Handicap et accès à la culture : quand le metal devient vecteur d’inclusion

Source: The Conversation – France (in French) – By Emilie Ruiz, Maitre de conférences HDR, Université Savoie Mont Blanc

Le groupe Slayer au Hellfest, en 2017. Photo Corentin Charbonnier, Fourni par l’auteur

Vingt ans après la loi de 2005 sur l’égalité des droits des personnes en situation de handicap, l’accessibilité des lieux culturels a nettement progressé en France. Mais la participation réelle des publics concernés reste limitée. Une expérimentation menée entre une pension de famille et le Hellfest, en Loire-Atlantique, montre en quoi l’inclusion ne se résume pas à des aménagements techniques.


Un samedi de juin 2023, au milieu des dizaines de milliers de festivaliers réunis au Hellfest (Clisson, Loire-Atlantique), six habitants d’une pension de famille découvrent pour la première fois l’un des plus grands festivals de France. Certains vivent avec des troubles psychiques, d’autres avec des limitations physiques et pourtant, tous participent à une expérience singulière : explorer ce que signifie réellement l’« inclusion » dans un événement culturel singulier. Cette expérimentation, menée avec des résidents de la pension de famille de l’Orangerie, une structure gérée par la Croix-Rouge française, invite à repenser en profondeur la manière dont les institutions culturelles abordent le handicap. Car malgré les progrès réalisés ces dernières années, l’accès à la vie culturelle reste encore limité pour de nombreuses personnes en situation de handicap.

Tenir compte du handicap invisible

Depuis la loi française de 2005 sur l’égalité des droits des personnes handicapées, les lieux culturels ont considérablement amélioré leur accessibilité physique : rampes d’accès, plateformes réservées, signalétique adaptée. Mais un paradoxe demeure : malgré ces aménagements, les personnes en situation de handicap participent encore relativement peu à la vie culturelle et associative. Si le handicap visible est de fait perceptible, le handicap invisible, notamment psychique ou cognitif, reste pour le grand public, méconnu. La diversité des troubles et de leur prise en soin entrave leur plein exercice de la citoyenneté et donc leur participation à des évènements culturels. Le contexte des festivals ne peut être de ce fait limité à la simple implantation d’un accès physique adapté.

Vivre un festival autrement

En s’appuyant sur l’expertise de professionnels, de bénévoles et en expérimentant, les initiatives portées par le Hellfest permettent de proposer une autre approche de l’accessibilité. Par exemple, pour les personnes malentendantes, des gilets vibrants permettant de ressentir physiquement les vibrations de la musique sont proposés. Certains concerts sont aussi partiellement traduits en langue des signes.

Ces dispositifs illustrent une idée simple : l’accessibilité ne consiste pas forcément à reproduire une expérience standard pour tous, mais à permettre des manières différentes de vivre un même événement. Pour les participants de la pension de famille de l’Orangerie, l’expérience du festival s’avère à la fois fascinante et déstabilisante. Les structures monumentales du site, l’intensité sonore ou la densité de la foule peuvent susciter autant d’émerveillement que d’appréhension. Mais ces réactions contrastées révèlent aussi une réalité souvent oubliée : les personnes vivant avec un handicap psychique ne sont pas condamnées à rester à l’écart de ces expériences culturelles. Elles peuvent y participer pleinement, à condition que les conditions soient adaptées et préparées et devenir ainsi expertes de leurs conditions d’accessibilité.

L’inclusion commence bien avant l’événement

Pendant plus d’un an, les participants ont préparé, avec le soutien de leur encadrant, moniteur-éducateur de formation, leur venue : visites du site à vide, participation à la tournée Warm-Up du festival, repérage des espaces accessibles, organisation du suivi médical ou logistique. Cette phase d’anticipation a permis aux résidents de se familiariser progressivement avec l’environnement du festival et d’en réduire les incertitudes.

Le projet n’est pas né d’une décision institutionnelle. Il a été proposé par une résidente lors d’une réunion collective de la pension de famille, puis discuté et adopté par le groupe. Autrement dit, les participants n’ont pas simplement été « inclus » dans un dispositif : ils ont contribué à construire eux-mêmes leur participation.

Une inclusion qui mobilise tout un écosystème

L’inclusion culturelle repose rarement sur un seul acteur. Dans cette expérimentation, plusieurs organisations ont joué un rôle déterminant : la pension de famille de l’Orangerie, la Croix-Rouge française, l’association Culture du cœur, mais aussi des mécènes du festival. Chacun contribue à résoudre une partie des difficultés : financement, accompagnement social, logistique, accès aux billets ou médiation culturelle. Cette configuration rappelle que l’inclusion culturelle est un processus collectif impliquant de multiples organisations. Elle s’imbrique ainsi pleinement dans une démarche partenariale, essentielle au travail social.

Cet écosystème ne peut fonctionner sans le rôle clé de certains acteurs, capables de relier des univers qui communiquent peu entre eux et donc de rendre les frontières entre ces acteurs moins imperméables. Éducateurs spécialisés, médiateurs culturels ou réalisateur, familiers du travail social, peuvent ainsi agir comme des « acteurs-frontières ». Leur rôle consiste à traduire les attentes et les contraintes de chaque milieu (institutions sociales, organisateurs culturels, participants) afin de rendre possible la coopération.

Le metal, un terrain inattendu

Cette expérimentation (dont le documentaire Rendre l’enfer accessible témoigne avec sincérité) invite à repenser les politiques publiques d’accessibilité culturelle, encore largement centrées sur l’adaptation physique des infrastructures. Trois pistes émergent : (1) élargir la définition du handicap prise en compte dans les politiques culturelles, afin d’intégrer davantage les handicaps psychiques ou invisibles, (2) soutenir financièrement les démarches de co-construction avec les publics concernés, et pas seulement les investissements matériels, et (3) former et reconnaître les acteurs-frontières, qui jouent un rôle essentiel dans la mise en relation des différents partenaires.

Souvent associé à une esthétique radicale ou marginale, le metal apparaît rarement dans les débats sur les politiques culturelles. Avec une identité historiquement construite autour de communautés de fans fortement engagées et solidaires, certaines initiatives d’inclusion trouvent un terrain favorable pour se développer : elles ne sont pas sans faire écho à l’éthos de l’identité metal : partager un moment collectif, au-delà des distinctions sociales ou physiques, à l’instar des valeurs qui façonnent ce genre musical et véhiculées par certains groupes tels que Gojira.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Handicap et accès à la culture : quand le metal devient vecteur d’inclusion – https://theconversation.com/handicap-et-acces-a-la-culture-quand-le-metal-devient-vecteur-dinclusion-278494

Les Mayas : des mathématiciens qui lisaient l’avenir dans les étoiles ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Noémie Combe, Enseignante-chercheuse en mathématiques fondamentales à l’ESILV, Pôle Léonard de Vinci

La pyramide El Castillo à Chichén Itzá, au Mexique actuel. Lors des équinoxes, les ombres sur la pyramides semblent guider le dieu serpent vers le sommet. Noémie Combe, Fourni par l’auteur

Mille ans avant l’Europe, les Mayas résolvaient déjà des équations complexes. Armés du seul regard et d’une patience infinie, ils scrutaient le ciel et prédisaient avec précision les éclipses et les trajectoires des planètes.


Embarquons pour un voyage dans des temps reculés. Nous sommes sur les territoires des actuels Mexique, Guatemala, Bélize, Honduras et Salvador. C’est dans ce cadre luxuriant que les Mayas ont bâti un héritage extraordinaire : une astronomie stupéfiante, des mathématiques avancées, une architecture audacieuse et une écriture hiéroglyphique riche.

Ainsi, les cités mayas étaient orientées vers les astres. À Chichén Itzá (actuellement au Mexique), lors des équinoxes, les ombres sur la pyramide El Castillo semblent animer la progression du dieu serpent Kukulkan le long des marches – un phénomène comparable s’observe à El Tajín.

Chichén Itza et le serpent à l’équinoxe (Giulio Magli). Source : Polimi OpenKnowledge.

Les « codex », leurs traités astronomiques, sont un des rares témoignages survivants de ces savoirs. Le plus célèbre est le codex de Dresde. Son mystère est double : l’énigme de ses symboles – glyphes serrés, colonnes de chiffres, divinités codifiées – et celle de son destin.

Comment ce manuscrit du Yucatán a-t-il traversé l’Atlantique pour échouer dans une bibliothèque de Saxe ? La théorie dominante veut que l’Espagnol Hernán Cortés (1485-1547) l’ait envoyé en Europe après la conquête du Mexique, parmi les objets précieux offerts à la cour madrilène. Le manuscrit aurait circulé en Europe avant d’aboutir à Vienne, où, en 1739, le directeur de la bibliothèque royale de Dresde Johann Christian Götze le racheta à un propriétaire le jugeant « incompréhensible et sans valeur », ignorant qu’il tenait l’un des documents astronomiques les plus sophistiqués jamais produits. Götze le rapporta à Dresde, où il est toujours conservé aujourd’hui.

Mars et le secret derrière le nombre 78

Pour déchiffrer les symboles du codex, un détour s’impose. Les Mayas comptaient en base 20 : un point valait une unité, une barre cinq unités, et un coquillage représentait le zéro – concept que l’Europe n’adoptera qu’au XIᵉ siècle.

une page du codex, avec des symboles et un dessin
Extrait du « codex de Dresde », à lire de gauche à droite. Le personnage au nez ornementé, suspendu à droite, est le dieu maya de Mars – la « bête de Mars ». Sa présence confirme que tous les calculs de cette page concernent Mars et ses cycles.
Codex de Dresde, Princeton University Library

Sur la page du codex de Dresde concernent Mars et ses cycles se trouve une suite de nombres : 78, 156, 234, 312, 390, 780. Chaque terme est un multiple de 78. On observe par ailleurs que cette suite est presque une suite arithmétique (une suite telle que la différence entre deux termes consécutifs doit être égale à une constante), mais le dernier terme déroge : il vaut 10 × 78 (au lieu de 6 × 78).

Le 78 correspond à un dixième de la « période synodique » de Mars, c’est-à-dire le temps pour retrouver la même position dans le ciel, vue depuis la Terre, soit 780 jours. Les Mayas l’avaient calculée avec une précision remarquable : 780 jours contre 779,94 jours aujourd’hui. Les cinq premiers termes balisent les étapes intermédiaires, et le dernier marque le cycle complet.

Le zodiaque maya comptait 13 constellations le long de l’écliptique, et Mars met 260 jours (13 × 20) pour le parcourir. Trois traversées complètes du zodiaque maya correspondent exactement à 780 jours. Cette durée de 260 jours correspond aussi au Tzolk’in, le calendrier rituel maya, ce qui permet d’aligner parfaitement le rythme de Mars et le calendrier. Ainsi, la suite de nombres sur le codex formait une table de navigation céleste.

Les éclipses lunaires

Une autre page du codex présente une nouvelle suite de nombres : 9 360, 9 537, 9 714, 9 891, 10 039. Jusqu’à 9 891, chaque valeur augmente de 177 jours (9 183 + 177 = 9 360, 9 360 + 177 = 9 537, 9 537 + 177 = 9 714, 9 714 + 177 = 9 891). Mais ici encore, le dernier terme rompt le schéma : 10 039 = 9 891 + 148, révélant un second cycle.

symboles et dessins du codex
Extrait du « codex de Dresde », à lire de gauche à droite, qui révèlent les connaissances sur les périodes des éclipses lunaires.
Codex de Dresde, Princeton University Library

Ceci n’est pas une erreur : si la période synodique de la Lune est de 29,5 jours environ, toutes les pleines lunes ne donnent pas lieu à une éclipse. L’intervalle entre deux éclipses consécutives correspond à 5 ou 6 lunaisons (soit 148 ou 177 jours).

En effet, l’orbite de la Lune est inclinée d’environ 5° : les éclipses ne se produisent qu’au voisinage d’un nœud orbital. Le Soleil y passe tous les 173,31 jours (la saison d’éclipses), et il s’écoule nécessairement 5 ou 6 lunaisons entières entre deux éclipses.

Les Mayas avaient calculé la période synodique de la Lune à 29,53 jours, à quelques secondes de la mesure moderne. Certains multiples coïncidaient avec les saisons d’éclipses, leur permettant de les anticiper.

schéma terre, lune, soleil
Schéma expliquant pourquoi toutes les pleines Lunes ne résultent pas en éclipses.
Noémie Combe, Fourni par l’auteur

Le système mathématique des Mayas

La sophistication mathématique des Mayas transparaît jusque dans leur quotidien. Ils pratiquaient instinctivement ce que l’on appelle aujourd’hui l’arithmétique modulaire. Le principe en est simple : plutôt que de considérer la valeur d’un nombre, l’arithmétique modulaire s’intéresse uniquement au reste qu’il laisse après division par un nombre de référence – le modulo (ici, modulo 20). Les Mayas, sans jamais employer ce vocabulaire, appliquaient précisément cette logique, et ce, bien avant que le mathématicien allemand Carl Friedrich Gauss (1777-1855) n’en pose les bases formelles au tournant du XIXᵉ siècle. Aujourd’hui, on trouve un écho de ce genre de mathématiques dans des domaines aussi contemporains que la cryptographie et la sécurité informatique.

En langage moderne, ces calculs s’interprètent comme des opérations dans l’anneau ℤ/20ℤ. Cette notion d’anneau est l’une des pierres angulaires des mathématiques contemporaines, au cœur de l’algèbre abstraite de la fin du XIXᵉ siècle. Parmi ses fondateurs figure le mathématicien Richard Dedekind (1831–1916).

Les pages du codex recèlent encore bien des zones d’ombre et de mystère. Qui sait quels secrets dorment encore dans les colonnes de glyphes du codex, attendant d’être dévoilés ?

The Conversation

Noémie Combe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Mayas : des mathématiciens qui lisaient l’avenir dans les étoiles ? – https://theconversation.com/les-mayas-des-mathematiciens-qui-lisaient-lavenir-dans-les-etoiles-278821

Les éjaculations fréquentes amélioreraient la qualité du sperme, selon une nouvelle étude

Source: The Conversation – France in French (3) – By Rebecca Dean, Research Fellow, Department of Biology, University of Oxford

On savait que la qualité du sperme déclinait avec les années. De nouveaux travaux révèlent que les spermatozoïdes s’altèrent également durant les périodes d’abstinence, ce qui pourrait avoir des conséquences en matière de fertilité.


En matière de reproduction, la biologie féminine est souvent vue comme un implacable compte à rebours. Les femmes naissent en effet avec une réserve d’ovocytes qui durera leur vie entière. Cela signifie que l’âge d’une femme et celui de ses ovocytes coïncident généralement. Autrement dit, plus une femme avance en âge, plus ses ovocytes vieillissent.

La reproduction masculine est régie, quant à elle, par des mécanismes différents. Les spermatozoïdes sont produits de manière continue à partir de la puberté, et peuvent être stockés dans les voies génitales avant l’éjaculation. En d’autres termes, l’âge d’un homme et celui de ses spermatozoïdes ne sont pas forcément les mêmes. Mais qu’advient-il des gamètes mâles durant cette période d’attente ?

Les hommes souhaitant procréer se voient fréquemment conseiller d’observer une période d’abstinence sexuelle de quelques jours avant d’avoir une relation sexuelle, afin de permettre une augmentation de la concentration en spermatozoïdes de leur éjaculat. S’il est avéré que l’abstinence accroît la numération spermatique, le volume éjaculé n’est pas l’unique facteur déterminant le degré de fertilité.

Les résultats de notre nouvelle étude démontrent que chez l’être humain (ainsi que chez d’autres espèces animales), les spermatozoïdes qui sont stockés durant les périodes d’abstinence subissent un processus de « sénescence » et voient en réalité leur qualité s’altérer.

Nous savions déjà que la fertilité masculine décline avec l’âge. Déterminer si la durée de stockage des spermatozoïdes contribue à ce déclin est d’autant plus opportun à notre époque que l’activité sexuelle semble en recul, en particulier chez les jeunes. Conjuguée à la tendance mondiale au report de la parentalité, cette évolution pourrait accroître encore la baisse de la fécondité observée à l’échelle du globe.

Stress et épuisement

Dans le cadre de nos travaux, nous avons compilé les données portant sur la semence de près de 55 000 hommes ayant participé à 115 études publiées dans des revues scientifiques. Nos analyses indiquent que lorsqu’un homme s’abstient d’éjaculer, la santé de ses spermatozoïdes décline de manière significative. Leur capacité de déplacement (mobilité spermatique) et leur viabilité s’amenuisent, tandis que leur ADN subit davantage de lésions.

Nous avons identifié deux causes probables à ces phénomènes. La première est le stress oxydatif (que l’on peut schématiquement considérer comme une sorte de « rouille » biologique) qui s’accumule dans les spermatozoïdes et peut les endommager. La seconde est l’épuisement énergétique : à l’inverse de la plupart des cellules, les spermatozoïdes sont extrêmement actifs, mais n’ont qu’une capacité limitée à reconstituer leurs réserves d’énergie. En cas de stockage prolongé, ils se retrouvent tout simplement à court de carburant…

Avant de fournir un échantillon de sperme destiné à être analysé, ou à être employé dans le cadre d’un traitement destiné à améliorer la fertilité ou une procédure de type FIV (fécondation in vitro), l’Organisation mondiale de la santé préconise une période d’abstinence allant de deux à sept jours. Cependant, nos travaux laissent entendre que des délais plus courts pourraient s’avérer préférables pour optimiser la qualité spermatique des échantillons.

Ces observations corroborent une découverte récente selon laquelle, dans le cadre d’une procédure de FIV, une éjaculation survenant moins de 48 heures avant le prélèvement améliore les résultats des traitements par rapport à des durées d’abstinence plus longues.

Elles sont également en ligne avec une hypothèse formulée par les biologistes évolutionnistes. Nous savons que chez les primates, la masturbation, qui entraîne des éjaculations fréquentes, améliore la qualité des éjaculats. Ce constat, mis en perspective avec nos propres résultats, suggère que la masturbation masculine pourrait présenter un avantage adaptatif : elle permettrait l’évacuation des spermatozoïdes stockés et altérés.

La détérioration du sperme ne se produit pas seulement lorsque celui-ci est stocké dans l’organisme masculin. Elle peut également survenir après l’accouplement, lors du stockage au sein des voies génitales féminines. Si les spermatozoïdes humains ne survivent que quelques jours chez la femme, dans d’autres espèces animales, telles que les fourmis, les abeilles ou les chauves-souris, le sperme peut être conservé dans le corps des femelles pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’être employé pour fertiliser les œufs.

De la faune à l’humain : une constante biologique

Afin de vérifier si l’altération du sperme durant le stockage correspond à un schéma biologique universel, nous avons examiné les données de 56 études couvrant 30 espèces animales différentes, incluant des oiseaux, des abeilles, des reptiles et divers mammifères. Là encore, nous avons constaté que la qualité spermatique déclinait effectivement durant la phase de stockage. Les pères ayant stocké leur sperme avant l’éjaculation ou les mères l’ayant conservé avant la fertilisation ont produit des embryons dont les chances de survie étaient moindres.

Selon nous, ces résultats ne sont pas uniquement dus à la dégradation de l’ADN. Il se pourrait également que, par rapport aux spermatozoïdes fraîchement produits, les spermatozoïdes stockés présentent un profil d’expression génique différent (autrement dit, que les gènes qui sont activés chez eux soient dans une configuration différente).

Fait intéressant, le sperme s’altère à un rythme plus lent chez les femelles que chez les mâles. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les femelles de diverses espèces qui stockent les spermatozoïdes ont développé des organes spécialisés qui sécrètent des antioxydants. Ces substances nourrissent et protègent les spermatozoïdes stockés, prolongeant ainsi leur durée de vie fonctionnelle.

En définitive, qu’il s’agisse des souris ou des humains, les spermatozoïdes, tout comme les ovocytes, possèdent une « date de péremption ». Lorsque leur stockage s’étire excessivement avant la fécondation, leur qualité périclite.

De nombreux troubles de la fertilité dépendent de facteurs qui échappent à notre contrôle. Ils peuvent être la conséquence de notre exposition à des polluants environnementaux, au stress, ou résulter de notre bagage génétique. La durée de stockage du sperme, en revanche, est un paramètre aisément modifiable. Nos travaux suggèrent qu’en perspective d’une fécondation, il pourrait être intéressant de privilégier des spermatozoïdes issus d’une éjaculation récente. Cette intervention simple, en optimisant la qualité séminale, pourrait offrir un gain substantiel en matière de fertilité.

The Conversation

Rebecca Dean bénéficie d’une bourse Daphne Jackson financée par le NERC.

Irem Sepil bénéficie d’un financement du BBSRC et de la Royal Society.

Krish Sanghvi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les éjaculations fréquentes amélioreraient la qualité du sperme, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/les-ejaculations-frequentes-amelioreraient-la-qualite-du-sperme-selon-une-nouvelle-etude-279464

Séparatisme, jihād, laïcité : la bataille des mots autour de l’islam de France

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ali Mostfa, Maître de conférences, HDR en sociologie du fait islamique, UCLy (Lyon Catholic University)

Dans un contexte où l’islam est régulièrement présenté comme un défi pour la cohésion nationale, la Grande Mosquée de Paris publie un guide, Musulmans en Occident. Pratique cultuelle immuable, présence adaptée, destiné à « adapter » la présence musulmane au cadre français. Son interprétation de termes, tels que séparatisme, jihād, laïcité, ou islamophobie, déplace la compréhension de ce qu’est – et n’est pas – l’islam. Par exemple, le guide réinscrit la laïcité dans une généalogie islamique, ou considère le « séparatisme » comme un phénomène extérieur à la doctrine.


La Grande Mosquée de Paris, par l’intermédiaire de la commission dite « religieuse » chargée de la rédaction du guide, propose une interprétation de certains termes centraux du débat sur l’islam de France à travers son guide Musulmans en Occident. Pratique cultuelle immuable, présence adaptée. Héritière d’une histoire d’institutionnalisation étroitement liée à l’État, la Grande Mosquée occupe une position d’interface : elle se présente comme partenaire des pouvoirs publics pour encadrer un islam compatible avec le cadre laïc et républicain.

Dans le même temps, elle se situe en tension, ou en compétition, avec d’autres pôles de représentation (fédérations, courants, instances nationales successives), ce qui relativise sa capacité à parler au nom de « l’islam de France ». Son entreprise de redéfinition est particulièrement intéressante concernant certains termes controversés tels que séparatisme, jihād, laïcité ou islamophobie.

Séparatisme

Lorsque le mot « séparatisme » est mobilisé dans le débat public, il renvoie à l’idée d’une contre-société islamiste menaçant la cohésion nationale. Dans le discours des Mureaux du 2 octobre 2020, Emmanuel Macron désigne un projet politico-religieux visant à soustraire certains groupes à la loi commune et à fragiliser l’unité républicaine. Le terme fonctionne comme une catégorie englobante : il relie radicalisation, influences étrangères, repli communautaire et menace sécuritaire dans une même matrice interprétative.

La Grande Mosquée ne conteste ni l’existence de phénomènes de repli ni la légitimité de l’État à intervenir. Mais elle soutient que la notion, telle qu’elle est mobilisée par les responsables politiques et les médias, ne possède pas d’équivalent doctrinal dans la tradition islamique classique. Les catégories médiévales parfois convoquées pour suggérer une logique intrinsèque de séparation, comme dār al-islām et dār al-ḥarb, sont replacées dans leur contexte historique et géopolitique.

En mobilisant des principes juridiques d’adaptation, comme la darūra (la nécessité) ou la recherche de la maṣlaḥa (l’intérêt commun), ainsi que des références scripturaires, notamment le verset 14 de la sourate 49 valorisant la pluralité des peuples, le guide défend une thèse claire : le repli séparatiste ne procède d’aucune obligation religieuse.

Le déplacement est décisif. Là où le discours politique tend à inscrire le « séparatisme » dans une problématique structurelle touchant à l’islamisme et, plus largement, à l’organisation du religieux, le guide en fait un phénomène contingent, extérieur à la doctrine. Sans nier le terme, il le circonscrit et en fait un problème social ou politique, à travers le concept de « citoyenneté musulmane » (muwāṭana), comprise comme l’affirmation de la compatibilité entre la pratique religieuse et l’adhésion aux valeurs démocratiques, tout en le privant de fondement théologique. Ce faisant, la Grande Mosquée ne s’oppose pas frontalement à l’action publique, elle en redéfinit les implications religieuses.

Jihād

Un mécanisme comparable apparaît à propos du « jihād », autre mot devenu central dans les représentations sécuritaires.

Dans l’espace médiatique, il est largement assimilé à la violence armée. Le guide propose une lecture appuyée sur des usages textuels et juridiques classiques : il rappelle d’abord l’étymologie (« effort, lutte ») et met au premier plan le combat intérieur contre ses propres faiblesses, souvent désigné dans la tradition comme « jihād majeur ». Le Coran qualifie d’ailleurs une fois le jihād de « grand » (Q 25:52). La dimension armée, qualifiée de « jihād mineur », n’est pas niée, mais strictement encadrée : défense contre une agression, protection des opprimés, respect de limites précises interdisant toute violence indiscriminée (Q 2:190). Cette approche n’efface pas l’histoire des usages violents du terme, elle en conteste la centralité doctrinale. Autrement dit, ce qui structure la perception publique, la violence, devient une dimension secondaire et conditionnelle, tandis que l’effort moral est présenté comme le cœur normatif du concept.

Dans cette perspective, la guerre n’est pas désignée par jihād dans le texte coranique, qui recourt plutôt à qitāl (« combat armé »), voire à ḥarb, pour désigner la guerre au sens strict. La conflictualité n’y apparaît toutefois jamais comme un horizon autonome : elle est pensée dans une tension normative avec les notions de paix et de réconciliation – ṣulḥ, ṣalāḥ ou iṣlāḥ – qui visent à restaurer l’ordre face au fasād (« désordre, corruption »).

En revanche, jihād a fait l’objet, tout au long de l’histoire de la pensée islamique, d’un investissement interprétatif soutenu, au point de devenir un lieu de controverses et un terrain de conflits d’interprétation.

Laïcité

Le guide reprend la définition juridique de référence de la laïcité – liberté de conscience, neutralité de l’État, loi de 1905 –, mais il la met en parallèle avec des versets coraniques et avec la Charte de Médine (622), présentée comme un précédent historique de coexistence entre communautés religieuses sous une autorité commune. Ce rapprochement ne vise pas seulement à démontrer une compatibilité formelle. Il tend à réinscrire la laïcité dans une généalogie islamique, en suggérant que le pluralisme relève aussi de ressources internes à la tradition.

À travers ce déplacement, les rédacteurs du glossaire reconfigurent le cadre d’évaluation. La laïcité ne fonctionne plus uniquement comme une norme externe à laquelle l’islam devrait se conformer, mais comme un principe pouvant être mis en correspondance avec des catégories internes à la tradition. Le rapport implicite d’asymétrie s’en trouve transformé : l’islam n’est plus seulement sommé de prouver sa compatibilité, il est présenté comme disposant déjà de ressources permettant de penser la coexistence dans un cadre politique commun.

Islamophobie

L’entrée « islamophobie » révèle une autre facette de cette entreprise. Le terme y est défini comme une forme de discrimination visant des personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée à l’islam, ancré dans le droit de la lutte contre les discriminations. Or, les pouvoirs publics privilégient souvent l’expression « actes antimusulmans », estimant que « islamophobie » peut brouiller la distinction entre critique d’une religion, protégée par la liberté d’expression, et haine envers des individus. Cette réserve contraste avec la reconnaissance du terme dans certaines instances internationales, comme l’illustre l’instauration par les Nations unies d’une journée internationale de lutte contre l’islamophobie.

Dans ce contexte, le guide ne développe pas longuement cette controverse, mais il l’intègre à sa manière en faisant figurer dans le glossaire le néologisme « musulmanophobie », présenté comme une alternative moins controversée, car centré sur les personnes plutôt que sur la religion. Ce choix est révélateur de la démarche d’ensemble. Conscients des résistances que suscite le terme, les rédacteurs privilégient un mot de rechange qui préserve la réalité discriminatoire tout en désamorçant le débat sémantique, illustrant ainsi, à l’échelle d’un seul mot, la logique même du takyīf (« adaptabilité »).

Adaptabilité ou islam de France ?

Ces redéfinitions obéissent à une logique d’ensemble, dont la clé de lecture est la notion d’« adaptabilité ». Le guide la formule à travers le concept de takyīf, qu’il présente comme une capacité à ajuster l’application des normes au contexte et aux situations concrètes, et en fait la deuxième entrée du glossaire. L’ajustement au contexte y est présenté non comme une concession à la modernité occidentale, mais comme une exigence propre à la tradition juridique islamique. L’islam n’y apparaît pas comme un bloc figé en confrontation avec la République, mais comme une tradition dotée d’une capacité d’interprétation et d’ajustement internes.

Le choix de placer l’« adaptabilité » (takyīf) au cœur de la démarche n’est pas anodin face à la notion d’« islam de France », centrale dans les discours politiques récents. Les deux notions recouvrent des logiques distinctes.

L’« islam de France » suppose une reformulation normative, où c’est l’islam lui-même qui est appelé à se redéfinir structurellement et à intérioriser des normes extérieures à sa tradition. L’« adaptabilité » (takyīf) procède d’une tout autre démarche : ajuster les modalités de présence au contexte français en puisant dans les ressources propres de la tradition islamique. Dans le premier cas, l’impulsion vient de l’extérieur, dans le second, elle est revendiquée comme interne.

Changer les termes du débat ?

Le guide de la Grande Mosquée de Paris ne mettra certainement pas fin aux désaccords. Il opère cependant un geste important en refusant que les catégories forgées dans l’arène politique définissent seules le sens des termes qui structurent le débat public sur l’islam. Cette intervention survient dans un moment où l’islam est saisi dans l’espace public à travers une inflation de dénominations qui ne se limitent pas à des mots isolés, mais qui prennent souvent la forme de syntagmes récurrents – islam radical, islam modéré, islam religieux, islam politique – constituant progressivement un micro-système terminologique qui organise ce débat. Dans cette dynamique, chaque nouvelle catégorie agit comme un acte de nomination : elle sélectionne certains traits, en écarte d’autres et contribue à fixer une représentation particulière de l’islam dans la société française. Le débat ne porte donc pas seulement sur des réalités sociales, mais sur les opérations discursives par lesquelles ces réalités sont constituées comme problèmes publics.

Dans un contexte politique où ces opérations de nomination tendent à se multiplier, se pose aussi la question de l’adresse même de ce glossaire. À bien des égards, son destinataire implicite ne semble pas tant être les musulmans de France que les acteurs publics avec lesquels se négocient les termes mêmes du débat. Le geste consistant à redéfinir ces mots apparaît ainsi moins comme une simple clarification interne que comme une tentative d’intervenir, par le langage, dans la manière dont l’islam est qualifié et gouverné.

The Conversation

Ali Mostfa ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Séparatisme, jihād, laïcité : la bataille des mots autour de l’islam de France – https://theconversation.com/separatisme-jihad-la-cite-la-bataille-des-mots-autour-de-lislam-de-france-276898

Lire pour apprendre ? Comment l’IA transforme le rapport des étudiants aux bibliothèques

Source: The Conversation – France (in French) – By Cécile Touitou, Responsable de la mission Prospective à la bibliothèque / DRIS, Sciences Po

En trois ans à peine, l’intelligence artificielle générative s’est imposée comme un outil incontournable dans les routines de recherche des étudiants, bousculant leur façon d’apprendre tout en remodelant aussi profondément leur rapport aux livres, même dans des filières comme les sciences humaines où ils ont longtemps eu une place centrale.


Dans un paysage saturé d’informations, quelles stratégies les étudiants européens développent-ils pour mener leurs recherches académiques ? Entre quête d’efficacité et pression du temps, ils privilégieraient les contenus « rentables », préférant souvent s’appuyer sur l’IA pour obtenir des synthèses plutôt que de consulter les sources primaires.

C’est ce que nous apprend le baromètre des compétences informationnelles initié par le réseau des bibliothécaires de l’alliance universitaire européenne CIVICA. Les résultats de cette enquête transnationale, menée en partenariat avec l’Ifop, témoignent d’un écosystème en tension et pointent un risque de mésusage des IA génératives. Ils permettent aussi d’interroger des tendances de fond de nos sociétés, comme le rapport au livre.

Jusqu’ici central dans les apprentissages, en particulier dans des filières comme les sciences humaines, le livre, en format numérique ou papier, est-il désormais supplanté par d’autres ressources et outils ?

Google et ChatGPT d’abord… les bibliothèques ensuite ?

Pour un étudiant, mener des recherches, lire des ouvrages, élargir les apprentissages est depuis toujours une condition essentielle à sa réussite. À mesure que l’océan informationnel s’étend, y naviguer devient plus complexe, voire plus anxiogène.

Et si l’IA permettait non seulement d’accéder à cette « bibliothèque universelle » mais aussi de « l’ingurgiter » sans la lire, et de court-circuiter ainsi un chemin perçu comme semé d’embûches jusqu’au texte original dans son intégralité ?

Les efforts déployés pour la recherche d’information sont limités pour la plupart des répondants, mais une importante minorité y consacre « beaucoup » de temps. Cette activité prend de l’ampleur à mesure que les étudiants avancent dans les études. Alors que 41 % y consacrent de deux à cinq heures par semaine, une proportion tout aussi importante (41 %) y consacre six heures et plus, 24 % des doctorants déclarant même y passer plus de dix heures hebdomadaires.

Près de 55 % des répondants évoquent le stress généré par l’abondance de sources, la part monte à 62 % dans la population des doctorants, voire à 64 % pour les étudiants en droit.

Ils cherchent, pensent savoir le faire… mais le font-ils efficacement compte tenu de la très grande hétérogénéité des interfaces et de la complexité des périmètres documentaires de chacun de ces réservoirs ? Les bibliothécaires académiques constatent au quotidien la fragilité de leurs compétences en la matière.

Interrogés sur leurs connaissances de base, les étudiants se sentent confiants, mais leur confiance s’érode lorsqu’il s’agit des compétences les plus techniques. Environ 73 % se sentent à l’aise pour trouver des informations et 71 % pour évaluer leur fiabilité, mais ce chiffre tombe à 58 % pour la gestion des références bibliographiques et à 54 % pour l’utilisation des bases de données universitaires.

La recherche sur Internet est le point d’entrée par défaut (71 %) ; on entend par là des moteurs de recherche généraliste type Google que 67 % des étudiants en master déclarent utiliser et 49 % des doctorants. Ces derniers privilégient cependant les moteurs académiques du type Google Scholar (76 % versus 49 %).

Les répondants déclarent que l’IA générative est devenue – en à peine trois ans – un usage courant (61 %), en deuxième place des réponses, devant les listes de lectures fournies par les enseignants (59 %) et loin devant les catalogues des bibliothèques (38 %). Le déclaratif sur l’usage de l’IA à des fins académiques est très différent selon l’université de l’étudiant. Cette grande dispersion des niveaux d’usage révèle également une grande variété selon les niveaux et les disciplines et l’accompagnement institutionnel et académique.

Livres imprimés : un usage contrasté selon le niveau et la discipline

En 2025, le numérique fragmente le temps étudiant, envahit les temps morts et impose des arbitrages fondés sur la rentabilité académique. Dans ce contexte, comment trouver le temps de « lire » ?

À la proposition « Ma charge de travail universitaire est tellement lourde et les délais tellement courts que je n’ai pas assez de temps pour une lecture approfondie et critique » 73 % des étudiants de niveau bachelors acquiescent, 76 % des masters et 69 % des doctorants. Sept étudiants en master sur dix déclarent même « la plupart du temps, je lis des résumés de livres ou d’articles plutôt que des livres/articles entiers » (4,5 sur 10 pour les doctorants) !

Si l’on constate une érosion des prêts d’ouvrages imprimés et de la consultation électronique dans toutes les bibliothèques universitaires du monde, qu’en est-il concrètement des pratiques étudiantes ?

Seuls 17 % des répondants citent les livres et/ou les e-books parmi leurs sources « les plus utiles ou pertinentes » pour le travail académique, mais ils sont 46 % à déclarer les utiliser. Ce décalage est important : on utilise le livre, mais on ne le considère pas comme ressource de référence. C’est particulièrement vrai pour les bachelors et les étudiants en sociologie du panel de l’alliance CIVICA où les écarts sont les plus élevés. A contrario, c’est pour les doctorants et les étudiants en histoire qu’il est le plus faible. Les réponses par niveau (LMD) ou par discipline montrent des situations très différentes entre usage et utilité perçue par sous-population, comme on peut le lire sur le graphique suivant.

On mesure un usage des livres imprimés globalement faible mais cette moyenne recouvre des réalités très polarisées : si 28 % des répondants déclarent les utiliser pour rechercher des informations liées à leurs travaux, c’est le cas pour 25 % en master vs 45 % en doctorat ; 75 % en histoire vs 14 % en Affaires publiques.


Fourni par l’auteur

Et si, au lieu d’une prise de distance des étudiants par rapport au livre imprimé, on assistait simplement à une spécialisation des usages en fonction des besoins, de l’offre éditoriale et du type de travaux dans chaque discipline ? Les faibles utilisateurs de livres imprimés peuvent consulter des articles en ligne, par exemple.

Les livres imprimés semblent être devenus une ressource de niche, surtout mobilisée par les doctorants, dans des travaux nécessitant de la littérature approfondie ou dans des domaines où le numérique est moins développé. Pour les plus jeunes, manque de temps, faible rentabilité académique, ou manque d’appétence pour la lecture sont parmi les explications que l’on peut avancer à cette désaffection massive, même s’il existe toujours de gros lecteurs.

Quel usage des e-books ?

S’ils ne lisent plus sur papier, le font-ils en ligne comme l’ont pensé bien des médias ? Près de 65 % des étudiants disent préférer la version numérique au papier quand ils ont le choix entre les deux versions, surtout les doctorants (75 %) plus que les bachelors (63 %), témoignant d’une accoutumance avec les années d’études à une lecture plus pratique du support numérique et une meilleure compréhension de l’écosystème des publications scientifiques en ligne.


Fourni par l’auteur

L’usage déclaré des e-books est en moyenne 6 points plus élevé que celui de l’imprimé (12 pour les bachelors !), pour autant seulement 33 % des répondants déclarent les utiliser ; 22 % les utilisent tout le temps ou fréquemment, 12 % quelques fois ; mais 67 % rarement ou jamais ! On constate donc que le support n’est pas la solution à ce problème.

Globalement, 75 % des étudiants en master déclarent donc ne pas utiliser les ouvrages imprimés, et 72 % les ouvrages numériques, un constat qui pose beaucoup de questions. Les étudiants de master semblent privilégier d’autres types de ressources, notamment les bases de données académiques.

Pour beaucoup, retrouver rapidement les ouvrages recommandés peut devenir un obstacle : listes de lecture dispersées, références incomplètes, faible visibilité des exemplaires disponibles ou des versions numériques… Autant de freins qui poussent certains étudiants à se tourner vers des sources plus facilement accessibles, même si elles sont parfois moins fiables ou moins adaptées.

Adoption massive mais confiance mitigée

Concomitamment à ces évolutions qui percutent le rapport à l’imprimé, l’IA est devenue un outil incontournable pour les étudiants, mais cette adoption massive ne s’accompagne pas d’une confiance équivalente dans les contenus générés ni de recommandations institutionnelles claires.

L’IA n’est pas systématiquement considérée comme pertinente sur le plan académique. L’écart entre l’utilisation fréquente et l’utilité perçue suggère des pratiques hétérogènes : certains étudiants s’appuient sur l’IA comme un outil d’aide courant, tandis que d’autres l’utilisent occasionnellement ou restent sceptiques quant à sa valeur académique.

Environ un étudiant sur deux ferait confiance à l’IA pour générer des idées pour un projet de recherche. La confiance s’effondre lorsque l’IA est utilisée pour la recherche de sources et le référencement. Les étudiants attribuent une note élevée à l’IA pour la traduction (86 % de fiabilité) et une note relativement élevée pour la synthèse (71 %) et la compréhension de concepts complexes (69 %), mais leur confiance chute fortement pour la recherche d’articles scientifiques (38 %) et la suggestion de sources (32 %), précisément là où les erreurs peuvent compromettre la qualité académique.

En l’espace de trois ans, le recours à l’IA pour contourner la lecture directe d’un texte, obtenir un résumé ou extraire les idées phares s’est imposé comme une pratique courante, nouvelle étape de cette mutation des pratiques lectorales des jeunes étudiée dès la fin du siècle dernier. Un rapport « utilitariste » au livre s’impose dans un écosystème informationnel en pleine mutation où la tentation des intermédiaires qui facilitent l’accès et l’appropriation des contenus peut être considérée comme un risque ou une opportunité.


Cet article a été écrit par Cécile Touitou, responsable de la cellule « prospective » de la bibliothèque de Sciences Po, avec la collaboration de Sophie Forcadell, chargée de mission université européenne CIVICA à la bibliothèque de Sciences Po Paris.

The Conversation

Cécile Touitou est présidente de la commission CN 46-8 de l’Afnor “Information et documentation – Qualité, statistiques et évaluation des résultats”.

Sophie Forcadell est membre des bibliothèques académiques LIBER.

ref. Lire pour apprendre ? Comment l’IA transforme le rapport des étudiants aux bibliothèques – https://theconversation.com/lire-pour-apprendre-comment-lia-transforme-le-rapport-des-etudiants-aux-bibliotheques-277570

Bien plus que du football : les répercussions de l’attribution de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc

Source: The Conversation – France in French (3) – By Tapiwa Seremani, Assitant Professor in Business Ethics, IÉSEG School of Management

La Coupe d’Afrique des Nations, organisée tous les deux ans, se donne toujours pour objectif de mettre en évidence la supposée unité du continent. La dernière édition en date, au Maroc, a eu dans une large mesure l’effet inverse, la finale ayant été entourée de tensions maximales, qui ont nettement dépassé les limites du terrain. Deux mois plus tard, la Confédération africaine de football a décidé de retirer le trophée au Sénégal et de proclamer le Maroc, défait sur le terrain, finalement vainqueur – une mesure tardive qui a encore jeté de l’huile sur le feu, attisant soupçons de corruption, commentaires racistes et renfermement identitaire.


Si la finale de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), disputée entre le Sénégal et le Maroc le 18 janvier 2026, a suscité de vifs débats autour des notions de justice et de corruption dans le football africain, rares étaient ceux qui pouvaient anticiper l’ampleur des fractures politiques et culturelles déclenchées par la décision de la Confédération africaine de football (CAF), le 17 mars, soit deux mois après la rencontre, de retirer le titre au Sénégal pour l’attribuer au Maroc.

Un scandale continental

L’événement a rapidement dépassé le cadre strictement sportif. Depuis cette décision, des informations font état du placement du trophée sous protection militaire au Sénégal. Plusieurs figures majeures du football africain, telles que George Weah – unique lauréat africain du Ballon d’Or et ancien président du Liberia – ou encore Claude Le Roy, ancien sélectionneur du Cameroun, du Ghana et du Sénégal, se sont élevées contre la décision de la CAF. Le gouvernement sénégalais s’est entretenu avec la Fédération sénégalaise de football, exigeant l’ouverture d’une enquête formelle sur cette décision en raison de soupçons de corruption. Parallèlement, les réseaux sociaux se sont trouvés saturés de contenus racistes opposant l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne.

Ces tensions, dès le lendemain de la finale, ont débordé des frontières du continent, se manifestant également dans des espaces marqués par une forte présence de diasporas africaines, tels que Paris, Bruxelles ou Londres. Dès lors, au-delà des enjeux sportifs, le dommage le plus durable de cette décision réside sans doute dans les divisions et conflits qu’elle a ravivés entre Africains, souvent selon des lignes raciales et des clivages hérités de l’époque coloniale.

La CAN constitue sans doute le plus grand événement culturel organisé sur le continent africain pour mettre en valeur à la fois les performances sportives et l’unité africaine. D’un point de vue strictement sportif, la décision de la CAF est sans précédent. Rappelons qu’à la création de la CAF et de la CAN en 1957, l’objectif politique était de construire une organisation et un événement panafricains unifiés, porteurs d’une identité postcoloniale commune destinée à dépasser les lignes de fracture héritées de la colonisation – notamment entre Afrique francophone et anglophone, entre Afrique du Nord et Afrique subsaharienne, ou encore entre identités arabe et noire. On en est loin.

Le contexte sportif

Pour comprendre la décision de la CAF et les divisions qu’elle a engendrées, il est utile de revenir sur les événements ayant précédé et jalonné la rencontre censée désigner le champion d’Afrique. Avant même la finale, les tensions étaient palpables, nourries par la conviction croissante, chez certains supporters et au sein de plusieurs équipes, que l’arbitrage favorisait le Maroc, pays hôte. Cette perception a été renforcée par des informations selon lesquelles, à Rabat, l’équipe sénégalaise n’aurait pas bénéficié d’escorte policière lors de ses déplacements vers son hôtel et vers le stade.

Le déroulement du match lui-même s’est avéré particulièrement controversé. Des ramasseurs de balle et même des joueurs marocains auraient tenté de priver le gardien sénégalais de sa serviette – un accessoire essentiel pour essuyer ses gants et le ballon en cas d’humidité, pratique courante dans le football professionnel. Le point de rupture survient lorsque, en fin de match, le Sénégal inscrit un but finalement refusé par l’arbitre pour une faute antérieure. Quelques instants plus tard, un penalty est accordé au Maroc.

En signe de protestation face à ce qu’il percevait comme une injustice manifeste, l’entraîneur sénégalais a appelé ses joueurs à quitter le terrain, ce qu’ils ont fait. Une partie des supporters sénégalais a alors tenté d’envahir la pelouse. Le capitaine du Sénégal, Sadio Mané, resté sur le terrain, s’est efforcé de convaincre ses coéquipiers de reprendre le jeu, ce qu’ils ont finalement accepté après une interruption d’environ quinze minutes (interruption qui justifiera, deux mois plus tard, la décision de la CAF de proclamer que le Sénégal a eu match perdu par forfait). Le Sénégal a inscrit un but en prolongation, s’adjugeant ainsi la victoire et se voyant finalement remettre la Coupe.

Toutefois, nous l’avons dit, la fédération marocaine a immédiatement déposé une plainte auprès de la CAF, laquelle a été acceptée : près de deux mois plus tard, le titre a été officiellement attribué au Maroc.

Les conséquences ont été immédiates. Des informations ont fait état d’agressions visant des Africains subsahariens au Maroc. En cette fin mars, dix-huit supporters sénégalais demeurent emprisonnés au Maroc, accusés de « vandalisme » pour leur comportement durant la finale du 18 janvier.

Si une part importante des analyses s’est concentrée sur les implications sportives – notamment en raison du caractère inédit de la décision de la CAF –, l’ampleur des fractures sociales et culturelles qu’elle a engendrées apparaît tout aussi frappante qu’inquiétante.

La fragilité de l’identité panafricaine

La création de la CAF et l’organisation de la première CAN en 1957 s’inscrivent dans le contexte des mouvements de décolonisation qui traversaient alors le continent africain. Elles répondaient à une ambition politique explicite : forger une identité panafricaine collective fondée sur l’unité et la coopération. Le football devait en être le vecteur privilégié.

Cette vision est clairement exprimée dans le discours prononcé en 1974 par le président de la CAF de l’époque, l’Éthiopien Yidnekatchew Tessema : « Je lance un appel à notre assemblée générale pour qu’elle affirme que l’Afrique est une et indivisible […]. Nous ne reconnaissons pas la division de l’Afrique en sphères francophone, anglophone ou arabophone. Arabes d’Afrique du Nord et Zoulous d’Afrique australe, nous sommes tous des Africains authentiques. »

Force est de constater que cette identité panafricaine postcoloniale est demeurée fragile. Les événements entourant la finale entre le Sénégal et le Maroc, ainsi que la décision subséquente de la CAF, ont ravivé les lignes de fracture que la compétition cherchait précisément à dépasser lors de sa création, notamment entre espaces francophones et anglophones, et ravivé des logiques de hiérarchisation raciale et régionale, en particulier entre Afrique du Nord et Afrique subsaharienne.

Ces divisions, enracinées dans des politiques coloniales de « diviser pour mieux régner », ont laissé des traces durables. La vision d’une identité panafricaine unifiée apparaît ainsi, aujourd’hui encore, comme un projet fragile. Les événements récents en constituent un rappel saisissant.

Pourtant, l’unité et la coopération africaines demeurent des conditions essentielles au progrès du continent dans tous les domaines. Fait révélateur, lors de la prochaine Coupe du monde, les équipes africaines les plus susceptibles de prétendre à une victoire historique pourraient bien être… le Maroc et le Sénégal.

The Conversation

Tapiwa Seremani ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Bien plus que du football : les répercussions de l’attribution de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc – https://theconversation.com/bien-plus-que-du-football-les-repercussions-de-lattribution-de-la-coupe-dafrique-des-nations-au-maroc-279252

De Gaza à l’Iran : l’opinion publique israélienne face à la guerre

Source: The Conversation – France in French (3) – By Elizabeth Sheppard Sellam, Responsable du programme « Politiques et relations internationales » à la faculté de langues étrangères, Université de Tours

Près de 80 % des Israéliens soutiennent les opérations militaires visant l’Iran. Cette cohésion, qui repose sur une perception largement partagée du caractère existentiel de la menace iranienne pour la survie du pays et qui prolonge en quelque sorte le ralliement autour du drapeau constaté après le 7 octobre 2023, ne dit pas tout de la situation politique. Le gouvernement Nétanyahou demeure impopulaire, la non-conscription des ultra-orthodoxes soulève de plus en plus de crispations et, sur le fond, les citoyens sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur l’issue des guerres sans fin dans lesquelles leur pays est engagé.


Le passage de la guerre à Gaza à une confrontation ouverte avec l’Iran marque pour Israël un tournant stratégique majeur. D’un enchaînement d’opérations répétées, parfois longues mais circonscrites, à des fronts identifiés, le pays bascule vers une conflictualité régionale plus diffuse, impliquant davantage d’acteurs et s’étendant sur un espace élargi. Cette évolution ne correspond pas seulement à une intensification du conflit, mais à un véritable changement de nature. Elle installe Israël dans une confrontation durable, où les enjeux de sécurité s’imposent comme un cadre structurant du débat public et politique.

Dans ce contexte, plusieurs questions se posent. Comment une société confrontée à une insécurité durable évolue-t-elle politiquement ? Dans quelle mesure la perception d’une menace majeure produit-elle une forme de cohésion sans effacer les divisions internes ? Et comment cette tension s’exprime-t-elle dans un contexte de guerre prolongée et d’échéances électorales ?

Ralliement autour du drapeau

Contrairement à une grande partie de l’Europe occidentale, où les menaces sont souvent perçues comme lointaines, cette expérience est en Israël immédiate et concrète. Les attaques du 7-Octobre, les déplacements massifs de populations dans le sud puis dans le nord, les tirs répétés et les pertes humaines ont profondément transformé les perceptions collectives. Cette expérience directe de la guerre rapproche Israël de certains pays d’Europe orientale, notamment les États baltes ou l’Ukraine, où les préoccupations sécuritaires structurent les choix politiques. Elle constitue aussi une ligne de fracture au sein de l’Europe elle-même.

Dans ce cadre, la montée en puissance de l’Iran comme acteur central du conflit est décisive. L’image de la pieuvre illustre cette lecture stratégique. L’Iran en constitue la tête, tandis que ses relais – les houthistes du Yémen, le Hezbollah libanais, les milices chiites d’Irak… – en représentent les prolongements. La guerre de Gaza s’inscrit ainsi dans une architecture plus large, ce qui éclaire le basculement vers une confrontation régionale.

La question centrale devient alors celle d’une tension entre unité stratégique et fragmentation politique. Le 7-Octobre a suscité un réflexe de « ralliement autour du drapeau » face au choc sécuritaire, mais ce phénomène est intervenu dans une société déjà traversée par des divisions politiques profondes. La guerre ne suspend pas ces clivages. Elle les déplace, les reconfigure et en révèle de nouveaux.

Comprendre cette tension suppose d’abord de revenir sur la transformation du conflit lui-même et sur les formes de cohésion qu’il produit.

Une guerre qui s’inscrit dans la durée

Un an après le 7-Octobre, en 2024, une large majorité des Israéliens confiaient que leur sentiment de sécurité personnelle s’était dégradé. Si la situation a évolué depuis, ces données éclairent la profondeur du choc initial et ses effets persistants sur les représentations collectives.

Les enquêtes d’opinion montrent également un fort effet de ralliement depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février 2026. Selon un sondage de l’Institut d’études de la sécurité nationale de l’Université de Tel-Aviv effectué ce 19 mars, les Israéliens soutiennent à 78,5 % les frappes israélo-américaines contre l’Iran et se déclarent satisfaits des résultats militaires obtenus (ce ratio atteint 91,5 % parmi les Israéliens juifs, contre seulement 25,5 % parmi les Israéliens arabes, où l’opposition à la guerre est majoritaire à 65,5 %).

Ce soutien, qui repose sur une perception largement partagée de la menace iranienne, connaît toutefois des limites. L’appui à la poursuite du conflit jusqu’à des objectifs maximalistes recule tandis que les inquiétudes liées à la durée, aux coûts et aux résultats de la guerre progressent.

La cohésion de la société israélienne sur la question de l’attitude à adopter à l’égard de l’Iran n’a pourtant rien d’évident. Elle contraste avec les divisions observées sur d’autres fronts.

Pendant la guerre à Gaza, la société israélienne a été traversée par des tensions importantes, notamment autour de la question des otages et des objectifs du conflit. Ces débats ont laissé des traces durables et continuent d’influencer les perceptions de la confrontation avec Gaza.

Sur le front libanais, les enquêtes d’opinion montrent une perception beaucoup plus incertaine des résultats de la guerre, une part importante de la population doutant que les opérations actuelles aboutiront à un calme durable.

Ce contraste met en évidence l’existence d’une hiérarchie des menaces dans l’opinion publique. Le niveau de consensus observé face à l’Iran apparaît spécifique et ne s’étend pas automatiquement aux autres théâtres du conflit. Autrement dit, même en situation de guerre, la cohésion nationale n’est ni constante ni homogène. Elle dépend des perceptions de la menace, des objectifs poursuivis et des coûts anticipés. Elle apparaît ainsi comme une variable du conflit, et non comme une donnée acquise.

Enfin, la capacité de la société à soutenir un conflit prolongé apparaît incertaine. Une partie significative de la population exprime des doutes sur la possibilité de maintenir un effort de guerre dans la durée, ce qui souligne les contraintes internes d’une guerre longue.

Une unité stratégique sans unité politique

Malgré un consensus relativement large sur la nécessité de faire face à l’Iran, celui-ci ne se traduit pas par un soutien équivalent au gouvernement. Des figures de l’opposition ont exprimé leur soutien à l’action militaire tout en maintenant de fortes critiques à l’encontre de l’exécutif.

Les sondages confirment cette dissociation. Une majorité relative de la population exprime une faible confiance dans le gouvernement, dans un contexte de forte polarisation politique et sociale. Ces divisions ne se limitent pas à l’évaluation du conflit. Elles portent également sur les choix politiques à venir. La question de l’avenir de Gaza constitue un point de clivage majeur, entre différentes visions de gouvernance, de sécurité et de relations régionales.

Parmi les enjeux les plus sensibles figure celui de la conscription des ultra-orthodoxes. Dans un pays en guerre, la participation à l’effort de défense devient une question centrale de légitimité et de cohésion nationale. L’exemption de certains groupes est de plus en plus contestée et cristallise des tensions politiques majeures.




À lire aussi :
Juifs ultra-orthodoxes en Israël : l’exemption de service militaire face à l’épreuve de la guerre


À l’approche d’échéances électorales – les prochaines élections législatives israéliennes doivent, en principe, avoir lieu au plus tard en octobre 2026 (fin de la législature actuelle, sauf dissolution anticipée) –, ces tensions sont appelées à s’intensifier. Le soutien à l’action militaire ne neutralise pas les rivalités politiques. Il les reconfigure et leur donne de nouveaux objets.

Une société profondément divisée

L’évolution actuelle met en lumière une configuration politique singulière. Israël, dont de nombreuses villes sont bombardées, fait face à une menace directe, ce qui produit un niveau élevé de cohésion stratégique, en particulier vis-à-vis de l’Iran, sans pour autant effacer les divisions internes.

Dans un contexte de guerre prolongée et d’élections législatives qui approchent rapidement le maintien d’une compétition politique réelle et d’un débat public actif témoigne de la solidité du fonctionnement démocratique israélien. La guerre ne suspend pas la vie politique. Elle en redéfinit les priorités et en intensifie les enjeux.

À l’horizon électoral, cette tension entre impératif sécuritaire et fragmentation politique constitue l’une des principales incertitudes. Elle révèle une dynamique durable où unité stratégique et division politique coexistent sans se neutraliser.

Autrement dit, la guerre permanente n’efface pas les fractures. Elle les inscrit dans le temps long de la vie politique israélienne sans les résoudre.

The Conversation

Elizabeth Sheppard Sellam ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De Gaza à l’Iran : l’opinion publique israélienne face à la guerre – https://theconversation.com/de-gaza-a-liran-lopinion-publique-israelienne-face-a-la-guerre-279169

Heat shield safety concerns raise stakes for Nasa’s Artemis II Moon mission

Source: The Conversation – UK – By Ed Macaulay, Lecturer in Physics and Data Science, Queen Mary University of London

The astronauts Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch and Jeremy Hansen are preparing to launch into space on a trajectory that will make them the first humans to travel to the Moon in over half a century.

Their 10-day mission, known as Artemis II, loops around the Moon but will not land. It will see them travel 4,700 miles (7,600 kilometres) beyond the lunar far side in Nasa’s Orion spacecraft. As such, the four astronauts will travel further from Earth than any humans before them.

The quarter-of-a-million mile Artemis II expedition is audacious, but it’s the last five minutes of the mission that might be the most cause for concern for the safety of the astronauts.

An uncrewed test of the Orion spacecraft in 2022 first highlighted problems with the heat shield. This is the part of Orion that bears the brunt of the searing heat the capsule experiences during re-entry through Earth’s atmosphere.

When engineers examined the Orion heat shield from 2022’s Artemis I mission, they found large chunks of material had been lost. The worry was that, should this happen again on the crewed Artemis II mission, it could expose the interior of the capsule to dangerously high temperatures.

Technicians at Kennedy Space Center applied more than 180 blocks of ablative material to Orion’s heat shield.
NASA/Isaac Watson

Since the earliest days of human spaceflight, engineers have protected capsules from the extreme heat of re-entry with so-called “ablative” heat shields, made from material that’s designed to burn away evenly as the capsule scorches its way through the atmosphere.

To meet the demands of the reusable space shuttle, Nasa developed an incredible heat shield system made from ultra-light tiles of glass-coated silica fibres. While this heat shield had extraordinary thermal properties, it was also exceptionally fragile, and required exhaustive maintenance after every shuttle mission.

It was damage to this fragile and exposed protection system that caused the tragic loss of space shuttle Columbia in 2003. For the Artemis programme, Nasa has returned to the concept of an ablative heat shield.

Artist’s impression of Orion re-entering Earth’s atmosphere.
Nasa

The heat shield for the Orion capsule is composed of a material called Avcoat, based on the material originally developed for the Apollo programme. Although Nasa considered other, newer materials for the Orion heat shield, they ultimately decided on the material that had been proven in flight by the Apollo missions.

However, the structure of Orion’s heat shield differs from those used during Apollo. The Apollo heat shield comprised a singular honeycomb matrix of about 320,000 individually filled hexagonal segments. To make the heat shield for Orion more efficient and reproducible to manufacture, Nasa has opted for a configuration of around 180 individual blocks.

This heat shield was first tested in 2014 when an uncrewed Orion capsule was launched to an apogee of 3,600 miles by a Delta IV rocket. The capsule blazed through the atmosphere on its return at a temperature of about 2,200°C (4,000°F), but the heat shield proved itself capable of withstanding such an inferno.

Large chunks of the heat shield were lost (red circles) during the Artemis I mission in 2022.
Nasa

The next test of the Orion capsule was the Artemis I mission in 2022. This was the first flight of the powerful Space Launch System rocket, and an uncrewed demonstration of the mission planned for Artemis II. Hurtling through Earth’s atmosphere from a far greater distance than the first test, the spacecraft reached temperatures of around 2,800°C (5,000°F). It’s here that the first concerns about the Avcoat heat shield were raised.

Instead of burning away evenly over the whole surface, parts of the Artemis I heat shield were lost unexpectedly in uneven chunks. This uneven ablation makes modelling the thermal loads of re-entry more unpredictable, and raises the possibility that the Orion capsule could be exposed to dangerous levels of heating.

The Artemis II crew members (left to right): mission specialist Jeremy Hansen CSA (Canadian Space Agency), mission specialist Christina Koch, pilot Victor Glover, and commander Reid Wiseman (Nasa).
The Artemis II crew members (left to right): mission specialist Jeremy Hansen CSA (Canadian Space Agency), mission specialist Christina Koch, pilot Victor Glover, and commander Reid Wiseman (Nasa).
Nasa/Isaac Watson

On investigation, the cause of this uneven ablation was found to be irregular releases of gases trapped within the heat shield material, compounded by the “skip re-entry” profile adopted by the mission.

In the skip profile, Orion first grazes the edge of the atmosphere to slow down. It then uses the aerodynamic lift of the capsule to skip back out of the atmosphere, before re-entering for its final descent to Earth. The skip profile is so named because it somewhat resembles a stone skipping across a pond.

Nasa investigators found that, when heating rates decreased during the period between dips into the atmosphere, thermal energy accumulated inside the Avcoat material. This led to the build up of gases and, in turn, the internal pressure – causing cracks and the uneven shedding of material.

Based on the lessons from Artemis I, Nasa has adopted a number of measures to protect the crew of Artemis II. For the first crewed mission of the programme, Nasa has kept the Avcoat heat shield material, but updated the design of the blocks to help the gases to escape during re-entry.

Furthermore, instead of the skip profile, Nasa has now opted for a more direct re-entry mode for the Orion capsule. This reduces the uncertainty in the heating profile and means less time at peak temperatures for trapped gases to damage the heat shield, but also means that the crew will be subjected to increased deceleration on re-entry.

Ex-Nasa engineers’ concerns about the Artemis II heat shield (ABC News)

Safety first

At the height of the drama in the film Apollo 13, flight director Gene Kranz famously declares to the team at mission control that “failure is not an option”.

Although the line was in fact the product of the film’s screenwriters, it’s become not just the second-most quotable line from the film, but also somewhat of a mantra at Nasa itself.

Nowhere is this more true than with the heat shield of Artemis II. During the final phase of the Artemis II mission, there’s no backup, no contingency, and no chance of escape. The four astronauts on board will be depending on a few inches of resin-coated silica to shield themselves from temperatures approaching half that of the surface of the Sun.

Human spaceflight has always brought with it calculated risks, but it has also provided a uniquely human perspective on our place in the cosmos. The Artemis II mission will make its crew the first humans in over half a century to observe the blue marble of planet Earth in its entirety with their own eyes.

The crew will carry with them the hopes and aspirations of a whole new generation of explorers. They will be depending on the meticulous work of thousands of scientists and engineers for their safe return, bringing with them a renewed human perspective on not just the Moon, but the planet we all call home.

The Conversation

Ed Macaulay does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Heat shield safety concerns raise stakes for Nasa’s Artemis II Moon mission – https://theconversation.com/heat-shield-safety-concerns-raise-stakes-for-nasas-artemis-ii-moon-mission-275853

Apple at 50: eight technology leaps that changed our world

Source: The Conversation – UK – By Nick Dalton, Associate Professor in the School of Computer Science, Northumbria University, Newcastle

In the early 1970s, the idea of an ordinary person owning a computer sounded absurd. Computers back then were more like aircraft carriers or nuclear power plants than household appliances – vast machines housed in data centres operated by teams of specialists, serving governments, universities and large corporations.

Then came Apple.

Founded on April 1 1976 by “college dropouts” Steve Jobs and Steve Wozniak, the Silicon Valley startup did not invent computing. What it did was arguably more important: it helped turn computing into a personal technology.

Before Apple, computers were largely sold in kit form. Jobs saw that people wanted them pre-assembled and ready to run. The earliest Apple I units, featuring handmade koa wooden cases, now sell for hundreds of thousands of dollars.

As an early Apple adopter and app developer, here’s my selection of the company’s (and Jobs’s) most significant technological achievements over the last 50 years.

Apple II – beige yet distinctive

Early personal computers were more curiosities than practical tools. The Apple II, launched in June 1977, introduced something new: style. Even its colour – beige! – was distinctive, contrasting with the black metal boxes common at that time.

The use of colour graphics was both new and exciting, and the keyboard felt satisfying to use. A simple speaker, with only a single-bit output, was ingeniously coaxed into producing tones and even speech-like sounds. The design revolution stretched as far as the packaging: Jerry Manock, Apple’s first in-house designer, placed the machine in a moulded plastic case which looked sleek and professional.

The mouse – a whole new way of interacting

By 1979, the 24-year-old Jobs – sensing that tech giant IBM was catching up with Apple – went looking for the next big thing. The photocopier company Xerox, wanting pre-IPO shares in Apple, offered a visit to its nearby research labs as an inducement. Jobs realised that researchers such as Alan Kay at Xerox’s Palo Alto research centre were creating the next generation of computing interfaces.

Central to this was a device invented by Kay’s mentor, Douglas Engelbart, at Stanford University in the mid-1960s and nicknamed “the mouse”. Engelbart’s vision of computers as machines to augment the human mind inspired Kay and colleagues to create graphical displays in which users interacted with scrollbars, buttons, menus and windows.

Macintosh – dawn of the modern product launch

Jobs thought anyone should be able to use a computer. In January 1984, the first Apple Mac pushed this idea to new extremes. The traditional need for obscure computer commands (and manuals) vanished. Early adopters such as myself felt we just knew how to do everything.

But the Mac’s launch was not just another technological leap for Apple. It also inspired the now-familiar cultural moment of the modern product launch. Following a teasing Super Bowl advert directed by Ridley Scott, Jobs used a 1,500-seat theatre on January 24 to create a stage performance centred on a single charismatic presenter. Jobs let a small, square and still-beige computer (then known as Macintosh) out of its bag – and it began speaking for itself, to rapturous applause.

Video: MacEssentials.

Pixar – Jobs’s side hustle

In its first decade, Apple grew at an exceptional rate – but it also came close to financial collapse on several occasions. This led to one of the most dramatic moments in Apple’s history when, in May 1985, the company forced Jobs out.

A year later and now in charge of the startup NeXT Inc, Jobs bought a division of George Lucas’s film company which was soon rebranded as Pixar. Its RenderMan software generated images by distributing processing across multiple machines simultaneously.

Pixar, jokingly referred to as Jobs’s “side hustle”, would become one of the world’s most influential (and valuable) animation production companies, having released the first fully computer-animated feature film in Toy Story (1995).

Toy Story (1995) official trailer.

iMac – a meeting of minds

After a failed attempt to develop a new operating system with IBM, Apple eventually bought Jobs’s company NeXT. In September 1997, he returned to Apple as interim CEO with the company “two months from bankruptcy”. The move, though welcomed by many Apple users, terrified some of its employees. Jobs quickly began firing staff and shutting down failed products.

During this restructuring, he visited Apple’s design studio and immediately hit it off with young British designer Jony Ive. Their meeting of minds led to the 1998 candy-coloured translucent iMac. Essentially smaller, cheaper NeXT machines, iMac (the i stood for internet) also kicked off another Apple habit: abandoning ageing technology. The floppy disk drive was ditched in favour of a CD drive – a move heavily criticised at the time, but later widely copied.

Video: TheAppleFanBoy – Apple & Computer Archives.

iPod – 1,000 songs in your pocket

For Apple, computing was always about more than, well, computing. In 2001, the company began focusing on processing sound and video, not just text and pictures. By November that year, it had released the iPod – a personal music player capable of storing “1,000 songs in your pocket”, compared with a maximum of 20-30 on each cassette tape in a Sony Walkman.

The iPod used an elegant “click wheel” to operate the screen. Music was synced through a new application called iTunes. By 2005, people were using iTunes to manage audio downloaded automatically from the internet using a process called RSS. This in turn put the pod in podcasting.

Video: xaviertic.

iPhone – a computer in everyone’s hands

By 2007, many mobile phone companies had approached Apple about merging the iPod with their phones. Instead, on January 9, Jobs unveiled Apple’s most ambitious product yet: a combined phone, music player and Mac computer – all at the size of a handset with no physical keyboard and huge screen.

Most media “experts”, from TechCrunch to the Guardian, predicted the iPhone would bomb. Steve Ballmer, then CEO of Microsoft, mocked the US$500 price tag, saying nobody would buy it. In fact, 1.4 million iPhones were sold by the end of the year – and over 3 billion more since then. This truly put a computer into everyone’s hands – and opened the door to social media as we know it today.

Video: Mac History.

App Store’s software revolution

By mid-2008, the iPhone enabled third-party developers the chance to to create a dizzying range of new applications. At the same time, the App Store – launched on July 10 2008 – addressed one of the most complex problems: how to distribute and commercialise these “apps”. Historically, they were often copied and distributed freely. The App Store changed this, using strong encryption to ensure the copy sold could only be used by that specific user, thus eliminating software piracy.

By establishing the first (eponymous) App Store, Apple changed the way people discover and purchase software. This led to an explosion of apps and a simple but powerful idea: whatever you wanted to do, someone, somewhere, had already built it. Apple captured this shift in a slogan that became part of everyday language: “There’s an app for that”.

Time and again, this extraordinary company has anticipated the value of opening up computing to everyone. Happy birthday, Apple.

The Conversation

Nick Dalton does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Apple at 50: eight technology leaps that changed our world – https://theconversation.com/apple-at-50-eight-technology-leaps-that-changed-our-world-279541

Despite massive casualties in Ukraine, Russia is unlikely to run out of soldiers anytime soon – here’s why

Source: The Conversation – UK – By Charlie Walker, Associate Professor of Comparative Sociology, University of Southampton

Russia has begun a spring offensive in Ukraine, launching a major assault on the “fortress belt” of heavily defended cities in Ukraine’s eastern Donetsk region. At the same time, a wave of nearly 1,000 drones and missiles targeted civilian, energy, and transport infrastructure across a wide swath of territory in a bid to overwhelm Ukraine’s air defences.

Ukraine’s technology-driven tactical nous has enabled it to kill or wound more Russian troops than are being recruited, month on month. But reports from Ukraine’s military commander Oleksandr Syrskyi that the Kremlin plans to add more than 400,000 new recruits in 2026, suggest that Russia intends to continue with its “meat grinder” strategy of attempting to overwhelm Ukraine along the front lines with sheer weight of numbers while undermining national morale by destroying its energy infrastructure.

Of course, the meat grinder involves a high level of casualties on the Russian side. This has led some western observers to suggest that Vladimir Putin might be forced to the negotiating table simply because his military can’t get enough troops to continue in this way.

The idea that Russia will have trouble recruiting enough soldiers is a hangover from some of its past wars, where the dire treatment of its soldiers and veterans led at times to considerable disillusionment. This idea has been raised in the current war against Ukraine.

During the Soviet-Afghan War in the 1980s and the first Russian-Chechen War in the 1990s, soldiers’ mothers organisations across Russia placed the conditions under which their sons served their country under the spotlight. Poor service conditions, hazing and corruption – and the state’s failure to provide adequate support and recognition to veterans and the families of fallen soldiers – eroded the image of the Russian military. This led to a breakdown in society-military relations and serious problems in the recruitment and retention of soldiers.

This theme remains ever-present in western reporting of the war. There has been a great deal of media focus on draft avoidance, low morale and discipline in the field and, the poor treatment of veterans. And the enlistment of people serving prison terms as well as troops from allies such as North Korea and Serbia are also a big focus of attention in western media coverage.

Advertising soldiering as a “real job” for “real men” appeared to signal desperation. And the fact that soldiers appeared only to be fighting for money – or because they were coerced – implied that genuine support either for the war or the regime was weak. Evgeny Prigozhin’s attempted mutiny in 2023 was a more concrete and spectacular example of the potential for Russia’s military mobilisation to implode.

Rebuilding military citizenship in Russia

But in one important respect, this war is being waged differently from earlier wars in Chechnya and Afghanistan. Putin has been determined to prevent any kind of breakdown in society-military relations. He has made a concerted effort to re-engineer the relationship between the army, the state and Russian society since the 2000s – precisely to avoid a repetition of this outcome.

Both the Afghan and first Chechen wars were marked by a breakdown in the social contract between soldiers and the state, or what we call “military citizenship”. This is the reciprocal relationship whereby the state provides soldiers with forms of social and legal recognition – living wages, access to housing and decent healthcare, family support, and a degree of social respect. In exchange they carry out military service.

These forms of reciprocity clearly collapsed after the Afghan and first Chechen wars. It created a rift between the military and the state that was personified in soldiers’ social and political marginalisation and dissent and disillusionment in senior military ranks. In response to this, Russia has made significant long-term changes. A civic council was established in 2006 under the control of the Ministry of Defence – chaired by patriotic film-maker Nikita Mikhalkov – specifically to guide this process.

This was followed in 2008 by the Strategy for the Development of the Russian Armed Forces. As part of this, Russia has introduced extensive material benefits relating to housing, pensions, salaries and social guarantees for soldiers. The in-house newspaper of Russia’s defence ministry, Krasnaya Zvezda, trumpeted that, under these reforms, “contract soldiers are becoming the country’s middle class”. This is, of course, the government line, but it reflects the importance the Kremlin places in being at least seen to address this historic problem.

This programme of reforms has been accompanied by work to rebuild military patriotism. Civil society organisations such as the Immortal Regiment, a massive and highly active organisation of veterans, are helping to mobilise Russia’s proudly held military tradition from the second world war (known in Russia as the “great patriotic war”).

These forms of material and symbolic recognition will not, of course, appeal to all Russian men. Putin has been forced over the course of the war to introduce stringent rules and severe punishments to prevent draft dodging and the mass emigration of military-aged men.

But on the other hand, many Russians still live in hardship as a result of the country’s shaky economic transition after the collapse of the Soviet Union in the 1990s. For many young and older men in deindustrialising parts of provincial Russia, the army is still seen as the only prospect of social mobility. And this has been reinforced by the benefits provided to the military in recent years.

This does not mean that there are no concerns about conditions in the military, the quality of social protection for soldiers and their families, and – ultimately – about the legitimacy of the war in Ukraine. The relationship the Russian state has attempted to reestablish with society, and with its men in particular, remains problematic. It is still marked by tensions that Putin is either trying to address or attempting to hide. And desertion remains a significant problem for the Russian military.

But the high military salaries and sign-on bonuses continue to attract a steady stream of recruits. So we need to question this idea that relations between military and society will fall apart now and force Russia to the negotiating table. Given the boost to Russia’s economy provided by the current war in the Middle East, the west would do better to focus on how it can assist Ukraine on the battlefield.

The Conversation

Charlie Walker currently receives funding from Economic and Social Research Council and Russia Strategic Initiative

Bettina Renz has previously received funding from the Russia Strategic Initiative

ref. Despite massive casualties in Ukraine, Russia is unlikely to run out of soldiers anytime soon – here’s why – https://theconversation.com/despite-massive-casualties-in-ukraine-russia-is-unlikely-to-run-out-of-soldiers-anytime-soon-heres-why-278119