Les murs du Camp de Péran, 2013. Fourni par l’auteur
Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. L’itinéraire de la septième étape du Tour de France 2025 débute à Saint-Malo pour rejoindre Murs-de-Bretagne. Juste après Yffiniac, les cyclistes passeront par Pledran, une commune connue pour son camp de Péran, dont les murs sont… vitrifiés. Explications.
Sur les murs en pierre, les roches sont la plupart du temps maintenues entre elles par un mortier : fait pour consolider la construction, ce dernier est un mélange pâteux constitué de boue, de chaux ou de ciment hydraulique avec de l’eau. L’ensemble, qui durcit en séchant, fait alors office de colle. Les types de mortiers et leurs usages ont varié au cours du temps : on retrouve des traces de leur usage depuis le Néolithique (10 000 ans), mais leur composition se diversifie et se spécialise dès -4000 av. E.C. dans l’Égypte ancienne.
Des constructions ont aussi été établies sans l’usage de mortier : c’est le cas chez les Grecs, qui utilisaient la seule force de gravitation verticale, ou chez les Incas, qui avaient recours à des pierres polygonales mais parfaitement ajustées avec les voisines afin de stabiliser la construction.
Plus rares en revanche sont les constructions dans lesquelles les pierres sont bien collées entre elles, mais sans apport d’un matériau externe : elles sont alors directement transformées et soudées sur place. C’est ce que l’on appelle des murs vitrifiés, que l’on retrouve au fort de Péran, en Bretagne, près duquel s’apprêtent à passer les cyclistes.
Le fort le mieux conservé de France
Le camp de Péran, dans la commune de Plédran, est identifiable à son enceinte fortifiée, juchée sur les premières hauteurs (160 mètres) qui dominent la baie d’Yffiniac, à 9 km au sud-ouest de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor. Autrefois connu dans la région sous le nom de Pierres Brûlées, ce site a fourni des pièces archéologiques (cuillers, pièces…) depuis 1820-1825. Mais les premières publications les relatant sont celles de Jules Geslin de Bourgogne, en 1846.
Il était supposé que l’endroit avait été un oppidum gaulois, avant d’être transformé en camp romain. Les campagnes de fouilles ont permis de confirmer et de préciser son intuition : on estime que le camp, désormais classé au titre des monuments historiques, date de la culture de la Tène (env. 450 à 25 av. E.C.), apogée de la culture celtique qui prend fin avec la conquête romaine.
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Après l’époque gauloise, le lieu a été occupé par les Vikings, dont on a identifié des incursions vers les 9e et Xe siècles, ainsi qu’au XIIIe siècle comme en attestent des carreaux de terre cuite.
De forme elliptique, il couvre environ un hectare (160 mètres sur 140) et comporte cinq structures défensives concentriques.
L’énigme des murs vitrifiés
Ce fort, qui est le mieux conservé de France, a pour spécificité le rempart de pierre vitrifié de l’une de ses cinq structures défensives : les pierres du mur sont soudées parce qu’une partie a fondu à la périphérie des blocs, formant un verre qui a cimenté les roches entre elles. De tels murs, souvent associés à des forts, existent dans tout le Vieux Continent, mais particulièrement en Europe du Nord. En France, on en connaît une vingtaine, de la Bretagne à l’Alsace, avec une concentration notable dans le Limousin, la Creuse et la Loire, tous des pays granitiques.
Mur vitrifié. Ce qui fait office de mortier (noir à points blancs), est un verre, résultant d’une fusion partielle des roches Sainte-Suzanne, Mayenne. JP Morteveille, Fourni par l’auteur Un verre sombre, bulleux, est inséré entre des fragments de granites. Gilbert Crevola, Fourni par l’auteur
Ces vitrifications intriguent depuis l’Antiquité. Dès le milieu du XVIIIe siècle un tel mur est signalé dans la cave d’une maison de Sainte-Suzanne, en Mayenne. On s’interroge alors : quel feu fut assez violent pour faire fondre la pierre et ainsi la vitrifier ? Et, ce feu était-il intentionnel ou le fruit d’un accident ? Les seules vitrifications naturelles connues étaient celles liées au volcanisme et, dans une moindre mesure, celles causées par la foudre (les fulgurites) ou les impactites (explosion d’un impacteur dans l’atmosphère, qui n’a pas atteint le sol mais dont l’énergie a fait fondre le sable, tel le célèbre verre libyque utilisé pour confectionner le scarabée du pectoral de Toutankhamon).
Les premiers à proposer une vitrification par combustion sont Auguste Daubrée (1881) puis Alfred Lacroix (1898). En effet, les observations portant sur des granites (riches en silice, donc) révèlent une fusion partielle, plus ou moins avancée à relativement basse température. Si un granite ou un gneiss fondent vers 950 °C en conditions de surface, la présence d’eau permet la fusion à une température moindre (dès 840 °C).
Feu de poutres
Les murs du Camp de Péran, 2013. Gilbert Crevola, Fourni par l’auteur
On sait aujourd’hui comment cette vitrification a été obtenue : par la combustion de poutres de bois qui armaient les murs gaulois. En effet, les remparts gaulois qui équipaient les oppidums mais aussi certaines villas (les fermes d’aristocrates), étaient des constructions qui associaient des couches entrecroisées de poutres horizontales comblées de terre avec un parement de « pierres sèches » (sans mortier).
L’incendie des poutres dégageant de l’eau a abaissé le point de fusion du granite qui a formé un verre en refroidissant. En conditions de surface de la Terre, un « granite sec » fond vers 950 °C et un « granite hydraté » dès 840 °C. C’est donc la présence d’eau qui aurait permis cette fusion du granité.
Le camp subcirculaire de Péran, à l’ouest de Plédran. À la carte IGN est superposée la photo aérienne. Fourni par l’auteur
Pour leur très grande majorité, les forts vitrifiés se situent dans des régions granitiques. Il ne s’agit sans doute pas d’un hasard, car la température de fusion des granites est relativement faible en comparaison avec celle des basaltes, qui survient plutôt vers 1450 °C. Le caractère intentionnel, ou accidentel par incendie, reste néanmoins un point débattu.
Patrick de Wever ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Un chassé-croisé s’observe entre la science économique et historique. Les deux approches, loin d’être opposées, peuvent être complémentaires, comme le montrent les travaux sur la révolution industrielle. Histoire et économie ont tout à gagner à approfondir le dialogue.
Cet article est publié dans le cadre du partenariat les Rencontres économiques d’Aix–The Conversation. L’édition 2025 de cet événement a pour thème « Affronter le choc des réalités ».
Au même moment, du moins en France, les historiens pivotaient dans le sens inverse avec un certain désintérêt pour l’histoire économique de la part des générations nées après 1950, alors que la génération précédente avait témoigné d’un intérêt considérable pour le domaine économique comme en témoignent les travaux de Marc Bloch, Fernand Braudel, Christian Labrousse, Emmanuel Le Roy Ladurie et Jean-Claude Perrot pour ne citer que quelques noms liés à l’École des Annales. Ces deux disciplines semblent avoir joué à « je t’aime moi non plus » depuis cent ans. Cette recension est évidemment trop schématique car il faudrait citer l’école de la régulation apparue dans les années 70 (Michel Aglietta, André Orléan, Robert Boyer) qui a toujours donné une place centrale à l’histoire.
L’histoire et l’économie sont les deux disciplines reines des sciences humaines et sociales en France et dans le monde. Il ne s’agit pas d’émettre un jugement de valeur quant au domaine étudié et la qualité des recherches qui y sont menées. Cette affirmation peut être étayée sur deux faits quantitatifs. Le premier provient d’une étude de l’observatoire des sciences et techniques (OST), le second sur l’outil de recherche des articles parus dans le journal Le Monde.
L’OST a procédé dans son étude publiée en décembre 2024 à [la position scientifique de la France dans le monde et en Europe
Analyse de différents corpus de publications et de projets européens
Décembre](https://www.hceres.fr/sites/default/files/media/downloads/ost-position-scientifique-france-2024.pdf). Seuls les articles dans les revues scientifiques sont répertoriés. L’histoire est classée dans les sciences humaines, l’économie dans les sciences sociales. Chacune apparaît en tête de son domaine, quant au nombre de publications aussi bien en France que dans le monde. La France apparaît comme très spécialisée en histoire et un peu plus spécialisée que les autres pays en économie.
Le champ historique semble constituer, par ailleurs, un socle de résistance à la langue anglaise car seul un quart des publications sont en anglais, alors que les publications des économistes français se font d’une manière écrasante dans cette langue (plus de 90 %). Le facteur d’impact des publications des chercheurs français, que cela soit en histoire et en économie, apparaît en retrait de l’ordre de 10 % par rapport à la moyenne mondiale.
Pour les historiens, ce résultat décevant pourrait s’expliquer par la non-prise en compte de la publication d’ouvrages (l’étude se limitant aux articles publiés dans des revues scientifiques) qui sont pourtant un vecteur essentiel de la dissémination des recherches. À noter que pour les économistes français, ne sont pas pris en compte les travaux de nombre d’entre eux en fonction dans des universités étrangères.
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Qui écrit des tribunes ?
En tout cas, les historiens devraient être rassurés en apprenant que lorsqu’on s’amuse à compter le nombre de tribunes, d’interviews ou de notices nécrologiques d’historiens parues dans les pages du journal le Monde pendant les cinq premiers mois de 2025, il dépasse allégrement celui des économistes (167 contre 139). Ils distancent sans aucune discussion possible le nombre d’occurrences des autres sciences sociales. Et les historiens sont loin de s’exprimer uniquement sur des faits passés. Ils sont fréquemment sollicités pour commenter l’actualité.
« Le temps impose parfois à l’historien de rentrer dans la mêlée » !
Mais si l’impartialité de l’historien le met en surplomb s’agissant du passé, peut-il encore l’invoquer lorsque son expertise est convoquée pour commenter par exemple la seconde présidence de Donald Trump ? La solidité du travail sur les sources, la prise en compte de tous les effets de contexte, leur connaissance bibliographique de nature encyclopédique et le fait de raconter un tout sous la forme d’un récit écrit dans une belle langue font l’admiration de tous les autres spécialistes des sciences humaines et sociales. Les historiens sont de vrais littéraires, à l’encontre des économistes qui sont plus tournés vers les chiffres et le langage mathématique et statistique.
En tout cas, depuis une dizaine d’années, les économistes se mettent à copier les historiens sur un point de méthode. Pour rendre compte des résultats d’une analyse économétrique appliquée sur un sujet, il est devenu d’usage de tenter de la raconter d’abord sous la forme d’une histoire.
INA Culture.
De l’impossibilité d’isoler une cause unique
Sur un autre point, les historiens et économistes butent sur la même difficulté, lorsqu’il s’agit d’essayer d’expliquer un phénomène inédit dans l’histoire de l’humanité comme la première révolution industrielle. L’événement s’étend sur plus d’un siècle, met en jeu des forces et des mécanismes économiques, des innovations technologiques et scientifiques, le financement d’activités risquées, des rapports sociaux. Par conséquent, il est par nature presque impossible d’arriver à isoler une ou plusieurs causes d’une façon irréfutable car les boucles de rétroactions entre toutes ces forces sont multiples.
Sur ce sujet, la mêlée est générale car les économistes et historiens sont en quelque sorte à fronts renversés. Alors que les premiers en général défendent des thèses mettant en avant les institutions et la culture, les historiens insistent sur les ressources naturelles et la géographie.
Pour ne donner qu’un exemple, alors que l’économiste Joel Mokyr met en avant la culture du progrès scientifique et technique propre à l’Europe de l’Ouest depuis la Renaissance, l’historien Kenneth Pommeranz choisit de mettre l’accent sur la présence d’abondantes mines de charbon et l’accès aux ressources et au marché du nouveau monde. Ces deux facteurs de chance géographiques battent en brèche la supposition que l’économie s’intéresse à des causes plus matérialistes car plus quantitatives que l’histoire qui serait plus englobante car en capacité d’intégrer des facteurs culturels, sociaux et institutionnels qui sont plus qualitatifs. C’est dire à quel point histoire et économie ont tout intérêt à dialoguer et confronter leurs méthodes de travail.
Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat de The Conversation avec les Rencontres économiques organisées par le Cercle des économistes, qui se tiennent du 3 au 5 juillet, à Aix-en-Provence.
Alain Trannoy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Plus de 30 soldats maliens ont été tués et l’une des bases militaires du pays a été prise d’assaut début juin 2025 lors d’une attaque contre la ville de Boulikessi menée par Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM), un groupe lié à Al-Qaïda.
Le même groupe a lancé une attaque contre la ville historique de Tombouctou. L’armée malienne a affirmé avoir repoussé l’attaque de Tombouctou et tué 14 terroristes.
Boulikessi a déjà été la cible de plusieurs attaques terroristes. En octobre 2019, 25 soldats y avaient été tués. La cible était un camp militaire de la force G5 Sahel.
Tombouctou est dans le collimateur des groupes terroristes depuis 2012. Le JNIM avait assiégé la ville pendant plusieurs mois en 2023. Tombouctou dispose d’un aéroport important et d’une base militaire clé.
Au Burkina Faso voisin, des combats ont opposé ces derniers mois l’armée et des groupes terroristes. Environ 40 % du pays est sous le contrôle de groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Les bases militaires du pays ont également été prises pour cible.
Le Mali et le Burkina Faso sont sous régime militaire. L’insécurité, en particulier la recrudescence des attentats terroristes, a été l’une des principales raisons invoquées par les juntes militaires pour prendre le pouvoir dans ces deux pays.
Les camps militaires sont attaqués pour démoraliser les soldats et voler des munitions. Cela envoie également un message à la population locale, lui indiquant que les forces militaires sont incapables de protéger les civils.
Je pense qu’il y a quatre raisons principales à l’augmentation des attaques à grande échelle contre les bases militaires dans la région :
la perte de la base de drones américaine au Niger, qui a rendu la surveillance difficile
l’augmentation des violations des droits humains commises au nom de la lutte contre le terrorisme
l’absence d’une approche coordonnée de la lutte contre le terrorisme
les changements constants de tactiques des terroristes.
Il est important d’identifier et de traiter ces problèmes pour contrer cette tendance.
Pourquoi les attaques se multiplient-elles ?
Tout d’abord, il y a la perte de la base de drones américaine à Agadez, en République du Niger, en 2024, après la prise du pouvoir par l’armée dans le pays.
J’étais initialement sceptique lorsque la base de drones a été mise en service en 2019. Mais elle a en fait eu un effet dissuasif sur les groupes terroristes.
Deuxièmement, l’augmentation des violations des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme dans la région divise les communautés et augmente le recrutement dans les groupes terroristes. Un rapport de Human Rights Watch publié en mai 2025 a accusé l’armée burkinabè et les milices alliées d’avoir tué plus de 130 civils lors d’opérations antiterroristes.
Le rapport affirmait que les membres de l’ethnie peule étaient visés par ces opérations parce qu’ils étaient perçus comme ayant des liens avec des groupes terroristes. Les groupes terroristes sont connus pour utiliser de tels incidents afin de gagner le cœur et l’esprit des populations locales.
Troisièmement, l’absence d’approche coordonnée de la lutte contre le terrorisme dans la région est en train de réduire à néant les progrès réalisés au cours de la dernière décennie. Parmi les développements majeurs, on peut citer la dissolution du G5 Sahel. Ce groupe a été créé en 2014 afin de renforcer la coordination en matière de sécurité entre ses membres, à savoir la Mauritanie, le Burkina Faso, le Mali, le Tchad et le Niger. L’organisation a lancé des missions conjointes de lutte contre le terrorisme dans les États membres, mais elle a été dissoute en décembre 2023 après le retrait du Niger et du Burkina Faso.
L’affaiblissement de la Force multinationale mixte en raison du coup d’État militaire au Niger et du repositionnement stratégique compromet les initiatives de lutte contre le terrorisme. Les membres de la force étaient le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Bénin.
La force a pour mandat de lutter contre Boko Haram et d’autres groupes terroristes opérant dans le bassin du lac Tchad. Après sa création en 2015, la force opérationnelle a réalisé des progrès significatifs. En janvier 2025, le Niger a suspendu son adhésion, mettant en péril la lutte contre le terrorisme dans la région.
Quatrièmement, les groupes terroristes de la région affinent leurs méthodes. En avril 2025, des terroristes du JNIM ont été soupçonnés d’avoir lancé une attaque suicide à l’aide d’un drone contre des positions militaires togolaises.
De leur côté, les armées des pays du Sahel peinent à s’adapter aux nouvelles tactiques des terroristes. Ces dernières années, on a assisté à une prolifération des drones en Afrique par des États et des acteurs non étatiques.
Comment freiner cette tendance
Pour lutter contre la recrudescence des attaques perpétrées par des groupes terroristes, en particulier les attaques à grande échelle contre des positions militaires, quatre mesures immédiates s’imposent.
Premièrement, les États-nations doivent investir dans leurs capacités de surveillance. La perte de la base de drones oblige les États du Sahel à trouver de toute urgence de nouveaux moyens de collecter et de partager des renseignements. La topographie de la région, principalement plate et avec peu de végétation, constitue un avantage, car les drones de reconnaissance peuvent facilement détecter les mouvements suspects, les camps terroristes et les itinéraires empruntés.
Il est également nécessaire de réglementer l’utilisation des drones dans la région afin d’empêcher leur utilisation par des acteurs non étatiques.
En outre, les pays qui luttent contre le terrorisme doivent trouver un moyen d’améliorer les relations entre l’armée (et les milices alliées) et les populations touchées par le terrorisme. Ma dernière publication sur la question montre que les groupes d’autodéfense engagés par les forces militaires sont parfois complices de violations des droits de l’homme.
Une formation aux droits de l’homme est essentielle pour les forces militaires et les milices alliées.
Les sources de financement du terrorisme doivent être identifiées et bloquées. Les attentats terroristes à grande échelle nécessitent une planification, une formation et des ressources. Le financement provenant de l’exploitation minière illégale, du trafic et des enlèvements doit être identifié et éradiqué. Cela inclut également le partage de renseignements entre les États-nations.
Compte tenu de l’augmentation du nombre et de l’intensité des activités terroristes dans le Sahel, des mesures immédiates sont nécessaires pour inverser cette tendance.
Olayinka Ajala does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – in French – By Slimane Ed-Dafali, Maître de conférences habilité HDR en sciences de gestion, ENCG El Jadida, Maroc, Université Chouaib Doukkali
Face aux pressions réglementaires, aux attentes des investisseurs et à la montée des enjeux climatiques et sociaux, les entreprises marocaines prennent progressivement conscience de l’importance des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Un tournant majeur a été initié en 2017 avec la publication, par l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), d’un guide pratique sur le reporting ESG, visant à sensibiliser les sociétés cotées aux enjeux ESG.
En 2023, cette mesure concernait 94 émetteurs, dont seulement trois n’avaient pas encore publié de rapport ESG, soit un taux de conformité de 97 %__.
Mais comment ce mouvement s’ancre-t-il dans le contexte local, encore en pleine structuration ? Et quels défis spécifiques rencontrent les entreprises marocaines, notamment les PME, dans cette transition vers une économie plus responsable ? Slimane Ed-Dafali, enseignant-chercheur en finance et expert en ESG, et Zahra Adardour, doctorante en divulgation ESG et formatrice en finance, auteurs d’une récente étude consacrée à l’évolution des pratiques ESG dans les économies émergentes, notamment au Maroc, donnent des élémments de réponse à The Conversation Africa.
Comment les entreprises marocaines intègrent-elles la durabilité dans leur stratégie ?
Dans les économies émergentes comme le Maroc, les entreprises prennent progressivement conscience que l’ESG dépasse les simples obligations réglementaires. Il devient un levier de résilience et de croissance.
Nos résultats mettent en lumière trois facteurs essentiels qui motivent les entreprises à publier les informations en matière d’ESG : préserver la réputation de l’entreprise, satisfaire les attentes croissantes des investisseurs et respecter les exigences réglementaires.
Au-delà de la conformité, de nombreuses entreprises marocaines, en particulier celles opérant à l’international, perçoivent dans l’ESG un avantage stratégique. Le Groupe OCP (Office chérifien des phospahtes), exportateur de phosphates, en est une illustration. Il couvre déjà 86 % de ses besoins énergétiques grâce aux énergies vertes et ambitionne d’atteindre 100 % d’ici 2028.
Le respect de ces critères, qui implique des investissements, ne génère-t-il pas des surcoûts pour les entreprises, au risque de les pénaliser en terme de concurrence ?
À première vue, le respect des critères ESG peut engendrer des surcoûts initiaux, liés notamment aux investissements dans les technologies propres et les énergies renouvelables. Toutefois, cette vision est souvent limitée au court terme. À long terme, les investissements ESG permettent d’atténuer les risques climatiques, réglementaires, de réputation ou ceux liés à la biodiversité, ainsi que de réduire le coût du capital.
Cette double approche fait de l’ESG un outil stratégique puissant. Sur le plan des risques, elle permet d’anticiper les effets du changement climatique et les atteintes à la réputation d’entreprises. L’ESG encourage également l’innovation à travers le développement de nouveaux modèles d’affaires.
Ainsi, bien que des surcoûts puissent apparaître au départ, les études empiriques récentes montrent que les investissements ESG favorisent généralement une meilleure résilience financière, une réduction des risques réputationnels et financiers, ainsi qu’un avantage compétitif durable.
En quoi le contexte local change-t-il la façon dont les entreprises abordent cette question ?
Le contexte local joue un rôle déterminant dans la manière dont les entreprises marocaines, et plus largement celles des marchés émergents, abordent l’ESG. Des cadres internationaux comme la CSRD, le Global Reporting Initiative (GRI) ou le Sustainability Accounting Standards Board (SASB) offrent une base solide. Mais leur adaptation au contexte économique, réglementaire et institutionnel local les rend plus pertinents.
Le Maroc développe une approche ESG adaptée à son contexte, portée par un cadre réglementaire en évolution, avec l’impulsion des exigences des marchés internationaux, notamment pour les exportateurs.
Notons que le tissu entrepreneurial marocain, majoritairement constitué de PME, représente à la fois un défi et une opportunité. Bien que ces entreprises disposent de ressources limitées et d’une expertise technique souvent insuffisante, elles manifestent une volonté croissante d’apprendre, de s’adapter et de progresser.
En quoi consiste concrètement l’approche marocaine sur ce point ?
Le Maroc adopte une approche coordonnée et progressive de l’ESG. Bank Al-Maghrib (BAM) joue un rôle central en intégrant les risques climatiques et environnementaux dans la supervision prudentielle des établissements bancaires. Membre actif du Network for Greening the Financial System (NGFS), la banque centrale promeut également la finance verte.
Parallèlement, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) joue un rôle clé dans l’incitation et l’accompagnement des sociétés cotées en matière de reporting extra-financier. Depuis la publication de son guide ESG en 2017, l’AMMC incite les sociétés cotées à communiquer leurs pratiques ESG. Elle favorise également le développement des obligations vertes..
L’indice MASI ESG de la Bourse de Casablanca, lancé en 2018, est également une initiative majeure qui encourage les entreprises marocaines cotées à améliorer leur reporting ESG.
Notons bien que l’efficacité des stratégies durables au Maroc est aussi une affaire de partenariats public-privé, en visant une industrie durable et une souveraineté “Made in Morocco”.
Quelles surprises ont révélé les méthodes combinées de recherche ?
L’approche mixte adoptée a fait émerger deux résultats inattendus. D’une part, certains obstacles perçus, tels que le manque d’expertise ou les coûts élevés de reporting, peuvent paradoxalement inciter à l’action plutôt qu’à l’inaction. Les entreprises, conscientes de leurs lacunes, ont davantage tendance à rechercher une assistance externe, à se former, ou à s’aligner sur des pratiques durables.
D’autre part, la diversité de genre est apparue comme un facteur déterminant. Les entretiens ont confirmé que le leadership participatif et la gouvernance inclusive, constituent deux composantes essentielles d’un bon pilotage ESG. À titre d’illustration, BMCE Bank of Africa a renforcé la diversité de genre au sein de ses équipes dirigeantes.
Comment améliorer la transparence des entreprises sur ces enjeux ?
Bien que le Maroc ait déjà accompli des progrès notables, des pistes d’améliorations restent envisageables :
● Introduire des mécanismes d’incitation efficaces pour encourager les entreprises démontrant des pratiques ESG performantes;
● Promouvoir une gouvernance partenariale inclusive, en offrant un accompagnement adapté sur les bonnes pratiques ESG, avec des exigences simplifiées pour les PME;
● Améliorer l’efficacité des processus de reporting ESG en utilisant l’innovation technologique avancée.
Concrètement, cela s’est-il traduit par une augmentation des volumes d’investissements au Maroc ? Est-ce mesurable ?
Concrètement, oui, cette dynamique s’est traduite par une augmentation mesurable des volumes d’investissements au Maroc, en particulier dans les secteurs liés à la durabilité. Un exemple concret est la signature, en 2024, d’une convention d’investissement de 1,3 milliard de dollars avec le groupe sino-européen Gotion High-Tech. Elle vise la construction d’une gigafactory pour produire des batteries destinées aux véhicules électriques.
Ainsi, comparé à d’autres pays africains, le Maroc bénéficie d’un alignement institutionnel relativement fort et d’une ambition stratégique claire. Ce qui en fait un modèle régional dans l’intégration progressive de l’ESG.
The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Pays parmi les plus arides d’Afrique, la Namibie recycle ses eaux usées en eau potable depuis 1968. Pour pallier le manque d’eau, d’autres pays l’ont imité ou songent désormais à le faire, explique Julie Mendret, de l’université de Montpellier.
Les anglophones l’appellent « toilet-to-tap water », soit littéralement l’eau qui retourne au robinet depuis la cuvette des WC. Quoique peu engageante, l’expression permet de poser les enjeux de la réutilisation des eaux usées, une piste sérieuse pour de plus en plus de villes ou de pays autour du monde, de Bangalore à Los Angeles.
Le pionnier namibien
En la matière, le pays pionnier reste la Namibie. Sa capitale, Windhoek, est quasi dépourvue de ressources en eau du fait de sa latitude désertique où la rare eau de pluie s’évapore de façon quasi immédiate.
En 1968, la ville, alors sous domination sud-africaine, voyait sa population grandir à un rythme impressionnant. C’est alors qu’elle a commencé à potabiliser ses eaux usées. Aujourd’hui, c’est 30 % des eaux usées qui sont ainsi recyclées, pour un traitement qui dure moins de 10 heures.
Des eaux potabilisées en dix étapes
Windhoek a mis en place une suite de procédés inédite qui compte aujourd’hui 10 étapes. Il comprend des processus physiques pour permettre de créer des flocs, des amas de matière en suspension que l’on pourra ainsi éliminer, mais aussi des processus chimiques comme l’ozonation, qui permet de dégrader de nombreux micropolluants et d’inactiver bactéries, virus et parasites. D’ultimes étapes de filtration biologique (charbon actif) et physique (ultrafiltration membranaire par exemple) complètent le tout, avec des contrôles qualité doublés d’adjonction de chlore pour la désinfection.
L’usine de traitement des eaux usées de Windboek est devenue une attraction qui accueille des visiteurs venus d’Australie ou des Émirats arabes unis, des pays où cette approche pourrait faire des émules. Et pour cause : cela reste moins énergivore et plus respectueux de l’environnement que le dessalement de l’eau de mer, technique la plus répandue dans le monde. Là où le dessalement nécessite entre 3 et 4 kWh par m3, la potabilisation des eaux usées ne consomme qu’entre 1 et 1,5 kWh par m3, tout en ne produisant pas les sels et polluants rejetés par le dessalement.
Pour suivre au plus près les questions environnementales, retrouvez chaque jeudi notre newsletter thématique « Ici la Terre ».
Malgré ces avantages, cette démarche reste peu répandue sur le globe. Plusieurs raisons sont en cause : le coût des infrastructures de traitement d’une part (outre la Namibie, seuls des pays développés ont pu financer de tels projets), et la législation d’autre part. En Europe par exemple, une telle usine ne pourrait être autorisée. Un projet est en cours en Vendée, mais il ne s’agit que de potabilisation indirecte. Reste aussi la barrière mentale liée au fait de boire des eaux usées traitées, qui a fait fermer une usine construite à Los Angeles en 2000 qui avait pourtant coûté 55 millions de dollars.
Pour autant, mieux vaut informer la population en amont, comme à Singapour, où des visites publiques de l’usine et des vidéos du premier ministre de l’époque buvant sereinement l’eau traitée avaient permis de favoriser l’acceptabilité de cette approche.
Source: The Conversation – in French – By Anne Morise, Coordinatrice scientifique au sein de l’Unité d’évaluation des risques liés à la nutrition, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)
La réglisse se retrouve non seulement dans les confiseries, mais aussi dans de nombreux autres aliments, sans que les consommateurs ne le sache.Nik/Unsplash, FAL
Une consommation excessive de réglisse peut s’accompagner d’effets indésirables potentiellement graves, notamment une hypertension pouvant mener à des complications cardiovasculaires. Or, de nombreux aliments contiennent des extraits de réglisse.
Pour la plupart d’entre nous, le mot « réglisse » évoque des bonbons de couleur noire, ou, pour les plus âgés, de courts bâtons bruns vendus au comptoir des pharmacies.
Mais la réglisse n’est pas utilisée seulement en confiserie. On trouve certains de ses constituants dans de nombreux produits alimentaires. Or, une consommation excessive peut mener à une diminution de la teneur en potassium dans le sang, ainsi qu’à une hypertension pouvant entraîner des complications cardiovasculaires.
Ces dernières années, plusieurs cas d’effets indésirables associés à la consommation de réglisse ont été enregistrés par les centres antipoison français ainsi que par le dispositif de nutrivigilance de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Des extraits de réglisse dans de nombreux aliments
Originaire du sud-est de l’Europe à l’Asie centrale, la réglisse est une plante herbacée qui peut atteindre 1,5 m de haut. Elle est consommée depuis l’Antiquité, Grecs et Romains lui prêtant des vertus médicinales.
Parmi les nombreuses espèces de réglisse identifiées, seules trois sont utilisées dans les produits commerciaux : Glycyrrhiza glabra (la réglisse « européenne », typiquement cultivée sur ce continent), Glycyrrhiza uralensis et Glycyrrhiza inflata, ces deux dernières espèces étant connues sous le nom de « réglisse chinoise ». En France, seules Glycyrrhiza glabra et Glycyrrhiza uralensis figurent sur la liste des plantes autorisées dans les compléments alimentaires.
On extrait des racines de la réglisse (qui sont en réalité des rhizomes, des tiges souterraines dotées de racines) une substance aromatique. De nos jours, ces extraits constituent l’utilisation principale de la réglisse : ils sont notamment employés pour aromatiser des confiseries et des boissons anisées, qu’elles soient alcoolisées ou non (par exemple le pastis, avec ou sans alcool). La réglisse est également présente dans certaines tisanes « digestives », ainsi que dans des compléments alimentaires.
Par ailleurs, l’un de ses constituants, l’acide glycyrrhizique (un édulcorant 50 à 100 fois plus sucré que le sucre raffiné) est aussi autorisé au niveau européen comme arôme alimentaire, tout comme son sel d’ammonium (code E958). On retrouve ces arômes dans divers aliments sucrés ou salés : produits laitiers, de boulangerie, glaces, confiserie, charcuterie, produits de la pêche, etc.
C’est justement l’acide glycyrrhizique qui est à l’origine d’effets indésirables, lesquels surviennent le plus souvent en cas de consommation excessive et/ou régulière.
Des effets indésirables qui peuvent être graves
Entre 2012 et 2021, plusieurs dizaines de cas d’effets indésirables associés à la consommation de réglisse ont été déclarés, concernant 62 adultes et 2 enfants. Les produits consommés étaient principalement des boissons (8 cas dûs à des tisanes, 32 à d’autres boissons non alcoolisées, 7 à des boissons alcoolisées), suivies par des confiseries (14 cas) et des compléments alimentaires (2 cas).
Ces intoxications sont dues à l’acide glycyrrhizique contenu dans la réglisse. Une fois absorbé, il donne naissance dans l’intestin à des métabolites, notamment l’acide glycyrrhétique. Ce dernier va mimer l’action d’une hormone, l’aldostérone, impliquée dans la régulation du volume sanguin et de la pression artérielle. L’aldostérone agit notamment au niveau rénal, en augmentant la réabsorption du sodium vers le sang. Cela induit une augmentation de la pression artérielle.
Le résultat est un syndrome appelé pseudohyperaldostéronisme. Les conséquences de ce dernier sont similaires à une augmentation des niveaux d’aldostérone. Il se traduit par une augmentation des concentrations de sodium dans le sang qui peut mener à une hypertension pouvant entraîner des complications cardiovasculaires), ainsi que par une diminution de la teneur en potassium sanguin (hypokaliémie), pouvant provoquer des troubles du rythme cardiaque.
Le plus souvent, l’hypokaliémie et l’hypertension se manifestent par des maux de tête, des crampes, des douleurs musculaires, mais elles peuvent aussi être asymptomatiques. Lorsqu’elles sont sévères, elles peuvent toutes deux engendrer des troubles du rythme cardiaque.
C’est souvent le médecin traitant qui, au cours d’une consultation du fait de symptômes ou lors d’une consultation de routine, constate une hypertension. Il peut alors interroger son patient et lui conseiller de réduire sa consommation de réglisse. Dans les rares cas les plus extrêmes, c’est-à-dire en cas de troubles cardiaques, les patients sont généralement adressés aux urgences, où ils sont pris en charge.
Surveiller sa consommation
En s’appuyant sur les études menées chez l’être humain, l’Anses a défini un repère toxicologique (appelé valeur toxicologique indicative) pour l’acide glycyrrhizique. Sa valeur a été fixée à 0,14 mg par kg de poids corporel et par jour, soit environ 10 mg/j pour un individu de 70 kg. Cette valeur toxicologique indicative a ensuite été comparée au niveau de consommation de la population.
La teneur en acide glycyrrhizique des aliments n’étant pas connue, pour évaluer les apports de la population, les experts de l’Anses ont dû faire des hypothèses. Ils ont choisi de considérer les teneurs maximales d’acide glycyrrhizique autorisées par la réglementation comme étant les teneurs dans les aliments (de ce fait, lesdites teneurs sont probablement surestimées, et par conséquent le risque de dépassement du repère toxicologique l’est également).
De ces estimations d’apport, il ressort que 75 % des adultes et 95 % des enfants ne sont pas exposés à l’acide glycyrrhizique par l’alimentation courante, hors compléments alimentaires. L’exposition moyenne de la population générale est faible : elle serait d’environ 0,07 et 0,009 mg d’acide glycyrrhizique par kilogramme de poids corporel et par jour, chez les adultes et les enfants respectivement. Des valeurs qui se situent en deçà du repère toxicologique.
La situation est cependant différente si l’on considère uniquement les personnes, peu nombreuses, qui consomment des produits contenant de la réglisse. Leur exposition est beaucoup plus élevée que celle du reste de la population : on l’estime à environ 0,5 mg d’acide glycyrrhizique par kilogramme de poids corporel et par jour pour les adultes, et 0,2 mg d’acide glycyrrhizique par kilogramme de poids corporel et par jour pour les enfants.
Cela signifie que 60 % de ces adultes et 40 % de ces enfants consommateurs dépassent le repère toxicologique et s’exposent donc à un risque.
Chez les adultes, les principaux aliments vecteurs d’acide glycyrrhizique sont les boissons alcoolisées (environ 65-70 %), les confiseries (environ 16-18 %) et les thés et tisanes (environ 7-16 %). Chez les enfants, les aliments concernés sont les confiseries (un peu plus de 75 %), les thés et tisanes (environ 13-16 %) et les boissons rafraîchissantes sans alcool (environ 5 %).
Des risques d’interactions médicamenteuses
Au-delà de son effet sur le pseudohyperaldostéronisme, la réglisse peut interagir avec plusieurs classes de médicaments.
Du fait de son action hypokaliémante, la réglisse interagit avec les médicaments présentant un effet hypokaliémant comme les diurétiques hypokaliémiants, les laxatifs stimulants ou les glucocorticoïdes, ce qui accroît le risque d’hypokaliémie.
L’hypokaliémie favorisant l’apparition de troubles du rythme cardiaque, la réglisse peut également augmenter dangereusement le risque d’effets indésirables sévères de médicaments utilisés dans le traitement de l’insuffisance cardiaque ou de certaines tachycardies (elle peut notamment accroître le risque d’effets indésirables de la digoxine, un médicament utilisé dans des cas d’insuffisance cardiaque grave).
Du fait de son action hypertenseuse, la réglisse interagit aussi avec les médicaments antihypertenseurs en limitant leur efficacité.
Enfin elle peut interagir avec les médicaments susceptibles d’engendrer des troubles du rythme cardiaque appelés « torsades de pointes », augmentant leur risque de survenue.
Conduite à tenir
Dans ce contexte, il est recommandé aux amateurs de produits contenant de la réglisse d’éviter de cumuler la consommation des aliments qui en contiennent (boissons de type pastis alcoolisées ou non, sirops, confiseries, tisanes ou compléments alimentaires, etc.).
En cas de pathologies cardiaques (notamment d’hypertension) ou rénales, d’insuffisance hépatique ou d’hypokaliémie, de grossesse ou d’allaitement, il faut signaler toute consommation de réglisse aux professionnels de santé. Le même conseil s’applique en cas de doute relatif à d’éventuelles interactions médicamenteuses.
L’Anses recommande également aux médecins, pharmaciens et diététiciens d’interroger les personnes répondant aux critères mentionnés précédemment quant à leur consommation de réglisse sous toutes ses formes, y compris les compléments alimentaires.
Enfin, les experts de l’agence préconisent la mise en place d’un étiquetage destiné à informer les usagers de la présence de réglisse ou d’acide glycyrrhizique dans les produits de consommation.
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Anne Morise ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Dans la Rome antique, les bains publics étaient au centre de la vie sociale des Romains, mêlant convivialité, plaisir et pouvoir impérial. Ils jouaient aussi un rôle important dans l’hygiène générale et étaient ouverts à tous, sans distinction de classe sociale, aux hommes comme aux femmes (dans des parties ou à des horaires différents). Plongée dans l’histoire fascinante – et contrastée – des thermes romains.
Dans les vastes ruines des thermes de Caracalla, à Rome, des centaines de mouettes tournent en rond. Leurs cris obsédants font écho aux voix d’il y a 1 800 ans. Aujourd’hui, la coquille vide de ce qui fut l’un des plus grands complexes de bains de Rome est pratiquement déserte, accueillant occasionnellement des représentations d’opéra.
Mais à quoi ressemblaient les thermes de la Rome antique à l’époque ? Et pourquoi les Romains aimaient-ils tant les bains publics ?
Des thermes partout
Lorsque j’ai vécu à Rome pendant près d’un an, j’ai remarqué les vestiges d’anciens bains (thermae en latin) un peu partout.
Pratiquement tous les empereurs en ont construit, et au milieu du quatrième siècle, la ville comptait 952 bains publics.
Les plus grands étaient les thermes construits par l’empereur Dioclétien (284-305). Environ 3 000 personnes par jour pouvaient se baigner dans ce complexe de 13 hectares.
Ces thermes, comme la plupart des autres, contenaient une salle des bains chauds (le caldarium), chauffés par un ingénieux système de conduits d’air dans les murs et les sols. Le sol était tellement brûlant qu’il fallait porter des claquettes en bois.
Elle conduisait à une salle des bains tièdes (le tepidarium), qui formait comme un sas avant que les baigneurs ne pénètrent dans la salle froide, le frigidarium, avec son bassin d’eau froide. Une piscine extérieure de 4 000 mètres carrés constituait l’élément central du bâtiment.
Les thermes publics comportaient également des terrains de sport, des salles de jeux de balle, des salons de coiffure et de rasage, des bibliothèques, des restaurants et des bars.
Aujourd’hui les thermes de Caracalla sont le plus ouvent vides. Wirestock/Getty
« Les bains, le vin et le sexe font que la vie vaut la peine d’être vécue »
Il décrivit les activités dans les thermes qui pouvaient être bruyantes :
« Imagine toutes les sortes de voix qui peuvent te faire prendre tes oreilles en haine ; lorsque les sportifs s’exercent et travaillent aux haltères, pendant leur effort, ou leur semblant d’effort, j’entends des gémissements, et, chaque fois qu’ils reprennent haleine, c’est un sifflement et une respiration aiguë. Ajoute encore les gens qui sautent dans la piscine au milieu d’un fracas d’eau éclaboussée. Mais en plus de ces gens-là, dont la voix est au moins normale, imagine la voix aiguë et aigre des épileurs, qui veulent se faire ainsi mieux entendre, et poussent tout d’un coup des cris, sans se taire jamais, sinon lorsqu’ils épilent une aisselle et alors, font crier les autres à leur place. Et puis, les cris variés du pâtissier, et le marchand de saucisses, et le vendeur de petits pâtés, et tous les garçons de taverne qui annoncent leur marchandise avec une mélopée caractéristique. »
Un récit du IVe siècle de notre ère décrit comment les aristocrates arrivaient parfois aux thermes accompagnés de 50 serviteurs.
Certaines parties des thermes étaient réservées à ces riches visiteurs, qui se paraient de leurs plus beaux vêtements et de leurs bijoux les plus précieux.
Les grands complexes de bains publics étaient construits et financés par de richissimes Romains ou par l’empereur, mais il existait une foule de petits bains privés. L’entrée était souvent gratuite pendant les festivités publiques et les campagnes politiques, et généralement bon marché le reste du temps. Ainsi, toutes les classes sociales pouvaient profiter des bains.
Les femmes et les hommes se baignaient séparément et utilisaient les bains à différents moments de la journée. Certains bains publics comportaient des zones réservées aux femmes. Le médecin Soranos d’Éphèse, qui a écrit un traité de gynécologie au deuxième siècle de notre ère, recommandait aux femmes de se rendre aux bains pour se préparer à l’accouchement.
Dans une ville surpeuplée et polluée comme Rome, les bains étaient un havre de paix. L’eau chaude, les odeurs d’onguents parfumés, les massages et l’environnement thermal étaient autant de plaisirs auxquels chacun pouvait s’adonner.
Une inscription du premier siècle de notre ère déclarait que
Les bains, le vin et le sexe font que la vie vaut la peine d’être vécue.
Les bains et la triste réalité de l’esclavage
Les bains étaient le théâtre d’une vie sociale intense, des lieux privilégiés de rencontres et d’échanges, et ils permettaient à ceux qui le souhaitaient d’exhiber leur corps et tous leurs attributs.
Certains vestiges archéologiques montrent même que l’on pouvait s’y faire nettoyer les dents.
Derrière ces images séduisantes se cachait toutefois la triste réalité de l’esclavage. C’est aux esclaves que revenait de faire le sale boulot dans les bains.
Ils nettoyaient les salles et les âtres, vidaient les toilettes et veillaient à l’écoulement des eaux.
Les esclaves se rendaient aux bains avec leurs maîtres, qu’ils frictionnaient avec de l’huile et dont ils nettoyaient la peau avec des strigiles, sorte de racloir en bronze pour la peau. Ils pénétraient dans les bains par une entrée séparée.
Les bains dans l’ensemble de l’Empire
Les bains étaient populaires dans toutes les villes de l’Empire romain. Le complexe des thermes de la ville de Bath (Somerset, Angleterre), qui a été sous domination romaine pendant des centaines d’années et s’appelait autrefois Aquae Suliss, en est un exemple célèbre. Une source d’eau chaude naturelle alimentait ces bains qui honoraient la déesse Sulis-Minerve.
Des vestiges de thermes similaires ont été découverts en Afrique du Nord, en Espagne et en Allemagne.
D’ailleurs les vastes vestiges d’un bain romain à Baden-Baden en Allemagne sont parmi les plus impressionnants.
De même, à Tolède, en Espagne, un complexe de bains publics romains mesurant près d’un hectare a été découvert.
Des bains étaient souvent construits dans les camps militaires pour assurer le confort des soldats pendant leur service. Des vestiges de bains militaires ont ainsi été découverts dans tout l’Empire. Des chercheurs ont découvert et fouillé les bains du camp militaire du mur d’Hadrien, un mur construit pour défendre la frontière nord de l’Empire romain, dans ce qui est aujourd’hui la Grande-Bretagne moderne.
Les bains de Chester comprennent des salles chaudes (caldaria), des salles froides (frigidaria) et une salle de sudation (sudatoria), semblable à un sauna.
Une longue histoire
Les Romains n’ont pas été les premiers à utiliser des bains publics. Leurs ancêtres grecs en avaient déjà. Mais les Romains ont étendu les bains publics à l’ensemble de l’Empire. Ils sont devenus un marqueur de la culture romaine partout où ils allaient.
Les bains publics ont perduré pendant la domination musulmane et sont redevenus très populaires sous l’Empire ottoman, qui a duré de 1299 à 1922. Les hammams (bains) turcs restent une institution publique importante à ce jour et ils sont un héritage des Romains. Istanbul compte encore 60 hammams en activité.
Les thermes romains ne se distinguaient pas seulement par leur ingéniosité technique, leur remarquable architecture et leur raffinement, ils créaient aussi du lien social entre des individus de tous horizons et étaient le cœur vibrant de la vie de Rome antique. Lorsque les mouettes tournent au-dessus des thermes de Caracalla à Rome, leurs cris obsédants nous relient à ce monde d’échanges, de mélanges et de plaisirs.
Peter Edwell a reçu des financements du Australian Research Council.
Sous couvert de décarbonation, un projet de réindustrialisation de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, qui héberge des industries lourdes depuis le XIXe siècle, pourrait voir le jour. Il impliquerait notamment la création d’un « hub » d’hydrogène vert. Mais il n’est pas aussi vertueux au plan environnemental qu’il n’y paraît : il entretient la confusion entre décarbonation et dépollution. Surtout, il n’implique pas assez les populations locales dans la prise de décision.
Depuis plus de 200 ans – une durée sans équivalent dans l’ensemble du bassin méditerranéen – le territoire de Fos-étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, est confronté aux effets des aménagements industriels et portuaires. Depuis presque aussi longtemps, ses habitants s’inquiètent régulièrement des nuisances et pollutions engendrées. Tout ceci dans le cadre d’un rapport de force inégal impliquant riverains, industriels, pouvoirs publics et experts.
Un projet qui implique en réalité une nouvelle densification industrielle de la ZIP, et derrière lequel on retrouve beaucoup d’incertitudes et de non-dits.
Le territoire de Fos – étang de Berre a connu trois grandes phases industrielles depuis le début du XIXᵉ siècle. Chacune d’elles a contribué à créer des emplois et à intégrer ce territoire dans les flux économiques internationaux. Elles ont eu aussi d’importantes répercussions en matière de recompositions démographiques, d’aménagement du territoire mais, elles ont également occasionné des pollutions qui ont marginalisé les activités traditionnelles et mis en danger la santé des ouvriers et des riverains.
Les mobilisations contre la pollution apparaissent dès le début du XIXe siècle, lorsque la production de soude indispensable à la fabrication du savon de Marseille débute : pétitions, manifestations, interpellations des pouvoirs publics, procès, émeutes…
Ces travaux historiques ont souligné le rôle ambivalent dévolu à l’innovation technologique. Elle peut jouer un rôle clé dans la mesure, la compréhension, la dénonciation puis la réduction des pollutions industrielles, mais aussi faciliter leur acceptation. Ceci à cause des discours qui réduisent les enjeux à des aspects techniques véhiculant l’idée que la technologie finira par réparer ce qu’elle a abîmé.
Pour suivre au plus près les questions environnementales, retrouvez chaque jeudi notre newsletter thématique « Ici la Terre ».
Le mythe de l’innovation technologique « salvatrice » favorise ainsi la densification industrielle et la perpétuation du mode de croissance à l’origine de la crise climatique et écologique.
Une « industrie du futur » qui se conjugue au passé
À Fos-sur-Mer, l’avenir de la ZIP se joue sous nos yeux. Il y a la volonté d’amorcer une nouvelle phase de croissance fondée sur des secteurs dits « verts ». Après avoir incarné le productivisme pollueur et le centralisme des Trente Glorieuses, le territoire fosséen deviendrait ainsi une vitrine du green business et un hub de la transition énergétique.
L’écologisation des pratiques entrepreneuriales se voit désignée sous une myriade de concepts : écologie industrielle, circulaire, durabilité, etc. De fait, elle reste surtout associée à la décarbonation, c’est-à-dire à la réduction des émissions de CO2.
Les industries lourdes héritées des « Trente Glorieuses » connaissent, quant à elles, une rupture technique. C’est le cas d’ArcelorMittal (ex-SOLMER), qui abandonne son haut-fourneau au profit d’un four à arc électrique pour la production d’acier « vert ».
Les prophéties économiques continuent de véhiculer un culte du progrès, non plus pour « reconstruire ou moderniser » la France, mais pour l’insérer dans les nouveaux marchés du capitalisme climatique. À l’instar du discours des années 1960, qui faisait alors miroiter la création de quelque 200 000 emplois, il est estimé que la décarbonation de la ZIP générera à elle seule 15 000 emplois.
Présentation du projet à l’occasion de l’ouverture du débat public en avril 2025.
On serait passé de l’aménagement au bulldozer à un processus plus horizontal, participatif et soucieux des aspirations locales. De nouvelles structures de coordination industrielle et de concertation (par exemple PIICTO) ont certes vu le jour. Mais elles n’ont ni permis d’apaiser les inquiétudes des riverains, ni d’amoindrir le rôle de l’État.
Il existe surtout une confusion trompeuse entre décarbonation (baisse des émissions de gaz à effet de serre) et dépollution (industries non polluantes).
Cette idée nourrit des imaginaires sociotechniques qui nous projettent dans des futurs confortables et nous laissent penser que nous allons pouvoir continuer à consommer comme avant. La question des externalités négatives, sociales et sanitaires des activités industrielles n’est jamais vraiment discutée. L’administration s’en remet aux lois en vigueur pour encadrer les débordements des nouvelles usines, traitées individuellement, c’est-à-dire, sans bilan global des émissions et rejets associés aux nouveaux hydrocarbures verts, qui viendraient s’ajouter aux pollutions accumulées depuis plusieurs décennies.
Ceci alors même que les pouvoirs publics n’ont pas réussi à juguler l’existant et que l’époque est à l’allègement des contraintes réglementaires pour un « réarmement industriel » et pour une décarbonation, ces définitions étant laissées à la libre définition des entrepreneurs : l’État intervient pour poser un cadre favorable aux investissements sans exercer ses prérogatives en matière de régulation.
La création d’un « hub de la transition énergétique » tel qu’il est envisagé aujourd’hui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les riverains. Elle engendrera un phénomène de « dépendance au sentier » (où les trajectoires possibles pour l’avenir seront influencées par les décisions et développements passés), dont il sera difficile de s’extraire par la suite, même s’il s’avère finalement que ce choix n’était pas judicieux.
D’autant plus que des incertitudes – voire des non-dits – pèsent sur le projet.
Notamment en ce qui concerne la production d’hydrogène « vert » par hydrolyse. Il s’agit d’un procédé coûteux, très gourmand en eau et électricité. Rien ne garantit, à l’heure actuelle, que le procédé sera rentable, ni ne permet de prédire quels emplois seront détruits et lesquels seront sauvés.
Les scientifiques qui s’intéressent aux hubs d’hydrogène pointent ainsi deux écueils qui prolongent les problèmes rencontrés lors de l’industrialisation du territoire Fos-étang de Berre dans les années 1970 :
l’impossibilité de mener des tests à petite échelle qui permettraient de maîtriser une technologie avant de la déployer – et de s’assurer de son efficacité sur les plans industriels, économiques et écologiques,
la mise à l’écart des riverains qui devront vivre avec les conséquences de choix technologiques réalisés pour le très long terme – sans bénéfices directs.
Autre incertitude : la maintenance des pipelines qui devront connecter le hub aux sites de stockage et aux usagers. En effet, la spécificité de l’hydrogène, par rapport à d’autres gaz, est sa faible densité. Il nécessite d’être acheminé avec des précautions particulières, parce qu’il corrode l’acier et fuit à la moindre fissure. Il peut ainsi avoir des effets négatifs sur la couche d’ozone.
Comment parer à ces nouveaux risques ? Conscient de ces problèmes, le Département de l’énergie (DoE) américain a provisionné 8 millions de dollars pour les surveiller.
Surtout, la production d’hydrogène repose aussi sur la disponibilité en électricité et en eau, des ressources dont l’accaparement n’est pas assez problématisé.
Pour répondre aux besoins d’électricité, il faudra envisager un raccordement électrique au nucléaire de la vallée du Rhône. Ainsi, la décision de construire une ligne à très haute tension (THT) entre Fos-sur-Mer et Jonquières Saint Vincent, dans le Gard, aggrave la colère de ceux qui pensaient que le zonage des années 1960 suffirait à sanctuariser la Crau et la Camargue. Or, ces lignes font courir aux écosystèmes des risques d’incendie, sans parler des problèmes de maintenance qui peuvent survenir lorsque la température extérieure dépasse 35 °C.
La région est régulièrement en situation de stress hydrique). Pourtant, certains ingénieurs arguent que l’eau ne sera plus un problème lorsque le projet visant à amener par voie souterraine les eaux de turbinage de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas jusqu’à la ZIP de Fos, d’un coût de plusieurs milliards d’euros, aura été réalisé. Ils oublient toutefois, de façon commode, d’évoquer la question des transferts de vulnérabilité qui en découleront : réduction à venir des débits des rivières, sécheresses de plus en plus fortes et fréquentes…
Quelle place pour le débat démocratique ?
Cette débauche de solutions technologiques est-elle compatible avec les objectifs de transition affichés ? On peut aussi se demander si leur adoption est aussi démocratique que ce que leurs promoteurs voudraient croire.
La Commission nationale du débat public (CNDP) a pu, après hésitation des autorités et grâce à la pression exercée par les riverains mobilisés contre la ligne THT, organiser la consultation. Mais ses conclusions, aussi intéressantes soient-elles, ne seront pas contraignantes. L’expertise scientifique et citoyenne locale, développée depuis quarante ans du fait de la cohabitation subie avec les pollutions, ne sera très certainement pas intégrée au processus de décision. Aux riverains d’accepter ce qu’on leur propose, au nom d’un intérêt général conforme aux visées d’une poignée d’acteurs politico-économiques dominants – au risque d’un conflit social potentiellement dur.
Tout porte à croire, alors que les défis climatiques et écologiques sont majeurs, que ce bégaiement de l’histoire ne permettra pas d’accoucher d’une transition véritablement robuste et juste. Pour cela, il faudrait qu’elle adopte une dimension réflexive et réellement partagée entre tous quant à ses conséquences sociales, économiques, sanitaires et environnementales.
Christelle Gramaglia est membre du Conseil scientifique de l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos (instance consultative)
Xavier Daumalin a reçu des financements de l’ANR
Béatrice Mésini, Carole Barthélémy et Fabien Bartolotti ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
Jardin partagé de l’Astéroïde à Rouen.Ouiam Fatiha Boukharta, Fourni par l’auteur
Dans les villes post-industrielles comme Rouen, la cohabitation historique entre ville et industrie est à réinventer. Il s’agit de concilier les enjeux de la relocalisation industrielle, les nouvelles attentes de la société et les exigences de la transition écologique, notamment en termes de végétalisation urbaine.
Les villes contemporaines font face à de nouveaux enjeux, en apparence contradictoires. Il y a d’abord la nécessité de relocaliser la production industrielle près des centres urbains, mais aussi l’importance de reconstruire des espaces verts pour améliorer le bien-être des habitants et maintenir la biodiversité. Enfin, il faut désormais rationaliser le foncier dans l’optique de l’objectif « zéro artificialisation nette ».
C’est pour explorer ces défis que nous avons mené des recherches interdisciplinaires à l’échelle d’une agglomération concernée par ces défis, Rouen. Nos résultats mettent en avant la notion de « requalification territoriale » et soulignent la condition fondamentale de son succès : que le territoire urbain soit étudié de manière globale, en tenant compte de ses caractéristiques géohistoriques et environnementales. Celles-ci doivent être évaluées, à différentes échelles, à l’aune de différents indicateurs de soutenabilité.
Les villes post-industrielles, un contexte particulier
La notion de villes post-industrielles désigne des territoires urbains qui ont connu un fort mouvement de reconversion industrielle, ce qui a transformé l’allocation foncière. Ces territoires industriels en milieu urbain se trouvent par conséquent face à des enjeux complexes, mais présentent aussi un potentiel en matière de durabilité du fait de quatre caractéristiques :
ils sont dotés de nombreuses friches disponibles, mais qui peuvent être polluées ;
de nouvelles industries y émergent, mais ont des besoins fonciers de nature différente ;
la densité urbaine y est forte, avec une imbrication des espaces industriels et des zones d’habitation ;
les populations se montrent défiantes, voire opposées aux activités industrielles, tout en ayant des demandes sociétales fortes, comme la création de zones récréatives (espaces verts) ou d’atténuation des chocs climatiques (lutte contre les îlots de chaleur) ;
Ce contexte spécifique a plusieurs implications pour ces territoires, qui ont chacun leur particularité. En raison de la densité d’occupation des villes européennes et de la concurrence pour le foncier, on ne peut laisser les friches – issues en grande partie de la désindustrialisation – occuper de précieux espaces.
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La requalification de ces lieux doit donc être mise au service de la lutte contre l’étalement urbain. Cela permet de redensifier les activités et de reconstruire la « ville sur la ville ». Mais aussi « l’usine dans la ville », car se pose en parallèle la nécessité de relocaliser notre industrie pour accroître notre souveraineté et réduire notre dépendance externe.
Or, celle-ci doit tenir compte des enjeux d’une transition durable. Ce nouveau développement industriel et territorial, pour être plus vertueux que dans le passé, doit être envisagé dans une perspective de transition durable. Il lui faut aussi intégrer les attentes diverses de la population urbaine (bien-être, environnement sain, emploi et refus des nuisances).
Les acteurs de l’aménagement du territoire, qui se heurtent souvent à la suspicion des habitants vis-à-vis des industriels et des institutions gouvernementales, doivent donc veiller à maintenir équilibrée cette cohabitation historique entre ville et industrie.
Elle se distingue par ses plus de 400 friches urbaines. Historiquement implantées à proximité de l’ancienne ville (actuel centre), elles ont été rattrapées par l’expansion urbaine et se trouvent aujourd’hui encastrées dans les territoires habités, près du cœur de l’agglomération.
En nous appuyant sur cet exemple, nous avons identifié trois conditions fondamentales pour requalifier de façon durable ces espaces industriels urbains et y déployer des infrastructures vertes adaptées :
les initiatives doivent tenir compte des spécificités géohistoriques des territoires,
envisager diverses échelles d’analyse,
et être conçues à l’aune d’indicateurs de durabilité qui intègrent la diversité des acteurs impliqués.
Le potentiel des friches urbaines
La recherche, menée à Rouen, est fondée sur des outils de système d’information géographique (SIG), des outils d’analyse fondée sur plusieurs critères et enfin des outils de modélisation. Elle propose un dispositif pour guider les décideurs de l’aménagement du territoire et les chercheurs dans l’identification et la priorisation des friches susceptibles d’être transformées en infrastructures vertes.
Le modèle propose une approche systématique de prise de décision pour éviter une répartition aléatoire. Il couple les caractéristiques locales des friches urbaines et les demandes environnementales au niveau territorial, par exemple lorsqu’une ancienne zone industrielle se trouve valorisée par un projet d’agriculture urbaine. Cette étape initiale aide à créer différents scénarios de projets de requalification des friches.
Par la suite, il s’agit d’identifier les parties prenantes, les porteurs de projets d’agriculture urbaine et les associations de quartiers afin de les engager dans le processus de décision. Pour cela, l’utilisation des méthodes participatives est essentielle pour répondre à la demande d’information des riverains et faciliter la participation des acteurs territoriaux.
Par exemple, le projet « Le Champ des possibles » a permis d’impliquer les habitants de la zone via une association dans une démarche combinant aspects éducatifs (jardinage) et visites récréatives. L’investissement local a été facilité par un appel d’offres de la ville, de manière à créer une gouvernance partagée.
Des projets d’agriculture urbaine
Forts de ces constats, nous avons pu dans le cas de notre recherche à Rouen, passer au crible d’indicateurs de durabilité un ensemble de projets d’agriculture urbaine implantés depuis les années 2013 à 2018. L’objectif était d’identifier dans quelles conditions ils pourraient s’inscrire dans de la requalification de friches industrielles et participer à une transition durable.
Nous en avons conclu que deux grandes exigences étaient à remplir : d’un côté, s’appuyer sur des indicateurs de soutenabilité (économique, sociale et environnementale), de l’autre garantir que la gouvernance des projets se fasse en lien avec les différents acteurs territoriaux du milieu urbain.
En l’occurrence, de telles opérations de requalification via l’agriculture urbaine de territoires industriels en déshérence ou sous-utilisés ont généré des bénéfices en matière d’éducation à l’environnement et à l’alimentation, d’intégration des populations et de réduction des fractures territoriales. Cela permet également de développer la biodiversité des espaces renaturés.
Des liens à réinventer entre ville et industrie
Les territoires industriels, passés (sous forme de friches) ou présents ont incontestablement leur place dans la ville de demain. Mais celle-ci doit prendre en compte de manière plus contextuelle les enjeux locaux actuels.
L’exemple de Rouen révèle que les liens entre la ville et ses territoires industriels doivent sans cesse se réinventer, mais que la situation contemporaine place les exigences de durabilité au premier plan.
Les opérations de qualification des territoires urbains supposent une planification stratégique et minutieuse. Elle doit s’appuyer sur des processus de décision plus clairs et plus justes qui requièrent, outre les aspects techniques et réglementaires, une logique « bottom up », plus ascendante.
Les démarches de qualification durable des territoires industriels existent et sont suffisamment génériques pour être répliquées dans d’autres milieux urbains. La multiplication d’expériences de ce type en France et dans le monde démontre leur potentiel.
Ce travail est réalisé dans le cadre d’une chaire d’enseignement et de recherche développée depuis 2021 en collaboration entre l’institut Polytechnique UniLaSalle Rouen et le groupe Lubrizol.
Site internet de la Chaire : https://chaire-usinovert-unilasalle.fr/
Fabiana Fabri ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Sous couvert de décarbonation, un projet de réindustrialisation de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, qui héberge des industries lourdes depuis le XIXe siècle, pourrait voir le jour. Il impliquerait notamment la création d’un « hub » d’hydrogène vert. Mais il n’est pas aussi vertueux au plan environnemental qu’il n’y paraît : il entretient la confusion entre décarbonation et dépollution. Surtout, il n’implique pas assez les populations locales dans la prise de décision.
Depuis plus de 200 ans – une durée sans équivalent dans l’ensemble du bassin méditerranéen – le territoire de Fos-étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, est confronté aux effets des aménagements industriels et portuaires. Depuis presque aussi longtemps, ses habitants s’inquiètent régulièrement des nuisances et pollutions engendrées. Tout ceci dans le cadre d’un rapport de force inégal impliquant riverains, industriels, pouvoirs publics et experts.
Un projet qui implique en réalité une nouvelle densification industrielle de la ZIP, et derrière lequel on retrouve beaucoup d’incertitudes et de non-dits.
Le territoire de Fos – étang de Berre a connu trois grandes phases industrielles depuis le début du XIXᵉ siècle. Chacune d’elles a contribué à créer des emplois et à intégrer ce territoire dans les flux économiques internationaux. Elles ont eu aussi d’importantes répercussions en matière de recompositions démographiques, d’aménagement du territoire mais, elles ont également occasionné des pollutions qui ont marginalisé les activités traditionnelles et mis en danger la santé des ouvriers et des riverains.
Les mobilisations contre la pollution apparaissent dès le début du XIXe siècle, lorsque la production de soude indispensable à la fabrication du savon de Marseille débute : pétitions, manifestations, interpellations des pouvoirs publics, procès, émeutes…
Ces travaux historiques ont souligné le rôle ambivalent dévolu à l’innovation technologique. Elle peut jouer un rôle clé dans la mesure, la compréhension, la dénonciation puis la réduction des pollutions industrielles, mais aussi faciliter leur acceptation. Ceci à cause des discours qui réduisent les enjeux à des aspects techniques véhiculant l’idée que la technologie finira par réparer ce qu’elle a abîmé.
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Le mythe de l’innovation technologique « salvatrice » favorise ainsi la densification industrielle et la perpétuation du mode de croissance à l’origine de la crise climatique et écologique.
Une « industrie du futur » qui se conjugue au passé
À Fos-sur-Mer, l’avenir de la ZIP se joue sous nos yeux. Il y a la volonté d’amorcer une nouvelle phase de croissance fondée sur des secteurs dits « verts ». Après avoir incarné le productivisme pollueur et le centralisme des Trente Glorieuses, le territoire fosséen deviendrait ainsi une vitrine du green business et un hub de la transition énergétique.
L’écologisation des pratiques entrepreneuriales se voit désignée sous une myriade de concepts : écologie industrielle, circulaire, durabilité, etc. De fait, elle reste surtout associée à la décarbonation, c’est-à-dire à la réduction des émissions de CO2.
Les industries lourdes héritées des « Trente Glorieuses » connaissent, quant à elles, une rupture technique. C’est le cas d’ArcelorMittal (ex-SOLMER), qui abandonne son haut-fourneau au profit d’un four à arc électrique pour la production d’acier « vert ».
Les prophéties économiques continuent de véhiculer un culte du progrès, non plus pour « reconstruire ou moderniser » la France, mais pour l’insérer dans les nouveaux marchés du capitalisme climatique. À l’instar du discours des années 1960, qui faisait alors miroiter la création de quelque 200 000 emplois, il est estimé que la décarbonation de la ZIP générera à elle seule 15 000 emplois.
Présentation du projet à l’occasion de l’ouverture du débat public en avril 2025.
On serait passé de l’aménagement au bulldozer à un processus plus horizontal, participatif et soucieux des aspirations locales. De nouvelles structures de coordination industrielle et de concertation (par exemple PIICTO) ont certes vu le jour. Mais elles n’ont ni permis d’apaiser les inquiétudes des riverains, ni d’amoindrir le rôle de l’État.
Il existe surtout une confusion trompeuse entre décarbonation (baisse des émissions de gaz à effet de serre) et dépollution (industries non polluantes).
Cette idée nourrit des imaginaires sociotechniques qui nous projettent dans des futurs confortables et nous laissent penser que nous allons pouvoir continuer à consommer comme avant. La question des externalités négatives, sociales et sanitaires des activités industrielles n’est jamais vraiment discutée. L’administration s’en remet aux lois en vigueur pour encadrer les débordements des nouvelles usines, traitées individuellement, c’est-à-dire, sans bilan global des émissions et rejets associés aux nouveaux hydrocarbures verts, qui viendraient s’ajouter aux pollutions accumulées depuis plusieurs décennies.
Ceci alors même que les pouvoirs publics n’ont pas réussi à juguler l’existant et que l’époque est à l’allègement des contraintes réglementaires pour un « réarmement industriel » et pour une décarbonation, ces définitions étant laissées à la libre définition des entrepreneurs : l’État intervient pour poser un cadre favorable aux investissements sans exercer ses prérogatives en matière de régulation.
La création d’un « hub de la transition énergétique » tel qu’il est envisagé aujourd’hui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les riverains. Elle engendrera un phénomène de « dépendance au sentier » (où les trajectoires possibles pour l’avenir seront influencées par les décisions et développements passés), dont il sera difficile de s’extraire par la suite, même s’il s’avère finalement que ce choix n’était pas judicieux.
D’autant plus que des incertitudes – voire des non-dits – pèsent sur le projet.
Notamment en ce qui concerne la production d’hydrogène « vert » par hydrolyse. Il s’agit d’un procédé coûteux, très gourmand en eau et électricité. Rien ne garantit, à l’heure actuelle, que le procédé sera rentable, ni ne permet de prédire quels emplois seront détruits et lesquels seront sauvés.
Les scientifiques qui s’intéressent aux hubs d’hydrogène pointent ainsi deux écueils qui prolongent les problèmes rencontrés lors de l’industrialisation du territoire Fos-étang de Berre dans les années 1970 :
l’impossibilité de mener des tests à petite échelle qui permettraient de maîtriser une technologie avant de la déployer – et de s’assurer de son efficacité sur les plans industriels, économiques et écologiques,
la mise à l’écart des riverains qui devront vivre avec les conséquences de choix technologiques réalisés pour le très long terme – sans bénéfices directs.
Autre incertitude : la maintenance des pipelines qui devront connecter le hub aux sites de stockage et aux usagers. En effet, la spécificité de l’hydrogène, par rapport à d’autres gaz, est sa faible densité. Il nécessite d’être acheminé avec des précautions particulières, parce qu’il corrode l’acier et fuit à la moindre fissure. Il peut ainsi avoir des effets négatifs sur la couche d’ozone.
Comment parer à ces nouveaux risques ? Conscient de ces problèmes, le Département de l’énergie (DoE) américain a provisionné 8 millions de dollars pour les surveiller.
Surtout, la production d’hydrogène repose aussi sur la disponibilité en électricité et en eau, des ressources dont l’accaparement n’est pas assez problématisé.
Pour répondre aux besoins d’électricité, il faudra envisager un raccordement électrique au nucléaire de la vallée du Rhône. Ainsi, la décision de construire une ligne à très haute tension (THT) entre Fos-sur-Mer et Jonquières Saint Vincent, dans le Gard, aggrave la colère de ceux qui pensaient que le zonage des années 1960 suffirait à sanctuariser la Crau et la Camargue. Or, ces lignes font courir aux écosystèmes des risques d’incendie, sans parler des problèmes de maintenance qui peuvent survenir lorsque la température extérieure dépasse 35 °C.
La région est régulièrement en situation de stress hydrique). Pourtant, certains ingénieurs arguent que l’eau ne sera plus un problème lorsque le projet visant à amener par voie souterraine les eaux de turbinage de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas jusqu’à la ZIP de Fos, d’un coût de plusieurs milliards d’euros, aura été réalisé. Ils oublient toutefois, de façon commode, d’évoquer la question des transferts de vulnérabilité qui en découleront : réduction à venir des débits des rivières, sécheresses de plus en plus fortes et fréquentes…
Quelle place pour le débat démocratique ?
Cette débauche de solutions technologiques est-elle compatible avec les objectifs de transition affichés ? On peut aussi se demander si leur adoption est aussi démocratique que ce que leurs promoteurs voudraient croire.
La Commission nationale du débat public (CNDP) a pu, après hésitation des autorités et grâce à la pression exercée par les riverains mobilisés contre la ligne THT, organiser la consultation. Mais ses conclusions, aussi intéressantes soient-elles, ne seront pas contraignantes. L’expertise scientifique et citoyenne locale, développée depuis quarante ans du fait de la cohabitation subie avec les pollutions, ne sera très certainement pas intégrée au processus de décision. Aux riverains d’accepter ce qu’on leur propose, au nom d’un intérêt général conforme aux visées d’une poignée d’acteurs politico-économiques dominants – au risque d’un conflit social potentiellement dur.
Tout porte à croire, alors que les défis climatiques et écologiques sont majeurs, que ce bégaiement de l’histoire ne permettra pas d’accoucher d’une transition véritablement robuste et juste. Pour cela, il faudrait qu’elle adopte une dimension réflexive et réellement partagée entre tous quant à ses conséquences sociales, économiques, sanitaires et environnementales.
Christelle Gramaglia est membre du Conseil scientifique de l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos (instance consultative)
Xavier Daumalin a reçu des financements de l’ANR
Béatrice Mésini, Carole Barthélémy et Fabien Bartolotti ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.