When your dog starts limping or your cat comes down with a sniffle, it’s natural to worry. For many families, pets are more than just animals – and we want them to have a standard of medical care similar to our own.
But it can still be surprising when the vet prescribes a medication that looks identical to something in your own bathroom cabinet.
Many human medicines are safe and effective for pets when used under veterinary guidance. But others can be harmful due to differences in how animals process drugs. So sometimes, pets need their own medicines.
So let’s examine the differences between drugs for humans and animals – and why you shouldn’t just give a pet your own medications.
In Australia, the Therapeutic Goods Administration approves and regulates drugs for humans. The Australian Pesticides and Veterinary Medicines Authority APVMA does the same for pet drugs.
While both agencies consider efficacy and safety in deciding whether to approve a product, the APVMA also considers environmental impact. For example, medicines given to animals – especially when given at scale on farms – can leach into waterways, affecting aquatic life and water quality.
The market for animal medicines is smaller than that for humans, making them less cost-effective to develop. Sometimes, no medicine exists for an animal condition and vets may need to use a human medicine.
For certain diseases and conditions, vets are legally permitted to dispense human medicines for pets through a process called off-label prescribing.
There are also medicines approved for both humans and pets. They include classes of antibiotics, antidepressants, corticosteriods (anti-inflammatory drugs), antiparasitics and chemotherapy drugs.
For example, doxorubicin is a chemotherapy drug used in humans to treat cancers including those of the lungs and bone. In dogs, it is commonly used to treat lymphomas, melanomas and cancers of the bone, among others. In both humans and dogs, doxorubicin is used to treat mammary gland (breast) cancer.
Similarly, ivermectin can be used to treat parasite infections such as scabies in humans and animals.
While many drugs are shared between humans and pets, not all are safe. In fact, some common household medications can badly harm or kill animals.
The painkillers ibuprofen and paracetamol are toxic to both dogs and cats. They can cause damage to the animal’s stomach and kidneys, and may kill them.
This is because dogs and cats break down medicines different to the human body. For example, the proteins in a cat’s liver are different from the human liver, so they can’t break down paracetamol. It can damage their red blood cells and reduce their body’s ability to carry oxygen.
And the situation can differ between animals. The flea and tick medication permethrin, for instance, is safe for dogs but highly toxic to cats – potentially causing tremors, seizures and death.
And pets are far more sensitive to drug dosages than humans, so even small quantities of the wrong medicine can be fatal.
Pets may also be given medicines no longer used for humans, or one specifically developed for animals.
Carprofen is a non-steroidal anti-inflammatory drug previously used in humans but is now only prescribed for dogs. A vet might prescribe it for pain or inflammation.
We don’t use it in humans anymore because it’s expensive to manufacture. But it’s still used for dogs because it’s effective, and alternatives such as paracetamol and ibuprofen aren’t suitable for them.
Typically, medicines are developed for pets only when they address a condition specific to animals.
For example, humans don’t usually suffer from heartworm, but infection in pets is common. The arsenic-based drug melarsomine was designed specifically for animals and treats heartworm in adult dogs.
If your pet is sick or injured, never give them a drug out of your own medicine cabinet – even if the vet has previously prescribed them the medication.
Take your animal to the vet. They will advise on the most appropriate treatment and dose, so you don’t do your pet further harm.
Nial Wheate in the past has received funding from the ACT Cancer Council, Tenovus Scotland, Medical Research Scotland, Scottish Crucible, and the Scottish Universities Life Sciences Alliance. He is a fellow of the Royal Australian Chemical Institute. Nial is the chief scientific officer of Vaihea Skincare LLC, a director of SetDose Pty Ltd (a medical device company) and was previously a Standards Australia panel member for sunscreen agents. He is a member of the Haleon Australia Pty Ltd Pain Advisory Board. Nial regularly consults to industry on issues to do with medicine risk assessments, manufacturing, design and testing.
Depuis la pandémie de Covid-19, nous connaissons tous très bien les tests antigéniques, mais saviez-vous que le principe de l’autotest a été imaginé, dans les années 1960, par une jeune designer pour rendre le test accessible à toutes les femmes en le pratiquant à domicile ? Découvrez l’histoire de Margaret Crane, et les obstacles qu’elle a dû surmonter.
Les tests de diagnostic rapide ont sauvé de nombreuses vies à travers le monde grâce à leurs simplicité et rapidité, et à leur prix abordable. Les plus répandus sont les tests antigéniques, dont nous avons tous pu bénéficier pendant la pandémie de Covid-19. D’autres tests antigéniques existent, comme ceux détectant la dengue ou le chikungunya, deux infections virales tropicales, ou encore le paludisme, la maladie la plus mortelle au monde chez les enfants de moins de 5 ans.
Ces types de tests sont reconnus d’utilité publique par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le test antigénique de la grippe est par exemple utilisé en routine. Bien que l’intérêt pour ces tests ait émergé durant la Covid-19, nous étions déjà familiarisés avec les tests antigéniques sans nous en rendre compte ! Les tests de grossesse, ô combien impliqués dans nos histoires personnelles, sont les premiers tests de diagnostic rapide créés. On doit cette découverte à Margaret Crane, dont l’invention a contribué à l’amélioration considérable du domaine diagnostique général.
Les tests de grossesse à travers les âges
Détecter une grossesse a toujours revêtu une importance pour la santé féminine, la gestion familiale et les questions sociales. Un papyrus médical égyptien datant d’environ 1350 avant notre ère, appelé le papyrus Carlsberg, détaille une méthode simple. Des grains d’orge et de blé, enfermés chacun dans un petit sac ou un récipient, étaient humidifiés quotidiennement avec l’urine de la femme à tester. L’absence de germination diagnostiquait l’absence de grossesse. La germination de l’orge, elle, prévoyait la naissance d’un garçon, quand celle du blé présageait celle d’une fille. En 1963, une équipe de recherche a décidé d’essayer cette technique de l’Égypte antique, à première vue rudimentaire. De manière étonnante, même si la prédiction du sexe était décevante, la méthode égyptienne avait une sensibilité très élevée : 70 % des grossesses ont été confirmées ! Cela est probablement dû au fait que les hormones dans les urines de la femme enceinte miment l’action des phytohormones, les hormones végétales.
En 1927, le zoologue anglais Lancelot Hogben obtient une chaire de recherche pour étudier les hormones animales à l’Université du Cap en Afrique du Sud. Il y découvre le « crapaud à griffe » du Cap (Xenopus laevis) dont les femelles ont la capacité de pondre toute l’année. Le professeur Hogben contribue à la création d’un test de grossesse qui porte son nom. Son principe ? Injecter de l’urine de femme enceinte dans un crapaud femelle. En raison des hormones contenues dans l’urine, cette injection déclenchait spontanément la ponte. Le test présentait une sensibilité supérieure à 95 % !
Bien que ce protocole soit devenu un test de routine dans les années 1940, la majorité des femmes n’avait toujours pas d’accès facile aux tests de grossesse. D’autres tests similaires existaient, utilisant des souris femelles ou des lapines, consistant à en examiner les ovaires pendant 48 à 72 heures après l’injection d’urine, pour voir si celle-ci avait induit une ovulation. Ces tests présentaient des contraintes de temps, de coûts et l’utilisation d’animaux, ce qui a motivé la recherche de méthodes plus rapides et moins invasives.
La découverte de l’hormone hCG
Au début des années 1930, la docteure américaine Georgeanna Jones découvrit que le placenta produisait une hormone, appelée la gonadotrophine chorionique humaine, dont l’abréviation est l’hCG. Cette découverte en a fait un marqueur précoce de grossesse, et pour la tester, il ne restait plus qu’à la détecter !
En 1960, le biochimiste suédois Leif Wide immunisa des animaux contre l’hCG humaine et en purifia les anticorps. On avait donc à disposition des molécules, les anticorps, capables de détecter l’hCG, encore fallait-il que la réaction antigène-anticorps (dans ce cas, l’hCG est l’antigène reconnu par les anticorps) puisse être visible pour confirmer une grossesse à partir d’urines.
Le professeur Leif Wide développa un test de grossesse, selon une technologie appelée l’inhibition de l’hémagglutination. Elle se base sur l’utilisation de globules rouges, dont la couleur permet une analyse à l’œil nu. Si les anticorps se lient aux globules rouges, ils ont tendance à s’agglutiner, et cela forme une « tache rouge » au fond du test. En cas de grossesse, l’échantillon d’urine contient de l’hCG : les anticorps réagissent avec l’hCG et ne peuvent pas lier les globules rouges. L’absence de tâche rouge indique une grossesse ! Ce test était révolutionnaire, car, contrairement aux autres, et en plus d’être beaucoup moins coûteux, le résultat n’était obtenu qu’en deux heures.
L’invention de Margaret Crane
En 1962, l’entreprise américaine Organon Pharmaceuticals a commercialisé ce test de grossesse, à destination des laboratoires d’analyses médicales. En 1967, Margaret Crane est une jeune designer de 26 ans sans aucun bagage scientifique, employée par cette compagnie dans le New Jersey, pour créer les emballages de leur branche cosmétique. Un jour qu’elle visite le laboratoire de l’entreprise, elle assiste à l’exécution d’un des tests. Un laborantin lui explique la longue procédure, consistant au prélèvement d’urine par le médecin et à l’envoi à un laboratoire d’analyses. Il fallait attendre environ deux semaines pour une femme avant d’avoir un résultat.
Le test de grossesse inventé par Margaret Crane. National Museum of American History, CC BY
Malgré la complexité théorique de la technique, Margaret Crane réalise alors à la fois la simplicité de lecture du test et du protocole : il suffisait d’avoir des tubes, un flacon d’anticorps et un indicateur de couleur (les globules rouges) ! De retour chez elle à New York, elle lance des expériences en s’inspirant d’une boîte de trombones sur son bureau, et conçoit un boîtier ergonomique – avec tout le matériel et un mode d’emploi simplifié –, destiné à l’usage direct à la maison par les utilisatrices. Margaret Crane montre son prototype à Organon Pharmaceuticals, qui refuse l’idée, jugeant qu’une femme ne serait pas capable de lire seule le résultat, aussi simple soit-il…
La persévérance de Margaret Crane
Peu de temps après la proposition de Margaret Crane, un homme employé par Organon Pharmaceuticals s’en inspire et lance la même idée, et lui est écouté. Elle décide alors de tirer parti de la situation, en assistant aux réunions où elle était la seule femme. Plusieurs tests, prototypés par des designers masculins, y sont présentés : en forme d’œuf de poule, soit roses, soit décorés de strass… Sans aucune hésitation, c’est celui de Margaret Crane qui est choisi pour sa praticité, car elle l’avait pensé pour que son utilisation soit la plus facile possible. Margaret Crane dépose son brevet en 1969, mais Organon Pharmaceuticals hésite à le commercialiser tout de suite, de peur que les consommatrices soient dissuadées par des médecins conservateurs ou par leur communauté religieuse.
Il est mis pour la première fois sur le marché en 1971 au Canada, où l’avortement venait d’être légalisé. Bien que créditée sur le brevet américain, Margaret Crane ne perçut aucune rémunération, car Organon Pharmaceuticals céda les droits à d’autres entreprises.
L’histoire de Margaret Crane illustre un parcours fascinant, où l’observation empirique rencontre le design industriel. Sa contribution fut finalement reconnue en 2014 par le Musée national d’histoire américaine.
Son concept fondateur, celui d’un test simple, intuitif et autonome pour l’utilisateur, ouvrit la voie révolutionnaire aux tests de grossesse sous la forme que nous connaissons aujourd’hui et aux tests antigéniques, essentiels notamment lors de crises sanitaires.
Valérie Lannoy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Entre 1994 et 2019, les émissions de gaz à effet de serre liées aux mobilités en France ont continué à augmenter, malgré les progrès techniques. Pour inverser la tendance, il faudrait tempérer à la fois l’augmentation des voyages à longue distance en avion et celle des déplacements en voiture des actifs, de plus en plus longs du fait de l’étalement urbain. Les solutions politiques à mettre en place devront composer avec de forts enjeux d’équité sociale.
Les transports représentent 15 % des émissions globales de gaz à effet de serre (GES) dans le monde, mais la France constitue un cas particulier. Les transports occupent un poids relatif plus important en France du fait de son système énergétique peu carboné (notamment du fait de son énergie nucléaire). Ainsi, en 2023, ce secteur représentait 34 % des émissions de gaz à effet de serre.
Réduire ces émissions est donc un enjeu crucial au niveau national, mais les dynamiques en jeu sont complexes. Pour mieux les comprendre, nous nous sommes concentrés sur les mobilités individuelles pour analyser vingt-cinq ans de données issues des trois dernières enquêtes nationales sur la mobilité des Français, menées respectivement en 1994, en 2008 et en 2019.
Il ressort de nos résultats que les progrès techniques enregistrés sur cette période ne suffisent pas à compenser les hausses de distances parcourues. En outre, les politiques de régulation à mettre en place doivent composer avec de forts enjeux d’équité sociale.
C’est, par exemple, le cas pour le transport aérien, qui a connu une hausse des émissions de plus d’un tiers entre 1994 et 2019, avec des disparités marquées. En 2019, les 25 % les plus riches de la population étaient ainsi responsables de plus de la moitié des distances parcourues en avion.
Des émissions encore et toujours en hausse
Principale leçon de l’enquête : pour le climat, le compte n’y est pas. En 2019, le Français moyen a effectué 1 044 déplacements et parcouru 16 550 kilomètres. Ceci correspond à 2,3 tonnes équivalent CO2 pour se déplacer. Or, si la France souhaite respecter l’accord de Paris (c’est-à-dire, faire sa part pour limiter le réchauffement en dessous de 2 °C en 2100), c’est peu ou prou la quantité totale de GES que ce Français devra émettre en 2050… tous usages confondus.
Émissions de gaz à effet de serre liées à la mobilité des Français en 2019. Fourni par l’auteur
L’automobile pèse lourd dans le bilan : elle représente à elle seule près des trois quarts du total des émissions. L’avion constitue l’essentiel du quart restant, tandis que tous les autres modes pris ensemble ne comptent que pour 4 %.
Par ailleurs, les émissions de notre Français moyen ont augmenté de 7 % entre 1994 et 2019. Il ne réalise pas davantage de déplacements qu’auparavant, mais ceux-ci sont par contre plus longs (+18 %). Les progrès techniques réalisés entre 1994 et 2019 ont permis de baisser les émissions par kilomètre parcouru de 10 %, ce qui n’a compensé que partiellement cet allongement. Enfin, comme la population française a augmenté de 12 % sur la période, la hausse de 7 % des émissions par personne conduit à une croissance totale des émissions de 20 %.
Pour aller plus loin dans l’analyse, nous avons distingué deux types de mobilité : les mobilités locales et les mobilités à longues distances, qui répondent à des besoins différents et ne font pas face aux mêmes contraintes. De ce fait, elles ne recourent pas aux mêmes modes de transports et n’ont pas évolué de la même manière au cours des vingt-cinq années observées.
L’automobile, poids lourd des émissions locales
La voiture est incontestablement le mode de transport dominant pour les trajets quotidiens des Français, tant en termes de distances parcourues que d’impacts environnementaux. Pour ce type de déplacements, elle représente ainsi 85 % des distances totales et 95 % des émissions de gaz à effet de serre. Ces proportions se vérifient dans les trois enquêtes de 1994, de 2008 et de 2019.
Évolution des émissions de GES pour les déplacements locaux entre 1994 et 2019. Fourni par l’auteur
Entre 1994 et 2019, les émissions totales de GES issues des déplacements locaux ont progressé de 20 %, notamment du fait d’un allongement des distances parcourues par personne, en plus de l’augmentation de la population. Les gains d’efficacité énergétique des moteurs n’ont pas suffi à compenser la croissance du poids des véhicules ni la progression de la proportion d’automobiles occupées par leur seul conducteur. Le taux de remplissage moyen est ainsi passé de 2,1 personnes à 1,8 personne par voiture.
Sur le plan individuel, le facteur déterminant du niveau de gaz à effet de serre émis reste le fait de travailler ou non. En 2019, les actifs en emploi constituaient 43 % de la population et représentaient 65 % des émissions. Les disparités territoriales entrent également fortement en compte : les actifs qui vivent dans les zones rurales ou périurbaines ont vu leurs distances et leurs émissions augmenter de manière significative avec l’élargissement des bassins d’emplois et la disparition des services locaux.
À longue distance, les émissions des Français décollent
Les émissions liées aux déplacements à longue distance ont également augmenté de 20 % entre 1994 et 2019, avec une accélération marquée entre 2008 et 2019. L’avion est le principal responsable de cette hausse, avec des distances totales parcourues multipliées par 2,5.
Bien que les émissions par passager au kilomètre en avion aient très fortement baissé sur la période (-45 %) grâce aux progrès techniques et à de meilleurs taux de remplissage, ces dernières restent élevées (170 g équivalent CO2 par passager au kilomètre, contre 99 pour la voiture sur les longues distances). Par ailleurs, cette baisse ne suffit pas à compenser la croissance de l’usage de l’avion. Les émissions dues à ce mode de transport augmentent de 35 % entre 1994 et 2019.
Évolution des émissions de GES pour les déplacements à longue distance entre 1994 et 2019. Fourni par l’auteur
Sur le plan individuel enfin, les disparités sociales restent extrêmement marquées : les plus diplômés et les plus aisés sont les plus susceptibles de réaliser des voyages longue distance.
Cette hétérogénéité pose la question de l’équité des politiques de régulation. Par exemple, les personnes sans diplôme appartenant au quartile de revenu le plus faible ont émis en moyenne 0,5 tonne équivalent CO2 par an pour leur mobilité à longue distance, contre 2,5 tonnes équivalent CO2 par an pour les titulaires d’un master ou plus, appartenant au quartile de revenu le plus élevé.
Même si on observe une diffusion progressive de l’usage de l’avion dans toutes les catégories de la population, cette démocratisation apparente reste à relativiser. En 2019, les 25 % les plus riches étaient toujours à l’origine de plus de la moitié des distances parcourues en avion. Et ce sont surtout les 25 % suivant qui les rattrapent : la moitié la moins aisée de la population reste encore loin derrière.
Comment réduire l’empreinte carbone de nos mobilités ?
Pour les mobilités locales, nos résultats soulignent l’importance d’adapter les politiques publiques aux spécificités territoriales pour réduire efficacement les émissions des mobilités individuelles.
C’est dans les zones périurbaines et peu denses que les enjeux sont les plus lourds en termes d’émissions. Des initiatives dans ces zones peuvent viser à améliorer et promouvoir l’offre de mobilités alternatives à la voiture individuelle, comme le vélo, les transports en commun ou le covoiturage. La voiture électrique, davantage consommatrice d’énergie et de matériaux rares que sa concurrente thermique lors de la phase de construction, nécessite un usage régulier pour avoir une empreinte carbone plus faible. Elle peut ainsi apparaître particulièrement pertinente dans ces territoires où la dépendance automobile est forte et les distances parcourues sont importantes.
Mais cette solution par l’organisation du système de transport ne fait pas tout. La maîtrise de l’étalement urbain dans les zones rurales et périurbaines est essentielle pour limiter l’augmentation des distances parcourues et, par conséquent, des émissions de GES. Des politiques favorisant la densification des activités et des résidences autour des pôles locaux et inversant la tendance de la disparition progressive des services de proximité pourraient jouer un rôle clé dans cette stratégie, sans se faire au détriment des populations concernées.
Pour les déplacements à longue distance, les évolutions démographiques et socio-économiques globales vont probablement favoriser un renforcement de l’usage de l’avion. Les progrès techniques envisagés à court et moyen terme risquent de ne pas suffire pour compenser cette augmentation prévisible de la demande.
La concentration des émissions de GES sur une fraction aisée et diplômée de la population impose de réfléchir à des politiques de réduction des émissions qui ciblent prioritairement les grands émetteurs. Par exemple, plusieurs travaux économiques montrent l’intérêt d’une taxe progressive sur les vols afin de réduire le nombre des « frequent flyers » de l’avion, sans pénaliser les voyageurs occasionnels.
Parallèlement, le développement des alternatives à l’avion pour certains déplacements, tels que les trains à grande vitesse pour les trajets intraeuropéens, pourrait contribuer à réduire la dépendance vis-à-vis de l’aérien.
En définitive, les progrès techniques enregistrés au cours des vingt-cinq dernières années, tant dans l’aérien que pour l’automobile, n’ont pas permis d’inverser la tendance à la hausse des émissions de GES des Français, pas plus au niveau individuel qu’au niveau global. Si l’on veut tenir les objectifs de l’accord de Paris, les actions à mener doivent aussi toucher les pratiques de mobilités elles-mêmes et l’organisation spatiale du territoire, ce qui ne peut se faire sans prendre également en compte les forts enjeux d’équité sociale du secteur.
Les résultats présentés dans cet article sont issus d’une recherche subventionnée par l’Agence de la transition écologique (Ademe). Leur détail et les hypothèses des calculs sont disponibles dans le rapport publié par les auteurs de l’article sur le site de l’Ademe.
Alix Le Goff a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR), notamment concernant des travaux traitant de la modélisation des déplacements et de la dépendance automobile.
Damien Verry a reçu des financements de l’ANR, de l’ADEME.
Jean-Pierre Nicolas a reçu des financements de l’ADEME
Source: The Conversation – France (in French) – By Dominique Redor, professeur émérite université Gustave Eiffel, chercheur affilié au Centre d’Etudes de l’emploi, CNAM, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)
L’administration Trump 2 a fait de la lutte contre l’immigration une priorité de politique interne. Au-delà des images chocs d’arrestations, la réalité est plus complexe, notamment pour les immigrés ayant des compétences scientifiques très pointues. La suprématie scientifique et technologique des États-Unis continue et continuera de dépendre de leur capacité à attirer les cerveaux du monde entier.
Le président Trump expulse en masse les immigrés sans papiers, tente de remettre en cause le droit du sol pour les enfants nés aux États-Unis de parents qui n’y résident pas officiellement. Il s’en prend aussi aux étudiants étrangers des universités les plus prestigieuses. C’est un moyen que le président utilise pour les forcer à accepter les ingérences de son administration dans la sphère universitaire et de la recherche scientifique. Cette administration tente ainsi d’obtenir le licenciement ou l’arrêt du recrutement de certains scientifiques de haut niveau états-uniens et surtout étrangers.
Largement médiatisées, ces attaques ne doivent pas faire oublier qu’une part importante des immigrés présents aujourd’hui aux États-Unis est hautement diplômée, selon l’enquête American Community Survey (disponible sur le USA IPUMS dont sont extraites la plupart des données du présent article. Le président Trump va-t-il aussi leur fermer les frontières des États-Unis ? Ou, au contraire, va-t-il se borner à effectuer une sélection, entre ceux et celles qui, jugés indispensables au bon fonctionnement de l’économie, bénéficieront de toutes les protections et de tous les avantages matériels, tandis que les autres seront de plus en plus rejetés ?
L’histoire du brain drain (l’attraction des cerveaux), notamment européens, vers les États-Unis est ancienne. Le grand tournant de la politique migratoire eut lieu en 1965. Le président démocrate Lyndon Johnson voulait que les États-Unis redeviennent une « terre d’accueil ». Pour cela, une nouvelle législation fut adoptée pour favoriser l’immigration familiale et, surtout, celle des personnes ayant des qualifications ou des compétences exceptionnelles. On leur offrait la possibilité d’obtenir un droit de séjour permanent, encore dénommé Green Card (carte verte).
Depuis lors, cette législation a connu de nombreuses adaptations, mais n’a pas fondamentalement changé. Ses effets, jusqu’en 2024, ont été progressifs et massifs. Précisons que l’enquête American Community Survey considère comme immigrée toute personne née à l’étranger. En 1980, ces immigrés d’âge pleinement actif (de 25 ans à 64 ans) représentaient 7,2 % de la population résidant aux États-Unis. En 2020, ils constituaient 19 % de cette population. Une partie de celle-ci, surtout d’origine latino-américaine, avait un très faible niveau de diplôme. En effet, 84 % de ces derniers avaient un niveau d’éducation inférieur ou égal au diplôme de fin d’études secondaires.
Des immigrants diplômés
Cependant, beaucoup d’immigrants, admis dans les années 1980 et 1990, étaient de plus en plus diplômés. Depuis, leur montée en qualification a été régulière. En 2020, parmi l’ensemble de la population immigrée, on trouvait davantage de titulaires d’un diplôme de 3e cycle (master ou doctorat), qu’au sein de la population d’origine états-unienne. Si bien que les immigrés représentaient un tiers des personnes résidant aux États-Unis qui étaient titulaires d’un doctorat.
Ce constat mérite d’être relativisé. Si les diplômés dans les disciplines scientifiques et technologiques et du management représentaient la grande majorité des immigrés admis à résider et travailler aux États-Unis, les diplômés de sciences sociales, de disciplines littéraires et artistiques, étaient beaucoup moins nombreux à obtenir cette admission.
Européens, Chinois et Indiens
Trois groupes d’immigrants se distinguaient par leur niveau d’éducation particulièrement élevé. Tout d’abord, par ordre croissant, on dénombrait 1,5 million d’Européens des 27 pays de l’Union européenne, appartenant à cette classe d’âge pleinement active ; 30 % d’entre eux étaient titulaires d’un diplôme de 3e cycle. La palme revenait aux Français au nombre de 120 000 ; 52 % d’entre eux possédaient un diplôme de 3e cycle.
Ensuite, un deuxième groupe de personnes hautement diplômées était constitué par les Chinois, au nombre de 1,9 million pour cette classe d’âge ; 37 % d’entre eux avaient un diplôme de 3e cycle. Enfin, le groupe des immigrés indiens était le plus nombreux avec 2,8 millions de personnes, dont 43 % possédaient un tel diplôme.
En témoignent quelques figures bien connues comme, par exemple, les Français Yann Le Cun ou Jérôme Pesenti qui ont exercé de hautes fonctions chez Meta, tandis que Joëlle Barral était directrice de la recherche fondamentale en intelligence artificielle (IA) chez Google Deep Mind. Quant à Fidji Simo, elle est devenue, en 2024, directrice générale des application d’Open AI. Sundar Pichaï chez Google ou Shantanu Narayen chez Adobe System illustrent, quant à eux, la présence des Indiens.
D’une manière générale, les immigrés sont nombreux dans les échelons supérieurs de ces organisations. Ceci est attesté par leur position dans la hiérarchie des salaires. Par exemple, dans le secteur de la construction électronique (incluant Apple), les 5 % de salariés les mieux payés perçoivent un salaire annuel égal ou supérieur à 220 000 dollars. Parmi ceux-ci, on compte 38 % d’immigrés. De même, dans le secteur de la communication et des réseaux sociaux (incluant Facebook), 5 % des salariés perçoivent une rémunération annuelle égale ou supérieure à 310 000 dollars. On dénombre 33 % d’immigrés parmi eux. Dans l’enseignement supérieur, on trouve 26 % d’immigrés dans la classe des 5 % de salariés les mieux payés.
France 24 – 2025.
La longue histoire du brain drain vers les États-Unis est loin d’être terminée, malgré de possibles soubresauts, comme l’ont montré, en décembre dernier, les dissensions au sein du camp MAGA.
Le Made in USA et son économie ne peuvent pas se passer de l’emploi des étrangers. Quelles que soient les évolutions politiques dans les années à venir, les gouvernants continueront à donner la priorité absolue à la suprématie de leur pays dans ces domaines. La politique migratoire de Trump et de ses successeurs laissera les frontières largement ouvertes aux scientifiques et managers étrangers, comme au cours de ces soixante dernières années.
Des attaques ciblées de D. Trump
Les attaques de Donald Trump contre la science ne doivent pas tromper. Son combat concerne les disciplines et les scientifiques dont les travaux et les démonstrations s’opposent à son idéologie, qu’il s’agisse de la climatologie, d’une partie des sciences médicales et de la quasi-totalité des sciences sociales (études sur le genre, les inégalités, les discriminations de toutes origines).
Sa politique relève d’une conception instrumentale de la science et des scientifiques, rejetant ceux qui ne servent pas ses intérêts économiques et ses options idéologiques. S’ils sont étrangers, ils risquent l’expulsion. Les autres, indispensables aux entreprises de la tech, sont les bienvenus aux États-Unis et le resteront, car il existe désormais une concurrence intense sur ces marchés mondialisés de l’emploi des « talents », selon l’expression popularisée par les publications de l’OCDE. Cette compétition va se poursuivre et s’exacerber.
Cette situation devrait davantage préoccuper les gouvernements européens et français. L’exode des cerveaux de l’UE risque de se prolonger, voire de s’accroître. Les données de l’OCDE font ressortir l’insuffisance des investissements en recherche et développement (R&D) de la France au même niveau que la moyenne de l’UE (2,15 % du PIB), et très en deçà des États-Unis (3,45 %). Cette faiblesse des investissements concerne aussi bien la recherche publique que privée. Sur la période 2013-2024, les entreprises états-uniennes ont investi dans l’IA 470 milliards de dollars, les entreprises allemandes 13 milliards et les entreprises françaises 11 milliards. C’est dire, sur ce domaine d’avenir, combien le pouvoir d’attraction de l’économie des États-Unis est déterminant.
Dominique Redor est membre des Economistes Atterrés
Deuxième partie d’un texte rassemblant une série de constats et de réflexions nourris par plus d’un demi-siècle d’observation et d’engagement – une observation que l’on pourrait qualifier de participante – au sein de la principale région berbérophone d’Algérie : la Kabylie.
Dans un précédent article, nous avons vu qu’une palette assez complète de moyens répressifs, politiques et juridiques a été utilisée par l’État algérien pour contrôler une région qui s’est régulièrement opposée à lui, opposition qui n’a d’ailleurs pas eu que des formes paroxystiques.
Il suffit de se pencher sur la sociologie électorale de la Kabylie depuis 1963 pour constater, sur la base même de chiffres officiels – dont la fiabilité est pourtant très douteuse –, qu’il existe dans cette région une défiance tenace vis-à-vis du pouvoir politique. Lors de toutes les consultations électorales, de niveau local ou national, on a pu constater en Kabylie des taux d’abstention très élevés avoisinant souvent les 80 % et un rejet quasi systématique des candidats officiels.
Certes, les diverses confrontations entre la Kabylie et le pouvoir central ont favorisé certaines avancées et fait évoluer la position de l’État. En particulier, le tabou pesant sur la langue et la culture berbères a été levé, avec leur reconnaissance comme « langue nationale » en 2002, l’arabe restant langue officielle, et la promotion du berbère au rang de seconde « langue officielle » en 2016.
C’est d’ailleurs la pratique permanente du pouvoir face à toutes formes de contestation : quand on ne peut pas la réprimer directement et immédiatement, on la neutralise par des concessions tactiques. C’est ce qu’a illustré le grand mouvement de contestation national de 2019-2020 (Hirak) qui a certes obtenu la mise à l’écart définitive de Bouteflika, mais qui a vu en même temps se renforcer les actions de répression de toute nature contre les « meneurs » et contre la presse.
Dans tous les cas, et quelle que soit la forme de l’opposition, on a le sentiment que celle-ci bute sur le socle inébranlable d’un pouvoir autoritaire. Toujours et partout, les méthodes du pouvoir et de ses exécutants ont été les mêmes : infiltration, division, répression et récupération.
Même les mouvements de protestation les plus massifs (Kabylie 2001-2002, aussi appelé printemps noir, où la protestation populaire sévèrement réprimée s’est soldée par près de 130 morts et des milliers de blessés ; Hirak 2019-2020) n’ont pas réussi à remettre en cause le socle du système et à imposer une évolution démocratique, même très progressive.
Bien sûr, en premier lieu, la rente des hydrocarbures qui lui permet souvent de calmer les ardeurs contestataires et surtout d’intégrer une grande partie des élites culturelles et politiques ;
En second lieu, la rente idéologique constituée à la fois de ce qui a été appelé « la rente mémorielle » fondée sur la guerre de libération, mais aussi sur ce que le régime lui-même appelle « les constantes de la nation », c’est-à-dire l’unité et l’indivisibilité de la nation, l’identité arabe et l’islam. Ces « opiums », systématiquement diffusés par l’École, les médias officiels et les mosquées, permettant d’anesthésier la société et, en cas de contestation, de légitimer la répression sont donc nombreux et durables.
La Kabylie ou « l’adversaire de l’intérieur »
Le régime algérien, comme tous les régimes autoritaires, a structurellement besoin d’ennemis, extérieurs et/ou intérieurs, pour se maintenir et légitimer son autoritarisme et ses pratiques répressives. Depuis la tentative d’invasion marocaine de 1963, qui marqua le premier conflit frontalier connu sous le nom de « Guerre des Sables », puis surtout depuis la crise du Sahara occidental à partir de 1974, l’ennemi extérieur désigné reste le voisin et « frère » marocain, ainsi que ses alliés.
Sur le temps long, l’ennemi extérieur sert surtout de prétexte pour renforcer le sentiment national face à une menace perçue. Dans la réalité, cette rhétorique n’a guère de traduction concrète : il est difficile d’imaginer les généraux algériens s’engager dans une guerre contre le Maroc, tant un tel pari militaire et politique serait incertain et pourrait compromettre la survie même du régime.
En revanche, la Kabylie reste perçue par le pouvoir central comme un adversaire intérieur, et ce depuis 1963 et l’insurrection armée de Hocine Aït Ahmed. Elle est une proie facile que l’on peut aisément désigner à la vindicte populaire, en tant qu’ennemi de la nation et de son unité. C’est pour cela que ce ressort est systématiquement utilisé depuis 1963.
On se reportera aux discours des présidents de la République algériens (Ben Bella, Boumédienne, Chadli et à ceux des gouvernements successifs à l’occasion des crises « kabyles » en 1963, en 1980, en 2001-2002 et en 2021-2022, cette dernière ciblant spécifiquement le MAK qui n’est donc qu’un cas parmi une longue série rappelée plus haut.
En fait, cette pratique antikabyle a des racines bien plus anciennes, au sein même du mouvement nationaliste algérien radical. On rappellera que le mouvement national algérien né à la fin des années 1920 était très divers, allant de courants partisans de la lutte armée (indépendantistes comme le Parti du Peuple algérien de Messali Hadj) à des mouvements réclamant une autonomie au sein de la France, comme ce fut initialement le cas de Fehrat Abbas.
Au départ, il s’agissait moins d’un clivage ethnique que d’une opposition idéologique sur les moyens d’action, certains militants nationalistes kabyles s’opposant à la définition arabo-islamique de la nation et manifestant un tropisme marqué en faveur d’une conception laïque de l’État.
D’où les condamnations et stigmatisations récurrentes de « berbérisme et berbéro-matérialisme ». Cette divergence idéologique évoluera rapidement vers une suspicion antikabyle largement répandue, qui s’est manifestée après l’indépendance par l’élimination ou l’éviction de tous les chefs historiques kabyles du FLN (Krim Belkacem, Hocine Aït Ahmed…).
Un contexte répressif aux racines idéologiques anciennes
Ces invariants (islam, arabité, unité et indivisibilité de la nation) sont pour l’essentiel induits par l’histoire politique contemporaine au cours de laquelle s’est constitué le nationalisme algérien. Cette donnée historique a déterminé des options idéologiques et des pratiques politiques pérennes :
La référence quasi obsessionnelle à l’identité arabe et musulmane de la nation ;
Un nationalisme exacerbé posant l’existence éternelle de la nation incarnée par l’État ;
Bien qu’il ait connu des fluctuations, avec des alternances de périodes d’ouverture et de périodes de fermeture, ce contexte d’autoritarisme et de répression est structurel : il est la concrétisation au niveau de la gestion politique des orientations idéologiques fondamentales du mouvement nationaliste.
C’est donc une erreur d’analyse, ou une illusion naïve de croire qu’il y ait eu à l’indépendance un « détournement » d’un mouvement populaire progressiste et démocratique. Un détournement de la « Révolution », comme on dit souvent en Algérie, n’a eu lieu ni en 1962, ni en 1965, ni plus tard. Le régime politique qui s’est mis en place à l’indépendance, avec le tandem Ben Bella – Boumédiène, n’est que la concrétisation directe des orientations fondamentales du mouvement nationaliste.
Rares ont été les analystes qui, comme Mohamed Harbi, sans aucun doute l’historien algérien du nationalisme le mieux informé et le plus lucide, ont perçu que les prémisses du régime politique algérien post-indépendance étaient déjà en germe dans le mouvement nationaliste.
Il ne s’agit donc pas d’une confiscation par une oligarchie, mais bien de la réalisation d’une programmation qui remonte aux origines même du nationalisme.
C’est pour cela que le combat berbère, comme tous les combats démocratiques, est difficile en Algérie. Ces combats sont difficiles, voire désespérés, pour répondre au titre de l’ouvrage de Pierre Vermeren (2004).
Si l’on veut remettre en cause réellement un pouvoir « corrompu et corrupteur », comme le disait la plateforme d’El-Kseur (2001), élaborée à la suite du « printemps noir » de 2001, il faut nécessairement s’attaquer aux bases historiques et idéologiques qui fondent ce régime.
D’autant qu’à ces blocages internes s’ajoute un contexte géopolitique peu favorable à toute évolution démocratique. L’Algérie (de même que le Maroc) apparait de plus en plus comme l’un des gardiens de la frontière sud de l’Europe, avec pour fonction essentielle le contrôle de l’immigration africaine et la lutte contre l’islamisme radical. Autrement dit, le régime en place à Alger mais plus généralement les pouvoirs installés au Maghreb, rendent de grands services à l’Europe.
Dans une telle configuration, il peut compter sinon sur le soutien, du moins sur une bienveillante tolérance des pays occidentaux qui s’accommodent fort bien des violations les plus flagrantes des droits humains chez leurs auxiliaires du Sud.
Salem Chaker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – France in French (3) – By Haoues Seniguer, Maître de conférences HDR en science politique. Spécialiste de l’islamisme et des rapports entre islam et politique, Sciences Po Lyon, laboratoire Triangle, ENS de Lyon
Aborder le 7 octobre et ses répercussions relève d’un exercice périlleux, tant les enjeux sont complexes et les sensibilités à incandescence. Plusieurs raisons, plus ou moins légitimes, expliquent cette difficulté. Tout d’abord, le sujet a déjà fait l’objet de nombreuses analyses et prises de position ; dès lors, quel intérêt y aurait-il à ajouter sa voix à ce flot d’interventions, qu’elles émanent de chercheurs avertis ou de commentateurs plus ou moins éclairés ?
Ensuite, dans un contexte où le conflit israélo-palestinien suscite des débats souvent passionnels, ne risque-t-on pas, en s’y engageant, d’exacerber les tensions sans réellement parvenir à faire entendre une voix qui, à tort ou à raison, se voudrait singulière ? Chercher à analyser et à expliquer cet événement d’ampleur mondiale, dans ses développements successifs, ne revient-il pas à s’exposer au risque d’être accusé, comme l’avait autrefois suggéré le premier ministre Manuel Valls, de tenter de justifier l’injustifiable, en l’occurrence les attaques du 7 octobre et l’émotion qu’elles ont suscitée dans le monde ?
Prendre la parole comporte un risque, mais garder le silence ne revient-il pas à abdiquer sur le plan de la pensée et à renoncer à la mission du sociologue du politique ou de l’intellectuel public ? Ces derniers ont en effet le devoir d’éclairer la société, sans quoi les événements et les tragédies demeurent non seulement incompréhensibles et énigmatiques, mais risquent, par cette absence d’analyse, de se répéter et de perpétuer les incompréhensions.
Une approche non exclusiviste centrée sur le religieux dans le conflit israélo-palestinien
Le cœur de cet ouvrage est de reconsidérer la place du religieux dans l’analyse du conflit israélo-palestinien à travers trois axes principaux qui n’ont pas la prétention d’en embrasser toutes les facettes.
Primo, nous nous interrogerons sur la manière dont le référentiel islamique a été investi et mobilisé discursivement par les principaux instigateurs des attaques du 7 octobre et leurs soutiens. Cela impliquera un retour sur l’idéologie fondatrice du Hamas ainsi que sur les discours des oulémas palestiniens et arabes les plus influents qui ont pour habitude de défendre la cause palestinienne.
Secundo, nous examinerons en parallèle les discours israéliens, juifs ou judéo-israéliens, qui justifient, explicitement ou implicitement, l’intervention militaire post-7 octobre en s’appuyant sur une grammaire religieuse et des références tirées des traditions juives.
Tertio, nous analyserons les réactions discursives d’acteurs individuels et collectifs juifs et musulmans en contexte français, afin de mieux comprendre comment le religieux façonne, éventuellement, la perception et la prise de position face à ce conflit dans le choix des mots.
L’analyse se concentrera toutefois principalement sur la façon dont la religion, loin de se cantonner à des injonctions morales, spirituelles ou pacifistes, est au contraire mobilisée pour légitimer diverses formes d’actions belliqueuses, y compris les plus extrêmes. C’est un angle analytique certes sujet à débat, voire à polémique, néanmoins indispensable pour saisir comment la sacralisation d’un conflit peut favoriser des dynamiques de déshumanisation progressive de l’autre, justifiant ainsi, à des degrés divers, sa mise à l’écart, voire son élimination sans autre forme de procès.
La violence n’a guère besoin du secours de la religion pour se déployer et sévir parmi les hommes, il suffit pour en prendre la mesure de regarder du côté de la philosophie morale et politique de Thomas Hobbes (1588-1679) qui explique « qu’on trouve dans la nature humaine trois causes principales de conflit : premièrement, la compétition ; deuxièmement, la défiance ; troisièmement, la gloire ». Mais la religion, elle, peut en devenir un redoutable carburant et adjuvant.
Clarifier les enjeux : éviter les lectures simplistes du religieux
Toutefois, nous souhaitons dès à présent dissiper certains malentendus sous – jacents : il ne s’agit ni de présenter la religion en général, ni le judaïsme et l’islam en particulier, comme des monothéismes intrinsèquement violents, voués à s’épanouir uniquement dans la violence la plus débridée. Une telle vision serait à la fois réductrice, erronée, injuste et dangereuse.
Par ailleurs, le référentiel religieux et ses ressources ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer le déclenchement et la perpétuation du conflit israélo-palestinien. Les conditions de naissance de l’État d’Israël, les structures sociales et politiques passées et présentes, ainsi que les dynamiques idéologiques dans les deux espaces jouent un rôle tout aussi déterminant dans cette confrontation sanglante vieille à ce jour, en 2025, de 77 ans. Autrement dit, il importe de ne ni minimiser ni absolutiser le rôle de la religion dans ce conflit, tant il est pris dans un enchevêtrement de facteurs historiques, politiques et territoriaux qu’il importe de démêler.
[…]
Cadre théorique et inspirations méthodologiques
Et, précisément, pour parvenir à une lecture plus juste du statut de la religion dans le conflit […], il est essentiel d’adopter un cadre théorique minimal. Certains penseurs ont déjà tracé la voie, et bien que plus nombreux, trois d’entre eux nous ont été particulièrement précieux : le philosophe américain Michael Walzer, le sociologue Mark Juergensmeyer, également américain, et le journaliste franco-israélien Charles Enderlin.
Le premier, dans la préface d’un ouvrage consacré à la politique selon la Bible, entend « examiner les idées sur la politique, les approches du gouvernement et de la loi qui s’expriment dans la Bible hébraïque ». Si la perspective adoptée par le philosophe est intéressante, notre approche s’en distingue et dépasse le seul cadre du judaïsme. En effet, notre démarche consiste à partir des discours des acteurs sociaux contemporains impliqués, à divers titres, dans le conflit avant et après le 7 octobre, qu’ils soient figures politiques ou autorités religieuses.
Nous nous attachons ainsi à analyser la manière dont ils interprètent et mobilisent les textes du corpus juif ou islamique pour légitimer leurs positions et actions. En ce sens, notre approche se situe en quelque sorte à l’opposé de la sienne. Bien que, tout comme lui, nous accordions une importance majeure aux contenus théologiques. Walzer précise d’ailleurs sa position en définissant ce qu’il ne souhaite pas entreprendre dans son étude, tandis que nous faisons précisément le choix d’explorer cette dimension dans le présent travail. Ce contraste nous donne ainsi l’opportunité de clarifier et d’affiner davantage notre propre approche :
« […] Je ne traiterai pas de l’influence des idées bibliques sur la pensée politique occidentale : ni au Moyen Âge, ni au début des Temps modernes (où les textes bibliques étaient très souvent étudiés et cités), ni chez les fondamentalistes religieux de nos jours. »
Nous admettons cependant, à l’instar de Walzer, que la Bible est peut-être avant tout un livre religieux, mais qu’elle reste également un livre politique, dans la mesure où elle fait l’objet, de manière continue, de lectures et d’interprétations politisantes qu’elle ne peut ni empêcher ni interdire.
Mark Juergensmeyer, lui, a consacré un travail « au terrorisme religieux à la fin du XXe siècle, c’est-à-dire aux actes de terreur, perpétrés à l’encontre des civils, que la religion a motivés, justifiés, organisés », en s’efforçant, écrit-il, « de pénétrer l’esprit de ceux qui commanditent ou accomplissent ces actes […] », poursuivant ainsi :
« Il ne s’agit bien évidemment pas pour moi de trouver des circonstances atténuantes à ceux qui sont capables de telles horreurs, mais bien de tenter d’appréhender leur vision des faits, de comprendre comment ils peuvent justifier leurs actes. Mon but étant de comprendre l’environnement culturel à l’origine de ces actes de violence, j’ai étudié les idées qui motivent ceux-ci ainsi que les communautés qui soutiennent les terroristes, plutôt que ces derniers eux-mêmes. »
Ces extraits sont tirés de « Dieu est avec nous : Le 7 octobre et ses conséquences. Comment les religions islamique et juive justifient la violence » d’Haoues Seniguer, qui vient de paraître aux éditions Le Bord de l’Eau.
À l’instar de Juergensmeyer, nous considérons qu’il est essentiel de souligner que les idées, notamment lorsqu’elles sont nourries par la croyance et des convictions religieuses, idéologisées ou non, jouent un rôle déterminant dans l’action, qu’elle soit accomplie ou en devenir. Il serait cependant incomplet d’en rester là. En effet, Pierre Bourdieu (1932-2002) souligne que la réussite d’un acte de langage n’est jamais purement linguistique, mais dépend des conditions sociales qui l’entourent.
En d’autres termes, la parole ne peut être efficace (ou du moins efficiente) que si elle est soutenue par des rapports sociaux, éventuellement des impulsions politiques, qui lui confèrent une légitimité et un pouvoir d’action. Dans cette perspective, nous inscrivons notre réflexion dans la continuité des travaux du sociologue français, selon lesquels un ordre ne peut acquérir une véritable valeur performative que si son émetteur dispose d’une autorité reconnue. De même, l’efficacité du discours politique repose étroitement sur le capital symbolique de l’orateur, d’autant plus cardinal s’il s’appuie sur un volume conséquent de ressources matérielles qui permettront de la sorte un pouvoir d’injonction ou d’influence encore plus décisif.
Haoues Seniguer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Noel and Liam Gallagher are seen on the jumbo screen at a recent concert in Edinburgh.(Lee-Anne Goodman)
The long-awaited Oasis reunion tour is a rousing success. Since launching in Wales in July, the band has been selling out shows across four continents, including two stops in Toronto.
This is a far cry from 2009, when Oasis broke up after an epic fallout. Noel, the elder brother, announced he could no longer put up with Liam’s drug-fuelled antics and frequent no-shows. The brothers then spent nearly 15 years estranged.
Their conflict isn’t surprising when you consider their childhood. Research shows that family violence and abuse can have lasting effects on sibling relationships.
So what’s made the difference? How have they managed to heal wounds and reunite? One answer may be resilience.
In my research, I’ve found that resilience is what allows some people, with the right support and circumstances, to rise above adversity and come out stronger. Back in 2017, I explored how this might apply to the Gallagher brothers, who grew up in a difficult and sometimes violent home.
For the Gallaghers, growing up in a violent and chaotic home meant they were exposed to unhealthy patterns of behaviour and relationships. But at the same time, they also had a powerful positive influence in their lives through their mother, Peggy.
By ultimately leaving her abusive husband, despite the difficulties that followed, she modelled to her children that there are alternatives to destructive relationships.
This balance of negative and positive role models matters. Harmful examples can damage development, but protective role models can demonstrate healthier ways of coping, relating and moving forward.
I suggested that counselling focused on conflict resolution could help. These approaches often include learning skills like open communication, active listening, exploring options together, collaborating, compromising, and aiming for a win-win solution.
Apologizing and avoiding casting blame are also important parts of the process. While we may never know if the Gallagher brothers were provided any of these supports, or used them to resolve their conflicts, it’s clear they’ve achieved some significant measure of reconciliation.
The combined raw talent of the Gallagher brothers, along with the drive and persistence to form a band, captured the hearts of a generation of music-lovers and is continuing to attract new and younger fans around the world.
After years apart, their return to the stage shows that reconciliation is possible and that even the most fractured relationships can find a way forward.
Watching the Gallaghers side by side on stage, frequently laughing and embracing, it seems clear that resilience, combined with a genuine desire to reconcile, has helped bring them back together.
Their reunion is more than a comeback tour; it’s a story of overcoming adversity that speaks to a universal hope. They’re showing that even long-standing family conflicts can be healed.
Ramona Alaggia’s studies have been funded by the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada.
Alexis de Tocqueville, alors ministre des affaires étrangères en 1848, par Théodore Chassériau (1819-1856).Théodore Chassériau, CC BY
Notre démocratie est en crise, comment la réinventer ? Que nous enseignent ceux qui, au cours des âges, furent ses concepteurs ? Septième volet de notre série consacrée aux philosophes et à la démocratie, avec Alexis de Tocqueville (1805-1859). Pour le penseur français, l’individualisme et l’égalisation des conditions de vie sont deux piliers essentiels de la démocratie.
Parmi les interprètes des sociétés démocratiques, Alexis de Tocqueville occupe une place à part. Il nous lègue un concept synthétique permettant de comprendre l’évolution des sociétés dans lesquelles nous vivons, celui d’individualisme démocratique.
Dans le premier tome de son ouvrage majeur, De la démocratie en Amérique, publié en 1835 sur la base d’un voyage aux États-Unis, Tocqueville s’approche du concept, sans utiliser le terme :
« S’il vous semble utile de détourner l’activité intellectuelle et morale de l’homme sur les nécessités de la vie matérielle, et de l’employer à produire le bien-être ; si la raison vous paraît plus profitable aux hommes que le génie ; si votre objet n’est point de créer des vertus héroïques, mais des habitudes paisibles ; si vous aimez mieux voir des vices que des crimes, et préférez trouver moins de grandes actions, à la condition de rencontrer moins de forfaits ; si, au lieu d’agir dans le sein d’une société brillante, il vous suffit de vivre au milieu d’une société prospère ; si, enfin, l’objet principal d’un gouvernement n’est point, suivant vous, de donner au corps entier de la nation le plus de force ou le plus de gloire possible, mais de procurer à chacun des individus qui le composent le plus de bien-être et de lui éviter le plus de misère ; alors égalisez les conditions et constituez le gouvernement de la démocratie. »
L’essentiel est donc là : ce que Tocqueville observe en Amérique et qu’il nomme démocratie est une organisation où le maximum de droits et de libertés sont garantis à l’individu grâce à une prospérité et une stabilité globale de la société.
Démocraties modernes et sociétés aristocratiques
L’individualisme permet de saisir la spécificité des démocraties occidentales modernes par rapport à ce que furent les démocraties grecques antiques.
Tocqueville écrit en ce sens :
« L’individualisme est une expression récente qu’une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l’égoïsme. L’égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l’homme à ne rien rapporter qu’à lui seul et à se préférer à tout. L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »
Les démocraties antiques ou les petites républiques modernes restaient inscrites dans un type de culture et un régime de valeurs (honneur, hiérarchie…) pris dans ce que Tocqueville nomme « les temps aristocratiques ». Les temps démocratiques, eux, sont porteurs d’autres mœurs, où les aspirations individuelles sont autres, de même que leurs comportements.
Pour Tocqueville, ces changements sont irrésistibles : il s’agit de les comprendre, d’agir au mieux dans ce nouveau cadre, et non de s’opposer à ce cours providentiel de l’histoire. Une fois la démocratie installée, on peut espérer son bon fonctionnement ou craindre ses pathologies, mais non viser un retour aux modèles passés. La pensée de Tocqueville est donc anti-réactionnaire et anticonservatrice par excellence et par logique interne.
Démocratie et égalité des conditions
Le concept d’individualisme démocratique nous permet également de disposer d’une compréhension de la démocratie qui, bien loin de la limiter ou même de la centrer sur un certain type de régime politique (où les dirigeants sont élus plutôt que désignés de manière héréditaire, par exemple), en fait un mode de vie englobant. Ce projet humain général n’est jamais pleinement achevé, il engage l’ensemble des manières d’être soi-même, de vivre en société, d’entrer en relation, sur la base de ce que Tocqueville appelle « l’égalité des conditions ». Selon lui, l’avènement de la démocratie en procède. Les citoyens antiques étaient égaux entre eux, mais étaient une minorité dominante d’une société à ordres et/ou à castes. En retour, la démocratisation nourrit l’exigence d’égalité entre les humains, et même au-delà de ce que lui-même imaginait en son temps – les inégalités qu’il percevait comme « naturelles » et non « politiques », par exemple entre les hommes et les femmes ou entre les Blancs et les non-Blancs, s’étant révélées, au XXe siècle, l’objet de luttes politiques d’émancipation.
Ainsi, dès l’introduction de son ouvrage, Tocqueville fait de l’égalité des conditions « le fait générateur dont chaque fait particulier semblait descendre […] point central où toutes mes observations venaient aboutir ». Il remarque partout
« l’influence prodigieuse qu’exerce ce premier fait sur la marche de la société ; il donne à l’esprit public une certaine direction, un certain tour aux lois ; aux gouvernants des maximes nouvelles, et des habitudes particulières aux gouvernés. Bientôt je reconnus que ce même fait étend son influence fort au-delà des mœurs politiques et des lois, et qu’il n’obtient pas moins d’empire sur la société civile que sur le gouvernement : il crée des opinions, fait naître des sentiments, suggère des usages et modifie tout ce qu’il ne produit pas ».
Égalisation des conditions et individualisation démocratique sont ainsi deux manières de désigner une dynamique transformatrice globale mue par le fait de se rapporter aux autres êtres humains sous le registre du semblable et non d’une altérité radicale, malgré différences et inégalités de fait – il y a des riches et des pauvres, des maîtres et des serviteurs, mais ces derniers ont plus en commun (en tant qu’humains) qu’en écart, malgré tout.
Tocqueville nous propose également une pensée globale de la modernité y compris dans ses dimensions économiques (ce qu’il va appeler la passion du commerce, la société marchande ou la quête du profit et du bien-être, culturels, technologiques). Tout cela concourt à l’avènement de la démocratie comme forme de vie et fait système autour de ce qu’il appelle le partage général de certaines passions démocratiques, comme celles du bien-être, du progrès, de l’entreprise et de l’innovation individuelle ou plus collective. On reconnaît bien ici les axiomes de base du libéralisme moderne, que Tocqueville contribua avec quelques autres (Locke, Constant, Mill…) à poser.
Il faut noter que Tocqueville lui-même a un rapport ambivalent à ce phénomène, le jugeant globalement irrésistible mais cherchant parfois des pistes pour le canaliser, l’estimant tantôt pacificateur et dynamisant, tantôt potentiellement désorganisant et dissolvant au plan de la vie politique en particulier. Sa crainte essentielle était qu’à l’absolutisme royal succède l’absolutisme de l’État, sur fond d’apathie civique des individus. Cette crainte a tenaillé ensuite nombre de libéraux de la guerre froide, lecteurs de Tocqueville, face à l’État totalitaire.
Le sacre contemporain de l’individualisme démocratique
On peut considérer que le monde démocratique contemporain – celui des sociétés occidentales depuis la fin des années 1960 – est une société des individus où les droits fondamentaux des personnes, leurs prétentions légitimes à l’autonomie et au bien-être prennent acte de l’individualisme démocratique et le sacrent. Le développement conjoint d’États-sociaux redistributifs et de garanties solides – non seulement des droits fondamentaux des individus, mais aussi des moyens concrets de leur exercice – est in fine ce qui a permis la stabilisation démocratique. Dans ce modèle, des inégalités demeurent, mais les opportunités moyennes pour chacun d’avoir une vie prospère, confortable et « choisie », ont atteint des niveaux inédits dans l’histoire humaine.
Ainsi, on peut conclure que ce n’est pas en tournant le dos à l’individualisme que les démocraties contemporaines pourront faire face aux régimes autoritaires qui les menacent. L’avenir de nos démocraties réside, au contraire, dans le perfectionnement du cadre fondamental posé par Tocqueville et ses contemporains (épanouissement des individus, garantie des droits fondamentaux, progrès vers l’égalité).
Camille Roelens ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – Canada – By Kam Phung, Assistant Professor of Business & Society, Beedie School of Business, Simon Fraser University
Despite growing awareness and legislation aimed at eradicating modern slavery — including forced labour, bonded labour and other extreme forms of human exploitation — efforts to combat the issue remain largely ineffective.
The United Kingdom, the first to enact a modern slavery act in 2015, is a case in point. The latest government figures show 5,690 potential victims in the U.K. were referred to the Home Office between April and June. This is the highest quarterly figure since the national referral mechanism began in 2009.
This could be attributed to a multitude of reasons, including an actual rise in exploitation, growing awareness of the issue and more training being provided for frontline services. But the effectiveness of transparency and disclosure laws in achieving substantive change in businesses’ behaviours has long been questioned.
When confronted with modern slavery risks, some companies justify their inaction or adopt ineffective measures that do little to address the problem.
In a recent book chapter published in the The Routledge Companion to Responsible Business, my co-researchers and I explore three rationalizations used by businesses and professionals to deflect responsibility for addressing modern slavery and other pressing societal issues, even as pressure to do so increases.
Our insights emerged from interviews we conducted with a range of businesses operating in Canada with global supply chains leading up to Canada’s enactment of modern slavery legislation. They represent some, but not all, of the ways businesses deflect responsibilities for addressing modern slavery.
In everyday organizational life, these deflections can be hard to spot. They manifest in subtle ways, and may sound reasonable on the surface but ultimately serve to sidestep meaningful responsibility.
Perceptual rationalizations
“Perceptual rationalization” occurs when businesses resist addressing modern slavery because they fear negative perceptions and consequences.
In our interviews, some businesses worried that acknowledging the issue might be seen as an admission of guilt, making their company vulnerable to media criticism and public backlash.
To some companies, modern slavery is considered so toxic and stigmatized that they prefer to avoid the topic altogether. In the face of media coverage on linkages to modern slavery, some businesses fear that bringing attention to the issue will become a public relations nightmare.
Ironically, this suggests the media’s role as “watchdogs” of corporate behaviour may actually deter some businesses from taking action rather than deter socially irresponsible behaviours.
“Structural rationalizations” happen when businesses claim that industry factors like regulations or systemic factors absolve them of responsibility.
For example, company representatives in highly regulated industries like transportation argued their supply chains are already monitored and therefore have a “low risk” of modern slavery — despite using high-risk materials like rare minerals, including conflict minerals, in their parts.
Meanwhile, others claimed that modern slavery is a “system issue” that requires government intervention and changes in consumer behaviours, not corporate action.
While acknowledging the systemic nature of the problem is important, we found some companies use this perspective to shift responsibility to external entities like governments, consumers and other businesses instead of taking proactive steps.
In this way, the systemic nature of issues such as modern slavery, and other issues like climate change, may actually be leveraged by some as a way to avoid doing their part to address them. System issues are all-hands-on-deck issues. Everyone needs to be doing their part.
Territorial rationalizations
“Territorial rationalization” was one of the most common rationalizations in our interviews. It occurs when individuals or organizations argue modern slavery falls outside their scope of responsibility, leaving it for others to address.
At the individual level, someone might say their performance indicators don’t include addressing the issue, so it’s outside the scope of their work. At the organizational level, companies may claim the issue is simply irrelevant to them. However, such dismissals are often based on false assumptions or misunderstandings.
Some companies, for example, believe that because their products are high quality goods, they are shielded from the issue despite legitimate risks.
Taking ownership means shifting from “that’s not my job” to “how can I help solve this?” while still maintaining reasonable boundaries.
Transforming inaction into accountability
The fight against modern slavery in supply chains reveals a troubling paradox: the very factors that should drive corporate action, like moral urgency and the systemic nature of the issue, often become excuses for inaction and deflection.
Progress requires business leaders to embrace accountability within their sphere of influence. The path forward demands three critical shifts:
Business education must evolve to prepare professionals, managers and executives with moral frameworks and practical tools to address systemic challenges. They must be taught to view social issues as an opportunity rather than a challenge or threat.
Companies must resist the temptation to hide behind the systemic nature of problems and instead focus on what they can control and influence.
Successful managers and businesses recognize that social responsibility is not about shouldering blame for every systemic issue, but contributing to solutions within their operational reach.
An important first step is being able to spot deflections on the ground, whether it involves you, a colleague or any other stakeholder, and understand how it can perpetuate any given issue.
Kam Phung receives funding from the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada (SSHRC), Humanity United Action, and the Ford Foundation.
Have you ever wondered if a bizarre dream was caused by something you ate the night before? If so, you’re not alone. We all have strange or unsettling dreams now and then, and when we do, we want to know what might cause them.
For centuries, people have believed that what and when they eat can influence their dreams. A prominent example of this can be found in the early 20th-century comic strip Dream of the Rarebit Fiend, in which characters often blamed their strange dreams on having eaten a cheese dish — like Welsh rarebit — the night before.
But even though folklore has long suggested that food and dreams are connected, scientific research into this notion has been limited.
A few exploratory surveys have provided preliminary, suggestive results. One study from 2007 found that people who ate more organic food reported having more vivid and bizarre dreams than those who consumed more fast food.
Similarly, a 2022 survey linked fruit consumption to more frequent dream recall, high fruit and fish intake to more lucid dreams, and sugary food consumption to more nightmares. And in our 2015 study, we found that nearly 18 per cent of participants endorsed the idea that what they ate influenced their dreams, with dairy being the most frequently cited culprit.
As a follow-up to that study, we recently conducted an online survey with 1,082 Canadian psychology students that asked them about their food habits, general health, sleep quality and dreams. We tested several hypotheses about how diet and food sensitivities might influence dreaming — including possible influences on the severity of nightmares.
What we found
Just over 40 per cent of participants told us that certain foods either worsened or improved their sleep quality. Around five per cent believed food affected their dreams, with desserts, sweets and dairy being the most frequently cited culprits.
People with food allergies or gluten intolerance were more likely to perceive that food influenced their dreams, while participants with lactose intolerance were more likely to report that food worsened their sleep.
We also found that participants with a food allergy or lactose intolerance reported more frequent and severe nightmares. Interestingly, the frequency of gastrointestinal symptoms, such as abdominal pain and bloating, was associated with both lactose intolerance and nightmares, thereby possibly explaining the relationship between the two.
This suggests that treatments for PTSD might usefully include an assessment of dietary habits, allergies and intolerances, and making dietary changes.
While our research provides insight into how food might affect dreaming, the results are correlational. Experiments are needed to test the extent to which certain foods can impact dreams.
The next steps could involve controlled experiments that test what happens when people consume certain trigger foods, such as cheese that contains lactose versus cheese that does not contain lactose, especially among those with lactose intolerance or who have frequent nightmares. Similar experiments could be done for participants with various types of food allergies.
Some practical takeaways
Beyond dreaming, our findings, combined with what we know from previous research, suggest a few things you could do to help minimize food-related sleep disruptions:
Avoid eating late at night, especially heavy, sugary or spicy foods. We found that evening eating was associated with more negative dream content and poorer sleep quality.
Keep track of any foods that seem to influence your sleep or dreams, and experiment with removing them for intermittent periods of time to see if they influence your sleep or dream quality.
The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.