Par-delà la musique, les festivals comme scène démocratique : le cas Europavox

Source: The Conversation – in French – By Cédrine Zumbo-Lebrument, Enseignante-chercheuse en marketing, Clermont School of Business

Les festivals : des scènes culturelles, sociales… et politiques ? Mathurin Napoly Matnapo/Unsplash

Le festival Europavox de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, a rassemblé près de 40 000 spectateurs en juin 2025, d’après les organisateurs. Entre concerts, stands institutionnels et prises de position engagées de certains artistes, il soulève une tension : et si ces événements festifs éphémères touchaient plus de citoyens que les dispositifs participatifs classiques ?


Chaque début d’été, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) se transforme en scène à ciel ouvert. Le festival attire un public large et intergénérationnel: adolescents, familles, groupes d’amis. Pendant trois jours, la ville vibre dans une atmosphère de curiosité et de fête.

L’édition 2025 illustre bien la diversité des registres proposés. Sur la grande scène, M (Matthieu Chedid) et son projet Lamomali ont fait dialoguer la chanson française et les traditions maliennes. Vendredi sur Mer a délivré une pop électro fédératrice, tandis que la jeune artiste Théa a revendiqué son identité queer sous les applaudissements de centaines de jeunes. Le chanteur satirique Philippe Katerine, quant à lui, a ironisé sur Marine Le Pen au détour d’une chanson provocatrice.

Quelques mètres plus loin, Zaho de Sagazan s’est drapée, en fin de concert, d’un drapeau arc-en-ciel LGBT et d’un drapeau palestinien sous les acclamations du public. La programmation a donné à voir une société où divertissement, engagement et contestation coexistent. Autour de la musique, un espace d’expression singulier s’est ouvert, mêlant le plaisir du spectacle et l’affirmation de messages politiques ou sociaux.

Pourquoi les institutions investissent ces espaces ?

Ce contexte populaire et convivial attire les acteurs publics. Dans l’enceinte du festival, on croisait ainsi des stands de la Ville de Clermont-Ferrand, du Département du Puy-de-Dôme, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de la Métropole, ou encore du service de vélos en libre-service C.Vélo. Quiz, jeux, simulateur de conduite, distribution de goodies : tout est conçu pour capter l’attention, valoriser l’action publique et donner une image plus accessible des institutions.

L’enjeu est loin d’être anecdotique. Les collectivités locales cherchent à renouer avec des citoyens gagnés par la défiance envers le politique. Une enquête Ipsos a récemment révélé que 78 % des Français estiment que le système politique fonctionne mal. Beaucoup ne participent plus aux consultations officielles, désertent les réunions de quartier et jugent les plates-formes numériques de concertation trop complexes ou peu efficaces.

En réalité, si l’idée de participation citoyenne reste plébiscitée dans les sondages, la mobilisation concrète demeure très faible : selon plusieurs études, seule une minorité de citoyens a déjà pris part à un débat public local, et une écrasante majorité a le sentiment que sa voix n’est pas prise en compte dans le débat public. Des experts observent d’ailleurs que la prolifération de ces dispositifs participatifs n’a pas résolu la crise de confiance, et va même de pair avec une recentralisation du pouvoir. Autrement dit, ces consultations, souvent conçues et pilotées d’en haut, peinent à jouer un rôle de contre-pouvoir puisque le « pouvoir exécutif en définit le cadre et la commande ».

Dans ce climat, les festivals apparaissent comme un moyen de recréer du lien. Ils offrent un contact informel, sans solennité, qui tranche avec les cadres participatifs traditionnels. Le fait d’aller vers le public sur un terrain festif permet de toucher des personnes habituellement éloignées de la vie civique, même à travers un échange bref ou un simple flyer.

Une participation qui interroge

Cette démarche d’« aller vers » pose néanmoins une question : peut-on vraiment parler de participation citoyenne ?

Le politologue Loïc Blondiaux a montré que la démocratie participative est souvent instrumentalisée par les élus comme un outil de communication et de légitimation bien plus qu’un véritable partage du pouvoir. Dès 1969, la sociologue Sherry R. Arnstein décrivait une « échelle de la participation » à huit niveaux, où les dispositifs les plus courants occupent les échelons inférieurs ; information unilatérale et consultation symbolique sans influence réelle sur la décision.

La « fausse démocratie participative » est pointée par le militant écologiste Cyril Dion lui-même : « Il n’y a rien de pire que la fausse démocratie participative ». Les festivals prolongent-ils cette logique, ou apportent-ils au contraire une alternative ?

D’un côté, on peut y voir une vitrine de plus : un espace de communication institutionnelle déguisé en moment convivial, où la participation du public reste superficielle. De l’autre, leur attractivité est telle qu’ils réussissent à toucher des publics habituellement éloignés des processus civiques. Là où une réunion de concertation classique n’attire souvent qu’une poignée de participants déjà convaincus, un festival réunit des milliers de citoyens de tous âges et horizons, sans effort particulier de leur part. Même si l’échange sur place est bref, le contact existe bel et bien ; ce qui est loin d’être garanti dans les démarches participatives formelles.

Il se joue une éducation démocratique

C’est précisément cette liberté qui permet une forme d’éducation démocratique implicite. La plupart des festivaliers viennent avant tout pour la musique et le plaisir, entre amis ou en famille. Beaucoup ne font qu’un passage éclair devant les stands institutionnels, repartant éventuellement avec un tote bag ou un badge souvenir, sans forcément l’intention de s’impliquer davantage par la suite.

Pourtant, ce premier contact, même superficiel, peut s’avérer plus efficace qu’un long questionnaire en ligne. L’effet d’exposition, le souvenir positif d’un échange informel et le sentiment d’accessibilité de la collectivité contribuent à renforcer une perception plus favorable des institutions locales.

Les stands du festival Europavox.

Autrement dit, la « démocratie festive », même limitée, ouvre un espace de dialogue que les dispositifs officiels peinent à créer. Le politologue britannique Gerard Delanty parle à ce titre des festivals comme de véritables « sphères publiques culturelles » : des lieux où une pluralité de voix s’exprime et où le politique se mêle à l’émotion collective. Contrairement à la sphère publique classique définie par le philosophe Jurgen Habermas, fondée sur la raison argumentative et la recherche d’un consensus rationnel, ces espaces festifs introduisent une dimension affective dans le débat public. L’émotion collective partagée lors d’un concert ou d’un happening militant vient colorer le politique d’émotions, plus accessibles que le débat rationnel.

Contre-pouvoir, récupération ou coexistence ?

Cette pluralité d’expressions est-elle le signe d’une vitalité démocratique inédite, ou au contraire d’une neutralisation des tensions contestataires ? Jürgen Habermas définissait l’espace public comme un lieu de délibération rationnelle entre citoyens, structuré par des arguments critiques orientés vers l’intérêt commun. Les festivals comme Europavox s’en écartent radicalement : ils mettent en scène une coexistence de récits où la contestation politique (les slogans de Théa, l’ironie de Katerine, le geste de Zaho de Sagazan) se déploie au même titre que l’émotion, le divertissement ou la communication institutionnelle. Leur cohabitation avec les logiques de promotion publique peut sembler paradoxale.

Faut-il y voir un affaiblissement du débat démocratique, noyé dans le spectacle, ou au contraire une réinvention plus diffuse et inclusive de la citoyenneté contemporaine ?

D’une certaine manière, la convivialité générale désamorce les clivages habituels : tout le monde partage le même lieu, la même programmation, les mêmes expériences. Chacun peut y trouver ce qu’il vient chercher : un concert festif, un message engagé, une information sur les services publics. Cette coexistence des récits est peut-être la forme actuelle de notre démocratie : un pluralisme d’expressions tolérées côte à côte, mais sans véritable synthèse collective.

Plus qu’un festival

L’exemple d’Europavox montre qu’un festival peut (sans prétendre à de la concertation formelle) créer des conditions favorables à l’attention du public et au dialogue informel. À mi-chemin entre vitrine institutionnelle et engagement réel, il incarne un paradoxe de notre époque : en rendant l’action publique plus proche et sympathique, il parvient peut-être à toucher plus largement qu’un dispositif participatif pourtant conçu pour impliquer les citoyens.

Faut-il s’en réjouir ? Ou y voir la marque d’une démocratie épuisée, qui préfère la convivialité à la transformation profonde ? Sans doute un peu des deux. Une chose est certaine : ces espaces hybrides méritent d’être pris au sérieux, car ils en disent long sur nos manières contemporaines de « faire société » et d’associer les individus à la vie publique.

The Conversation

Cédrine Zumbo-Lebrument ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Par-delà la musique, les festivals comme scène démocratique : le cas Europavox – https://theconversation.com/par-dela-la-musique-les-festivals-comme-scene-democratique-le-cas-europavox-262350

Le démantèlement des entreprises : vers une « nouvelle » sanction dissuasive

Source: The Conversation – France (in French) – By Djamdji Chloé, Doctorante en droit privé spécialisée en droit de la concurrence et droit du numérique, Université Côte d’Azur

Le numérique était censé tout « disrupter ». Mais il pourrait remettre en selle une pratique qu’on croyait disparue : le démantèlement de groupes pour rétablir une concurrence réelle et non faussée. Il faut suivre de près ce que décidera la Federal Trade Commission états-unienne dans l’affaire qui concerne le groupe Meta.


Le 15 avril 2025 s’est ouvert aux États-Unis, le procès Meta (FTC v. Meta Platforms, Inc.). Cette affaire fait suite à l’action en justice intentée par la Federal Trade Commission (FTC) à l’encontre de Meta. L’autorité reproche à l’entreprise d’avoir procédé aux acquisitions d’Instagram (2012) et de WhatsApp (2014), pour renforcer sa position dominante sur les réseaux sociaux, notamment en imposant des conditions inégales à l’égard des développeurs de logiciel. Ces comportements auraient, selon la FTC, pour conséquence, une expérience fortement dégradée pour les utilisateurs avec plus de publicités subies et une confidentialité réduite.

Depuis quelques années, la pratique des acquisitions prédatrices ou killers acquisitions– visant à éliminer une menace concurrentielle avant qu’elle n’émerge – est devenue une pratique courante, notamment pour les entreprises spécialisées dans le numérique comme en témoignerait ici le rachat par Meta d’Instagram et de WhatsApp au cœur de ce procès.

La pile de technologie publicitaire

Selon la FTC, l’objectif de ces rachats semble être dès le départ de chercher à éliminer toute concurrence sur le marché des réseaux sociaux. Cette pratique s’apparente à la stratégie dite de « pile de technologie publicitaire ». Cette dernière vise à renforcer la position dominante d’une entreprise sur plusieurs produits technologiques de publicité numérique par une série d’acquisitions prédatrices. Pour ces raisons, l’autorité a demandé une injonction visant à prévenir la réitération de ces types de pratiques ainsi que la cession d’Instagram et de WhatsApp.

En matière de contrôle des concentrations, les entreprises parties aux dites opérations acceptent souvent de procéder à une telle cession – totale ou partielle – d’actifs. Cette dernière opération consiste le plus souvent à vendre à des tiers des points de vente, des établissements, une division, une gamme de produits voire l’intégralité d’une filiale.




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Dans le cadre des procédures de contrôle des concentrations par les autorités de la concurrence (FTC ou encore Commission européenne), la cession d’actifs permet à l’entreprise menant l’opération de concentration via une acquisition ou une fusion de proposer et ou de négocier des ventes d’actifs avec les autorités afin que son opération soit validée. La cession est donc dans ce cadre un instrument de nature structurel utilisé ici dans le cadre d’un contrôle a priori des opérations de concentrations garant de l’ordre public économique.

De la cession d’actifs à la scission de l’entreprise

Ce type de cession d’actifs doit néanmoins être distingué du démantèlement qui est susceptible aussi d’être utilisé par lesdites autorités. Le démantèlement correspond en la scission d’une entreprise en de multiples sociétés indépendantes mais il s’agit ici d’une sanction a posteriori.

Les cas historiques les plus emblématiques étant le démantèlement de la Standard Oil (en 1911) en 34 sociétés et d’ATT (1982) qui donna naissance à sept opérateurs téléphoniques régionaux aux USA, les célèbres « babys bells ». Ces deux affaires peuvent être considérées comme des cas d’école qui viennent interroger la pertinence du démantèlement en tant que solution adaptée à la protection de la concurrence.

Peut-on considérer le démantèlement comme une solution efficace ? La réponse semble a priori négative dans la mesure où le démantèlement dans ces affaires emblématiques s’est finalement avéré avec le temps peu opérant face aux stratégies de restructuration des entreprises. Ainsi, par exemple, le démantèlement de la Standard Oil s’est traduit au fil du temps par une recombinaison partielle des 34 sociétés se traduisant in fine par une des plus grandes fusions de l’histoire entre supermajors sur le marché pétrolier en 1999 entre EXXON (ex Standard Oil of California) et Mobil (ex Standard Oil of NY).

Une sanction à l’efficacité provisoire

Le démantèlement a certes permis de relancer temporairement la concurrence dans ce secteur, mais l’efficacité de la sanction disparaît plus ou moins rapidement au regard des stratégies de fusions-acquisitions que mettent en place les entreprises. Le démantèlement ne fut d’ailleurs guère utilisé en dehors de ces deux cas d’école. Il n’a jamais été utilisé en droit européen ni en droit français de la concurrence pour sanctionner des positions dominantes absolues ou quasi absolues comme celle de la Standard Oil en son temps. Les débats sur son éventuelle utilisation avaient quasiment disparu jusqu’à l’avènement de l’économie numérique.

L’économie numérique marquée par la vitesse des évolutions techniques et technologiques a pu laisser croire dans un premier temps que les monopoles ou les quasi-monopoles n’étaient qu’une histoire relevant de la vieille économie. Néanmoins, l’apparition et le développement des géants du numérique (GAFAM) combiné à une puissance financière et technologique sans égale et des stratégies d’acquisitions prédatrices des concurrents a permis à ces grands groupes de capter et de contrôler le développement des innovations disruptives. Les concurrents innovants au stade de start-up sont acquis avant même de pouvoir remettre en cause les positions dominantes des GAFAM.

Un renouveau pour le démantèlement

L’intérêt théorique et pratique pour le démantèlement connaît un renouveau en droit et en économie de la concurrence, la cession pouvant être considérée comme une menace crédible : en quelque sorte l’arme nucléaire du droit antitrust destinée à n’être utilisée qu’en dernier recours. Cette nouvelle forme de stratégie de la terreur suppose que la menace devrait suffire en principe à obtenir des entreprises concernées des engagements comportementaux et structurels devant remédier aux préoccupations de concurrence identifiées par les autorités de concurrence.

Arte 2025.

Le procès Meta incarne probablement cette volonté de gagner en crédibilité au même titre que l’article 18 du Digital Market Act (DMA) européen de 2022 prévoyant cette possibilité. Aux États-Unis, en l’absence de texte équivalent au DMA, le procès devant le tribunal de Washington constitue pour la FTC en invoquant le droit antitrust classique, le monopolisation ou l’abus de position dominante, de demander la vente partielle d’Instagram et de WhatsApp.

L’objectif est de rendre à ces filiales leur autonomie afin qu’elles puissent à nouveau concurrencer Meta sur le marché des réseaux sociaux. Ainsi, si finalement le tribunal suit le raisonnement de la FTC et que la cession se traduit par un démantèlement de Meta, cette mesure structurelle devient alors une menace crédible pour l’ensemble des GAFAM. Leur situation de position dominante serait alors menacée et les autorités et les tribunaux de la concurrence rétabliront la concurrence là où elle était absente ou quasi absente. Reste à savoir si l’histoire se répétera comme pour le pétrole ou les télécoms et si, à terme, les groupes finiront par se reconstituer…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le démantèlement des entreprises : vers une « nouvelle » sanction dissuasive – https://theconversation.com/le-demantelement-des-entreprises-vers-une-nouvelle-sanction-dissuasive-260431

Avant de cartographier le ciel avec la plus grande caméra au monde : que révèlent vraiment les « premières » images du télescope Vera-C.-Rubin ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Pierre-Alain Duc, Directeur de recherche au CNRS, directeur de l’Observatoire astronomique de Strasbourg, Université de Strasbourg

Zoom dans l’amas de la Vierge. Cette image fait partie des « premières » images prises par le télescope Vera-C.-Rubin. NSF–DOE Vera-C.-Rubin Observatory, CC BY

L’observatoire Vera-C.-Rubin vient de débuter un grand sondage du ciel, le Legacy Survey of Space and Time (LSST) et a livré en juin 2025 de « premières » images au grand public : une grandiose visualisation d’une partie de l’amas de galaxies de la Vierge.

Mais de telles « premières » images ont une importance qu’il convient de relativiser, ou tout au moins recontextualiser car leur intérêt n’est pas forcément celui que l’on croit ou voit immédiatement.

Les images de Vera-C. Rubin se distinguent par la taille de leur champ exceptionnellement grande et la rapidité du nouvel observatoire, qui lui permet de cartographier des lumières même ténues sur une grande partie du ciel plusieurs fois par mois.


La « première lumière » d’un nouvel observatoire est un évènement symbolique et médiatique. Les images dévoilées ce jour-là au public ne sont en effet pas les vraies premières acquisitions – ces dernières servent des objectifs purement techniques et n’ont que peu d’intérêt pour le public. Elles ne témoignent pas forcément des buts scientifiques primaires qui ont motivé la construction du télescope. Elles existent essentiellement pour impressionner et susciter l’intérêt : pour cela, elles doivent posséder une valeur esthétique… qui ne doit pas occulter les performances techniques de l’instrument qui les a générées.

En quoi, alors, cette « première » image du sondage Legacy Survey of Space and Time (LSST), centrée sur l’amas de galaxies de la Vierge, est-elle originale et doit-elle nous interpeller ?

Parce qu’elle dévoile des astres encore inconnus ?

Pas tout à fait. Les structures les plus remarquables, visibles sur cette image, étaient familières, comme ce couple de spirales vues de face (au centre, à droite), cette galaxie naine mais étonnamment étendue et diffuse (en haut à droite) ou, enfin, ces spectaculaires traînées stellaires qui relient plusieurs galaxies d’un groupe situé à l’arrière-plan (en haut à droite), fruits de collisions en cours qui arrachent les étoiles à leurs galaxies.

Ces queues dites « de marée » avaient déjà été cartographiées par des caméras d’ancienne génération, comme Megacam sur le vénérable Canada-France-Hawaii Telescope (CFHT).

Parce que sa qualité optique est exceptionnelle ?

Obtenue depuis le sol, et subissant la turbulence de l’atmosphère qui floute toute lumière venue de l’espace, sa finesse est loin des standards des télescopes spatiaux Hubble, James-Webb ou Euclid, qui présentent une résolution spatiale de 5 à 10 fois meilleure.

Parce qu’elle présente d’éclatantes couleurs ?

Certes, mais depuis que le sondage du Sloan Digital Sky Survey (SDSS) a démarré en 2000, il a systématiquement observé une grande partie du ciel dans des bandes devenues standards (u,g,r,i,z) et a combiné ses images pour produire de « vraies couleurs ». Le public s’est habitué à une vision colorée des objets astronomiques.




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Désormais, chaque nouvelle mission utilise sa propre palette qui varie selon le jeu utilisé de filtres.

Parce qu’elle dispose de canaux de diffusion importants ?

Certainement ! Les États-Unis ont une culture de médiation scientifique bien plus développée qu’en Europe, et leurs agences, dont le département de l’énergie américain et la Fondation nationale pour la science qui portent le projet LSST, accordent des moyens financiers conséquents aux actions de communication, relayées par l’ensemble des partenaires, parmi lesquels, en France, le CNRS dont l’Institut nucléaire et particules est chargé, entre autres, d’une grande partie de la chaîne de traitement des données.

Mais faut-il pour autant faire la fine bouche face à cette belle, mais pas si originale image produite par le LSST ? Assurément, non ! Elle mérite vraiment de s’y intéresser – non donc par ce qu’elle montre, mais par ce qu’elle cache !

Ce que cachent les premières images du nouveau télescope Vera-C.-Rubin et de son sondage LSST : un potentiel énorme et une prouesse technique

Ce qui est réellement derrière cette image, c’est un potentiel scientifique énorme, lui-même résultat d’une prouesse technique remarquable.

L’image a été acquise avec la plus grande caméra au monde. Elle dispose d’un capteur de 3,2 milliards de pixels (en fait une mosaïque de 189 capteurs CCD), soit 100 fois plus qu’un appareil photo classique.

Cette débauche de pixels permet de couvrir un champ de vue sans précédent de 9,6 degrés carrés, soit 45 fois la taille apparente de la pleine Lune ou 35 000 fois celui de la caméra du télescope spatial Hubble.

Avec cette vision large, le LSST pourra cartographier la surface totale de l’amas de la Vierge en seulement 10 clichés (l’image présentée ici ne couvre qu’une partie de l’amas), et quelques dizaines d’heures d’observations, contre quelques centaines d’heures pour le télescope Canada-France-Hawaii, avec lequel nous osions une comparaison plus haut.

La taille de la caméra du LSST est digne de celle de son télescope, pourvu d’un miroir de 8,4 mètres, le plus grand au monde entièrement consacré à l’imagerie. Avec une telle machinerie, l’ensemble du ciel austral peut être observé en seulement trois jours, des performances idéales pour repérer les phénomènes transitoires du ciel, comme les supernovae ou pour découvrir des astéroïdes dont la position varie d’une image sur l’autre.

Chaque nuit d’observation, les terabytes de données s’accumulent et, pendant les dix ans du sondage, les images vont être empilées pour in fine atteindre une sensibilité inégalée, mettant en jeu une chaîne de traitement complexe sans commune mesure avec celles mises en œuvre pour les sondages anciens.

Cette base de données qui, comme le grand vin, se bonifie avec le temps, permettra d’effectuer des avancées dans de multiples domaines de l’astrophysique, de la physique stellaire à la cosmologie.

Alors, oui, il est tout à fait légitime d’être impressionné par cette première image du LSST et par le potentiel de découvertes qu’elle dévoile.

Et pour finir, il convient de rappeler que l’observatoire qui l’a acquise, installé dans le désert chilien de l’Atacama, honore par son nom l’astrophysicienne Vera Rubin, à l’origine de la découverte de la matière noire dans les galaxies. Donner un nom de femme à un projet astronomique d’envergure est aussi une première !

The Conversation

Pierre-Alain Duc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avant de cartographier le ciel avec la plus grande caméra au monde : que révèlent vraiment les « premières » images du télescope Vera-C.-Rubin ? – https://theconversation.com/avant-de-cartographier-le-ciel-avec-la-plus-grande-camera-au-monde-que-revelent-vraiment-les-premieres-images-du-telescope-vera-c-rubin-262066

Le système de santé mondial peut se reconstruire après la réduction de l’aide américaine : voici comment

Source: The Conversation – in French – By Jonathan E. Cohen, Professor of Clinical Population and Public Health Sciences, Keck School of Medicine and Director of Policy Engagement, Institute on Inequalities in Global Health, University of Southern California

Les coupes budgétaires drastiques du gouvernement américain ont plongé une grande partie du secteur de la santé mondiale dans un climat de peur et d’incertitude. Autrefois fleuron de la politique étrangère américaine et évaluée à quelque 12 milliards de dollars par an, la santé mondiale a été reléguée au second plan dans un département d’État réorganisé autour de l’agenda « America First ».

Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, très différente de ce qu’on a connu par le passé.

Ayant passé 25 ans de ma carrière dans le domaine de la santé mondiale et des droits de l’homme, et enseignant aujourd’hui cette matière à des étudiants de deuxième cycle en Californie, je suis souvent interrogé sur la possibilité, pour les jeunes, d’espérer un avenir dans cette filière. Ma réponse est un oui retentissant.

Plus que jamais, la santé mondiale a besoin de l’engagement, de l’humilité et de la vision de la nouvelle génération, afin de ne plus être tributaire des aléas politiques d’un seul pays. Et plus que jamais, je suis convaincu que cela est possible.

Pour comprendre d’où vient mon espoir, il est important de rappeler ce qui a conduit l’engagement des États-Unis dans la santé mondiale à la situation critique dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Et comment une réponse historique à des maladies spécifiques a paradoxalement rendu les systèmes de santé africains vulnérables.

Maladie et dépendance

Il y a plus de vingt ans, le domaine de la santé mondiale tel que nous le connaissons aujourd’hui est né de la riposte internationale au VIH/sida, l’une des pandémies les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité. Cette maladie touchait principalement les personnes en âge de procréer et les bébés nés de parents séropositifs.

La création du Plan présidentiel américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (Pepfar) en 2003 était à l’époque le plus grand programme bilatéral jamais mis en place pour lutter contre une seule maladie. Il a redéfini la santé mondiale pour les décennies à venir, avec les États-Unis au centre. Même si les donateurs et les enjeux se sont multipliés au fil des ans, le domaine est resté marqué par ses origines : le leadership américain dans la lutte contre le VIH/sida.

Le Pepfar a placé les pays africains dans une situation d’extrême dépendance vis-à-vis des États-Unis. Nous en voyons aujourd’hui les résultats, et ce n’est pas la première fois. La crise financière mondiale de 2008 avait déjà réduit l’aide au développement dans le domaine de la santé, ce qui avait suscité une nouvelle réflexion sur le financement et la mobilisation des ressources nationales.

Pourtant, les États-Unis ont continué à financer la lutte contre les maladies en Afrique par le biais de contrats importants avec des universités et des organismes américains. Cela se justifiait par l’urgence du problème, le renforcement des systèmes de santé africains grâce au Pepfar et le devoir moral du pays le plus riche du monde.

Avec la montée du populisme de droite et les effets polarisants de la Covid-19, la santé mondiale allait être considérée par de nombreux Américains comme une « affaire d’élites ». Pendant la pandémie, on a opposé à tort santé publique et économie. Pour les experts, c’est pourtant l’inverse : une population en bonne santé est la condition d’une économie solide.

Cette incompréhension a éloigné une partie de l’opinion des recommandations sanitaires des experts. L’impératif de « vacciner le monde » et de jouer un rôle de premier plan dans la sécurité sanitaire mondiale ne bénéficiait pas d’un soutien suffisant au niveau national. Cet appel à la vaccination n’a pas pesé lourd face aux priorités monopolistiques de l’industrie pharmaceutique, l’isolement et les inquiétudes économiques de millions d’Américains.

Ce contexte a préparé le terrain pour le retrait brutal de l’Amérique de la santé mondiale au début de l’année 2025. Lorsque le Département de l’efficacité gouvernementale (Department of Government Efficiency) a visé l’USAID, beaucoup considéraient la santé mondiale comme un vestige de la réponse initiale au VIH/sida, comme une excuse pour permettre à d’autres gouvernements de réduire leurs dépenses de santé, ou encore comme un secteur réservé à une élite. Une cible facile que la Maison-Blanche ne pouvait ignorer.

C’est pourtant là que réside l’espoir. Née autour d’une seule maladie, façonnée par le soft power américain et portée par un cercle restreint d’experts, la santé mondiale a aujourd’hui l’occasion de se réinventer en profondeur. On pourrait voir naître un nouveau pacte sanitaire mondial, où les gouvernements africains bâtiraient eux-mêmes des systèmes de santé robustes, avec une communauté internationale présente en soutien discret.

Une occasion de reconstruire en mieux

Pour établir un nouveau pacte mondial pour la santé en Afrique, le premier changement doit consister à passer de la lutte contre quelques maladies précises à l’objectif de garantir, pour chacun, la santé et le bien-être tout au long de la vie.

Plutôt que de laisser les systèmes de santé se définir uniquement par la réponse au VIH/sida, à la tuberculose ou au paludisme, l’Afrique doit développer des systèmes intégrés qui privilégient :

  • les soins primaires, qui rapprochent les services répondant à la plupart des besoins de santé des communautés

  • la promotion de la santé, qui permet aux individus de prendre en main tous les aspects de leur santé et de leur bien-être

  • les soins de longue durée, qui aident tous les individus à fonctionner et à maintenir leur qualité de vie tout au long de leur existence.

Aucune tendance mondiale ne rend ce changement plus urgent que le vieillissement de la population. Ce phénomène, lié à l’allongement de l’espérance de vie et à la baisse de la fécondité, touchera tous les pays. Bientôt, la proportion de personnes âgées dépassera celle des enfants. Les sociétés auront alors besoin de systèmes de santé intégrés, capables d’accompagner les patients dans la gestion de plusieurs maladies à la fois.

Elles n’ont pas besoin de programmes fragmentés, sources d’avis médicaux contradictoires, des interactions médicamenteuses dangereuses et une bureaucratie paralysante. Le temps presse pour opérer ce changement en profondeur.

Deuxièmement, il est nécessaire de réorienter les relations entre les pays à faible revenu et les pays à revenu élevé vers un investissement commun au service des besoins locaux. Cela commence à se produire dans certains endroits, et cela exigera des sacrifices plus importants de la part de toutes les parties.

Les gouvernements à faible revenu doivent consacrer une plus grande part de leur PIB aux soins de santé. Cela suppose de s’attaquer aux nombreux facteurs qui entravent la redistribution des richesses, de la corruption à la dette, en passant par l’absence de fiscalité progressive. Les États-Unis et les autres pays à revenu élevé doivent payer leur juste part, tout en partageant les décisions sur la manière dont les biens publics mondiaux – vaccins, surveillance des maladies et professionnels de santé – sont répartis et distribués dans un monde interconnecté.

Troisièmement, il est nécessaire de changer le discours sur la santé mondiale dans les pays riches tels que les États-Unis, afin de mieux répondre aux préoccupations des électeurs hostiles à la mondialisation elle-même. Cela signifie qu’il faut répondre aux craintes réelles des citoyens qui pensent que les mesures de santé publique leur coûteront leur emploi, les obligeront à fermer leur entreprise ou favoriseront les intérêts de l’industrie pharmaceutique. Il faut justifier la santé mondiale en des termes auxquels les gens peuvent s’identifier et adhérer, c’est-à-dire aider à sauver des vies sans assumer la responsabilité des systèmes de santé d’autres pays.

Cela passe par des alliances improbables entre ceux qui croient au leadership des pays dits du Sud et ceux qui ont une vision plus isolationniste du rôle de l’Amérique dans le monde.

Un leadership en retrait

Ne vous y méprenez pas. Je ne compte pas sur cette administration américaine, ni sur aucune autre, pour réinventer la santé mondiale en des termes plus adaptés aux tendances actuelles en matière de maladies, plus équitables entre les nations et plus pertinents pour les électeurs américains.

Mais je ne le souhaite pas non plus. Pour créer la santé mondiale de demain, le leadership ne doit pas venir uniquement des États-Unis, mais plutôt d’un engagement commun de la communauté des nations à donner et à recevoir en fonction de leurs capacités et de leurs besoins. Et c’est là une vraie source d’espoir.

The Conversation

Jonathan E. Cohen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le système de santé mondial peut se reconstruire après la réduction de l’aide américaine : voici comment – https://theconversation.com/le-systeme-de-sante-mondial-peut-se-reconstruire-apres-la-reduction-de-laide-americaine-voici-comment-262827

Arbres urbains ou toitures réfléchissantes : quelle est la meilleure solution pour les villes afin de lutter contre la chaleur ?

Source: The Conversation – in French – By Ian Smith, Research Scientist in Earth & Environment, Boston University

Les arbres comme ceux-ci à Boston peuvent aider à rafraîchir les quartiers pendant les journées chaudes. Yassine Khalfalli/Unsplash, CC BY

Lorsque la chaleur estivale s’installe, les villes peuvent commencer à ressembler à des fours, car les bâtiments et les chaussées emprisonnent la chaleur du soleil, tandis que les véhicules et les climatiseurs rejettent davantage de chaleur dans l’air.

La température dans un quartier urbain dans lequel il y a peu d’arbres peut être supérieure de 5,5 degrés Celsius à celle des quartiers voisins. Cela signifie que la climatisation fonctionne davantage, mettant le réseau électrique à rude épreuve et exposant les habitants aux pannes de courant.

Il existe des mesures éprouvées que les villes peuvent prendre pour rafraîchir l’air, par exemple planter des arbres qui fournissent de l’ombre et de l’humidité, ou créer des toitures réfléchissantes qui réfléchissent le rayonnement solaire vers l’atmosphère au lieu de l’absorber.

Mais ces mesures sont-elles efficaces partout ?

Nous étudions les risques liés à la chaleur dans les villes en tant qu’écologistes urbains, et analysons l’impact de la plantation d’arbres et des toitures réfléchissantes dans différentes villes et différents quartiers. Nos conclusions peuvent aider les villes et les propriétaires à mieux cibler leurs efforts pour lutter contre la chaleur.

La magie des arbres

Les arbres urbains offrent une protection naturelle contre la hausse des températures. Ils apportent de l’ombre et libèrent de la vapeur d’eau par leurs feuilles, un processus similaire à la transpiration humaine. Cela refroidit l’air ambiant et atténue la chaleur de l’après-midi.

L’ajout d’arbres dans les rues, les parcs et les jardins résidentiels peut changer sensiblement la température ressentie dans un quartier, les quartiers arborés étant près d’1,7 °C plus frais que ceux qui le sont moins.

Deux cartes de New York montrent comment la végétation correspond aux zones plus fraîches en fonction de la température
La comparaison des cartes de la végétation et de la température de New York montre l’effet rafraîchissant des parcs et des quartiers plus boisés. Sur la carte de gauche, les couleurs plus claires correspondent aux zones moins boisées. Les zones claires de la carte de droite sont plus chaudes.
NASA/USGS Landsat

Mais planter des arbres n’est pas toujours simple.

Dans les villes chaudes et sèches, les arbres ont souvent besoin d’être irrigués pour survivre, ce qui peut mettre à l’épreuve des ressources en eau déjà limitées. Les arbres doivent survivre pendant des décennies pour atteindre une taille suffisante afin de fournir de l’ombre et libérer assez de vapeur d’eau pour réduire la température de l’air.

Les coûts d’entretien annuels, estimés à environ 900 dollars américains annuels par arbre à Boston, peuvent dépasser l’investissement initial de plantation.

La difficulté, c’est que les quartiers urbains denses, où la chaleur est la plus intense, sont souvent trop encombrés de bâtiments et de routes pour permettre la plantation d’arbres supplémentaires.

Comment les toitures réfléchissantes peuvent aider pendant les journées chaudes

Une autre option consiste à recourir aux toitures réfléchissantes. Recouvrir les toitures d’une peinture réfléchissante ou utiliser des matériaux de couleur claire permet aux bâtiments de réfléchir davantage la lumière du soleil vers l’atmosphère au lieu de l’absorber sous forme de chaleur.

Ces toitures peuvent réduire la température à l’intérieur d’un immeuble sans climatisation d’environ 1 à 3,3 °C et peuvent réduire la demande maximale de climatisation jusqu’à 27 % dans les bâtiments climatisés, selon une étude. Elles peuvent également procurer un rafraîchissement immédiat en réduisant les températures extérieures dans les zones densément peuplées. Les coûts d’entretien sont aussi plus faibles que ceux liés à l’expansion des forêts urbaines.

Deux ouvriers appliquent de la peinture sur un toit plat
Deux ouvriers appliquent un revêtement blanc sur le toit d’une maison mitoyenne à Philadelphie.
AP Photo/Matt Rourke

Cependant, tout comme les arbres, les toitures réfléchissantes ont leurs limites. Elles sont plus efficaces sur les toits plats que sur les toits en pente recouverts de bardeaux, car les toits plats sont souvent recouverts de caoutchouc qui emprisonne la chaleur et sont exposés à un ensoleillement plus direct l’après-midi.

Les villes disposent également d’un nombre limité de toits susceptibles d’être convertis. Et dans les villes qui comptent déjà de nombreux toits de couleur claire, quelques toitures supplémentaires pourraient contribuer à réduire les coûts de climatisation dans ces bâtiments, mais elles n’auraient pas beaucoup d’effet à l’échelle du quartier.

En évaluant les avantages et les inconvénients des deux stratégies, les villes peuvent concevoir des plans adaptés à leur situation pour lutter contre la chaleur.

Choisir la bonne combinaison de solutions de refroidissement

De nombreuses villes à travers le monde ont pris des mesures pour s’adapter à la chaleur extrême, avec des programmes de plantation d’arbres et de toitures réfléchissantes qui imposent des exigences en matière de réflectivité ou en encouragent l’adoption.

À Detroit, des organisations à but non lucratif ont planté plus de 166 000 arbres depuis 1989. À Los Angeles, les codes du bâtiment exigent désormais que les toits des nouvelles constructions résidentielles respectent des normes de réflectivité spécifiques.

Dans une étude récente, nous avons analysé le potentiel de Boston pour réduire la chaleur dans les quartiers vulnérables de la ville. Les résultats montrent comment une stratégie à coût maîtrisé pourrait apporter des bénéfices significatifs en matière de refroidissement.

Par exemple, nous avons constaté que la plantation d’arbres peut refroidir l’air de 35 % de plus que l’installation de toitures réfléchissantes dans les endroits où il est possible de planter des arbres.

Cependant, la plupart des meilleurs emplacements pour planter de nouveaux arbres à Boston ne se trouvent pas dans les quartiers qui en ont le plus besoin. Dans ces quartiers, nous avons constaté que les toitures réfléchissantes constituaient un meilleur choix.

En investissant moins de 1 % du budget annuel de fonctionnement de la ville, soit environ 34 millions de dollars, dans 2 500 nouveaux arbres et 3 000 toitures réfléchissantes ciblant les zones les plus à risque, nous avons constaté que Boston pourrait réduire l’exposition à la chaleur pour près de 80 000 habitants. Cela permettrait de réduire la température de l’air l’après-midi en été de plus de 0,6 °C dans ces quartiers.

Bien que cette baisse puisse sembler modeste, il a été démontré que des réductions de cette ampleur diminuent sensiblement les maladies et les décès liés à la chaleur, augmentent la productivité et réduisent les coûts énergétiques liés à la climatisation des bâtiments.

Toutes les villes ne bénéficieront pas de la même combinaison. Le paysage urbain de Boston comprend de nombreux toits plats et noirs qui ne réfléchissent qu’environ 12 % de la lumière solaire, ce qui rend les toitures réfléchissantes qui réfléchissent plus de 65 % de la lumière solaire particulièrement efficaces. Boston bénéficie également d’une saison de végétation relativement humide qui favorise le développement d’un couvert forestier urbain luxuriant, rendant ces deux solutions viables.

Deux images aériennes montrent des couleurs de bâtiments très différentes dans deux villes
Phoenix, à gauche, compte déjà de nombreux toits de couleur claire, contrairement à Boston, à droite, où les toits sont principalement sombres.
Imagerie Google 2025

Dans les endroits où il y a moins de toits plats et sombres pouvant être convertis en toitures réfléchissantes, la plantation d’arbres peut apporter davantage de bénéfices. À l’inverse, dans les villes où il reste peu d’espace pour planter de nouveaux arbres ou où la chaleur extrême et la sécheresse limitent la survie des arbres, les toitures réfléchissantes peuvent être une meilleure solution.

Phoenix, par exemple, compte déjà de nombreux toits de couleur claire. Les arbres pourraient être une option, mais ils nécessiteraient un système d’irrigation.


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Apporter les solutions là où les gens en ont besoin

La création de zones ombragées le long des trottoirs peut avoir un double effet en offrant aux piétons un endroit pour s’abriter du soleil et en rafraîchissant les bâtiments. À New York, par exemple, les arbres de rue représentent environ 25 % de la forêt urbaine totale.

Les toitures réfléchissantes peuvent être plus difficiles à déployer pour les autorités publiques, car elles nécessitent la collaboration des propriétaires. Cela signifie souvent que les villes doivent proposer des mesures incitatives. Louisville, dans le Kentucky, par exemple, accorde des rabais pouvant aller jusqu’à 2 000 dollars aux propriétaires qui installent des matériaux de toiture réfléchissants, et jusqu’à 5 000 dollars aux entreprises commerciales dotées de toits plats qui utilisent des revêtements réfléchissants.

Deux graphiques montrent les améliorations
À Boston, la plantation d’arbres (à gauche) et l’augmentation de la réflectivité des toitures (à droite) se sont avérées des moyens efficaces pour refroidir les zones urbaines.
Ian Smith et al. 2025

De telles initiatives peuvent contribuer à étendre les bénéfices des toitures réfléchissantes dans les quartiers densément peuplés qui ont le plus besoin d’être rafraîchis.

Alors que les changements climatiques entraînent une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur urbaine, les villes disposent d’outils puissants pour faire baisser la température. En prêtant attention à ce qui existe déjà et à ce qui est faisable, elles peuvent trouver la meilleure stratégie en fonction de leurs besoins et de leurs réalités.

La Conversation Canada

Lucy Hutyra a reçu des subventions du gouvernement fédéral américain et de fondations telles que le World Resources Institute et le Burroughs Wellcome Fund pour ses recherches sur le climat urbain et les stratégies d’atténuation. Elle a reçu une bourse MacArthur 2023 pour ses travaux dans ce domaine.

Ian Smith ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Arbres urbains ou toitures réfléchissantes : quelle est la meilleure solution pour les villes afin de lutter contre la chaleur ? – https://theconversation.com/arbres-urbains-ou-toitures-reflechissantes-quelle-est-la-meilleure-solution-pour-les-villes-afin-de-lutter-contre-la-chaleur-262412

Syndrome de Korsakoff : une démence évitable, due à l’alcool, mais que la France ignore

Source: The Conversation – France in French (3) – By Mickael Naassila, Professeur de physiologie, Directeur du Groupe de Recherche sur l’Alcool & les Pharmacodépendances GRAP – INSERM UMR 1247, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

En France, des milliers de personnes vivent, littéralement, dans l’oubli ; parfois, au cœur même de nos structures sanitaires ou médico-sociales. Ces patients présentent un syndrome de Korsakoff, une pathologie grave, méconnue, souvent confondue avec la « démence alcoolique » ou autres troubles cognitifs. Mais le plus inquiétant est peut-être que l’immense majorité de ces cas pourraient être évités, grâce à un simple apport en vitamine. À condition qu’ils soient correctement diagnostiqués.


Lorsque l’on pense « démence précoce », autrement dit problèmes de mémoire avant 65 ans, les premiers mots qui viennent à l’esprit sont généralement « maladie d’Alzheimer ». Pourtant, dans les pays occidentaux, la première cause de démence avant 65 ans est… l’alcool. Ce fait, peu connu du grand public, est aussi ignoré par de nombreux professionnels de santé.

Parmi les troubles cognitifs causés par l’alcool figure le syndrome de Korsakoff. Cette affection sévère, chronique et irréversible résulte de la combinaison de deux mécanismes : la toxicité directe de l’alcool pour les neurones et, surtout, la carence en thiamine (vitamine B1).

Alors que les carences en thiamine sont faciles à diagnostiquer et à prévenir, elles restent pourtant massivement négligées, ce qui condamne des milliers de patients.

Alcool et démence

Les résultats de divers travaux de recherche indiquent que consommation excessive d’alcool et risque de démence sont étroitement liés.

En France, une étude menée sur une vaste cohorte nationale comportant plus de 57 000 cas de démence précoce a révélé qu’environ 60 % des cas survenus avant 65 ans étaient liés à l’alcool.

Les résultats d’une autre étude, menée en Finlande, indiquent quant à eux que le trouble de l’usage de l’alcool multiplie par environ 5,7 le risque de démence précoce chez les hommes et par 6,1 chez les femmes. Une autre revue de littérature scientifique récente indique également que la consommation excessive d’alcool est responsable de 8 % des nouveaux cas de démence chez les hommes de 45 à 64 ans.

Enfin, selon l’organisme caritatif britannique Alzheimer’s Society, environ une personne sur huit atteinte de démence précoce souffre de troubles cognitifs liés à l’alcool, fréquemment diagnostiqués entre 40 et 50 ans.

Les déficits cognitifs liés à l’alcool s’inscrivent dans un continuum allant de ceux liés au « binge drinking », à ceux liés au trouble de l’usage d’alcool, jusqu’au terrible syndrome de Korsakoff, qui détruit irréversiblement la mémoire des patients.

Pertes de mémoire et confusion

Les patients atteints par le syndrome de Korsakoff souffrent de graves troubles de la mémoire.

Leurs souvenirs d’avant la maladie disparaissent (on parle d’« amnésie rétrograde »), et ils sont également incapables d’en fabriquer de nouveaux (« amnésie antérograde »). Souvent, ces trous sont meublés par de faux souvenirs, des fabulations qui permettent aux patients de donner le change, ainsi que par de fausses reconnaissances.

Ce syndrome se traduit également par une perte de repères temporels et spatiaux : les malades ont des difficultés à se situer dans le temps et dans l’espace. Ils deviennent, par exemple, incapables de se souvenir du chemin qu’ils empruntaient pour aller faire leurs courses hebdomadaires.

Ils souffrent aussi de problèmes d’équilibre et de difficultés à marcher, en raison de troubles de la coordination des mouvements (« ataxie ») et de problèmes oculaires se traduisant par des mouvements incontrôlés des yeux.

Les personnes atteintes du syndrome de Korsakoff sont également atteintes d’« anosognosie » : elles sont incapables de prendre conscience d’un ou plusieurs de leurs propres déficits. Enfin, elles peuvent présenter des troubles du comportement.

Le syndrome de Korsakoff se développe généralement à la suite d’une autre affection, l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Si cette phase aiguë est traitée rapidement, son évolution peut être favorable. Malheureusement, jusqu’à 80 % des personnes atteintes par une encéphalopathie de Gayet-Wernicke ne sont pas diagnostiquées et ne reçoivent donc pas le traitement adapté, qui consiste en une simple supplémentation vitaminique.

Résultat : le syndrome de Korsakoff, la forme chronique et irréversible de l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, se met en place.

Un problème de vitamine B1

Les symptômes de l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke et du syndrome de Korsakoff sont dus à la présence de lésions dans diverses zones du cerveau des malades. Ces dommages sont la conséquence d’un déficit en vitamine B1.

Aussi appelée thiamine, cette dernière joue un rôle important dans la maintenance du système nerveux. Il s’agit d’une vitamine dite « essentielle », ce qui signifie que le corps humain n’est pas capable de la produire. Elle doit donc être apportée par l’alimentation : la prise de 1 mg à 2 mg par jour suffit à couvrir les besoins d’une personne en bonne santé.

Naturellement présente dans certains produits, la thiamine est aussi ajoutée à d’autres. Elle peut, par ailleurs, être consommée sous forme de compléments alimentaires. Parmi les sources de thiamine figurent notamment le riz brun, les céréales complètes, le porc, la volaille, le soja, les noix, les pois, les haricots secs ainsi que les produits céréaliers enrichis ou fortifiés, tels que le pain, les céréales et les préparations pour nourrissons.

S’il arrive que l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke résulte de problèmes nutritionnels dus à une alimentation trop pauvre en thiamine (dans diverses régions du monde, la carence en vitamine B1 est à l’origine du béribéri), dans près de 90 % des cas cette pathologie concerne des patients présentant un trouble de l’usage de l’alcool.
Souvent, en effet, ces derniers mangent trop peu, les boissons alcoolisées leur fournissant une partie de leurs apports énergétiques.

Par ailleurs, la consommation d’alcool diminue l’absorption gastro-intestinale et le stockage hépatique de la thiamine, tout en augmentant son utilisation par les cellules. Enfin, diarrhées et vomissements peuvent aussi aggraver les problèmes d’absorption.

Cela signifie que le syndrome de Korsakoff pourrait être largement évité par l’administration précoce de thiamine, en particulier chez toute personne avec un trouble de l’usage de l’alcool, même sans symptômes neurologiques nets. Pourtant, cette vitamine bon marché, sans risque majeur, n’est que très rarement prescrite dans les services d’urgence, en addictologie ou en médecine générale.

En cause, notamment, la méconnaissance du fait que seule une minorité de patients présente un tableau clinique classique complet. Ce constat a conduit plusieurs associations de patients et de familles à alerter sur la carence de repérage, de diagnostic et de prise en charge de ces pathologies

Le sous-diagnostic, à l’origine d’un scandale sanitaire silencieux

L’encéphalopathie de Gayet-Wernicke est souvent mal diagnostiquée, car la triade de symptômes « confusion, troubles oculomoteurs, ataxie » considérée comme son tableau clinique dit classique n’est complète que chez 16 % des patients.

Il faut donc l’abandonner et utiliser à la place les critères de Caine, établis par la neuropsychologue Diana Caine et ses collaborateurs. Validés par des études cliniques et neuropathologiques, recommandés par les sociétés savantes, ils sont aujourd’hui considérés comme les plus fiables : ils permettent de multiplier par quatre la sensibilité du diagnostic d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, lequel repose sur la présence d’au moins 2 des 4 critères.

Les critères cliniques de Caine (1997) pour diagnostiquer l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke

  • Déficits nutritionnels documentés : IMC très bas, perte de poids, dénutrition sévère, malabsorption, régime très restrictif, vomissements fréquents ;
  • Troubles oculomoteurs : nystagmus, ophtalmoparésie, paralysie du regard, diplopie ;
  • Syndrome cérébelleux : ataxie, démarche instable, dysmétrie, troubles de l’équilibre ;
  • État confusionnel ou troubles de la mémoire : désorientation, attention fluctuante, troubles mnésiques modérés à sévères.

Chez les patients avec trouble de l’usage de l’alcool, la présence d’un seul critère doit déjà alerter sur un risque élevé d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, justifiant une administration immédiate de thiamine, sans attendre les résultats d’imagerie ou de biologie.

En effet, les lésions cérébrales irréversibles surviennent rapidement et une fois le syndrome de Korsakoff installé, il n’existe aucun traitement curatif. Seules des approches de remédiation cognitive ou de soutien social peuvent alors limiter les dégâts.

Cette situation a conduit plusieurs associations de patients et de familles de patients à alerter sur la carence de repérage, de diagnostic et de prise en charge de ces pathologies, qui concerneraient de 60 000 à 100 000 personnes en France.

Des patients plutôt masculins

Chaque année, dans notre pays, de 600 à 900 personnes développeraient un syndrome de Korsakoff. À l’heure actuelle, on dispose à de peu de données concernant son épidémiologie. On sait cependant qu’il touche surtout des individus présentant un trouble de l’usage de l’alcool sévère et une carence prolongée en vitamine B1.

Le risque d’être atteint par ce syndrome augmente fortement lorsque la consommation est élevée (soit, par jour, 6 à 8 verres d’alcool, selon que l’on est respectivement une femme ou un homme) et qu’elle se maintient sur une durée prolongée (de plusieurs années, souvent supérieure à dix ans). Il est aussi aggravé par la malnutrition, les épisodes de sevrage répétés sans prise en charge, ou encore les maladies qui augmentent les besoins ou réduisent l’absorption.

Une étude récente menée en Finlande a rapporté une incidence (nombre de nouveaux cas) de 3,7 (pour les hommes) et de 1,2 (pour les femmes) pour 100 000 personnes-années. Ces travaux révèlent aussi que 56 à 84 % des patients qui survivent à une encéphalopathie de Wernicke non traitée développent un syndrome de Korsakoff.

Une étude observationnelle rétrospective, publiée en 2025 et menée sur 1 320 patients pris en charge à l’Assistance publique–Hôpitaux de Paris (AP–HP) entre 2017 et 2022, a révélé que la majorité des patients était de sexe masculin (72,9 %). Leur âge moyen était de 62,9 ans, et ils étaient principalement pris en charge dans les services de médecine interne (22,1 %).

Les principales pathologies associées au syndrome de Korsakoff étaient l’hypertension artérielle (fréquence de 34 %) et un épisode dépressif (fréquence de 23,7 %). Le suivi médian de trois ans de ces patients a montré un mauvais pronostic, se traduisant par des atteintes sévères de la cognition, un taux de récupération faible, et un taux de mortalité élevé (30,2 %).

Enfin, l’étude menée sur les patients de l’AP-HP a permis d’estimer les coûts hospitaliers annuels moyens pour les patients atteints du syndrome de Korsakoff : 15 346 euros par patient, ce qui représente un déficit annuel de 8 507 euros par cas et par hôpital. Les auteurs insistent sur le fait que la mise en place d’un parcours de soins spécifique est nécessaire pour améliorer la survie de ces personnes.

Une insupportable errance médicale

De nombreux patients atteints d’un syndrome de Korsakoff subissent une difficile errance médicale. Ils sont souvent considérés comme trop jeunes pour la gériatrie, trop désorientés pour les structures médico-sociales classiques, trop stabilisés pour la psychiatrie aiguë, et trop lourds pour les centres d’addictologie.

Le syndrome de Korsakoff concentre en effet plusieurs angles morts de notre système de santé : la stigmatisation des troubles de l’usage d’alcool, la marginalisation des personnes en précarité, ou encore le sous-investissement dans la prévention nutritionnelle. Ces patients, souvent jeunes, sont perçus comme responsables de leur état, ce qui freine l’accès aux soins. La lecture des nombreux témoignages existants est édifiante.

Contrairement à d’autres pays, comme les Pays-Bas ou la Belgique, la France ne dispose d’aucune filière de soins spécialisée. L’absence de réponse structurée aggrave la perte d’autonomie, alourdit le fardeau des familles et rend la réinsertion quasiment impossible. À Roubaix, toutefois, une maison d’accueil a été spécifiquement créée pour accueillir les femmes atteintes du syndrome.

Un plan national pour sortir du déni

Le syndrome de Korsakoff n’est pas le résultat d’un simple excès de boisson, mais bien d’un enchaînement évitable de négligences médicales (notamment l’insuffisance de repérage précoce du mésusage de l’alcool), nutritionnelles et sociales.

Il est possible de lutter contre ce fléau en mettant en place quatre types d’actions :

  1. La prescription systématique de thiamine par voie intraveineuse ou intramusculaire chez tout patient suspecté de trouble de l’usage de l’alcool, ou en état de sevrage.
  2. L’organisation de campagne de formation des professionnels de santé pour repérer les encéphalopathies de Wernicke précoces et éviter les erreurs diagnostiques.
  3. La création, à l’échelle régionale, de structures spécialisées destinées à accueillir les patients avec syndrome de Korsakoff pour leur proposer soins, réhabilitation cognitive et accompagnement social.;
  4. L’intégration du risque de démence liée à l’alcool dans les politiques publiques de prévention et dans les parcours de soins en addictologie.

Le syndrome de Korsakoff n’est pas une fatalité. C’est le produit d’un déni collectif face à une forme de démence évitable, souvent installée à l’âge de 40 ou 50 ans, dans l’indifférence. Si rien n’est fait, ces patients continueront à disparaître lentement, dans un silence médical et politique injustifiable.

Chez les patients à risque, gare au glucose !

  • Administrer du glucose à un patient à risque lors de sa prise en charge peut précipiter le déclenchement d’une encéphalopathie aiguë. En effet, donner du sucre à quelqu’un qui manque de vitamine B1 risque de « brûler » ses dernières réserves et d’abîmer son cerveau en quelques heures. Pour cette raison, il est recommandé d’administrer la thiamine avant ou en même temps que le glucose.

Pour en savoir plus

The Conversation

Mickael Naassila est Président de la Société Française d’Alcoologie (SFA) et de la Société Européenne de Recherche Biomédicale sur l’Alcoolisme (ESBRA); Vice-président de la Fédération Française d’Addictologie (FFA) et vice-président junior de la Société Internationale de recherche Biomédicale sur l”Alcoolisme (ISBRA). Il est membre de l’institut de Psychiatrie, co-responsable du GDR de Psychiatrie-Addictions et responsable du Réseau National de Recherche en Alcoologie REUNIRA et du projet AlcoolConsoScience. Il a reçu des financements de l’ANR, de l’IReSP/INCa Fonds de lutte contre les addictions.

ref. Syndrome de Korsakoff : une démence évitable, due à l’alcool, mais que la France ignore – https://theconversation.com/syndrome-de-korsakoff-une-demence-evitable-due-a-lalcool-mais-que-la-france-ignore-261239

Pourquoi l’alcool augmente le risque de cancer, et ce, dès le premier verre

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pranoti Mandrekar, Professor of Medicine, UMass Chan Medical School

En matière de cancer, il n’existe pas de consommation d’alcool sans risque. Krit of Studio OMG/Moment/Getty Images

Notre corps paye un tribut à l’alcool, qu’il soit consommé régulièrement ou occasionnellement. Cette substance a des effets nocifs sur la santé, affectant de nombreux organes, du cerveau au système gastro-intestinal, en passant par les poumons, les muscles (y compris le cœur) et le système immunitaire. On sait aujourd’hui que l’alcool provoque notamment des cancers.


Aux États-Unis, l’alcool est responsable d’environ 100 000 cas de cancer et de 20 000 décès par cancer chaque année, ce qui en fait la troisième cause évitable de cancer. À titre de comparaison, les accidents de la route liés à l’alcool causent environ 13 500 décès par an aux États-Unis.

(En France, en 2018, 28 000 nouveaux cas de cancers étaient attribuables à l’alcool, soit 8 % des cas incidents de cancer, avec une répartition de 11 % chez les hommes et 4,5 % chez les femmes. Les accidents de la route en lien avec une consommation d’alcool et/ou de stupéfiants ont causé près de 1 250 décès en 2024, l’alcool étant impliqué dans les trois quarts des cas, ndlr).

Les scientifiques ont soupçonné dès les années 1980 que l’alcool pouvait provoquer le cancer. Des études épidémiologiques ont, depuis, montré que la consommation d’alcool augmente le risque de cancers de la cavité buccale, de la gorge, du larynx, de l’œsophage, du foie, du côlon et du rectum, ainsi que du sein. D’autres travaux ont révélé une association entre consommation chronique ou alcoolisation massive ponctuelle et cancer du pancréas.

En 2000, les responsables du National Toxicology Program des États-Unis ont conclu que la consommation de boissons alcoolisées devait être considérée comme cancérogène avéré pour l’être humain. En 2012, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence spécialisée dans le cancer de l’Organisation mondiale de la santé, a classé l’alcool parmi les cancérogènes du groupe 1. L’appartenance d’une substance à cette catégorie, la plus élevée dans la classification du CIRC, indique qu’il existe des preuves scientifiques suffisantes pour conclure qu’elle cause des cancers chez l’être humain. Les Centers for Disease Control and Prevention et les National Institutes of Health s’accordent eux aussi à dire que les preuves sont concluantes : l’alcool est bien à l’origine de différents types de cancers.

Par ailleurs, aux États-Unis (comme en France, ndlr), les autorités sanitaires soulignent que même de faibles quantités d’alcool – moins d’un verre par jour – augmentent le risque de cancer.

Malgré tout, nombre de citoyens ne savent pas que l’alcool cause des cancers. En 2019, moins de 50 % des adultes aux États-Unis avaient conscience des liens entre consommation d’alcool et risque cancérogène.

En France, le lien entre alcool et cancer est également sous-estimé par une partie de la population. L’enquête Baromètre cancer de 2021, menée par l’Institut national du cancer, a révélé que 38,6 % des personnes interrogées pensent que « ce sont surtout les alcools forts qui augmentent le risque de cancer », tandis que 23,5 % estiment que « globalement, boire un peu de vin diminue le risque de cancer plutôt que de ne pas en boire du tout », alors même que le « French paradox » _est désormais battu en brèche, ndlr_.

En outre, l’édition 2023 de la National Survey on Drug Use and Health a relevé que plus de 224 millions d’Américains, âgés de 12 ans et plus, avaient consommé de l’alcool à un moment de leur vie – soit plus de 79 % des personnes de ce groupe d’âge. La consommation d’alcool augmentait déjà avant la pandémie de Covid-19, ce qui constitue un sujet de santé publique préoccupant.

En France, selon les données recueillies par Santé publique France, la consommation quotidienne d’alcool diminue régulièrement depuis trente ans. On constate toutefois que, si les « alcoolisations ponctuelles importantes » ont tendance à diminuer chez les jeunes hommes, elles augmentent de manière sensible chez les femmes de plus de 35 ans. Dans les deux cas, les disparités régionales sont marquées, ndlr.

En tant que chercheuse, j’étudie les effets biologiques de la consommation modérée et de longue durée d’alcool. Mon équipe travaille à élucider les mécanismes par lesquels l’alcool accroît le risque de cancer, en particulier via les atteintes portées aux cellules immunitaires et au foie.

L’administrateur de la santé publique des États-Unis a appelé à faire figurer le risque de cancer sur les étiquettes d’avertissement des bouteilles d’alcool.

Comment l’alcool provoque-t-il le cancer ?

Le cancer survient lorsque des cellules se mettent à croître de manière incontrôlée dans l’organisme. L’alcool peut favoriser la formation de tumeurs en endommageant l’ADN, provoquant des mutations qui perturbent la division et la croissance cellulaires.

Les chercheurs ont identifié plusieurs mécanismes pouvant expliquer comment la consommation d’alcool mène au développement de cancers. Un rapport publié en 2025 par l’administrateur de la santé publique des États-Unis (surgeon general of the United States) a répertorié quatre voies principales par lesquelles l’alcool peut causer le cancer :

  • le métabolisme de l’alcool,
  • le stress oxydatif et l’inflammation,
  • les altérations des niveaux hormonaux,
  • les interactions avec d’autres cancérogènes (comme la fumée de tabac).

L’expression « métabolisme de l’alcool » – la première voie par laquelle cette substance peut provoquer des cancers – désigne les processus grâce auxquels l’organisme dégrade et élimine l’alcool. Une fois ingéré, ce dernier subit, sous l’effet de diverses enzymes, des transformations chimiques qui vont permettre son élimination (on dit qu’il est « métabolisé »). Le premier sous-produit de ces réactions est l’acétaldéhyde, une substance elle-même classée comme cancérogène. Les scientifiques ont montré que certaines mutations génétiques peuvent amener l’organisme de certains individus à décomposer l’alcool plus rapidement, entraînant des niveaux accrus d’acétaldéhyde.

La seconde voie par laquelle l’alcool augmente le risque de survenue de cancer implique d’autres molécules nocives, appelées « radicaux libres ». L’alcool peut déclencher la libération de ces molécules chimiquement très réactives, qui endommagent l’ADN, les protéines et les lipides des cellules par un processus dit de « stress oxydatif ». Mon laboratoire a montré que les radicaux libres issus de la consommation d’alcool peuvent influer directement sur la manière dont les cellules synthétisent et dégradent les protéines, entraînant la production de protéines anormales qui entretiennent une inflammation propice à la formation de tumeurs.

Verre tulipe renversé contenant un liquide ambré, sur fond sombre
Réduire sa consommation d’alcool diminue le risque de cancer.
Mordyashov_Aleks/500px/Getty Images

Le risque de cancer peut également être accru par l’alcool d’une troisième façon, en raison de la capacité de cette substance à modifier les niveaux hormonaux. On sait qu’une consommation modérée d’alcool peut non seulement augmenter les niveaux d’œstrogènes, mais aussi favoriser la poursuite de la consommation. Or, des travaux ont montré que le risque de cancer du sein peut être augmenté par le niveau d’œstrogène. L’alcool amplifie également le risque de cancer du sein en réduisant les niveaux de vitamine A, laquelle régule les œstrogènes.

Enfin, l’alcool augmente le risque de cancer en interagissant avec d’autres substances cancérogènes. On sait par exemple que les personnes qui boivent et fument présentent un risque accru de développer un cancer de la bouche, du pharynx et du larynx. C’est parce que l’alcool facilite l’absorption, par l’organisme, des cancérogènes contenus dans les cigarettes et les cigarettes électroniques.

En l’état actuel des connaissances, le risque de cancer associé à l’utilisation à long terme des vapoteuses semble bien moindre que celui des cigarettes de tabac, mais il n’en est pas pour autant nul (comparé au fait de ne pas en utiliser) ; en cause, la présence de certains constituants potentiellement mutagènes ou cancérogènes dans les aérosols générés par les cigarettes électroniques, qui pourrait influer sur le risque de certains cancers, notamment en cas d’utilisation prolongée. Des données complémentaires doivent cependant encore être recueillies pour évaluer ledit risque, ndlr.

En outre, le tabagisme, à lui seul, peut également provoquer une inflammation, induisant des radicaux libres qui endommagent l’ADN.

Quelle dose d’alcool est sans danger ?

Si vous buvez de l’alcool, vous vous êtes peut-être déjà demandé s’il existe une dose minimale permettant une consommation sans risque. La réponse des cliniciens et des scientifiques risque de ne pas vous plaire : la consommation d’alcool n’est jamais sans risque.

Le risque de cancer augmente dès le premier verre et s’accroît avec la quantité consommée, quel que soit le type de boisson alcoolisée ingérée.

Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention, le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism et l’administrateur de la santé publique des États-Unis préconisent de ne pas dépasser un verre par jour pour les femmes et deux verres pour les hommes

En France, les repères de consommation d’alcool « à moindre risque » n’établissent pas de distinction entre les sexes. Pour communiquer sur le sujet, les autorités ont retenu la formule : « [Pour votre santé, l’alcool c’est maximum deux verres par jour, et pas tous les jours(https://www.drogues.gouv.fr/campagne-alcool-nouveaux-reperes-de-consommation-moindre-risque) »], ndlr.

La consommation d’alcool est donc une cause de cancer hautement évitable.

Il n’existe toutefois pas, à ce jour, de méthode pour déterminer le risque individuel de développer un cancer lié à l’alcool. Le profil génétique propre à chacun, le mode de vie, l’alimentation et d’autres facteurs peuvent influer sur la propension de l’alcool à mener à la formation de tumeurs. Une chose est sûre : reconsidérer ses habitudes de consommation peut contribuer à protéger sa santé et à réduire son risque de cancer.


Pour aller plus loin

The Conversation

Pranoti Mandrekar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi l’alcool augmente le risque de cancer, et ce, dès le premier verre – https://theconversation.com/pourquoi-lalcool-augmente-le-risque-de-cancer-et-ce-des-le-premier-verre-263022

Tique, punaise ou moustique ? Apprendre à identifier l’insecte qui nous a piqués

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marta Diarte Oliva, Docente en la Universidad de San Jorge (Zaragoza), Universidad San Jorge

L’été, difficile d’échapper aux piqûres d’insectes. Il faut donc apprendre à les reconnaître pour appliquer les soins appropriés et savoir quand consulter. CeltStudio/Shutterstock

Quels sont les symptômes associés aux piqûres d’insectes les plus courantes et quelles sont les mesures à prendre ? On fait le point, avec des focus sur les situations à risque qui doivent conduire à consulter un professionnel de santé, voire à prévenir les urgences médicales.


Aux beaux jours, personne ne résiste à l’envie d’aller se promener au parc ou d’organiser une excursion à la campagne pour s’immerger dans la nature.

Cela semble fantastique (et ça l’est). Mais nous sommes souvent obligés de partager ces moments avec de petits compagnons indésirables. Moustiques, abeilles, tiques, araignées, puces, etc. peuvent transformer une journée parfaite en une expérience irritante, voire inquiétante.

Qui n’a jamais ressenti une démangeaison soudaine ou découvert une mystérieuse bosse en rentrant chez soi ? Le type de démangeaisons, leur intensité et leur aspect en disent long sur l’insecte qui nous a piqués. Et, in fine, cela nous donne des indices pour savoir comment agir afin de soulager les symptômes et déterminer s’il est nécessaire de se rendre dans un centre de santé.

En fin de compte, prendre les bonnes mesures avec discernement peut nous éviter bien des frayeurs, des visites inutiles chez le médecin et même des complications médicales.

Comment identifier les piqûres les plus courantes ?

Malgré une ressemblance indéniable entre la plupart des piqûres, il existe des différences entre elles. En effet, chaque piqûre possède ses propres caractéristiques, des symptômes spécifiques et doit être soumise à un traitement particulier.

C’est pourquoi nous allons vous donner les clés pour distinguer au moins six piqûres parmi les plus courantes : celles occasionnées par des moustiques, des guêpes et des abeilles, des tiques, des puces, des punaises de lit et des araignées.

1. Les moustiques

  • Symptômes : rougeur, gonflement léger et démangeaisons intenses.
    Les piqûres de moustiques disparaissent généralement sans complications et spontanément au bout de trois jours.

  • Recommandations : laver la zone avec de l’eau et du savon, appliquer une compresse froide et utiliser des crèmes antihistaminiques en cas de démangeaisons intenses.

2. Les abeilles et les guêpes

  • Symptômes : douleur immédiate, gonflement léger, démangeaisons intenses. Les abeilles laissent leur dard, mais pas les guêpes.

  • Recommandations : retirer le dard s’il y en a un, appliquer de la glace, prendre des antihistaminiques en cas de réaction locale et surveiller les signes d’allergie.

3. Les tiques

  • Symptômes : la particularité de cet insecte vient du fait que sa piqûre peut passer inaperçue. Ce qui doit nous mettre sur la piste, le signe qui doit alerter, est le fait que sa piqûre laisse une petite marque, une rougeur en forme de cible.
Rougeur en forme de cible qui peut être laissée par une piqûre de tique.
Alexey Androsov/Shutterstock
  • Recommandations : retirer à l’aide d’une pince sans tourner ni presser le corps de l’insecte. (Les crochets « tire-tique » sont particulièrement appropriés et sont même recommandés. À défaut, une pince fine ou une pince à épiler peut constituer une alternative, ndlr.) Désinfecter et surveiller l’apparition d’une fièvre ou d’éruptions cutanées au cours des jours suivants.



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Comment retirer une tique.

4. Les puces

  • Symptômes : apparition de petites taches rouges, généralement en plaques ou groupées, accompagnées de démangeaisons intenses. Celles-ci sont généralement localisées sur les chevilles, les jambes ou au niveau des zones où les vêtements sont serrés. Le pic peut durer plusieurs jours et il existe un risque de surinfection en cas de grattage excessif.

  • Recommandations : laver la zone concernée à l’eau et au savon, appliquer des antihistaminiques topiques (qui agissent localement, ndlr) et oraux si les démangeaisons sont sévères. Il convient d’effectuer un contrôle sur les animaux domestiques et les textiles de la maison, car ils sont souvent à l’origine de la présence de ces insectes.

5. Les punaises de lit

  • Symptômes : de multiples piqûres groupées provoquant une démangeaison intense, surtout la nuit.

  • Recommandations : laver la zone et appliquer des antihistaminiques topiques. Inspecter les environs et prendre des mesures de lutte contre ces nuisibles.




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6. Les araignées

  • Symptômes : douleur locale et rougeur. On observe parfois deux points visibles (crocs).

  • Recommandations : laver à l’eau et au savon et appliquer du froid. Consulter en cas de nécrose, de fièvre ou de malaise.

Quand faut-il s’inquiéter ? Quels sont les signes d’alerte ?

En général, les piqûres mentionnées ci-dessus ne représentent guère plus qu’une simple gêne qui disparaît au bout de quelques jours. Cependant, nous ne pouvons ignorer le fait qu’elles peuvent parfois aussi se transformer en un problème de santé sérieux.

Voici trois conséquences parmi les plus graves associées à une piqûre :

1. Réaction allergique grave (« anaphylaxie ») : on ressent des difficultés à respirer, un gonflement des lèvres ou des paupières, des vertiges ou une perte de connaissance.

Que faire ? Appeler les urgences. Si la personne dispose d’un auto-injecteur d’adrénaline, elle doit l’utiliser.

En France, pour les urgences médicales, il convient de composer le 15 qui correspond au SAMU ou le 112 qui est le numéro d’urgence européen. Le 114, accessible par application, Internet et SMS est le numéro pour les personnes sourdes, sourdaveugles, malentendantes et aphasiques.

2. Infection : apparition progressive d’une rougeur, d’une sensation de chaleur locale, de pus et de fièvre.

Que faire ? Consulter un professionnel de santé. La personne peut avoir besoin d’un traitement antibiotique.

3. Transmission d’une maladie par l’intermédiaire des tiques, par exemple la maladie de Lyme. Quelques jours après la piqûre, des éruptions cutanées en forme de cible, de la fièvre et des douleurs musculaires ou articulaires apparaissent dans ce cas-là.

Que faire ? Toujours consulter un professionnel de santé.




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Les répulsifs sont-ils tous identiques ?

Pour réduire le risque de souffrir des conséquences, légères ou graves, des piqûres d’insectes, l’une des mesures les plus efficaces, et donc l’une des plus recommandées, consiste à utiliser des répulsifs autorisés, contenant du DEET (diéthyltoluamide) ou de l’icaridine.

On trouve dans les pharmacies et les rayons des supermarchés de nombreux produits contenant ces composés. Le problème réside dans le fait que l’offre peut être déroutante. Cependant, choisir judicieusement n’est pas aussi difficile qu’il y paraît. La réponse se trouve sur l’étiquette.

Vous y trouverez des informations sur la composition des répulsifs, et c’est là que vous devez regarder. Parmi les ingrédients, vérifiez si figurent du DEET ou de l’icaridine, ces substances actives couramment utilisées pour repousser les insectes tels que les moustiques, les tiques et les autres insectes vecteurs de maladies.

Mais lequel des deux est le plus efficace ? Leurs effets durent-ils aussi longtemps ? Sont-ils aussi efficaces dans notre environnement que dans un pays exotique ? Pour faire un choix éclairé, examinons en détail chacun d’entre eux :

  • le DEET : c’est le répulsif le plus utilisé et le plus étudié scientifiquement. Il est considéré comme l’un des plus efficaces contre les moustiques, les tiques et les mouches.

Il est utilisé depuis les années 1950. Sa durée d’action dépend de sa concentration. Par exemple, si l’étiquette du flacon vendu en pharmacie indique 30 % de DEET, ses effets peuvent durer environ six heures.

En termes de sécurité, on peut affirmer que l’utilisation de répulsifs contenant du DEET ne présente aucun risque pour la santé s’ils sont utilisés correctement. Il convient toutefois de noter qu’ils peuvent irriter la peau ou endommager les vêtements en tissu synthétique.

  • l’icaridine : il s’agit d’une alternative plus moderne et plus actuelle au DEET, tout aussi efficace à des concentrations similaires. Par exemple : un répulsif contenant 20 % d’icaridine équivaut en durée d’action à un autre contenant 30 % de DEET.

Il se distingue du DEET par son odeur moins forte, sa texture moins grasse et sa meilleure tolérance pour la peau et les tissus. De plus, il est efficace contre les moustiques et les tiques, et sa durée d’action varie de six à huit heures.

Pour une application sur des enfants ou des personnes à la peau sensible, il est préférable d’utiliser l’icaridine, car elle est plus douce.

Dans les zones à haut risque de maladies telles que la dengue, le paludisme ou Zika, les deux composés sont efficaces. Il faut toutefois s’assurer qu’ils présentent une concentration suffisante : au moins 30 % de DEET et au moins 20 % d’icaridine.

D’autres moyens de protection

Outre les répulsifs, nous pouvons utiliser des mesures physiques telles que le port de vêtements protecteurs, en particulier dans les zones rurales ou à végétation dense. Il est également très utile d’installer des moustiquaires et, bien sûr, d’éviter les eaux stagnantes.

Une autre bonne habitude à adopter consiste à inspecter minutieusement son corps à son retour d’une promenade dans la campagne (ou en forêt, ndlr), car les tiques se cachent dans des zones telles que les aisselles, les aines ou même derrière les oreilles.

Si une personne sait qu’elle est allergique à la piqûre d’un des insectes cités dans cet article, elle doit toujours avoir sur elle un auto-injecteur d’adrénaline.

Être la cible de ces insectes n’a rien d’exceptionnel. En effet, leurs piqûres sont fréquentes, surtout au printemps et en été. Sachant qu’il est assez difficile d’y échapper, l’essentiel est donc de savoir identifier les piqûres, d’appliquer les soins appropriés et de savoir quand il est nécessaire de demander de l’aide ou une assistance médicale.

Une intervention éclairée peut faire la différence entre un simple désagrément et une urgence médicale.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Tique, punaise ou moustique ? Apprendre à identifier l’insecte qui nous a piqués – https://theconversation.com/tique-punaise-ou-moustique-apprendre-a-identifier-linsecte-qui-nous-a-piques-259174

Sydney Sweeney, American Eagle et le retour à une féminité « traditionnelle »

Source: The Conversation – in French – By Meaghan Furlano, PhD Student, Sociology, Western University

L’actrice Sydney Sweeney est une nouvelle fois au cœur d’une polémique. Après avoir fait parlé d’elle pour la vente de savons infusés avec l’eau de son bain ou pour la publication de photos où ses invités portent des casquettes rouges inspirées du mouvement MAGA, la star d’Euphoria fait cette fois la une pour son rôle dans une campagne publicitaire controversée menée par American Eagle Outfitters.

Si l’ensemble de la campagne a suscité un vif débat en ligne, une publicité en particulier a été la cible de critiques spécialement virulentes.

On y voit Sweeney allongée avec élégance sur une chaise longue, en train d’enfiler un jean American Eagle. D’une voix haletante, elle dit : « Les gènes sont transmis des parents à leurs enfants et déterminent souvent des traits tels que la couleur des cheveux, la personnalité et même la couleur des yeux. »

Alors que la caméra se déplace lentement et qu’elle tourne les yeux vers le spectateur, Sweeney conclut : « Mon jean est bleu. »

Des commentateurs et des utilisateurs des réseaux sociaux ont affirmé que cette campagne était un message codé destiné aux conservateurs, exprimant un soutien à peine voilé à la suprématie blanche et à l’eugénisme.

Sydney Sweeney dans la publicité controversée de American Eagle.

American Eagle a publié un communiqué défendant la publicité le 1er août, affirmant que « Sydney Sweeney Has Great Jeans » (Sydney Sweeney a de beaux jeans) faisait toujours référence aux jeans.

Marketing innocent ou message subliminal intentionnel ?

L’eugénisme est une idéologie discréditée enracinée dans la suprématie blanche et le racisme scientifique. Elle promeut la fausse croyance selon laquelle les groupes raciaux sont déterminés biologiquement et que certains groupes sont génétiquement supérieurs à d’autres, et devraient se reproduire de manière sélective afin de préserver leurs « bons gènes ».

Historiquement, l’objectif ultime de l’eugénisme a été d’éliminer les soi-disant « mauvais gènes » — souvent associés aux communautés non blanches, aux personnes handicapées, aux populations pauvres ou marginalisées — afin que les élites sociales puissent maintenir leur domination.

La publicité dans le domaine de la mode qui joue sur les thèmes de l’eugénisme a une longue histoire. Des commentateurs ont souligné les similitudes entre la publicité de Sweeney et la célèbre campagne Calvin Klein des années 1980 mettant en scène Brooke Shields, alors âgée de 15 ans, qui se roule dans ses sous-vêtements Calvin Klein tout en parlant de codes génétiques, d’évolution et de survie du plus apte, un langage évocateur de la pensée eugéniste.

La campagne American Eagle semble être un hommage direct à celle de Calvin Klein, mais la rhétorique eugéniste est-elle vraiment quelque chose que nous voulons voir employée dans le marketing ?

Le retour de la féminité « traditionnelle »

La campagne American Eagle est intitulée de manière provocante « Sydney Sweeney Has Great Jeans » (Sydney Sweeney a de beaux jeans), le mot « jeans » étant parfois remplacé par « gènes ». Il s’agit clairement d’une plaisanterie.

Mais elle n’est pas pour autant inoffensive. Si la campagne ne reflétait pas des tensions culturelles plus larges, ni le président américain Donald Trump ni le sénateur Ted Cruz n’auraient pris la peine de s’y intéresser.

« La gauche folle s’en prend aux belles femmes », a écrit Cruz dans un tweet à propos de la controverse. Un média de droite est allé plus loin, affirmant que la positivité corporelle menait « la blonde rieuse à la poitrine généreuse… au bord de l’extinction. »

En célébrant l’apparence conventionnellement attirante de Sweeney, American Eagle a réintroduit haut et fort la silhouette féminine « traditionnelle ». En ce sens, cette campagne symbolise un changement de tendance culturelle : fini la positivité corporelle, place à la « poitrine généreuse » et tout ce qu’elle implique.

Dans le contexte culturel actuel, saturé de messages conservateurs, il n’est guère surprenant de voir Sweeney, une jeune star hollywoodienne mince, blanche et sexualisée, vendre la qualité de ses « gènes » (pardon, de ses « jeans »).

De la montée en puissance des tradwife influencers et des SkinnyTokers à la performance féminine ritualisée des « morning shedders », la campagne s’inscrit clairement dans un renouveau plus large des idéaux féminins régressifs, enrobés d’une esthétique policée et édulcorée.


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Exorciser l’amour-propre de l’agenda des entreprises

En tant que chercheuse féministe spécialisée dans les médias et intéressée par l’intersection entre la culture pop et l’extrême droite, mes recherches actuelles explorent la montée de l’antiféminisme et de la politique de droite. Nous ne sommes plus à l’ère du féminisme populaire, où les entreprises s’appropriaient avec empressement la rhétorique féministe pour vendre leurs produits et services.

À la place, les marques reviennent à des images traditionnelles : des femmes minces et blanches stylisées pour le regard masculin, un terme qui désigne l’objectivation et la sexualisation des femmes dans les médias populaires, du cinéma et de la télévision aux publicités de mode. C’est une stratégie qui a longtemps fonctionné et que les marques se réjouissent de voir redevenir tendance.

La régression esthétique incarnée par la campagne Sweeney/American Eagle révèle ce que de nombreux critiques soupçonnaient depuis longtemps : l’adhésion des entreprises au féminisme n’a jamais été sincère.

Les campagnes vantant « l’amour de son corps », « l’émancipation » et « la confiance en soi » à la fin des années 2010 et au début des années 2020 ont été délibérément conçues pour séduire les consommateurs progressistes et tirer profit de la popularité du féminisme. Le modèle économique fondamental de ces entreprises – vendre des insécurités et engranger des profits pour leurs actionnaires – n’avait pas fondamentalement changé.

Au contraire, comme le soutiennent d’autres chercheurs, le marketing de l’amour de soi a encouragé les femmes à améliorer non seulement leur corps, mais aussi leur esprit. Il n’était plus culturellement acceptable que les femmes soient belles ; elles devaient également se sentir bien dans leur corps. Cette norme exigeait davantage d’efforts et, bien sûr, davantage de produits, que les marques se faisaient un plaisir de vendre.

Poussées par un climat politique de plus en plus conservateur, de nombreuses marques n’hésitent plus à exprimer leurs motivations. La minceur est de retour et la blancheur est à nouveau associée à la « rectitude »

Vivre le contrecoup culturel

Comme je l’ai expliqué ailleurs, nous vivons actuellement une période de contrecoup. Dans son livre publié en 1991, la journaliste Susan Faludi écrit que le contrecoup est « un phénomène récurrent qui revient chaque fois que les femmes commencent à faire des progrès vers l’égalité ».

Bien que de nombreux articles décrivent une « réaction négative » des consommateurs à la campagne Sweeney/American Eagle, je parle ici d’une réaction négative culturelle contre les mouvements sociaux et politiques progressistes. Elle se manifeste aujourd’hui dans les sphères politique, juridique et économique, et va bien au-delà d’une simple publicité.

Le contrecoup actuel vise le féminisme populaire, le mouvement Black Lives Matter, la diversité, l’inclusion et à l’équité (DEI) et les analyses systémiques incisives issues des études et du militantisme féministes, antiracistes et queer. La campagne Sweeney n’en est qu’un symptômes parmi d’autres.

Faludi a observé que « les images de femmes contraintes tapissent les murs de la culture populaire » dans les périodes de contrecoup. Cette remarque semble tristement d’actualité.

Quelques jours seulement après l’abandon de la campagne d’American Eagle, la marque SKIMS de Kim Kardashian a lancé ses « sculpt face wraps », un produit destiné à donner à celles qui les portent un menton plus « sculpté ». Les photos promotionnelles montrent des femmes emprisonnées dans des produits qui ressemblent au célèbre masque d’Hannibal Lecter ou à un appareil orthodontique. Des images particulièrement dérangeantes.

Si Faludi nous a appris quelque chose, c’est que la tendance à montrer des images de femmes contraintes — physiquement ou par des rôles rigides — ne préfigure pas seulement un avenir inquiétant : elle reflète aussi un présent alarmant, qu’il faut reconnaître pour pouvoir y résister.

La Conversation Canada

Meaghan Furlano ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Sydney Sweeney, American Eagle et le retour à une féminité « traditionnelle » – https://theconversation.com/sydney-sweeney-american-eagle-et-le-retour-a-une-feminite-traditionnelle-262852

Résurgence du paludisme aux Comores : où en est-on de son élimination ?

Source: The Conversation – in French – By Attoumane ARTADJI, Géographe de la santé et Ingénieur de Recherche en Sciences de l’Information Géographique au LPED, AMU, IRD, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Depuis vingt ans, une lutte intensive est engagée contre le paludisme aux Comores, en Afrique australe. À terme, l’élimination de cette maladie dans ce pays n’est pas un rêve impossible, mais cet objectif demeure encore lointain. On fait le point sur la stratégie dite de « traitement de masse » mise en œuvre sur l’archipel, ses succès et ses limites.


Le 25 avril 2025, l’Union des Comores a célébré, comme le reste du monde, la Journée mondiale de lutte contre le paludisme. Ce pays de moins de 900 000 habitants s’est engagé depuis 20 ans dans une course à l’élimination du paludisme, dont il convient de retracer l’évolution.

Sur les trois îles (Grande Comore, Mohéli et Anjouan) de l’archipel des Comores, situé au sud-est du canal du Mozambique, entre le Mozambique et Madagascar, des efforts de contrôle considérables ont permis une spectaculaire « diminution de 97 % des cas de paludisme entre 2010 et 2016 » (passant de plus de 103 600 en 2010 à moins de 1 500 en 2016).

Une stratégie dite de « traitement de masse »

Ces efforts ont porté sur des distributions massives de moustiquaires imprégnées d’insecticides puis sur des campagnes de traitement de masse (TDM) par des médicaments proposés par la Chine : l’Artequick (qui est une combinaison d’artemisinine et de piperaquine) associé à la primaquine. Le paludisme a ainsi été quasiment éliminé à Mohéli et à Anjouan, mais est resté présent à la Grande Comore à des proportions faibles par rapport à 2010, laissant espérer son élimination définitive.

Malheureusement, le miracle de ce traitement de masse n’a pas suffi et le nombre de cas de paludisme n’a cessé d’augmenter depuis 2017, pour atteindre 21 079 en 2023, soit une augmentation de 87 %. Son élimination est-elle encore possible ?

Le succès de l’expérimentation à ciel ouvert de Mohéli

En novembre 2007, le programme « Fast Elimination of Malaria by Source Eradication » (FEMSE) a été lancé à Mohéli. Il s’agissait d’une campagne expérimentale visant à éliminer les parasites du paludisme (Plasmodium falciparum, Plasmodium malariae, Plasmodium vivax et Plasmodium ovale) dans le sang des habitants de cette île dont la population a été estimée à moins de 40 000 personnes (d’après des chiffres de 2007). Mohéli est ainsi devenue un laboratoire à ciel ouvert pour l’expérimentation du traitement de masse du paludisme.

Ce programme était dirigé par des experts de l’université de médecine traditionnelle chinoise de Guangzhou (Canton), accompagnés par des équipes du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP-Comores).

Concrètement, une bulle sanitaire a été mise en place dans toute l’île pour distribuer à tous les résidents, malades ou non, un traitement d’Artequick (composé d’artémisinine et de piperaquine) ainsi que de la primaquine. Ce traitement a également été imposé à tous les visiteurs de l’île pendant trois ans. La finalité de ce programme était d’éliminer le réservoir de parasites pour interrompre la chaîne de transmission entre l’humain et les moustiques vecteurs (Anopheles gambiae et Anopheles funestus) en moins de deux ans.

En moins de six mois, à Mohéli, une réduction de 98 % de la charge parasitaire a été constatée chez les enfants. Un recul spectaculaire de la charge parasitaire chez les anophèles, les moustiques responsables de la transmission du paludisme, a également été observé.

Le traitement de masse élargi à toutes les Comores

Les résultats concluants de l’expérimentation de Mohéli ont convaincu les autorités comoriennes et leurs partenaires d’élargir le traitement de masse aux deux autres îles, Anjouan en 2012 et la Grande Comore en 2013. Plus de 80 % de la population des deux îles a pris ce traitement. Parallèlement, la campagne de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MILD) a connu le même succès.

Mais cette joie a été de courte durée. En effet, une recrudescence de l’incidence du paludisme a été observée dès 2017, avec plus de 500 cas pour 100 000 habitants. En 2023, ce sont plus de 2 400 cas pour 100 000 habitants qui ont été recensés, soit 12 fois plus qu’en 2016.

Cette résurgence du paludisme a suscité l’inquiétude des autorités comoriennes et de leurs partenaires.

Un effet de résistance aux médicaments ?

En réponse à cette crise, dès 2018, plusieurs campagnes de traitement de masse ont été réalisées à la Grande Comore dans des zones géographiques ciblées. La dernière en date a été réalisée en décembre 2024 dans la région de Hamahamet-Mboinkou, à Moroni, et dans bien d’autres régions de l’île.

Combien faudra-t-il encore de traitement de masse pour mettre fin à la transmission du paludisme aux Comores ? La multiplication de ces traitements de masse à la Grande Comore sans réelle efficacité, contrairement à ce qui fut observé lors des campagnes de 2007 à Mohéli ou à Anjouan en 2012, suscite de nombreuses inquiétudes. Peut-on avancer l’hypothèse de résistances à l’Artequick ?

La littérature scientifique confirme que certaines mutations observées dans les gènes du P. falciparum entraînent, dans certains pays d’Afrique, une résistance aux deux molécules contenues dans l’Artequick, c’est-à-dire l’artémisinine et la pipéraquine.

Or, les études évaluant la résistance aux médicaments antipaludiques aux Comores sont peu nombreuses. La dernière étude, réalisée entre 2013 et 2014 par les mêmes équipes ayant conduit le traitement de masse, a montré qu’aucune forme de résistance n’avait été observée à la Grande Comore. Depuis, ce constat serait-il encore le même ? Comment expliquer alors cet échec ?

La population pointée du doigt par les autorités sanitaires ?

D’après les déclarations des autorités sanitaires publiées dans les journaux, la Grande Comore « empêcherait » l’élimination du paludisme en Union des Comores. Les habitants de cette l’île seraient « méfiants » à l’égard de la prise de médicaments et « moins adhérents » aux efforts de lutte, ce qui a entraîné un faible taux de couverture des traitements de masse par rapport au reste des îles.

Aussi, la population « refuserait » d’utiliser les moustiquaires. Selon elles, la population devrait plutôt « coopérer » davantage, car l’élimination du paludisme nécessite un « engagement national ». Mais la population serait-elle l’unique coupable ?

Quelle place, à côté du nouveau vaccin antipaludique ?

Peut-on envisager une alternative au traitement de masse aux Comores ? Dès le début de l’année 2024, plusieurs pays d’Afrique ont introduit, dans leur programme de lutte contre le paludisme, le vaccin antipaludique RTS,S de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est le cas notamment du Cameroun, du Burkina Faso, du Bénin et de la Côte d’Ivoire, pour n’en citer que quelques-uns.

Interrogées sur la possibilité d’intégrer ce vaccin aux Comores, les autorités ont déclaré ce qui suit :

« Cela ne veut pas dire qu’on est contre la vaccination, mais nous préférons poursuivre la stratégie nationale déjà conçue avec la mission chinoise à travers la sensibilisation, le traitement de masse et la distribution de moustiquaires imprégnées ». La stratégie du traitement de masse va donc se poursuivre.

Lutte contre le paludisme : un financement compromis sous l’ère Trump ?

Outre le soutien de la Chine, l’Union des Comores bénéficie de financements de partenaires internationaux pour la lutte contre le paludisme. Il s’agit principalement du Fonds mondial et de l’OMS, des institutions largement soutenues financièrement par les États-Unis. Or, la rétractation de l’administration Trump risque de mettre en péril la lutte contre le paludisme aux Comores.




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En effet, le diagnostic et le traitement gratuits des patients dans les structures de soins, la distribution de moustiquaires dans les villages et la collecte de données épidémiologiques dans les districts sanitaires en sont dépendants. Avec un financement réduit, un retour à un nombre important de cas menace les Comores.

Cette résurgence du paludisme démontre les limites de la stratégie du traitement de masse imposée à une population qui la déboute depuis un certain temps.

Alors, sans stratégie alternative de lutte et sans autres sources de financement, le rêve d’un « avenir sans paludisme en Union des Comores à l’horizon 2027 » semble compromis et prolongé pour une période encore indéterminée.

The Conversation

Attoumane Artadji a bénéficié d’une Allocation de Recherche pour une Thèse au Sud (ARTS, 2015 à 2017) de l’IRD et a été financé en 2016 par le Fonds de coopération régionale via la préfecture de La Réunion pour mener des enquêtes de terrain dans le cadre du projet « GeoH2O-Comores, enquête sur l’eau et la santé dans l’Union des Comores ».

Vincent Herbreteau a coordonné le projet « GeoH2O-Comores, enquête eau et santé dans l’Union des Comores » financé en 2016 par le Fonds de Coopération Régionale via la Préfecture de La Réunion.

ref. Résurgence du paludisme aux Comores : où en est-on de son élimination ? – https://theconversation.com/resurgence-du-paludisme-aux-comores-ou-en-est-on-de-son-elimination-259965