Microcapteurs pour suivre la qualité de l’air : gadgets ou véritables outils de suivi ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Marie Bellugue Duclos, Doctorante, Université Paris-Saclay

Le suivi de la qualité de l’air s’est grandement démocratisé grâce à l’essor de microcapteurs électroniques accessibles à tout un chacun. Ces dispositifs sont-ils performants, et à quelles conditions peuvent-ils fournir une information utilisable ? État des lieux.


La pollution de l’air extérieur peut être liée au trafic routier, au chauffage au bois, aux activités industrielles ou encore aux feux de forêt et aux éruptions volcaniques. La diversité des particules qui en résulte illustre bien la nature diffuse et mobile de cette pollution. Celle-ci a des conséquences graves en termes d’effets sur la santé, allant des troubles respiratoires immédiats à des maladies chroniques incurables.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air, tous polluants confondus, est responsable de 7,4 millions de décès par an dans le monde dont 4,2 millions liés à l’air extérieur et 3,2 millions à l’air intérieur. En France, le fardeau sanitaire des particules fines entraîne à lui seul 40 000 décès chaque année, et est associés à un coût socio-économique estimé à 13 milliards d’euros.

Aujourd’hui, suivre la qualité de l’air auquel chacun est exposé n’a jamais été aussi simple. En quelques clics, il devient possible d’acheter des microcapteurs, d’accéder à des cartes en ligne ou de télécharger des applications mobiles fournissant un accès à ces données en temps réel. Tout comme la météo guide le choix de prendre un parapluie, cet accès offre aujourd’hui aux citoyens et aux décideurs un outil pratique pour orienter leurs actions.

Pourtant, derrière cette démocratisation, se pose la question de la performance de ces microcapteurs opto-électroniques. S’agit-il vraiment de sentinelles de confiance ? Faisons le point.




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Des microcapteurs dans l’air du temps

Commençons par rappeler comment est menée la surveillance réglementaire de la qualité de l’air en France. Elle est coordonnée par le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA) et mise en œuvre au niveau régional par les associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air (AASQA). Les données, librement accessibles grâce au site régional des AASQA, sont produites selon des protocoles normés afin de s’assurer qu’elles soient comparables d’une station de mesure à l’autre et d’une région à l’autre.

Exemple de station de mesure officielle de la qualité de l’air.
Michael Coghlan, CC BY-SA

Toutefois, le nombre de stations de mesure mises en place résulte d’un compromis entre couverture géographique et coûts. La modélisation, basée sur les modèles Chimere ou Sirane par exemple, permet d’extrapoler la qualité de l’air sur un territoire donné, mais elle reste dépendante de la qualité et du nombre des mesures locales.

Afin de renforcer la couverture sans augmenter les coûts, la directive européenne, dont la réglementation française découle, autorise les réseaux de surveillance réglementaire à procéder à des mesures indicatives, pour lesquelles les exigences de qualité sont plus souples. Ce cadre favorise l’intégration des microcapteurs de 10 à 100 fois moins coûteux que les équipements utilisés pour les stations de référence, tant à l’achat qu’en fonctionnement.

Ce marché a le vent en poupe. En 2023, il pesait plus de 6 milliards d’euros, marché qui pourrait s’élever en 2032 à 13,5 milliards. En 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dénombrait 60 000 références produits disponibles sur les plateformes de vente en ligne.

On y retrouve donc des microcapteurs à bas coût prêts à l’emploi capables de collecter et de transmettre les données en temps réel. Le prix des composants se limite à quelques dizaines d’euros, tandis que le coût total du dispositif varie d’environ une centaine à plusieurs milliers d’euros selon les fonctionnalités.

Une mesure facile, mais une interprétation parfois délicate

Que valent ces différents types de microcapteurs ? Pour le savoir, il faut d’abord définir ce que l’on souhaite mesurer lorsqu’on parle de particules fines. Loin d’être un mélange défini, les particules dans l’air forment un ensemble hétérogène et variable par leur forme, leur taille et leur état.

Trois catégories se distinguent :

  • les hydrométéores (pluie, neige, brouillard),

  • les aérosols (suie, poussières, embruns, composés organiques…)

  • et les bioaérosols (pollens, bactéries, virus, spores…).

Par convention, la matière particulaire en suspension (ou Particulate Matter, PM) est décrite en fonction de la taille de ses constituants, dans lesquels les hydrométéores doivent être exempts. Ainsi, par convention, les particules grossières PM10, les particules fines PM2,5 et les particules ultrafines PM0,1 représentent respectivement des ensembles hétérogènes de taille inférieure ou égale à 10, 2,5 et 0,1 micromètre (µm).

Plus les particules sont petites, plus elles sont susceptibles de pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Les PM1,0 peuvent être également suivies par des microcapteurs et des équipements de référence, mais elles ne font pas l’objet d’une réglementation spécifique ni ne sont associées à des seuils sanitaires!




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Or, les microcapteurs bas coût pour le suivi des particules, dont la mesure est basée sur leur comptage grâce à un principe optique, sont sensibles aux conditions environnementales et aux caractéristiques des particules, ce qui fragilise les performances. Leur fonctionnement repose sur la diffusion de la lumière par le passage d’une particule à travers un faisceau laser. Il s’agit du même principe qui rend visible un rayon lumineux dans la fumée. L’intensité détectée dans une direction donnée dépend de la taille, de la forme, de la composition et de l’orientation des particules.

Il faut également noter que ces microcapteurs sont calibrés avec des particules de polystyrène, loin de refléter l’hétérogénéité réelle de la pollution de l’air extérieur. S’ajoutent à cela leur encrassement et leur vieillissement, qui dégradent les performances dans le temps. L’interprétation des données exige donc une connaissance fine de ces limites.

Des données précieuses… mais sous conditions

Pour autant, les microcapteurs ne sont pas à exclure. En effet, en cas d’épisode de pollution, ils détectent les mêmes tendances que les stations réglementaires, justifiant leur usage pour des mesures indicatives.

Pour s’y retrouver, les organismes pour la surveillance de la qualité de l’air ont mené des évaluations en confrontant les microcapteurs aux équipements réglementaires. Accessibles en ligne, les résultats du challenge Airlab (Airparif, France) et de l’AQ-SPEC (South Coast AQMD, États-Unis) révèlent des corrélations satisfaisantes entre microcapteurs et ces équipements pour les PM1,0 et PM2,5. En revanche, elles sont moins bonnes pour les PM10 , car la conception des microcapteurs et le principe de la mesure ne permettent pas de bien les détecter.

Ces microcapteurs peuvent être achetés autant par des citoyens, des collectivités, des industriels, des associations ou des chercheurs. Tous ces acteurs peuvent publier leurs données sur des cartes interactives, ou y contribuer ponctuellement.

Contrairement aux cartes des AASQA, qui sont comparables entre elles grâce à des protocoles stricts, chaque plateforme adopte sa propre présentation.

Il est donc essentiel de bien comprendre l’information affichée : les points de mesure peuvent fournir une information visuelle qui représente une concentration (Atmotube par exemple) ou un indice de qualité de l’air (IQAir par exemple) avec un jeu de couleurs propre aux plate-formes comme des données chiffrées sans repère pour interpréter la donnée (OpenSenseMap par exemple). De plus, selon les plateformes, une même carte peut afficher tout un ensemble d’indicateurs de pollution de l’air, pas seulement ceux liés à un polluant spécifique comme les particules.

D’un service à l’autre, les cartes de la qualité de l’air peuvent varier considérablement, comme le montre cette comparaison du 17/11/2025 à 05h00 entre les cartes disponibles via IQAir (en haut) et Waqi (en bas).
IQ Air/Waqi.info

Par ailleurs, peu de plateformes précisent si les mesures sont faites en intérieur, en extérieur, en mobilité ou en point fixe. De plus, une donnée en temps réel et une donnée moyennée sur une période donnée ne sont pas comparables. De ce fait, pour une même zone géographique, la qualité de l’air affichée peut varier d’une plateforme à l’autre, selon l’emplacement de la mesure, l’indicateur utilisé et la période considérée. En France, les données des AASQA restent la référence pour une information de confiance.

Les microcapteurs n’en restent pas moins des sentinelles utilisables sous réserve d’une excellente maîtrise de leurs limites. L’utilisation individuelle de microcapteurs par le grand public peut être encadrée par un protocole rigoureux pour assurer la qualité des données et accompagner leur interprétation. Le projet d’OpenRadiation, qui porte sur la mesure de la radioactivité, en est un exemple : lorsqu’une mesure faite par l’utilisateur d’un microcapteur apparaît inhabituelle sur la carte, un gestionnaire contacte alors ce contributeur pour comprendre l’origine de cette déviation. La cartographie de la qualité de l’air s’appuie sur une plus grande quantité de microcapteurs, ce qui rend plus difficile un suivi individualisé. Néanmoins, une validation des données à l’instar de ce qui est réalisé pour le suivi réglementaire pourrait être envisagée à l’aide d’un traitement adapté, avec un filtrage par exemple.

Ainsi, comme en témoignent la Captothèque (Atmo Auvergne-Rhône-Alpes) ou Ambassad’air (Rennes), programmes de sciences participatives basés sur la mesure citoyenne de la qualité de l’air, les microcapteurs peuvent non seulement fournir des indications, mais aussi contribuer à l’engagement citoyen pour l’observation environnementale.




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The Conversation

Marie Bellugue Duclos a reçu des financements du CNRS pour sa thèse. Elle utilise des micro-capteurs pour ses recherches.

Denis Machon a reçu des financements du CNRS et de l’ANR (France), du CRSNG (Canada) et du FRQ (Québec).

Michael Canva a reçu des financements du CNRS et de l’ANR (France), du CRSNG (Canada) et du FRQ (Québec).

– ref. Microcapteurs pour suivre la qualité de l’air : gadgets ou véritables outils de suivi ? – https://theconversation.com/microcapteurs-pour-suivre-la-qualite-de-lair-gadgets-ou-veritables-outils-de-suivi-270124

Pourquoi la procrastination n’a rien à voir avec la paresse – et comment la surmonter

Source: The Conversation – France (in French) – By Annemieke Apergis-Schoute, Lecturer in Psychology, Queen Mary University of London

Procrastiner ne veut pas dire que l’on manque de force de caractère. Cela tient plutôt à la capacité de notre cerveau à gérer le stress et à un manque de flexibilité. La bonne nouvelle, c’est que la souplesse nécessaire pour la surmonter peut s’acquérir.


La plupart d’entre nous ont déjà vécu cette situation : une échéance approche, la tâche est parfaitement réalisable, mais, au lieu de nous y mettre, nous nous sentons soudainement obligés de ranger un tiroir ou de réorganiser les applications sur notre téléphone. La procrastination peut sembler irrationnelle, vue de l’extérieur, mais il est difficile d’y résister quand on y est soi-même confronté. Bien qu’elle soit souvent considérée comme un manque de discipline, des recherches montrent qu’elle est bien plus liée à la flexibilité (ou à la rigidité) avec laquelle notre cerveau réagit à l’inconfort et à l’incertitude.

En d’autres termes, la procrastination n’est pas un problème de gestion du temps, mais un problème de régulation des émotions. Les gens ne retardent pas les choses parce qu’ils manquent de compétences de planification, mais parce que leur cerveau cherche à échapper à un état intérieur émotionnel difficile. Lorsque je demande à mes étudiants pourquoi ils procrastinent, leurs réponses sont étonnamment similaires : « Je ne sais pas par où commencer », « Je me sens perdu », « Je suis anxieux », « Je me sens dépassé ». Aucun d’entre eux ne dit « Je m’en fiche » : la procrastination vient généralement du fait que l’on se soucie trop des choses.

Surtout, le phénomène d’évitement empêche le cerveau de se rendre compte d’une réalité importante : commencer une action est souvent gratifiant. Le premier pas, aussi petit soit-il, suffit à libérer de la dopamine. Cela aide à augmenter la motivation après – et non, avant – avoir commencé. Mais lorsque nous évitons de nous confronter à la tâche en question, nous ne ressentons jamais ce signal de récompense, et elle va continuer à nous sembler tout aussi intimidante le lendemain.

Flexibilité cognitive

La flexibilité cognitive est la capacité à actualiser ses attentes lorsque les circonstances changent, à modifier sa stratégie et à s’affranchir des schémas inefficaces. C’est un élément fondamental de l’apprentissage : le cerveau fait des prédictions, reçoit de nouvelles informations et s’adapte en conséquence.

Imaginez que vous attendiez un bus coincé dans les embouteillages. Une personne flexible changera rapidement d’itinéraire pour emprunter la ligne de métro qui, si elle correspond habituellement à un trajet plus long, permettra désormais d’aller plus vite. Une personne rigide continuera d’attendre, non pas parce qu’elle ignore qu’il existe une alternative, mais parce que changer d’itinéraire lui semble difficile ou « injustifié », et que son esprit reste figé sur son choix initial.

Je constate clairement ce schéma dans mes recherches sur le trouble obsessionnel compulsif (TOC). Bien que très différent de la procrastination, ce phénomène implique une difficulté à s’écarter d’une prédiction initiale, en particulier lorsqu’il y a incertitude ou risque d’erreur. Lorsque le cerveau ne parvient pas à actualiser ses informations, il reste focalisé sur une idée.

Les étudiants d’aujourd’hui sont confrontés à une véritable tempête. Les téléphones et les réseaux sociaux réduisent leur capacité d’attention. Le perfectionnisme amplifie l’autocritique. Et l’anxiété atteint des niveaux records dans les universités britanniques. Conjugués, ces facteurs affaiblissent la capacité du cerveau à s’adapter, ce qui est précisément la capacité nécessaire pour entreprendre une tâche difficile.

Du point de vue des neurosciences, la procrastination représente un bras de fer entre deux systèmes. D’un côté agissent des mécanismes de défense, activés lorsqu’une tâche semble incertaine, difficile ou évaluative. Cela donne lieu à des pensées telles que « Et si c’était terrible ? », « Et si j’échouais ? » De l’autre intervient le système de récompense, activé par tout ce qui procure un sentiment de bien-être immédiat (faire défiler son fil d’actualité, ranger, envoyer des messages à ses amis).

Lorsque les mécanismes de défense dominent, il peut être impossible de se mettre au travail. Pour les esprits rigides, en particulier, le cerveau a du mal à revenir sur sa prédiction initiale selon laquelle la tâche constitue un danger ou s’avère insurmontable. L’évitement devient alors la seule option possible, et le petit soulagement qui est alors ressenti incite le cerveau à répéter ce comportement.

En effet, des recherches montrent que la procrastination est essentiellement un remède à court terme pour améliorer l’humeur : une échappatoire rapide à un malaise, qui génère elle-même davantage de stress par la suite.

Il y a une génération, procrastiner exigeait de la créativité. Il fallait trouver des distractions. Aujourd’hui, ce sont elles qui vous trouvent. Les réseaux sociaux sont conçus pour déclencher une recherche de nouveauté stimulée par la dopamine. Pour quelqu’un qui est déjà anxieux ou surchargé, le téléphone devient une échappatoire omniprésente. Comme l’a dit un étudiant : « Il est plus facile de ne pas faire le travail. » Non pas parce que le travail n’a pas d’importance, mais parce que l’alternative qui lui est proposée offre une récompense instantanée.

La flexibilité peut se travailler

Alors, comment éviter la procrastination ? Il ne s’agit pas de devenir plus discipliné, mais plutôt de renforcer les systèmes cérébraux qui vous permettent de vous mettre au travail. Voici quelques moyens d’y parvenir.

Décomposez les tâches
Divisez le travail en unités concrètes et gérables : rédigez un titre, rédigez quelques points clés ou lisez une page. Cela réduit la menace perçue d’une tâche importante et sans contours bien définis, et cela procure au cerveau de petites récompenses régulières sous forme de dopamine à chaque étape franchie.

Misez sur les micro-changements
Les micro-changements sont de minuscules actions initiatrices : ouvrir le document, poser vos notes sur le bureau. Ils ne réduisent pas la tâche elle-même, mais ils interrompent l’état de « blocage » et incitent doucement le cerveau à se mettre en mouvement.

Changez de perspective
Recadrez la tâche comme si vous conseilliez quelqu’un d’autre : « Que dirais-je raisonnablement à un ami dans cette situation ? » Cela assouplit la pensée rigide et axée sur la menace et aide le cerveau à générer des interprétations alternatives plus souples.

Développez votre tolérance émotionnelle
Le malaise lié au démarrage atteint rapidement son apogée, puis diminue. Se le rappeler peut rendre l’évitement moins irrésistible.

Accordez-vous des récompenses immédiates
Associez la tâche à quelque chose d’agréable (de la musique, une boisson chaude ou le fait de travailler avec d’autres personnes) afin que la première étape soit moins pénible et plus gratifiante.

Ensemble, ces stratégies renforcent la forme de flexibilité cognitive la plus pertinente pour affronter la procrastination : la capacité à passer de l’évitement à l’action lorsqu’une tâche semble inconfortable. D’autres formes de flexibilité cognitive (telles que le changement de règle ou la flexibilité motrice) peuvent également être améliorées, mais grâce à différents types d’entraînement.

Si vous vous reconnaissez dans les étudiants qui se disent « anxieux », « dépassés » ou « ne sachant pas par où commencer », cela ne signifie pas que vous êtes paresseux. Cela signifie simplement que votre cerveau a du mal à changer d’état. La procrastination en dit beaucoup moins sur la volonté que sur la façon dont notre esprit gère l’incertitude et l’inconfort.

Et ce qui est encourageant, c’est que la procrastination n’est pas immuable. La flexibilité s’améliore avec la pratique. Chaque fois que vous faites un pas, même minime, comme ouvrir le fichier ou écrire la première ligne, vous ne vous contentez pas de progresser dans la tâche. Vous montrez à votre cerveau que commencer est faisable, supportable et souvent gratifiant.

Au fil du temps, ces petits changements s’accumulent pour produire quelque chose de puissant : un esprit capable de se diriger vers ce qui compte, plutôt que de fuir l’inconfort.

The Conversation

Annemieke Apergis-Schoute a reçu un financement du Wellcome Trust pour ses précédentes recherches sur les TOC.

– ref. Pourquoi la procrastination n’a rien à voir avec la paresse – et comment la surmonter – https://theconversation.com/pourquoi-la-procrastination-na-rien-a-voir-avec-la-paresse-et-comment-la-surmonter-272658

François Mitterrand, impossible héros de la gauche ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Judith Bonnin, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université Bordeaux Montaigne

François Mitterrand disparaissait il y a trente ans, le 8 janvier 1996. Premier président de gauche sous la Vᵉ République (de 1981 à 1995), il reste omniprésent dans l’imaginaire français, comme en témoignent de nombreux films ou livres qui lui sont régulièrement consacrés. Malgré d’importantes réformes (abolition de la peine de mort, retraite à 60 ans, RMI…), son legs politique est complexe à assumer à gauche, le parcours de l’homme étant entaché de zones sombres (Vichy, le colonialisme) et d’un soupçon permanent d’insincérité ou de trahison des idéaux qui l’ont porté au pouvoir (rupture avec le capitalisme). Quels sont les apports récents de la recherche à ce sujet ?


En 2016, le centenaire de la naissance de François Mitterrand et les vingt ans de sa disparition avaient donné lieu à de nombreuses commémorations et publications. Dix ans plus tard, de nouvelles recherches ont revisité l’histoire mitterrandienne en s’appuyant notamment sur des sources inédites publiées, à l’image des Lettres à Anne et du Journal pour Anne (2016), ou déposées en archives. Outre sa place croissante dans la littérature scientifique, François Mitterrand s’est aussi installé dans le paysage fictionnel français, dans le Promeneur du Champ-de-Mars (2005), les Saveurs du palais (2012), l’Inconnu de la Grande Arche (2025), dans les séries Bardot (2023) et Tapie (2023), ou, actuellement dans Mitterrand confidentiel, diffusée sur France 2. À travers ces récits, auxquels s’ajoutent des témoignages comme le documentaire écrit par sa fille Mazarine, François Mitterrand, une autre vie possible (2025) , cette figure de la politique française du second vingtième siècle peuple toujours puissamment les imaginaires de nos contemporains. Si sa biographie est désormais bien connue, son héritage, sans cesse réinterrogé, demeure marqué par une forte charge polémique et émotionnelle qui fait obstacle à une héroïsation partisane.

En effet, dans le panthéon de la gauche socialiste, on compte Jean Jaurès (1859-1914), Léon Blum (1872-1950), et, de manière moins évidente, François Mitterrand. Jean Jaurès est célébré comme le grand pacifiste internationaliste, le socialiste républicain, le défenseur des ouvriers de Carmaux. Léon Blum, c’est le choix de l’exercice du pouvoir en démocratie, le Front populaire et ses conquêtes, le combat contre l’antisémitisme et contre Vichy. François Mitterrand est le socialiste qui a le plus longtemps exercé le pouvoir en France : quatorze ans à l’Elysée. Mais la complexité de son parcours l’empêche d’incarner le héros de gauche « idéal ». S’il a longtemps œuvré à contrôler le récit de son parcours, la fin de son dernier septennat et de sa vie est marquée par des révélations tant privées (sa maladie, sa fille cachée) que politiques – notamment la publication d’Une jeunesse française, par Pierre Péan, en 1994, qui révèle à beaucoup son passé durant la Seconde Guerre mondiale.

Trois dossiers principaux – la Seconde Guerre mondiale, la politique (néo)coloniale de la France en Afrique et le rapport au capitalisme – font, selon nous, obstacle à un rapport apaisé de la gauche à François Mitterrand.

Mitterrand et la Seconde Guerre mondiale

Le premier sujet problématique concerne les rôles que François Mitterrand joua durant la période vichyste : la photographie prise avec Pétain le 15 octobre 1942, sa décoration de la francisque en avril 1943, sa relation avec René Bousquet notamment agitent encore régulièrement la sphère éditoriale et médiatique, alors même que l’essentiel des faits est connu de longue date.

Membres du Commissariat général au reclassement des prisonniers de guerre, François Mitterrand (à droite) et Marcel Barrois (au centre) sont reçus en audience par le maréchal Pétain, le 15 octobre 1942.

Né dans la bourgeoisie charentaise en 1916, François Mitterrand s’engage, étudiant, en politique dans la droite ultraconservatrice de la ligue des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque. Mobilisé en 1940, fait prisonnier, il s’évade d’Allemagne, trouve un emploi par ses réseaux familiaux dans l’administration de Vichy, adhère à la Révolution nationale sans être antisémite. Puis il entre progressivement en résistance en 1943 par patriotisme anti-allemand et bascule totalement dans la Résistance en novembre 1943. À la Libération, il s’ancre progressivement et définitivement à gauche.

Beaucoup de ces éléments étaient connus de ses contemporains. L’historienne Noëlline Castagnez a montré que, dès les années 1950, les bancs de droite de l’Assemblée nationale bruissent de l’insulte « francisque Mitterrand » et que durant la campagne présidentielle de 1965, c’est de Gaulle lui-même qui choisit de ne pas se servir de cet élément pour ne pas affaiblir le mythe de la France résistante ou la Ve République. À côté des réécritures ou « recompositions » de Mitterrand lui-même, l’histoire des oublis et (re)découvertes de son passage par Vichy est donc aussi celle des arbitrages de ses alliés et adversaires.

Le choc de la publication d’Une jeunesse française, du journaliste Pierre Péan, en 1994, sera particulièrement fort pour les jeunes socialistes, percevant leur parti comme un rempart homogène contre l’extrême droite depuis les années 1930, élevés dans le mythe résistancialiste selon le terme d’Henry Rousso, et découvrant progressivement, comme l’opinion, l’existence de « vichysto-résistants ».

Ce passé mitterrandien est toujours entouré d’un halo sulfureux, car certains y voient le « péché originel » d’un homme dont le parcours militant est perçu comme insincère, structuré seulement par son ambition.

Mitterrand et le colonialisme

Le rôle de François Mitterrand dans la politique coloniale puis néocoloniale française est un deuxième obstacle mémoriel majeur à la pleine revendication de son héritage à gauche. Cet aspect de sa vie politique a, en effet, fait l’objet d’une percée historiographique et éditoriale dans les années 2024-2025 (avec les travaux d’Anne-Laure Ollivier et Frédéric Turpin, de Thomas Deltombe, de Pascal Blanchard et Nicolas Bancel). Si, à l’issue de ces travaux, de réelles nouveautés ont été mises en lumière, à l’image d’un récit de voyage en Afrique subsaharienne tenu par Mitterrand entre janvier et février 1950, et que nous avons édité, l’essentiel était connu pour qui s’intéressait à la question.




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François Mitterrand avait notamment été ministre de la France d’outre-mer en 1950 et ministre de l’intérieur en 1954, c’est à ce titre qu’il déclare que « l’Algérie, c’est la France », formule alors plutôt consensuelle parmi les forces de gouvernement (et non slogan des ultras de l’Algérie française), puis garde des Sceaux en 1956-1957. Sa dureté à ce poste a notamment été mise en lumière par Benjamin Stora et François Malye en 2010.

L’actualité éditoriale mitterrandienne à ce sujet s’explique par la vivacité des questions mémorielles postcoloniales et par les avancées historiennes sur le rôle la France en Afrique, et notamment la remise en 2021 du rapport de la Commission Duclert sur « La France, le Rwanda et le génocide des Tutsi (1990-1994) ». Ministre colonial de 1950, leader d’un parti anticolonial en 1971, président du discours tiers-mondiste dit de Cancún en 1981 et chef d’État en responsabilité au moment du génocide des Tutsis en 1994 : le parcours de François Mitterrand peut être réduit par des militants déçus ou par des opposants à celui d’un homme fondamentalement de droite passé de colonial à néocolonial.

Les historiens, eux, tentent de contextualiser chacune de ces séquences et en soulignent les continuités de manière plus fine : en 1950, dans un monde politique où la décolonisation est une option très marginale, même à gauche, Mitterrand est un colonial réformiste et progressiste. Comme nous l’avons montré en 1971, il endosse assez peu le programme tiers-mondiste du PS, porté par des experts issus de la gauche chrétienne qui n’ont jamais totalement eu son attention. Ses grilles de lecture et alliances forgées à l’époque coloniale perdurent alors discrètement, sans que ce soit un sujet pour la majorité de l’électorat de gauche : le rapport des candidats au passé colonial français ne fut pas un enjeu de la campagne présidentielle de 1981.

Mitterrand et le capitalisme

Un troisième dossier nourrit négativement son bilan et alimente à gauche son procès en traîtrise : c’est celui de l’absence de rupture avec le capitalisme. C’est en effet sur cette idée forte, centrale dans la doctrine socialiste, qu’il conquiert la tête du PS, proclamant à la tribune du congrès d’Épinay en 1971 : « Celui qui n’accepte pas la rupture […] avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. »

Or à cette promesse, qui contribue à l’union de la gauche (1972-1977) et porte l’espoir et le vote de beaucoup à gauche en mai 1981, répond l’annonce très dramatisée du « tournant de la rigueur », le 21 mars 1983. À cette date, le franc est dévalué pour la troisième fois par les socialistes et maintenu dans le système monétaire européen (SME). Ce choix mitterrandien est vécu par certains comme celui de la raison et de l’Europe. Pour d’autres, il signe, par-delà le refus d’une « autre politique » monétaire, la fin du volontarisme social et économique socialiste, le triomphe « des marchés » et celui de l’Europe libérale. L’adoption du traité de Maastricht par référendum à une courte majorité, en septembre 1992, en dépit du fort engagement personnel de François Mitterrand, confirme cette prééminence européenne et libérale du cap présidentiel pour les déçus de 1983. Si la réalité économique et la chronologie de ce « tournant » ont été relativisées par les historiens, à l’instar de Frédéric Bozo qui dans un ouvrage récent revient sur cette « névrose nationale », ce moment reste particulièrement douloureux dans l’histoire de la gauche.

Si le bilan mitterrandien existe, par-delà 1983, (on songe par exemple à la création du revenu minimum d’insertion en 1988), le traumatisme ressenti à l’annonce du « tournant » introduit de fait une fracture qui sépare, d’une part, les grandes mesures de 1981-1982 (on citera pêle-mêle l’abolition de la peine de mort, les nationalisations, la 5ᵉ semaine de congés payés, la semaine de 39 heures, la décentralisation, la retraite à 60 ans, la réforme de l’audiovisuel, les lois Auroux) et, d’autre part, la rigueur, les cohabitations et un second septennat plus marquant sur le plan diplomatique qu’intérieur. À un temps « socialiste » s’opposerait ainsi un temps plus « gaullo-mitterrandiste », qui l’éloigne de la filiation de Jaurès et de Blum.

Le troisième président préféré des Français

En 2026, la peur du retour au pouvoir de l’extrême droite, la polarisation par celle-ci du débat public sur les questions postcoloniales, migratoires et identitaires, l’aggravation continue des crises économiques, politiques, européennes sont des enjeux face auxquels l’héritage mitterrandien ne semble pas le plus univoque et efficace pour la gauche et les socialistes contemporains. La dynamique d’« union de la gauche » qui a porté Mitterrand au pouvoir, au détriment de ses partenaires, n’offre pas non plus de modèle réactivable, au contraire du plus lointain et aussi plus fantasmé « front populaire ».

En 2021, un sondage Ifop classait François Mitterrand troisième président de la République préféré des Français. En tête du classement, de Gaulle, héros national et seul président à avoir fondé une famille politique se revendiquant de manière pérenne de son héritage. En second, le gaulliste Jacques Chirac, qu’une vague de nostalgie avait érigé dès les années 2010 en icône « swag » (stylé, cool), et dont la disparition en 2019 avait suscité une forte émotion. François Mitterrand arrivait cependant largement en tête parmi les sympathisants de gauche.

À l’image de la panthéonisation en 2025 de Robert Badinter, son ami et ministre, qui consacre une part de l’héritage socialiste et humaniste de 1981, on peut ainsi supposer que la mémoire militante, comme la mémoire nationale, continuera à exercer sur le bilan mitterrandien ce « droit d’inventaire » – revendiqué par Lionel Jospin dès 1995 et par François Hollande en 2009 – en sélectionnant ce qui peut, aujourd’hui encore, être rassembleur.


Judith Bonnin est l’autrice, avec Pierre-Emmanuel Guigo, de Mitterrand, à paraître le 13 janvier 2026 aux PUF_.

The Conversation

Judith Bonnin est experte pour la Fondation Jean-Jaurès, qui a financé la publication de sa thèse. Elle est membre du conseil scientifique de l’Institut François Mitterrand.

– ref. François Mitterrand, impossible héros de la gauche ? – https://theconversation.com/francois-mitterrand-impossible-heros-de-la-gauche-272710

La « défense avancée » d’Israël au Proche-Orient

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lina Kennouche, Chercheuse associée au CREAT, Université de Lorraine

En dépit des accords de cessez-le-feu conclus avec le Liban et à Gaza, et des discussions en cours avec la Syrie sur les contours d’un accord de sécurité, Israël poursuit une politique dite de « défense avancée » qui fait peu de cas de la souveraineté de ses voisins. Au nom de l’impératif de la sanctuarisation de son territoire, Tel-Aviv continue de redéfinir les frontières, d’étendre sa profondeur stratégique et d’asseoir son contrôle sur son voisinage. Cette politique se heurte toutefois de plus en plus aux intérêts de puissances régionales, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite.


Depuis deux ans, l’accumulation de succès tactiques conduit Tel-Aviv à opter pour une politique impériale qui se poursuit en dépit des différents processus de négociations en cours. Au Liban, à Gaza, en Syrie, cette politique ne va pas sans susciter de tensions avec les grands acteurs de la région.

Détruire le Hezbollah… ou détruire le Liban ?

Au Liban, la guerre d’attrition visant à détruire les capacités militaires du Hezbollah – organisation libanaise alliée de l’Iran – et à décapiter sa chaîne de commandement a abouti à l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024.

Le dossier libanais est perçu par Israël comme le point de départ de la stratégie de restructuration du Moyen-Orient. Bien que le texte de l’accord ne prévoie que la cessation des hostilités et le retrait des forces militaires du Hezbollah et de ses armes du sud de la rivière Litani en échange d’un retrait israélien des cinq positions stratégiques qu’il occupe au Sud-Liban, la lettre complémentaire (side letter) adressée par Washington à Tel-Aviv donne un blanc-seing à la partie israélienne pour « répondre aux menaces » et « agir à tout moment contre les violations commises dans le sud du Liban ». En d’autres termes, les garanties offertes par les États-Unis permettent à Israël de mener des actions militaires préemptives sans être inquiété pour cela.

Entre novembre 2024 et novembre 2025, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a recensé plus de dix mille violations du cessez-le-feu par Israël. La partie israélienne considère que l’engagement diplomatique avec l’État libanais demeure distinct de ses attaques militaires contre le Hezbollah, qu’elle qualifie de groupe terroriste. De surcroît, l’État libanais, qui n’a cessé d’appeler, sans succès, à l’action de la communauté internationale pour faire cesser les attaques quasi quotidiennes contre sa souveraineté et son intégrité territoriale, s’est vu imposer, sous la pression de Washington, un calendrier pour désarmer le Hezbollah, au risque de mettre en péril la stabilité interne, dans un contexte marqué par une grande fragilité de ses institutions.

Ainsi, l’armée libanaise est censée avoir achevé le démantèlement de toutes les infrastructures du Hezbollah et le désarmement total du groupe dans de zone située au sud du Litani, à environ 30 km de la frontière avec Israël ; mais la partie israélienne réclame désormais la mise en application de la phase deux, à savoir la restauration du monopole exclusif de l’État sur les armes. Toutefois, comme le rappellent les universitaires Joseph Daher, Sami Zoughaib et Sami Atallah dans une publication du 20 novembre dernier :

« […] La véritable souveraineté se transmet rarement par une simple signature. Elle repose sur trois fondements interdépendants : un monopole crédible de la force par l’État, des institutions fonctionnelles et solvables, et une légitimité suffisamment large pour lier les communautés à l’État. Le Liban manque de ces trois éléments. Au contraire, la coercition extérieure dicte la politique, transformant l’État d’acteur souverain en instrument. »

La Syrie dans le viseur

En Syrie, tout en poursuivant les négociations autour d’un accord de sécurité, Israël mène des actions qui fragilisent l’État syrien et favorisent la fragmentation du territoire.

Au lendemain de la chute du régime d’Assad – événement dans lequel Israël se félicite d’avoir joué un rôle majeur grâce à sa guerre d’attrition visant à affaiblir les groupes pro-iraniens –, l’aviation israélienne a conduit des frappes préemptives massives, estimant avoir détruit de 70 % à 80 % des capacités militaires syriennes. Entre décembre 2024 et juillet 2025, plus de 800 attaques aériennes israéliennes contre la Syrie auraient été dénombrées.

À ce jour, l’intransigeance israélienne en matière d’exigences sécuritaires continue de faire obstacle à la conclusion d’un accord avec la Syrie. Tel-Aviv, qui a élargi son occupation au Golan en s’emparant de 600 kilomètres carrés sur le territoire syrien, en violation de l’accord de désengagement de 1974, réclame le droit d’intervenir militairement dans le sud syrien et de conduire des frappes sous le prétexte de préserver sa sécurité et sa stabilité.

Le projet d’accord de sécurité, qui reporte la question de la restitution du Golan (occupé par Israël depuis 1967), comporte d’autres exigences drastiques comme l’élargissement de la zone tampon de deux kilomètres côté Syrie et la mise en place d’une zone démilitarisée dans le Sud, qui constitueraient un précédent dangereux. En dépit de sa volonté plusieurs fois réitérée de conclure un accord de sécurité pour apaiser les tensions avec Israël, le président syrien Ahmed al-Charaa se montre réticent à l’idée d’une zone tampon qui transformerait la région en un espace de danger « aux conséquences inconnues ».

Israël dispose déjà d’une totale liberté d’action en Syrie comme l’illustre parfaitement sa gestion de la province de Quneitra, où les habitants font face à des incursions quotidiennes, à des contrôles et arrestations arbitraires, à la confiscation de leurs logements et de leurs biens, sans que l’armée syrienne ne les protège.

Tout en adoptant une posture maximaliste dans les négociations, Israël cherche à exploiter les minorités druze et kurde comme vecteur de déstabilisation, renouant ainsi avec la stratégie de l’expert du ministère israélien des affaires étrangères Oded Yinon développée dans les années 1980. Yinon considérait le monde arabe comme un maillon faible de l’ordre international. Les États étaient « un château de cartes temporaire » construit par la France et le Royaume-Uni dans les années 1920, qui ont divisé arbitrairement la région en dix-neuf États, « tous composés de combinaisons de minorités et de groupes ethniques hostiles les uns aux autres ». Dès lors, selon lui, ces États étant artificiels, il convient de les démembrer et de recomposer des entités sur des bases confessionnelles.

Cette approche est prégnante chez certains membres du gouvernement Nétanyahou. L’actuel ministre des affaires étrangères Gideon Saar a co-écrit en octobre 2015 avec un colonel de l’armée israélienne un article intitulé « Farewell to Syria » dans lequel il affirmait :

« Toute stratégie élaborée dans le but de mettre fin à la guerre civile en Syrie et de façonner son avenir doit partir d’un postulat clair : la Syrie, effondrée et divisée, ne peut être reconstituée. Il est donc nécessaire de se concentrer sur l’identification d’alternatives pratiques à l’État syrien. […] Un règlement coordonné et ordonné visant à séparer les forces entre la majorité sunnite et les minorités vivant sur le sol syrien […] offre le meilleur potentiel de stabilité. […] Tout accord de paix en Syrie doit reposer sur la garantie de l’existence de ces communautés au sein d’entités étatiques qui leur sont propres. »

Aussitôt après sa nomination à la tête de la diplomatie israélienne, Gideon Saar a annoncé qu’Israël devait se tourner vers les Kurdes, les Druzes et les autres minorités en Syrie et au Liban. Israël a, d’un côté, cherché à instrumentaliser la question druze, comme on l’a vu lors des affrontements intercommunautaires de mai dernier quand les Israéliens, en invoquant la défense des minorités, ont lancé une vague de bombardements massifs en Syrie et continuent de se présenter comme les protecteurs de cette communauté.




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D’un autre côté, la partie israélienne a tenté de renforcer ses liens avec les Forces démocratiques syriennes (dominées par les Kurdes de la branche syrienne du PKK), engagées dans un processus d’unification pour placer les institutions civiles et militaires du nord-est de la Syrie (Rojava), sous le contrôle de l’État.

Après une interview accordée début décembre 2025 au Jerusalem Post par le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, des révélations du Washington Post ont fait état des liens qu’entretiendraient les FDS avec Israël. Selon le quotidien américain, « des personnalités druzes liées aux services de sécurité israéliens ont acheminé des fonds vers des militants druzes à Soueïda via les FDS quelques mois avant la chute du régime d’Assad ».

Bien que les FDS démentent ces accusations – également nourries par différentes déclarations de Mazloum Abdi (« Si Israël peut empêcher les attaques contre nous et mettre fin au massacre de notre peuple, nous nous en réjouissons et nous lui en sommes reconnaissants ») –, les révélations du Washington Post renforcent l’argument de la Turquie selon lequel les FDS seraient inféodées à Israël, ce qui implique que leur intégration dans l’État syrien doit nécessairement entraîner leur désarmement et la dissolution de leur commandement.

Le mécontentement de la Turquie…

Depuis plusieurs mois, les actions israéliennes en Syrie heurtent les intérêts de la Turquie et suscitent des tensions croissantes avec Ankara. En effet, la Turquie, qui est l’un des principaux parrains d’Ahmed al-Charaa et qui a largement œuvré à sa normalisation, souhaite stabiliser un pays sur lequel elle entend exercer une forte influence.

L’accumulation des tensions a conduit Ankara à déployer des radars turcs à l’intérieur du territoire syrien, ce qui entraverait la liberté d’action d’Israël. La Turquie envisagerait également d’installer une base militaire.

De son côté, Israël a renforcé son partenariat sécuritaire et énergétique avec la Grèce et avec Chypre, opposées à la Turquie sur la question du zonage maritime en Méditerranée orientale. Dans un contexte où Athènes et Nicosie voient en Tel-Aviv un contrepoids aux ambitions de la Turquie, une hypothétique convergence entre Ankara et Téhéran pourrait se dessiner dans les semaines à venir.

Enfin, un autre signe supplémentaire de l’exacerbation des contradictions entre Israël et la Turquie est perceptible dans le refus israélien d’une participation turque à une « force de stabilisation internationale » à Gaza prévue dans le cadre du plan Trump pour la paix publié le 29 septembre 2025.

Ce plan ne constituerait, pour reprendre les termes d’une analyse récente publiée par le média Orient XXI, qu’une étape supplémentaire dans la réalisation du projet hégémonique israélien au Moyen-Orient « en rendant notamment obsolètes les frontières traditionnelles et en garantissant à Israël une liberté de mouvement pour frapper qui il veut, quand il veut et où il veut […] ». Il comporte plusieurs objectifs comme « exploiter davantage les fonds du Golfe pour financer le Conseil de la paix qui serait présidé par Donald Trump et préparer le plan de développement économique de Trump pour Gaza ; […] l’élimination de toute forme de résistance dans les territoires occupés ; la liquidation de la cause palestinienne et le déplacement forcé de la population ; […] normaliser la présence d’Israël dans la région et ses relations avec tous les pays arabes, en particulier l’Arabie saoudite ».

En offrant les mêmes garanties à Israël que dans le cadre libanais, les Américains consacreraient sa liberté d’action sur le territoire gazaoui aux côtés de la force de stabilisation internationale et lui permettraient donc de continuer à contrôler Gaza en évitant le coût d’une occupation permanente.

Par ailleurs, les États-Unis – qui superviseraient le Conseil de la paix et seraient donc en charge de la surveillance du comité de gouvernance temporaire de Gaza et du développement de la bande en coopération avec les pays du Golfe pour financer les projets et maintenir l’illusion d’une légitimité politique – pourraient également tenter, par ce biais, de renforcer les relations entre Israël et l’Arabie saoudite tout en enterrant la question palestinienne.

… et de l’Arabie saoudite

Toutefois, ce dernier pari ne tient pas compte de la déconnexion croissante des intérêts entre Tel-Aviv et Riyad. L’Arabie saoudite ne souscrit pas à l’approche israélienne de la « défense avancée » sous-tendue par une stratégie de restructuration du Moyen-Orient. Elle voit dans l’usage de sa supériorité militaire une menace pour ses propres intérêts et sa politique souveraine. Durant la guerre des douze jours contre l’Iran, Riyad s’est distanciée des actions israéliennes et s’est vigoureusement opposée à l’utilisation de son territoire et de son espace aérien par l’aviation américaine et israélienne pour frapper l’Iran.

Par ailleurs, en Syrie, elle converge avec la Turquie dans sa volonté de stabiliser le pays et veut exorciser le risque d’un effondrement qui sèmerait le chaos dans la région. Sur ce point, l’administration Trump est sur la même ligne que la Turquie et l’Arabie saoudite, tout en cherchant à offrir les meilleures garanties de sécurité possible à Israël, qui demeure étroitement tributaire de l’assistance financière, militaire des États-Unis, ainsi que de leur soutien diplomatique.

Terminons par ce constat du journaliste et écrivain américain Roger Cohen dans un article du New York Times le 30 novembre dernier après un séjour en Israël et au Liban : « Je n’ai trouvé que peu de signes indiquant que la puissance israélienne, telle qu’elle est actuellement déployée, permettra d’assurer un avenir plus pacifique à long terme pour Israël et la région. »

The Conversation

Lina Kennouche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La « défense avancée » d’Israël au Proche-Orient – https://theconversation.com/la-defense-avancee-disrael-au-proche-orient-272629

On ne peut inverser le processus de vieillissement, mais voici 5 gestes qui aident à vivre plus longtemps

Source: The Conversation – in French – By Hassan Vally, Associate Professor, Epidemiology, Deakin University

Rawpixel.com/Shutterstock

À cette période de l’année, beaucoup de gens prennent la résolution de s’occuper davantage de leur santé. Il n’est donc pas surprenant que les produits censés prolonger la vie, améliorer la santé et rajeunir l’apparence connaissent un grand succès.

On estime que la longévité est déterminée à 25 % par les gènes, et que le reste dépend des habitudes quotidiennes.

Il n’existe pas de solution miracle ni de raccourci pour vivre plus longtemps et en meilleure santé, mais la science énonce clairement des principes clés. Voici cinq choses que vous pouvez faire pour prolonger votre espérance de vie et améliorer votre santé.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


1. Manger principalement des aliments d’origine végétale

L’alimentation a une incidence considérable sur la santé. Il est largement prouvé qu’un régime riche en aliments d’origine végétale est bénéfique pour la santé et permet de vivre plus longtemps.

En consommant davantage d’aliments d’origine végétale et moins de viande, de produits transformés, de sucre et de sel, on diminue le risque de contracter certaines maladies qui réduisent l’espérance de vie, comme les troubles cardiaques et le cancer.

Délicieux plateau de service méditerranéen
Le régime méditerranéen est un des modes d’alimentation les plus sains et les plus étudiés.
Louis Hansel/Unsplash

Les aliments d’origine végétale sont riches en nutriments, en composés phytochimiques, en antioxydants et en fibres. Ils possèdent également des propriétés anti-inflammatoires. Toutes ces caractéristiques protègent nos cellules des dommages liés au vieillissement et contribuent ainsi à prévenir les maladies.




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Il n’existe pas de régime alimentaire qui convienne à tout le monde, mais l’un des plus étudiés et des plus sains est le régime méditerranéen. Inspiré des habitudes alimentaires des populations vivant dans les pays bordant la mer Méditerranée, il accorde une place importante aux légumes, aux fruits, aux céréales complètes, aux légumineuses, aux noix et aux graines, au poisson et aux fruits de mer, ainsi qu’à l’huile d’olive.

2. Viser un poids santé

Une autre mesure importante pour être en bonne santé consiste à maintenir un poids santé, car l’obésité augmente le risque de souffrir de divers problèmes de santé qui réduisent l’espérance de vie.

L’obésité met à rude épreuve tous les systèmes du corps et provoque de nombreux effets physiologiques, comme des inflammations et des troubles hormonaux. Ces problèmes augmentent le risque de développer diverses maladies, telles que les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, l’hypertension artérielle, le diabète et plusieurs types de cancer.




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Outre ses effets physiques, l’obésité est également associée à une mauvaise santé mentale. Elle peut notamment causer de la dépression, une faible estime de soi et du stress.

L’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés dans les pays développés est le fait de vivre dans un environnement qui favorise l’obésité. La publicité omniprésente et la facilité d’accès à des aliments riches en calories que notre corps est programmé pour désirer font en sorte qu’il est facile de consommer trop de calories.

3. Faire de l’exercice

Chacun sait que l’exercice physique est bénéfique pour la santé. La résolution la plus courante est de faire davantage d’exercice et d’améliorer sa condition physique. Une activité physique régulière permet de prévenir les maladies chroniques, de réduire le stress et de renforcer la santé mentale.




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Si l’exercice physique aide à contrôler son poids et à réduire son taux de graisse corporelle, ses effets sont plus larges et comprennent une utilisation accrue du glucose (sucre dans le sang), une diminution de la pression artérielle, une réduction de l’inflammation ainsi qu’une amélioration de la circulation sanguine et de la fonction cardiaque.

Une femme aux cheveux gris en train de faire du yoga
Pratiquez un type d’exercice que vous aimez.
(Kelly Newton/Unsplash)

Il est facile de se laisser emporter par l’engouement pour différentes stratégies de mise en forme, mais les études montrent que tout ce qui permet d’intégrer une activité physique à son quotidien est bénéfique pour la santé. Plutôt que de courir des marathons ou de passer des heures au gym, il est préférable de bouger au quotidien de toutes les manières possibles et de pratiquer des activités qui nous plaisent.

4. Ne pas fumer

Pour améliorer sa santé et vivre plus longtemps, on doit éviter de fumer ou de vapoter.

La cigarette affecte presque tous les organes du corps, réduit l’espérance de vie et diminue la qualité de vie. Il n’existe pas de niveau de tabagisme sans danger : chaque cigarette augmente le risque de développer des cancers, des maladies cardiaques ou du diabète.


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Peu importe le nombre d’années passées à fumer et l’âge d’une personne, arrêter de fumer apporte des bienfaits pour la santé presque instatanément et permet d’inverser bon nombre des effets néfastes de la cigarette.

Si vous envisagez de passer à la cigarette électronique comme option à long terme, réfléchissez-y à deux fois. Les effets à long terme de la cigarette électronique sur la santé ne sont pas entièrement connus et elle présente ses propres risques pour la santé.

5. Privilégier les relations sociales

Des hommes âgés jouent aux échecs en plein air
Les amitiés et la socialisation sont importantes.
(Vlad Sargu/Unsplash)

Lorsqu’il est question de vivre plus longtemps et en meilleure santé, on a tendance à se concentrer sur le corps. Mais l’une des découvertes les plus importantes de la dernière décennie est la compréhension de l’influence de la santé spirituelle et psychologique.

Les personnes seules et socialement isolées présentent un risque de mortalité prématurée beaucoup plus élevé et sont plus susceptibles de souffrir de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, de démence ainsi que d’anxiété et de dépression.




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Bien que nous n’en saisissions pas encore tous les mécanismes, ce phénomène résulterait de facteurs tant comportementaux que biologiques. Si les personnes ayant un bon réseau social sont plus enclines à adopter des comportements sains, la solitude semble également avoir un effet physiologique direct sur l’organisme.

Pour être en meilleure santé et vivre plus longtemps, nous devrions développer et entretenir des relations sociales.

La Conversation Canada

Hassan Vally ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. On ne peut inverser le processus de vieillissement, mais voici 5 gestes qui aident à vivre plus longtemps – https://theconversation.com/on-ne-peut-inverser-le-processus-de-vieillissement-mais-voici-5-gestes-qui-aident-a-vivre-plus-longtemps-262171

Une « hypermédiatisation » de Trump au Canada ?

Source: The Conversation – in French – By Frédérick Bastien, Professeur titulaire, Université de Montréal

On s’interroge de plus en plus sur l’espace accordé au président des États-Unis Donald Trump dans les médias au Québec et au Canada. Dans une chronique à l’émission radiophonique Tout un matin le 26 septembre dernier, l’ancienne ministre Véronique Hivon exprimait d’ailleurs ses inquiétudes concernant le temps et les ressources accordés à la couverture de la politique américaine. Ses propos ont ensuite suscité le débat sur plusieurs tribunes médiatiques.

Dans la foulée, il est apparu que l’intérêt porté par la presse à la politique américaine excède possiblement la demande du public québécois et canadien, comme le suggèrent des données récemment publiées par les politologues Karine Prémont et Jean-François Daoust dans Options politiques.

Certains participants à ce débat ont dévoilé quelques données comparatives sur « le poids » de Donald Trump et de Mark Carney dans les médias canadiens. Toutefois, il nous paraît important de situer la couverture actuelle de la presse dans une perspective plus longue, par exemple en comparant la avec la première présidence de Donald Trump, ou avec celle plus récente de Joe Biden. Nous avons donc procédé à une brève analyse pour répondre à la question suivante : dans quelle mesure Trump est-il présent dans les médias canadiens ? Elle apporte des éléments de preuve à la thèse selon laquelle Trump est « hypermédiatisé » au Canada.

Coup d’œil méthodologique

Nous avons mobilisé une méthodologie quantitative en réalisant une recension de mots-clés à travers la banque de données « Eureka », à partir de l’abonnement de l’Université de Sherbrooke. Celui-ci donne accès aux contenus de la presse écrite et d’autres médias canadiens qui publient sur le Web, en français et en anglais.

Dans un premier temps, nous avons considéré la période de six mois suivant immédiatement l’élection de Mark Carney à titre de premier ministre du Canada, soit du 28 avril au 28 octobre 2025. Puis, à rebours, nous avons pris en compte la même période de six mois pour les années où ni le président américain ni le premier ministre canadien ne se trouvaient formellement en campagne électorale.

Chaque fois, nous avons relevé le nombre d’articles répertoriés par Eureka contenant les mots-clés « Joe Biden », « Mark Carney », « Justin Trudeau » ou « Donald Trump », selon les dirigeants en place.




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Des résultats (presque) sans ambiguïté

Les résultats obtenus sur Eureka démontrent de façon claire et sans équivoque une véritable domination de Donald Trump sur le plan de la présence médiatique au Canada, particulièrement lorsque l’on combine les sources francophones et anglophones.

Comme on le constate au tableau 1 (section A), on relève dans les médias en anglais et en français d’avril à octobre 2025 un peu plus de 155 000 textes pour « Mark Carney » alors que la référence à « Donald Trump » revient dans plus de 548 000 articles. C’est 3,5 fois plus de textes que ceux contenant le nom du premier ministre canadien.

Cette forte médiatisation n’est pas une première : on observait plus de quatre fois plus de textes contenant « Donald Trump » que « Justin Trudeau » durant la même période en 2017 et 2018. En revanche, en 2022 et 2023, la référence au président américain alors en poste « Joe Biden » apparaissait dans plus de textes que « Justin Trudeau », mais dans de moins grandes proportions (près de 1,9 fois en 2022 et 1,5 fois en 2023).

Du côté des sources exclusivement francophones (voir section B dans le tableau 1), Donald Trump demeure visiblement plus médiatisé que les premiers ministres Trudeau et Carney, mais dans des proportions plus faibles (1,4 fois plus en 2017, 1,5 fois plus en 2018 et 1,8 fois plus en 2025).




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Si les références à Donald Trump sont moins importantes, elles restent considérables lorsqu’on les compare à celles de Joe Biden. De fait, pour les années 2022 et 2023, c’est Justin Trudeau qui obtient le plus grand nombre d’occurrences (1,5 fois plus en 2022 et 2,1 fois plus en 2023). Un constat qui remet en perspective la présence de la présidence américaine, celle de Joe Biden en particulier, dans les médias francophones canadiens.

De toute évidence, un facteur « Donald Trump » joue un rôle dans le fait que, dans l’espace médiatique francophone au Canada, on traite davantage du président des États-Unis. Ainsi, contrairement à ce que l’on observe pour Joe Biden, les références à Trump dépassent celles accordées au premier ministre alors en fonction, Justin Trudeau.


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Comment interpréter ces résultats ?

Mais alors, comment interpréter cette domination en termes de références à Donald Trump dans l’espace médiatique canadien ? Pourquoi, tant pour les médias francophones qu’anglophones au pays, les mentions au 47e président des États-Unis sont-elles plus nombreuses que celles des premiers ministres Trudeau et Carney ?

Nous proposons deux explications à cette situation.

La première est d’origine politique : on peut penser que les médias estiment qu’il importe d’accorder une plus grande attention à la présidence actuelle parce qu’elle pose des défis exceptionnels, par exemple les politiques sur les tarifs douaniers, les menaces d’annexion du Canada et, plus largement, les efforts qui tendent vers le déploiement d’un régime politique plus autoritaire.

La seconde est d’origine médiatique : par sa forte personnalisation du pouvoir et son recours fréquent à des procédés de dramatisation ou de spectacularisation, la présidence de Donald Trump répond très bien à certains critères de sélection de la nouvelle qui ont moins à voir avec la logique politique elle-même.

Dans un cas comme dans l’autre, il y a lieu de s’interroger sur les mérites et les inconvénients de cette « hypermédiatisation » de Donald Trump qui a bel et bien lieu dans notre espace public.

La Conversation Canada

Frédérick Bastien a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) du Canada et du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQ-SC).

Emmanuel Choquette a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQ-SC) et de la Défense nationale canadienne (Programme de subventions de coopération ciblées)

– ref. Une « hypermédiatisation » de Trump au Canada ? – https://theconversation.com/une-hypermediatisation-de-trump-au-canada-270608

Chute de Maduro : « Trump a pris un pari sans précédent et très risqué », dit un historien

Source: The Conversation – in French – By Jacob Blanc, Professeur agrégé d’histoire et des études du développement international, McGill University

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les forces armées américaines ont mené une opération militaire afin de capturer puis exfiltrer le président vénézuélien Nicolás Maduro et sa femme, transportés de Caracas à New York. Ils sont accusés de narcoterrorisme, de complot, de trafic de drogue et de blanchiment d’argent.

Donald Trump a annoncé que les États-Unis « dirigeraient » temporairement le Venezuela, jusqu’à une « transition sûre, appropriée et judicieuse ».




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Ce n’est pas d’hier que les États-Unis souhaitent la fin du régime Maduro. Dès le premier mandat de Trump, en mars 2020, Nicolas Maduro est inculpé par la justice américaine pour narcoterrorisme et trafic de cocaïne. Une prime de 15 millions de dollars américains est promise pour son arrestation. La pression s’est cependant accentuée depuis plusieurs mois par des manœuvres tant militaires que diplomatiques.

Ce n’est pas d’hier non plus que les États-Unis interviennent militairement en Amérique latine, comme on l’a vu à Grenade et au Panama, en 1983, ou au Honduras, en 1988. Mais une intervention de cette ampleur dans un grand pays d’Amérique du Sud est sans précédent, comme l’explique Jacob Blanc, spécialiste de l’Amérique latine, professeur au département d’histoire de l’Université McGill.


La Conversation Canada : Est-ce que l’intervention américaine à Caracas vous a surpris ?

Jacob Blanc : Oui, quand même, surtout en raison de son caractère audacieux. Il y a une longue histoire d’interventions américaines en Amérique latine, mais dans les pays plus importants, ça s’est généralement passé de manière plus subtile. Les États-Unis appuyaient les changements de régime perçus comme pro-communistes ou anti-américains. Mais là, une intervention militaire en pleine nuit, au palais présidentiel, et l’enlèvement du dirigeant d’un pays moderne, c’est inusité. En plus, Trump ne touche pas au système politique, il laisse le régime en place, la vice-présidente Delcy Rodriguez étant devenue présidente par intérim. C’est sans précédent.

Quel genre de relations les États-Unis entretenaient-ils avec le Venezuela ?

J.B. : Le Venezuela a une importance particulière pour les Américains, car c’est le pays où s’est déroulé un des premiers mouvements d’indépendance contre les Espagnols. C’est là que les guerres coloniales ont pris racine, avec les idées du [chef militaire et polique] Simón Bolívar, soit celle d’un hémisphère sud-américain unifié, solidaire, avec la création d’une confédération. Ça n’a pas eu de succès, mais le Venezuela a été à l’avant-scène de ce mouvement. Puis, il y a eu la découverte du pétrole au XXe siècle dans plusieurs pays au nord de l’Amérique du Sud, dont le Venezuela (avec les plus importantes réserves au monde) mais aussi la Colombie. L’économie en a profité, mais ça a aussi créé des problèmes régionaux.

La région a pris de l’importance pour les Américains, particulièrement dans les années 1990, avec l’instabilité au Moyen-Orient. Avec l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez, [président de 1999 jusqu’à sa mort], et de ses idées de gauche, les relations se sont refroidies. Chavez est devenu la bête noire des Américains, qui l’accusaient notamment de corruption. Il y a eu l’instauration d’un embargo pétrolier dès 2019. Le secteur pétrolier s’est beaucoup affaibli par la suite. Sous Hugo Chavez, il était déjà au ralenti, en raison notamment de la corruption. Et ça prendra des années et énormément d’argent avant que le secteur pétrolier soit remis sur les rails par les Américains… qui ont eux-mêmes créé en partie le problème avec l’embargo.

LCC : Comment les autres pays sud-américains interprètent-ils cette intervention ?

J.B. : Ça dépend de leur idéologie. Le Brésil, le Mexique et la Colombie, plus à gauche, ont dénoncé cette intervention, mais l’Argentine et le Chili l’ont soutenue. À mon avis, cela va accentuer l’éloignement des deux idéologies en présence en Amérique du Sud, mais cette situation n’est pas tant nouvelle. Pour Cuba, la menace est réelle. Mais une intervention américaine sur l’île serait purement idéologique, le pays n’a presque rien à offrir. Ça serait pour Trump un trophée à exhiber.

LCC : La rhétorique guerrière de Trump contre la Colombie est quand même surprenante, le pays étant une démocratie. Comment l’interpréter ?

J.B. : Oui, ça m’étonne un peu. Mais en même temps, c’est logique : la justification officielle pour l’intervention contre le Venezuela, c’est la drogue qui entre illégalement aux États-Unis. Mais le Venezuela est un petit joueur. Au contraire de la Colombie, qui est un très gros exportateur. Alors si la justification est vraie, ça sera encore plus facile de faire la même chose en Colombie…

LCC : Quel message envoie Trump au reste du monde ?

J.B. : Les actions de Trump rappellent ce que fait Poutine en Ukraine, et à ce que pourrait faire Xi Jinping à Taïwan ou dans d’autres pays voisins. Cela met en péril les règles internationales que les nations se sont données après la Seconde Guerre mondiale. Elles ont mis en place un système, faible, certes, mais un système quand même pour éviter les guerres.

LCC : Quelle est la suite pour le Venezuela ?

J.B. : Tout va dépendre du type d’administration que Trump va soutenir. Pour l’instant, il ne change pas le régime ni le système, et dit vouloir gérer à distance, avec différents incitatifs. Je crois que l’administration Trump se croise les doigts en espérant que la nouvelle présidence n’implose pas, en raison des factions internes. On peut s’attendre à des luttes intestines au sein du pouvoir actuel, ainsi qu’avec l’armée.

Plusieurs veulent le pouvoir. Donald Trump, lui, veut le beurre et l’argent du beurre : faire passer l’opération pour une victoire sans risque ni coût, c’est-à-dire sans l’envoi de soldats susceptibles d’y perdre la vie. Mais rien n’est moins certain. Et si le chaos s’étend dans la région, en Colombie notamment, ça sera la faute de Trump. Il a pris un pari très, très risqué.

La Conversation Canada

Jacob Blanc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Chute de Maduro : « Trump a pris un pari sans précédent et très risqué », dit un historien – https://theconversation.com/chute-de-maduro-trump-a-pris-un-pari-sans-precedent-et-tres-risque-dit-un-historien-272862

Le Groenland, le Danemark et l’UE au défi de l’ordre trumpien : la doctrine Monroe en marche

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cécile Pelaudeix, est chercheuse associée en sciences politiques à Pacte Sciences Po Grenoble-UGA, Université Grenoble Alpes (UGA)

Alors que l’attaque sur le Venezuela vient de confirmer la détermination des États-Unis à user de la force pour contrôler l’ensemble du continent américain, au détriment du droit international, l’avenir du Groenland, également dans la ligne de mire de Washington, requiert une attention accrue de la part de l’Europe.


« L’attaque contre le Venezuela est l’exemple effrayant d’un scénario où la politique de puissance prend le dessus. Nous ne savons pas encore ce qui se passe et où nous allons. Mais nous devrons tous réfléchir à notre vision du monde et prendre position. » Ce message posté sur LinkedIn (en danois) par la ministre groenlandaise de l’économie, du commerce, des minéraux et de la justice Najaa Nathanielsen traduit bien l’inquiétude qui règne à Nuuk, et qui s’est encore amplifiée depuis les événements du 3 janvier 2026 à Caracas. De son côté, la première ministre danoise Mette Frederiksen s’est alarmée :

« Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’Otan, alors c’est la fin de tout. »

Les menaces états-uniennes sur le Groenland, exprimées dès le retour au pouvoir de Donald Trump il y a un an, se sont nettement intensifiées au cours de ces dernières semaines, notamment avec la nomination, le 22 décembre 2025, d’un « envoyé spécial pour le Groenland » en la personne du gouverneur de Louisiane Jeff Landry. Celui-ci décrit ouvertement sa mission comme étant l’annexion du Groenland aux États-Unis (« make Greenland a part of the U.S. »).

La nomination témoigne, sans surprise, de la ténacité du président états-unien en ce qui concerne son projet d’annexion du territoire danois. L’accent mis par Donald Trump et par Jeff Landry sur l’histoire de la Louisiane, vendue par la France en 1803 aux États-Unis, dont elle représentait alors plus de 22 % de la surface, reflète – là aussi sans surprise – la logique transactionnelle de la politique promue par l’administration Trump, une logique de marché qui s’immisce sans complexe dans le domaine de la sécurité internationale.

Mais le Groenland est-il réellement, pour les États-Unis, une affaire de « sécurité nationale et internationale » qui justifierait son annexion ? Et si non, quelles sont les ambitions réelles de Washington ?

Créer la division entre le Groenland et le Danemark

Coutumier des fausses allégations, Donald Trump conteste de nouveau la souveraineté danoise sur le Groenland : « [Il y a trois cents ans], nous aussi étions là, avec des bateaux, j’en suis sûr. » Or la souveraineté danoise sur le Groenland ne fait aucun doute. Elle a été statuée par la Cour permanente de justice internationale en 1931 et officiellement reconnue par les États-Unis en 1951. Aucun changement sur le statut de l’île ne peut se faire sans l’accord du Danemark, conformément à l’accord de 2009 entre le Danemark et le Groenland sur l’autonomie du territoire groenlandais.

Lorsque, le 7 janvier 2025, Mette Frederiksen répond à la proposition américaine d’achat du Groenland que l’avenir de l’île appartient aux Groenlandais, la réponse ménage le Groenland mais elle est incomplète. Le Groenland est toujours danois, et un vote du Parlement danois, le Folketing, est notamment requis pour une éventuelle accession à l’indépendance. Donald Trump joue à dessein de l’histoire coloniale entre le Danemark et le Groenland pour écarter un acteur clé de la situation – qui plus est, État membre de l’Union européenne.

De même, il est faux de prétendre que le gouvernement danois n’a engagé aucune dépense pour la défense du Groenland, comme le Trump l’affirme. Certes, jusqu’à récemment, la participation danoise était modeste (présence du Joint Arctic Command à Nuuk, de patrouilleurs et frégates et de la patrouille en traîneau à chiens Sirius couvrant la côte nord du Groenland). « Nous pouvons faire plus dans le cadre qui existe aujourd’hui », assurait en 2025 le ministre danois des affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen. Deux programmes de défense ont été approuvés en 2025 par le Danemark pour un montant total avoisinant 6 milliards d’euros, et Copenhague a également approuvé une commande de 16 avions de combat américains F35 : la bonne volonté danoise ne suffit pas visiblement à calmer les ardeurs conquérantes de Washington.

La guerre de récits engagée par les États-Unis en soutien du projet d’annexion du Groenland n’est pas anodine. Elle cherche à ancrer dans les esprits le doute sur la légitimité de la souveraineté du Danemark et, en jouant sur son passé colonial, à créer la division entre le Groenland et le Danemark. Un autre aspect du discours de Washington est la surestimation de la menace militaire russe et chinoise au Groenland.

Des risques surdimensionnés pour justifier l’annexion du Groenland

Sur le plan de la sécurité, Donald Trump a, à plusieurs reprises, mentionné la présence de navires militaires russes et chinois autour du Groenland. Il s’agit d’une contre-vérité : les navires en question ont été repérés au large des côtes de l’Alaska.

La projection de puissance de la marine russe dans la zone d’étranglement GIUK (zone maritime entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni) est problématique et motive notamment les opérations Northern Viking de l’Otan. Elle est également redoutée au Groenland en ce qui concerne les infrastructures critiques (notamment les câbles sous-marins de télécommunications). Les risques en matière de sécurité ne sont donc pas nuls, d’autant que la Chine renforce sa puissance militaire dans le monde et, notamment, sa capacité en porte-avions.

Pour autant, s’il est important d’exercer un contrôle du territoire groenlandais, il n’y a pas de risque militaire significatif immédiat pour le Groenland qui justifierait son annexion par les États-Unis. Le risque est volontairement exagéré par Donald Trump afin de légitimer l’appropriation du Groenland, à laquelle le Groenland et le Danemark s’opposent.

Au-delà de la rhétorique et des fausses allégations, répétées à l’envi, les menaces de Washington sont à prendre au sérieux, car elles s’accompagnent de mesures concrètes et plus discrètes.

Dans leur rapport annuel de 2025, les services de renseignement danois ont, pour la première fois, fait état d’inquiétudes concernant les États-Unis. Le Danemark, historiquement l’un des plus atlantistes des pays européens, prend ses distances avec Washington.

Un expansionnisme au service d’intérêts bien pensés

En réalité, l’administration Trump est moins concernée par les questions de sécurité (même s’il s’agit de son argument officiel) que par un expansionnisme réactivant la doctrine Monroe, qui revendique un contrôle américain exclusif de l’« hémisphère occidental ». La nouvelle stratégie nationale de sécurité des États-Unis remet clairement au goût du jour cette doctrine (« Nous appliquerons un “corollaire Trump” à la doctrine Monroe », y est-il indiqué).

Cet expansionnisme de circonstance à l’approche des élections de mi-mandat promet de frapper fort. Annexer le Groenland est sans doute plus flatteur pour les ambitions du locataire de la Maison Blanche que renforcer des partenariats de défense pour des besoins non avérés, d’autant qu’il a clairement affirmé que les Européens devraient, dans le futur, assurer leur sécurité eux-mêmes.

Or, si la stratégie nationale de sécurité de 2025 peut très bien être « la plus longue note de suicide de l’histoire des États-Unis », pour reprendre les termes de l’historienne Anne Applebaum, elle n’en représente pas moins un danger immédiat pour l’Europe où, dans un renversement surréel, la démocratie et le supranationalisme sont non seulement décrits par l’administration Trump comme des menaces, mais plus encore comme des périls plus dangereux que les régimes autoritaires de la Russie ou de la Chine.

Contrairement aux affirmations de Trump, qui prétend que les États-Unis ne sont pas intéressés par les richesses minérales de l’île (« Nous avons tellement de sites pour les minéraux, le pétrole et tout le reste »), les investissements américains se développent au Groenland. Ronald Lauder, l’héritier milliardaire d’Estée Lauder qui aurait été le premier à avoir suggéré à Donald Trump l’idée d’« acheter » le Groenland, a pris des participations dans des entreprises groenlandaises et a manifesté son intérêt pour la construction d’une centrale hydroélectrique sur le plus grand lac du Groenland, Tasersiaq, afin d’alimenter en énergie une fonderie d’aluminium.

Des responsables de l’administration Trump seraient en pourparlers pour que le gouvernement états-unien prenne une participation dans l’entreprise américaine privée Critical Metals Corp, qui détient l’un des plus grands projets d’exploitation de terres rares au Groenland, Tanbreez. Cette opération donnerait aux États-Unis un accès direct à l’extraction de terres rares au Groenland, alors que la Chine détient le quasi-monopole mondial de leur extraction et raffinement.

Enfin, des rétorsions économiques visant des industries danoises ont déjà été mises en place : des contrats pour cinq projets éoliens offshore sur la côte est des États-Unis ont été suspendus, dont deux sont développés par la société danoise Ørsted.

Une réponse groenlandaise, danoise et européenne

Il est donc urgent d’adopter des mesures groenlandaises, danoises mais aussi européennes. Le premier ministre du Groenland Jens-Frederik Nielsen a clairement exprimé à Strasbourg, le 8 octobre 2025 devant le Parlement européen, son ouverture à une coopération plus approfondie avec l’UE :

« Nous avons besoin de coopération et de partenariats avec des pays et des institutions qui partagent nos valeurs. »

Le 6 janvier 2026, dans un message posté sur son compte Facebook, il remercie plusieurs États européens de leur soutien face aux menaces de Washington : les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne, mais aussi du Royaume-Uni, ont déclaré qu’« il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland », et que « la sécurité dans l’Arctique doit donc être assurée collectivement, en coopération avec les alliés de l’Otan, y compris les États-Unis. »

Trois points sont donc saillants. Premièrement, sur le plan narratif, l’affirmation de la souveraineté du Danemark sur le Groenland ne se fait pas au détriment de l’autodétermination du peuple groenlandais, mais elle protège pour l’instant le Groenland d’une OPA américaine sur un territoire qui a bien, selon le droit danois, et en conformité avec le droit international, la capacité de décider de son futur selon les termes de l’accord d’autonomie de 2009.

Deuxièmement, sur le plan économique, une interdépendance trop forte avec les États-Unis peut déboucher sur une vulnérabilité politique et mettre en péril la démocratie au Groenland. Les Groenlandais ont déjà adopté des mesures claires de protection : le Parlement (Inatsisartut) a notamment voté en urgence en février 2025 une loi sur le financement des partis politiques, qui interdit les dons étrangers ou anonymes aux partis et aux candidats, et qui plafonne les contributions privées à l’échelle locale. Le Parlement examine en ce moment un projet de loi sur le filtrage des investissements directs étrangers visant à permettre aux autorités d’examiner, d’approuver, de conditionner ou de bloquer les investissements étrangers susceptibles de constituer une menace pour la sécurité nationale ou l’ordre public. L’UE s’est dotée d’un instrument similaire en 2019.

Troisièmement, en matière de sécurité, il est essentiel de penser une coopération européenne au bénéfice du Groenland et en accord avec le Danemark, une coopération qui peut dans un premier temps prendre la forme d’un dialogue stratégique régulier sur la sécurité et la résilience dans l’Arctique entre l’UE, le Groenland et le Danemark – et ce, sans attendre les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis.

Ce dialogue stratégique aurait pu commencer dès le début de l’année 2025. Mais les menaces de Washington n’ont pas été prises au sérieux, et un retard considérable a été pris. Il n’est pas sûr que la proposition des pays européens d’une réponse dans le cadre de l’Otan soit suffisante pour convaincre les États-Unis de renoncer à la force pour annexer le Groenland. Il est donc urgent de comprendre que l’UE doit avoir le courage de repenser sa relation avec les États-Unis, et de se penser et de s’affirmer sans détour comme puissance.

The Conversation

Cécile Pelaudeix ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le Groenland, le Danemark et l’UE au défi de l’ordre trumpien : la doctrine Monroe en marche – https://theconversation.com/le-groenland-le-danemark-et-lue-au-defi-de-lordre-trumpien-la-doctrine-monroe-en-marche-272666

Budget 2026 : les conséquences de l’échec de la commission mixte paritaire et du choix de la loi spéciale

Source: The Conversation – France in French (3) – By Alexandre Guigue, Professeur de droit public, Université Savoie Mont Blanc

L’échec de la commission mixte paritaire sur le projet de loi de finances pour 2026 place le gouvernement face à un choix délicat. Le premier ministre entend déposer un projet de loi spéciale, comme en décembre 2024, après le renversement du gouvernement de Michel Barnier. Ce choix soulève d’importantes questions de conformité constitutionnelle et de portée juridique. Décryptage.


Après l’échec de la commission mixte paritaire (CMP), vendredi 19 décembre, qui n’est pas parvenue à proposer un texte de compromis, le premier ministre se retrouvait avec trois options : donner le dernier mot à l’Assemblée nationale et tenter de forcer l’adoption par l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, attendre l’expiration du délai de soixante-dix jours pour mettre en œuvre le projet de loi de finances (PLF) par ordonnance, ou déposer un projet de loi spéciale. C’est cette dernière voie qui a été choisie. Pourquoi ? Et est-ce conforme au droit ?

Les trois options qui s’offraient au premier ministre

L’option de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution

Cette option pouvait être écartée assez facilement. D’abord, le premier ministre Sébastien Lecornu l’avait lui-même écartée en début de procédure. Ensuite, c’est une voie très risquée. C’est celle qui a fait chuter le gouvernement de Michel Barnier, le 4 décembre 2024, sur l’adoption du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025. Certes, contrairement à Michel Barnier, Sébastien Lecornu est parvenu à obtenir le vote du PLFSS 2026. Mais, au regard des débats tendus sur le projet de loi de finances, le premier ministre prendrait un très grand risque en recourant à cette procédure. De toute façon, en cas de renversement, il aurait été contraint, en tant que premier ministre démissionnaire, de procéder exactement comme l’a fait Michel Barnier en décembre 2024, c’est-à-dire de déposer un projet de loi spéciale.

L’option d’une mise en œuvre du projet par ordonnance

L’article 47 alinéa 3 de la Constitution prévoit que « si le Parlement ne s’est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance ». Le PLF a été déposé à l’Assemblée nationale le 14 octobre 2025. La fin de la période de soixante-dix jours calendaires est le 23 décembre, à minuit. En conséquence, si le Parlement « ne s’est pas prononcé », et seulement dans ce cas (ce qui exclut un rejet du PLF), le gouvernement peut se passer du Parlement complètement. Cela signifie que l’État fonctionnerait en 2026 sur la seule base du projet initial du gouvernement, en retenant éventuellement les amendements votés par les deux assemblées (ce point a prêté à discussion entre spécialistes. A priori, rien n’empêche le gouvernement d’admettre des amendements votés par les deux assemblées).

La possibilité d’une mise en œuvre par ordonnance dépend donc de deux conditions : l’écoulement du délai de soixante-dix jours et l’absence de rejet définitif par l’Assemblée nationale.

Cependant, comme pour l’article 49 alinéa 3, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il n’aurait pas recours aux ordonnances. Cette position, qui peut être critiquée dans la mesure où un premier ministre se prive ainsi de pouvoirs que la Constitution lui donne, a une certaine logique, puisque les deux procédures s’apparentent à un passage en force. En effet, dans les deux cas, le PLF est mis en œuvre sans vote formel du Parlement. Dans le premier, il est considéré comme adopté sauf si une motion de censure est votée ; dans le second, le PLF est mis en œuvre par ordonnance sans que le Parlement n’ait pu se prononcer.

Sébastien Lecornu privilégie donc la concertation et l’approbation du Parlement, en excluant tout passage en force. Le vote positif du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) le conforte dans cette direction. Après l’échec de la commission mixte paritaire, le premier ministre choisit donc de déposer un projet de loi spéciale.

L’option de la loi spéciale

Sans l’épisode mouvementé de 2024, cette option paraîtrait extraordinaire puisque deux situations seulement avaient donné lieu à des lois de finances spéciales.

En 1962, après le renversement de son gouvernement, le premier ministre Georges Pompidou avait fait adopter, le 22 décembre 1962, un projet de loi de finances partiel comportant la seule première partie du PLF. Un autre projet de loi de finances spéciale comportant la deuxième partie avait été adopté le 26 janvier 1963.

La deuxième situation s’est produite en 1979. Par une décision du 24 décembre 1979, le Conseil constitutionnel a invalidé le PLF 1980 pourtant adopté par le Parlement. Pris au dépourvu, le gouvernement s’est alors inspiré des textes existants en faisant adopter une loi spéciale, le 27 décembre 1979. Saisi une nouvelle fois, le Conseil constitutionnel avait validé ce choix en constatant que, comme les textes n’avaient pas prévu cette situation, « il appartenait, de toute évidence, au Parlement et au gouvernement, dans la sphère de leurs compétences respectives, de prendre toutes les mesures d’ordre financier nécessaires pour assurer la continuité de la vie nationale ; qu’ils devaient, pour ce faire, s’inspirer des règles prévues, en cas de dépôt tardif du projet de loi de finances, par la Constitution et par l’ordonnance portant loi organique, en ce qui concerne tant les ressources que la répartition des crédits et des autorisations relatifs aux services votés » (décision du 29 décembre 1979).

En 2024, après le renversement du gouvernement Barnier, le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé le dépôt d’un projet de loi de finances spéciale. Après un vote à l’unanimité par les députés et les sénateurs, la loi spéciale a été promulguée onze jours avant la fin de l’année (20 décembre 2024).

En décembre 2025, si la situation est comparable, elle présente tout de même quelques différences.

Les conditions sont-elles remplies pour le dépôt d’un projet de loi de finances spéciale ?

L’article 47 de la Constitution et l’article 45 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) posent chacun une condition pour une loi de finances spéciale. Aucune des deux n’est remplie par Sébastien Lecornu.

La condition de l’absence de dépôt « en temps utile » du PLF

L’article 47 alinéa 4 de la Constitution, qui prévoit la possibilité d’une loi de finances spéciale, pose la condition de l’absence d’un dépôt « en temps utile de la loi de finances pour être promulguée avant le début de l’exercice » (le 1er janvier 2026). Cela renvoie à la situation dans laquelle le PLF a été déposé avec un retard tel que le Parlement n’a pas pu disposer du temps d’examen prévu par la Constitution, c’est-à-dire soixante-dix jours. Or, si Sébastien Lecornu a déposé le PLF en retard, le 14 octobre 2025, le Parlement a bien, théoriquement, disposé de soixante-dix jours calendaires, le délai s’achevant le 23 décembre à minuit. En conséquence, la condition n’est pas remplie pour déposer un projet de loi spéciale
(ce point a été confirmé par le rapporteur de la commission des finances de l’Assemblée nationale dans son rapport sur le projet de loi spécial de 2024).

Qu’à cela ne tienne, le premier ministre le fera quand même, comme Michel Barnier en décembre 2024. Cette petite entorse de la Constitution semble implicitement assumée par le gouvernement. Il faut dire que, pour respecter la lettre du texte, le premier ministre devrait retirer le PLF qui est à l’Assemblée, en redéposer un autre, constater que le dépôt n’a pas été fait en temps utile et déposer un projet de loi spécial. En 2024, Michel Barnier ne le pouvait pas, car étant démissionnaire, il n’en avait pas le pouvoir. En 2025, Sébastien Lecornu en a le pouvoir, mais le temps presse et, surtout, cela revient au même.

La condition d’un dépôt du projet de loi spéciale avant le 19 décembre

L’article 45 de la LOLF prévoit que le projet de loi de finances spéciale doit être déposé avant le 19 décembre. Or, l’échec de la commission mixte paritaire est intervenu le 19 décembre, justement. Pour déposer un projet de loi spéciale, le gouvernement doit d’abord recueillir l’avis du Conseil d’État puis l’arrêter en Conseil des ministres.

Sébastien Lecornu, même en allant très vite, n’est pas en mesure de respecter ce délai. Le dépôt intervient donc avec quelques jours de retard. Est-ce problématique ? La LOLF n’est pas respectée, mais de peu. Ce n’est problématique que si le Conseil constitutionnel est saisi et que s’il applique strictement la règle du 19 décembre. Il y a des raisons pour le premier ministre de ne pas être inquiet. En décembre 2024, le projet de loi spéciale avait été adopté à l’unanimité et le Conseil n’avait pas été saisi.

Même si le Conseil est saisi en 2025, il est fort probable qu’au regard de sa jurisprudence antérieure il considère que le premier ministre a bien tout mis en œuvre pour assurer la continuité de la vie nationale et, par surcroît, avec l’aval du Parlement.

Le contenu de la loi spéciale

En 1979, le gouvernement s’était contenté de prévoir le strict minimum prévu par l’article 47 alinéa 4 de la Constitution, c’est-à-dire la perception des impôts existants. En décembre 2025, le gouvernement s’est montré plus audacieux.

Partant du principe que la Constitution se contente de prévoir ce contenu obligatoire, il a considéré que d’autres dispositions pouvaient être ajoutées. Le Conseil d’État a confirmé cette lecture dans son avis sur le projet de loi spéciale de 2024. La loi spéciale de 2024 comportait quatre articles. Le premier portait sur la perception des impôts existants. Le deuxième prévoyait le prélèvement sur recettes au profit des collectivités territoriales. Le troisième portait autorisation pour le gouvernement d’emprunter. Le quatrième a permis aux organismes de sécurité sociale de percevoir leurs ressources non permanentes.

En 2025, le gouvernement est parvenu à faire adopter le PLFSS. Par conséquent, il n’a pas besoin de prévoir le quatrième article. Comme il n’y a pas de raison qu’il en prévoit d’autres, le projet comportera sans doute les trois premiers articles.

Le Parlement devrait rapidement voter le projet de loi spéciale. Si, comme en 2024, il le fait à l’unanimité, il n’y aura vraisemblablement pas de saisine du Conseil constitutionnel.

Le 1er janvier 2026, le gouvernement fonctionnera avec le minimum, comme début 2025. Il restera alors à faire à adopter par le Parlement un PLF complet. François Bayrou y était parvenu, le 5 février 2025. La voie du compromis choisie par Sébastien Lecornu lui permettra-t-elle de le faire comme ce fut le cas pour le PLFSS ?

The Conversation

Alexandre Guigue est membre de membre de la Société française de finances publiques, association reconnue d’utilité publique réunissant universitaires et praticiens des finances publiques.

– ref. Budget 2026 : les conséquences de l’échec de la commission mixte paritaire et du choix de la loi spéciale – https://theconversation.com/budget-2026-les-consequences-de-lechec-de-la-commission-mixte-paritaire-et-du-choix-de-la-loi-speciale-272501

Vous choisissez une carrière ? Dans un marché du travail en constante évolution, écoutez votre voix intérieure

Source: The Conversation – in French – By Kobus Maree, Professor of Educational Psychology, University of Pretoria

Le monde du travail d’aujourd’hui, au 21ᵉ siècle, est beaucoup plus imprévisible que celui du 20ᵉ. Des métiers apparaissent puis disparaissent. Les postes évoluent constamment, et l’automatisation ou les bouleversements numériques sont désormais la norme. Beaucoup de jeunes exerceront un jour des métiers qui n’existent pas encore. Le changement est la nouvelle constante.

Dans ce monde, l’orientation professionnelle se concentre sur la gestion des transitions répétées et le développement de la résilience. Il s’agit de l’employabilité et de la conception d’une vie professionnelle épanouissante, et non de trouver un « emploi à vie ». Elle reconnaît que l’activité économique fait partie d’une réalité sociale plus globale.

Au cœur de cette démarche se trouve la recherche d’un sens à donner à sa vie.

En tant que conseiller d’orientation professionnelle et universitaire, j’ai traversé des décennies d’innovation, de recherche et de pratique en Afrique du Sud et au-delà. J’ai découvert que les travaux du psychologue américain Mark Savickas offrent un moyen utile de comprendre comment les gens construisent une carrière réussie et pleine de sens dans un monde en mutation.

Sa théorie de la construction de carrière propose de ne plus chercher à « assortir » une personne à un environnement “idéal”. Il faut plutôt voir chaque individu comme l’auteur de sa trajectoire. Chacun essaie de créer du sens, de comprendre ses thèmes de vie, et de s’adapter à un monde imprévisible.

En clair, choisir une carrière ne dépend pas seulement de nos compétences ou de nos centres d’intérêt. Cela dépend de la façon dont nous comprenons notre histoire, de nos valeurs, et de notre capacité à faire face aux changements.

Dans mes travaux, j’insiste sur le fait que l’orientation professionnelle doit s’appuyer sur les « histoires » des personnes (la façon dont elles se perçoivent) ainsi que sur leurs « scores » (les données objectives les concernant). C’est pourquoi j’ai développé des outils qui combinent des approches qualitatives et quantitatives pour explorer les intérêts d’une personne.

Je pense également que l’orientation professionnelle doit s’appuyer sur le contexte dans lequel vit chaque personne. Par exemple, en Afrique du Sud, les jeunes sont confrontés à de multiples transitions professionnelles et personnelles, à des opportunités limitées et à des contraintes systémiques, telles qu’un accès inégal et restreint à une éducation et une scolarité de qualité, un manque d’opportunités d’emploi et un soutien insuffisant en matière d’orientation professionnelle. Mon travail dans ce contexte sud-africain met l’accent sur l’autonomie (personnelle), l’adaptabilité (professionnelle), le sens et l’espoir.

Cela va au-delà de la question « quel emploi vous convient le mieux » pour aboutir à un processus plus riche, basé sur le récit de vie. Les personnes racontent leur parcours, repèrent les moments charnières, réfléchissent à leurs valeurs et imaginent les prochains chapitres de leur vie professionnelle. En bref, elles apprennent à s’écouter : leurs souvenirs, leurs rêves, leurs valeurs, leurs identités personnelles et professionnelles en construction. Elles apprennent aussi à construire une histoire qui compte vraiment pour eux-mêmes et pour les autres.

Je pense également que les conseillers d’orientation professionnelle devraient essayer d’aider les gens à gérer leurs déceptions, leur tristesse et leur douleur, et leur donner les moyens de guérir les autres et eux-mêmes.

Conseils pour les personnes en début de carrière

L’adaptabilité est un thème central dans la théorie actuelle de la carrière. Elle comporte quatre dimensions :

  • la préoccupation (à propos de l’avenir)

  • le contrôle (sur votre destin)

  • la curiosité (explorer les possibilités)

  • la confiance (en votre capacité à agir).

Lorsque vous développez ces capacités, vous êtes mieux armé pour gérer les transitions professionnelles, redéfinir votre trajectoire de façon pertinente et réactive, et atteindre un équilibre satisfaisant entre vie professionnelle et vie privée.

J’ai constaté que dans la pratique, il est utile de :

  • réfléchir aux « tournants » majeurs de votre carrière et de vos premiers souvenirs

  • intégrer la connaissance de soi à la compréhension des évolutions d’un secteur, des innovations technologiques et des dynamiques économiques.

  • s’appuyer sur des « récits » (informations subjectives sur vous-même) et des « scores » (données objectives)

  • développer un sens de la mission (ce que le travail signifie pour vous personnellement) et une vision (votre contribution à la société, et pas seulement votre titre professionnel).

Je vous invite à réfléchir profondément à votre histoire, à identifier les moments clés qui vous ont façonné, à clarifier vos valeurs et à décider de la contribution que vous souhaitez apporter. Ensuite, (re)concevez votre cheminement, étape par étape, une transition à la fois.

Si possible, une année sabbatique peut être un bon moment pour mener cette réflexion, acquérir de nouvelles compétences et développer des qualités telles que la capacité d’adaptation.

L’un des meilleurs conseils pour les jeunes diplômés des écoles était le suivant : « Procurez-vous un passeport et parcourez le monde. »

Comment un conseiller peut vous aider

L’un des principes fondamentaux de mon travail: l’orientation professionnelle doit profiter non seulement aux individus, mais aussi aux groupes. Il doit promouvoir les idéaux de justice sociale, de travail décent et une contribution significative de chacun à la société.

Pour moi, le rôle des praticiens n’est pas de conseiller les autres, mais de leur permettre d’écouter leur voix intérieure.

En d’autres termes, dans un monde incertain, le sens de la vie devient une boussole, une étoile polaire. Il donne une direction. En vous aidant à trouver les fils qui relient votre vie et votre parcours professionnel unique, un conseiller vous aide à prendre le contrôle de votre vie professionnelle dans des contextes changeants.

L’orientation professionnelle met également l’accent sur la promotion de la durabilité des sociétés et des environnements essentiels aux moyens de subsistance de chacun.

Aujourd’hui, l’orientation professionnelle est plus nécessaire que jamais. Ce n’est pas un luxe. Ce n’est pas une liste de réponses toutes faites. C’est un soutien pour devenir adaptable, réfléchi, résilient et porteur d’espoir.

The Conversation

Kobus Maree does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Vous choisissez une carrière ? Dans un marché du travail en constante évolution, écoutez votre voix intérieure – https://theconversation.com/vous-choisissez-une-carriere-dans-un-marche-du-travail-en-constante-evolution-ecoutez-votre-voix-interieure-271548