de l’Angleterre). Nous nous appuyons ici sur un remarquable traité du XVIᵉ siècle (et postérieur), The Rites of Durham, dernière mémoire des pratiques du monastère avant la Réforme.

Il indique que le chauffoir, ici appelé « maison commune », se trouvait sur le côté droit en sortant du cloître. À l’intérieur, on y trouvait :

« Un feu entretenu tout l’hiver pour que les moines puissent s’y réchauffer, aucun autre feu n’étant permis ; seuls les maîtres et officiers disposaient de leurs propres foyers. »

Si les bâtiments médiévaux étaient difficiles à chauffer, la présence de salles chauffées témoigne de l’importance accordée à la chaleur. Dans le cas de la maison commune du prieuré de la cathédrale de Durham, les moines bénéficiaient même, si l’on en croit le récit, de quelques friandises supplémentaires à l’occasion de Noël : figues, raisins, gâteaux et bière, consommés avec modération.

The Conversation

Giles Gasper reçoit un financement de l’Arts and Humanities Research Council, de Research England, de la John Templeton Foundation et du Leverhulme Trust.

ref. Comment les moines du Moyen Âge luttaient-ils contre le froid ? – https://theconversation.com/comment-les-moines-du-moyen-age-luttaient-ils-contre-le-froid-273114

Simon Bolivar : pourquoi le Libertador reste la principale figure emblématique de l’Amérique latine

Source: The Conversation – in French – By Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine contemporaine, Université de Rouen Normandie

Il est présent dans les noms de la Bolivie et de la République bolivarienne du Venezuela, dont les monnaies s’appellent le boliviano et le bolivar, et ses statues parsèment l’ensemble de l’Amérique latine. Mais sa gloire, en réalité, est planétaire. Au moment où le chavisme – dernier avatar du bolivarisme, dont il constitue une version très spécifique – vacille sous les coups de boutoir de Washington, Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine contemporaine à l’Université de Rouen-Normandie, explique dans cet entretien qui était Simon Bolivar.


Qui fut Simon Bolivar et quel a été son rôle historique ?

Thomas Posado : Simon Bolivar (1783-1830), surnommé El Libertador, est l’une des figures centrales des guerres d’indépendance de l’Amérique hispanique au début du XIXᵉ siècle. Il est issu de la grande bourgeoisie créole de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade – une entité administrative appartenant à l’Espagne qui couvrait les territoires des actuels États de Colombie, d’Équateur, de Panama et du Venezuela.

L’Espagne, qui domine ces territoires depuis le XVIᵉ siècle, est alors elle-même fragilisée par l’invasion napoléonienne. Bolivar est inspiré des changements politiques que connaît l’Europe : il y a vécu quelque temps avant de rentrer en Nouvelle-Grenade en 1810. Il commence alors à exercer un commandement militaire dans ce qui tourne rapidement en véritable guerre d’indépendance. Il sera placé à la tête de plusieurs armées de plus en plus grandes et jouera un rôle majeur dans les indépendances du Venezuela, de la Colombie et de l’Équateur, et même du Pérou et de la Bolivie, plus au sud.

Les Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade.
Atlas géographique et historique de la République de Colombie, 1890

Dans quel contexte son action s’inscrit-elle ? Quels sont les modèles politiques qui l’inspirent ?

T. P. : L’indépendance des États-Unis (1776) est alors récente, la Révolution française (1789) encore plus. Les Lumières et les idéaux républicains influencent fortement Bolivar. En revanche, le lire comme un penseur « social » au sens contemporain serait anachronique. Bolivar est avant tout un militaire et un homme issu des élites créoles. Sa pensée oscille entre idéaux républicains et préoccupations d’ordre et de stabilité, dans des sociétés profondément fragmentées.

Son projet politique était-il l’unité de l’Amérique hispanique ?

T. P. : Oui, c’est le grand projet – et le grand échec – de sa vie. Bolivar est convaincu que la fragmentation des nouveaux États indépendants sera un obstacle majeur à leur développement. Il rêve d’une vaste entité politique qui regroupera les anciens territoires espagnols d’Amérique. Cette ambition se concrétise partiellement avec la Grande Colombie (1819–1831), mais celle-ci se désagrège rapidement. Le Congrès de Panama de 1826, censé jeter les bases d’une union durable, échoue. Bolivar résumera son amertume par une formule célèbre : « J’ai labouré la mer. »

Simon Bolivar est parfois présenté comme un précurseur de l’anti-impérialisme. Est-ce justifié ?

T. P. : Bolivar est sans ambiguïté un anti-impérialiste face à l’Espagne, puissance coloniale de son temps. En revanche, son hostilité supposée à l’égard des États-Unis est largement une relecture postérieure. Une phrase de 1829 est souvent citée – « Les États-Unis semblent destinés par la Providence à répandre la misère en Amérique au nom de la liberté » –, mais elle ne constitue pas le cœur de sa pensée. À cette époque, les États-Unis sont une puissance encore jeune, sans véritable politique impériale en Amérique du Sud. Bolivar pressent toutefois des velléités d’ingérence, notamment après la proclamation en 1823 de la doctrine Monroe, même si celle-ci n’a alors que peu d’effets concrets.

Quelle était sa position sur l’esclavage et sur les populations indigènes du continent ?

T. P. : Bolivar affranchit les esclaves de sa famille et adopte progressivement une position abolitionniste, mais cela s’inscrit aussi dans un contexte stratégique : il cherche à rallier des populations que ses adversaires loyalistes tentent de mobiliser. Son intérêt pour les populations indigènes reste limité, en particulier au Venezuela où elles représentent une part relativement faible de la population. L’image d’un Bolivar défenseur des peuples autochtones est en grande partie une construction ultérieure.

Comment sa figure est-elle utilisée après sa mort ?

T. P. : Dès le XIXe siècle, Bolívar devient une référence centrale dans la construction des identités nationales. Au Venezuela, son pays natal, cette sacralisation est particulièrement forte. Ses restes – il est décédé en Colombie de la tuberculose en 1830, et y a été enterré dans un premier temps – sont rapatriés à Caracas dans les années 1840, puis il fait l’objet d’une véritable religion civique sous le régime de Guzman Blanco, de 1870 à 1887, avec la création du Panthéon national et la multiplication des places Bolivar dans tout le pays. Cette instrumentalisation est bien antérieure au chavisme.

Pourquoi Bolivar est-il surtout associé au Venezuela, et non à la Bolivie qui porte son nom ?

T. P. : Parce qu’il est né à Caracas, que ses premières grandes campagnes s’y déroulent et qu’il y incarne la victoire contre l’Espagne. En Bolivie, qui adopte son nom en 1825, Bolivar reste une figure honorée mais extérieure. Au Venezuela, il devient le socle du récit national dans un État jeune, dépourvu d’identité collective solide après l’indépendance.

Comment Hugo Chavez s’inscrit-il dans cet héritage bolivarien ?

T. P. : Chavez se revendique explicitement de Bolivar dès ses débuts politiques. Son mouvement putschiste de 1992 s’appelle le Mouvement bolivarien révolutionnaire. Une fois au pouvoir (1999), il fait du bolivarisme l’axe idéologique du régime et rebaptise le pays République bolivarienne du Venezuela. Il relit Bolivar à travers un prisme national-populaire, social et anti-impérialiste, en lien avec Cuba et d’autres gouvernements de gauche, notamment ceux des Kirchner en Argentine, de Rafael Correa en Équateur et d’Evo Morales en Bolivie. Comme toute relecture historique, elle est sélective, accentuant certains aspects de Bolivar et en effaçant d’autres.

Cette relecture était-elle consensuelle à gauche ?

T. P. : Non. Karl Marx, par exemple, portait un jugement très sévère sur Bolivar, qu’il voyait comme un représentant des intérêts bourgeois. C’est notamment la révolution cubaine qui contribue à réhabiliter Bolivar à gauche, en articulant héritage national et lutte anti-impérialiste, aux côtés de figures comme José Marti (1853-1895), le fondateur du Parti révolutionnaire cubain.

Simon Bolivar ayant été si fortement associé au chavisme, comment le Libertador est-il perçu par l’opposition vénézuélienne ?

T. P. : Bolivar est omniprésent dans l’imaginaire national, bien au-delà du chavisme. La monnaie nationale s’appelle le bolivar depuis 1879, les places Bolivar sont les places principales de chaque municipalité du pays, son portrait jalonne nombre de foyers vénézuéliens… Le rejeter frontalement serait politiquement suicidaire. Cependant, il existe des intellectuels considérant que le culte bolivarien a favorisé le militarisme en Amérique latine. En tout état de cause, pour l’opposition vénézuélienne actuelle, le problème est moins Bolivar lui-même que son appropriation par Chavez puis par Maduro.

L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) est souvent présentée comme l’incarnation contemporaine du projet bolivarien. De quoi s’agit-il exactement ?

T. P. : L’ALBA est créée en 2004 à l’initiative d’Hugo Chavez et de Fidel Castro, en réaction directe à un projet promu par les États-Unis : la zone de libre-échange des Amériques, dite ALCA.

Là où l’ALCA reposait sur une logique de libre-échange classique, l’ALBA se voulait une alternative fondée sur la coopération, la solidarité et la complémentarité entre États, en particulier dans les domaines de l’énergie, de la santé et de l’éducation. L’ALBA rassemblait les États les plus engagés dans un combat anti-impérialiste (Cuba, Venezuela, Équateur, Bolivie, Nicaragua et quelques îles des Caraïbes). Le Venezuela, fort de ses revenus pétroliers, y jouait un rôle central, notamment via des livraisons de pétrole à prix préférentiel.

Dans le discours chaviste, l’ALBA s’inscrit explicitement dans l’héritage de Bolivar : refus de l’hégémonie états-unienne, intégration régionale et souveraineté collective. Chavez a agi pour l’intégration régionale en contribuant à la création d’instances supranationales latino-américaines (l’UNASUR pour les États sud-américains, la CELAC pour l’ensemble de l’Amérique latine). Il s’agit d’une relecture contemporaine du bolivarisme, qui s’appuyait sur la convergence politique des gouvernements de gauche de la région et sur une conjoncture économique favorable.

Avec l’effondrement économique du Venezuela à partir de 2014, l’ALBA perd une grande partie de sa capacité d’action et de son influence, illustrant les limites structurelles de ce projet d’intégration lorsqu’il repose largement sur un seul pays moteur financé par une abondante rente pétrolière.

Que reste-t-il du bolivarisme sous Nicolas Maduro ?

T. P. : Le discours demeure, mais la pratique s’en éloigne fortement. Sous Maduro, le Venezuela traverse une crise économique majeure (- 74 % de PIB entre 2014 et 2020), qui limite toute ambition régionale. Contrairement à Chavez, Maduro ne dispose ni des ressources économiques ni de l’influence diplomatique nécessaires pour incarner un projet d’intégration latino-américaine. Le bolivarisme devient avant tout un outil de légitimation du pouvoir.

Ce monument à Simon Bolivar a été érigé à Moscou en 2023 – une décision qui doit sans doute être liée à l’image anti-colonialiste du Libertador, la Russie cherchant à se positionner comme un pays allié des anciennes colonies des pays occidentaux. Le 8 mai 2025, invités à Moscou à participer aux célébrations du 80ᵉ anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les présidents du Venezuela Nicolas Maduro et de Cuba Miguel Diaz-Canel sont allés y déposer des fleurs.
Primicia.com.ve

Le bolivarisme a-t-il encore une influence en Amérique latine aujourd’hui ?

T. P. : Comme projet politique structuré, il est affaibli. Mais comme symbole, il reste puissant. La revendication de la souveraineté sur les ressources naturelles et le rejet de toute tutelle étrangère – notamment états-unienne – demeurent des thèmes centraux dans la région, et plus que jamais d’actualité à l’heure de l’interventionnisme de Donald Trump.

Même si Bolivar n’a jamais formulé ces enjeux dans les termes actuels, il incarne une figure fondatrice de l’anticolonialisme latino-américain, dont l’héritage dépasse largement le cas vénézuélien. C’est notamment ainsi qu’il est célébré dans de nombreuses villes du continent, et ailleurs également, y compris à Paris où une station de métro porte son nom, à New York, à Londres et même à Madrid, alors qu’il a combattu l’Espagne. Le poète chilien Pablo Neruda écrivait dans son Canto para Bolívar qu’il « se réveille tous les cent ans quand le peuple se réveille ». Comme référence anti-coloniale, Bolivar ne mourra jamais.

En définitive, on peut donc dire que Bolivar survivra au chavisme ?

T. P. : Sans aucun doute. Son image pourra être temporairement ternie par l’effondrement du Venezuela, mais à long terme, l’historiographie retiendra Bolivar comme une figure majeure des indépendances. Sa singularité tient à l’ampleur géographique de son action et à son ambition d’unité continentale. À ce titre, il restera l’un des grands personnages de l’histoire mondiale du XIXᵉ siècle.


Propos recueillis par Grégory Rayko.

The Conversation

Thomas Posado ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Simon Bolivar : pourquoi le Libertador reste la principale figure emblématique de l’Amérique latine – https://theconversation.com/simon-bolivar-pourquoi-le-libertador-reste-la-principale-figure-emblematique-de-lamerique-latine-274288

Jusqu’au XIXᵉ siècle, les sociétés islamiques ont célébré l’amour homoérotique dans leur littérature. Que s’est-il passé ensuite ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Morteza Hajizadeh, Hajizadeh, University of Auckland, Waipapa Taumata Rau

L’homoérotisme était très présent dans la littérature arabe, turque ou perse, comme ici dans une illustration tirée du _Shâhnâmeh_ (_Livre des rois_), de Ferdowsi, au XI<sup>e</sup>&nbsp;siècle. Library of Congress, CC BY-SA

De Rûmî à Hafez, l’amour homoérotique a nourri l’imaginaire spirituel islamique. Son effacement brutal, au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles, révèle l’impact profond des valeurs victoriennes importées en terres d’islam.


Pendant des siècles, la littérature issue des régions islamiques, en particulier d’Iran, a célébré l’amour homoérotique masculin comme un symbole de beauté, de mysticisme et de désir spirituel. Ces attitudes étaient particulièrement marquées durant l’âge d’or de l’islam, du milieu du VIIIᵉ siècle au milieu du XIIIᵉ siècle.

Mais cette tradition littéraire a progressivement disparu à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, sous l’influence des valeurs occidentales et de la colonisation.

Le droit islamique et la licence poétique

Les attitudes à l’égard de l’homosexualité dans les sociétés islamiques anciennes étaient complexes. D’un point de vue théologique, l’homosexualité a commencé à être désapprouvée au VIIe siècle, dès la révélation du Coran au prophète de l’islam, Mohammed.

Cependant, la diversité des attitudes et des interprétations religieuses laissait place à une certaine marge de manœuvre. Les sociétés islamiques médiévales des classes supérieures acceptaient souvent ou toléraient les relations homosexuelles. La littérature classique d’Égypte, de Turquie, d’Iran et de Syrie suggère que toute interdiction de l’homosexualité était fréquemment appliquée avec clémence.

Même dans les cas où le droit islamique condamnait l’homosexualité, les juristes autorisaient les expressions poétiques de l’amour entre hommes, en soulignant le caractère fictif du vers. La composition de poésie homoérotique permettait ainsi à l’imagination littéraire de s’épanouir dans des limites morales.

Les littératures classiques arabe, turque et persane de l’époque faisaient une place à une poésie homoérotique célébrant l’amour sensuel entre hommes. Cette tradition a été portée par des poètes tels que l’Arabe Abû Nuwâs, les maîtres persans Saadi, Hafez et Rûmî, ainsi que les poètes turcs Bâkî et Nedîm, qui, tous, célébraient la beauté et l’attrait de l’aimé masculin.

Dans la poésie persane, les pronoms masculins pouvaient être utilisés pour décrire aussi bien des aimés masculins que féminins. Cette ambiguïté linguistique contribuait à légitimer davantage encore l’homoérotisme littéraire.

Une forme de désir mystique

Dans le soufisme – une forme de croyance et de pratique mystiques de l’islam apparue durant l’âge d’or de l’islam –, les thèmes de l’amour entre hommes étaient souvent utilisés comme symbole de transformation spirituelle. Comme le professeur d’histoire et d’études religieuses Shahzad Bashir le montre, les récits soufis présentent le corps masculin comme le principal vecteur de la beauté divine.

Dans le soufisme, l’autorité religieuse se transmet par la proximité physique entre un guide spirituel, ou cheikh (Pir Murshid), et son disciple (Murid).

La relation entre le cheikh et le disciple mettait en scène le paradigme de l’amant et de l’aimé, fondamental dans la pédagogie soufie : les disciples s’approchaient de leurs guides avec le même désir, le même abandon et la même vulnérabilité extatique que celle exprimée dans la poésie amoureuse persane.

La littérature suggère que les communautés soufies se sont structurées autour d’une forme d’affection homoérotique, utilisant la beauté et le désir comme métaphores pour accéder à la réalité cachée.

Ainsi, le maître saint devenait le reflet de la radiance divine, et l’élan du disciple signifiait l’ascension de l’âme. Dans ce cadre, l’amour masculin incarné devenait un vecteur d’anéantissement spirituel et de renaissance sur la voie soufie.

L’amour légendaire entre le sultan Mahmud de Ghazni et son esclave masculin Ayaz en offre un exemple parfait. Submergé par la vision de la beauté d’Ayaz nu dans un bain, le sultan Mahmud confesse :

Alors que je n’avais vu que ton visage, j’ignorais tout de tes membres. À présent, je les vois tous, et mon âme brûle de cent feux. Je ne sais lequel aimer davantage.

Dans d’autres récits, Ayaz se propose volontairement de mourir de la main de Mahmud, symbolisant la transformation spirituelle par l’anéantissement de l’ego.

Cette œuvre du XVIIᵉ siècle montre le sultan Mahmud (en robe rouge), à droite, serrant la main d’un cheikh, tandis qu’Ayaz (en robe verte) se tient derrière lui.
Wikimedia

La relation entre Rûmî et Shams de Tabriz, deux soufis persans du XIIIe siècle, constitue un autre exemple d’amour mystique entre hommes.

Dans un récit rapporté par leurs disciples, les deux hommes se retrouvent après une longue période de transformation spirituelle, s’embrassent, puis tombent aux pieds l’un de l’autre.

La poésie de Rûmî brouille la frontière entre dévotion spirituelle et attirance érotique, tandis que Shams remet en cause l’idée d’une pureté idéalisée :

Pourquoi regarder le reflet de la lune dans un bol d’eau, quand on peut regarder la chose elle-même dans le ciel ?

Les thèmes homoérotiques étaient si courants dans la poésie persane classique que des critiques iraniens ont affirmé :

La littérature lyrique persane est fondamentalement une littérature homosexuelle.

L’essor des valeurs occidentales

À la fin du XIXe siècle, écrire de la poésie célébrant la beauté et le désir masculins est devenu tabou, non pas tant en raison d’injonctions religieuses que sous l’effet des influences occidentales.

Les puissances coloniales britannique et française ont importé une morale victorienne, l’hétéronormativité et des lois antisodomie dans des pays comme l’Iran, la Turquie et l’Égypte. Sous leur influence, les traditions homoérotiques de la littérature persane ont été stigmatisées.

Le colonialisme a amplifié ce basculement, en présentant l’homoérotisme comme « contre nature ». Ce mouvement a été encore renforcé par l’application stricte des lois islamiques, ainsi que par des agendas nationalistes et moralistes.

Des publications influentes telles que Molla Nasreddin (publiée de 1906 à 1933) ont introduit des normes occidentales et tourné en dérision le désir entre personnes de même sexe, en l’assimilant à la pédophilie.

Les modernisateurs nationalistes iraniens ont mené des campagnes visant à purger les textes homoérotiques, les présentant comme des vestiges d’un passé « pré-moderne ». Même des poètes classiques tels que Saadi et Hafez ont été requalifiés ou censurés dans les histoires littéraires iraniennes à partir de 1935.

Un millénaire de libertinage poétique a alors cédé la place au silence, et la censure a effacé l’amour masculin de la mémoire littéraire.

The Conversation

Morteza Hajizadeh ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les sociétés islamiques ont célébré l’amour homoérotique dans leur littérature. Que s’est-il passé ensuite ? – https://theconversation.com/jusquau-xix-siecle-les-societes-islamiques-ont-celebre-lamour-homoerotique-dans-leur-litterature-que-sest-il-passe-ensuite-272764

Du chatbot du pape au canard de Vaucanson, les croyances derrière l’intelligence artificielle ne datent pas d’hier

Source: The Conversation – France in French (2) – By Michael Falk, Senior Lecturer in Digital Studies, The University of Melbourne

Le feu de Prométhée, un mythe qui explique en partie le succès du narratif entourant l’IA. Public domain, via Wikimedia Commons

Des mythes antiques à la tête parlante du pape, de Prométhée aux algorithmes modernes, l’intelligence artificielle (IA) puise dans notre fascination intemporelle pour la création et le pouvoir de la connaissance.


Il semble que l’engouement pour l’intelligence artificielle (IA) ait donné naissance à une véritable bulle spéculative. Des bulles, il y en a déjà eu beaucoup, de la tulipomanie du XVIIe siècle à celle des subprimes du XXIe siècle. Pour de nombreux commentateurs, le précédent le plus pertinent aujourd’hui reste la bulle Internet des années 1990. À l’époque, une nouvelle technologie – le World Wide Web – avait déclenché une vague d’« exubérance irrationnelle ». Les investisseurs déversaient des milliards dans n’importe quelle entreprise dont le nom contenait « .com ».

Trois décennies plus tard, une autre technologie émergente déclenche une nouvelle vague d’enthousiasme. Les investisseurs injectent à présent des milliards dans toute entreprise affichant « IA » dans son nom. Mais il existe une différence cruciale entre ces deux bulles, qui n’est pas toujours reconnue. Le Web existait. Il était bien réel. L’intelligence artificielle générale, elle, n’existe pas, et personne ne sait si elle existera un jour.

En février, le PDG d’OpenAI, Sam Altman, écrivait sur son blog que les systèmes les plus récents commencent tout juste à « pointer vers » l’IA dans son acception « générale ». OpenAI peut commercialiser ses produits comme des « IA », mais ils se réduisent à des machines statistiques qui brassent des données, et non des « intelligences » au sens où on l’entend pour un être humain.

Pourquoi, dès lors, les investisseurs sont-ils si prompts à financer ceux qui vendent des modèles d’IA ? L’une des raisons tient peut-être au fait que l’IA est un mythe technologique. Je ne veux pas dire par là qu’il s’agit d’un mensonge, mais que l’IA convoque un récit puissant et fondateur de la culture occidentale, celui des capacités humaines de création. Peut-être les investisseurs sont-ils prêts à croire que l’IA est pour demain, parce qu’elle puise dans des mythes profondément ancrés dans leur imaginaire ?

Le mythe de Prométhée

Le mythe le plus pertinent pour penser l’IA est celui de Prométhée, issu de la Grèce antique. Il en existe de nombreuses versions, mais les plus célèbres se trouvent dans les poèmes d’Hésiode, la Théogonie et les Travaux et les Jours, ainsi que dans la pièce Prométhée enchaîné, traditionnellement attribuée à Eschyle.

Prométhée était un Titan, un dieu du panthéon grec antique. C’était aussi un criminel, coupable d’avoir dérobé le feu à Héphaïstos, le dieu forgeron. Dissimulé dans une tige de fenouil, le feu fut apporté sur Terre par Prométhée, qui l’offrit aux humains. Pour le punir, il fut enchaîné à une montagne, où un aigle venait chaque jour lui dévorer le foie.

Le don de Prométhée n’était pas seulement celui du feu ; c’était celui de l’intelligence. Dans Prométhée enchaîné, il affirme qu’avant son don, les humains voyaient sans voir et entendaient sans entendre. Après celui-ci, ils purent écrire, bâtir des maisons, lire les étoiles, pratiquer les mathématiques, domestiquer les animaux, construire des navires, inventer des remèdes, interpréter les rêves et offrir aux dieux des sacrifices appropriés.

Le mythe de Prométhée est un récit de création d’un genre particulier. Dans la Bible hébraïque, Dieu ne confère pas à Adam le pouvoir de créer la vie. Prométhée, en revanche, transmet aux humains une part du pouvoir créateur des dieux.

Hésiode souligne cet aspect du mythe dans la Théogonie. Dans ce poème, Zeus ne punit pas seulement Prométhée pour le vol du feu ; il châtie aussi l’humanité. Il ordonne à Héphaïstos d’allumer sa forge et de façonner la première femme, Pandore, qui déchaîne le mal sur le monde. Or le feu qu’Héphaïstos utilise pour créer Pandore est le même que celui que Prométhée a offert aux humains.

Prométhée façonnant le premier homme, dans une gravure du XVIIIᵉ siècle
Prométhée façonnant le premier homme, dans une gravure du XVIIIᵉ siècle.
Wikimedia

Les Grecs ont avancé l’idée que les humains sont eux-mêmes une forme d’intelligence artificielle. Prométhée et Héphaïstos recourent à la technique pour fabriquer les hommes et les femmes. Comme le montre l’historienne Adrienne Mayor dans son ouvrage Gods and Robots, les Anciens représentaient souvent Prométhée comme un artisan, utilisant des outils ordinaires pour créer des êtres humains dans un atelier tout aussi banal.

Si Prométhée nous a donné le feu des dieux, il semble logique que nous puissions utiliser ce feu pour fabriquer nos propres êtres intelligents. De tels récits abondent dans la littérature grecque antique, de l’inventeur Dédale, qui créa des statues capables de prendre vie, à la magicienne Médée, qui savait rendre la jeunesse et la vigueur grâce à ses drogues ingénieuses. Les inventeurs grecs ont également conçu des calculateurs mécaniques pour l’astronomie ainsi que des automates remarquables, mues par la gravité, l’eau et l’air.

Le pape et le chatbot

Deux mille sept cents ans se sont écoulés depuis qu’Hésiode a consigné pour la première fois le mythe de Prométhée. Au fil des siècles, ce récit a été repris sans relâche, en particulier depuis la publication, en 1818, de Frankenstein ; ou le Prométhée moderne de Mary Shelley.

Mais le mythe n’est pas toujours raconté comme une fiction. Voici deux exemples historiques où le mythe de Prométhée semble s’être incarné dans la réalité.

Gerbert d’Aurillac fut le Prométhée du Xe siècle. Né au début des années 940 de notre ère, il étudia à l’abbaye d’Aurillac avant de devenir moine à son tour. Il entreprit alors de maîtriser toutes les branches du savoir connues de son temps. En 999, il fut élu pape. Il mourut en 1003 sous son nom pontifical de Sylvestre II.

Des rumeurs sur Gerbert se répandirent rapidement à travers l’Europe. Moins d’un siècle après sa mort, sa vie était déjà devenue légendaire. L’une des légendes les plus célèbres, et la plus pertinente à l’ère actuelle de l’engouement pour l’IA, est celle de la « tête parlante » de Gerbert. Cette légende fut racontée dans les années 1120 par l’historien anglais Guillaume de Malmesbury dans son ouvrage reconnu et soigneusement documenté, la Gesta Regum Anglorum (Les actions des rois d’Angleterre).

Gerbert possédait des connaissances approfondies en astronomie, une science de la prévision. Les astronomes pouvaient utiliser l’astrolabe pour déterminer la position des étoiles et prévoir des événements cosmiques, comme les éclipses. Selon Guillaume, Gerbert aurait mis son savoir en astronomie au service de la création d’une tête parlante. Après avoir observé les mouvements des étoiles et des planètes, il aurait façonné une tête en bronze capable de répondre à des questions par « oui » ou par « non ».

Gerbert posa d’abord la question : « Deviendrai-je pape ? »

« Oui », répondit la tête.

Puis il demanda : « Mourrai-je avant d’avoir célébré la messe à Jérusalem ? »

« Non », répondit la tête.

Dans les deux cas, la tête avait raison, mais pas comme Gerbert l’avait prévu. Il devint bien pape et évita judicieusement de partir en pèlerinage à Jérusalem. Un jour cependant, il célébra la messe à la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome. Malheureusement pour lui, la basilique était alors simplement appelée « Jérusalem ».

Gerbert tomba malade et mourut. Sur son lit de mort, il demanda à ses serviteurs de découper son corps et de disperser les morceaux, afin de rejoindre son véritable maître, Satan. De cette manière, il fut, à l’instar de Prométhée, puni pour avoir volé le feu.

Le pape Sylvestre II et le Diable.
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C’est une histoire fascinante. On ne sait pas si Guillaume de Malmesbury y croyait vraiment. Mais il s’est bel et bien efforcé de persuader ses lecteurs que cela était plausible. Pourquoi ce grand historien, attaché à la vérité, aurait-il inséré une légende fantaisiste sur un pape français dans son histoire de l’Angleterre ? Bonne question !

Est-ce si extravagant de croire qu’un astronome accompli puisse construire une machine de prédiction à usage général ? À l’époque, l’astronomie était la science de la prédiction la plus puissante. Guillaume, sobre et érudit, était au moins disposé à envisager que des avancées brillantes en astronomie pourraient permettre à un pape de créer un chatbot intelligent.

Aujourd’hui, cette même possibilité est attribuée aux algorithmes d’apprentissage automatique, capables de prédire sur quelle publicité vous cliquerez, quel film vous regarderez ou quel mot vous taperez ensuite. Il est compréhensible que nous tombions sous le même sortilège.

L’anatomiste et l’automate

Le Prométhée du XVIIIe siècle fut Jacques de Vaucanson, du moins si l’on en croit Voltaire :

Le hardi Vaucanson, rival de Prométhée,
Semblait, de la nature imitant les ressorts
Prendre le feu des cieux pour animer les corps.

Jacques de Vaucanson, par Joseph Boze (1784).
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Vaucanson était un grand mécanicien, célèbre pour ses automates, des dispositifs à horlogerie reproduisant de manière réaliste l’anatomie humaine ou animale. Les philosophes de l’époque considéraient le corps comme une machine – alors pourquoi un mécanicien n’aurait-il pu en construire une ?

Parfois, les automates de Vaucanson avaient aussi une valeur scientifique. Il construisit par exemple un « Flûteur automate » doté de lèvres, de poumons et de doigts, capable de jouer de la flûte traversière de façon très proche de celle d’un humain. L’historienne Jessica Riskin explique dans son ouvrage The Restless Clock que Vaucanson dut faire d’importantes découvertes en acoustique pour que son flûtiste joue juste.

Parfois, ses automates étaient moins scientifiques. Son « Canard digérateur » connut un immense succès, mais se révéla frauduleux. Il semblait manger et digérer de la nourriture, mais ses excréments étaient en réalité des granulés préfabriqués dissimulés dans le mécanisme.

Vaucanson consacra des décennies à ce qu’il appelait une « anatomie en mouvement ». En 1741, il présenta à l’Académie de Lyon un projet visant à construire une « imitation de toutes les opérations animales ». Vingt ans plus tard, il s’y remit. Il obtint le soutien du roi Louis XV pour réaliser une simulation du système circulatoire et affirma pouvoir construire un corps artificiel complet et vivant.

Trois automates de Vaucanson, le Flûteur automate, le Canard digérateur et le Berger provençal.
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Il n’existe aucune preuve que Vaucanson ait jamais achevé un corps entier. Finalement, il ne put tenir la promesse que soulevait sa réputation. Mais beaucoup de ses contemporains croyaient qu’il en était capable. Ils voulaient croire en ses mécanismes magiques. Ils souhaitaient qu’il s’empare du feu de la vie.

Si Vaucanson pouvait fabriquer un nouveau corps humain, ne pourrait-il pas aussi en réparer un existant ? C’est la promesse de certaines entreprises d’IA aujourd’hui. Selon Dario Amodei, PDG d’Anthropic, l’IA permettra bientôt aux gens « de vivre aussi longtemps qu’ils le souhaitent ». L’immortalité semble un investissement séduisant.

Sylvestre II et Vaucanson furent de grands maîtres de la technologie, mais aucun des deux ne fut un Prométhée. Ils ne volèrent nul feu aux dieux. Les aspirants Prométhée de la Silicon Valley réussiront-ils là où leurs prédécesseurs ont échoué ? Si seulement nous avions la tête parlante de Sylvestre II, nous pourrions le lui demander.

The Conversation

Michael Falk a reçu des financements de l’Australian Research Council.

ref. Du chatbot du pape au canard de Vaucanson, les croyances derrière l’intelligence artificielle ne datent pas d’hier – https://theconversation.com/du-chatbot-du-pape-au-canard-de-vaucanson-les-croyances-derriere-lintelligence-artificielle-ne-datent-pas-dhier-272357

Soin des cheveux, des dents… Ce que les traces biochimiques laissées par les lecteurs de la Renaissance disent de la médecine de l’époque

Source: The Conversation – France in French (3) – By Stefan Hanß, Professor of Early Modern History, University of Manchester

Grâce à une technique de pointe, les chercheurs ont pu analyser les traces biologiques laissées par les lecteurs en annotant les livres. Wellcome Collection

Les livres médicaux de la Renaissance ne sont pas seulement des textes anciens : ils portent aussi les traces invisibles de ceux qui les ont manipulés. Des chercheurs ont découvert des protéines et autres indices biologiques qui révèlent les pratiques et expérimentations médicales du XVIᵉ siècle.


Et si le papier des pages d’un vieux livre pouvait nous dire qui les a touchées, quels remèdes furent préparés et même comment les corps réagirent aux traitements ?

Les livres de recettes médicales de la Renaissance regorgent de notes manuscrites laissées par des lecteurs qui ont testé des remèdes contre des problèmes allant de la calvitie au mal de dents. Pendant des années, les historiens ont étudié ces annotations pour comprendre comment on expérimentait la médecine autrefois. Nos recherches récentes vont plus loin. Avec mes collègues, nous avons mis au point une méthode permettant de lire non seulement les mots inscrits sur ces pages, mais aussi les traces biologiques invisibles laissées par les personnes qui les ont utilisées.

Des milliers de manuscrits et de livres imprimés ont survécu de l’Europe de la Renaissance, consignant des recettes médicales employées dans la vie quotidienne. Il ne s’agissait pas de volumes rares ou réservés à une élite. Beaucoup étaient des « best-sellers » médicaux, largement diffusés, puis personnalisés par des lecteurs qui ajoutaient des notes dans les marges. Quelles recettes fonctionnaient le mieux ? Quels ingrédients pouvaient être remplacés ou améliorés ? Loin d’être des textes figés, ces livres étaient des documents de travail. La Renaissance fut une période d’innovation médicale, nourrie par des expérimentations pratiques maintes fois répétées.

Pour la première fois, nous avons pu prélever et analyser des protéines invisibles laissées sur les pages de ces livres par les personnes qui les ont manipulés.

Ce travail relève d’une véritable enquête biochimique. Chaque fois qu’un lecteur du XVIᵉ siècle touchait une page, il y déposait de minuscules traces d’acides aminés, les éléments constitutifs des protéines. Ces traces peuvent aujourd’hui être prélevées grâce à des films spécialisés produits par SpringStyle Tech Design, qui soulèvent délicatement la matière à la surface du papier sans l’endommager. Nous avons échantillonné des livres médicaux allemands du XVIᵉ siècle, aujourd’hui conservés à la bibliothèque John-Rylands de l’Université de Manchester. Les échantillons de protéines ont été analysés dans des laboratoires des universités de York et d’Oxford tandis que le laboratoire d’imagerie de la Rylands a utilisé des techniques avancées pour restituer des textes effacés ou devenus illisibles.

Se concentrer sur des livres est essentiel. Comme ces volumes ont été produits en plusieurs exemplaires, il est possible de comparer les traces biochimiques entre des textes similaires, ce qui nous aide à distinguer ce que le livre prescrivait de ce que les lecteurs faisaient réellement avec lui.

Cette approche combinée nous a permis de recueillir des informations remarquables sur les personnes qui utilisaient ces livres, les substances qu’elles manipulaient et les remèdes qu’elles préparaient. Lue en parallèle des sources d’archives, elle offre un éclairage nouveau sur le fonctionnement concret de la médecine de la Renaissance dans la vie quotidienne.

Sur des pages recommandant des remèdes précis, nous avons identifié des traces protéiques provenant justement des ingrédients mentionnés dans les recettes. On trouve des traces de cresson de fontaine, de hêtre européen et de romarin à côté d’instructions visant à traiter la perte de cheveux ou à stimuler la croissance des cheveux et de la barbe.

Cette attention portée aux cheveux n’a rien de surprenant. Avec l’essor du portrait et l’expansion du commerce des peignes et des miroirs, les barbes et les nouvelles coiffures sont devenues à la mode à la Renaissance. Les cheveux étaient alors très visibles, chargés de sens social et étroitement liés aux conceptions de la santé et de la masculinité.

Recettes répugnantes

Certaines découvertes se sont révélées plus déroutantes. À proximité d’une recette proposant un traitement extrême contre la calvitie, nous avons détecté des traces d’excréments humains.

Cela correspond étroitement aux conceptions de la Renaissance sur les cheveux. Dans la pensée médicale médiévale et du début de l’époque moderne, les cheveux étaient considérés comme une excrétion du corps, au même titre que la sueur, les matières fécales ou les ongles. Comme l’ont formulé crûment certains chercheurs, « les cheveux, c’était de la merde ». Dans cette perspective, utiliser des déchets humains pour traiter les cheveux n’avait rien de grotesque, mais relevait d’une logique cohérente.

Nous avons également identifié des protéines provenant de plantes à fleurs jaune vif à proximité de recettes destinées à teindre les cheveux en blond. Ces plantes ne figuraient pas parmi les ingrédients mentionnés par écrit. Leur présence suggère que les lecteurs expérimentaient au-delà des instructions figurant sur la page, guidés par le symbolisme des couleurs et par des propriétés médicinales supposées. Ici, l’expérimentation devient visible non seulement dans les notes marginales, mais aussi dans l’archive biologique elle-même.

D’autres traces protéiques indiquent l’utilisation de lézards dans des remèdes capillaires. Dans la philosophie naturelle de la Renaissance, les lézards étaient classés parmi les animaux poïkilothermes, c’est-à-dire dont la température corporelle varie en fonction de l’environnement. On pensait que la croissance des cheveux dépendait de la chaleur interne du corps. Une augmentation de cette chaleur était censée stimuler la pousse des cheveux, tandis qu’un excès pouvait les détruire. La présence de protéines de lézard suggère que les praticiens testaient activement ces théories concurrentes en transformant des matières animales en remèdes.

Des dents d’hippopotame

Citons ensuite l’hippopotame. Nous avons retrouvé des protéines correspondant à des éléments provenant d’hippopotames sur des pages traitant de problèmes dentaires. Dans les marges, les lecteurs se plaignaient de dents malodorantes, de maux de dents et de pertes dentaires. Dans la médecine de la Renaissance, l’os d’hippopotame était censé renforcer les dents et les gencives et était parfois utilisé pour fabriquer des dentiers. Sa présence suggère que les lecteurs allemands des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles avaient accès à des matériaux médicaux exotiques, échangés sur de longues distances.

Nos méthodes combinent une lecture historique approfondie avec l’analyse en laboratoire, permettant aux historiens d’étudier la pratique médicale d’une manière jusqu’alors impossible. Elles réunissent des formes de preuves habituellement séparées : textes, corps et matériaux.

Peut-être plus intrigant encore, nous avons identifié des protéines aux fonctions antimicrobiennes, y compris des molécules couramment impliquées dans les réponses immunitaires humaines, telles que celles liées à l’inflammation et à la défense contre les bactéries. Ces protéines aident le corps à lutter contre les infections. Leur présence suggère que les personnes manipulant ces livres ne se contentaient pas de préparer des remèdes, mais étaient elles-mêmes en train de tomber malades ou de guérir, laissant derrière elles des traces d’activité immunitaire.

Dans ce sens, il est possible d’entrevoir des systèmes immunitaires réagissant à la maladie et au traitement directement sur les pages. Nous commençons à peine à comprendre ce que ces preuves peuvent révéler, mais ce travail ouvre des voies entièrement nouvelles pour étudier la manière dont la médecine de la Renaissance était pratiquée, testée et vécue.

The Conversation

Cette recherche a été financée par une bourse pilote du John Rylands Research Institute 2020–21 (chercheur principal : Stefan Hanß) et résulte de discussions interdisciplinaires initiées lors de l’événement financé par la British Academy « Microscopic Records : The New Interdisciplinarity of Early Modern Studies, c. 1400–1800 » (British Academy Rising Star Engagement Award BARSEA 19190084, chercheur principal : Stefan Hanß.

ref. Soin des cheveux, des dents… Ce que les traces biochimiques laissées par les lecteurs de la Renaissance disent de la médecine de l’époque – https://theconversation.com/soin-des-cheveux-des-dents-ce-que-les-traces-biochimiques-laissees-par-les-lecteurs-de-la-renaissance-disent-de-la-medecine-de-lepoque-272585

How much can we really know about Jane Austen? Experts answer your questions

Source: The Conversation – UK – By Anna Walker, Senior Arts + Culture Editor, The Conversation

Canva, CC BY-SA

Jane Austen’s Paper Trail is a podcast from The Conversation celebrating 250 years since the author’s birth. In each episode, we investigate a different aspect of Austen’s personality by interrogating one of her novels with leading researchers. Along the way, we visit locations important to Austen to uncover a particular aspect of her life and the times she lived in.

For episode seven of Jane Austen’s Paper Trail, we’re doing something a little different. Rather than putting Austen under the microscope ourselves, we’re handing the questions over to you.

Jane Austen is a curious author because the more we learn about her, the more elusive she seems to become. She left behind a remarkably slim paper trail for someone so influential, and much of what we “know” about her has been filtered through family memory, biography and, sometimes, wishful thinking. As Jane Austen’s Paper Trail draws to a close, there are still loose ends to tie up – and that’s where you, our listeners, come in.

We’ve received a virtual sack full of letters from you, ranging from questions about Austen’s religious beliefs to her grasp of contemporary science, and even what she might have made of social media. Unlike Jane’s sister Cassandra Austen, however, we have no intention of throwing your letters into the flames. Instead, three experts join me to debate them – and, where possible, to settle them.

For our first panellist, we’re welcoming back Emma Claire Sweeney from episode four about Austen’s friendships. Sweeney is a senior lecturer in creative writing at the Open University and worked collaborated on a interactive experience with the BBC as part of the Jane Austen: Rise of a Genius.

Returning from episode six about whether Austen was happy is John Mullan, professor of literature at University College London and author of What Matters in Jane Austen. Completing the panel is Lizzie Dunford, director of Jane Austen’s House in Hampshire.

Together, they take your questions seriously, testing what can be answered from the novels, what can be inferred from historical context, and where Austen herself remains stubbornly silent. From faith and feminism to fame and future technology, these questions remind us why Austen continues to fuel our curiosity 250 years after her birth.


Jane Austen’s Paper Trail is hosted by Anna Walker with reporting from Jane Wright and Naomi Joseph. Senior producer and sound designer is Eloise Stevens and the executive producer is Gemma Ware. Artwork by Alice Mason and Naomi Joseph.

Listen to The Conversation Weekly via any of the apps listed above, download it directly via our RSS feed or find out how else to listen here.

The Conversation

ref. How much can we really know about Jane Austen? Experts answer your questions – https://theconversation.com/how-much-can-we-really-know-about-jane-austen-experts-answer-your-questions-274362

Great white sharks grow a whole new kind of tooth for slicing bone as they age

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Emily Hunt, PhD Candidate, School of Life and Environmental Sciences, University of Sydney

Ken Bondy/iNaturalist, CC BY-NC

A great white shark is a masterwork of evolutionary engineering. These beautiful predators glide effortlessly through the water, each slow, deliberate sweep of the powerful tail driving a body specialised for stealth, speed and efficiency. From above, its dark back blends into the deep blue water, while from below its pale belly disappears into the sunlit surface.

In an instant, the calm glide explodes into an attack, accelerating to more than 60 kilometres per hour, the sleek torpedo-like form cutting through the water with little resistance. Then its most iconic feature is revealed: rows of razor-sharp teeth, expertly honed for a life at the top of the food chain.

Scientists have long been fascinated by white shark teeth. Fossilised specimens have been collected for centuries, and the broad serrated tooth structure is easily recognisable in jaws and bite marks of contemporary sharks.

But until now, surprisingly little was known about one of the most fascinating aspects of these immaculately shaped structures: how they change across the jaw and to match the changing demands throughout the animal’s lifetime. Our new research, published in Ecology and Evolution, set out to answer this.

From needle-like teeth to serrated blades

Different shark species have evolved teeth to suit their dietary needs, such as needle-like teeth for grasping slippery squid; broad, flattened molars for crushing shellfish; and serrated blades for slicing flesh and marine mammal blubber.

Shark teeth are also disposable – they are constantly replaced throughout their lives, like a conveyor belt pushing a new tooth forward roughly every few weeks.

White sharks are best known for their large, triangular, serrated teeth, which are ideal for capturing and eating marine mammals like seals, dolphins and whales. But most juveniles don’t start life hunting seals. In fact, they feed mostly on fish and squid, and don’t usually start incorporating mammals into their diet until they are roughly 3 metres long.

This raises a fascinating question: do teeth coming off the conveyor belt change to meet specific challenges of diets at different developmental stages, just as evolution produces teeth to match the diets of different species?

Previous studies tended to focus on a small number of teeth or single life stages. What was missing was a full, jaw-wide view of how tooth shape changes – not just from the upper and lower jaw, but from the front of the mouth to the back, and from juvenile to adult.

Seven shark jaws laid out on a steel table.
An array of jaws from sharks ranging from 1.2m to 4.4m.
Emily Hunt

Teeth change over a lifetime

When we examined teeth from nearly 100 white sharks, clear patterns emerged.

First, tooth shape changes dramatically across the jaw. The first six teeth on each side are relatively symmetrical and triangular, well suited for grasping, impaling, or cutting into prey.

Beyond the sixth tooth, however, the shape shifts. Teeth become more blade-like, better adapted for tearing and shearing flesh. This transition marks a functional division within the jaw where different teeth play different roles during feeding, much like how we as humans have incisors at the front and molars at the back of our mouths.

Even more striking were the changes that occur as sharks grow. At around 3m in body length, white sharks undergo a major dental transformation. Juvenile teeth are slimmer and often feature small side projections at the base of the tooth, called cusplets, which help to grip small slippery prey such as fish and squid.

As sharks approach 3m, these cusplets disappear and the teeth become broader, thicker, and serrated.

In many ways, this shift mirrors an ecological turning point. Young sharks rely on fish and small prey that require precision and an ability to grasp the smaller bodies. Larger sharks increasingly target marine mammals: big, fast-moving animals that demand cutting power rather than grip.

Once great whites reach this size, they develop an entirely new style of tooth capable of slicing through dense flesh and even bone.

Some teeth stand out even more. The first two teeth on either side of the jaw, the four central teeth, are significantly thicker at the base. These appear to be the primary “impact” teeth, taking the force of the initial bite.

Meanwhile, the third and fourth upper teeth are slightly shorter and angled, suggesting a specialised role in holding onto struggling prey. Their size and position may also be influenced by the underlying skull structure and the placement of key sensory tissues involved in smelling.

We also found consistent differences between the upper and lower jaws. Lower teeth are shaped for grabbing and holding prey, while upper teeth are designed for slicing and dismembering – a coordinated system that turns the white shark’s bite into a highly efficient feeding tool.

Two people measuring a large jaw in a scientific lab.
Scientists measured teeth from nearly 100 white sharks.
Emily Hunt

A lifestory in teeth

Together, these findings tell a compelling story.

The teeth of white sharks are not static weapons but living records of a shark’s changing lifestyle. Continuous replacement compensates for teeth lost and damaged, but at least equally important, enables design updates that track diet changes through development.

This research helps us better understand how white sharks succeed as apex predators and how their feeding system is finely tuned across their lifetime.

It also highlights the importance of studying animals as dynamic organisms, shaped by both biology and behaviour. In the end, a white shark’s teeth don’t just reveal how it feeds – they reveal who it is, at every stage of its life.

The Conversation

This research has received in kind support for collection of specimens from the New South Wales Department of Primary Industries and Regional Development through the Shark Management Program. David Raubenheimer has no other relevant relationships or funding to declare.

Ziggy Marzinelli is an Associate Professor at The University of Sydney and receives funding from the Australian Research Council, the Ian Potter Foundation and the NSW Environmental Trust.

Emily Hunt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Great white sharks grow a whole new kind of tooth for slicing bone as they age – https://theconversation.com/great-white-sharks-grow-a-whole-new-kind-of-tooth-for-slicing-bone-as-they-age-272805

5 years on from the junta’s coup, Myanmar’s flawed elections can’t unite a country at risk of breaking apart

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Adam Simpson, Senior Lecturer in International Studies in the School of Society and Culture, Adelaide University

Five years ago, on February 1 2021, Myanmar’s top generals decapitated the elected government. Democratic leaders were arrested, pushed underground or forced into exile.

Since then, the economy has spluttered and foreign investors have headed for the exit. The only growth industries – mostly scam centres, drugs and other criminal activities – enrich those already well-fed.

The military junta has kept its stranglehold via draconian curbs on civil and political liberties. It has bolstered its fighting forces through ruthless conscription, including of child soldiers. They now face rebellions in almost every corner of the ethnically diverse country.

It helps that the military brass can still depend on international support from Russia. China, meanwhile, is playing a careful game to ensure its interests – including prized access to the Indian Ocean for oil and gas – are secured.

And US President Donald Trump’s second term in office has introduced newly unpredictable and detrimental elements to great power politics.

The US government last year cited “notable progress in governance and stability [and] plans for free and fair elections” as justification for removing the Temporary Protected Status designation for immigrants from Myanmar. Although a federal judge blocked this decision a few days ago, this may eventually force previously protected Myanmar citizens to return home.

However, far from being free and fair, the month-long elections that just concluded in Myanmar have been devoid of meaningful democratic practice.

They will entrench the junta and provide little more than a patina of legitimacy that anti-democratic major powers will use to further normalise relations with Myanmar’s military leaders.

Myanmar’s deeply flawed election

The multi-stage elections were being held in only a fraction of the country currently under the military’s authority. Elections were not held in opposition-held territory, so many otherwise eligible voters were disenfranchised.

As such, there is no serious opposition to the military’s proxy, the Union Solidarity and Development Party (USDP). Civil and political space is also heavily restricted, with criticism of the election itself being a criminal offence.

The main opposition would be the National League for Democracy (NLD) party, which has won by a landslide in every national election it has participated in since 1990. But it has been banned, along with dozens of other opposition political parties. Its senior leaders, including Aung San Suu Kyi, have been imprisoned.

Citizens have been coerced into taking part in an election with only electronic-voting machines. This is against a background of expanded surveillance and pervasive fear.

Break up of Myanmar?

Despite recent military gains by the junta, supported by Russian military technology and Chinese government pressure, the lines of control may be starting to solidify into an eventual Balkanisation, or break up, of Myanmar into hostile statelets.

The prospects for a future federalised democratic Myanmar seem increasingly remote.

Since the coup there are many areas now under full opposition control. Take, for instance, a recent declaration of independence by a breakaway ethnic Karen armed group. While they represent only one part of the Karen community in eastern Myanmar, this could well precipitate a flood of similar announcements by other ethnic minorities.

Other groups might declare themselves autonomous and seek backing from governments and commercial and security interests in neighbouring countries such as China, Thailand, India and Bangladesh.

Most neighbouring countries will be uneasy about any further fracturing of Myanmar’s territorial integrity. Some, however, see potential benefits. China, for example, supports some ethnic armed groups to protect its strategic economic assets and maintain stability and influence along its borders.

Will international rulings have any impact?

While the conflict continues at home, Myanmar’s military leadership is defending itself at the International Court of Justice (ICJ) in The Hague. It faces claims it committed genocide against the Muslim Rohingya ethnic minority, particularly during the massacres of 2017.

During the three-week hearings, the junta has argued its “clearance operations” were merely counterterrorism activities, despite the 700,000 refugees it created.

Given the disdain for international law shown by Russia, China and the Trump administration in the US, any finding against the junta will have limited practical impact anyway.

What next?

Meanwhile, some countries in the the ASEAN bloc appear to be softening their opposition to the junta.

Recently, the Philippines foreign secretary met with Myanmar’s senior military leadership in the country’s first month chairing the bloc. This highlights the conundrum faced by regional leaders.

In the years immediately after the coup, ASEAN sought to keep Myanmar’s junta at arm’s length. But a number of key ASEAN players, particularly the more authoritarian regimes in Southeast Asia, would prefer to find a way to normalise engagement with the generals.

From that perspective, the flawed elections are a chance to embrace superficial democratisation and renewal.

This leaves the Myanmar people – millions of whom have fought hard against the coup and its negative consequences – with invidious choices about how to best pursue their independence and freedom.

There is little positive economic news on the horizon. The IMF projects inflation in Myanmar will stay above 30% in 2026 with a real GDP fall of 2.7%. This would compound an almost 20% contraction since the coup. The currency is worth around one quarter of what it was five years ago at the time of the coup.

In practice, this means many Myanmar families have gone backwards dramatically. An untold number are now entangled in illicit and often highly exploitative businesses.

The military’s proxy, the Union Solidarity and Development Party (USDP), will undoubtedly form government after the elections. But unlike the USDP-led government that formed after the similarly flawed 2010 election, this new administration is unlikely to pursue political and economic liberalisation sufficient to entice opposition forces to play along.

The people of Myanmar have now been betrayed and brutalised by the military far too often to believe their easy promises.

The Conversation

As a pro vice-chancellor at the University of Tasmania, Nicholas Farrelly engages with a wide range of organisations and stakeholders on educational, cultural and political issues, including at the ASEAN-Australia interface. He has previously received funding from the Australian government for Southeast Asia-related projects and from the Australian Research Council. Nicholas is on the advisory board of the ASEAN-Australia Centre, which is an Australian government body established in 2024, and also Deputy Chair of the board of NAATI, Australia’s government-owned accreditation authority for translators and interpreters. He writes in his personal capacity.

Adam Simpson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. 5 years on from the junta’s coup, Myanmar’s flawed elections can’t unite a country at risk of breaking apart – https://theconversation.com/5-years-on-from-the-juntas-coup-myanmars-flawed-elections-cant-unite-a-country-at-risk-of-breaking-apart-272894

New fear unlocked: runaway black holes

Source: The Conversation – Global Perspectives – By David Blair, Emeritus Professor, ARC Centre of Excellence for Gravitational Wave Discovery, OzGrav, The University of Western Australia

A runaway black hole leaving a streak of new stars in its wake. James Webb Space Telescope / van Dokkum et al.

Last year, astronomers were fascinated by a runaway asteroid passing through our Solar System from somewhere far beyond. It was moving at around 68 kilometres per second, just over double Earth’s speed around the Sun.

Imagine if it had been something much bigger and faster: a black hole travelling at more like 3,000km per second. We wouldn’t see it coming until its intense gravitational forces started knocking around the orbits of the outer planets.

This may sound a bit ridiculous – but in the past year several lines of evidence have come together to show such a visitor is not impossible. Astronomers have seen clear signs of runaway supermassive black holes tearing through other galaxies, and have uncovered evidence that smaller, undetectable runaways are probably out there too.

Runaway black holes: the theory

The story begins in the 1960s, when New Zealand mathematician Roy Kerr found a solution of Einstein’s general relativity equations that described spinning black holes. This led to two crucial discoveries about black holes.

First, the “no-hair theorem”, which tells us black holes can be distinguished only by three properties: their mass, their spin and their electric charge.

For the second we need to think about Einstein’s famous formula E = mc ² which says that energy has mass. In the case of a black hole, Kerr’s solution tells us that as much as 29% of a black hole’s mass can be in the form of rotational energy.

English physicist Roger Penrose deduced 50 years ago that this rotational energy of black holes can be released. A spinning black hole is like a battery capable of releasing vast amounts of spin energy.

A black hole can contain about 100 times more extractable energy than a star of the same mass. If a pair of black holes coalesce into one, much of that vast energy can be released in a few seconds.

It took two decades of painstaking supercomputer calculations to understand what happens when two spinning black holes collide and coalesce, creating gravitational waves. Depending on how the black holes are spinning, the gravitational wave energy can be released much more strongly in one direction than others – which sends the black holes shooting like a rocket in the opposite direction.

If the spins of the two colliding black holes are aligned the right way, the final black hole can be rocket-powered to speeds of thousands of kilometres per second.

Learning from real black holes

All that was theory, until the LIGO and Virgo gravitational wave observatories began detecting the whoops and chirps of gravitational waves given off by pairs of colliding black holes in 2015.

One of the most exciting discoveries was of black hole “ringdowns”: a tuning fork-like ringing of newly formed black holes that tells us about their spin. The faster they spin, the longer they ring.

Better and better observations of coalescing black holes revealed that some pairs of black holes had randomly oriented spin axes, and that many of them had very large spin energy.

All this suggested runaway black holes were a real possibility. Moving at 1% of light speed, their trajectories through space would not follow the curved orbits of stars in galaxies, but rather would be almost straight.

Runaway black holes spotted in the wild

This brings us to the final step in our sequence: the actual discovery of runaway black holes.

It is difficult to search for relatively small runaway black holes. But a runaway black hole of a million or billion solar masses will create huge disruptions to the stars and gas around it as it travels through a galaxy.

They are predicted to leave contrails of stars in their wake, forming from interstellar gas in the same way contrails of cloud form in the wake of a jet plane. Stars form from collapsing gas and dust attracted to the passing black hole. It’s a process that would last for tens of millions of years as the runaway black hole crosses a galaxy.

In 2025, several papers showed images of surprisingly straight streaks of stars within galaxies such as the image below. These seem to be convincing evidence for runaway black holes.

One paper, led by Yale astronomer Pieter van Dokkum, describes a very distant galaxy imaged by the James Webb telescope with a surprisingly bright contrail 200,000 light years long. The contrail showed the pressure effects expected from the gravitational compression of gas as a black hole passes: in this case it suggests a black hole with a mass 10 million times the Sun’s, travelling at almost 1,000km/s.

Another describes a long straight contrail cutting across a galaxy called NGC3627. This one is likely caused by a black hole of about 2 million times the mass of the Sun, travelling at 300km/s. Its contrail is about 25,000 light years long.

If these extremely massive runaways exist, so too should their smaller cousins because gravitational wave observations suggest that some of them come together with the opposing spins needed to create powerful kicks. The speeds are easily fast enough for them to travel between galaxies.

So runaway black holes tearing through and between galaxies are a new ingredient of our remarkable universe. It’s not impossible that one could turn up in our Solar System, with potentially catastrophic results.

We should not lose sleep over this discovery. The odds are minuscule. It is just another way that the story of our universe has become a little bit richer and a bit more exciting than it was before.

The Conversation

David Blair receives funding from the Australian Research Council. He is a member of the ARC Centre of Excellence for Gravitational Wave Discovery and is director of the Einstein-First education project that is developing a modern physics curriculum for primary and middle school science education.

ref. New fear unlocked: runaway black holes – https://theconversation.com/new-fear-unlocked-runaway-black-holes-272429

How government killings and kidnappings in Argentina drove mothers to resist and revolt − and eventually win

Source: The Conversation – USA – By Laura Tedesco, Professor of International and Comparative Politics, Saint Louis University – Madrid

A series of shootings by federal immigration agents, including two deaths in Minneapolis, have galvanized intense local and national protests against the Trump administration’s immigration enforcement operations. Federal immigration agents killed Renee Nicole Good, 37 – a mother of three – and Alex Pretti, a 37-year-old nurse, weeks apart in January 2026.

Since Donald Trump assumed the presidency on Jan. 20, 2025, Immigration and Customs Enforcement agents have detained thousands of people across the country, including U.S. citizens and legal residents. At least 11 people have been shot, including a Venezuelan migrant in Minneapolis on Jan. 14, 2026. Children and babies have been tear-gassed.

I am a political scientist who studies authoritarian regimes. I also lived through Argentina’s brutal military junta of the 1970s and 1980s. When I consider today’s ICE violence, I think of the state terrorism that tore Argentina apart – and how mothers became a potent force in resisting authoritarianism and ultimately restoring democracy.

Masked agents and the ‘Trump effect’

U.S. federal immigration enforcement actions began raising human rights concerns starting in April 2025, when masked federal agents in plain clothes began detaining international students.

Historically in the U.S., police and other official state security forces have used face coverings almost exclusively during undercover operations to protect agent safety and the integrity of ongoing investigations, according to federal law enforcement sources.

The global human rights group Amnesty International has begun using the phrase “the Trump effect” to describe masking and other administration actions that it believes violate global human rights standards.

Meanwhile, violence by ICE agents also runs counter to international law – as does police violence more broadly.

Several United Nations principles require that police action be guided at all times by legality, necessity, proportionality and nondiscrimination. Any use of force that does not comply with these principles violates international law.

Amnesty International’s policing guidance is based on these standards. It explains that police must attempt to use nonviolent means first, such as verbal commands, negotiation and warnings.

When force is necessary, officers must use “the least harmful means likely to be effective.” In such cases, proportionality requires that “the harm caused by the use of force may never outweigh the damage it seeks to prevent.”

Good’s and Pretti’s killings occurred in broad daylight. Video analysis suggests that Good was attempting to turn her vehicle away from the scene when an ICE agent shot her three times. Pretti had a holstered weapon, but witnesses and videos show he had been disarmed before a federal agent fatally shot him.

As nonimmigrant local community members, neither victim would be the apparent target of immigration enforcement operations in Minneapolis.

Argentina’s dictatorship

In both its use of masks and its brazen disregard for proportionality, ICE evokes in me unsettling memories of all-powerful, authoritarian governments that exercise control over life and death.

In March 1976, the Argentine armed forces overthrew a weak and chaotic government – that of María Estela Martínez de Perón, widow of Juan Domingo Perón – claiming the need to restore order in a country engulfed in political violence. So began one of the darkest periods in contemporary Argentine history.

Between 1976 and 1983, approximately 30,000 people were forcibly “disappeared,” meaning secretly kidnapped, never to be seen again. The vast majority were young men and women involved in labor unions, political organizations or student movements with left-wing ideologies, including Catholic priests and nuns who embraced liberation theology, a movement within the church that interprets the gospel of Jesus Christ through the experiences of poor people and the oppressed.

In April 1977, roughly a year after young Argentines first began vanishing, 14 women gathered in the Plaza de Mayo, a central square in Buenos Aires that faces the presidential palace. They were searching for their sons and daughters, who had been detained by the police or the military.

Some of these arrests had taken place at night, in the homes where these young victims lived with their families. In those cases, the women – who came to be known as the Madres de la Plaza de Mayo, or Mothers of the Plaza de Mayo – knew their children had been taken by security forces. In other cases, their children had simply failed to return home. Nothing was known of their whereabouts. They had disappeared.

Even those who had been detained at home had disappeared, too, as their location remained unknown.

Later, the nation would learn that many of the regime’s victims were tortured, then flown in airplanes over the nearby River Plate and dropped into the water on so-called “death flights.” All this information was compiled in a 1984 report written during the first democratic government after military rule and published under the name “Nunca Mas”: Never again.

The Mothers didn’t know that yet. They wanted their children back – alive.

Demonize, deny, discredit

The dictatorship had imposed a state of siege prohibiting all forms of assembly. To technically evade this restriction, the Mothers walked in circles around the plaza, avoiding the concentration of people in any single location, demanding truth and justice.

The regime reacted by systematically attempting to discredit the grieving women. To weaken their moral authority, state-controlled media labeled them as emotionally unstable “mad women.” The were called Las Locas de Plaza de Mayo instead of the Madres de Plaza de Mayo.

Regime media also suggested the Mothers were political subversives with links to guerrilla groups and members of foreign organizations out to damage Argentina’s international reputation.

Officials accused the women of exaggerating or inventing kidnappings and sometimes mocked their ever-growing weekly marches. By attacking their credibility and dignity, the dictatorship sought to undermine public sympathy and maintain a climate of fear.

At first, this narrative worked. Early in the dictatorship, many Argentines viewed the Mothers with ambivalence, skepticism or even fear. Others, while privately sympathetic, avoided expressing support due to fear of repression and social consequences.

The government’s attacks were not only rhetorical. In 1977, three of the founding Mothers – Esther de Balestrino, Azucena Villaflor and Mary Ponce de Bianco – disappeared when a group of military personnel stormed the Church of the Holy Cross in Buenos Aires. Twelve other people were abducted. None have ever been found.

The Mothers received substantial support from abroad. International human rights organizations, foreign journalists and religious institutions all played a crucial role in legitimizing their claims and broadcasting their struggle to the world.

France, in particular, helped publicize the Mothers’ cause in Europe, which put diplomatic pressure on the Argentine regime. This international solidarity contributed significantly to breaking the dictatorship’s silence and exposing its crimes.

Over time, as evidence of systematic forced disappearances became undeniable, public perception of the Mothers gradually shifted in Argentina, too. The Mothers came to be seen as a brave force for moral resistance.

A democracy built in part by mothers

In 1982, the military dictatorship invaded the South Atlantic islands known in Argentina as the Malvinas, or Falklands. The land has been British since 1833, but Argentina’s generals claimed sovereignty. Argentina was quickly defeated, and the military government fell.

After democratic elections were held in October 1983, the Mothers continued their efforts to uncover the histories of their children and to find and bury their remains. Many also started working to locate their grandchildren who had been born in captivity and illegally adopted after their parents were disappeared.

Their dedication to recovering their loved ones exposed the full extent of the regime’s atrocities.

Seated women, some wearing the white banadana, hold black and white photos of missing loved ones.
Argentines hold images of disappeared people in Buenos Aires during the trial of Argentina’s last dictator in 2010.
Rolando Andrade Stracuzzi Source/AP

In 1983, President Raúl Alfonsín, who reestablished Argentine democracy, established the National Genetic Data Bank to identify kinship between the parents and children of the disappeared. Thousands of analyses were conducted on children suspected of being born in captivity and illegally adopted by military families.

More than 120 grandchildren have since been identified.

The Mothers and children of the disappeared have also played a fundamental role in convicting dozens of military officials for crimes against humanity. As direct witnesses to the long-term consequences of forced disappearance, they have repeatedly testified against military officials.

The Mothers’ activism, which continues today, has helped sustain public pressure in Argentina for accountability and to transform private trauma into collective political action.

The killings in Minneapolis inspired me to recount this story for a simple reason: The government can protect, condemn or kill. Argentine history shows that it matters how society reacts to state terrorism.

This story was produced in collaboration with Rewire News Group, a nonprofit news organization that covers reproductive health.

The Conversation

Laura Tedesco is an Amnesty International donor.

ref. How government killings and kidnappings in Argentina drove mothers to resist and revolt − and eventually win – https://theconversation.com/how-government-killings-and-kidnappings-in-argentina-drove-mothers-to-resist-and-revolt-and-eventually-win-273440