Some 252 million years ago, almost all life on Earth disappeared.
Known as the Permian–Triassic mass extinction – or the Great Dying – this was the most catastrophic of the five mass extinction events recognised in the past 539 million years of our planet’s history.
Up to 94% of marine species and 70% of terrestrial vertebrate families were wiped out. Tropical forests – which served, as they do today, as important carbon sinks that helped regulate the planet’s temperature – also experienced massive declines.
Scientists have long agreed this event was triggered by a sudden surge in greenhouse gases which resulted in an intense and rapid warming of Earth. But what has remained a mystery is why these extremely hot conditions persisted for millions of years.
Our new paper, published today in Nature Communications, provides an answer. The decline of tropical forests locked Earth in a hothouse state, confirming scientists’ suspicion that when our planet’s climate crosses certain “tipping points”, truly catastrophic ecological collapse can follow.
A massive eruption
The trigger for the Permian–Triassic mass extinction event was the eruption of massive amounts of molten rock in modern day Siberia, named the Siberian Traps. This molten rock erupted in a sedimentary basin, rich in organic matter.
The molten rock was hot enough to melt the surrounding rocks and release massive amounts of carbon dioxide into Earth’s atmosphere over a period as short as 50,000 years but possibly as long as 500,000 years. This rapid increase in carbon dioxide in Earth’s atmosphere and the resulting temperature increase is thought to be the primary kill mechanism for much of life at the time.
On land it is thought surface temperatures increased by as much as 6°C to 10°C – too rapid for many life forms to evolve and adapt. In other similar eruptions, the climate system usually returns to its previous state within 100,000 to a million years.
We looked at the fossil record of a wide range of land plant biomes, such as arid, tropical, subtropical, temperate and scrub. We analysed how the biomes changed from just before the mass extinction event, until about eight million years after.
We hypothesised that Earth warmed too rapidly, leading to the dying out of low- to mid-latitude vegetation, especially the rainforests. As a result the efficiency of the organic carbon cycle was greatly reduced immediately after the volcanic eruptions.
Plants, because they are unable to simply get up and move, were very strongly affected by the changing conditions.
Before the event, many peat bogs and tropical and subtropical forests existed around the equator and soaked up carbon
Enclaves of larger plants remained towards the poles, in coastal and in slightly mountainous regions where the temperature was slightly cooler. After about five million years they had mostly recolonised Earth. However these types of plants were also less efficient at fixing carbon in the organic carbon cycle.
This is analogous in some ways to considering the impact of replacing all rainforests at present day with the mallee-scrub and spinifex flora that we might expect to see in the Australian outback.
Post-extinction lycopod fossils. Zhen Xu
Finally, the forests return
Using evidence from the present day, we estimated the rate at which plants take atmospheric carbon dioxide and store it as organic matter of each different biome (or its “net primary productivity”) that was suggested in the fossil record.
We then used a recently developed carbon cycle model called SCION to test our hypothesis numerically. When we analysed our model results we found that the initial increase in temperature from the Siberian Traps was preserved for five to six million years after the event because of the reduction in net primary productivity.
It was only as plants re-established themselves and the organic carbon cycle restarted that Earth slowly started to ease out of the super greenhouse conditions.
Maintaining a climate equilibrium
It’s always difficult to draw analogies between past climate change in the geological record and what we’re experiencing today. That’s because the extent of past changes is usually measured over tens to hundreds of thousands of years while at present day we are experiencing change over decades to centuries.
A key implication of our work, however, is that life on Earth, while resilient, is unable to respond to massive changes on short time scales without drastic rewirings of the biotic landscape.
In the case of the Permian–Triassic mass extinction, plants were unable to respond on as rapid a time scale as 1,000 to 10,000 years. This resulted in a large extinction event.
Overall, our results underline how important tropical and subtropical plant biomes and environments are to maintaining a climate equilibrium. In turn, they show how the loss of these biomes can contribute to additional climate warming – and serve as a devastating climate tipping point.
Zhen Xu was the lead author of the study, which was part of her PhD work.
Andrew Merdith receives funding from the Australian Research Council as part of the Discovery Early Career Researcher Award.
Benjamin J. W. Mills receives funding from UK Research and Innovation.
Zhen Xu receives funding from UK Research and Innovation and the National Natural Science Foundation of China.
Après la tentative de moratoire sur les énergies renouvelables du Rasemblement national en juin, c’est le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau (Les Républicains) qui a demandé l’arrêt des subventions publiques à l’éolien et au photovoltaïque, estimant que ces énergies « n’apportent au mix énergétique français qu’une intermittence coûteuse à gérer ». Des propos dénoncés comme « irresponsables » par la ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher.
Est-ce vraiment le cas ? Certes, la transition énergétique et la décarbonation de l’économie font peser des contraintes inédites sur les réseaux électriques. Les incertitudes de planification augmentent, à la fois du fait de la variabilité des énergies renouvelables sensibles aux conditions météorologiques (solaire, éolien…). Mais le problème vient aussi de la montée en puissance du véhicule électrique, dont le lieu de consommation change au cours du temps. Des défis qu’il est possible de relever, à condition de s’en donner les moyens.
Quant à l’augmentation des capacités nucléaires défendue par Bruno Retailleau, elle serait très coûteuse car elle impliquerait de sous-exploiter ces nouvelles installations une partie de l’année.
On l’appelle « fée électricité ». De fait, les réseaux électriques sont l’une des infrastructures les plus emblématiques jamais conçues par l’humain. Ils sont aussi l’une des plus complexes. Essentiels à l’électrification de nos sociétés humaines, ils sont devenus cruciaux pour d’autres infrastructures vitales, telles que les transports, les technologies de l’information en passant par la gestion des ressources en eau.
Ces réseaux sont aussi très étendus : leur échelle est celle de l’Europe, et même au-delà. De ce fait, ils peuvent être sources de tensions du fait du jeu d’interdépendances complexes et du comportement non linéaire des systèmes électriques. Ceci peut provoquer quelques fois des blackouts, comme on l’a vu en Espagne, fin avril 2025.
S’ajoute désormais l’impératif de transition énergétique et de décarbonation de l’économie. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, nous misons, en grande partie, sur une électrification encore plus poussée de nos usages et des sources d’énergies (renouvelables).
En cela, les réseaux électriques sont la véritable « colonne vertébrale » de la neutralité carbone. Déjà complexe à la base, ils font face aujourd’hui à de nouveaux défis dans le cadre de la décarbonation, qui ajoute un étage de complexité supplémentaire. Mais des pistes existent.
Le principal facteur de complexité des systèmes électriques tient à la nécessité d’équilibrer la production (l’offre) et la consommation (la demande), dans un contexte où les capacités de stockage d’électricité sont limitées. De nombreuses technologies de stockage de l’électricité existent et sont en cours de développement. Mais, aujourd’hui, les moyens les plus répandus pour, les réseaux électriques, sont le stockage par turbinage-pompage sur certaines infrastructures hydroélectriques
Cet équilibre est fait à travers les réseaux électriques. Ces derniers, grâce au foisonnement qu’ils permettent entre les divers moyens de production et les diverses formes d’usage et de consommation, permettent à chaque utilisateur d’accéder à la source d’énergie la plus disponible et la plus économique à chaque instant. Ceci lui permet de bénéficier de la concurrence éventuelle entre les différentes sources d’énergie – même les plus éloignées – pour bénéficier des coûts les plus bas.
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Cela permet aussi de faire face plus facilement aux diverses défaillances pouvant survenir dans le système électrique. En effet, en cas de défaillance d’une unité de production, le caractère interconnecté et mutualisé du réseau permet facilement à une autre de prendre le relais. Les réseaux électriques, à travers la mutualisation à large échelle qu’ils permettent, sont donc une source d’économie et de sécurité pour tous leurs utilisateurs.
… rendu plus complexe encore par l’enjeu de décarbonation
Pour atteindre la neutralité carbone, il faut poursuivre et accélérer l’électrification des usages (par exemple, passage du véhicule thermique au véhicule électrique) tout en augmentant les capacités de production d’électricité.
À titre indicatif, l’humanité a mis environ cent cinquante ans pour passer de 0 à près de 25 % de part d’électricité dans sa consommation d’énergie finale.
Affiche de la fin du XIXᵉ siècle vantant l’énergie électrique.
Or, pour atteindre les objectifs de la neutralité carbone, il faudra que la part d’électricité dans cette consommation d’énergie finale passe d’environ 25 % à 60 %, et cela en moins de vingt-cinq ans : c’est dire l’ampleur du défi. C’est une véritable seconde révolution électrique qui nous attend, la première étant celle qui a apporté la lumière à l’humanité – la fameuse « fée électricité » – à la fin du XIXe siècle.
Il faut également prendre en compte l’impact des énergies renouvelables (EnR) sur les systèmes électriques, en particulier, la variabilité de certaines productions du fait de leur dépendance des conditions météorologiques, ainsi que du caractère décentralisé et distribué pour une grande partie d’entre elles.
Le développement rapide des véhicules électriques est également un défi, comme leur lieu de consommation (en fonction du site de recharge) n’est pas constant dans le temps. Enfin, la complexité croissante du réseau européen interconnecté, dans un contexte de fort développement des EnR, constitue un enjeu supplémentaire.
Il est à noter que la grande majorité des EnR mais aussi les véhicules électriques rechargeables sont connectés au niveau des réseaux de distribution. Cependant, ces derniers n’ont pas été conçus pour raccorder en masse des sources d’énergie ni des charges « qui se déplacent », avec un niveau d’incertitude en constante augmentation, qui complexifient encore la gestion de ces réseaux.
Les réseaux électriques sont au cœur de cette révolution, qui pose des défis scientifiques, technologiques, économiques, sociologiques et réglementaires considérables.
Une réalité physique : équilibrer production et consommation en temps réel
Le réseau électrique a ceci d’unique que la consommation (la demande) doit être égale à la production (l’offre) à tout instant. Les centrales de production interconnectées produisent à la même fréquence électrique, sous peine de perte de synchronisme. Une bonne analogie pour comprendre le phénomène est celle du vélo tandem. Pour qu’il roule à la vitesse souhaitée, il faut que les deux cyclistes pédalent à la même vitesse.
Des mécanismes de régulation permettant d’assurer cet équilibre sont donc essentiels à la stabilité du réseau, notamment en fréquence et en tension. Trois niveaux de réglages peuvent intervenir : le réglage primaire, qui vise à compenser rapidement le déséquilibre le réglage secondaire, qui vise à coordonner les réglages pour corriger les écarts qui peuvent persister localement du fait du réglage primaire et revenir aux valeurs de référence (p.ex., 50 Hz) et, enfin, le réglage tertiaire, qui intervient pour reconstituer les réserves. À la différence des réglages primaires et secondaires qui sont automatiques, le réglage tertiaire est mis en œuvre manuellement par le gestionnaire du réseau.
La difficulté, pour ces mécanismes de régulation, tient surtout aux temps de réponse nécessaires. Les dynamiques considérées, en termes d’ordres de grandeur, vont de la dizaine de secondes à une dizaine de minutes. Le temps à disposition pour réagir à un déséquilibre est donc très faible. Lors du black-out en Espagne, qui a récemment fait l’actualité, il ne s’est produit que 19 secondes entre la première perte de production et le blackout !
La complexification croissante des systèmes électriques tend à réduire davantage le temps de réaction disponible pour faire face à une défaillance. En effet, la décarbonation ajoute plusieurs difficultés supplémentaires dans la gestion dynamique des réseaux électriques :
elle impose de gérer des systèmes de production non pilotables (par exemple : éoliennes, solaire…) et souvent largement dispersés sur le territoire. De ce fait, il est plus difficile de prédire avec précision, à l’échelle locale, la production électrique qui sera disponible à un instant donné.
De même, il existe de plus en plus de charges « sans domicile fixe » (voitures électriques, par exemple) et de consommations qui changent de profil au cours du temps, qui compliquent les modèles traditionnels de prévision de la consommation.
De plus en plus d’EnR sont raccordées au réseau électrique à travers des interfaces basées sur l’électronique de puissance, qui introduisent moins « d’inertie » en cas de déséquilibre momentané que les systèmes électromécaniques traditionnels (à base d’alternateurs directement raccordés au réseau, par exemple via des turbines hydrauliques ou des centrales thermiques). De ce fait, leur raccordement impose des temps de réaction bien plus rapides que dans le cas des alternateurs classiques.
Tous ces facteurs d’incertitude représentent un défi pour la planification des nouvelles infrastructures à long terme.
Les défis pour l’avenir
Compte tenu de cette complexité, il n’existe pas de solution unique. Le salut viendra d’un savant cocktail de solutions multi-échelles, bien coordonnées entre elles avec une intelligence accrue.
Cela peut passer par :
des dispositifs de contrôle-commande et de pilotage avancés, que ce soit au niveau des composants du réseau ou des systèmes de gestion et de coordination,
des dispositifs et systèmes de protection intelligents,
davantage de coordination des solutions au niveau local (distribution) et globale (transport, stockage),
la généralisation et l’extension des solutions de flexibilité à tous les niveaux (consommation, production classique et production EnR).
Le défi tient notamment au caractère coûteux du stockage. Pour stocker de l’énergie, il faut d’abord l’acheter pour la stocker puis la déstocker au moment où l’on en a besoin. Ces deux opérations (stockage puis déstockage) entraînent des pertes énergétiques – et donc financières. À ceci il faut ajouter des coûts d’investissement élevés (par exemple pour acquérir des batteries) ainsi que le coût d’accès au réseau. Autant de paramètres qui compliquent le modèle économique du stockage.
D’un point de vue mathématique, les réseaux électriques ont un fonctionnement non-linéaire. Cette particularité impose des efforts de R&D accrus pour mieux modéliser les phénomènes complexes en jeu. Ceci permettra de proposer les solutions adaptées de contrôle, de pilotage, d’aide à la décision, de maîtrise de risque ou encore de planification stochastique (c’est-à-dire, qui prennent en compte les incertitudes). Dans ce contexte, les apports du numérique et de l’intelligence artificielle pour l’exploitation des données du réseau sont de plus en plus significatifs, permettant d’améliorer les temps de réaction et de mieux gérer les incertitudes.
Ces enjeux sont d’autant plus cruciaux qu’au-delà de la décarbonation, qui entraîne un besoin d’électrification accrue, les réseaux électriques font aussi face à de nouvelles menaces. Notamment, l’augmentation des risques de cyberattaques, mais aussi l’exigence de résilience du fait du changement climatique. La résilience des réseaux est par nature protéiforme, et elle sera clairement un des grands enjeux des systèmes électriques de demain.
Nouredine Hadjsaïd ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Dans notre quête d’égalité sociale, il est essentiel de s’attaquer à ce qui empêche certaines personnes de profiter des bienfaits de la vie avec un animal de compagnie.
Défis et idées reçues
De nombreux facteurs peuvent empêcher les gens d’adopter un animal de compagnie. Parmi ceux-ci, citons le manque de logements appropriés et de ressources financières pour la nourriture et les soins vétérinaires. Une enquête canadienne a montré que les nouveaux immigrants et les jeunes de 18 à 34 ans sont les groupes les plus touchés par ces facteurs, et que les personnes âgées connaissent souvent des problèmes de logement et des difficultés financières.
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Les propriétaires d’animaux peuvent éprouver un sentiment de détresse lorsqu’ils ne sont pas en mesure de payer les services de toilettage, la nourriture ou les soins de leur animal, dont la qualité de vie risque alors d’être réduite. Dans un tel cas, on constate que le bien-être des propriétaires et de leur bête peut être compromis.
De plus, des recherches ont montré que les personnes qui gagnent plus d’argent possèdent davantage d’animaux compagnie. En ce qui concerne les facteurs économiques, il est inquiétant d’entendre dire que certaines personnes ne devraient pas avoir d’animaux. La Michelson Found Animals Foundation met en lumière plusieurs idées reçues, généralement associées aux finances, concernant la vie avec des animaux domestiques.
Certaines personnes pensent que si on vit dans un appartement plutôt que dans une maison dotée d’une cour et d’un espace vert, on ne devrait avoir que des chiens de petite taille. Cette croyance ne tient pas compte du niveau d’énergie de l’animal, car certains petits chiens sont beaucoup plus dynamiques que des chiens plus gros. Elle ne considère pas non plus la capacité du maître à stimuler mentalement et physiquement son animal.
D’autres estiment qu’une personne qui n’a pas les ressources financières pour répondre aux besoins d’un animal de compagnie ne devrait pas en avoir. Cette pensée ne fait que renforcer les inégalités sociales et reflète une forme de discrimination insidieuse.
Les problèmes financiers et les conditions de logement peuvent contraindre certaines personnes à se séparer de leur animal de compagnie, ce qui constitue un choix difficile sur le plan émotionnel. Une de nos recherches menées, menées avec Rebecca Raby, chercheuse sur l’enfance et la jeunesse, et des étudiants de l’université Brock, montrent que les enfants sans foyer ont souvent des sentiments d’intimité affective envers leurs animaux de compagnie en même temps que des sentiments de perte et de deuil. Dans le cadre de cette recherche, des enfants sans foyer ont raconté des histoires où ils avaient perdu un animal, que ce soit à la suite d’une séparation ou d’un décès.
D’autres études indiquent que la plupart des personnes en situation d’itinérance sont des propriétaires d’animaux responsables, que leurs bêtes sont souvent en bonne santé et profitent de la compagnie humaine. Le lien émotionnel est réciproque et mutuellement bénéfique.
Plusieurs études soulignent la nécessité d’améliorer l’accès aux soins vétérinaires gratuits ou peu coûteux. Il est également essentiel de rendre les refuges et les logements plus accueillants pour les animaux de compagnie. Les campagnes visant à réduire les idées reçues sur l’adoption d’animaux par certains groupes constituent également une stratégie importante.
Le Community Veterinary Outreach (CVO) est un exemple de programme qui contribue à rendre l’adoption d’un animal de compagnie plus accessible. Cet organisme de bienfaisance est présent dans plusieurs provinces du Canada. Il fournit des soins de santé aux humains ainsi que des soins préventifs aux animaux de compagnie. Il organise également des programmes d’éducation sur des sujets tels que le comportement, l’alimentation et l’hygiène dentaire des animaux. L’ensemble de ces services permet de soutenir des personnes vulnérables qui possèdent des animaux.
Un autre exemple est le programme canadien de financement PetCard, qui offre des options de paiement flexibles pour des services vétérinaires.
Nous devons toutefois intensifier notre collaboration et sensibiliser la population à l’importance des animaux de compagnie pour divers groupes de personnes. Élargir ce débat permettra de concevoir des politiques plus équitables, de favoriser la justice sociale et de rapprocher les communautés.
En négligeant la pertinence de cette réflexion, nous risquons de perpétuer des points de vue discriminatoires à l’égard de l’adoption d’animaux de compagnie.
Des bienfaits pour tous
Le fait que la situation économique d’une famille ou ses possibilités de logement restreignent son accès à un animal domestique est problématique, car cela fait en sorte que certaines personnes ne peuvent profiter du bien-être que procure la compagnie d’un animal. Ces bienfaits sont ainsi limités à un groupe privilégié.
Nous pouvons aider les humains et les animaux à bâtir des liens significatifs en promouvant un accès équitable à l’adoption d’animaux. Toutes les initiatives en ce sens doivent accorder la priorité aux besoins physiques et émotionnels des animaux de compagnie, en veillant à ce que le lien avec les humains leur soit bénéfique. Le bien-être et les droits des animaux de compagnie ne doivent jamais être négligés.
Pour créer une approche équitable qui permette à diverses populations de profiter de la compagnie d’animaux domestiques, nous devons concilier les besoins des humains et des animaux en tenant compte du bien-être de tous.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
Les ministres des Affaires étrangères du Rwanda et de la République démocratique du Congo (RDC) ont signé un nouvel accord de paix le 27 juin 2025 sous l’égide des États-Unis.
Cet accord vise à favoriser une paix durable, à développer les échanges économiques et à renforcer la sécurité. La RDC est l’un des plus grands pays d’Afrique, avec plus de 110 millions d’habitants. Le Rwanda compte 14 millions d’habitants.
Après trois décennies de guerre et de tensions entre les deux pays voisins depuis le génocide des Tutsis de 1994, cet accord devrait permettre de jeter les bases d’un progrès bénéfique pour les deux nations.
Pour l’administration Donald Trump, c’est l’occasion de montrer l’efficacité de sa politique étrangère « transactionnelle », axée sur les échanges et les avantages à court terme pour chaque acteur.
La plupart des détails de l’accord n’ont pas été divulgués avant sa signature. Une information a toutefois filtré: la RDC aurait renoncé à exiger le retrait des soldats rwandais de son territoire.
Depuis 2021, le gouvernement congolais, des chercheurs et l’ONU accusent le Rwanda de soutenir militairement le M23, en guerre contre le gouvernement de Kinshasa depuis 2021. Le gouvernement rwandais nie toute implication active, mais éprouve une certaine sympathie pour le groupe rebelle congolais.
En vertu de l’accord de juin 2025, chaque partie a fait des concessions et formulé des demandes qui sont peut-être plus faciles à dire qu’à faire. Les deux pays veulent également montrer à l’administration Trump leur volonté de négocier et de parvenir à un accord. Ils espèrent ainsi conclure de futurs accords avec les États-Unis, sur lesquels Trump est resté vague.
La RDC possède d’immenses richesses minérales, notamment de l’or, des diamants, du tungstène, du coltan, de l’étain et du lithium. Ces derniers minéraux sont utilisés dans les puces informatiques, les batteries et d’autres technologies.
les principaux acteurs impliqués dans la crise ont été écartés des négociations
aucune disposition n’a été prise pour garantir l’application de l’accord
les opportunités pour les entreprises américaines restent incertaines compte tenu de l’insécurité qui règne dans les régions minières.
Les racines de la crise
Après le génocide des Tutsis en 1994, d’anciens auteurs du génocide ont profité de l’immensité de la RDC pour planifier des attaques contre le Rwanda. Ils avaient l’intention de retourner au Rwanda pour achever le génocide. Les conséquences ont conduit à la première guerre du Congo (1996-1997) et à la deuxième guerre du Congo (1998-2003).
C’est au cours de cette deuxième guerre sanglante que la RDC a été démembrée par plusieurs groupes rebelles alignés sur divers pays et acteurs politiques. L’ONU accuse le Rwanda et l’Ouganda de se livrer à un commerce illégal massif de minerais. Les deux pays nient ces accusations.
Les conséquences du conflit se font encore sentir plus de 20 ans après. Malgré de multiples accords de paix et des programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration, on estime à 120 le nombre de groupes rebelles encore actifs au Congo.
En outre, les FDLR et d’autres acteurs extrémistes tels que Wazalendo prennent pour cible les Banyarwanda. Ce groupe ethnique, qui réside principalement dans l’est de la RDC, est historiquement lié au Rwanda. Il a été la cible d’attaques qui ont contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir vers le Rwanda.
Ces attaques ont conduit à la résurgence du M23. Malgré ses échecs en 2013, le M23 a réalisé des avancées majeures fin 2021 en réponse aux attaques contre les Banyarwanda. Le groupe rebelle a mené une campagne militaire couronnée de succès qui lui a permis d’occuper de vastes territoires dans l’est de la RDC.
Leur succès est largement attribué aux Forces de défense rwandaises, bien que Kigali nie cette affirmation.
Les concessions mutuelles
Le dernier accord de paix tente de concilier les intérêts sécuritaires, politiques et économiques des deux nations.
Les détails de l’accord n’ont pas été rendus publics, mais certaines hypothèses peuvent être formulées à partir de son cadre général et des documents fuités.
La première hypothèse est que chaque pays s’engage à respecter la souveraineté de l’autre et à cesser tout soutien aux groupes armés. Cela inclura une coordination conjointe en matière de sécurité et une collaboration avec la mission de maintien de la paix de l’ONU déjà en place. En outre, les réfugiés congolais qui ont fui l’est de la RDC, estimés à plus de 80 000, seront autorisés à rentrer chez eux. Enfin, les deux pays mettront en place des mécanismes visant à favoriser une plus grande intégration économique.
La RDC a également signalé sa volonté d’attirer les investisseurs américains. Les vastes richesses minérales de la RDC restent largement sous-exploitées. Les investissements américains pourraient permettre de développer une exploitation minière plus sûre et plus rentable que les méthodes actuelles. Kinshasa a également accepté de lutter contre la corruption et de simplifier le système fiscal.
Si la plupart de ces mesures incitatives visent les entreprises d’extraction minière, elles concernent également les sociétés de sécurité privées. L’incapacité de l’armée congolaise à vaincre le M23 montre à quel point la situation sécuritaire est fragile. Certains en RDC estiment que cela justifie une intervention étrangère.
Cependant, les garanties sécuritaires offertes dans le cadre de cet accord restent floues. Ces incertitudes pourraient freiner sa mise en œuvre et compromettre son succès.
Les faiblesses
Plusieurs raisons expliquent pourquoi ce dernier accord a peu de chances de mener à la paix.
Premièrement, le M23 n’a pas participé aux négociations. Or, ce groupe est le principal acteur militaire dans l’est de la RDC. Étant donné qu’il s’agit du principal acteur militaire dans l’est de la RDC, son engagement en faveur du processus de paix ne peut être garanti.
Deuxièmement, d’autres forces rebelles dans différentes régions du pays se sentiront également exclues. Elles pourraient voir cet accord comme une opportunité pour obtenir davantage de concessions de la part du gouvernement congolais.
Troisièmement, il existe peu de mécanismes pour faire respecter l’accord. Depuis la deuxième guerre du Congo, de nombreux traités, accords et programmes de désarmement ont été conclus, sans grand succès. L’accord de Pretoria conclu entre le Rwanda et la RDC en 2002 n’a pas abouti à une paix durable. Le nom M23 fait référence à leur mécontentement suite l’échec de l’accord en 2009.
En 2024, le Rwanda et le Congo ont failli parvenir à un accord sous la médiation de l’Angola, après le retrait de ce dernier s’est retiré. Le processus a ensuite été repris par le Qatar, puis par les États-Unis.
Enfin, les investisseurs américains pourraient être découragés par les problèmes de sécurité, de réglementation et de corruption qui affligent la RDC. Même si le gouvernement congolais promet de s’attaquer à ces problèmes, il ne dispose pas des capacités nécessaires pour tenir ses engagements.
Jonathan Beloff a reçu un financement du Conseil de recherche en arts et sciences humaines (AH/W001217/1).
Le modèle traditionnel de la philanthropie repose sur l’idée que les fondations doivent durer éternellement, en préservant leur capital et en redistribuant chaque année une petite partie de leurs revenus. Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour remettre en question cette logique, parfois jugée lente, inefficace et déconnectée de l’urgence des besoins sociaux. Et certains philanthropes commencent à montrer l’exemple.
En mai, le milliardaire Bill Gates a annoncé qu’il comptait épuiser le fonds de dotation de la Fondation Bill & Melinda Gates d’ici 2045. Cela représentera des investissements philanthropiques de plus de 200 milliards de dollars américains ainsi que la fermeture, à terme, de l’organisation. Cette annonce rompt avec les normes de la philanthropie partout dans le monde, où les fondations sont généralement conçues pour durer indéfiniment.
Le Canada n’y fait pas exception. En s’enregistrant auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC), les fondations peuvent faire fructifier leurs actifs tout en générant des revenus exempts d’impôts. Même si la loi les oblige à dépenser chaque année un minimum de 5 % de leurs actifs, les rendements réalisés sur les marchés financiers égalent ou dépassent souvent ce seuil. Les fondations peuvent donc se contenter de distribuer année après année les intérêts de leurs investissements, sans jamais toucher au capital.
Ce modèle « de charité à perpétuité » se fait souvent reprocher son inefficience fiscale. Selon la fiscaliste Brigitte Alepin, il faut en moyenne 35 ans pour que les activités caritatives d’une fondation compensent les avantages fiscaux perçus par ses fondateurs.
Je suis doctorant en philosophie à l’Université Laval en cotutelle à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et mon collègue David Grant-Poitras est doctorant en sociologie à l’Université du Québec à Montréal. Affiliés au Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (PhiLab), basé à l’Université du Québec à Montréal, nous étudions la philanthropie dans le cadre de nos travaux de recherche. Nous travaillons à documenter le processus de fermeture de la Ivey Foundation, qui co-finance la recherche.
Un modèle alternatif qui fait ses premiers pas au Canada
Bien que la perpétuité fasse office de norme dans le milieu philanthropique, certaines fondations remettent en question sa pertinence. À côté des fondations dites « pérennes », un nouveau modèle prend forme : les fondations à durée de vie limitée (ou sunsetting foundations en anglais). Celles-ci s’engagent délibérément à dépenser l’entièreté de leurs actifs et cesser leurs activités au terme d’une période donnée ou suivant l’atteinte d’objectifs spécifiques.
Ce modèle n’est pas nouveau : il a été mis en œuvre par des pionniers comme le Rosenwald Fund, la Aaron Diamond Foundation ou encore la John M. Olin Foundation, fermés respectivement en 1948, 1996 et 2005. Toutefois, il connaît un regain d’intérêt, particulièrement aux États-Unis, où un nombre croissant de fondations, surtout les plus jeunes, adoptent cette approche. Même si la pratique reste marginale au Canada, certaines fondations comme la Ivey Foundation, dont la fermeture est planifiée pour 2027, commencent à suivre le mouvement.
Moins de temps, plus d’impact !
Pourquoi choisir de fermer une fondation plutôt que de lui assurer une existence perpétuelle ? Pourquoi des philanthropes comme Bill Gates ne préfèrent-ils pas assurer la survie d’une institution qui immortalisera son nom ? Dans un cahier de recherche publié récemment, le Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie s’est penché sur la question.
Plusieurs raisons peuvent motiver un tel choix : décès des fondateurs, conflits familiaux, ou encore volonté de constater de son vivant les effets de sa philanthropie. Mais au-delà de ces facteurs, c’est souvent un souci d’efficacité qui pousse ces fondations à limiter leur durée de vie.
À ce sujet, la sociologue Francie Ostrower, professeure à la LBJ School of Public Affairs and College of Fine Arts de l’université du Texas à Austin, suggère que les fondations « pérennes » ont parfois tendance à faire de leur propre survie un objectif, au détriment de leur mission sociale. À l’inverse, les fondations à durée limitée se perçoivent davantage comme des « véhicules » au service des causes sociales qu’elles soutiennent. Dans cette optique, rejeter la perpétuité devient une stratégie pour maximiser l’impact social.
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Programmer sa fermeture donne souvent aux fondations plus de flexibilité et de marge de manœuvre. Cela permet, par exemple, d’augmenter les dépenses annuelles bien au-delà du seuil de 5 %, et donc de soutenir davantage d’organismes ou de financer des projets ambitieux nécessitant des investissements massifs à court terme. Dans certains cas, l’abandon de la perpétuité réduit les dépenses administratives, ce qui dégage des ressources à réinvestir dans ce qui compte vraiment.
De plus, puisque la gestion des dépenses est affranchie des contraintes liées à la pérennisation du fonds de dotation, les fondations à durée de vie limitée s’adaptent plus facilement aux événements imprévus et sont plus réactives à l’évolution des besoins sur le terrain.
Ce modèle est d’autant plus attrayant pour les petites et moyennes fondations qui peuvent ainsi accroître considérablement leur influence dans leur secteur, chose difficile dans un modèle fondé sur la préservation du capital.
Ne pas juste donner plus, mais donner mieux
Notre recherche montre également que les avantages ne sont pas seulement d’ordre quantitatif ou financier, mais aussi qualitatif. Planifier sa fermeture pousse aussi à réfléchir en profondeur à l’utilisation optimale des ressources disponibles dans un laps de temps limité. D’après plusieurs témoignages, l’échéance imposée par la fermeture motive le personnel de la fondation, génère un sentiment d’urgence et instaure une meilleure discipline. Cela incite à concentrer efforts et ressources sur les projets essentiels et à éviter le gaspillage sur des activités jugées secondaires.
Paradoxalement, limiter la durée de vie d’une fondation ne signifie pas adopter une vision à court terme. Au contraire, tout indique que cela favorise une réflexion sérieuse sur la durabilité et les impacts à long terme des projets financés.
Sachant qu’elles ne seront pas là pour toujours, les fondations à durée de vie limitée sont naturellement portées à trouver des solutions pérennes aux problèmes sociaux et à renforcer les capacités des organisations qui prendront le relais une fois qu’elles auront cessé leurs activités. Bref, comme l’affirme le philanthrope américain Jack Eckerd, « si les fondations sont éternelles, elles mettront une éternité à accomplir quoi que ce soit ».
Alors que 135 milliards dorment dans les fonds de dotation des fondations canadiennes, le moment est peut-être venu de repenser le modèle dominant. En encourageant le développement de fondations à durée de vie limitée, le Canada pourrait non seulement réinjecter massivement des ressources dans la société, mais aussi revitaliser le rôle du secteur philanthropique dans la réponse aux enjeux sociaux les plus pressants.
Sacha-Emmanuel Mossu a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), de la Fondation Famille Choquette et du Fonds François-et-Rachel-Routhier. Il est membre du PhiLab dont le projet de recherche est co-financé par la Ivey Foundation.
David Grant-Poitras ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
L’été ne fait que commencer au Canada et l’on comptabilise déjà près de 2000 feux de forêt depuis le début de l’année. Ce sont plus de 4 millions d’hectares qui sont partis en fumée, soit l’équivalent de la taille du territoire de la Suisse. À ce rythme, la saison 2025 pourrait s’avérer tout aussi catastrophique – voire pire – que celle de 2023, l’une des plus dévastatrices jamais enregistrées au pays.
Face à ces feux toujours plus difficiles à maîtriser et ne connaissant pas de frontières, la création d’une structure nationale capable de coordonner efficacement les efforts des pompiers sur le terrain est à nouveau envisagée.
En quoi cela consisterait-il exactement ? À quel prix ?
Doctorante et chargée de cours en science politique à l’Université de Montréal, mes travaux portent sur la construction sociale des problèmes publics. Je m’intéresse notamment aux effets de cadrage de la crise climatique et à leur rôle dans l’apport de changements de politique publique.
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Une gestion fragmentée en perte d’efficacité
Le Canada compte environ 3 200 services d’incendie, majoritairement organisés au niveau local – municipalités, comtés ou districts. À cela s’ajoutent, dans chaque province et territoire, des agences spécialisées dans la lutte contre les feux de forêt, distinctes des services municipaux. La coordination interprovinciale en matière de feux de forêt est assurée par le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC). Le gouvernement fédéral intervient également, notamment par l’entremise du ministère de la Sécurité publique, et détient l’autorité nécessaire pour déclarer l’état d’urgence.
L’idée d’une structure nationale dédiée à la gestion des incendies ne date pas d’hier. En 2006, l’Association canadienne des chefs de pompiers soulevait déjà la question lors de son assemblée générale annuelle. À l’époque, elle reconnaissait que les enjeux devenaient trop vastes et trop complexes pour être gérés de façon dispersée.
En décembre 2023, après une saison des feux record, l’idée a refait surface et semble plus que jamais dans l’air du temps. Cette fois, l’Association a décidé d’aller plus loin dans sa réflexion. Elle a publié un rapport destiné aux responsables politiques, dans lequel elle propose la création d’une véritable « administration nationale des incendies », afin de mieux coordonner les interventions à l’échelle du pays.
Cette pression accrue a des conséquences humaines importantes. En plus de l’épuisement, ces interventions prolongées exposent les pompiers à des fumées toxiques, augmentant ainsi les risques de maladies cardiorespiratoires. Leur santé – et parfois leur vie – est en jeu. Dans ce contexte, l’Association canadienne des chefs de pompiers constate des difficultés croissantes de recrutement et de rétention.
À cela s’ajoute un autre enjeu : tous les pompiers ne sont pas formés pour combattre les feux de forêt, dont les dynamiques diffèrent des incendies urbains.
Dans son rapport, l’Association soutient qu’une structure nationale permettrait de mieux répondre à ces défis. D’une part, elle offrirait la possibilité d’investir de façon plus stratégique, en orientant les budgets vers la formation spécialisée et l’achat d’équipement, souvent inadéquat face aux réalités du terrain. D’autre part, elle faciliterait le déploiement du personnel entre les régions et améliorerait la gestion des ressources essentielles – notamment l’eau, utilisée en grande quantité pour éteindre les incendies.
Au-delà des feux de forêt, l’Association rappelle que d’autres risques justifient la création d’une telle structure. Elle cite en exemple le transport de marchandises dangereuses, un domaine où l’uniformisation des pratiques et des capacités de réponse à l’échelle nationale s’avère également nécessaire.
Enfin, une administration nationale permettrait de mieux intégrer les pompiers à l’élaboration des politiques qui ont un impact direct sur leur travail. Cela concerne par exemple les normes de construction, la réglementation des feux d’artifice ou d’autres enjeux touchant la sécurité publique et qui affectent, de près ou de loin, la gestion des feux de forêt.
Pour étayer ses recommandations, l’Association canadienne des chefs de pompiers a mené une analyse comparative rigoureuse en s’intéressant à des modèles internationaux, notamment ceux des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande, où des délégations se sont rendues sur place pour rencontrer les responsables d’organismes similaires.
Cette veille internationale leur a permis d’identifier les bonnes pratiques et d’anticiper les défis rencontrés ailleurs. Cela leur a permis, par exemple, d’échanger sur les budgets alloués, les compétences confiées à ces agences, leur degré d’autonomie par rapport aux gouvernements.
Sur le plan budgétaire, la création d’une administration nationale des incendies au Canada ne représenterait pas une charge insurmontable. Comme le souligne l’Association, il ne s’agirait pas de repartir de zéro, mais de s’appuyer sur les structures existantes – l’association elle-même étant déjà bien organisée – pour les transformer. Les services d’incendie disposent d’un budget annuel d’environ 5,6 milliards de dollars. Selon l’Association, un investissement supplémentaire de 2 millions de dollars par an serait suffisant pour mettre en place cette coordination nationale.
Ces dernières semaines, des représentants de l’Association ont rencontré des membres du gouvernement fédéral pour discuter de leur proposition. Mais les gouvernements des territoires, des provinces et des municipalités devront aussi être consultés. Or, les discussions intergouvernementales semblent pour l’instant dominées par la guerre commerciale avec les États-Unis.
Alizée Pillod est affiliée au Centre d’Études et de Recherches Internationales de l’UdeM (CERIUM), au Centre de recherche sur les Politiques et le Développement Social (CPDS) et au Centre pour l’Étude de la citoyenneté démocratique (CECD). Ses recherches sont subventionnées par les Fonds de Recherche du Québec (FRQ). Alizée a aussi obtenu la Bourse départementale de recrutement en politiques publiques (2021) ainsi que la Bourse d’excellence Rosdev (2023). Elle a également été la coordonnatrice pour un projet financé par Ouranos et le MELCCFP sur la communication climatique en contexte pandémique.
Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. Le Tour de France 2025 s’ouvre ainsi dans les Hauts de France. Ses coureurs traverseront notamment, au cours de ces premiers jours, la plaine flamande. C’est la partie française du « pays bas » qui borde la mer du nord du Boulonnais à la Frise. Et est depuis des millions d’années sujette aux submersions marines.
À l’est des Hauts de France, la Flandre française est limitée par les contreforts du Massif ardennais ; au sud, par les collines qui, du Cambrésis au Boulonnais, appartiennent à un bombement qui se poursuit en Angleterre. Jalonnant cette structure, un relief modeste de moins de 300 mètres de haut, dont fait partie le Blanc-Nez, a été entaillé par le trop-plein du lac qui occupait la mer du Nord pendant les périodes de grande extension glaciaire : cette entaille a formé la vallée étroite qu’est le détroit du Pas-de-Calais.
Au Nord, la Flandre intérieure (le houtland) est constituée de collines molles, formées d’alternances de sables et d’argiles, accumulées dans un bassin marin calme il y a 55 à 35 millions d’années environ. La ligne de rivage était d’abord adossée sur les collines du Boulonnais-Artois, et s’en est progressivement éloignée en migrant vers le nord, effet lointain de la formation des Alpes.
Depuis quelques millions d’années, la Flandre française est épisodiquement submergée par la mer du fait des interactions entre tectonique des plaques et climat. Le changement climatique d’origine anthropique vient renforcer le phénomène.
Un paysage issu de la dernière glaciation
Dans le passé, des torrents dévalaient les collines méridionales de la Flandre française, à l’image des oueds sahariens autour de certains massifs montagneux. De nombreuses nappes de cailloutis (reg) se sont ainsi disséminées sur toute la Flandre. Une période climatique particulière, très chaude, a figé certains de ces dépôts au niveau du rivage de l’époque, en les cimentant par des oxydes ferrugineux. Ces cailloutis transformés en cuirasses ont protégé de l’érosion ultérieure les sables qu’ils recouvraient, formant l’alignement des monts de Flandres qui a étonné géologues et curieux : le Mont Cassel (176 m) est l’un de ces témoins.
Au cours du Quaternaire (depuis 2,6 millions d’années), les glaciations ont fait varier le niveau marin de plus de 100 m, asséchant plus ou moins la Manche et la mer du Nord lors de chaque pic glaciaire. Archéologues, paléontologues et géologues ont su reconstituer à partir des terrasses fluviatiles de la Somme, 10 cycles glaciaires de 100 000 ans chacun environ. Les travaux du canal Seine-Nord-Europe vont aussi contribuer à préciser ces reconstitutions.
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Le paysage actuel de la plaine maritime flamande résulte du façonnement produit depuis la fin de la dernière glaciation, c’est-à-dire environ 20 000 ans. Les archéologues néerlandais, belges et français qui coordonnent leurs recherches démontrent que la montée naturelle du niveau marin s’estompe, mais que le phénomène est désormais engendré sous l’effet prépondérant du réchauffement d’origine anthropique.
Des digues à partir du XIᵉ siècle
La dernière invasion marine a été bien documentée par les géologues : à partir de la fin du IIIe siècle et jusqu’au IXe siècle, ils ont mis en évidence l’enfouissement par une tourbe puis par des dépôts marins de traces d’activités agricoles et commerciales (salines entre autres). En réponse, montrent les archéologues de l’Inrap, les humains ont construit durant les 11e et XIIe siècles des digues pour se protéger de la submersion marine occasionnelle, et ont aménagé des espaces de collecte d’eaux pluviales pour se ménager une ressource en eau douce.
Dans cet ensemble, le moulin est sans doute la structure la plus connue. On en comptait plus de 200 au début de XXᵉ siècle, qui avaient deux destinations principales : certains servaient à pomper l’eau pour l’assèchement, d’autres à moudre les céréales. Ici, le « Moulin tour » de Watten (Nord) est composé d’une base en craie et d’un sommet en rouges-barres, alternance de craie et de briques. C’est un moulin à vent classique constitué d’une tour en maçonnerie, surmontée d’une calotte orientable dans le sens du vent, supportant les ailes fixées à un axe horizontal ou légèrement incliné vers le haut et un toit en bardage. Wikimedia, Fourni par l’auteur
Jusque-là en effet, chaque propriétaire défendant son champ ne pouvait le faire qu’en renvoyant l’eau en excès chez ses voisins. Cette situation, qui engendrait des conflits, a mené dès le XIIe siècle Philippe d’Alsace, comte de Flandre, à tenter de mettre en place un système de gestion commun, ordonné et contrôlé. Mais il faut attendre le XVIIe siècle pour qu’un ingénieur hollandais, Cobergher, acquière la lagune résiduelle (Les Moëres) pour y construire un dispositif mécanique dont le principe est encore actuel. Seules la forme d’énergie et la commande des manœuvres, autorégulée aujourd’hui, ont depuis changé.
Aujourd’hui, la poldérisation – l’assèchement de marais littoraux pour en faire des terres cultivables – est de plus en plus gênée par la montée du niveau marin, par le développement de l’urbanisme et de l’industrialisation. La période de pluies soutenues, génératrices d’inondations au cours de l’hiver 2023-2024 a mis en évidence une autre limite : le processus de poldérisation a été élaboré pour drainer des terres agricoles ; à cette occasion, il a aussi été utilisé comme ouvrage d’assainissement à portée régionale pour drainer la totalité de la plaine maritime. Or ce système n’a jamais été dimensionné pour un tel objectif !
Un système de gestion désormais dépassé
Le principe de gestion est connu sous le nom de wateringues. Chaque propriétaire d’un lopin de terre est chargé de le cultiver et de l’entretenir : il rejette les eaux en excès (pluviales et ruissellements, donc douces), dans un drain (watergang) qui entoure sa parcelle et paye une redevance pour qu’elles soient collectées par un canal plus important (ringslot) qui les conduit vers des canaux classiques, gérés, eux, par Voies Navigables de France.
Formation du polder de la Flandre maritime. Le flux marin apporte des sédiments détritiques. Modifié d’après AGUR, Fourni par l’auteur Les sédiments apportés commencent à former des cordons dans la sens des courants. Modifié d’après AGUR, Fourni par l’auteur Les apports continentaux comblent l’espace derrière les cordons. À la fin du Quaternaire, la plaine maritime est une lagune protégée par un cordon dunaire qui se renouvelle sans cesse. Modifié d’après AGUR, Fourni par l’auteur Localisation des canaux (VNF) et coupe transversale (barre rouge) du polder au nord-est de Dunkerque. Modifié d’après AGUR/IIW, Fourni par l’auteur
Le principal problème est qu’aujourd’hui, à marée haute, l’écoulement de l’eau à la mer ne peut plus se faire naturellement par gravité, à cause de la montée du niveau marin. L’eau est donc momentanément stockée derrière des écluses, soit en attendant la marée basse, soit pour être reprise par des pompes qui la rejetteront au-dessus de ces écluses. L’épisode d’inondations de l’hiver 2023-2024 a démontré qu’on ne détourne pas impunément un aménagement si l’on n’a pas compris le système fonctionnel du territoire.
Dans ce contexte, il s’agit de repenser dans sa totalité l’aménagement de ce territoire, porteur d’enjeux très lourds, économiques, sociaux, environnementaux. La dépression des Moëres, en particulier, est aujourd’hui officiellement située sous le niveau de la mer : elle devrait donc être (progressivement) libérée de tout habitat et peu à peu transformée en bassin de collecte des eaux pluviales et de ruissellement. Diverses formes de valorisation économique sont à étudier. Seul problème : les négociateurs du Traité d’Utrecht (1713) ont fait passer la frontière au milieu de cette dépression… ce qui implique de traiter ce problème dans un cadre européen.
Francis Meilliez est Professeur honoraire de Géologie et directeur de la Société Géologique du Nord.
Patrick de Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Une fois que les patients ont reçu la thérapie génique, les améliorations auditives ont été à la fois rapides et significatives.Nina Lishchuk/ Shutterstock
Une thérapie génique a permis pour la première fois de restaurer l’audition chez des patients atteints d’une forme de surdité liée à la mutation d’un gène indispensable au fonctionnement de certaines cellules de l’oreille interne. Cette approche pourrait être utilisée pour traiter d’autre types de surdité d’origine génétique.
Les résultats que nous avons obtenus récemment ouvrent toutefois une autre piste : nos recherches indiquent en effet que la thérapie génique peut rétablir l’audition, non seulement chez certains tout-petits, mais aussi chez de jeunes adultes atteints de surdité congénitale.
Contrairement à ce qui se passe dans le cas d’autres formes de surdité d’origine génétique, chez les individus porteurs de mutations dans le gène OTOF, les structures de l’oreille interne demeurent intactes, ce qui en fait de parfaits candidats à la thérapie génique. En effet, cette approche consiste à remplacer le gène défaillant par une version fonctionnelle : en cas de succès, les structures existantes fonctionnent à nouveau normalement, et l’audition est restaurée.
Pour transporter une copie fonctionnelle du gène OTOF au bon endroit, c’est-à-dire dans les cellules ciliées de l’oreille interne, nous avons utilisé comme vecteurs des virus modifiés. Ceux-ci peuvent être vus comme des « postiers moléculaires » : ils sont capables de « livrer » la réparation génétique précisément là où elle est requise.
Dans un premier temps, les virus modifiés se fixent à la membrane des cellules ciliées. Ils induisent ensuite leur internalisation, autrement dit leur transport dans lesdites cellules. Une fois entrés, ils poursuivent leur trajet jusqu’au noyau des cellules, où ils libèrent les instructions génétiques qui permettront la production d’otoferline au sein des cellules nerveuses auditives.
Nous avions préalablement testé ce protocole chez l’animal (primates), pour confirmer la sûreté de cette thérapie virale, avant d’entamer des études cliniques chez de jeunes enfants (âgés de cinq et huit ans). Nous avons ainsi pu constater son potentiel de restauration : les niveaux d’audition obtenus après traitement se sont parfois avérés quasi normaux.
Néanmoins, deux questions majeures restaient en suspens : quelle serait l’efficacité de cette approche chez des patients plus âgés ? Et existe-t-il une tranche d’âge optimale pour l’application du traitement ?
Pour y répondre, nous avons élargi notre essai clinique à cinq centres hospitaliers, ce qui nous a permis de recruter dix participants âgés de 1 à 24 ans, tous atteints de surdité OTOF. Chacun a reçu une injection dans l’oreille interne.
Les participants ont ensuite été étroitement suivis pendant 12 mois, grâce à des examens otologiques et des analyses de sang, afin de détecter tout problème.
Les améliorations auditives ont été estimées de deux façons : par des tests objectifs de réponse du tronc cérébral, et par évaluations comportementales. Dans le premier cas, les patients entendent des clics rapides (ou des bips) correspondant à différentes fréquences, tandis que des capteurs mesurent la réponse électrique automatique de leur cerveau à ces stimulations sonores. Dans le second cas, équipés d’un casque dans lequel des bips très faibles sont diffusés, les patients signalent chaque stimulus perçu en appuyant sur un bouton ou en levant la main, quelle que soit son intensité.
La thérapie génique met en œuvre la version synthétique d’un virus, utilisée pour délivrer un gène fonctionnel dans les cellules ciliées de l’oreille interne. Kateryna Kon/Shutterstock
Les progrès constatés ont été à la fois rapides et significatifs, en particulier chez les plus jeunes : dès le premier mois, l’amélioration auditive moyenne atteignait 62 % selon l’évaluation par tests objectifs et 78 % selon les évaluations comportementales. Deux participants ont retrouvé une perception de la voix quasi normale ; la mère d’un enfant de sept ans a rapporté que son fils a perçu des sons à peine trois jours après l’administration du traitement.
Au cours des douze mois qu’a duré l’étude, des effets indésirables faibles à modérés ont été constatés chez dix patients, le plus fréquent d’entre eux étant une diminution du nombre de globules blancs. Aucun événement indésirable grave n’a été observé, ce qui confirme que cette thérapie présente un profil de sécurité favorable.
Traitement de la surdité génétique
Il faut souligner que c’est la première fois que de tels résultats sont obtenus chez des adolescents et des adultes atteints de surdité OTOF.
Par ailleurs, ces travaux nous ont renseignés sur la fenêtre d’intervention idéale. En effet, les gains les plus importants ont été observés chez les enfants âgés de cinq à huit ans. L’audition des tout-petits et des patients plus âgés s’est aussi améliorée, mais les progrès ont été moins spectaculaires.
Ce constat, a priori contre-intuitif, suggère que la capacité du cerveau à intégrer des sons nouvellement restitués par le système auditif varie en fonction de l’âge. Les raisons expliquant cette situation restent à déterminer.
Cet essai constitue un jalon : il a permis de combler l’écart qui existait entre les expérimentations chez l’animal et les études chez l’être humain, en couvrant qui plus est une large tranche d’âges. Il reste encore des questions en suspens concernant la persistance dans le temps des améliorations constatées. Mais la thérapie génique continue à progresser, et la possibilité de l’utiliser pour guérir la surdité d’origine génétique (et non plus seulement la gérer) est en train de devenir une réalité.
Ces travaux ont porté sur la surdité liée aux mutations du gène OTOF, mais il ne s’agit là que d’un début. Notre équipe (et d’autres) développent déjà des thérapies ciblant des gènes différents, impliqués eux aussi dans la surdité, mais plus répandus. Ces cas sont bien plus complexes à traiter, cependant les résultats précliniques déjà obtenus sont prometteurs. Cela nous permet d’envisager avec confiance le fait qu’à l’avenir, la thérapie génique pourra être employée pour traiter de nombreuses autres formes de surdité d’origine génétique.
Maoli Duan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – in French – By Ogechi Adeola, Full Professor and Deputy Vice-Chancellor of Administration and Human Resources, University of Kigali
Les femmes africaines sont une ressource précieuse, mais souvent sous-estimée. Elles ont longtemps été confrontées à de nombreux obstacles. Elles ont un accès limité à la terre, au financement, à l’éducation et aux postes de décision. Cela les empêche de participer pleinement à l’économie verte.
Une économie verte est une économie qui améliore le bien-être et l’équité sociale tout en réduisant les risques environnementaux. Elle exige que les individus utilisent moins de ressources pour produire plus.
Aujourd’hui, le monde se tourne vers les énergies renouvelables et cherche à s’adapter au changement climatique. De nouveaux secteurs d’emploi émergent. Si les femmes acquièrent les compétences vertes nécessaires, leur contribution à l’économie verte pourrait tripler. C’est particulièrement vrai dans l’agriculture, l’énergie, l’industrie et la transformation.
Par exemple, les agricultrices pourraient adopter des techniques d’agriculture intelligente face au climat, telles que l’irrigation goutte à goutte ou la culture de plantes résistantes à la sécheresse, tandis que les techniciennes pourraient être formés à l’installation et à la maintenance de panneaux solaires. Il s’agit là de formes pratiques de reconversion professionnelle (mise à jour des compétences des personnes afin de les adapter aux nouveaux emplois verts).
Les actions de mise à niveau et de reconversion des compétences vertes menées à l’échelle mondiale, telles que le Pacte pour des emplois verts pour les jeunes, donnent souvent la priorité aux jeunes occupant un emploi formel. Mais en Afrique, les femmes ne sont pas seulement parmi les plus touchées par le changement climatique, elles sont également essentielles pour apporter des solutions. De l’agriculture à la collecte de l’eau et à la consommation d’énergie domestique, les femmes sont à l’avant-garde de la recherche de solutions innovantes pour faire face au changement climatique.
De nombreuses femmes africaines appliquent déjà des pratiques traditionnelles respectueuses de l’environnement. Les femmes sont également plus susceptibles d’adopter des pratiques durables et d’influencer l’adaptation au niveau communautaire. Toutefois, pour faire face à l’évolution des défis climatiques, elles doivent également acquérir des compétences modernes, notamment dans le domaine des technologies. Cela permettra de préserver les connaissances locales grâce à la reconversion professionnelle verte et de les enrichir à l’aide de nouveaux outils et techniques.
Nous sommes spécialisés dans les questions de genre, de changement climatique, de développement durable et d’économie. Nous menons des recherches sur la manière dont la croissance de l’Afrique peut être stimulée en combinant égalité de genre, action climatique, finance numérique et innovation technologique.
Notre dernier ouvrage s’appuie sur cette vision. Il explore des stratégies visant à promouvoir le développement durable à travers l’Afrique. Le chapitre 9, intitulé « Green Reskilling of African Women for Climate Action » (Reconversion verte des femmes africaines pour l’action climatique), porte sur les compétences vertes et inclusives en matière de genre, ainsi que sur les compétences numériques vertes. Ces compétences sont essentielles pour que les femmes puissent s’épanouir dans le cadre de la transition climatique du continent.
Pour que les femmes acquièrent ces compétences vertes, les gouvernements et les partenaires de développement doivent concevoir des programmes inclusifs qui accordent la priorité à l’égalité des sexes, en particulier pour les femmes rurales, en situation de handicap et marginalisées. Les décideurs politiques doivent intégrer la reconversion verte dans les stratégies nationales en matière de climat, les réformes de l’éducation et les plans pour l’emploi.
C’est la seule façon de créer une transition juste qui ne laisse pas les femmes de côté.
Les femmes ne doivent pas seulement être les bénéficiaires des solutions climatiques. Elles doivent aussi être des co-créatrices et des leaders actives dans leur élaboration.
Compétences vertes et inclusives en matière de genre
Il s’agit du premier ensemble de compétences vertes dont les femmes africaines doivent se doter. Ces compétences comprennent :
Gestion des actifs naturels: La capacité à identifier, évaluer et conserver des ressources telles que les forêts, les points d’eau et les sols. Ces compétences sont requises dans les emplois qui visent à préserver l’équilibre environnemental à l’avenir, même si le climat se réchauffe.
Soutien à l’industrie à faible intensité de carbone: Il s’agit des compétences nécessaires pour travailler à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elles comprennent les énergies renouvelables, la réduction de l’impact environnemental du transport maritime et routier, et la fabrication durable.
Résilience climatique: Compétences qui aident les communautés à s’adapter au changement climatique. La culture de plantes résistantes à la sécheresse ou la construction d’infrastructures capables de résister aux inondations en sont des exemples.
Utilisation efficace des ressources: Capacité à utiliser les ressources naturelles de manière judicieuse, en réduisant les déchets et les coûts. Le recyclage, les économies d’eau ou les emballages durables en sont quelques exemples.
Compétences numériques vertes
Il s’agit de la deuxième catégorie de compétences vertes essentielles dont les femmes africaines ont besoin :
Compétences vertes en numérique et marketing : Capacité à utiliser les plateformes numériques pour commercialiser et promouvoir des produits et services respectueux de l’environnement.
Surveillance et inspection : Utilisation de technologies telles que les capteurs et l’analyse de données pour suivre les changements environnementaux et vérifier si les politiques climatiques sont respectées.
Compétences agricoles numériques vertes : Celles-ci sont nécessaires pour l’agriculture, comme les applications météorologiques, l’agriculture de précision.
L’agriculture de précision (PA) est l’utilisation de technologies de l’information et de la communication pour optimiser les processus agricoles, notamment la fertilisation et l’irrigation.), et les conseils d’agriculteurs spécialisés accessibles en ligne ou par téléphone. Ces outils aident à réduire les risques de dommages climatiques pour les agriculteurs et augmentent le rendement de leurs cultures.
Compétences numériques en communication verte : Utilisation des médias numériques pour sensibiliser sur les questions environnementales, influencer les comportements et promouvoir les politiques climatiques.
Compétences en conception numérique verte : Capacité à créer des outils numériques, tels que des applications et des systèmes intelligents, qui favorisent la durabilité et l’innovation verte.
Compétences technologiques mobiles vertes : Il s’agit d’emplois dans les technologies mobiles qui favorisent l’efficacité énergétique, réduisent les déchets ou soutiennent la résilience climatique.
Ce qu’il faut faire maintenant
Pour rendre ces compétences plus accessibles, les pays africains doivent investir dans l’expansion des programmes d’enseignement et de formation techniques et professionnels axés sur l’écologie. Les femmes des zones rurales ou marginalisées doivent aussi pouvoir bénéficier de formations à travers des modes d’apprentissage informels.
Plusieurs changements sont nécessaires :
Politiques sensibles au genre : elles sont essentielles pour que les femmes ne soient pas exclues des stratégies climatiques nationales. Beaucoup de pays africains ont adopté des politiques climatiques prenant en compte le genre. Mais elles sont rarement mises en œuvre, à cause du manque de financement, de cadres institutionnels faibles et d’un manque de coordination.
Investissements dans l’éducation et la formation vertes : Il faut de nouveaux modèles de formation inclusifs. Ceux-ci devraient combiner l’accès au numérique, l’enseignement dans la langue locale et un apprentissage pratique et communautaire.
Lorsque les femmes africaines acquièrent des compétences vertes, cela renforce la résilience de toute la communauté face au changement climatique. Cela accélère les moyens d’adaptation au changement climatique et favorise également une croissance économique inclusive.
Il est essentiel d’impliquer les hommes dans la transition vers l’égalité des sexes. Changer les normes sociales et promouvoir le partage des responsabilités profitera à l’ensemble des communautés. En fin de compte, la reconversion verte n’est pas seulement une question de formation, c’est une question de transformation.
Notre ouvrage intitulé « Égalité des sexes, action pour le climat et innovation technologique pour le développement durable en Afrique » est désormais accessible gratuitement grâce au soutien du Fonds LYRASIS pour les objectifs de développement durable des Nations Unies. https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-031-40124-4
Innocent Ngare and Olaniyi Evans do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – France in French (3) – By Fabrice Flipo, Professeur en philosophie sociale et politique, épistémologie et histoire des sciences et techniques, Institut Mines-Télécom Business School
L’écologie politique est régulièrement soupçonnée d’appartenir au camp conservateur – parce qu’elle critiquerait le « progrès », défendrait la nature ou encore les peuples autochtones. Certains considèrent même le risque d’un « écofascisme ». Ces critiques sont-elles fondées ? L’écologie politique est plutôt proche du socialisme, à travers une critique de l’ordre industriel et du marché au profit d’une société coopérative.
Qu’est-ce que l’« écologie politique » ? Ce concept désigne en premier lieu un mouvement social pouvant prendre diverses formes, telles que des associations de plaidoyer (contre les pesticides ou pour le vélo) ou d’action directe (à l’image des Soulèvements de la Terre) ou encore des partis politiques. Il émerge dans les années 1960 et 1970 dans les pays industrialisés, mais a des racines plus anciennes, car toutes les sociétés se sont souciées de leur rapport à leur milieu. Sur le plan idéologique, il se distingue de « l’environnementalisme », qui se soucie de protection de la nature de manière sectorielle, sans projet alternatif de société, un peu comme le syndicalisme se distingue du socialisme. L’écologie politique se définit généralement comme critique de la société industrielle.
Depuis longtemps, l’écologisme ou écologie politique (termes utilisés de manière interchangeables ici) est considérée par certains observateurs (tels Philippe Pelletier, Stéphane François ou encore Jean Jacob comme l’expression d’un certain conservatisme : critique du progrès, défense de la nature, des paysages ou d’un ordre supposément passé, tel que celui des peuples autochtones. Certains entrevoient même la possibilité d’un écofascisme. S’intéressant à ce mouvement voici trois décennies, le sociologue Pierre Alphandéry et ses collègues concluaient à un positionnement « équivoque » relativement à la question de l’émancipation. Est-ce réellement le cas ?
Constatons que l’accusation est faible. Il y a tout d’abord l’imprécision des notions clés utilisées pour disqualifier l’écologie. Prenons le cas de la notion de progrès. L’écologisme la critique. Mais l’historien François Jarrige montre que le progrès scientifique et technique a souvent été porté par des conservateurs, depuis le XIXe siècle. Les fascismes ont été violemment progressistes. Marshall Sahlins, David Graeber et David Wengrow ont également montré que les sociétés supposément primitives ne sont pas moins complexes ni soucieuses d’émancipation, par exemple en termes d’égalité. Alors de quel progrès parle-t-on ? La critique d’un certain type de progrès ne permet pas de ranger l’écologie politique du côté du conservatisme.
La critique d’une écologie conservatrice parce que « protectrice de la nature » présente les mêmes faiblesses. La nature peut être mise en avant par les conservatismes, qui cherchent à faire passer l’ordre social pour donné. Au contraire, avec l’écologie politique, l’ordre naturel n’est pas donné. L’écologie en tant que science de la nature enseigne que cet ordre est sans cesse changeant. Serge Moscovici explique dès 1962 que cet ordre doit être inventé. Il en va de même pour l’ordre de la société écologique. Et la nature est le concept-clé que les Lumières opposent aux conservatismes, et en particulier aux religions, au surnaturel. La nature est ce qui est de l’ordre de la preuve. Elle est au fondement du sécularisme, et donc des démocraties, par opposition aux théocraties.
Autre amalgame et raisonnement fallacieux : l’écologie valorise le local, comme les conservatismes, et donc l’écologisme serait conservateur. C’est passer sous silence les différences. Le localisme écologiste est conditionné par un rapport égalitaire à la biosphère (« penser global, agir local »), qui accorde une place à tout vivant, y compris humain. Le localisme conservateur vise à la protection d’un patrimoine et un ordre ethnique. Les deux n’ont donc presque rien de commun, et impliquent une contradiction dans les termes.
Une troisième manière d’entretenir la confusion est de focaliser sur des individus ou des groupuscules, qui peuvent incarner des synthèses improbables, et souvent éphémères. On peut citer Hervé Juvin, un temps conseiller en « écologie localiste » au RN, avant que ce parti de devienne ouvertement anti-écologiste. La revue Limite a également voulu incarner une écologie politique chrétienne, ouvrant ses portes à tous les courants, conservateurs ou non. Elle n’a pas réussi à durer, le projet étant trop contradictoire.
Quant à l’écofascisme, il est également profondément contradictoire. Les fascismes sont des conservatismes extrêmes pour qui la priorité est la préservation de l’unité politique contre les menaces tant internes qu’externes, cela, en utilisant la force. Leur focale est donc anthropocentrique : c’est l’ordre humain qui passe avant tout le reste. La nature n’a de valeur qu’instrumentale, en tant que moyen pour contenir ce qui les menace. C’est également le cas des sociétés primitives conservatrices, à l’exemple des Achuars décrits par Philippe Descola. Leur faible empreinte écologique tient surtout à leur propension à s’entre-tuer. Ils se représentent la nature comme un monde de prédation, à l’opposé de l’écologisme qui défend une vision coopérative.
Alphandéry et ses collègues qualifiaient l’écologisme « d’équivoque ». Pourtant, c’est bien des valeurs progressistes qu’ils découvrent dans leur enquête, quand ils citent l’autonomie, la gratuité, la libération du travail, le fédéralisme ou la solidarité internationale.
Les quatre positions écologiques
Le rapport au conservatisme de l’écologisme est toutefois variable. Dans le champ politique contemporain, quatre positions semblent se dégager.
La première est une écologie plutôt conservatrice, mais pas d’extrême droite. Elle est de faible ampleur, parce qu’elle cherche à concilier l’inconciliable. Le philosophe Roger Scruton ou le député Les Républicains François-Xavier Bellamy peuvent l’incarner. Ils se disent soucieux de la biosphère, mais quand vient l’heure des choix, c’est l’économie qu’ils priorisent. Elle a une conception locale et patrimoniale de la nature, et plus généralement de la vie. Elle est libérale, mâtinée de spiritualité, peu critique du capitalisme bien qu’elle en appelle vigoureusement à sa régulation, contre le néolibéralisme. Elle est proche de ce Green New Deal soutenu un temps par Ursula von der Leyen, issue de la CDU allemande.
La deuxième position est une écologie sociale-libérale. Elle correspond à un social-écologisme, positionné au centre-gauche, à l’exemple du député européen Pascal Canfin, qui se satisfait en partie de ce Green New Deal que la CDU a vite abandonné dès que des obstacles se sont fait jour. Le marché est orienté par des incitations économiques, du côté des consommateurs et des producteurs (taxe carbone, subventions, etc.).
Le troisième courant correspond à une forme d’écosocialisme d’inspiration marxiste mais lui-même divers. Il va des aspirations à une social-écologie à des questions de planification. Un désaccord important porte sur le rôle possible de l’État et donc celui de l’initiative décentralisée, notamment de l’économie sociale et solidaire.
Un dernier courant pousse la rupture et la critique du développement plus loin encore. C’est le cas de Thierry Sallantin qui défend une position anti-industrielle radicale, qu’il qualifie « d’artisanaliste », rappelant le monde dépeint par William Morris, dans lequel les objets sont durables et peu nombreux, et la démocratie directe règne. Mais ce courant peut également se confondre avec des démarches ésotériques et irrationalistes, fétichistes, qui débouchent sans trop s’en rendre compte sur des ordres conservateurs, à l’exemple d’Edward Goldsmith ou de Jerry Mander admirant les sociétés primitives.
Alors, l’écologie politique est-elle un conservatisme ? Rien ne permet de le dire, une fois que les termes de la controverse sont définis. Mais il n’a jamais manqué de conservateurs pour chercher à enrôler cette critique de la modernité pour la mettre au service de buts très différents. L’écologisme est plutôt un proche parent du socialisme, qui portait aussi une critique de l’ordre industriel et du marché au profit d’une société coopérative. Une divergence notable existe néanmoins entre la forme dominante du socialisme et l’écologisme à propos des forces productives et de la croissance.
Fabrice Flipo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.