Pourquoi continuer d’apprendre certaines choses par cœur ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Bernard, Maître de conférences en neuropsychologie, Université de Strasbourg

À une époque où le savoir est à portée de clic, pourquoi demander aux enfants d’apprendre encore certains cours et certaines notions par cœur ? En quoi est-ce formateur ? Dans quelle mesure cela peut-il encore les aider à appréhender le monde qui les entoure ?


Avec les intelligences artificielles génératives, il est désormais possible d’obtenir en quelques secondes une réponse argumentée à presque n’importe quelle question. Cette accessibilité inédite du savoir conduit certains à considérer que l’« intelligence » elle-même serait désormais disponible à la demande, au point de rendre les études superflues. Dans ce contexte, pourquoi continuer à apprendre certaines choses par cœur ?

Mémoire et technologies : un questionnement ancien

La question n’est pas nouvelle. Dans le Phèdre, Platon rapporte le mythe de Theuth, dieu inventeur de l’écriture, qui promet au roi égyptien Thamous d’améliorer la mémoire des hommes. Celui-ci lui répond au contraire que l’écriture risque de produire l’oubli, en donnant l’illusion du savoir sans en assurer la possession réelle. À chaque grande transformation technique – de l’écriture à l’imprimerie, jusqu’aux technologies numériques – la même inquiétude resurgit : allons-nous perdre la mémoire en déléguant nos connaissances à des supports extérieurs ?

Mais ces transformations ne se résument pas à une perte. Elles modifient en profondeur notre manière de penser, en nous permettant d’étendre et de redistribuer nos capacités cognitives dans notre environnement. Comme l’ont montré des auteurs tels que André Leroi-Gourhan ou Bernard Stiegler, les techniques ne se contentent pas de prolonger l’action humaine : elles participent à la constitution même de nos capacités cognitives.

Livres, ordinateurs, moteurs de recherche ou intelligences artificielles ne sont pas de simples outils : ils participent à des formes de cognition distribuée, que Katherine Hayles a décrites comme des « assemblages cognitifs ».

Dès lors, la question n’est peut-être plus de savoir s’il faut encore apprendre par cœur, mais plutôt : quelles connaissances doivent rester en nous pour que la compréhension reste possible dans un monde où l’information est partout accessible ? Cette question concerne directement les élèves, les étudiants et leurs enseignants, confrontés à la place croissante des outils numériques dans les apprentissages.

Apprendre « par cœur » ne désigne pas ici une simple répétition mécanique, mais l’intégration de connaissances suffisamment stabilisées pour être mobilisées dans la compréhension.

Qu’est-il encore nécessaire d’apprendre ?

On pourrait penser que l’accès généralisé à l’information rend inutile l’apprentissage par cœur. Pourquoi mémoriser ce que l’on peut retrouver en quelques secondes ? Cette idée repose pourtant sur une confusion : disposer d’une information ne signifie pas la comprendre. Comme l’ont montré les travaux de Naomi Baron sur la lecture et les environnements numériques, l’accès facilité aux contenus ne garantit ni leur appropriation ni leur intégration dans un cadre de connaissances structuré.




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Pour interpréter une information, il faut déjà disposer de repères, de concepts, de connaissances préalables. Ces connaissances permettent de construire une représentation cohérente de ce que l’on lit ou entend, en reliant les informations entre elles et à des expériences passées. Sans ces structures internes, les informations externes restent inertes, voire trompeuses. Elles peuvent aussi être mal interprétées ou prises pour fiables sans être correctement évaluées, qu’il s’agisse de contenus en ligne ou de réponses générées par des intelligences artificielles.

La mémoire ne sert pas seulement à stocker des données, mais à organiser le savoir et à lui donner sens. Elle permet également d’anticiper, de comparer, de relier des informations entre elles et d’élaborer des raisonnements. Accéder à une réponse ne garantit ni son interprétation correcte ni sa mise en relation avec d’autres connaissances. Un étudiant peut ainsi obtenir une explication juste d’un phénomène scientifique sans pour autant en saisir les enjeux, faute de maîtriser les concepts nécessaires pour l’intégrer dans un ensemble cohérent.

Cela conduit à distinguer plusieurs types de connaissances. Certaines peuvent être largement externalisées : des faits isolés, des dates, des informations ponctuelles. D’autres, en revanche, doivent être internalisées. C’est le cas des concepts fondamentaux, du vocabulaire – notamment disciplinaire –, des grandes structures explicatives – qui permettent d’organiser et de relier les connaissances entre elles –, ainsi que des procédures automatisées comme le décodage en lecture ou le calcul. Ces connaissances ont en commun de structurer la compréhension plutôt que d’ajouter simplement des informations. Elles ne sont pas simplement utiles : elles sont nécessaires pour comprendre, raisonner et apprendre.

Le vocabulaire d’une discipline, par exemple, ne sert pas seulement à nommer des objets : il permet de structurer la pensée et d’accéder à des distinctions conceptuelles. De même, les automatismes comme le décodage en lecture ou le calcul libèrent des ressources cognitives indispensables à des raisonnements plus complexes.

Des connaissances pour penser avec les outils

Il serait illusoire, dans ce contexte, de chercher à se passer des outils dont nous disposons, tant ils font partie intégrante de nos activités cognitives. Les technologies numériques et l’intelligence artificielle ne remplacent pas ces connaissances internes : elles les prolongent. Elles s’intègrent à ce que l’on peut appeler des assemblages cognitifs, dans lesquels la pensée se distribue entre le cerveau, les outils, les interactions avec autrui et l’environnement, et où l’accès à l’information s’articule en permanence avec les connaissances déjà présentes en mémoire.

Mais pour que ces assemblages fonctionnent, encore faut-il qu’il y ait quelque chose à assembler : une base de connaissances et de structures internes permettant d’interpréter, de sélectionner et d’organiser l’information. Dans ces assemblages, consulter un moteur de recherche, interroger une intelligence artificielle ou relire un document ne sont pas des opérations extérieures à la pensée, mais des prolongements de celle-ci.

Dès lors, la question n’est plus de savoir s’il faut apprendre par cœur ou non, mais de déterminer ce qui doit être appris pour que l’accès au savoir reste possible. Les institutions éducatives, à travers des dispositifs comme le socle commun de connaissances et de compétences, tentent d’apporter des réponses à cette question. Mais à l’ère de l’intelligence artificielle, cette question mérite d’être reposée.

Cela suppose de repenser non seulement ce que l’on apprend, mais aussi les critères qui guident ces choix. Apprendre par cœur ne disparaît pas : il change de fonction. Il ne s’agit plus d’accumuler des informations, mais de construire les structures qui rendent le monde intelligible.

The Conversation

Frédéric Bernard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi continuer d’apprendre certaines choses par cœur ? – https://theconversation.com/pourquoi-continuer-dapprendre-certaines-choses-par-coeur-279677

Le zajal, duel poétique de la tradition arabe, fait une entrée fracassante sur TikTok

Source: The Conversation – France (in French) – By Marlé Hammond, Reader in Arabic Popular Literature and Culture, SOAS, University of London

Né dans l’Espagne musulmane du XIIᵉ siècle, le zajal, une sorte de duel poétique, n’a rien à envier aux battles de rap contemporaines. Un genre qui fait un retour gagnant sur les réseaux sociaux et trouve une nouvelle jeunesse dans le monde arabe.


« Je suis le roi des anges, du début à la fin des temps. Arrani, tu vas bientôt hurler et verser des larmes à n’en plus finir »,

chante Akram Qawar en arabe tout en gesticulant à l’adresse de son adversaire. Muhammad al-Arrani lui répond :

« Qu’est-ce que tu marmonnes ? Personne ne comprend tes vers, es-tu venu juste pour te ridiculiser ? »

Et dans la légende d’une vidéo, où il danse au son d’un échange similaire à celui qui précède, un fan demande :

« Qui a des oncles qui font des battles de rap ici ? »

Si vous avez vu ces vidéos montrant principalement des hommes d’âge mûr s’envoyant des piques poétiques en arabe, vous les avez peut-être vous aussi comparées à des battles de rap modernes. Il s’agit en réalité d’un genre de poésie chantée vieux de plusieurs siècles, appelé zajal.

Au sens large, le zajal désigne la poésie composée dans l’un des nombreux dialectes arabes vernaculaires. Plus précisément, il s’agit d’une forme de performance poétique musicale, impliquant souvent des duels verbaux, particulièrement populaire au Liban, en Palestine, en Syrie et en Jordanie.

Le zajal remonte à l’Espagne musulmane du XIIᵉ siècle, où il est apparu comme une alternative à la tradition poétique arabe classique. Les poèmes zajal se distinguaient de cette tradition non seulement par la langue – on utilisait alors le dialecte andalou de l’arabe – mais aussi par la forme. Ces poèmes présentaient des schémas de rimes complexes, contrairement à la rime unique qui caractérisait la haute poésie de l’époque. De plus, ils étaient composés pour être chantés.

Parmi les premiers virtuoses du zajal, il y eut Ibn Quzman (1078-1160), un cordouan qui voyageait de cour en cour à la recherche de faveurs grâce à ses chants de louange, de vin et d’amour, qui comportaient souvent une touche rebelle. Dans un de ses poèmes, par exemple, il célèbre la fin du ramadan comme un retour salutaire aux comportements illicites :

« Hourra, ivrognes, au nom du Prophète, bande de fêtards !
C’est le moment où le mois de jeûne prend fin ! »

Depuis l’Espagne, le zajal s’est rapidement répandu en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Selon un article du spécialiste de la langue arabe Adnan Haydar, il existe une théorie selon laquelle, dans le cas particulier du Liban, la poésie zajal trouve ses racines dans l’Église maronite. Il s’agit d’une Église du Liban qui fait partie de l’Église catholique romaine, mais qui possède une tradition liturgique antiochienne/syrienne occidentale distincte.

On pense qu’à la fin du XIIIᵉ siècle, les pères de l’Église maronite ont commencé à traduire des hymnes syriaques dans le dialecte arabe local. Ces hymnes zajal ont été consignés dans des manuscrits du XVᵉ siècle jusqu’à la fin du XVIIᵉ siècle, époque à laquelle le zajal est devenu partie intégrante de la culture populaire libanaise.

Rachid Nakhlé (1873-1939) fut un célèbre défenseur et compositeur de zajal de l’époque moderne. Surnommé « le Prince du zajal », sa poésie vernaculaire aurait influencé les poètes romantiques et symbolistes du Liban.

Selon Haydar le zajal se pratique essentiellement au cours des rassemblements villageois – des mariages aux fêtes de saints en passant par des réceptions dans des maisons privées. Les meilleurs interprètes de zajal se réunissaient parfois pour des concours où chacun tentait de surpasser l’autre dans l’art de l’improvisation verbale. À son apogée, au milieu du XXᵉ siècle, les interprètes de zajal formaient des groupes et s’affrontaient lors de compétitions entre deux groupes rivaux, parfois devant des dizaines de milliers de spectateurs.

Ces joutes verbales consistent à se vanter de ses capacités et à rabaisser ses rivaux et adversaires. Les images martiales y sont courantes, mais c’est avant tout la suprématie poétique que recherchent les interprètes de zajal.

Haydar raconte un célèbre échange entre les poètes de zajal Jiryis Bustani et Tali Hamdan qui a eu lieu lors d’un concert dans un monastère à Beit Meri, au Liban, en 1971. Dans la première strophe, Bustani compare ses prouesses poétiques à un massacre, menaçant de faire voler les têtes en éclats et affirmant que la « bataille de Beit Miri » restera dans l’histoire. Dans la deuxième strophe, Hamdan se moque des menaces de Bustani en disant « Je t’étranglerai et ferai de toi un simple écho (sada) », avant d’affirmer qu’il battra Bustani dans chaque bataille, celle de Beit Miri ne faisant pas exception.

Bustani revient dans la troisième strophe, reprenant le mot « écho » de Hamdan, en affirmant que les annales de l’histoire mentionneront les « échos de mes boulets de canon ». Une stratégie courante consiste en effet à répéter les mots et les phrases au cœur des railleries de l’adversaire et à les reformuler pour en faire le cœur de son intervention.

Un extrait d’un concert de 1968 souligne à quel point les jeux de mots guident les interprètes. Le poète de zajal Zein Sheib entame l’échange en chantant les louanges du soldat à l’esprit libre. Il parle de piété, sur terre et dans les airs, et d’une caille qui s’envole, tandis qu’il affronte les vagues d’une mer tumultueuse. Ce qui donne de la cohérence à ses paroles, ce n’est pas tant le sens que le son. Il rime sans cesse sur la lettre « r », roulée et doublée, en utilisant des mots tels que « farr » (s’échapper) et « jarr » (traîner). Il fait étalage de sa capacité à placer ces mots dans des phrases grammaticalement correctes, bien qu’un peu frivoles. Vient ensuite Edouard Harb. Il fait de même avec la lettre m, poursuivant sur le thème de la mer.

Puis Tali Hamdan chante les épées et rime intensément sur la lettre « l ». Zaghloul el Damour (alias Joseph al-Hashem) conclut le tout de manière décisive en rimant sur la lettre « d ». D’abord, il se vante, affirmant que bien que son cheval soit tombé, il a réussi à faire battre en retraite son rival, puis il raille chacun de ses trois concurrents : Zein s’est énervé, à la fois sérieusement et pour plaisanter ; Harb produit de la poésie de second ordre, et Hamdan a une haute opinion de lui-même mais n’est pas plus grand qu’une table sans pieds. Les insultes sont lancées avec légèreté, et toutes les personnes présentes – artistes comme spectateurs – se délectent de leur esprit.

Le zajal a connu un déclin pendant la guerre civile libanaise (1975 à 1990), mais a connu un renouveau au cours des décennies suivantes. Par exemple, dans les années 2010, les concours de zajal de l’émission télévisée Owf ont attiré des participants de toute la région. Parallèlement, des extraits de spectacles de zajal libanais des années 1960 et 1970 sont repris dans des remixes et des mashups sur YouTube, TikTok et Instagram. Les artistes palestiniens s’inscrivent dans une tradition similaire, qui est également en vogue.

Ainsi, si un ami partage une vidéo de ces oncles « s’affrontant en battle rap », vous pouvez lui expliquer ce qu’ils font réellement, à savoir s’inscrire dans la tradition poétique légendaire du zajal.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le zajal, duel poétique de la tradition arabe, fait une entrée fracassante sur TikTok – https://theconversation.com/le-zajal-duel-poetique-de-la-tradition-arabe-fait-une-entree-fracassante-sur-tiktok-280209

Moyen-Orient : au-delà du choc énergétique, une crise mondiale pour les ressources minérales

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anne Bialkowski, Responsable de l’unité Intelligence minérale, BRGM

La crise économique née dans le sillage de la guerre en Iran n’est pas seulement un choc pétrolier et gazier. Elle fragilise l’ensemble des chaînes d’approvisionnement de ressources minérales cruciales, tant pour l’agriculture mondiale que pour la transition énergétique.


Le conflit qui secoue le Moyen-Orient depuis le 28 février 2026 provoque une onde de choc sur l’ensemble des marchés mondiaux des ressources minérales, au-delà des impacts sur les marchés du pétrole et du gaz. La région, point de passage stratégique pour le transport maritime de par son positionnement géographique, joue en effet un rôle clé dans l’approvisionnement en aluminium, en soufre et en hélium. En effet, leur production nécessite du gaz naturel. Cela affecte aussi, plus indirectement, d’autres métaux dont l’industrie dépend soit du pétrole, soit du soufre, comme le nickel, le titane ou le cuivre.

Les restrictions du transport dans le détroit d’Ormuz, par lequel ont transité près de 34 % du pétrole brut mondial en 2025 ainsi que 19 % du gaz naturel liquéfié, agissent comme un verrou géopolitique dont les effets se répercutent sur toutes les chaînes de valeur industrielles, bien au-delà des hydrocarbures et des produits pétrochimiques.

Nous travaillons pour l’Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi), coordonné par le BRGM, impliquant également le CEA, l’IFPEN, l’Ifri et l’Ademe. Cet observatoire peut apporter un éclairage stratégique sur cette crise en offrant une lecture globale des chaînes d’approvisionnement en ressources minérales, au-delà des seules dynamiques énergétiques.

Par son expertise sur les métaux et minéraux critiques au travers de l’ensemble de leurs chaînes de valeur, l’Ofremi met en évidence les effets systémiques et souvent sous‑estimés de ce type de conflit sur l’ensemble des secteurs stratégiques pour notre économie. Nous vous proposons dans cet article un tour d’horizon des effets de la crise sur plusieurs matières critiques : l’hélium, l’aluminium, le soufre, le nickel, le cuivre et le titane

Hélium : une pénurie mondiale inédite

L’hélium est un sous-produit du traitement du gaz naturel lors de sa liquéfaction. Environ un tiers de la production mondiale d’hélium provient du site de Ras Laffan, au Qatar.

Terminal gazier à Ras Laffan (Qatar) en 2012.
Matthew Smith, CC BY

La rupture d’approvisionnement risque d’être fortement impactante à terme pour l’industrie, car cet élément est indispensable à la fabrication de semi-conducteurs, ainsi qu’à une partie des équipements médicaux.

Ainsi, Taïwan, la Corée du Sud et la Chine sont particulièrement exposés, tout comme les équipements de santé européens (aimants supraconducteurs présents dans les appareils IRM notamment), si des circuits d’approvisionnement alternatifs ne sont pas identifiés à moyen terme.

Aluminium : une industrie régionale paralysée et des tensions sur les prix à prévoir

La production d’aluminium métal à partir d’alumine, elle-même issue de la bauxite, requiert beaucoup d’énergie. On la produit généralement là où elle est disponible à bas coût, dans des fonderies fonctionnant au gaz naturel. C’est pourquoi environ 10 % des capacités mondiales de production d’aluminium se situent dans le Golfe persique. Le manque de gaz et l’impossibilité d’importer l’alumine d’Australie entraînent donc des arrêts de production, comme chez les Qataris Qatalum (joint-venture entre le norvégien Hydro), Qamco (qui maintiendra sa production à 60 % de sa capacité) et Alba (Aluminium Barhain BSC), dont l’arrêt contrôlé de trois lignes de procédés réduira de 19 % sa production annuelle.

Sites de la chaîne de valeur de l’aluminium au Moyen-Orient.
Fourni par l’auteur

Cette situation risque d’accroître la hausse des prix de l’aluminium, déjà sous tension depuis un an. Au 1er avril 2026, le prix de l’aluminium coté à la bourse de Londres avait augmenté de près de 45 % sur un an. Le phénomène devrait encore être amplifié par la hausse des prix de l’énergie, la baisse de l’offre en provenance du Moyen-Orient et de potentielles spéculations.

L’Europe et les États-Unis dépendent des importations en aluminium provenant du golfe Persique, et sont donc particulièrement vulnérables aux changements du marché.

Soufre : un maillon critique qui menace l’agriculture mondiale, mais pas seulement

Dans le golfe Persique, le soufre n’est quasiment pas extrait de mines : il est coproduit à partir des hydrocarbures, en particulier du gaz naturel et du pétrole, riches en soufre. Les pays du Golfe fournissent un quart du soufre mondial. Or, le soufre est essentiel à la fabrication des engrais phosphatés, mais aussi d’acide sulfurique, indispensable à la métallurgie du cuivre et du nickel et à de nombreux procédés industriels.

Principaux producteurs de soufre en 2024.
WMD 2026, via Ofremi, Fourni par l’auteur

Des ruptures d’approvisionnement pourraient provoquer une flambée des prix des engrais et, à plus long terme, des tensions sur le secteur agricole ainsi que des réactions protectionnistes, notamment de la Chine, qui est aujourd’hui le principal producteur mondial de soufre.

Nickel : l’Indonésie en difficulté

Les usines indonésiennes utilisant la lixiviation haute pression (procédé appelé High-Pressure Acid Leaching, ou HPAL) produisent 70 % des produits intermédiaires à base de nickel utilisés pour les batteries. Or, cette industrie utilise de l’acide sulfurique produit à partir du soufre importé du Moyen-Orient.

Avec des stocks couvrant à peine un mois, certaines installations ont déjà suspendu leur production. Cette situation tendue pourrait perturber la chaîne mondiale des batteries haute performance pour les véhicules électriques.




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Cuivre et titane : des impacts pour l’instant indirects

Le cuivre n’est pas directement menacé, mais sa production dépend elle aussi de l’acide sulfurique, utilisé par les procédés métallurgiques. Comme le prix du cuivre dépend fortement de l’état de l’économie mondiale, il pourrait reculer si celle-ci est freinée par la hausse des prix du pétrole.

Gros plan sur une éponge de titane.
Hi Res Images of Chemical Elements/Wikicommons, CC BY

Pour ce qui est du titane, L’Arabie saoudite possède une usine d’éponges de titane (forme poreuse et irrégulière de titane ure, obtenu par réduction du tétrachlorure de titane, qui est une des formes de titane faisant l’objet de commerce mondial), située au bord de la mer Rouge. Il s’agit d’un matériau critique pour l’industrie aéronautique.

Si ce site industriel est peu exposé actuellement, il pourrait le devenir dans le cas d’une extension du conflit du côté de la mer Rouge.

Un choc global aux répercussions durables

La crise au Moyen-Orient ne saurait pas être réduite à un simple épisode géopolitique : elle révèle la sensibilité structurelle des chaînes d’approvisionnement mondiales, en déclenchant une cascade de vulnérabilités. Pétrole, gaz, hélium, soufre, aluminium, nickel… autant de ressources essentielles dont la disponibilité conditionne les secteurs industriels, notamment ceux porteurs de la transition énergétique.

Si le conflit s’inscrit dans la durée, les tensions pourraient s’amplifier, entraînant une hausse généralisée des coûts de production pour les entreprises, une augmentation durable des prix et des risques d’approvisionnement dans certains secteurs. La sécurisation des approvisionnements en ressources minérales, par la diversification des lieux de production, est plus que jamais d’actualité.


Antoine Lebrault, chargé de communication au BRGM, a participé à l’écriture de cet article.

Cet article a été réécrit sur la base d’une note de l’Ofremi à diffusion restreinte, avec les contributions de Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Thibault Michel (Ifri), Emmanuel Hache (IFPEN) et Stéphane Bourg, Claire André-Luquet, Gaétan Lefebvre, Katherine Leroy, Paul Notom, Éric Pujol, Aurélien Reys (BRGM).

The Conversation

Bialkowski Anne a reçu des financements de l’ANR dans le cadre du projet OFREMI

Mathieu Leguerinel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Moyen-Orient : au-delà du choc énergétique, une crise mondiale pour les ressources minérales – https://theconversation.com/moyen-orient-au-dela-du-choc-energetique-une-crise-mondiale-pour-les-ressources-minerales-280064

Artemis II moonshot reflects a spacefaring vision present in Jules Verne’s 19th-century novel

Source: The Conversation – USA (2) – By Anastasia Klimchynskaya, Assistant Professor of English, Illinois Wesleyan University

The ‘Earthset’ photo from the Artemis II crew’s lunar flyby in April 2026. NASA

With the launch of NASA’s Artemis II mission on April 1, 2026, human beings have finally returned to the Moon for the first time in 50 years – since the age of Apollo.

When Apollo 11 first landed on the lunar surface, the astronauts portrayed their accomplishment as the realization of a science fictional dream. In a televised broadcast during their return, Neil Armstrong explicitly evoked Jules Verne’s 1865 novel “From the Earth to the Moon,” calling his spaceship and crew a “modern-day Columbia” – a direct reference to the spaceship Verne imagined taking off in from Florida and landing in the Pacific Ocean.

Discourse around science fiction coming true often focuses on the gadgets and technologies it predicted. But as sci-fi author Frederik Pohl reputedly said, it’s not about imagining the car, but the traffic jam.

As a literature professor who has studied science fiction for a decade and editor of a forthcoming edition of Verne’s novel annotated for the spacefaring age, I find that what makes Verne’s 1865 novel prescient is that a century before the Moon landing, he understood that a moonshot would not be an act of pure and abstract science. It would exist within a political, social and economic context.

An original copy of 'From the Earth to the Moon'
‘From the Earth to the Moon’ by Jules Verne describes a fictional Moon mission and its political, economic and environmental ramifications.
Patrice Cartier/Hans Lucas/AFP via Getty Images

In his novel, the moonshot is proposed by the Baltimore Gun Club in the months after the U.S. Civil War, and Verne tells the story of how they make this colossal undertaking happen. Writing before even the age of powered flight, he foresaw that a project to send a small handful of carefully selected, exceptional individuals beyond Earth would have ripple effects throughout the entire world.

And with four astronauts having just circled the Moon as part of the Artemis II mission, the similarities between Verne’s vision and America’s current Moon-oriented dreams are striking – and revealing of the realities of the spacefaring age.

The Space Launch System rocket lifting off the launchpad
NASA’s Artemis II crew lifts off from the Kennedy Space Center’s Launch Pad 39-B on April 1, 2026.
AP Photo/John Raoux

A nationalist and international project

In Verne’s novel, the moonshot is explicitly proposed as a nationalist project, even as it also becomes a pinnacle of human achievement that unifies the world. The speech in which it is proposed is one full of celebrations of American engineers, scientists and generals who have come before, and Americanness is key to its realization.

At one moment, it becomes clear that the launch must occur near the equator to minimize the distance to the Moon. Since this is an American endeavor, however, the protagonists are adamant that it must launch from the United States, and the Gun Club briefly considers invading Mexico to make this happen before remembering that Florida and Texas are both suitable.

An illustration of a spacecraft shooting off the ground in a plume of smoke and flame
The dramatic spacecraft launch in ‘From the Earth to the Moon’ had widespread environmental effects.
Henri de Montaut − National Library of Poland

Later, a Frenchman, Michel Ardan, telegraphs that he’d like to make the trip to the Moon. He’s welcomed and celebrated but allowed on the voyage only after he’s made an honorary citizen of the United States.

At the same time, the moonshot reaches the entire world. Every soul on the planet follows the news of it via telegraph, and it receives widespread support on the principle that “it was both the right and the duty of the entire Earth to intervene in the affairs of its satellite.” The world’s nations come together to raise funds for it and breathlessly await the launch.

Comparisons to the space race are obvious: During the 1960s, the Moon was another battleground in the Cold War, an ideological battle to answer the question of which system – communism or capitalism and democracy – can meet the challenge of putting a human being on the Moon first. Yet it was, and still is, also celebrated as a triumph of humananity’s willpower, ingenuity and bravery.

Artemis II is animated by this same tension between nationalism and a unifying vision of humanity. In the moments before launch, Canadian astronaut Jeremy Hansen told NASA and the world, “We are going for all humanity.” The fact that a Canadian astronaut has joined an American crew, too, is a departure from Cold War days.

Throughout the Artemis II mission, the astronauts and NASA’s ground control team repeatedly evoked the idea of a humanity united across international boundaries. After performing the translunar injection burn that committed Orion to its lunar trajectory, astronaut Christina Koch stated, “We will always choose Earth. We will always choose each other,” to which NASA’s Mission Control responded: “Integrity from Earth, our single system, fragile and interconnected, we copy. Those that can are looking back.”

And yet, Artemis II is an important step in a modern-day space race, this time with the United States and China as opponents. The Artemis program is actively trying to return Americans to the Moon before China gets there. NASA Administrator Jared Isaacman has been unequivocal that the United States doing so first is crucial to continuing to prove American excellence on the world stage and therefore maintaining its economic and soft power.

Planetary colonization

In Verne’s novel, the original motivation for going to the Moon is, in the words of the character Barbicane, to become “the Columbuses of this new world.” Though they call their project a scientific experiment, the characters see the Moon as a territory to be claimed, which will become the newest American state.

This perspective sees the natural world and the cosmos as another frontier to be conquered, and it echoes the imperial and colonial practices of Verne’s time, which saw populated places such as Africa and the American West as blank slates to claim.

Visions such as Verne’s influenced most of the engineers and scientists that made human spaceflight possible, such as Robert Goddard and Konstantin Tsiolkovsky, who believed that humanity’s destiny is in the stars.

This perspective, too, has been part of the rhetoric around Artemis II. While this mission has extensive scientific objectives – for the first time, there’s a science desk at Mission Control – NASA has also repeatedly billed this mission as a momentous achievement because it took human beings farther from Earth than any human being has ever traveled.

If space is “the final frontier,” to borrow a phrase from “Star Trek,” then Artemis II is historic because it has taken American astronauts farther into that frontier.

Environmental effects

In Verne’s novel, Tampa, Florida, is chosen as “Moon City,” from which the moonbound projectile will be launched. It is a profound economic boon for the city, just as real cities in Florida, Texas and elsewhere experienced economic and population growth in the 20th century due to the Apollo program.

Yet the moonshot also has a devastating and negative effect in the book: The force of the detonation that launches the three explorers to the Moon razes the city and even causes a powerful storm that spreads to the Atlantic Ocean and sinks ships.

Today’s space industry, too, offers many economic boons, with companies such as SpaceX and Blue Origin employing thousands. But it also often has similarly harmful effects.

A rocket lifting off into the air, with a plume of smoke beneath it. In the foreground is a copse of trees.
SpaceX’s Starbase facility has raised environmental concerns, as rocket launches that don’t go as planned can pollute the surrounding landscape.
AP Photo/Eric Gay

For example, SpaceX’s Texas Starbase – the primary facility for developing its Starship, which is intended to help NASA land humans on the Moon – has had detrimental effects on the surrounding landscape and population. Test launches that don’t go as planned rain down shrapnel and debris, endangering people and damaging fragile ecosystems. Noise, water and air pollution are equally inconveniences to the local residents and a threat to many endangered species in the area.

The prescience of a work of science fiction such as Verne’s lies not in the technologies he dreamed up but in the way he thought through their consequences and repercussions.

The Conversation

Anastasia Klimchynskaya does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Artemis II moonshot reflects a spacefaring vision present in Jules Verne’s 19th-century novel – https://theconversation.com/artemis-ii-moonshot-reflects-a-spacefaring-vision-present-in-jules-vernes-19th-century-novel-280252

What declining vaccination rates mean for families in Allegheny County – where 1 in 3 kindergarten classrooms lack herd immunity for measles

Source: The Conversation – USA (3) – By Kar-Hai Chu, Associate Professor of Public Health, University of Pittsburgh

Unvaccinated individuals face 140 times higher risk of contracting measles. Sarah L. Voisin/The Washington Post via Getty Images

As the risk of measles remains an ongoing concern, herd immunity in Allegheny County, Pennsylvania, is already slipping. According to data obtained via The Washington Post in January 2026, 1 in 3 Allegheny County kindergartners were in a classroom too far below adequate vaccination coverage to stop a measles outbreak during the 2023-24 school year.

A professor from the University of Pittsburgh’s School of Public Health, Kar-Hai Chu, and a research program supervisor, Maggie Slavin, answered our questions about declining measles, mumps and rubella vaccination rates and what it means for the future of public health.

Private and parochial/religious schools in Allegheny County fall below the herd immunity threshold, while public schools tend not to. What explains that gap, and should it concern us?

Research shows the disparity between vaccination coverage in private and parochial/religious versus public schools is that private and parochial/religious schools tend to have higher rates of exemptions to vaccinations for moral and religious beliefs.

Local vaccination rates in Allegheny County schools are declining and are below the necessary level of vaccination coverage to stop the spread of measles: 95%. Between the 2023-24 and 2024-25 school years, public schools displayed an overall decline in coverage, whereas private and parochial/religious increased coverage between the two years, yet have greater variation in coverage across schools. Regardless of school type, children should have complete and updated vaccinations to protect themselves and the community. Even small dips in vaccination rates can lead to the spread of disease.

What are combination vaccines and how long have they been used?

Combination vaccines are single injections that protect against multiple, preventable diseases and have been used since the 1940s. They represent one of public health’s most successful interventions. Common examples include DTaP – for diphtheria, tetanus and pertussis – and MMR, for measles, mumps and rubella. The MMR vaccine has been licensed since 1971 and helped eliminate measles from the U.S. by 2000. It reduced cases by 80% within a decade of its introduction to society.

Why are some government officials calling to split these vaccines?

The U.S. officials calling to split combination vaccines cite unsubstantiated claims linking them to autism and concerns about too many vaccinations administered at once.

These claims contradict decades of scientific evidence that demonstrates the safety and efficacy of combination vaccines.

A panel of adults sit around a long table drenched in a blue tablecloth.
In June 2025, Health and Human Services Secretary Robert F. Kennedy Jr. dismissed all members of the CDC’s Advisory Committee on Immunization Practices.
Elijah Nouvelage/Stringer Collection via Getty News Images

Who determines vaccination recommendations in the US?

Since 1964, the Advisory Committee on Immunization Practices has provided evidence-based vaccination recommendations. The committee consists of volunteer medical and public health experts appointed by the secretary of Health and Human Services for staggered, four-year terms. These experts review scientific evidence throughout the year and update recommendations accordingly. States maintain authority to implement these recommendations as they see fit. Vaccination recommendations have been politicized under the current administration and are currently in a sort of limbo.

In June 2025, HHS Secretary Robert F. Kennedy Jr., who has a history of promoting anti-vaccination dissinformation, took the unprecedented step of firing all 17 committee members and appointing 12 new members with questionable qualifications and conflicts of interest. This could be considered a fundamental disruption to the evidence-based process that has protected public health for over 60 years.

The Pennsylvania Department of Health and Gov. Josh Shapiro have stated that they continue to endorse evidence-based vaccination guidelines from leading national medical associations, such as the American Academy of Pediatrics, American Academy of Family Physicians and American College of Obstetricians and Gynecologists.

What are the real-world consequences of vaccine misinformation and disinformation?

An example consequence is now visible: Measles is spreading again in the U.S. In 2025, there were 2,255 confirmed cases, which is nearly double the 2019 peak of 1,274 cases.

While there haven’t been any confirmed cases of measles in Allegheny County in 2026, there were confirmed measles cases in Lancaster County on Feb. 3, according to the Pennsylvania Department of Health, which determined the individuals were not vaccinated.

Another visible consequence of vaccination misinformation and disinformation is that unvaccinated people face 140 times higher risk of contracting measles. Over 90% of 2025 cases in the U.S. occurred in people who were unvaccinated or had unknown vaccine status.

Signs point toward measles testing near an emergency department.
The MMR vaccine was licensed in 1971 and helped eliminate measles from the U.S. by 2000.
Jan Sonnenmair/Stringer Collection via Getty News Images

When government officials become sources of misinformation, the threat multiplies exponentially. The World Health Organization identifies vaccine hesitancy as one of the biggest threats to global health.

What can be done to protect evidence-based vaccination policy?

The American Academy of Pediatrics emphasizes that state-level policies may offer greater responsiveness to local needs while maintaining evidence-based standards.

Stronger state policies play a key role in ensuring vaccine access. In Louisiana, for example, framing vaccination as a way to keep your neighbors safe has been used as an effective way to appeal to local communities. In South Dakota, advocates are reaching business owners by emphasizing the economic benefits of immunization. The state of Oregon created a financing model that allows providers and clinics to access vaccines with no upfront costs, then they reimburse the state once they have been paid by insurers.

People can support organizations that prioritize scientific evidence over anecdotes, demand transparency in policymaking and understand the difference between legitimate scientific debate and coordinated misinformation. These are crucial steps in protecting vaccine policies. The 2026 American Academy of Pediatrics guidelines have been deemed trustworthy by 12 health care organizations that represent over a million pediatric medical professionals.

The Conversation

Kar-Hai Chu receives funding from the NIH.

Maggie Slavin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What declining vaccination rates mean for families in Allegheny County – where 1 in 3 kindergarten classrooms lack herd immunity for measles – https://theconversation.com/what-declining-vaccination-rates-mean-for-families-in-allegheny-county-where-1-in-3-kindergarten-classrooms-lack-herd-immunity-for-measles-277469

« Biloute », « tchot »… : les mots du Nord à l’épreuve des parlers jeunes

Source: The Conversation – France (in French) – By Anne Gensane, Chercheuse en sciences du langage, Université d’Artois

Les parlers du nord de la France sont-ils en train de se figer en souvenir d’un autre temps ? Ou continuent-ils à se manifester dans les usages contemporains, y compris là où on ne les attend pas ?


À partir d’une enquête de terrain menée dans plusieurs établissements des Hauts-de-France entre 2016 et 2025, il est possible d’observer non pas un retour massif de patois, mais une circulation complexe de quelques formes septentrionales (entendre par là, parlers « du Nord ») au sein de répertoires linguistiques hétérogènes.




À lire aussi :
Que reste-t-il de nos argots ?


Dès 1971, le linguiste Pierre Guiraud notait que des mots d’origine dialectale (issus de variétés linguistiques régionales distinctes du français « standard ») pouvaient être relayés par l’argot. Timothy Pooley, autre linguiste, évoquait un peu plus tard une possible « dépicardisation » , soit une disparition du picard – celui-ci étant une langue régionale d’oïl historiquement parlée dans le nord de la France et en Belgique. Faut-il y voir un déclin irrémédiable ou plutôt la transformation d’un héritage ?

Un petit noyau nordiste dans des « parlers jeunes »

Les jeunes du Nord parlent-ils encore « patois » ? Dans les corpus recueillis (listes lexicales co-construites, entretiens, observations) dominent les emprunts à l’arabe, à l’anglais et au rromani. Pour autant, un noyau de régionalismes du Nord persiste et, parmi eux, les substantifs et appellatifs « biloute » (gars, mec) et « tchot » (petit), « chicour » (champion), le déterminant « ch’ », la locution verbale « dire quoi », ou encore le verbe « finquer » (fumer). Le relevé révèle par ailleurs des flottements étymologiques : certaines origines sont discutables – de même que les termes employés pour les décrire : patois, dialecte, régionalisme.

Premier enseignement que nous livre cette étude : ces mots ne subissent aucune manipulation morphologique notable. Par exemple, pas de verlanisation bien connue des pratiques argotiques contemporaines. Là où l’argot contemporain aime à transformer, le régionalisme nordiste est inséré sans cette modification.

Deuxième enseignement : leur vitalité est inégale. « Biloute » et « tchot » sont massivement compris, et encore employés par une partie des locuteurs interrogés en 2025 dans l’étude citée plus tôt. « Finquer » est plus fragile. « Chicour » donne lieu à des définitions divergentes (de « champion » spécialisé uniquement à son sens littéral, à « frimeur »). Pour désigner ces savoirs linguistiques diffus, les linguistes parlent par exemple de « compétence latente », souvent sous-estimée par les locuteurs.

Patrimoine affectif, stigmate social

Les discours épilinguistiques (discours au sujet de la langue) recueillis éclairent cette situation. Les formes régionales sont fréquemment associées à la famille, au « patrimoine » du Nord. Elles relèvent donc d’une mémoire territoriale.

Mais cette valorisation affective coexiste avec une forte dépréciation sociale : l’idée même du « chti », nous informe un lycéen interrogé, renvoie à l’image des « anciens », mais aussi… aux « bouseux ». On oscille alors entre « condescendance et attendrissement », si nous reprenons les mots du linguiste Pierre Rézeau. L’accent du Nord, même s’il n’est pas le seul, fait l’objet de moqueries récurrentes. On retrouve ici ce que Philippe Blanchet nomme la « glottophobie » : la stigmatisation des manières de parler. Le paradoxe est d’ailleurs souvent frappant ; des locuteurs peuvent se moquer d’un accent qu’ils partagent eux-mêmes. L’insécurité linguistique persiste, et explique en partie la faible revendication explicite des régionalismes dans les usages ordinaires.

À l’inverse, les pratiques argotiques contemporaines souvent associées aux « banlieues » bénéficient parfois d’une sorte de prestige paradoxal pour certains jeunes locuteurs interrogés dans la même étude ; elles incarnent souvent (mais pas toujours) l’opposition, et aiment se distinguer par « rupture », au contraire du patois.

Argot et dialecte : un même travail de différenciation

Pour autant, opposer frontalement argot et patois serait simplificateur. Un argot contemporain, comme un dialecte, est localisé, marqué socialement et investi d’une forte charge identitaire. De même, tous deux participent d’un déplacement du Soi par rapport à l’Autre : inclusion des pairs, distinction vis-à-vis de l’extérieur.

Cela peut nous conduire à penser que les régionalismes du Nord intégrés aux « parlers jeunes » n’apparaissent pas comme des fossiles folkloriques, mais fonctionnent plutôt comme des indices discrets de connivence. L’argot peut relever davantage de l’opposition, le patois davantage de la proximité… mais ils partagent un même ressort symbolique.

De nouveaux canaux de légitimation

Les arts et médias contemporains jouent un rôle non négligeable dans ces circulations. Le rap, devenu un genre musical d’importance, agit comme instance de légitimation linguistique. Si des artistes comme Jul ont diffusé des régionalismes méridionaux (« tarpin », « fraté »), certains évoquent très ponctuellement le Nord. C’est ainsi que nous pouvons noter la présence de le « chnord » (présence un tant soit peu erronée, « ch » étant déjà un déterminant), chez Freeze Corleone qui n’est pas du Nord.

Mais nous trouvons aussi notamment les Nordistes BEN plg et ZKR, issus d’un espace urbain identifié comme un foyer actif de production rap et argotique, soit souvent Roubaix, et dont les usages font apparaître des formes localement ancrées (par exemple, « zig » pour désigner un individu), et bien que certaines soient issues, au départ, de ressources empruntées à l’arabe (par exemple, « tneket », qui signifie incroyable). Toutes ces occurrences réinvestissent l’imaginaire territorial du Nord. Nous pourrions également citer le groupe Paula Fargue qui met en valeur patois et accent du Nord.

Les réseaux sociaux ou les publicités contribuent à donner de l’importance à certaines formes. Des expressions virales, portées par des influenceurs ou des émissions de téléréalité, pourraient y acquérir une visibilité nationale.

Les formes régionales y trouvent parfois une nouvelle scène, comme ce fut le cas du mot « drache » dans une campagne publicitaire récente d’une marque de cosmétiques. Ces « tiers » médiatiques modifient l’équation : ce qui était perçu comme ringard peut devenir tendance, à condition d’être adoubé par une figure d’autorité culturelle.

Enfin, nous n’oublierons pas le rôle du dictionnaire : « drache » est justement entré dans celui-ci il y a quelques années, avec la marque lexicographique « régionalisme ». En légitimise-t-il l’usage ?

La publicité peut-elle légitimer un régionalisme ?

Quel avenir pour les parlers septentrionaux ?

Les données recueillies révèlent une ambivalence bien connue de la sociolinguistique : attachement affectif d’un côté, distance sociale de l’autre. Les jeunes interrogés n’expriment pas de crainte de voir disparaître le patois et n’en font pas une cause à défendre. En revanche, ils mobilisent certains mots comme des ressources ponctuelles, souvent chargées d’affect.

Le « renouvellement » dont nous pourrions parler ne prend donc pas la forme d’un retour à un parler dialectal homogène. Il réside dans la réinterprétation au sein d’un répertoire où se côtoient arabe dialectal, anglicismes, rromanismes… et héritages locaux.

À l’heure où les langues sont souvent pensées en termes de concurrence ou de remplacement, cette situation invite à une autre lecture : celle d’une cohabitation mouvante, celle de répertoires linguistiques avec styles à activer en fonction de la situation. Quelques mots résistent, certains voyagent et reviennent par le biais du numérique… et l’accent persiste. C’est peut-être ici que se joue l’avenir des parlers régionaux chez les « jeunes » : moins dans la fidélité déclarée que dans les usages rares mais tenaces, et labiles… vivants, en somme.

Nous n’oublierons pas, quoi qu’il en soit, que le picard (comme le flamand occidental dont nous n’avons pas parlé ici) peuvent être enseignés au sein de l’éducation nationale depuis 2022. On peut donc imaginer que cela contribue progressivement à faire disparaître la possible insécurité voire la honte liée à l’accent ou au vocabulaire patoisant. En acquérant davantage de connaissances sur l’histoire et la richesse de ces pratiques linguistiques, les locuteurs pourraient développer davantage l’envie de son recours, ce qui pourrait donner lieu à un nouvel essor des pratiques linguistiques régionales à observer.

The Conversation

Anne Gensane ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Biloute », « tchot »… : les mots du Nord à l’épreuve des parlers jeunes – https://theconversation.com/biloute-tchot-les-mots-du-nord-a-lepreuve-des-parlers-jeunes-278870

« Biloute », « tchotte »… : les mots du Nord à l’épreuve des parlers jeunes

Source: The Conversation – France (in French) – By Anne Gensane, Chercheuse en sciences du langage, Université d’Artois

Les parlers du nord de la France sont-ils en train de se figer en souvenir d’un autre temps ? Ou continuent-ils à se manifester dans les usages contemporains, y compris là où on ne les attend pas ?


À partir d’une enquête de terrain menée dans plusieurs établissements des Hauts-de-France entre 2016 et 2025, il est possible d’observer non pas un retour massif de patois, mais une circulation complexe de quelques formes septentrionales (entendre par là, parlers « du Nord ») au sein de répertoires linguistiques hétérogènes.




À lire aussi :
Que reste-t-il de nos argots ?


Dès 1971, le linguiste Pierre Guiraud notait que des mots d’origine dialectale (issus de variétés linguistiques régionales distinctes du français « standard ») pouvaient être relayés par l’argot. Timothy Pooley, autre linguiste, évoquait un peu plus tard une possible « dépicardisation » , soit une disparition du picard – celui-ci étant une langue régionale d’oïl historiquement parlée dans le nord de la France et en Belgique. Faut-il y voir un déclin irrémédiable ou plutôt la transformation d’un héritage ?

Un petit noyau nordiste dans des « parlers jeunes »

Les jeunes du Nord parlent-ils encore « patois » ? Dans les corpus recueillis (listes lexicales co-construites, entretiens, observations) dominent les emprunts à l’arabe, à l’anglais et au rromani. Pour autant, un noyau de régionalismes du Nord persiste et, parmi eux, les substantifs et appellatifs « biloute » (gars, mec) et « tchot » (petit), « chicour » (champion), le déterminant « ch’ », la locution verbale « dire quoi », ou encore le verbe « finquer » (fumer). Le relevé révèle par ailleurs des flottements étymologiques : certaines origines sont discutables – de même que les termes employés pour les décrire : patois, dialecte, régionalisme.

Premier enseignement que nous livre cette étude : ces mots ne subissent aucune manipulation morphologique notable. Par exemple, pas de verlanisation bien connue des pratiques argotiques contemporaines. Là où l’argot contemporain aime à transformer, le régionalisme nordiste est inséré sans cette modification.

Deuxième enseignement : leur vitalité est inégale. « Biloute » et « tchot » sont massivement compris, et encore employés par une partie des locuteurs interrogés en 2025 dans l’étude citée plus tôt. « Finquer » est plus fragile. « Chicour » donne lieu à des définitions divergentes (de « champion » spécialisé uniquement à son sens littéral, à « frimeur »). Pour désigner ces savoirs linguistiques diffus, les linguistes parlent par exemple de « compétence latente », souvent sous-estimée par les locuteurs.

Patrimoine affectif, stigmate social

Les discours épilinguistiques (discours au sujet de la langue) recueillis éclairent cette situation. Les formes régionales sont fréquemment associées à la famille, au « patrimoine » du Nord. Elles relèvent donc d’une mémoire territoriale.

Mais cette valorisation affective coexiste avec une forte dépréciation sociale : l’idée même du « chti », nous informe un lycéen interrogé, renvoie à l’image des « anciens », mais aussi… aux « bouseux ». On oscille alors entre « condescendance et attendrissement », si nous reprenons les mots du linguiste Pierre Rézeau. L’accent du Nord, même s’il n’est pas le seul, fait l’objet de moqueries récurrentes. On retrouve ici ce que Philippe Blanchet nomme la « glottophobie » : la stigmatisation des manières de parler. Le paradoxe est d’ailleurs souvent frappant ; des locuteurs peuvent se moquer d’un accent qu’ils partagent eux-mêmes. L’insécurité linguistique persiste, et explique en partie la faible revendication explicite des régionalismes dans les usages ordinaires.

À l’inverse, les pratiques argotiques contemporaines souvent associées aux « banlieues » bénéficient parfois d’une sorte de prestige paradoxal pour certains jeunes locuteurs interrogés dans la même étude ; elles incarnent souvent (mais pas toujours) l’opposition, et aiment se distinguer par « rupture », au contraire du patois.

Argot et dialecte : un même travail de différenciation

Pour autant, opposer frontalement argot et patois serait simplificateur. Un argot contemporain, comme un dialecte, est localisé, marqué socialement et investi d’une forte charge identitaire. De même, tous deux participent d’un déplacement du Soi par rapport à l’Autre : inclusion des pairs, distinction vis-à-vis de l’extérieur.

Cela peut nous conduire à penser que les régionalismes du Nord intégrés aux « parlers jeunes » n’apparaissent pas comme des fossiles folkloriques, mais fonctionnent plutôt comme des indices discrets de connivence. L’argot peut relever davantage de l’opposition, le patois davantage de la proximité… mais ils partagent un même ressort symbolique.

De nouveaux canaux de légitimation

Les arts et médias contemporains jouent un rôle non négligeable dans ces circulations. Le rap, devenu un genre musical d’importance, agit comme instance de légitimation linguistique. Si des artistes comme Jul ont diffusé des régionalismes méridionaux (« tarpin », « fraté »), certains évoquent très ponctuellement le Nord. C’est ainsi que nous pouvons noter la présence de le « chnord » (présence un tant soit peu erronée, « ch » étant déjà un déterminant), chez Freeze Corleone qui n’est pas du Nord.

Mais nous trouvons aussi notamment les Nordistes BEN plg et ZKR, issus d’un espace urbain identifié comme un foyer actif de production rap et argotique, soit souvent Roubaix, et dont les usages font apparaître des formes localement ancrées (par exemple, « zig » pour désigner un individu), et bien que certaines soient issues, au départ, de ressources empruntées à l’arabe (par exemple, « tneket », qui signifie incroyable). Toutes ces occurrences réinvestissent l’imaginaire territorial du Nord. Nous pourrions également citer le groupe Paula Fargue qui met en valeur patois et accent du Nord.

Les réseaux sociaux ou les publicités contribuent à donner de l’importance à certaines formes. Des expressions virales, portées par des influenceurs ou des émissions de téléréalité, pourraient y acquérir une visibilité nationale.

Les formes régionales y trouvent parfois une nouvelle scène, comme ce fut le cas du mot « drache » dans une campagne publicitaire récente d’une marque de cosmétiques. Ces « tiers » médiatiques modifient l’équation : ce qui était perçu comme ringard peut devenir tendance, à condition d’être adoubé par une figure d’autorité culturelle.

Enfin, nous n’oublierons pas le rôle du dictionnaire : « drache » est justement entré dans celui-ci il y a quelques années, avec la marque lexicographique « régionalisme ». En légitimise-t-il l’usage ?

La publicité peut-elle légitimer un régionalisme ?

Quel avenir pour les parlers septentrionaux ?

Les données recueillies révèlent une ambivalence bien connue de la sociolinguistique : attachement affectif d’un côté, distance sociale de l’autre. Les jeunes interrogés n’expriment pas de crainte de voir disparaître le patois et n’en font pas une cause à défendre. En revanche, ils mobilisent certains mots comme des ressources ponctuelles, souvent chargées d’affect.

Le « renouvellement » dont nous pourrions parler ne prend donc pas la forme d’un retour à un parler dialectal homogène. Il réside dans la réinterprétation au sein d’un répertoire où se côtoient arabe dialectal, anglicismes, rromanismes… et héritages locaux.

À l’heure où les langues sont souvent pensées en termes de concurrence ou de remplacement, cette situation invite à une autre lecture : celle d’une cohabitation mouvante, celle de répertoires linguistiques avec styles à activer en fonction de la situation. Quelques mots résistent, certains voyagent et reviennent par le biais du numérique… et l’accent persiste. C’est peut-être ici que se joue l’avenir des parlers régionaux chez les « jeunes » : moins dans la fidélité déclarée que dans les usages rares mais tenaces, et labiles… vivants, en somme.

Nous n’oublierons pas, quoi qu’il en soit, que le picard (comme le flamand occidental dont nous n’avons pas parlé ici) peuvent être enseignés au sein de l’éducation nationale depuis 2022. On peut donc imaginer que cela contribue progressivement à faire disparaître la possible insécurité voire la honte liée à l’accent ou au vocabulaire patoisant. En acquérant davantage de connaissances sur l’histoire et la richesse de ces pratiques linguistiques, les locuteurs pourraient développer davantage l’envie de son recours, ce qui pourrait donner lieu à un nouvel essor des pratiques linguistiques régionales à observer.

The Conversation

Anne Gensane ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Biloute », « tchotte »… : les mots du Nord à l’épreuve des parlers jeunes – https://theconversation.com/biloute-tchotte-les-mots-du-nord-a-lepreuve-des-parlers-jeunes-278870

Greece’s new laws crack down on art fakes and forgeries – an expert in the market for shady art explains why they might backfire

Source: The Conversation – UK – By Anja Shortland, Professor in Political Economy, King’s College London

The art market is riddled with fakes and forgeries. Yet in most countries, those trading in genuine masterpieces are left to their own devices when it comes to monitoring art sales – creating their own ways to flag problematic objects and verify the authenticity of others.

New art laws in Greece, however, suggest the country is taking the business of art legislation more seriously.

In-depth scrutiny can be extremely lucrative for sellers of art. A reputation for selling only the highest-quality art attracts both moneyed collectors and art investors, with competitive bidding driving prices into the stratosphere.

High commissions pay for entire departments of specialists in major auction houses, as well as connoisseurs, academic researchers and companies offering forensic, art historic and legal advice.

Online marketplaces often adopt a radically different approach to selling art: little or no scrutiny, vague claims of authenticity, and a clear norm of “caveat emptor” (buyer beware).

Anyone buying in this market benefits from low prices for attractive objects, but buyers should not expect them to pass scrutiny in terms of authenticity or legitimacy.

Once you start looking closely, the art market turns out to be segmented into several distinct sub-markets, each with its own rules of play that assure a certain minimum quality. Each institutionalised level of due diligence generates greater buyer trust, and justifies a price premium over the lightly monitored cheap and cheerful objects traded as “collectibles” on internet platforms.




Read more:
Selling stolen art is tricky, so why even bother heisting it? An expert explains


The new art laws in Greece suggest the state may be interested in tidying up the unregulated chaos of this market. It has specifically criminalised the creation and intended distribution of fakes and forgeries for the art and collectibles market, and their misrepresentation as higher value objects to potential buyers.

For those convicted, there is a sliding scale of penalties, depending on the volume and value of the intended fraud. Objects deemed fakes or forgeries may be impounded and destroyed.

Forgeries are big business in the mid-market, which deals in artworks priced from a few hundred to tens of thousands of pounds. In 2024, Italian police forces dismantled a trans-European network producing and distributing sophisticated replicas of the works of Banksy, Gustav Klimt, Andy Warhol and Picasso with an estimated market value of €200 million (£174 million).

In 2025, German police seized forged Rembrandt, Frida Kahlo and Picasso paintings intended for sale for millions of Euros. They arrested ten people including an elderly man who provided the seller with fake authentication services.

Rembrandt’s The Sampling Officials of the Amsterdam Drapers’ Guild
Rembrandt’s The Sampling Officials of the Amsterdam Drapers’ Guild (1662) is one of the paintings that was allegedly replicated in Germany.
Wikimedia

Given the depth of knowledge in the art market, the reliance on a single “expert” report in many cases suggests there could be a degree of cooperation between forgers, buyers and the distributors of their works.

The new Greek law names and targets all aspects of this value chain. It allows the police to intervene and seize objects even before a sale has taken place. Intended fraud – for example, advertising a forged painting as a genuine masterpiece – is sufficient to merit an investigation.

It is, though, highly unlikely that the Greek police will proactively search for fakes and forgeries. The expertise to identify fraud is held in the art world, and police will continue to rely on tip-offs from experts.

Forgeries mostly come to the attention of genuine experts when a fraud victim tries to resell or donate an artwork to a museum – usually many years after acquiring it. For the scammed collector, the best way forward is to return the object to the seller for a refund. As they have a reputation to protect, dealers are often surprisingly amenable to hushing up the problem.

However, the art world is a close and gossipy community, so information of several suspicious objects from the same source spreads. The re-examination of other artworks connected to that seller sometimes turns up more problems. If the seller is unresponsive to peer pressure, a consensus may emerge that they should be put out of business. It is often only at this point that the police are approached.

The new laws in Greece establish a sound basis for the trial and conviction of egregious fraudsters. They have already been used against the business of a well-known art dealer in Athens, whose stock is alleged to have included hundreds of fakes and forgeries. The dealer now faces charges on multiple offences – including embezzlement, fraud and money laundering, all of which are denied.

The sliding scale of penalties – including lengthy prison terms and significant fines – will probably change the behaviour of dealers and auctioneers who may have laughed off previous sanctions, tempted by excellent profit margins.

In Greece, at least, it is now less attractive to sell fishy objects, and riskier to do so repeatedly. The threat of destroying identified forgeries may backfire, however.

While withdrawing forgeries from circulation protects subsequent buyers, it can also make it less likely that owners choose to investigate or report issues of authenticity. So, the positive short-term effects of this well-intended package of laws may eventually turn negative, as it discourages information about fraud to come to light.

The Conversation

Anja Shortland does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Greece’s new laws crack down on art fakes and forgeries – an expert in the market for shady art explains why they might backfire – https://theconversation.com/greeces-new-laws-crack-down-on-art-fakes-and-forgeries-an-expert-in-the-market-for-shady-art-explains-why-they-might-backfire-280386

US ceasefire with Iran: What’s next? A former diplomat explains 3 possible scenarios

Source: The Conversation – USA – By Donald Heflin, Executive Director of the Edward R. Murrow Center and Senior Fellow of Diplomatic Practice, The Fletcher School, Tufts University

Iranians hold national flags in Tehran’s Revolution Square on April 8, 2026, after the United States and Iran agreed to a two-week ceasefire. Atta Kenare/AFP via Getty Images

President Donald Trump on April 7, 2026, announced a ceasefire between the United States and Iran, after more than a month of war marked by U.S. and Israeli strikes against Iranian military leadership, Iranian retaliation against regional oil infrastructure and a global energy crisis.

As a former U.S. diplomat, I have found there are three ways that warring parties arrive at a ceasefire.

The first scenario happens when one party tires of war and asks for peace, as Hamas, the militant Palestinian organization, did when it pushed for a ceasefire with Israel in late 2023 and early 2024. But this strategy reveals weakness to the other side and thus seldom works. Israel ignored Hamas and continued the war in Gaza until October 2025.

Warring nations also reach ceasefires when a powerful third country insists the two parties stop fighting due to risks to world peace and regional stability. In the modern era, the U.S. has done this several times in the Mideast when it has leveraged influence over key players, such as Israel and Egypt. But with the Iran war, there is no country in a good position to do this.

The current U.S.-Iran ceasefire is a good example of the third way that agreements to stop fighting can happen. Both countries were tired of the costs and the ongoing risks of the war, and they sent signals to that effect.

Pakistan, which deserves praise for stepping in, picked up on this and offered to serve as an intermediary. For at least two weeks, assuming the ceasefire holds, the U.S., Iran and Israel can lick their wounds and consider their next moves, as they work out whether the conflict between Israel and Hezbollah is covered by the ceasefire.

US and Israel’s war with Iran

Why were the United States and Iran ready for a ceasefire?

For the U.S. and Israel, the war didn’t go as planned. There was no true regime change in Iran and no uprising of its people.

Iran closed the Strait of Hormuz, a key maritime channel between the Persian Gulf and the Gulf of Oman, and maintained its ability to shoot down warplanes and attack its neighbors, including Israel, Saudi Arabia, the United Arab Emirates and Kuwait.

For Iran, the war has cost the lives of thousands of its citizens and dozens of its leaders. It has also ruined key infrastructure, and it had the potential to get much worse.

A large ship passes through a strait.
A vessel passes through the Strait of Hormuz following the announcement of a two-week ceasefire between the United States and Iran.
Shady Alassar/Anadolu via Getty Images

Key ceasefire demands

That’s how we got here. Now, where could the war go next?

One possibility is that the ceasefire lasts only two weeks, is shaky throughout – as seen with Israel’s bombing of Lebanon after the ceasefire was declared – and war resumes.

The world already knows what that looks like, with its impact on the global economy and the soaring financial costs to the U.S. military.

Another scenario is that the ceasefire is extended, either clearly or just de facto, with zero to minimal U.S. attacks or Iranian missile or drone launches. This is quite possible.

The third and best outcome would be if the two parties are able to use these two weeks, plus some extensions, to hammer out the key points of a peace deal.

What could this involve?

The two key U.S.-Israel demands are that Iran give up its nuclear weapons development and stop backing Hamas and Hezbollah, the Shiite militia with extensive influence in Lebanon.

At this point, I believe the Iranians should realize that nuclear weapons are not their best deterrence, and that their attempts to obtain them have led only to their isolation. Their true deterrence is their ability to close the Strait of Hormuz and choke off 20% of the world’s energy supply. For that, they need only drones and small speed boats.

Iran’s support of Hezbollah, which has contributed to the ruin of a once prosperous and democratic Lebanon since it launched military operations inside the country in 1982, is a liability to them as well.

Smoke rises from a city center.
Smoke billows from Beirut’s southern suburb, a stronghold of pro-Iranian Hezbollah, after a wave of airstrikes by Israel on April 8, 2026.
Marwan Naamani/picture alliance via Getty Images

Iran’s missile attacks during this war have made it clear that they would be able to deliver nuclear weapons if they had them. And their drone and missile strikes on their Muslim neighbors, including Qatar and Saudi Arabia, are only creating new enemies.

But what would the Iranians want in return?

First and foremost, an end to attacks by other countries attempting to topple their regime. Second, and just as important, a permanent lifting of sanctions so long as they end their support for terrorist groups and surrender their uranium. Unfortunately, such an agreement would do nothing for pro-human rights groups in Iran.

A lack of trust

All parties would need to be committed to working out the many details for a ceasefire to last. Pakistan would need to stay the course as an honest broker and not get discouraged. The governments involved would need to be able to persuade their people that such a deal is acceptable.

Sound impossible? It’s been done many times in history. Think of how intractable the conflicts in Northern Ireland or between Israel and Egypt once seemed. The key element is for both sides to fear a resumption of war more than they do the consequences of a compromise peace.

A major problem is the lack of trust on both sides. The U.S. has seen Iran go back on promises before. Israel was traumatized by Hamas attacks in 2023. And Iran can’t keep up with Trump’s constantly changing signals and his bombing Iran while negotiating with the government there.

But if the ceasefire holds and negotiations are successful, the world could see an Iran that, at least, is no longer a menace to its neighbors. And Iran would see itself being readmitted to the world economy, which it desperately needs.

If it doesn’t work, and we go back to how things were before the ceasefire, we’ll be back to the U.S. and Israel raining down hard-to-replace munitions on Iran, and Iran lashing out with drones and missile attacks against a dozen countries, with the world economy taking a beating.

The Conversation

Donald Heflin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. US ceasefire with Iran: What’s next? A former diplomat explains 3 possible scenarios – https://theconversation.com/us-ceasefire-with-iran-whats-next-a-former-diplomat-explains-3-possible-scenarios-280232

As Nasa’s Artemis II Moon mission ends, a new adventure for humanity beckons

Source: The Conversation – UK – By Ed Macaulay, Lecturer in Physics and Data Science, Queen Mary University of London

The Artemis II mission to the Moon is a voyage unlike any other in more than half a century. As the first crewed lunar flight since 1972, Artemis II marks the beginning of a new chapter in our relationship with the Moon.

Nasa’s goal is to establish a sustained human presence on the Moon. As the Artemis II ten-day journey concludes, it will be remembered as a profound moment in the history of human spaceflight. Stunning photos and video downlinked to Earth have provided a human perspective on this historic encounter with our celestial neighbour. The experience has rekindled the optimistic spirit of the Apollo era for a new generation.

The mission did not orbit the Moon. Instead, the Orion spacecraft carried the astronauts on a gravity guided loop around Earth’s natural satellite. During their flight, the crew – Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch and Jeremy Hansen – travelled further into space than any previous human mission.

They reached a maximum distance of 252,756 miles from Earth, exceeding a distance record set by Apollo 13. Afterwards, mission specialist Jeremy Hansen challenged the next generation of explorers “to make sure this record is not long-lived”.

Nasa’s Artemis II mission launches from Kennedy Space Center (C-Span).

This challenge underscores the current focus of human space exploration. After decades sending its astronauts to low Earth orbit, the US space agency is looking outward again, not just to the Moon, but also Mars.

The mission began with a textbook launch of the Orion spacecraft on the Space Launch System (SLS) rocket from Kennedy Space Center in Florida. After a day in Earth orbit, Orion’s main engine performed a nearly six minute burn, known as the translunar injection (TLI), to send the capsule on its lunar trajectory.

As Orion headed to the Moon, commander Reid Wiseman captured a stunning view of our home planet. The beautiful image, dubbed Hello, World, shows Earth at night, illuminated only by reflected sunlight from the Moon.

Hello, World: Reid Wiseman captured this night-time picture of Earth on April 2, after Orion completed its translunar injection burn.
Nasa / Reid Wiseman

The mesmerising green light of auroras at the poles and the arc of zodiacal light (a faint glow of sunlight scattered by interplanetary dust) highlighted how thin Earth’s atmosphere is.

The image immediately drew comparisons with the iconic Blue Marble photograph taken during the Apollo 17 lunar mission in 1972; the last time humans viewed the entirety of Earth with their own eyes.

Lunar flyby

On the morning of April 6, as the lunar flyby approached, mission control played the crew a special message from astronaut Jim Lovell, recorded before his death in 2025. Lovell is a link to Nasa’s trailblazing past, having flown on both the Apollo 8 mission, the first to reach the Moon, and Apollo 13.

“Welcome to my old neighborhood!” Lovell said. “When Frank Borman, Bill Anders, and I (flew) on Apollo 8, we got humanity’s first up-close look at the Moon… I’m proud to pass that torch on to you.”

His words must have inspired the four astronauts as they began scientific observations of 30 key sites on the lunar surface. These included impact craters and volcanic features on the Moon’s near side and its far side – the face pointed away from the Earth.

The astronauts found the time to name a crater after Reid Wiseman’s wife Carroll, who died of cancer in 2020. In a touching moment, Jeremy Hansen was overwhelmed with emotion as he informed mission control of their suggestion.

Artemis II crew names a lunar crater after commander’s late wife (Video from Space).

Discovering Earth

As Orion travelled behind the Moon, the crew witnessed the blue crescent of Earth setting below the lunar horizon. A photograph, named Earthset, has already become a classic space image. It recalls the legendary Earthrise photograph taken by astronaut Bill Anders during Apollo 8 in 1968.

Earthrise was a defining picture of the Apollo era – credited with inspiring the environmental movement in the 1970s. As Bill Anders commented: “We came all this way to explore the Moon, and the most important thing is that we discovered the Earth.”

Earthset
This view of Earth setting was captured from Orion on April 6 2026, as the Orion spacecraft flew around the Moon.
Nasa

Anders may have been one of the first astronauts to articulate the “overview effect”. This affects some astronauts while viewing Earth from space. They describe being awestruck by our planet’s beauty and fragility. An enhanced sense of connection to humanity is often reported, as well as a profound feeling of responsibility for the environment.

After Orion emerged from behind the Moon, the crew was treated to a spectacular hour-long solar eclipse. As a mostly darkened Moon blocked out our parent star, the astronauts photographed the Sun’s faint atmosphere, the corona, which was made visible by the eclipse.

They also witnessed flashes of light from meteoroids (small space rocks) impacting the Moon – to the visible delight of scientists at mission control in Houston. Researchers want to understand the dynamics of these impact events, as well as the risk they could pose to future missions.

Eclipse
The Moon is seen here backlit by the Sun during a solar eclipse on April 6, 2026. The Orion spacecraft can be seen in the foreground, on the left.
Nasa

In his message, Lovell had reminded the astronauts to enjoy the view during their busy flyby. The astronauts later described the strong emotions they felt. Christina Koch said: “I just had an overwhelming sense of being moved by looking at the Moon. It lasted just a second or two… but something just threw me in suddenly to the lunar landscape and it became real.”

Victor Glover added: “I went straight where Christina went, and I was walking around down there on the surface, climbing and off-roading on that amazing terrain.”

Artemis II has shared the astronauts’ sense of wonder with people around the world. Those who have followed the mission will be left with a new appreciation of humankind’s place in the cosmos. The incredible images and human moments offered an unprecedented window into a voyage of pure exploration.

Earlier this year, Nasa’s administrator Jared Isaacman announced a bold new vision for the agency’s Artemis lunar programme, including an increased launch frequency for the SLS rocket and concrete plans for a permanent Moon base.

That vision of the future is off to an extraordinary start. For humanity, a new adventure is just beginning.

The Conversation

Ed Macaulay does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. As Nasa’s Artemis II Moon mission ends, a new adventure for humanity beckons – https://theconversation.com/as-nasas-artemis-ii-moon-mission-ends-a-new-adventure-for-humanity-beckons-280238