Musées commerciaux : une histoire oubliée du capitalisme

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sophie Cras, Maîtresse de conférences en histoire des mondes modernes, histoire du monde contemporain, de l’art et de la musique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Fresque de la coupole et de la partie supérieure de la Bourse de commerce, à Paris, réaménagée par l’architecte japonais Tadao Ando à la demande de François Pinault.
Jean-Pierre Dalbéra/Flickr, CC BY-NC

À la fin du XIXᵉ siècle, alors que le commerce se mondialise, une nouvelle forme d’institution fait son apparition : le musée commercial. À Paris, la Bourse de commerce – aujourd’hui transformée en musée d’art contemporain – exposait autrefois des matières premières et des produits manufacturés. Dans son ouvrage, l’Œil capitaliste, qui vient de paraître aux éditions Flammarion, Sophie Cras, maîtresse de conférences en histoire de l’art contemporain à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, revient sur le rôle du musée comme instrument de politique commerciale et coloniale.


Tel un immense œil de fonte et de verre, le dôme filtre la lumière qui baigne le hall circulaire de la Bourse de commerce de Paris. Il anime d’un faisceau d’ombres la grande peinture murale qui orne la partie inférieure de la coupole, et d’un jeu de reflets les vitrines, elles aussi d’origine, qui scandent le pourtour du hall.

Depuis que l’entrepreneur François Pinault a repris et restauré l’édifice des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles pour y exposer sa collection d’art contemporain, un cylindre en béton dessiné par Tadao Ando redouble la rotondité de l’espace, soulignant d’un geste contemporain la coupole vitrée historique. Cet œil architectural nous rappelle que, bien avant que ces lieux ne deviennent un musée, bien avant que le commerce de gros et les ventes aux enchères de produits agricoles ne les désertent pour laisser place à des œuvres d’art, la Bourse de commerce était, déjà, consacrée au regard. Elle hébergeait même un musée. Un musée comme il n’en existe plus : un musée commercial.

Un musée commercial. L’expression sonne presque comme un oxymore aux oreilles d’aujourd’hui. Il n’en était pourtant pas ainsi à la fin du XIXᵉ siècle : le musée commercial était alors, dans la terminologie muséographique, une catégorie bien établie – et très en vogue. Dans ses Principles of Museum Administration, parus en 1885, le muséologue George Brown Goode distinguait ainsi six types de musées : « A. les musées d’art ; B. les musées historiques ; C. les musées anthropologiques ; D. les musées d’histoire naturelle ; E. les musées technologiques ; F. les musées commerciaux. » Il poursuivait avec une définition pour le moins intrigante :

« Le musée commercial se consacre aux matières premières et aux articles manufacturés susceptibles d’être vendus ; aux marchés, aux modes de distribution commerciale, aux prix, ainsi qu’à l’offre et la demande de marchandises. »

Que pouvaient bien avoir à faire au musée des phénomènes économiques tels que les prix, l’offre et la demande ou la distribution commerciale ? Répondre à cette question suppose de remonter dans le temps, de renouer avec une époque où ni le « musée » ni l’« économie » n’avaient exactement le sens qu’on leur prête aujourd’hui. Alors, l’économie n’était pas encore synonyme d’abstraction et de formalisation mathématique, mais pouvait être conçue comme une science « à collection », dont les savoirs, fondés sur l’observation des objets, trouvaient au musée le lieu idéal d’élaboration, de diffusion, voire de mise en pratique. Alors, le musée n’était pas nécessairement compris sous un prisme esthétique et patrimonial, mais apparaissait volontiers comme une technologie économique, un instrument de politique commerciale. Les pratiques productives, marchandes et financières du capitalisme s’adossaient à des pratiques particulières du regard, exercées au musée et cultivées dans la vie professionnelle quotidienne. C’est ce que j’appelle l’« œil capitaliste ».

Une manière de voir

Parler d’« œil capitaliste », c’est s’exposer à trois malentendus que j’aimerais d’emblée lever. Le premier serait de réduire à la vue un processus qui mobilisait en réalité bien d’autres sens, en particulier le toucher et le goût, mais aussi une pluralité d’actions réalisées au musée : non seulement voir, mais lire et discuter, manipuler, expérimenter, calculer. Le deuxième serait de comprendre cette expression comme une personnification du capitalisme, qui, tel un être tout-puissant, serait susceptible de « voir ».

Mon intention est à l’opposé : dans les termes de l’historien Pierre Rosanvallon, je considère que « le capitalisme n’est que la résultante de pratiques économiques et sociales concrètes ». Empruntant au period eye cher à Michael Baxandall, l’œil capitaliste désigne en réalité l’œil des capitalistes, les compétences et habitudes visuelles des acteurs qui furent au cœur du système socio-économique capitaliste.

Le troisième malentendu serait d’essentialiser et de déshistoriciser le capitalisme et la forme de regard qui l’accompagne. Or, bien au contraire, l’œil que je décris correspond à une phase relativement restreinte et historiquement bien déterminée du capitalisme, qui a commencé avant lui et se poursuit après sa disparition. Cette phase s’inscrit à la toute fin de ce que Pierre François et Claire Lemercier, dans leur périodisation du capitalisme, appellent l’« âge du commerce », qui selon eux s’étend de la fin du XVIIᵉ siècle aux années 1880 environ. Loin des conceptions aujourd’hui dépassées d’une « révolution industrielle » fondée sur la production mécanisée en usine, ce premier âge du capitalisme s’incarne, jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, dans la figure puissante du négociant, qui tire profit de l’organisation du commerce au loin, fait crédit et passe commande aux fabricants à travers des chaînes complexes de sous-traitance.

La production est encore peu standardisée ; la connaissance des marchandises et des débouchés est alors clé : ce sont précisément ces compétences visuelles du négociant que les musées commerciaux entendent rationaliser. Parce qu’ils sont créés au moment où le monde bascule progressivement dans l’« âge de l’usine », une nouvelle phase du capitalisme marquée par la standardisation et la massification de la production dans de grosses unités fondées sur des canaux de distribution différents, ces musées se trouveront rapidement obsolètes. L’intitulé de ce livre, l’Œil capitaliste, doit donc être compris comme la version abrégée de ce qu’on pourrait appeler, pour paraphraser Fredric Jameson, « la logique sensorielle des capitalistes à l’âge du commerce tardif ».

Le musée me semble, comme l’écrit Benoît de L’Estoile, un observatoire privilégié pour comprendre « la façon dont nous voyons le monde où nous vivons », car, en son sein, l’ordonnancement du rapport visuel aux objets est délibérément et explicitement épistémique. En mobilisant des sources textuelles et iconographiques lacunaires et dispersées, ce livre s’efforce de restituer une pratique du regard liée à une manière de vivre le monde – un regard, je l’ai dit, intimement mêlé au toucher, au goût, à l’expérimentation en laboratoire, à la lecture de textes et de chiffres, au calcul.

C’est dans l’épaisseur matérielle des dispositifs d’exposition, à l’intersection de considérations scientifiques, esthétiques et pratiques, que se loge la capacité du musée à produire et transmettre des savoirs pour les visiteurs et visiteuses, dans une rencontre qui n’est pas seulement visuelle, mais qui mobilise tous les sens d’un corps en mouvement. Le musée, écrit Charlotte Klonk, est un « espace d’expérience ». Cette enquête, menée au plus près des objets et de leurs modes d’apparition, cherche ainsi à offrir une histoire plus située et concrète du capitalisme.

En écrivant ce livre, j’espère réinscrire cette bizarrerie – les musées commerciaux – dans l’histoire des musées, de l’économie et de la colonisation, dont ils sont triplement absents. J’aimerais montrer qu’à l’époque qui m’occupe, le musée était volontiers conçu comme un instrument politique et économique à part entière ; qu’il pouvait être tourné vers le futur et l’action, plutôt que vers la contemplation du passé ; que les collections muséales ne tiraient pas nécessairement leur valeur de la beauté, de la préciosité, de la rareté ou du témoignage historique, mais plutôt du potentiel commercial qu’elles représentaient ; qu’elles étaient parfois constituées non pour être conservées, mais pour être manipulées, détruites et constamment renouvelées.

Je souhaiterais aussi nuancer une histoire de la pensée économique souvent écrite comme le triomphe d’une économie néo-classique abstraite et mathématiquement formalisée. Mon approche s’inscrit dans la lignée des chercheuses et chercheurs qui, comme Marion Fourcade, refusent de prendre pour acquises a priori les catégories d’« économie » et « économistes », et se donnent au contraire pour objectif d’« examiner les conditions historiques qui ont contribué à cristalliser l’idée même de ce qu’est l’économie », en prêtant attention aux pratiques autant qu’aux textes, aux praticiens aussi bien qu’aux universitaires.

Les musées commerciaux étaient en effet, à l’instar des chambres de commerce auxquels ils étaient souvent associés, des espaces de rencontre entre savants et publicistes, négociants et manufacturiers, élus et administrateurs. À cette intersection, ils permettent de cerner des courants de pensée alternatifs à la discipline économique dominante, et diversement articulés avec elle, esquissant un panorama des savoirs économiques plus complexe et hétérogène, moins téléologique aussi.

Les sciences commerciales pratiquées au musée s’offrent comme un chaînon manquant entre la « science du commerce » du XVIIIe siècle redécouverte par Arnaud Orain, et les « sciences coloniales » dont Pierre Singaravélou a étudié le développement et l’institutionnalisation à partir de la fin du XIXᵉ siècle. Elles aident à comprendre la centralité des économistes dans la constitution et la promotion des savoirs de l’impérialisme et de la colonisation, à rebours de la conception longtemps soutenue selon laquelle le libéralisme des économistes aurait fait d’eux des anti-colonialistes.

De fait, les musées commerciaux ont leur place dans l’histoire de l’impérialisme et de la colonisation, dont ils ont été des outils. Les historiens économiques ont relevé le faible poids des importations et exportations coloniales dans la balance commerciale des nations métropolitaines jusqu’à la Première Guerre mondiale au moins. C’est fort conscients de ces statistiques (qu’ils étaient souvent chargés eux-mêmes de produire) et dans l’espoir de les inverser que les responsables des musées commerciaux œuvraient. Le caractère inabouti et en partie illusoire de l’entreprise d’exploitation commerciale des colonies n’entame pas la réalité des instruments qui furent concrètement mis en œuvre pour la servir – les musées commerciaux coloniaux furent de ceux-là.

Leur muséographie économique expose, sans fard, le programme implacable de domination économique que s’étaient donné les métropoles impériales. Les musées commerciaux s’inscrivent sans rupture à l’intersection de l’histoire de la colonisation, puisqu’ils concouraient très concrètement à l’entreprise économique coloniale, et du colonialisme, au sens où ils promouvaient et légitimaient l’idéologie coloniale. Ce livre suggère qu’ils ont progressivement glissé de l’une vers l’autre, de l’économique vers le symbolique, sans présumer, du reste, qu’ils aient été plus efficaces comme outils de propagande coloniale qu’en tant qu’instruments de développement du commerce.

L’histoire des musées commerciaux s’écrit sous un double horizon d’échec : l’échec d’un projet muséal qui, en dépit des ambitions et des moyens déployés, déçoit systématiquement les attentes et finit par être totalement abandonné ; l’échec d’un projet économique, celui de la « mise en valeur » des colonies, qui se traduit par un profond décalage entre des discours tapageurs et les faits, et s’appuie sur des pratiques de la science devenues rapidement obsolètes. Pour autant, il s’agit de ne pas laisser notre conscience de l’échec décrédibiliser par avance le phénomène historique, ou en faire une erreur à démystifier.

Efforçons-nous au contraire de prendre au sérieux les projets et les savoirs qui animaient les acteurs, aussi absurdes, vains et néfastes nous semblent-ils. Oublions que nous connaissons la fin de l’histoire, et plongeons dans la pratique de ce que furent les musées de l’œil capitaliste.

The Conversation

Sophie Cras a reçu des financements de la politique scientifique de l’Université Paris 1 et de la Humboldt Stiftung.

ref. Musées commerciaux : une histoire oubliée du capitalisme – https://theconversation.com/musees-commerciaux-une-histoire-oubliee-du-capitalisme-279393

Les Alsaciens évacués de 1939 : les conséquences d’une rencontre forcée entre deux France

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jean Lacroix, Associate Professor, Université Paris-Saclay

Photo de classe de l’année 1939-1940 d’une école privée de la ville d’Isle (Haute-Vienne), précisant : « Quelques élèves alsaciens. »
Site officiel de la ville d’Isle

Pendant un peu moins d’un an, entre l’automne 1939 et l’été 1940, de très nombreux Alsaciens du Bas-Rhin, ont vécu en Haute-Vienne après avoir quitté leur région devenue zone de guerre. Une étude récente s’intéresse à cette cohabitation forcée et à l’effet qu’elle a pu avoir sur le comportement électoral des hôtes après le conflit.


À l’automne 1939, la France entre en guerre contre l’Allemagne, mais le conflit ne se déclenche pas seulement sur le front. Il débute aussi dans les gares, les mairies et les villages de l’intérieur du pays. En effet, dès 1933, l’État avait préparé l’évacuation des populations frontalières en cas de conflit avec l’Allemagne. Des centaines de milliers de civils quittent alors le nord-est de la France dès le début du conflit.

Cette évacuation repose sur une organisation rigoureuse. Les civils sont autorisés à emporter 30 kg de bagages et doivent laisser derrière eux les biens non essentiels. Le plan d’évacuation prévoit depuis plusieurs années un itinéraire précis, guidant les évacués du nord-est de la France de leurs municipalités d’origine vers leur municipalité d’accueil. Dans les départements évacués, l’évacuation de la « zone avant », zone située entre la ligne Maginot et la frontière allemande, doit précéder celle de la « zone arrière », située juste après la ligne Maginot.

Des habitants du Bas-Rhin sont envoyés à plus de 700 kilomètres de chez eux, en Haute-Vienne. Les services de la préfecture de Haute-Vienne avait prévu de répartir de manière équitable les réfugiés alsaciens dans son département, afin que chacune des municipalités le composant accueille une quantité de réfugiés équivalant à environ un tiers de sa population. Cependant, certaines municipalités doivent accueillir des réfugiés de la zone avant, tandis que d’autres doivent accueillir des réfugiés de la zone arrière. Or, la seule évacuation de la zone avant amène déjà environ 60 000 réfugiés en Haute-Vienne.

Dès lors, le préfet haut-viennois proteste et le vice-président du Conseil des ministres Camille Chautemps consent à arrêter l’évacuation vers la Haute-Vienne. Cette modification du plan initial contredit la volonté du préfet haut-viennois de répartir équitablement les réfugiés entre les municipalités de son administration.

Notre étude montre que les communes désignées pour accueillir des réfugiés issus de la zone avant ont finalement reçu, en moyenne, une population supplémentaire équivalant à 22,8 % de leur population initiale par rapport aux autres communes. Certaines communes haut-viennoises ont même accueilli plus de 85 % de leur population en réfugiés. Dans ce contexte, la répartition inégale de l’afflux de réfugiés entre les municipalités n’était que le fruit du hasard et n’était pas due, comme dans d’autres cas, aux caractéristiques des communes hôtes.

Cette différence importante de flux de réfugiés, et ces différences de flux aléatoires, permettent d’étudier précisément l’impact de ces réfugiés sur leurs hôtes.

Rencontre entre deux France

Comment analyser ce contact entre les hôtes et les réfugiés bas-rhinois ? La théorie du contact élaborée par le psychologue américain Gordon W. Allport (1954) mentionne quatre dimensions favorisant un contact positif entre groupes. Les contacts entre groupes sont facilités si les deux groupes (1) partagent un statut social équivalent ; (2) partagent un objectif commun ; (3) coopèrent sur différentes tâches ; et (4) le contact est validé par les autorités. Le contact entre réfugiés alsaciens et leurs hôtes haut-viennois semble répondre à l’ensemble de ces critères.

Carte de l’évacuation depuis l’Alsace vers la Dordogne et la Haute-Vienne.
Et si Nexon m’était conté

Les autorités s’empressent de demander aux populations locales de réserver le meilleur accueil possible aux réfugiés alsaciens. Le contexte, et l’unité nationale qu’il requiert, offrent toutes les garanties pour que les hôtes accueillent les réfugiés alsaciens à bras ouverts. La logistique de l’accueil mobilise les populations locales. Plusieurs témoignages attestent d’échanges positifs entre les hôtes et les réfugiés alsaciens. C’est le cas lors de la fête de Noël 1939, quand les Haut-Viennois invitent les réfugiés alsaciens à partager un moment avec eux.

Malgré ces signes de contacts positifs, l’arrivée des Alsaciens met en exergue les différences entre les hôtes, « Français de l’intérieur » et leurs invités. Les réfugiés alsaciens, majoritairement, parlent un dialecte local proche de l’allemand, ce qui leur vaut le surnom de « ya-ya ».

Les différences entre réfugiés et hôtes vont bien au-delà de la seule barrière de la langue. Historiquement, le Limousin est séculaire, tandis que le Bas-Rhin est plutôt religieux, en particulier protestant. La Haute-Vienne est également un territoire rural, ce qui tranche avec le développement urbain du Bas-Rhin. Toutes ces différences se manifestent dans les comportements électoraux d’avant-guerre : selon les statistiques électorales, la Haute-Vienne se situe, entre 1928 et 1936, parmi les territoires les plus à gauche du pays. Ce n’est pas le cas du Bas-Rhin, qui se situe plutôt en milieu de tableau.

Au final, le contact entre Haut-Viennois et Bas-Rhinois sera de courte durée. À la suite de la défaite militaire française, l’armistice de Rethondes signé le 22 juin 1940 exige le rapatriement des populations évacuées. Une grande majorité des Alsaciens évacués effectue donc, dès l’été 1940, le chemin inverse de celui de l’automne 1939. Même si le contact entre ces deux France a été court, il a été une expérience poignante pour les réfugiés comme pour les hôtes.

Les conséquences d’une rencontre : le vote en Haute-Vienne dans l’après-guerre

Afin de mieux comprendre comment l’hébergement de réfugiés alsaciens a marqué leurs hôtes, notre étude s’intéresse à une spécificité locale : le vote de gauche. Si le contact avec les réfugiés a marqué les habitants, cela peut influencer le vote de trois manières. Premièrement, le contact peut influer sur le vote des hôtes directement exposés aux conséquences de la guerre, notamment sur le plan économique. Deuxièmement, le contact peut permettre un échange de valeurs entre les hôtes et les réfugiés, en moyenne plus à droite ; la part de vote de la gauche peut donc diminuer dans les municipalités ayant accueilli le plus de réfugiés. Troisièmement, le contact, en révélant les différences avec les électeurs alsaciens plus à droite, peut avoir accru le succès de la gauche localement.

Il semble que ce troisième mécanisme ait prévalu après-guerre. Les municipalités qui ont reçu le plus de réfugiés ont voté plus à gauche que les autres après le conflit. Une hausse de 10 points de pourcentage de la part des évacués a accru, en moyenne, la part du vote en faveur de la gauche à la fin des années 1940 de 2 points. L’effet culmine dans l’immédiat après-guerre, puis s’atténue dans les années 1950. Cette redistribution des votes à gauche provient en partie d’un désaveu du Mouvement républicain populaire (MRP), un parti souvent associé à ses dirigeants d’origine alsacienne. Ces résultats ne suggèrent pas un déplacement électoral diffus, mais une reconfiguration du rapport au local et au national dans les urnes.

Nous observons également que les municipalités qui ont accueilli le plus de réfugiés alsaciens se sont, après la guerre, concentrées sur le tissu social local, notamment en créant des associations à cet effet. Finalement, nous observons que ce renforcement de la gauche a eu lieu là où les réfugiés alsaciens différaient le plus de leurs hôtes. Ce fut le cas lorsque des réfugiés venaient de municipalités où la part des protestants était plus importante, ou lorsque des Haut-Viennois ruraux accueillaient des Bas-Rhinois urbains, ou au contraire lorsque des Haut-Viennois urbains accueillaient des Bas-Rhinois ruraux.

Le contact entre ces deux France pendant la guerre a donc renforcé les particularismes régionaux en matière de comportements électoraux. Le contact entre différents groupes n’homogénéise pas forcément les comportements. Dans des sociétés post-conflit, ces particularismes constituent l’un des défis à relever pour rebâtir le pays. L’hébergement des réfugiés alsaciens et mosellans est désormais souvent célébré dans les anciennes communes d’accueil. Il semble donc que cette histoire commune, qui a pu autrefois accentuer les différences politiques, constitue désormais un pont entre des municipalités éloignées de plus de 700 kilomètres l’une de l’autre.

The Conversation

Jean Lacroix a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Ricardo Pique ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les Alsaciens évacués de 1939 : les conséquences d’une rencontre forcée entre deux France – https://theconversation.com/les-alsaciens-evacues-de-1939-les-consequences-dune-rencontre-forcee-entre-deux-france-279228

Sur les pas des sœurs Mirabal

Source: The Conversation – France in French (3) – By Catherine Pélage, Professeure de littératures et cultures d’Amérique latine, Directrice de la Chaire d’études culturelles dominicaines Sœurs Mirabal, Université d’Orléans

La journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre de chaque année, commémore le martyre de trois sœurs en République dominicaine en 1960. Laollietopia/Wikimédia, CC BY

En 1930, Rafael Leónidas Trujillo s’empare du pouvoir en République dominicaine. Il y instaure un régime brutal qui durera plus de trente ans. Face à cette violence, des mouvements d’opposition se forment. Parmi ces figures, on trouve les sœurs Mirabal : Patria, Minerva et María Teresa. Le 25 novembre 1960, alors qu’elles reviennent de Puerto Plata où elles avaient rendu visite à leurs maris emprisonnés, les trois sœurs sont assassinées. Les Sœurs Mirabal, l’éternel envol des papillons, de Catherine Pélage, professeure de littératures et cultures d’Amérique latine à l’Université d’Orléans et directrice de la Chaire d’études culturelles dominicaines Sœurs Mirabal, qui vient de paraître aux éditions Regain de lecture, est la première biographie en français qui leur est consacrée. Extraits.


Concerts, spectacles, conférences, débats, projections de films, colloques : tous les ans, en France, le 25 novembre est marqué avec conviction. La Journée est placée sous le signe de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. La date est solidement ancrée, les établissements scolaires, les villes, les régions, se mobilisent, s’inscrivant dans une dynamique impulsée par l’Organisation des Nations unies qui a proclamé en 1999 le 25 novembre comme Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Si le jour est bien identifié, son origine l’est beaucoup moins. Sur les sites officiels, il est parfois mentionné que la date a été choisie en l’honneur des sœurs Mirabal. Mais qui sont-elles ?

Une rapide consultation sur Internet nous conduit dans les Caraïbes, en République dominicaine, et fait apparaître trois magnifiques visages : Patria, Minerva et María Teresa nous regardent avec détermination. Quelques lignes précisent parfois qu’elles ont été assassinées le 25 novembre 1960 sur ordre du dictateur Rafael Leónidas Trujillo. Si l’on continue les recherches, de nombreuses photos apparaissent, tirées des albums de leur famille : Patria, vêtue d’une robe blanche, sourit, elle se trouve dans un très beau jardin. Minerva, au volant d’une voiture et accompagnée d’une amie, salue joyeusement le photographe. La toute jeune María Teresa fixe d’un air radieux l’objectif, son visage est orné de deux très longues nattes.

Les photos se succèdent ; elles sont rétrospectivement bouleversantes. Des clichés de leur mariage : Patria épouse Pedrito, la petite fille accroupie devant eux n’est autre que María Teresa, leur demoiselle d’honneur. Minerva et Manolo se regardent avec amour. María Teresa et Leandro échangent leurs coupes de champagne. D’autres photos révèlent la fierté de Minerva recevant son diplôme d’avocate ou la solennité de María Teresa qui vient d’obtenir son baccalauréat. Nous découvrons aussi les sœurs avec leurs enfants, leurs parents, leurs amis. Toutes ces images sont d’une rare intensité. Les trois sœurs incarnent la beauté, la jeunesse, l’élégance, l’amour, l’union familiale.

Le contraste est frappant entre ces portraits qui marquent des événements heureux de vies apparemment sans problème et ce que l’on déduit : un engagement politique, une persécution, un assassinat d’une brutalité indicible. Dès lors, la question devient plus pressante : qui étaient les sœurs Mirabal ?

L’étude plus attentive de l’album de famille qui s’offre à nous révèle la présence d’une quatrième sœur, Adela, dite Dedé. Nous l’observons avec ses sœurs, heureuse aux côtés de son fils aîné. Puis nous la voyons prendre de l’âge : c’est la seule des sœurs qui ait survécu à l’atrocité de la dictature de Trujillo. Sur d’autres photos plus tardives, elle se tient fermement au milieu de nombreux jeunes gens : ses trois enfants et les six enfants de ses sœurs. Grâce à elle, nous gardons de ses trois sœurs une mémoire vive à travers les portraits qu’elle esquissait. Grâce à ses paroles, nous entrevoyons les parcours engagés de ses trois sœurs assassinées.

En poursuivant l’investigation, arrivent jusqu’à nous, depuis la République dominicaine ou, dans une moindre mesure, les États-Unis, des tableaux, des fresques, des poèmes, des chansons, des films, des reportages, des témoignages : un foisonnement de représentations, de mots, d’écrits qui traduisent une volonté collective de leur rendre hommage. En revanche, les livres consacrés à la dictature de Trujillo ont tendance à évoquer les trois sœurs en quelques lignes qui rappellent : qu’elles étaient des opposantes politiques, qu’elles ont été assassinées sur ordre du dictateur, que ce crime a précipité la chute de Trujillo.

Les grandes idées sont là, en revanche on peine à trouver les informations permettant de déterminer leur importance historique et ce qui fait qu’elles sont considérées actuellement comme des héroïnes nationales. D’autres ouvrages, pour beaucoup des témoignages de leurs proches, sont très riches et porteurs d’une charge émotionnelle extrêmement forte si bien qu’on ressort des lectures avec l’impression troublante de connaître les trois sœurs. On trouve paradoxalement très peu de travaux universitaires.

En dehors de la République dominicaine il est difficile de se procurer des ouvrages les concernant. Pourtant, dès qu’on a l’occasion en France de raconter leur histoire, elle suscite l’admiration, une profonde empathie et toujours la même question : comment est-il possible que nous ne connaissions pas ici l’Histoire des sœurs Mirabal ? C’est cette question, que je me suis moi-même posée la première fois que j’ai entendu parler des sœurs, qui est à l’origine du livre que nous proposons.

Lors de mon premier voyage à Saint-Domingue, je me trouvais dans la librairie La Trinitaria, située dans le quartier historique de la ville. Alors que je demandais des conseils de lecture en précisant que j’avais un intérêt particulier pour les écrivaines et les femmes dans l’Histoire, Virtudes Uribe, spécialiste des livres dominicains, m’a offert un café, m’a invitée à m’asseoir dans l’un des rocking chairs où prennent place les visiteurs puis m’a parlé des sœurs Mirabal et du roman Au temps des papillons que l’écrivaine dominicano-étatsunienne Julia Álvarez leur avait consacré. La libraire évoquait avec émotion ces résistantes au régime sanglant de Rafael Leónidas Trujillo. J’ai été bouleversée par les grandes lignes de l’histoire que je découvrais. Je me suis immédiatement demandé pourquoi, alors que je travaillais depuis longtemps sur les femmes en Amérique Latine, je n’avais jamais entendu parler de Minerva, Patria et María Teresa.

Pourquoi, alors qu’en 1999 l’ONU avait fixé en leur honneur la date du 25 novembre comme Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ces héroïnes de l’histoire récente de République dominicaine n’étaient-elles pas plus connues par-delà des frontières ? Comment était-il possible qu’on leur rende hommage tous les 25 novembre sans le savoir ? Dès cet instant est née la volonté de reconstituer leur trajectoire, de comprendre leur dimension politique et historique, de savoir comment leur histoire a circulé depuis la demi-île d’où elles sont originaires jusqu’à l’ONU.

S’est imposée, comme une évidence et une nécessité, l’écriture d’un livre qui reconstituerait leur histoire dans sa dimension historique et humaine, faisant émerger ce que je découvrais au fil de mes recherches : leur résistance et l’héroïsme au féminin qui caractérise, de façon différente, chacune des quatre sœurs. Adela n’a pas été assassinée, ne s’est pas engagée politiquement certes, mais elle a survécu à l’atrocité, consacré sa vie aux enfants et à la mémoire de ses sœurs. C’est en grande partie grâce à elle que la mémoire de Minerva, Patria et María Teresa est si forte. Nous ne parlerons donc pas, comme c’est souvent le cas, des trois mais des quatre sœurs Mirabal unies par une indestructible sororité.




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L’assassinat des sœurs Mirabal : aux origines de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes


Ce livre est le fruit de relations très fortes tissées durant des séjours de recherche en République dominicaine qui m’ont permis de nouer des collaborations fructueuses avec des chercheurs, artistes, médiateurs culturels, de recueillir des témoignages, de découvrir les lieux de mémoire consacrés aux sœurs Mirabal, de consulter des documents et ouvrages introuvables en Europe. L’un des plus beaux cadeaux que m’a offerts cette recherche a été le privilège de nouer des liens avec les descendants des sœurs Mirabal. Leur accueil, leur transmission, leur philosophie de la vie directement inspirée des luttes de leurs mères, tantes et grands-mères, m’ont permis de comprendre l’immensité de l’héritage qu’ont laissé, que nous ont laissé, celles qui étaient si justement surnommées, dans la clandestinité, les Papillons.

Ce livre s’est également nourri du dynamisme de la Chaire d’études culturelles dominicaines Sœurs Mirabal que je dirige à l’Université d’Orléans. Cette Chaire a vu le jour grâce au soutien de l’Université d’Orléans et de l’ambassade de République dominicaine en France que je remercie chaleureusement. Un nouveau pont entre nos deux pays s’est ainsi créé au cœur duquel se trouvent les sœurs Mirabal.

Cette réflexion s’est aussi construite dans les interactions avec mes étudiants du département d’études hispanophones de l’Université d’Orléans. Durant les cours ou séminaires consacrés aux sœurs, leur émotion, leurs interrogations, leurs observations ont été précieuses.

Cet ouvrage a été composé avec une participation à la recherche documentaire de Sandrine Lucas qui a elle-même été mon étudiante. Elle est passionnée par la République dominicaine et a été la première, dans notre département d’espagnol, à rédiger un mémoire de master consacré aux sœurs Mirabal. Son écrit, très novateur, portait sur leurs représentations littéraires. Devenue enseignante d’espagnol, elle n’a jamais cessé de faire des recherches sur ce sujet, qui l’ont menée en République dominicaine sur les pas des héroïnes. Chaque année elle réalise des projets ambitieux avec ses élèves. Associer Sandrine à ce travail était une évidence tant elle est animée, tout comme moi, d’un désir de transmission de l’histoire des sœurs Mirabal.

Julia Álvarez a accepté d’écrire le prologue de notre livre. C’est un grand honneur et une immense joie. Nous admirons autant son talent de romancière que sa volonté de faire connaître la culture de son pays d’origine et sa détermination à porter avec force l’histoire des sœurs Mirabal. Son roman In the Time of the Butterflies (Au temps des papillons) publié en 1994 a eu un rôle fondamental dans la diffusion, sur le plan international, de l’Histoire des sœurs Mirabal. C’est bien souvent le premier conseil de lecture que l’on reçoit dès qu’il est question de Minerva, Patria, María Teresa et Adela. Comme Julia Álvarez l’écrit si bien, dans notre ouvrage, « las Mariposas » deviennent les Papillons.

Avec ce beau « marrainage », nous vous invitons à suivre les pas des sœurs Mirabal. L’hypothèse que nous formulons ici est que leur Histoire est à penser en croisant deux types de violence propres à la société dans laquelle elles vivaient : celle que subissaient les femmes et celle qui s’abattait sur les opposants politiques. Tant dans leur trajectoire que dans la réception de leur histoire, les questions de genre et de politique sont indissolublement liées. Notre cheminement se centrera d’abord sur ces « Quatre femmes puissantes ». Cette formulation, inspirée par le roman de Marie Ndiaye dans son hymne au courage et à la résilience, nous conduira à nous plonger dans l’horreur de la dictature de Trujillo pour comprendre la destinée des sœurs qui s’inscrit tragiquement dans l’Histoire de leur pays.

Nous verrons ensuite comment leurs qualités humaines rendaient inévitable une confrontation avec le dictateur, d’où leur lutte et une affirmation croissante de leur opposition face à la tyrannie. Leur assassinat a été lourd de conséquences : son impact national et la circulation de leur histoire en Amérique fait que, comme l’écrit la poétesse Carmen Natalia, « elles sont tombées pour devenir éternelles. ». C’est donc la naissance, l’envol et la persistance des Papillons que nous allons repenser ici.

The Conversation

Catherine Pélage ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sur les pas des sœurs Mirabal – https://theconversation.com/sur-les-pas-des-soeurs-mirabal-278340

How Artemis II’s Earthset photo compares with the iconic Earthrise image from 1968

Source: The Conversation – UK – By Robert Poole, Professor of History, University of Lancashire

Earthset, as captured aboard the Orion spacecraf during the Artemis II mission. Nasa

As Nasa’s Artemis II mission completed its lunar flyby, the astronauts sent back a stunning image of the colourful Earth setting behind the Moon. This breathtaking photo, called Earthset, draws inevitable comparisons with the original Earthrise photo from the Apollo 8 flight in 1968.

The Apollo-era photo showed our planet climbing above the lunar horizon. It revealed Earth as a bright blue oasis, standing out against the vast blackness of space and the barren Moon.

As I described in my book, Earthrise: a Short History of the Whole Earth, the effect of this image (actually part of a set) was profound. It caused a sensation on its release and helped inspire the burgeoning environmental movement.




Read more:
Earthrise to Earthset: how the planet’s climate has changed since the photo that inspired the environmental movement


The polished image from Artemis II and the slightly askew picture from Apollo 8 are, however, the product of entirely different approaches to photography from space.

“I don’t want to see you guys looking out the window,” Apollo 8 commander Frank Borman warned his colleagues Jim Lovell and Bill Anders during the 1968 mission to orbit the Moon.

Astronauts back then were discouraged from wasting film on touristy snapshots of the Earth. The Apollo 8 mission plan listed Earth images as mere “targets of opportunity”, the lowest priority of all.

The way the two missions kicked off underline the differences between 1968 and 2026. The crew of Apollo 8 took no still photos of Earth on the way out, but had reluctantly agreed to take a black-and-white TV camera for live transmissions.

Photography is a high priority for the Artemis II crew, but things were different when the Earthrise image was taken in 1968.
Nasa

They were unable to fit the telephoto lens to the camera in time for the first transmission, so viewers saw only a fuzzy blob of light. Once the lens was fitted, the Moon bounced around the screen while mission control tried to issue “up a bit, down a bit” instructions with a 1.3-second delay.

Despite this more haphazard approach to photography during some of the Apollo missions, the imagery from that era looms large in the public imagination. Earthrise is one icon from that era; another is the whole-Earth image known as Blue Marble – taken in 1972 during the Apollo 17 mission.

One of the earliest images released by Nasa from the Artemis II flight was a crystal-clear image of our planet taken on a tablet computer by the mission’s commander, Reid Wiseman. The image of Earth’s full disk, initially dubbed “Hello, World” but later changed to “mother Earth”, clearly recalls the iconic Blue Marble photo.

Unlike that famous daytime image from 1972, it shows the Earth at night – but has been enhanced to look like daylight. In the new photo, auroras can be seen at the poles and a thin crescent of sunlight is visible, glowing through the atmosphere. Both photos show a predominance of southern ocean and cloud, with Europe just visible near the rim.

Left: Earth as captured by Artemis II astronaut Reid Wiseman in 2026; right: Earth captured aboard the Apollo 17 mission in 1972.
Nasa

The Earthrise image from 1968 came about largely due to the initiative of Anders. On the mission’s fourth orbit around the Moon, the three crew members were busy photographing it in black and white when Anders noticed some unexpected colour out of the corner of his eye. “Oh my God! Look at that picture over there! Here’s the Earth coming up,” he exclaimed.

After a brief tussle over cameras and colour film, he snapped Earthrise using a mechanical Hasselblad camera with no viewfinder. No-one would see any of their pictures until after they returned to Earth and the film could be developed and printed.

As well as its impact on environmentalists, the image also inspired a young David Bowie in London. Shortly afterwards, he wrote the song Space Oddity about a stranded astronaut gazing upon an Earth to which he can never return.




Read more:
David Bowie and the birth of environmentalism: 50 years on, how Ziggy Stardust and the first UN climate summit changed our vision of the future


The Earthrise photo taken by Apollo 8 astronaut Bill Anders in 1968.
Nasa
Earthset
Earthset, taken on April 6 aboard Artemis II.
Nasa

As Artemis II swung round the Moon on April 6, anticipation grew for a modern counterpart to Apollo 8’s legendary image. Before the flyby, Nasa had released simulations of what the Artemis astronauts would see. The simulations showed a half-lit Moon with the distant crescent Earth at its side and clear black space between – like twin planets.

Earthset is different from Earthrise because the Moon is farther away, and because the Earth is only partially sunlit. While Artemis II swept round the Moon in a leisurely, gravity powered slingshot five thousand miles away, Apollo 8 orbited the Moon ten time from just 70 miles up. This gives us a small crescent Earth rising and setting behind an almost full lunar disc.

Nasa seems to have chosen to showcase the Earthset image because it feels more like the familiar 1968 Earthrise. The Artemis images of the Earth rising show a small crescent Earth with its back to the lunar horizon, like the new Moon as seen from Earth.

An Artemis II image of the Moon coming into view along the terminator, the boundary between lunar day and night, where low-angle sunlight casts long, dramatic shadows across the surface.
Nasa

Environmental awakening

Apollo 8’s Earthrise, released two days after splashdown, was not seen in colour until the weekly magazines appeared. Space enthusiasts had expected Earth to appear relatively insignificant in the vastness of space. The phrase “Earth is man’s cradle, but one cannot live in the cradle forever” was a familiar quote at the time.

But viewed from the vicinity of the barren lunar landscape, the Earth looked even more like home. Borman thought “this is what God sees”, while Anders mused: “We came all this way to the Moon … and yet the most significant thing we’re seeing is our own home planet, the Earth.”

Our planet draws closer to passing behind the Moon in this image by the Artemis II crew.
Nasa

The image’s link to the environmental movement is unsurprising when viewed in this light. The Apollo 8 image was used in the logo for the first Earth Day in 1970 and, as the Apollo programme was ending, Earth sciences – the study of our home planet – began to take off.

The 1972 Blue Marble image also resonated among environmentalists. It was replicated by Nasa’s deep space telescope DSCOVR 50 years later. A side-by-side comparison between the 2022 DSCOVR image and the 1972 photo highlights the effects of environmental degradation.

In the intervening years, much of Madagascar had turned from tropical green to brown from deforestation, the Sahara had expanded, the Antarctic ice had retreated, and ancient snows had disappeared from the mountains of Iran.

Left: the 1972 Blue Marble image from Apollo 17; right: the 2022 image from DSCOVR. The comparison reveals the effects of deforestation in Madagascar and desertification in the Sahara.
Nasa

It remains to be seen whether the images from Artemis II will have a comparable impact on the global environmental consciousness. However, the title of Earthset is perhaps the perfect name in an era where societies are threatened by climate change.

The crew of Artemis II have made clear where the priorities still lie. “It is so great to hear from Earth again,” said mission specialist Christina Koch as the craft regained radio contact after a brief blackout as the spacecraft passed behind the Moon.

“We do not leave Earth but we choose it … We will inspire, but ultimately we will always choose Earth.”

The Conversation

Robert Poole does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How Artemis II’s Earthset photo compares with the iconic Earthrise image from 1968 – https://theconversation.com/how-artemis-iis-earthset-photo-compares-with-the-iconic-earthrise-image-from-1968-279966

Palimpseste d’Archimède : comment une page perdue a refait surface à Blois

Source: The Conversation – France in French (2) – By Victor Gysembergh, Directeur de recherches au CNRS, Sorbonne Université

Le prophète Daniel entouré de deux lions, enluminure sur le recto de la page retrouvée à Blois. Musée des beaux-arts de Blois, Inv. 73.7.52/IRHT-CNRS

On la pensait perdue à jamais : une page du palimpseste d’Archimède vient d’être retrouvée au Musée des beaux-arts de Blois, dans le Loir-et-Cher. Le chercheur qui a identifié ce feuillet issu du manuscrit du Xᵉ siècle rassemblant les traités du géomètre raconte sa découverte par un hasard fécond (mâtiné d’une bonne mémoire) et propose des pistes pour retrouver deux autres feuillets encore manquants.


Le 9 mars 2026, le CNRS a annoncé que j’avais identifié, dans les réserves du Musée des beaux-arts de Blois, un feuillet du palimpseste d’Archimède considéré comme perdu. Je voudrais revenir ici sur cette histoire et sur ce qu’elle révèle : dans le silence des collections publiques et privées, avec la numérisation massive, combien de trésors restent encore invisibles, faute d’avoir été cherchés ?

Le palimpseste d’Archimède est un manuscrit du Xᵉ siècle qui rassemble sept traités du géomètre de Syracuse – dont la Méthode des théorèmes mécaniques, seul texte où il explique comment il a trouvé ses résultats avant de les démontrer. Héritier, comme beaucoup de textes antiques, d’une chaîne inconnue de recopies remontant aux originaux perdus d’Archimède (IIIᵉ siècle avant notre ère), il est le plus ancien exemplaire conservé de ses textes et, pour certains, le seul témoin. En 1229, des moines ont effacé ce trésor – probablement à l’aide d’une pierre ponce – pour y réécrire un livre de prières. Le parchemin, fabriqué dans ce cas à partir de peau de chèvre ou de mouton, valait cher (ce seul codex contenait l’équivalent d’une cinquantaine de bêtes). C’est ainsi que naissent les palimpsestes, du grec palimpsêstos (« gratté de nouveau »).

La palimpseste d’Archimède
La palimpseste d’Archimède.
Archimedespalimpsest.org

1906 : la première redécouverte

C’est le philologue danois Johan Ludvig Heiberg qui redécouvrit le texte d’Archimède à Constantinople en 1906 en déchiffrant à l’œil nu le texte effacé, puis qui fit photographier le manuscrit à la lumière blanche et ultraviolette. La découverte fit la première page du New York Times. Ses photographies, conservées aujourd’hui à la Bibliothèque royale du Danemark, ainsi que leur déchiffrement par Heiberg, restèrent longtemps la seule trace documentaire du codex, car le palimpseste disparut peu de temps après.

Il ne refit surface que plusieurs décennies plus tard, dans une collection privée française, avant d’être vendu aux enchères chez Christie’s en 1998 pour deux millions de dollars.

Une page du palimpseste d’Archimède
Une page du palimpseste d’Archimède.
Archimedespalimpsest.net

Le nouveau propriétaire le confia au Walters Art Museum de Baltimore, aux États-Unis, où, au début des années 2000, des expériences d’imagerie multispectrale – consistant à photographier le manuscrit sous différentes longueurs d’onde de lumière (visible, ultraviolette, infrarouge, puis rayons X) pour en tirer des informations complémentaires invisibles à l’œil nu – permirent de lire beaucoup mieux les traités d’Archimède, et de découvrir des textes qu’aucun œil humain n’avait lus depuis des siècles – dont un commentaire aux Catégories d’Aristote et un discours de l’orateur Hypéride. Mais trois feuillets parmi les 177 recensés par Heiberg avaient disparu entre-temps. Depuis lors, ils étaient considérés comme perdus à jamais.

Une blague de bureau qui permet de retrouver un trésor

En octobre 2025, je discutais avec des collègues du fait que Blois avait longtemps abrité une partie des bibliothèques royales de France. Par jeu, je lançai : « Tiens, cherchons s’il y a un palimpseste à Blois. » Je saisis les mots dans Arca, la bibliothèque numérique de l’Institut de recherche et d’histoire des textes. Une notice apparut : un parchemin au Musée des beaux-arts de Blois, inventaire 73.7.52.

En regardant les images numérisées, quelque chose dans l’écriture me frappa. C’est une déformation professionnelle : les années passées à fréquenter les manuscrits anciens développent une sorte de mémoire visuelle involontaire, comme on peut reconnaître une chanson à partir des premières secondes. De surcroît, l’une des faces portait une figure géométrique. Je déchiffrai le texte lisible : un passage du De la sphère et du cylindre. Je sortis les photographies de Heiberg. La comparaison fut sans appel. L’écriture, les figures, le texte lui-même : tout concordait. J’avais devant moi le feuillet 123 du palimpseste d’Archimède.

Ce que dit la page – et ce qu’elle cache

Le feuillet contient les propositions 39 à 41 du premier livre du traité. Une face est lisible ; l’autre est recouverte d’une enluminure représentant le prophète Daniel entre deux lions. Celle-ci fut vraisemblablement exécutée vers 1942 à l’instigation de son propriétaire Salomon Guerson, dans une tentative désespérée d’en augmenter la valeur pour la vendre afin d’échapper aux persécutions antisémites.

Blois, Musée des beaux-arts, Inv. 73.7.52 (Photograph IRHT-CNRS) = Archimedes palimpsest (olim Constantinople, Metochion tou Panagiou Taphou, shelfmark 355), p. 123r
Le recto de la page retrouvée.
Musée des beaux-arts de Blois, Inv. 73.7.52/IRHT-CNRS
Le verso de la page du palimpseste d’Archimède retrouvée par hasard à Blois
Le verso de la page du palimpseste d’Archimède retrouvée par hasard.
Musée des beaux-arts de Blois, Inv. 73.7.52/IRHT-CNRS

La science moderne sait regarder à travers ces obstacles. Dans les prochains mois, j’espère mener une campagne d’imagerie multispectrale puis de cartographie par fluorescence de rayons X – une technique qui détecte les résidus métalliques de l’encre ancienne sous des couches opaques, sans endommager le parchemin. Ces méthodes, bien plus performantes qu’au début des années 2000, pourraient aussi permettre de relire des passages du palimpseste restés illisibles lors de la campagne de Baltimore.

Deux feuillets manquent encore

Les trois feuillets disparus ont probablement été découpés en France vers 1942. Si l’un d’eux a survécu dans les réserves d’un musée et a pu être identifié en quelques secondes de recherche numérique, les deux autres peuvent très bien avoir suivi des trajectoires comparables.

Le feuillet que j’ai reconnu avait été légué au musée en 1973 par le collectionneur André Frank (on ignore comment il l’avait acquis) et n’avait pas été identifié pour ce qu’il était. Les deux autres feuillets se trouvent peut-être dans une bibliothèque, un musée, une collection privée – en France ou dans les pays voisins. Des parchemins grecs avec, d’un côté, plusieurs couches de texte et peut-être aussi des figures géométriques et des enluminures, de l’autre. Peut-être exactement ce que vous possédez ?

L’aide possible des collectionneurs

Les manuscrits anciens, en particulier les palimpsestes, sont rares et précieux. Mais la numérisation ne les endommage pas, et augmente au contraire leur valeur en révélant leurs contenus. Elle permet qu’une reproduction soit déposée dans une base de données accessible.

Le feuillet de Blois a été retrouvé parce qu’André Frank l’avait légué au musée, et parce que l’institution l’avait catalogué et numérisé – sans même savoir ce qu’elle possédait. Sans cette infrastructure de partage, ma recherche dans Arca n’aurait rien donné.

Les parchemins sont aussi fragiles : humidité, variations de température, matériaux acides peuvent en quelques décennies effacer ce que vingt siècles ont préservé. L’IRHT-CNRS, la BNF, les Archives nationales ou l’équipe du projet ERC PALAI, dont je suis responsable, peuvent conseiller gratuitement tout collectionneur souhaitant protéger ses biens.

L’appui indispensable des chercheurs

Il serait injuste de faire reposer sur les seuls collectionneurs la responsabilité des trésors qui dorment. Des milliers d’établissements (bibliothèques municipales, musées de province, fonds d’archives ecclésiastiques, collections universitaires) conservent des manuscrits que personne n’a regardés depuis trop longtemps. Les raisons de cette sous-exploration sont compréhensibles : pression à la publication, spécialisation croissante, difficulté à financer des recherches exploratoires. On ne dépose pas un projet ANR sur une recherche d’aiguille dans une botte de foin.

Et pourtant, c’est précisément ce type de recherche – patiente, buissonnière, fondée sur une curiosité sans objet défini – qui produit les découvertes les plus inattendues. Consacrer quelques heures par semaine à explorer des catalogues numériques et à écrire aux conservateurs de fonds peu consultés n’est pas du temps perdu.

Nous ne savons pas ce que nous avons. La numérisation des collections publiques est une révolution silencieuse (mais elle s’arrête aux portes des collections privées). L’œuvre d’Archimède a survécu par une série d’accidents heureux : des copistes minutieux, un philologue danois attentif, un musée qui a conservé sans le savoir un fragment de génie. À chaque maillon, quelqu’un a fait le bon choix – ou le hasard a bien fait les choses. Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin du hasard. Il ne manque que la volonté. Et parfois, un coup de fil.


Pour signaler un palimpseste ou demander un conseil en conservation, écrire à : cnrs-palai@cnrs.fr.

The Conversation

Victor Gysembergh a reçu des financements de Sorbonne Université, la Mairie de Paris et l’Union européenne (ERC grant PALAI, n° 101170952).

ref. Palimpseste d’Archimède : comment une page perdue a refait surface à Blois – https://theconversation.com/palimpseste-darchimede-comment-une-page-perdue-a-refait-surface-a-blois-279261

Pourquoi le prix de l’essence à la pompe ne baisse pas aussi vite qu’il monte

Source: The Conversation – in French – By Salomée Ruel, Professeur, Pôle Léonard de Vinci

Pour un litre d’essence à 2,03 euros, le droit d’accise (ex-TICPE) représente 40,4 %, le pétrole brut 28,6 %, la distribution 14,4 %, la TVA 8,6 %. Gautier Normand/Shutterstock

Les prix à la pompe montent comme une fusée, mais descendent comme une plume. Un paradoxe en apparence mystérieux. En réalité, un litre de carburant est la somme de trois paramètres : le produit, à savoir le pétrole brut qui est ensuite raffiné, le couple logistique et distribution, et surtout les taxes. Comprendre cette décomposition clarifie les éventuelles marges de manœuvre de l’État, des producteurs et des distributeurs.


Au début était le produit, l’« or noir ». Le carburant vient du pétrole brut, souvent indexé sur le prix du Brent, converti du dollar vers l’euro, puis transformé dans des raffineries. À l’ouverture de la bourse, le 15 février 2026, le prix d’un baril de Brent était de 68,54 dollars (59,77 euros), de 100,88 dollars (87,98 euros) le 24 mars 2026 et de 106,6 dollars (92,97 euros) le 30 mars 2026.

Décomposition du prix de SP95 en France en 2026.
Roole

Logiquement, lorsque le prix d’un baril de Brent augmente (ou quand l’euro baisse), le coût de matières premières dans le prix final du carburant augmente lui aussi. À l’inverse, si le prix du pétrole brut diminue, mécaniquement le coût de matière première baisse, mais pas toujours instantanément ! En effet, il existe des délais liés aux stocks ou aux circuits d’approvisionnement.

Un ordre de grandeur aide à se repérer : un baril de Brent contient 159 litres. Une variation de dix dollars supplémentaires par baril (8,69 euros) fait monter le prix d’un litre d’essence de 6 cents de dollars (0,052 euro) « avant taxes », auxquels s’ajoutent les effets du taux de change et du raffinage.

Prix d’un baril de Brent au 31 mars 2025, 73,76 dollars ; au 31 mars 2026, 115,04 dollars.
Boursorama

Du dépôt pétrolier vers la station-service

Une autre partie du prix concerne le transport, le stockage et la vente de carburant depuis les dépôts pétroliers vers les stations-service.

Ces coûts logistiques augmentent année après année du fait de l’inflation – 5,2 % en 2022 et 0,9 % en 2025. Des salaires plus hauts ou une mise aux normes auront des conséquences sur le prix du carburant. D’après l’Insee, depuis 2022, les coûts de transport-distribution ont augmenté « plus modérément » que le pétrole brut et le raffinage, mais tout de même d’environ + 9 centimes d’euros par litre sur la période étudiée.

Avant même la marge des stations-service, une part du prix reflète des marges en amont, notamment la marge de raffinage et les conditions du marché de gros. Elles peuvent varier rapidement, notamment en cas de tensions logistiques.

Autre point important : malgré les débats, la marge nette d’une station-service reste généralement faible. De 2 centimes d’euros par litre pour les stations en grande distribution à environ 8 centimes d’euros par litre pour des stations plus onéreuses du réseau des indépendants.

Les consommateurs peuvent suivre en temps réel les prix des carburants dans les stations-service de l’Hexagone.
Gouv.fr

Taxes de l’État

Les taxes, fixées par l’État et complétées par les régions, sont la part la plus visible du prix d’un litre de carburant. Elles représentent entre 50 % et 60 % du prix final, selon le type de carburant et le niveau du baril. Résultat : quand le prix du brut varie, seule une partie du prix à la pompe peut s’ajuster, le reste étant fiscal et donc relativement rigide.

Deux éléments sont à prendre en compte :

  • L’accise (ex-taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, ou TICPE), qui représente 36 % du prix à la pompe du gazole et 39 % de celui du sans-plomb (SP95). Le montant fixe par litre (en 2026, hors majorations régionales, est de 68,29 centimes d’euros par litre pour l’essence et 59,40 centimesd’euros par litre pour le gazole. L’accise nationale est stable depuis 2018.

  • La taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à 20 % depuis 2006, qui s’applique sur le prix hors taxe, mais aussi sur l’accise. Quand le prix du produit monte, la TVA augmente mécaniquement.

En 2025, toutes les régions, sauf la Corse, ont adopté la majoration maximale du taux de l’accise.

Effets contre-intuitifs d’une baisse de taxe

Du côté de l’État, le principale marge de manœuvre est fiscale. Par exemple, modifier l’accise temporairement ou durablement, et jouer sur des dispositifs de compensation comme les « remises » universelles ou ciblées.

En 2026, le gouvernement de Sébastien Lecornu privilégie un plan de soutien de 70 millions d’euros avec des « aides ciblées ».




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Toute baisse de taxe a un coût budgétaire très significatif, car l’accise sur les carburants reste une recette majeure. En 2022, les remises sur les prix à la pompe avaient coûté plus de huit milliards d’euros à l’État ; en 2023, les chèques carburants près d’un milliard.

À noter un élément essentiel contre-intuitif : quand les prix augmentent, les automobilistes finissent souvent par réduire leur consommation. Or, l’accise est perçue par litre. Par conséquent, si les volumes baissent, les recettes d’accise baissent aussi, ce qui peut annuler (voire inverser) le gain de TVA lié à un prix plus élevé.

Marges (faibles) des distributeurs

Affiche de l’« opération transparence » carburant.
40 millions d’automobilistes, CC BY-NC

Côté distributeurs, les stations-service, comme celles Shell, Avia, TotalEnergies, Carrefour, Leclerc ou Esso, peuvent ajuster leurs marges. Sur un produit très concurrentiel comme le carburant, il n’est question que de quelques centimes seulement.

C’est pourquoi la Fédération nationale de l’automobile et l’association 40 millions d’automobilistes (opposée aux radars urbains et aux pistes cyclables à Paris après le confinement) ont lancé le 19 mars 2026 « l’opération transparence ». L’enjeu : afficher à leur caisse le détail précis du prix d’un litre de carburant.

« Rockets and Feathers »

« Les prix montent comme une fusée, mais descendent comme une plume. » En économie, ce phénomène est connu sous le nom de Rockets and Feathers. Une étude sur le marché britannique souligne que les prix de détail s’ajustent plus rapidement quand les coûts augmentent que lorsqu’ils baissent. Une autre étude, aux États-Unis, confirme cette contradiction.

Évolution des prix des carburants en France de 2007 à 2026.
Roole, CC BY-NC

Cette asymétrie apparaît pour plusieurs raisons.

Délais et stocks

Une station vend « aujourd’hui » du carburant acheté « hier ». Si le brut baisse, le prix « théorique » baisse tout de suite, mais le carburant en cuve a été payé à l’ancien coût.

À l’inverse, quand les coûts montent, le risque de vendre à perte rend l’ajustement plus rapide. Car, la vente à perte est une pratique commerciale interdite.




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Coûts d’ajustement et de coordination

Dans beaucoup de réseaux de distribution, les prix sont modifiés « par salves » plutôt qu’en continu. Les stations ne révisent pas leur affichage à chaque microvariation du marché, mais à des moments précis (par exemple, une ou deux fois par jour), souvent en regardant les prix des stations voisines. Ce mode d’ajustement peut rendre les baisses plus lentes, parce que la station attend davantage d’informations (confirmation de la baisse) ou le « bon moment » pour s’aligner.

Comportement des automobilistes

Quand les prix flambent, les consommateurs comparent plus, changent de station, et la concurrence « s’active » : d’où les mises à jour de prix plus régulières. Quand les prix baissent, la pression concurrentielle est généralement moins intense. La baisse se diffuse alors plus lentement.

Taxes « rigides »

La présence d’une accise fixe, ou « rigidifie », le prix. Quand le produit baisse, la part fiscale reste la même. Logiquement, la baisse totale à la pompe est mécaniquement moins spectaculaire que la variation du pétrole (et donc, parfois moins visible).

Coûts à long-terme

Quand l’actualité géopolitique se tend, notamment dans le détroit d’Ormuz, c’est surtout le « paramètre produit » qui s’emballe, puis qui se transmet implacablement vers les pompes des stations-service. Par conséquent, les automobilistes voient leur facture en carburant augmenter inexorablement.

Pour pallier ces hausses tarifaires, l’État dispose d’un levier réel via les taxes (TVA et droit d’accise), mais il est politiquement sensible et coûteux pour les finances publiques.

Les producteurs de pétrole, comme le Canada, l’Arabie saoudite ou le Kazakhstan, influencent l’amont via le niveau de production et le prix d’un baril de pétrole brut (Brent). Les distributeurs jouent surtout sur la vitesse de répercussion des prix, avec des bénéfices limités.

Ces marges de manœuvre existent, mais elles sont rarement immédiates, et presque toujours assorties d’un coût à moyen terme et long terme.

The Conversation

Salomée Ruel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi le prix de l’essence à la pompe ne baisse pas aussi vite qu’il monte – https://theconversation.com/pourquoi-le-prix-de-lessence-a-la-pompe-ne-baisse-pas-aussi-vite-quil-monte-279632

Slopaganda wars: how (and why) the US and Iran are flooding the zone with viral AI-generated noise

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Mark Alfano, Associate Professor of Philosophy, Macquarie University

Tasnim News Agency / YouTube

In early March, a week after the first US-Israeli strikes on Iran, the White House posted a video of real American attacks mixed with clips from popular movies, television series, video games and anime.

Iran and its sympathisers responded to the strikes by flooding social media with outdated war footage allegedly from the current conflict alongside AI-generated content depicting attacks on Tel Aviv and US bases in the Persian Gulf.

More recently, viral video clips reportedly created by a team of Iranians depict Donald Trump, Jeffrey Epstein, Satan, Benjamin Netanyahu, Pete Hegseth, Ayatollah Khamenei, and others as Lego figurines.

Welcome to the brave new world of slopaganda.

The rise of slopaganda

Late last year, in a paper published in Filisofiska Notiser, we coined the portmanteau “slopaganda” to refer to AI-generated slop that serves propagandistic purposes.

By propaganda we mean communication intended to manipulate beliefs, emotions, attention, memory and other cognitive and affective processes to achieve political ends. Add generative artificial intelligence and the result is slopaganda.

The slopaganda situation has since become far worse than we expected.

In October 2025, US President Donald Trump posted an AI-generated video depicting himself piloting a fighter jet while wearing a crown and dumping faeces on American protesters. More recently, he posted an AI-generated video envisaging his presidential library as an enormous gaudy skyscraper, complete with a golden elevator.

Lego-themed Iran-created slopaganda is just the latest example. The material isn’t just videos. It can also be images, text, or whatever else AI can generate.

How slopaganda slips through our defences

What is the point of all this slopaganda? We have several answers so far.

First, through repeated exposure in both legacy and social media, slopaganda can penetrate our usual mental defences. It works when it is attention-grabbing, emotionally arresting – typically in a negative way – and delivered to a distracted audience, such as people scrolling social media or switching between browser tabs.

Second, it is a very effective way of diluting the epistemic environment – the world of what we think we know – with falsehoods and half-truths. As philosophers have argued, ChatGPT and other generative AI tools can be machines for bullshit, in the sense of content that is indifferent to truth.

Slopaganda can be understood as a special kind of AI bullshit, but its unique features become clearer when we look at its use in campaigns such as the Iranian Lego videos.

This is not just bullshit. No one is misled into thinking Trump can pilot an F-16 and drop faeces out of it. No one (we hope) believes plastic Trump Lego figurines are in cahoots with a plastic Satan figurine.

Rather than aiming for accuracy, the slopaganda is expressive and emblematic of feelings and emotions, and meant to create an association. The intended linkages are something like Satan is associated with Trump while the United States is associated with evil, and so on.

What slopaganda means for shared truth

A third point is that some slopaganda is indeed misleading. This may be by design, or because a joke or trolling escapes its intended context and is misunderstood as serious – a phenomenon scholars call “context collapse”. Misleading slopaganda, including deepfakes, can be generated quickly during conflicts, crises and emergencies, when people want information but authoritative sources are scarce.

Once misleading information or a particular association enters someone’s mind, it can be hard to shake. Because slopaganda can reach huge audiences, even a small misleading effect in the general population may have significant consequences. State actors, corporations, and private individuals can potentially influence group beliefs and decisions, including election results, protest movements, or general sentiment about an unpopular war.

Fourth, the prevalence of slopaganda may make us doubt everything else. People will no doubt become better at spotting this kind of material, but they will also become more likely to misidentify authentic content as slop. As a result, public trust in genuinely trustworthy individuals and institutions may also fall.

When this occurs, the overall effect is likely to be a general lowering of public trust in genuinely trustworthy individuals and institutions, leading to a kind of nihilistic doubt in really knowing anything.

When it’s hard or impossible to identify trustworthy sources, you can choose to believe whatever you find comforting, invigorating or infuriating. In increasingly polarised societies struggling with interlocking economic, political, military and environmental crises, the breakdown of shared sources of truth will only make things worse.

3 ways to stave off slopagandapocalypse

What can be done about the slopaganda shitstorm? In our paper, we discuss interventions at three different levels.

First, individuals can become more digitally literate, for instance by looking for telltale signs of AI in text, images and video. They can also learn to check sources rather than merely glancing at headlines and other content, as well as to block sources that routinely spread slopaganda, rather than attempting to evaluate each piece of content in a vacuum. This will help them avoid falling for slopaganda while still trusting authentic sources of news and other information.

Second, industry and regulators can implement technological fixes to watermark AI-generated content. Some content may even need to be removed from platforms where people see news and other important information.

Third, large tech companies such as OpenAI, Google and X can be held accountable for what they have made. This could be done through taxation and other interventions to fund both regulatory efforts and education in digital literacy.

Slopaganda is probably here to stay. But with sufficient foresight and courage, we may still be able to adapt to it – and even control it.

The Conversation

Mark Alfano receives funding from the Australian Research Council.

Michał Klincewicz does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Slopaganda wars: how (and why) the US and Iran are flooding the zone with viral AI-generated noise – https://theconversation.com/slopaganda-wars-how-and-why-the-us-and-iran-are-flooding-the-zone-with-viral-ai-generated-noise-280024

Plagiarised research passed automated tests, and I detected it – but only because it copied my work

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Carolyn Heward, Senior lecturer, Clinical Psychology, James Cook University

Earlier this year, I published a paper on the ethics of researching military populations.

The core argument was straightforward: the standard rules researchers follow to protect participants – for example, informed consent and voluntary participation – don’t work the same in an institution built on hierarchy and obedience.

A soldier can, as protected by ethics, say no to participating in research. But when their commanding officer has nominated them, the practical reality of saying no is very different from the legal right to do so. My paper explored the tension between ethical rights and lived reality.

A couple of weeks ago I was asked to peer-review a manuscript submitted to a psychology journal on the same topic. It didn’t take long for me to become suspicious. As I read on, I came to realise the safeguards in place to protect research integrity are not keeping pace with the tools that can be used to circumvent them.

From factual errors to reproduced memos

Within the first couple of pages of the manuscript, I recognised my own work.

The manuscript had the same argument as mine, a similar structure and conceptual framework. Most alarmingly though, it contained my reflexive memos, reproduced and paraphrased as though they belonged to someone else.

Reflexive memos are a kind of research diary, in which a researcher documents their personal reflections on their own research: the dilemmas they faced, the decisions they made, the things they noticed that shaped their thinking. Reflexive memos aren’t drawn from the literature; you can’t find them in another paper and reference them. They come from the researcher’s own life.

Mine documented what is was like navigating a 24-month institutional approval process that became an ordeal of lost paperwork, shifting requirements and bureaucratic dead ends. They documented the concept of being “voluntold” – that is, watching defence personnel be put forward for supposedly voluntary training programs, and recognising the unspoken pressure that made refusal practically impossible.

In the memos, I also documented the tension I felt as a clinical psychologist between my professional obligations around confidentiality and the reporting requirements imposed on me as a researcher working within the defence organisation.

These were reproduced as if they had happened to someone else.

The manuscript also got something factually wrong. It reproduced a scenario from my fieldwork on an Australian Defence Force base, describing the force’s values displayed on flags on the main thoroughfare.

It substituted the value of “bravery” instead of the correct value, “courage” – a synonym, yes, but any researcher working in this field would spot that immediately.

A lucky catch

I can’t say with any certainty how the manuscript was produced. Nor am I sure of what happened to the manuscript after I raised my concerns.

What I can say is that the systematic paraphrasing throughout, the basic factual error, and the reference list padded with loosely relevant citations, is consistent with the use of AI.

The editor-in-chief of the journal, after confirming the plagiarism, reached the same conclusion.

The journal ran the manuscript through iThenticate, an industry-standard plagiarism software used by many major academic publishers. It returned an 8% similarity match, below the threshold that would normally prompt editorial concern. The 8% corresponded to my published article. The rest had been paraphrased thoroughly enough to look like original work.

The incentive structures of academic publishing, where the number of papers you publish affects your career progression and your institution’s rankings, create conditions where the temptation to cut corners is real.

The editor-in-chief noted that the humanities and social sciences have so far been relatively unaffected by fake science flooding scientific literature. He told me he hopes the social sciences and humanities will remain relatively spared from this phenomenon, but I suspect this may be changing.

The peer review system worked in this case. But only because the manuscript happened to be sent to the person whose work had been reproduced. That’s luck, not a safeguard.

Plagiarism tools are designed to find matching text. They’re not designed to ask whether the experiences reported in a piece of writing could plausibly belong to the person claiming them. That’s a question only a human reader with a genuine knowledge of the field can answer.

A deeper concern

But there was a deeper concern that really got to me.

When someone plagiarises a literature review, they steal intellectual ideas. When someone plagiarises a methods section, they steal intellectual labour.

But when someone reproduces a reflexive memo and presents it as their own, that isn’t about claiming someone else’s ideas; they’re claiming someone else’s experiences.

They’re essentially saying: “I was there, I felt this, this happened to me”. They were not there, they did not feel it, it did not happen to them.

I’ve spent more than a decade working as a clinical psychologist within defence mental health services. That clinical experience is what drew me to this research in the first place. The ethical tensions I documented in my article came from my work as a researcher, from real moments, my lived experiences.

Reading them reproduced in someone else’s name was a particular kind of violation that I’m not sure our existing language around plagiarism quite captures.

The Conversation

Carolyn Heward does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Plagiarised research passed automated tests, and I detected it – but only because it copied my work – https://theconversation.com/plagiarised-research-passed-automated-tests-and-i-detected-it-but-only-because-it-copied-my-work-279553

When a president is unfit for office, here’s what the Constitution says can happen

Source: The Conversation – USA – By Kirsten Matoy Carlson, Professor of Law and Adjunct Professor of Political Science, Wayne State University

President Donald Trump mimics an Iranian protester being shot while holding a news conference in the White House on April 6, 2026. Tom Williams/CQ-Roll Call, Inc via Getty Images

Bipartisan calls for President Donald Trump’s removal from office increased on April 7, 2026, after he issued threats to destroy “a whole civilization” if Iran refuses to reopen the Strait of Hormuz.

These calls have come from across the political spectrum, from Democratic Reps. Alexandria Ocasio-Cortez of New York and Melanie Stansbury of New Mexico to former Rep. Marjorie Taylor Greene and right-wing pundit Alex Jones. Unlikely allies seem to agree that the president has gone too far and needs to be reined in.

Their concerns have emerged as Iran has walked away from talks to end the war and Trump’s language suggests that he plans to escalate it by destroying the country’s power plants and bridges.

Concerns over Trump’s fitness for office have grown in recent weeks as his commentary has become more erratic.

If lawmakers do attempt to remove Trump from office, here’s what would happen:

A scene of the Senate voting in Trump's impeachment trial in 2020
Donald Trump has been impeached twice, but has not convicted.
Senate Television via AP

25th Amendment

The Constitution’s 25th Amendment provides a way for high-level officials to remove a president from office. It was ratified in 1967 in the wake of the 1963 assassination of John F. Kennedy – who was succeeded by Lyndon Johnson, who had already had one heart attack – as well as delayed disclosure of health problems experienced by Kennedy’s predecessor, Dwight Eisenhower.

The 25th Amendment provides detailed procedures on what happens if a president resigns, dies in office, has a temporary disability or is no longer fit for office.

It has never been invoked against a president’s will, and has been used only to temporarily transfer power, such as when a president is undergoing a medical procedure requiring anesthesia.

Section 4 of the 25th Amendment authorizes high-level officials – either the vice president and a majority of the Cabinet or another body designated by Congress – to remove a president from office without his consent when he is “unable to discharge the powers and duties of his office.” Congress has yet to designate an alternative body, and scholars disagree over the role, if any, of acting Cabinet officials.

The high-level officials simply send a written declaration to the president pro tempore of the Senate – the longest-serving senator from the majority party – and the speaker of the House of Representatives, stating that the president is unable to discharge the powers and duties of his office. The vice president immediately assumes the powers and duties of the president.

The president, however, can fight back. He or she can seek to resume their powers by informing congressional leadership in writing that they are fit for office and no disability exists. But the president doesn’t get the presidency back just by saying this.

The high-level officials originally questioning the president’s fitness then have four days to decide whether they disagree with the president. If they notify congressional leadership that they disagree, the vice president retains control and Congress has 48 hours to convene to discuss the issue. Congress has 21 days to debate and vote on whether the president is unfit or unable to resume his powers.

The vice president remains the acting president until Congress votes or the 21-day period lapses. A two-thirds majority vote by members of both houses of Congress is required to remove the president from office. If that vote fails or does not happen within the 21-day period, the president resumes his powers immediately.

The 25th Amendment
The 25th Amendment to the U.S. Constitution.
National Archives via AP

The case for impeachment

Article II of the Constitution authorizes Congress to impeach and remove the president – and other federal officials – from office for “Treason, Bribery, or other high Crimes and Misdemeanors.” The founders included this provision as a tool to punish a president for misconduct and abuses of power. It’s one of the many ways that Congress could keep the president in check, if it chose to.

Impeachment proceedings begin in the House of Representatives. A member of the House files a resolution for impeachment. The resolution goes to the House Judiciary Committee, which usually holds a hearing to evaluate the resolution. If the House Judiciary Committee thinks impeachment is proper, its members draft and vote on articles of impeachment. Once the House Judiciary Committee approves articles of impeachment, they go to the full House for a vote.

If the House of Representatives impeaches a president or another official, the action then moves to the Senate. Under the Constitution’s Article I, the Senate has the responsibility for determining whether to remove the person from office. Normally, the Senate holds a trial, but it controls its procedures and can limit the process if it wants.

Ultimately, the Senate votes on whether to remove the president – which requires a two-thirds majority, or 67 senators. To date, the Senate has never voted to remove a president from office, although it almost did in 1868, when President Andrew Johnson escaped removal from office by one vote.

The Senate also has the power to disqualify a public official from holding public office in the future. If the person is convicted and removed from office, only then can senators vote on whether to permanently disqualify that person from ever again holding federal office. Members of Congress proposing the impeachment of Trump have promised to include a provision to do so. A simple majority vote is all that’s required then.

This is an updated version of an article originally published on Jan. 9, 2021.

The Conversation

Kirsten Matoy Carlson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. When a president is unfit for office, here’s what the Constitution says can happen – https://theconversation.com/when-a-president-is-unfit-for-office-heres-what-the-constitution-says-can-happen-280120

How the Artemis II crew trained to observe and photograph the moon: A NASA science team geologist explains

Source: The Conversation – Canada – By Gordon Osinski, Professor in Earth and Planetary Science, Western University

The Artemis II crew has now broken the record — previously held by Apollo 13 — for the farthest distance any humans have ever travelled from Earth. The crew also completed a flyby of the moon’s far side and sent back some amazing images of the lunar surface.

I am a professor, an explorer and a planetary geologist, specializing in the study of meteorite impact structures. I am also a member of the First Artemis Lunar Surface Science Team and have been supporting NASA in developing the geology training for Artemis astronauts.

The flyby was particularly exciting as it offered a stunning new perspective of the lunar surface. It also provided the first operational test of a new science team and evaluation room at Mission Control in NASA’s Johnson Space Center in Houston, Texas.

And it was fantastic to see the Artemis II crew conduct observations and take photographs of geological landforms on the moon’s surface — putting their training with me at the Kamestastin Lake impact structure, on the territory of the Mushuau Innu First Nation in northern Labrador, into practice.

A new view of the moon

Unlike the Apollo missions, that orbited at approximately 110 kilometres above the surface of the moon, Artemis II was at a much higher altitude — around 6,545 kilometres above the lunar surface.

This greater distance allowed the crew to view the moon as a full disk, including regions near both the North Pole and South Pole.

Two images of the moon, from different angles.
The moon, viewed from Earth and by Artemis II crew. T marks the Tycho crater; O marks the Orientale crater.
(G. R. Osinski using NASA images)

The crew was also able to take targeted photographs of various geological landforms on the lunar surface as part of the Artemis II science program. One of the primary goals of these investigations is to inform future missions, including the planned first journey back to the lunar surface with Artemis IV as soon as 2028.

Close-up, grey-coloured, image of the moon's cratered surface.
A close-up view taken by the Artemis II crew of Vavilov Crater on the rim of the older and larger Hertzsprung basin. The right portion of the image shows the transition from smooth material within an inner ring of mountains to more rugged terrain around the rim. The image was captured with a handheld camera at a focal length of 400 millimetres, around the far side of the moon.
(NASA)

A new science team

One of the highlights of NASA’s livestream during the mission has been the direct conversations between two good friends: Canadian astronaut Jeremy Hansen and science officer Kelsey Young.

Science officers are the senior flight controllers responsible for lunar science and geology objectives during Artemis missions.

They act as the main interface between the wider Mission Control team and the Artemis II science team, which is located in a totally separate room called the Science Evaluation Room (SER).

Both science officers and the evaluation room are brand new for NASA’s Artemis program; they did not exist during the Apollo program.

We have been developing the structure and defining roles in the SER for the first Artemis mission to the moon’s surface. But there is nothing like a real mission to test and refine how the science team should work.

Artemis science officers, from left, Kelsey Young, Trevor Graff, and Angela Garcia stand at the new SCIENCE console in the Mission Control Center at NASA’s Johnson Space Center in Houston.
(NASA/Josh Valcarcel)

A crash course in lunar geology

If you listened in to NASA’s livestream and heard any of the geological descriptions the astronauts were giving, I hope you were impressed — I certainly was!

Their knowledge is a testament to the geology training that NASA has provided the crew in the months and years since they were selected for the Artemis program.

Artemis II Pilot Victor Glover, Commander Reid Wiseman, and Mission Specialist Jeremy Hansen huddle around a camera in the Orion spacecraft.
Artemis II Pilot Victor Glover, Commander Reid Wiseman, and Mission Specialist Jeremy Hansen configure their camera equipment shortly before beginning their lunar flyby observations.
(NASA)

First, the crew participated in a crash course in lunar geology called “Lunar Fundamentals.” This weeklong, classroom-based training offered them the basics to understand lunar geology and the processes that shape the moon’s surface — primarily impact cratering and volcanism.

However, as somebody who has been teaching for more than 20 years, I know the best place to learn about geology is in the field. That’s why NASA also took the Artemis astronauts to a series of field sites in the United States, Iceland and Canada.

Early in their training, in September 2023, three of the crew members — Hansen, Christina Koch and back-up crew Jenni Gibbons — undertook geology training at the Kamestastin Lake impact structure in northern Labrador. Then the entire crew travelled to Iceland in August 2024.

Kamestastin Lake training expedition

I was honoured to play a leading role in the Kamestastin Lake training. This location was chosen because it offers a similar landscape to the surface of the moon.

Gordon Osinski is in the centre holding a piece of rock and explaining to astronauts Jeremy Hansen (left) and Jenni Gibbons (right), with a rock structure on the right and blue sky behind.
Gordon Osinski (centre) explains the processes that formed the 28-kilometre diameter Kamestastin Lake impact structure to Canadian Space Agency astronauts Jeremy Hansen (left) and Jenni Gibbons (right).
(Canadian Space Agency)

The Kamestastin Lake crater was formed approximately 35 million years ago by the impact of an asteroid between one and two kilometres in diameter. Not only are rocks like breccias and impact melt rocks produced by the asteroid’s impact well preserved here, but the crater also formed in a rock called anorthosite — the exact same rock that makes up the lunar highlands.

In addition to participating in the geology training itself, I was largely responsible for the logistics for this expedition.

Kamestastin is in a remote part of northern Labrador, so we flew in via Twin Otter aircraft and established a temporary base camp. From tents to pots and pans and food for 16 people, there was a lot to take care of. We then used zodiac boats to travel around the crater.

The team wearing red jackets in a zodiac boat on the ocean.
Heading back to basecamp after a wet day in the field at Kamestastin Lake. Clockwise from left: Gordon Osinski (Western University), André Gariepy (CSA), Christina Koch (NASA), Jenni Gibbons (CSA), Raja Chari (NASA), and Jeremy Hansen (CSA).
(G. Osinski.)

Sacred Innu stories of the moon

Kamestastin Lake and the surrounding region are on the territory of the Mushuau Innu First Nation. A key part of my role in the training was liaising with the First Nation, which has been following Hansen on this historic mission.

A highlight for me was sitting around the fire on one of our last nights with Innu Guardians from Natuashish and hearing about how sacred the moon is to them — as it is to many Indigenous Peoples around the world.

They also told us the story of Tshakepesh, an Innu hero who teaches that with courage, hard work and perseverance, one can always overcome difficulties.

As the Artemis II crew return from its journey, I am struck by the parallels. The crew has shown the world what can happen if we work together towards a common goal with courage, hard work, perseverance and humility.

The Conversation

Gordon Osinski founded the company Interplanetary Exploration Odyssey Inc. He receives funding from the Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada and the Canadian Space Agency.

ref. How the Artemis II crew trained to observe and photograph the moon: A NASA science team geologist explains – https://theconversation.com/how-the-artemis-ii-crew-trained-to-observe-and-photograph-the-moon-a-nasa-science-team-geologist-explains-279829