Ces PFAS qui échappent à la surveillance environnementale

Source: The Conversation – in French – By Yann Aminot, Biogéochimiste des contaminants organiques, Ifremer

Comme bon nombre de polluants, les composés per- et polyfluoroalkylés, ou PFAS, atteignent souvent les mers et les océans. Si la présence de certains d’entre eux est surveillée, beaucoup d’autres ne font pas l’objet de réglementations. Ils sont pourtant observés à des taux élevés dans les écosystèmes marins, sans pour autant que leurs effets soient connus, révèlent des travaux inédits.


Vous avez sans doute déjà entendu parler des « polluants éternels », ou composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS), mais saviez-vous qu’il en existe des milliers ? Et que les plus abondants ne sont pas tous surveillés dans l’environnement, alors même que leur dangerosité reste inconnue ?

Cette réalité apparaît pourtant lorsque l’on étudie des organismes marins, comme les moules, les crevettes et les poissons, des côtes françaises. Ces analyses délicates et très spécifiques sont cruciales pour comprendre la très longue vie de ces molécules appelées « polluants éternels ».

De fait, si on les sait aujourd’hui présents un peu partout, des poêles et casseroles antiadhésives à vos vêtements imperméables, en passant par votre maquillage, vos produits d’entretien, dans l’eau du robinet et jusque dans votre sang, nous savons également, que, comme bon nombre de polluants, la destination finale des PFAS reste souvent les océans.

Certains PFAS étant très mobiles dans les milieux aquatiques, la contamination est continuellement transportée depuis les milieux continentaux jusqu’aux océans, qui agissent comme des réservoirs finaux pour les composés les plus persistants. Les environnements côtiers constituent ainsi des écosystèmes clés pour l’étude du devenir des PFAS dans l’environnement.

Plusieurs PFAS utilisés dans de nombreuses applications pendant un demi siècle, principalement l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), sont également reconnus pour leur omniprésence, leur toxicité et leur capacité à s’accumuler dans les organismes vivants, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. C’est ce qu’on appelle la bioaccumulation.

Ainsi, certains PFAS qui atteignent les mers et les océans peuvent revenir dans notre assiette via la pêche et la consommation de certains crustacés ou poissons. Ces propriétés ont suscité des inquiétudes quant à leurs effets potentiels sur la santé humaine et sur les écosystèmes. Depuis les années 2000, certains PFAS ont donc progressivement été intégrés aux programmes de surveillance environnementale et sanitaire et font désormais l’objet de réglementations internationales. Mais est-ce vraiment suffisant ?

Pourquoi les industries utilisent-elles des PFAS ?

  • Les composés per- ou polyfluoroalkylés sont utilisés depuis les années 1950 pour une multitude d’applications industrielles, domestiques et agricoles, notamment du fait de leur grande stabilité thermique et chimique. Cette remarquable stabilité rend certains PFAS très persistants dans l’environnement, ce qui leur vaut justement le surnom de « polluants éternels ».

La face cachée de l’iceberg

Aujourd’hui, les mesures mises en place ne concernent que quelques dizaines de composés, notamment le PFOS et le PFOA. Pourtant, les PFAS ne se limitent pas à une poignée de molécules bien connues, mais correspondent bien à des milliers de composés de structures variées.

4 PFAS sont aujourd'hui soumis à la réglementation européenne dans l'alimentation, des milliers d'autres ne sont pas concernés.
Quatre PFAS sont aujourd’hui soumis à la réglementation européenne dans l’alimentation, des milliers d’autres ne sont pas concernés.
Fourni par l’auteur

Ainsi, de nombreux PFAS échappent aux analyses ciblées communément réalisées, qui risquent donc de sous-estimer la contamination réelle.

Pourquoi s’intéresser aux organismes marins ?

Au-delà des exigences réglementaires, l’analyse des organismes marins permet d’identifier et de caractériser l’ensemble des composés capables de s’accumuler dans les organismes au fil du temps (bioaccumulables) ou de se concentrer le long de la chaîne alimentaire (bioamplifiables).

Le PFOS, notamment, est généralement présent à des concentrations plus élevées dans les espèces en haut de la chaîne alimentaire, telles que les mammifères marins, que dans les espèces en bas de la chaîne alimentaire, telles que les moules. Il est donc considéré bioamplifiable.

Des analyses qui permettent de voir plus large

Nos travaux menés à l’Ifremer ont permis de rechercher simultanément des centaines de PFAS dans les moules et dans les huîtres de côtes françaises, en mettant en œuvre une méthode analytique de pointe, la spectrométrie de masse à haute résolution. Au total, près de 80 PFAS différents ont été détectés dans ces organismes, incluant des composés connus et réglementés, comme le PFOS et le PFOA, mais également de nombreux autres échappant aux programmes de suivi et à la réglementation.

Ces travaux ont également permis d’identifier des zones fortement contaminées, présentant une grande diversité de PFAS à des concentrations plus élevées : les estuaires de grands fleuves (Seine, Loire et Rhône) et les zones fortement industrialisées, telles que l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône) sur la côte méditerranéenne.

Quelle part représente la face cachée de l’iceberg ?

Les analyses menées ont également révélé que des PFAS non suivis et non réglementés sont parfois présents à des concentrations élevées dans les organismes marins. Parmi eux se trouve le 6:2 fluorotélomère sulfonamide bétaïne (6:2 FTAB), un composé abondamment utilisé dans les émulseurs anti-incendie et largement ignoré dans les programmes de surveillance. Ce composé a été détecté à des niveaux souvent supérieurs à ceux des PFAS connus et réglementés, comme le PFOS.

Les quatre PFAS soumis à la réglementation UE 2023/915 de la Commission européenne (PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS), présentaient des concentrations globalement inférieures aux seuils fixés pour la consommation humaine. Par exemple, dans les moules bleues analysées, ces quatre composés réglementés étaient détectés à des niveaux près de vingt fois inférieurs à la valeur seuil définie par la Commission européenne.

En revanche, lorsque l’ensemble des PFAS détectés était pris en compte, les concentrations totales atteignaient des valeurs plus de 70 fois supérieures à celles du seuil des quatre composés réglementés. Ces résultats révèlent une contamination bien plus importante et complexe que celle des composés sujets à une réglementation et mesurés par les suivis traditionnels.

Est-ce que la face cachée de l’iceberg présente un risque pour l’environnement et l’humain ?

La toxicité de la majorité des composés détectés reste à ce jour inconnue, et il est donc impossible d’évaluer précisément le risque qu’ils représentent pour l’environnement et pour la santé humaine.

En revanche, nous savons que plusieurs des PFAS détectés sont des précurseurs, c’est-à-dire qu’une fois dans l’environnement, ils peuvent se dégrader en d’autres PFAS plus persistants appelés « produits terminaux ». Les composés les plus connus et réglementés sont justement des produits terminaux, tels que le PFOS et le PFOA.

Dans le cadre de nos travaux menés à l’Ifremer, des espèces situées à différents niveaux des chaînes alimentaires du bar européen et de la sole commune provenant de l’estuaire de la Seine ont également été étudiées. Ces espèces comprenaient des coquillages, des crustacés et des poissons.

Les résultats obtenus montrent que les concentrations de ces composés précurseurs ont tendance à diminuer du bas vers le haut de la chaîne alimentaire, tandis que celles des produits terminaux augmentent. Les espèces en haut de la chaîne alimentaire, notamment celles possédant un foie, semblent donc pouvoir dégrader certains précurseurs.

Ces observations mettent en évidence les limites des suivis et des réglementations actuels, qui ne concernent qu’un nombre restreint de PFAS et ne tiennent pas compte des transformations chimiques qui peuvent se produire dans l’environnement et au sein des organismes.

Ces résultats posent également question sur l’exposition de l’humain à travers la consommation de produits de la mer, notamment d’espèces basses dans la chaîne alimentaire, telles que les coquillages qui contiennent des proportions élevées de précurseurs, dont la toxicité est encore peu connue.

Une fois consommés, ces précurseurs non suivis et non réglementés pourraient être dégradés en produits terminaux et donc participer à l’exposition humaine à des PFAS dont la toxicité est avérée, tels que le PFOS. Ainsi, la vision actuelle de la contamination de l’humain et l’environnement par les PFAS, ainsi que les risques associés, reste partielle et bénéficierait de la prise en compte d’un plus grand nombre de substances.

Vers une meilleure gestion des PFAS

Pour permettre une évaluation complète des risques associés aux PFAS dans leur ensemble, il sera donc essentiel à l’avenir de conduire des études écotoxicologiques spécifiques sur ces précurseurs et sur leurs produits de transformation.

En ce qui concerne la réglementation, des évolutions sont en cours. En 2023, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Allemagne ont soumis à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) une proposition visant à réglementer à l’échelle européenne la fabrication, l’utilisation et la vente d’environ 10 000 PFAS. Cette initiative qui a été soutenue par la France illustre un nouveau tournant dans la prise de conscience et la gestion de la contamination par les PFAS dans sa globalité.

The Conversation

Yann Aminot a reçu des financements de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et de la région Pays de la Loire.

Ninon Serre a reçu des financements de l’Ifremer et de la région Pays de la Loire.

ref. Ces PFAS qui échappent à la surveillance environnementale – https://theconversation.com/ces-pfas-qui-echappent-a-la-surveillance-environnementale-278118

Qui veut encore devenir prof ? Ce qu’une approche internationale nous dit de la « crise des vocations » enseignantes

Source: The Conversation – France (in French) – By Fernando Nunez-Regueiro, Chercheur en sciences de l’éducation, Université Grenoble Alpes (UGA)

D’où vient cette crise d’attractivité qui touche les métiers de l’enseignement en France et dans le monde ? Une revue d’études menées dans 18 pays incite à se pencher sur les conditions d’exercice et la reconnaissance d’une profession dont la contribution sociale fait pourtant toujours rêver un nombre non négligeable de candidats.


Alors que de nombreux pays font face à des pénuries d’enseignants, une question revient avec insistance : qui choisit encore d’entrer dans le métier, et pourquoi ? Une revue systématique récente, menée à partir de 39 études qualitatives dans 18 pays, couvrant plus de soixante ans de recherches et 4 700 futurs enseignants, nous permet de dresser un panorama inédit de ces motivations.

Cette étude met en lumière un paradoxe : plus un pays est développé, moins le métier d’enseignant apparaît attractif pour des raisons matérielles ou statutaires, alors même que les besoins en enseignants augmentent. Autrement dit, la « crise des vocations » ressemble moins à un manque d’envie qu’à une crise des conditions d’exercice.

Des motivations d’abord liées au sens du métier

À travers les pays, deux grandes familles de motivations dominent. La première est intrinsèque (environ 41 % des motivations recensées dans la revue). De nombreux candidats évoquent le plaisir d’enseigner, l’intérêt pour une discipline ou le sentiment d’être compétent pour transmettre des savoirs. L’enseignement est perçu comme une activité porteuse de sens, en cohérence avec une identité personnelle.

La seconde est altruiste (19 % des motivations). Les futurs enseignants expriment le désir de contribuer à la société, de travailler avec des enfants ou des adolescents, de favoriser l’égalité des chances ou d’influencer positivement l’avenir des jeunes générations.

Au total, les motivations intrinsèques et altruistes représentent près de 60 % des raisons évoquées pour devenir enseignant. Ces résultats convergent avec de grandes enquêtes internationales : le choix d’enseigner repose d’abord sur l’intérêt pour le métier et sur l’envie de contribuer au bien commun. Autrement dit, devenir enseignant n’est pas, dans la majorité des cas, un simple calcul économique.

Le rôle variable des motivations matérielles

Les raisons extrinsèques d’enseigner (c’est-à-dire la sécurité de l’emploi, la stabilité du revenu, les horaires compatibles avec la vie familiale, le statut social) représentent environ 40 % des motivations dans l’ensemble des études. Mais leur importance varie fortement selon les contextes culturels et historiques.

Dans les pays à niveau de développement intermédiaire, le métier d’enseignant est souvent perçu comme un moyen d’accéder à l’enseignement supérieur, d’obtenir un emploi stable ou de bénéficier d’un statut reconnu (52 % des motivations). Il peut constituer une voie d’ascension sociale ou un choix pragmatique dans un marché du travail contraint. En revanche, dans les pays à haut niveau de développement humain, ces dimensions matérielles sont beaucoup moins centrales (34 % des motivations).

Ce contraste s’explique par un mécanisme structurel. Lorsque l’enseignement supérieur se massifie et que les débouchés professionnels se diversifient (pays fortement développés), l’enseignement n’est plus l’une des rares professions stables accessibles aux diplômés. Il devient une option parmi d’autres. Si, dans le même temps, sa rémunération relative ou son prestige progressent moins vite que ceux d’autres carrières qualifiées, son attractivité diminue en comparaison. Il ne s’agit pas nécessairement d’une dégradation absolue du métier, mais d’un affaiblissement relatif dans un marché du travail plus concurrentiel parmi les diplômés.

Un paradoxe au cœur des systèmes éducatifs

C’est là que l’on peut parler de « paradoxe » des motivations enseignantes. À mesure que les sociétés se développent, la massification scolaire accroît les besoins en enseignants ; mais, dans le même temps, le métier devient relativement moins attractif sur le plan matériel et statutaire. Les systèmes éducatifs se retrouvent alors dans une situation délicate : ils ont besoin d’un nombre croissant d’enseignants, mais ne peuvent plus compter sur l’attractivité comparative du métier pour recruter.

Ce paradoxe pose un défi majeur aux politiques éducatives. Peut-on durablement compter sur la seule « vocation » pour assurer le renouvellement du corps enseignant ?




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La France s’inscrit pleinement dans ce questionnement. Les étudiants engagés dans les parcours de formation enseignante déclarent majoritairement un intérêt fort pour l’enseignement et pour la contribution sociale du métier. Les vocations existent. En revanche, l’environnement de formation et d’exercice peut fragiliser cet engagement.

La formation initiale combine préparation académique, concours exigeants et stages en responsabilité. Cette articulation, dans un système centralisé, est souvent perçue comme lourde et stressante. Les recherches montrent que les étudiants peuvent ressentir un décalage entre les exigences académiques et leur désir concret d’enseigner. Les périodes de stage constituent également un moment critique : charge émotionnelle, gestion de classe, sentiment d’insuffisance, qualité variable du mentorat.




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La question de la reconnaissance joue aussi un rôle central. Le débat public insiste régulièrement sur les difficultés du métier : violences scolaires, perte d’autorité, crise du recrutement. Sans nier ces réalités, cette focalisation contribue à redéfinir symboliquement la profession, mais par la négative. Or le statut social compte. Lorsque le niveau de diplôme requis augmente sans que la reconnaissance matérielle et symbolique suive, un sentiment de déclassement peut s’installer.

Enfin, l’empilement des réformes et la centralisation des décisions peuvent entrer en tension avec les attentes d’autonomie professionnelle. Or les motivations intrinsèques prospèrent dans des environnements où la cohérence institutionnelle et la confiance sont fortes.

En France comme dans de nombreux pays européens, l’enjeu n’est donc pas seulement d’augmenter le nombre de candidats. Il s’agit de restaurer un équilibre entre quatre dimensions interdépendantes : la cohérence de la formation initiale, la qualité de l’accompagnement en stage, la stabilité des politiques d’éducation et la reconnaissance sociale et statutaire du métier. En somme, les vocations existent. Reste à savoir si le système éducatif leur permet encore de s’inscrire dans la durée.

The Conversation

Fernando Nunez-Regueiro ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Non, la France rurale n’est pas un désert culturel

Source: The Conversation – France (in French) – By Fabrice Raffin, Maître de Conférence à l’Université de Picardie Jules Verne et chercheur au laboratoire Habiter le Monde, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Les élections municipales sont terminées, mais un conflit discret persiste dans les campagnes françaises. Il ne porte ni sur l’agriculture ou le prix de l’essence, ni même sur la santé. Il concerne la culture. En effet, sous les radars médiatiques, une tension croissante apparaît autour de la question de ce que doit être l’offre culturelle dans les territoires ruraux.


Ce conflit latent s’est récemment invité dans le débat public à travers le plan « Culture et ruralité » porté par Rachida Dati. Ayant pour enjeu de renforcer l’offre artistique dans les territoires ruraux, ce plan s’inscrit dans la rhétorique désormais bien installée de la lutte contre les « déserts culturels ».

Derrière cette expression plane l’idée qu’une partie du territoire national n’aurait pas accès à la culture et nécessiterait une intervention publique renforcée. Mais cette manière de poser le problème n’est pas neutre.

Elle repose sur une représentation particulière de la culture et sur une lecture implicite des territoires ruraux comme des espaces culturellement déficitaires. Autrement dit, la question n’est pas seulement celle de l’accès à la culture, mais celle de la définition même de ce qui est considéré comme tel.

Aux origines de la notion de « désert culturel »

Pour comprendre cette situation, il faut revenir sur l’histoire des politiques culturelles françaises. Celles-ci se sont structurées autour d’un projet de maillage territorial visant à diffuser les œuvres artistiques sur l’ensemble du territoire. Lorsque André Malraux devient ministre des affaires culturelles en 1959, il affirme l’objectif de permettre la rencontre entre « les grandes œuvres de l’humanité » et le public le plus large possible, tout en précisant que « si la culture existe, ce n’est pas du tout pour que les gens s’amusent ». La création des maisons de la culture participe de cette ambition : rendre accessibles les formes artistiques légitimes, et donc tout à fait sérieuses, mais souvent éloignées des pratiques culturelles existantes et des attentes des publics.

À partir des années 1980, malgré l’affirmation d’une démocratie culturelle plus attentive à la diversité de ces pratiques, la décentralisation renforce néanmoins ce modèle en consolidant un réseau d’institutions :scènes nationales, médiathèques, musées… Ce maillage demeure toutefois largement structuré par les centralités urbaines. Les territoires ruraux apparaissent alors en périphérie de cette organisation, ce qui alimente aujourd’hui la lecture en termes de « désert culturel ».

La culture, bien présente dans les territoires ruraux

Cette lecture mérite cependant d’être nuancée à un double titre. D’une part, les territoires ruraux ne sont pas dépourvus de pratiques culturelles. Sociabilités associatives, fêtes locales, pratiques amateurs ou liées au patrimoine structurent des espaces culturels à part entière, bien que peu reconnus par les acteurs institutionnels. Et ce sont bien des pratiques culturelles, parce qu’elles génèrent cette situation sociale inédite : l’expérience esthétique, fût-elle produite par des formes et des objets (musicaux, plastiques, écrits, visuels, numériques, etc.), des artefacts qui n’appartiennent pas à l’histoire de l’art.

D’autre part, l’action publique elle-même ne se limite pas à l’État. Dans de nombreux territoires ruraux, les communautés de communes jouent aujourd’hui un rôle central dans l’offre culturelle. Elles assurent la gestion d’équipements, soutiennent des programmations, coordonnent des réseaux associatifs et portent des projets à l’échelle intercommunale.

Ces acteurs intermédiaires occupent une position singulière. Ils se situent à la fois en relais et en tension avec les orientations nationales. D’un côté, ils dépendent des arbitrages opérés par les directions régionales des affaires culturelles (Drac), qui continuent de structurer l’accès aux ressources et la légitimité des projets. De l’autre, ils développent des stratégies propres, parfois en complément, en décalage, voire en opposition aux priorités définies à l’échelle nationale. Ce jeu d’ajustements produit des configurations locales hétérogènes, où l’offre culturelle résulte autant d’un modèle descendant que de négociations entre échelles d’action et de rôle des élus à travers, par exemple, les projets culturels de territoires.

Par ailleurs, les campagnes françaises ont profondément changé. Comme l’a montré Jean-Pierre Le Goff, elles sont traversées par des recompositions liées notamment aux mobilités résidentielles et à l’installation de populations issues des classes moyennes urbaines. Ces transformations, particulièrement visibles dans les espaces périurbains, brouillent les frontières entre ville et campagne. Elles introduisent aussi de nouvelles attentes culturelles, portées notamment par ces nouveaux habitants, et parmi eux, ceux que Le Goff appelle les « cultureux », un terme péjoratif qui désigne les dépositaires et tenants de la culture « légitime » venant « de la ville ».

Le risque du malentendu

Dans ce contexte, l’action culturelle peut devenir un vecteur de diffusion de référentiels urbains. Mais ce modèle peut entrer en décalage avec les formes culturelles préexistantes. Certaines pratiques locales restent marginalisées ou invisibilisées. La musique country par exemple, largement plébiscitée et pratiquée (musiques et danses) en milieu rural est totalement absente des politiques culturelles. Le risque est alors celui d’un malentendu : des politiques conçues pour « apporter » la culture dans des territoires où elle existe déjà, mais sous d’autres formes.

Pour autant, les dynamiques actuelles ne se réduisent pas à une opposition entre culture légitime et pratiques locales, ni entre ville et campagne. On observe l’émergence de configurations hybrides : tiers-lieux, collectifs artistiques/habitants ou encore réinventions de formes traditionnelles comme, selon les régions, les comices agricoles, les fest-noz, les carnavals, par exemple . Ces évènements parfois revisités articulent alors création contemporaine, participation habitante et pratiques festives, parfois avec l’appui ou malgré les cadres institutionnels.

Dans ces espaces, la culture devient un lieu de négociation et d’expérimentation, où se recomposent les hiérarchies culturelles et où se vit la communauté locale, bien loin des enjeux artistiques. Les élus y jouent un rôle central, capables d’articuler des logiques institutionnelles, esthétiques et habitantes, tout en composant avec les contraintes des politiques nationales.

Derrière les débats récurrents sur les « déserts culturels », c’est donc moins un manque qu’un problème de cadrage qui se dessine. Ce qui est en jeu, ce n’est pas l’absence de culture, mais la difficulté à reconnaître la pluralité de ses formes et la diversité de ses régimes de légitimité. Les mondes ruraux et périurbains ne sont pas en attente de culture : ils en produisent, selon des modalités qui échappent en partie aux catégories de l’action publique et aux arbitrages centralisés.

The Conversation

Fabrice Raffin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Non, la France rurale n’est pas un désert culturel – https://theconversation.com/non-la-france-rurale-nest-pas-un-desert-culturel-278554

La dernière guerre du Hezbollah ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Hussein Abou Saleh, Docteur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI), Sciences Po

L’entrée en guerre du Hezbollah contre Israël, en représailles à l’assassinat de Khamenei à Téhéran et à la violation continuelle par Tel-Aviv de l’accord de cessez-le-feu de fin 2024, apparaît comme un pari très risqué, dans un contexte où le mouvement chiite libanais est aux abois aux niveaux militaire, politique et financier, et où Beyrouth tente de le désarmer et de reprendre la pleine possession des territoires qu’il contrôle encore.


L’« axe de la résistance » est entré dans une période de profonde transformation à la suite des guerres régionales au Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023. Il est loin d’être en mesure de jouer un rôle stratégique déterminant pour l’issue du conflit israélo-américain en cours contre l’Iran. Alors que la guerre atteint un nouveau paroxysme, deux fronts sont actifs, le Liban et l’Irak, mais un seul prend de l’importance : le Liban.

Les campagnes israéliennes dévastatrices menées depuis 2023 ont révélé les faiblesses et les limites du réseau de supplétifs iraniens, mais ont également souligné leur capacité à résister à la pression. Ces groupes se transforment en insurrections plus ou moins localisées. C’est pourquoi ils sont autant préoccupés par leur propre survie que par celle de la République islamique d’Iran. Leur intervention dans ce conflit relève moins de la stratégie d’« unité des arènes », qui prévoyait une intervention militaire conjointe contre Israël en cas d’attaque contre l’un de ses membres, que de la volonté d’assurer leur propre survie.

Le 28 février, avec l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, âgé de 86 ans, la « ligne rouge » de l’« axe » a été franchie, et le Hezbollah libanais s’est rapidement impliqué dans une guerre avec Israël qui donne au gouvernement Nétanyahou l’occasion de s’attaquer violemment, une fois de plus, à ses structures, déjà largement fragilisées.

Pourquoi le Hezbollah est-il entré en guerre ?

Aux premières heures du 2 mars, le Hezbollah a tiré six roquettes sur le nord d’Israël en représailles à l’assassinat de Khamenei et à la violation persistante par Israël de l’accord de cessez-le-feu annoncé fin novembre 2024, comme indiqué dans sa déclaration écrite. Sa décision de frapper Israël n’était pas nécessairement une démonstration de force ni un signe crédible de sa capacité à dissuader toute agression israélienne, à l’instar des attaques lancées le 8 octobre 2023 en soutien au Hamas à Gaza, mais avant tout une nécessité stratégique pleinement ancrée dans le contexte politique national et régional.

La valeur du Hezbollah, tant en termes de dissuasion que d’influence sur la dynamique régionale, a considérablement diminué depuis le dernier conflit. L’effondrement du régime d’Assad en Syrie a coupé le corridor logistique qui assurait son réapprovisionnement en armes provenant d’Iran et de Syrie, tandis que les effets cumulatifs de la dernière guerre ont encore affaibli ses moyens. En conséquence, sa capacité opérationnelle est désormais fortement réduite. Il reste cependant à déterminer si ces limitations se traduisent par une efficacité réduite sur le champ de bataille.

Après trois semaines de guerre, le Hezbollah poursuit ses attaques quotidiennes contre Israël. Parallèlement, Israël progresse lentement, occupant davantage de territoire et infligeant de lourdes pertes civiles, avec un bilan de plus de 1 072 morts. Plus d’un million de personnes ont été déplacées, ce qui représente près de 20 % de la population du Liban. Les bombardements ont forcé des milliers de familles à fuir vers des zones plus sûres ou à se réfugier dans des bâtiments publics, comme les écoles. Les frappes aériennes israéliennes ont gravement endommagé ou détruit plusieurs ponts stratégiques sur le fleuve Litani, isolant ainsi le sud du Liban du reste du pays. Cette campagne vise à créer une zone tampon et à couper les lignes de ravitaillement du Hezbollah. Une stratégie visant à raser ce qui reste des villages du sud semble être mise en œuvre, comme on peut le constater à Khiam.

De plus, la base sociale du Hezbollah continue de subir les lourdes conséquences des destructions et des pertes considérables subies lors de la guerre de 2023, ce qui limite sa capacité de rétablissement rapide et de mobilisation durable.

La décision du Hezbollah d’entrer en guerre a pris une grande partie du Liban au dépourvu. Depuis l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, le Hezbollah avait fait preuve de ce que les analystes ont qualifié d’extrême retenue face à la pression croissante de l’État libanais pour obtenir son désarmement et aux violations incessantes de l’accord par Israël, qui ont entraîné la mort d’environ 350 membres du Hezbollah et d’environ 150 civils.

En réalité, deux facteurs majeurs ont façonné le comportement du Hezbollah jusqu’au début du conflit actuel. D’une part, il s’est concentré sur sa reconstruction organisationnelle et militaire après les graves revers subis lors de sa dernière guerre, à partir du 8 octobre 2023. D’autre part, l’ensemble de l’échiquier politique libanais faisait pression sur lui afin qu’il ne s’implique pas dans de futurs conflits. C’est pourquoi, de concert avec le reste de « l’axe de la résistance », il a choisi de ne pas intervenir lors des douze jours de frappes israéliennes contre l’Iran en juin 2025.

Au niveau national, le Hezbollah s’est retrouvé de plus en plus isolé. Le gouvernement, en coopération avec les Forces armées libanaises et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), et conformément à l’accord de cessation des hostilités, est parvenu à éliminer toute présence militaire du Hezbollah des zones situées au sud du fleuve Litani, jusqu’à la frontière israélienne, et à démanteler une grande partie de ses infrastructures militaires. Il a également pris des mesures, dans le respect des contraintes politiques existantes, pour endiguer les activités et organisations financières illégales liées au Hezbollah. Ces mesures comprenaient notamment l’interdiction faite au secteur financier libanais d’avoir toute relation, directe ou indirecte, avec des entités non agréées et soumises à des sanctions internationales, ce qui a considérablement affecté les finances du Hezbollah. D’autres mesures ont consisté à appliquer la réglementation en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et à renforcer les contrôles aux frontières et aux douanes afin de limiter les flux financiers illicites.

Ces mesures ont fortement réduit la capacité du Hezbollah à maintenir son système traditionnel de soutien social, notamment à indemniser les communautés touchées et à financer la rénovation ou la reconstruction d’après-guerre. Sa base de soutien s’est ainsi retrouvée prise en étau entre un État financièrement incapable de financer la reconstruction, une communauté internationale réticente ou incapable de fournir une aide financière suffisante et un parti confronté, pour la première fois, à des efforts soutenus visant à restreindre ses ressources financières et à limiter la libre circulation de ses stocks d’armes. Si le Hezbollah est parvenu à s’adapter partiellement et à contourner certaines de ces contraintes, leur impact n’en a pas moins été visible et leur portée politique manifeste.

Par ailleurs, la répression institutionnelle libanaise contre le Hezbollah était à son comble lorsque ce dernier a lancé l’attaque contre Israël. Ainsi, à la mi-février 2026, le gouvernement a exhorté les Forces armées libanaises à mettre en œuvre un second objectif stratégique : le démantèlement de l’infrastructure militaire du Hezbollah au nord du fleuve Litani. Selon ses estimations, l’armée libanaise aurait besoin d’au moins quatre mois pour achever cette seconde phase.

Si le Hezbollah avait acquiescé à la mise en œuvre du premier objectif au sud du Litani, conformément à son interprétation de l’accord de cessez-le-feu, il a catégoriquement rejeté cette seconde étape, la qualifiant de « grave faute ». En réponse, les Forces armées libanaises ont appelé tous les acteurs politiques à la prudence, compte tenu de la sensibilité de la situation et des risques de guerre civile liés à cette phase.

Ajoutons que le mécontentement de la base sociale du mouvement s’est accru en raison de l’absence de tout effort de reconstruction, des nombreuses violations du cessez-le-feu et de l’impossibilité pour certains de retourner dans leurs villages ou de prendre l’initiative de reconstruire leurs maisons. C’est dans ce contexte national que le Hezbollah a décidé de frapper Israël, quitte à s’exposer à une réplique dévastatrice.

Cela distingue son engagement militaire actuel des opérations précédentes, ce qui amène les analystes à conclure qu’il pourrait s’agir de la dernière guerre du groupe, dans laquelle il a décidé de jouer toutes ses cartes.

La réaction du gouvernement libanais

Quelques heures après l’attaque contre Israël, le gouvernement libanais a pris une mesure radicale en interdisant toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah au Liban, les déclarant formellement illégales et limitant juridiquement son action à la sphère politique.

Le premier ministre a réaffirmé l’engagement du Liban envers l’accord de cessez-le-feu et a mobilisé l’armée pour prévenir toute attaque provenant du territoire libanais. Bien que cette décision politique soit dépourvue de mécanisme d’application, elle n’en demeure pas moins significative, car elle a été approuvée par le mouvement Amal, allié politique de longue date du Hezbollah.

Peu après, plusieurs individus se rendant au Sud-Liban et se présentant comme membres du Hezbollah ont été arrêtés en possession d’armes, notamment des roquettes et des grenades. Ces arrestations ont démontré la détermination du gouvernement à faire respecter l’interdiction des activités militaires et sécuritaires du Hezbollah et à réaffirmer l’autorité de l’État sur les armes et la sécurité au Liban.

En résumé, le gouvernement a, de fait, mis fin à une ère où les calculs politiques primaient et permettaient de considérer le Hezbollah comme un groupe de résistance, ou comme un élément d’une formule politico-sécuritaire libanaise appelée « L’armée, le peuple et la résistance », qui légitimait son statut armé aux côtés des forces armées libanaises.

Une paix introuvable ?

Alors que la guerre se poursuit sans relâche au Liban, le gouvernement et le président de la République ont tenté de lancer une initiative visant à engager des pourparlers directs avec Israël, brisant ainsi des tabous politiques de longue date qui, jusqu’alors, auraient pu anéantir toute carrière politique dans le pays.

Cette initiative s’est soldée par un échec, tant au niveau national que régional. Le président du Parlement a refusé de nommer un représentant chiite, conditionnant cette nomination à un cessez-le-feu et au retour des personnes déplacées. Le Hezbollah, par la voix d’un haut responsable de son bureau politique, a condamné l’initiative, la qualifiant de « trahison de la résistance » et soulignant que « l’État ne peut faire aucune promesse sans l’approbation de la résistance [c’est-à-dire du Hezbollah] ».

Par ailleurs, Israël a rejeté la proposition libanaise d’un cessez-le-feu d’un mois, période durant laquelle des pourparlers directs auraient été entamés, jugeant cette proposition « insuffisante et tardive » et préférant poursuivre la guerre tout en consolidant et, potentiellement, en étendant sa zone tampon établie lors du précédent conflit.

Dans ce conflit, le Hezbollah a démontré sa capacité à freiner l’avancée de l’armée israélienne et à limiter ses opérations. Mais, malgré un certain regain du prestige militaire perdu lors du précédent conflit, il n’a jusqu’à présent réalisé aucun gain stratégique. On ignore encore si le groupe parviendra à rétablir l’équilibre de dissuasion antérieur le long de la frontière israélo-libanaise, ou du moins à annuler les gains stratégiques israéliens acquis lors de la précédente guerre. Selon son secrétaire général, le cheikh Naïm Ghassem, la guerre en cours est « une bataille existentielle ».

De leur côté, des responsables iraniens ont déclaré que tout accord de cessez-le-feu impliquant Téhéran inclurait également le front libanais, signifiant ainsi que le Liban et le Hezbollah ne seraient pas mis à l’écart. Des tracts israéliens ont été largués au-dessus de Beyrouth, porteurs d’un avertissement explicite : « Face au succès retentissant à Gaza, le journal “La Nouvelle Réalité” arrive au Liban. » Ce message évoque l’offensive israélienne de deux ans contre Gaza comme un modèle de ce que le Liban pourrait connaître.

Quelle que soit la suite des événements, une chose est sûre : le Hezbollah semble avoir atteint un point de non-retour dans ses relations avec les autres acteurs politiques libanais. Une bataille politique encore plus ardue attend le Hezbollah sur le plan intérieur, alors qu’il s’efforce de convaincre les autres que le désarmement n’est pas une option.

The Conversation

Hussein Abou Saleh ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La dernière guerre du Hezbollah ? – https://theconversation.com/la-derniere-guerre-du-hezbollah-279118

Development finance in Africa: economist explains how private savings could be unlocked

Source: The Conversation – Africa – By Florian Léon, Chargé de recherche, Fondation pour les Etudes et Recherches sur le Développement International (FERDI); Chercheur associé au CERDI (UMR UCA-CNRS-IRD), Université Clermont Auvergne (UCA)

Africa holds abundant private savings, but much of it remains informal. As a result, its contribution to development financing is limited.

Researcher Florian Léon is one of the authors of a recent report on the potential of the “Caisse de dépôt” model – a financial management framework designed for long-term investment that bridges the gap between public funds and economic development. We asked him how this kind of public savings and investment fund could capture and channel these resources into productive investment, alongside development banks.

He outlines the institutional barriers, the reforms needed, and the paths forward for mobilising both local and diaspora savings.


What’s the main obstacle to mobilising private savings for development finance in Africa?

First, we need to separate two distinct issues: mobilising private savings; and directing those savings to development financing. African economies have untapped potential on both fronts.

Africa does not lack savings. World Bank data show that household saving rates in the continent are broadly similar to other regions. However, only a small share of these savings is formalised in Africa. Households often prefer informal saving methods, such as hoarding cash.

There are a variety of reasons for this. They range from the cost of using banking services (such as opening an account), to a lack of trust in banks. As a result, much of these savings remains outside the financial system and can’t be put to work for African economies.

That said, even private savings that flow through the banking system rarely fund development in Africa. African commercial banks are often reluctant to grant loans to new clients. Among many factors, financial intermediaries see lending as unprofitable or too risky.

Africa therefore faces a twofold challenge. The continent needs to mobilise more savings and also make better use of the resources already in the financial system.

Our report highlights that if Africa as a region were to catch up with the average developing country in these two areas, it could unlock an additional 10% of the continent’s gross domestic product (GDP) per year.

How do funds like this differ from development banks when it comes to long-term investment?

National development banks and Caisses de dépôt share a common mission. Both aim to finance development and support long-term strategic projects.

The differences between them lie in how they operate. Development banks borrow at low rates. They borrow either on the markets or through loans from other development banks (World Bank, African Development Bank). They then lend at better terms than those available on the market (in terms of rate, duration, or amount).




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Caisses de dépôt collect private third party funds. These include consignments (funds deposited for temporary safekeeping before restitution, such as prisoners’ savings or unclaimed funds), mandatory deposits, or a portion of regulated savings. They use part of these resources to invest in domestic companies through equity investments. Some of the largest institutions also provide loans.

In short, a fund like this channels domestic private savings into development projects. As for development banks, they rely mainly on borrowed funds – often from external sources.

These two institutions complement each other, as they mobilise different resources and financing tools.

It should be noted that in some countries, including France, Italy and Mauritania, public savings and investment institutions also act as national development banks.

What reforms could make them more effective?

Caisses de dépôt in Africa face a basic problem. They struggle to access the funds they are supposed to manage, such as legal professional deposits or pension reserves. Without them, these can’t play a meaningful role in financing the economy. This situation reflects a lack of political support, depositor mistrust and the reluctance of financial intermediaries (banks) to transfer their resources. Our report identifies three priorities to fix this.

  • First, these institutions must build trust with stakeholders, including governments, depositors and financial institutions. This requires strong legal frameworks, sound governance and transparency. They must demonstrate that funds are secure and properly managed.



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  • Second, they must broaden their funding base. This involves having a frank discussion with the depositors and custodians of these resources and with the state, which must provide backing. They can then diversify their resources, for instance by developing regulated savings tools.

  • Finally, when they have sufficient resources, they can step up as development finance actors. However, they should focus on filling market gaps rather than competing with existing financial intermediaries.

In addition, they can support the development of local financial systems by helping grow segments such as private equity.

How can informal savings and diaspora savings be better harnessed to finance development?

There is no silver bullet, but some lessons can be learned from past experiences. As early as the 1800s, European countries created innovative solutions to offer savings products to the “working population”. By offering liquid, safe savings options backed by the state and providing returns, financial inclusion expanded significantly.

That same formula explains the success of products such as livrets A in France or postal bonds in Italy.

African countries can draw on these models. The practical details must be adapted to the local context, especially to target people living far from urban centres. Digital solutions and mobile money networks could help. If such products existed and were accessible, they could increase the formalisation of public savings.




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Mobilising funds from the diaspora raises different challenges. The amounts involved are significant (African diaspora savings are estimated at nearly US$35 billion) and some of these Africans living elsewhere in the world are willing to invest back home. However, mobilising these savings is more complex for various reasons. The diaspora may be spread across many countries. Each group may require tailored solutions that comply with regulations and offerings in host countries.

Currency risk adds another layer of complexity. Diaspora members earn and save in foreign currencies (dollars, euros), but their savings end up in their home country’s currency, which can be weaker and lose value over time. On top of that, diaspora members have different expectations. The offer must be carefully designed to match their preferences.

Efforts are already underway. DiasDev by Expertise France, for example, is working with several African Caisses de dépôt to overcome these challenges. But turning diaspora savings into a real engine for development finance will take time.

The Conversation

Florian Léon works for the FERDI and realized a study financed by Caisse des dépôts et consignations (France) for the Forum of the Caisses de dépôt.

ref. Development finance in Africa: economist explains how private savings could be unlocked – https://theconversation.com/development-finance-in-africa-economist-explains-how-private-savings-could-be-unlocked-277204

AI-driven border surveillance is spreading across west Africa. What this means for migrants’ rights

Source: The Conversation – Africa (2) – By Philippa Osim Inyang, Senior Researcher, Nigerian Institute of International Affairs

Digital surveillance at borders in Africa is at an all time high. Wikimedia Commons, CC BY

West Africa as a region has long had one of the most mobile populations in the world. Since 1979, the Economic Community of West African States (Ecowas) has allowed citizens of its member states to travel freely across borders without visas.

This freedom of movement has helped support regional trade, labour mobility and social ties. But a technological shift is changing how borders operate, with important implications for human rights.

Across west Africa, governments are introducing biometric identification systems, facial recognition cameras and artificial intelligence tools at airports and land borders.

As a researcher in international law, human rights and technology governance, I recently published a study on these developments. In it I argue that the growing use of AI-driven border surveillance risks undermining migrants’ rights. It is weakening data protection and placing pressure on the region’s commitment to free movement.

These systems promise to help governments combat terrorism, human trafficking and irregular migration. However, they also raise serious questions about privacy, discrimination and the future of free movement in the region.

The rise of ‘digital borders’

In the past, borders in west Africa were often lightly controlled. Many crossing points lacked sophisticated equipment. Regional mobility relied largely on trust and travel documents. This is rapidly changing.

In the past ten years, governments have turned to technology to strengthen border security and identification. They use surveillance tools like cameras and digital systems that monitor, track and record people’s movements.

Border posts are being upgraded with biometric scanners, centralised databases and automated border management systems. Nigeria, for example, now issues biometric passports. Residents have to register for national identification numbers that store fingerprints and facial data. Immigration authorities have also introduced biometric screening at major airports and land borders.

Artificial intelligence systems can analyse travel data and flag suspicious patterns. This helps authorities detect fraudulent documents or potential security threats. But these technologies also create “digital borders”: systems where access to a country depends not only on physical checkpoints but also on data stored in digital databases.

Europe’s influence on African border technology

The expansion of digital border systems in west Africa is not happening in isolation. European migration policy has played an important role. Over the past decade, the European Union has tried to control migration before migrants reach European territory. This strategy is often called “migration externalisation”. It involves funding border control initiatives in the countries that the migrants come from or travel through.

Through programmes such as the EU Emergency Trust Fund for Africa, European institutions have funded control systems across west Africa. These projects are often presented as development assistance to improve governance.

But they also serve another purpose. They help European governments identify and deport migrants who reach Europe by verifying their nationality using biometric data collected in their home countries. Critics argue that this shifts Europe’s border enforcement into Africa.

Nigeria and Niger show two different paths

The impact of these technologies can be seen clearly in two countries: Nigeria and Niger. In this study, I found that Nigeria has gradually introduced biometric and digital technologies into its immigration system. These tools help modernise border management, but they also raise concerns about how data is collected, stored and shared. Nigeria has adopted data protection laws to regulate personal information, but enforcement remains uneven. Migrants may have limited ability to challenge how their biometric data is used.

Niger presents a different story. For years, the country was a key transit point for migrants travelling through the Sahara towards north Africa and Europe. Under pressure from the European Union, Niger adopted strict anti-smuggling laws in 2015 and expanded surveillance of migration routes. But in 2023, after a military coup, the new government repealed those laws and distanced itself from European migration policies. The decision reopened migration routes.

Risks for privacy and migrants’ rights

AI tools can improve efficiency and strengthen border management, but they also introduce new risks. One major concern is privacy.

Biometric data, including fingerprints and facial scans, is highly sensitive. Once collected, it can be stored indefinitely and shared across multiple databases. Migrants have little information about how their data will be used or whether it might be shared with foreign governments.

Another concern is algorithmic discrimination. AI systems used in border control rely on historical data to identify patterns. If past enforcement targeted certain nationalities or ethnic groups, those biases can become embedded in automated decision-making systems. This may lead to some travellers being flagged for additional screening or denied entry.

Finally, digital border systems can weaken the Ecowas free movement regime if they are used to restrict mobility rather than facilitate it.

Why are regional rules needed?

West Africa already has legal frameworks that could help regulate these technologies.

The 1979 Ecowas Protocol on Free Movement guarantees the right of movement to citizens of member states. The African Charter on Human and Peoples’ Rights also protects freedom of movement and prohibits discrimination. But existing laws were written before the rise of artificial intelligence and biometric surveillance. Without updated regulations, governments may adopt powerful surveillance tools without adequate safeguards.

Ecowas has an opportunity to develop regional guidelines on AI and border governance. This could build on frameworks such as the African Union’s Continental Artificial Intelligence Strategy and the G20 AI Principles. These could include rules on data protection, transparency in algorithmic decision-making and independent oversight of surveillance systems. Similar safeguards are already being put in place elsewhere, like the European Union’s Artificial Intelligence Act.

Artificial intelligence is likely to play an increasing role in border management worldwide. The question is not whether west Africa will adopt these technologies, but how they will be governed. The region is well placed to develop a model centred on human rights.

The Conversation

Philippa Osim Inyang does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. AI-driven border surveillance is spreading across west Africa. What this means for migrants’ rights – https://theconversation.com/ai-driven-border-surveillance-is-spreading-across-west-africa-what-this-means-for-migrants-rights-278552

Des personnels soignants se mobilisent pour défendre l’hôpital public

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ludivine Perray-Redslob, Professeure associée en comptabilité, EM Lyon Business School

Funérailles symboliques, minutes de silence, déclarations d’amour… au cours des dernières années, face à l’érosion de l’hôpital public, de nombreux soignants ont eu recours à des formes de mobilisations originales qui mettent en scène la mort et l’amour. Une manière de rappeler que le soin n’est pas une marchandise mais un pilier de la société.


Insuffisance des moyens, pénurie de personnel, violence aux urgences, fermeture de lits et épuisement professionnel des équipes soignantes… les signaux d’alerte se multiplient au sein de l’hôpital public français depuis la mise en œuvre des réformes relevant du « nouveau management public ».

En janvier dernier, les urgences de l’hôpital de Rennes (Ille-et-Vilaine) se sont mises en grève suite à la mort de deux patients qui attendaient sur des brancards. À Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le même mois, une patiente en attente d’une place aux urgences est décédée avant d’avoir pu être prise en charge. Le 8 janvier 2026, la ministre de la santé Stéphanie Rist a, quant à elle, fait état d’une « tension dans tous les services d’urgences ». Tous ces faits illustrent l’actualité du problème.

Pourtant, depuis 2019, face à ces situations répétées, deux collectifs de personnels soignants – le Collectif Inter-Urgences et le Collectif Inter-Hôpitaux – alertent sur les conséquences humaines de ces politiques de santé fondées sur la rentabilité, en investissant l’espace public ainsi que les réseaux sociaux.

Nous avons mené une enquête pendant quatre années sur ces deux collectifs et avons collecté des textes, des chansons, des clips, des photographies, des vidéos, des dessins, produits par les soignants eux-mêmes ou relayés par ces collectifs sur les réseaux sociaux. Dans leurs revendications, les soignants mobilisent la mort et l’amour comme des langages politiques pour interroger notre rapport collectif au soin, au service public et à la solidarité.

« Faire mourir » symboliquement l’hôpital pour alerter

Des cercueils portés dans la rue, des cortèges funéraires, des minutes de silence organisées devant les établissements : à première vue, ces scènes peuvent surprendre. Pourquoi « enterrer » symboliquement l’hôpital public alors même que les soignants se battent pour le sauver ? Parce que la symbolique de la mort agit comme un électrochoc. En mettant en scène la mort de l’hôpital, les soignants cherchent à provoquer une prise de conscience : sans réaction collective, ce pilier essentiel de notre société risque de disparaître. Ces rituels de deuil donnent une forme visible à un processus lent et souvent invisible : l’érosion progressive du service public de santé.

La mort permet aussi de rappeler une évidence que les logiques comptables tendent à faire oublier : l’hôpital est une infrastructure vitale. Nous en dépendons tous, un jour ou l’autre. En ce sens, la mort n’est pas seulement une fin ; elle devient un langage politique pour dire l’urgence d’agir.

Exposer la vulnérabilité des soignants

Les mobilisations ne portent pas uniquement sur l’institution hospitalière. Elles rendent aussi visibles les corps de celles et ceux qui y travaillent. Lors de certaines actions, des soignants simulent leur propre mort dans l’espace public, allongés au sol, une seringue symboliquement pointée vers leur tête. D’autres mettent en scène l’asphyxie, pour dénoncer des conditions de travail devenues étouffantes.

Ces images sont fortes, parfois choquantes. Elles disent pourtant une réalité largement documentée dans certains services : surcharge de travail, impossibilité de prendre des pauses, accélération du temps, tension de valeurs, souffrance psychique, burn out, voire suicides. En exposant leur vulnérabilité, les soignants rompent avec l’image héroïque, mais dangereuse, du personnel soignant animé par une vocation qui dépasserait leurs besoins physiologiques, psychiques et humains.




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Ils rappellent ainsi que ceux qui prennent soin ont eux aussi besoin d’être protégés et que, lorsque la santé au travail des soignants se dégrade, les patients en subissent les conséquences.

Déclarer son amour à l’hôpital public

À côté de ces mises en scène de la mort, un autre symbole traverse les mobilisations : l’amour. Banderoles proclamant « J’aime mon hôpital », post-it en forme de cœur collés sur les murs, lettres adressées à l’hôpital public à la manière de déclarations amoureuses… Les soignants ont invité les citoyens à exprimer leur attachement à cette institution. Cet amour n’a rien de naïf. Il est profondément politique. En déclarant leur amour à l’hôpital public, les citoyens affirment que le soin ne se réduit pas à une prestation marchande. Ils rappellent que l’hôpital incarne des valeurs de solidarité, d’égalité et d’attention aux plus vulnérables.

L’amour devient alors un acte de résistance : aimer l’hôpital public, c’est refuser qu’il soit géré uniquement selon des critères de rentabilité.

Une responsabilité collective

Ces mobilisations esquissent une éthique de la vie et de la mort, dans laquelle le soin est pensée comme une responsabilité collective, reposant à la fois sur des infrastructures publiques et sur des relations humaines qui reconnaissent nos vulnérabilités et notre interdépendance universelle. Les gestes d’amour, de solidarité et de compassion mis en avant dans les mobilisations rappellent que le soin n’est pas seulement un acte technique, mais une relation humaine fondée sur l’attention portée aux autres.

L’éthique de la vie et de la mort pensée dans ces mobilisations consiste aussi à faire du soin une affaire publique. C’est-à-dire à s’engager collectivement à rendre visible ce qui est habituellement rendu invisible : les corps vulnérables, les situations indignes, la mort progressive de l’hôpital public.

La crise de l’hôpital public n’est pas seulement un problème de gestion. Elle pose une question fondamentale : quelle place voulons-nous donner au soin dans notre société ? Acceptons-nous que certaines vies valent moins que d’autres, faute de moyens ? Ou considérons-nous le soin comme un bien commun, à préserver collectivement ?

En mobilisant la mort et l’amour, les soignants invitent la société à réfléchir aux conditions nécessaires à une vie digne d’être vécue et à ce que nous sommes prêts à engager pour préserver ces conditions de vie.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Des personnels soignants se mobilisent pour défendre l’hôpital public – https://theconversation.com/des-personnels-soignants-se-mobilisent-pour-defendre-lhopital-public-278148

Dans les villages de montagne, ces résidences secondaires qui pèsent sur les élections

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lucie Bargel, Politiste, enseignante-chercheuse, Université Côte d’Azur

Un village de montagne dans les Alpes-Maritimes. Dans certaines vallées de ce département, les résidences secondaires peuvent représenter jusqu’aux deux-tiers des logements dans les plus petits villages. Jpchevreau, CC BY

Contrairement aux idées reçues, le lieu de résidence ne correspond pas toujours au lieu de vote. Une enquête ethnographique montre la présence continue d’électeurs et d’électrices, de votant·es et d’élu·es non résident·es dans les petites communes de montagne.


Les personnes qui ne résident pas toute l’année dans une commune mais qui y paient des impôts peuvent s’y inscrire sur les listes électorales, voter et être élues. Et elles sont nombreuses à le faire dans les petites communes françaises, en particulier en montagne.

Comment expliquer cette volonté de voter ailleurs que sur son lieu de résidence principale ? Quels débats crée cette présence d’électeurs mobiles ?

En France, il est possible d’être inscrit sur les listes électorales, de voter et d’être candidat ou candidate dans un village dont où l’on ne réside pas. L’Insee définit la résidence principale, celle où l’on est recensé, comme celle dans laquelle on passe le plus de temps. La situation la plus fréquente est de figurer sur les listes électorales de cette commune de résidence principale. Mais le Code électoral prévoit qu’on peut aussi demander à s’inscrire sur les listes électorales d’une commune dans laquelle on est né·e, dans laquelle on a précédemment résidé, dans laquelle vivent nos parents si on a moins de 26 ans, ou dans laquelle on paie des impôts sur une résidence secondaire ou une entreprise, par exemple.

Dans les villages ruraux, et en particulier dans ceux qui comptent de nombreuses résidences secondaires, cette option légale a des effets très concrets.

Enquête ethnographique dans les Alpes-Maritimes

Dans mes travaux, je me suis d’abord intéressée à une vallée montagnarde des Alpes-Maritimes, où les résidences secondaires peuvent représenter jusqu’aux deux tiers des logements dans les plus petits villages. Et ces « résident·es secondaires » ne sont pas indifférents à la vie politique locale : on trouve dans ces villages plus de personnes inscrites sur les listes électorales que de personnes recensées par l’Insee, et même, régulièrement, plus de votes exprimés que de personnes recensées. Ceci est particulièrement fort pour les élections municipales : cela veut dire que les résident·es « secondaires » sont des personnes qui participent à la vie sociale de la commune, qui connaissent personnellement les candidat·es, et qui sont ainsi incitées à participer aux élections autant que les résident·es permanent·es.

Cette incitation à participer commence au moment de s’inscrire sur les listes, en amont de l’élection. Au mois de décembre de l’année précédente (au moment de mon enquête, désormais six semaines avant), les candidat·es aux élections municipales du mois de mars suivant profitent de la période des vacances et des réunions familiales au village d’origine pour tenter de convaincre les personnes attachées au village de s’y inscrire, et d’y voter ou d’y faire une procuration. La campagne se poursuit, au-delà des quelques réunions officielles, dans le cours des rituels sociaux ordinaires liés aux évènements familiaux, naissances, décès, etc. (comme l’a montré Jean-Louis Briquet en Corse) qui dans ce cas ont lieu tant de visu qu’à distance, par téléphone, ou bien pendant les week-ends.

Nombre de ces résident·es secondaires sont en effet présents régulièrement au village. Le caractère montagnard de ces derniers est important : même s’ils ne sont pas très éloignés, « à vol d’oiseau », des grandes villes voisines, le fait que ces trajets aient lieu sur des routes de montagne, où l’on ne peut rouler vite et où les dégâts sont fréquents, empêche ces « originaires » d’être des « pendulaires » qui effectuent le trajet pour aller travailler chaque jour. Plutôt, dans cette vallée, ils et elles partent le lundi matin et reviennent le vendredi soir. À leurs yeux, ils habitent au village.

Une constante depuis le la moitié du XXᵉ siècle

À partir de cette première enquête ethnographique, j’ai élargi la focale temporelle et géographique. Dans cette vallée, la présence d’électeurs et d’électrices « en trop » par rapport aux résident·es recensé·es est une constante depuis la moitié du XXᵉ siècle (et sans doute avant mais l’on ne dispose pas des chiffres). De même, avec Baptiste Coumont, nous avons comparé systématiquement les chiffres du recensement et ceux des listes électorales et constaté que cette extra-inscription concerne toutes les zones de montagne françaises.

Ces résultats ne sont pas très étonnants si on sait que les montagnes sont, structurellement, des lieux de migrations temporaires, adaptées aux spécificités du territoire et du climat. Pendant les mois d’hiver, contraints à l’inactivité, les montagnards descendent occuper des emplois peu qualifiés dans les plaines, et remontent ensuite au village. L’activité pastorale est elle-même structurée par cette mobilité entre différentes altitudes selon les saisons. Les villages de montagne ont donc toujours été composés de personnes mobiles, se considérant comme appartenant au village même sans y être présentes en permanence.

Si aujourd’hui la présence de ces résident·es « secondaires » sur les listes électorales est légale, elle n’est pas sans contestations. Certain·es résident·es permanent·es voient d’un mauvais œil l’influence des « vacanciers » sur les choix politiques de la commune. Les résident·es secondaires sont attaché·es au village précisément parce qu’il constitue une forme de « refuge » par rapport à la ville où elles résident le reste du temps, ils viennent y chercher de l’espace, du calme, de la tranquillité, dans certains cas un lien avec des « traditions » qui prennent la forme de manifestations pendant les week-ends et les mois d’été.

Pour leur part, les permanent·es sont souvent prêt·es à renoncer à une partie du « calme » de leur quotidien en faveur de plus d’activités économiques, de commerces, d’emploi, etc. Et peuvent voir d’un mauvais œil le fait que des citadins, ayant accès à plus de ressources et à de meilleurs emplois, prétendent aussi participer aux choix politiques du village. On peut se demander quelle traduction politique trouvent dans les urnes ces différents rapports au territoire.

Usages non électoraux du vote

Ces pratiques d’inscription sur les listes électorales et de participation aux élections dans son village « d’origine » plutôt que dans son lieu de résidence permanent éclairent aussi l’existence d’usages non électoraux du vote. Voter, ce n’est pas (seulement) exprimer une opinion politique abstraite, rationnelle, séparée du reste de la vie. En France, une série d’enquêtes collectives s’intéresse, depuis 15 ans, au façonnage des pratiques électorales par les relations sociales. Dans mes recherches, je m’intéresse au fait que ces relations sociales n’ont pas nécessairement lieu dans un seul et même endroit.

Les « émigré·es » au sens large, les personnes qui ont changé de pays, mais aussi celles qui ont quitté leur village pour étudier ou occuper de meilleurs emplois, ou encore celles qui continuent de revenir régulièrement dans leur village familial même si elles n’y sont pas nées, peuvent préférer participer à la vie politique de ce lieu investi affectivement. Dans leur cas, le vote sert à manifester cette appartenance sans résidence permanente, et le lieu du vote est au moins aussi important pour les personnes que son contenu.

The Conversation

Lucie Bargel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dans les villages de montagne, ces résidences secondaires qui pèsent sur les élections – https://theconversation.com/dans-les-villages-de-montagne-ces-residences-secondaires-qui-pesent-sur-les-elections-279344

Vendeurs de drogue sur le « darknet » : des entrepreneurs très bien organisés

Source: The Conversation – France in French (3) – By Camille Roucher, Doctorant contractuel en sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine

Techniques marketing, visibilité, e-réputation… À rebours de l’image d’un darknet obscur où tout serait permis, une enquête révèle un commerce de drogue structuré, similaire aux grandes plateformes de vente en ligne, comme Amazon et Vinted. Color4260/Shutterstock

Une immersion de quatre ans dans le darknet révèle la façon dont les vendeurs de drogue et les administrateurs de marchés noirs parlent de leur activité, à travers des témoignages exclusifs. Loin de la représentation chaotique qui est habituellement faite de cette partie invisible d’Internet, ils se décrivent comme des entrepreneurs et démontrent le caractère ultra organisé du trafic de drogues.


« Je suis un businessman. »

C’est ainsi que Joshua, vendeur de drogues sur le darknet, décrit son activité.

Accessible grâce à des navigateurs anonymisants, comme TOR, le darknet est une partie d’Internet invisible aux moteurs de recherche classiques. L’anonymat qu’il offre permet d’accéder à des services non censurés, parfois illégaux. Longtemps décrit comme un espace anarchique, qui serait empreint de violence et hors de tout contrôle, il bénéficie depuis peu d’un intérêt nouveau et plus nuancé de la part des médias.

Aujourd’hui encore, il est majoritairement connu pour ses marchés clandestins de hack (vol de données), de drogues et d’armes.

Après avoir mené une enquête en immersion pendant quatre ans sur ces marchés noirs, ils apparaissent comme étant très structurés. Et l’imagerie utilisée par les trafiquants ressemble moins à celle du crime qu’à celle du monde de l’entreprise. Comprendre que le commerce de drogue sur le darknet mime les aspects d’entreprises légales offre des perspectives inédites pour réfléchir à la régulation et à la prévention des comportements numériques à risques.

Par souci de confidentialité, les identités des témoins ont été modifiées.

Parler de clients, de qualité et de réputation

L’attention portée aux clients et à leur satisfaction est au cœur de l’activité des vendeurs sur le darknet.

Travis témoigne de sa stratégie de vente en expliquant :

« J’essaie d’offrir la meilleure expérience possible aux clients potentiels et à leurs parties prenantes, y compris leur famille et leurs amis. »

Lorsque Travis emploie ces mots pour décrire son activité sur le darknet, il mobilise un vocabulaire issu du marketing ou du management. Rien, dans cette formulation, ne renvoie explicitement à l’illégalité de son activité. Il est question d’« expérience client », de « parties prenantes », de satisfaction et de réputation.

Sur le darknet, les vendeurs parlent régulièrement de leurs clients, de la qualité des produits proposés et de leur réputation. Ces éléments sont centraux, car les plateformes reposent sur les mêmes systèmes d’évaluation publics qu’eBay ou Amazon. Les acheteurs laissent des notes et des commentaires, parfois de façon très détaillée. Ces avis conditionnent les algorithmes des marchés, chargés de mettre en avant les meilleurs vendeurs et leurs produits.

Plus encore que l’argent, la réputation est une ressource essentielle pour les vendeurs. Ils la soignent par leur efficacité, leur service client et par le soin accordé en amont et en aval de l’acte d’achat.

Interrogé sur ses pratiques d’achat de drogue, James explique :

« En fin de compte, tout repose sur les avis laissés aux vendeurs. »

Sur ces plateformes, chaque transaction donne lieu à une évaluation publique, qui fonctionne comme un indicateur de fiabilité. Ces notes orientent les choix des acheteurs. Mais surtout, elles conditionnent directement le positionnement des vendeurs dans les résultats de recherche et leur capacité à attirer de nouveaux clients. Une succession d’avis négatifs peut entraîner une perte rapide de crédibilité et une exclusion de la plateforme. Cette logique s’accompagne donc d’un véritable travail de mise en visibilité.

La publicité pour repousser les frontières du marché

« Forums, publicités payantes, tous les outils à notre disposition », explique John.

Ancien dealer de rue, il décrit un univers très différent de celui qu’il a connu auparavant. Là où le deal de rue repose sur un territoire, des relations de proximité et parfois de violence, le darknet impose d’autres règles. La concurrence y est forte, internationale mais sans territoire à gouverner. Pour exister, les vendeurs doivent apprendre à se démarquer autrement.

Dans ce contexte, il n’est plus question d’appartenance à un groupe ou de contrôle d’un espace. Les vendeurs maîtrisent des outils de visibilité (bannières publicitaires, jeux-concours, échantillons gratuits), comprennent les enjeux d’image de marque et cherchent à se différencier dans un environnement saturé d’offres.

Le trafic se raconte alors moins comme une activité clandestine violente que comme un marché concurrentiel, structuré par des algorithmes et des outils familiers au commerce en ligne. En effet, le darknet attire à la fois un public déjà familier du trafic et de nouveaux entrants, parfois issus d’autres milieux, qui apportent ou acquièrent progressivement des connaissances en marketing pour réussir sur ces plateformes. Cette adaptation répond aussi aux attentes d’un public exigeant, qui compare la qualité du service à celle des sites de commerce en ligne, comme Amazon.

Administrer, arbitrer, maintenir l’ordre des marchés

Les marchés de drogues sur le darknet ne reposent pas uniquement sur l’activité des vendeurs et des acheteurs. En arrière-plan, des administrateurs, souvent les créateurs mêmes des plateformes, en assurent la gestion en continu. Tandis que des modérateurs, recrutés par ces responsables, veillent au respect des règles et au traitement des litiges entre acheteurs et vendeurs, en échange d’un pourcentage sur les transactions.

Andrew, créateur et administrateur d’un marché de drogue international, offre un témoignage exclusif sur les missions qui lui incombent.

« Je développe les marchés, je paie les serveurs, je satisfais les utilisateurs et les fournisseurs, je veille à ce que le marché ne soit pas paralysé par des attaques DDoS, je veille à la sécurité des utilisateurs, à la mienne et à celle des modérateurs à tout moment, et je mets fin aux activités des escrocs. »

Lors de nos échanges, il estime consacrer 70 % de son quotidien à s’occuper de la plateforme de vente qu’il administre. Ses tâches (surveillance technique du site, résolution des litiges entre utilisateurs, vérification des vendeurs ou suppression d’annonces frauduleuses) montrent que la gestion d’une plateforme illégale repose sur un travail continu, routinier et souvent chronophage.

La médiation de conflits constitue également une part importante de cette activité. Les acheteurs peuvent, par exemple, déposer une réclamation via l’interface du site lorsqu’un colis n’est pas reçu ou qu’il est jugé non conforme à la description et aux images de présentation. Dans ce cas, les modérateurs examinent les preuves fournies (photos, captures d’écran, numéro de suivi) et décident, selon les règles de la plateforme, d’un remboursement ou du rejet de la plainte. Ces arbitrages peuvent conduire à des avertissements, voire à l’exclusion de vendeurs jugés non conformes aux règles. Tout comme les gestionnaires de plateformes légales, comme Airbnb ou Vinted, les modérateurs s’assurent du service client et s’interposent pour veiller au bon comportement de chacun.

Démystifier l’image du darknet

Les discours recueillis auprès des vendeurs et des administrateurs montrent que le darknet est un univers codifié, où les individus qui s’y retrouvent mobilisent un langage ordinaire, emprunté au commerce et à l’entreprise. Ils organisent leur activité de manière méthodique et prétendent accorder beaucoup d’attention à la qualité des produits, à la réputation et à la satisfaction des clients. Les transactions s’accompagnent de procédures, de suivis et de cadres qui structurent les marchés et encadrent les interactions, même si l’ensemble reste illégal.

Cet écart entre l’image publique et les pratiques observées souligne la richesse et la complexité des marchés du darknet, à l’image des individus très divers qui les occupent. Certains expliquent être des pères de famille, d’autres d’anciens vendeurs de rue reconvertis en ligne, d’autres encore des étudiants menant des vies ordinaires. Plus encore, il révèle un univers à l’apparence assez normale, derrière l’illégalité. L’environnement numérique supprime la violence physique caractéristique du trafic de rue. Et, même si des tensions peuvent exister sur le darknet, elles passent par des sanctions virtuelles plutôt que par des représailles directes.

Un écart marqué avec les représentations dominantes du darknet

Observer et relayer la manière dont les vendeurs parlent de leur activité permet de mieux comprendre le fonctionnement des marchés numériques illégaux, jusqu’alors plutôt étudiés a posteriori de leur fermeture. L’attention que les vendeurs portent à leur réputation, aux évaluations et à la satisfaction des clients révèle des mécanismes de confiance et de coordination qui échappent aux analyses simplifiées du darknet comme un espace dénué de règles. Prendre au sérieux ces voix, encore très rarement interrogées, vise à enrichir la réflexion publique et politique. Mettre en évidence la manière dont ces acteurs adoptent des pratiques entrepreneuriales permet d’affiner les politiques publiques, en révélant les leviers concrets de leur activité. Une telle compréhension ouvre la voie à des interventions plus adaptées, ciblant les conditions de fonctionnement du marché lui-même.

Sur le darknet, le trafic de drogue n’a donc plus grand rapport avec le trafic de rue traditionnel. Les vendeurs se perçoivent comme des entrepreneurs ou des hommes d’affaires.

Cette posture reflète une tendance générale observée dans la société contemporaine, où les individus tendent à se concevoir comme des microentreprises, organisant leur travail, leur réputation et leurs relations comme autant de ressources à optimiser. Ce faisant, les vendeurs du darknet sont parvenus à transposer la culture et les tactiques du commerce légal, modifiant en profondeur la façon dont les produits illégaux se vendent par le biais du numérique.

The Conversation

Camille Roucher ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Vendeurs de drogue sur le « darknet » : des entrepreneurs très bien organisés – https://theconversation.com/vendeurs-de-drogue-sur-le-darknet-des-entrepreneurs-tres-bien-organises-276143

Trump’s ‘God Squad’ pits energy vs. endangered species, but it’s a false choice – protecting wildlife can be good for business

Source: The Conversation – USA (2) – By Dan Salas, Director of the Sustainable Landscapes Program, University of Illinois Chicago

Boat strikes can harm or kill whales and are one concern about the oil industry’s environmental impact. Robyn Beck/AFP via Getty Images

There’s a well-worn debate in U.S. politics that goes something like this: Would you rather have abundant and affordable energy or a clean, healthy planet where wildlife can flourish?

It sounds like an either/or choice, but it doesn’t have to be.

Many corporate leaders, including those I’ve worked with, know that wildlife conservation can also be good business.

That’s worth remembering as the Trump administration prepares to convene, for the first time in over 30 years, a special committee known as the “God Squad” that has the power to override one of the nation’s most important environmental protection laws: the Endangered Species Act of 1973.

What is the God Squad?

The Endangered Species Act requires that federal agencies avoid any action that is likely to jeopardize the continued existence of any species listed under the act. That includes federal permits for development, mining, drilling or logging.

To comply with the law, companies can be required to take actions to avoid harming protected species. Those steps can be frustrating when they add delays and costs to already costly development projects.

Early in the law’s history, Congress amended it to include an exemption. It authorized the creation of the Endangered Species Act Committee, made up of federal agency leaders, which could grant exemptions to this prohibition on federal actions considered likely to risk extinction of a listed species.

An owl flies toward the camera, it's wings outspread.
In one of only three meetings over 50 years, the God Squad in the 1990s considered a request to exempt the northern spotted owl in parts of Oregon targeted for logging. The request was eventually withdrawn.
Polinova via Wikimedia Commons, CC BY

That committee – the God Squad – includes seven members, and a vote may succeed only if five or more committee members agree. The six permanent members are the secretaries of the interior, agriculture and Army; the chairman of the Council of Economic Advisors, and the administrators of the Environmental Protection Agency and National Oceanic and Atmospheric Administration. The seventh member of the committee is a designated individual from the affected state or states.

The committee’s rare actions in the past

Meetings of the God Squad are so rare that the committee has gathered only three times in its existence.

The committee’s authority is limited to very uncommon circumstances in which there are no “reasonable and prudent alternatives” that would avoid jeopardizing a listed species or impair a species’ critical habitat.

The committee’s first and most notable case was in 1979. It involved the snail darter, a tiny, then-endangered fish whose habitat would have been harmed by the proposed Tellico Dam in Tennessee. Around the same time, the committee also met to review an exemption application related to water management at the Grayrocks Dam in Wyoming and its effects on endangered whooping cranes downstream in Nebraska.

A dam with a spillway, quiet water below, and trees on one side.
The Tennessee Valley Authority’s Tellico Dam, where the God Squad rejected a request for an exemption to the Endangered Species Act in 1979, was eventually completed after authorization from Congress.
U.S. Fish and Wildlife Service/Flickr

The third meeting of the committee was in the 1990s, when it considered exempting from the Endangered Species Act multiple timber sales in Oregon and Washington that would likely jeopardize the northern spotted owl.

For Tellico Dam, the committee denied the exception, but Congress later cleared the way for the dam to be completed. For Grayrocks Dam, the committee granted an exemption but required the Missouri Basin Power Project to preserve habitat and manage water to reduce harm to the cranes.

In the case of the northern spotted owl, exemptions were initially granted for timber sales in Oregon but later withdrawn due to legal challenges and procedural violations. No such exemptions were authorized in Washington state.

Why is it convening now?

The official notice says the meeting is “regarding an exemption under the Endangered Species Act” with respect to oil and gas activities.

In a court document responding to a lawsuit filed over the meeting by the environmental group Center for Biological Diversity, the government wrote that the March 31 meeting was called because the “Secretary of War found it necessary for reasons of national security to exempt from the ESA’s requirements all Gulf of America oil and gas exploration and development activities” associated with the Outer Continental Shelf Oil and Gas Program.

That likely refers to a May 2025 biological opinion by NOAA Fisheries. That opinion found that oil industry operations, particularly vessels striking wildlife, could jeopardize the Rice’s whale and other rare species.

The committee could be considering exemptions to the requirements of that biological opinion, which is being challenged by both conservation groups that want more protections and by industries that consider it too restrictive.

Convening the committee also follows the mandate of President Donald Trump’s January 2025 executive order declaring a “national energy emergency.” That executive order directs the Endangered Species Act Committee to “identify obstacles to domestic energy infrastructure specifically deriving from implementation of the ESA.”

Changing the paradigm

While the common rhetoric often makes it seem like energy and environmental goals are at odds, examples among leading energy and transportation companies have shown otherwise.

At the University of Illinois Chicago’s Energy Resources Center, my colleagues and I find ways conservationists and energy companies can work together, such as through networks like the Rights-of-Way as Habitat Working Group, which focuses on habitat conservation in working landscapes.

Balancing ecological and economic interests is not just a “nice idea” – it’s shown to be good business.

Planning new projects in ways that avoid harm to wildlife and include proactive conservation plans can avoid lawsuits, permit delays, reputational risks and increased costs.

Companies we work with in the energy and infrastructure sectors are finding that integrating ecological principles into projects and conservation practices into operations avoids other business interruptions as well.

For example, maintaining green spaces as wildlife habitat can buffer infrastructure from severe weather, erosion or flooding. Restoring or improving habitats can also reduce legal risks from environmental damage.

Two people take notes in a field of wildflowers.
Maintaining natural areas on corporate lands can boost species considered at risk, like the monarch butterfly. This is land maintained near a military base.
U.S. Space Force photo by Master Sgt. Carlin Leslie

Programs like the University of Illinois Chicago’s nationwide agreements for monarch butterflies and bumblebees help companies reduce regulatory delays and help conserve endangered and declining species at the same time.

For businesses, this can create positive connections with their employees and the communities where they operate. This, in turn, improves their reputations, which can help reduce project delays and encourage investment.

What happens when the Endangered Species Act Committee convenes may influence more than the future of a few species. It could affect broader actions concerning environmental stewardship, corporate responsibility and federal oversight.

If the committee focuses solely on removing protections for wildlife, it risks eroding public trust and could hinder efforts to foster conservation in the energy industry. If instead the committee considers how to increase cooperation among industry, conservation groups and federal agencies, it could have a lasting positive outcome.

The Conversation

Dan Salas does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trump’s ‘God Squad’ pits energy vs. endangered species, but it’s a false choice – protecting wildlife can be good for business – https://theconversation.com/trumps-god-squad-pits-energy-vs-endangered-species-but-its-a-false-choice-protecting-wildlife-can-be-good-for-business-279433