Il n’y a pas si longtemps, les grillons chantaient dans le métro parisien

Source: The Conversation – France (in French) – By Christophe Bouget, Chercheur en écologie, spécialiste des insectes, Inrae

Grillon domestique _Acheta domesticus_. Mani_raab/iNaturalist, CC BY-NC

Saviez-vous que tous les grillons étaient gauchers ? Et que, jusqu’à il y a peu, on entendait leurs stridulations dans les couloirs du métro parisien, avant que les grèves et le béton les en fassent disparaître ? C’est ce que nous apprend l’entomologiste Christophe Bouget dans le chapitre qu’il consacre à Paris, dans son ouvrage À hauteur d’insectes. Un tour de France naturaliste, récemment publié aux éditions Quae. Nous en reproduisons un extrait ci-dessous.


Le déclin du grillon dans le métro s’expliquerait par le remplacement du ballast (en pierre volcanique) par des poutres en béton et par les grèves des conducteurs.

Ces deux facteurs auraient fait chuter la température ambiante, alors que le grillon tolère mal un séjour en dessous de 30 °C ! Les grèves et les confinements l’auraient également privé de détritus alimentaires.

L’étonnante histoire des grillons du métro parisien, vidéo du Parisien.

Un insecte devenu commensal de l’humain

Le grillon domestique (Acheta domesticus, ndlr), originaire des steppes d’Afghanistan, est arrivé dans le sud de la France au Moyen Âge comme passager clandestin avec le commerce des épices. Il aurait ensuite été apporté à Paris au début du XXe siècle, caché dans des cageots de légumes.

Un grillon domestique au chaud sur un mur de pierre.
otto_r/iNaturalist, CC BY-SA

Pour survivre aux hivers du nord de la France, il s’est réfugié dans les bâtiments, en particulier près des fours à bois des boulangeries. Les mesures d’hygiène et les fours électriques l’ont ensuite obligé à dénicher d’autres gites : dans les chaufferies des sous-sols, les brasseries, les serres et sur les décharges de déchets, où la fermentation produit de la chaleur.

Il a aussi colonisé le ballast du métro, où la température grimpe à plus de 30 °C en raison des frottements des wagons sur les rails. Dans les couloirs souterrains, ses œufs profitaient aussi de l’humidité des canalisations et des infiltrations.




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Un éboueur du métro

À l’état sauvage, A. domesticus est herbivore, comme la plupart des grillons, mais il est aussi détritivore et peut consommer toutes les matières organiques tendres : insectes morts ou vivants, fruits, céréales et graines, feuilles… Grâce à son régime alimentaire omnivore et généraliste, il est capable de prospérer dans des conditions changeantes.

Dans les galeries de métro, comme un véritable éboueur naturel, il se nourrissait de détritus organiques, de miettes, de papiers gras, de brins de laine… voire de mégots (alors que la nicotine est réputée répulsive pour les insectes).

Un animal de compagnie chanteur et combattant

En Europe, le grillon est un animal domestique familier depuis des siècles, et son personnage est présent dans de nombreux contes et fables.

En Chine et au Japon, les grillons enfermés dans de petites cages de bambou, sont depuis très longtemps appréciés pour leur chant à l’intérieur des habitations.

Alors qu’un grillon sauvage vit moins de trois mois, il peut survivre un an en tant qu’animal de compagnie.

En Chine, le combat de grillons par catégorie de poids dans des arènes miniatures fait l’objet de paris non clandestins et très populaires depuis 2 000 ans.

Déjà largement répandu à travers le monde, et doté d’une grande capacité d’adaptation, le grillon domestique pourrait passer des environnements urbains vers les zones rurales en profitant du réchauffement climatique, qui maintient des conditions extérieures favorables toute l’année. En tant que consommateur de graines, il y représenterait une sérieuse menace pour les stocks de denrées séchées.

Il vit principalement le jour, pour bénéficier de températures plus élevées, mais il peut être actif en début et en fin de nuit s’il fait suffisamment chaud. Il vole très rarement et creuse des galeries dans le sol pour se protéger des oiseaux et des grenouilles, ses principaux prédateurs naturels.

Tous les grillons sont gauchers

Seul le mâle stridule, pendant des heures, pour attirer les femelles. Toute la surface de ses deux ailes antérieures durcies en élytres est adaptée à la stridulation. Chaque élytre porte une bande de dents formant une râpe (l’archet), et un grattoir épaissi (le plectre) sur le bord extérieur.

Même si les deux élytres ont les mêmes structures, tous les grillons sont « gauchers » : c’est le frottement de l’archet de l’élytre droit sur le plectre gauche qui produit un son. Lorsque l’entomologiste Jean-Henri Fabre a tenté d’inverser le recouvrement des élytres, le grillon les remettait systématiquement dans la configuration du gaucher ! La vibration produite est amplifiée par résonance sur deux grandes plages membraneuses de l’aile, la harpe et le miroir.

Le son dépend de la vitesse de frottement et du volume de l’espace maintenu entre l’aile et l’abdomen. L’intensité et la fréquence des impulsions sonores augmentent avec la taille du mâle au sein d’une population. La femelle, qui perçoit les vibrations grâce à une membrane de la cuticule localisée sur les tibias des pattes antérieures (le tympan), sait reconnaître les sons caractéristiques des grands mâles.

Entre stridulations et combats

Les femelles choisissent également leur partenaire en fonction de sa capacité à se battre. Lorsqu’un mâle viole les frontières du territoire d’un autre, le mâle autochtone émet un sifflement court et agressif. Si l’adversaire s’attarde, les mâles s’affrontent pour régler le droit de propriété. Le combat se déroule selon une séquence stéréotypée : escrime avec les antennes, prise de mandibules, coups de tête et coups de patte, lutte au corps à corps et morsures, jusqu’à la fuite du perdant. À la fin du combat, le vainqueur stridule un chant d’appel pour attirer les femelles.

Combat entre deux grillons mâles.

Lorsqu’une femelle s’approche et lui touche l’antenne, le mâle émet un chant de parade nuptiale. L’accouplement n’implique pas d’insémination interne. Le mâle dépose une ampoule gélatineuse de sperme (le spermatophore) à la base de la tarière de la femelle, qui capte cette petite capsule à l’aide de ses valves génitales. Le transfert du sperme dans ses voies génitales se fait lentement par diffusion. Au moyen de son ovipositeur incurvé, long de 12 mm et rigide, la femelle pond ensuite 1 500 œufs, individuellement ou en groupe, dans un sol humide.

Les larves ressemblent à des adultes miniatures, mais leurs ailes antérieures ne deviennent rigides qu’après la dernière mue, après trois mois de développement.

Dans le monde entier, A. domesticus est l’un des insectes les plus fréquemment élevés, pour l’alimentation des animaux insectivores, mais aussi de l’être humain. En Asie, de nombreuses espèces locales de grillons garnissent les assiettes. En Europe, depuis 2023, il est autorisé sous forme de farine dans les plats de consommation humaine.




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The Conversation

Christophe Bouget ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Il n’y a pas si longtemps, les grillons chantaient dans le métro parisien – https://theconversation.com/il-ny-a-pas-si-longtemps-les-grillons-chantaient-dans-le-metro-parisien-288142

De 1940 à 1944, quel véhicule roulait en l’absence de pétrole ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Hervé Joly, Directeur de recherche en histoire contemporaine, Université Lumière Lyon 2; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Garage de bicyclettes aux portes de l’hippodrome de Longchamp, à Paris en juillet 1941. Bibliothèque historique de la ville de Paris, NN-013-07906-F, André Zucca, Fourni par l’auteur

L’invasion de la France en 1940 par l’Allemagne nazie et la constitution du régime de Vichy donnent un coup de frein à l’essor de l’industrie automobile. Entre restriction de pétrole, création d’autorisations pour circuler ou limitation de véhicules habilités, comment les Français et les Françaises se déplaçaient-ils durant l’Occupation ?


La France de 1938 ne comptait que 1,8 million de voitures particulières en circulation, contre 39,5 millions aujourd’hui. Avoir une automobile est alors un privilège rare, sans qu’il ne soit réservé aux catégories les plus favorisées. Il y a des voitures dans les campagnes les plus reculées ; des commerçants, des artisans voire des agriculteurs en possèdent. Elles jouent déjà, au côté des trains locaux ou des autocars, un rôle important pour la desserte et l’approvisionnement des territoires.

L’entrée en guerre en septembre 1939 entraîne des restrictions à la consommation de carburants pétroliers. Elle donne la priorité aux besoins de l’armée, mais la circulation d’une automobile privée reste libre.

La défaite de juin 1940 change la donne. La France métropolitaine se retrouve sans autres ressources pétrolières que ses stocks stratégiques, qui représentaient à peu près deux mois de consommation habituelle de carburants autos, et des rares contingents que l’Allemagne nazie, elle-même en pénurie, veut bien lui acheminer pendant quatre ans – essentiellement depuis la Roumanie, soit 3 à 4 % des consommations de 1938.

Dans un livre récemment paru, je montre l’impact considérable que ces pénuries ont eu sur les différents modes de transport, tous plus ou moins dépendants des carburants pétroliers. Nous nous intéresserons ici au cas de l’automobile.

Semblant de souveraineté nationale

Des mesures drastiques sont prises pour réduire la circulation automobile. Les Allemands le font dès les premières semaines dans leur zone d’occupation. Les autorités de Vichy, selon ce qui devient leur pratique habituelle, s’empressent d’emboîter le pas pour garder un semblant de souveraineté nationale en étendant les restrictions à l’ensemble du territoire.

Une « loi » (avec des guillemets dans la mesure où, comme toutes les lois de Vichy, elle n’a jamais été votée par aucune assemblée démocratique…) du 27 août 1940 soumet la circulation automobile à l’obtention d’une autorisation spéciale. Les seuls bénéficiaires en sont :

« Les véhicules strictement indispensables au fonctionnement des services publics ou d’intérêt public, des services du ravitaillement et des exploitations présentant un intérêt essentiel pour la vie du pays. »

Un arrêté du 29 août précise que cette restriction s’applique immédiatement aux véhicules automobiles circulant à l’essence ou au gasoil. Pour les véhicules ne relevant pas des services publics, les autorisations ne peuvent être données qu’à titre temporaire.

Usages strictement professionnels

Autorisation temporaire de circuler, département de la Dordogne, 9 septembre 1940.
Archives départementales de la Dordogne, 14J56, fonds du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale., Fourni par l’auteur

Reste à cerner les « besoins essentiels ». Une circulaire les définit plutôt par défaut, en précisant tout ce qui n’en est pas. L’usage d’une autorisation de circuler est expressément exclu pour « effectuer un voyage touristique ou une promenade familiale, aller à la chasse ou à la pêche, se rendre au restaurant, au café, au théâtre, au cinéma, au terrain de sport, à tout lieu de distraction et de plaisir, se rendre aux offices du culte », mais aussi « pour aller de son domicile à son lieu de travail (sauf cas spéciaux autorisés) ».

L’idée est de ne réserver la circulation qu’à des usages strictement professionnels. Cela justifie des restrictions de jours ou d’horaires. Les autorisations accordées ne sont généralement pas valables le dimanche ou en soirée. Elles sont souvent attribuées pour un périmètre restreint, un arrondissement ou un département.

Dans une société qui entend renvoyer les femmes à la maison, circuler accompagné est, pour un homme, d’emblée perçu comme suspect. Malheur à ce fonctionnaire de Vichy qui se fait arrêter un soir à circuler sur une route de l’Allier avec sa secrétaire. Des débats sans fin animent les autorités préfectorales chargées d’attribuer les autorisations sur les professions qui ont véritablement besoin d’une autorisation. Ce ne serait pas le cas pour l’épicier détaillant livré par des grossistes.

Lettre de Paul Claudel au préfet de l’Isère, 4 mai 1942.
Archives départementales de l’Isère, 3S2/28, Fourni par l’auteur

De même pour un agent d’assurances ou un expert-comptable. En revanche, un charcutier peut y avoir droit s’il fait des tournées. Pour les notaires, les avocats ou les médecins, tout dépend de leur activité.

La circulation des taxis, interdite à Paris, est très restreinte en province, avec des contingentements en carburant et des usages limités à des nécessités avérées, personnes malades ou femmes enceintes. On rétablit, avec un succès limité, les fiacres ou on développe des vélo-taxis.

Un ratio de 173 véhicules pour 100 000 habitants

Ces restrictions générales tendent à se durcir au fil de la période. En 1943, un département n’a, en principe, droit qu’à 173 véhicules pour 100 000 habitants. On s’efforce d’en laisser plus ou moins un par commune, au maire ou à un professionnel, à charge pour lui d’assurer le ravitaillement ou les transports sanitaires d’urgence. Les préfectures croulent sous les demandes d’autorisations exceptionnelles pour tel ou tel déplacement plus ou moins justifié. Les services de gendarmerie multiplient les contrôles d’autant plus faciles que les routes sont désertes.

Vélos-taxis à la gare de Lyon, Paris, 1941.
Bibliothèque historique de la Ville de Paris, NN-013-08536-F, André Zucca, Fourni par l’auteur

Une restriction supplémentaire porte sur les cylindrées. Seuls les véhicules de moins de 14, puis de 12 chevaux, moins gourmands en carburant, peuvent en principe bénéficier d’une autorisation. Là encore, prestige de la fonction oblige, les dérogations sont légion. Le secrétaire d’État à la présidence du Conseil Jacques Benoist-Méchin a le droit de circuler avec sa Cadillac 33 CV. Le savant lyonnais Auguste Lumière, choyé par le régime, peut encore en 1944 utiliser sa Hotchkiss 18 CV.

Pas d’exception pour les véhicules électriques

Les restrictions à la circulation ne sont prévues au départ que pour les véhicules circulant aux carburants pétroliers. Ceux utilisant des carburants alternatifs, gaz de ville, gazogène ou au charbon de bois, ne sont pas concernés. Dès décembre 1940, ils sont soumis aux mêmes restrictions, dans la mesure où ils sont affectés par d’autres pénuries, de lubrifiants et de pneumatiques.

En revanche, les véhicules électriques bénéficient d’un sursis. Le début de l’Occupation est marqué par un engouement pour cette motorisation qui avait, dans les premiers temps de l’automobile, rivalisé avec le moteur à combustion, avant d’être abandonnée, pénalisée par sa faible autonomie.

La voiture électrique conçue par Pierre Faure.
Magazine « Pour elle », 4 septembre 1940, Fourni par l’auteur

De nombreux constructeurs lancent des prototypes ; des garages proposent des conversions de véhicules. Dès mars 1941, la circulation des automobiles électriques est soumise aux mêmes restrictions. Elles souffrent des pénuries communes aux autres véhicules, d’autant que les pneumatiques s’usent plus vite avec le poids des batteries au plomb.

En juillet 1942, toute fabrication de véhicules électriques, trop gourmande en matières premières, est interdite. Seules 700 voitures de tourisme sont mises en circulation, alors qu’on en espérait des milliers. Leurs piètres performances affectent durablement l’image de cette motorisation, qui entre ensuite dans plusieurs décennies de sommeil.




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Parenthèse vers le tout-automobile

Les restrictions croissantes à la circulation automobile ont beaucoup affecté son usage bourgeois. Finis les trajets protégés dans un habitacle protégé pour se rendre au bureau, sortir le dimanche à la campagne ou aller en vacances à la montagne ou sur la côte.

Toutes les catégories sociales en sont réduites à pédaler sur des bicyclettes qui souffrent également des pénuries de pneumatiques, à s’entasser dans des tramways électriques dans les villes où ils existent encore ou dans des trains d’autant plus bondés qu’il n’y a jamais eu, comme ce sera le cas pendant la crise sanitaire de 2020, de restrictions ou de priorités à leur utilisation. On se déplace toujours beaucoup, mais dans des conditions de plus en plus dégradées.

Emploi de l’expression « vol de vélo/bicyclette » dans le quotidien la Dépêche du Berry, 1935-1944.
Retronews, Fourni par l’auteur

Les restrictions de circulation ont eu des bienfaits, comme la réduction de la pollution urbaine ou de la mortalité routière, qui n’ont guère été perçus par les contemporains. L’engouement pour la bicyclette ou les transports en commun n’ont pas eu de prolongements après le retour, dans l’après-guerre, de l’abondance pétrolière.

Les services des Ponts et Chaussées continuent de voir l’avenir avec des routes de plus en plus consacrées à l’automobile et de plus en plus larges. La période est propice, à défaut de beaucoup de travaux réalisés, à prévoir déviations, voies rapides ou autoroutes. L’Occupation n’a été qu’une parenthèse vers le tout-automobile des Trente Glorieuses.

The Conversation

Hervé Joly ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De 1940 à 1944, quel véhicule roulait en l’absence de pétrole ? – https://theconversation.com/de-1940-a-1944-quel-vehicule-roulait-en-labsence-de-petrole-283801

Dans l’Antiquité, les Grecs n’étaient pas tous bodybuildés !

Source: The Conversation – France (in French) – By Lydie Bodiou, Maîtresse de conférence en histoire ancienne, Université de Poitiers

Héraclès et Géras (personnification de la vieillesse). Pelikè (amphore dont la panse s’évase vers le bas) attique à figures rouges provenant de la nécropole de la Banditaccia (Italie), tombe 432, vers 480 avant notre ère, inv. 48238, Musée de la Villa Giulia, Rome. Photo : Lydie Bodiou , Fourni par l’auteur

Le corps tendu par l’effort, les muscles saillants sous une tension presque palpable, les membres proportionnés d’une harmonie parfaite, la statue du Discobole s’offre à l’admiration du visiteur du Musée national romain. Symbole de l’idéal esthétique grec, cette représentation de l’athlète incarne la beauté physique et morale, une perfection masculine longtemps pensée comme constitutive de l’Antiquité grecque.


L’image de l’athlète peuple aujourd’hui nos musées et nos films, éduque les regards dans les jeux vidéo, inspire les designers et les publicistes et façonne un imaginaire contemporain. Mais celui-ci n’est pas né au XXIᵉ siècle, il a traversé les siècles depuis l’Antiquité, construit dès le VIᵉ siècle avant notre ère.

Les cités grecques produisent des modèles normatifs masculins, ceux de leurs citoyens. Ces corps d’hommes libres se déclinent à l’envi dans le paysage des villes, dans les nécropoles et sur les places publiques avec la statuaire, dans l’intimité des maisons avec la céramique peinte, dans les écoles comme modèles de force et de courage à atteindre, glorifiés par la poésie d’Homère ou les odes de Pindare au banquet… Les citoyens doivent être conformés, maîtrisant leurs pulsions grâce à la philosophie, sans failles et sans peur, hâlés et musclés par l’exercice physique au grand air dans les gymnases et les palestres.




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Les hommes doivent répondre à des modèles éducatifs qui accompagnent et déterminent leur place dans la cité : la guerre, la politique et une grande partie de l’économie sont des domaines du masculin. Le petit garçon, puis le jeune homme, l’imaginaire nourri par les récits homériques, façonné par l’effort physique, s’éduque sous le regard de la communauté, familiale et civique. Entre admiration et injonction, compétition acharnée et moqueries pour ceux qui défaillent, un idéal se construit, celui des élites. Dès le VIᵉ siècle, il est fondé sur la kalokagathia, la « beauté-bonté » qui lie une forme de supériorité corporelle et morale réservée à une minorité.

Les travaux récents en histoire ancienne interrogent ce modèle mais s’intéressent aussi aux autres : les citoyens ordinaires, ceux contraints au travail laborieux (paysans, artisans, marchands), ceux vieillissants, pauvres ou blessés que les performances du corps excluent, ceux qui statutairement (esclaves, métèques, étrangers, Barbares) ne possèdent pas de droits politiques… Les approches en étude de genre, qui jusqu’alors étaient surtout tournées vers les femmes, éclairent désormais les masculinités plurielles, considérant aussi les hommes comme des êtres sexués.

Quand le corps est empêché

Dans la Grèce des cités, la masculinité idéale repose sur un corps fort, beau, maîtrisé, utile. Pourtant cette norme esthétique, politique et symbolique est pour beaucoup inatteignable. Certains parce qu’ils sont malades (physiquement ou mentalement), handicapés de naissance ou invalides de guerre, etc., ou d’autres plus ordinaires, s’en écartent simplement : leur corps ou leur condition ne répond pas aux canons de la perfection. Un soldat estropié ne peut plus combattre, un pauvre use sa vie au labeur, un artisan aux mains déformées peine à travailler, un fou brise les liens familiaux et sociaux.

Mendiant assis sur un rocher, figurine en bronze, IIIᵉ siècle avant notre ère, Berlin, Antikensammlung Museum, inv. 30894.1.

Les déficiences, les défaillances, les fragilités physiques ou psychologiques empêchent de remplir parfois certains devoirs de citoyen, de père de famille ou simplement d’homme, de répondre à la totalité des attentes que la société impose : nourrir sa famille en travaillant ou en dirigeant ses esclaves, remplir son devoir militaire quand on est mobilisable de 20 à 60 ans et que les guerres sont communes, prendre la parole dans les assemblées politiques, les repas en commun ou les fêtes de la cité, ces temps marquant de la vie communautaire. Ces figures de la vulnérabilité peuvent être brocardées au théâtre ou lors de procès, mais aussi accompagnées, prises en charge par les familles qui les soutiennent, parfois même assistées par les cités, comme les invalides de guerre qui touchent une indemnité.

Le corps empêché ou entravé incarne les limites d’un modèle où la force physique et la maîtrise de soi induisent des qualités et des valeurs morales. Entre contrôle et soin, la cité et le groupe familial entourent les hommes de toutes les attentions car ces vulnérabilités affichent une vérité gênante, celle d’une masculinité précaire. Tous les Grecs n’étaient pas de vaillants Achilles ou des Ulysses rusés et tous ne possèdent pas l’andreia, « la virilité », le « courage », cette qualité attendue d’eux. Pourtant, leur statut n’est pas remis en cause, ils demeurent citoyens, quelles que soient leurs failles.

Il n’y a donc pas une façon d’être homme en Grèce ancienne, mais une pluralité de masculinités, selon les époques, les cités, les statuts, les richesses, mais aussi selon les moments ou les accidents de la vie.

Quand le corps trahit

Si l’histoire de l’art a popularisé une image lissée des corps grecs, jeunes, « bodybuildés », harmonieux, d’autres figures masculines existent. L’espérance de vie, relativement courte, n’est pas celle de nos sociétés contemporaines, la guerre et la maladie y font des ravages. Les cités grecques comptent pourtant des personnes âgées et parfois de grands vieillards.

Leur place est ambiguë, entre sagesse du vécu et dépérissement des forces physiques. Certaines cités, comme Sparte ou Cyrène, valorisent ces hommes d’expérience en leur confiant des fonctions politiques de premier plan. Mais, plus souvent, la vieillesse est mal aimée et redoutée. Ses caractérisations en témoignent : elle est « pénible », « cruelle », « haïssable », elle est « l’antichambre de la mort ».

Homme chauve tenant une bourse discutant avec un jeune homme, fragment de kylix attique à figures rouges, 490-480 avant notre ère, MET NY, inv. 2011.604.6801.
Source : L. Bodiou, Fourni par l’auteur

La littérature antique évoque moins le mauvais caractère ou l’esprit ralenti que les transformations physiologiques et physiques : la calvitie et la canitie effacent la belle chevelure signe de force et de puissance, les rides remplacent le beau hâle acquis par l’effort au grand air, l’embonpoint ou l’émaciation altèrent la stature, la surdité, la vue affaiblie ou la voix éraillée entravent le quotidien, les tremblements ou la faiblesse rendent dépendants en limitant la capacité de travail.

Deux traits stigmatisants sont fréquemment cités : la perte des dents et l’impuissance. Le nombre de dents servirait même à donner l’âge d’un individu. Surtout, la perte des capacités sexuelles ébranle la place des hommes dans la société. Alors que la sexualité des épouses et des filles est scrutée pour garantir la légitimité des lignées, celle des hommes affirme leur domination sur les autres groupes sociaux : les jeunes garçons, les prostitués des deux sexes, les esclaves. Ne plus participer aux plaisirs d’Aphrodite, les aphrodisia, c’est perdre un peu de sa masculinité.

Les vieillards ne sont pas les seuls à incarner la faillite de la virilité triomphante. La laideur souvent utilisée en contrepoint pour exalter les modèles héroïques apparaît déjà lors de la guerre de Troie opposant des héros, grands, beaux, forts et véloces. Thersite, un simple soldat en est l’exemple frappant : il n’hésite pas attaquer les décisions des rois et à les injurier. Homère en dresse un portrait physique et moral sans concession : « le plus laid qui soit venu sous Ilion » louche, boite, a les épaules voûtées, les cheveux rares, la voix aiguë.

Le sort qui lui est réservé montre le regard porté sur les laids dans les cités : la moquerie des héros dégénère en violence et en coups. Avec constance, au fil des siècles, les sources s’inspirent de cette description homérique. Si hommes et femmes sont également marqués par la laideur, celle-ci sert surtout à souligner des failles morales. Esthétique et éthique sont ici particulièrement liées. Une exception notable : le philosophe Socrate. Son physique reconnaissable (yeux obliques et globuleux, nez camus et narines retroussées, lèvres épaisses, « bouche plus vilaine que celle d’un âne », front dégarni), évoque celui d’un silène. Il invite alors à la réflexion : il ne faut pas s’attacher à ce que l’on perçoit en apparence, mais s’ouvrir à la philosophie.

En Grèce ancienne, le corps d’un homme est le baromètre de la vie sur lequel repose la destinée comme la réputation. Longtemps pensé au travers de quelques critères normatifs, il a forgé des modèles masculins dont nos sociétés seraient les héritières. Beau, jeune, fort, entraîné et performant, le corps du citoyen est avant tout utile : il combat, gère la politique et protège sa famille.

Cette masculinité s’affirme autant par sa domination sur les femmes que par son opposition à d’autres hommes : les pauvres, les vaincus, les malades, les vieillards, les laids, etc., tous les perdants de la cité, mais aussi les citoyens ordinaires, ceux qui ne font pas parler d’eux et échappent grandement aux approches historiennes.


Lydie Bodiou et Véronique Mehl ont dirigé le Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne, paru aux éditions PUR.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Dans l’Antiquité, les Grecs n’étaient pas tous bodybuildés ! – https://theconversation.com/dans-lantiquite-les-grecs-netaient-pas-tous-bodybuildes-285079

Les robots agricoles annoncent-ils vraiment une nouvelle révolution ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Mohammad Naim, Doctoral Researcher, Université de Technologie de Compiègne (UTC); UniLaSalle

Dans une parcelle de salades, un robot de désherbage autonome avance entre les rangs. Grâce à ses capteurs embarqués, il identifie les mauvaises herbes au plus près des cultures et les élimine, plante par plante. Là où les agriculteurs recourent traditionnellement aux herbicides ou à un désherbage manuel coûteux en main-d’œuvre, la machine intervient avec rapidité et précision. Cette technologie annonce-t-elle une nouvelle étape vers une agriculture plus agroécologique ? Voici quelques éléments de réponse.


Les robots attirent aujourd’hui tous les regards dans les salons agricoles. Ils incarnent une promesse séduisante : moins de pénibilité, moins d’intrants (herbicides, pesticides, engrais…), plus de précision, davantage de données et, peut-être, une agriculture agroécologique et plus durable.

Mais cette démonstration technologique laisse une question essentielle en suspens : qu’est-ce qui pousse réellement les agriculteurs à adopter ces machines et les déployer dans leurs exploitations agricoles ?

Des robots au service de l’agroécologie ?

Un robot agricole n’est pas une simple machine motorisée. Il « voit », se déplace, mesure et agit, souvent sans intervention humaine directe. Grâce à des capteurs et des algorithmes, il peut reconnaître des plantes, se repérer dans une parcelle et intervenir de façon ciblée.

Cette capacité à combiner perception, décision et action le distingue des machines agricoles classiques. Ce n’est plus seulement un outil exécutant une tâche, mais un système connecté qui alimente et mobilise des bases de données, souvent hébergées sur des plates-formes numériques ou dans le cloud, et qui s’insère ainsi dans l’organisation du travail agricole.

Par ailleurs la robotique agricole est régulièrement présentée comme un levier de transition agroécologique. En permettant des interventions plus précises, ces machines peuvent réduire l’usage des intrants, limiter les passages d’engins lourds et favoriser des pratiques agricoles plus fines. Elles sont ainsi susceptibles de contribuer à plusieurs principes de l’agroécologie, notamment la santé des sols, la biodiversité, les synergies entre opérations agricoles et, dans une moindre mesure, le recyclage (utilisation des ressources renouvelables).

Robot Orio de Naïo Technologies, équipé d’une bineuse pour le désherbage mécanique des cultures en rangs.
Mohammad Naim, Fourni par l’auteur

Le désherbage sélectif est l’exemple le plus visible. Plutôt que de traiter toute une surface, le robot intervient au plus près de chaque plante, soit mécaniquement, soit par pulvérisation ciblée, soit encore par traitement thermique de la mauvaise herbe. Cette précision permet de limiter les intrants chimiques ainsi que les risques de transfert vers l’environnement.

Les robots plus légers peuvent également limiter le tassement des sols, un problème majeur lié au passage répété d’engins lourds. Des machines de petite taille, comme certains robots semeurs, peuvent être déployées en flotte sur une même parcelle, répartissant ainsi les charges au lieu de les concentrer.

L’intérêt des robots agricoles ne se limite pas à l’automatisation des opérations culturales. En observant régulièrement les parcelles, les robots peuvent aider à mieux ajuster les interventions. Ils sont en mesure de repérer des zones de stress hydrique, de détecter certaines maladies, de suivre la croissance des cultures et de fournir des informations utiles à la décision. Déployés à grande échelle, ils pourraient ainsi contribuer à la mise en place de véritables réseaux de surveillance agronomique, capables de signaler rapidement certaines anomalies et d’améliorer le suivi des cultures.

Mais sur le terrain, la prudence s’impose. La plupart des robots actuels restent conçus pour des environnements relativement simples : rangs réguliers, cultures homogènes, parcelles bien structurées. Or l’agroécologie repose précisément sur la diversité : rotations longues, associations de cultures, agroforesterie, haies, couverts végétaux, paysages plus hétérogènes. Dans ces conditions, un robot performant en monoculture bien alignée peut rapidement montrer ses limites dans des systèmes plus complexes.

Ce que disent les enquêtes auprès des agriculteurs

Pour mieux comprendre ce qui pousse les agriculteurs à s’équiper en robots agricoles, notre unité de recherche InTerACT a mené une enquête auprès de 281 agriculteurs. Notre analyse, issue des sciences agronomiques et humaines, visait à évaluer le rôle des perceptions des agriculteurs et de leur environnement social dans la décision d’adopter, ou non, ces technologies.

Le principal enseignement est clair : les agriculteurs n’adoptent pas un robot parce qu’il est « futuriste », mais parce qu’ils le jugent utile. Cette utilité perçue repose sur des critères très concrets : la capacité du robot à réaliser correctement une tâche, la qualité du travail produit et la possibilité d’en observer les bénéfices dans la pratique.

Autrement dit, il ne s’agit pas de disposer d’une machine qui “incarne l’innovation”, mais d’un outil efficace. Les agriculteurs veulent savoir par exemple si le robot désherbe bien, s’il fait gagner du temps, s’il réduit les coûts, s’il est fiable et si l’investissement est rentable.

La facilité d’usage joue également un rôle, mais elle reste secondaire : une interface simple ne compense pas une machine mal adaptée aux réalités du terrain. L’influence sociale existe aussi, mais de façon limitée : l’intérêt des pairs ou des conseillers peut susciter de la curiosité, sans suffire à modifier l’évaluation de l’utilité. Donc moins d’importance de l’effet « tracteur neuf » (l’enthousiasme suscité par l’arrivée d’un nouvel équipement qui fait que les utilisateurs sont généralement plus enclins à l’utiliser, à s’y intéresser et à en valoriser les bénéfices).

Robot AIGRO UP de la marque Aigro, équipé d’un plateau de tonte pour l’entretien des interrangs viticoles.
Mohammad Naim, Fourni par l’auteur

Les enquêtes montrent également que l’adoption des robots ne se fait pas par hasard. Elle varie selon les systèmes de production, le niveau d’éducation et la structure des exploitations. Les grandes cultures et certaines productions spécialisées, plus mécanisables, se montrent plus favorables, tout comme les exploitations sociétaires ou collectives, souvent mieux dotées en capital. L’âge et l’expérience jouent, en revanche, un rôle plus limité.

Ce constat renvoie à un enjeu central : la robotique agricole n’est pas seulement une question technique, mais aussi une question d’accès. Si ces équipements restent principalement adoptés par les exploitations les mieux capitalisées, la « révolution agroécologique » annoncée risque surtout d’amplifier les écarts existants.

Des machines encore limitées

Les robots agricoles progressent rapidement, mais ils se heurtent encore à plusieurs limites. La première est technique : un champ est un environnement complexe et changeant. Il y a de la boue, des cailloux, des pentes, des plantes irrégulières et de nombreux imprévus. Dans ces conditions, faire fonctionner une machine autonome de façon fiable reste un défi.

La seconde limite est économique. Les robots sont encore coûteux, souvent entre 50 000 et 300 000 dollars (soit entre 43 300 et 260 000 euros), auxquels s’ajoutent la maintenance, la formation et les risques de panne. Même s’ils peuvent permettre des économies sur le long terme (diminution des besoins en travail manuel, d’une utilisation plus précise des ressources et d’une meilleure efficacité des opérations agricoles), l’investissement reste important et risqué pour de nombreuses exploitations. Le coût constitue actuellement un frein à l’adoption, mais son importance doit être relativisée, car les effets d’apprentissage et d’échelle liés à la diffusion de la technologie pourraient entraîner une diminution progressive des coûts unitaires.

La troisième limite concerne l’organisation du travail. Adopter un robot, ce n’est pas seulement acheter une machine : c’est aussi changer ses habitudes, ses calendriers et ses compétences. Cela pose aussi des questions nouvelles, notamment sur l’utilisation des données produites et sur la dépendance éventuelle à des fabricants ou à des logiciels propriétaires.

Enfin, il existe une dimension plus politique. Pour que la robotique s’insère réellement dans les systèmes agricoles, notamment les plus durables, elle doit s’accompagner de démonstrations en conditions réelles, de formations, de solutions collectives, de services de maintenance territorialisés et d’une implication des agriculteurs dans sa conception.

Vers une agriculture plus humaine ou plus automatisée ?

La question n’est pas tant de savoir si les robots remplaceront les agriculteurs, une idée qui relève davantage de la fiction que de la réalité, que de comprendre quel type d’agriculture ils contribuent à façonner.

Selon les conditions de leur développement, deux trajectoires se dessinent. Dans un premier scénario, les robots prolongent les logiques de l’agriculture industrielle : agrandissement des surfaces, standardisation des pratiques, captation des données et dépendance accrue à des systèmes techniques.

Dans un autre, ils peuvent devenir des outils au service de systèmes plus diversifiés, plus précis et moins pénibles, en accompagnant des pratiques plus fines et plus écologiques.

Des pistes alternatives émergent : robots partagés à plusieurs, flottes coopératives, outils open source ou dispositifs adaptés à des systèmes plus complexes. Mais ces trajectoires restent encore minoritaires.

Cette perspective reste toutefois conditionnelle. Le potentiel agroécologique des robots agricoles ne découle pas de la technologie elle-même, mais des modalités de son intégration dans les systèmes de production. Selon les contextes et les finalités poursuivies, ces technologies peuvent soutenir la réduction des intrants et une meilleure mobilisation des processus écologiques, ou répondre principalement à des objectifs d’efficacité technico-économique. Elles peuvent également transformer l’organisation du travail, redistribuer les compétences et générer de nouvelles dépendances aux infrastructures numériques et aux acteurs qui les contrôlent.

Une révolution, à condition de choisir son cap

Les robots agricoles annoncent peut-être une nouvelle révolution agricole. Mais une révolution ne se mesure pas au nombre de capteurs embarqués. Elle se mesure à ce qu’elle transforme réellement : le travail, les sols, les dépendances économiques, la biodiversité, l’autonomie des agriculteurs, et, avant tout, sa capacité à générer une agriculture durable.

Pour l’instant, les robots sont moins une rupture qu’un carrefour. Ils peuvent aider à construire une agriculture plus agroécologique et durable, mais seulement si leur diffusion est pensée avec les agriculteurs, et pas seulement pour eux. Le robot, c’est aussi du métal, du plastique, des métaux rares, etc. Comment intégrer cela, comment recycler, limiter l’obsolescence, si un jour ce modèle s’imposait pour toute l’agriculture ?

The Conversation

Mohammad Naim a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre du projet NINSAR, au titre de France 2030 (subvention n° ANR-22-PEAE-0007). Une licence publique Creative Commons CC BY a été appliquée au présent document et le sera à toutes les versions ultérieures, conformément aux conditions de libre accès associées à cette subvention.

Loïc Sauvée et Quentin Bordier ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Les robots agricoles annoncent-ils vraiment une nouvelle révolution ? – https://theconversation.com/les-robots-agricoles-annoncent-ils-vraiment-une-nouvelle-revolution-286606

Incendies : le retour à la maison, angle mort de la gestion de crise

Source: The Conversation – France in French (3) – By Elsa Gisquet, Sociologue, Centre de Sociologie des Organisations (CSO), Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • La gestion des incendies reste organisée autour de l’urgence alors que les difficultés peuvent se prolonger après l’extinction du feu.

  • L’accompagnement des habitants de retour chez eux est fragmenté. Un certain nombre de connaissances en matière d’expositions nocives ou de nuisances sont manquantes.

  • Associer les habitants permettrait de repérer plus vite les problèmes et d’organiser un véritable suivi du retour à des conditions de vie normales.


Alors que les incendies d’ampleur qui ont frappé la France sont en passe d’être maîtrisés, la catastrophe ne s’achève pas pour autant. Pour les habitants, elle se prolonge lorsqu’il faut rentrer chez soi, reprendre son activité, évaluer les risques persistants et déterminer ce qu’il est encore possible de faire sans danger.

Jusqu’à présent, les feux sont principalement appréhendés sous l’angle de la lutte contre les flammes, à partir de réponses techniques ou politiques. Au-delà de ce combat contre le feu, l’enjeu est aussi de préserver l’habitabilité des territoires et de mieux associer les riverains à la gestion de l’après-incendie.

Deux failles institutionnelles dans la prise en charge

En France, la gestion des crises repose sur un ensemble de normes, de plans et de dispositifs (notamment le dispositif Orsec) organisant l’intervention en différentes phases : préparation, urgence et gestion post-accidentelle (l’organisation du retour des habitants, l’évaluation des pollutions persistantes, la remise en état des infrastructures). Malgré cette formalisation de la gestion de crise, deux failles pourraient entraîner des conséquences importantes pour les dizaines de milliers de personnes qui regagneront prochainement leur domicile.

La première faille tient au séquençage des différentes phases de la gestion de crise : préparation, urgence et période post-accidentelle. Pendant la phase aiguë, les pompiers assurent la direction des opérations et combattent le feu, tandis que les forces de sécurité organisent les évacuations et contrôlent les accès. Une fois la menace immédiate écartée, d’autres acteurs prennent le relais sans nécessairement disposer des capacités de permanence et de mobilisation immédiate propres aux services d’urgence : DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), organismes de surveillance de l’air, entreprise de nettoyages, opérateurs de transport et chauffeurs de bus.

Mais qui accompagne les habitants entre ces deux phases, lorsque la menace immédiate est levée, sans que les dispositifs post-accidentels soient encore pleinement déployés ? Dans cet intervalle se nichent des interstices de prise en charge.

Une habitation peut être restée intacte tout en demeurant difficilement habitable. Lorsque les incendies seront maîtrisés en Gironde et que les ordres d’évacuation seront levés, qui sera chargé de ramasser les suies des maisons et les débris calcinés déposés dans les jardins ? Pourra-t-on laisser les enfants fréquenter les aires de jeux et, dans le cas contraire, qui devra les nettoyer et dans quels délais ? Enfin, qui pourra vérifier qu’un logement n’a pas subi de dommages moins visibles causés par la chaleur, les fumées ou les eaux d’extinction ? Ces questions relèvent de compétences dispersées entre plusieurs acteurs, sans qu’un service soit clairement désigné pour en assurer une prise en charge immédiate, coordonnée et continue.

Incendies dans le Var : des habitants réintègrent leur maison.

La seconde faille concerne la production des connaissances sur les conséquences de l’incendie, notamment lorsque des milliers d’hectares brûlent à proximité d’habitations, d’infrastructures ou de sites industriels sensibles. En effet, la capacité à caractériser ces pollutions dépend des dispositifs installés en amont.

À Fontainebleau (Seine-et-Marne) par exemple, les fortes concentrations ont pu être documentées parce qu’une station fixe située à cinq kilomètres de l’incendie s’est trouvée sous le vent du panache. Or, c’est rarement le cas. Sans capteurs, mesures de référence ou échantillons prélevés au moment du passage des fumées, certaines expositions deviennent difficiles à reconstituer. Les connaissances disponibles après le feu sont donc largement déterminées par ce qui a été anticipé et mesuré avant et pendant l’incendie.

Elles dépendent aussi de ce que les dispositifs ont été conçus pour observer. Les autorités sanitaires peuvent suivre les hospitalisations, les consultations ou les appels à SOS Médecins. Ces indicateurs sont indispensables, mais ils saisissent mal les atteintes diffuses ou peu médicalisées : irritations, conjonctivites, nausées, odeurs persistantes, dépôts inhabituels ou atteintes aux animaux et aux végétaux. Ces phénomènes ne prouvent pas à eux seuls une contamination mais, lorsqu’ils ne sont ni recueillis ni examinés, ils constituent des angles morts de la connaissance. Ils ne peuvent alors ni orienter les prélèvements ni ouvrir de nouvelles investigations, tandis que des préjudices affectant concrètement les conditions de vie restent sans qualification.

Quand la crise devient un mécanisme de régulation

Ces deux failles – fragmentation de l’assistance et manque de connaissances – se renforcent mutuellement. Lorsqu’une difficulté se situe dans un interstice de prise en charge, qu’aucun responsable n’est clairement désigné ou qu’un signalement n’est ni recueilli ni documenté, elle peut difficilement faire l’objet d’une enquête, être qualifiée et rattachée au mandat d’une institution.

Certaines difficultés ne sont alors reconnues qu’après l’accumulation de plaintes, de mobilisations ou de controverses publiques.

C’est ce que l’on a observé après l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol, à Rouen (Seine-Maritime), en 2019. Une fois le feu éteint, les inquiétudes des riverains se sont amplifiées face aux retombées visibles de suies dans les cours d’école et sur les cheveux des enfants, face à la découverte, dans les jardins, de fragments de toiture contenant de l’amiante, aux odeurs persistantes à plusieurs kilomètres à la ronde.

L’incertitude entourant les effets sanitaires à moyen et long terme ont continué d’affecter la vie quotidienne des riverains bien après la fin de l’incendie. Le manque de réponses jugées claires sur les conséquences sanitaires et environnementales du feu a alimenté un sentiment d’abandon et un rejet croissant de la parole officielle qui s’est notamment traduite par des manifestations devant la préfecture et la constitution d’associations de victimes et de collectifs de riverains.

Les habitants ont progressivement obtenu des interlocuteurs institutionnels, tandis que des instruments d’enquête ont été mis en place pour répondre à leurs préoccupations. Santé publique France a ainsi été chargée d’évaluer les effets sanitaires de l’incendie à court, moyen et long termes, tandis que l’Anses a notamment été saisie des risques alimentaires liés aux retombées du panache. Ces réponses sont incontestablement utiles, mais elles reposent sur des indicateurs sanitaires et environnementaux standardisés, qui saisissent mal des atteintes plus diffuses : malaise, perte de repères, difficulté à réinvestir et à prendre soin de son territoire. Et surtout, toutes ces réponses ont été adoptées à la suite de l’insistance et des protestations des habitants.

La crise devient ainsi un mécanisme de régulation : un problème n’obtient un responsable, une qualification et une réponse qu’une fois devenu suffisamment visible ou conflictuel. Pour éviter cette mise en crise, il faut organiser dès l’amont la continuité entre l’urgence et le retour à des conditions de vie ordinaires.

Comment faire mieux ?

Les habitants ne doivent pas être considérés seulement comme des victimes à protéger ou comme les destinataires d’une information institutionnelle. Ils disposent d’une connaissance fine des territoires, de leurs usages, de leurs vulnérabilités et des difficultés qui apparaissent pendant et après la crise. Leur participation pourrait être organisée dès la préparation des plans et se poursuivre au cours du retour et de la reconstruction, notamment à travers des comités locaux chargés d’identifier les besoins, de signaler les dysfonctionnements et de discuter des priorités.

Les autorités pourraient également publier des bulletins d’habitabilité réunissant les données sur la qualité de l’air et de l’eau, la situation sanitaire, l’état des réseaux et les signalements des habitants : fumées, odeurs, dépôts, symptômes ou difficultés rencontrées lors du retour.

Des dispositifs comparables existent en Amérique du Nord : après les incendies de Los Angeles de janvier 2025, le comté a créé un tableau de bord rassemblant les mesures relatives à l’air, aux sols et surfaces, à l’eau et à la santé humaine ; à Jasper, au Canada, les rapports de rétablissement suivent notamment la remise en service des réseaux, la qualité de l’air, les contaminations et les conditions du retour. Ces outils restent toutefois principalement alimentés par les données des institutions et intègrent peu les observations produites par les habitants.

Chaque signalement par les habitants pourrait ainsi être tracé afin de repérer les récurrences, de localiser les phénomènes et de déclencher, si nécessaire, de nouveaux prélèvements, des enquêtes complémentaires de problèmes émergents non anticipés ou des échanges avec les populations concernées.

L’expérience des « nez normands », formés par l’association Atmo Normandie à décrire les phénomènes olfactifs et dont la mobilisation s’est renforcée depuis l’incendie de Lubrizol, illustre cette complémentarité. Les observations citoyennes peuvent utilement compléter les données issues des capteurs, sans se substituer à l’expertise toxicologique. Une politique de l’habitabilité traiterait ainsi les observations et les inquiétudes comme des signaux à instruire, sans les considérer d’emblée comme des preuves ni les disqualifier comme de simples perceptions.

Alors que les actions trop limitées contre le changement climatique laissent présager des étés de plus en plus rudes, marqués par une multiplication des risques d’incendies, il n’est plus seulement question de savoir comment combattre les flammes. L’après-feu et les enjeux de l’habitabilité qui lui sont associés doivent désormais être pensés comme une composante à part entière de la gestion de crise.

The Conversation

Elsa Gisquet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Incendies : le retour à la maison, angle mort de la gestion de crise – https://theconversation.com/incendies-le-retour-a-la-maison-angle-mort-de-la-gestion-de-crise-288860

Renseignement : comment les services secrets sont devenus un pilier de l’État

Source: The Conversation – France in French (3) – By Julien Fragnon, Enseignant en science politique et chercheur-associé au laboratoire Triangle (UMR 5206, Université de Lyon) et à l’IRSEM, Sciences Po Lyon

Avec la série *le Bureau des légendes* (2015-2020, Canal+), les services de renseignement ont changé d’image auprès du grand public. Le Bureau des légendes/Canal +

L’ESSENTIEL

  • Longtemps cantonné aux marges de l’action publique, le renseignement est devenu, à partir des années 2000, un instrument pleinement assumé de l’État.

  • Attentats, mutations géopolitiques : cette transformation a profondément modifié la place des services secrets dans la démocratie française.

  • Pour garantir le respect des libertés individuelles, un renforcement des contrôles doit accompagner l’extension des moyens des services secrets.


Contrairement aux pays anglo-saxons, le pouvoir politique français s’est longtemps tenu à distance des services de renseignement. Jusqu’aux années 2000, les présidents se méfiaient d’organisations jugées très autonomes, parfois soupçonnées de politisation ou d’avoir été impliquées, directement ou indirectement, dans des épisodes sensibles (guerre d’Algérie, affaire Markovic, opérations clandestines en Afrique, etc.). Les services de renseignement, intérieurs comme extérieurs, travaillaient avant cette époque sans cadre législatif et fonctionnaient de manière très cloisonnée. Inhérent à l’État mais extérieur à la culture politique, tel était le statut paradoxal du renseignement en France.

Aujourd’hui, la situation a bien changé. La loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement a consacré ce dernier comme une politique publique qui fournit une information stratégique nécessaire au processus de décision dans la conduite de la politique étrangère, de défense et de sécurité de l’État. Dix ans après cette loi, le renseignement serait-il devenu une politique publique comme les autres ?

Pour comprendre cette évolution, il est nécessaire de faire un retour en arrière. Trois grands moments jalonnent l’histoire contemporaine du renseignement en France : la fin des années 1980, les années 2008-2010 et les années 2015 et 2016. Chacune de ces périodes illustre les facteurs classiques du changement en science politique : le volontarisme politique, une analyse du contexte sociopolitique ou la conséquence des crises externes.

Le lent tournant de l’État vers une culture du renseignement

À la fin des années 1980, le regard politique sur les services a commencé à changer. Michel Rocard, alors premier ministre, se déplace au siège de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et fait évoluer l’image du renseignement en un outil d’aide à la décision indispensable dans la future société de l’information. Avec la fin de la guerre froide et la première guerre du Golfe (2 août 1990–28 février 1991), les armées revendiquent la nécessité de renforcer les missions de connaissance et d’anticipation face au retard français en matière de renseignement militaire. Ainsi, la nouvelle donne internationale conduit la France à développer son propre système de renseignement afin de ne plus être dépendante des États-Unis, comme ce fut le cas en 1990-1991.

Une deuxième étape débute avec la lutte contre le terrorisme post-2001. Le renseignement connaît une première phase de centralisation et de reconnaissance dans l’appareil d’État, avec la création de plusieurs instances durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy :

En outre, la fonction de reconnaissance et d’anticipation devient la mission première des armées dans la nouvelle stratégie de défense issue du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008. Le renseignement évolue ainsi de plus en plus comme une fonction légitime de l’État, assumée publiquement par les plus hautes autorités politiques.

Dernière étape en 2015 où le renseignement est inscrit dans la loi comme une politique publique formelle. Là encore, cette évolution est le fruit de plusieurs facteurs : une vague historique d’attentats djihadistes qui frappe la France à partir de 2015, un besoin d’encadrement des pratiques partagé par les parlementaires et les services de renseignement, le durcissement du contexte international (jusqu’au retour de la guerre sur le sol européen depuis 2022).

L’évolution des perceptions du grand public sur le sujet joue également un rôle non négligeable. Ainsi, la série télévisée le Bureau des légendes connaît un succès critique et populaire qui contribue, en pleine vague d’attentats en France, à modifier le regard du grand public sur le quotidien et les missions d’un service secret. Jusque là, aucune production fictionnelle française n’avait abordé les espions sous un angle réaliste avec une volonté quasi documentaire. Le succès de cette série, auprès des services comme du public, marque d’ailleurs une vraie rupture au point d’engendrer de nombreuses candidatures. À la même époque, plusieurs scandales médiatiques (Snowden ou Pegasus) donnent à voir un autre versant, plus sombre, des services et de leurs immenses capacités de surveillance.

Bande-annonce de la saison 1 de la série le Bureau des légendes.

Dans ce contexte, la loi du 24 juillet 2015 définit un cadre dans lequel les services secrets sont autorisés à recourir à des techniques spécifiques (balisage, sonorisation de lieux privés, écoutes, captation de données informatiques, etc.). Elle crée aussi un nouvel organisme de contrôle : la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR).

Cette évolution de la place du renseignement dans les politiques publiques parachève une forme de « banalisation » ou de « normalisation » du renseignement qui se rapproche ainsi des autres politiques publiques de l’État. Mais ce mouvement de reconnaissance dans l’appareil d’État et dans le droit se heurte à un paradoxe.

Comment contrôler démocratiquement une activité secrète ?

Depuis 2015, le renseignement a connu une augmentation historique de ses moyens humains et financiers : plus de 2 200 emplois supplémentaires pour les services de renseignement aux ministères de l’intérieur et de la défense entre 2015 et 2020, la DGSE qui passe de 4 400 agents en 2008 à 6 100 aujourd’hui, son budget qui augmente de près de 60 % depuis 2018 (1,3 milliard d’euros en 2026) avec un total prévisionnel de 5,4 milliards d’euros sur la période 2024-2030.

Pour garantir le respect de l’État de droit et des libertés individuelles, cette extension des moyens des services secrets doit toutefois s’accompagner d’un renforcement des mécanismes de contrôle.

Longtemps vu comme une activité illégitime liée à la raison d’État, le renseignement connaît alors un encadrement croissant par le droit. Toutefois, le renseignement demeure un domaine très particulier qui ne peut pas être soumis aux usages habituels de publicité et de contrôle démocratique.

Aujourd’hui, trois échelons de contrôle, dont les membres sont soumis au secret de la défense nationale, participent à son encadrement externe :

  • un contrôle administratif exercé par la CNCTR,

  • un contrôle parlementaire par la délégation parlementaire au renseignement,

  • un contrôle juridictionnel confié à une formation spécialisée au sein de la section du contentieux du Conseil d’État.

Le droit constitue alors un puissant vecteur de normalisation de pratiques qui sont, au premier abord, dérogatoires des règles démocratiques habituelles (absence de publicité des actions pour cause de secret-défense, absence d’évaluation publique des politiques menées, validation de pratiques de surveillance de la population, etc.).

En renforçant le contrôle de ces pratiques secrètes, le droit permet donc un meilleur encadrement du renseignement, mais contribue aussi à légitimer son existence, tout en légalisant des mesures dérogatoires, ce qui se révèle paradoxal.

Du secret à la parole publique

Désormais, pas une semaine ne passe sans que l’espionnage ne fasse la une de l’actualité. Guerres en Ukraine, en Iran ou à Gaza, espionnage entre États, « failles » du renseignement, lutte contre le terrorisme, etc. bien que secret, le renseignement est partout.

Aujourd’hui, les médias interrogent le rôle des services secrets dans la plupart des enjeux de sécurité soit comme un outil de compréhension de la menace, soit comme un outil de réponse. Ces derniers mois, plusieurs directeurs de services de renseignement sont même apparus dans les médias pour décrire les menaces pesant sur la France. Dans un monde saturé de fake news et de désinformation, la parole des services de renseignement, autrefois absente et secrète, est devenue un instrument de crédibilité pour informer les citoyens et alerter sur les menaces sécuritaires. Ces interventions médiatiques signalent une étape supplémentaire dans la place du renseignement dans la culture politique.

La normalisation laisse la place à une forme de certification du renseignement : les menaces sont crédibles à partir du moment où elles sont énoncées par les représentants des services de renseignement.

Au-delà du questionnement sur la réussite de ce soft power, cette présence médiatique des services de renseignement est aussi le symptôme nouveau d’une lacune ancienne des dirigeants politiques. Si les directeurs des services s’expriment dans les médias, c’est forcément après avoir obtenu l’autorisation de l’échelon politique. Ce dernier y voit donc un intérêt afin de crédibiliser les menaces sécuritaires dans une stratégie de pédagogie sur l’effort de défense et de sécurité à consentir de la part des citoyens.

Ce recours à des acteurs administratifs pour donner du crédit à cette stratégie de conviction signale donc en creux la perte d’influence des acteurs politiques. Ces derniers ne suffisent plus pour convaincre les citoyens d’adopter leurs visions du monde afin de le transformer.

The Conversation

Julien Fragnon est collaborateur d’élu local et national.

ref. Renseignement : comment les services secrets sont devenus un pilier de l’État – https://theconversation.com/renseignement-comment-les-services-secrets-sont-devenus-un-pilier-de-letat-285503

Donald Trump ou la contagion du mal ordinaire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dominique Steiler, Fondateur de la Chaire UNESCO pour une Culture de Paix Economique, Auteurs historiques The Conversation France


L’ESSENTIEL

  • Trump agit comme un révélateur. Ses propos accélèrent une désinhibition morale générale où la brutalité, le mépris et la transgression deviennent progressivement acceptables.

  • Le mal procède par division. Il fracture l’individu, les relations humaines, la société et le rapport au vivant, faisant du conflit la forme normale des interactions.

  • La guerre est devenue un paradigme commun. La logique concurrentielle s’étend de l’entreprise aux relations internationales. Seule une culture de paix fondée sur la reconnaissance de l’autre peut rompre cette dynamique.


Les crises contemporaines ne se laissent plus comprendre par la seule analyse des événements ou des figures qui les incarnent. Elles signalent une rupture plus profonde, touchant à notre manière d’habiter le monde, d’exercer le pouvoir et de reconnaître l’autre comme sujet digne.

En quelques années, un homme est parvenu à rendre dicible et parfois même respectable ce qui demeurait contenu, dissimulé ou honteux : l’insulte, le mépris, la brutalité. Donald Trump n’a pas inventé ces forces : il les a autorisées, leur donnant un visage, un langage et une validation symbolique depuis le sommet du pouvoir mondial.

Le phénomène dépasse sa personne et trouve en lui une cristallisation inédite. Ce qui se joue n’est pas un style provocateur, mais une désinhibition morale du pouvoir : ce qui était inacceptable devient tolérable, ce qui était indigne devient performant, ce qui devait être combattu devient imité.

Le mal n’a pas besoin de monstres

Concevoir le mal uniquement comme violence spectaculaire ou démesure exceptionnelle empêche d’en saisir la dynamique la plus dangereuse : sa capacité à se répandre silencieusement, à se normaliser, à s’intégrer aux pratiques quotidiennes et aux imaginaires collectifs.

Hannah Arendt nous avait prévenus : le mal ne surgit pas toujours sous la forme du monstre. Il se diffuse bien plus sûrement lorsqu’il devient banal et qu’il cesse d’être jugé. Trump ne pense ni n’invente le mal : il le performativise. Il l’exhibe sans honte et suspend ainsi l’exercice du jugement moral chez celles et ceux qui s’identifient à lui. Il délivre un « permis de transgression ».

Ce sont là les forces que René Girard nommait « violence mimétique » : affranchies, elles prolifèrent dans tous les interstices du social. La dynamique n’est ni strictement états-unienne ni strictement politique, et l’Europe n’est pas en reste.

S’installe une ronde auto-alimentée, où le président du pays le plus puissant du monde représente à la fois le produit et le moteur du mouvement. Chaque parole brutale en libère d’autres. Chaque transgression appelle une surenchère. Chaque recul éthique devient un précédent, une jurisprudence sans prudence. Ce ne sont plus seulement les comportements politiques qui sont touchés, mais les pratiques économiques, managériales, médiatiques, jusqu’aux relations quotidiennes.

L’histoire ne se mesure pas au seul nombre de morts : elle s’évalue à la virulence de diffusion du mal. Or, aucun autocrate du siècle passé ne disposait de l’instantanéité des réseaux sociaux ni d’une fortune érigée en preuve ultime de légitimité. Trump ne construit pas un système totalitaire classique : il désagrège les digues intérieures et rend le mal ordinaire, banal, acceptable, désirable parfois.

Le mal, c’est d’abord la division

Le mal n’est pas d’abord violence : il est division. En grec ancien, diabolos signifie « celui qui sépare, qui désunit ». Le diable n’est pas tant celui qui détruit que celui qui désagrège les liens. Le mal commence donc avant les actes et il opère à quatre niveaux.

En soi. Nous connaissons tous l’écart entre ce que nous savons juste et nos actions, entre notre vulnérabilité et le masque que nous endossons pour exister. Erich Fromm avait décrit ces sociétés qui substituent l’avoir à l’être. Un être divisé devient dangereux non par malveillance, mais parce qu’il cherche à l’extérieur ce qu’il a perdu à l’intérieur.

Entre les humains. L’autre cesse d’être un visage, au sens de Levinas, pour se transformer en obstacle. Un visage, c’est la présence directe d’une personne autre que moi avec qui la relation devient possible. Un obstacle, un non-visage, se contourne ou s’élimine. La relation se mue en rapport de force, la différence menace : la violence s’avère possible, puis acceptable.

Dans la société. Le même mécanisme oppose en camps irréconciliables les gagnants aux perdants ; Girard a montré comment il conduit à désigner des boucs émissaires. La division devient un outil de gouvernement.

Avec le vivant. Sa version la plus radicale survient lorsque l’humanité se pense séparée du monde. La nature est vue comme de la matière inerte, l’animal un stock, l’être humain une ressource. La relation se transforme alors en prédation. La crise écologique n’est pas d’abord technique, elle est relationnelle, perte de sensibilité au vivant.

La guerre économique matrice de la guerre armée

Ce processus n’a rien d’abstrait. Dans l’entreprise, il se déploie de façon systémique : mise en concurrence permanente, culture du chiffre où les tableaux de bord comptent plus que les personnes qu’ils prétendent évaluer, burn out transformé en rite de passage plus qu’en signal d’alerte, sacrifice du long terme humain à un court terme financier érigé en évidence. L’organisation devient un champ de bataille où l’efficacité se construit contre le vivant plutôt qu’avec lui.

Au niveau social, la même logique stigmatise les plus fragiles, légitime des inégalités extrêmes présentées comme naturelles et installe la méfiance comme principe implicite de vie commune. Sur la scène mondiale, elle évolue en un prélude inévitable à un conflit militaire. Les sanctions, autrefois considérées comme des mesures extraordinaires, sont maintenant utilisées comme des outils de coercition courante. L’énergie et les technologies, y compris les terres rares, deviennent des facteurs de division, transformant les interdépendances en foyers de tension. Les engagements climatiques sont abandonnés au profit de la compétitivité à court terme. Les institutions multilatérales, qui constituent les seuls espaces de médiation disponibles, sont délibérément affaiblies. Les propositions de règlement du conflit russo-ukrainien portées par Trump en donnent la formule : le deal commercial remplace toute architecture diplomatique.

Wendy Brown l’a montré : la rationalité néolibérale a rendu impensable toute grammaire autre que le rapport de force. Lorsque la gouvernance s’inspire du modèle de l’entreprise concurrente, le deal se substitue au traité, la pression au dialogue, la menace à la garantie. Le passage de la guerre économique à la guerre armée marque une continuité : c’est la même logique poursuivie par d’autres moyens. Et l’histoire montre avec constance que la brutalisation du langage précède celle des actes.

Ce n’est pas le style qu’il faut changer, c’est le paradigme

Un paradigme est, au sens de Thomas Kuhn, un ensemble de présupposés si intériorisés qu’ils cessent d’être questionnés : ils deviennent la réalité même. Or, le paradigme économico-politique dominant s’est rigidifié autour d’axiomes aujourd’hui invisibles : la compétition anime la vie sociale, la valeur se mesure à la capacité de dominer, les relations se résument à des rapports de force.

Ce paradigme a un nom : la grammaire de la guerre. Non pas la guerre comme exception tragique, mais comme mode ordinaire de relation. Guerre de l’ego contre lui-même, guerre managériale, guerre sociale contre les perdants, guerre géopolitique. Ces guerres ne sont pas des métaphores, elles produisent de la souffrance et de la mort réelles.

Or, un paradigme ne se réforme pas à la marge : ses présupposés ne s’amendent pas, ils se remplacent. Ce n’est pas l’usage du pouvoir qu’il faut moraliser, mais la conception même de la puissance qu’il faut refonder.

Car, si la guerre commence dans les mots, la paix débute par la reconnaissance que l’autre, concurrent, migrant, ennemi désigné, est un sujet digne, dont la vulnérabilité nous concerne avant toute décision économique.

À ceux qui y voient une utopie, André Gorz répondait que celle-ci a précisément pour fonction de nous donner le recul nécessaire pour juger ce que nous faisons à la lumière de ce que nous pourrions faire. La culture de paix apparaît moins comme une utopie que comme une stratégie de survie, une insurrection éthique : rien, hors le lien et le travail patient d’apprendre à vivre, ne peut rompre la ronde auto-alimentée du mal ordinaire. Tout le reste (travail intérieur, éducation, politique et économie) n’est que chemin vers cette évidence.

The Conversation

Dominique Steiler ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Donald Trump ou la contagion du mal ordinaire – https://theconversation.com/donald-trump-ou-la-contagion-du-mal-ordinaire-288861

L’éclipse solaire, un spectacle impressionnant source de mythes et de découvertes scientifiques

Source: The Conversation – in French – By Yaël Nazé, Astronome FNRS à l’Institut d’astrophysique et de géophysique, Université de Liège


L’ESSENTIEL

  • Une première depuis 1999, le 12 août 2026, une éclipse solaire totale sera visible en Europe. En France hexagonale, ce spectacle astronomique parmi les plus marquants sera observable jusqu’à 99 % selon les régions.

  • Découvrez comment se produit ce phénomène et pourquoi on ne l’observe pas tous les mois.

  • Les éclipses ont toujours fasciné et sont à l’origine de nombreux mythes, mais aussi de découvertes scientifiques majeures.


Une éclipse solaire totale, c’est quoi ? Facile : le Soleil qui disparaît – il fait donc nuit en plein jour !

Un événement forcément impressionnant qui a donné naissance à de nombreux mythes. Comme le Soleil est source de vie, sa disparition était synonyme de malheur partout dans le monde, à part dans quelques tribus aborigènes d’Australie, pour qui un voile pudique tombait alors sur les rencontres intimes entre époux, Soleil et Lune. Pour résoudre le problème, des cérémonies spéciales, bruyantes, devaient alors se tenir afin d’effrayer le monstre ou le démon tentant d’engloutir l’astre du jour.

Aujourd’hui encore, difficile de rester indifférent quand les ténèbres tombent en pleine journée – notre cœur se serre instinctivement. Quelques minutes après, la délivrance, quand la lumière revient : comme les oiseaux qui saluent alors ce retour, on peut avoir envie de chanter, soulagé…

D’où viennent ces éclipses ? La base est bien connue : la Terre tourne autour du Soleil et la Lune autour de la Terre. On peut donc avoir, de temps en temps, un alignement Soleil – Lune – Terre. Dans ce cas-là, la Lune va bloquer les rayons solaires, un peu comme un parasol fait de l’ombre. L’ombre de la Lune s’étire en un long cône derrière elle, et la Terre en coupe juste le sommet : cela implique que seule une toute partie du Globe pourra bénéficier du spectacle, hélas.

Configuration d’une éclipse solaire.
Iunity/Wikipedia, CC BY

Et c’est là qu’intervient un heureux hasard : la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil, mais aussi 400 fois plus près. Du coup, vus de la Terre, les deux semblent avoir la même taille apparente (on dit aussi « angulaire »). Autrement dit, la Lune cache pile le Soleil ! Cela rend le spectacle plus intéressant encore, car une éclipse permet de voir le profil d’éruptions en bord de Soleil, mais aussi l’atmosphère qui l’entoure, appelée « couronne solaire ». Très faiblement lumineuse, elle ne se dévoile que lors des éclipses – quand il n’y en a pas, les astronomes produisent des éclipses artificielles dans leurs télescopes avec un masque adéquat pour pouvoir la voir.

Pourquoi pas une éclipse solaire chaque mois ?

Évidemment, on pourrait croire que, à chaque tour de la Lune autour de la Terre, elle va venir bloquer le Soleil. Cela ferait une éclipse chaque mois, mais malheureusement ce n’est pas le cas, à cause d’une légère différence (5°) entre le plan de l’orbite terrestre et celui de l’orbite lunaire.

Pour avoir une éclipse, il faut un alignement parfait, ce qui ne se produit que si les astres se positionnent le long de la ligne faisant l’intersection entre ces deux plans. La Terre s’y trouve deux fois par an, et on a donc deux saisons d’éclipses chaque année. Le reste du temps, la Lune se trouve juste un peu trop haut ou trop bas pour que l’alignement se fasse. Précision supplémentaire : les orbites ne sont pas des cercles, mais des ellipses. Du coup, le facteur 400 évoqué ci-dessus est une moyenne. Parfois, la Lune est un peu plus loin et le Soleil plus près, alors la Lune n’arrive plus à cacher complètement le Soleil : on observe alors une éclipse dite annulaire, car on voit encore un anneau lumineux autour de la Lune enténébrée… Cela deviendra la règle à l’avenir, car la Lune s’éloigne de la Terre au rythme de 4 centimètres par an.

Les plans des orbites terrestre et lunaire ne sont pas identiques, une différence qui rend les éclipses fort rares.
Yaël Nazé/Rejouisciences, Fourni par l’auteur

Les éclipses solaires, entre mythes et réalités

Ces impressionnantes éclipses ont donné lieu à de nombreuses histoires. La première concerne rien de moins que la naissance de la science ! En 585 avant notre ère, une guerre faisait rage entre deux peuples d’Asie Mineure : les Lydiens (de l’ouest de l’Anatolie actuelle, ndlr) et les Mèdes (du nord-ouest de l’Iran actuel, ndlr). Soudain, en pleine bataille, voilà que le Soleil se voile. Les soldats des deux camps, apeurés par ce « signe céleste », cessèrent immédiatement le combat, ce qui ouvrit la voie à des négociations de paix.

Mais Hérodote, qui raconte cet épisode, ajoute que les Ioniens, un peuple de la Grèce antique qui n’a pas participé à ce conflit, eux, n’auraient pas eu peur, car le fameux Thalès les avait prévenus. Et voilà la première victoire « classique » de la raison sur la superstition. Jolie histoire, mais fortement remise en cause aujourd’hui. Sans sources directes, difficile en effet de s’assurer du fait, mais on sait par contre que le temps a tendance à enjoliver certaines choses…

Autre éclipse : celle de Pâques. Moins connu que l’étoile de Noël, l’événement céleste s’impose néanmoins sur de nombreuses œuvres montrant la Crucifixion. Les passages bibliques parlent bien de ténèbres tombant sur la Terre, mais il y a un problème sérieux. Le martyre du Christ est censé s’être passé à la Pâque juive, une fête qui a lieu… à la pleine lune. Une éclipse solaire, elle, ne peut se produire qu’à la nouvelle lune, soit dans la configuration opposée, une demi-révolution lunaire plus tard ! De plus, impossible de trouver une éclipse qui « colle » avec l’année et le lieu. Bref, on est plus dans le symbole – d’ailleurs, les représentations classiques montrent Lune et Soleil éclipsés, de part et d’autre de la croix. Or, il est évidemment impossible d’avoir les deux en même temps…

Il existe aussi une éclipse célèbre mais fictionnelle, celle du Temple du Soleil, d’Hergé. Tintin, ayant lu dans le journal qu’une éclipse allait se produire, profite de l’événement pour faire croire que le Soleil lui obéit. Ses geôliers, impressionnés par le prodige, le libèrent immédiatement ainsi que ses amis. Si les détails de la BD peuvent permettre de savoir où se trouve le fameux temple, il faut avouer qu’Hergé s’est probablement inspiré d’une histoire bien réelle. À son quatrième voyage en 1504, Christophe Colomb se trouvait en mauvaise posture quand il se souvint de l’imminence d’une éclipse – et ses « pouvoirs » impressionnèrent suffisamment Arawaks et Taïnos pour qu’ils l’aident à s’en sortir. Seule différence : Colomb se contenta d’une éclipse de Lune, alors qu’Hergé préféra la version solaire…

Einstein et l’éclipse

La célébrité touche aussi des éclipses récentes, comme celle d’août 1868 ou celle de mai 1919. En 1868, plusieurs astronomes rapportent l’existence d’une signature lumineuse supplémentaire associée aux éruptions visibles au bord du Soleil caché par la Lune. Son origine n’est pas claire et Norman Lockyer creuse la question. Il montre qu’elle n’est associée à aucun élément connu et le baptise « hélium », du nom du dieu grec du Soleil Hélios, l’élément qui produit cette signature – il faudra encore quelques décennies avant de le trouver sur Terre ! C’est aussi lors de cette éclipse que Jules Janssen et Norman Lockyer, indépendamment, trouvent une méthode encore utilisée aujourd’hui : en filtrant sur les signatures lumineuses associées aux éruptions, ils montrent que ces dernières existent un peu partout sur le Soleil – il s’agit donc bien de structures solaires, et cela permet de repérer l’activité solaire sur l’ensemble du Soleil et en dehors des éclipses.

L’éclipse de mai 1919 est également restée dans les annales. Depuis plusieurs années, Einstein tentait de convaincre les astronomes de mesurer précisément la position des étoiles autour du Soleil lors d’une éclipse solaire. Son idée ? La masse du Soleil devrait dévier les rayons stellaires, de sorte que la position des étoiles changeait un peu par rapport aux observations habituelles, quand le Soleil n’est pas là. La valeur de cette déviation n’était pas pareille dans les théories de Newton et dans sa propre théorie de la relativité générale – les éclipses constituaient donc un joli test pour savoir qui avait raison. Hélas, plusieurs éclipses ne purent être observées, pour cause de mauvaise météo ou de guerre en cours (et tant mieux, vu qu’Einstein avait initialement fait une petite erreur de calcul…).

L’éclipse de 1919 présentait toutefois des conditions particulièrement favorables : le Soleil se trouvait en effet dans un amas stellaire, multipliant les mesures… Les astronomes anglais décident de ne pas rater l’opportunité et ils se lancent dès que l’armistice est signé. Une équipe est envoyée au Brésil, une autre à Principe, une île dans le golfe de Guinée, à 350 kilomètres des côtes du Gabon, chacune accumule les photographies et les analyse de manière indépendante. À l’automne, après des mois de calcul, le verdict tombe : Einstein a raison ! Si certains ont tenté de remettre en cause le résultat, il s’est non seulement vérifié de nombreuses fois depuis, mais en plus des vérifications sur les données originales confirment bien le résultat de l’époque… Cette éclipse-là a bien changé notre façon de voir le monde !

The Conversation

Yaël Nazé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’éclipse solaire, un spectacle impressionnant source de mythes et de découvertes scientifiques – https://theconversation.com/leclipse-solaire-un-spectacle-impressionnant-source-de-mythes-et-de-decouvertes-scientifiques-283920

Quelles sont les limites de la clim ?

Source: The Conversation – in French – By Brice Trémeac, Professeur et directeur du Laboratoire du froid et des systèmes énergétiques et thermiques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)


L’ESSENTIEL

  • L’efficacité d’une climatisation dépend de nombreux facteurs : la technologie utilisée, le bâtiment, le réseau électrique, l’urbanisme local, les usagers.

  • On peut refroidir une pièce, un hôpital, et même organiser le froid à l’échelle d’un quartier… mais on ne peut pas climatiser le climat.

  • Tant que la climatisation reste un équipement de confort, les inégalités d’accès à la fraîcheur peuvent sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé publique.


À chaque canicule, la climatisation apparaît comme la réponse la plus immédiate à la chaleur. Dans certains cas, elle devient même un outil de protection sanitaire : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que les vagues de chaleur touchent particulièrement les personnes âgées, les nourrissons, les personnes malades ou encore les personnes isolées.

Mais la climatisation peut-elle tout résoudre ? Continue-t-elle de fonctionner lorsqu’il fait 45 ou 50 °C dehors ? Toutes les climatisations se valent-elles ? Et surtout, peut-on imaginer répondre au réchauffement climatique en refroidissant toujours davantage nos bâtiments ?

La réponse est nuancée. La climatisation constitue bien l’un des leviers d’adaptation au changement climatique, mais son efficacité dépend de nombreux facteurs. Ses limites ne sont pas uniquement techniques : elles sont aussi physiques, énergétiques, économiques, urbaines… et humaines.

Toutes les climatisations ne se valent pas

Dans le débat public, on parle souvent de « la climatisation » comme d’une technologie unique. En réalité, plusieurs systèmes très différents coexistent.

Les climatiseurs mobiles monoblocs, souvent achetés en urgence lors des épisodes de chaleur, sont les plus accessibles mais aussi parmi les moins performants. L’Agence de la transition écologique (Ademe) estime qu’ils peuvent consommer environ 2,5 fois plus d’électricité qu’un climatiseur fixe de type split ou qu’une pompe à chaleur réversible pour un même service rendu. Ils sont également plus bruyants et offrent généralement une puissance de refroidissement plus limitée.

À l’inverse, les systèmes fixes représentent un investissement plus important, mais leur rendement est bien meilleur. Leur performance est mesurée par leur coefficient de performance (COP) : les modèles les plus efficaces produisent plusieurs kilowattheures de froid pour un seul kilowatt-heure d’électricité consommé.




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À une tout autre échelle, les réseaux de froid urbain n’ont plus grand-chose à voir avec une climatisation individuelle. Une centrale produit de l’eau glacée qui est distribuée à plusieurs bâtiments, selon un principe comparable à celui du chauffage urbain. À Paris, le réseau dépasse aujourd’hui une centaine de kilomètres de canalisations et alimente hôpitaux, bureaux, musées ou grands ensembles immobiliers. Il s’agit d’une infrastructure collective davantage que d’une « grosse climatisation ».

Que se passe-t-il lorsqu’il fait 45 °C dehors ?

Cela paraît paradoxal, mais une climatisation ne fabrique jamais de froid. Elle déplace simplement la chaleur d’un endroit vers un autre. Cette opération devient progressivement plus difficile à mesure que la température extérieure augmente. Maintenir un logement à 26 °C lorsqu’il fait 35 °C ne demande pas le même effort que lorsqu’il fait 45 °C. Plus l’écart de température augmente, plus le compresseur doit travailler et plus le COP diminue.

Il n’existe pas de température à partir de laquelle une climatisation « cesse de fonctionner ». Les performances dépendent du modèle, de son dimensionnement, de son entretien et de la température maximale prévue par le fabricant.

Mais toutes sont soumises aux mêmes lois de la thermodynamique et c’est la première limite des climatiseurs : lorsque les températures extérieures augmentent, chaque degré supplémentaire de fraîcheur devient plus coûteux à produire.

Les pics de consommation électrique

La deuxième limite concerne moins les appareils que le système électrique qui les alimente.

À l’échelle mondiale, climatiseurs et ventilateurs représentent déjà près d’un cinquième de la consommation d’électricité des bâtiments. L’Agence internationale de l’énergie estime que cette demande pourrait plus que tripler d’ici à 2050 si les politiques d’efficacité énergétique ne sont pas renforcées. En France, la consommation électrique totale s’est établie à 451 TWh en 2025, selon RTE.




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Le principal enjeu est celui des « pointes estivales » : les besoins de refroidissement se concentrent précisément pendant les journées les plus chaudes, lorsque de nombreux équipements fonctionnent simultanément.

Les réseaux électriques doivent alors être dimensionnés pour répondre à ces quelques épisodes critiques, c’est-à-dire que l’on construit des centrales qui ne sont en usage que quelques jours par an.

En France, le chauffage d’hiver demeure aujourd’hui le principal moteur des pics de consommation, mais la multiplication des canicules pourrait progressivement déplacer une partie de cette pression vers l’été.

Qui peut payer le froid ?

Un climatiseur mobile peut coûter quelques centaines d’euros, alors qu’une pompe à chaleur réversible représente un investissement de plusieurs milliers d’euros. Quant aux réseaux de froid urbain, ils supposent des infrastructures lourdes qui ne sont pertinentes que dans des secteurs suffisamment denses, comme les hôpitaux, les quartiers d’affaires ou certains ensembles résidentiels.

Derrière cette différence de prix se cache une autre question : qui peut réellement accéder à un refroidissement efficace ? La question n’est donc pas seulement celle du coût d’un kilowatt-heure de froid. Elle est aussi celle de l’accès à des solutions efficaces. Tant que la climatisation reste un équipement de confort, ces inégalités peuvent sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé publique.

Une efficacité qui dépend aussi de l’usager

On l’oublie souvent. Les performances d’une climatisation ne dépendent pas uniquement de la machine. Elles tiennent aussi aux choix de son utilisateur : le modèle retenu, son dimensionnement, son entretien ou encore la température de consigne.

Le premier est celui de l’équipement lui-même. Un appareil correctement dimensionné, installé par un professionnel et adapté aux caractéristiques du bâtiment, offrira de meilleures performances qu’un modèle choisi dans l’urgence ou mal dimensionné. L’entretien joue également un rôle essentiel : des filtres encrassés ou un manque de maintenance peuvent dégrader les performances et augmenter la consommation d’énergie.

Enfin, la température de consigne n’est pas anodine. Plus l’écart entre la température intérieure souhaitée et la température extérieure est important, plus la climatisation doit fournir d’efforts. Régler son logement à 26 °C plutôt qu’à 20 °C lors d’une canicule ne relève pas seulement du confort ; cela influence directement la consommation électrique et le fonctionnement du système.

Il serait pourtant réducteur d’en conclure que tout dépend de l’utilisateur. Les choix individuels comptent, mais ils ne remplacent ni un bâtiment bien conçu ni un équipement performant. Comme souvent en matière d’énergie, la technologie et les comportements sont indissociables.

Refroidir dedans, réchauffer dehors

Refroidir un logement revient aussi à rejeter de la chaleur à l’extérieur. À l’échelle d’un quartier, l’accumulation de ces rejets contribue à renforcer les îlots de chaleur urbains.

Les réseaux de froid permettent de limiter une partie de ces effets grâce à la mutualisation des équipements et à une meilleure gestion des rejets thermiques. Ils ne suppriment toutefois pas la contrainte fondamentale : produire du froid consiste toujours à déplacer la chaleur ailleurs.

La meilleure climatisation est probablement celle dont on a le moins besoin

Les limites de la climatisation ne signifient pas qu’il faudrait s’en passer. Lors des vagues de chaleur, elle peut sauver des vies. Dans les hôpitaux, les EHPAD, les crèches ou certains logements particulièrement exposés, elle peut devenir indispensable.

Mais le véritable enjeu est de réduire les besoins de froid avant de chercher à en produire toujours davantage. Cela passe d’abord par des bâtiments mieux adaptés : protections solaires, volets, brise-soleil, ventilation nocturne, isolation pensée pour le confort d’été, végétalisation, matériaux réfléchissants ou encore réseaux de froid lorsque leur déploiement est pertinent.




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Cette approche est également celle défendue par l’Association française du froid à travers son programme Clim’Eco, qui met en avant des « écogestes » allant de la réduction du besoin en froid jusqu’à une utilisation plus durable des systèmes de climatisation. L’idée est simple : le premier levier consiste souvent à éviter que les bâtiments ne surchauffent, avant même de chercher à les refroidir.

L’adaptation passe aussi par l’évolution de certaines habitudes. Choisir un équipement adapté, le faire installer et entretenir correctement, régler une température de consigne raisonnable, mais aussi accepter que nos modes de vie évoluent face à des étés plus chauds, font partie des solutions. Adapter les horaires lorsque cela est possible ou faire évoluer les codes vestimentaires en période de canicule peut parfois permettre d’améliorer le confort tout en limitant le recours à la climatisation.

La climatisation est un outil technologique dont l’efficacité dépend de la technologie utilisée, du bâtiment, du réseau électrique, de l’organisation urbaine, mais aussi de l’usager. On peut refroidir une pièce. On peut refroidir un hôpital. On peut même organiser le froid à l’échelle d’un quartier. Mais on ne peut pas climatiser le climat.

Pendant longtemps, nous avons surtout cherché à adapter les bâtiments à nos habitudes. Avec des étés qui dépassent désormais régulièrement les 40 °C, c’est peut-être l’inverse qui commence à se produire : nous allons aussi devoir adapter certaines de nos habitudes à notre environnement. Porter un bermuda au bureau pendant une canicule n’est peut-être pas seulement une question de confort ; c’est peut-être déjà une forme d’adaptation au changement climatique.

The Conversation

Brice Trémeac a reçu des financements de l’ANR, l’Ademe, des bourses de l’école doctorale SMI

ref. Quelles sont les limites de la clim ? – https://theconversation.com/quelles-sont-les-limites-de-la-clim-288010

En Afrique, les soins de santé passent aussi par les familles et les communautés

Source: The Conversation – in French – By Gérard Charl Filies, Associate professor, University of the Western Cape

La formation des professionnels de santé détermine la manière dont ils interagissent avec leurs patients, les familles de ces derniers et les communautés qu’ils servent. Mais que se passe-t-il si cette formation n’est pas adaptée au contexte dans lequel ces professionnels exercent ?

Je travaille dans l’enseignement supérieur en Afrique du Sud et à l’international depuis plus de 20 ans. Au cours de cette période, mes collègues et moi-même avons proposé à nos étudiants, issus de diverses professions de la santé et du secteur social, des modules de formation fondés sur des théories, des modèles et des cadres conceptuels issus des pays du Nord.

Par exemple, le programme met fortement l’accent sur la performance individuelle. En conséquence, les professionnels de santé recherchent ces mêmes comportements chez leurs collègues et s’attendent inconsciemment à ce que les patients et les communautés adoptent cette même approche individualiste.

Nous avions souvent l’impression d’être à la traîne dans notre formation. Nous nous demandions pourquoi nos étudiants ne participaient pas activement aux travaux de groupe ou aux discussions d’équipe pendant la formation clinique. Au fil du temps, cependant, notre équipe de formateurs a commencé à se demander si les étudiants des pays africains n’avaient pas une autre manière de travailler avec les personnes.

Dans un article récemment publié, nous nous sommes penchés sur cette question. Nos conclusions nous ont amenés à constater que certains modèles de formation et d’enseignement destinés aux professionnels de santé en Afrique sont inadaptés.

En effet, dans de nombreuses communautés à travers le continent, les décisions en matière de santé sont souvent prises au sein des familles. Il est nécessaire de consulter les aînés. Les soins sont considérés comme une entreprise commune et partagée, plutôt que comme une négociation privée entre un professionnel de santé et un patient.

Sur la base de ces résultats, nous avons examiné comment les cadres de formation internationaux pourraient être renforcés en intégrant un ensemble de compétences et d’aptitudes mieux adaptées aux étudiants des pays africains. Nous avons articulé cette approche autour du concept d’ubuntu. Il s’agit d’une idée philosophique africaine souvent résumée par l’expression « Je suis parce que nous sommes ».

Nous soutenons que cette approche permettrait de mettre en place une prise en charge médicale qui considère les patients non pas simplement comme des cas cliniques, mais comme des individus dont la santé est influencée par leur famille, leur communauté et leurs relations sociales. In fine, cela favoriserait de meilleurs résultats en matière de santé.

Les limites des cadres actuels

Les cadres de compétences interprofessionnelles sont des lignes directrices définissant les compétences, les connaissances et les attitudes dont les professionnels de santé et du secteur social ont besoin pour travailler efficacement en équipe. Les cadres de compétences interprofessionnelles dominants à l’échelle mondiale pour les professionnels de santé ont grandement contribué à améliorer le travail d’équipe, la communication et la clarté des rôles dans la formation des professions de santé. C’est le cas notamment de l’Interprofessional Education Collaborative aux États-Unis et de l’Interprofessional Health Collaborative au Canada.

Mais ces cadres reposent certaines idées de ce que doivent être le professionnalisme et la communication. On considère par exemple qu’une bonne collaboration avec les patients passe par :

  • une contribution verbale affirmée

  • un contact visuel direct

  • une réactivité rapide et une interaction informelle et aisée avec les figures d’autorité.

Cette vision ne reflète pas forcément une réelle collaboration dans beaucoup d’autres contextes en Afrique.

Dans le cadre de nos travaux, nous avons constaté qu’un certain nombre de compétences essentielles que possèdent les étudiants africains ne sont pas reconnues dans les référentiels. Parmi celles-ci figurent :

  • l’écoute attentive de ce que disent les collègues

  • la responsabilité collective vis-à-vis des soins prodigués aux patients

  • la responsabilité partagée quant aux résultats des soins pour les patients.

La réalité sur le terrain

Notre proposition est le fruit d’années d’enseignement et de recherche sur la formation interprofessionnelle et la pratique collaborative auprès d’étudiants et de professionnels de santé en Afrique du Sud et à l’international. Nous avons examiné les principaux cadres de compétences mondiaux relatifs au travail d’équipe dans le secteur de la santé, parallèlement aux travaux universitaires africains sur l’ubuntu. La question que nous nous sommes posée était de savoir si ces modèles mondiaux reflétaient pleinement la manière dont la collaboration est comprise et pratiquée dans les contextes africains.

Notre analyse a permis de mettre en évidence trois observations clés.

Premièrement, les cadres de compétences internationaux privilégient les hypothèses occidentales sur la manière dont la collaboration est mise en œuvre et évaluée.

Deuxièmement, les comportements collaboratifs ancrés dans les cultures africaines sont souvent négligés ou sous-estimés. Il s’agit notamment de la responsabilité collective, où chacun partage la responsabilité des résultats, et de la prise de décision relationnelle, où les décisions sont prises grâce au dialogue et dans le respect mutuel plutôt que par une seule personne agissant seule.

Troisièmement, l’ubuntu offre un fondement philosophique solide pour redéfinir les compétences interprofessionnelles et compléter les cadres existants. Ce concept reflète également les réalités africaines tout en offrant des enseignements utiles aux systèmes de santé dans d’autres régions du monde.

Les fondements d’un nouveau modèle

Nous avons identifié cinq façons dont l’ubuntu pourrait inspirer les lignes directrices existantes en matière de compétences interprofessionnelles :

  • Comprendre que les patients font partie de familles et de communautés, et ne sont pas des individus isolés. Les « soins centrés sur la personne » sont des soins conçus avec le patient, sa famille, sa communauté et les professionnels de santé, plutôt que définis uniquement par les professionnels de santé.

  • Considérer la responsabilité des résultats de santé comme partagée entre les professionnels, les patients, les familles et les aidants, plutôt que comme incombant à un seul prestataire ou à une seule hiérarchie.

  • Valoriser l’écoute attentive en tant que compétence de communication à part entière.

  • Reconnaître que des frontières rigides entre les rôles peuvent céder la place à des modes de travail plus adaptatifs et plus souples, mieux adaptés à des besoins de soins complexes et en constante évolution.

  • Considérer le leadership comme une responsabilité partagée, fondée sur la confiance.

Nous ne préconisons pas l’abandon des modes de travail existants au sein des professions de santé. Nous soutenons au contraire qu’ils devraient être élargis.

La prochaine étape consiste à traduire cette idée en un cadre de compétences applicable. Celui-ci doit être testé et affiné dans le cadre de programmes pilotes de formation des professionnels de santé en Afrique.

The Conversation

Gérard Charl Filies does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. En Afrique, les soins de santé passent aussi par les familles et les communautés – https://theconversation.com/en-afrique-les-soins-de-sante-passent-aussi-par-les-familles-et-les-communautes-288871