Peut-on développer le photovoltaïque au sol sans nuire à la biodiversité ?

Source: The Conversation – in French – By Raphael Gros, Professeur en écologie et conservation des sols à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), Aix-Marseille Université (AMU)

Alors que dans de nombreuses régions françaises l’énergie solaire est en plein développement, son impact sur la biodiversité est l’objet d’études inédites. Il varie selon les sites d’installation, mais aussi la hauteur et l’espacement des panneaux, par exemple.


Entre 75 000 et 124 000 hectares. Telle est, dans les scénarios prospectifs de l’Ademe, la surface mobilisée par le photovoltaïque au sol pour atteindre entre 92 et 144 gigawatts d’ici 2050. Si le gouvernement français lui, vise désormais 48 gigawatts en 2030 et jusqu’à 80 gigawatts en 2035, et s’il a récemment freiné le déploiement du solaire en faveur du nucléaire, le développement de cette énergie renouvelable reste malgré tout une priorité stratégique déjà en œuvre, notamment depuis la loi Aper de 2023.

Mais alors que, dans de nombreuses régions de France, l’énergie solaire est en pleine expansion, de nombreuses questions méritent notre attention :

Quelles plantes poussent encore, à l’ombre des panneaux ? Est-ce que les insectes se maintiennent sur les terrains où sont installés des panneaux solaires ? Comment un champ de panneaux solaires peut limiter la faune sauvage ?

Sur le terrain, développeurs de parcs solaires, bureaux d’étude en environnement, collectivités, associations, scientifiques, services instructeurs de l’État et gestionnaires d’espaces naturels se retrouvent eux confrontés à un enjeu de taille : comment produire une énergie renouvelable tout en préservant le vivant ?

Quelles biodiversités sont concernées ?

De fait, l’installation de parcs photovoltaïques, en exploitation sur trente à quarante ans, ne se résume pas à une simple occupation d’espace par une infrastructure hors sol. Ces infrastructures et notamment les panneaux solaires, par leurs incidences sur les sols et le climat, peuvent constituer dans certains cas un véritable bouleversement pour le vivant.

Des effets positifs, neutres ou négatifs, sont susceptibles de se répercuter à toutes les échelles d’organisation biologique de la biomolécule au paysage, en passant par les espèces et les communautés et donc le fonctionnement des écosystèmes.

Aujourd’hui, la conception de ces parcs est régie par la séquence Éviter-Réduire-Compenser (ERC) prévue au Code de l’environnement. Celle-ci vise une absence de perte nette de biodiversité, en s’appliquant aux espèces, habitats naturels, et fonctions écologiques.

Les leviers de réduction des impacts atteignent toutefois rapidement des limites si l’application de la séquence ERC se concentre sur la liste des espèces protégées sans intégrer les différentes dimensions de la biodiversité et en particulier les fonctions écologiques (cycles des nutriments, pollinisation, corridors migratoires entre autres) affectées par les changements d’usage des sols. Il est également nécessaire de prendre en compte les changements de biodiversité à différentes échelles spatiales – du site au paysage – et temporelles, des conséquences immédiates aux trajectoires à long terme.

Des impacts écologiques de mieux en mieux documentés mais contrastés

La phase de construction est généralement associée aux perturbations les plus marquées. Nous avons par exemple observé des sols de moindre qualité très rapidement après la construction d’une centrale photovoltaïque dans le sud de la France, se traduisant par une réduction de ses propriétés physiques et biologiques. Cependant, d’autres scientifiques ont observé une augmentation des teneurs en phosphore, potassium et nitrates, 6 ans après l’installation des panneaux solaires dans des écosystèmes arides.

En phase d’exploitation, la nature, l’ampleur, l’intensité et la durée des impacts (Figure 1) sont différentes d’une région à l’autre et dépendent des choix techniques de dimensionnement (hauteur des panneaux, largeur des inter-rangs, présence de pistes construites avec des matériaux exogènes tassés), des modalités de gestion de la végétation.

Schéma représentant les différences de réponses de la flore, de la faune et des sols entre différents micro-habitats d’une centrale photovoltaïque (S pour sous-panneaux, I pour inter-rangs, P pour pistes, B pour bordures hors panneaux) et avec une prairie extérieure (E). Les couleurs (orange, bleu et vert) indiquent si l’un des habitats crée des conditions respectivement défavorables, neutres ou favorables par rapport aux autres habitats. Par exemple, les pistes sont défavorables par rapport à tous les autres habitats, et les espaces sous panneaux sont favorables par rapport aux pistes, mais défavorables par rapport aux inter-rangs et aux bordures.
Fourni par l’auteur

Par exemple, sous les panneaux, les changements de microclimat sont peu propices aux arthropodes, en particulier aux pollinisateurs, à des communautés végétales diversifiées et aux activités des organismes du sol. Dans les régions plus arides, cependant, les panneaux photovoltaïques peuvent au contraire atténuer les stress hydriques et thermiques, augmentant ainsi la survie et la productivité des plantes sensibles aux fortes chaleurs et lumière intense.

Enfin, les impacts de la phase de démantèlement de la centrale ou du remplacement des panneaux solaires restent à documenter. Cette phase pourrait constituer une perturbation ponctuelle supplémentaire mais potentiellement réversible, dont les effets peuvent dépendre des caractéristiques techniques de ces travaux et de la capacité des milieux à se régénérer après la remise en état du site.

Un enjeu majeur : l’occupation avant-projet et la destination des terres

Les impacts des centrales photovoltaïques sur la biodiversité dépendent également de l’usage historique des sites sur lesquels les installations sont implantées et de la valeur écologique des milieux environnants. Certaines centrales construites en milieux dégradés peuvent créer des habitats favorables à certaines espèces comme les bourdons et les oiseaux inféodés aux prairies, tandis que l’implantation de parcs solaires dans des forêts et des milieux semi-naturels (landes, prairies permanentes, pelouses, garrigues, marais…) peut entraîner une fragmentation des habitats et des pertes conséquentes de biodiversité.

Par exemple, les constructions dans les Landes de Gasconne induisent, en comparaison de milieux prairies comparables, une forte perte des abeilles sauvages et d’autres pollinisateurs, et favorisent le développement d’espèces rudérales (c’est-à-dire qui poussent spontanément dans des milieux fortement dégradés par l’humain) ou exotiques envahissantes si ces pratiques impliquent des travaux du sol.

Il est donc crucial de privilégier la conversion de friches industrielles, de sites dégradés ou pollués, des décharges et aussi des parcelles agricoles afin de limiter les impacts sur les espèces sauvages, voire offrir des opportunités de restauration de certains habitats et de corridors écologiques (passages qui assurent des connections entre des réservoirs de biodiversité) sous réserve d’une gestion environnementale et des clôtures adaptées.

Les terres agricoles occupent une position particulière dans le développement des parcs solaires. Certaines d’entre elles, notamment celles soumises à des pratiques intensives, présentent un état de biodiversité et de fonctionnement écologique souvent dégradé, ce qui pourrait en faire des espaces prioritaires pour l’implantation de centrales photovoltaïques dans une logique de moindre impact écologique. Toutefois, en France, des contraintes socio-économiques et réglementaires limitent encore largement leur mobilisation pour la production d’énergie solaire, contrairement à des pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni, où la majorité des centrales photovoltaïques est implantée sur des terres agricoles.

Peut-on concilier photovoltaïque au sol et conservation de la biodiversité ?

La capacité des projets à préserver la biodiversité dépendra donc étroitement d’une planification territorialisée, fondée sur des connaissances scientifiques robustes, une séquence ERC complète et écologiquement efficace ainsi que sur une volonté locale partagée.

Le premier levier de réduction des impacts est une planification évitant les milieux à forte valeur écologique et idéalement avec une concertation des acteurs locaux. Les collectivités territoriales en charge de la planification devraient être sensibilisées à cette problématique. L’obligation de compatibilité des choix de sites d’implantation des projets par les développeurs avec les documents de planification territoriaux (PLU, PLUi, SCoT, PCAET…) et chartes ou documents cadres associés aux aires protégées doit être respectée.

La construction des centrales photovoltaïques sur des terrains déjà dégradés (sans oublier les toitures et les parkings) peut, lorsqu’elle est associée à la restauration écologique, et à condition que ces objectifs soient intégrés dès la conception et évalués sur le long terme, constituer une stratégie doublement gagnante pour les enjeux énergétiques et écologiques. La construction de petites centrales et la réduction de leur densité au sein d’un même territoire préserveraient les connectivités écologiques.

Le second levier vise le développement des installations à faibles impacts écologiques. Ainsi un espacement des rangées de panneaux au moins équivalent à la largeur des panneaux et un rehaussement de la hauteur minimale au-delà des 1,10 mètre préconisés dans l’arrêté du 29 décembre 2023 sur l’artificialisation des sols favoriseraient la diversification des habitats et les conditions microclimatiques les plus favorables avec moins d’ombre, moins d’exclusion de pluies et moins de modifications des températures.

Un fauchage ou un pâturage extensif, et hors période de floraison, seraient plus favorables pour la conservation de la diversité végétale et des pollinisateurs qu’une gestion intensive de la végétation.

Un effort de collaboration entre chercheurs et aménageurs est attendu sur la quantification des pertes de fonctions écologiques et sur l’élaboration de techniques de réduction et de compensation.

Seulement dans ces conditions, le photovoltaïque au sol pourra contribuer aux transitions énergétique et climatique en s’inscrivant dans une trajectoire écologique positive et intégrée aux territoires. Il semble aussi essentiel d’appeler à ne pas opposer la quête d’une sobriété énergétique et la protection du vivant.


Véronique de Billy (Office français de la biodiversité) et Thomas Eglin (Agence de la transition écologique) ont été relecteurs de cet article.

The Conversation

Gros Raphael a reçu des financements de l’ADEME (projet REMEDE) et de l’OFB.

Armin Bischoff a reçu des financements du consortium Engie Green-ANRT-Université de Tours-Avignon Université (bourse Cifre de Louison BIENVENU), de l’ADEME (projet REMEDE, bourse Quentin LAMBERT), du CESAB (projet ESEB, bourse postdoc de Lucas ETIENNE).

Bertrand Schatz a reçu des financements de l’ANR pour des thèmes différents et de l’Ademe et de l’OFB (projet Remede) pour le sujet des ENR, mais sans conflits ou liens d’intérêts.

Quentin Lambert a reçu des financements de l’ADEME

Alexandra Bideau et Arnaud Lec’hvien ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Peut-on développer le photovoltaïque au sol sans nuire à la biodiversité ? – https://theconversation.com/peut-on-developper-le-photovolta-que-au-sol-sans-nuire-a-la-biodiversite-278254

La restriction de la vente d’alcool à Damas, illustration du durcissement du régime syrien

Source: The Conversation – in French – By Imad Khillo, Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes. Chercheur au Centre d’études et de recherche sur la diplomatie, l’administration publique et le politique (CERDAP²). Codirecteur du séminaire de recherche « Construction nationale et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins., Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes

Les autorités de Damas ont interdit la consommation d’alcool dans les espaces publics, au nom d’une vision très conservatrice de l’islam. La mesure autorise toutefois la vente dans trois quartiers où vivent les chrétiens, ce qui tend à encore davantage pointer du doigt cette minorité. Au-delà, l’objectif du gouvernement Al-Charaa est d’imprimer un tour de vis supplémentaire au contrôle de l’espace public.


Depuis l’instauration du nouveau régime d’Ahmad Al-Charaa à Damas le 8 décembre 2024, on observe en Syrie une volonté croissante des autorités d’encadrer les comportements dans l’espace public.

Dans ce contexte, la question de la consommation d’alcool, loin d’être anecdotique, apparaît comme un indicateur révélateur des transformations en cours. Elle s’insère dans une dynamique plus large marquée par un renforcement du contrôle social, une mobilisation accrue du registre religieux et une recomposition des rapports entre communautés, notamment à l’égard des populations chrétiennes.

Une politique de restriction de l’alcool mise en place dès mars 2026

Le 16 mars 2026, le gouvernorat de Damas a promulgué la réglementation n° 311/MT, qui interdit la consommation d’alcool dans l’ensemble des bars, restaurants et espaces publics de ce gouvernorat, qui est composé uniquement de la capitale du pays (il n’y a pas d’autres réglementations similaires dans d’autres villes pour le moment). Présentée comme une réponse aux attentes locales (notamment à la suite de plaintes répétées des habitants relatives à la vente aux mineurs) et comme un moyen de préserver les « bonnes mœurs », cette mesure a été justifiée par les autorités, dans une argumentation reprise et diffusée par l’agence officielle SANA (Syrian Arab News Agency), comme un renforcement du décret législatif n° 180 du 23 mars 1952, qui interdisait déjà la vente et la consommation d’alcool dans les zones musulmanes.

Désormais, la vente d’alcool est limitée à trois quartiers précis : Bab Sharki, Bab Touma et Qassa, et uniquement sous forme de bouteilles fermées, sans possibilité de consommation sur place. En outre, les établissements autorisés doivent respecter des règles de localisation strictes : ils doivent être situés à au moins 75 mètres des lieux de culte, des écoles et des cimetières, et à une distance minimale de 20 mètres des postes de police et des bâtiments administratifs. Cette mesure est également présentée comme une simple réactivation d’un décret de 2010 du même gouvernorat, signé par le maire de Damas de l’époque, Bichr Al-Saban.

Cette politique s’accompagne d’un renforcement du contrôle administratif. Le directeur de la Direction des professions et des licences au gouvernorat de Damas, Hussein Hammoud, a en partie justifié la mesure par le fait que la moitié des bars et des restaurants ne disposent pas d’autorisations complètes. Un délai de trois mois a été accordé aux établissements concernés pour adapter leur activité, en particulier les bars, qui doivent se transformer en « cafés » sans alcool. Des contrôles réguliers et inopinés sont prévus en cas de non-conformité, pouvant conduire, après avertissement, à une fermeture administrative.

Cette décision, prise sans concertation avec les ministères compétents ni information préalable des acteurs concernés, émane directement de la municipalité de Damas et porte la signature du maire Maher Marwan Idlibi, renforçant un sentiment d’arbitraire lié à la centralisation et au manque de transparence. Au-delà de la seule dimension morale, elle s’inscrit dans une dynamique plus large de restructuration économique qui affecte particulièrement les secteurs liés à la vie nocturne, fragilise des catégories professionnelles entières et plonge de nombreux gérants d’établissements dans une incertitude économique durable, faute de visibilité sur l’avenir de leur activité.

Une moralisation de l’espace public et un contrôle accru des comportements

Les inquiétudes actuelles s’inscrivent dans une continuité historique. Dès l’arrivée du nouveau régime au pouvoir, en décembre 2024, certains responsables chrétiens recommandaient déjà de limiter les célébrations de Noël, par crainte de provoquer des tensions avec les nouvelles autorités d’obédience salafiste, malgré les assurances officielles de tolérance. Plusieurs incidents visant cette communauté ont toutefois été signalés. Bien que ces actes aient été officiellement condamnés, ils témoignaient d’un changement d’atmosphère : la garantie des libertés dépendait moins des déclarations publiques que des pratiques effectives des forces locales et des groupes liés aux mouvances islamistes, à savoir de réseaux sunnites informels issus d’anciens groupes rebelles, partiellement réintégrés après la reconquête de Damas.

Dès mars 2025, plusieurs établissements servant de l’alcool, en particulier dans des quartiers à forte population chrétienne du centre de Damas, avaient été contraints de fermer à la suite d’arrêtés administratifs, avant que certaines de ces décisions ne soient partiellement annulées sous la pression de l’opinion publique. À l’époque, le retrait de certains de ces arrêtés avait été interprété par de nombreux observateurs comme le signe que les autorités restaient attentives à leur image et aux sensibilités des minorités. Avec le recul, cet épisode apparaît surtout comme une phase transitoire : loin de renoncer à ces orientations, le pouvoir semble avoir opté pour une mise en œuvre plus graduelle.

En réalité, les mesures adoptées depuis l’arrivée d’Ahmad Al-Charaa dépassent largement la seule question de l’alcool et s’inscrivent dans une dynamique plus large de redéfinition des normes sociales, marquée par un encadrement croissant des comportements individuels et collectifs. Cette orientation se retrouve ainsi dans d’autres domaines. Le 10 juin 2025, les autorités ont ainsi demandé aux femmes de porter sur les plages publiques des tenues de bain couvrantes, de type burkini, tout en exemptant de cette obligation les établissements privés considérés comme haut de gamme. Cette décision, prise par le ministère du tourisme, illustre l’extension progressive de la logique normative à l’ensemble de l’espace social.

Ce processus s’inscrit dans un contexte marqué par la multiplication d’initiatives locales, souvent prises sans cadre clairement défini, donnant l’impression d’une politique menée par ajustements successifs. Derrière ces mesures se profile toutefois une transformation plus profonde, certains discours officiels évoquant l’émergence d’une « nouvelle Damas » fondée sur des normes sociales et religieuses plus strictes, sans que ses contours soient véritablement précisés.

Dans ce cadre, la contrainte apparaît de plus en plus comme un outil central de régulation, avec une approche graduelle allant de l’avertissement à la fermeture des établissements, notamment dans le cadre des restrictions liées à l’alcool. Cette évolution alimente les inquiétudes quant à un encadrement accru des libertés individuelles et à l’installation durable de mécanismes de contrôle social.

Stigmatisation des minorités chrétiennes et recompositions communautaires

Les effets de la décision du 16 mars se font particulièrement sentir dans certains quartiers de Damas, désormais associés, parfois de manière réductrice, à des espaces de consommation d’alcool. Cette évolution est vivement contestée par de nombreux habitants chrétiens, qui refusent de voir ces zones, historiquement mixtes et ouvertes, devenir les seuls lieux autorisés pour ces pratiques, au risque d’y concentrer l’ensemble des usages et des populations concernés. Là où ces activités étaient auparavant réparties dans la ville, leur regroupement actuel contribue à transformer l’image de ces quartiers et à les enfermer dans une fonction spécifique.

Ce découpage géographique n’est pas neutre. En limitant la vente d’alcool aux quartiers de Bab Touma, Bab Sharqi et Qassa, les autorités participent, même indirectement, à renforcer l’association entre appartenance chrétienne et consommation d’alcool, tandis que l’expression « lieux de débauche » s’est déjà diffusée auprès d’une partie de la population damascène. Ce phénomène favorise une lecture confessionnelle de l’espace urbain et contribue à fragmenter davantage la ville selon des lignes communautaires. Cette décision ne fait qu’accentuer les tensions existantes : dès le début de l’année 2026, plusieurs témoignages signalent la circulation de messages religieux dans certains quartiers ou l’apparition d’affiches appelant à un « retour au vrai islam » à proximité de lieux de culte chrétiens. Même présentées comme des initiatives isolées, ces pratiques participent à l’instauration d’un climat de suspicion et de stigmatisation.

Face à ces inquiétudes, certains responsables politiques tentent de réaffirmer une vision inclusive. La ministre des affaires sociales et du travail, Hind Kabawat – seule femme ministre du gouvernement Al-Charaa et seule de confession chrétienne – a ainsi rappelé à plusieurs reprises la place des chrétiens dans l’histoire et la société syriennes, soulignant leur rôle dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’action associative, ainsi que leur engagement en faveur de l’ensemble de la population, y compris durant les années de conflit. Elle a également insisté sur la dimension historique et culturelle de quartiers tels que Bab Touma et Bab Sharqi, présentés comme des espaces de coexistence, tout en mettant en garde contre les dangers que représentent les discours extrémistes pour la cohésion nationale.

La décision de la municipalité a été vivement critiquée par le « Comité du quartier de Bab Touma » à Damas, qui a déclaré à Syria TV que cette mesure avait été prise sans consultation du « tissu social local » et l’a qualifiée de « discriminatoire », en contradiction avec les principes de la déclaration constitutionnelle. Dans un communiqué, le diocèse de Bosra, du Hauran et du Jabal al-Arab a exprimé sa profonde inquiétude, estimant que la décision favorisait une division géographique et démographique contraire à l’histoire unifiée de Damas. Il a ajouté que, si le souci des autorités de répondre aux plaintes des citoyens concernant des comportements individuels irresponsables est compréhensible, la solution consiste à renforcer le rôle de la police judiciaire et à appliquer la loi aux seuls contrevenants, plutôt qu’à généraliser les restrictions à des quartiers entiers.

Pour le pouvoir central, le double discours se poursuit : à l’international, les autorités peuvent afficher une position mesurée, soulignant qu’il n’existe ni interdiction totale de l’alcool ni application stricte d’un modèle religieux uniforme, et que les minorités bénéficient d’une attention particulière. En interne, le message adressé à une partie de la population est plus clair : l’espace public doit progressivement se conformer à des normes morales inspirées d’un référentiel islamique, et les pratiques considérées comme déviantes sont appelées à se cantonner à des espaces tolérés, mais de plus en plus restreints.

Le resserrement progressif des libertés individuelles

Un rassemblement de protestation sous forme de « sit-in silencieux » a eu lieu le dimanche 22 mars sur la place de Bab Touma, témoignant que ces mesures suscitent déjà des réactions sur le terrain. Cette mobilisation dans le centre de Damas dépasse d’ailleurs la seule question de la consommation d’alcool : elle traduit une volonté plus générale de défendre les libertés individuelles, garanties par les articles 7, 12 et 13 de la Déclaration constitutionnelle signée par Ahmad Al-Charaa, lui-même, le 13 mars 2025.

Ce qui peut, à première vue, apparaître comme une série de décisions ponctuelles révèle en réalité des évolutions plus profondes. On observe un resserrement progressif des libertés individuelles et une transformation des équilibres entre les différentes composantes de la société. Dans ce contexte, les dynamiques de pluralisme et de coexistence confessionnelle semblent de plus en plus mises à l’épreuve.

Après treize ans de guerre pour la liberté, Damas, sous le lourd voile de l’autoritarisme, voit-elle aujourd’hui s’éteindre l’espoir de ses enfants ?

The Conversation

Imad Khillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La restriction de la vente d’alcool à Damas, illustration du durcissement du régime syrien – https://theconversation.com/la-restriction-de-la-vente-dalcool-a-damas-illustration-du-durcissement-du-regime-syrien-279022

Y aura-t-il des œufs pour Pâques ? Et à quel prix ?

Source: The Conversation – in French – By François Lévêque, Professeur d’économie, Mines Paris – PSL

Produits de base, les œufs manquent de plus en plus dans les rayons. Comment explique-t-on ces pénuries ? Comment se forme le prix des œufs ?


Comme chaque année à Pâques, les œufs en chocolat ont envahi les vitrines. Au même moment, les vrais œufs blancs nacrés manquent épisodiquement dans les rayons de supermarché.

Et si l’œuf devenait rare ? Comme si les poules pondeuses faisaient grève et ralentissaient la cadence. De quoi perturber sérieusement notre habitude alimentaire calée à 237 œufs par personne en France en 2025, qu’ils soient consommés durs (avec ou sans mayonnaise), frits, en omelette ou encore dans les pâtisseries, les pâtes et diverses recettes industrielles.

La consommation nationale croît même si les Français aiment davantage les œufs que les poulaillers. La tension actuelle sur le marché devrait donc persister.

Un risque élevé d’épidémie

Le risque de rareté est d’abord lié à l’influenza aviaire (IA), une forme de grippe. Hautement pathogène, le virus de l’IA conduit à l’abattage drastique des élevages contaminés. En 2022 aux États-Unis, 15 % du cheptel y est passé. Aujourd’hui, en France, l’épizootie compte déjà de nombreux foyers. Le risque a récemment été porté au niveau élevé par le ministère de l’agriculture.

Autre cause de rareté, mais de moindre mesure : la chaleur. Les poules sont perturbées par les canicules. Elles pondent moins d’œufs, plus petits et avec une coquille plus fragile, car plus fine. Comme les humains, elles en meurent aussi.

Les vertus de l’œuf

Or, c’est bien embêtant quand l’œuf se met à manquer. Les Français qui en mangent ont bien raison, car l’œuf est riche en protéines, en acides aminés essentiels, en antioxydants et oligo-éléments tout en étant peu calorique, facile à cuisiner et accessible à toutes les bourses (moins de 40 centimes pièce). Quant à son apport de cholestérol néfaste pour la santé, il s’agit d’une croyance infondée.




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Que va-t-il se passer si la rareté de l’œuf s’étend et s’amplifie ? Son prix devrait naturellement grimper. Aux États-Unis, la hausse a été telle qu’il est devenu un sujet de polémique politique. Fidèle à lui-même, Donald Trump, à peine installé dans son fauteuil présidentiel, s’est emparé de l’affaire pour s’en prendre à Joe Biden et s’enorgueillir faussement d’avoir baissé son prix de 95 % en quelques semaines.

Plus sérieusement, examinons ce qui fait le prix des œufs et donc, entre autres, les comportements et les préférences des consommateurs pour cet aliment ainsi que les conditions d’élevage des poules pondeuses. Bref, l’air de rien, je vous propose un petit cours d’économie.

Le prix de l’œuf, une question d’offre et de demande

Si moins d’œufs sont produits, leur prix montera mécaniquement. Pas besoin de tracer des courbes pour cela. C’est comme le carburant à la pompe quand le trafic du détroit d’Ormuz est bloqué. Le prix monte d’autant plus fortement que l’œuf est presque aussi indispensable que le pétrole. Par quoi d’autre le remplacer dans l’assiette et les gâteaux ? Les autres sources de protéines animales sont bien plus chères. Par des lentilles ou d’autres sources végétales ? Mais bon, une omelette au tofu soyeux n’a pas tout à fait la même saveur et consistance. Pour la pâtisserie, des graines de lin, de la banane écrasée ou de la fécule sont un pis-aller. Cela dit, la cuisine végane est devenue très élaborée et riche de recettes permettant de remplacer les œufs.

Du coup, faute de substituts évidents, les consommateurs répondent peu aux variations de prix. Une estimation chiffrée donne une baisse des achats d’œufs de seulement 15 % en cas de doublement de son prix. Ou, inversement, si la quantité disponible à la vente diminue de 1 %, le prix augmente de 6 à 7 %.

À court terme, les aviculteurs réagissent également peu à l’augmentation du prix. Ils ne peuvent pas du jour au lendemain produire plus pour vendre plus. Acheter et élever plus de poussins femelles ne leur sert à rien car une poule ne pondra ses premiers œufs, qu’âgée de 5 à 6 mois. En revanche, un prix élevé, surtout lié à une pénurie, facilite la reconstitution à terme du cheptel et incite les éleveurs à investir dans de nouvelles installations.

On comprend ainsi pourquoi – outre de raréfier les boîtes d’œufs dans les rayons – une baisse momentanée de la production pour cause de grippe aviaire ou de canicule fait monter le prix, mais qu’avec un peu de temps la pénurie prend fin et le prix rebaisse.

L’évolution du prix de l’œuf dépend de l’offre et de la demande. Mais aussi du coût de production.

Le prix du bien-être animal

En tendance, le coût augmente pour une bonne cause, celle du bien-être animal. En France, dans les couvoirs, les frères des poules pondeuses, autrement dit les poussins mâles, ne sont plus broyés ou gazés à la naissance. Le sexe des poussins est désormais déterminé dans l’œuf, le plus souvent par imagerie. On détecte si la couleur du duvet embryonnaire est blanche. Si oui, c’est un embryon mâle et l’œuf est détruit. L’ovosexage, devenu obligatoire, a doublé le coût du poussin livré aux aviculteurs.

Autre progrès notable, la poule pondeuse vit mieux. L’élevage en cage régresse. Plus de la moitié des poules bénéficient désormais d’un accès à l’extérieur. Évidemment avec certaines contraintes de promiscuité : pas plus de 500 congénères par hectare pour les œufs estampillés bio, mais un seuil cinq fois supérieur pour les œufs labélisés « plein air ». Plus coûteuses, ces conditions d’élevage se traduisent par des prix plus élevés. Comptez 1,5 € pour une boîte de six œufs issus d’un élevage en cage, 2 € pour un élevage plein air et 3 € pour le bio.

Un manque d’œufs… français ?

Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des poulaillers, sauf que, face à une consommation dynamique, la production nationale a du mal à suivre.

Depuis une quinzaine d’années, la production annuelle française est quasi stable en tendance autour de 16 milliards d’œufs, alors que la demande croît, pour les œufs dits coquille des ménages comme pour les œufs consommés transformés (jaunes et blancs liquides, poudre d’œuf, œufs durs écalés, etc.). En conséquence, les importations augmentent. Elles restent modestes (10 % de la consommation en 2025), mais cela pourrait ne pas durer.

En effet, la profession estime qu’il faudrait augmenter la capacité de production de 20 % en dix ans, ce qui implique la construction de plusieurs centaines de poulaillers. Or, 18 seulement ont vu le jour l’an dernier… La tension actuelle sur le marché n’est pas près de s’effacer.

L’opposition de voisinage face à de nouvelles installations est forte. Davantage, d’ailleurs, pour les élevages de plein air, car ils sont plus visibles et occupent une plus grande surface. Cette résistance locale aux poulaillers entraîne une cascade d’effets malvenus subis par d’autres. Plus d’importations signifient ailleurs plus de poussins et de poules moins bien lotis. La France est championne incontestée de l’abandon du broyage des premiers et de la réduction de l’enfermement en cage des secondes.

Des œufs oui, mais pas de poulaillers

Davantage d’importations signifient aussi une qualité moyenne des œufs plus basse pour les consommateurs à cause d’exigences sanitaires moins strictes et moins contrôlées à l’étranger. Plus d’importation signifie enfin une pression accrue sur la marge et le revenu des aviculteurs, les œufs importés étant meilleur marché. En résumé, le mouvement « Pas dans mon arrière-cour » (Not In My Backyard) qui s’oppose aux installations de poules pondeuses présente le risque de fragiliser une évolution jusque-là plutôt réussie et bienvenue. Même si tout n’est pas rose dans les poulaillers et pour les aviculteurs de l’Hexagone, je serais tenté de pousser un cocorico !

Pour contenir les importations, on ne peut pas compter sur un essor considérable de l’élevage de poules pondeuses dans son propre jardin. Une poule pondeuse sélectionnée peut pondre jusqu’à 300 œufs par an. Donc, pour parvenir à une autarcie domestique complète, une à deux poules seront nécessaires selon la taille du ménage et de l’appétit de ses membres pour les œufs.

France 3, 2026.

L’élevage d’autoconsommation est devenu tendance, mais seulement pour une toute petite part de la population. Si vous en êtes, vous pouvez même adopter une poule de réforme, qui aurait été sinon abattue jeune, car l’âge ralentit la cadence de ponte. Par ailleurs, si vous ne disposez que d’un balcon, évitez de vous lancer : vos voisins se plaindront des nuisances et l’animal vivra très mal sur un sol en dur.

Du bon écalage et autres mystères

Terminons par des conseils plus utiles au grand nombre. Comment écaler plus facilement un œuf dur ? Rien de plus désagréable que d’obtenir un œuf grenu et moche tant la coquille s’accroche au blanc. Éviter les œufs frais avant tout. D’ailleurs pour l’œuf au plat ou à la coque privilégier les œufs de moins de dix jours après ponte, ils seront meilleurs. Vous trouverez d’autres consignes pour un épluchage réussi dans un récent article paru dans The Conversation.

Comment casser proprement un œuf ? Histoire d’éviter les éclats de coquilles dans sa préparation et de devoir les retirer difficilement un à un. Ne pas briser l’œuf contre le bord d’une poêle ou d’un bol. Le taper fermement contre une surface plane.

Comment réaliser un œuf mayo ? Achetez le livre de recettes des bistrotiers et restaurateurs militants de l’Association pour la sauvegarde de l’œuf mayonnaise. Et choisissez l’une des 49 préparations qui y sont proposées par de grands chefs.

Comment cuire un œuf ? Pour ceux qui ne le sauraient pas : six minutes à 100 °C pour l’œuf à la coque et le double pour l’œuf dur à la même température. Plus compliqué : une heure à 65 °C pour l’œuf parfait. Mais il n’a de parfait que le nom. Le jaune est optimalement cuit, mais non le blanc, car la température est trop basse pour que les protéines de l’albumen s’agrègent. Pour atteindre la vraie perfection sur le plan gustatif et diététique des chimistes et physiciens italiens recommandent une cuisson avec deux casseroles, l’une d’eau bouillante, l’autre à 30 °C et, le transfert de l’œuf d’un récipient à l’autre toutes les deux minutes.

La perfection a un prix, ou plutôt un coût. Au lieu de conclure par cet alexandrin, terminons avec le vœu d’un temps pascal sans pénurie pour cet aliment exceptionnel.

The Conversation

François Lévêque ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Y aura-t-il des œufs pour Pâques ? Et à quel prix ? – https://theconversation.com/y-aura-t-il-des-oeufs-pour-paques-et-a-quel-prix-278716

Pourquoi les marques comptent tant à l’adolescence, et comment les parents gèrent ces demandes

Source: The Conversation – in French – By Salim Azar, Maître de conférences en marketing, CY Cergy Paris Université

Le souhait d’avoir les bonnes marques de vêtements et de baskets joue un rôle important à l’adolescence, et conduit souvent à des négociations entre les jeunes et leurs parents. Dans quelle mesure ceux-ci sont-ils influencés par leurs propres souvenirs de jeunesse dans leur façon de réagir à ces demandes ?


La France tente depuis quelques années de mieux encadrer la fast-fashion. Une proposition de loi adoptée en 2024 vise notamment à limiter les excès de cette industrie.

Si le débat se concentre souvent sur ses conséquences environnementales, il touche aussi à un autre terrain : celui de la jeunesse. Car, à l’adolescence, acheter un vêtement n’est jamais tout à fait anodin. Derrière un sweat, une paire de baskets ou un sac se jouent aussi des enjeux plus complexes en matière de marqueurs d’identité et d’appartenance. Les choix de produits de marque sont aussi des sources de discussion, voire de négociation, entre un adolescent et ses parents.

Quelle place les marques occupent-elles dans la vie des adolescents ? Et quel rôle les parents jouent-ils face à ces demandes ? Une recherche que nous avons publiée apporte des bases de réflexion à ces questions.

Rôle hautement symbolique des marques à l’adolescence

À l’adolescence, les marques ne se cantonnent pas à un simple logo. Elles permettent aussi aux adolescents de montrer une certaine image, de construire leur identité et de bien s’intégrer au groupe. Lorsqu’ils ne possèdent pas les « bonnes » marques, cela peut les mener à subir une certaine pression de la part des pairs, générant rejet et stress, pouvant aller jusqu’au harcèlement.

L’univers scolaire est particulièrement propice à cette pression dans la mesure où les lieux pour interagir les uns avec les autres sont multiples : cantine, couloirs, cour de récréation, lieux extrascolaires (cinéma, cafés…), etc. D’ailleurs, parmi les sujets qui peuvent être facilement critiqués par les pairs, on trouve au-delà des marques vestimentaires tout objet de consommation qui peut être vu et jugé : téléphone portable, tablette, sac à dos, sac à main, montre…

Les « bonnes marques » à choisir ou celles à éviter sont d’ailleurs au cœur de nombreuses discussions entre jeunes sur les réseaux sociaux auxquels les 13-17 ans sont connectés près de trois heures par jour.

Cependant, les adolescents ne sont pas totalement libres de leurs choix de marques. Ils ont besoin de l’aide financière de leurs parents et doivent aussi tenir compte de leurs avis. Parents et adolescents vont donc chercher à s’influencer mutuellement dans le sens voulu par chacun (marchandage, utilisation des émotions…). Les parents finissent généralement par trancher : achat du produit de marque souhaité, refus catégorique, report de cet achat ou mise en place d’un accord entre les deux parties (par exemple, l’acheter si un adolescent rapporte à la maison plusieurs fois une bonne note).

Éducation à la consommation et transmission par les parents

Lorsque des demandes de marques sont formulées, des études ont montré que les parents prennent en compte divers critères, comme le prix, la qualité, la marque demandée, l’utilité perçue du produit, sa disponibilité…

Même si leur influence évolue au cours de l’adolescence à mesure que les pairs prennent de plus en plus de place, les parents cherchent néanmoins à poursuivre leur éducation en matière de consommation. Leur rôle ne se cantonne pas à financer l’achat de ces produits, mais ils cherchent ainsi à inciter leurs enfants à réfléchir aux aspects économiques, utilitaires et écologiques de leurs demandes. Ils transmettent des repères, comme discerner les intentions d’une publicité et comprendre le rapport qualité-prix.

Notre étude montre aussi que cette éducation parentale se nourrit des souvenirs que les parents gardent de leur propre adolescence. Selon leur lecture de leur propre passé, certains reproduisent le schéma éducatif qu’ils ont connu plus jeunes de la part de leurs parents ou, au contraire, s’y refusent, comme cette mère participante de l’étude :

« J’ai souffert d’être obligée de porter des vêtements que je n’aimais pas. Je ne veux pas répéter cette situation avec mes filles, tant que leurs demandes correspondent au budget. »

Les parents sont également influencés par leurs inquiétudes, leurs espoirs ou une certaine vision du monde de demain qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants, à l’instar d’une mère qui explique :

« On peut passer sa vie à courir après les marques, mais la planète continuera son long chemin de destruction. On ne peut pas incessamment consommer comme avant. On doit changer de discours, de façon d’acheter. Et ça, je veux le transmettre aux filles. »

Former pour mieux gérer la problématique des marques à l’adolescence

Face à la complexité de ce challenge éducatif, la formation des adolescents et des parents s’avère être un moyen central.

En matière de politiques publiques, à l’image des heures dispensées pour prévenir les conduites addictives comme le tabac ou pour lutter contre le harcèlement scolaire, il s’agirait d’abord d’introduire des heures de sensibilisation à la consommation des marques, à saisir leurs enjeux créatifs et stratégiques ainsi qu’à mieux comprendre comment elles sont mises en avant sur les réseaux sociaux et les autres moyens de communication.

Ces heures de formation pourraient commencer dès les classes élémentaires afin de sensibiliser les enfants, avant même cette phase charnière de l’adolescence, pour mieux comprendre l’expression de soi à travers la consommation et apprendre à gérer la pression des pairs autour des marques possédées. Afin de renforcer un tel dispositif, il s’agirait aussi d’accompagner les parents par des conférences visant à les déculpabiliser face à leurs difficultés en matière d’éducation à la consommation de leurs adolescents.

Cela offrirait également un moyen clé pour mieux cerner ce qui se joue derrière ces demandes de marques afin qu’ils puissent transformer ces moments de tension potentielle en occasions d’échanges constructifs avec leurs enfants.

Par ailleurs, la responsabilité sociale incombe également aux marques ciblant les adolescents qui doivent veiller à intégrer une démarche éthique dans leurs pratiques au regard des enjeux liés au développement identitaire et à l’intégration des jeunes, mais aussi à l’équilibre des relations parents-enfants.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi les marques comptent tant à l’adolescence, et comment les parents gèrent ces demandes – https://theconversation.com/pourquoi-les-marques-comptent-tant-a-ladolescence-et-comment-les-parents-gerent-ces-demandes-277918

« Un jour avec mon père », d’Akinola Davies Jr, chanson douce sur une enfance nigériane

Source: The Conversation – in French – By Émilie Guitard, Chargée de recherche en anthropologie au CNRS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); Université de Bordeaux

Le Nigeria des années 1990 à hauteur d’enfants, interprétés par Chibuike Marvellous Egbo et Godwin Egbo (ici, dans les bras de Sope Dirisu, qui joue le rôle de leur père). Lakin Ogunbanwo/Le Pacte

Le premier film du réalisateur britannico-nigérian Akinola Davies Jr réussit à entremêler la petite et la grande histoire du Nigeria dans un récit simple mais puissant, capté à hauteur d’enfant.


Soir d’avant-première au Cin’Hoche de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) : Ciné Wax et le Decolonial Film Festival présentent Un jour avec mon père (My Father’s Shadow), premier film d’Akinola Davies Jr. Le public, majoritairement jeune et afro-descendant, est venu en nombre y chercher une autre représentation de lui-même et du continent africain, encore trop rare sur les écrans français.

Auréolé de nombreux prix, dont la mention spéciale de la Caméra d’or à Cannes et le BAFTA du meilleur premier film, Un jour avec mon père ne déçoit pas ces attentes. Le réalisateur, né à Londres et élevé entre l’Angleterre et Lagos, dont sa famille est originaire, dira lors du débat suivant la projection avoir fait ce film pour proposer une autre image du Nigeria et de celles et ceux qui y vivent, dans toute leur complexité et leurs contradictions, mais aussi leur beauté, leur fierté et leur dignité.

Ce pari est magistralement relevé par ce premier film ciselé comme un joyau, profondément poétique et politique. L’enjeu était d’autant plus important que le Nigeria souffre, particulièrement en France, d’une représentation caricaturale entre violence, misérabilisme et excès ostentatoires des grandes fortunes du pays, quand il n’est pas tout simplement absent des imaginaires de la plupart d’entre nous.

La « crise du 12-Juin » : un moment clé de l’histoire nigériane à hauteur d’enfant

La première scène du film, qualifiée de « semi-autobiographique » par Akinola Davies Jr, s’inspire d’un souvenir d’enfance partagé avec son frère aîné et co-scénariste Wale Davies.

Devant une maison modeste à la périphérie de la ville d’Ìbàdàn, deux frères de 8 et 11 ans, Akinọlá et Rẹ̀mí, tuent le temps pendant que leur mère est « au village ». L’apparition soudaine de leur père Fọlárìn, qui décide sur un coup de tête de les embarquer à Lagos où il travaille à l’usine, fait entrer les enfants dans le monde des adultes et par là permet l’irruption du politique. Dès leur montée dans le minibus en route pour la capitale économique du pays, l’anticipation et la tension sont palpables : le journal d’un des passagers est daté du 24 juin 1993, soit douze jours après les premières élections démocratiques tenues au Nigeria depuis le coup d’État militaire du général Babangida en 1985 (et plus largement, depuis 1966 et le premier de quatre coups d’État militaires). Les résultats sont donc ardemment attendus, notamment par les supporters de Moshood Káṣìmawòó Ọláwálé Abíọ́lá dit MKO Abíọ́lá, homme d’affaires et politicien yorùbá et candidat favori. En fin de journée, Babangida annoncera au journal télévisé l’annulation des élections, volant la victoire à MKO Abíọ́lá et déclenchant une crise politique et économique dont les Nigérianes et les Nigérians se souviennent encore sous le nom de « crise du 12-Juin ».




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Celle-ci se soldera par un cinquième coup d’État militaire en novembre 1993, portant au pouvoir le général Sani Abacha. Il faudra attendre 1999 pour voir le premier président démocratiquement élu, Olúṣẹ́gun Ọbásanjọ́, exercer enfin le pouvoir.

Le tour de force du film est d’appréhender cette crise « par le bas » et la grande histoire par la petite, voire même la toute petite, puisqu’Akinola Davies Jr place sa caméra à hauteur d’enfants. Ce n’est au demeurant pas un procédé nouveau dans la production fictionnelle nigériane très riche, comme en témoigne par exemple les Pêcheurs (2015), de Chigozie Obioma, qui évoque aussi le souvenir des évènements de 1993 à Akuré, ville d’origine de MKO Abíọ́lá, par la voix d’un enfant.

Le film laisse en outre percevoir, à travers le point de vue des enfants entendant leur père et d’autres adultes faire les éloges à diverses reprises de MKO Abíọ́lá, l’héroïsation de certaines figures politiques symboles d’indépendance et de démocratie, comme dans d’autres contextes africains Patrice Lumumba ou Thomas Sankara. Le court-métrage Twaaga (2013), de Cédric Ido, prend cette idée au pied de la lettre, en mettant en scène dans les années 1980 un petit garçon burkinabé fan de comics imaginant Thomas Sankara en superhéros :

Le co-scénariste du film, Wale Davies, mentionne pour sa part l’influence de la Route de la faim (1991), de Ben Okri. Celui-ci y décrit la trajectoire, dans le Nigeria nouvellement indépendant, d’un enfant-esprit, abíkú, qui choisit de naître dans une famille très modeste. À travers ce regard d’enfant toujours entre deux mondes sur les tumultes politiques que traverse alors le pays et la dureté du quotidien, l’auteur va même jusqu’à comparer le Nigeria à un enfant-esprit, caractérisé par sa versatilité :

« [O]ur country is an “abíkú” country. Like the spirit-child, it keeps coming and going. One day it will decide to remain. It will become strong. » (« Notre pays est un pays “abíkú”. Tout comme l’enfant-esprit, il ne cesse d’aller et venir. Un jour, il décidera de rester. Il deviendra fort. ») (1991 : 478).

À côté de ce point de vue enfantin, Akinola Davies Jr filme aussi la tension montante et les impacts concrets de la crise en cours au plus près des citoyennes et des citoyens : débattant ardemment dans les transports en commun ou dans les bars de quartier, devant débarquer du minibus les conduisant à Lagos faute de carburant ou encore se ruant sur une baleine échouée sur une plage de Lagos pour en découper la chair. Une scène à laquelle Wale Davies a réellement assisté dans son enfance et qui fait écho aux récits, nombreux à Ìbàdàn, de la déforestation de plusieurs espaces boisés de la ville durant la « crise du 12-Juin » par des citadins en quête de combustible pour alimenter le foyer domestique.

Quant au père, il incarne les aspirations démocratiques d’alors, mais aussi la peur des militaires, qui ne cessent d’apparaître dans le film pour lui adresser un regard accusateur. Une peur qui dure jusqu’aujourd’hui au Nigeria, après des décennies de dictatures militaires, étayée de fait par l’un des plus fort taux au monde de meurtres extrajudiciaires.

De la figure du militaire à celui du père : une vision onirique de l’autorité masculine en crise

Akinola Davies Jr a néanmoins la grande finesse de ne pas enfermer le Nigeria dans une violence politique qui définirait le pays. Il s’attache, certes, à dépeindre la figure tutélaire du père, associée dans sa toute-puissance à celle du militaire, autant de symboles d’autorité dans une société patriarcale très hiérarchisée, qui trouve ses origines au sud-ouest du Nigeria aussi bien dans une organisation sociopolitique yorùbá très centralisée que dans l’empreinte laissée sur les institutions, depuis la famille jusqu’à l’État, par la colonisation britannique.

Toutefois, l’autorité paternelle exercée d’abord par Fọlárìn, notamment aux yeux de ses enfants qui le côtoient rarement, se fissure progressivement à mesure que le trio déambule dans Lagos dans l’attente d’un salaire dû au père depuis des mois. Akinola Davies Jr questionne ainsi la masculinité et ses tendances toxiques, qui font souffrir les femmes et les enfants mais aussi les hommes eux-mêmes, comme finit par l’évoquer Fọlárìn, avouant à son fils aîné son désespoir de devoir travailler loin de ses enfants pour les nourrir sans pour autant les voir grandir.

Il s’agit là d’une représentation toute en finesse d’un père « cassé », par le système comme par d’autres hommes qui le dominent (son patron, les militaires au pouvoir), englué dans son statut de « cadet social ». Akinola Davies Jr réussit ici pleinement à montrer un autre modèle de paternité et de masculinité noires, aimantes et sensibles.

La douceur de ce portrait de paternité « en crise » est aussi appuyée par la dimension onirique du film, qui contribue à atténuer la violence de son propos tout en donnant une coloration passée aux images, évocatrice des souvenirs d’enfance comme autant de vieilles photos jaunies. Ce sentiment est particulièrement fort dans la scène d’ouverture du film où le réalisateur nous laisse le temps d’observer les deux enfants combattre l’ennui assis sur un banc de bois ou jouant au catch sur le sol de terre battue avec des figurines de papier.

Ce moment suspendu permet, par ailleurs, de s’attarder sur des détails matériels comme ceux de l’intérieur modeste typique des foyers de classe moyenne nigérians dans les années 1990.

Extrait d’Un jour avec mon père, d’Akinola Davies Jr (2026).

La nature, de même, paraît omniprésente, du frissonnement des frondes d’un palmier au vol de vautours suivant le père tout au long du film. Elle contribue à son atmosphère poétique mais paraît aussi être porteuse de nombreux signes, notamment funestes.

Le film fait ainsi écho à un motif récurrent de la littérature nigériane, celui de la forêt, mobilisé comme un espace imaginaire investi de savoirs, de magie mais aussi de politique. Dans le contexte yorùbá, les éléments naturels sont aussi intimement associés au (magico-)religieux. Ceci est évoqué dans le film à plusieurs moments de façon subtile, comme le vent fort se levant soudainement pour annoncer l’apparition du père.

Le motif de la nature et de ses éléments permet enfin d’introduire le thème central du rêve, associé à ceux de la mort et du deuil, tous trois intimement lié dans une certaine conception yorùbá du monde : le rêve y est en effet considéré comme l’un des canaux de communication entre le monde tangible et celui invisible des esprits, des òrìṣà (entités du panthéon yorùbá) et des défunts. Ces derniers peuvent ainsi se manifester auprès des vivants durant leurs rêves pour leur offrir des messages d’importance. Il s’agit d’une clé de compréhension centrale de l’intrigue du film, mais à laquelle le réalisateur ne donne pas d’accès évident, réussissant le coup de maître de faire d’une conception profondément yorùbá de la porosité du monde et de la cyclicité du temps une proposition universelle, comme avait pu le faire en 2022 dans le domaine de la danse le chorégraphe lagosien Qudus Onikeku avec son spectacle Re:Incarnation :

« Dans les coulisses avec Qudus Onikeku », Spectacles vivants, Centre Pompidou.

« Une lettre d’amour à Lagos »

Akinola Davies Jr dit avoir fait avec son film « une lettre d’amour à Lagos ». Celui-ci abandonne en effet rapidement Ìbàdàn pour suivre ses protagonistes jusqu’à la mégapole voisine. Il s’agit là encore d’un motif classique de la littérature nigériane – dès les années 1960 avec les Interprètes (1965), de Wolé Soyinka, jusqu’au récent Welcome to Lagos (2018), de Chibundu Onuzo, ou le très beau livre pour enfants En route (2024) de l’autrice britannico-nigériane Atinuke et l’illustratrice britannique Angela Brooksbank.

Nollywood, l’énorme industrie nigériane du cinéma basée à Lagos, a pu également s’emparer de ce thème, comme dans Taxi Driver (Oko Ashewo, 2015), de Daniel Oriahi, narrant les mésaventures d’un originaire d’Ìbàdàn fraîchement débarqué à Lagos pour y faire le taxi de nuit.

Mais ici encore, là où la plupart de ces œuvres passées insistaient sur l’immensité et le caractère élusif de la ville pour exprimer une forme de « désillusion urbaine », Akinola Davies Jr choisit plutôt de dénicher la beauté de Lagos dans les détails du paysage urbain et les scènes du quotidien. Dès lors, même le sentiment de décrépitude qui exsude de certaines images de la mégapole appuie le regard poétique et nostalgique du réalisateur, à l’instar de cette scène dans un parc d’attractions vide qui n’est pas sans rappeler le récit de voyage de Noo Saro-Wiwa, Looking for Transwonderland (2012) décrivant le parc d’attraction décati du même nom à Ìbàdàn, présenté à son ouverture comme le « Disneyland du Nigeria ». Ces images évoquent aussi le cinéma documentaire, tel que celui d’Alain Kassanda dans son moyen-métrage Trouble Sleep (2020), révélant le quotidien des citadins d’Ìbàdàn à travers leurs activités le long de ses axes routiers.

À ce titre, Akinola Davies Jr se revendique d’un Nollywood alternatif et arthouse, qui se détache des canons classiques de cette industrie montrant plutôt Lagos à travers ses symboles les plus clinquants et ses quartiers les plus huppés. En réaction, un collectif de cinéastes nigérians alternatifs, le Surreal16, a même publié un manifeste résolument anti-Nollywood dont le 14e commandement est « Pas de plan d’ensemble du Lekki Bridge », un pont emblématique relayant l’ancien quartier colonial d’Ikoyi, sur Lagos Island, à celui plus récent mais tout aussi aisé de Lekki Phase 1. Certains de ses membres ont de fait produit des films marquants et novateurs ces derniers années, tel que l’étonnant The Lost Okoroshi (2019) d’Abba T. Makama, contant les déboires d’un jeune Lagosien « pris » par un masque igbo sans s’être vu enseigné les codes pour accueillir cette possession :

Akinola Davies Jr préfère aussi au Lekki Bridge d’autres monuments emblématiques mais moins « bling » de Lagos, comme le long Third Mainland Bridge ou le National Theater. Il associe ces plans à ceux d’espaces publics fréquentés par le commun des citadins, comme les grands marchés de la ville ou encore sa plage, peut-être la célèbre Bar Beach, aujourd’hui disparue sous le béton d’un grand estate de luxe, l’Eko Atlantic.

La texture de l’image enfin, tournée en 16 millimètres, évoque bien plus les clips musicaux et de mode avec lesquels Akinola Davies Jr a appris son art que l’esthétique digitale des films populaires de Nollywood. Le réalisateur fait d’ailleurs de ce choix un argument politique :

« Je veux que les Nigérianes et les Nigérians puissent se voir dans le plus beau format. »

Tuer le père

Un jour avec mon père, d’Akinola Davies Jr, est donc un film riche, rare et précieux. Sous l’apparence d’une chanson douce, il offre une réflexion contemplative sur l’exercice de l’autorité au Nigeria et la possibilité d’autres formes de masculinités noires, tout en donnant à voir le quotidien des citadins d’Ìbàdàn et de Lagos dans toute leur banalité et leur beauté.

Bien qu’ancré dans le contexte politique particulier de 1993, il se révèle en outre – malheureusement – très contemporain, notamment dans l’incarnation, par le père, Fọlárìn, des aspirations démocratiques déçues des citoyennes et des citoyens du pays. Il fait ainsi directement écho, depuis le passé, aux jeunes générations descendues dans les rues des grandes villes du pays en 2020 durant le mouvement #EndSARS contre les violences policières et pour une meilleure gouvernance du pays, portées à l’écran par Alain Kassanda dans Coconut Head Generation (2023). Au prix de la vie de beaucoup, puisque cela semble être encore au Nigeria la seule issue des rêves de liberté et de démocratie.

The Conversation

Émilie Guitard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Un jour avec mon père », d’Akinola Davies Jr, chanson douce sur une enfance nigériane – https://theconversation.com/un-jour-avec-mon-pere-dakinola-davies-jr-chanson-douce-sur-une-enfance-nigeriane-279246

L’identité de Banksy a peut-être été révélée, mais était-ce bien nécessaire ?

Source: The Conversation – in French – By Peter Bengtsen, Associate Professor in Art History and Visual Studies, Lund University

Dans cette œuvre de 2011, Banksy affirme avec ironie en lettres rouges : « Si les graffitis changeaient vraiment quelque chose, ils seraient illégaux. » BasPhoto/Shutterstock

Une enquête de Reuters affirme avoir enfin percé le mystère de l’identité de Banksy. Mais révéler le nom de l’artiste sert-il réellement l’intérêt public, ou risque-t-on au contraire de détruire une part essentielle du mythe qui fait la force de son œuvre ?


L’artiste britannique Banksy, célèbre notamment pour son anonymat, aurait – une nouvelle fois – été démasqué. Le 13 mars, Reuters a publié une enquête affirmant avoir « révélé, sans l’ombre d’un doute, la véritable identité de Banksy ».

Ce n’est pas la première fois que l’identité de Banksy est supposément rendue publique. Outre plusieurs enquêtes journalistiques antérieures également citées par Reuters, un article académique intitulé Tagging Banksy : Using Geographic Profiling to Investigate a Modern Art Mystery (« Taguer » Banksy : le profilage géographique pour enquêter sur une énigme de l’art contemporain) a été publié dans la revue Journal of Spatial Science presque exactement dix ans avant la parution de l’enquête de Reuters.

L’article utilisait une méthode mathématique analysant les lieux où apparaissaient les graffitis de Banksy afin de déterminer où l’artiste pourrait vivre et travailler. Les résultats pointaient vers une personne précise comme étant probablement l’artiste. J’ai soutenu à l’époque que la décision des auteurs de publier le nom de la personne qu’ils pensaient être Banksy posait un problème éthique. Elle ne semblait servir aucun objectif scientifique et paraissait surtout destinée à attirer l’attention des médias sur une étude académique par ailleurs très spécialisée.

L’enquête de Reuters apparaît comme un travail journalistique minutieusement documenté. Mais le récit détaillé de la manière dont Banksy aurait été identifié laisse une autre question en suspens : en quoi révéler l’identité de Banksy sert-il l’intérêt du public ?

Le pouvoir de l’anonymat

L’enquête de Reuters affirme qu’il existe « pour le public un intérêt légitime à connaître l’identité et le parcours d’une figure dont l’influence durable sur la culture, le marché de l’art et le débat politique international est considérable ». Je ne partage pas cette analyse.

La carrière et l’influence culturelle de Banksy sont déjà bien connues. On voit mal en quoi révéler le nom de la personne derrière le masque apporterait des éléments vraiment nouveaux pour comprendre son œuvre ou son impact.

Le mystère qui entoure depuis longtemps l’identité de Banksy a largement contribué à forger le mythe d’une figure presque légendaire, dont les œuvres peuvent surgir n’importe où, à tout moment. Le travail de Banksy est abouti sur le plan conceptuel, technique et contextuel – et souvent socialement engagé. Mais c’est le mythe qui entoure l’artiste qui continue d’alimenter une fascination dépassant largement chacune de ses œuvres. L’anonymat et le secret sont au cœur même de sa démarche artistique.

L’enquête de Reuters affirme que Banksy est une figure publique et qu’à ce titre il est « soumis à l’examen, à la responsabilité et, parfois, au dévoilement ». Pourtant, comme l’a fait remarquer un internaute dans une discussion sur Reddit lancée par l’un des journalistes de Reuters, on ne voit pas bien « en quoi révéler son nom augmenterait réellement sa responsabilité ».

Sur un plan très concret, l’anonymat a permis à Banksy de créer des œuvres dans le monde entier avec relativement peu d’interférences de la part des autorités – ou même de ses admirateurs. L’attention portée à un maçon londonien précédemment « identifié » comme étant Banksy (avant que cette hypothèse ne soit finalement démentie) montre que ces derniers pourraient compliquer la vie de l’artiste, mais aussi celle de toute personne portant le nom légal désormais attribué à Banksy par Reuters.

Mais l’essentiel est peut-être ailleurs : l’anonymat permet au public de projeter ses propres idées à la fois sur l’artiste et sur ses œuvres. Ainsi, certains ont par exemple suggéré que Banksy pourrait être une femme.

Comme l’a souligné la chercheuse en études culturelles Sofia Pinto, cette idée repose peut-être sur des conceptions stéréotypées de ce qui serait perçu comme des traits féminins dans la culture et l’art. On cite par exemple l’attention portée par l’artiste aux questions de justice sociale ou sa « capacité à se mettre à la place des autres ». Mais l’essentiel n’est pas le véritable genre de Banksy. Ce qui compte, c’est que son anonymat permet au public de spéculer et de combler les zones d’ombre.

L’idée que Banksy pourrait être n’importe qui a sans doute élargi l’attrait de l’artiste. Elle a peut-être aussi encouragé des personnes qui ne ressemblent pas à Banksy – ou qui ne partagent pas son origine sociale – à se lancer dans le street art ou dans d’autres formes de création.

Les journalistes de Reuters citent l’historien de l’art allemand Ulrich Blanché, qui compare la quête de l’identité de Banksy à une chasse au trésor. La métaphore peut sembler pertinente, mais une chasse au trésor ne consiste pas forcément à s’approprier tout le butin – surtout si cela gâche le plaisir de tous les autres.

À une époque troublée de l’histoire, où il devient parfois difficile de regarder le monde avec émerveillement plutôt qu’avec cynisme, pourquoi priver le public de l’énigme qui fait partie intégrante de l’œuvre de Banksy ? L’idée un peu vague selon laquelle révéler l’identité de la personne derrière Banksy servirait l’intérêt public méconnaît profondément la fonction et l’importance de l’anonymat de l’artiste.

The Conversation

Peter Bengtsen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’identité de Banksy a peut-être été révélée, mais était-ce bien nécessaire ? – https://theconversation.com/lidentite-de-banksy-a-peut-etre-ete-revelee-mais-etait-ce-bien-necessaire-279615

The ‘chicken ick’: why we suddenly become disgusted by foods we used to like

Source: The Conversation – UK – By Lorenzo Stafford, Associate Professor in Psychobiological Psychology, University of Portsmouth

There are many reason why you might have suddenly got the ‘ick.’ Amorn Suriyan/ Shutterstock

Have you ever suddenly gone off a food you used to love? This is something people on social media have been talking about – specifically when it comes to chicken.

Users report suddenly becoming disgusted by chicken, sometimes even mid-bite – despite having been able to eat the food just fine previously. The phenomenon is commonly referred to online as the “chicken ick”.

My research is centred on how our sensory system (mainly smell and taste) affects our behaviour. When it comes to the “ick”, it’s all about how we deal with our disgust response.

There are a number of reasons why you might suddenly become “weird” about a food that you used to be fine with. If this has ever happened to you, the good news is there are ways to get over it.

The first reason relates to a change in the way the food is presented.

Maybe one time you noticed your chicken tasted, smelled or looked different than it did other times. This can lead to a mismatch in what’s expected, which can cause your feelings towards that food to suddenly change.

It might also be related to whether you prepared the chicken in a different way to normal. Adding a new ingredient which changes the smell or flavour profile of the dish can also trigger feelings of disgust.

Another possible reason has to do with what you were doing before you got the “ick.”

If you were scrolling on social media looking at unappetising meals before starting to cook your own meal, this can influence the way you subsequently feel about your own food.

Or, if you were preparing the dish near someone who expressed disgust (even if they only made a face), this can influence your own disgust response. The reason this occurs is explained by the human tendency to mimic others via mirror neurons (brain cells that are involved in empathy and imitation) and the related process of emotional contagion – the unconscious process of “catching” the emotion of others.

Some of us are also more sensitive to experiencing disgust than others.

Disgust is an emotion that protects us from things that could potentially harm us – such as foods that are spoiled or unsafe to eat.

Work has shown that people who rate themselves as being more sensitive to feelings of disgust also exhibit higher “ick” tendencies in a dating context (a sudden aversion to a romantic partner). This suggests that people with higher habitual levels of disgust might be more likely to experience the chicken “ick” phenomenon.

Another important factor is how hungry you are at the time.

If you aren’t very hungry, you might be more particular about unexpected food features – such as a different smell, texture or flavour.

On the other hand, when you’re really hungry, you understandably tend to be less sensitive to disgust and may be less likely to notice things that might otherwise have turned you away.

Interestingly, our research found a similar effect also happens when participants were given alcohol. The higher a participant’s blood alcohol level, the lower their sensitivity to disgust.

So, it could be that certain states of being make us more or less likely to experience the “chicken ick.”

A pregnant woman standing next to a stove holds up a raw, seasoned chicken breast. She looks at it in disgust.
Disgust is heightened during pregnancy.
Nicoleta Ionescu/ Shutterstock

Gender might also have an effect.

Research on disgust shows women have a higher sensitivity to disgust than men. It’s theorised that such gendered differences in disgust sensitivity developed as an evolutionary response to be choosier when selecting potential mates and protect offspring from disease.

Disgust is also heightened during pregnancy and appears to be related to immune function.

How to get over it

If you’re someone who has developed the chicken “ick” before, there are two key things you can try to get over this feeling:

Try preparing your chicken differently next time. Your disgust might be linked to the specific way the food was prepared. The next time chicken is on your menu, try cooking it differently (such as using a different recipe or seasoning) or use a different cut of meat (such as chicken breast instead of thighs or wings). This might help you to unlearn your disgust.

Have someone else cook for you. If the texture or smell of the chicken (particularly raw chicken) has put you off of it, try having a loved one prepare the meal for you or go out to eat. This might make it easier for you to eat the cooked dish. Or, buy pre-cooked options from the supermarket that only need to be reheated so you don’t have to handle the raw chicken.

Removing the cues that cause the “ick” in the first place should act as a reset so you can enjoy the food again.

If that still does not work, it could be that you’ve formed a negative association with the food which needs to be “unlearned.”

In this case, it could take a little more time to retrain yourself. Some suggestions for doing this involve pairing food with something positive (such as a favourite food or listening to your favourite music while eating your meal) or even by changing the colour of plateware. By repeating this a number of times, you’ll condition yourself to the pleasant response – and will hopefully be over your chicken “ick.”

The Conversation

Lorenzo Stafford does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The ‘chicken ick’: why we suddenly become disgusted by foods we used to like – https://theconversation.com/the-chicken-ick-why-we-suddenly-become-disgusted-by-foods-we-used-to-like-278345

Selling stolen art is tricky, so why even bother heisting it? An expert explains

Source: The Conversation – UK – By Anja Shortland, Reader in Political Economy, King’s College London

It took less than three minutes for an organised crime gang to steal a Renoir, Matisse and a Cezanne painting collectively worth around €9 million (£7.8m) from a private museum near Parma, Italy in March 2026. This is the second high profile art heist in recent months, after the theft of jewellery worth €9.5 million (£8.25m) from Paris’s Louvre in October 2025.

The items stolen are clearly valuable. But, as an expert in the governance of criminal markets, I can tell you acquiring the goods is only the first step. Turning this loot into cash is fraught with risk .

The Italian government takes the protection of its cultural heritage seriously, with a whole department of the Carabinieri (Italian police) devoted to the theft of arts and antiquities. This department scans the global art trade for forged, stolen and illegally exported treasures, demanding their return.

There is little chance of selling the stolen masterpieces on the international art market – even at a knockdown price. Whereas in the past dealers and auction houses might have turned a blind eye to the fishy origins of an outstanding artwork, over the past two decades the norms and procedures of the market have tightened considerably.

Anyone who buys art without checking whether a former owner has registered their interest in the object fails the bona fide (good faith) test. This means that they cannot obtain a good title and so the legal property right remains with the person or institution the artwork was stolen from. Also sales of stolen art where the seller sidestepped due diligence can be voided, meaning the money must be returned.

So reputable dealers and auction houses take their duty of care very seriously. At the very least they check the freely accessible Interpol database of stolen art before the sale. However, private databases – like that of the Art Loss Register – provide greater peace of mind, listing many more lost and stolen objects and limit searching to those with a legitimate interest in an object. When a register finds that someone is trying to bring a stolen artwork into the open market, they collect and pass on all information that could lead the police to its location or the people involved in its sale or storage.

Anything fresh from a museum wall is therefore unsaleable – unless it is jewellery that can be broken up and sold as (expensive) scrap. So, what might be the financial motivation behind this theft?

A Bond-style villain ordering favourite paintings to adorn their lair is an unlikely explanation. Yes, paintings could be stolen to order, but buying art on the open market to launder money is less risky. With high rewards for information or the return of stolen artworks, security and omerta (the code of silence) would have to be completely watertight when displaying stolen treasures.

On the other hand, “rewards for information” could be a motivation for theft in itself. In the middle of the last century, insurers regularly paid “finders” with so little scrutiny that high-value art theft became a profitable low-risk occupation. Institutions like the Art Loss Register broke that cosy coexistence and instead used any leads to help the police conduct recoveries and sting operations.

Nowadays, it is only safe to negotiate a deal over a “finder’s fee” when a stolen object has changed hands so many times that the line to the original thieves is lost in the mist of time. Even so, the ultimate “finder” would be lucky to realise more than 10% of the painting’s value, which they would also likely have to share with the thieves and various shady underworld owners along the way.

However, there is a third reason to steal artworks. Organised crime groups sometimes use stolen artworks as bargaining chips to negotiate more lenient punishment. For example, the Dresden jewellery thieves kept a few pieces of their haul aside to use their recovery to negotiate shorter sentences. Penitentos (“repentant ones”) who want to leave mafia organisations also sometimes provide information on the whereabouts of missing treasures. If there is a perception that stolen artworks can used to reduce a prison sentence or financial compensation package, their underworld value can grow far beyond the finder’s fee.

While it is difficult to verify the assertion that stolen artworks are used as collateral in drug deals, several unique treasures have indeed been retrieved from properties owned by senior mafiosi. These works have not been found in temperature controlled galleries, but rolled up in dank places that make museum curators weep with despair. Let us hope that the beautiful artworks from Parma are treated with respect until we see them again.

This article features references to books that have been included for editorial reasons, and may contain links to bookshop.org. If you click on one of the links and go on to buy something from bookshop.org The Conversation UK may earn a commission.

The Conversation

Anja Shortland does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Selling stolen art is tricky, so why even bother heisting it? An expert explains – https://theconversation.com/selling-stolen-art-is-tricky-so-why-even-bother-heisting-it-an-expert-explains-279700

Javier Milei’s inflation ‘miracle’ in Argentina is a warning to the world, not a blueprint

Source: The Conversation – UK – By Can Cinar, Honorary Visiting Researcher, City St George’s, University of London

On paper, the numbers look astonishing. The annual rate of inflation in Argentina has plummeted from 211% in 2023 to 31.5% by the end of 2025.

President Javier Milei is taking plenty of credit for the drop. And he spent some time on Wall Street last month, pitching his “chainsaw” approach to public spending as a triumph against inflation.

But as a political economist who has tracked the cyclical history of economic crisis in Argentina, I see a much grimmer story unfolding.

For the drop in inflation is certainly not a victory for Argentine productivity. It’s a byproduct of a deliberate and engineered collapse in people’s wages.

Milei hasn’t fixed the engine of Argentina’s economy, he has simply turned it off. Since he took office in 2023, the country’s manufacturing output has dropped dramatically, with over 2,000 businesses shutting down and 73,000 jobs lost.

In the automotive sector, factories are operating at just 24% of capacity.

These aren’t just dry statistics. Real wages have been crushed so hard that demand for Argentine goods has evaporated. If a manufacturer is only using a third of its machinery because nobody can afford their goods, they lose their ability to put up prices, and inflation rates stop rising.

By drastically reducing demand, Milei has not solved the inflation puzzle. He has simply removed some of the pieces, by making the population too poor to participate in the Argentine economy.

On top of this, the fear of mass unemployment means workers have no choice but to accept an ever smaller share of the nation’s economic pie. Again, low wages serve to prevent the upward spiral of prices.

So the supposed victory over inflation is actually the institutionalisation of lower wages and a lower standard of living for most people.

A recently passed law (officially named “labour modernisation”) reinforces this new reality. It has effectively increased many workers’ hours and reduced their protections, making labour both cheaper and more disposable.

The new legislation has been criticised as a return to working practices of the 19th century. Far from modernising work, it is about normalising a lower wage share of GDP and ensuring that the shrinking slice of the national income for the Argentine worker isn’t just a temporary emergency, but a permanent feature of the model.

And while the government highlights 4% GDP growth forecasts for 2026, that growth is focused in sectors like agriculture, mining and lithium, which create very few jobs. For the average urban worker the economy hasn’t recovered – it has simply bottomed out at a new, lower standard of living.

Wages down, inflation down

That doesn’t mean that the drop in inflation counts for nothing. There has been a genuine sense of relief after the triple-digit chaos of 2023.

The simple ability to shop at a supermarket without the price of goods changing dramatically in days will mark a deep psychological shift for many Argentinians.

But that shift is not based on solid ground. Inflation hasn’t been tamed by a more efficient economy – it has been starved into submission.

Yet remarkably, Milei’s “miracle” is already being packaged for export. From the radical fiscal cuts proposed by Trump in the US to the nationalist platforms of Orbán in Hungary and the Vox party in Spain, Milei and his model are being touted as a blueprint for other economies struggling with inflation.

But what looks like a triumph to some is, in reality, a deepening social crisis. Milei’s Argentina is not a blueprint to be followed. It is a warning of what happens when the cure for inflation is more lethal than the disease itself.

For this level of wage suppression is a stark reminder of Argentina’s economic crisis of 2001, a period of total state failure, sovereign default, bank freezes and 20% unemployment that left a permanent scar on the national psyche.

To have surpassed that level of wage suppression today is a damning indictment of Milei’s approach. But while 2001 was a sudden collapse of a monetary system, the 2026 reality is a slow, institutionalised asphyxiation.

The question for the coming years is how such a model can possibly be sustained. Milei has left the country with no economic levers to pull for a genuine recovery.

With negative net reserves, a domestic market in ruins, and multi-billion dollar IMF and private debts hanging over the country, the government’s path is now dictated entirely by a desperate need for dollars that turns every domestic policy into a plea for foreign capital.

This has created an economic vacuum in which there is no credit for small businesses, no surplus for public investment and no consumer demand to entice private capital back into the real economy.

That is why the administration’s pitch to New York investors in March was essentially a desperate plea for capital to fill this void. But Wall Street is not generally in the business of building factories or creating jobs in Argentina.

If anything, its investors will be looking for easy short-term profits in a newly deregulated market. And what emerges then is an economically divided Argentina. On one side of this will be a thriving enclave of mining and agribusiness designed for the global market, and on the other, a vast urban industrial wasteland where millions of Argentinians struggle desperately to make ends meet.

The Conversation

Can Cinar does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Javier Milei’s inflation ‘miracle’ in Argentina is a warning to the world, not a blueprint – https://theconversation.com/javier-mileis-inflation-miracle-in-argentina-is-a-warning-to-the-world-not-a-blueprint-278840

Iran war: what African countries can do to get through the crisis and emerge in a better place

Source: The Conversation – Africa – By Danny Bradlow, Professor/Senior Research Fellow, Centre for Advancement of Scholarship, University of Pretoria

The South African rand is one of many currencies in Africa to have lost value against the dollar in the wake of the US/Israeli war against Iran. Waldo Swiegers/Bloomberg via Gettyimages

By Easter 2026 it was still not clear when – or how – the war initiated by Israel and the US against Iran would end. But what was already clear was that it would harm Africa in a number of ways.

Firstly, it would adversely affect the global supply and prices of oil and gas, fertilisers and food. Secondly, local currencies would be affected. More than a month after the war had started a number of African currencies had begun to lose value against the US dollar.

Thirdly, interest rates stopped falling and further rate increases were highly likely. Fourth, there will be a decline in access to affordable foreign financing.

How should Africa respond?

African countries cannot avoid being harmed by the current Gulf war. Nevertheless, based on my work in international economic law and global economic governance, I think there are two lessons that, if followed, can help the continent emerge from the crisis in a better place.

First, governments and societies need to be pragmatic. Their first priority must be to do whatever they can to mitigate the impact of the war, particularly on their most vulnerable citizens. This will require governments to make trade-offs.

They will have to reallocate budgets to at least maintain the level of imports necessary to meet the society’s basic needs. They will need to convince their creditors to help finance their necessary imports. They will also need to persuade them to be flexible enough that they leave governments with at least some policy space.

Second, states and societies need to identify opportunities within the crisis for actions that over the medium term can help them meet their financing, economic, environmental and social challenges. This requires collaboration between the state and its non-state stakeholders. Business, labour, religious groups, civil society organisations and international organisations all have something to contribute.




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Oil price surge is hurting African economies: scholars in Ethiopia, Kenya, Nigeria, Senegal and South Africa take stock


Action in the short run

The focus of Africa’s efforts in the short term must be on minimising the negative effects of the war and on managing the state’s external debts in the most sustainable and effective way.

This is easy to state, but hard to implement. This is particularly the case in the current international environment, in which it is not realistic to expect donor countries and other international sources of finance to be particularly generous.

African countries will need to convince their creditors to acknowledge that this crisis is beyond Africa’s control and that they should not compound the pain that’s being experienced. This will require, at a minimum, that the creditors agree to suspend debt payments for the next year.

Creditors have already accepted the principle that debt payments can be suspended when debt challenges arise from sources beyond the debtor’s control. Many of them have accepted clauses requiring such action under specific conditions in their most recent debt contracts. They also did this during COVID.

Second, African countries, which are already heavily indebted, should challenge their multilateral creditors to accept the consequences of being among the biggest creditors for the continent. This includes the World Bank, the International Monetary Fund and the African Development Bank. By custom these institutions are treated as preferred creditors. This means that they get paid before all other creditors. Instead of participating in any debt restructurings, they also make new loans to the debtor in crisis. This shifts the debt restructuring burden onto the debtor’s other creditors. It also increases the total amount owed to the multilaterals.

This cannot continue. These institutions need to be more creative in providing Africa to financing. This should include:

Third, governments should work with the Alliance of African Multilateral Financial Institutions to use these institutions more effectively to finance African development. For example:

  • They should require the institutions to only undertake transactions that are consistent with their development mandates. This means no more opaque transactions like the recent one that the African Finance Corporation concluded with Senegal.

  • African governments should take the necessary action to activate the African Financial Stability Mechanism that they agreed to establish last year. This would create a useful financial safety net for the continent.

Fourth, African governments must build on the efforts they began last year to become a more effective advocate for African development financing interests at the international level. Among these efforts was the initiative by African ministers of finance to develop common African positions on sovereign debt restructurings. Another was South Africa’s launch of the African Expert Panel that proposed a number of initiatives on African debt and development financing.

In the medium term

African countries should advocate for the IMF to review its governance arrangements so that it becomes more accountable and responsive to developing countries, including African states and societies.

They should also advocate for the IMF to more use its existing resources, including its gold reserves, more creatively to support Africa.

Second, Africa should call for a debate on the preferred creditor status of multilateral financial institutions. This has become particularly relevant because the members of the Alliance of African Multilateral Financial Institutions are claiming that, like all other multilateral financial institutions, they are entitled to this status.

It is not clear that there are good arguments for excluding these institutions from preferred creditor status while protecting the position of the legacy institutions. This suggests that there is a need for some general principles that help determine which institutions should be treated as preferred creditors. These should be acceptable to all multilateral financial institutions and other market participants.

Third, African societies must make every effort to demonstrate that they are taking control of their own development. They should demand that their governments and all other actors in African development finance behave responsibly in regard to the financial, economic, environmental and social aspects of these transactions.

Another medium term objective should be to limit the illicit financial flows that are so often associated with international trade and investment. This goal would be advanced by the successful conclusion of the current efforts to agree on a UN Framework Convention on International Tax Cooperation.

The Conversation

Danny Bradlow is s Senior Non-Resident Fellow, Global Development Policy Center, Boston University and a Senior Fellow, South African Institute of International Affairs

ref. Iran war: what African countries can do to get through the crisis and emerge in a better place – https://theconversation.com/iran-war-what-african-countries-can-do-to-get-through-the-crisis-and-emerge-in-a-better-place-279689