Comment les boomers vivront-ils leur fin de vie au Québec ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Ignace Olazabal, Responsable de programmes, Université de Montréal

Les personnes âgées de 65 ans et plus (environ 2 250 000 personnes en 2033) représenteront 25 % de la population du Québec au début des années 2030, les enfants du baby-boom composant dès lors la presque totalité de la population aînée.

Le taux de mortalité augmentera cela dit progressivement à partir de 2036, avec plus de 100 000 décès par année, et dépassera de loin le nombre de naissances, maintenant le Québec dans un contexte de post-transition démographique qui pourrait provoquer un déclin de la population globale.

Quoi qu’il en soit, l’augmentation de la longévité prévue fera que ces nouveaux vieux, les enfants du baby-boom, seront plus nombreux à devenir octogénaires et nonagénaires que ceux des générations précédentes. En effet, les 80+ pourraient représenter près de 8 % de la population en 2033, alors que l’espérance de vie prévue par Statistique Canada sera de 82 ans pour les hommes et de 86 ans pour les femmes.

Il est clair que la balise 65+ n’est plus la même qu’il y a 50 ans, et que la vieillesse est désormais un cycle de vie long, avec les enjeux et défis que cela comporte. Or, paradoxe remarquable, alors que le Québec figure au palmarès des sociétés où l’espérance de vie est la plus haute, elle est également celle où la demande d’aide médicale à mourir est la plus importante.

Anthropologue de la vieillesse et du vieillissement, je suis responsable de la formation en vieillissement à la Faculté de l’apprentissage continu (FAC) de l’Université de Montréal et je m’intéresse aux aspects sociaux du vieillissement des enfants du baby-boom au Québec.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Des vieux nouveaux genres ?

Si le baby-boom est un phénomène démographique englobant les personnes nées entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le milieu des années 1960, il est convenu, ici comme en France ou aux États-Unis, de réserver le nom baby-boomers aux personnes nées entre 1946 (1943 au Québec) et 1958.

Dans son livre intitulé Le fossé des générations, publié en 1971, l’anthropologue Margaret Mead disait des baby-boomers états-uniens qu’ils constituaient une génération préfigurative, en ce sens qu’ils ont inversé les termes de la transmission intergénérationnelle, les jeunes instruisant leurs aînés et, du coup, leurs pairs, plutôt que l’inverse, défiant ainsi la tradition.




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Cette inscription en faux contre les valeurs parentales et ancestrales aura permis l’essor de la contreculture dans les années 1960-1970, comme l’expliquent les sociologues Jean-François Sirinelli dans le cas de la France et Doug Owram dans celui du Canada, à travers des valeurs jeunes (la musique pop, la consommation de drogues récréatives ou l’amour libre par exemple). Elle aura également permis de rompre avec la traditionnelle transmission des rôles et des statuts au sein de la famille, comme le souligne le sociologue québécois Daniel Fournier.

Un effet de génération

On parle ici d’un effet de génération au sens sociologique du terme. Au Québec, les baby-boomers seraient, selon le sociologue québécois Jacques Hamel, ceux qui constituent cette fraction des enfants du baby-boom ayant souscrit au slogan « qui s’instruit, s’enrichit » et qui détiennent ces « diplômes universitaires, expression par excellence de cette modernisation » que connut le Québec dans les années 1960.

Ces derniers auront fomenté, sous l’égide des aînés ayant réfléchi la Révolution tranquille (soit les René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie et autres révolutionnaires tranquilles), des transformations majeures au sein d’institutions sociales et d’idéaux aussi fondamentaux que la famille (en la réinventant), la nation (en la rêvant) ou la religion catholique (en la reniant de façon massive).

Le sociologue américain Leonard Steinhorn reconnaît dans cette génération des personnes aux valeurs progressistes ayant tendance à une plus grande reconnaissance de la diversité culturelle, des nouvelles mœurs (comme la légalisation du mariage homosexuel, de l’aide médicale à mourir, ou du cannabis récréatif), ou de l’égalité entre les hommes et les femmes, par rapport aux générations précédentes.


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Mais ce qui distingue surtout ces baby-boomers vieillissants des générations de personnes âgées d’antan, c’est la persévérance dans la conviction de la primauté du sujet, par delà les conventions sociales, même dans la dépendance et la fin de vie.

L’effet de génération, bien qu’il diffère chez chacun des membres d’un même ensemble générationnel, est un produit de l’histoire et des conditionnements sociohistoriques auxquels le sujet aura été exposé au cours des premières décennies de sa vie. Les premières générations du baby-boom ont dès leur jeune âge adulte participé activement à la laïcité de l’État et de l’espace public et privé, et souscrit à l’État technobureaucratique promu par la Révolution tranquille, libérant le sujet des attaches communautaristes pour le rendre autonome.

Les enfants du baby-boom et la fin de vie

L’affranchissement des contraintes religieuses chez les Québécois d’origine canadienne-française, le difficile accès aux soins palliatifs pour les personnes âgées et, surtout, la volonté de contrôler sa propre destinée, sont autant de facteurs qui risquent d’influer sur la fin de vie et la mort des enfants du baby-boom au Québec.

En 2023, 7 % des personnes décédées au Québec – majoritairement des personnes âgées – ont choisi la mort médicalement assistée, dans un contexte d’acceptation sociale presque unanime. En effet, 90 % de la population québécoise appuie la loi sur l’aide médicale à mourir, selon un sondage Ipsos, soit le plus haut taux au Canada.

La détresse existentielle face à la fin de vie et le refus de la souffrance et de l’agonie pourraient expliquer l’engouement des enfants du baby-boom pour ce qu’ils considèrent une mort digne.

Or le grand volume de personnes qui constituent l’ensemble des cohortes du baby-boom, soit les personnes nées entre 1943 et 1965, invite à réfléchir au sort qui sera réservé à beaucoup d’entre eux et elles quant à la qualité et à la quantité des soins et des services publics qui leur seront alloués. Étant donné le contexte plutôt critique du Réseau québécois de la santé et des services sociaux, se pose la question des conditions dans lesquelles se dérouleront ces nombreux décès, estimés à plus de 100 000 par année dès 2036.

Pas tous égaux devant la vieillesse

Certes, une bonne proportion de personnes parmi ce grand ensemble populationnel seront effectivement à l’aise financièrement et jouiront d’un bon état de santé grâce à leur niveau d’éducation, à de généreuses pensions et autres fonds de retraite, à de saines habitudes de vie, et à la biomédecine. Cela étant dit, une proportion non négligeable vieillira appauvrie et malade. Les inégalités sociales de santé demeureront importantes au sein de ces nouvelles générations de personnes âgées.

Les hommes bénéficieront globalement d’un avantage sur les femmes en termes de conditions de retraite et de qualité de vie, tout comme les natifs par rapport aux immigrants, soulignent les démographes Patrik Marier, Yves Carrière et Jonathan Purenne dans un chapitre de l’ouvrage Les vieillissements sous la loupe. Entre mythes et réalités. Cela aura une incidence sur les conditions d’habitation et de résidence, sur les coûts privés en santé et sur la qualité du vieillissement en général.

Ces inégalités sociales de santé feront que les dernières années de vie de plusieurs, des femmes surtout, risquent de l’être en mauvaise santé, appauvries et sans forcément un entourage de qualité. Mais vivre plus longtemps à n’importe quel prix n’est pas le souhait de beaucoup parmi les enfants du baby-boom, et ce indépendamment de leur statut socioéconomique.

L’aide médicale à mourir deviendra-t-elle, dès lors, un acte médical ordinaire, alors que le système public de santé et de services sociaux connaîtra une pression accrue ? Quoi qu’il en soit, ce geste médical ultime devrait toujours jouir d’une popularité incontestable parmi les nouveaux vieux Québécois, du moins ceux d’origine canadienne-française qui ont rompu avec le catholicisme, ce qui pourrait contribuer à freiner l’augmentation de l’espérance de vie au Québec.

Mais encore faut-il que la fin de vie se déroule également dans la dignité.

La Conversation Canada

Jean-Ignace Olazabal a reçu des financements du CRSHC, IRSC.

ref. Comment les boomers vivront-ils leur fin de vie au Québec ? – https://theconversation.com/comment-les-boomers-vivront-ils-leur-fin-de-vie-au-quebec-252148

L’espace-temps n’existe pas, mais c’est un cadre qui permet de comprendre notre réalité

Source: The Conversation – in French – By Daryl Janzen, Observatory Manager and Instructor, Astronomy, University of Saskatchewan

L’espace-temps fournit une description puissante de la manière dont les événements se produisent. (MARIOLA GROBELSKA/Unsplash), CC BY

La question de l’existence de l’espace-temps ne devrait pas prêter à controverse, ni même poser de problème conceptuel, si l’on tient compte des définitions des termes « espace-temps », « événement » et « instant ». L’idée que l’espace-temps existe n’est pas plus valable que la vieille croyance concernant l’existence d’une sphère céleste : dans les deux cas, il s’agit de modèles centrés sur l’observateur, efficaces et pratiques pour décrire le monde, mais qui ne représentent pas véritablement la réalité.

Pourtant, du point de vue de la physique moderne, de la philosophie, de la vulgarisation scientifique et des thèmes familiers de la science-fiction, il peut être controversé d’affirmer que l’espace-temps n’existe pas.

Mais qu’est-ce que cela signifierait pour un monde où tout ce qui s’est déjà produit ou se produira d’une manière ou d’une autre « existe » actuellement en tant que partie intégrante d’un réseau entrelacé ?

Les événements ne sont pas des lieux

Il est facile d’imaginer que les événements passés, comme la perte d’une dent ou l’annonce d’une bonne nouvelle, existent quelque part. Les représentations fictives de voyages dans le temps illustrent bien cette idée : les voyageurs temporels modifient les événements et perturbent la ligne du temps, comme si le passé et le futur étaient des lieux que l’on pouvait visiter grâce à une technologie appropriée.

C’est souvent ainsi que les philosophes présentent les choses. L’éternalisme affirme que tous les événements de toutes les époques coexistent. La théorie de l’univers-bloc en croissance propose que le passé et le présent existent, tandis que l’avenir n’existe pas encore. Pour les adeptes du présentisme, seul le présent existe, tandis que le passé a existé et que le futur existera. Et la relativité générale présente un continuum à quatre dimensions qui se courbe et se déforme – on peut facilement imaginer ce continuum d’événements comme existant réellement.

La confusion provient du sens que l’on donne au mot « exister ». Dans le cadre de l’espace-temps, on a tendance à appliquer ce terme sans discernement à une description mathématique des événements, transformant ainsi un modèle en une théorie ontologique sur la nature de l’être.

Le physicien Sean Carroll explique les concepts de présentisme et d’éternalisme.

Un ensemble d’événements

En physique, l’espace-temps désigne l’ensemble continu des événements qui se produisent dans l’espace et dans le temps, d’ici à la galaxie la plus éloignée, du big bang à un avenir lointain. Cela constitue une carte en quatre dimensions qui indique et mesure le lieu et le moment de chaque événement. En physique, un événement est un phénomène qui a lieu à un endroit et à un moment précis.

Un instant est l’ensemble tridimensionnel d’événements séparés dans l’espace qui se déroulent « en même temps » (avec la précaution habituelle de la relativité, selon laquelle la simultanéité dépend de l’état de repos relatif de chacun).

L’espace-temps est l’ensemble continu de tous les événements qui se produisent.

C’est également le moyen le plus efficace de cataloguer les événements. Ce catalogage est indispensable. D’autre part, les mots et les concepts que nous utilisons pour l’effectuer ont leur importance.

Il existe une infinité de points dans les trois dimensions de l’espace et, à chaque instant, un événement unique se produit à chaque endroit.

Positionnement au fil du temps

Les physiciens décrivent une voiture roulant en ligne droite à vitesse constante à l’aide d’un simple diagramme de l’espace-temps, avec l’emplacement sur un axe et le temps sur l’autre. Les instants s’accumulent pour former un espace-temps bidimensionnel. La position de la voiture correspond à un point pour chaque instant, et ces points se rejoignent pour constituer une ligne d’univers, c’est-à-dire un relevé complet de la position de la voiture tout au long de l’intervalle de temps. La pente de cette ligne représente la vitesse de la voiture.

Le mouvement réel est bien plus complexe. La voiture roule sur une Terre en rotation qui tourne autour du Soleil, lequel tourne autour du centre de la Voie lactée, qui dérive dans l’univers local. Pour déterminer la position de la voiture à chaque instant, il faut donc recourir à un espace-temps à quatre dimensions.

L’espace-temps est la carte qui indique où et quand les événements se produisent. Une ligne d’univers est l’enregistrement de tous les événements tout au long de la vie d’une personne. Il reste à savoir si la carte – ou l’ensemble des événements qu’elle recense – doit être considérée comme existant de la même manière que les voitures, les personnes et les lieux qu’elles atteignent.

Les objets existent

Réfléchissons à la signification du mot « exister ». Les objets, les bâtiments, les personnes, les villes, les planètes, les galaxies existent : ce sont des lieux ou ils occupent des lieux, et ils perdurent pendant un certain temps. Ils survivent aux changements et peuvent être observés à plusieurs reprises.

Considérer les occurrences comme des choses qui existent entraîne une confusion dans notre langage et nos concepts. Si l’on analyse l’espace-temps, est-ce que les événements, les instants, les lignes d’univers ou même l’espace-temps dans son ensemble existent au même titre que les lieux et les personnes ? Ou est-il plus juste de dire que les événements se produisent dans un monde qui existe ?

De ce point de vue, l’espace-temps est la carte qui enregistre ces événements, nous permettant de décrire les relations spatiales et temporelles entre eux.


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L’espace-temps n’existe pas

Les événements n’existent pas, ils se produisent. Par conséquent, l’espace-temps n’existe pas. Les événements surviennent à différents endroits au cours de l’existence, et l’occurrence d’un événement est fondamentalement différente de l’existence de quoi que ce soit, qu’il s’agisse d’un objet, d’un lieu ou d’un concept.

D’abord, il n’existe aucune preuve empirique qu’un événement passé, présent ou futur « existe » de la même manière que les choses qui nous entourent. Pour vérifier l’existence d’un événement en tant qu’objet continu, il faudrait disposer d’une machine à remonter le temps afin de l’observer en ce moment. Même les événements présents ne peuvent être examinés en tant que choses qui existent.

En revanche, les objets matériels existent. Les paradoxes liés au voyage dans le temps reposent sur l’idée erronée que les événements sont des lieux que l’on peut revisiter. Reconnaître la différence fondamentale entre occurrence et existence permet de résoudre ces paradoxes.

Ensuite, cette constatation redéfinit la philosophie du temps. Au cours du siècle dernier, de nombreux débats ont considéré les événements comme des choses qui existent. Les philosophes se sont concentrés sur leurs propriétés temporelles : un événement est-il passé, présent ou futur ? S’est-il produit avant ou après tel autre événement ?

une pipe peinte au pochoir sur un mur en béton avec les mots « ceci n’est pas une pipe » en dessous
Reproduction au pochoir de La Trahison des images, tableau de René Magritte réalisé en 1929, dans lequel l’artiste met en évidence le fait que la représentation d’un objet n’est pas l’objet lui-même.
(bixentro/Wikimedia)

Ces discussions reposent sur l’hypothèse que les événements sont des choses existantes qui possèdent ces propriétés. De là, il n’y a qu’un pas à franchir pour conclure que le temps est irréel ou que le passage du temps est une illusion, en partant du principe que le même événement peut être qualifié différemment selon les points de vue. Mais on a perdu de vue la distinction ontologique dès le départ : les événements n’existent pas, ils se produisent. Le temps et l’ordre sont des caractéristiques de la manière dont les événements s’articulent dans un monde existant, et non des propriétés d’objets existants.

Pour finir, parlons de la relativité. Cette théorie mathématique décrit un continuum espace-temps à quatre dimensions. Il ne s’agit pas d’une théorie sur une chose à quatre dimensions qui, dans le cours de son existence, se courberait et se déformerait sous l’effet de la gravité.

Clarté conceptuelle

La physique ne peut pas réellement décrire l’espace-temps lui-même comme une entité qui existe réellement ni expliquer les changements qu’il pourrait subir.

En revanche, l’espace-temps fournit une description éloquente de la manière dont les événements se produisent : comment ils s’ordonnent les uns par rapport aux autres, comment les séquences d’événements sont mesurées dans leur déroulement et comment les longueurs sont mesurées dans différents cadres référentiels. Si nous cessons d’affirmer que les événements – et l’espace-temps – existent, nous retrouvons une clarté conceptuelle sans sacrifier la moindre prédiction.

La Conversation Canada

Daryl Janzen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’espace-temps n’existe pas, mais c’est un cadre qui permet de comprendre notre réalité – https://theconversation.com/lespace-temps-nexiste-pas-mais-cest-un-cadre-qui-permet-de-comprendre-notre-realite-268044

Ce que l’on sait de « Tapinoma magnum », la fourmi noire et brillante qui envahit l’Europe

Source: The Conversation – in French – By Bernard Kaufmann, Maître de conférences en écologie, Université Claude Bernard Lyon 1

Une fourmi _T. magnum_ surveillant des pucerons en Corse. Rumsais Blatrix/CEFE, CNRS, Fourni par l’auteur

De très nombreux foyers invasifs de la fourmi noire « Tapinoma magnum » ont été détectés en Europe. Elles ne posent pas de danger sanitaire immédiat, mais les populations colossales de chaque colonie peuvent causer des dégâts considérables en milieux urbains, agricoles et même naturels. Espérant endiguer cette invasion, la recherche s’active aujourd’hui pour mieux la caractériser, évaluer ses impacts et explorer des pistes pour limiter les dégâts.


Le terme d’invasion biologique désigne l’introduction et la prolifération d’espèces animales, végétales ou microbiennes hors de leur aire d’origine. La plupart des espèces envahissantes bouleversent les écosystèmes en concurrençant les espèces locales, puis en modifiant les habitats. Elles représentent un fardeau économique croissant pour les sociétés humaines et une menace pour la biodiversité.

Parmi ces espèces, les fourmis occupent une place prépondérante. Jusqu’à présent, l’Europe et la France avaient été relativement épargnées, malgré la présence de la fourmi d’Argentine Linepithema humile le long du pourtour méditerranéen ou de Lasius neglectus dans tout le continent. Des alertes récentes font craindre l’installation de la fourmi de feu rouge (Solenopsis invicta), détectée en Sicile, et de la fourmi électrique (Wasmannia auropunctata), détectée par deux fois dans le Var, deux espèces ayant causé des dommages majeurs à l’agriculture, aux personnes et à la biodiversité partout où elles ont été importées.

Mais c’est une autre espèce qui retient aujourd’hui l’attention en Europe occidentale : Tapinoma magnum. De très nombreux foyers invasifs ont été détectés, avec d’énormes populations qui infligent des dégâts considérables. Il est urgent aujourd’hui de comprendre ses caractéristiques, ses impacts, l’état de la recherche en France, et d’explorer des pistes pour limiter ses dégâts.




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La découverte de supercolonies

En 2011, des chercheurs et naturalistes découvrent en France, Allemagne et Italie, des fourmis du genre Tapinoma (abrégé en T.) qui se révèlent fortement envahissantes. Un groupe de travail européen se forme rapidement, avec des équipes à Görlitz (Allemagne, B. Seifert), Rome (Italie, D. d’Eustacchio), Jaen (Espagne, P. Lorite) et Lyon (France, B. Kaufmann).

À cette date, une seule espèce du genre, T. nigerrimum, assez grande relativement aux autres espèces du genre (2-5 millimètres), est connue en Europe méditerranéenne et en Afrique du Nord occidentale, mais la littérature scientifique ne lui prête aucun caractère envahissant. Pourtant, sur le terrain, les colonies observées sont constituées de nombreux nids interconnectés par des pistes constamment fréquentées par des ouvrières, un réseau dense pouvant couvrir plusieurs hectares, constituant ce qu’on appelle des supercolonies, qui sont très envahissantes.

En 2017, une analyse couplant morphologie détaillée et génétique révèle que T. nigerrimum regroupe en réalité au moins quatre espèces différentes : T. nigerrimum, T darioi, T. ibericum et T. magnum.

Ces trois dernières sont des espèces supercoloniales et envahissantes en Europe, la plus courante étant, de loin, T. magnum. En 2024 est ajoutée une une cinquième espèce, T. hispanicum, regroupant des populations espagnoles, de T. nigerrimum (non envahissante).




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Des origines diverses

De ce que l’on sait de ces fourmis envahissantes, T. darioi est indigène en Catalogne et probablement dans le Languedoc, tandis que T. ibericum est probablement indigène dans le reste de l’Espagne.

Pour T. magnum, la situation est plus compliquée, ses zones d’origine possibles recouvrant les États du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie) et l’ensemble de la péninsule italienne, peut-être jusqu’à la Côte d’Azur en France.

Les analyses génétiques démontrent cependant que la vaste majorité des populations importées dans les régions non méditerranéennes d’Europe proviennent du sud de l’Italie, en particulier de la Sicile, de la Calabre et des Pouilles. Seules de très rares populations ont pu être associées au Maghreb. Pour la Corse, les populations semblent provenir du sud de l’Italie, avec peut-être de faibles apports algériens.

Des colonies couvrant jusqu’à 20 hectares

T. magnum et ses espèces sœurs envahissantes sont supercoloniales : leurs nids, nombreux et reliés par des pistes actives, peuvent abriter de nombreuses reines. Construits en accumulant du sol pour créer des « solariums » exposés à la chaleur, ou installés dans des cavités chaudes, ces nids optimisent la croissance des larves. Les mâles et futures reines sont produits au printemps (entre mars et mai), les ouvrières plus tard au printemps et à l’automne.

La supercolonie est un ensemble fluide dont les contours s’étendent ou se contractent selon la température, l’humidité et les ressources, couvrant parfois plus de 20 hectares, sauf si le paysage (routes, cours d’eau, forêts) limite son expansion. Le régime alimentaire des Tapinoma envahissantes est généraliste, mais repose fortement sur l’exploitation du miellat de pucerons, en particulier sur les racines.

Lors des premiers signalements hors zone méditerranéenne, le commerce des oliviers centenaires italiens et espagnols a vite été suspecté d’être la source principale des populations envahissantes. Cette hypothèse a été confirmée par un travail avec les vendeurs de plantes à Montpellier et à Lyon, qui a montré qu’une bonne partie d’entre eux hébergeaient une ou plusieurs espèces de Tapinoma envahissantes, souvent issues d’origines géographiques différentes.

Cependant, des observations récentes indiquent d’autres vecteurs de transport potentiels : voitures dans lesquelles les fourmis monteraient pendant la journée pour y trouver des températures élevées, transport de déchets verts, déplacement de plantes ornementales pour des événements ou encore transports de préfabriqués.

Noires, brillantes et très rapides

Les Tapinoma envahissantes sont aisées à reconnaître sur le terrain : ce sont des fourmis noires, brillantes, extrêmement rapides, dont les ouvrières sont, au sein de la même colonie, de tailles variées entre 2mm et 5mm.

Ouvrière de T. magnum vue de face, montrant bien l’encoche caractéristique du clypeus (juste au-dessus des mandibules) et la pilosité abondante le long de cette encoche. Toutes les Tapinoma du groupe nigerrimum possèdent ces deux caractéristiques contrairement aux petites espèces de Tapinoma présentes dans tout le pays, et qui ne sont pas envahissantes.
Axel Bourdonné (CBGP, INRAE), Fourni par l’auteur

Lorsqu’on les écrase, elles ont une odeur caractéristique, décrite par les auteurs anciens comme rappelant le beurre rance. Ce diagnostic ne suffit pas. T. nigerrimum, indigène et sans problème, a les mêmes caractéristiques, et d’autres espèces (T. erraticum, T. subboreale, T. madeirense) plus petites, ont la même odeur.

Pour être certain d’avoir devant soi une Tapinoma envahissante, il faut pouvoir observer plusieurs nids reliés par des pistes de fourmis.

Distinguer les trois espèces envahissantes demande davantage de moyens génétiques, chimiques ou d’imagerie déployés par nos laboratoires.

Dégâts urbains et agricoles

Première chose à rappeler : les Tapinoma si elles sont agaçantes, ne présentent pas de risque sanitaire avéré, sauf pour de très jeunes enfants en contact direct avec des nids populeux.

Cependant, les Tapinoma envahissantes causent des dégâts dans les milieux naturels comme en zones urbaines ou agricoles, avec des effets négatifs directs ou indirects sur la biodiversité non quantifiés à ce jour, mais probablement importants.

Photographie montrant l’état d’un sol de serre maraîchère où les Tapinoma magnum ont construit leurs nids.
Félix Biolley (agriculteur à Taulignan, Drôme), Fourni par l’auteur

En maraîchage et dans les potagers des particuliers, les fourmis terrassent de grandes quantités de sol, dénudant les racines ou enterrant les tiges. Elles coupent feuilles et tiges, élèvent des pucerons en masse, attaquent certains légumes. Les pertes d’exploitation peuvent être importantes, surtout en serres : dans la Drôme, un maraîcher bio s’est par exemple vu amputé des deux tiers de son chiffre d’affaires.

Pour les entreprises, la présence massive de fourmis trouvées dans les objets fabriqués et exportés peut conduire à leur refus ou leur renvoi, et en restauration, elles peuvent contaminer les cuisines ou faire fuir les clients des terrasses. Les services d’espaces verts constatent un effet sur la fréquentation des zones les plus envahies des parcs, sur l’usage des jardins partagés à Lyon et sur les serres de production à Grenoble.

Nous nous attendons à ce que ces espèces se répandent rapidement dans l’ensemble du pays et que leurs impacts se multiplient. Contrairement à d’autres espèces envahissantes comme la fourmi d’Argentine et Lasius neglectus, notamment du fait que les Tapinoma ont été importées de plusieurs régions, à de multiples reprises, et présentent donc une forte diversité génétique, elles disposent d’un potentiel d’adaptation très important. Leur capacité à s’installer partout dans le pays est fortement renforcée par le changement climatique.

Plusieurs groupes de recherche dont nous faisons partie sont aujourd’hui à pied d’œuvre pour mieux comprendre ces espèces et proposer des stratégies de lutte, agissant en réseau avec les acteurs de terrain, des associations et des collectivités territoriales. Dans nos laboratoires à Lyon (B. Kaufmann), Avignon (IMBE, Montpellier(CEFE, CBGP) et Tours (IRBI), nous étudions leurs mécanismes de dispersion et de prolifération, leur génétique, leur écologie et travaillons sur des méthodes de lutte. Nos recherches devraient aboutir à l’élaboration d’une stratégie et d’outils de lutte dans les deux années qui viennent.

Comment réagir si vous suspectez une invasion chez vous ?

Aux particuliers qui seraient confrontés à une suspicion de Tapinoma, plusieurs conseils :

  • d’abord, il faut s’assurer qu’il s’agit bien d’une Tapinoma envahissante et faire identifier l’espèce par un spécialiste en contactant le projet FIVALO pour la région Centre ou Bernard Kaufmann pour le restant du territoire. Ce point est vital pour ne pas porter préjudice aux espèces de fourmis locales, qui sont la première barrière contre l’invasion. C’est en particulier le cas dans la moitié sud de la France, où l’espèce locale T. nigerrimum est présente.

  • Ensuite, contacter ses voisins pour savoir s’ils sont atteints aussi et pouvoir agir ensemble par la suite,

  • puis sa municipalité ou son intercommunalité par une lettre signée par l’ensemble des résidents concernés.

Dès lors, commencer à lutter. Inutile de contacter des désinsectiseurs, sauf si l’invasion est limitée à une ou deux maisons ou jardins, mais suivre trois principes simples.

  • Le premier, rechercher les nids (au printemps et à l’automne) soit dans le sol soit dans des objets du jardin (compost sec, pots de fleurs, jardinières, sous des tuiles, des dalles, de pierres, du métal, de la bâche de jardinage) ou le long de la maison (escaliers, chaufferie ou buanderie, combles).

  • Le deuxième, les détruire si possible en les noyant sous de l’eau chaude (60 °C) ou de grandes quantités d’eau d’arrosage (dans ce cas, renouveler fréquemment) ; si impossible, les déranger physiquement à la bêche et enlever les sites favorables.

  • Le troisième, attirer les fourmis dans des nids « pièges » improvisés : tous les objets du jardin cités peuvent servir de piège. En effet, au printemps, les fourmis élèvent leurs futures reines qui ont besoin de chaleur et donc de soleil. C’est le moment de les éliminer, afin de limiter le nombre de reproducteurs à la saison suivante.

Pour les entreprises, les professionnels et les collectivités : les procédures expliquées plus haut demandent une main d’œuvre trop importante pour être soutenables, il n’y a donc pas de solution clé en main pour l’instant. C’est pour cela qu’il faut veiller à faire de la prévention, en particulier pour les services chargés des espaces verts ou pour les paysagistes.

Les précautions essentielles consistent à vérifier si les fourmis ne sont pas présentes dans les espaces verts, les bâtiments ou les déchetteries du territoire ou de l’entreprise ; inspecter les plantes choisies pour les espaces verts ou l’aménagement intérieur ; surveiller les transports de déchets verts ou de compost ; et limiter la présence des fourmis sur les parkings où elles pourraient monter dans les véhicules. Il ne faut pas hésiter à contacter les laboratoires pour solliciter des conseils.

The Conversation

Bernard Kaufmann a reçu des financements de l’ANR. Il conseille la ville de Lyon sur les fourmis invasives.

Alan Vergnes a reçu des financements de l’ANR, du CNRS, de la région Occitanie, de la ville et de la métropole de Montpellier pour financer ses recherches sur les fourmis invasives

Il conseille la ville et la métropole de Montpellier sur les fourmis invasives et proliférantes.

Giovanny Destour et Marion Javal ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Ce que l’on sait de « Tapinoma magnum », la fourmi noire et brillante qui envahit l’Europe – https://theconversation.com/ce-que-lon-sait-de-tapinoma-magnum-la-fourmi-noire-et-brillante-qui-envahit-leurope-267608

Pourquoi il ne faut pas rapporter de végétaux de retour de voyage

Source: The Conversation – in French – By Christine Tayeh, Coordinatrice scientifique au Laboratoire de la santé des végétaux – Unité Expertise en Risques Biologiques pour la Santé des Végétaux (UERB), Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

Rapporter une bouture dans ses valises ou planter un gingembre acheté au supermarché, ces gestes qui semblent anodins peuvent favoriser l’arrivée d’organismes nuisibles – bactéries, virus, insectes, champignons… – capables de décimer les cultures, les plantes ornementales et les plantes sauvages. Sous les effets combinés de la mondialisation du commerce et des voyages et du dérèglement climatique, les risques se multiplient. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail développe des outils d’évaluation de risque et de détection, mais chacun peut agir à son niveau. De bonnes pratiques peuvent contribuer à protéger la santé des végétaux, dont dépendent notre alimentation ainsi que la biodiversité.


Saviez-vous qu’un voyageur imprudent pouvait ramener dans ses bagages des agents pathogènes aux conséquences dramatiques pour la santé des végétaux ? Espèces cultivées ou même flore sauvage, toutes sont potentiellement vulnérables. Il suffit d’un organisme nuisible (ON) – bactérie, virus, champignon, insecte ravageur, nématode ou même plante invasive – venu d’une autre région du monde pour les mettre en péril.

Exemple de bonsaï Ficus microcarpa.
Krzysztof Ziarnek, Kenraiz, CC BY-SA

De fait, les échanges commerciaux internationaux constituent le plus souvent les voies « classiques » d’introduction de ces ON.

Citons, pour illustrer ces enjeux, l’exemple de Ficus microcarpa (ou laurier d’inde) une plante d’ornement couramment cultivée comme bonsaï en intérieur et régulièrement vendue en jardinerie et grandes surfaces. En 2023, Meloidogyne enterolobii, un nématode à galles polyphage (capable d’attaquer de nombreuses espèces), responsable d’importantes altérations de la morphologie et du fonctionnement du système racinaire, aurait été introduit en Toscane (Italie) sur des lauriers d’inde importés de Chine via les Pays-Bas.




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Des voies d’entrée multiples

Les voies d’introduction les plus classiques impliquent par exemple le transport de végétaux, de semis, de fleurs coupées, ainsi que le résume l’illustration ci-dessous. Cependant, d’autres filières d’entrée moins conventionnelles existent également.

Filières d’entrée possible d’un organisme nuisible à la santé des végétaux.
LSV/Anses, Fourni par l’auteur

Dans les années 1940, le chancre coloré du platane (causé par le champignon Ceratocystis platani) a ravagé les plantations urbaines de platanes dans les grandes villes américaines de la côte atlantique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bois des arbres infectés a été utilisé pour emballer du matériel de guerre. C’est probablement ainsi que l’ON a été introduit en Europe.

Cette hypothèse est confirmée par le fait que les premiers cas d’infection en Europe se trouvaient dans ou près des principales villes portuaires : Naples, Livourne, Syracuse, Marseille et Barcelone. À partir de celles-ci, la maladie s’est propagée dans d’autres villes.

Des rhizomes de gingembre importés du Pérou, destinés à la consommation humaine, ont véhiculé une bactérie nuisible en Allemagne, car ils ont été détournés pour être plantés sous serre. (Sur cette photographie, un gingembre sain.)
Pixnio, CC BY-NC-SA

Un autre mode d’entrée possible pour un ON, est lorsque l’utilisation première d’un végétal est détournée.

Un cas avéré récent est celui de l’introduction en Allemagne de la bactérie Ralstonia pseudosolanacearum à l’origine du flétrissement bactérien sur de nombreuses cultures de la famille des Solanacées, dont la pomme de terre ou la tomate, mais également sur d’autres familles. Il est question ici de rhizomes de gingembre destinés à la consommation importés du Pérou, qui ont été détournés de leur usage principal car utilisés pour de la plantation.

Spécimen mâle de Bactrocera dorsalis.
LSV/Anses, Fourni par l’auteur

Enfin, les voyageurs eux-mêmes sont aussi acteurs de l’entrée des ON sur un territoire. Entre 2016 et 2021, d’importantes quantités de produits végétaux ont été découvertes dans les bagages de voyageurs en provenance de pays tiers et saisies aux postes de contrôle frontaliers de Campanie en Italie. Des inspections et des analyses de laboratoire réalisées sur le matériel végétal ont permis d’identifier plusieurs espèces exotiques, dont certaines très alarmantes comme Bactrocera dorsalis (mouche orientale des fruits), également très polyphage.

Vers une probable accélération des introductions

Ces introductions sont favorisées par plusieurs facteurs de risque. Une augmentation de leur nombre est à craindre dans les années à venir, du fait de :

  • l’intensification des échanges commerciaux internationaux de végétaux,

  • l’accroissement des flux de voyageurs à travers le monde,

  • la rapidité des transports (par avion, par exemple) qui améliore le taux de survie des ON,

  • enfin, le dérèglement climatique, qui peut favoriser l’établissement des ON ou de leurs vecteurs dans nos régions tempérées devenues plus chaudes.

Autant de menaces accrues qui pèsent sur la santé des végétaux. Pour la défendre, il faut disposer d’outils innovants (évaluation du risque et méthodes de détection) et collaboratifs, et les mettre à disposition des acteurs en charge de l’évaluation et de la gestion des risques pour mieux les anticiper.

Or, avant qu’un ON puisse attaquer des végétaux sur un territoire donné, il faut qu’il soit en mesure d’entrer sur le territoire, de s’y établir puis se disséminer.




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La détection des menaces et l’anticipation des risques à l’Anses

À l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), c’est l’unité Expertise sur les risques biologiques (ERB) qui mène des évaluations du risque selon les normes internationales pour les mesures phytosanitaires, ou NIMP02. Cet outil, utilisé en routine, est d’autant plus efficace qu’il peut être déployé avant l’arrivée d’un ON sur le territoire français.

Dans ce cadre, à partir des publications scientifiques et des données disponibles sur l’ON, on étudie en premier lieu la probabilité qu’il arrive dans une zone géographique donnée. L’organisme peut ensuite s’établir, c’est-à-dire se multiplier et créer de nouvelles générations.

Deux facteurs peuvent limiter cet établissement : la disponibilité de plantes hôtes et l’adéquation du climat localement. Mais une fois l’ON bien établi sur place, il peut se disséminer de façon plus large.

De jeunes oliviers attaqués par Xylella fastidiosa en Italie, en 2019.
G.steph.rocket/Wikicommons, CC BY-NC-SA

Les impacts directs d’un ON peuvent être des pertes de rendement et de qualité des récoltes ou des pertes de peuplements. D’autres impacts environnementaux, économiques et même sociétaux sont à envisager. On se souvient par exemple des ravages causés par l’arrivée de Xylella fastidiosa en Italie (sur les oliviers) et en Espagne (sur les amandiers), dont l’impact socio-économique est élevé.

En absence de mesures de lutte efficaces disponibles (lutte chimique, lutte génétique, pratiques culturales ou biocontrôle) et avec une probabilité d’introduction et de dissémination hautes, le risque lié à cet ON est considéré comme suffisamment élevé pour que des mesures de gestion soient recommandées. Elles visent à prévenir son entrée sur le territoire français, réduire son établissement (éradication), voire à enrayer sa dissémination, si celle-ci a déjà commencé.

À titre d’exemple, l’Anses a publié le 3 février 2020 une évaluation de risque sur le Tobamovirus fructirugosum, ou Tomato brown rugose fruit virus (ToBRFV), un virus émergent qui, à l’époque, menaçait la culture des tomates, piments et poivrons en France. Le rapport a conclu à une probabilité haute d’introduction et de dissémination en France, avec un impact conséquent sur les cultures. Différentes recommandations ont été émises et ont permis au gestionnaire du risque, qui est le ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, de réagir rapidement à l’apparition du premier foyer en février 2020, et d’émettre des instructions techniques destinées aux professionnels, fondées sur des éléments d’analyse produits dans le rapport d’expertise.

Colonies de Ralstonia pseudosolanacearum.
LSV/Anses, Fourni par l’auteur

Plus récemment, en juin 2025, l’Anses a produit une évaluation de risque sur la probabilité d’entrée et d’établissement de R. pseudosolanacearum (bactérie qui menace de nombreuses solanacées, comme la pomme de terre, la tomate ou le poivron) en France.

Celle-ci a notamment permis, grâce à une analyse multicritères, de lister une quarantaine de plantes (bien plus large que la seule famille des solanacées) à inclure dans le plan de contrôle aux frontières. On y retrouve des espèces de la famille des zingibéracées (curcuma, gingembre y compris ceux destinés à la consommation) ainsi que des espèces ornementales (boutures et plants de rosiers et de pélargonium).

Le laboratoire de la santé des végétaux (LSV) de l’Anses exerce également des missions de laboratoire national de référence (LNR) sur des ON des végétaux (bactéries, virus, nématodes, insectes et acariens, oomycètes et champignons), sur des plantes invasives ou encore la détection d’OGM (par exemple, maïs, pommes de terre ou betteraves OGM) soumis à des réglementations européennes. À ce titre, le LSV développe et améliore des méthodes de détection/identification d’ON et participe à la formation et au suivi de compétence d’un réseau de laboratoires agréés pour réaliser des analyses officielles.




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Afin d’anticiper au mieux de futures émergences d’ON réglementés qui ne seraient pas encore arrivés sur le territoire, le LSV recense les méthodes de détection/identification publiées au sein de la communauté scientifique, de l’Organisation européenne pour la protection des plantes (OEPP) ou de la Communauté internationale de protection des végétaux (CIPV). Le LSV va ensuite évaluer et valider ces méthodes selon des critères de performance bien définis (spécificité, sensibilité, limite de détection, répétabilité et reproductibilité) pour pouvoir les mettre en application le jour où l’ON ciblé serait détecté sur le territoire.

Le LSV a pu anticiper l’arrivée de Xylella fastidiosa dès le début des années 2000, par l’évaluation et la validation d’une méthode d’analyse. Ceci a permis au LNR d’être réactif dès les premiers échantillons reçus en 2015. Cette méthode évolue continuellement en fonction des avancées technologiques, nous en sommes à la version 6 ! À ce jour plus de 7 500 échantillons végétaux ont été analysés pour la recherche de Xylella fastidiosa dont la gamme d’hôtes inclut plus de 700 espèces végétales (olivier, amandier…).

En plus de ces missions, le LSV produit aussi des outils et des connaissances au service de l’évaluation et de la gestion du risque. Il s’agit de disposer d’une meilleure compréhension de la biologie de l’ON ainsi que de son épidémiologie en retraçant les routes d’invasions, et en identifiant l’origine géographique de l’introduction et les filières d’introduction. Les données acquises permettent de mieux comprendre leur dissémination, les facteurs favorisant leur développement (facteurs agronomiques, climatiques, géographiques…).

Les travaux menés par ces différentes entités au sein du LSV s’alimentent et se complémentent dans le but d’anticiper et limiter l’entrée et la dissémination d’ON sur le territoire. Mais la santé des végétaux est l’affaire de tous, celle des citoyens et des consommateurs : en vous inspirant des exemples décrits plus hauts, ayez le réflexe de ne pas rapporter de végétaux de retour de voyage et de ne pas planter des végétaux importés et destinés à la consommation alimentaire.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi il ne faut pas rapporter de végétaux de retour de voyage – https://theconversation.com/pourquoi-il-ne-faut-pas-rapporter-de-vegetaux-de-retour-de-voyage-266412

L’accord commercial entre l’Afrique et les États-Unis est dans l’impasse : ce que les exportateurs peuvent faire

Source: The Conversation – in French – By Bedassa Tadesse, Professor of Economics, University of Minnesota Duluth

L’accord commercial préférentiel entre les États-Unis et l’Afrique, en vigueur depuis un quart de siècle, a expiré le 30 septembre 2025. Il n’est pas certain que cet accord commercial soit renouvelé ni sous quelle forme. Grâce à la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (African Growth and Opportunity Act, Agoa), environ 35 pays d’Afrique subsaharienne ont pu exporter des milliers de produits vers le marché américain sans droits de douane.

Adoptée pour la première fois en 2000, cette loi visait à encourager les exportations africaines, à créer des emplois et à renforcer les liens commerciaux. Son utilisation a varié considérablement : l’Afrique du Sud exportait des voitures et des agrumes ; le Kenya et l’Éthiopie se concentraient sur les vêtements ; le Lesotho et l’Eswatini dépendaient fortement des vêtements ; Maurice exportait des textiles et des fruits de mer.

Ces exportations soutiennent des centaines de milliers d’emplois. Une part importante de ces emplois est occupée par des femmes et des jeunes travailleurs, en particulier dans les régions où les emplois formels sont rares. Pour les exportateurs africains, un monde sans Agoa et avec des droits de douane américains plus élevés représente une double pression sur leur compétitivité.

La question de savoir si l’Agoa sera réactivé et assez rapidement relève du Congrès américain et non de la Maison Blanche qui a exprimé son soutien à une prolongation d’un an. Des accords transitoires sont à l’étude, mais seule l’adoption d’une nouvelle loi permet d’être sûr que l’accord sera renouvelé. Si l’accord n’est pas conclu ou reste incertain, ce sont les petits exportateurs spécialisés dans le secteur de l’habillement qui emploient de nombreux travailleurs à faibles revenus qui en souffriront le plus.




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Je suis un chercheur en commerce international qui s’intéresse aux problèmes de développement économique des pays en développement. En 2023, j’ai publié une analyse fondée sur des publications académiques et des rapports de politique publique, portant sur l’impact de l’Agoa sur les performances économiques de l’Afrique subsaharienne.

Si le Congrès ne parvient pas à se mettre rapidement d’accord, la suspension se prolongera. Même si un renouvellement intervient plus tard, certains dégâts, tels que des commandes annulées et des quarts de travail perdus, auront déjà été causés, et toute solution rétroactive sera inégale selon les secteurs et les entreprises. L’incertitude a un coût : le flou autour du renouvellement de l’Agoa freine les commandes et les investissements, en particulier dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre tels que l’habillement et les composants automobiles.

Dans le contexte actuel d’incertitude économique, les exportateurs Agoa devraient donner la priorité à trois mesures clés. Premièrement, prendre des mesures pour rediriger les commandes vulnérables vers les régimes préférentiels de l’UE et les acheteurs régionaux dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca). Deuxièmement, investir dans la compétitivité en améliorant les ports et en rendant les douanes plus prévisibles. Enfin, mener des actions de plaidoyer efficaces à Washington pour obtenir un renouvellement de transition court et rétroactif.

Le coût élevé de l’incertitude pour l’Afrique

Le statut d’exonération des droits de douane est important pour l’Afrique. Prenons l’exemple d’un t-shirt en coton basique provenant d’un pays comme le Kenya ou le Lesotho, qui remplit les conditions requises par l’Agoa et entre aux États-Unis sans taxe. Sans l’Agoa, le droit de douane standard de la nation la plus favorisée est d’environ 16,5 % sur les t-shirts en coton. Cette variation seule peut supprimer les faibles marges bénéficiaires et détourner les commandes vers d’autres fournisseurs.

Entre 2001 et 2021, la valeur des importations américaines en provenance des pays éligibles à l’Agoa a atteint 791 milliards de dollars de marchandises. La valeur correspondante de l’aide économique américaine à ces pays s’est élevée à 145 milliards de dollars entre 2001 et 2019. L’écart entre ces deux montants souligne l’importance de l’Agoa dans les relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique.

Les préférences commerciales ont particulièrement profité aux secteurs de l’habillement, du textile, de l’agriculture et de l’industrie légère. Cependant, l’impact a été inégal. Certains pays ont su mieux tirer parti de ces opportunités que d’autres, de sorte que les conséquences d’une expiration seront également inégales entre les exportateurs.

Les pôles de confection, les plus touchés : le Lesotho, l’Eswatini, Madagascar, le Kenya et Maurice ont construit toute leur base d’exportation autour de l’accès sans droits de douane pour les vêtements. Sans cet accord, les droits de douane américains habituels pour les nations les plus favorisées (généralement de 10 à 20 %) s’appliquent immédiatement, les marges déjà minces disparaissent et les commandes sont annulées. Les fermetures d’usines et les pertes d’emplois s’ensuivent rapidement.

Les voitures et les fruits d’Afrique du Sud : les exportations sud-africaines de véhicules, de pièces détachées, de vin, d’agrumes et de noix sont également soumises à de nouveaux droits de douane. Ces secteurs compétitifs à l’échelle mondiale sont très sensibles aux coûts ; la perte des préférences réduit les investissements dans la chaîne d’approvisionnement automobile et les revenus agricoles.

Les exportateurs de pétrole sont moins exposés : le pétrole brut est généralement déjà soumis à des droits de douane américains peu élevés, de sorte que des pays comme le Nigeria et l’Angola sont moins touchés que les fabricants et les agriculteurs non pétroliers.

Les pays récemment réintégrés sont vulnérables : les pays qui viennent seulement de retrouver leur éligibilité – après avoir été suspendus en raison de préoccupations liées aux droits de l’homme, à la gouvernance (y compris les coups d’État) ou aux droits du travail – risquent de voir les investisseurs hésiter à nouveau dans un contexte d’incertitude persistante.

Ce que peuvent faire les exportateurs africains

Compte tenu de la combinaison de la législation américaine et de la pratique présidentielle, il existe trois voies réalistes pour sortir de l’impasse commerciale. Le Congrès pourrait adopter une prolongation pluriannuelle dans les semaines à venir. Cela permettrait de rétablir la confiance des acheteurs et des usines. Une autre solution consiste en un renouvellement « transitoire » de courte durée, dans le cadre duquel les législateurs accepteraient une prolongation d’un ou deux ans. Ce scénario évite le précipice, mais maintient les investissements en suspens : les acheteurs pourraient passer des commandes plus modestes et répétées, et reporter les nouvelles lignes jusqu’à ce que les perspectives à long terme soient clarifiées. La dernière option consiste à laisser la situation en suspens.

Tant que l’incertitude persiste, les exportateurs africains peuvent envisager d’autres mesures pour soutenir leur activité. J’en propose trois :




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Prévoir l’incertitude : rediriger les commandes vulnérables vers les marchés de l’Union européenne. Utiliser le système de préférences généralisées et les accords de partenariat économique pertinents lorsque les règles d’origine sont respectées. Se tourner également vers les acheteurs régionaux dans le cadre de la zone de libre-échange continentale africaine. Cette approche peut être renforcée par des améliorations logistiques, telles que :

  • le dédouanement préalable : permettre le traitement douanier avant l’arrivée des marchandises au port, ce qui réduit les temps d’attente

  • le guichet unique douanier : un portail numérique où tous les documents commerciaux sont soumis une seule fois, ce qui réduit les retards et les formalités administratives

  • les départs réguliers : des horaires de transport fixes et fiables qui raccourcissent les cycles de livraison et renforcent la confiance des acheteurs.

Ensemble, ces mesures peuvent améliorer les marges bénéficiaires grâce à des délais d’exécution plus courts. Les pays peuvent également combler les déficits de fonds de roulement des entreprises exposées grâce à des garanties commerciales ou à l’escompte de factures, afin que les commandes confirmées ne soient pas annulées. Ils devraient également maintenir un groupe de travail public-privé permanent, prêt à s’adapter à l’évolution des décisions américaines.

Faire des actions de lobbying intelligentes à Washington : les pays concernés devraient se coordonner avec les ambassades et les principaux exportateurs. Ils devraient présenter des preuves tangibles, notamment des lettres d’acheteurs, des chiffres sur l’emploi et la répercussion probable des prix américains, afin de plaider en faveur d’un renouvellement « transitoire » court et rétroactif. Ils peuvent également souligner que l’accès prévisible favorise la diversification de la chaîne d’approvisionnement américaine hors de Chine et stabilise les prix à la consommation.

Ces pays pourraient également harmoniser leurs messages dans tous les secteurs concernés, de l’habillement à l’automobile en passant par l’agroalimentaire. L’objectif est de montrer un impact économique global plutôt que de se limiter à des arguments particuliers. Ils devraient également synchroniser leurs actions de sensibilisation avec les fenêtres parlementaires et les calendriers des commissions.

Investir dans la compétitivité : les responsables commerciaux devraient rivaliser en matière de fiabilité. En effet, une alimentation électrique fiable, des ports plus rapides et des douanes prévisibles sont souvent plus importants pour les acheteurs que les seuls salaires. Développer les intrants régionaux (du fil au vêtement, emballage, pièces détachées) afin qu’un choc sur un marché ne mette pas un terme à la production, et adapter les tests et la certification pour répondre en une seule étape aux normes américaines, européennes et britanniques.

Ils devraient viser à remonter la chaîne de valeur : du FOB/forfait complet (par exemple, dans le secteur de l’habillement, non seulement la coupe, la confection et la finition, mais aussi l’approvisionnement en tissus et garnitures et l’organisation de la logistique) aux composants, aux marques et aux produits prêts à consommer, où les marges sont plus stables. Lier les incitations à l’investissement à des résultats vérifiables : emplois, livraisons complètes et ponctuelles, et production propre.

Pendant trois décennies, les gouvernements africains ont été exhortés à libéraliser et à renforcer leurs capacités d’exportation en échange de la promesse de règles prévisibles. Le retrait soudain des États-Unis change la donne : il entraîne une hausse des prix sur le marché intérieur, des suppressions d’emplois à l’étranger et une réduction de l’espace pour un commerce fondé sur des règles. Les exportateurs peuvent gagner du temps grâce aux marchés européens, aux acheteurs régionaux et aux solutions logistiques.

Seule une action claire du Congrès américain, via une reconduction immédiate puis une réforme pluriannuelle, peut restaurer la certitude nécessaire à des échanges mutuellement bénéfiques.

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The Conversation

Bedassa Tadesse does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. L’accord commercial entre l’Afrique et les États-Unis est dans l’impasse : ce que les exportateurs peuvent faire – https://theconversation.com/laccord-commercial-entre-lafrique-et-les-etats-unis-est-dans-limpasse-ce-que-les-exportateurs-peuvent-faire-269058

Le succès des applis de scans alimentaires comme Yuka à l’ère de la défiance

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jean-Loup Richet, Maître de conférences et co-directeur de la Chaire Risques, IAE Paris – Sorbonne Business School; Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Portées par la popularité de Yuka ou d’Open Food Facts, les applications de scan alimentaire connaissent un réel engouement. Une étude analyse les ressorts du succès de ces outils numériques qui fournissent des informations nutritionnelles perçues comme plus indépendantes que celles présentes sur les emballages et délivrées soit par les pouvoirs publics (par exemple, l’échelle Nutri-Score) soit par les marques.


La confiance du public envers les autorités et les grands industriels de l’alimentaire s’érode, et un phénomène en témoigne : le succès fulgurant des applications de scan alimentaire. Ces outils numériques, tels que Yuka ou Open Food Facts, proposent une alternative aux étiquettes nutritionnelles officielles en évaluant les produits au moyen de données collaboratives ouvertes ; elles sont ainsi perçues comme plus indépendantes que les systèmes officiels.

Preuve de leur succès, on apprend à l’automne 2025 que l’application Yuka (créée en France en 2017, ndlr) est désormais plébiscitée aussi aux États-Unis. Robert Francis Kennedy Jr, le ministre de la santé de l’administration Trump, en serait un utilisateur revendiqué.

Une enquête autour des sources d’information nutritionnelle

La source de l’information apparaît essentielle à l’ère de la méfiance. C’est ce que confirme notre enquête publiée dans Psychology & Marketing. Dans une première phase exploratoire, 86 personnes ont été interrogées autour de leurs usages d’applications de scan alimentaire, ce qui nous a permis de confirmer l’engouement pour l’appli Yuka.

Nous avons ensuite mené une analyse quantitative du contenu de plus de 16 000 avis en ligne concernant spécifiquement Yuka et, enfin, mesuré l’effet de deux types de signaux nutritionnels (soit apposés sur le devant des emballages type Nutri-Score, soit obtenus à l’aide d’une application de scan des aliments comme Yuka).

Les résultats de notre enquête révèlent que 77 % des participants associent les labels nutritionnels officiels (comme le Nutri-Score) aux grands acteurs de l’industrie agroalimentaire, tandis qu’ils ne sont que 27 % à percevoir les applis de scan comme émanant de ces dominants.




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À noter que cette perception peut être éloignée de la réalité. Le Nutri-Score, par exemple, n’est pas affilié aux marques de la grande distribution. Il a été développé par le ministère français de la santé qui s’est appuyé sur les travaux d’une équipe de recherche publique ainsi que sur l’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et du Haut Conseil de la santé publique (HCSP).

C’est quoi, le Nutri-Score ?

  • Le Nutri-Score est un logo apposé, sur la base du volontariat, sur l’emballage de produits alimentaires pour informer le consommateur sur leur qualité nutritionnelle.
  • L’évaluation s’appuie sur une échelle de cinq couleurs allant du vert foncé au orange foncé. Chaque couleur est associée à une lettre, de A à E.
  • La note est attribuée en fonction des nutriments et aliments à favoriser dans le produit pour leurs qualités nutritionnelles (fibres, protéines, fruits, légumes, légumes secs) et de ceux à éviter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel et édulcorants pour les boissons).

De son côté, la base de données Open Food Facts (créée en France en 2012, ndlr) apparaît comme un projet collaboratif avec, aux manettes, une association à but non lucratif. Quant à l’application Yuka, elle a été créée par une start-up.

Des applis nutritionnelles perçues comme plus indépendantes

Ces applications sont vues comme liées à de plus petites entités qui, de ce fait, apparaissent comme plus indépendantes. Cette différence de perception de la source engendre un véritable fossé de confiance entre les deux types de signaux. Les consommateurs les plus défiants se montrent plus enclins à se fier à une application indépendante qu’à une étiquette apposée par l’industrie ou par le gouvernement (Nutri-Score), accordant ainsi un avantage de confiance aux premières.

Ce phénomène, comparable à un effet « David contre Goliath », illustre la manière dont la défiance envers, à la fois, les autorités publiques et les grandes entreprises alimente le succès de solutions perçues comme plus neutres. Plus largement, dans un climat où rumeurs et désinformation prospèrent, beaucoup préfèrent la transparence perçue d’une application citoyenne aux communications officielles.

Dimension participative et « volet militant »

Outre la question de la confiance, l’attrait des applications de scan tient aussi à l’empowerment ou empouvoirement (autonomisation) qu’elles procurent aux utilisateurs. L’empowerment du consommateur se traduit par un sentiment accru de contrôle, une meilleure compréhension de son environnement et une participation plus active aux décisions. En scannant un produit pour obtenir instantanément une évaluation, le citoyen reprend la main sur son alimentation au lieu de subir passivement l’information fournie par le fabricant.

Cette dimension participative a même un volet qui apparaît militant : Yuka, par exemple, est souvent présentée comme l’arme du « petit consommateur » contre le « géant agro-industriel ». Ce faisant, les applications de scan contribuent à autonomiser les consommateurs qui peuvent ainsi défier les messages marketing et exiger des comptes sur la qualité des produits.

Des questions de gouvernance algorithmique

Néanmoins, cet empowerment s’accompagne de nouvelles questions de gouvernance algorithmique. En effet, le pouvoir d’évaluer les produits bascule des acteurs traditionnels vers ces plateformes et leurs algorithmes. Qui définit les critères du score nutritionnel ? Quelle transparence sur la méthode de calcul ? Ces applications concentrent un pouvoir informationnel grandissant : elles peuvent, d’un simple score, influer sur l’image d’une marque, notamment celles à la notoriété modeste qui ne peuvent contrer une mauvaise note nutritionnelle.

Garantir la sécurité et l’intégrité de l’information qu’elles fournissent devient dès lors un enjeu essentiel. À mesure que le public place sa confiance dans ces nouveaux outils, il importe de s’assurer que leurs algorithmes restent fiables, impartiaux et responsables. Faute de quoi, l’espoir d’une consommation mieux informée pourrait être trahi par un excès de pouvoir technologique non contrôlé.

À titre d’exemple, l’algorithme sur lequel s’appuie le Nutri-Score est réévalué en fonction de l’avancée des connaissances sur l’effet sanitaire de certains nutriments et ce, en toute transparence. En mars 2025, une nouvelle version de cet algorithme Nutri-Score est ainsi entrée en vigueur.

La montée en puissance des applications de scan alimentaire est le reflet d’une perte de confiance envers les institutions, mais aussi d’une aspiration à une information plus transparente et participative. Loin d’être de simples gadgets, ces applis peuvent servir de complément utile aux politiques de santé publique (et non s’y substituer !) pour reconstruire la confiance avec le consommateur.

En redonnant du pouvoir au citoyen tout en encadrant rigoureusement la fiabilité des algorithmes, il est possible de conjuguer innovation numérique et intérêt général. Réconcilier information indépendante et gouvernance responsable jouera un rôle clé pour que, demain, confiance et choix éclairés aillent de pair.

The Conversation

Marie-Eve Laporte a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Béatrice Parguel, Camille Cornudet, Fabienne Berger-Remy et Jean-Loup Richet ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Le succès des applis de scans alimentaires comme Yuka à l’ère de la défiance – https://theconversation.com/le-succes-des-applis-de-scans-alimentaires-comme-yuka-a-lere-de-la-defiance-267489

Comment les enfants du baby-boom vivront-ils la fin de vie au Québec ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Ignace Olazabal, Responsable de programmes, Université de Montréal

Les personnes âgées de 65 ans et plus (environ 2 250 000 personnes en 2033) représenteront 25 % de la population de la province de Québec au début des années 2030, les enfants du baby-boom composant dès lors la presque totalité de la population aînée.

Le taux de mortalité augmentera cela dit progressivement à partir de 2036, avec plus de 100 000 décès par année, et dépassera de loin le nombre de naissances, maintenant le Québec dans un contexte de post-transition démographique qui pourrait provoquer un déclin de la population globale.

Quoi qu’il en soit, l’augmentation de la longévité prévue fera que ces nouveaux vieux, les enfants du baby-boom, seront plus nombreux à devenir octogénaires et nonagénaires que ceux des générations précédentes. En effet, les 80+ pourraient représenter près de 8 % de la population en 2033, alors que l’espérance de vie prévue par Statistique Canada sera de 82 ans pour les hommes et de 86 ans pour les femmes.

Il est clair que la balise 65+ n’est plus la même qu’il y a 50 ans, et que la vieillesse est désormais un cycle de vie long, avec les enjeux et défis que cela comporte. Or, paradoxe remarquable, alors que le Québec figure au palmarès des sociétés où l’espérance de vie est la plus haute, elle est également celle où la demande d’aide médicale à mourir est la plus importante.

Anthropologue de la vieillesse et du vieillissement, je suis responsable de la formation en vieillissement à la Faculté de l’apprentissage continu (FAC) de l’Université de Montréal et je m’intéresse aux aspects sociaux du vieillissement des enfants du baby-boom au Québec.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Des vieux nouveaux genres ?

Si le baby-boom est un phénomène démographique englobant les personnes nées entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le milieu des années 1960, il est convenu, ici comme en France ou aux États-Unis, de réserver le nom baby-boomers aux personnes nées entre 1946 (1943 au Québec) et 1958.

Dans son livre intitulé Le fossé des générations, publié en 1971, l’anthropologue Margaret Mead disait des baby-boomers états-uniens qu’ils constituaient une génération préfigurative, en ce sens qu’ils ont inversé les termes de la transmission intergénérationnelle, les jeunes instruisant leurs aînés et, du coup, leurs pairs, plutôt que l’inverse, défiant ainsi la tradition.

Cette inscription en faux contre les valeurs parentales et ancestrales aura permis l’essor de la contreculture dans les années 1960-1970, comme l’expliquent les sociologues Jean-François Sirinelli dans le cas de la France et Doug Owram dans celui du Canada, à travers des valeurs jeunes (la musique pop, la consommation de drogues récréatives ou l’amour libre par exemple). Elle aura également permis de rompre avec la traditionnelle transmission des rôles et des statuts au sein de la famille, comme le souligne le sociologue québécois Daniel Fournier.

Un effet de génération

On parle ici d’un effet de génération au sens sociologique du terme. Au Québec, les baby-boomers seraient, selon le sociologue québécois Jacques Hamel, ceux qui constituent cette fraction des enfants du baby-boom ayant souscrit au slogan « qui s’instruit, s’enrichit » et qui détiennent ces « diplômes universitaires, expression par excellence de cette modernisation » que connut le Québec dans les années 1960.

Ces derniers auront fomenté, sous l’égide des aînés ayant réfléchi la Révolution tranquille (soit les René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie et autres révolutionnaires tranquilles), des transformations majeures au sein d’institutions sociales et d’idéaux aussi fondamentaux que la famille (en la réinventant), la nation (en la rêvant) ou la religion catholique (en la reniant de façon massive).

Le sociologue américain Leonard Steinhorn reconnaît dans cette génération des personnes aux valeurs progressistes ayant tendance à une plus grande reconnaissance de la diversité culturelle, des nouvelles mœurs (comme la légalisation du mariage homosexuel, de l’aide médicale à mourir, ou du cannabis récréatif), ou de l’égalité entre les hommes et les femmes, par rapport aux générations précédentes.


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Mais ce qui distingue surtout ces baby-boomers vieillissants des générations de personnes âgées d’antan, c’est la persévérance dans la conviction de la primauté du sujet, par delà les conventions sociales, même dans la dépendance et la fin de vie.

L’effet de génération, bien qu’il diffère chez chacun des membres d’un même ensemble générationnel, est un produit de l’histoire et des conditionnements sociohistoriques auxquels le sujet aura été exposé au cours des premières décennies de sa vie. Les premières générations du baby-boom ont dès leur jeune âge adulte participé activement à la laïcité de l’État et de l’espace public et privé, et souscrit à l’État technobureaucratique promu par la Révolution tranquille, libérant le sujet des attaches communautaristes pour le rendre autonome.

Les enfants du baby-boom et la fin de vie

L’affranchissement des contraintes religieuses chez les Québécois d’origine canadienne-française, le difficile accès aux soins palliatifs pour les personnes âgées et, surtout, la volonté de contrôler sa propre destinée, sont autant de facteurs qui risquent d’influer sur la fin de vie et la mort des enfants du baby-boom au Québec.

En 2023, 7 % des personnes décédées au Québec – majoritairement des personnes âgées – ont choisi la mort médicalement assistée, dans un contexte d’acceptation sociale presque unanime. En effet, 90 % de la population québécoise appuie la loi sur l’aide médicale à mourir, selon un sondage Ipsos, soit le plus haut taux au Canada.

La détresse existentielle face à la fin de vie et le refus de la souffrance et de l’agonie pourraient expliquer l’engouement des enfants du baby-boom pour ce qu’ils considèrent une mort digne.

Or le grand volume de personnes qui constituent l’ensemble des cohortes du baby-boom, soit les personnes nées entre 1943 et 1965, invite à réfléchir au sort qui sera réservé à beaucoup d’entre eux et elles quant à la qualité et à la quantité des soins et des services publics qui leur seront alloués. Étant donné le contexte plutôt critique du Réseau québécois de la santé et des services sociaux, se pose la question des conditions dans lesquelles se dérouleront ces nombreux décès, estimés à plus de 100 000 par année dès 2036.

Pas tous égaux devant la vieillesse

Certes, une bonne proportion de personnes parmi ce grand ensemble populationnel seront effectivement à l’aise financièrement et jouiront d’un bon état de santé grâce à leur niveau d’éducation, à de généreuses pensions et autres fonds de retraite, à de saines habitudes de vie, et à la biomédecine. Cela étant dit, une proportion non négligeable vieillira appauvrie et malade. Les inégalités sociales de santé demeureront importantes au sein de ces nouvelles générations de personnes âgées.

Les hommes bénéficieront globalement d’un avantage sur les femmes en termes de conditions de retraite et de qualité de vie, tout comme les natifs par rapport aux immigrants, soulignent les démographes Patrik Marier, Yves Carrière et Jonathan Purenne dans un chapitre de l’ouvrage Les vieillissements sous la loupe. Entre mythes et réalités. Cela aura une incidence sur les conditions d’habitation et de résidence, sur les coûts privés en santé et sur la qualité du vieillissement en général.

Ces inégalités sociales de santé feront que les dernières années de vie de plusieurs, des femmes surtout, risquent de l’être en mauvaise santé, appauvries et sans forcément un entourage de qualité. Mais vivre plus longtemps à n’importe quel prix n’est pas le souhait de beaucoup parmi les enfants du baby-boom, et ce indépendamment de leur statut socioéconomique.

L’aide médicale à mourir deviendra-t-elle, dès lors, un acte médical ordinaire, alors que le système public de santé et de services sociaux connaîtra une pression accrue ? Quoi qu’il en soit, ce geste médical ultime devrait toujours jouir d’une popularité incontestable parmi les nouveaux vieux Québécois, du moins ceux d’origine canadienne-française qui ont rompu avec le catholicisme, ce qui pourrait contribuer à freiner l’augmentation de l’espérance de vie au Québec.

Mais encore faut-il que la fin de vie se déroule également dans la dignité.

La Conversation Canada

Jean-Ignace Olazabal a reçu des financements du CRSHC, IRSC.

ref. Comment les enfants du baby-boom vivront-ils la fin de vie au Québec ? – https://theconversation.com/comment-les-enfants-du-baby-boom-vivront-ils-la-fin-de-vie-au-quebec-252148

Le succès des applis de scans alimentaires à l’ère de la défiance

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jean-Loup Richet, Maître de conférences et co-directeur de la Chaire Risques, IAE Paris – Sorbonne Business School; Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Portées par la popularité de Yuka ou d’Open Food Facts, les applications de scan alimentaire connaissent un réel engouement. Une étude analyse les ressorts du succès de ces outils numériques qui fournissent des informations nutritionnelles perçues comme plus indépendantes que celles présentes sur les emballages et délivrées soit par les pouvoirs publics (par exemple, l’échelle Nutri-Score) soit par les marques.


La confiance du public envers les autorités et les grands industriels de l’alimentaire s’érode, et un phénomène en témoigne : le succès fulgurant des applications de scan alimentaire. Ces outils numériques, tels que Yuka ou Open Food Facts, proposent une alternative aux étiquettes nutritionnelles officielles en évaluant les produits au moyen de données collaboratives ouvertes ; elles sont ainsi perçues comme plus indépendantes que les systèmes officiels.

Preuve de leur succès, on apprend à l’automne 2025 que l’application Yuka (créée en France en 2017, ndlr) est désormais plébiscitée aussi aux États-Unis. Robert Francis Kennedy Jr, le ministre de la santé de l’administration Trump, en serait un utilisateur revendiqué.

Une enquête autour des sources d’information nutritionnelle

La source de l’information apparaît essentielle à l’ère de la méfiance. C’est ce que confirme notre enquête publiée dans Psychology & Marketing. Dans une première phase exploratoire, 86 personnes ont été interrogées autour de leurs usages d’applications de scan alimentaire, ce qui nous a permis de confirmer l’engouement pour l’appli Yuka.

Nous avons ensuite mené une analyse quantitative du contenu de plus de 16 000 avis en ligne concernant spécifiquement Yuka et, enfin, mesuré l’effet de deux types de signaux nutritionnels (soit apposés sur le devant des emballages type Nutri-Score, soit obtenus à l’aide d’une application de scan des aliments comme Yuka).

Les résultats de notre enquête révèlent que 77 % des participants associent les labels nutritionnels officiels (comme le Nutri-Score) aux grands acteurs de l’industrie agroalimentaire, tandis qu’ils ne sont que 27 % à percevoir les applis de scan comme émanant de ces dominants.




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À noter que cette perception peut être éloignée de la réalité. Le Nutri-Score, par exemple, n’est pas affilié aux marques de la grande distribution. Il a été développé par le ministère français de la santé qui s’est appuyé sur les travaux d’une équipe de recherche publique ainsi que sur l’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et du Haut Conseil de la santé publique (HCSP).

C’est quoi, le Nutri-Score ?

  • Le Nutri-Score est un logo apposé, sur la base du volontariat, sur l’emballage de produits alimentaires pour informer le consommateur sur leur qualité nutritionnelle.
  • L’évaluation s’appuie sur une échelle de cinq couleurs allant du vert foncé au orange foncé. Chaque couleur est associée à une lettre, de A à E.
  • La note est attribuée en fonction des nutriments et aliments à favoriser dans le produit pour leurs qualités nutritionnelles (fibres, protéines, fruits, légumes, légumes secs) et de ceux à éviter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel et édulcorants pour les boissons).

De son côté, la base de données Open Food Facts (créée en France en 2012, ndlr) apparaît comme un projet collaboratif avec, aux manettes, une association à but non lucratif. Quant à l’application Yuka, elle a été créée par une start-up.

Des applis nutritionnelles perçues comme plus indépendantes

Ces applications sont vues comme liées à de plus petites entités qui, de ce fait, apparaissent comme plus indépendantes. Cette différence de perception de la source engendre un véritable fossé de confiance entre les deux types de signaux. Les consommateurs les plus défiants se montrent plus enclins à se fier à une application indépendante qu’à une étiquette apposée par l’industrie ou par le gouvernement (Nutri-Score), accordant ainsi un avantage de confiance aux premières.

Ce phénomène, comparable à un effet « David contre Goliath », illustre la manière dont la défiance envers, à la fois, les autorités publiques et les grandes entreprises alimente le succès de solutions perçues comme plus neutres. Plus largement, dans un climat où rumeurs et désinformation prospèrent, beaucoup préfèrent la transparence perçue d’une application citoyenne aux communications officielles.

Dimension participative et « volet militant »

Outre la question de la confiance, l’attrait des applications de scan tient aussi à l’empowerment ou empouvoirement (autonomisation) qu’elles procurent aux utilisateurs. L’empowerment du consommateur se traduit par un sentiment accru de contrôle, une meilleure compréhension de son environnement et une participation plus active aux décisions. En scannant un produit pour obtenir instantanément une évaluation, le citoyen reprend la main sur son alimentation au lieu de subir passivement l’information fournie par le fabricant.

Cette dimension participative a même un volet qui apparaît militant : Yuka, par exemple, est souvent présentée comme l’arme du « petit consommateur » contre le « géant agro-industriel ». Ce faisant, les applications de scan contribuent à autonomiser les consommateurs qui peuvent ainsi défier les messages marketing et exiger des comptes sur la qualité des produits.

Des questions de gouvernance algorithmique

Néanmoins, cet empowerment s’accompagne de nouvelles questions de gouvernance algorithmique. En effet, le pouvoir d’évaluer les produits bascule des acteurs traditionnels vers ces plateformes et leurs algorithmes. Qui définit les critères du score nutritionnel ? Quelle transparence sur la méthode de calcul ? Ces applications concentrent un pouvoir informationnel grandissant : elles peuvent, d’un simple score, influer sur l’image d’une marque, notamment celles à la notoriété modeste qui ne peuvent contrer une mauvaise note nutritionnelle.

Garantir la sécurité et l’intégrité de l’information qu’elles fournissent devient dès lors un enjeu essentiel. À mesure que le public place sa confiance dans ces nouveaux outils, il importe de s’assurer que leurs algorithmes restent fiables, impartiaux et responsables. Faute de quoi, l’espoir d’une consommation mieux informée pourrait être trahi par un excès de pouvoir technologique non contrôlé.

À titre d’exemple, l’algorithme sur lequel s’appuie le Nutri-Score est réévalué en fonction de l’avancée des connaissances sur l’effet sanitaire de certains nutriments et ce, en toute transparence. En mars 2025, une nouvelle version de cet algorithme Nutri-Score est ainsi entrée en vigueur.

La montée en puissance des applications de scan alimentaire est le reflet d’une perte de confiance envers les institutions, mais aussi d’une aspiration à une information plus transparente et participative. Loin d’être de simples gadgets, ces applis peuvent servir de complément utile aux politiques de santé publique (et non s’y substituer !) pour reconstruire la confiance avec le consommateur.

En redonnant du pouvoir au citoyen tout en encadrant rigoureusement la fiabilité des algorithmes, il est possible de conjuguer innovation numérique et intérêt général. Réconcilier information indépendante et gouvernance responsable jouera un rôle clé pour que, demain, confiance et choix éclairés aillent de pair.

The Conversation

Marie-Eve Laporte a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Béatrice Parguel, Camille Cornudet, Fabienne Berger-Remy et Jean-Loup Richet ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Le succès des applis de scans alimentaires à l’ère de la défiance – https://theconversation.com/le-succes-des-applis-de-scans-alimentaires-a-lere-de-la-defiance-267489

The problem with ‘mega-COPs’: can a 50,000-person conference still tackle climate change?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dr Hayley Walker, Assistant Professor of International Negotiation, IÉSEG School of Management

Governments from around the world will soon descend upon Belém, Brazil for the 30th Conference of the Parties (COP30) to the United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), and with them, many actors from industry and business, civil society, research institutions, youth organisations and Indigenous Peoples’ groups, to name but a few. Since the adoption of the Paris agreement on climate change in 2015, COP participation numbers have ballooned. COP28 in Dubai was attended by 83,884 participants – a record – and while numbers fell to 54,148 at COP29 in Baku last year, they remained well above those at COP21 in Paris.

These events, which have been described as “mega-COPs”, have come under criticism for the enormous carbon footprint they generate. Research I conducted with Lisanne Groen of Open Universiteit on the participation of non-state actors identifies two further problems. First, the quantity of participants is undermining the quality of participation, as large numbers of non-state actors have to compete for a limited number of meeting rooms, side event slots, opportunities to speak publicly, and chances to engage in dialogue with decision makers. Second, the “mega-COP” trend is driving a widening gap between these actors’ expectations of participation and the realities of the process.

A fair way to downsize

When it comes to the first problem, the obvious solution is to downsize the COPs, but this is not so easy in practice. The decision to hold COP30 in the Amazonian city of Belém – difficult to access and with only 18,000 hotel beds – was thought to be an attempt to move beyond “peak COP”. With tens of thousands of people predicted to attend, some participants appear undeterred by the remote location, but the limited supply of beds has caused prices to surge, raising concerns about costs and their potential effect on the “legitimacy and quality of negotiations”, as reported by Reuters.

As the COPs have grown in size, they have generated more and more political and media attention, so that they are now seen as “the place to be”. This creates pressure on nongovernmental organisations and other non-state actors to attend. Just as the gravitational force of large bodies of mass attracts other objects to them, the mass of “mega-COPs” attracts increasing numbers of participants, in a self-reinforcing cycle that is difficult to break.

The fairest way to downsize the COPs, we argue, is by shining a spotlight on the little-known “overflow” category of participants. This category once allowed governments to add delegates to the events without their names appearing on participant lists, but these names have been publicly reported since the introduction of new transparency measures in 2023. At COP28, there were 23,740 “overflow” participants. These are not government negotiators, but often researchers or industry representatives who have close connections with governments.

COPs are intergovernmental processes: they are created by governments, for governments. Consequently, priority goes to government requests for access badges. Only once all government requests have been met can remaining badges be allocated to admitted non-state actors, which are known as “observers”. Overflow participants are therefore benefiting at the expense of these observer organisations. Pressuring governments to either limit or remove the overflow category could free up many more badges for observers while still reducing the overall number of COP participants in a more equitable manner.

An ‘expectation gap’

The second problem – the expectation gap – relates to a growing misconception of the role of non-state actors in the climate policy negotiation process. Sovereign states are the only actors with the legitimacy to negotiate and adopt international law. The role of non-state actors is to inform and advocate, not to negotiate. Yet, recent years have seen increasing calls among certain groups of non-state actors for “a seat at the table” and the expectation that they will be able to participate on an equal footing with governments. This framing is reproduced online, including via social media, and inevitably leads to frustration and disappointment when they are confronted with the realities of the intergovernmental negotiations.

We see these misaligned expectations particularly in non-state actors who are newcomers to the process. The “mega-COPs” attract more and more first-time participants, who may not have the resources, including know-how and contacts, to effectively reach policymakers. These participants’ growing disillusionment undermines the legitimacy of the COPs – a precious commodity at a geopolitical moment when they are facing challenges from the new US administration – but also risks wasting the valuable ideas and enthusiasm that the newcomers bring.

Focusing on implementation

We see two solutions. First, capacity-building initiatives can build awareness around the intergovernmental nature of the negotiations, and help new participants to engage effectively. One such initiative is the UNFCCC’s “Observer Handbook”. Many organisations and individuals produce their own resources to help first-time participants understand how the process works and how to get involved. Second, and more fundamentally, we need to channel the political, media and public attention away from the negotiations and toward the vital work of climate policy implementation.

COPs are much more than just negotiations – they are also a forum for bringing together the many actors that implement climate action on the ground to learn from each other and drive momentum. These activities, which take place in a dedicated zone of the COP called the “Action Agenda”, are of the utmost importance now that the negotiations on the Paris agreement have concluded and a new chapter focused on implementation begins. Whereas the role for non-state actors in the intergovernmental negotiations is rather limited, when it comes to implementation, their role is central. The actions of cities, regions, businesses, civil society groups and other NSAs can help bridge the gap between emissions-reduction targets in government pledges and the cuts that will be necessary to reach them.

The key issue, therefore, is to divert energy and attention toward the Action Agenda and policy implementation, to make them big enough to exert their own gravitational pull and set in motion positive, self-reinforcing dynamics for climate action. We are heartened to see the Brazilian presidency labelling COP30 as “the COP of implementation” and calling for “Mutirão”, a collective sense of engagement and on-the-ground action that does not require a physical presence in Belém. This addresses both problems with the “mega-COPs” and offers exciting encouragement to channel the groundswell of energy to where it is most needed.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Dr Hayley Walker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. The problem with ‘mega-COPs’: can a 50,000-person conference still tackle climate change? – https://theconversation.com/the-problem-with-mega-cops-can-a-50-000-person-conference-still-tackle-climate-change-268944

The Conversation France obtient la certification Journalism Trust Initiative (JTI)

Source: The Conversation – in French – By Caroline Nourry, Directrice générale, The Conversation

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ref. The Conversation France obtient la certification Journalism Trust Initiative (JTI) – https://theconversation.com/the-conversation-france-obtient-la-certification-journalism-trust-initiative-jti-267758