Face aux risques d’une innovation ouverte non maîtrisée, les solutions mises en place par Decathlon

Source: The Conversation – in French – By Justin GOMIS, Attaché Temporaire d’enseignement et de Recherche (NIMEC), Université de Rouen Normandie

« Innovation ouverte », « cocréation »… ne sont pas que des mots à la mode. Ils renvoient à de nouvelles pratiques d’innovation, associant de multiples acteurs, là où avant la R&D était toute-puissante. Si ouvrir le processus d’innovation n’est pas sans danger, des moyens existent pour les limiter. L’exemple de Decathlon en est une illustration.


Concevoir de nouveaux produits est une activité risquée et de plus en plus coûteuse, dans un contexte d’intense concurrence. Pour surmonter ces défis, impliquer les clients durant tout le processus d’innovation, en faisant d’eux des acteurs à part entière, afin de créer de la valeur mutuelle, constitue une voie à étudier. Cela passe par l’utilisation des plateformes numériques qui ont aussi, depuis quelque temps, contribué à la démocratisation des pratiques d’innovation ouverte.

La réalité économique récente a mis en évidence le succès de ces nouveaux modes d’innovation.

Ces pratiques impliquent la réunion de multiples intervenants, comme des industriels, des usagers et des clients, ou encore des collectifs de citoyens, des associations, et, dans certains cas, les représentants des pouvoirs publics…

Une rapide adoption

Les pratiques d’innovation ouverte et de cocréation de valeur ont connu un succès et une adoption rapide, de la part des managers de l’innovation, par définition, mais aussi dans les domaines du marketing, de l’ingénierie, de la technologie, de la santé…

Si ces pratiques ont rencontré un certain succès chez les consommateurs, c’est qu’elles faisaient écho à des changements plus profonds les concernant. En effet, la mondialisation de l’économie, les préoccupations environnementales croissantes et le développement d’une société du savoir élèvent le niveau d’exigence et les attentes des consommateurs. Désormais mieux informés et interconnectés, ils ne se contentent plus de recevoir passivement des produits et services.




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Des réussites, mais aussi des échecs

Une part croissante des clients actuels ou futurs d’une marque désire activement participer à la conception des produits et à la création de valeur. Par exemple, des entreprises telles que Pepsi, Starbucks, Dell, Lego et Adidas ont mis en œuvre le processus de cocréation de valeur pour innover avec leurs clients, en intégrant mutuellement leurs ressources. En France, tous secteurs confondus, plusieurs grandes entreprises se sont, elles aussi, adonnées aux pratiques d’innovation ouverte et de cocréation de valeur depuis plus d’une décennie : Michelin, EDF, la Société générale, la SNCF, Bouygues et Decathlon, par exemple.

Cependant, cela n’est pas sans risque pour les entreprises. Si certaines plateformes obtiennent un succès notable dans la génération continue d’innovations – comme InnoCentive.com, Eÿeka, Storm ID, Lego Ideas –, d’autres – telles que MyStarbucksIdea ou Dell IdeaStorm – échouent ou subissent un exode de participants.

Ces échecs peuvent être attribués à trois facteurs :

Un processus « win-win »

Pour Decathlon, ces risques sont susceptibles de constituer un frein à l’innovation. Certains chefs de projet les associent à un manque de considération, de reconnaissance et à une mauvaise connaissance des utilisateurs. D’autres les associent à des difficultés d’animation de la communauté en ligne, ou bien à des problèmes de comportement venant du public, dont les risques d’abus. Et d’autres encore l’associent à un problème de gestion de réintégration des contributions diverses.

Face à toutes ces menaces, des entreprises comme Decathlon mettent en place des mécanismes de cocréation de valeur pour limiter ces risques et pour garantir malgré tout un processus d’innovation « win-win » («gagnant-gagnant ») avec les utilisateurs.

La cocréation de valeur est une initiative conjointe à travers laquelle l’entreprise, les fournisseurs et les clients créent de la valeur ensemble.

Chez Decathlon, d’autres partenaires externes peuvent y contribuer, comme des cabinets de conseil, des institutions de recherches… Cette diversité d’acteurs est un véritable atout pour la marque.

« L’utilisation des médias sociaux pour l’innovation ouverte », Fnege Médias, Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises, 2025.

L’intérêt de la démarche va au-delà de la création de solutions techniques originales, comme en témoigne un chef de produit interrogé dans le cadre de nos recherches :

« On peut aussi avoir une phase dans le dessin, où on va demander aux utilisateurs de nous dessiner, de nous faire un croquis de leurs idées pour vraiment favoriser l’émergence de solution technique. »

Des outils originaux pour limiter les risques

Cependant, cela n’est pas sans risque pour l’entreprise, car elle déploie beaucoup de moyens pour organiser toutes ces activités, telles que :

  • des cafés sport (travailler avec les utilisateurs à l’élaboration de nouveaux prototypes dans un cadre informel dans les campings ou lors des compétitions sportives),

  • des tables rondes en physique (discuter à bâtons rompus de manière horizontale avec les clients dans les locaux de la marque),

  • ou encore des tests sur le terrain ou à domicile (avec un envoi des produits à tester par la Poste au domicile des testeurs).

Par exemple, lors d’un test produit, une ingénieure essai terrain nous a confié ceci :

« Les risques, ce sont les conditions météo, la non-présence des testeurs, etc. Tu vois, par exemple, les annulations, moi je trouve ça moralement un peu déplacé, dans le sens où OK, on fait signer dans certains cas des contrats d’intérim, donc cela devrait être comme des mini contrats de travail. Mais les gens se disent : “Ah, c’est Decathlon, ah, ce n’est qu’un test produit, bon, bah ce n’est pas grave si je ne viens pas ou si je ne préviens qu’au dernier moment.” Tu vois ? Alors qu’on a déployé des moyens pour déplacer les équipes jusqu’à Strasbourg, par exemple, payer les nuits d’hôtel, les transporter, le matériel… »

Ces propos mettent en évidence plusieurs risques opérationnels et organisationnels liés à l’innovation ouverte ou à la cocréation de valeur. Plusieurs autres défis et risques ont été évoqués dans la littérature en sciences de gestion : les abus de la part des utilisateurs ; le fait que les utilisateurs transforment la plateforme d’innovation en un espace de contestation ou de règlement de compte ; ou encore le sentiment d’être exploité. Le tableau ci-dessous résume les principaux risques potentiels et réels liés à l’intégration des clients dans la conception des nouveaux produits chez Decathlon.

À côté de ces multiples défis et problèmes, l’entreprise a mis en place des stratégies d’animation qui permettent de « limiter les dégâts » :

The Conversation

Justin GOMIS ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Face aux risques d’une innovation ouverte non maîtrisée, les solutions mises en place par Decathlon – https://theconversation.com/face-aux-risques-dune-innovation-ouverte-non-maitrisee-les-solutions-mises-en-place-par-decathlon-251380

In a world first, The Hague wants to arrest Taliban leaders over their treatment of women – what happens next?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Yvonne Breitwieser-Faria, Lecturer in Criminal Law and International Law, Curtin University

Earlier this month, the International Criminal Court (ICC) issued arrest warrants against the Taliban leadership in Afghanistan.

The court’s Pre-Trial Chamber II cited reasonable grounds for believing supreme leader Haibatullah Akhundzada and chief justice Abdul Hakim Haqqani were guilty of “ordering, inducing or soliciting the crime against humanity of persecution on gender grounds.”

The warrants – the first ever on charges of gender persecution – are being hailed as an “important vindication and acknowledgement of the rights of Afghan women and girls”.

But will they improve the plight of women and girls in Afghanistan, given the Taliban does not recognise the court or its jurisdiction?

The signs are not good with the Taliban denying the allegations and condemning the warrants as a “clear act of hostility [and an] insult to the beliefs of Muslims around the world”.

Erased from public life

Strict rules and prohibitions have been imposed on the Afghan people since the Taliban returned to power in August 2021.

Women and girls have been singled out for even worse treatment by reason of their gender.

According the warrants, the Taliban has

severely deprived, through decrees and edicts, girls and women of the rights to education, privacy and family life and the freedoms of movement, expression, thought, conscience and religion.

Women are banned from public places and girls from attending school once they turn 12.

Zahra Nader is the editor-in-chief of newsroom Zan Times which investigates human rights violations in Afghanistan. She says Afghan women and girls are being silenced, restricted and stripped of their basic human rights.

It is this discriminatory system of control of woman and girls in Afghanistan that is at the core of the court’s prosecution.

The warrants also accuse the Taliban of persecuting

other persons who don’t conform with the Taliban’s ideological expectations of gender, gender identity or expression; and on political grounds against persons perceived as ‘allies of girls and women.

This is the first time an international tribunal or court has confirmed crimes against humanity involving LGBTQIA+ victims. This marks an important milestone in the protection of sexual minorities under international law.

Crimes against humanity

International law clearly spells put the offences which constitute crimes against humanity.

The aim is to protect civilians from serious and widespread attacks on their fundamental rights. Different definitions of crimes against humanity have been included in the statutes of a handful of international tribunals and courts.

The definition under the Rome Statute of the International Criminal Court is the most comprehensive. It includes severe deprivation of personal liberty, murder, enslavement, rape, torture, forced deportation or apartheid.

Specifically, the Taliban leaders are accused under Article 7(1)(h) of the Rome Statute, which states:

Persecution against any identifiable group or collectivity on political, racial, national, ethnic, cultural, religious, gender […] or other grounds that are universally recognised as impermissible under international law.

Physical and direct violence is not necessary for persecution on “gender […] grounds” to be established. Systemic and institutionalised forms of harm, which can be the imposition of discriminatory societal norms, are sufficient.

Women and girls are often disproportionately affected by Taliban policies and rules. But proving gender-based crimes have occurred is not enough. Discriminatory intent must also be established.

The Taliban has been open about its religious beliefs and interpretations, suggesting a clear intention to persecute on the grounds of gender.

Not just symbolic

As with other cases, the court relies on the cooperation of states to execute and surrender those accused.

The interim government in Kabul which was formed after the US-led invasion in 2001 became a party to the Rome Statute in 2003. Afghanistan remains legally obligated to prosecute perpetrators of these crimes – it must accept the Court’s jurisdiction in the matter.

The Purple Saturdays Movement, an Afghan women-led protest group, is warning the arrest warrants must be more than just symbolic. Any failure to prosecute would likely result in an escalation of human rights violations:

The Taliban has historically responded to international pressure not with reform, but by intensifying such repressive policies.

Hopeful step

It is important to note the strict policies and widespread abuses targeting women and girls in Afghanistan are ongoing, despite the intervention by the International Criminal Court.

The court’s Office of the Prosecutor is stressing its commitment to pursuing “effective legal pathways” to bring the Taliban leadership to account. The Afghan Women’s Movement in Exile wants an independent international judicial committee established to monitor and accelerate the legal process.

It is not yet clear if the warrants will actually lead to arrest and prosecution in The Hague. But we know this is possible. A prime example being the the arrest earlier this year of former Philippines President Rodrigo Duterte.

At the very least, the arrests warrants are a hopeful step towards accountability for the Taliban and justice for the women and girls of Afghanistan.

The Conversation

Yvonne Breitwieser-Faria does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. In a world first, The Hague wants to arrest Taliban leaders over their treatment of women – what happens next? – https://theconversation.com/in-a-world-first-the-hague-wants-to-arrest-taliban-leaders-over-their-treatment-of-women-what-happens-next-261008

How the world’s nuclear watchdog monitors facilities around the world – and what it means that Iran kicked it out

Source: The Conversation – USA – By Anna Erickson, Professor of Nuclear and Radiological Engineering, Georgia Institute of Technology

This travel case holds a toolkit containing equipment for inspecting nuclear facilities. Dean Calma/IAEA, CC BY

What happens when a country seeks to develop a peaceful nuclear energy program? Every peaceful program starts with a promise not to build a nuclear weapon. Then, the global community verifies that stated intent via the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons.

Once a country signs the treaty, the world’s nuclear watchdog, the International Atomic Energy Agency, provides continuous and technical proof that the country’s nuclear program is peaceful.

The IAEA ensures that countries operate their programs within the limits of nonproliferation agreements: low enrichment and no reactor misuse. Part of the agreement allows the IAEA to inspect nuclear-related sites, including unannounced surprise visits.

These are not just log reviews. Inspectors know what should and should not be there. When the IAEA is not on site, cameras, tamper-revealing seals on equipment and real-time radiation monitors are working full-time to gather or verify inside information about the program’s activities.

Safeguards toolkit

The IAEA safeguards toolkit is designed to detect proliferation activities early. Much of the work is fairly technical. The safeguards toolkit combines physical surveillance, material tracking, data analytics and scientific sampling. Inspectors are chemists, physicists and nuclear engineers. They count spent fuel rods in a cooling pond. They check tamper seals on centrifuges. Often, the inspectors walk miles through hallways and corridors carrying heavy equipment.

That’s how the world learned in April 2021 about Iran pushing uranium enrichment from reactor-fuel-grade to near-weapons-grade levels. IAEA inspectors were able to verify that Iran was feeding uranium into a series of centrifuges designed to enrich the uranium from 5%, used for energy programs, to 60%, which is a step toward the 90% level used in nuclear weapons.

Around the facilities, whether for uranium enrichment or plutonium processing, closed-circuit surveillance cameras monitor for undeclared materials or post-work activities. Seals around the facilities provide evidence that uranium gas cylinders have not been tampered with or that centrifuges operate at the declared levels. Beyond seals, online enrichment monitors allow inspectors to look inside of centrifuges for any changes in the declared enrichment process.

Seals verify whether nuclear equipment or materials have been used between onsite inspections.

When the inspectors are on-site, they collect environmental swipes: samples of nuclear materials on surfaces, in dust or in the air. These can reveal if uranium has been enriched to levels beyond those allowed by the agreement. Or if plutonium, which is not used in nuclear power plants, is being produced in a reactor. Swipes are precise. They can identify enrichment levels from a particle smaller than a speck of dust. But they take time, days or weeks. Inspectors analyze the samples at the IAEA’s laboratories using sophisticated equipment called mass spectrometers.

In addition to physical samples, IAEA inspectors look at the logs of material inventories. They look for diversion of uranium or plutonium from normal process lines, just like accountants trace the flow of finances, except that their verification is supported by the ever-watching online monitors and radiation sensors. They also count items of interest and weigh them for additional verification of the logs.

Beyond accounting for materials, IAEA inspectors verify that the facility matches the declared design. For example, if a country is expanding centrifuge halls to increase its enrichment capabilities, that’s a red flag. Changes to the layout of material processing laboratories near nuclear reactors could be a sign that the program is preparing to produce unauthorized plutonium.

Losing access

Iran announced on June 28, 2025, that it has ended its cooperation with the IAEA. It removed the monitoring devices, including surveillance cameras, from centrifuge halls. This move followed the news by the IAEA that Iran’s enrichment activities are well outside of allowed levels. Iran now operates sophisticated uranium centrifuges, like models IR-6 and IR-9.

Removing IAEA access means that the international community loses insight into how quickly Iran’s program can accumulate weapon-grade uranium, or how much it has produced. Also lost is information about whether the facility is undergoing changes for proliferation purposes. These processes are difficult to detect with external surveillance, like satellites, alone.

a satellite view of a complex of buidlings on a desert landscape
A satellite view of Iran’s Arak Nuclear Complex, which has a reactor capable of producing plutonium.
Satellite image (c) 2025 Maxar Technologies via Getty Images

An alternative to the uranium enrichment path for producing nuclear weapons material is plutonium. Plutonium can’t be mined, it has to be produced in a nuclear reactor. Iran built a reactor capable of producing plutonium, the IR-40 Heavy Water Research Reactor at the Arak Nuclear Complex.

Iran modified the Arak reactor under the now-defunct Joint Comprehensive Plan of Action to make plutonium production less likely. During the June 2025 missile attacks, Israel targeted Arak’s facilities with the aim of eliminating the possibility of plutonium production.

With IAEA access suspended, it won’t be possible to see what happens inside the facility. Can the reactor be used for plutonium production? Although a lengthier process than the uranium enrichment path, plutonium provides a parallel path to uranium enrichment for developing nuclear weapons.

Continuity of knowledge

North Korea expelled IAEA inspectors in 2009. Within a few years, they restarted activities related to uranium enrichment and plutonium production in the Yongbyon reactor. The international community’s information about North Korea’s weapons program now relies solely on external methods: satellite images, radioactive particles like xenon – airborne fingerprints of nuclear activities – and seismic data.

What is lost is the continuity of the knowledge, a chain of verification over time. Once the seals are broken or cameras are removed, that chain is lost, and so is confidence about what is happening at the facilities.

When it comes to IAEA inspections, there is no single tool that paints the whole picture. Surveillance plus sampling plus accounting provide validation and confidence. Losing even one weakens the system in the long term.

The existing safeguards regime is meant to detect violations. The countries that sign the nonproliferation treaty know that they are always watched, and that plays a deterrence role. The inspectors can’t just resume the verification activities after some time if access is lost. Future access won’t necessarily enable inspectors to clarify what happened during the gap.

The Conversation

Anna Erickson receives funding from DOE National Nuclear Security Administration.

– ref. How the world’s nuclear watchdog monitors facilities around the world – and what it means that Iran kicked it out – https://theconversation.com/how-the-worlds-nuclear-watchdog-monitors-facilities-around-the-world-and-what-it-means-that-iran-kicked-it-out-260689

The first video of Earth’s surface lurching sideways in an earthquake offers new insights into this force of nature

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Jesse Kearse, Postdoctoral Researcher, Geophysics, Kyoto University

Sai Aung MAIN/AFP via Getty Images

During the devastating magnitude 7.7 Myanmar earthquake on March 28 this year, a CCTV camera captured the moment the plate boundary moved, providing the first direct visual evidence of plate tectonics in action.

Tectonic plate boundaries are where chunks of Earth’s crust slide past each other – not smoothly, but in sudden, violent ruptures.

The footage shows Earth’s surface lurching sideways, like a gigantic conveyor belt switched on for just a second, as the fault slips.

What we’re seeing is the propagation of a large earthquake rupture – the primary mechanism that accommodates plate boundary motion at Earth’s surface. These shear fractures travel at several kilometres per second, making them notoriously difficult to observe.

This video explains the moment Myanmar’s Sagaing Fault ruptured in a large earthquake, allowing the tectonic plate boundary to shift. Research: https://doi.org/10.1785/0320250024.

These rare events, separated by centuries, have shaped our planet’s surface over millions of years, creating features such as Aotearoa New Zealand’s Alpine Fault and the Southern Alps.

Until now, seismologists have relied on distant seismic instruments to infer how faults rupture during large earthquakes. This video sheds new light on the process that radiates seismic energy and causes the ground to shake.

Analysis of the video

In our new study, we analysed the video frame by frame. We used a technique called pixel cross-correlation to reveal that the fault slipped 2.5 metres sideways over a duration of just 1.3 seconds, with a maximum speed of 3.2 metres per second.

The total sideways movement in this earthquake is typical of strike-slip fault ruptures, which move the land sideways (in contrast to faults that move land up and down).

But the short duration is a major discovery.

The timing of when a fault starts and stops slipping is especially difficult to measure from distant recordings, because the seismic signal becomes smeared as it travels through Earth.

In this case, the short duration of motion reveals a pulse-like rupture – a concentrated burst of slip that propagates along the fault like a ripple travels down a rug when it’s flicked from one end.

Capturing this kind of detail is fundamental to understanding how earthquakes work, and it helps us better anticipate the ground shaking likely to occur in future large events.

Validation of the ‘slickenline’ hypothesis

Our analysis also revealed something more subtle about the way the fault moved.

We found the slip didn’t follow a straight path. Instead it curved. This subtle curvature mirrors patterns we’ve observed previously at fault outcrops.

Called “slickenlines”, these geological scratch marks on the fault record the direction of slip.

Our work shows the slickenlines we see on outcrops are curved in a manner similar to the curvature seen in the CCTV footage. Based on our video analysis, we can be certain that curved slip occurs, giving credence to our interpretations based on geological observations.

In our earlier research, we used computer models to show that curved slickenlines could emerge naturally when an earthquake propagates in a particular direction. The Myanmar rupture, which is known to have travelled north to south, matches the direction predicted by our models.

This alignment is important. It gives us confidence in using geological evidence to determine the rupture direction of past earthquakes, such as the curved slickenlines left behind after the New Zealand Alpine Fault’s 1717 earthquake.

This first glimpse of a fault in motion shows the potential for video to become a powerful new tool in seismology. With more strategic deployments, future earthquakes could be documented with similar detail, offering further insight into the dynamics of fault rupture, potentially revolutionising our understanding of earthquake physics.

The Conversation

Jesse Kearse receives funding from Royal Society Te Apārangi Marsden Fund.

– ref. The first video of Earth’s surface lurching sideways in an earthquake offers new insights into this force of nature – https://theconversation.com/the-first-video-of-earths-surface-lurching-sideways-in-an-earthquake-offers-new-insights-into-this-force-of-nature-261004

Is spinal cord stimulation safe? Does it work? Here’s what you need to know if you have back pain

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Caitlin Jones, Postdoctoral Research Associate in Musculoskeletal Health, University of Sydney

AsiaVision/Getty

Spinal cord stimulators are electrical devices that are surgically implanted in the body to treat long-term pain. They have a battery pack and leads that deliver electrical impulses directly to the spinal cord. The devices are thought to work by providing electrical impulses that interfere with how the brain senses pain.

Spinal cord stimulators are mainly used to treat chronic back pain, especially when other less invasive treatments have not worked. They also aim to reduce people’s reliance on risky pain medicines. These include opioids, which research shows are ineffective and harmful for low-back pain.

But research, including our own, shows spinal cord stimulators work no better than a placebo. And they can also carry risks.

Do they work?

In a 2023 Cochrane review, researchers reviewed data from 13 randomised controlled trials on low-back pain and found no benefits in the short and medium term. These international reviews draw together the most robust evidence to provide a detailed summary of what we know on a particular topic.

Only one of the trials in the review tested efficacy in the longer term (six months). That trial found no benefits of spinal cord stimulation.

An earlier Cochrane review looked at the evidence of spinal cord stimulation for chronic pain in general, including for neck pain. Reviewers looked at 15 randomised controlled trials and couldn’t be certain about its benefits, largely due to the quality and reliability of the available trials.

Are there side effects?

Aside from disappointing results for pain relief, there are risks and side effects to consider.

We co-authored an analysis of 520 adverse events reported to Australia’s Therapeutic Goods Administration (TGA). We found 79% of reported events were rated as severe, with 13% life-threatening. The same research found 80% of events required surgery to correct.

Our recent analysis in the Medical Journal of Australia looked at data from private health insurers. These cover 90% of spinal cord stimulation implants in Australia. Five major insurers, which covered 76% of privately insured people, contributed de-identified data.

We found about one-quarter of people who had a spinal cord stimulator implanted needed corrective surgery afterwards. These surgeries occurred within a median of about 17 months. This indicates these surgeries are not routine or expected interventions, such as to replace batteries, which are meant to last five to ten years.

Our previous research shows the sorts of reasons for corrective surgery. These include to replace a malfunctioning device, or the person was in more pain, had an infection, or a puncture of the delicate tissues covering the spinal cord.

However, even our latest findings are likely to underestimate the risk of these devices.

Sometimes the lead delivering the electrical current moves away from the spinal cord to elsewhere in the body. This requires surgery to reposition the lead, but does not necessarily require new hardware, such as a brand new lead. So this type of corrective surgery is not counted in the data from the private health insurance companies.

How much does it cost?

We found spinal cord stimulators cost about A$55,000 per patient, including the device, its insertion, and managing any associated additional surgeries.

For people who only had a “trial” – where the leads are implanted temporarily but the battery pack remains outside the body – this cost was about $14,000 per patient.

These figures do not include any out-of-pocket costs.

What do regulators say about the devices?

In 2022 the TGA began a review of spinal cord stimulators on the market because of safety and performance concerns.

As a result, several devices were removed from the Australian Register of Therapeutic Goods – that is, they were banned from use in Australia, but existing stock could still be used.

The rest of the devices had conditions imposed, such as the manufacturers being required to collect and report safety data to the TGA at regular time points.

Should I do my own online research?

Yes, but be careful. Unfortunately not all online information about spinal cord stimulators is correct.

Look for sites independent of those who manufacture or implant these devices.

Government agencies, health departments and universities that have no financial interests in this area may be a better option.

The Cochrane Library is also a reliable and independent source for trustworthy health information.

What shall I ask my doctor?

The Australian health department provides useful advice for consumers about medical implants.

It says medical implants “are considered higher-risk therapeutic goods, and the decision to get one should not be taken lightly”. It recommends asking your health professional these questions:

  • do I really need this medical implant?

  • what are the risks/benefits?

  • is the medical implant approved?

  • where can I get more information?

  • what happens if I experience an adverse event?

What else could I do for my back pain?

There are other treatment options that are effective and have fewer risks than spinal cord stimulation.

For example, education about how to manage your pain yourself, exercise, cognitive behavioural therapy (a type of psychological therapy), and non-steroidal anti-inflammatory medicines (such as ibuprofen) all have solid evidence to back them. All offer benefits that are not outweighed by their potential risks.

Australian research has shown other types of therapy – such as sensorimotor retraining and cognitive functional therapy – are also effective. You can discuss these and other options with your health professional.

Spinal cord stimulation is a good example of a treatment that got ahead of the evidence. Although the devices have been around since the 1960s, we’ve only had reliable trials to test whether they work in recent years.

Everyone wants to find ways to help people with chronic pain, but we must ensure medical care is grounded in reliable science.

The Conversation

Christopher Maher holds a research fellowship funded by the National Health and Medical Research Council.

Caitlin Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Is spinal cord stimulation safe? Does it work? Here’s what you need to know if you have back pain – https://theconversation.com/is-spinal-cord-stimulation-safe-does-it-work-heres-what-you-need-to-know-if-you-have-back-pain-261364

Hold up, humans. Ants figured out medicine, farming and engineering long before we did

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Tanya Latty, Associate Professor in Entomology, University of Sydney

Tambon Nong Chaeng/Pexels

Think back to a time you helped someone move a heavy object, such as a couch. While at first the task may have appeared simple, it actually required a suite of advanced behaviours.

The job needed verbal commands for social coordination (“pivot!”) and anticipation of near-future events (moving other furniture out of the way). It also required a clear, shared vision of the final goal (which room to take the couch to).

It’s a small but satisfying example of human cooperation. But before we all get too pleased with ourselves, consider that ants – creatures with tiny brains and no capacity for speech – routinely pull off feats that rival, and sometimes exceed, our own.

black ants on red dirt
Ants routinely pull off feats that rival, and sometimes exceed, our own.
Andre Moura/Pexels

Understanding ant intelligence

Earth is literally crawling with ants. Scientists estimate there are at least 20 quadrillion ants on Earth. That’s 20 followed by 15 zeros – more ants than stars in our galaxy!

These incredible insects are amongst the most successful organisms on the planet. Part of the success comes from an ability to form complex societies, ranging from a few individuals to millions. And those societies, or colonies, are remarkably co-operative.

Take, for example, ants’ abilities to move large food items. To do it, they mobilise teams of dozens – or even hundreds – of fellow workers. Together, they efficiently work together to transport the load back to the nest.

Longhorn crazy ants (Paratrechina longicornis) are even known to clear debris from a path before a heavy object arrives – seemingly anticipating its trajectory and preparing the way.

One experiment pit longhorn crazy ants against humans, all tasked with moving T-shaped objects (scaled to body size) through tight spaces. In some trials, the human teams were not permitted to speak or use gestures.

And the result? Ants performed better in larger groups compared to smaller ones, showing the clear benefits of collective action. In contrast, human performance did not improve with group size. And when communication was restricted, human performance declined as group size increased.

All this highlights how ants rely on collective intelligence, without the need for central control or sophisticated cognition.

Expert farmers

Humanity’s invention of agriculture 12,000 years ago is understandably hailed as one of our greatest achievements.

But leaf cutter ants beat us to it. These ants (from the species Atta and Acromyrmex) evolved to undertake large-scale agriculture about 55 million years ago.

These ants cut and transport fresh leaves not to eat directly, but to feed a fungus that serves as their main food source.

This evolutionary partnership allows the ants to feed colonies with populations in the millions.

Remarkably, leaf cutter ants have also evolved a form of biological pest control to protect their crops from bacteria. Some worker ants patrol the gardens, detecting infected sections of the fungus. Then they apply antibiotics produced by bacteria that live on their bodies.

What’s more, many ant species farm aphids and other sap-sucking insects.

As these farmed insects feed on plant sap, they excrete a sugary liquid the ants eagerly collect. In return, ants serve as bodyguards, defending their tiny livestock from predators such as ladybirds and lacewings.

In some species, queen ants gently carry sap-sucking insects in their jaws as they fly off to start new colonies. Fossilised ants preserved in amber suggest this behaviour evolved up to 20 million years ago, long before humans domesticated animals.

Ant medicine

Medical care may seem like a distinctly human innovation. But several ant species have evolved sophisticated ways to treat injuries.

When a Florida carpenter ant (Camponotus floridanus) is injured during a battle between colonies, its nest-mates will amputate a damaged limb to prevent infection from spreading. Ants receiving this battlefield care are more likely to survive than ants left untreated.

Some ants can also detect infection and treat infected wounds by cleaning them and applying antimicrobial secretions from specialised glands.

Master builders

Some ant species are known to literally put their bodies on the line for the colony.

Army ants (Eciton burchellii) join their bodies together to form structures. These include bridges across gaps on the forest floor, and “scaffolds” across steep terrain to prevent other ants from slipping.

Even the nest is made of hundreds of thousands of ants joined together, complete with tunnels and chambers housing the larvae and the queen. The entire structure is packed up and rebuilt each day, after the colony emigrates a few hundred metres into the forest.

Ants crawling across leaf litter
Army ants join their bodies together to form structures.
Smartse/Wikimedia, CC BY

Weaver ants (Oecophylla smaragdina), meanwhile, self-assemble into rope ladders to span vertical gaps.

They also form a line of workers that pull leaves together in treetops to form nests. Once the leaves are winched into place, other ants arrive with ant larvae in their jaws. Each larva produces a tiny blob of silk which the ants use to glue the leaves together.

Fire ants (Solenopsis invicta), a major pest species, owes its invasive success partly to a unique method of dispersal.

When their underground nests are flooded by rain, the ants join together into a huge raft which floats on a layer of buoyant larvae. These rafts can ride floodwaters in safety for hundreds of kilometres, until the ants reach dry land.

Ants forming a raft to float on water
When their nests are flooded, fire ants join together into a huge raft.
TheCoz/Wikimedia, CC BY

Lessons for humanity?

Humans rightly take pride in our greatest achievements – agriculture, medicine, engineering and building civilisations. But remarkably, ants mastered these innovations millions of years before we did.

Ants may be tiny – but by working together they can build complex societies and solve many problems. They might even teach humans a thing or two.

The Conversation

Tanya Latty co-founded and volunteers for conservation organisation Invertebrates Australia, is former president of the Australasian Society for the Study of Animal Behaviour and is on the education committee for the Australian Entomological Society. She receives funding from the Australian Research Council, NSW Saving our Species, and Agrifutures Australia

Chris R. Reid receives funding from the Australian Research Council and Macquarie University. He is secretary of the Australasian Society for the Study of Animal Behaviour and is on the education committee for the Australasian Entomological Society.

– ref. Hold up, humans. Ants figured out medicine, farming and engineering long before we did – https://theconversation.com/hold-up-humans-ants-figured-out-medicine-farming-and-engineering-long-before-we-did-258922

Rater mieux, rater encore plus mal : l’art du kitsch

Source: The Conversation – France (in French) – By Franz Johansson, Docteur en Littérature française, Sorbonne Université

Aussi indéfinissable qu’insaisissable, le kitsch prolifère partout, des musées les plus prestigieux aux vide-greniers. Une consécration paradoxale pour un phénomène dont l’essence même est son caractère commun.


Vieille d’un siècle et demi – si on la fait commencer avec l’apparition du mot lui-même, dans la deuxième moitié du XIXᵉ siècle, l’histoire du kitsch est celle d’une irrésistible extension dont, en 1939, le critique américain Clement Greenberg annonçait le caractère impérieux (et impérialiste) :

« Il a effectué un tour du monde triomphal, envahissant et défigurant les cultures particulières de chacun des pays qu’il a successivement colonisés ; il est en train de s’imposer comme une culture universelle, la première culture universelle qui ait jamais existé. »

Elle est aussi, depuis un quart de siècle notamment, celle d’une ascension non moins spectaculaire, lui ayant permis d’accéder aux lieux les plus prestigieux. Dans les expositions Pierre et Gilles au Jeu de Paume (2007) ou Takashi Murakami au château de Versailles (2010) se montre un kitsch débarrassé de tout relent de marginalité, géographique, sociale ou artistique. Le succès de Jeff Koons – détenant le titre d’artiste vivant le plus cher de l’histoire – est peut-être l’indice le plus certain d’un triomphe envahissant, insolent parfois, du kitsch.

Mais la possibilité même d’une apothéose est paradoxale pour un phénomène impliquant dans sa définition, dans son essence même, un caractère commun, bas ou indigne. Il est impossible de définir en quelques lignes un terme dont presque tous les penseurs qui l’ont abordé soulignent le caractère éminemment fuyant. « Le kitsch échappe comme un lutin à toute définition » écrit le philosophe Theodor Adorno. Cependant, on peut se rappeler utilement son étymologie probable. Celle-ci le rattache aux verbes exprimant en dialecte allemand mecklembourgeois l’action de bâcler (« kitschen ») ou de tromper sur la marchandise (« verkitschen »).

Se pourrait-il qu’il y ait dans ce mensonge le germe d’une sagesse ? Qu’à l’arrogance de la victoire se mêle parfois la lucidité d’un échec ?

Dialectique du kitsch

Il est arrivé plusieurs fois dans l’histoire de l’art qu’un mouvement reprenne à son compte le mot par lequel on a d’abord voulu le dénigrer, et en efface ou en renverse toute nuance péjorative : les mots « impressionnisme » ou « cubisme » étaient à leur début empreints d’un accent de raillerie qui s’est très vite dissipé.

Il en va tout autrement pour le « kitsch ». Celui-ci continue d’impliquer, quel que soit l’éclat de son triomphe, la présence d’une sous-valeur, une fausse valeur ou une contre-valeur. Dans la variété de nuances auxquelles elle peut donner lieu – humour ou cynisme, provocation ou ironie, et jusqu’au plus sincère enthousiasme –, l’adhésion au kitsch est toujours scindée : non l’oubli pur et simple d’un stigmate originel, mais une manière de faire avec lui, de l’intégrer dans une forme de dialectique.

N’est-ce pas là une sophistication inutile ? Est-il réellement besoin d’introduire une dialectique dans l’attrait que peuvent inspirer les couleurs criardes d’un nain de jardin ou les coûteuses surcharges de l’hôtel Luxor de Las Vegas ? Oui, en définitive. L’appréhension d’une œuvre kitsch suppose la présence active (même lorsqu’elle est enfouie) d’une inversion de sa valeur, d’un renversement possible : l’expérience esthétique (et, le cas échéant, critique) s’inscrit dans une tension ou dans la virtualité d’un basculement possible entre l’authentique et l’artificiel, l’unique et le sériel, le dérisoire et le grandiose.

Ce qui relève de la médiocrité aspire à s’élever, et la cuillère ou la salière se chargent alors d’ornements, le mug s’affuble des symboles de la haute culture (de la Joconde aux autoportraits de Frida Kahlo). À l’inverse, ce qui vise le sublime (celui des grands idéaux ou des beaux sentiments) fait naufrage (ou, plus prosaïquement, trébuche et se casse la figure) dans le poncif ou la mièvrerie : les éclats pharaoniques de l’Aïda de Verdi ou les innocences lisses des toiles de William Bouguereau.

L’intelligence du toc

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or », écrit Baudelaire dans un projet d’épilogue aux Fleurs du mal. Aussi curieux que le rapprochement puisse paraître, l’orgueil d’une alchimie anime à son tour cette esthétique du confort, cet « art du bonheur » (comme l’appelle, dans les années 1970, le sociologue Abraham Moles) qu’est le kitsch. Excepté qu’ici, il suffit de gratter un peu pour reconnaître dans l’or la dorure. Il reste pourtant quelque chose de cette alchimie en toc une fois que l’écaille dorée est tombée : l’échec lui-même, dans la richesse de ses nuances. On peut échouer un peu, beaucoup, à la folie, passionnément ou lamentablement. Ce qu’on perd en grandeur prométhéenne, on le gagne en complexité.

On peut appeler intelligence, au plus près de l’étymologie, ce qui, dans le kitsch nous incite à lire et à lier ensemble des éléments n’ayant en eux-mêmes rien de précieux ni d’éclairant ; ce n’est que par le réseau qu’ils forment, par la manière dont ils articulent et souvent renversent des matériaux enchevêtrés, qu’ils jettent une certaine lumière sur le monde.

Contre ceux qui y voyaient un phénomène frivole et sans conséquences, Theodor Adorno prônait la nécessité de prendre le kitsch au sérieux, en précisant « critiquement au sérieux ». À l’intelligence du kitsch exigée par le penseur de l’École de Francfort, extérieure à l’objet examiné, on pourrait en ajouter une autre : non plus celle qui le surplombe pour en percer à jour les mécanismes insidieux et néfastes, mais celle qui se loge auprès de lui et en lui. Celle-ci n’entre pas en contradiction avec la première : il serait appauvrissant et absurde de ne pas prendre en considération l’incitation au conformisme politique autant qu’esthétique, la dimension aliénante dénoncée par les grands penseurs de ce kitsch devenant, dans la célèbre formule de l’écrivain Hermann Broch, « le mal dans le système des valeurs de l’art ».

Mais une intelligence du kitsch peut aussi prêter attention à l’idée formulée par le philosophe Walter Benjamin : celle qu’un art devenu accessible au corps, un art qui se laisse enfin toucher, ouvre la possibilité d’un nouveau rapport à l’intériorité humaine. Ou à celle d’Umberto Eco rétorquant aux « apocalyptiques », effrayés par l’irrévocable déchéance de la culture que trahissent le succès du jazz et des films d’Hollywood, que le monde des communications de masse est, qu’on le veuille ou non, notre monde. Ou encore à celle de l’autrice new-yorkaise Susan Sontag rendant compte de la sensibilité « camp », ce « dandysme de l’ère des masses » où le connaisseur le plus délicat et le plus blasé trouve sa délectation dans l’objet kitsch précisément parce qu’il est tel : « Affreux à en être beau ! »

Le kitsch partout ?

S’il n’est peut-être pas faux de dire que le kitsch est omniprésent dans notre monde contemporain, ce n’est pas que la possibilité ne nous soit plus offerte d’expériences entièrement étrangères au kitsch, c’est que celui-ci est toujours susceptible de surgir à l’improviste ou de projeter son ombre n’importe où. Quel que soit le champ où on se situe, artistique, social, économique, politique ou religieux, on court le risque de glisser ou de culbuter vers lui, avec innocence ou lucidité, tendresse ou ironie, par provocation ou par instinct, sentimentalisme ou démagogie.

Des outrances effroyablement sirupeuses de la campagne électorale de Donald Trump, aux bigarrures de la dernière collection de Miuccia Prada, où la transgression des codes du luxe se veut aussi leur parodie, de l’orientalo-hellénisme ploutocratique de l’Atlantis de Dubaï au romano-byzantinisme mystique de la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre, d’André Rieu à Richard Wagner (exemple d’un « kitsch génial », selon Hermann Broch), de la Barbie « western rose » en vente dans un mall de Miami ou de Manilla au Barbie (2023), de Greta Gerwig où l’univers de la poupée de Mattel investit l’écran d’une manière si littérale qu’il en éveille de manière étonnante une forme de réflexivité…

Les positions monolithiques, surplombantes et dogmatiques s’avèrent de moins en moins capables de rendre compte d’un kitsch qui, en proliférant, a aussi amplifié ses registres, multiplié ses dimensions ou ses strates. Et qui nous oblige alors à le considérer au cas par cas, en tenant compte, à chaque fois qu’il paraît, de tous les éléments en présence au sein d’équations tantôt très élémentaires, tantôt très subtiles. Et dont on n’est pas certain de pouvoir dire, dans les meilleurs des cas, dans quelques œuvres rares, si elles aboutissent au succès ou à l’échec.

« Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore. »

Laquelle de ces quêtes, énoncées par Samuel Beckett, est celle de celui qui accepte dans son art d’avoir partie liée avec le kitsch ?

The Conversation

Franz Johansson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Rater mieux, rater encore plus mal : l’art du kitsch – https://theconversation.com/rater-mieux-rater-encore-plus-mal-lart-du-kitsch-258197

La mission spatiale CO3D, ou comment cartographier la Terre en 3D et au mètre près

Source: The Conversation – France in French (2) – By Laurent Lebegue, Responsable performances système du projet CO3D, Centre national d’études spatiales (CNES)

Quatre satellites de nouvelle génération vont quitter Kourou, en Guyane, le 25 juillet, à bord d’une fusée Vega-C.

La mission CO3D, consacrée à la cartographie en trois dimensions des terres émergées du globe, s’appuie sur de nombreuses innovations technologiques. Son défi principal ? Couvrir une surface considérable avec une précision de l’ordre du mètre, en imageant aussi les objets mobiles comme les véhicules ou panaches de fumée, tout en se fondant sur des traitements entièrement automatisés pour réduire les coûts de production.


La mission CO3D, développée conjointement par le Centre national d’études spatiales (Cnes) et Airbus, doit fournir une cartographie des reliefs, que l’on appelle dans le domaine « modèles numériques de surface », pour des besoins bien identifiés – qu’ils soient civils ou militaires –, mais aussi de développer de nouveaux usages de ces informations 3D, encore insoupçonnés, que ce soit par des organismes de recherches ou des start-ups.

Pourquoi cartographier la Terre en 3D ?

Les données acquises par la mission CO3D permettront de surveiller la Terre depuis l’espace. Ainsi, les scientifiques pourront par exemple suivre les variations du volume des glaciers ou des manteaux neigeux en montagne.

Ils pourront aussi étudier l’évolution du trait de côte ou encore l’effondrement des falaises, et ainsi simuler l’impact de la montée du niveau des mers sur les terres littorales.

La cartographie 3D de la biomasse permet aussi de suivre à grande échelle la déforestation ou, plus localement, l’évolution de la végétalisation des villes et la gestion des îlots de chaleur.

L’ensemble de ces données, qui forment l’une des briques de base des jumeaux numériques, sont essentielles pour mieux comprendre l’impact du dérèglement climatique sur les écosystèmes et les territoires.


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Au-delà des sciences, la modélisation 3D précise est un outil indispensable pour les acteurs du secteur public comme les collectivités ou la sécurité civile. Ces dernières exploitent les données 3D dans le cadre de l’aménagement du territoire, la gestion des espaces tels que les zones inondables ou encore pour la connaissance précise des terrains en cas de gestion de crise à la suite d’une catastrophe naturelle.

Par exemple, en cas de tremblement de Terre, les satellites d’observation sont activés pour évaluer les dégâts à grande échelle afin d’aider les secours à prioriser leurs interventions, mais aussi pour évaluer les reconstructions à prévoir. Ces opérations sont réalisables avec de l’imagerie 2D classique, mais estimer l’effondrement d’un étage de bâtiment avec une simple vue verticale n’est pas forcément adapté, contrairement à l’imagerie 3D qui permet de mesurer directement les hauteurs.

En matière de défense, les données CO3D aideront, par exemple, à préparer les missions aériennes d’avion ou de drones à basse altitude ainsi que les déploiements de véhicules et de troupes sur divers terrains accidentés.

Comment fonctionne cette nouvelle imagerie 3D ?

La constellation s’articule autour de quatre satellites construits par Airbus, d’une masse de 285 kilogrammes chacun et d’une durée de vie de huit ans, permettant d’acquérir des images en couleurs d’une résolution de 50 centimètres – soit la résolution nécessaire pour produire des modèles numériques de surface avec une précision altimétrique d’environ un mètre.

vue d’artiste d’une paire de satellites
Acquisition stéréoscopique d’une paire de satellites CO3D.
CNES, Fourni par l’auteur

Les quatre satellites seront regroupés en deux paires positionnées sur une même orbite (à 502 kilomètres d’altitude), mais en opposition afin de réduire le temps nécessaire aux satellites pour revenir photographier un même site.

Le principe de génération des modèles numériques de surface à partir des images est celui qui nous permet de voir en trois dimensions : la vision stéréoscopique. Les images d’un site sur Terre sont acquises par deux satellites avec un angle différent comme le font nos yeux. La parallaxe mesurée entre les deux images permet, grâce à de puissants logiciels, de calculer la troisième dimension comme le fait notre cerveau.

schéma de principe
Principe de génération de modèle numérique de surface par stéréoscopie spatiale.
Cnes, Fourni par l’auteur

De plus, les images étant acquises avec deux satellites différents que l’on peut synchroniser temporellement, il est possible de restituer en 3D des objets mobiles, tels que des véhicules, des panaches de fumée, des vagues, etc. Cette capacité, encore jamais réalisée par des missions précédentes, devrait améliorer la qualité des modèles numériques de surface et ouvrir le champ à de nouvelles applications.

Les couleurs disponibles sont le rouge, le vert, le bleu mais aussi le proche infrarouge, ce qui permet d’avoir des images en couleur naturelle comme les voient nos yeux, mais aussi d’augmenter la capacité à différencier les matériaux, au-delà de ce que peut faire la vision humaine. Par exemple, un terrain de sport apparaissant en vert en couleur naturelle pourra être discriminé en herbe ou en synthétique grâce au proche infrarouge. Notons que la résolution native de 50 centimètres dans le proche infrarouge est inégalée à ce jour par d’autres missions spatiales. Elle permettra par exemple de générer automatiquement des cartes précises de plans d’eau et de végétation qui sont des aides à la production automatique de nos modèles numériques de surface de précision métrique.

Les satellites ont chacun la capacité d’acquérir environ 6 500 images par jour mais malgré cela, il faudra environ quatre ans pour couvrir l’ensemble des terres émergées attendues et produire les données associées ; une image élémentaire ayant une emprise au sol de 35 kilomètres carrés, il faudra environ 3,5 millions de couples d’images stéréoscopiques pour couvrir les 120 millions de kilomètres carrés.

Un gros travail au sol pour tirer le meilleur des données

De nombreuses innovations concernent également la planification de la mission et les traitements réalisés au sol.

Les satellites optiques ne voyant pas à travers les nuages, la prise en compte de prévisions météorologiques les plus fraîches possible est un élément clé des performances de collecte des données. En effet, les satellites sont très agiles et on peut les piloter pour observer entre les nuages. Avec CO3D, la prévision météo est rafraîchie à chaque orbite, à savoir quinze fois par jour.

Ouverture du container contenant les quatre satellites CO3D, en salle blanche à Kourou (Guyane).
2025 ESA-Cnes-Arianespace/Optique vidéo du CSG-P. Piron, Fourni par l’auteur

Le volume de données à générer pour couvrir le monde en 4 ans est considérable, environ 6 000 téraoctets (l’équivalent d’un million de DVD). La seule solution possible pour atteindre cet objectif dans une durée contrainte et à des coûts réduits a été pour le Cnes de développer des chaînes de traitement robustes, sans reprise manuelle et massivement parallélisées dans un cloud sécurisé.

Le Cnes développe aussi un centre de calibration image, consacré à la mission CO3D, qui sera chargé, pendant les six mois qui suivent le lancement, d’effectuer les réglages des satellites, des instruments et des logiciels de traitement qui permettront d’avoir la meilleure qualité possible des images. À l’issue de ces phases de qualification des satellites et des données, les cartographies 3D seront accessibles aux partenaires institutionnels du Cnes (scientifiques, collectivités locales ou équipes de recherche et développement) au fur et à mesure de leur production.

Par la suite, après une phase de démonstration de production à grande échelle de dix-huit mois, Airbus commercialisera également des données pour ses clients.

À quelques jours du lancement, la campagne de préparation des satellites bat son plein à Kourou et l’ensemble des équipes de développement et d’opérations finalise à Toulouse les derniers ajustements pour démarrer les activités de mise à poste et de recette en vol, les activités de positionnement des satellites sur leur orbite finale, de démarrage des équipements des satellites et de leurs instruments, puis de réglage des paramètres des traitements appliqués au sol.

The Conversation

Laurent Lebegue ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La mission spatiale CO3D, ou comment cartographier la Terre en 3D et au mètre près – https://theconversation.com/la-mission-spatiale-co3d-ou-comment-cartographier-la-terre-en-3d-et-au-metre-pres-260747

Comment amener quelqu’un à faire librement ce que l’on désire ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Fabien Girandola, Professeur de Psychologie Sociale, Aix-Marseille Université (AMU)

Publié en 1987, vendu à plus de 500 000 exemplaires en France, le Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, est un véritable phénomène de librairie. Fondé sur les recherches en psychologie sociale, l’ouvrage propose de connaître les techniques de manipulation auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement ou qui permettent de convaincre.


Comment amener quelqu’un à faire librement ce qu’on désire le voir faire ? C’est à cette question, qui nous concerne probablement toutes et tous, que répondent Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois dans leur ouvrage, Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (1987, rééd. 2024). Ils le font à la lumière des connaissances élaborées au fil des décennies pas les psychologues sociaux, depuis les travaux précurseurs de Kurt Lewin jusqu’à nos jours, et donc durant soixante-quinze années de recherches.

L’un des mérites majeurs de l’ouvrage de Joule et Beauvois est d’avoir travaillé ce corpus expérimental au sein de l’espace francophone, notamment en rendant accessibles des recherches anglo-saxonnes jusque-là peu diffusées. Une conférence donnée par Robert-Vincent Joule à l’Université Grenoble Alpes illustre parfaitement cette logique de l’influence librement consentie.

Dans la dernière édition augmentée et actualisée, parue en octobre 2024, les auteurs explicitent une trentaine de techniques d’influence dont l’efficacité est expérimentalement démontrée dans des recherches de laboratoire et de terrain. Ces procédures, qu’ils qualifient de techniques de manipulation, permettent de multiplier (par deux, par trois, parfois par dix) nos chances d’arriver à nos fins, pour le meilleur et pour le pire.

La connaissance de ces techniques et des processus psychologiques en jeu donnent au lecteur des armes pour éviter de se faire manipuler et pour forger son esprit critique, le rendant moins poreux aux influences néfastes s’exerçant sur lui. Certains blogs de « vulgarisation » estiment même que l’ouvrage relève de l’utilité publique – une appréciation rare pour un traité de psychologie sociale.

L’ouvrage concerne essentiellement les influences interpersonnelles, celles qui opèrent entre deux personnes (en famille, au travail, dans la rue, sur Internet, ou encore ici ou là entre un vendeur et un client), sans négliger pour autant les influences de masse. Les chercheurs en sciences de l’information et de la communication (SIC) s’intéressent aussi particulièrement à ces dynamiques, dès lors qu’elles s’inscrivent dans des dispositifs médiatisés (affichages, interfaces, plateformes numériques) ou ritualisés (conférences, campagnes, échanges transactionnels). Enfin, le conditionnement évaluatif, sur lequel s’appuient volontiers les spécialistes du marketing.




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Le conditionnement évaluatif

Vous écoutez la Marseillaise avant un match de football de l’équipe de France. La caméra passe lentement d’un joueur à l’autre. En plan serré, on voit le visage concentré de chaque joueur mais aussi le haut de chaque maillot avec le logo d’une certaine marque. Bien sûr, on ne prête pas attention à ce logo et pourtant, sans qu’on en ait conscience, la positivité de la Marseillaise, l’hymne national, va se transférer sur la marque, rendant ainsi plus probables les comportements d’achat attendus de la part des spectateurs. Les recherches qui illustrent ce phénomène sont légion.

Une étude célèbre a ainsi montré l’effet du conditionnement évaluatif sur le choix d’un stylo en fonction d’une musique plaisante ou déplaisante. Les participants étaient amenés à regarder une publicité pour un stylo. Le stylo était de couleur bleue pour une moitié des participants et beige pour l’autre moitié. Une musique était diffusée, agréable pour certains, désagréable pour d’autres.

À la fin de l’expérience chaque participant se voyait offrir un stylo dont il pouvait choisir la couleur (bleu ou beige). Comme attendu, les participants choisirent massivement la couleur associée aux musiques plaisantes (qu’il s’agisse du bleu ou du beige) et délaissèrent la couleur associée aux musiques déplaisantes (qu’il s’agisse du bleu ou du beige). Mais il y a plus, lorsqu’on leur demande d’expliquer leur choix, ils en appellent à leur goût personnel pour la couleur choisie, sans faire la moindre allusion à la musique !

Les techniques décrites dans le Petit traité de manipulation peuvent évidemment être utilisées à nos dépens par des individus malintentionnés ; par exemple, pour obtenir de nous des informations confidentielles, comme nos coordonnées bancaires, ou de façon plus générale, pour obtenir de nous des décisions que nous regretterons. Mais elles peuvent aussi, entre les mains d’honnêtes gens, se montrer très utiles – et bien plus efficaces que la persuasion – pour promouvoir des comportements « socialement utiles » recherchés. Un exemple : la technique de l’étiquetage.

L’étiquetage

Dans une des recherches rapportées dans l’ouvrage de Joule et Beauvois, des chercheurs américains comparent l’efficacité de deux stratégies pour inciter des élèves de 9-10 ans à ne pas jeter les papiers de bonbons par terre : une stratégie persuasive et une stratégie reposant sur des étiquetages.

Pendant huit leçons sur le respect de l’environnement, l’enseignante s’efforçait, en mettant en avant des arguments appropriés, de convaincre certains élèves d’être propres et ordonnés (condition persuasive). Elle n’essayait pas de convaincre d’autres élèves, se contentant de leur dire « Vous êtes des enfants propres et ordonnés » (condition d’étiquetage).

Au terme de ces leçons, on distribuait aux enfants des sucreries soigneusement emballées et on comptait le nombre de papiers de bonbons laissés sur le sol. Les chercheurs ont constaté que les enfants placés dans la condition d’étiquetage se conformaient davantage aux attentes éducatives que ceux placés dans la condition persuasive : moins d’emballages de bonbon sur le sol et davantage dans les poubelles. Mais il y a plus : cet effet persistait après la fin de l’expérience, alors que plus rien n’était demandé aux enfants, prouvant ainsi l’impact durable de l’étiquetage sur les comportements ultérieurs de propreté des élèves.

La supériorité de l’étiquetage sur la persuasion est également démontrée dans d’autres recherches qui portent cette fois sur la performance scolaire (résultats obtenus à des exercices de mathématiques, par exemple).


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Il ne faudrait pas croire que seuls les enfants sont sensibles à l’étiquetage. Les adultes le sont tout autant, comme le montre, par exemple, une autre expérience rapportée dans le Petit traité de manipulation. Après avoir fait passer un pseudo test de personnalité à des participants, les chercheurs leur disaient, indépendamment de leurs résultats, « Vos résultats montrent que vous êtes une personne bienveillante et généreuse » (étiquetage).

Un peu plus tard, un complice des chercheurs laissait tomber un jeu de cartes pour étudier leur réaction. L’aiderait-on ou pas à ramasser les cartes sur le sol ? Comme attendu, les personnes s’étant entendu dire qu’elles étaient bienveillantes et généreuses – bien qu’il s’agisse d’un étiquetage purement arbitraire – furent significativement plus nombreuses à aider « spontanément » le complice que les personnes d’un groupe témoin qui n’avaient pas, quant à elles, reçu d’étiquetage.

Serions-nous les messieurs Jourdain de la manipulation ?

Le succès de cet ouvrage auprès du grand public s’explique certainement par la façon dont les auteurs éclairent, à la lumière du savoir psychologique disponible, les interactions les plus courantes de notre existence sociale.

Force est de reconnaître que nous sommes tous, tour à tour, manipulateur et manipulé. Qui ne s’est jamais servi de moyens plus ou moins détourné pour arriver à ses fins ? Qui n’a jamais fait, après y avoir été habilement conduit, quelque chose qu’il n’aurait pas fait de lui-même. Nous avons tous un jour, plus ou moins, agi de la sorte.

À titre d’exemple, Joule et Beauvois rapportent dans leur ouvrage une des façons de procéder à laquelle nous avons probablement tous eu recours pour essayer d’obtenir une faveur : la technique du « je-ne-vous-demanderai-rien-d’autre », dont le principe consiste précisément à faire savoir à notre interlocuteur que la demande qu’on lui adresse ne sera pas suivie d’une autre.

Je-ne-vous-demanderai-rien-d’autre

Dans une recherche réalisée par Grzyb et Dolinski de 2017, des personnes étaient sollicitées par un chercheur durant un concert. « Bonjour, je collecte des fonds pour un centre de soins pour enfants […]. Accepteriez-vous de faire un don ? C’est la seule chose que je vais vous demander. » Près de 55 % acceptèrent contre 15 % seulement dans la condition contrôle, condition dans laquelle le propos du chercheur était exactement le même mais sans la phrase : « C’est la seule chose que je vais vous demander. »

Ce type de manipulations est-il répréhensible ? Certainement pas.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le recours aux techniques de manipulation – sauf, bien sûr, lorsqu’elles sont mises au service d’intérêts moralement répréhensibles – fluidifie la vie sociale. Peut-être même ce recours entretient-il l’amitié ? Imaginons qu’un ami obtienne de vous, en vous manipulant, une faveur que vous ne lui auriez pas accordée spontanément (par exemple : l’aider à déménager). Il vous en sera très reconnaissant et, évidemment, à la première occasion, c’est lui qui vous rendra, volontiers de surcroît, un service de la même importance sans que vous ayez besoin, à votre tour, de le manipuler. La morale est donc sauve.

Et vous, à quelles formes d’influence avez-vous cédé sans le savoir ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Comment amener quelqu’un à faire librement ce que l’on désire ? – https://theconversation.com/comment-amener-quelquun-a-faire-librement-ce-que-lon-desire-257571

En Russie et ailleurs, les mesures natalistes en question

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jennifer Mathers, Senior Lecturer in International Politics, Aberystwyth University

Dans un contexte de grave crise démographique accentuée par la guerre en Ukraine, plusieurs régions de Russie octroient désormais des allocations spéciales aux adolescentes ayant des enfants. De plus en plus de pays, de la Hongrie aux États-Unis en passant par la Pologne, mettent en place des mesures similaires – des initiatives dont la portée est à la fois sociale, économique et idéologique.


Dans certaines parties de la Russie, les adolescentes qui tombent enceintes recevront désormais plus de 100 000 roubles (environ 1 100 euros, au taux de change actuel) pour donner naissance à leurs enfants et les élever.

Cette nouvelle mesure, introduite ces derniers mois dans une dizaine de régions du pays, s’inscrit dans la nouvelle stratégie démographique russe. Elle est en réalité un élargissement de décisions déjà adoptées en mars 2025, qui s’appliquaient alors uniquement aux femmes adultes. L’objectif est de remédier à la baisse spectaculaire du taux de natalité observée dans le pays : en 2023, le nombre de naissances par femme en Russie était de 1,41, un niveau très inférieur aux 2,05, niveau requis pour assurer le renouvellement des générations.

Rémunérer des adolescentes pour avoir des enfants alors qu’elles sont encore scolarisées est une idée qui ne fait pas consensus en Russie. Selon une récente enquête publiée par le Centre russe d’études de l’opinion publique (VTsIOM), 43 % des Russes approuvent cette mesure, tandis que 40 % s’y opposent. En tout état de cause, l’adoption d’une telle politique témoigne de la priorité élevée accordée par l’État à l’augmentation du nombre de naissances.

Vladimir Poutine considère qu’une population nombreuse est l’un des signes distinctifs d’une grande puissance florissante, au même titre qu’un vaste territoire (en pleine expansion) et une armée puissante. L’attaque conduite sur l’Ukraine a permis à la Russie d’annexer illégalement plusieurs zones du territoire ukrainien, peuplées de quelque deux ou trois millions de personnes ; pour autant, la guerre a aussi eu des effets désastreux pour la taille actuelle et future de la population russe.

D’après certaines estimations, 250 000 soldats russes auraient été tués sur le champ de bataille. De plus, des centaines de milliers de personnes parmi les Russes les plus instruits, souvent de jeunes hommes fuyant le service militaire, ont quitté le pays. Bon nombre de soldats tués et de jeunes exilés auraient pu devenir les pères de la prochaine génération de citoyens russes.

Un phénomène qui ne se limite pas uniquement à la Russie

Mais si la situation démographique de la Russie est extrême, la baisse des taux de natalité est désormais une tendance mondiale. On estime que, d’ici à 2050, plus des trois quarts des pays du monde auront des taux de fécondité si bas qu’ils ne pourront plus maintenir leur population.

Arte, 2 avril 2024.

Poutine n’est pas le seul dirigeant mondial à avoir mis en place des politiques visant à encourager les femmes à avoir plus d’enfants. Le gouvernement de Viktor Orban en Hongrie propose toute une série de mesures incitatives, telles que des allégements fiscaux généreux et des prêts hypothécaires subventionnés réservés aux ménages de trois enfants ou plus.

La Pologne alloue mensuellement 500 zlotys (117 euros, selon le taux actuel) par enfant aux familles à partir de deux enfants. Cependant, cela n’a pas un effet déterminant sur la natalité, car les Polonaises, surtout celles dont les revenus sont déjà relativement élevés, ne sont pas prêtes à renoncer à une ascension professionnelle ou à un salaire élevé pour avoir un enfant de plus.

Aux États-Unis, Donald Trump a proposé de verser 5 000 dollars (4 300 euros environ) aux mères à chaque naissance, vision inscrite dans l’idéologie MAGA qui vise à encourager la natalité.

« Natalistes aux États-Unis : ils veulent sauver l’humanité », TF1, 17 mai 2024.

Inverser la baisse de la natalité est une affaire complexe, car les raisons qui poussent les individus et les couples à devenir parents le sont tout autant. Les préférences des individus, leurs aspirations personnelles et leurs convictions quant à leur capacité à subvenir aux besoins de leurs enfants, ainsi que les normes sociales et les valeurs culturelles et religieuses jouent toutes un rôle dans ces décisions. En conséquence, l’impact des politiques dites natalistes a été jusqu’ici pour le moins mitigé. Aucun pays n’a trouvé de solution facile pour inverser la baisse des taux de natalité.

Il convient de s’intéresser, sur ces questions, à la politique choisie par l’Espagne, qui cherche à lutter contre le déclin démographique par des mesures alternatives, sans encourager directement les femmes à avoir plus d’enfants. Le pays facilite désormais l’accès à la citoyenneté pour les migrants, y compris à ceux qui sont entrés illégalement dans le pays. L’accueil favorable réservé aux immigrants par Madrid est considéré comme l’un des facteurs à l’origine de l’essor économique du pays.

Quelles familles veut-on privilégier ?

Les gouvernements qui adoptent des politiques natalistes se préoccupent non seulement de l’augmentation du nombre total de personnes vivant et travaillant dans leur pays, mais désirent également encourager certaines catégories de personnes à procréer. En d’autres termes, il existe une dimension idéologique inhérente à ses pratiques.

Les mesures incitatives en faveur des grossesses et des familles nombreuses ciblent généralement les personnes que l’État considère comme ses citoyens les plus « souhaitables » – en raison de leur origine ethnique, de leur langue, de leur religion, de leur orientation sexuelle ou d’une autre identité ou combinaison d’identités.

Par exemple, la proposition espagnole visant à augmenter la population en augmentant l’immigration s’adresse principalement aux hispanophones. Les migrants originaires de pays catholiques d’Amérique latine ont assez facilement accès à des emplois, alors que les possibilités de rester dans le pays ou de s’y installer ne semblent pas s’étendre aux migrants originaires d’Afrique. Parallèlement, les aides accordées aux familles en Hongrie sont accessibles uniquement aux couples hétérosexuels disposant de revenus assez élevés.

L’accent mis sur l’augmentation de la proportion des citoyens les plus souhaitables explique pourquoi l’administration Trump ne voit aucune contradiction à appeler à la naissance de plus d’enfants aux États-Unis, tout en ordonnant l’arrestation et l’expulsion de centaines de migrants présumés illégaux, tentant ainsi de revenir sur la garantie constitutionnelle de la citoyenneté américaine à toute personne née dans le pays et même de retirer la citoyenneté à certains Américains.

Quelles sont les mères visées ?

Le succès ou l’échec des gouvernements et des sociétés qui encouragent la natalité dépend de leur capacité à persuader les gens, et en particulier les femmes, d’accepter de devenir ou redevenir parents. Outre des incitations financières et autres récompenses tangibles pour avoir des enfants, certains États offrent une reconnaissance symbolique aux mères de familles nombreuses.

La réintroduction par Poutine du titre, datant de l’époque stalinienne, de « mère-héroïne » pour les femmes ayant dix enfants ou plus en est un exemple. Parfois, cette reconnaissance vient de la société, comme l’engouement actuel des Américains pour les « trad wives » (« épouses traditionnelles ») – des femmes qui deviennent des influenceuses sur les réseaux sociaux en renonçant à leur carrière pour élever un grand nombre d’enfants et mener une vie socialement conservatrice.

Le revers de cette célébration de la maternité est la critique implicite ou explicite des femmes qui retardent la maternité ou la rejettent complètement. Le Parlement russe a adopté en 2024 une loi visant à interdire la promotion du mode de vie sans enfants, ou « propagande en faveur de l’absence d’enfants ». Cette législation s’ajoute à d’autres mesures telles que les restrictions d’avortements pratiqués dans les cliniques privées, ainsi que des propos publics de hauts responsables invitant les femmes à donner la priorité au mariage et à l’éducation des enfants plutôt qu’aux études universitaires et à une carrière professionnelle.

Les États conduisant des politiques natalistes seraient favorables à l’immigration si leur objectif était uniquement de garantir une main-d’œuvre suffisante pour soutenir leur économie et leur société. Mais le plus souvent, ces efforts visant à restreindre ou à dicter les choix que font les citoyens – et en particulier les femmes – dans leur vie personnelle, et à favoriser la présence au sein de leur population de profils spécifiques.

The Conversation

Jennifer Mathers ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. En Russie et ailleurs, les mesures natalistes en question – https://theconversation.com/en-russie-et-ailleurs-les-mesures-natalistes-en-question-260866