Suivre la faune grâce à l’ADN : une percée scientifique en collaboration avec une communauté autochtone

Source: The Conversation – in French – By Valérie S. Langlois, Professor/Professeure titulaire, Eau Terre Environnement Research Centre, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Orignaux, caribous, cerfs… Ils traversent les forêts depuis des millénaires et façonnent les écosystèmes autant que les cultures humaines. Mais comment confirmer leur présence sans les observer, les capturer ou les déranger ? La réponse tient parfois à l’invisible : des fragments d’ADN laissés dans la neige, la poussière ou transportés par des insectes.

Cette approche, appelée ADN environnemental (ADNe), transforme le suivi de la faune terrestre, à condition d’en adapter les méthodes aux réalités du territoire.

Au Canada, la protection de la biodiversité se fait sous des pressions croissantes liées à l’exploitation des ressources et aux changements climatiques. Le Cerf de Virginie, par exemple, se déplace vers le nord, empiétant sur les habitats d’orignal et du caribou. Il peut transporter avec lui des maladies qui mettent à risque des populations entières de cervidés. La progression de l’espèce est suivie de près, mais repose sur des informations parfois difficiles à obtenir.

Il en va de même pour le suivi des espèces rares et difficiles à observer, comme le carcajou, dont la présence dans plusieurs régions du nord du Québec demeure incertaine, faute de données tangibles pour la confirmer.

Pour orienter les décisions nécessaires à la protection de la biodiversité, l’ensemble des acteurs — gouvernements, organismes de conservation, industrie et Peuples autochtones — ont besoin de données fiables, comparables et produites de manière socialement responsable. Or, les outils de suivi traditionnels (observation directe, capture, colliers GPS ou pièges photographiques) sont souvent coûteux, intrusifs ou difficiles à déployer dans des régions éloignées.

L’ADN environnemental : promesses et limites

L’ADNe repose sur un principe à la fois simple et puissant : tous les organismes vivants libèrent des fragments de leurs cellules contenant de l’ADN dans leur environnement, notamment par leurs excréments, leur urine, leur salive, leur peau ou leurs poils. En analysant ces traces génétiques présentes dans l’eau, le sol, la neige ou l’air, il devient possible d’identifier les espèces qui fréquentent un milieu donné, sans contact direct ni perturbation des animaux.

Si cette approche est aujourd’hui bien établie pour les espèces aquatiques, son application aux animaux terrestres demeure un défi scientifique majeur. Contrairement aux milieux aquatiques, l’ADNe est dispersé de façon inégale. Sa détection dépend étroitement du comportement des espèces, des conditions climatiques, de la nature des substrats (sol, poussière, neige) et des processus de dégradation de l’ADN dans l’environnement. Ces facteurs rendent le suivi plus complexe et nécessitent des méthodes adaptées aux réalités locales.

Dans ce contexte, un récent article scientifique publié dans la revue Environmental DNA a marqué une avancée majeure pour le suivi de la biodiversité au Canada. Nous y présentons de nouveaux outils permettant de suivre 125 espèces animales d’Amérique du Nord de manière non invasive. Fait marquant, près de la moitié de ces espèces ont été sélectionnées par des partenaires autochtones à travers le pays, pour leur importance culturelle, écologique ou alimentaire. Parmi elles figure le caribou, une espèce emblématique et culturellement centrale pour de nombreuses Nations autochtones.

C’est précisément à l’interface entre ces promesses technologiques et ces défis scientifiques qu’est née une collaboration étroite entre des chercheuses et chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et la Première Nation Abitibiwinni à Pikogan, au nord d’Amos en Abitibi-Témiscamingue, dans le cadre du projet pancanadien iTrackDNA.




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Une recherche co-construite sur le territoire

En 2021, la communauté anicinape s’est jointe au projet iTrackDNA afin de développer des outils de suivi de la faune répondant à ses priorités culturelles et territoriales. Les gardiens du territoire, les biologistes communautaires et les chercheuses et chercheurs ont d’abord identifié des espèces clés, dont l’orignal, le caribou forestier et le cerf de Virginie, qui suscitent des préoccupations sur les plans culturel, écologique et de subsistance.

Une première campagne d’échantillonnage, fondée sur la filtration classique de l’eau, s’est soldée par des résultats décevants. Malgré la présence confirmée des espèces, les taux de détection étaient faibles, voire inexistants. Loin d’être un échec, ce revers a mis en lumière une réalité essentielle : les méthodes standards d’ADNe ne sont pas universelles et doivent être adaptées aux contextes écologiques et sociaux dans lesquels elles sont utilisées.

Repenser les méthodes, ensemble

Plutôt que d’abandonner, l’équipe a choisi de repenser entièrement l’approche. Une étude expérimentale rigoureuse a été menée sur le territoire ancestral de la Nation Abitibiwinni, en forêt boréale au Québec, afin de comparer différentes méthodes de collecte d’ADNe pour le suivi de la faune terrestre. Les protocoles ont été co-développés avec les gardiens du territoire, en privilégiant des matériaux peu coûteux, accessibles et applicables en régions éloignées.

Quatre grandes approches ont été testées : l’échantillonnage de la neige de surface, la collecte de poussières et d’invertébrés (mouches charognardes), l’échantillonnage de l’eau locale et l’échantillonnage de l’eau en aval. Les essais ont été réalisés dans des environnements contrôlés, notamment au refuge faunique Pageau et dans un enclos gouvernemental de caribous, afin de comparer clairement l’efficacité de chaque méthode.

La neige, alliée inattendue du suivi faunique

Les résultats, récemment publiés dans la revue scientifique Journal of Applied Ecology, sont sans équivoque. L’échantillonnage de la neige de surface s’est révélé la méthode la plus performante, avec une détection parfaite de l’ADN des trois espèces ciblées. La neige agit comme un excellent conservateur : froide, sombre et peu perturbée, elle accumule et préserve l’ADNe déposé par les animaux en déplacement.

Les méthodes basées sur les invertébrés et la poussière aérienne ont également montré une forte efficacité. Ces approches sont prometteuses pour les saisons sans neige ou pour les espèces qui ne sont actives que l’été. À l’inverse, l’échantillonnage de l’eau s’est avéré moins fiable pour certaines espèces terrestres, sauf dans des contextes très spécifiques, soulignant la nécessité d’une validation locale préalable.




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Partager les nouvelles connaissances

Suite à cette collaboration fructueuse, une formation unique sur l’ADNe, co-organisée par l’INRS, la Première Nation Abitibiwinni et l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador, a réuni des membres de 12 communautés et organismes autochtones. L’objectif était de renforcer les capacités locales en matière de suivi de la faune à l’aide d’outils scientifiques adaptés aux réalités du territoire.

Les participantes et les participants ont acquis des compétences concrètes, allant de la conception d’un plan d’échantillonnage à l’interprétation des résultats de laboratoire. Les méthodes enseignées, développées conjointement par des chercheuses, des chercheurs et des gardiens du territoire, sont respectueuses des animaux, fiables et applicables en milieux éloignés avec du matériel accessible. Cette formation illustre comment une technologie de pointe peut être appliquée localement pour soutenir la gestion du territoire, tout en respectant les savoirs, les cultures et les priorités des communautés.




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Une science utile, ancrée et durable

Au-delà des résultats techniques, cette recherche montre la force d’une démarche menée conjointement, où les savoirs écologiques autochtones et la génomique moderne se complètent et se renforcent. Les protocoles développés sont désormais accessibles à d’autres organisations autochtones et non autochtones, au Canada comme ailleurs, et contribuent directement à l’élaboration de normes canadiennes pour l’analyse de l’ADNe.

Si l’ADNe n’apporte pas encore toutes les réponses, il constitue un outil puissant et adaptable pour appuyer la gouvernance territoriale et la conservation de la biodiversité. En misant sur la collaboration, l’innovation méthodologique et l’ancrage territorial, cette approche ouvre la voie à un suivi de la faune plus inclusif, plus fiable et mieux aligné avec les défis environnementaux d’aujourd’hui et de demain.

La Conversation Canada

Valérie S. Langlois a reçu des financements de Génome Canada, Génome Québec et du programme de Chaires de recherche du Canada pour effectuer ce projet de recherche.

Annie Claude Bélisle a reçu des financements de Mitacs Élévation et de la Première Nation Abitibiwinni.

ref. Suivre la faune grâce à l’ADN : une percée scientifique en collaboration avec une communauté autochtone – https://theconversation.com/suivre-la-faune-grace-a-ladn-une-percee-scientifique-en-collaboration-avec-une-communaute-autochtone-272110

Les inégalités économiques croissantes pavent la voie à la montée des autoritarismes

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Martineau, Professeur de philosophie, Liberal Arts College, Université Concordia, Concordia University

En concentrant la richesse et le pouvoir entre les mains d’une minorité, le système économique dominant fragilise les démocraties et ouvre la voie aux autoritarismes, révèle le dernier rapport d’Oxfam, publié la semaine dernière en marge de l’ouverture du Forum économique mondial de Davos, un choix de calendrier loin d’être anodin.


Alors que les élites économiques et politiques mondiales s’y réunissaient pour débattre du « nouvel ordre mondial » et de stratégies pour diversifier les marchés et maintenir la croissance économique mondiale à flots, le rapport d’Oxfam dresse quant à lui un constat accablant : le système économique dominant produit des niveaux d’inégalités sans précédent historique.

Loin d’être des anomalies conjoncturelles, ces inégalités apparaissent comme le symptôme structurel d’un modèle économique fondé sur l’exploitation, dont les effets menacent de plus en plus la stabilité démocratique à l’échelle mondiale.

Professeur de philosophie au Liberal Arts College de l’Université Concordia, mes recherches portent sur le temps, la technologie et l’économie politique du capitalisme contemporain.




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Un système inégalitaire

Le rapport souligne d’abord l’extrême concentration de la richesse. Les 12 milliardaires les plus riches de la planète possèdent aujourd’hui une richesse équivalente à celle détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit environ 4 milliards de personnes. Ce chiffre, déjà frappant en soi, illustre une dynamique propre au capitalisme contemporain. Les inégalités ne sont pas qu’un résultat indésirable du système, mais une structure fondamentale de son fonctionnement.

Les marchés mondiaux reposent sur une série de relations sociales structurées par des rapports de propriété et de pouvoir asymétriques entre les personnes et les pays. Le système ne fait pas que concentrer la richesse une fois qu’elle est produite, il « crée » de la richesse sur la base de rapports sociaux inégaux. La richesse des uns dépend de la pauvreté des autres.

L’un des constats les plus préoccupants du rapport réside justement dans cette mise en parallèle de l’augmentation de la richesse des milliardaires et de la progression de l’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale. Les données présentées indiquent que ces deux phénomènes suivent des trajectoires similaires. Alors qu’une fraction infinitésimale de la population mondiale voit sa richesse croître de manière exponentielle, des centaines de millions de personnes basculent ou demeurent dans des situations de précarité alimentaire.

Cette relation n’est pas fortuite : le système privilégie la maximisation du profit plutôt que la satisfaction des besoins fondamentaux, et l’accès aux nécessités dépend de la capacité de payer, et non d’un droit humain.

De l’économique au politique

L’évolution récente de la fortune des milliardaires renforce ce diagnostic, et ouvre également sur les dimensions politiques du problème des inégalités.

Depuis la seconde élection de Donald Trump en novembre 2024, la richesse des milliardaires a augmenté à un rythme trois fois supérieur à la moyenne observée au cours des cinq années précédentes. Cette accélération ne peut être comprise indépendamment des choix politiques favorables au capital : déréglementation, baisses d’impôts sur les hauts revenus et le capital, affaiblissement des mécanismes de redistribution et du pouvoir de négociation du travail.

Aux États-Unis, la convergence entre les intérêts des milliardaires de la tech et les politiques économiques de l’administration Trump illustre également cette dynamique. Le rapport met ainsi en lumière l’imbrication étroite entre la sphère politique et les inégalités économiques.

Ces inégalités économiques ont également des conséquences majeures sur les processus démocratiques. Le rapport d’Oxfam montre que les milliardaires ont environ 4000 fois plus de chances d’occuper un poste politique que les citoyennes et citoyens ordinaires. Cette surreprésentation des élites économiques dans les sphères du pouvoir contribue à orienter les politiques publiques en fonction de leurs intérêts propres.

Dans un tel contexte, les institutions démocratiques tendent à fonctionner de manière formelle, tandis que leur substance – l’égalité politique et la souveraineté populaire – s’érode progressivement.

Les données comparatives présentées dans le rapport renforcent ce constat : les pays caractérisés par les niveaux d’inégalités économiques les plus élevés présentent un risque sept fois plus important de voir leur démocratie s’affaiblir que ceux où les inégalités sont les moins prononcées. Loin d’être un simple enjeu de justice distributive, l’inégalité apparaît ainsi comme un facteur structurel de déstabilisation démocratique.

Lorsque de larges segments de la population sont exclus des bénéfices économiques et privés de toute influence politique réelle, la confiance envers les institutions décline, ouvrant la voie à des formes politiques autoritaires.




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Contrôle, répression et délégitimation

Dans ce contexte, l’argument selon lequel le capitalisme contemporain engendre des formes politiques autoritaires mérite une attention particulière. Plus les inégalités se creusent, plus le maintien de l’ordre social existant requiert des dispositifs de contrôle, de répression et de délégitimation des revendications populaires.

Par exemple, les discours anti-immigration de ce point de vue peuvent servir de diversion afin de canaliser la grogne populaire non pas envers les classes dominantes, mais envers des boucs-émissaires vulnérables. La montée des droites autoritaires dans de nombreux contextes nationaux peut ainsi être interprétée non pas comme une rupture avec le système économique dominant, mais comme l’une de ses modalités de stabilisation politique face à des contradictions internes croissantes.

En dernière analyse, le récent rapport d’Oxfam met en évidence un enchaînement préoccupant : concentration extrême de la richesse, aggravation de la précarité matérielle, captation du pouvoir politique et érosion démocratique. Le rapport invite donc à dépasser une lecture strictement morale ou technocratique des inégalités.


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Celles-ci ne sont pas de simples « excès » qu’il suffirait de corriger à la marge par des ajustements fiscaux. Elles constituent le produit normal d’un système économique fondé sur l’exploitation et la précarité du plus grand nombre, et la subordination de la démocratie aux intérêts économiques.

Dans ce cadre, la défense de la démocratie ne peut se limiter à la protection des procédures électorales ; elle suppose également une transformation plus profonde des structures économiques qui conditionnent l’exercice effectif de la citoyenneté.

Résister à la montée des autoritarismes implique dès lors de s’attaquer aux causes structurelles de ces dynamiques. Cela passe non seulement par des politiques de redistribution ambitieuses, mais aussi par le développement de formes d’organisation économique et sociale alternatives au capitalisme, plus à même de mettre l’économie et le travail au service des besoins de tous et toutes, plutôt qu’à l’accumulation privée des richesses par une poignée de milliardaires.

La Conversation Canada

Jonathan Martineau a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), du Fonds de recherche du Québec, Société et Culture (FRQ-SC), et de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle (Obvia).

ref. Les inégalités économiques croissantes pavent la voie à la montée des autoritarismes – https://theconversation.com/les-inegalites-economiques-croissantes-pavent-la-voie-a-la-montee-des-autoritarismes-274520

CAN 2025 de football : les réussites et les ratés de l’édition marocaine

Source: The Conversation – in French – By Chuka Onwumechili, Professor of Communications, Howard University

La 35e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, organisée par le Maroc, a été riche en frissons et en rebondissements avec du bon et du moins bon. Elle s’est terminée par une victoire du Sénégal, qui remporte ainsi son deuxième titre de champion d’Afrique. Si la victoire 1-0 contre le Maroc était méritée, la finale s’est terminée sur une note amère. Les supporters ont envahi le terrain et l’équipe victorieuse a quitté le terrain pendant 16 minutes.

Je suis chercheur en communication sportive et auteur de plusieurs ouvrages sur le football en Afrique.

Les quatre points positifs du tournoi ont été les suivants :

  • des matchs de qualité disputés sur des terrains impeccables

  • une couverture médiatique élargie

  • un intérêt mondial accru

  • une augmentation du nombre de supporters.

En revanche, nous avons assisté à l’abandon de l’équipe sénégalaise lors de la finale, à de mauvaises décisions arbitrales, en particulier dans les matchs impliquant le Maroc, et à des problèmes de billetterie.

Cette CAN 2025 a offert des exemples à suivre comme la qualité des terrains et le marketing réussi, dont les futurs pays organisateurs devraient s’inspirer. Cependant, la Confédération africaine de football (CAF) doit tirer les leçons de ce tournoi en matière de sécurité autour du terrain et de formation des arbitres.

Ce qui a bien fonctionné

Les infrastructures de la CAN ont démontré que le Maroc était prêt à accueillir la Coupe du monde plus tard dans l’année. Rien que pour les six stades, le pays a dépensé 1,4 milliard de dollars américains. Pas moins de 10 milliards de dollars américains ont été dépensés pour les infrastructures publiques connexes dans le domaine des transports. Les matchs ont été de grande qualité et se sont déroulés sur d’excellentes pelouses.

Les supporters qui ont assisté à ce spectacle de football ont été transportés par un système ferroviaire à grande vitesse et d’autres moyens de transport fluides.

La qualité des surfaces a peut-être contribué au fait qu’il y ait eu moins de surprises ou de bouleversements. Les quatre équipes qui ont atteint les demi-finales – l’Égypte, le Maroc, le Nigeria et le Sénégal – étaient toutes en tête de leur groupe.

Finalement, la finale a opposé les deux équipes africaines les mieux classées. Le match a été exceptionnel, les grands noms ayant produit un football mémorable tout au long du tournoi.




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Couverture médiatique élargie

La décision de s’étendre à d’autres marchés a conduit à une couverture médiatique élargie en Chine, au Brésil et sur les principaux marchés européens. La participation de plusieurs joueurs de renom issus de clubs européens a permis d’assurer une audience mondiale au tournoi. Des équipes telles que le Real Madrid, le PSG, le Bayern Munich, Manchester United et Liverpool ont vu certains de leurs joueurs participer à la compétition.

À ceux-ci s’ajoutaient des joueurs de renommée mondiale tels que Sadio Mané, Riyad Mahrez et Pierre-Emerick Aubameyang. Ces noms étaient assurés d’attirer l’attention des médias du monde entier.

L’audience a globalement augmenté, avec des hausses remarquables en Europe. La France a enregistré 3,4 millions de téléspectateurs et le Royaume-Uni 1,7 million de téléspectateurs.

Intérêt mondial accru

La CAF a annoncé une augmentation de 90 % de ses revenus. Le chiffre d’affaires s’est élevé à 192,6 millions de dollars (114 millions de dollars américains de bénéfices), contre 105,6 millions de dollars dont 72 millions de bénéfices lors de la précédente CAN. Cela montre une augmentation constante, avec le nombre de partenaires qui passe de 9 à 17 entre 2021 et 2023. Une plus grande couverture médiatique a suscité l’intérêt commercial autour du tournoi.

L’affluence dans les stades a aussi nettement progressé. Les chiffres annoncés à la fin de la compétition ont montré que 1,34 million de personnes ont assisté aux matchs. En 2023, en Côte d’Ivoire, le nombre de spectateurs était de 1,1 million.

Cela montre clairement l’intérêt croissant pour le tournoi. La proximité du Maroc avec l’Europe a également été un facteur déterminant. Davantage de spectateurs ont fait le déplacement depuis le continent et d’ailleurs.

Les primes remises aux équipes lors du tournoi ont également battu des records, le Sénégal remportant 11,6 millions de dollars. Les équipes éliminées lors de la phase de groupes ont reçu chacune 1,3 million de dollars américains.




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Erreurs

Scènes de colère : La finale a été gâchée par un retrait du terrain des Sénégalais, qui protestaient contre un penalty accordé au Maroc pendant les arrêts de jeu. Le match a été suspendu pendant 16 minutes. Les Sénégalais étaient furieux suite à l’annulation de leur but dans les dernières minutes du temps réglementaire. Les protestations contre le penalty accordé au Maroc ont duré jusqu’à ce que l’une des figures emblématiques de l’équipe, Sadio Mané, demande à ses coéquipiers de poursuivre le match.

À ce moment-là, les supporters sénégalais en colère avaient arraché des sièges dans les tribunes et de nombreuses bagarres ont éclaté. Finalement, le Maroc n’a pas réussi à convertir le penalty et le Sénégal a marqué un but mémorable pour remporter la victoire.

Questions relatives à l’arbitrage : Tout au long du tournoi, le Maroc a semblé être favorisé par plusieurs décisions et absences de décision arbitrales. La CAF devrait envisager des programmes d’échange d’arbitres avec d’autres confédérations afin d’améliorer l’arbitrage. Cela aiderait non seulement la CAN, mais permettrait également aux arbitres de découvrir d’autres événements continentaux.

Il est également préoccupant que des ramasseurs de balles marocains aient été vus en train d’arracher les serviettes des gardiens de but des équipes adverses lors des matchs Nigeria-Maroc et Sénégal-Maroc.

Problèmes de billetterie : Il y a également eu des problèmes de billetterie. Alors que les billets étaient tous vendus, plusieurs stades étaient déserts pendant les matchs de groupe. Cela peut s’expliquer par des problèmes liés au fait que les revendeurs secondaires ont peut-être acheté plus de billets qu’ils ne pouvaient en revendre. Néanmoins, chaque match a attiré en moyenne 21 167 spectateurs. La présence des médias a également augmenté pendant le tournoi. Selon certaines informations, plus de 3 800 journalistes ont couvert l’événement depuis le Maroc.

Perspectives

La compétition a démontré que le Maroc était prêt à accueillir les matchs de la Coupe du monde en 2030. Le Maroc, ainsi que l’Espagne et le Portugal, accueilleront les matchs, auxquels participeront 48 équipes. Les six villes utilisées pour la CAN 2025 accueilleront le monde entier en 2030. Le Portugal n’aura que deux villes hôtes et l’Espagne fournira neuf sites.




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Il sera difficile pour les pays hôtes de la CAN 2027 d’égaler la réussite du Maroc.

Les trois pays hôtes de la CAN 2027 – le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda – devraient au moins atteindre le niveau de la Côte d’Ivoire qui avait accueilli l’édition de 2023.

Ils peuvent au moins s’inspirer de la Côte d’Ivoire en cherchant à améliorer le système de billetterie, la sécurité autour des stades et former les ramasseurs de balles afin de protéger les équipes en déplacement.

Mais les perturbations sur le terrain ne doivent occulter ni les nombreuses réalisations de ce tournoi ni les infrastructures déployées.

The Conversation

Chuka Onwumechili does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. CAN 2025 de football : les réussites et les ratés de l’édition marocaine – https://theconversation.com/can-2025-de-football-les-reussites-et-les-rates-de-ledition-marocaine-274558

Dans l’océan, comment les écosystèmes marins s’organisent sans chef

Source: The Conversation – France (in French) – By Céline Barrier, Chercheuse, Université de Corse Pascal-Paoli

Et si on élargissait l’idée qu’on se fait de l’intelligence ? Exemple appliqué au milieu marin. Céline Barrier, Fourni par l’auteur

À la différence de l’intelligence humaine, régie par un centre de décision (le cerveau), celle du monde marin s’organise sans chef d’orchestre. Elle repose sur une multitude d’interactions où chaque processus physique contribue à un fonctionnement global. Que penser de cette analogie ? Peut-on encore parler d’intelligence ? Étudier ces formes d’organisation non humaines invite à repenser notre définition de l’intelligence.


Docteure en sciences marines, spécialisée dans la modélisation des processus écologiques, je travaille principalement sur la dispersion larvaire et la connectivité entre habitats marins, en particulier dans les écosystèmes côtiers de la Méditerranée.

Mes recherches consistent notamment à « suivre des larves marines », afin de comprendre comment l’information circule dans un système naturel complexe, à travers l’espace, le temps et de fortes contraintes physiques. Les « propagules » marines, larves de poissons ou d’invertébrés, ne sont en effet pas seulement de la matière vivante transportée passivement par les courants.

Elles sont aussi des vecteurs d’information écologique. En effet, elles transportent un patrimoine génétique, des traits d’histoire de vie, une mémoire évolutive et surtout un potentiel fondamental : celui de permettre, ou non, le maintien d’une population dans un habitat donné.

Leur évolution dans l’espace est un exemple intéressant de la façon dont les écosystèmes marins s’organisent. Cette organisation fait intervenir une forme d’intelligence bien différente de celle que nous connaissons en tant qu’humains.




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Une intelligence sans chef d’orchestre

Les écosystèmes marins peuvent être décrits comme des systèmes distribués : il n’y existe ni centre de décision, ni contrôle centralisé.

L’organisation globale émerge de l’interaction continue entre des processus physiques (courants, stratification de la colonne d’eau), biologiques (développement larvaire, mortalité, parfois comportement) et écologiques (disponibilité et qualité des habitats).

Comprendre cette organisation revient à comprendre comment des systèmes complexes peuvent fonctionner efficacement sans intelligence centrale. Dans ce cadre, l’« intelligence » du monde marin n’est ni neuronale ni intentionnelle. Elle est collective, spatiale et émergente.

Chaque processus physique y joue un rôle spécifique. Par exemple :

  • les courants marins forment une infrastructure invisible, comparable à un réseau de communication ;

  • les habitats fonctionnels, zones de reproduction, de nourricerie ou habitats adultes, constituent des nœuds ;

  • enfin, les larves assurent la circulation entre ces nœuds, rendant possible la connectivité du système.




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Modéliser des réseaux invisibles

Dans mon travail, je cherche à modéliser cette connectivité, c’est-à-dire le réseau d’échanges dont la structure conditionne la résilience, l’adaptabilité et la persistance des populations marines face aux perturbations environnementales.

Pour explorer ces réseaux invisibles, j’utilise des modèles biophysiques dits lagrangiens, qui combinent des données océaniques (courants, température, salinité) avec des paramètres biologiques propres aux espèces étudiées, tels que la durée de vie larvaire ou la période de reproduction.

L’objectif n’est pas de prédire le trajet exact de chaque larve, mais de faire émerger des structures globales : corridors de dispersion, zones sources, régions isolées ou carrefours d’échanges.

C’est précisément ce que j’ai montré dans un travail récent consacré à la grande araignée de mer Maja squinado en Méditerranée nord-occidentale. En simulant plus de dix années de dispersion larvaire à l’échelle régionale, j’ai mis en évidence l’existence de véritables carrefours de connectivité. Ils relient certaines zones côtières éloignées, tandis que d’autres, pourtant proches géographiquement, restent faiblement connectées.

Une intelligence fondée sur les relations

Cette organisation ne résulte d’aucune stratégie consciente. Elle émerge de l’interaction entre la circulation océanique, la biologie des espèces et la distribution spatiale des habitats favorables.

Les résultats obtenus illustrent une forme d’intelligence collective du système, dans laquelle l’organisation globale dépasse largement la somme des trajectoires individuelles.

On retrouve ici des propriétés communes à de nombreux systèmes complexes – colonies d’insectes, réseaux trophiques ou dynamiques sociales humaines. Dans tous les cas, ce sont les relations entre les éléments, bien plus que les éléments eux-mêmes, qui structurent le fonctionnement de l’ensemble.

Élargir notre définition de l’intelligence

Un parallèle peut enfin être établi avec l’intelligence artificielle, sans qu’il soit nécessaire de forcer l’analogie. Les modèles que je développe agissent, avant tout, comme des outils de traduction : ils transforment un monde continu, chaotique et tridimensionnel en représentations intelligibles – cartes, matrices de connectivité, probabilités.

Comme en intelligence artificielle, l’enjeu n’est pas de tout contrôler ni de tout prédire, mais d’identifier les échelles pertinentes et les relations clés à partir desquelles le sens peut émerger.

Étudier ces formes d’organisation non humaines nous invite ainsi à repenser notre définition de l’intelligence. Dans un monde marin sans cerveau, sans mémoire explicite et sans intention, des systèmes entiers parviennent pourtant à se maintenir, à se réorganiser et parfois à résister aux perturbations environnementales.

Reconnaître cette intelligence diffuse, incarnée dans des flux et des réseaux, ne revient pas à humaniser la nature, mais à élargir notre regard sur ce que signifie « être intelligent » dans un monde complexe et interconnecté.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 3 au 13 octobre 2025), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Intelligence(s) ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Céline Barrier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dans l’océan, comment les écosystèmes marins s’organisent sans chef – https://theconversation.com/dans-locean-comment-les-ecosystemes-marins-sorganisent-sans-chef-273541

Les « dupes », ces copies légales de produit best-seller que vous avez déjà dû acheter

Source: The Conversation – France (in French) – By Aurore Ingarao, Maitre de conférences en Marketing , Université d’Orléans

Selon la Fédération des entreprises de la beauté, 31 % de Français et Françaises ont acheté un produit « dupe » cosmétique au cours des douze derniers mois. Faithie/Shutterstock

Entre la recherche de produits d’exception, des prix bas et la peur de la contrefaçon, le marché des « dupes » est en plein essor. Ces produits qui copient le succès d’une grande marque sont valorisés sur les réseaux sociaux, notamment TikTok. Comment sont-ils perçus par les consommateurs et les professionnels ?


La brosse soufflante Airwrap de Dyson, la crème hydratante Sol de Janeiro ou encore le Birkin d’Hermès… ces produits voient leurs copies s’envoler sur l’Internet. Elles sont mises en avant sur les réseaux sociaux et plus particulièrement sur TikTok à travers des tendances (trend) lancées autour de hashtag intégrant le mot dupe.

Entre la recherche de produits d’exception, de prix bas et la peur de la contrefaçon, le marché des dupes est en plein essor. En 2024, 561 000 de recherches mensuelles pour le terme dupe sont recensés sur Google et 398 100 vidéos sur TikTok. Selon la Fédération des entreprises de la beauté, 31 % des consommateurs ont acheté un dupe de produit cosmétique au cours des 12 derniers mois.

Ce phénomène s’inscrit dans la dynamique du marketing d’influence que nous avons étudié avec Sophie Renault, professeure des universités, dans notre communication scientifique « Tout ce qui brille n’est pas d’or : le défi de l’authenticité dans l’univers complexe du marketing d’influence » (2024). Les créateurs de contenus, en mettant en avant ces inspirations sur les réseaux sociaux, jouent un rôle clé dans la légitimation de l’achat de ces produits, notamment auprès des jeunes générations.

Alors, comment ces produits sont-ils perçus par les consommateurs et les professionnels ?

Contrefaçon, dupe et imitation

La contrefaçon est définie par l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) comme « la reproduction, l’imitation ou l’utilisation totale ou partielle d’un droit de propriété intellectuelle sans l’autorisation de son propriétaire. Il peut s’agir d’une marque, d’un modèle, d’un brevet, d’un droit d’auteur, d’un logiciel, d’un circuit intégré ou d’une obtention végétale ». La contrefaçon est à distinguer des termes de copycat, imitation, dupe, pingti ou générique.

Dupe

Désigne des produits qui imitent ceux de marques renommées, donnant l’impression de proposer une offre similaire à moindre coût, mais cette similitude se limite à l’apparence. Les « dupes » ne possèdent absolument rien des caractéristiques de l’original, en termes de matériaux, d’efficacité ou de durabilité.

Copycat

Une imitation de « l’habillage commercial d’une marque leader, comme son nom ou le design de son emballage, pour profiter de la réputation et des efforts marketing de cette dernière ».

Imitation

Un « produit ou service, bien que non identique, considéré comme similaire en substance, nom, forme, signification ou intention à un produit ou service reconnu et largement connu actuellement sur le marché. »

« Pingti »

Les pingti (« leurre » en mandarin) sont des copies haut de gamme, venant de Chine, de produits de luxe. Seuls les designs et finitions sont reproduits, et non la marque et le logo, les distinguant de la contrefaçon.

Générique

Les produits génériques se « caractérisent par leur emballage sobre et l’absence de marque reconnue. Leur principal attrait, pour le consommateur, réside dans l’écart de prix important entre les produits génériques et leurs équivalents de marque. »

Plaisir de la transgression

Le consommateur a pour première motivation le prix. Près de 39 % des consommateurs déclarent préférer tester un produit équivalent moins cher, afin de comparer son efficacité avec le produit original pour « peut-être » l’acheter par la suite.

Considérer un prix élevé comme un gage de qualité est remis en cause, puisque la qualité des produits est revendiquée comme égale aux originaux, traduisant une culture des dupes.




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La valeur perçue repose sur le sentiment de fierté procuré par l’achat de ces copies. Certains acheteurs se considèrent comme des smart shoppers, avec l’impression de contourner les stratégies des marques aux prix élevés. Ces dupes leur permettent de contrôler leur consommation, les libérer des codes élitistes traditionnels, accéder à leurs désirs sans en payer le prix, allant jusqu’à ressentir le plaisir cognitif de la transgression.

Promotion par les influenceurs

Avec pas moins de 180 000 influenceurs recensés en France, les relais auprès des consommateurs sont assurés. Les influenceurs dupes sont définis comme « des individus qui incitent les consommateurs à acheter des contrefaçons via les réseaux sociaux ». Leur force réside dans leur expertise, appréciée par leurs abonnés qui leur font confiance.

Nombreux sont les formats diffusés sur les réseaux sociaux par de célèbres influenceurs. Certains fabricants collaborent avec ces influenceurs pour promouvoir leurs produits. C’est le cas de Celesta, une marque proposant des appareils coiffants comparables à ceux de Dyson, qui a choisi de mener une campagne d’influence sur TikTok.

Alerte des fabricants

Le dupe semble accepter par le marché – les fabricants de dupes, les influenceurs, les consommateurs ou les plateformes numériques – comme étant légal, par opposition à la contrefaçon. L’argument principal : le produit ne laisse apparaître ni logo ni nom de marque apparent, souvent caractéristique de la contrefaçon.

La frontière entre l’imitation et l’inspiration se révèle plus mince qu’elle n’y paraît, puisqu’un produit peut être protégé indépendamment de sa marque. Pour certaines d’entre elles, des modèles spécifiques peuvent être protégés au titre du droit d’auteur. Une action en contrefaçon peut être engagée même si la marque n’apparaît pas, selon Vanessa Bouchara, avocate spécialisée dans les questions de propriété intellectuelle.

Contrefaçon ou dupe, ces pratiques très proches ne cessent d’inquiéter les fabricants. L’Union des fabricants (Unifab) alerte et rapproche les deux concepts : « La contrefaçon dupe ». Elle liste des conseils pour être, devenir ou redevenir un consommateur responsable en jouant sur l’affect. « Acheter de la contrefaçon revient à cautionner la perte de plus de 38 000 emplois et 6,7 milliards de revenus en France tous les ans », rappelle l’Unifab.

Des marques tentent de renverser la tendance en surfant sur le buzz généré. C’est le cas d’Olaplex, spécialisée en soins capillaires, qui a lancé l’opération Oladupé en partenariat avec de nombreux influenceurs, mettant en avant un faux dupe de la marque pour montrer que les atouts de l’original sont inégalables.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les « dupes », ces copies légales de produit best-seller que vous avez déjà dû acheter – https://theconversation.com/les-dupes-ces-copies-legales-de-produit-best-seller-que-vous-avez-deja-du-acheter-273038

Copier, coller, plagier ? Le droit d’auteur expliqué aux étudiants (et aux autres)

Source: The Conversation – France (in French) – By Rose-Marie Borges, Maître de conférences HDR en droit privé , Université Clermont Auvergne (UCA)

Où finit l’inspiration, où commence le plagiat ? Si la question a toujours été complexe à trancher, elle est de plus en plus brûlante alors que les réseaux sociaux permettent à tous de diffuser des contenus à grande échelle et que l’IA brouille le rapport aux sources. Et elle se pose sur les bancs de la fac déjà : peut-on enregistrer son prof ? À quelles conditions partager des images trouvées sur Internet dans un mémoire ? Quelques repères.


Guillaume Musso a-t-il plagié l’ouvrage de Diana Katalayi Ilunga comme l’affirme celle-ci ? La vidéo de Noël avec le loup d’Intermarché constitue-t-elle un plagiat du livre pour enfants Un Noël pour le loup, de Thierry Dedieu ? La chanson On va s’aimer, interprétée par Gilbert Montagné, est-elle un plagiat de la chanson Une fille de France, interprétée par Gianni Nazzaro ?

Ces affaires mettent en lumière les droits que possède l’auteur d’une œuvre sur l’utilisation de celle-ci. Né au XVIIIᵉ siècle, à la suite de l’essor de l’imprimerie, le droit d’auteur protège les œuvres quelle que soit leur nature (musicale, picturale, audiovisuelle) et constitue le lien entre la défense des intérêts des créateurs et la nécessité de permettre la circulation des savoirs et des œuvres.

Les questions relatives au droit d’auteur ne concernent pas simplement les professionnels de la création. Toute personne peut y être confrontée dans son quotidien, dans le cadre de son travail ou de ses études. À l’heure où les réseaux sociaux donnent accès à une multitude d’œuvres et où l’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée, il est facile de ne pas respecter le droit des auteurs, sciemment ou non.

Partant du constat que de très nombreux étudiants ignoraient les principes du droit d’auteur dans la rédaction de leurs travaux, nous avons, avec d’autres enseignants-chercheurs et sous l’impulsion de Marie Latour, créé le MOOC Voler-Coller : stop au plagiat, dont l’objectif est de mieux faire connaître les règles de la propriété intellectuelle aux étudiants, particulièrement de master et de doctorat. Revenons sur quelques-uns de ses enjeux clés.

Qu’est-ce que le droit d’auteur ?

Le droit d’auteur protège toute œuvre de l’esprit originale, c’est-à-dire portant l’empreinte de la personnalité de l’auteur, qui traduit un apport créatif. Le droit est composé de deux catégories de droits.

Les droits patrimoniaux permettent à l’auteur de contrôler l’utilisation de son œuvre. Cela signifie qu’il peut autoriser ou interdire la reproduction, la représentation ou l’adaptation de son travail. Les droits patrimoniaux peuvent faire l’objet de contrats d’exploitation et bénéficient à l’auteur durant toute sa vie et à ses ayants droit soixante-dix ans après sa mort. Après ce délai, l’œuvre tombe dans le domaine public et peut être exploitée librement.

Les droits moraux garantissent à l’auteur le respect de son nom et l’intégrité de son œuvre. Contrairement aux droits patrimoniaux, ils sont inaliénables et imprescriptibles. Même après la mort de l’auteur, ses héritiers peuvent veiller à ce que sa qualité d’auteur soit respectée et que l’œuvre ne soit pas dénaturée. Par exemple, bien que l’œuvre soit tombée dans le domaine public, les descendants de Victor Hugo conservent un droit moral éternel sur les Misérables, qui leur permettrait de s’opposer à l’adaptation de l’ouvrage en comédie.

Un enseignant bénéficie d’un droit d’auteur sur son cours dès lors que celui-ci est original. De ce fait, toute utilisation de ce cours suppose son autorisation, y compris par les étudiants à qui il est dispensé. Un étudiant ne peut pas capter un cours, quelle que soit la forme de la captation (vidéo, son, photos) et le diffuser, à titre gratuit ou onéreux, sans l’accord de l’enseignant.

De plus, si la captation inclut l’image ou la voix de l’enseignant sans son accord, cela constitue une atteinte aux droits de la personnalité de celui-ci et au droit des données personnelles. À l’inverse, l’étudiant bénéficie également du droit d’auteur sur ses productions, dès lors que celles-ci sont originales. Un enseignant ne pourrait donc pas s’approprier le travail d’un étudiant ou l’utiliser sans son accord.

Les exceptions au droit d’auteur

En principe, toute représentation, reproduction ou modification d’une œuvre est soumise à l’autorisation de l’auteur. Dans un certain nombre de cas, la loi prévoit toutefois qu’une personne peut représenter ou reproduire une œuvre sans avoir à obtenir l’accord de l’auteur. Parmi ces exceptions, le droit de citation et l’exception pédagogique sont particulièrement utilisés dans le cadre académique.

Le droit de citation permet d’utiliser un extrait d’une œuvre protégée sans autorisation, si trois conditions cumulatives sont remplies : la citation doit être courte, elle doit être justifiée par un objectif critique, pédagogique, scientifique ou informatif et elle doit clairement indiquer le nom de l’auteur et la source.

La reproduction de pages entières dans un mémoire ou une thèse ne peut être couverte par le droit de citation et constitue donc du plagiat.

L’exception académique permet aux enseignants et chercheurs d’utiliser certaines œuvres dans un cadre strictement éducatif. Un enseignant pourra par exemple diffuser un extrait de film ou un extrait d’article en classe pour illustrer un cours. En revanche, la diffusion de l’intégralité du film ou de l’article sans autorisation est interdite.

Plagiat ou inspiration ?

En droit d’auteur, la frontière entre plagiat et inspiration est parfois ténue. Le plagiat suppose une reproduction non autorisée d’une œuvre, sans mention de l’auteur. L’inspiration, en revanche, relève d’un processus créatif où l’on s’appuie sur des idées ou des styles existants pour produire une œuvre nouvelle.

Les idées n’étant pas protégées en tant que telles par le droit d’auteur, on dit qu’elles sont de libre parcours. Tout un chacun peut les reprendre et en donner une expression originale. Ainsi, un auteur qui écrirait une enquête mettant en scène un détective excentrique, doté d’une logique implacable et d’un sens aigu de l’observation rappelant fortement Sherlock Holmes, mais avec ses propres traits de caractère, un contexte différent et une intrigue nouvelle, resterait dans le cadre de l’inspiration.

En revanche, si l’auteur reprend des dialogues, des scènes emblématiques ou des intrigues quasi identiques aux aventures de Sherlock Holmes, sans les transformer ni les citer, cela pourrait être qualifié de plagiat.

Les tribunaux apprécient au cas par cas, en examinant le degré de similitude, l’intention de l’auteur et si l’œuvre nouvelle apporte une véritable originalité ou si elle se contente de copier la forme de l’œuvre antérieure. La frontière se situe donc dans la manière dont l’auteur parvient à injecter une véritable originalité dans son récit.

« Plagiat ? Cinq chansons épinglées par la justice » (Le Nouvel Obs, 2015).

L’inspiration consiste à reprendre une idée alors que le plagiat reprend une expression originale de l’idée. Par exemple, un étudiant qui doit rédiger un commentaire du Petit Prince, de Saint Exupéry, consulte un site Internet qui propose une analyse détaillée du livre. Si l’étudiant lit l’analyse pour mieux comprendre l’ouvrage et rédige ensuite son propre texte, avec ses propres mots et ses propres exemples, la fiche d’analyse ne constituera qu’une inspiration. En revanche, s’il reprend plusieurs phrases de la fiche, ne change que quelques mots tout en conservant la structure et les idées développées dans le même ordre, sans citer la source, il se rend coupable de plagiat.

Droit d’auteur et intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (IA) bouleverse le droit d’auteur dans la mesure où elle s’appuie sur des œuvres existantes pour produire de nouveaux contenus. L’IA peut réutiliser des éléments protégés sans autorisation, parfois de manière subtile, rendant la frontière entre inspiration et reproduction difficile à tracer.

Les auteurs des œuvres originaires craignent, à raison, que leurs œuvres ne soient exploitées sans reconnaissance ni rémunération et que l’usage massif des œuvres existantes par les IA ne fragilise le modèle économique de la création.

Se pose également la question de la titularité des droits sur une œuvre générée par IA : appartiennent-ils à l’utilisateur de l’IA, au concepteur du logiciel ou à personne puisque l’IA n’a pas de personnalité juridique ? À l’heure actuelle, la plupart des juridictions ayant eu à trancher des demandes de protection par le droit d’auteur sur des créations réalisées par l’IA ont rejeté ces demandes.

Certaines décisions ont toutefois admis la protection à des œuvres générées par l’IA. En janvier 2025, l’US Copyright Office a accepté d’accorder une protection par droit d’auteur à l’œuvre A Single Piece of American Cheese réalisée grâce à l’IA Invoke, notamment grâce à la preuve d’une intervention humaine déterminante.

En 2023, un tribunal de Pékin avait déjà déclaré que l’utilisateur de l’IA, à l’origine de la création de l’image litigieuse, était bien le titulaire des droits d’auteur. Ces décisions montrent la nécessité de réfléchir à une adaptation de la législation sur le droit d’auteur ou à la création d’un système de protection hybride.

L’usage de l’IA dans un travail universitaire peut être utile, mais il expose aussi l’étudiant à des risques réels de plagiat, sans qu’il s’en rende compte. Les outils d’IA peuvent générer des phrases ou des formulations très proches de textes existants, sans nécessairement citer la source. Si l’étudiant se contente de copier-coller le texte dans son travail, il peut réaliser un plagiat involontaire. Il faut donc utiliser l’IA pour comprendre, pas pour copier, reformuler les idées avec ses propres mots et vérifier toutes les informations, afin de minimiser les risques.

Le non-respect du droit des auteurs peut avoir des conséquences lourdes, tant financières que réputationnelles. Il faut donc sensibiliser au plus tôt les utilisateurs, qu’ils soient étudiants ou enseignants, au bon usage du droit d’auteur.

The Conversation

Rose-Marie Borges ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Copier, coller, plagier ? Le droit d’auteur expliqué aux étudiants (et aux autres) – https://theconversation.com/copier-coller-plagier-le-droit-dauteur-explique-aux-etudiants-et-aux-autres-264617

L’IA arrive dans le jugement olympique. Qu’est-ce qui pourrait (bien) se passer ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Willem Standaert, Associate Professor, Université de Liège

Alors que le Comité international olympique (CIO) adopte le jugement assisté par l’intelligence artificielle, cette technologie promet une plus grande cohérence et une meilleure transparence. Pourtant, les résultats de la recherche suggèrent que la confiance, la légitimité et les valeurs culturelles comptent autant que la précision technique.


En 2024, le CIO a dévoilé son agenda olympique de l’intelligence artificielle (IA), positionnant celle-ci comme un pilier central des futurs Jeux olympiques. Cette vision a été renforcée lors du tout premier Forum olympique sur l’IA, organisé en novembre 2025, où athlètes, fédérations, partenaires technologiques et décideurs politiques ont discuté de la manière dont l’IA pourrait soutenir le jugement, la préparation des athlètes et l’expérience des fans.

Aux Jeux olympiques d’hiver de 2026 de Milan-Cortina qui démarrent vendredi 6 février, le CIO envisage d’utiliser l’IA pour soutenir le jugement en patinage artistique (épreuves individuelles et en couple, hommes et femmes), en aidant les juges à identifier précisément le nombre de rotations effectuées lors d’un saut.

Son utilisation s’étendra également à des disciplines, telles que le big air, le halfpipe et le saut à ski (des épreuves de ski et de snowboard où les athlètes enchaînent des sauts et figures aériennes), où des systèmes automatisés pourront mesurer la hauteur des sauts et les angles de décollage. À mesure que ces systèmes passent de l’expérimentation à un usage opérationnel, il devient essentiel d’examiner ce qui pourrait bien se passer… ou mal se passer.

Sports jugés et erreurs humaines

Dans les sports olympiques tels que la gymnastique et le patinage artistique, qui reposent sur des panels de juges humains, l’IA est de plus en plus présentée par les fédérations internationales et les instances sportives comme une solution aux problèmes de biais, d’incohérence et de manque de transparence. En effet, les juges doivent évaluer des mouvements complexes réalisés en une fraction de seconde, souvent depuis des angles de vue limités, et ce pendant plusieurs heures consécutives.

Les analyses post-compétition montrent que les erreurs involontaires et les divergences entre juges ne sont pas des exceptions. Cela s’est à nouveau matérialisé en 2024, lorsqu’une erreur de jugement impliquant la gymnaste américaine Jordan Chiles lors des Jeux olympiques de Paris a déclenché une vive polémique. En finale du sol, Chiles avait initialement reçu une note qui la plaçait à la quatrième place. Son entraîneur a alors introduit une réclamation, estimant qu’un élément technique n’avait pas été correctement pris en compte dans la note de difficulté. Après réexamen, la note a été augmentée de 0,1 point, permettant à Chiles d’accéder provisoirement à la médaille de bronze. Cette décision a toutefois été contestée par la délégation roumaine, qui a fait valoir que la réclamation américaine avait été déposée hors délai, dépassant de quatre secondes la fenêtre réglementaire d’une minute. L’épisode a mis en lumière la complexité des règles, la difficulté pour le public de suivre la logique des décisions, et la fragilité de la confiance accordée aux panels de juges humains.

Par ailleurs, des cas de fraude ont également été observés : on se souvient notamment du scandale de jugement en patinage artistique lors des Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City en 2002. À l’issue de l’épreuve en couple, des accusations ont révélé qu’une juge aurait favorisé un duo en échange d’un soutien promis dans une autre compétition, mettant au jour des pratiques d’échanges de votes au sein du panel de juges. C’est précisément en réponse à ce type d’incidents que des systèmes d’IA ont été développés, notamment par Fujitsu en collaboration avec la Fédération internationale de gymnastique.

Ce que l’IA peut (et ne peut pas) corriger dans le jugement

Nos recherches sur le jugement assisté par l’IA en gymnastique artistique montrent que la question ne se résume pas à savoir si les algorithmes sont plus précis que les humains. Les erreurs de jugement proviennent souvent des limites de la perception humaine, ainsi que de la vitesse et de la complexité des performances de haut niveau, ce qui rend l’IA attrayante. Cependant, notre étude impliquant juges, gymnastes, entraîneurs, fédérations, fournisseurs de technologies et fans met en lumière une série de tensions.

L’IA peut être trop exacte, évaluant les routines avec un niveau de précision qui dépasse ce que les corps humains peuvent réalistement exécuter. Par exemple, là où un juge humain apprécie visuellement si une position est correctement tenue, un système d’IA peut détecter qu’un angle de jambe ou de bras s’écarte de quelques degrés seulement de la position idéale, pénalisant une athlète pour une imperfection imperceptible à l’œil nu. Si l’IA est souvent présentée comme objective, de nouveaux biais peuvent émerger à travers la conception et la mise en œuvre des systèmes. Par exemple, un algorithme entraîné principalement sur des performances masculines ou sur des styles dominants peut pénaliser involontairement certaines morphologies. En outre, l’IA peine à prendre en compte l’expression artistique et les émotions, des éléments considérés comme centraux dans des sports tels que la gymnastique et le patinage artistique. Enfin, si l’IA promet une plus grande cohérence, son maintien exige une supervision humaine continue afin d’adapter les règles et les systèmes à l’évolution des disciplines.

Les sports d’action ont une autre logique

Nos recherches montrent que ces préoccupations sont encore plus marquées dans les sports d’action comme le snowboard et le ski freestyle. Beaucoup de ces disciplines ont été ajoutées au programme olympique afin de moderniser les Jeux et d’attirer un public plus jeune. Pourtant, des chercheurs avertissent que l’inclusion olympique peut accélérer la commercialisation et la standardisation, au détriment de la créativité et de l’identité de ces sports.

Un moment emblématique remonte à 2006, lorsque la snowboardeuse américaine Lindsey Jacobellis a perdu la médaille d’or olympique après avoir effectué un geste acrobatique consistant à saisir sa planche en plein saut en plein saut alors qu’elle menait la finale de snowboard cross. Ce geste, célébré dans la culture de son sport, a entraîné une chute qui lui a coûté la médaille d’or.

Les essais de jugement par IA aux X Games

Le jugement assisté par l’IA ajoute de nouvelles couches à cette tension. Des travaux antérieurs sur le halfpipe en snowboard avaient déjà montré comment les critères de jugement peuvent, avec le temps, remodeler subtilement les styles de performance. Contrairement à d’autres sports jugés, les sports d’action accordent une importance particulière au style et à la prise de risque, des éléments particulièrement difficiles à formaliser algorithmiquement.

Pourtant, l’IA a déjà été testée lors des X Games 2025, notamment pendant les compétitions de snowboard SuperPipe, une version de grande taille du halfpipe, avec des parois plus hautes permettant des sauts plus amples et plus techniques. Des caméras vidéo ont suivi les mouvements de chaque athlète, tandis que l’IA analysait les images afin de produire une note de performance indépendante. Ce système était testé en parallèle du jugement humain, les juges continuant à attribuer les résultats officiels et les médailles.

Cet essai n’a toutefois pas modifié les résultats officiels, et aucune comparaison publique n’a été communiquée quant à l’alignement entre les notes produites par l’IA et celles des juges humains. Néanmoins, les réactions ont été très contrastées : certains acteurs saluent une plus grande cohérence et transparence, tandis que d’autres ont averti que les systèmes d’IA ne sauraient pas quoi faire lorsqu’un athlète introduit une nouvelle figure – souvent très appréciée des juges humains et du public.

Au-delà du jugement : entraînement, performance et expérience des fans

L’influence de l’IA dépasse largement le seul cadre du jugement. À l’entraînement, le suivi des mouvements et l’analyse de la performance orientent de plus en plus le développement technique et la prévention des blessures, façonnant la manière dont les athlètes se préparent à la compétition. Parallèlement, l’IA transforme l’expérience des fans grâce à des ralentis enrichis, des visualisations biomécaniques et des explications en temps réel des performances.

Ces outils promettent davantage de transparence, mais ils cadrent aussi la manière dont les performances sont interprétées, avec davantage de « storytelling » autour de ce qui peut être mesuré, visualisé et comparé.

À quel prix ?

L’Agenda olympique de l’IA reflète l’ambition de rendre le sport plus juste, plus transparent et plus engageant. Toutefois, à mesure que l’IA s’intègre au jugement, à l’entraînement et à l’expérience des fans, elle joue aussi un rôle discret mais puissant dans la définition de ce qui constitue l’excellence. Si les juges d’élite sont progressivement remplacés ou marginalisés, les effets pourraient se répercuter à tous les niveaux : formation des juges, développement des athlètes et évolutions des sports eux-mêmes.

Le défi auquel sont confrontés les sports du programme olympique n’est donc pas seulement technologique ; il est institutionnel et culturel. Comment éviter que l’IA ne vide de leur substance les valeurs qui donnent à chaque sport son sens ?

The Conversation

Willem Standaert ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’IA arrive dans le jugement olympique. Qu’est-ce qui pourrait (bien) se passer ? – https://theconversation.com/lia-arrive-dans-le-jugement-olympique-quest-ce-qui-pourrait-bien-se-passer-272405

Quel type de télétravailleur êtes-vous ? Quand les maths éclairent votre profil

Source: The Conversation – France in French (2) – By Niousha Shahidi, Full professor, data analysis, EDC Paris Business School

Chaque jour, sans même y penser, nous classons les choses : ranger les livres de la bibliothèque selon le genre, classer les e-mails… Mais comment classer des éléments quand on ne dispose pas d’une classification existante ? Les mathématiques peuvent répondre à ce type de questions. Ici, une illustration sur le télétravail.


Dans le cadre du télétravail, nous nous sommes posé la question de savoir si les télétravailleurs peuvent être regroupés en fonction de leur perception de l’autonomie et du contrôle organisationnel.

Ceci nous a permis de justifier mathématiquement que deux grandes classes de télétravailleurs existent, et que leur vision du télétravail diffère. Ceci peut permettre aux managers et aux services de ressources humaines d’adapter le management de chacun en fonction de son profil.

Classer, c’est mesurer la similarité

Nous avons considéré 159 télétravailleurs. Pour classer les individus, il faut d’abord mesurer à quel point ils se ressemblent. Pour cela on identifie des « profils type » à partir de l’évaluation de « construits », qui sont des ensembles de critères qui traitent le même sujet.

Dans notre étude, les construits principaux sont le contrôle et l’autonomie. On évalue ces deux construits grâce à plusieurs questions posées aux télétravailleurs, par exemple « J’ai l’impression d’être constamment surveillé·e par l’utilisation de la technologie à la maison ». Ceux-ci donnent leur réponse sur une échelle en 5 points (de 1-pas du tout d’accord à 5-tout à fait d’accord).

Ensuite, chaque télétravailleur est représenté par une ligne de données : ce sont les réponses du télétravailleur dans l’ordre des critères. Par exemple pour le collaborateur 1, on peut voir les réponses (3, 1, 3, 2…), voir figure.

tableau
Extrait des réponses des différents collaborateurs en fonction des critères choisis.
Données de Diard et al. (2025), Fourni par l’auteur

Pour regrouper les télétravailleurs, il faut d’abord mesurer à quel point ils se ressemblent. Pour cela, on mesure la distance entre les profils (en utilisant des distances euclidiennes). Cette notion de distance est très importante, car c’est elle qui quantifie la similitude entre deux télétravailleurs. Plus deux profils sont proches, plus ils auront vocation à être dans la même classe.

Si on considère autant de classes que de personnes, la séparation est parfaite mais le résultat est sans intérêt. L’enjeu est donc double : avoir un nombre raisonnable de classes distinctes tel que, dans chaque classe, les individus soient suffisamment semblables.




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Combien de classes choisir ?

Nous avons utilisé la méthode de classification ascendante hiérarchique, qui consiste à regrouper les individus les plus semblables possibles dans une même classe tandis que les classes restent dissemblables.

Plus précisément, au début, chaque télétravailleur est traité comme une classe et on essaie de regrouper deux ou plusieurs classes de manière appropriée pour former une nouvelle classe. On continue ainsi « jusqu’à obtenir la classe tout entière, c’est-à-dire l’échantillon total ». L’arbre aussi obtenu (dendrogramme) peut être coupé à différents niveaux.

Une question importante se pose alors : comment choisir le nombre de classes ? Il existe plusieurs méthodes. Par exemple, la méthode du coude : le point où la courbe (variance intra-classe en fonction du nombre de classes) « fait un coude » correspond au nombre de classes à retenir. Cela signifie que si « on ajoute une classe de plus, on gagne peu en précision ». Dans notre étude, le nombre de classes retenu est deux.

Afin d’améliorer notre classification, nous poursuivons avec une méthode de classification non hiérarchique (k-means) qui répartit à nouveau les télétravailleurs dans deux classes (mais ceux-ci sont légèrement différents) tout en minimisant la distance aux « centres » de classes (scores moyens des critères de chaque classe trouvés précédemment).

Nous découvrons alors deux classes de télétravailleurs mieux répartis : les « satellites-autonomes » et les « dépendants-contrôlés ».

La classification au service du manager

Une fois la classification trouvée, on s’intéresse alors à analyser les scores moyens par rapport aux autres construits du modèle, en l’occurrence l’expérience du télétravailleur. Les « satellites autonomes » ont une vision globalement plus positive de leur travail que les « dépendants contrôlés » et estiment que leurs conditions de travail se sont améliorées depuis la mise en place du télétravail.

Il existe bien sûr des limites à notre étude : il faudra en tester la robustesse, répéter l’analyse avec des sous-échantillons ou d’autres échantillons de télétravailleurs et encore tester plusieurs méthodes de classification. Une nouvelle enquête pourra montrer si le nombre ou la nature des classes que nous avons trouvées évolue. Mais il est important de noter que ce résultat (deux profils de télétravailleurs) est le fruit d’une démarche mathématique et statistique rigoureuse, qui complète les études antérieures qualitatives.

La classification est un outil bien connu en matière de gestion des ressources humaines. Par exemple, elle consiste à « peser » le poste et le positionner dans une grille prédéfinie en comparant son profil aux caractéristiques de quelques postes repères. Chaque convention collective dispose d’une grille de classification. C’est la loi du 23 décembre 1946 et les arrêtés Parodi-Croizat du 11 avril 1946 qui avaient ouvert la voie de la classification des ouvriers en sept échelons.

À l’aide des mathématiques, notre classification montre que le télétravail ne peut pas être géré comme un dispositif unique. Chaque profil correspond à des besoins et à des dynamiques organisationnelles spécifiques. Savoir qu’il existe deux profils majoritaires permet de proposer des actions différenciantes dans l’accompagnement des télétravailleurs.

Les mathématiques sont ici un outil au service du manager et aident à voir des structures invisibles dans un ensemble complexe de données. Il s’agit d’un outil d’aide à la décision.

The Conversation

Rien à déclarer

Caroline Diard et Niousha Shahidi ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Quel type de télétravailleur êtes-vous ? Quand les maths éclairent votre profil – https://theconversation.com/quel-type-de-teletravailleur-etes-vous-quand-les-maths-eclairent-votre-profil-273399

Une analyse originale de la financiarisation de la santé au Sénégal (1840-1960)

Source: The Conversation – France in French (3) – By Valéry Ridde, Directeur de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Dans la Financiarisation de la santé au Sénégal (1840-1960), aux éditions Science et bien commun (ESBC), Valéry Ridde (Institut de recherche pour le développement, IRD) livre une analyse originale des archives coloniales, de la presse et des publications scientifiques pour démontrer combien les idées libérales du financement des soins à l’œuvre dans ce pays, dans le reste de l’Afrique de l’Ouest mais aussi dans le monde, étaient déjà ancrées dans l’administration coloniale française.


À partir des années 1980, les institutions internationales ont incité les pays africains à recourir à des instruments politiques du financement de la santé inspirés d’une approche libérale. Ainsi, les malades ont été de plus en plus souvent amenés à payer pour leurs soins, les formations sanitaires ont été mises en concurrence, des ristournes et des primes ont été données aux soignant·es, des mutuelles de santé ont été lancées.

La Financiarisation de la santé au Sénégal (1840-1960), paru fin 2025, s’adresse aux historien·nes de la santé comme à toutes les personnes intéressées par la santé publique en Afrique. Dans un souci de justice épistémique et d’accès aux connaissances en langue française, ce livre est publié par les éditions Science et bien commun (ESBC) en accès libre, en différents formats et avec une écriture inclusive.

Des idées libérales du financement des soins déjà ancrées dans l’administration coloniale

Il s’agit de remonter le temps et de comprendre comment ces outils s’inscrivent dans une continuité historique. À partir du Sénégal et avec une analyse originale des archives coloniales, de la presse et des publications scientifiques, cet ouvrage montre que les idées libérales du financement des soins étaient déjà ancrées dans l’administration coloniale française. Elles étaient même présentes à l’échelle de l’Empire et confirment le manque de préoccupation pour l’accès aux soins des populations africaines et des plus pauvres.

Les défis actuels de ces instruments pour la couverture sanitaire universelle, déjà abordés dans l’ouvrage collectif Vers une couverture sanitaire universelle en 2030. Réformes en Afrique subsaharienne (ESBC, 2021), disponible en accès libre, ont donc une histoire ancienne que l’analyse met au jour pour réclamer un changement de paradigme.

Après une préface de l’historien Mor Ndao, professeur à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, le livre est composé de six parties thématiques dont nous présentons les éléments essentiels à retenir.

Une bascule : le principe de faire payer les malades à l’hôpital est formalisé

Dans la première partie, je présente le contexte de rareté des ressources dévolues au secteur de la santé pendant la période coloniale. Non seulement les hôpitaux coloniaux sont rares et ne disposent que de peu de budget, mais ils doivent déjà réaliser des économies. À partir de 1926, s’opère un basculement budgétaire. Les dépenses des établissements de santé sont transférées aux budgets locaux de chaque colonie de l’Afrique occidentale française (AOF), ce qui exacerbe les défis de financement.

L’administration coloniale commence à formaliser le principe et la possibilité pour certaines personnes malades de payer leur hospitalisation, en même temps qu’elle recherche l’efficience de l’organisation des services. L’hospitalo-centrisme était déjà en marche, l’administration coloniale préférant, comme aujourd’hui, les grandes structures aux soins de santé primaires.

La gratuité théorique pour les indigent·es au cœur des luttes actuelles

Dans la deuxième partie, je présente les modalités de paiement des patient·es organisées dans les hôpitaux. Bien que le principe fût la gratuité des soins, les personnes malades qui en avaient les moyens ont toujours eu la possibilité de payer leur hospitalisation. Le paiement était très variable d’un hôpital à l’autre, mais il se concrétisait par des catégories d’hospitalisation reproduisant les catégories militaires, sociales et « raciales » de l’époque.

Les personnes indigentes pouvaient bénéficier d’une prise en charge gratuite, mais au prix de multiples procédures administratives pour confirmer leur statut et dans un contexte budgétaire très restreint. Ces défis n’ont jamais été résolus et sont au cœur des luttes actuelles. Les modalités de financement (retenues sur salaire, paiements des entreprises ou des individus) et leur imputation comptable ne sont pas faciles à mettre en place.

J’ai ainsi pu constater une myriade de procédures administratives pour recouvrir ces créances. Les années de retard de remboursement aux formations sanitaires des politiques de gratuité des années 2000 ou de subvention des adhésions aux mutuelles de santé au Sénégal actuellement n’ont rien à envier à l’histoire administrative coloniale.




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Des dispensaires ruraux qui renforcent les inégalités

À partir de 1905, la mise en place de l’Assistance médicale indigène (AMI) en AOF est analysée dans la troisième partie. Elle entraîne la création de dispensaires ruraux où le discours colonial présentait les soins comme étant gratuits. Pourtant, l’AMI était largement sous-financée et ne répondait pas aux besoins de la population. Mais surtout, les populations ont été sollicitées pour des paiements directs dans certaines situations.

Comme cela a été généralisé plus tard, dans les années 1980-1990, dans les pays appuyés par l’Unicef et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il arrivait que les malades paient les soins dans ces dispensaires, ce qui ne faisait que renforcer les inégalités constatées dans les hôpitaux. De plus, l’administration coloniale a imposé une taxe spécifique de 1930 à 1938 pour financer l’AMI, avant de l’intégrer en 1939 à l’impôt (régressif) de capitation (forfait par personne).

Dès les années 1920, l’idéologie de la performance et des primes à l’activité, mobilisée plus tard par la Banque mondiale et d’autres organisations dans les années 2000, est déjà bien en place. Des primes sont octroyées aux mamans et aux matrones (accoucheuses traditionnelles) pour soutenir la politique coloniale de natalité.

Quand le personnel médical colonial pratique aussi dans le privé

Dans la quatrième partie, j’analyse la pratique privée de la médecine alors que les salaires et les primes de « dépaysement » des médecins militaires et civil·es, venu·es de France, sont payé·es par l’administration coloniale jusqu’à l’indépendance du Sénégal en 1960. Ces primes servent souvent d’incitatifs à s’expatrier, comme c’est encore le cas aujourd’hui pour les acteurs de l’aide publique au développement.

À l’époque, face aux contraintes budgétaires, ces médecins ne sont pas en nombre suffisant. Pourtant, ces personnes ont une pratique privée au sein et en dehors des formations sanitaires publiques. L’administration coloniale va tardivement tenter de les réguler. De plus, le personnel de santé africain fait face à de multiples défis pour obtenir ce même droit. Dans les années 1950, des syndicats se plaignent alors que les mouvements sociaux augmentent.

Le personnel médical payé par l’administration coloniale obtient des ristournes (autour de 25 %) sur la vente de leurs actes médicaux aux particuliers, pratiqués en plus de leurs activités cliniques de routine (la personne malade est par exemple facturée 100 francs. Le médecin reçoit alors 25 francs de ristourne sur ce montant, le reste étant gardé par l’administration).

Ces ristournes, dont le fonctionnement perdure aujourd’hui, seront formalisées dans les années 1980, avec la généralisation du principe du recouvrement des coûts encouragé par l’OMS et l’Unicef à laquelle la France a contribué.

Actuellement, les soignants du secteur public sénégalais peuvent recevoir une ristourne de 20 % à 30 % des recettes nettes. À l’époque coloniale, l’administration publique tire aussi profit de cette pratique privée des médecins coloniaux puisqu’elle reçoit une partie des sommes payées par les patient·es. Cependant, les médecins du secteur privé (qui paient une patente) se plaignent de la concurrence déloyale des médecins (militaires et civils) payés par l’administration coloniale.

L’origine du mouvement mutualiste

La cinquième partie de mon ouvrage est consacrée au mouvement mutualiste. Durant la période coloniale, le mouvement mutualiste français (très développé en « Métropole ») s’est mobilisé pour développer les mutuelles de santé en Afrique du Nord. Bien que de nombreuses conférences aient été organisées autour de la mutualité dans les colonies, presque rien n’a été réalisé à destination des populations de l’Afrique de l’Ouest.

Cependant, les premières tentatives de mutuelles au Sénégal remontent aux années 1910. Conçues comme des instruments de la politique coloniale, ces mutuelles ne rencontrent pourtant pas de succès. Leur nombre demeure très restreint (à l’image des mutuelles communautaires relancées à partir des années 1990) et elles cherchent, avant tout, à fournir des services aux coloniaux.




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Une financiarisation de la santé à l’échelle globale

Les approches que j’ai mises au jour pour le Sénégal se retrouvent aussi ailleurs en AOF et dans les territoires de l’Empire français. La présence de la financiarisation de la santé est donc globale, y compris à cette époque. Les archives confirment qu’elle s’est développée dans de nombreux pays de la planète au cours de la période coloniale. Elle a poursuivi son emprise sur nos systèmes de santé jusqu’à maintenant, tant au Sénégal qu’en France.

Ainsi, cet ouvrage centré sur la financiarisation de la santé à l’époque coloniale au Sénégal s’inscrit en complémentarité des analyses contemporaines de sa présence et de sa permanence à l’échelle mondiale. Un détour archivistique vers d’autres territoires ayant dû subir la colonisation française, et d’autres, confirme la situation sénégalaise et donc, la diffusion des idées et des pratiques qu’il faudra évidemment préciser dans des recherches futures.

The Conversation

Valery Ridde a reçu des financements de l’ANR, la FRM, IRSC, INSERM, ECHO, OMS.

ref. Une analyse originale de la financiarisation de la santé au Sénégal (1840-1960) – https://theconversation.com/une-analyse-originale-de-la-financiarisation-de-la-sante-au-senegal-1840-1960-273770

L’UE face aux impérialismes de Pékin, de Moscou et de Washington

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jean-Pierre Darnis, Full professor at the University of Côte d’Azur, director of the master’s programme in “France-Italy Relations”. Associate fellow at the Foundation for Strategic Research (FRS, Paris) and adjunct professor at LUISS University (Rome), Université Côte d’Azur

La Chine poursuit sans cesse son ascension, la Russie livre une guerre meurtrière sur le territoire européen et les États-Unis de Donald Trump affichent ouvertement leur mépris à l’égard de l’Union européenne. Et pourtant, celle-ci offre une capacité de résistance remarquable, ce qui confère une force spécifique à son modèle démocratique.


Dans le contexte international actuel, les analyses qui décrivent un triomphe de l’impérialisme dont l’Europe serait fatalement la victime font florès. La guerre en Ukraine et les opérations coup-de-poing de Donald Trump auraient consacré le retour de la force comme pivot des relations internationales, un instrument dont l’Union européenne (UE) serait dépourvue. L’UE ferait face à un dilemme : soit elle devient elle aussi une puissance, soit elle est vouée à disparaître.

Cette représentation se base sur une lecture classique des relations internationales qui décrit la réalité du monde comme un état d’anarchie interétatique. Or cette projection réaliste, souvent critiquée car susceptible d’engendrer des effets négatifs, est parfois prolongée au point de proclamer l’inutilité fondamentale d’une UE déclinante qui devrait s’effacer pour laisser place aux États-nations susceptibles de faire un choix de camp – une description que l’on retrouve dans la récente Stratégie de défense nationale américaine où l’UE est souvent vilipendée.

Il convient cependant de questionner ces différents éléments.

Bien évaluer les dangers chinois et russe

Cette vision sombre qui semble faire le constat fataliste que la force l’a définitivement emporté sur le droit a pour premier défaut d’alimenter la propagande des acteurs qui estiment que l’existence de l’Union européenne n’a guère de sens du fait de sa prétendue impuissance. De tels propos étaient déjà depuis longtemps exprimés de façon récurrente par le pouvoir russe ; ils le sont désormais également par celui des États-Unis.

Ensuite, il faut revenir sur la représentation actuelle d’un monde dominé par les puissances impérialistes. Les États-Unis, la Chine et la Russie seraient les trois États impériaux qui chercheraient à établir des sphères de puissance, une vision géographique porteuse d’un déterminisme négatif pour l’Europe. Or il faut insister sur les différences fondamentales qui existent entre ces différentes entités.

La Chine apparaît comme concentrée avant tout sur les aspects économiques et technologiques de la puissance, qui doivent lui permettre de maintenir les gains qu’elle tire des échanges globaux. Il s’agit certainement d’une recherche de maximisation de ses propres intérêts mais dont la portée et les finalités restent discutées par les spécialistes. D’un point de vue européen, la relation avec Pékin est certes problématique mais semble gérable par les instruments classiques de l’Union. Très justement méfiante à l’égard d’un régime politique chinois totalitaire qui exprime de façon ouverte son néo-impérialisme, l’UE a jusqu’ici suivi les États-Unis sur la voie d’une politique d’endiguement. Le cycle actuel de distanciation transatlantique pourrait remettre en cause de façon partielle cet agenda, alors que les Européens se doivent de diminuer leur dépendance à l’égard des États-Unis.

Le cas russe est différent : nous avons ici une claire manifestation d’impérialisme militaire classique dans lequel une vision historique et idéologique sous-tend les velléités de conquête territoriale. Malgré leurs faiblesses et un système institutionnel peu efficace en matière de mise en œuvre de la force, les Européens n’ont pas failli dans leur soutien à l’effort militaire ukrainien, au-delà de la condamnation politique de l’agression russe. L’Ukraine, qui se bat pour maintenir un destin autonome et européen, a réussi à contenir l’armée russe.

L’impérialisme du Kremlin peut continuer à nourrir des conflits et demander des efforts ultérieurs en matière de réarmement voire de combats, et ce d’autant plus si la garantie de sécurité américaine disparaît, mais il est aussi très clair que les Européens ne veulent pas passer sous la coupe de la Russie et n’entendent pas non plus céder des territoires. Il s’agit donc d’un problème important et douloureux mais dont l’analyse reste nette : l’Union européenne n’est pas un ventre mou qui serait à prendre par les armées du Kremlin.

La vision de l’impérialisme chinois et de l’impérialisme russe comme facteurs qui pourraient atomiser l’UE doit donc être relativisée. Il ne s’agit pas de nier la réalité des dangers et défis liés à ces deux contextes, mais de rappeler que l’Union reste en capacité de gestion.

Le cas spécifique de l’administration Trump

Le troisième impérialisme, celui des États-Unis, apparaît comme plus problématique. Tout d’abord les velléités d’annexion du Groenland constituent un scénario original de conquête territoriale aux dépens de l’UE, en menaçant la souveraineté du Danemark. Plus globalement, la dégradation du respect du droit international de la part des États-Unis vient potentiellement remettre en question l’alliance transatlantique, qui se basait sur une acceptation de l’hégémonie américaine de la part des Européens en échange non seulement d’une protection militaire incarnée par l’OTAN mais également d’un consensus sur la défense des valeurs de liberté.

L’adoption des logiques de la puissance par la seconde présidence Trump vient rompre cet accord tacite. Les Européens doivent désormais gérer une phase délicate, celle d’un découplage avec les États-Unis, en évitant que cela ne dégénère en conflit. En d’autres termes, le rapport entre Union européenne et États-Unis, s’il est ramené à un simple calcul d’intérêts de type réaliste, perd une dimension essentielle, celle d’une convergence politique et idéologique qui, depuis la Déclaration d’indépendance américaine de 1776, constituait le fondement de la relation, un soubassement nécessaire pour les échanges de biens et de services, en particulier pour les données.

L’administration Trump commet l’erreur de croire que la suprématie provenait de la puissance, qu’elle soit militaire, économique ou technologique. En réalité, l’alliance est nettement plus productive que la domination et cette rupture entraînera probablement un affaiblissement de l’attractivité, et donc de la puissance, américaine, ce qui pourrait par ailleurs accroître les tensions internes et externes. Il suffit par exemple de penser aux conséquences potentielles d’une baisse de l’immigration hautement qualifiée sur une économie américaine essentiellement basée sur la capacité d’innovation technologique.

L’Arlésienne de l’Europe-puissance

L’une des caractéristiques principales de l’UE réside dans sa solidité : on a constaté au travers des crises que l’UE était capable non seulement de résister à un contexte négatif (crises financières, Covid) mais également de se renforcer.

L’UE est un millefeuille institutionnel souvent difficile à lire. Ce dispositif mixte, à la fois intergouvernemental et fédéral, fait preuve d’une remarquable résistance car il est le fruit d’une série de compromis qui, une fois adoptés, restent ancrés dans la vie politique européenne. Il est donc particulièrement difficile de défaire ce qui a été fait au sein de l’Union, comme illustré par le Brexit. De plus, le modèle institutionnel alambiqué de l’Union – le processus démocratique mixte entre Parlement, Conseil et Commission – renforce les institutions, ce qui constitue aussi une source de résistance face aux pressions externes.

L’UE s’est construite comme une non-puissance, une création politique qui a mis au centre de son projet l’extension des marchés et la croissance : les fonctions militaires sont depuis le début de l’intégration jalousement conservées par les États membres. Ce refus d’une Europe-puissance traduit l’une des caractéristiques fondamentales de l’Union, celle d’être née comme entité politique de remédiation qui permette de tourner la page des très meurtriers conflits intra-européens, objectif désormais acquis.

Il convient donc aujourd’hui de ne pas l’oublier lorsqu’on réclame une montée en puissance d’une série d’institutions qui n’ont pas été programmées pour cela. Les différentes souverainetés nationales expriment des traditions divergentes en termes d’emploi des forces armées : il apparaît donc politiquement difficile de mettre en place une armée européenne, alors que des coalitions à géométrie variable, déjà en place dans le cas du potentiel dispositif de garantie de sécurité de l’Ukraine ou bien lorsqu’il s’agit d’envoyer des soldats au Groenland en soutien du Danemark, permettent d’envisager une montée en puissance des appareils militaires au niveau européen, ce qui illustre bien que les États membres ne sont pas dénués d’instruments.

Ici encore, il convient de ne pas appliquer une lecture simpliste de la puissance européenne, selon laquelle l’impossibilité d’organiser un monopole collectif unique de la force au niveau européen signifierait la fin de l’Union elle-même. L’Union est en train de montrer que, lorsqu’elle est contrainte par une pression extérieure, elle trouve les ressources communes pour résister.

L’Union européenne illustre le paradoxe d’une croissance institutionnelle qui ne peut être appréhendée en suivant les critères classiques des États et tire sa force d’un processus original à la fois d’extension territoriale (les différents élargissements) et de création de souverainetés européennes qui viennent renforcer celles nationales, le tout au service d’un compromis social-démocrate qui reste un modèle.

L’UE, pôle d’attraction face aux impérialismes ?

Il existe donc une sous-évaluation intrinsèque de l’Union, une représentation de faiblesse qui est amplifiée par les descriptions trop géopolitiques du globe. L’UE n’est pas faible, même si elle n’est pas une puissance, et constitue un remarquable compromis de souveraineté démocratique et de progrès.

Le contexte global actuel n’en reste pas moins particulièrement difficile et menaçant, et ce d’autant que le jeu international est troublé par les actions à l’emporte-pièce de la présidence américaine. Lors du récent forum de Davos, le premier ministre canadien Mark Carney a évoqué une vision de pôle démocratique capable de résister aux empires. C’est certainement dans ce sillage d’une association avec des pays comme le Royaume-Uni et le Canada que doit s’inscrire la stratégie de résistance d’une Union qui peut avoir l’ambition nécessaire de rester organisée autour de l’État de droit, face aux périls impérialistes. Ce qui doit être un facteur non seulement de compétitivité, mais aussi d’espoir pour ceux qui, par exemple aux États-Unis, luttent pour le maintien de la démocratie.

The Conversation

Jean-Pierre Darnis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’UE face aux impérialismes de Pékin, de Moscou et de Washington – https://theconversation.com/lue-face-aux-imperialismes-de-pekin-de-moscou-et-de-washington-274236