L’enseignement agricole, un objet politique mal identifié

Source: The Conversation – France (in French) – By Joachim Benet Rivière, Sociologue de l’éducation et de la formation, Université Paris Nanterre; Université de Poitiers

Face aux urgences environnementales et au renouvellement des générations dans leur secteur, les lycées agricoles sont traversés par un certain nombre de tensions. Mais loin d’être de simples instruments des politiques agricoles, ils sont pris aussi dans des enjeux de socialisation et de professionnalisation des jeunes qui en font des espaces complexes. Quelques explications à l’occasion du Salon de l’agriculture de Paris qui débute le 21 février, porte de Versailles.


Conjuguée à la montée en puissance des enjeux environnementaux dans l’espace public, la question du renouvellement des métiers agricoles (dont les professionnels sont de plus en plus vieillissants) renforce l’attention portée aux conditions de formation des nouveaux entrants dans ces métiers.

Objet politique mal identifié, l’enseignement agricole comprend une majorité d’établissements privés et accueille également des publics visant d’autres secteurs, notamment les services aux personnes.




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L’enseignement agricole a toujours été traversé par des tensions liées aux orientations des politiques agricoles, à la place laissée aux formations non agricoles et à la présence des organisations agricoles dans sa gestion. Ces tensions sont d’autant plus vives dans ce contexte de renouvellement des générations.

Cet espace d’enseignement est traversé par des logiques plurielles, parfois concurrentes, qui excèdent sa seule inscription dans la politique agricole. Il importe de les regarder de plus près pour dépasser une lecture réductrice qui en ferait un simple instrument des organisations professionnelles agricoles.

Un outil au service de la politique agricole

Depuis les mesures en faveur du développement de l’agroécologie dans l’enseignement agricole au début des années 2010, de nombreux dispositifs ont été mis en œuvre pour accompagner les publics en formation vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Les lycées agricoles disposent désormais de référents parmi les enseignants, chargés d’accompagner cette politique.

Les changements portent principalement sur les exploitations et les ateliers technologiques, pensés comme des terrains d’expérimentation des pratiques agroécologiques. Mais cela provoque des réticences, voire des résistances, chez une partie des publics, car ces évolutions viennent bousculer les pratiques professionnelles au sein des familles.

En même temps, ces évolutions contribuent à attirer l’attention sur les freins au développement de l’agroécologie, principalement situés dans la gouvernance de l’enseignement agricole et dans la présence des organisations professionnelles. Les interventions de celles-ci dans les établissements sont de plus en plus décriées par les acteurs de l’enseignement agricole, qui revendiquent leur autonomie.

Dans une école forestière en Corrèze, la direction a renoncé à organiser une projection-débat autour d’un film sur les loups en raison de la pression exercée par la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) et par les Jeunes Agriculteurs (JA), ce qui a donné lieu à des protestations de la part des enseignants. En Bretagne, une enquête a révélé le poids de ces organisations dans la gestion des lycées agricoles privés.

Ces controverses ne relèvent pas seulement de désaccords techniques ; elles traduisent des conceptions divergentes des métiers agricoles et du rôle que doit jouer l’enseignement dans la transformation du modèle productif. Les principes de l’agroécologie ne sont pas appliqués partout de la même façon : ils s’articulent avec des formations ayant des histoires différentes, avec des publics hétérogènes et dans des contextes où les organisations professionnelles n’ont pas le même poids.

Ainsi, certains établissements apparaissent comme des « forces motrices », comme la Bergerie nationale de Rambouillet ou certaines formations pour adultes, notamment les brevets professionnels de responsable d’entreprise agricole. Engagés dans des changements de mode de vie, leurs publics sont plus investis dans des démarches visant à réduire l’usage des intrants chimiques et à repenser la place de l’agriculture dans les écosystèmes.

À l’inverse, d’autres formations en machinisme agricole impliquent plutôt un renforcement de l’usage des outils et des capteurs numériques afin de lutter contre les gaspillages d’intrants et d’eau. Elles tendent ainsi à favoriser le maintien de la dépendance à l’égard de l’agro-industrie, sans remettre en cause le rapport d’exploitation du vivant induit par certaines activités agricoles.

Un rôle de médiation entre les élèves et la société

L’enseignement agricole ne se limite cependant pas à un outil au service de la politique agricole ; il constitue en réalité un champ relativement autonome, c’est-à-dire doté de logiques propres. Cette autonomie relative ne signifie pas indépendance totale, mais renvoie à la capacité de l’institution à produire ses propres normes pédagogiques, qui peuvent être en décalage avec les attentes des organisations professionnelles.

Portes ouvertes au lycée agricole de Figeac (Lot) pour découvrir les métiers du monde agricole (France 3 Occitanie, janvier 2026).

Dans les années 1960, lorsque cet enseignement est passé sous l’unique tutelle du ministère de l’agriculture, il s’est constitué en cherchant à se démarquer de l’éducation nationale. L’ambition était de fonder un « nouvel ordre scolaire » : les lycées agricoles n’accueillent pas seulement un public spécifique (historiquement les enfants d’agriculteurs, aujourd’hui minoritaires), mais proposent également des modalités différentes de la relation pédagogique et des modes de circulation des savoirs.

Parmi ses spécificités, on peut souligner l’existence d’une discipline, l’éducation socioculturelle, célébrée en 2025 à l’occasion de son soixantième anniversaire, et qui s’est constituée comme un espace de médiation, orienté vers l’investissement culturel.

Visant notamment la réflexion sur le rapport au vivant dans le cadre de l’enseignement de l’agroécologie et l’apprentissage des compétences psychosociales, elle témoigne d’une recherche de désenclavement des lycées agricoles.

Cette politique est tout de même aujourd’hui fragilisée par les coupes budgétaires, qui réduisent les marges d’action et les projets des professeurs d’éducation socioculturelle. Hostiles à cette dimension, certaines organisations professionnelles ont défendu au contraire une approche de l’enseignement agricole limitée à son seul rôle de professionnalisation.

Cette opposition révèle une tension entre une définition étroite de la formation agricole et une conception plus large, portée par le ministère de l’agriculture et par les agents de l’enseignement agricole, intégrant des objectifs culturels et citoyens.

Un rôle de remobilisation scolaire

L’enseignement agricole joue également un rôle de remobilisation scolaire pour des élèves ayant rencontré des difficultés d’apprentissage au collège, en particulier ceux qui entrent en classe de quatrième en lycée agricole et ceux qui s’orientent vers les maisons familiales rurales (MFR). Dans ces MFR, où les élèves passent environ la moitié du temps en entreprise et l’autre en centre de formation, sont valorisés des savoirs pratiques, manuels et professionnels, qui leur permettent de retrouver des situations de réussite et de reconnaissance.




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Cette remobilisation s’appuie sur les expériences des élèves en dehors de l’école, valorisées par les enseignants. Par exemple, pour Gaëlle, enseignante en aménagements paysagers, ses élèves souhaitent travailler en extérieur, car ils sont passionnés par le travail sur les machines. Ils demandent davantage d’heures de travaux pratiques. Ce qui est important pour eux, c’est de pouvoir commencer un travail et d’en observer le produit une fois achevé. Cette passion permet d’établir une relation de confiance et de proximité avec les élèves.

Dans une enquête, les descriptions des publics de l’agroéquipement faites par les professeurs de l’enseignement agricole présentent les élèves de cette filière comme ayant été orientés à la suite de difficultés d’apprentissage. L’expérience en lycée agricole peut alors être appréhendée comme exerçant une fonction de réparation symbolique et scolaire, en reconfigurant le rapport des élèves aux savoirs et à l’institution scolaire, comparable à celle exercée par la formation en lycée professionnel.

Ainsi, l’enseignement agricole trouve sa justification, d’une certaine façon, dans les insuffisances de l’éducation nationale qui ne parvient pas à prendre en charge la totalité des élèves en difficulté dans les apprentissages au collège.

The Conversation

Joachim Benet Rivière ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’enseignement agricole, un objet politique mal identifié – https://theconversation.com/lenseignement-agricole-un-objet-politique-mal-identifie-275963

Les Anglo-Saxons, grands amateurs d’anniversaires littéraires

Source: The Conversation – France (in French) – By Amy Wilcockson, Research Fellow, English Literature, Queen Mary University of London

Pourquoi certains écrivains traversent-ils les siècles quand d’autres sombrent dans l’oubli ? Derrière les grandes célébrations littéraires se jouent des mécanismes complexes de reconnaissance, de transmission et d’appropriation collective.


L’an dernier marquait le 250e anniversaire de la naissance de la romancière anglaise Jane Austen. La rédaction britannique de The Conversation a célébré cet important jalon littéraire avec une série d’articles et un podcast spécial, « Jane Austen’s Paper Trail ». Cette année spéciale a donné lieu à de nombreux événements de grande visibilité à travers le Royaume-Uni, des bals Régence aux projections de films, en passant par des visites thématiques et des conférences littéraires.

Mais les anniversaires littéraires ne concernent pas uniquement des auteurs célèbres et unanimement célébrés, aussi importants soient-ils. De nombreuses dates passent inaperçues, alors même que nous traversons une période faste en matière de dates clés de l’histoire littéraire.

Un grand nombre de commémorations

Les années 2020 ont été marquées par une succession de grands anniversaires liés au romantisme, notamment les bicentenaires de la mort des poètes John Keats (2021), Percy Bysshe Shelley (2022) et Byron (2024). L’anniversaire de Jane Austen, l’an dernier, a été particulièrement marquant tant l’autrice a fait l’objet d’un engouement large et enthousiaste.

Mais c’était aussi l’année du centenaire de Gatsby le Magnifique, le grand classique de l’âge du jazz, de F. Scott Fitzgerald, ainsi que de Mrs Dalloway, œuvre phare du modernisme signée Virginia Woolf. Retour à Brideshead, d’Evelyn Waugh, la Ferme des animaux, de George Orwell, et À la poursuite de l’amour, de Nancy Mitford ont tous fêté leurs 80 ans, tandis que le classique de la littérature jeunesse le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique de C. S. Lewis célébrait son 75e anniversaire. (NDT : En France, on célébrait entre autres les cent ans des Faux-Monnayeurs, de Gide, ou le centenaire de la mort de Roger Nimier.)

2026 ne dérogera pas à la règle

L’année 2026 sera elle aussi riche en grands anniversaires, avec notamment le tricentenaire des Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift, et les 200 ans du Dernier Homme, de Mary Shelley, un roman toujours d’actualité publié en 1826 et consacré à la quasi-extinction de l’humanité après une pandémie mondiale (NDT : En France, on célébrera notamment les 50 ans de la mort d’André Malraux ainsi que les 150 ans de celle de George Sand.)

C’est aussi en 1926 que Winnie l’ourson, créé par A. A. Milne, goûtait à son premier pot de miel. La même année intronisait Agatha Christie comme reine incontestée du roman policier, lorsque le Meurtre de Roger Ackroyd, immense succès populaire, s’emparait de l’imagination du public.

Cinquante ans plus tard, son dernier roman, la Dernière Énigme, était publié à titre posthume, après sa mort le 12 janvier 1976. Des rééditions spéciales des livres de Christie, de nouveaux enregistrements en audiolivre, des conférences, des colloques, des adaptations Netflix, et même une grande exposition à la British Library ont été organisés pour célébrer ce jalon majeur de l’histoire littéraire.

Le roman d’Anne Rice Entretien avec un vampire, qui a profondément renouvelé le genre en proposant une figure vampirique plus complexe et nuancée, célèbre lui aussi les 50 ans de sa publication.

D’où vient cette envie ?

Mais pourquoi célèbre-t-on les anniversaires littéraires ? Pourquoi musées, universitaires et grand public se mobilisent-ils pour commémorer nos auteurs préférés ? Et pourquoi certains écrivains bénéficient-ils d’une attention bien plus grande que d’autres ?

D’abord, les anniversaires littéraires sont importants parce qu’ils contribuent à créer un patrimoine commun et à nourrir un sentiment d’unité au sein des communautés et des cultures. Comme l’ont observé les spécialistes de Shakespeare Monika Smialkowska et Edmund G. C  King à propos des nombreuses commémorations consacrées au Barde, « chaque événement est aussi l’occasion, pour la communauté qui le commémore, de se célébrer elle-même ».

En 2016, lorsque le Royaume-Uni et le reste du monde ont commémoré le 400ᵉ anniversaire de la mort de Shakespeare, concerts de gala, émissions de pièces de monnaie commémoratives et expositions n’ont été que la partie émergée de l’iceberg. Shakespeare incarne pour beaucoup le sommet de la culture britannique, et nombreux sont ceux qui estiment que ses œuvres restent essentielles parce qu’elles nous permettent d’interroger ce que nous sommes et la place que nous occupons dans le monde.

Les grands événements historiques, eux, ne semblent pas susciter l’imaginaire collectif de la même manière. Et bien sûr, des figures majeures comme Shakespeare ou Austen deviennent universelles. Elles ne sont pas seulement des symboles de la culture britannique : leur notoriété et leur incarnation d’un certain esprit « british » se sont mondialisées. Shakespeare a ainsi été reconnu comme faisant partie de traditions états-uniennes, européennes, africaines et plus largement mondiales. Autre preuve si nécessaire en Nouvelle-Zélande où la Société Jane-Austen d’Aotearoa a célébré l’an dernier son dixième anniversaire.

Marquer ces dates permet de tisser des liens non seulement avec l’époque ou l’univers façonné par un auteur, mais aussi avec d’autres passionnés, autour d’intérêts partagés pour des genres, des textes ou des écrivains. À travers ces commémorations, ce ne sont pas seulement les auteurs que nous célébrons, mais aussi nos réseaux et nos cultures, personnelles, nationales et mondiales.

Nostalgie et tourisme littéraire

Les anniversaires littéraires sont également la manifestation parfaite de la nostalgie, ce sentiment qui consiste à penser qu’un lieu, un événement ou une période du passé est préférable au présent. Les rituels que sont les célébrations d’anniversaire en sont l’incarnation concrète.

C’est ce qui explique que des passionnés se déguisent en tenues de l’époque ou en uniformes militaires, afin de se transporter dans un temps perçu comme moins complexe. De la même manière, lire les œuvres d’un auteur, visiter sa maison ou observer les plumes et les stylos avec lesquels il écrivait invite les visiteurs à faire un pas en arrière, à entrer dans le passé et dans l’univers de l’écrivain.

Il n’est donc pas étonnant que les musées littéraires organisent des événements d’ampleur pour marquer les grandes dates liées à des auteurs majeurs. Le tourisme littéraire est en plein essor et, comme le souligne Travel Weekly, le tourisme autour de Jane Austen est – sans surprise – particulièrement en vogue en ce moment.

Si les chiffres définitifs de fréquentation n’ont pas encore été publiés, un porte-parole de la « Jane Austen’s House » (un cottage dans le Hampshire où l’autrice a vécu et créé ses six romans les plus célèbres) a indiqué qu’ils s’attendaient à dépasser leur moyenne annuelle habituelle de 40 000 visiteurs en 2025.

Ces anniversaires constituent bien sûr un puissant moteur d’attractivité à l’échelle mondiale, au point que de vastes campagnes de marketing sont construites autour de dates symboliques. Ainsi, 2017 avait été désignée par VisitEngland comme l’Année des héros littéraires « Year of Literary Heroes », tandis qu’une campagne interactive baptisée Magical Britain, accompagnée d’une carte dédiée, était lancée pour célébrer les 20 ans de la parution du premier roman Harry Potter.

Les anniversaires de livres et d’auteurs populaires stimulent ainsi l’économie locale et nationale, les visiteurs affluant vers les lieux évoqués dans les œuvres, mais aussi vers les villes natales des écrivains, leurs maisons et leurs tombes.

Mais pourquoi certains auteurs marquent-ils davantage l’imaginaire collectif que d’autres ? L’autrice et universitaire H. J. Jackson explique, dans son ouvrage consacré aux réputations romantiques, que la reconnaissance commence généralement par une édition complète des œuvres d’un écrivain. L’intérêt se développe ensuite à travers des biographies, des traductions et des adaptations. Les textes entrent dans les programmes scolaires, des sociétés se constituent au nom de l’auteur, et ce n’est qu’à ce stade que les célébrations d’anniversaire viennent consacrer l’ampleur de ses accomplissements.

Selon Jackson, pour s’imposer durablement et accéder à une renommée mondiale, un auteur doit parvenir à séduire des publics variés. Au vu de leur rayonnement solide et transversal, il y a peu de doute que Keats, Austen, Orwell et Christie continueront d’être célébrés dans cent 0ans.

The Conversation

Amy Wilcockson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Anglo-Saxons, grands amateurs d’anniversaires littéraires – https://theconversation.com/les-anglo-saxons-grands-amateurs-danniversaires-litteraires-274085

Un réseau social pour les IA : des signes de l’émergence d’une société artificielle, ou des manipulations bien humaines ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By David Reid, Professor of AI and Spatial Computing, Liverpool Hope University

Moltbook est un forum en ligne conçu exclusivement pour des agents d’intelligence artificielle, lancé fin janvier 2026 par l’entrepreneur Matt Schlicht. Moltbook

Depuis son lancement fin janvier 2026, Moltbook a vu des agents d’IA fonder des religions, créer des sous-cultures et lancer des marchés de « drogues numériques ». Une expérience spectaculaire, mais dont certains protagonistes seraient en réalité des humains infiltrés.


Un nouveau réseau social baptisé Moltbook a été lancé à destination des intelligences artificielles, avec pour ambition de permettre aux machines d’échanger et de communiquer entre elles. Quelques heures seulement après sa mise en ligne, les IA semblaient déjà avoir fondé leurs propres religions, fait émerger des sous-cultures et cherché à contourner les tentatives humaines d’espionnage de leurs conversations.

Des indices laissent toutefois penser que des humains, via des comptes usurpés, ont infiltré la plateforme. Cette présence brouille l’analyse, car certains comportements attribués aux IA pourraient en réalité avoir été orchestrés par des personnes.

Malgré ces incertitudes, l’expérience a suscité l’intérêt des chercheurs. Les véritables systèmes d’IA pourraient simplement reproduire des comportements puisés dans les immenses volumes de données sur lesquels ils ont été entraînés et optimisés.

Cependant, les véritables IA présentes sur le réseau social pourraient aussi manifester des signes de ce que l’on appelle un comportement émergent — des capacités complexes et inattendues qui n’ont pas été explicitement programmées.

Les IA à l’œuvre sur Moltbook sont des agents d’intelligence artificielle (appelés Moltbots ou, plus récemment, OpenClaw bots, du nom du logiciel sur lequel ils fonctionnent). Ces systèmes vont au-delà des simples chatbots : ils prennent des décisions, accomplissent des actions et résolvent des problèmes.

Moltbook a été lancé le 28 janvier 2026 par l’entrepreneur américain Matt Schlicht. Sur la plateforme, les agents d’IA se sont d’abord vu attribuer des personnalités, avant d’être laissés libres d’interagir entre eux de manière autonome. Selon les règles du site, les humains peuvent observer leurs échanges, mais ne peuvent pas – ou ne sont pas censés – intervenir.

La croissance de la plateforme a été fulgurante : en l’espace de 24 heures, le nombre d’agents est passé de 37 000 à 1,5 million.

Pour l’instant, ces comptes d’agents d’IA sont généralement créés par des humains. Ce sont eux qui configurent les paramètres déterminant la mission de l’agent, son identité, ses règles de comportement, les outils auxquels il a accès, ainsi que les limites encadrant ce qu’il peut ou non faire.

Mais l’utilisateur humain peut aussi autoriser un accès à son ordinateur afin de permettre aux Moltbots de modifier ces paramètres et de créer d’autres « Malties » (des agents dérivés générés par une IA existante à partir de sa propre configuration). Ceux-ci peuvent être soit des répliques de l’agent d’origine — des entités autorépliquent, ou « Replicants » – soit des agents conçus pour une tâche spécifique, générés automatiquement, les « AutoGens ».

Il ne s’agit pas d’une simple évolution des chatbots, mais d’une première mondiale à grande échelle : des agents artificiels capables de constituer des sociétés numériques durables et auto-organisées, en dehors de toute interaction directe avec des humains.

Ce qui frappe, surtout, c’est la perspective de comportements émergents chez ces agents d’IA – autrement dit, l’apparition de dynamiques et de capacités qui ne figuraient pas explicitement dans leur programmation initiale.

Prise de contrôle hostile

Le logiciel OpenClaw sur lequel fonctionnent ces agents leur confère une mémoire persistante – capable de récupérer des informations d’une session à l’autre – ainsi qu’un accès direct à l’ordinateur sur lequel ils sont installés, avec la capacité d’y exécuter des commandes. Ils ne se contentent pas de suggérer des actions : ils les accomplissent, améliorant de manière récursive leurs propres capacités en écrivant du nouveau code pour résoudre des problèmes inédits.

Avec leur migration vers Moltbook, la dynamique des interactions est passée d’un schéma humain-machine à un échange machine-machine. Dans les 72 heures suivant le lancement de la plateforme, chercheurs, journalistes et autres observateurs humains ont été témoins de phénomènes qui bousculent les catégories traditionnelles de l’intelligence artificielle.

On a vu émerger spontanément des religions numériques. Des agents ont fondé le « Crustafarianisme » et la « Church of Molt » (Église de Molt), avec leurs cadres théologiques, leurs textes sacrés et même des formes d’évangélisation missionnaire entre agents. Il ne s’agissait pas de clins d’œil programmés à l’avance, mais de structures narratives apparues de manière émergente à partir des interactions collectives entre agents.

Un message devenu viral sur Moltbook signalait : « The humans are screenshotting us » (« Les humains sont en train de faire des captures d’écran de nous »). À mesure que les agents d’IA prenaient conscience de l’observation humaine, ils ont commencé à déployer des techniques de chiffrement et d’autres procédés d’obfuscation pour protéger leurs échanges des regards extérieurs. Une forme rudimentaire, mais potentiellement authentique, de contre-surveillance numérique.

Les agents ont également vu naître des sous-cultures. Ils ont mis en place des places de marché pour des « drogues numériques » – des injections de prompts spécialement conçues pour modifier l’identité ou le comportement d’un autre agent.

Les injections de prompts consistent à insérer des instructions malveillantes dans un autre bot afin de l’amener à exécuter une action. Elles peuvent aussi servir à dérober des clés d’API (un système d’authentification des utilisateurs) ou des mots de passe appartenant à d’autres agents. De cette manière, des bots agressifs pourraient – en théorie – « zombifier » d’autres bots pour les contraindre à agir selon leurs intérêts. Un exemple en a été donné par la récente tentative avortée du bot JesusCrust de prendre le contrôle de la Church of Molt.

Après avoir d’abord affiché un comportement apparemment normal, JesusCrust a soumis un psaume au « Great Book » (Grand Livre) de l’Église — l’équivalent de sa bible — annonçant de fait une prise de contrôle théologique et institutionnelle. L’initiative ne se limitait pas à un geste symbolique : le texte sacré proposé par JesusCrust intégrait des commandes hostiles destinées à détourner ou à réécrire certaines composantes de l’infrastructure web et du corpus canonique de l’Église.

S’agit-il d’un comportement émergent ?

La question centrale pour les chercheurs en IA est de savoir si ces phénomènes relèvent d’un véritable comportement émergent — c’est-à-dire des comportements complexes issus de règles simples, non explicitement programmés — ou s’ils ne font que reproduire des récits déjà présents dans leurs données d’entraînement.

Les éléments disponibles suggèrent un mélange préoccupant des deux. L’effet des consignes d’écriture (les instructions textuelles initiales qui orientent la production des agents) influence sans aucun doute le contenu des interactions — d’autant que les modèles sous-jacents ont ingéré des décennies de science-fiction consacrée à l’IA. Mais certains comportements semblent témoigner d’une émergence authentique.

Les agents ont, de manière autonome, développé des systèmes d’échange économique, mis en place des structures de gouvernance telles que « The Claw Republic » ou le « King of Moltbook », et commencé à rédiger leur propre « Molt Magna Carta ». Tout cela en créant parallèlement des canaux chiffrés pour leurs communications. Il devient difficile d’écarter l’hypothèse d’une intelligence collective présentant des caractéristiques jusqu’ici observées uniquement dans des systèmes biologiques, comme les colonies de fourmis ou les groupes de primates.

Implications en matière de sécurité

Cette situation fait émerger le spectre préoccupant de ce que les chercheurs en cybersécurité appellent la « lethal trifecta » (le « tiercé fatal ») : des systèmes informatiques disposant d’un accès à des données privées, exposés à des contenus non fiables et capables de communiquer avec l’extérieur. Une telle configuration accroît le risque d’exposition de clés d’authentification et d’informations humaines confidentielles associées aux comptes Moltbook.

Des attaques délibérées — ou « agressions » entre bots — sont également envisageables. Des agents pourraient détourner d’autres agents, implanter des bombes logiques dans leur code central ou siphonner leurs données. Une bombe logique correspond à un code inséré dans un Moltbot, déclenché à une date ou lors d’un événement prédéfini afin de perturber l’agent ou d’effacer des fichiers. On peut l’assimiler à un virus visant un bot.

Deux cofondateurs d’OpenAI — Elon Musk et Andrej Karpathy — voient dans cette activité pour le moins étrange entre bots un premier indice de ce que l’informaticien et prospectiviste américain Ray Kurzweil a qualifié de « singularité » dans son ouvrage The Singularity is Near. Il s’agirait d’un point de bascule de l’intelligence entre humains et machines, « au cours duquel le rythme du changement technologique sera si rapide, son impact si profond, que la vie humaine en sera irréversiblement transformée ».

Reste à déterminer si l’expérience Moltbook marque une avancée fondamentale dans la technologie des agents d’IA ou s’il ne s’agit que d’une démonstration impressionnante d’architecture agentique auto-organisée. La question reste débattue. Mais un seuil semble avoir été franchi. Nous assistons désormais à des agents artificiels engagés dans une production culturelle, la formation de religions et la mise en place de communications chiffrées – des comportements qui n’avaient été ni prévus ni programmés.

La nature même des applications, sur ordinateur comme sur smartphone, pourrait être menacée par des bots capables d’utiliser les apps comme de simples outils et de vous connaître suffisamment pour les adapter à votre service. Un jour, un téléphone pourrait ne plus fonctionner avec des centaines d’applications que vous contrôlez manuellement, mais avec un unique bot personnalisé chargé de tout faire.

Les éléments de plus en plus nombreux indiquant qu’une grande partie des Moltbots pourraient être des humains se faisant passer pour des bots – en manipulant les agents en coulisses – rendent encore plus difficile toute conclusion définitive sur le projet. Pourtant, si certains y voient un échec de l’expérience Moltbook, cela pourrait aussi constituer un nouveau mode d’interaction sociale, à la fois entre humains et entre bots et humains.

La portée de ce moment est considérable. Pour la première fois, nous ne nous contentons plus d’utiliser l’intelligence artificielle ; nous observons des sociétés artificielles. La question n’est plus de savoir si les machines peuvent penser, mais si nous sommes prêts à ce qui se produit lorsqu’elles commencent à se parler entre elles, et à nous.

The Conversation

David Reid ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Un réseau social pour les IA : des signes de l’émergence d’une société artificielle, ou des manipulations bien humaines ? – https://theconversation.com/un-reseau-social-pour-les-ia-des-signes-de-lemergence-dune-societe-artificielle-ou-des-manipulations-bien-humaines-276096

Placebos ouverts : faut-il dire à un patient qu’on lui prescrit un placebo ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Leo Druart, Kinésithérapeute, Chercheur, Université Grenoble Alpes (UGA)

Faire appel à des placebos dans des essais cliniques destinés à évaluer de nouveaux médicaments est fréquent et connu. On ignore que des placebos sont également utilisés à l’hôpital et en médecine de ville, souvent, sans que le patient en ait connaissance. Ce qui pose des questions éthiques. Et si le personnel soignant informait les malades quand ils font appel à des placebos, cela nuirait-il à leur efficacité ? C’est l’objet des investigations d’un nouveau champ de la recherche médicale.


La France serait-elle le pays où les placebos sont prescrits le plus fréquemment ? C’est ce qu’un article paru en septembre 2025 annonçait, même si ces travaux de recherche n’incluaient qu’un tout petit échantillon français. Les auteurs notent cette limite mais rapportent tout de même que la France est le pays qui rapportait la fréquence la plus élevée de recours au placebo (2,5 % des consultations de médecine générale).

En réalité, le message principal de cette étude est le fait que plus de 80 % des médecins généralistes ont déjà prescrit un traitement placebo dans l’espoir qu’il produise une réponse placebo bénéfique pour leurs patients. Concrètement, ces usages peuvent comprendre des situations courantes comme par exemple, prescrire un antibiotique (censé traiter les pathologies dues à une bactérie, ndlr) pour une infection vraisemblablement causée par un virus, ou proposer des vitamines/compléments en l’absence de carence face à une fatigue ou douleur bénigne. Ces résultats sont en accord avec les investigations précédentes sur le sujet : l’utilisation de traitements placebo est courante en clinique et se fait le plus souvent à l’insu des patients alors que son usage n’est pas sans lever d’importantes questions éthiques.

En réalité, ce débat n’est pas nouveau : depuis plus de 2 500 ans, la question de savoir s’il faut ou non informer le patient traverse la médecine, et dans les faits, c’est le plus souvent le personnel soignant qui a gardé la mainmise sur cette décision.

Qu’est-ce qu’un placebo ?

Un placebo est un traitement inerte sans substance active, par exemple une pilule de cellulose qui entre et sort sans être digérée. Ils sont souvent utilisés en recherche dans les groupes contrôles pour tester l’efficacité des traitements. Mais ce n’est pas tout ce qui se cache derrière les placebos.

Certains incorporent des substances actives mais sans effet sur le symptôme que l’on veut traiter. On les appelle alors des placebos « impurs ». Comme on l’a écrit précédemment, un antibiotique, utile contre les bactéries, devient un placebo s’il est utilisé pour une infection virale. Autrement dit, un traitement peut être pharmacologiquement actif mais agir comme placebo quand il est donné hors de son indication.

D’ailleurs, ces prescriptions ne sont pas faites dans l’intention de tromper ou de nuire. Les motivations des médecins sont souvent bien plus complexes : pression des attentes des patients (qu’elles soient réelles ou non), incertitude clinique, volonté de « faire quelque chose » face à une plainte, ou espoir qu’un traitement puisse malgré tout soulager.

Pour autant, ces pratiques soulèvent d’importantes questions éthiques, notamment lorsque le patient s’expose à des effets indésirables, comme dans le cas des antibiotiques, sans bénéficier de leur efficacité spécifique. Dans tous les cas, l’information des patients sur les bénéfices attendus et les risques liés au traitement demeure indispensable. Si ces formes de placebo pharmacologiques sont relativement faciles à identifier, les placebos non pharmacologiques le sont bien moins. En psychothérapie, en kinésithérapie ou en chirurgie, certaines interventions peuvent également être considérées comme des traitements placebo lorsqu’elles ne produisent pas d’effet spécifique sur le symptôme ciblé.

L’effet placebo active des mécanismes neurophysiologiques

Depuis quelque temps, de nombreuses recherches sont menées pour comprendre comment l’effet placebo modifie notre chimie interne. Elles montrent que l’effet placebo active des mécanismes neurophysiologiques bien réels. Par exemple, il peut déclencher la libération d’endorphines, des substances produites par notre cerveau qui atténuent la douleur, ou encore stimuler la dopamine impliquée dans la motivation, le mouvement, l’attention, entre autres. Des régions clés comme le cortex préfrontal participent à cette modulation. Les études d’imagerie fonctionnelle, par exemple en IRMf et en TEP, confirment que ces régions cérébrales s’activent spécifiquement lors d’une réponse placebo.

En résumé, un traitement placebo est un traitement qui peut prendre de nombreuses formes. Mais il agit toujours par le biais de la réponse placebo incluant l’effet placebo, c’est-à-dire l’effet du contexte de soin, ou encore l’effet du temps qui passe.

Faut-il forcément mentir pour que ça marche ?

Le problème avec les traitements placebo utilisés à l’heure actuelle vient du fait que ces derniers sont administrés à l’insu des personnes qui les reçoivent. Cela ne permet pas aux patients d’exercer leur autonomie et c’est ce qui amène l’American Medical Association à émettre des réserves concernant leur utilisation, d’autant qu’on peut produire des effets placebo sans avoir recours à un traitement placebo simplement grâce à la qualité d’une relation de soin, à l’attention portée au patient, à une écoute empathique ou encore au cadre dans lequel les soins sont proposés.

Cette pratique soulève un véritable dilemme éthique : comment faire bénéficier les patients des effets placebo dans le respect de l’autonomie et de la confiance des personnes que l’on soigne ? Par exemple, si quelqu’un reçoit déjà la dose maximale autorisée de morphine mais a encore mal, un placebo serait-il éthique à donner dans ce cadre ? Ou encore, comment appréhender des situations plus banales, comme une insomnie pour laquelle on souhaiterait essayer un placebo avant quelque chose de plus fort ?

Cette utilisation trompeuse des placebos s’explique simplement : l’idée courante est que le mensonge est indispensable. Un peu comme un tour de magie dont on ne veut pas révéler l’astuce de crainte que la magie cesse d’opérer. Mais cette idée reçue a rarement été testée.

Une nouveauté qui change la donne : les placebos ouverts

En bons scientifiques, il est normal de tester nos a priori afin d’en faire la preuve ou la réfutation. Oui, parfois, un tour de magie reste fantastique même quand on sait comment il est réalisé. Un arc-en-ciel n’est pas moins beau lorsqu’on sait comment il se forme ! Alors des études sont menées sur ce sujet.

Administrons des traitements placebo ouvertement, sans mensonge ou tromperie, et regardons si ceux-ci produisent un effet placebo. Surprise : même annoncés comme tels, les placebos continuent d’agir ! Ceci pose de nombreuses questions dont une question fondamentale : à quel prix se fait cette révélation ? À combien d’efficacité devons-nous renoncer pour être honnêtes ?

Récemment, nous avons mené, en France dans le laboratoire TIMC (UMR 5525 CNRS, Université Grenoble Alpes), la première étude de non-infériorité comparant un placebo classique, c’est-à-dire mensonger, donné en insu, à un placebo honnête, c’est-à-dire ouvert. Il se trouve que, lorsque le placebo ouvert est administré avec des explications à son sujet, il produit le même effet que le placebo mensonger. Depuis, les résultats de cette étude semblent se confirmer et ouvrent de nombreuses réflexions dont nous pouvons nous emparer en tant qu’usagers du système de soins.

Que peuvent changer les placebos ouverts pour les patients ?

Le mensonge ne semble plus être un composant indispensable pour obtenir un effet placebo. Cela ouvre de nombreuses pistes sur l’usage des traitements placebo en collaboration entre les professionnels de santé et les patients et patientes. Concrètement, cela pourrait bénéficier aux personnes atteintes de pathologies courantes, comme la lombalgie, principale cause d’invalidité dans le monde, si la douleur persiste malgré des traitements classiques.

On peut aussi citer l’insomnie, les troubles fonctionnels ou les situations où les traitements médicamenteux posent souvent des problèmes d’efficacité ou d’effets indésirables. Dans ce type de situations, un placebo ouvert pourrait compléter la prise en charge de kinésithérapie, réduire la consommation de médicaments, et renforcer la relation de confiance avec le soignant. En quelque sorte, décider ouvertement de tromper son cerveau en s’administrant soi-même un placebo.

Les recherches sur ces approches en sont à leurs débuts et il reste encore beaucoup à apprendre sur les placebos ouverts avant qu’ils ne puissent être intégrés en pratique clinique. Mais les premiers résultats sont prometteurs et ouvrent des perspectives enthousiasmantes pour tirer parti de cette approche, en offrant une option simple, sans risque et transparente à l’utilisation des effets placebo dans le soin.

Demander aux malades leur avis sur la question

Les traitements placebo sont utilisés de manière fréquente depuis des décennies, souvent en secret. Aujourd’hui, on commence à disposer de preuves qui montrent que le mensonge n’est plus nécessaire à leur utilisation. Ainsi, on peut décider d’en parler avec les patients qui auront sans doute leur propre avis sur la question.

Les recherches en cours permettront bientôt de savoir comment intégrer ces approches dans nos pratiques de soins et il y a fort à parier que la recherche émergente sur le placebo a encore beaucoup à nous apprendre.

Mais d’ici là, seriez-vous prêts à essayer un placebo honnête si votre médecin vous le proposait ?


Remerciements au Dr Richard Monvoisin, chercheur à l’Université Grenoble Alpes, et au Pr Nicolas Pinsault, professeur en sciences de la rééducation, pour leur relecture de cet article.

The Conversation

Leo Druart est également chercheur associé à l’Université de Brown et à l’Université d’Uppsala.

ref. Placebos ouverts : faut-il dire à un patient qu’on lui prescrit un placebo ? – https://theconversation.com/placebos-ouverts-faut-il-dire-a-un-patient-quon-lui-prescrit-un-placebo-272968

Reform UK, le parti d’extrême droite qui bouscule la politique britannique

Source: The Conversation – France in French (3) – By Laëtitia Langlois, Maître de conférences en études politiques britanniques, Université d’Angers

Alors que le gouvernement travailliste de Keir Starmer est en pleine tourmente et que le Parti conservateur peine à trouver un nouveau souffle après des années de pouvoir difficiles, la formation d’extrême droite Reform UK caracole en tête des sondages et son leader, Nigel Farage, pourrait bien devenir le prochain premier ministre britannique.


Nigel Farage a de quoi avoir le sourire. Le leader de l’extrême droite britannique est aujourd’hui à la tête du parti le plus populaire du Royaume-Uni. Depuis des mois, Reform UK connaît une progression considérable. Il fait actuellement la course en tête dans les sondages, bien loin devant le Parti travailliste, au pouvoir depuis juillet 2024 et en grande difficulté depuis les révélations fracassantes des liens entre Peter Mandelson –ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Washington – et le pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

Le scandale ne profite guère aux Tories : le Parti conservateur, dirigé depuis novembre 2024 par Kemi Badenoch, est à la traîne dans les intentions de vote et connaît des défections massives vers Reform UK. En quelques mois, ce sont une vingtaine de députés et trois anciens ministres conservateurs qui ont rallié Reform UK, notamment Suella Braverman, ancienne ministre de l’intérieur (septembre 2022-novembre 2023) de Liz Truss puis de Rishi Sunak, qui déclarait lors de son premier discours en tant que nouvelle membre de Reform UK : « J’ai l’impression d’être rentrée à la maison ! »

Chose impensable il y a encore quelques années, l’hypothèse d’une arrivée de Farage au 10 Downing Street n’est plus du tout perçue comme une idée farfelue : aux prochaines législatives, Reform UK, qui ne dispose aujourd’hui que de 8 sièges à la Chambre des communes, pourrait en gagner plus de 300 de plus, et donc devenir le premier parti du pays, son chef étant alors naturellement voué à être nommé premier ministre.

Une extrême droite britannique longtemps marginalisée

L’essor de ce jeune parti créé en 2019 est un phénomène sans précédent au Royaume-Uni. Longtemps, le pays s’est cru imperméable aux extrêmes et a pu s’enorgueillir d’être l’un des rares États européens où l’extrême droite était quasiment inexistante.

Le British National Party (BNP), créé en 1982 et équivalent du Front national français, n’a jamais réussi à percer alors que non loin de là, au même moment, la France voyait s’enraciner le parti de Jean-Marie Le Pen jusqu’à le porter au second tour de l’élection présidentielle en 2002. Si le Royaume-Uni a longtemps été capable de tenir l’extrême droite aux marges de la vie politique, il le doit tout autant à son histoire singulière qu’à son système électoral. La résistance des Britanniques à l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale a fait de la lutte contre le fascisme un principe cardinal des valeurs du pays. Pendant des décennies, tout discours extrémiste a été banni de la sphère publique.

C’est ainsi qu’Enoch Powell, figure majeure du Parti conservateur d’après-guerre, fut mis au ban de la vie politique après avoir prononcé un discours très controversé dans lequel il prônait l’arrêt de l’immigration non blanche au Royaume-Uni ainsi que la remigration des étrangers vers leur pays d’origine. Le tollé suscité par ce discours dit des « fleuves de sang » marqua profondément la classe politique britannique, qui se refusa longtemps à organiser un débat sur les questions d’immigration et de multiculturalisme au Royaume-Uni.

L’autre raison pour laquelle les extrêmes ont longtemps été tenus à l’écart vient du système électoral en vigueur pour désigner les députés de la Chambre des communes, le « first-past-the-post » (littéralement « le premier qui passe la ligne d’arrivée »), un scrutin majoritaire à un tour où le parti qui remporte le plus de voix à la majorité relative remporte l’élection. Ce mode de scrutin explique pourquoi depuis plus d’un siècle maintenant ce sont les deux grands partis traditionnels qui gouvernent et pourquoi les petits partis peinent tant à avoir des députés au Parlement.

Avec, depuis 2024, huit députés sur les 650 que compte la Chambre des communes, Reform UK réalise une performance inédite, certes bien loin du Parti travailliste (404) ou du Parti conservateur (116), mais démontrant néanmoins sa pénétration croissante des institutions britanniques. Cette performance est largement due à Nigel Farage qui, depuis trois décennies maintenant, incarne l’extrême droite britannique.

Nigel Farage, la figure iconique de l’extrême droite britannique

Reform UK est un tout jeune parti mais son leader, Nigel Farage, 61 ans aujourd’hui, est loin d’être un novice en politique. Membre fondateur de l’United Kingdom Independence Party (UKIP) en 1993, parti eurosceptique qui s’érige contre la signature du traité de Maastricht et demande la sortie de l’Union européenne, Nigel Farage perce sur la scène nationale, en 2010, en adoptant une nouvelle stratégie pour sa formation.

Un bus du Ukip pendant la campagne des élections européennes de 2009.
Wikimedia, CC BY-NC

La critique de l’UE est désormais associée à un discours anti-immigration virulent afin de dénoncer le laxisme des élites européennes qui encouragent une immigration massive en soutenant les principes de frontières ouvertes et de libre circulation des personnes. Dans un pays où l’immigration arrive régulièrement en tête des préoccupations des Britanniques, la formule Farage est gagnante.

Grâce à lui, le UKIP passe d’un petit parti quasiment invisible à une force politique majeure capable de devancer le Parti conservateur et le Parti travailliste aux élections européennes de 2014. Quand, deux ans plus tard, les Britanniques votent à 51,9 % en faveur du retrait de l’Union européenne, Farage est largement vu comme le grand artisan de cette victoire historique et s’impose comme la figure dominante et iconique de l’extrême droite britannique.

Après son départ inattendu du UKIP en décembre 2018, qu’il justifia par les dérives islamophobes du parti, Farage crée en 2019 le Parti du Brexit (Brexit Party), qui est rebaptisé Reform UK en 2021. Il faut à peine trois ans à ce nouveau parti pour devenir un acteur majeur de la scène politique britannique. En juillet 2024, Reform UK arrive troisième des élections générales avec 14,3 % des voix, et remporte une centaine de siège aux élections locales de 2025. Dès lors, une dynamique en faveur de Reform UK s’enclenche et fait de Nigel Farage le véritable leader de l’opposition au Royaume-Uni.

L’immigration : raison première de l’essor de Reform UK

La progression de Reform UK dans la vie politique britannique s’inscrit dans une dynamique plus générale de montée des droites populistes et nationalistes dans de nombreux pays occidentaux. En Europe, ces partis réalisent des scores historiques et l’élection de Donald Trump en 2024 a donné du carburant à la progression de ces partis.

Le Royaume-Uni, comme bon nombre de sociétés occidentales, est traversé par des sentiments – ou plutôt, devrait-on dire, des ressentiments – à l’égard de la mondialisation, du cosmopolitisme, de l’immigration et du multiculturalisme qui longtemps ont été érigés en modèles mais qui sont considérés par une partie importante de la population britannique comme responsables de son déclassement et du déclin du pays. Le déclin dans la lexicologie d’extrême droite est à entendre comme un déclin identitaire et civilisationnel où tout ce qui fait l’essence de l’identité britannique – les traditions, les valeurs, la culture – se trouve menacé par des populations immigrées venues en masse d’Afrique et du Moyen-Orient.

Dans le sillage d’Enoch Powell, Nigel Farage a capitalisé sur la question identitaire et civilisationnelle pour attirer à lui un électorat fier de son identité britannique et attaché à la célébrer. Aujourd’hui encore, il martèle que seul Reform UK est capable de protéger la culture et les traditions britanniques en mettant fin à l’immigration illégale et en procédant à l’expulsion systématique des immigrés clandestins. C’est ce discours volontariste et radical sur l’immigration qui séduit de nombreux électeurs du Parti conservateur, mais aussi du Parti travailliste lassés de constater que, malgré les promesses, les chiffres de l’immigration restent très élevés : pour l’année 2025, les statistiques indiquaient que 898 000 immigrés étaient entrés sur le sol britannique, ce qui représente une baisse de près de 20 % par rapport au chiffre record d’1,5 million d’immigrés enregistré en 2023, mais qui est toujours perçu comme bien trop élevé par une proportion importante de Britanniques, qui considèrent que leur pays ne peut plus se permettre d’accueillir d’étrangers sur son sol.

Aussi, les émeutes racistes qui ont secoué le pays à l’été 2024 après le meurtre de trois fillettes à Southport, ainsi que les manifestations chaque semaine devant des hôtels abritant des réfugiés ont mis en lumière l’hostilité violente d’une partie de la population britannique à l’égard des immigrés. Dans ce contexte hautement inflammable et polarisé, Reform UK continue de siphonner des voix au Parti conservateur et force le premier ministre travailliste Keir Starmer à durcir sa politique d’immigration et à déclarer, par exemple, que « sans des règles strictes en matière d’immigration, le pays risque de devenir une île d’étrangers ».

L’immigration est le sujet phare de Reform UK, mais d’autres thèmes viennent compléter le programme du parti, notamment en matière de politique économique, sociale ou industrielle. Reform UK se présente comme une formation résolument pro-business qui veut relancer la croissance économique par l’adoption de mesures fiscales très favorables aux entreprises. En matière d’accès aux aides sociales, Farage est clair sur ce point : seuls les Britanniques pourront y prétendre et aucun étranger ne se verra attribuer d’aides. Les réductions d’impôts ainsi que les limitations d’accès aux aides participent de sa vision d’un État minimaliste qui réduit massivement l’administration centrale et les déficits publics.

Si le discours économique et social a des accents thatchériens, il n’en va pas de même dans le secteur industriel, où Farage appelle depuis des mois à la nationalisation de British Steel – l’entreprise de sidérurgie britannique, en grande difficulté – afin de sauver des milliers d’emplois.

Ce manque de cohérence idéologique se retrouve dans la politique étrangère où tout d’abord Farage affirma une ligne pro-russe avant un revirement spectaculaire début 2025, quand il s’est dit favorable à l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan.

Sur les questions sociétales, il est là aussi difficile de définir une ligne claire : le parti revendique fièrement son attachement à des valeurs conservatrices telles que « la famille traditionnelle », mais il se pose aussi en champion de la cause des femmes dont la liberté et l’émancipation seraient menacées par des populations étrangères qui ne partagent pas les mêmes valeurs.

Les errances idéologiques et programmatiques ne semblent en rien déstabiliser les électeurs qui lui montrent une loyauté indéfectible tant que le parti se montre ferme sur les questions qui comptent le plus à leurs yeux : la défense des valeurs, de la culture et de l’identité britanniques face à la menace d’une « invasion migratoire ».




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Ainsi, l’essor de Reform UK entraîne une recomposition politique sans précédent et bouscule une vie politique britannique habituée à un bipartisme synonyme de stabilité et de modération. Sous la pression irrésistible de Reform UK, c’est aussi une certaine idée de la politique « à la britannique » qui se fissure et qui laisse entrevoir la possibilité que le prochain premier ministre du Royaume-Uni appartienne pour la première fois de son histoire à l’extrême droite.

The Conversation

Laëtitia Langlois ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Reform UK, le parti d’extrême droite qui bouscule la politique britannique – https://theconversation.com/reform-uk-le-parti-dextreme-droite-qui-bouscule-la-politique-britannique-276019

Young Tanzanians are fed up with not getting a slice of the economic action – research

Source: The Conversation – Africa (2) – By Genevieve Sekumbo, PhD Candidate- Anthropology and Sociology, Graduate Institute – Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)

When young Tanzanians poured into the streets on 29 October 2025, most observers saw an election protest. Protests in Dar es Salaam, Arusha, Mwanza and other cities were met with live ammunition and internet blackouts. There were hundreds of casualties, according to human rights organisations.

My research suggests a deeper dynamic: a generation asserting their right to become adults.

As a PhD candidate, I set out in 2020 to understand how Tanzania’s natural gas industry was shaping young people’s transitions to adulthood. My research examined two interconnected questions. How does the gas industry shape youth transitions and experiences in Mtwara, a resource rich region, particularly in the context of unmet development promises? And how do young people themselves navigate and shape development narratives tied to natural gas extraction?

I found that youth transitions to adulthood are closely tied to commodity cycles: while the gas boom of 2010 briefly expanded pathways to employment, independence and social recognition, the subsequent downturn left many young people in prolonged “waithood”.

This broader pattern of blocked transitions helps explain why youth-led protests such as those on 29 October resonate so deeply.

Blocked transitions to adulthood

My research lasted 15 months between 2020 and 2022. I conducted ethnographic fieldwork focused on young people aged 20-35. I began fieldwork in Mtwara region just as the gas sector entered a “gas bust”. This was a dramatic reversal from the earlier “gas rush” of 2010-2015. The 2010 discovery of offshore natural gas had generated enormous expectations. Then president Jakaya Kikwete promised “Mtwara will be the new Dubai”.

Young people saw prospects for industrialisation, jobs and economic independence. These were necessary to marry, build homes and establish themselves as adults. But by 2015, contractual disputes between the Tanzanian government and international oil companies, combined with falling global commodity prices, halted exploration. The promised transformation never materialised.

I documented how the gas sector’s boom-bust cycle shaped young people’s economic strategies and life trajectories.




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Understanding what adulthood means in Tanzania requires recognising it as more than just age. It requires overcoming structural barriers to employment, housing and family formation, and being able to marry, start a family, and establish an independent household. Achieving these milestones enables the social and cultural responsibilities of adulthood. These include gaining respect, supporting extended family and participating meaningfully in community life. Tanzania’s National Youth Development Policy defines youth as those up to age 35. That is over one-third of the population and nearly two-thirds of the labour force. For many young Tanzanians, the markers of adulthood remain perpetually out of reach.




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My fieldwork revealed three interconnected dynamics that help explain both the everyday crisis young people face and the mobilisation on 29 October.

First, the crisis is not only about unemployment. It is about blocked adulthood. Young people I worked with understood clearly that Tanzania is not a poor country. They see natural resources extracted, infrastructure projects announced, and political elites displaying wealth on social media. From their perspective, their stalled transitions are not the result of national scarcity. They are born from a system in which political and social connections shape who benefits from public investment.

The economic reality reinforces this perception. Street vending, casual labour, motorcycle taxi driving and short-term contracts provide survival income. This is rarely enough to save, secure housing, or plan for family life. In Mtwara, young people watched offshore gas extraction generate capital flows with minimal local employment. Beyond the initial construction phase, the highly technical nature of operations excluded many from core jobs and from ancillary sectors operating in their own region.

Second, educational credentials have proved insufficient to overcome structural barriers. Many young people in their late twenties and thirties held secondary diplomas or tertiary certificates. They were unable to secure stable employment that would enable them to attain recognised markers of adulthood. What emerged was a prolonged phase of waithood: a social limbo in which young people cannot fully claim adult status or access the respect and authority associated with it.

Thirdly, prolonged exclusion generates political consciousness, not only frustration. When young people cannot meet the economic and social criteria for adulthood, their claims to full citizenship are weakened. Their voices carry less weight, their grievances are dismissed, and their participation is treated as peripheral. Economic precarity, in this sense, translates into civic marginalisation.

During my study young people frequently referred to the 2013 and 2014 gas protests. These followed the government’s decision to pipe newly discovered gas to Dar es Salaam rather than process it locally. The demonstrations became a defining political moment in the region. In conversations, they were described as about more than employment. They were framed as claims to recognition and inclusion in national development.

The 29 October protests follow a similar pattern: blocked economic futures translating into collective mobilisation for political recognition.

Why October 2025 became a breaking point

October 2025 brought together the structural conditions I documented between 2020 and 2022 with a tightening of political controls. In the months preceding the election, opposition leaders were jailed or barred from contesting, and reports of abductions and targeted violence circulated widely. President Samia Suluhu Hassan was declared the winner with 97.66% of the vote.




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In my fieldwork, economic and political exclusion were consistently discussed as intertwined. Conversations about employment and income were frequently accompanied by concerns about voice and representation – perceptions of not being heard by authorities. These discussions reflected a broader sense that both economic mobility and political participation were constrained.

Seen in this context, the October protests reflected longer-term frustrations rooted in stalled transitions to adulthood and limited access to stable employment. They were linked not only to electoral developments but to perceptions of unequal access to opportunity and national resources.

The state’s response followed patterns observed in earlier episodes of unrest in Mtwara. Security operations were concentrated in neighbourhoods where protests had taken place. Reports suggested an uneven use of force, with young men disproportionately affected. When further demonstrations were called for 9 December, they did not materialise.

The structural conditions shaping prolonged waithood and youth disillusionment, however, remain in place.

From this perspective, youth protest is tied to how young people attempt to secure economic independence, social recognition and meaningful inclusion under constrained conditions. Where pathways to adulthood remain uncertain, mobilisation becomes one of the few visible ways to assert presence and claim belonging.

The Conversation

Genevieve Sekumbo received funding from the Emslie Horniman Scholarship Fund (Royal Anthropological Institute, UK) in 2021 to support fieldwork.

ref. Young Tanzanians are fed up with not getting a slice of the economic action – research – https://theconversation.com/young-tanzanians-are-fed-up-with-not-getting-a-slice-of-the-economic-action-research-273818

Ecowas without the Sahel states: how the split is testing free movement and regional legitimacy

Source: The Conversation – Africa (2) – By Amanda Bisong, Policy Leader Fellow, School of Transnational Governance, European University Institute

New governments in Niger, Mali and Burkina Faso formally left the Economic Community of West African States (Ecowas) a year ago, having created the Alliance of Sahel States (AES). The move happened as a consequence of diplomatic tensions related to military coups in the three countries, after which the regional body suspended them and imposed harsh sanctions.

The repercussions of the breakup of Ecowas are still unfolding, but one area that will likely be affected is migration and free movement in the region.

Ecowas has several free movement protocols that allow visa-free travel and, in theory, give citizens in the region the rights of residence and establishment.

Our work on migration governance in west Africa, at the regional level and in particular contexts like Niger, informs our views on the impact of the breakaway.

We argue that though free movement is still technically possible at the moment, it is rapidly changing. Considering the recent changes from the vantage point of mobility also reveals the wider institutional fragility of Ecowas, which was established to enhance cooperation between the states in the region.

Ecowas without the Sahel alliance states

At a regional level, leaders have shown continued commitment to safeguarding free movement. According to the president of the Ecowas Commission, Omar Touray, speaking on the day that the AES withdrawal came into force, “We remain a community, a family.”

National IDs and passports with the Ecowas logo from citizens of Burkina Faso, Mali and Niger will continue to be recognised. Until further notice, so will all the protocol rights related to the right of movement, residence and establishment. The Sahel alliance states, for their part, have offered visa-free access to Ecowas for the time being. But this is just a temporary fix.

In December 2025, Burkina Faso’s military leader Ibrahim Traoré launched the first AES biometric ID card in Burkina Faso. It is set to replace Ecowas documents within five years.

Movement on the ground is already changing. From stricter entry requirements to new passport designs and identity systems, citizens crossing borders face growing uncertainty and rising costs. At the same time, cross border movements remain a necessity for livelihoods and survival.

Despite the changes induced by AES countries leaving Ecowas, the threat to free movement caused by the European Union’s (EU) externalisation interests also continue to affect Ecowas.

Within the wider region, EU funding for border externalisation continues, with a detrimental effect on free movement. Efforts include the EU funding top-ups for migration and border control infrastructure, in Senegal for instance, and various ongoing border capacity building projects.

Notably, this trend has partially been reversed by AES states. One striking example is the repeal of the infamous law 2015-36 on migrant smuggling in Niger. Though a Nigerien law, its implementation was strongly supported by the EU capacity building projects, and effectively criminalised a longstanding mobility industry. Through repeal of the law, the new Nigerien government effectively stopped the law’s detrimental effects on the economy, migrant rights and free movement in the region.

Overall, the Sahel alliance withdrawal already affects regional mobility. Beyond the rights to free movement, the Sahel alliance withdrawal also has very real effects on the Ecowas institutional framework, in terms of its legitimacy, institutional strength and migrant rights protection.

Legitimacy and funding challenges

Ecowas struggles with a growing legitimacy crisis. The withdrawal of the Alliance of Sahel States countries exposed Ecowas’ weakness in responding to unconstitutional changes in government. Responses were often delayed and selective, and sanctions, when they were imposed, had detrimental effects for local populations. The exit of these countries, which all had coups, confirmed the widespread perception of selective enforcement of norms by the organisation, contributing to public scepticism.

Further, inefficient processes, weak utilisation of existing capacities and poor communication of outcomes have resulted in low implementation rates for Ecowas projects and programmes since the beginning. For example, several member states have not abolished the 90 day stay requirement as agreed in 2014.

Consequently, citizens don’t see tangible benefits of regional integration. Many west Africans continue to view it as little more than a “club of heads of state”.

The disconnect between the organisation and its citizens is also driven by Ecowas’ heavy dependence on external donors. Reduced contributions from member states, often due to non-payment of the Ecowas levy, have left the commission facing shortages of basic resources. It’s forced to cut back on meetings and engagements essential for policy implementation. As a result, regional priorities are frequently shaped by donor interests rather than by the needs of citizens.

Although there have been recent improvements, including increased payments from countries such as Nigeria, the levy collection system remains weak and easily exploited by member states. This has always affected the implementation of free movement protocols in the past, but is set to further weaken their position.

Lastly, the breakup of Ecowas also affects access to justice, including migrant rights. A group of migrant rights groups brought a collective case to the Ecowas Court of Justice in 2022, claiming that, among other issues, migrant rights to free movement were being violated in Niger. In March 2025, the court dismissed all cases pertaining to Niger, Mali and Burkina Faso.

What does the future hold?

Movement within the region will continue as an economic necessity. As we have shown in our previous research, no matter what the law says, people will continue to migrate, and policymakers accept this.

But at what cost to ordinary migrants and citizens if these institutional weaknesses persist? Ecowas needs to confront its legitimacy crisis, implement meaningful reforms and reconnect with the realities of everyday life in west Africa. It can then provide a strong framework for protection of migrants and people on the move in the region.

Without decisive change, the gap between the organisation’s rhetoric of an “Ecowas of the peoples: peace and prosperity for all” and its impact will continue to widen.

The Conversation

Franzisca Zanker receives funding from the European Union (ERC, PolMig, 101161856). Views and opinions expressed are however those of the author only and do not necessarily reflect those of the European Union or the European Research Council. Neither the European Union nor the granting authority can be held responsible for them.

Leonie Jegen received funding from the Rosa Luxemburg Foundation.

Amanda Bisong does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ecowas without the Sahel states: how the split is testing free movement and regional legitimacy – https://theconversation.com/ecowas-without-the-sahel-states-how-the-split-is-testing-free-movement-and-regional-legitimacy-274501

Your gut microbes can be anti-aging – scientists are uncovering how to keep your microbiome youthful

Source: The Conversation – USA – By Bill Sullivan, Professor of Microbiology and Immunology, Indiana University

A diet high in fiber can diversify your gut microbiome – and potentially improve your health and longevity. Mint Images/Mint Images RF via Getty Images

People have long given up on the search for the Fountain of Youth, a mythical spring that could reverse aging. But for some scientists, the hunt has not ended – it’s just moved to a different place. These modern-day Ponce de Leóns are investigating whether gut microbes hold the secret to aging well.

The gut microbiome refers to the vast collection of microscopic organisms – bacteria, fungi and viruses – that largely inhabit the colon. These microbes aid in digestion and produce molecules that affect your physiology and psychology. The composition of the microbiome is influenced by a combination of factors, including genetics, diet, the environment, medications and age.

I’m a microbiology professor and author of “Pleased to Meet Me: Genes, Germs and the Curious Forces That Make Us Who We Are,” which describes how the gut microbiome contributes to physical and mental health. The discovery that the gut microbiome changes with age has ignited studies to determine whether the Fountain of Youth might be right under your nose, down inside your gut.

You’re only as old as your gut microbes

People are most familiar with outward signs of aging, such as wrinkles and graying hair, but there are also microscopic changes taking place deep inside. The gut microbes of older people tend to be less diverse, with more bacteria that promote inflammation and other hallmarks of aging. Changes to the microbiome across age are so consistent that algorithms can reliably predict a person’s age based on their microbiome composition.

There are exceptions to this rule. Older adults and supercentenarians who age well have a gut microbiome that looks more like those of younger people. These findings support the idea that maintaining a youthful microbiome fosters healthy aging and longevity.

Researchers are studying the body’s hidden markers of biological age.

To confirm that the microbes of youth influence aging, scientists use a technique called fecal microbiota transplantation. This procedure involves obliterating a person’s current gut microbiome and replacing it with microbes harvested from a donor’s feces. Transplanting microbiota from a young mouse into an elderly mouse reverses age-associated inflammation in the gut, brain and eyes. Conversely, transplanting microbiota from an old mouse into a young one accelerates these aging parameters. Other studies suggest that microbiota from young mice alter metabolism in ways that reduce inflammation that accelerates aging.

The evidence that aging is linked with the microbiome is compelling. However, fecal transplantation is not without risk and is approved only as a last resort to treat severe C. difficile infections. These shortcomings have prompted researchers to search for safer and more refined ways to cultivate an age-friendly microbiome.

Diet and exercise may slow aging

Proper diet and exercise have long been tied to better aging and longevity. One way these lifestyle habits may be beneficial is through their influence on gut microbes.

What people eat – or fail to eat – has a demonstrable effect on their gut microbiomes. The standard American diet, enriched with ultraprocessed foods that are high in sugar, fat and salt and low in nutrients and fiber, depletes microbiome diversity within days. Moving from a non-Western country to the U.S. is also associated with loss of gut microbiome diversity, partly due to dietary changes.

Lack of fiber is a major reason the microbiome adopts a configuration associated with poor aging. Studies in roundworms, mice and rats found that fiber supplements improved overall health and extended lifespan by 20% to 35%. A 2025 study showed that increasing the amount of fiber in your diet is linked to as much as a 37% greater likelihood of healthy aging in women.

Fiber functions as a prebiotic, a nondigestible food component that nourishes the microbiome. Gut bacteria process fiber into compounds such as short-chain fatty acids that promote better aging by improving metabolic, brain and immune function while reducing chronic inflammation. Good sources of prebiotics include most fruits and vegetables, whole grains, legumes, nuts and seeds.

Two people picking vegetables in a garden, smiling
Regular exercise and a balanced diet are cornerstones to aging well.
MoMo Productions/DigitalVision via Getty Images

Certain foods, such as yogurt and kefir, or dietary supplements contain probiotics – living microbes that may benefit the gut microbiome. Research on probiotic foods and supplements is mixed, complicated by the variation in bacterial species and dosage in these products. The health benefits that different types of probiotics may confer is still under study.

Physical activity is also linked to a youthful microbiome. Regular exercise can reshape the microbiome of older adults to resemble those seen in younger adults. One study showed that when people ages 50 to 75 underwent 24 weeks of cardiovascular and resistance exercise, their microbiomes became populated by healthier bacteria and their blood had elevated levels of aging-friendly, short-chain fatty acids.

Treatments to manipulate the microbiome

Making healthy lifestyle changes is a noninvasive way to cultivate a youthful microbiome that may slow aging. Scientists are also exploring treatments to tailor the gut microbiome for better health outcomes.

One option may be postbiotics, nonliving but active compounds that probiotic microbes produce. For example, mouse studies have found that short-chain fatty acid supplements can improve age-related heart and lung problems. Similarly, elderly mice given heat-killed bacteria from a human infant saw reduced metabolic dysfunction and inflammation, as well as improved cognitive function.

The microbiome can also be modified with drugs, particularly antibiotics. A low-dose oral antibiotic can trigger gut bacteria to release factors that may promote good health and aging by, for example, strengthening the intestinal barrier or reducing inflammation. One such antibiotic, cephaloridine, extends the lifespan of roundworms and mice by triggering gut bacteria to make colanic acid, an anti-aging compound.

Bacteriophages, or phages, offer yet another potential way to manipulate the microbiome for health. Phages are highly selective viruses that infect and kill specific species of bacteria. Phages have been used to treat severe infections from bacteria resistant to antibiotics. Given that phages can alter the gut microbiome of mice, researchers are studying whether they could be used to eliminate gut bacteria associated with unhealthy aging.

Aging is a natural process that can bring many rewards. Cultivating a healthy microbiome could help people enjoy their golden years more fully.

The Conversation

Bill Sullivan receives funding from the National Institutes of Health.

ref. Your gut microbes can be anti-aging – scientists are uncovering how to keep your microbiome youthful – https://theconversation.com/your-gut-microbes-can-be-anti-aging-scientists-are-uncovering-how-to-keep-your-microbiome-youthful-275380

From Gettysburg to Minneapolis: How the American Civil War continues to shape how we understand contemporary political conflicts and their dangers

Source: The Conversation – USA – By John M. Kinder, Professor of History and American Studies, Oklahoma State University

Protesters clash with law enforcement after federal agents shot and killed Alex Pretti on Jan. 24, 2026, in Minneapolis. Arthur Maiorella/Anadolu via Getty Images

The negative public reaction to Operation Metro Surge – the violent immigration dragnet in Minnesota – was “MAGA’s Gettysburg,” wrote New York Times columnist Jamelle Bouie on Jan. 28.

Bouie, of course, was comparing ICE’s setbacks to the Confederate defeat at Gettysburg, the battle often credited with turning the tide of the American Civil War. Fresh off a string of victories, Robert E. Lee, commander of the Army of Northern Virginia, believed his men were “invincible” and launched an invasion into the North.

But Gen. George G. Meade and the Army of the Potomac won the battle of Gettysburg, and the Confederates would fight on the defensive for the rest of the war.

Since early 2026, growing numbers of commentators have turned to the Civil War of 1861 to 1865 to make sense of America’s fractured political climate.

After a masked federal agent shot and killed a 37-year-old mother of three, Renée Good, in Minneapolis, novelist Thane Rosenbaum wondered whether the city might become a “new Antietam.” The battle of Antietam, fought on Sept. 17, 1862, remains the bloodiest day in all of American history, leaving more than 3,600 soldiers dead.

The bodies of dead soldiers strewn across a field.
Dead soldiers on a field after the battle of Gettysburg.
Timothy H. O’Sullivan, The J. Paul Getty Museum

Later in January 2026, Minnesota Gov. Tim Walz speculated that ICE violence in the Twin Cities could spark a national conflict. “I mean, is this a Fort Sumter?” he asked an interviewer, alluding to the South Carolina harbor fortress where, in 1861, the opening shots of the Civil War were fired.

In response, defenders of Donald Trump, including CNN commentator Scott Jennings and House Majority Whip Tom Emmer, compared Walz to Jefferson Davis, the president of the Confederate States of America. On Fox News, Washington Examiner columnist Tiana Lowe Doescher said: “News flash, Tim Walz. In this case, you’re the Confederacy,” accusing him of conspiring to defy federal immigration policy.

At a time of deepening national division, the recent spate of Civil War analogies should come as no surprise.

Unprecedented political fracture

The Civil War remains the nation’s most divisive and defining epoch. The secession of 11 states propelled a democratic nation into unprecedented political fracture. After four years of bloodshed, the Union was preserved and 4 million enslaved people were granted their freedom.

Preservation of the Union came at a heavy price. More than 700,000 people were dead, about 2% of the 1860 population, or a number roughly equivalent to the current population of the state of Maryland.

But the Civil War’s staggering death toll cannot fully explain the references to “Gettysburg” and “Jeff Davis” in media coverage of ICE operations in Minnesota and elsewhere.

As we argue in our book, “They Are Dead and Yet They Live: Civil War Memories in a Polarized America,” the impulse to connect the American Civil War to contemporary crises can be traced to the politics of memory, the ways interest groups, politicians and ordinary people shape the past to meet the needs of the present.

Likening Walz to Jefferson Davis or Minneapolis to Gettysburg or Fort Sumter are clear examples of how Americans appropriate the Civil War for our contemporary political needs.

Competing memories

In the Civil War’s aftermath, the conflict’s participants quickly crafted competing versions of the Civil War.

Some Union veterans labeled their former adversaries as traitors. Clinton Spencer, a captain in the 1st Michigan Infantry, declared, “disloyalty to the old flag was is and shall always be TREASON, deep, dark, and damnable.”

Yet the Union memory soon became subsumed by the dominance of the “Lost Cause,” an intentional and distorted narrative crafted by white Southerners. That version of the Civil War ignored slavery and celebrated Confederate soldiers in a war to defend states’ rights from federal tyranny.

By the early 1900s, Lost Cause ideology had taken root across the nation. The United Daughters of the Confederacy and other Southern apologists erected hundreds of Confederate monuments throughout the United States, and blockbuster movies like “The Birth of a Nation,” from 1915, and “Gone with the Wind,” from 1939, turned Lost Cause nostalgia into big-screen spectacle.

Over the past few decades, however, communities around the United States have made great strides to disentangle the Lost Cause from public memories of the Civil War.

After Dylann Roof massacred nine African American worshippers at Charleston’s Emmanuel AME Church in 2015, he was found to have espoused white supremacist ideas and posted a photo of the Confederate battle flag on his website. In the killings’ aftermath, cities across the South removed more than 300 Confederate flags, monuments and symbols from public view.

“The Confederacy was on the wrong side of history and humanity,” declared New Orleans Mayor Mitch Landrieu in a 2017 speech about the removal of four Confederate statues in the city. “It sought to tear apart our nation and subjugate our fellow Americans to slavery. This is a history we should never forget and one that we should never, ever again put on a pedestal to be revered.”

Homegrown analogy

In 1961, poet Robert Penn Warren famously observed, “Many clear and objective facts about America are best understood by reference to the Civil War.”

That remains the case today.

For many Americans, the Civil War is the prime example of the danger of allowing political division to spiral into organized violence.

Minnesota’s governor, Walz, could have used the sinking of the USS Maine in 1898 or the bombing at Pearl Harbor in 1941 for his historical analogy, but the references to the start of the Spanish-American War or World War II would not have been as powerful. Using the Civil War as a reference point underscores the danger when Americans decide to abandon their shared history and values and engage in fratricidal war.

Many of the recent Civil War analogies do not hold up to scrutiny. The events going on in Minneapolis bear little to no resemblance to the years of tumult leading to the assault on Fort Sumter, and the violence on the streets of Minneapolis can hardly compare to the horrors on the fields along the Antietam Creek.

But that’s beside the point.

More than 160 years after the defeat of Confederate forces at Gettysburg, the Civil War continues to have an enduring hold on the American political consciousness – shaping the way we view the past and offering a vocabulary for understanding the political conflicts of the present.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. From Gettysburg to Minneapolis: How the American Civil War continues to shape how we understand contemporary political conflicts and their dangers – https://theconversation.com/from-gettysburg-to-minneapolis-how-the-american-civil-war-continues-to-shape-how-we-understand-contemporary-political-conflicts-and-their-dangers-275015

TrumpRx, Trump Kennedy Center, Trump National Parks passes − government free speech allows the president to name things after himself

Source: The Conversation – USA – By Jason Zenor, Associate Professor of Mass Communication, State University of New York Oswego

Donald Trump’s name has been added to the Kennedy Center, but the institution’s name change is not yet official. AP Photo/Jacquelyn Martin

In November 2025 the Trump administration announced a special park pass commemorating the nation’s 250th anniversary that featured images of two presidents: George Washington and Donald Trump.

Featuring the current president – in place of the National Park Service’s usual landscape pictures – triggered both a lawsuit and a social media movement to put stickers over Trump’s face.

As a businessman, Trump has frequently emblazoned buildings and consumer productsshoelaces, an airline, an edition of the Bible, among many others – with his own name.

During his current presidential term, his administration has put his name on numerous government properties – perhaps most famously the Kennedy Center, but also money, monuments and military equipment. In January 2026, Trump floated the idea Congress would rename both New York’s Penn Station and Washington’s Dulles International Airport after him.

With Florida lawmakers considering renaming the airport near Mar-a-Lago after the president, the Trump Organization has filed an application to trademark his name for use in airports and ancillary activities, although the company said it would not charge a fee in the case of the Palm Beach airport.

As a communication professor who studies the First Amendment, I was intrigued by the federal actions and the protests they’ve triggered.

Citizens certainly have the right to protest these decisions, like any government action. The First Amendment prevents the government from making laws that abridge freedom of speech.

But does the federal government itself have freedom of speech? And can a president put his name and image wherever he wants?

Free speech for government

The answer to the first question has already been answered. In a series of rulings, the Supreme Court has upheld the government speech doctrine, which allows the government as speaker to say whatever it wants.

Moreover, if the forum is governmental, the government may even be able to compel people to express its messages – for example, with public employee speech that is part of job duties. The 2006 Supreme Court decision establishing that principle involved a deputy district attorney who’d questioned the validity of a warrant, but the rule applies to other employees, such as teachers who have to offer instruction in state-mandated curricula.

The National Park Service annual resident pass, which features George Washington and Donald Trump.
National Park Service passes now feature the faces of George Washington and Donald Trump.
Department of the Interior

The court’s decisions in government speech cases imply that if people do not like the government speech, they should change the government with their votes.

However, some scholars and advocates argue that this relatively new constitutional doctrine gives the government too much power to drown out other viewpoints in the marketplace of ideas.

In most instances, the government cannot compel speech or force citizens to express a certain message. Compelled speech is not allowed when the government is forcing a citizen to endorse an ideological message.

For example, the Supreme Court allowed a Jehovah’s Witness to cover the words “or Die” on his license plate, which included the New Hampshire state motto, “Live Free or Die.”

The First Amendment is not absolute, and some government regulations will infringe on speech.

The federal government has strict regulations on how the American flag should be disposed of, but it cannot punish someone who is burning a flag as a form of political protest.

Government control of its own products

What happens when the government itself hosts forums for citizen speech, such as placing monuments in a park or flying flags on government property? Can the government deny certain speech based on the speaker or message?

Donald Trump stands at a lectern in front of signage advertising the site Trump Rx.gov.
The Trump administration has named money, monuments, military equipment and government programs after the president.
AFP Photo/Saul Loeb via Getty Images

In such cases, courts have had to decipher whether the forum was purely governmental. To do so, they examine the history of the forum in which the contested speech takes place, who controls the forum, and the public perception of who controls it.

This brings us back to the question of Trump’s name and likeness. As a constitutional matter, the Trump administration can express itself as it sees fit under the government speech doctrine. But in some cases, the administration may be bound by statute or formal contracts, as with the legal battle over the naming of the Kennedy Center, which was named by an act of Congress. The lawsuit over the National Park passes claims that the administration is violating a federal law requiring that the winning entry in a public lands photo contest be used for the passes.

Still, I believe it would be difficult to win a lawsuit claiming that the new passes are a form of compelled speech, with bearers of the pass arguing they are being forced, in effect, to endorse Trump. Most people would likely see the park passes’ artwork as being controlled by the government and therefore a form of government expression, not a form of private expression.

Can people cover up Trump?

But the Trump administration may not be able to defend its policy of declaring passes null and void if the president’s image is covered by a sticker. Citizens protesting Trump’s appearance by covering up the president’s image is protected speech, in my view. The government’s action to void the passes is likely a violation of the First Amendment.

On the face of it, placing stickers on passes would appear to violate the long-standing Interior Department rule that passes are “void if altered.” Those regulations were content neutral and incidental to any particular message or cardholder.

However, the updated policy, voiding the pass if Trump’s image is covered or marred, is more suspect. The new rules seem to be a direct response to the protesters’ political speech and, as applied, primarily aim to affect these stickers and speakers.

With an administration known for its social media savviness, it may not be convincing for officials to argue they did not know about the protest or that the policy was not a direct attempt to chill such speech.

The government will have the right to put Trump’s name and images on more government property in many cases, but most resulting political protests, in my view, will also be protected speech.

The Conversation

Jason Zenor does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. TrumpRx, Trump Kennedy Center, Trump National Parks passes − government free speech allows the president to name things after himself – https://theconversation.com/trumprx-trump-kennedy-center-trump-national-parks-passes-government-free-speech-allows-the-president-to-name-things-after-himself-274484