Robots, IA, numérique : et si les syndicats accéléraient la transformation technologique ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Laroche, Professeur des Universités en sciences de gestion, Université de Lorraine

Robots, intelligence artificielle, numérique : à mesure que les technologies transforment le travail, les syndicats sont souvent présentés comme un obstacle à l’innovation. Sur quelles preuves repose cette opinion ? Et si, loin de freiner la transformation technologique, le dialogue social pouvait aussi l’accélérer… Au-delà des discours à l’emporte-pièce, les syndicats de salariés constituent-ils vraiment un frein à l’innovation technologique ? Ou sont-ils, dans certains contextes, un atout ?


Profondément ancrée, la représentation des syndicats comme étant par nature hostiles aux innovations et au changement technologique repose davantage sur des idées reçues que sur des résultats empiriques robustes. Les statistiques internationales disponibles ne suggèrent pas de relation mécanique négative entre syndicalisation et adoption de nouvelles technologies (Figure 1).

En effet, les pays nordiques, caractérisés par une forte syndicalisation, figurent parmi ceux où l’usage de l’IA est le plus répandu, tandis que plusieurs pays faiblement syndiqués affichent de façon égale des niveaux d’adoption modestes. Cette dispersion suggère que la présence syndicale, en elle-même, n’explique pas les écarts d’adoption technologique. Ces écarts invitent plutôt à s’intéresser aux cadres institutionnels et aux modalités du dialogue social.

Figure 1 – Syndicalisation et adoption de l’IA dans les entreprises européennes en 2024

Un débat ancien et loin d’être tranché

En fait, la relation entre syndicats et investissement productif est l’un des grands classiques de l’économie du travail.

Avec mon collègue Chris Doucouliagos, nous avions d’ailleurs proposé, il y a quelques années, une méta-analyse de la littérature sur cette question. Cette étude montrait que les effets des syndicats sur l’investissement et l’innovation étaient loin d’être univoques et dépendaient fortement des contextes institutionnels.

Elle mettait en évidence une opposition récurrente entre deux visions théoriques :

  • d’un côté, les syndicats comme freins à l’investissement ;
  • de l’autre, les syndicats comme acteurs du dialogue social susceptibles de favoriser des stratégies de long terme.

C’est précisément dans le prolongement de ce débat que s’inscrit, aujourd’hui, la question de l’adoption des technologies numériques avancées.




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La responsabilité sociale des entreprises, un outil pour court-circuiter les syndicats ?


Débats théoriques

La théorie économique n’offre pas une prédiction unique quant au rôle des syndicats. Dans une représentation néoclassique standard, la présence syndicale est associée à la hausse du coût du travail. À technologie donnée, cette augmentation du salaire relatif incite les entreprises à substituer du capital au travail, ce qui peut se traduire par davantage d’investissement productif ou technologique.

À l’inverse, la théorie dite du hold-up, proposée initialement par les économistes américains Benjamin Klein, Robert Crawford et Armen Alchian, souligne un mécanisme de désincitation à investir. En anticipant qu’une partie des gains liés à l’investissement pourra être captée plus tard par les salariés (à travers la négociation salariale, par exemple), l’entreprise peut renoncer à certaines technologies pourtant techniquement accessibles, conduisant à un sous-investissement.

Enfin, une troisième approche met l’accent sur le rôle des syndicats comme mécanismes de voix collective. En facilitant la coordination, la formation et l’acceptation du changement, le dialogue social peut rendre l’investissement plus efficace et plus durable.

L’influence du cadre institutionnel de négociation

L’importance relative de ces mécanismes dépend étroitement du cadre institutionnel dans lequel s’exerce la représentation syndicale, comme l’ont souligné les économistes Justus Haucap et Christian Wey. En particulier, l’effet des syndicats sur l’adoption des technologies numériques dépend étroitement du niveau auquel s’organise la négociation collective et du rôle concret que jouent les représentants du personnel dans l’entreprise.

Avec sa négociation salariale largement centralisée et son dialogue social de proximité, l’Italie est un terrain d’observation particulièrement éclairant. En Italie, la négociation salariale est largement centralisée au niveau des branches tandis que la représentation syndicale en entreprise porte davantage sur l’organisation du travail, la formation et les conditions d’emploi. Cette configuration limite les comportements de captation de rente au niveau de l’entreprise et renforce le rôle des syndicats comme acteurs du dialogue social local.

C’est dans ce contexte qu’une étude récente des économistes Fabio Berton, Stefano Dughera et Andrea Ricci, menée sur plusieurs milliers d’entreprises italiennes, analyse l’adoption des technologies numériques avancées, en mobilisant une méthodologie rigoureuse visant à corriger les biais de causalité.

Des résultats clairs… et contre-intuitifs

Pour dépasser ce problème classique de causalité, les auteurs ont eu recours à une méthode dite des variables instrumentales. Ils exploitent notamment un indicateur original : le niveau de dons de sang par habitant observé au niveau provincial dans les années 1990. Le don du sang reflète des dispositions altruistes et un sens du collectif, qui favorisent la présence syndicale, sans lien direct avec les choix technologiques des entreprises plusieurs décennies plus tard. Combiné à des informations sur la diffusion passée des syndicats par secteur et par région, cet outil permet d’isoler un effet propre de la représentation du personnel sur la transformation numérique des entreprises.

Le constat est sans ambiguïté : les entreprises dotées d’une représentation syndicale ont une probabilité significativement plus élevée d’adopter des technologies numériques avancées. En moyenne, cette probabilité est supérieure d’environ 15 points de pourcentage par an par rapport aux entreprises non syndiquées. Ces entreprises n’adoptent pas seulement plus souvent une technologie, mais en adoptent également un plus grand nombre, signe d’une transformation numérique plus profonde.

Des syndicats pour mieux identifier les résistances internes

Plusieurs mécanismes permettent de comprendre ce résultat. D’abord, la présence syndicale peut réduire les résistances internes face au changement. En donnant aux salariés une possibilité de s’exprimer, elle permet d’anticiper les conflits et de négocier les modalités de la transition technologique.

Ensuite, les entreprises « syndiquées » investissent davantage dans la formation et connaissent une plus grande stabilité de l’emploi. Or, les technologies numériques avancées nécessitent souvent des compétences spécifiques et une accumulation de savoirs internes, qui s’accommodent mal d’un fort turnover.

CFDT Cadres, 2019.

Enfin, le dialogue social contribue à instaurer un climat de confiance propice à l’investissement de long terme. La transformation numérique n’est pas seulement une affaire de machines, mais aussi d’organisation et de coopération.

Les élus du personnel, des agents favorables à la transformation ?

Ces résultats ne signifient pas que la présence syndicale favorise partout et toujours l’innovation. Ils soulignent surtout l’importance du cadre institutionnel. Dans des systèmes où la négociation est très décentralisée et où les syndicats disposent d’un fort pouvoir de fixation des salaires au niveau de l’entreprise, les effets peuvent être différents. Ils mettent également en lumière une limite importante de l’étude italienne : les auteurs ne distinguent pas la nature des organisations syndicales présentes dans l’entreprise.

Or, cette dimension est loin d’être anodine. Dans des contextes marqués par un fort pluralisme syndical, comme l’Italie – ou la France –, les syndicats peuvent poursuivre des stratégies différenciées et entretenir des relations variées avec les employeurs, susceptibles d’influencer les dynamiques d’innovation. Au fond, ce n’est donc pas tant la présence de syndicats qui importe que leurs modes d’action : selon les configurations, ils peuvent tout autant freiner l’innovation que la rendre possible.

À l’heure où l’intelligence artificielle et l’automatisation suscitent de fortes inquiétudes sociales, ces résultats invitent à dépasser une opposition simpliste entre innovation et protection des salariés. La transformation technologique est aussi un processus social, qui gagne à être négocié plutôt qu’imposé. Dès lors, plutôt que d’affaiblir le dialogue social au nom de la compétitivité, il pourrait être plus efficace de le renforcer pour accompagner la transition numérique des entreprises.

The Conversation

Patrice Laroche dirige le programme WAVE (Workplace Arrangements and Voice Effects) financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) au sein du CEREFIGE (Université de Lorraine)

– ref. Robots, IA, numérique : et si les syndicats accéléraient la transformation technologique ? – https://theconversation.com/robots-ia-numerique-et-si-les-syndicats-acceleraient-la-transformation-technologique-278803

Ancient bones show dogs have been woven into human life for nearly 16,000 years

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Andrew Fairbairn, Professor of Archaeology, The University of Queensland

Reconstruction of 14,300-year-old dog jawbone from Gough’s Cave, England. Tom Anders & Longleat

Odin was a kelpie. Attentive and protective, with a happy smile and an endless hope for food, he succumbed to a terminal disease late last year. At his death, a deep sense of grief ripped through the household of one of us (Andrew): while Odin was not human, he was an irreplaceable member of the family.

Our new research, published in Nature this week, helps explain the unique and striking way dogs like Odin fit into the human world – whether reading our moods, following our movements or becoming part of the rhythm of everyday life.

Based on international collaborations lasting decades, the two new studies have unlocked previously unavailable information from the bones of dogs long dead. Yet these papers are not just about the dusty old bones found in our archaeological sites, or the cutting-edge science applied to them.

They shine light on a relationship that has been part of the human social world for at least 16,000 years.

A dog with a black, white and brown coat, eating a bone.
Vale Odin.
Andrew Fairbairn

The earliest known dog

Dogs are the earliest known animals to be both tamed and separated from their wild relatives over generations by humans. This process is known as domestication.

It has long been thought that dogs were domesticated from wolves, their closest relatives, during the last Ice Age. Solid evidence to test this has been hard to find in archaeological sites as dog bones are difficult to tell apart from those of wolves using their shape alone.

It has taken the successful extraction of ancient DNA (aDNA), a recently developed technique, to provide definitive identification of dogs, which differ genetically from wolves.

One of the new studies confirmed the earliest known dog is now from Pınarbaşı, a rockshelter site in Karaman, central Turkey. This dog lived around 15,800 years ago.

Excavated in 2004, the bones could have been from either dog pups or wolf cubs. But aDNA analysis confirmed their identity as dogs 20 years later, following 10 years of analysis and comparison with other aDNA results.

The dog pups were buried carefully and treated in death similarly to the humans buried nearby. This continued a close relationship with people during life, as shown by chemical analyses suggesting the dogs and humans shared similar foods, including small fish from the local wetlands. Dogs were not just animals lingering around the edges of campsites. They were already an integral part of human societies.

Integration of dogs into the human social world could have resulted from close cooperation during hunting. Dogs may also have acted as guardians and sentinels for their communities who lived in a world with many dangerous predators such as wolves and leopards.

An animated image of people camping in a cave with dogs, overlooking a grassy wetland.
Artistic reconstruction of Pınarbaşı 15,800 years ago, based on evidence from archaeological excavations by University of Liverpool.
Kathryn Killackey

Moving with people

The same analysis found dogs genetically similar to those at Pınarbaşı at Gough’s Cave in Britain around 14,300 years ago. This suggests a group of closely related dogs spread rapidly from Eurasia all the way to the far end of Europe, moving with people but also moving between different human communities.

These dogs were not related to European wolves and evidence from the second new study, suggests that European dogs were not domesticated separately to those elsewhere, rejecting a long held hypothesis. Their difference to east Asian dogs is due to the spread into Europe with farmers 8,500 years ago from Turkey of dogs which had interbred with local wolves.

We know this because of the DNA of a dog from our site of Boncuklu, an 11,000-year-old village, near Konya in central Turkey. Our excavations showed that pups were buried in the graves of people directly related to those earlier communities at Pınarbaşı, located 30 kilometres to the southeast, though they lived a very different life in permanent houses supported by small-scale farming.

Genetically related farmers from this region spread into Europe around 8,500 years ago, with dogs also genetically related to those at Boncuklu at their heels. The incoming dogs interbred with those already in Europe, but didn’t replace them entirely.

From the deep past to the present

Together, the studies show that dogs were already living alongside people across a surprisingly wide area from Anatolia to the far edge of western Europe in the last Ice Age, long before farming began, and that their history is older, more mobile and more entangled with human history than we once thought.

The detailed archaeological evidence from Boncuklu and Pınarbaşı show just how close dogs and humans had become and the larger scale analysis sees them repeatedly moving through human networks that crossed cultural boundaries.

We still do not know exactly where and when dog domestication began, and the patient research that will answer that question is already under way in excavations across the world.

But these two new studies make one thing very clear: by the end of the Ice Age, dogs were already deeply woven into human life and had become part of the community, forging deep bonds that continue to this day.

The Conversation

Andrew Fairbairn receives funding from the Australian Research Council, Australian Institute of Nuclear Science and Engineering, Wenner Gren Foundation for Anthropological Research and The University of Queensland.

Douglas Baird has received funding from The British Institute at Ankara, the British Academy, Gerda Henkel Stiftung, Australian Research Council, Arts and Humanities Research Council, National Geographic, Wainwright Fund Oxford, IFRGlobal.

Gökhan Mustafaoğlu has received funding from The British Institute at Ankara, the British Academy, Gerda Henkel Stiftung, Australian Research Council, Arts and Humanities Research Council, National Geographic, Wainwright Fund Oxford, IFRGlobal.

– ref. Ancient bones show dogs have been woven into human life for nearly 16,000 years – https://theconversation.com/ancient-bones-show-dogs-have-been-woven-into-human-life-for-nearly-16-000-years-279219

Why do men sexually harass women at work? Science offers two explanations – but only one of them holds up

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Cordelia Fine, Professor, History & Philosophy of Science program, School of Historical & Philosophical Studies, The University of Melbourne

What causes workplace sexual harassment? How can we continue to better understand it? And what can be done to prevent it?

Successful answers to questions like these need a good scientific explanation. But which explanation should we draw on?

Two very different explanations circulate among social scientists. In new research, we compared how the two stack up – and found one of them was a clear winner.

Evolved sexual tendencies or maintaining gender hierarchies?

On one view, sexual harassment – as the name implies – is all about sexuality. According to the evolutionary psychology research program, men and women have evolved different psychological mechanisms to solve the different challenges they faced to successfully reproduce back in the Pleistocene epoch.

For men, these adaptive mechanisms include a greater interest in casual sex, and a tendency to mistakenly conclude that women are sexually interested in them. Women, in contrast, evolved to be more sensitive to potential threats to their sexual autonomy – and therefore perceive men’s advances as harassing.

But for social science scholars informed by the gender hierarchy – the idea that men hold more power and status than women – sexual harassment is “an expression of workplace sexism, not sexuality or sexual desire”. It is a mechanism for preserving work roles as masculine terrain, and pushing back against threats to men’s higher status within a workplace.

These two accounts offer very different ways of explaining workplace sexual harassment. So how do we go about deciding which one to draw on?

It might be tempting to think one scientific view is preferred over another for political reasons: he likes the evolutionary psychology account because he is a misogynist; or she likes the gender hierarchy account because she is blinded by her feminist ideology.

Putting explanations to the test

These accusations don’t get us very far. Fortunately, the philosophy of science gives us three well-established criteria for what makes for a good scientific explanation.

These three criteria flow from thinking about what scientific explanations are for.

The intrinsic value of explanations is that they provide understanding. We understand something better when we have identified its causes.

When it comes to sexual harassment, ideally the causes we identify will explain a broad range of sexual harassment phenomena. Sexual harassment is not just the “powerful man exploits attractive female subordinate” scenario that tends to get the most press attention.

Scientific explanations also have instrumental value. The causal explanations scientists produce can be used to generate new predictions that can be tested in future research. In other words, a good scientific explanation is also fruitful.

Scientists’ causal explanations can also be used to identify factors that can be manipulated or controlled. This gives society potential interventions to shape outcomes we care about, such as reducing workplace sexual harassment.

Two explanations, head to head

In our recently published research, we used these three criteria for a good scientific explanation to compare the evolutionary psychology and gender hierarchy maintenance accounts of workplace sexual harassment. So what did we find?

First, we found that the gender hierarchy maintenance explanation was clearly superior when it came to identifying causes that make sense of a broad range of workplace sexual harassment phenomena.

Evolutionary psychology makes sense of sexual coercion and some forms of unwanted sexual attention, to be sure. But research shows these kinds of behaviours almost invariably go hand-in-hand with sexist jokes, crude sexual remarks and sexually degrading imagery, such as porn.

None of these behaviours are plausibly about trying to gain sexual favours, even though some are sexual in nature. These behaviours are called “gender harassment” –which is the most common form of sexual harassment.

Unlike evolutionary psychology, gender hierarchy maintenance can explain all three forms of harassment. Demands for sexual favours, sexist remarks and requests for note-taking can all be understood as behaviours that reinforce traditional gender roles and confer greater status and authority to men.

Second, we found that both explanations have given rise to fruitful research programs that generate and test predictions. However, evolutionary psychology faces a challenge here.

The theory’s core prediction is that ancestral men who misperceived sexual interest in women tended to enjoy greater reproductive success, which is impossible to test. It is also plausible that sex pests would have faced disadvantages within close-knit communities. Without a time machine, this prediction can never be tested.

Third, we found the gender hierarchy maintenance explanation has the edge when it comes to identifying effective interventions. Flattening organisational hierarchies, and loosening the link between status and masculinity, are potential ways to change things.

Evolutionary psychology points instead to interventions such as educating men about what counts as sexual harassment. However, evidence suggests this kind of training is not effective. And, of course, the only way to really change people’s evolved adaptive mechanisms would be to change their brains and genes – which we can’t do.

Gender hierarchy maintenance is a better explanation

Our research points to the value of understanding workplace sexual harassment through the lens of gender hierarchy maintenance. This offers hope for the future of workplace culture: it suggests men are not essentially predisposed to be sexual harassers, with little that can be done to alter their evolved natures.

Instead, sexual harassment is best understood as a consequence of our current social and cultural environment. And this is something we can shape to facilitate a better and safer future at work.

The Conversation

Cordelia Fine receives funding from the Australian Research Council, and has previously received funding from the Victorian Government Commission for Gender Equality in the Public Sector and the Women’s Leadership Institute Australia.

Kate Lynch receives funding from the Australian Research Council and the Arthropoda Foundation, and has previously received funding from the Australia & Pacific Science Foundation and the John Templeton Foundation.

Morgan Anna Weaving has previously received funding from the Australian Research Council.

– ref. Why do men sexually harass women at work? Science offers two explanations – but only one of them holds up – https://theconversation.com/why-do-men-sexually-harass-women-at-work-science-offers-two-explanations-but-only-one-of-them-holds-up-278894

A war without accountability: why the Middle East crisis is also a legal quagmire

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Anna Marie Brennan, Senior Lecturer in Law, University of Waikato

Hassan Ghaedi/Getty Images

What began with surprise US and Israeli strikes on Iran one month ago has hardened into a grinding stand-off, with no clear way out.

The conflict’s opening blows on February 28 killed senior leaders in Tehran, including Supreme Leader Ali Khamenei – prompting retaliatory missile and drone attacks on Israel, US bases and Gulf infrastructure.

Years of tension over Iran’s nuclear programme and its regional influence have now boiled over into open warfare, with diplomacy faltering as both sides entrench their positions.

On the ground in Iran, the violence is worsening what was already a strained human rights situation. News reporting from within the country carries daily images of damaged neighbourhoods, overwhelmed hospitals and families fleeing tit-for-tat strikes.

One incident in particular – the US airstrike on a school in Minab in southern Iran that left dozens of girls dead – highlights the scale of the devastation, as well as the war’s murky legal context.

Future war crimes investigators will need to ask some obvious questions. Was the school a civilian site, was it used for military purposes, what precautions were taken and was the civilian harm excessive relative to any military advantage?

Only then will responsibility be able to be determined – but such clarity is likely to be a long way off.

When the law is clear, but accountability is not

Many observers have already criticised the shaky legal basis for the conflict.

Some have described the US position – as set out in a letter to the United Nations invoking self-defence and the protection of Israel against an alleged imminent threat from Iran and its allied groups – as thin.

Others have argued that strikes supporting the stated goal of regime change were unlawful, citing the UN Charter’s prohibition on the use of force against the political independence of a state and the principle of non-intervention.

At this point, it is safe to assume that accountability for alleged international crimes by all sides to this ongoing conflict will remain elusive.

The International Criminal Court has no automatic jurisdiction because the United States, Israel and Iran are not parties to the Rome Statute, the treaty that established the court and defines its powers.

A UN Security Council referral of the situation to the court for investigation and possible prosecution is also unlikely, given the high potential for any such move to be blocked by veto-wielding permanent members.

Is any accountability likely to come through internal investigations by the states involved? This too is uncertain, as such investigations are often classified or narrowly framed by military and legal authorities.

This means independent investigators are often left to piece together their cases from satellite imagery, authenticated videos, mass graves, weapon remnants and medical and mortuary records.

While this can establish what happened and where, linking harm to identifiable decision-makers and proving intent is far harder while the conflict continues and key military records remain sealed.

This is not to say the laws of war themselves are ambiguous. They require forces to distinguish between civilians and fighters, avoid excessive civilian harm and take practical precautions.

International criminal cases turn on attribution and intent, meaning investigators must show who authorised an attack and what they knew. But without insider witnesses or key evidence, that is difficult, and proper accountability for war crimes often fall short.

A pattern of impunity?

We have seen this pattern before, where efforts to secure accountability are blocked or weakened by international deadlocks.

In 2014, the UN Security Council attempted to refer alleged war crimes and crimes against humanity against civilians in Syria’s civil war to the ICC. The effort failed after Russia and China vetoed it, citing concerns about sovereignty and the impact on a political settlement.

In 2021, the UN Human Rights Council ended the mandate of the Group of Eminent Experts on Yemen – an independent body tasked with investigating and reporting on violations by all parties – after some member states voted against renewing it. This removed one of the international community’s few mechanisms for documenting human rights abuses.

The ongoing crisis in Gaza has also proved a defining test of whether international law can be enforced.

The ICC has opened an investigation into Palestine and issued arrest warrants for senior Israeli and Hamas officials over alleged war crimes and crimes against humanity.

But such warrants depend on states to enforce them, and cooperation has been limited. A parallel UN inquiry has found Israel has committed genocide, yet the path to legal accountability remains contested.

In Iran, a similar outcome – or lack of one – now appears sadly likely.

The Conversation

I was a visiting professional at the International Criminal Court in 2014. I worked in chambers for Judge Sylvia Steiner on the Jean-Pierre Bemba Gombo (Central African Republic) case.

– ref. A war without accountability: why the Middle East crisis is also a legal quagmire – https://theconversation.com/a-war-without-accountability-why-the-middle-east-crisis-is-also-a-legal-quagmire-279199

The Olympics’ transgender athlete ban is a legal and moral minefield

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Matt Nichol, Lecturer in Law, CQUniversity Australia

The International Olympic Committee (IOC) has confirmed it is introducing a controversial new policy that will ban transgender athletes from competing in women’s events.

The IOC stated eligibility for women’s events will be determined by a “once-in-a-lifetime” sex test, which would prevent transgender women and those with differences in sexual development from competing.

It is an abrupt U-turn after the IOC previously left athletes’ eligibility up to their respective sports federations.

Reactions to the decision were unsurprisingly fierce.

From a legal point of view, it opens up a can of worms and will no doubt affect many athletes from the top level down to grassroots.

What is the test?

The IOC says “eligibility for the female category is to be determined in the first instance by SRY gene screening to detect the absence or presence of the SRY gene”.

It added:

Based on scientific evidence, the IOC considers the presence of the SRY gene is fixed throughout life and represents highly accurate evidence that an athlete has experienced male sex development.

SRY stands for “sex determining region Y” gene. The presence of the SRY gene is associated with men’s typical sexual development.




Read more:
World Athletics’ mandatory genetic test for women athletes is misguided. I should know – I discovered the relevant gene in 1990


Any athlete whose test shows the presence of the SRY gene will be banned from the women’s category.

The screening will be done via an athlete’s saliva, a cheek swab or blood sample.

The IOC stated it is not retroactive and does not apply to any grassroots or recreational sports.

Why did the IOC make this move?

In September 2025 the IOC established a working group to examine scientific, medical and legal developments in this space.

The IOC said the group reached a consensus that “male sex provides a performance advantage in all sports and events that rely on strength, power and endurance”.

IOC president Kirsty Coventry said:

At the Olympic Games, even the smallest margins can be the difference between victory and defeat. So, it is absolutely clear that it would not be fair for biological males to compete in the female category.

The IOC added it had surveyed more than 1,100 Olympic athletes, which revealed “a strong consensus that fairness and safety in the female category required clear, science-based eligibility rules, and that protecting the female category is a common priority”.

At the Tokyo Olympics in 2021, New Zealand weightlifter Laurel Hubbard became the first openly transgender woman to compete at an Olympic Games. She finished last in the super‑heavyweight category.

The policy is widely expected to be adopted by individual sports federations, although many have already implemented similar testing in recent months, including World Athletics and World Aquatics.

It will be implemented for women’s events at the Olympic Games, Youth Olympics and Games qualifiers, from Los Angeles 2028 onwards.

Human rights law and sport

The IOC’s decision may be in opposition to several laws that aim to ensure everyone has the right to participate in sport.

The United Nations’ International Charter of Physical Education and Sport states access to and participation in sport is an international human right.

In 2019, a UN Human Rights Council resolution called on sports governing organisations such as the IOC to implement policies and practices that comply with international human rights.

International human rights laws require countries protect and promote human rights.

As many international sports governing organisations such as the IOC are based in Europe, the European Convention on Human Rights also applies to the new genetic testing rule. The IOC policy may violate this.

The UN Human Rights Council states genetic sex testing as an eligibility requirement for women’s sport violates athletes’ international rights to equality, bodily and psychological integrity and privacy.

While many support the IOC’s new policy, others argue the athletes now banned from competing in women’s sports are not being granted basic, long-agreed human rights.

Affected athletes may challenge the new rules in the Court of Arbitration for Sport – world sport’s top court, which has in the past heard cases on gender eligibility.

The IOC’s new rule may also violate the Council of Europe’s Convention on Human Rights and Biomedicine and domestic laws in many countries that prohibit genetic testing unless a health purpose is achieved.

Those left on the sidelines

This policy is a monumental shift from world sport’s most powerful authority.

It has sparked celebration among some, and anger and disbelief among others.

There will be aftershocks, maybe in the form of appeals or lawsuits. Where it leaves the few transgender and intersex athletes who want to compete in elite women’s sports is anyone’s guess.

The Conversation

Matt Nichol does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. The Olympics’ transgender athlete ban is a legal and moral minefield – https://theconversation.com/the-olympics-transgender-athlete-ban-is-a-legal-and-moral-minefield-279445

How do Israel and Iran’s nuclear status differ under international law?

Source: The Conversation – France – By Catherine Maia, Professeure de droit international à l’Université Lusófona (Portugal) et professeure invitée à Sciences Po Paris (France), Sciences Po

At a time when military tensions in the Middle East have further intensified in recent weeks, in the context of operations conducted by the United States and Israel and renewed concerns surrounding Iran’s nuclear programme, a recurring question has re-emerged in public debate: why does Israel possess nuclear weapons while Iran is legally prohibited from acquiring them?

Often framed in terms of unequal treatment or “double standards,” this question actually relates to the very structure of the international legal regime governing nuclear weapons.

International law is a legal order created by states and for states. As such, it is grounded in the consent of states, which derives from their sovereignty. This fundamental principle also applies to the legal regime governing nuclear weapons: the possession of nuclear weapons – or the decision to renounce them – is a matter of sovereign choice. In other words, only a state may consent to limiting its military capabilities by renouncing possession of such weapons of mass destruction.

This state voluntarism is clearly reflected in the 1968 Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons (NPT).

What’s the NPT?

This treaty constitutes one of the pillars of collective security in international law. Its purpose is to prevent the proliferation of nuclear weapons – in particular to additional states – in order to promote nuclear disarmament, and encourage safe and peaceful use of nuclear energy.

The NPT distinguishes between nuclear-weapon states (United States, Russia, the United Kingdom, France, and China) and non-nuclear-weapon states. More specifically, it defines nuclear-weapon states as those that had manufactured and exploded a nuclear weapon or other nuclear explosive device before 1 January 1967, while the other parties are classified as non-nuclear-weapon states and have agreed to forswear the possession of nuclear weapons.

Nuclear power: different rules for the haves and the have nots

This fundamental distinction structures the entire legal regime of the treaty and entails differentiated but complementary obligations among the 191 States parties. While non-nuclear-weapon states agree not to acquire nuclear weapons, nuclear-weapon states agree not to transfer such weapons or assist other states in acquiring them. The treaty also stipulates an obligation to pursue negotiations in good faith towards nuclear disarmament.

In a context marked by Cold War tensions and fears of an uncontrolled proliferation of nuclear powers, the spread of nuclear weapons to an increasing number of states was perceived in 1968 as a major factor of international instability and a heightened risk of nuclear conflict. Against this backdrop, the compromise at the heart of the NPT was accepted, based on a differentiated allocation of obligations between nuclear-weapon states and non-nuclear-weapon states.

Although this asymmetrical compromise may, at first glance, appear unequal, it was designed as an instrument of strategic stability and collective security, while also constituting a direct expression of state sovereignty. A state may indeed decide to limit its own prerogatives. In return, breaches of these commitments entail legal consequences. This is where the debate over the different treatment of Iran and Israel arises.

If Israel has a nuclear arsenal, why can’t Iran?

Iran has been a party to the NPT since 1970 and is legally bound, as a non-nuclear-weapon state, not to acquire nuclear weapons, while also being subject to the safeguards mechanisms of the International Atomic Energy Agency (IAEA). Its nuclear programme is therefore assessed within a treaty framework that imposes specific legal obligations and international verification requirements.

By contrast, Israel is not a party to the NPT. Under the principle of the relative effect of treaties, Israel, not being a party to the NPT, cannot be legally bound by obligations arising from that treaty.

A legal framework producing differentiated outcomes

The difference in treatment between the two countries thus stems less from a legal inconsistency than from the very logic of international law. It illustrates the coexistence within the international order of de jure nuclear-weapon states and de facto nuclear-weapon states, such as Israel.

Several states currently possess nuclear weapons outside the framework of the NPT. In addition to Israel, this is also the case for India, Pakistan and North Korea (since its withdrawal from the treaty in 2003). Their situation does not, in itself, constitute a violation of the NPT, since they are not (or are no longer) parties to it. They therefore operate within a legal framework distinct from that applicable to states bound by the treaty.

This situation reflects a fundamental feature of the international legal order: the coexistence of treaty regimes to which not all states necessarily adhere. One example is the 2017 Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons (TPNW), to which 74 states are currently parties, and which prohibits the acquisition, possession and use of such weapons. This legal regime coexists alongside that of the NPT.

Accordingly, the question of why Israel possesses nuclear weapons, while Iran is denied that possibility is less a reflection of a contradiction in international law than a consequence of its structure.

In the absence of a treaty commitment, general international law does not currently establish a comprehensive and absolute prohibition on the possession of nuclear weapons as such. Only those states that have consented to specific obligations – notably within the framework of the NPT or the TPNW – are legally bound.

This analysis is supported by the jurisprudence of the International Court of Justice. In its 1986 judgement in Military and Paramilitary Activities in and against Nicaragua, the Court stated:

“In international law there are no rules, other than such rules as may be accepted by the state concerned, by treaty or otherwise, whereby the level of armaments of a sovereign state can be limited, and this principle is valid for all states without exception.”

Thus, in accordance with the principle of sovereign equality, limitations on military capabilities derive solely from state consent. In the absence of such a commitment, no state may legally impose on another an obligation of renunciation.

International law governing nuclear weapons therefore does not establish any general right to possess such weapons.

Rather, it reflects the existence of sovereign commitments through which some states have chosen to renounce them, while others have decided not to subject themselves to such constraints.

This article was co-authored with Débora Surreco Carrilho, PhD candidate in international law, University of Orléans (France).


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Catherine Maia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. How do Israel and Iran’s nuclear status differ under international law? – https://theconversation.com/how-do-israel-and-irans-nuclear-status-differ-under-international-law-278916

IA et métacognition : savoir quand on peut faire confiance, ou non, à la machine n’est pas toujours évident

Source: The Conversation – France in French (2) – By Ikram Chraibi Kaadoud, Chercheuse XAI & sciences cognitives, Inria

Cet article est publié en collaboration avec Binaire, le blog pour comprendre les enjeux du numérique.


Un système d’IA doit toujours être supervisé par un humain, mais encore faut-il que cette personne soit en mesure de distinguer quand elle comprend ce que propose la machine et quand elle peut être influencée.


Les cadres contemporains de gouvernance de l’intelligence artificielle (IA) reposent sur un présupposé rarement rendu explicite : lorsqu’un opérateur humain reçoit l’output d’un système d’IA, il doit être en mesure de l’évaluer de manière significative. Les dispositions de l’AI Act européen relatives aux systèmes à haut risque exigent transparence, explicabilité et supervision humaine.

Sont explicitement visés les systèmes utilisés dans le recrutement et l’évaluation des travailleurs, l’accès aux prestations sociales, les décisions d’octroi de crédit, le contrôle aux frontières, l’administration de la justice, et les soins de santé critiques.

Le plan d’action des États-Unis sur l’IA appelle au maintien d’un contrôle humain significatif sur les décisions IA à conséquences importantes. Les principes de l’OCDE sur l’IA inscrivent le centrage sur l’humain au cœur de ses engagements.

Ces engagements sont nécessaires mais insuffisants. Ils portent sur ce que les systèmes d’IA doivent fournir aux opérateurs humains et laissent entièrement sans réponse la question de ce que ces derniers doivent être capables de faire pour agir sur ce qu’ils reçoivent. Cette lacune n’est pas accidentelle. C’est un angle mort structurel dans l’architecture actuelle de la gouvernance de l’IA.

Le modèle implicite du superviseur humain dans la plupart des textes réglementaires est celui d’un professionnel compétent et attentif qui, face à des outputs précis et lisibles, formule des jugements éclairés. C’est une hypothèse plausible dans des environnements stables, à faibles enjeux et bien maîtrisés, mais une hypothèse fragile dans des contextes à forts enjeux, soumis à la pression temporelle, et techniquement opaques – précisément les contextes dans lesquels les systèmes d’IA sont de plus en plus déployés.

Par exemple, l’infirmier aux urgences en charge du triage aux urgences qui reçoit un score de triage produit par un système IA ne dispose pas systématiquement des explications qui l’ont généré. Le conseiller bancaire qui doit décider en quelques minutes de bloquer un compte sur la base d’une alerte de fraude automatisée travaille potentiellement avec un modèle propriétaire qu’il ne peut pas interroger. L’agent administratif qui valide l’attribution d’un logement social ou d’une prestation algorithmiquement priorisée ne peut généralement pas expliquer pourquoi un dossier a été classé avant un autre. L’enseignant qui contresigne une notation automatisée d’examen n’a pas accès aux critères qui ont produit le score. Dans chacun de ces cas, la supervision humaine est formellement présente – et substantiellement impossible.

Des opérateurs métacognitivements avertis

La métacognition – la capacité à monitorer et réguler ses propres processus cognitifs – est le substrat psychologique d’une supervision efficace. Un opérateur métacognitivement averti sait quand il comprend quelque chose, quand il conjecture, et quand son jugement est façonné par des facteurs qu’il n’a pas consciemment enregistrés. Cette capacité ne peut pas être présumée ; elle varie significativement selon les individus, les formations et les pressions situationnelles.

La recherche en interaction humain-automatisme a documenté un ensemble de modes de défaillance qui émergent spécifiquement lorsque des humains supervisent des systèmes automatisés ou alimentés par l’IA. Le biais d’automatisation – la tendance à surpondérer les recommandations générées par la machine par rapport à son propre jugement – est l’un des résultats les plus robustes du domaine. Dans une étude fréquemment citée, les chercheurs Parasuraman et Riley ont montré en 1997 que les humains mésusent (c’est-à-dire font un mauvais usage ou utilisent de manière inadéquate ou inappropriée) systématiquement de l’automatisation en l’appliquant là où elle est peu fiable, et la délaissent là où elle serait bénéfique – deux types d’erreurs qui reflètent un défaut d’étalonnage métacognitif plutôt qu’un défaut de provision d’information. Par exemple, dans des expériences en simulateur de vol citées par ces auteurs, des pilotes équipés d’un système d’alerte automatique ont éteint un moteur en réponse à une fausse alerte – une décision qu’ils avaient eux-mêmes déclaré, avant l’expérience, ne jamais prendre sur la seule foi d’une alerte automatisée.

Le défi est aggravé par les caractéristiques propres aux systèmes d’IA contemporains. Les travaux de Kahneman sur une cognition à double processus – connu aussi sous le nom de Système 1/Système 2, les deux vitesses de pensées – éclairent ce mécanisme. Face à un système IA qui produit un output avec fluidité et assurance, l’esprit humain tend à activer un traitement rapide et intuitif (celui qu’on mobilise pour des tâches familières et peu risquées), plutôt que de réaliser une analyse profonde de la situation, plus longue, plus réfléchi, plus logique, et donc plus gourmande cognitivement.

Plus concrètement, une explication qui paraît plausible déclenche des réponses cognitives différentes d’une explication qui l’est vraiment. Lorsque les explications des systèmes d’IA sont synthétiquement fluides, numériquement précises et visuellement formatées comme des outputs faisant autorité, elles suppriment précisément le scepticisme que nécessite une supervision significative.

Peut-être de manière contre-intuitive, fournir davantage d’explications n’améliore pas de manière fiable le jugement humain des résultats d’IA. Une équipe de recherche, dans une étude expérimentale rigoureuse, a constaté que les explications produites par l’IA n’amélioraient pas systématiquement les performances de l’équipe humain-IA, et les dégradaient dans plusieurs conditions – notamment lorsque les explications étaient techniquement exactes mais cognitivement incompatibles avec la manière dont les opérateurs formaient leurs propres jugements.

Plus concrètement, sur la tâche d’analyse de sentiment, l’IA expliquait son jugement en surlignant les mots qu’elle avait identifiés comme positifs ou négatifs. Or les participants humains évaluaient le ton d’un texte de manière globale, en tenant compte du contexte et de la cohérence d’ensemble – un processus que la mise en évidence de mots individuels ne peut pas restituer. Ici, l’IA et l’humain n’arrivent pas à leur jugement par le même chemin : L’IA identifie des élements locaux (un mot, une phrase), là ou l’humain construit un jugement holiste (l’ensemble du texte, le contexte, la cohérence interne). Quand l’explication fournie reflète la logique de la machine plutôt que celle du raisonnement humain, elle ne donne pas à l’opérateur les outils pour évaluer si la recommandation est fiable – elle le convainc simplement de la suivre.

L’explicabilité est ainsi une condition nécessaire mais insuffisante d’une supervision efficace. Ce qui réduit l’écart entre les deux, c’est la maturité métacognitive.

Trois implications pour la gouvernance de l’IA

Si la maturité métacognitive est une propriété réelle et variable des opérateurs humains, alors les cadres de gouvernance qui imposent l’explicabilité sans s’intéresser à la métacognition des opérateurs sont tout simplement incomplets. Selon les travaux de la littérature scientifique – parmi lesquels ceux de l’IA explicable, de l’interaction humain-automatisme, des sciences cognitives, de la psychologie, des sciences humaines et sociales –, trois implications peuvent être énoncées :

  • La transparence centrée sur la documentation est insuffisante. Ce n’est pas une intuition : c’est ce que la recherche montre depuis trente ans. Ainsi, documenter et expliquer le comportement d’un système ne suffit pas à garantir de bonnes décisions humaines sans impliquer les individus dans les processus de conception de ces explications et de cette documentation et prendre en compte le contexte du besoin métier à l’instant t. Des études contrôlées ont même montré que « trop d’explications » peuvent dégrader la performance de l’équipe humain-IA en noyant l’information pertinente dans le bruit.

  • La qualification métacognitive des opérateurs devrait être considérée comme une composante de la gouvernance IA. Il s’agit ici d’un gap que la recherche a commencé à nommer, sans qu’aucun référentiel n’ait encore été formalisé.

Plus concrètement, les textes réglementaires comme l’AI Act exigent que les superviseurs humains soient « compétents », mais sans jamais définir ce que cela signifie – et en particulier, aucun référentiel n’évalue ce que les chercheurs appellent la compétence métacognitive, soit la capacité à détecter les défaillances de son propre raisonnement face à un système opaque, compétence qui relève de la formation et du contexte, pas de l’intelligence brute. Une précision importante s’impose ici. Parler de la qualification métacognitive des opérateurs ne revient pas à questionner la valeur ou l’intelligence des personnes qui supervisent des systèmes d’IA. Il ne s’agit pas non plus de classer les humains selon leur capacité à « bien penser ». La métacognition n’est ni un trait de personnalité ni un indicateur de valeur. C’est une compétence situationnelle, sensible au contexte, à la formation, à la charge cognitive et aux conditions de travail. Par exemple, un chirurgien expérimenté peut présenter un excellent étalonnage métacognitif dans son domaine et être tout aussi vulnérable au biais d’automatisation qu’un débutant face à un système d’IA opaque dans un contexte pour lequel il n’a reçu aucune formation spécifique.

  • Les compétences métacognitives – savoir ce qu’on comprend, détecter ses propres erreurs de raisonnement, réguler ses stratégies cognitives – varie selon les individus et n’est pas uniformément répartie au sein de la population, ce qui crée un risque structurel pour la sécurité. Il s’agit d’une hypothèse, formulée à partir de travaux menés en psychologie de l’éducation, qui n’a pas encore été étudiée dans le contexte de la gouvernance de l’IA. C’est peut-être le prochain axe de recherche que les gouvernements devraient activement encourager. En effet, si les organisations les mieux dotées en moyens matériels et en ressources humaines peuvent satisfaire aux exigences de supervision réelle, celles qui n’en n’ont pas – non pas parce que leurs personnels seraient moins capables, mais parce que les conditions permettant le développement de cette compétence situationnelle n’ont pas été réunies – produiront une conformité de façade, insuffisante, générant une fausse sécurité particulièrement dangereuse dans les domaines critiques.

The Conversation

Ikram Chraibi Kaadoud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. IA et métacognition : savoir quand on peut faire confiance, ou non, à la machine n’est pas toujours évident – https://theconversation.com/ia-et-metacognition-savoir-quand-on-peut-faire-confiance-ou-non-a-la-machine-nest-pas-toujours-evident-279348

« Fluxuat » nec mergitur : géopolitique des flux et conflits maritimes contemporains

Source: The Conversation – France in French (3) – By Xavier Carpentier-Tanguy, Indopacifique, Géopolitique des mondes marins, réseaux et acteurs de l’influence, diplomatie publique, Sciences Po

Les mers et les océans du monde entier sont avant tout des lieux de passage pour navires commerciaux et militaires, et à ce titre deviennent des lieux de conflictualité dont le contrôle est essentiel du point de vue stratégique comme économique.


Alors que l’Iran a restreint l’accès au détroit d’Ormuz, provoquant une envolée des primes d’assurance et un ralentissement brutal des flux de pétrole et de gaz, la vulnérabilité de l’économie-monde apparaît au grand jour. Les frappes croisées, les menaces d’« escortes armées » et la militarisation accélérée du golfe Persique font de ce passage un laboratoire des conflits du XXIᵉ siècle.

Cette crise ne surgit pas ex nihilo : elle prolonge une longue histoire de bras de fer autour des détroits, canaux et mers intérieures. De Panama à Ormuz, en passant par la mer Rouge et l’espace arctique, ce sont les mêmes logiques de contrôle des flux qui sont à l’œuvre.

Du canal de Panama au détroit d’Ormuz

Depuis 2025, les États-Unis ont intensifié leur engagement stratégique pour le contrôle des espaces maritimes et des points de transit critiques, à travers une série d’opérations militaires et diplomatiques ciblées. En Amérique latine, cette posture s’est traduite par une intervention directe au Venezuela en janvier 2026, où une « attaque de grande envergure » a visé les infrastructures militaires et portuaires, notamment la base aérienne Generalissimo Francisco de Miranda et le port de La Guaira, principal accès maritime de Caracas. Cette opération, baptisée Absolute Resolve, a permis la capture du président Nicolás Maduro, accusé de trafic de drogue et de déstabilisation régionale, et a confirmé la volonté américaine de sécuriser les routes des Caraïbes et de contrer l’influence chinoise et russe dans la région.

Dès les années 1980, les États-Unis avaient déjà affirmé leur présence en Amérique centrale, avec des opérations comme Urgent Fury à Grenade en 1983, visant à protéger les ressortissants américains et à limiter l’influence cubaine. En décembre 1989, l’opération Just Cause au Panama a marqué un tournant : près de 27 000 soldats américains ont été déployés pour renverser le général Manuel Noriega, ancien allié devenu un obstacle à la stabilité régionale et à la maîtrise du canal de Panama, un point de passage stratégique pour le commerce mondial.

Plus récemment, les ambitions américaines se sont étendues à l’Arctique. Rappelons que l’administration Trump évoquait déjà sa volonté d’acquérir le Groenland en 2019, volonté réaffirmée avec force depuis un an. Cette initiative est révélatrice de l’importance croissante des routes maritimes polaires dans un contexte de fonte des glaces. Cette volonté de contrôle s’est poursuivie en 2025-2026 avec le renforcement des patrouilles et des infrastructures militaires dans la région, visant à sécuriser les accès au passage du Nord-Ouest et à contrer les ambitions russes et chinoises.

En février 2026, les États-Unis ont lancé l’opération « Epic Fury » contre l’Iran, une campagne militaire d’ampleur visant à neutraliser les capacités balistiques et navales iraniennes, ainsi qu’à empêcher toute reconstitution rapide de ces forces. Déclenchée le 28 février 2026, cette opération a mobilisé des frappes aériennes massives, des drones et une coordination interarmées, confirmant la volonté américaine de contrôler les espaces stratégiques du Moyen-Orient et de sécuriser les flux énergétiques et commerciaux — une volonté qu’a encore accrue la fermeture par Téhéran du détroit d’Ormuz.

L’implication européenne

Face à cette escalade, l’Europe a réagi avec détermination. Plusieurs États membres de l’UE ont déployé des moyens navals significatifs pour sécuriser Chypre et les axes maritimes stratégiques vers Suez et Ormuz. L’Italie a déployé la frégate Martinengo près de Chypre aux côtés de la frégate espagnole Cristobal Colon, tandis que les Pays-Bas ont préparé la frégate HNLMS Evertsen pour des opérations régionales. L’Allemagne a envoyé la frégate FGS Nordrhein-Westfalen dans la zone de Chypre, et la Grèce a mobilisé sa nouvelle frégate Kimon, équipée d’un système de défense aérienne longue portée, ainsi que la frégate de classe Hydra Psara. Le Royaume-Uni a annoncé l’envoi du destroyer de défense aérienne HMS Dragon à Chypre, équipé du système de missiles Sea Viper, ainsi que des hélicoptères dotés de capacités anti-drones. La France, enfin, a ordonné le déploiement de son porte-avions Charles-de-Gaulle, qui était encore en Baltique, ses moyens aériens embarqués et son escorte de frégates vers la Méditerranée.




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Cette mobilisation européenne coordonnée vise à protéger les bases britanniques à Chypre, frappées par des drones iraniens, et à sécuriser les routes énergétiques vitales alors que la circulation dans le détroit d’Ormuz demeure un enjeu capital, perturbant l’approvisionnement mondial en pétrole et gaz.

En mars 2026, la pression exercée sur l’Iran s’inscrit dans cette continuité stratégique : elle illustre une doctrine de sécurisation des flux énergétiques, commerciaux et numériques, désormais concentrés dans des zones pivots comme le golfe Persique, la mer Rouge, la Méditerranée occidentale et le Haut-Nord.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent entre 20 et 25 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, reste le goulot d’étranglement central de l’économie globale. Sa géographie offre à Téhéran un levier structurel pour perturber la liberté de navigation. Les analyses de renseignement maritime de 2024 montrent que la contraction du trafic dans cette zone résulte de la dissuasion indirecte iranienne et de l’impact des primes d’assurance, même en l’absence de minage massif. Contrairement à Gibraltar ou à Suez, les navires traversant Ormuz atteignent directement les côtes du Golfe, où se concentrent des infrastructures pétrochimiques, des terminaux de GNL et des unités de dessalement, devenues des cibles stratégiques.




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L’évolution du combat naval au cours des dernières décennies

L’opération américaine « Praying Mantis » en 1988, déclenchée après le minage du USS Samuel B. Roberts, a marqué un tournant dans les tensions maritimes entre Washington et Téhéran.

Dans La confrontation en mer, Nicolas Mazzucchi démontre que l’océan est dorénavant autant un théâtre de confrontation qu’un simple espace de circulation. En réponse, l’Iran a développé des capacités asymétriques, déployant une « poussière navale » de centaines d’embarcations rapides, soutenues par des missiles côtiers et des drones. Cette architecture garantit une menace permanente sur les routes maritimes et assure une résilience face aux frappes conventionnelles, tout en permettant des ripostes ciblées ou massives contre les infrastructures régionales.

L’amiral Nicolas Vaujour, dans ses analyses sur la supériorité technologique – présentées dans son livre les Guerres en mer –, insiste sur l’impératif pour les marines modernes de s’adapter à ces nouvelles menaces. L’industrie européenne répond à ce défi avec des solutions souveraines, comme la solution Orange Drone Guardian lancée en 2026, qui renforce la détection des drones intrusifs et la protection des sites sensibles.

La vulnérabilité des routes alternatives confirme que l’évitement n’est pas une solution viable. L’attaque par drone contre le port saoudien de Yanbu et la campagne houthie en mer Rouge à l’automne 2023 ont démontré qu’un acteur lié à Téhéran peut paralyser jusqu’à 15 % du commerce mondial.




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Dans [Vaincre en mer], Thibault Lavernhe et François-Olivier Corman décrivent l’ère actuelle comme le « cinquième âge » du combat naval, où la saturation des senseurs et la coordination des attaques en temps réel redéfinissent les conditions de survie des navires. La suspension des attaques des houthis en 2026 suggère une « patience stratégique » : les milices conservent ce levier pour une escalade future, en fonction des rapports de force régionaux.

Car Téhéran étend désormais ses cibles aux infrastructures numériques, avec des frappes signalées contre des centres de données aux Émirats arabes unis et à Bahreïn. Cette guerre hybride vise à paralyser l’économie numérique mondiale. Le flux, quelle que soit sa nature, possède une valeur stratégique. L’empêcher ou le réduire, c’est affaiblir l’opposant et peser sur des négociations possibles.

En Méditerranée occidentale, l’Algérie a renforcé sa flotte de sous-marins Kilo armés de missiles Kalibr, adressant le signal capacitaire d’un possible verrouillage du détroit de Gibraltar sous une bulle de déni d’accès (A2/AD). Cette diffusion des stratégies de contestation des espaces maritimes se confirme aussi dans le Haut-Nord, où l’exercice Cold Response 2026 de l’OTAN met l’accent sur la maîtrise du spectre électromagnétique pour neutraliser les capteurs adverses avant tout engagement cinétique.

Dénis d’accès (A2/AD) et bulles de souveraineté : enjeux juridiques et limites du droit international

Les stratégies de déni d’accès (A2/AD) et les bulles de souveraineté redéfinissent les équilibres géopolitiques en mer, mais soulèvent des questions juridiques majeures au regard de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS, 1982). Ce traité, ratifié par 169 États, consacre la liberté de navigation en haute mer (article 87) et encadre strictement les droits des États côtiers dans leurs eaux territoriales (article 2) et zones économiques exclusives (article 56).




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Pourtant, les pratiques A2/AD, comme celles déployées par Pékin en mer de Chine méridionale ou par l’Iran dans le golfe Persique, exploitent les zones grises du droit international pour restreindre l’accès à des espaces stratégiques.

La Cour permanente d’arbitrage (CPA), dans l’affaire Philippines c. Chine (2016), a rappelé que les revendications maritimes doivent respecter les limites fixées par UNCLOS, notamment en matière de délimitation des ZEE et de passage inoffensif (articles 19 et 24). Les bulles A2/AD, en combinant missiles sol-mer, drones et guerre électronique, testent ces principes : elles peuvent être interprétées comme une violation du droit coutumier si elles restreignent arbitrairement la liberté de navigation, sauf en cas de menace avérée et proportionnée. Des juristes comme Myron H. Nordquist et Yu Minyou (Wuhan University) soulignent que ces stratégies révèlent les lacunes de UNCLOS face aux nouvelles technologies (drones, cyberattaques) et aux actions unilatérales, appelant à un renforcement des mécanismes de règlement des différends (Partie XV de UNCLOS) et à l’élaboration de normes coutumières complémentaires.

Dans ce contexte, où les flux maritimes – énergétiques, commerciaux et numériques – deviennent à la fois des enjeux et des armes, la capacité des États à garantir leur maîtrise continue s’impose comme un impératif stratégique. C’est cette exigence de maîtrise et de résilience des flux face aux perturbations qui trouve son écho dans la devise adaptée Fluxuat nec mergitur (qui pourrait se traduire par « Traversé par les flux, mais jamais entravé ») : nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère de la polémorrhée – de polémos (la guerre) et rhéos (le flux).

The Conversation

Xavier Carpentier-Tanguy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. « Fluxuat » nec mergitur : géopolitique des flux et conflits maritimes contemporains – https://theconversation.com/fluxuat-nec-mergitur-geopolitique-des-flux-et-conflits-maritimes-contemporains-278964

Instagram et YouTube reconnus responsables d’addiction dans un procès historique aux États-Unis

Source: The Conversation – in French – By Rob Nicholls, Senior Research Associate in Media and Communications, University of Sydney

Ce sont les choix de conception, notamment le défilement infini, qui ont convaincu le jury de condamner Meta et YouTube. Christian Wiediger/Unsplash

Le verdict rendu dans l’affaire KGM pourrait marquer un moment charnière pour l’industrie des réseaux sociaux. En reconnaissant l’addiction comme un dommage possible, la justice américaine ouvre la porte à de nombreuses autres poursuites.


Instagram et YouTube présentent un défaut de conception qui rend ces réseaux sociaux addictifs, a jugé un jury aux États-Unis. Le jury de Los Angeles a mis près de neuf jours à rendre son verdict dans cette affaire historique intentée par une femme identifiée sous les initiales KGM contre les plateformes de réseaux sociaux. Il a accordé 3 millions de dollars (2,6 millions d’euros) de dommages et intérêts, Meta (propriétaire d’Instagram) étant jugé responsable à 70 % et Google (propriétaire de YouTube) à 30 %. Le jury a ensuite accordé 3 millions de dollars supplémentaires de dommages punitifs.

TikTok et Snap ont tous deux conclu un accord à l’amiable, dont les termes restent confidentiels, avant le début du procès de six semaines. Il s’agit de la deuxième lourde défaite de Meta devant les tribunaux américains la même semaine. Le 24 mars, un jury du Nouveau-Mexique a en effet jugé l’entreprise coupable d’avoir dissimulé des informations sur les risques d’exploitation sexuelle des enfants et sur les effets néfastes de ses plateformes sur la santé mentale des mineurs.

L’affaire portée par KGM est la première du genre, mais elle ne sera pas la dernière. Elle fait partie de plus de vingt procès dits « bellwether » qui doivent bientôt être jugés. Il s’agit en quelque sorte de procès tests, destinés à mesurer la réaction des jurys et à établir un précédent juridique.

Le verdict pourrait donc avoir des répercussions considérables. Il pourrait marquer pour la tech un moment comparable à celui qu’a connu l’industrie du tabac, avec des milliers d’affaires similaires prêtes à être portées devant les tribunaux.

Des machines conçues pour rendre dépendant

KGM — aujourd’hui âgée de 20 ans — affirme avoir commencé à utiliser YouTube à l’âge de six ans et Instagram à neuf ans, développant selon elle des usages compulsifs, pouvant aller jusqu’à 16 heures passées en une seule journée sur Instagram. Elle soutient que les caractéristiques de conception de ces plateformes ont contribué à son anxiété, à sa dépression, à sa dysmorphie corporelle et à des idées suicidaires.

Son action en justice affirme que Meta et YouTube ont fait des choix de conception délibérés — comme le « défilement infini » — pour rendre leurs plateformes plus addictives pour les enfants afin d’augmenter leurs profits. Elle soutient que les entreprises se sont largement inspirées des techniques comportementales et neurobiologiques utilisées par les machines à sous et exploitées par l’industrie du tabac afin de maximiser l’engagement des jeunes et d’augmenter les revenus publicitaires.

L’avocat de KGM, Mark Lanier, a déclaré aux jurés :

Ces entreprises ont construit des machines conçues pour rendre dépendants les cerveaux des enfants, et elles l’ont fait délibérément.

L’avocat a cité une étude interne de Meta appelée « Project Myst ». Celle-ci aurait montré que les enfants ayant déjà subi des « effets négatifs » étaient les plus susceptibles de devenir dépendants à Instagram, et que les parents étaient impuissants face à cette addiction.

Il a ajouté :

À partir du moment où [KGM] a été enfermée dans la machine, sa mère en a été exclue.

Les jurés ont également entendu que des communications internes de Meta comparaient les effets de la plateforme à ceux de la drogue et des jeux d’argent. Le jury a estimé que cette prise de conscience en interne constituait un niveau de connaissance susceptible d’engager la responsabilité de l’entreprise.

Par ailleurs, une note interne de YouTube décrivait apparemment « l’addiction des spectateurs » comme un objectif, et un employé d’Instagram a écrit que l’entreprise était composée de « véritables dealers ».

Mark Lanier a établi un parallèle direct avec les procès contre l’industrie du tabac, soutenant que lorsque l’on trouve une connaissance en interne du phénomène, un ciblage délibéré et un déni public, la responsabilité juridique s’ensuit.

Pointer la responsabilité de la famille

Meta a soutenu que KGM faisait face à d’importantes difficultés bien avant d’utiliser les réseaux sociaux et que les éléments présentés ne permettaient pas de réduire toute une vie d’épreuves à un seul facteur.

L’avocat de Meta a mis en avant la dynamique familiale de KGM comme cause de ses troubles de santé mentale et a affirmé que les réseaux sociaux avaient peut-être au contraire constitué pour elle un exutoire lorsqu’elle rencontrait des difficultés à la maison.

Le directeur général de Meta, Mark Zuckerberg, a témoigné pour la défense :

Je n’essaie pas de maximiser le temps que les gens passent chaque mois sur nos plateformes.

À propos des outils de sécurité que Meta a ajoutés ces dernières années, Zuckerberg a précisé :

J’aurais aimé que nous y arrivions plus tôt.

Dans leurs plaidoiries finales, les avocats de YouTube ont fait valoir qu’il n’existait pas une seule mention d’une addiction à YouTube dans le dossier médical de KGM.

Les deux entreprises ont fondé une partie de leur défense sur les protections prévues par la Section 230, soutenant qu’elles ne pouvaient pas être tenues responsables des contenus publiés sur leurs plateformes.

Le juge a toutefois indiqué aux jurés que la manière dont les contenus sont diffusés constitue une question distincte de leur nature. Cette distinction a limité la capacité de Meta et de Google à s’appuyer sur les protections offertes par la Section 230.

Contester la protection juridique

Il s’agit de l’une des premières affaires visant une grande entreprise technologique à être jugée par un jury — une situation que ces entreprises ont jusque-là cherché à éviter.

Ainsi, en juin 2024, quelques mois avant un procès devant jury dans l’affaire intentée par le Département de la justice contre le monopole de Google dans les technologies publicitaires, Google a versé plus de 2 millions de dollars (1,73 million d’euros) au Département de la justice. Cette somme représentait le triple des dommages réclamés, auxquels s’ajoutaient les intérêts.

Aux États-Unis, un procès devant jury n’est requis que lorsqu’il est question de dommages et intérêts. En payant d’avance l’intégralité de la somme réclamée dans cette affaire, Google avait supprimé la demande de dommages et intérêts — et, avec elle, le droit à un procès devant jury. Jusqu’à présent, les tribunaux américains ont largement rejeté les recours qui mettaient en cause la conception même des plateformes.

Cela concerne notamment le défilement infini et les systèmes de notifications. La distinction entre « conception de la plateforme » et « curation du contenu » a été centrale dans la manière dont les tribunaux ont analysé les arguments fondés sur le Premier amendement dans ces litiges.

Le verdict rendu par le jury dans l’affaire KGM met en lumière les limites de la protection offerte par la Section 230.

Le premier – mais pas le dernier

C’est la première grande affaire visant une entreprise de la tech, à l’échelle mondiale, à examiner l’addiction comme source de préjudice. Jusqu’ici, les procédures se concentraient surtout sur des violations de la loi.

Dans le procès intenté au Nouveau-Mexique contre Meta, par exemple, le jury a estimé que l’entreprise avait fait des déclarations fausses ou trompeuses et s’était livrée à des pratiques commerciales « abusives », exploitant la vulnérabilité et l’inexpérience des enfants. Des milliers d’infractions ont été retenues, pour une sanction totale de 375 millions de dollars (325 millions d’euros).

L’affaire KGM ouvre la voie aux nombreuses autres procédures visant à obtenir des dommages et intérêts auprès des plateformes de réseaux sociaux pour les effets de l’addiction. Aux États-Unis, ces affaires pourraient logiquement être examinées ensemble dans le cadre d’une action collective. Le verdict pourrait aussi servir de base à d’autres recours, collectifs ou individuels, dans le monde entier.

Meta et Google ont indiqué séparément qu’ils comptaient faire appel de la décision.

The Conversation

Rob Nicholls fait partie du Centre for AI, Trust, and Governance de l’Université de Sydney et reçoit des financements de l’Australian Research Council.

– ref. Instagram et YouTube reconnus responsables d’addiction dans un procès historique aux États-Unis – https://theconversation.com/instagram-et-youtube-reconnus-responsables-daddiction-dans-un-proces-historique-aux-etats-unis-279461

Truth, or misinformation? A statistician explains the challenge of assessing evidence

Source: The Conversation – Canada – By Mu Zhu, Professor & Associate Dean, Faculty of Mathematics, University of Waterloo

When United States Health Secretary Robert F. Kennedy Jr. unveiled new dietary guidelines earlier this year to “Make America Healthy Again,” they received a mixed response.

Some organizations, including the American Heart Association, welcomed the renewed emphasis on vegetables, fruits and whole grains. Others were concerned about the promotion of red meat and whole-fat dairy or accused Kennedy of spreading “blatant misinformation that ‘healthy fats’ include butter and beef tallow.”

The word “misinformation” has become very common in media and popular discourse, sometimes for good reasons, because the lies that the word encapsulates can undermine democracy, impair health and fuel violence.

As associate dean of AI strategy in the faculty of mathematics at the University of Waterloo, I know many are especially worried that AI could worsen the spread of misinformation.

However, the word “misinformation” is also loaded. There seems to be a growing tendency for people to apply the label to just about anything that they may disagree with, rather than genuine lies.

As a professor of statistics, I think the inherent difficulty of assessing evidence may be partly to blame.

Is the die loaded?

Statements like “there is no evidence that eating red meat is harmful” or “there is evidence that full-fat dairy is bad for your health” are not so easy to substantiate.

This is partially because it’s often hard — though not impossible with advanced statistical techniques — to isolate the effect of a particular habit from a myriad of other entangled factors, whether genetic or lifestyle, that also affect health. This is why many research studies merely point to an “association” or a “correlation” between food consumption and health effect.

But even in clear-cut cases where no such entanglement exists, assessing evidence is still surprisingly difficult. For instance, suppose a die was rolled seven times and it showed an odd outcome (numbers one, three or five) on six of these occasions. In principle, odd and even outcomes are supposed to be equally likely.

Is the apparently skewed outcome evidence that the die may be loaded? Does this point to the possibility that someone may be cheating?

Using an evidential scale known as the p-value, one might argue “no,” since there is still a sizeable probability for a normal die to show an odd outcome from more than five of those seven rolls, so rolling six odd numbers is not as unexpected as it appears to be.

Using a different evidential scale known as the e-value, however, one could argue “yes,” since a die would be much more likely to show an odd outcome from six out of seven rolls if it were loaded than if it were not. So rolling six odd numbers is more consistent with the suspicion that the die may be loaded.




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Scales of scientific evidence

Despite growing criticism, the p-value is still currently the most commonly used scale for judging scientific evidence. In other words, most scientists today have been taught in school that they should answer our question with “no, the die is not loaded.”

However, the opposite argument is not without merit. In fact, if I had made a fair bet that the die was loaded, the bookie would have had to reward me with a profit after observing the outcome of six odd numbers. This is what the e-value ultimately entails: a betting score. And if one can make a profit with such a bet, then the suspicion cannot be totally unreasonable.

But surely two opposite arguments cannot both be correct at the same time? Or can they? Both arguments require an implicit threshold to draw their respective yes, or no, conclusions. For the first argument, the threshold is: how big a probability — two per cent, five per cent or 10 per cent — is a “sizeable probability?” For the second, the threshold is: how much more likely — five times, 10 times or 25 times — is “much more likely?”

The two arguments are not fundamentally at odds with each other but, using different thresholds, one ends up saying “black” and the other “white” when reality is just a certain shade of grey. Indeed, their respective decision thresholds can be calibrated by statisticians so that they always reach the same conclusion.

A pile of variously iced donuts.
How do you weight the evidence, when deciding whether to eat a donut?
(Unsplash/Rod Long)

Let’s use ‘misinformation’ for genuine lies

But the average human being isn’t very good at performing this type of calibration psychologically. We are prone to reacting very differently when the underlying scale changes.

Would you continue to consume a delicacy if you were told that those who eat it regularly are 25 times as likely to develop cancer later in life as those who don’t? What if you were told that doing so will increase your probability of cancer from 0.01 per cent to 0.25 per cent?

You may decide to change your diet because you are fearful of the elevated risk. You may choose to continue with your existing diet because even the elevated risk is still not all that high.

Neither choice is strictly right or wrong. But today, I’m afraid to say: “I see no need to change my diet given the risks.” If I did, those who are enthusiastic about changing theirs might come together and accuse me of spreading “misinformation.” Such madness has to stop, before it completely destroys our social discourse.

The word “misinformation” should be reserved for genuine lies only, not conclusions decided by subjective thresholds, even if they are standard choices. Declaring there is or isn’t evidence simply because the p-value is below or above the conventional threshold has already generated far too many irreproducible findings.

To call something “misinformation” based on that kind of shaky evidence, or the lack thereof, will only obstruct true scientific progress.

The Conversation

Mu Zhu receives funding from the Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada.

– ref. Truth, or misinformation? A statistician explains the challenge of assessing evidence – https://theconversation.com/truth-or-misinformation-a-statistician-explains-the-challenge-of-assessing-evidence-278161