Pourquoi tant d’efforts pour faire renaître le mammouth laineux ?

Source: The Conversation – in French – By Rebecca Woods, Associate Professor, Institute for the History & Philosophy of Science & Technology, University of Toronto


Photographie d’un mammouth des steppes exposée à l’Australian Museum de Sydney.
(Unsplash/April Pethybridge), CC BY

Ces derniers mois, le concept de « désextinction », qui consiste à ramener des espèces disparues en leur redonnant vie ou en créant des organismes qui leur sont apparentés, est passé de science-fiction à réalité scientifique.

Colossal Biosciences, une jeune entreprise américaine à but lucratif spécialisée dans la désextinction et dirigée par les généticiens George Church et Beth Shapiro, a annoncé coup sur coup deux grandes réalisations.

Pour la première, des chercheurs ont introduit une partie du génome du mammouth laineux dans des souris pour donner lieu à des « souris laineuses », des rongeurs très mignons qui ressemblent à des pompons et chez qui on a fait des modifications permettant d’exprimer des gènes de mammouths laineux.

Reportage de Reuters sur les souris laineuses développées par Colossal Biosciences.

Quelques semaines plus tard, l’entreprise a annoncé une réalisation encore plus importante : elle aurait ressuscité le loup sinistre, un contemporain du mammouth laineux qui, comme ses compagnons proboscidiens de la période glaciaire, a disparu il y a environ 10 000 ans.




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La popularité du mammouth

Les efforts controversés de désextinction sont particulièrement axés sur le mammouth laineux. Bien que de nombreuses espèces récemment disparues, telles que le dodo, le moa, la tourte voyageuse, le bouquetin des Pyrénées, le couagga, le tigre de Tasmanie, l’aurochs et bien d’autres, pourraient intéresser les chercheurs dans le cadre de ces essais, les mammouths laineux occupent l’avant-scène dans les récits de désextinction, qu’ils soient scientifiques ou populaires.

Les mammouths laineux ont une place de choix dans l’imagerie de Revive & Restore, un conglomérat de scientifiques et de futurologues spécialisé dans le « sauvetage génétique » et dirigé par le gourou de la technologie Steward Brand. En 2021, Colossal s’est approprié le projet de résurrection de ces animaux préhistoriques. Le logo de l’entreprise représente le CRISPR, la technologie d’édition du génome qui permet de ramener des espèces éteintes à la vie, ainsi que les défenses en spirale caractéristiques du mammouth laineux.




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Le mammouth est une source de fascination depuis plusieurs siècles dans la culture populaire. À la fin du XVIIe siècle, Thomas Jefferson espérait qu’on trouve des mammouths vivants au-delà des frontières coloniales américaines. Les premières fouilles menant à la découverte de mastodontes aux États-Unis ont été des événements majeurs au début du XIXe siècle. Le peintre américain Charles Willson Peale a immortalisé la première fouille dans un tableau, puis a utilisé le squelette du mastodonte pour attirer les visiteurs dans son musée de Philadelphie.

Plus récemment, le mammouth Manny est apparu dans la série de films d’animation L’Ère de glace, lancée en 2002.

Un animal emblématique

Le mammouth laineux est également devenu un emblème de la crise climatique actuelle. Dans le cadre de la récente série d’actes de vandalisme visant des œuvres d’art célèbres pour attirer l’attention de la population sur la crise climatique, des militants écologistes ont peint en rose vif les défenses (heureusement artificielles) du modèle de mammouth laineux du musée royal de la Colombie-Britannique.


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En 2023, l’entreprise australienne Vow, spécialisée dans la viande cultivée, a réalisé un coup publicitaire en créant une boulette de viande de mammouth à partir du génome de cet animal et de cellules de mouton. La boulette n’était pas destinée à la vente et a été dévoilée devant le public du musée des sciences néerlandais Nemo.

Ce coup d’éclat visait à attirer l’attention sur l’urgence climatique, l’insoutenabilité des systèmes alimentaires industrialisés et le potentiel de la viande cultivée en laboratoire pour tenter de résoudre ce problème.

Des licornes ou des rongeurs ?

Pour une créature qu’aucun être humain n’a jamais vue vivante, le mammouth laineux reçoit beaucoup d’attention médiatique. Comment cette espèce éteinte depuis longtemps est-elle devenue le symbole de l’extinction et de la désextinction ?

Depuis des centaines d’années, les humains sont en contact avec des restes de mammouths laineux. Il suffit de creuser un trou assez profond n’importe où dans l’hémisphère Nord pour tomber sur des os, voire des défenses de mammouths ou de mastodontes disparus.

Au début de l’Europe moderne, on croyait que les os fossilisés de mammouths provenaient de licornes ou de géants. Vers 1700, on a compris qu’ils avaient appartenu à des créatures semblables à des éléphants. Et ce n’est que vers 1800 que le mammouth a été identifié comme une espèce distincte et éteinte de proboscidiens.

Dans les régions arctiques, notamment en Sibérie, les peuples autochtones étaient familiers des restes de mammouths préservés par le pergélisol. Lors du dégel annuel des rivières et de leurs affluents, des carcasses entières de cet animal (et du rhinocéros laineux) pouvaient apparaître.

Les populations locales, qui ont découvert ces restes d’animaux paraissant être morts récemment tout en appartenant à des créatures qu’elles n’avaient jamais vues vivantes à la surface de la Terre, ont supposé qu’il s’agissait de grands animaux fouisseurs ressemblant à des rongeurs, qui creusaient des tunnels dans le sol et mouraient s’ils entraient en contact avec l’atmosphère.

Près de l’Arctique, notamment en Alaska, le pergélisol a empêché la fossilisation des défenses et des carcasses de mammouths. Cet ivoire de glace demeure un élément important des économies de la région. Il est taillé localement, puis a été échangé, auparavant sur des marchés régionaux, et aujourd’hui, à l’échelle mondiale.

Toujours d’actualité

Malgré leur association à un passé lointain, les mammouths laineux trouvent depuis longtemps un écho dans les cultures humaines modernes, leurs restes fossilisés ou conservés faisant partie de pratiques économiques et de systèmes de connaissance. Mais lorsqu’on a pris conscience du risque d’extinction d’espèces autrefois nombreuses, telles que la tourte voyageuse, le bison d’Amérique ou l’éléphant d’Afrique, vers la fin du XIXe siècle, les mammouths laineux ont pris une nouvelle importance en lien avec les extinctions modernes et une compréhension accrue de l’évolution humaine.

Une murale représentant des mammouths laineux
Peinture murale du paléoartiste Charles R. Knight représentant des mammouths laineux exposée au Musée américain d’histoire naturelle.
(United States Geological Survey)

Les avancées dans les domaines de la géologie, de l’archéologie, de la paléontologie et d’autres disciplines connexes ont remis en question les anciennes théories sur l’origine de l’humanité.

Les récits de l’émergence de « l’homme chasseur » ont été relayés par des institutions telles que le Musée américain d’histoire naturelle et le Field Muséum de Chicago. Ces récits des origines ont été reliés à l’extinction des mammouths laineux et de leurs cousins, les mastodontes.

Cela a donné lieu à certaines des représentations visuelles de mammouths les plus impressionnantes, comme les fresques et les tableaux du célèbre paléoartiste Charles R. Knight.

Au début du XXe siècle, on a découvert les peintures rupestres de France, d’Espagne et d’ailleurs. Ainsi, les fresques de Rouffignac, en France, vieilles de 40 000 ans et illustrant clairement des mammouths laineux ont été interprétées comme une preuve supplémentaire de ce lien historique profond et puissant.

C’est ce lien — l’association entre l’essor de l’humanité moderne et le déclin, puis l’extinction du mammouth laineux — qui fascine aujourd’hui. L’idée que l’être humain ait joué un rôle dans l’histoire des extinctions fait partie de la compréhension scientifique moderne depuis longtemps. Il n’est donc pas surprenant que les mammouths laineux occupent une place centrale dans les projets de désextinction et dans la lutte contre le changement climatique.

La Conversation Canada

Rebecca Woods a reçu un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

ref. Pourquoi tant d’efforts pour faire renaître le mammouth laineux ? – https://theconversation.com/pourquoi-tant-defforts-pour-faire-renaitre-le-mammouth-laineux-261236

Changement climatique : la protection de la nature et l’énergie verte ont la cote

Source: The Conversation – in French – By Marina Joubert, Science Communication Researcher, Stellenbosch University

L’Afrique subit de plus en plus de phénomènes météorologiques extrêmes. Ces évènements se traduisent par des vagues de chaleur, de sécheresses, des tempêtes et des inondations qui, auparavant étaient rares à certains endroits ou à certaines périodes. Ils représentent désormais un danger pour de nombreuses personnes et pour l’économie. Marina Joubert mène des recherches sur les liens entre la société et la science. Elle a fait partie d’une équipe multidisciplinaire qui a étudié comment les habitants de 68 pays perçoivent le lien entre les phénomènes météorologiques extrêmes et le changement climatique.

Les gens croient-ils que les phénomènes météorologiques extrêmes sont causés par le changement climatique ?

Nous avons mené cette étude parce que les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses en raison du changement climatique. Pourtant, nous disposons de très peu d’informations sur la manière dont ces événements influencent l’opinion des gens sur le changement climatique et leur soutien aux politiques en la matière.

Nous avons utilisé des données qui mesurent le nombre de personnes dans le monde qui ont été exposées à des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur, tempêtes, sécheresses, feux de forêt) au cours des dernières décennies. Ils ont ensuite croisé ces informations avec les réponses de près de 72 000 personnes dans 68 pays. On leur a demandé s’ils avaient déjà été confrontés à des phénomènes météorologiques extrêmes, s’ils pensaient que ceux-ci étaient dus au changement climatique. Et dans quelle mesure ils soutenaient cinq grandes politiques climatiques.

Plus de 7 000 personnes ont participé à l’enquête dans 12 pays africains (Botswana, Cameroun, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria, Afrique du Sud et Ouganda).

Nos résultats montrent que beaucoup de personnes pensent que les phénomènes météorologiques extrêmes récents sont causés par le changement climatique. Mais cette perception varie selon le type de phénomène et la région. L’étude ne cherchait pas à savoir si les gens croient, de manière générale, aux preuves scientifiques sur le changement climatique ou si celui-ci est causé par les activités humaines. Elle s’intéressait plutôt à ce qu’on appelle «l’attribution subjective»: en l’occurrence le fait qu’une personne pense qu’un événement qu’elle a vécu (par exemple, une vague de chaleur ou des inondations) a été causé par le changement climatique.

Notre étude a montré que la perception de l’existence d’un lien entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes est généralement forte, surtout en Amérique latine. Dans cette région, les personnes interrogées sont les plus nombreuses à estimer que le changement climatique leur nuira, ainsi qu’aux générations futures. Elles considèrent aussi qu’il doit être une priorité majeure pour leurs gouvernements.

En revanche, les pays africains étudiés étaient moins enclins à accepter le lien entre le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes.

Cela montre que, malgré cette vulnérabilité, la sensibilisation aux effets du changement climatique reste faible dans plusieurs pays africains. Dans ces 12 pays africains, beaucoup de personnes interrogées ne font pas clairement le lien entre les événements extrêmes qu’elles vivent et le changement climatique.

Les personnes ayant vécu des catastrophes climatiques étaient-elles plus susceptibles de soutenir les politiques climatiques ?

Cette relation est complexe. Le simple fait de vivre une inondation ou une sécheresse ne suffit pas. Ce qui pousse vraiment à agir, c’est la conviction que ces événements sont causés par le changement climatique.

En d’autres termes, le simple fait d’être exposé à des phénomènes météorologiques extrêmes ne conduit pas automatiquement à soutenir les politiques climatiques.

En revanche, les personnes qui ont vécu ces événements et qui pensent qu’ils sont dus au changement climatique soutiennent plus facilement ces politiques. Par exemple, ceux qui ont été touchés par des incendies de forêt étaient plus favorables aux politiques climatiques. À l’inverse, les personnes confrontées à de fortes pluies y étaient moins favorables. Cela s’explique sans doute par le fait que beaucoup n’associent pas la pluie abondante au changement climatique.

Bref, ce qui compte, ce n’est pas seulement l’expérience, mais la façon dont on interprète cette expérience.

Quelles politiques climatiques avez-vous étudiées et lesquelles étaient les plus populaires en Afrique ?

Les politiques climatiques sont élaborées par les gouvernements pour limiter ou lutter contre le changement climatique, par exemple en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

L’étude a mesuré le soutien à cinq grandes politiques :

  • Augmenter les taxes sur certains aliments comme la viande de bœuf ou les produits laitiers, qui produisent beaucoup de gaz à effet de serre

  • Augmenter les taxes sur les combustibles fossiles, tels que le charbon et le gaz, qui nuisent à l’environnement lorsqu’ils sont brûlés.

  • Développer les infrastructures de transport public afin de réduire le nombre de voitures particulières sur les routes.

  • Augmenter l’utilisation des énergies renouvelables, telles que l’énergie éolienne et solaire.

  • Protéger les forêts et les espaces naturels.

Parmi toutes ces politiques, la protection des forêts et des terres naturelles est la plus populaire, avec 82 % de soutien dans le monde, y compris en Afrique. Vient ensuite l’augmentation de l’usage des énergies renouvelables, soutenue à 75 %.

Les mesures fiscales, comme les taxes carbone sur l’alimentation ou les carburants, recueillent beaucoup moins d’adhésion, avec seulement 22 % et 29 % de soutien respectivement.

Cela s’explique peut-être par le fait que les gens considèrent les zones naturelles protégées et les énergies vertes comme des solutions positives et tournées vers l’avenir. La taxe carbone peut être perçue comme punitive, en particulier dans les régions où la pauvreté et les inégalités sont élevées.

Que faut-il faire maintenant ?

Nos conclusions soulignent l’importance d’impliquer le public dans la lutte contre le changement climatique. Cela est particulièrement important en Afrique, où l’adhésion de la population est essentielle pour mettre en œuvre des politiques climatiques plus ambitieuses. Les gouvernements africains doivent encourager cette appropriation citoyenne.

Si nous voulons que le public soutienne davantage des solutions telles que les énergies propres, la protection des forêts et les transports durables, nous devons aider les gens à faire le lien entre ce qu’ils vivent et ce que la science dit. C’est là que la communication sur le climat joue un rôle important. Les scientifiques, les éducateurs, les journalistes et la société civile ont tous un rôle à jouer pour mettre en avant les raisons derrière le changement climatique.

Une communication et une mobilisation actives peuvent aider les gens à prendre conscience que le changement climatique affecte déjà leur vie à travers les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur, etc.

Il ne suffit pas de fournir des connaissances factuelles, car les gens interprètent ces informations en fonction de leurs opinions, de leurs valeurs et de leurs expériences antérieures. Il est essentiel de prendre en compte l’opinion publique.

Les avantages et les bénéfices des politiques climatiques, tels qu’une meilleure qualité de l’air, une énergie solaire plus abordable ou des transports publics améliorés, doivent être communiqués de manière claire et compréhensible.

Enfin, les phénomènes météorologiques extrêmes doivent être vus comme des « moments propices à l’apprentissage » : des occasions d’expliquer le changement climatique et d’ouvrir un dialogue sociétal sur ses effets.

The Conversation

Marina Joubert does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Changement climatique : la protection de la nature et l’énergie verte ont la cote – https://theconversation.com/changement-climatique-la-protection-de-la-nature-et-lenergie-verte-ont-la-cote-261466

Le rebond, après une liquidation judiciaire, une affaire collective ?

Source: The Conversation – in French – By Bénédicte Aldebert, Professeure des Universités, Entrepreneuriat & Innovation, IAE Aix-Marseille Graduate School of Management – Aix-Marseille Université

Comment rebondir après un échec entrepreneurial ? Pour les dirigeants des entreprises en liquidation, l’injonction à repartir vite n’est pas si simple à remplir. Il n’est pas sûr qu’on rebondisse bien, seul. Mieux vaut être accompagné pour repartir du bon pied.


Les défaillances d’entreprises continuent d’augmenter, de 55 000 cas en 2022 à plus de 66 000 cas en 2024. Une part significative a conduit à la liquidation judiciaire. Cet événement souvent vécu comme traumatique peut mener à des conséquences parfois désastreuses sur la vie de l’entrepreneur, mais aussi sur sa santé mentale – la perte de confiance et de légitimité pouvant déboucher sur un burn-out et parfois même un suicide.

Dans une société contemporaine qui valorise les success stories des entrepreneurs, la décision d’une liquidation judiciaire par le tribunal tombe comme un couperet. Les entrepreneurs ayant subi une liquidation sont parfois assimilés à de mauvais gestionnaires ou à des personnes imprudentes. Cette stigmatisation peut limiter l’accès à de nouvelles opportunités de financement et de partenariat pour un nouveau projet. Ce sentiment d’exclusion du monde des affaires et la baisse de l’estime de soi peuvent alors conduire à une autostigmatisation, où l’entrepreneur intègre et intériorise ces jugements négatifs portés par son entourage ou la société.




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Deux mille deux cent vingt entrepreneurs aidés

Aider les entrepreneurs ayant subi une liquidation à se reconstruire sur le plan personnel et professionnel est la raison d’être de plusieurs dispositifs d’intérêt général à caractère social, comme l’association 60 000 Rebonds. Avec 2 020 entrepreneurs ayant rebondi depuis sa création et 1850 bénévoles mobilisés, l’accompagnement de l’association repose sur une combinaison d’approches individuelles et collectives, incluant coaching, mentorat et ateliers thématiques.

Notre enquête menée en 2024, auprès de 216 entrepreneurs accompagnés par l’association, a pu mettre en lumière un état des lieux des entrepreneurs ayant rebondi, les obstacles à leur rebond et les leviers facilitant la reconstruction de ces entrepreneurs après une liquidation.

L’échec, une expérience individuelle

Premier constat issu de cette enquête : 67 % des rebonds sont réalisés dans le salariat contre seulement 33 % dans l’entrepreneuriat. Parmi celles et ceux qui se sont relancé·e s dans l’aventure entrepreneuriale, 71 % ont invoqué le désir d’autonomie professionnelle et d’indépendance dans leur décision. Pour 82 % des premiers, la raison principale de ce choix est le besoin de se sécuriser financièrement après cet épisode éprouvant.

Loin d’être uniquement entrepreneurial, le rebond peut en effet prendre plusieurs formes et implique, comme sa définition l’indique, une remise en mouvement après un choc. Mais qu’est-ce qui peut empêcher cette remise en mouvement ?

Une inquiétante perte de confiance en soi

En 2021, le principal frein au rebond était le manque d’argent pour 32,5 % d’entre eux et la confiance en soi pour 28,9 %. En 2024, la situation s’est renversée : 39 % des répondants ont évoqué un manque de confiance en soi comme frein majeur à leur rebond et 26 % ont cité des difficultés financières comme obstacle au rebond.

Si ce dernier chiffre souligne l’impact économique indiscutable de la liquidation sur les entrepreneurs, les chiffres de l’enquête 2024 attestent aussi d’une prise de conscience.

Perdre son entreprise est bel et bien un traumatisme au cours duquel l’amour-propre et la volonté d’aller de l’avant se trouvent ébranlés. Cet impact psychologique peut laisser des traces profondes – honte, sentiment d’inutilité, impression d’avoir perdu sa légitimité – et influence la manière dont on entrevoit les chemins qui nous sont offerts.

L’élan du collectif

En 2024, le dispositif le plus apprécié est devenu l’accompagnement collectif – et en particulier les groupes d’échanges et de développement (70 %) – alors qu’il n’était qu’en quatrième position en 2021. Si le coaching individuel reste néanmoins en position favorable, ces données mettent en lumière de nouvelles attentes prioritaires chez les entrepreneurs accompagnés : sortir de l’isolement, normaliser l’échec et retrouver un sentiment d’appartenance au sein d’un groupe de personnes ayant vécu la même expérience.

L’enquête enseigne ainsi que si sortir de la spirale négative de l’échec nécessite un travail de fond sur soi, cela est rendu possible grâce à un environnement soutenant, bienveillant et structurant. À travers ses multiples espaces de confiance et de bienveillance, l’accompagnement proposé par 60 000 Rebonds permet à l’entrepreneur ayant vécu une liquidation judiciaire de se sentir sécurisé, valorisé et reconnecté à un collectif.

France Culture, 2018.

Comprendre le rebond

Rebondir, ce n’est pas simplement retrouver un emploi ou lancer une nouvelle entreprise. C’est, d’abord, prendre la mesure du choc et de la perte vécus. Le rebond est en effet souvent précédé d’un processus de deuil, avec ses étapes : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Mais si l’expérience de cette perte reste une expérience intime et personnelle, le rebond, quant à lui, représente un enjeu collectif. Car c’est bien dans le lien tissé avec les autres que l’entrepreneur ayant vécu une liquidation judiciaire va pouvoir retrouver un rapport positif à lui-même, réactiver son sentiment de compétence, d’autonomie et créer un nouveau récit pour lui-même.

Notre étude plaide donc pour un élargissement des dispositifs d’accompagnement post-liquidation, à l’image de ce que fait 60 000 Rebonds. Elle permet également de souligner notre responsabilité collective ainsi que celle de nos institutions dans la stigmatisation de l’échec. Si l’écosystème entrepreneurial qui vise à accompagner la création et la croissance des entreprises est en pleine expansion depuis plus de vingt ans, les initiatives politiques – issues notamment de la loi Pacte (2019) – pour intégrer l’échec et le rebond comme faisant partie du processus entrepreneurial sont encore timides.

Changer de regard sur l’échec ne consiste pas seulement à changer de regard sur l’entrepreneuriat. C’est également un changement de posture à mettre en œuvre dans la transmission de nos apprentissages, où l’humilité et le droit à l’erreur feront partie de nos standards et où la capacité à apprendre des échecs individuels et collectifs fera partie de nos enseignements scolaires et universitaires.

The Conversation

Nous traitons du sujet de la défaillance d’entreprises en lien avec l’association 60000 rebonds que nous citons dans l’article.

Nous traitons du sujet de la défaillance d’entreprises en lien avec l’association 60000 rebonds que nous citons dans l’article.

Nous traitons du sujet de la défaillance d’entreprises en lien avec l’association 60000 rebonds que nous citons dans l’article.

ref. Le rebond, après une liquidation judiciaire, une affaire collective ? – https://theconversation.com/le-rebond-apres-une-liquidation-judiciaire-une-affaire-collective-256658

Que faut-il pour que le travail d’équipe en entreprise soit performant ? Des expériences en laboratoire offrent des explications

Source: The Conversation – in French – By Marc Lebourges, Chercheur associé en sciences économiques, Université de Rennes

Faut-il motiver par la carotte, par le bâton ou par la force du collectif ? Une étude menée en laboratoire teste plusieurs façons de stimuler l’effort en équipe. Si les récompenses financières tirent la performance vers le haut, elles peuvent aussi créer des tensions.


Le travail en équipe est devenu dominant dans les entreprises depuis la fin du XXe siècle, comme l’a rappelé le fondateur de l’économie des ressources humaines, Edward P. Lazear, dans un article cosigné avec Kathryn L. Shaw. Les succès de l’industrie automobile japonaise, pionnière en la matière, ont popularisé ce mode d’organisation. Il accroît l’implication des salariés, stimule l’entraide et le transfert de compétences, offre de la flexibilité face aux aléas de production ou de demande, et améliore la rationalité des décisions des salariés.

Mais il a aussi des inconvénients. Des problèmes de coordination peuvent survenir en l’absence d’un processus de décision clair. Le travail collectif peut également diluer les incitations à l’effort, comme l’avait notamment montré montré Bengt Holmström si les rémunérations dépendent de la performance collective et que le produit des efforts individuels est partagé entre les équipiers.

Plusieurs types de mécanismes incitatifs

Plusieurs mécanismes destinés à prévenir la dilution des incitations au sein des équipes de travail ont été analysés. Il s’agit, soit de mécanismes centralisés et fondés sur un objectif d’équipe ou de la concurrence entre équipes, tels que Haig Nalbantian et Andrew Schotter les ont étudiés, soit de mécanismes décentralisés reposant sur la pression des pairs, c’est-à-dire la désapprobation sociale envers des membres de l’équipe ayant un comportement opportuniste, introduits dans l’analyse économique par Eugene Kandel et Edward P. Lazear.

L’étude de ces mécanismes a fait l’objet de nombreux travaux théoriques et expérimentaux. Mais leur efficacité n’avait pas encore été directement comparée.

C’est l’objet d’une expérience économique réalisée par Marc Lebourges et David Masclet. Les expériences en laboratoire se sont imposées ces dernières décennies comme un outil puissant pour analyser les comportements économiques. En économie, une expérience en laboratoire est une méthode de recherche dans laquelle les comportements économiques sont observés dans un environnement contrôlé (le laboratoire) et les participants sont rémunérés en fonction de leurs décisions. Selon Gary Charness et Peter Kuhn, c’est un outil privilégié pour étudier les incitations en entreprise car elles permettent de contrôler les facteurs mieux que toute autre approche, et sont aussi très flexibles et peu coûteuses.

L’expérience de Marc Lebourges et David Masclet s’inspire d’un jeu d’effort créé par Haig Nalbantian et Andrew Schotter pour modéliser en laboratoire le travail d’équipe en entreprise. Dans ce jeu d’effort, chaque participant décide, en choisissant un nombre, de sa contribution à la production de son équipe. La production de chaque équipe dépend de la somme des contributions de ses membres et détermine leurs revenus. Le gain de chaque participant correspond à la différence entre, d’un côté, sa part du revenu de l’équipe et, d’un autre côté, le coût de l’effort que lui a demandé sa contribution à la production de son équipe, fonction du nombre qu’il a choisi.

Le jeu est répété plusieurs fois et, à la fin de la session expérimentale, chaque participant touche une somme d’argent dépendant des gains qu’il a accumulés durant la session. Dans ce jeu les participants ont intérêt à être opportunistes, c’est-à-dire à ne pas contribuer en espérant que les autres contribuent à leur place. Ces sessions se sont déroulées sur les ordinateurs du laboratoire d’économie de l’Université de Rennes.




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L’expérience compare les niveaux de production et les gains des participants entre un traitement de référence où les revenus sont partagés sans mécanismes d’incitation, un mécanisme de pression des pairs où les coéquipiers peuvent se sanctionner mutuellement et des mécanismes centralisés fondés soit sur un objectif d’équipe, soit sur de la concurrence entre équipes. L’analyse étudie aussi si la nomination de leaders au sein des équipes de travail améliore la coordination de la pression des pairs et diminue son coût social. La possibilité donnée aux leaders de montrer l’exemple à leurs équipiers est enfin évaluée.

En l’absence de mécanismes d’incitation, on observe un niveau d’effort trop faible, quoique dans une moindre mesure que ce que prédit la théorie. La pression des pairs augmente le niveau d’effort, mais celui-ci reste loin de l’optimum. De plus, elle n’améliore pas les gains des participants, car les bénéfices d’une coopération accrue sont compensés par le coût des sanctions mutuelles, pour ceux qui sanctionnent comme pour ceux qui sont sanctionnés.

Xerfi Canal 2023.

Les mécanismes centralisés accroissent plus l’effort que la pression des pairs. Les objectifs d’équipe conduisent au plus haut niveau d’effort, mais à des gains faibles pour les participants. Cela s’explique parce qu’une proportion élevée d’équipes n’atteint pas l’objectif, et que leurs membres sont de ce fait pénalisés. Les tournois entre équipes augmentent le niveau d’effort de façon importante, mais sans accroître la moyenne des gains des participants et avec de fortes inégalités entre eux, en raison des transferts entre les équipes gagnantes et perdantes.

L’introduction de leaders d’équipe a un effet positif et durable sur l’effort s’ils peuvent à la fois donner l’exemple et sanctionner leurs équipiers, et cela même lorsqu’ils sont choisis au hasard. Mais un leader d’équipe choisi au hasard a un effet négatif sur les performances de son équipe si son rôle se limite soit à montrer l’exemple sans pouvoir sanctionner, soit à sanctionner sans pouvoir donner l’exemple. Enfin, l’efficacité d’un leader d’équipe ayant le pouvoir de sanctionner ses pairs augmente s’il est choisi par ses pairs plutôt qu’au hasard.

Les implications pratiques des résultats expérimentaux

Les résultats de l’expérience conduisent aux suggestions suivantes : les mécanismes centralisés fondés sur des incitations monétaires sont plus efficaces que la pression entre collègues pour accroître l’effort. Mais, ils risquent d’engendrer des gains très faibles ou très inégaux pour les salariés. De plus, les objectifs d’équipe ou la concurrence entre équipes peuvent dégrader l’ambiance de travail ou pire, inciter à des comportements délétères, comme saboter le travail des équipes rivales ou tricher pour améliorer artificiellement la performance de son équipe, comme Gary Charness, David Masclet et Marie-Claire Villeval l’avaient observé dans le cas de tournois individuels.

Les expériences de Klaus Abbink et de ses collègues ont aussi montré que les tournois collectifs risquent d’engendrer des conflits entre équipes ayant des coûts très élevés. Les entreprises doivent donc être prudentes dans la mise en œuvre de ce type de mécanisme.

Enfin, concentrer le pouvoir de sanction entre les mains d’un leader peut nuire à la performance de l’équipe si le choix du leader est perçu comme arbitraire et si le pouvoir de sanctionner ne s’accompagne pas de celui de donner l’exemple. Mais un leader qui donne l’exemple et peut sanctionner améliore durablement la performance de son équipe.

Ces expériences modélisent de façon simplifiée des mécanismes réellement utilisés en entreprise. Dans une expérience en laboratoire, notamment lorsqu’elle n’inclut pas d’effort réel, il n’y a pas de tâches à accomplir ayant un intérêt intrinsèque.

En entreprise en revanche, le contenu du travail joue un rôle important dans la motivation et constitue un levier grâce auquel le responsable peut inspirer, reconnaître et stimuler ses collaborateurs. Mais l’intérêt intrinsèque du travail à accomplir ne fait pas pour autant disparaître les effets des mécanismes d’incitation révélés par les expériences de laboratoire. En réalité, des mécanismes incitatifs bien conçus concourent, comme l’intérêt intrinsèque du travail, à la performance des équipes.

The Conversation

Marc Lebourges ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Que faut-il pour que le travail d’équipe en entreprise soit performant ? Des expériences en laboratoire offrent des explications – https://theconversation.com/que-faut-il-pour-que-le-travail-dequipe-en-entreprise-soit-performant-des-experiences-en-laboratoire-offrent-des-explications-257564

Face aux risques d’une innovation ouverte non maîtrisée, les solutions mises en place par Decathlon

Source: The Conversation – in French – By Justin GOMIS, Attaché Temporaire d’enseignement et de Recherche (NIMEC), Université de Rouen Normandie

« Innovation ouverte », « cocréation »… ne sont pas que des mots à la mode. Ils renvoient à de nouvelles pratiques d’innovation, associant de multiples acteurs, là où avant la R&D était toute-puissante. Si ouvrir le processus d’innovation n’est pas sans danger, des moyens existent pour les limiter. L’exemple de Decathlon en est une illustration.


Concevoir de nouveaux produits est une activité risquée et de plus en plus coûteuse, dans un contexte d’intense concurrence. Pour surmonter ces défis, impliquer les clients durant tout le processus d’innovation, en faisant d’eux des acteurs à part entière, afin de créer de la valeur mutuelle, constitue une voie à étudier. Cela passe par l’utilisation des plateformes numériques qui ont aussi, depuis quelque temps, contribué à la démocratisation des pratiques d’innovation ouverte.

La réalité économique récente a mis en évidence le succès de ces nouveaux modes d’innovation.

Ces pratiques impliquent la réunion de multiples intervenants, comme des industriels, des usagers et des clients, ou encore des collectifs de citoyens, des associations, et, dans certains cas, les représentants des pouvoirs publics…

Une rapide adoption

Les pratiques d’innovation ouverte et de cocréation de valeur ont connu un succès et une adoption rapide, de la part des managers de l’innovation, par définition, mais aussi dans les domaines du marketing, de l’ingénierie, de la technologie, de la santé…

Si ces pratiques ont rencontré un certain succès chez les consommateurs, c’est qu’elles faisaient écho à des changements plus profonds les concernant. En effet, la mondialisation de l’économie, les préoccupations environnementales croissantes et le développement d’une société du savoir élèvent le niveau d’exigence et les attentes des consommateurs. Désormais mieux informés et interconnectés, ils ne se contentent plus de recevoir passivement des produits et services.




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Des réussites, mais aussi des échecs

Une part croissante des clients actuels ou futurs d’une marque désire activement participer à la conception des produits et à la création de valeur. Par exemple, des entreprises telles que Pepsi, Starbucks, Dell, Lego et Adidas ont mis en œuvre le processus de cocréation de valeur pour innover avec leurs clients, en intégrant mutuellement leurs ressources. En France, tous secteurs confondus, plusieurs grandes entreprises se sont, elles aussi, adonnées aux pratiques d’innovation ouverte et de cocréation de valeur depuis plus d’une décennie : Michelin, EDF, la Société générale, la SNCF, Bouygues et Decathlon, par exemple.

Cependant, cela n’est pas sans risque pour les entreprises. Si certaines plateformes obtiennent un succès notable dans la génération continue d’innovations – comme InnoCentive.com, Eÿeka, Storm ID, Lego Ideas –, d’autres – telles que MyStarbucksIdea ou Dell IdeaStorm – échouent ou subissent un exode de participants.

Ces échecs peuvent être attribués à trois facteurs :

Un processus « win-win »

Pour Decathlon, ces risques sont susceptibles de constituer un frein à l’innovation. Certains chefs de projet les associent à un manque de considération, de reconnaissance et à une mauvaise connaissance des utilisateurs. D’autres les associent à des difficultés d’animation de la communauté en ligne, ou bien à des problèmes de comportement venant du public, dont les risques d’abus. Et d’autres encore l’associent à un problème de gestion de réintégration des contributions diverses.

Face à toutes ces menaces, des entreprises comme Decathlon mettent en place des mécanismes de cocréation de valeur pour limiter ces risques et pour garantir malgré tout un processus d’innovation « win-win » («gagnant-gagnant ») avec les utilisateurs.

La cocréation de valeur est une initiative conjointe à travers laquelle l’entreprise, les fournisseurs et les clients créent de la valeur ensemble.

Chez Decathlon, d’autres partenaires externes peuvent y contribuer, comme des cabinets de conseil, des institutions de recherches… Cette diversité d’acteurs est un véritable atout pour la marque.

« L’utilisation des médias sociaux pour l’innovation ouverte », Fnege Médias, Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises, 2025.

L’intérêt de la démarche va au-delà de la création de solutions techniques originales, comme en témoigne un chef de produit interrogé dans le cadre de nos recherches :

« On peut aussi avoir une phase dans le dessin, où on va demander aux utilisateurs de nous dessiner, de nous faire un croquis de leurs idées pour vraiment favoriser l’émergence de solution technique. »

Des outils originaux pour limiter les risques

Cependant, cela n’est pas sans risque pour l’entreprise, car elle déploie beaucoup de moyens pour organiser toutes ces activités, telles que :

  • des cafés sport (travailler avec les utilisateurs à l’élaboration de nouveaux prototypes dans un cadre informel dans les campings ou lors des compétitions sportives),

  • des tables rondes en physique (discuter à bâtons rompus de manière horizontale avec les clients dans les locaux de la marque),

  • ou encore des tests sur le terrain ou à domicile (avec un envoi des produits à tester par la Poste au domicile des testeurs).

Par exemple, lors d’un test produit, une ingénieure essai terrain nous a confié ceci :

« Les risques, ce sont les conditions météo, la non-présence des testeurs, etc. Tu vois, par exemple, les annulations, moi je trouve ça moralement un peu déplacé, dans le sens où OK, on fait signer dans certains cas des contrats d’intérim, donc cela devrait être comme des mini contrats de travail. Mais les gens se disent : “Ah, c’est Decathlon, ah, ce n’est qu’un test produit, bon, bah ce n’est pas grave si je ne viens pas ou si je ne préviens qu’au dernier moment.” Tu vois ? Alors qu’on a déployé des moyens pour déplacer les équipes jusqu’à Strasbourg, par exemple, payer les nuits d’hôtel, les transporter, le matériel… »

Ces propos mettent en évidence plusieurs risques opérationnels et organisationnels liés à l’innovation ouverte ou à la cocréation de valeur. Plusieurs autres défis et risques ont été évoqués dans la littérature en sciences de gestion : les abus de la part des utilisateurs ; le fait que les utilisateurs transforment la plateforme d’innovation en un espace de contestation ou de règlement de compte ; ou encore le sentiment d’être exploité. Le tableau ci-dessous résume les principaux risques potentiels et réels liés à l’intégration des clients dans la conception des nouveaux produits chez Decathlon.

À côté de ces multiples défis et problèmes, l’entreprise a mis en place des stratégies d’animation qui permettent de « limiter les dégâts » :

The Conversation

Justin GOMIS ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Face aux risques d’une innovation ouverte non maîtrisée, les solutions mises en place par Decathlon – https://theconversation.com/face-aux-risques-dune-innovation-ouverte-non-maitrisee-les-solutions-mises-en-place-par-decathlon-251380

Rater mieux, rater encore plus mal : l’art du kitsch

Source: The Conversation – France (in French) – By Franz Johansson, Docteur en Littérature française, Sorbonne Université

Aussi indéfinissable qu’insaisissable, le kitsch prolifère partout, des musées les plus prestigieux aux vide-greniers. Une consécration paradoxale pour un phénomène dont l’essence même est son caractère commun.


Vieille d’un siècle et demi – si on la fait commencer avec l’apparition du mot lui-même, dans la deuxième moitié du XIXᵉ siècle, l’histoire du kitsch est celle d’une irrésistible extension dont, en 1939, le critique américain Clement Greenberg annonçait le caractère impérieux (et impérialiste) :

« Il a effectué un tour du monde triomphal, envahissant et défigurant les cultures particulières de chacun des pays qu’il a successivement colonisés ; il est en train de s’imposer comme une culture universelle, la première culture universelle qui ait jamais existé. »

Elle est aussi, depuis un quart de siècle notamment, celle d’une ascension non moins spectaculaire, lui ayant permis d’accéder aux lieux les plus prestigieux. Dans les expositions Pierre et Gilles au Jeu de Paume (2007) ou Takashi Murakami au château de Versailles (2010) se montre un kitsch débarrassé de tout relent de marginalité, géographique, sociale ou artistique. Le succès de Jeff Koons – détenant le titre d’artiste vivant le plus cher de l’histoire – est peut-être l’indice le plus certain d’un triomphe envahissant, insolent parfois, du kitsch.

Mais la possibilité même d’une apothéose est paradoxale pour un phénomène impliquant dans sa définition, dans son essence même, un caractère commun, bas ou indigne. Il est impossible de définir en quelques lignes un terme dont presque tous les penseurs qui l’ont abordé soulignent le caractère éminemment fuyant. « Le kitsch échappe comme un lutin à toute définition » écrit le philosophe Theodor Adorno. Cependant, on peut se rappeler utilement son étymologie probable. Celle-ci le rattache aux verbes exprimant en dialecte allemand mecklembourgeois l’action de bâcler (« kitschen ») ou de tromper sur la marchandise (« verkitschen »).

Se pourrait-il qu’il y ait dans ce mensonge le germe d’une sagesse ? Qu’à l’arrogance de la victoire se mêle parfois la lucidité d’un échec ?

Dialectique du kitsch

Il est arrivé plusieurs fois dans l’histoire de l’art qu’un mouvement reprenne à son compte le mot par lequel on a d’abord voulu le dénigrer, et en efface ou en renverse toute nuance péjorative : les mots « impressionnisme » ou « cubisme » étaient à leur début empreints d’un accent de raillerie qui s’est très vite dissipé.

Il en va tout autrement pour le « kitsch ». Celui-ci continue d’impliquer, quel que soit l’éclat de son triomphe, la présence d’une sous-valeur, une fausse valeur ou une contre-valeur. Dans la variété de nuances auxquelles elle peut donner lieu – humour ou cynisme, provocation ou ironie, et jusqu’au plus sincère enthousiasme –, l’adhésion au kitsch est toujours scindée : non l’oubli pur et simple d’un stigmate originel, mais une manière de faire avec lui, de l’intégrer dans une forme de dialectique.

N’est-ce pas là une sophistication inutile ? Est-il réellement besoin d’introduire une dialectique dans l’attrait que peuvent inspirer les couleurs criardes d’un nain de jardin ou les coûteuses surcharges de l’hôtel Luxor de Las Vegas ? Oui, en définitive. L’appréhension d’une œuvre kitsch suppose la présence active (même lorsqu’elle est enfouie) d’une inversion de sa valeur, d’un renversement possible : l’expérience esthétique (et, le cas échéant, critique) s’inscrit dans une tension ou dans la virtualité d’un basculement possible entre l’authentique et l’artificiel, l’unique et le sériel, le dérisoire et le grandiose.

Ce qui relève de la médiocrité aspire à s’élever, et la cuillère ou la salière se chargent alors d’ornements, le mug s’affuble des symboles de la haute culture (de la Joconde aux autoportraits de Frida Kahlo). À l’inverse, ce qui vise le sublime (celui des grands idéaux ou des beaux sentiments) fait naufrage (ou, plus prosaïquement, trébuche et se casse la figure) dans le poncif ou la mièvrerie : les éclats pharaoniques de l’Aïda de Verdi ou les innocences lisses des toiles de William Bouguereau.

L’intelligence du toc

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or », écrit Baudelaire dans un projet d’épilogue aux Fleurs du mal. Aussi curieux que le rapprochement puisse paraître, l’orgueil d’une alchimie anime à son tour cette esthétique du confort, cet « art du bonheur » (comme l’appelle, dans les années 1970, le sociologue Abraham Moles) qu’est le kitsch. Excepté qu’ici, il suffit de gratter un peu pour reconnaître dans l’or la dorure. Il reste pourtant quelque chose de cette alchimie en toc une fois que l’écaille dorée est tombée : l’échec lui-même, dans la richesse de ses nuances. On peut échouer un peu, beaucoup, à la folie, passionnément ou lamentablement. Ce qu’on perd en grandeur prométhéenne, on le gagne en complexité.

On peut appeler intelligence, au plus près de l’étymologie, ce qui, dans le kitsch nous incite à lire et à lier ensemble des éléments n’ayant en eux-mêmes rien de précieux ni d’éclairant ; ce n’est que par le réseau qu’ils forment, par la manière dont ils articulent et souvent renversent des matériaux enchevêtrés, qu’ils jettent une certaine lumière sur le monde.

Contre ceux qui y voyaient un phénomène frivole et sans conséquences, Theodor Adorno prônait la nécessité de prendre le kitsch au sérieux, en précisant « critiquement au sérieux ». À l’intelligence du kitsch exigée par le penseur de l’École de Francfort, extérieure à l’objet examiné, on pourrait en ajouter une autre : non plus celle qui le surplombe pour en percer à jour les mécanismes insidieux et néfastes, mais celle qui se loge auprès de lui et en lui. Celle-ci n’entre pas en contradiction avec la première : il serait appauvrissant et absurde de ne pas prendre en considération l’incitation au conformisme politique autant qu’esthétique, la dimension aliénante dénoncée par les grands penseurs de ce kitsch devenant, dans la célèbre formule de l’écrivain Hermann Broch, « le mal dans le système des valeurs de l’art ».

Mais une intelligence du kitsch peut aussi prêter attention à l’idée formulée par le philosophe Walter Benjamin : celle qu’un art devenu accessible au corps, un art qui se laisse enfin toucher, ouvre la possibilité d’un nouveau rapport à l’intériorité humaine. Ou à celle d’Umberto Eco rétorquant aux « apocalyptiques », effrayés par l’irrévocable déchéance de la culture que trahissent le succès du jazz et des films d’Hollywood, que le monde des communications de masse est, qu’on le veuille ou non, notre monde. Ou encore à celle de l’autrice new-yorkaise Susan Sontag rendant compte de la sensibilité « camp », ce « dandysme de l’ère des masses » où le connaisseur le plus délicat et le plus blasé trouve sa délectation dans l’objet kitsch précisément parce qu’il est tel : « Affreux à en être beau ! »

Le kitsch partout ?

S’il n’est peut-être pas faux de dire que le kitsch est omniprésent dans notre monde contemporain, ce n’est pas que la possibilité ne nous soit plus offerte d’expériences entièrement étrangères au kitsch, c’est que celui-ci est toujours susceptible de surgir à l’improviste ou de projeter son ombre n’importe où. Quel que soit le champ où on se situe, artistique, social, économique, politique ou religieux, on court le risque de glisser ou de culbuter vers lui, avec innocence ou lucidité, tendresse ou ironie, par provocation ou par instinct, sentimentalisme ou démagogie.

Des outrances effroyablement sirupeuses de la campagne électorale de Donald Trump, aux bigarrures de la dernière collection de Miuccia Prada, où la transgression des codes du luxe se veut aussi leur parodie, de l’orientalo-hellénisme ploutocratique de l’Atlantis de Dubaï au romano-byzantinisme mystique de la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre, d’André Rieu à Richard Wagner (exemple d’un « kitsch génial », selon Hermann Broch), de la Barbie « western rose » en vente dans un mall de Miami ou de Manilla au Barbie (2023), de Greta Gerwig où l’univers de la poupée de Mattel investit l’écran d’une manière si littérale qu’il en éveille de manière étonnante une forme de réflexivité…

Les positions monolithiques, surplombantes et dogmatiques s’avèrent de moins en moins capables de rendre compte d’un kitsch qui, en proliférant, a aussi amplifié ses registres, multiplié ses dimensions ou ses strates. Et qui nous oblige alors à le considérer au cas par cas, en tenant compte, à chaque fois qu’il paraît, de tous les éléments en présence au sein d’équations tantôt très élémentaires, tantôt très subtiles. Et dont on n’est pas certain de pouvoir dire, dans les meilleurs des cas, dans quelques œuvres rares, si elles aboutissent au succès ou à l’échec.

« Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore. »

Laquelle de ces quêtes, énoncées par Samuel Beckett, est celle de celui qui accepte dans son art d’avoir partie liée avec le kitsch ?

The Conversation

Franz Johansson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rater mieux, rater encore plus mal : l’art du kitsch – https://theconversation.com/rater-mieux-rater-encore-plus-mal-lart-du-kitsch-258197

La mission spatiale CO3D, ou comment cartographier la Terre en 3D et au mètre près

Source: The Conversation – France in French (2) – By Laurent Lebegue, Responsable performances système du projet CO3D, Centre national d’études spatiales (CNES)

Quatre satellites de nouvelle génération vont quitter Kourou, en Guyane, le 25 juillet, à bord d’une fusée Vega-C.

La mission CO3D, consacrée à la cartographie en trois dimensions des terres émergées du globe, s’appuie sur de nombreuses innovations technologiques. Son défi principal ? Couvrir une surface considérable avec une précision de l’ordre du mètre, en imageant aussi les objets mobiles comme les véhicules ou panaches de fumée, tout en se fondant sur des traitements entièrement automatisés pour réduire les coûts de production.


La mission CO3D, développée conjointement par le Centre national d’études spatiales (Cnes) et Airbus, doit fournir une cartographie des reliefs, que l’on appelle dans le domaine « modèles numériques de surface », pour des besoins bien identifiés – qu’ils soient civils ou militaires –, mais aussi de développer de nouveaux usages de ces informations 3D, encore insoupçonnés, que ce soit par des organismes de recherches ou des start-ups.

Pourquoi cartographier la Terre en 3D ?

Les données acquises par la mission CO3D permettront de surveiller la Terre depuis l’espace. Ainsi, les scientifiques pourront par exemple suivre les variations du volume des glaciers ou des manteaux neigeux en montagne.

Ils pourront aussi étudier l’évolution du trait de côte ou encore l’effondrement des falaises, et ainsi simuler l’impact de la montée du niveau des mers sur les terres littorales.

La cartographie 3D de la biomasse permet aussi de suivre à grande échelle la déforestation ou, plus localement, l’évolution de la végétalisation des villes et la gestion des îlots de chaleur.

L’ensemble de ces données, qui forment l’une des briques de base des jumeaux numériques, sont essentielles pour mieux comprendre l’impact du dérèglement climatique sur les écosystèmes et les territoires.


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Au-delà des sciences, la modélisation 3D précise est un outil indispensable pour les acteurs du secteur public comme les collectivités ou la sécurité civile. Ces dernières exploitent les données 3D dans le cadre de l’aménagement du territoire, la gestion des espaces tels que les zones inondables ou encore pour la connaissance précise des terrains en cas de gestion de crise à la suite d’une catastrophe naturelle.

Par exemple, en cas de tremblement de Terre, les satellites d’observation sont activés pour évaluer les dégâts à grande échelle afin d’aider les secours à prioriser leurs interventions, mais aussi pour évaluer les reconstructions à prévoir. Ces opérations sont réalisables avec de l’imagerie 2D classique, mais estimer l’effondrement d’un étage de bâtiment avec une simple vue verticale n’est pas forcément adapté, contrairement à l’imagerie 3D qui permet de mesurer directement les hauteurs.

En matière de défense, les données CO3D aideront, par exemple, à préparer les missions aériennes d’avion ou de drones à basse altitude ainsi que les déploiements de véhicules et de troupes sur divers terrains accidentés.

Comment fonctionne cette nouvelle imagerie 3D ?

La constellation s’articule autour de quatre satellites construits par Airbus, d’une masse de 285 kilogrammes chacun et d’une durée de vie de huit ans, permettant d’acquérir des images en couleurs d’une résolution de 50 centimètres – soit la résolution nécessaire pour produire des modèles numériques de surface avec une précision altimétrique d’environ un mètre.

vue d’artiste d’une paire de satellites
Acquisition stéréoscopique d’une paire de satellites CO3D.
CNES, Fourni par l’auteur

Les quatre satellites seront regroupés en deux paires positionnées sur une même orbite (à 502 kilomètres d’altitude), mais en opposition afin de réduire le temps nécessaire aux satellites pour revenir photographier un même site.

Le principe de génération des modèles numériques de surface à partir des images est celui qui nous permet de voir en trois dimensions : la vision stéréoscopique. Les images d’un site sur Terre sont acquises par deux satellites avec un angle différent comme le font nos yeux. La parallaxe mesurée entre les deux images permet, grâce à de puissants logiciels, de calculer la troisième dimension comme le fait notre cerveau.

schéma de principe
Principe de génération de modèle numérique de surface par stéréoscopie spatiale.
Cnes, Fourni par l’auteur

De plus, les images étant acquises avec deux satellites différents que l’on peut synchroniser temporellement, il est possible de restituer en 3D des objets mobiles, tels que des véhicules, des panaches de fumée, des vagues, etc. Cette capacité, encore jamais réalisée par des missions précédentes, devrait améliorer la qualité des modèles numériques de surface et ouvrir le champ à de nouvelles applications.

Les couleurs disponibles sont le rouge, le vert, le bleu mais aussi le proche infrarouge, ce qui permet d’avoir des images en couleur naturelle comme les voient nos yeux, mais aussi d’augmenter la capacité à différencier les matériaux, au-delà de ce que peut faire la vision humaine. Par exemple, un terrain de sport apparaissant en vert en couleur naturelle pourra être discriminé en herbe ou en synthétique grâce au proche infrarouge. Notons que la résolution native de 50 centimètres dans le proche infrarouge est inégalée à ce jour par d’autres missions spatiales. Elle permettra par exemple de générer automatiquement des cartes précises de plans d’eau et de végétation qui sont des aides à la production automatique de nos modèles numériques de surface de précision métrique.

Les satellites ont chacun la capacité d’acquérir environ 6 500 images par jour mais malgré cela, il faudra environ quatre ans pour couvrir l’ensemble des terres émergées attendues et produire les données associées ; une image élémentaire ayant une emprise au sol de 35 kilomètres carrés, il faudra environ 3,5 millions de couples d’images stéréoscopiques pour couvrir les 120 millions de kilomètres carrés.

Un gros travail au sol pour tirer le meilleur des données

De nombreuses innovations concernent également la planification de la mission et les traitements réalisés au sol.

Les satellites optiques ne voyant pas à travers les nuages, la prise en compte de prévisions météorologiques les plus fraîches possible est un élément clé des performances de collecte des données. En effet, les satellites sont très agiles et on peut les piloter pour observer entre les nuages. Avec CO3D, la prévision météo est rafraîchie à chaque orbite, à savoir quinze fois par jour.

Ouverture du container contenant les quatre satellites CO3D, en salle blanche à Kourou (Guyane).
2025 ESA-Cnes-Arianespace/Optique vidéo du CSG-P. Piron, Fourni par l’auteur

Le volume de données à générer pour couvrir le monde en 4 ans est considérable, environ 6 000 téraoctets (l’équivalent d’un million de DVD). La seule solution possible pour atteindre cet objectif dans une durée contrainte et à des coûts réduits a été pour le Cnes de développer des chaînes de traitement robustes, sans reprise manuelle et massivement parallélisées dans un cloud sécurisé.

Le Cnes développe aussi un centre de calibration image, consacré à la mission CO3D, qui sera chargé, pendant les six mois qui suivent le lancement, d’effectuer les réglages des satellites, des instruments et des logiciels de traitement qui permettront d’avoir la meilleure qualité possible des images. À l’issue de ces phases de qualification des satellites et des données, les cartographies 3D seront accessibles aux partenaires institutionnels du Cnes (scientifiques, collectivités locales ou équipes de recherche et développement) au fur et à mesure de leur production.

Par la suite, après une phase de démonstration de production à grande échelle de dix-huit mois, Airbus commercialisera également des données pour ses clients.

À quelques jours du lancement, la campagne de préparation des satellites bat son plein à Kourou et l’ensemble des équipes de développement et d’opérations finalise à Toulouse les derniers ajustements pour démarrer les activités de mise à poste et de recette en vol, les activités de positionnement des satellites sur leur orbite finale, de démarrage des équipements des satellites et de leurs instruments, puis de réglage des paramètres des traitements appliqués au sol.

The Conversation

Laurent Lebegue ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La mission spatiale CO3D, ou comment cartographier la Terre en 3D et au mètre près – https://theconversation.com/la-mission-spatiale-co3d-ou-comment-cartographier-la-terre-en-3d-et-au-metre-pres-260747

Comment amener quelqu’un à faire librement ce que l’on désire ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Fabien Girandola, Professeur de Psychologie Sociale, Aix-Marseille Université (AMU)

Publié en 1987, vendu à plus de 500 000 exemplaires en France, le Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, est un véritable phénomène de librairie. Fondé sur les recherches en psychologie sociale, l’ouvrage propose de connaître les techniques de manipulation auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement ou qui permettent de convaincre.


Comment amener quelqu’un à faire librement ce qu’on désire le voir faire ? C’est à cette question, qui nous concerne probablement toutes et tous, que répondent Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois dans leur ouvrage, Petit Traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (1987, rééd. 2024). Ils le font à la lumière des connaissances élaborées au fil des décennies pas les psychologues sociaux, depuis les travaux précurseurs de Kurt Lewin jusqu’à nos jours, et donc durant soixante-quinze années de recherches.

L’un des mérites majeurs de l’ouvrage de Joule et Beauvois est d’avoir travaillé ce corpus expérimental au sein de l’espace francophone, notamment en rendant accessibles des recherches anglo-saxonnes jusque-là peu diffusées. Une conférence donnée par Robert-Vincent Joule à l’Université Grenoble Alpes illustre parfaitement cette logique de l’influence librement consentie.

Dans la dernière édition augmentée et actualisée, parue en octobre 2024, les auteurs explicitent une trentaine de techniques d’influence dont l’efficacité est expérimentalement démontrée dans des recherches de laboratoire et de terrain. Ces procédures, qu’ils qualifient de techniques de manipulation, permettent de multiplier (par deux, par trois, parfois par dix) nos chances d’arriver à nos fins, pour le meilleur et pour le pire.

La connaissance de ces techniques et des processus psychologiques en jeu donnent au lecteur des armes pour éviter de se faire manipuler et pour forger son esprit critique, le rendant moins poreux aux influences néfastes s’exerçant sur lui. Certains blogs de « vulgarisation » estiment même que l’ouvrage relève de l’utilité publique – une appréciation rare pour un traité de psychologie sociale.

L’ouvrage concerne essentiellement les influences interpersonnelles, celles qui opèrent entre deux personnes (en famille, au travail, dans la rue, sur Internet, ou encore ici ou là entre un vendeur et un client), sans négliger pour autant les influences de masse. Les chercheurs en sciences de l’information et de la communication (SIC) s’intéressent aussi particulièrement à ces dynamiques, dès lors qu’elles s’inscrivent dans des dispositifs médiatisés (affichages, interfaces, plateformes numériques) ou ritualisés (conférences, campagnes, échanges transactionnels). Enfin, le conditionnement évaluatif, sur lequel s’appuient volontiers les spécialistes du marketing.




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Le conditionnement évaluatif

Vous écoutez la Marseillaise avant un match de football de l’équipe de France. La caméra passe lentement d’un joueur à l’autre. En plan serré, on voit le visage concentré de chaque joueur mais aussi le haut de chaque maillot avec le logo d’une certaine marque. Bien sûr, on ne prête pas attention à ce logo et pourtant, sans qu’on en ait conscience, la positivité de la Marseillaise, l’hymne national, va se transférer sur la marque, rendant ainsi plus probables les comportements d’achat attendus de la part des spectateurs. Les recherches qui illustrent ce phénomène sont légion.

Une étude célèbre a ainsi montré l’effet du conditionnement évaluatif sur le choix d’un stylo en fonction d’une musique plaisante ou déplaisante. Les participants étaient amenés à regarder une publicité pour un stylo. Le stylo était de couleur bleue pour une moitié des participants et beige pour l’autre moitié. Une musique était diffusée, agréable pour certains, désagréable pour d’autres.

À la fin de l’expérience chaque participant se voyait offrir un stylo dont il pouvait choisir la couleur (bleu ou beige). Comme attendu, les participants choisirent massivement la couleur associée aux musiques plaisantes (qu’il s’agisse du bleu ou du beige) et délaissèrent la couleur associée aux musiques déplaisantes (qu’il s’agisse du bleu ou du beige). Mais il y a plus, lorsqu’on leur demande d’expliquer leur choix, ils en appellent à leur goût personnel pour la couleur choisie, sans faire la moindre allusion à la musique !

Les techniques décrites dans le Petit traité de manipulation peuvent évidemment être utilisées à nos dépens par des individus malintentionnés ; par exemple, pour obtenir de nous des informations confidentielles, comme nos coordonnées bancaires, ou de façon plus générale, pour obtenir de nous des décisions que nous regretterons. Mais elles peuvent aussi, entre les mains d’honnêtes gens, se montrer très utiles – et bien plus efficaces que la persuasion – pour promouvoir des comportements « socialement utiles » recherchés. Un exemple : la technique de l’étiquetage.

L’étiquetage

Dans une des recherches rapportées dans l’ouvrage de Joule et Beauvois, des chercheurs américains comparent l’efficacité de deux stratégies pour inciter des élèves de 9-10 ans à ne pas jeter les papiers de bonbons par terre : une stratégie persuasive et une stratégie reposant sur des étiquetages.

Pendant huit leçons sur le respect de l’environnement, l’enseignante s’efforçait, en mettant en avant des arguments appropriés, de convaincre certains élèves d’être propres et ordonnés (condition persuasive). Elle n’essayait pas de convaincre d’autres élèves, se contentant de leur dire « Vous êtes des enfants propres et ordonnés » (condition d’étiquetage).

Au terme de ces leçons, on distribuait aux enfants des sucreries soigneusement emballées et on comptait le nombre de papiers de bonbons laissés sur le sol. Les chercheurs ont constaté que les enfants placés dans la condition d’étiquetage se conformaient davantage aux attentes éducatives que ceux placés dans la condition persuasive : moins d’emballages de bonbon sur le sol et davantage dans les poubelles. Mais il y a plus : cet effet persistait après la fin de l’expérience, alors que plus rien n’était demandé aux enfants, prouvant ainsi l’impact durable de l’étiquetage sur les comportements ultérieurs de propreté des élèves.

La supériorité de l’étiquetage sur la persuasion est également démontrée dans d’autres recherches qui portent cette fois sur la performance scolaire (résultats obtenus à des exercices de mathématiques, par exemple).


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Il ne faudrait pas croire que seuls les enfants sont sensibles à l’étiquetage. Les adultes le sont tout autant, comme le montre, par exemple, une autre expérience rapportée dans le Petit traité de manipulation. Après avoir fait passer un pseudo test de personnalité à des participants, les chercheurs leur disaient, indépendamment de leurs résultats, « Vos résultats montrent que vous êtes une personne bienveillante et généreuse » (étiquetage).

Un peu plus tard, un complice des chercheurs laissait tomber un jeu de cartes pour étudier leur réaction. L’aiderait-on ou pas à ramasser les cartes sur le sol ? Comme attendu, les personnes s’étant entendu dire qu’elles étaient bienveillantes et généreuses – bien qu’il s’agisse d’un étiquetage purement arbitraire – furent significativement plus nombreuses à aider « spontanément » le complice que les personnes d’un groupe témoin qui n’avaient pas, quant à elles, reçu d’étiquetage.

Serions-nous les messieurs Jourdain de la manipulation ?

Le succès de cet ouvrage auprès du grand public s’explique certainement par la façon dont les auteurs éclairent, à la lumière du savoir psychologique disponible, les interactions les plus courantes de notre existence sociale.

Force est de reconnaître que nous sommes tous, tour à tour, manipulateur et manipulé. Qui ne s’est jamais servi de moyens plus ou moins détourné pour arriver à ses fins ? Qui n’a jamais fait, après y avoir été habilement conduit, quelque chose qu’il n’aurait pas fait de lui-même. Nous avons tous un jour, plus ou moins, agi de la sorte.

À titre d’exemple, Joule et Beauvois rapportent dans leur ouvrage une des façons de procéder à laquelle nous avons probablement tous eu recours pour essayer d’obtenir une faveur : la technique du « je-ne-vous-demanderai-rien-d’autre », dont le principe consiste précisément à faire savoir à notre interlocuteur que la demande qu’on lui adresse ne sera pas suivie d’une autre.

Je-ne-vous-demanderai-rien-d’autre

Dans une recherche réalisée par Grzyb et Dolinski de 2017, des personnes étaient sollicitées par un chercheur durant un concert. « Bonjour, je collecte des fonds pour un centre de soins pour enfants […]. Accepteriez-vous de faire un don ? C’est la seule chose que je vais vous demander. » Près de 55 % acceptèrent contre 15 % seulement dans la condition contrôle, condition dans laquelle le propos du chercheur était exactement le même mais sans la phrase : « C’est la seule chose que je vais vous demander. »

Ce type de manipulations est-il répréhensible ? Certainement pas.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le recours aux techniques de manipulation – sauf, bien sûr, lorsqu’elles sont mises au service d’intérêts moralement répréhensibles – fluidifie la vie sociale. Peut-être même ce recours entretient-il l’amitié ? Imaginons qu’un ami obtienne de vous, en vous manipulant, une faveur que vous ne lui auriez pas accordée spontanément (par exemple : l’aider à déménager). Il vous en sera très reconnaissant et, évidemment, à la première occasion, c’est lui qui vous rendra, volontiers de surcroît, un service de la même importance sans que vous ayez besoin, à votre tour, de le manipuler. La morale est donc sauve.

Et vous, à quelles formes d’influence avez-vous cédé sans le savoir ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment amener quelqu’un à faire librement ce que l’on désire ? – https://theconversation.com/comment-amener-quelquun-a-faire-librement-ce-que-lon-desire-257571

En Russie et ailleurs, les mesures natalistes en question

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jennifer Mathers, Senior Lecturer in International Politics, Aberystwyth University

Dans un contexte de grave crise démographique accentuée par la guerre en Ukraine, plusieurs régions de Russie octroient désormais des allocations spéciales aux adolescentes ayant des enfants. De plus en plus de pays, de la Hongrie aux États-Unis en passant par la Pologne, mettent en place des mesures similaires – des initiatives dont la portée est à la fois sociale, économique et idéologique.


Dans certaines parties de la Russie, les adolescentes qui tombent enceintes recevront désormais plus de 100 000 roubles (environ 1 100 euros, au taux de change actuel) pour donner naissance à leurs enfants et les élever.

Cette nouvelle mesure, introduite ces derniers mois dans une dizaine de régions du pays, s’inscrit dans la nouvelle stratégie démographique russe. Elle est en réalité un élargissement de décisions déjà adoptées en mars 2025, qui s’appliquaient alors uniquement aux femmes adultes. L’objectif est de remédier à la baisse spectaculaire du taux de natalité observée dans le pays : en 2023, le nombre de naissances par femme en Russie était de 1,41, un niveau très inférieur aux 2,05, niveau requis pour assurer le renouvellement des générations.

Rémunérer des adolescentes pour avoir des enfants alors qu’elles sont encore scolarisées est une idée qui ne fait pas consensus en Russie. Selon une récente enquête publiée par le Centre russe d’études de l’opinion publique (VTsIOM), 43 % des Russes approuvent cette mesure, tandis que 40 % s’y opposent. En tout état de cause, l’adoption d’une telle politique témoigne de la priorité élevée accordée par l’État à l’augmentation du nombre de naissances.

Vladimir Poutine considère qu’une population nombreuse est l’un des signes distinctifs d’une grande puissance florissante, au même titre qu’un vaste territoire (en pleine expansion) et une armée puissante. L’attaque conduite sur l’Ukraine a permis à la Russie d’annexer illégalement plusieurs zones du territoire ukrainien, peuplées de quelque deux ou trois millions de personnes ; pour autant, la guerre a aussi eu des effets désastreux pour la taille actuelle et future de la population russe.

D’après certaines estimations, 250 000 soldats russes auraient été tués sur le champ de bataille. De plus, des centaines de milliers de personnes parmi les Russes les plus instruits, souvent de jeunes hommes fuyant le service militaire, ont quitté le pays. Bon nombre de soldats tués et de jeunes exilés auraient pu devenir les pères de la prochaine génération de citoyens russes.

Un phénomène qui ne se limite pas uniquement à la Russie

Mais si la situation démographique de la Russie est extrême, la baisse des taux de natalité est désormais une tendance mondiale. On estime que, d’ici à 2050, plus des trois quarts des pays du monde auront des taux de fécondité si bas qu’ils ne pourront plus maintenir leur population.

Arte, 2 avril 2024.

Poutine n’est pas le seul dirigeant mondial à avoir mis en place des politiques visant à encourager les femmes à avoir plus d’enfants. Le gouvernement de Viktor Orban en Hongrie propose toute une série de mesures incitatives, telles que des allégements fiscaux généreux et des prêts hypothécaires subventionnés réservés aux ménages de trois enfants ou plus.

La Pologne alloue mensuellement 500 zlotys (117 euros, selon le taux actuel) par enfant aux familles à partir de deux enfants. Cependant, cela n’a pas un effet déterminant sur la natalité, car les Polonaises, surtout celles dont les revenus sont déjà relativement élevés, ne sont pas prêtes à renoncer à une ascension professionnelle ou à un salaire élevé pour avoir un enfant de plus.

Aux États-Unis, Donald Trump a proposé de verser 5 000 dollars (4 300 euros environ) aux mères à chaque naissance, vision inscrite dans l’idéologie MAGA qui vise à encourager la natalité.

« Natalistes aux États-Unis : ils veulent sauver l’humanité », TF1, 17 mai 2024.

Inverser la baisse de la natalité est une affaire complexe, car les raisons qui poussent les individus et les couples à devenir parents le sont tout autant. Les préférences des individus, leurs aspirations personnelles et leurs convictions quant à leur capacité à subvenir aux besoins de leurs enfants, ainsi que les normes sociales et les valeurs culturelles et religieuses jouent toutes un rôle dans ces décisions. En conséquence, l’impact des politiques dites natalistes a été jusqu’ici pour le moins mitigé. Aucun pays n’a trouvé de solution facile pour inverser la baisse des taux de natalité.

Il convient de s’intéresser, sur ces questions, à la politique choisie par l’Espagne, qui cherche à lutter contre le déclin démographique par des mesures alternatives, sans encourager directement les femmes à avoir plus d’enfants. Le pays facilite désormais l’accès à la citoyenneté pour les migrants, y compris à ceux qui sont entrés illégalement dans le pays. L’accueil favorable réservé aux immigrants par Madrid est considéré comme l’un des facteurs à l’origine de l’essor économique du pays.

Quelles familles veut-on privilégier ?

Les gouvernements qui adoptent des politiques natalistes se préoccupent non seulement de l’augmentation du nombre total de personnes vivant et travaillant dans leur pays, mais désirent également encourager certaines catégories de personnes à procréer. En d’autres termes, il existe une dimension idéologique inhérente à ses pratiques.

Les mesures incitatives en faveur des grossesses et des familles nombreuses ciblent généralement les personnes que l’État considère comme ses citoyens les plus « souhaitables » – en raison de leur origine ethnique, de leur langue, de leur religion, de leur orientation sexuelle ou d’une autre identité ou combinaison d’identités.

Par exemple, la proposition espagnole visant à augmenter la population en augmentant l’immigration s’adresse principalement aux hispanophones. Les migrants originaires de pays catholiques d’Amérique latine ont assez facilement accès à des emplois, alors que les possibilités de rester dans le pays ou de s’y installer ne semblent pas s’étendre aux migrants originaires d’Afrique. Parallèlement, les aides accordées aux familles en Hongrie sont accessibles uniquement aux couples hétérosexuels disposant de revenus assez élevés.

L’accent mis sur l’augmentation de la proportion des citoyens les plus souhaitables explique pourquoi l’administration Trump ne voit aucune contradiction à appeler à la naissance de plus d’enfants aux États-Unis, tout en ordonnant l’arrestation et l’expulsion de centaines de migrants présumés illégaux, tentant ainsi de revenir sur la garantie constitutionnelle de la citoyenneté américaine à toute personne née dans le pays et même de retirer la citoyenneté à certains Américains.

Quelles sont les mères visées ?

Le succès ou l’échec des gouvernements et des sociétés qui encouragent la natalité dépend de leur capacité à persuader les gens, et en particulier les femmes, d’accepter de devenir ou redevenir parents. Outre des incitations financières et autres récompenses tangibles pour avoir des enfants, certains États offrent une reconnaissance symbolique aux mères de familles nombreuses.

La réintroduction par Poutine du titre, datant de l’époque stalinienne, de « mère-héroïne » pour les femmes ayant dix enfants ou plus en est un exemple. Parfois, cette reconnaissance vient de la société, comme l’engouement actuel des Américains pour les « trad wives » (« épouses traditionnelles ») – des femmes qui deviennent des influenceuses sur les réseaux sociaux en renonçant à leur carrière pour élever un grand nombre d’enfants et mener une vie socialement conservatrice.

Le revers de cette célébration de la maternité est la critique implicite ou explicite des femmes qui retardent la maternité ou la rejettent complètement. Le Parlement russe a adopté en 2024 une loi visant à interdire la promotion du mode de vie sans enfants, ou « propagande en faveur de l’absence d’enfants ». Cette législation s’ajoute à d’autres mesures telles que les restrictions d’avortements pratiqués dans les cliniques privées, ainsi que des propos publics de hauts responsables invitant les femmes à donner la priorité au mariage et à l’éducation des enfants plutôt qu’aux études universitaires et à une carrière professionnelle.

Les États conduisant des politiques natalistes seraient favorables à l’immigration si leur objectif était uniquement de garantir une main-d’œuvre suffisante pour soutenir leur économie et leur société. Mais le plus souvent, ces efforts visant à restreindre ou à dicter les choix que font les citoyens – et en particulier les femmes – dans leur vie personnelle, et à favoriser la présence au sein de leur population de profils spécifiques.

The Conversation

Jennifer Mathers ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En Russie et ailleurs, les mesures natalistes en question – https://theconversation.com/en-russie-et-ailleurs-les-mesures-natalistes-en-question-260866

Crise dans le camp Trump : Et si le dossier Epstein faisait exploser la base MAGA ?

Source: The Conversation – in French – By Robert Dover, Professor of Intelligence and National Security & Dean of Faculty, University of Hull

Le rejet brutal par Donald Trump des théories du complot autour de Jeffrey Epstein provoque une onde de choc chez ses partisans les plus fidèles, qu’il n’hésite plus à traiter de « stupides » ou de « crédules ». Un tournant risqué à quelques mois de la présidentielle.


Pendant sa campagne pour l’élection présidentielle américaine de 2024, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises qu’il allait déclassifier et rendre publics les dossiers liés à Jeffrey Epstein, le financier déchu mort en prison en 2019 alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel.

Les soi-disant dossiers Epstein contiendraient, pense-t-on, des contacts, des communications, et – peut-être plus crucial encore – les registres de vol. L’avion privé d’Epstein étaient en effet le moyen de transport utilisé pour se rendre sur ce qui a ensuite été surnommé « l’île pédophile », où lui-même et ses associés auraient fait venir et abusé des mineurs.

Les partisans de Trump les plus enclins aux théories du complot – dont beaucoup pensent qu’Epstein a été assassiné par de puissantes figures pour dissimuler leur implication dans ses crimes sexuels – espèrent que ces dossiers révéleront l’identité de l’élite présumée impliquée dans l’exploitation sexuelle d’enfants.


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Pendant sa campagne, Trump a laissé entendre que les dossiers Epstein mettraient en cause des personnes puissantes – suggérant qu’il connaissait leur identité et leurs actes. Cela constituait à la fois un avertissement lancé à ces individus et un moyen de galvaniser sa base « Make America Great Again » (MAGA). Cela validait également une partie de la théorie du complot QAnon, selon laquelle un « État profond » couvrirait un réseau élitiste d’abus sexuels sur enfants.

Mais le ministère de la Justice a récemment annoncé que l’examen des documents n’avait révélé aucune liste de clients politiquement influents et a confirmé qu’Epstein était mort par suicide. Cela réfute deux croyances centrales pour la base électorale de Trump. Pour une large partie du mouvement MAGA, ces conclusions banales ont été vécues comme une trahison.

Musk flaire l’opportunité

L’ancien allié proche de Trump — son bailleur de fonds et conseiller — Elon Musk, a profité de l’affaire des dossiers Epstein pour contre-attaquer sur les réseaux sociaux. Sans apporter de preuves, Musk a insinué à plusieurs reprises que le nom de Trump figurait dans les documents. Trump a répliqué en accusant Musk d’« avoir perdu la tête », en s’appuyant sur des éléments fournis par l’ancien avocat d’Epstein, David Schoen, pour rejeter les accusations de Musk.

Les accusations de Musk pourraient être toxiques pour Trump. Une bonne partie du mouvement Maga croit en la théorie QAnon. Être potentiellement lié à un réseau d’exploitation sexuelle d’enfants nuirait donc gravement à la réputation de Trump auprès de cette base, pour qui il s’agit d’un sujet extrêmement sensible. Musk a semé le doute chez certains activistes, qui se demandent désormais si Trump ne serait pas impliqué dans une dissimulation.

La base MAGA reste en grande partie fidèle à Trump. Mais cette loyauté a déjà nécessité beaucoup de pragmatisme depuis sa réélection. Une position clé soutenue par ces électeurs – l’opposition de Trump aux interventions militaires étrangères – a été contredite par les effets lorsque le président états-unien a lancé son attaque contre des sites militaires iraniens en juin.

Les porte-parole MAGA ont justifié ces actions en disant qu’elles étaient limitées et répondaient à une provocation exceptionnelle. Elles sont présentées comme un contre-exemple aux engagements militaires prolongés du président George Bush en Afghanistan et en Irak dans les années 2000.

Un autre effort de pragmatisme a été exigé sur le « Big Beautiful Bill Act », qui va creuser la dette nationale de plusieurs milliers de milliards de dollars, tout en réduisant les financements de la santé et de l’aide alimentaire. Ces mesures ont retiré des prestations à une bonne partie des électeurs Maga.

Malgré cette souffrance financière personnelle, les fidèles Maga ont défendu ces décisions comme un moyen de réduire les gaspillages et de mettre l’État au régime. Ils font confiance à Trump, qui affirme qu’ils ne seront pas désavantagés à long terme — bien que les conséquences de l’application de la réforme restent inconnues.

Du sucre de canne dans le Coca

Trump a aussi mis à mal la patience des producteurs de maïs du Midwest, pourtant un de ses bastions électoraux. Il a exigé que Coca-Cola remplace le sirop de maïs par du sucre de canne dans sa version sucrée de la boisson. Trump, avec son ministre de la Santé controversé Robert F. Kennedy Jr., a en effet affirmé que le sucre de canne est plus sain — une affirmation contestée — et qu’il permettrait de « rendre l’Amérique saine à nouveau ».

Même si la question du sucre dans le Coca-Cola peut sembler anecdotique, soutenir une mesure qui nuit aux agriculteurs du Midwest passe mal pour les fidèles MAGA. En devant composer avec ces tensions, certains pourraient commencer à douter de la sagesse de Trump.

Le dossier Epstein, danger politique majeur

Les débats autour des dossiers Epstein pourraient être autrement plus dangereux pour Trump et sa relation avec la base Maga. L’existence d’un réseau pédophile élitiste est centrale dans la théorie conspirationniste QAnon et Trump était censé être celui qui allait révéler la vérité. Mais le ministère de la Justice a désormais rejeté cette vision du monde. Et certains en viennent à se demander si Trump ne fait pas lui-même partie de la dissimulation.

Pire encore, Trump a contre-attaqué. Il a déclaré que la conspiration autour d’Epstein n’avait jamais existé et a qualifié certains de ses partisans de « crétins crédules » pour continuer à y croire. Pour certains fidèles, cela va trop loin. Ils ont exprimé leur frustration sur Truth Social, le réseau de Trump, ainsi que sur des blogs et podcasts de droite.

Démonstration de « whataboutisme »

Trump a depuis tenté d’adoucir ses critiques contre ceux qui croient encore à la théorie Epstein, déclarant qu’il souhaiterait publier toute information crédible. Il est aussi revenu à une tactique de campagne classique : le « whataboutisme », qui souligne le traitement injuste qu’il subirait en comparaison avec ses prédécesseurs Barack Obama et Joe Biden.

L’épisode des dossiers Epstein pourrait passer. Mais la question de savoir si le mouvement Maga est désormais plus grand que Trump restera. Pour un président qui plaisantait autrefois en disant qu’il pourrait « tirer sur quelqu’un sur la Cinquième Avenue sans perdre de soutien », la loyauté et la flexibilité de ses partisans sont capitales.

Le mouvement Maga n’est pas monolithique dans ses croyances ou ses actions. Mais si Trump perd la loyauté d’une partie de ses troupes, ou si ces dernières refusent de s’adapter comme elles l’ont fait jusqu’ici, cela pourrait lui coûter cher politiquement. Depuis la tombe, Epstein pourrait bien avoir amorcé une nouvelle ère dans la politique américaine.

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Robert Dover ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Crise dans le camp Trump : Et si le dossier Epstein faisait exploser la base MAGA ? – https://theconversation.com/crise-dans-le-camp-trump-et-si-le-dossier-epstein-faisait-exploser-la-base-maga-261537