La Coupe du monde de cricket : un événement autant géopolitique que sportif

Source: The Conversation – France in French (3) – By Raphaël Le Magoariec, Géopolitologue, spécialiste des sociétés de la péninsule Arabique et du sport, CITERES-EMAM, Université de Tours

Alors que l’Inde et le Pakistan se sont affrontés à coups de missiles en mai 2025, leurs sélections nationales de cricket vont se rencontrer ce dimanche dans le cadre de la Coupe du monde organisée par l’Inde et le Sri Lanka. Ce match très attendu a bien failli ne pas avoir lieu du fait des menaces de boycott exprimées par la partie pakistanaise. La compétition revêt également une importance majeure pour les pays du Golfe, qui accueillent d’importantes diasporas sud-asiatiques et qui cherchent à développer leur influence dans cette région.


Les Jeux olympiques d’hiver viennent de démarrer ; mais vu d’Asie du Sud, l’événement majeur de l’année se joue à des milliers de kilomètres des neiges italiennes, sur les pelouses indiennes et sri lankaises. Samedi 7 février, Jay Shah, président de l’International Cricket Council (ICC) et du Board of Control for Cricket in India (BCCI), et aussi fils du ministre indien de l’intérieur, a déclaré aux côtés de l’ancien capitaine indien Rohit Sharma, la Coupe du monde de cricket Twenty20 ouverte.

De New Delhi aux Caraïbes, loin de la vision olympique européenne, le cricket impose sa propre lecture du monde issue du Commonwealth, mêlant culture et sport dans une expression unique et éclatante.

Cette Coupe du monde, qui apparaît une nouvelle fois comme l’expression de l’hyperpuissance indienne dans le cricket, est marquée par le contexte géopolitique.

De l’annonce de la co-organisation du tournoi par l’Inde et le Sri Lanka, en 2021, à son lancement, en 2026, cet événement de premier plan révèle les ambitions de puissance des uns et des autres, qui viennent s’articuler autour de ce théâtre symbolique que constitue le stade de cricket. Pour bien comprendre cette dimension, il faut commencer par décortiquer ce qu’est ce sport, qui pour des populations n’étant pas originaires du Commonwealth apparaît étranger, et décrypter la signification de son qualificatif Twenty20.

Le b.a.-ba d’un sport mal connu hors du Commonwealth

Sport hérité de l’Empire britannique, le cricket oppose deux équipes de onze joueurs. Celle qui marque plus de points que l’adversaire remporte la rencontre. Basé sur l’affrontement entre batteurs et lanceurs, il suit des règles codifiées dès le XVIIIe siècle et valorise stratégie, patience et fair-play. Longtemps sport des élites, il trouve son expression la plus complète dans le test cricket, disputé sur quatre à cinq jours, qui récompense endurance, tactique et maîtrise du temps long. Ce format noble demeure néanmoins peu adapté aux exigences médiatiques et financières contemporaines.

Sous l’influence de la dérégulation économique et des impératifs d’audience, des formats plus courts émergent, culminant en 2003 avec l’apparition du Twenty20 (T20), où chaque équipe dispose de vingt séries de lancers, ce qui réduit la durée des matchs à environ trois heures. Plus spectaculaire et plus accessible, le T20 transforme le jeu et devient la vitrine du cricket mondialisé.

Ce support est privilégié par l’Inde afin d’accroître la massification de ce sport en vue de projeter son influence sportive et financière. La Coupe du monde T20 a ainsi été lancée par l’ICC en 2007, dans l’objectif de multiplier les compétitions et d’accroître les retombées financières. L’attribution de l’édition 2026 de cet événement bisannuel à l’Inde et au Sri Lanka, décidée en 2021, est venue appuyer cette logique. L’annonce de cette attribution a été faite à Dubaï, au siège de l’ICC, au cœur de ce hub, emblème de la dérégulation de l’économie mondiale et nouveau centre névralgique du cricket mondial depuis 2005, ce qui traduit la quête d’un profit économique sans limites.

De Londres à l’océan Indien

Cet ancrage de l’ICC dans le Golfe illustre la bascule de l’histoire du cricket au tournant des années 2000 de la métropole britannique vers ses anciennes colonies. Désormais, le centre de gravité économique de ce sport se trouve sur le pourtour de l’océan Indien, entre le sous-continent indien, la péninsule Arabique et l’Afrique australe.

Cette recomposition est portée par l’Inde qui, en raison de son poids démographique et de la puissance de son marché médiatique, génère aujourd’hui entre 70 et 80 % des revenus de l’ICC. Cette domination se traduit institutionnellement par une captation d’environ 38,5 % des revenus redistribués par l’ICC au profit du BCCI sur le cycle 2024-2027, soit plus d’un milliard de dollars. New Delhi s’impose ainsi comme l’hegemon du cricket mondial, et les diasporas issues du sous-continent indien deviennent dans les pays où elles résident (à commencer par ceux du Golfe) d’importants marchés pour les droits de diffusion et le sponsoring.

Le déménagement du siège de l’ICC de Londres à Dubaï en 2005 ne s’explique pas seulement par des considérations d’ordre fiscal ; il s’agit aussi, et surtout, de trouver un point d’ancrage dans un hub où réside la deuxième plus grande diaspora indienne. La présence de celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas rare que Dubaï soit surnommée « Dumbaï », en référence à Mumbai (nom de Bombay depuis 1995), la plus grande ville indienne. En outre, située au cœur des réseaux mondiaux, Dubaï constitue une interface de choix avec la région de l’océan Indien.

Un trait d’union entre l’Inde et le Sri Lanka

Dans ce contexte, la co-organisation de la Coupe du monde par l’Inde et le Sri Lanka prend une signification particulière. Attribuée, en 2021, alors que le clan Rajapaksa est encore au pouvoir à Colombo, elle s’appuie sur la légitimité sportive du Sri Lanka, héritée notamment de sa victoire lors de la Coupe du monde 1996. Pensé comme un partenariat structuré autour de l’hyperpuissance du cricket, l’Inde, l’accueil conjoint de cet événement par les deux pays reflète la stratégie diplomatique du gouvernement sri lankais de l’époque, à savoir équilibrer ses relations entre l’Inde et la Chine pour maximiser sa marge de manœuvre régionale.

Après le renversement du clan Rajapaksa en 2022, et les bouleversements politiques internes qui s’en sont suivis, la coorganisation a été maintenue, l’enjeu allant bien au-delà du cas de gouvernants corrompus et destitués.

Pour Colombo, cette Coupe du monde représente une garantie de visibilité internationale, de légitimité symbolique et de reconnaissance de sa diplomatie régionale. Dans un océan Indien marqué par des rivalités croissantes, le cricket fonctionne ainsi comme un instrument d’influence non coercitif, permettant à l’Inde de projeter son leadership sous les apparences d’une coopération sportive, tandis que le Sri Lanka conserve un statut d’acteur crédible sur la scène internationale, le cricket apparaissant comme un support des relations entre élites.

Le Golfe : quasi inexistant sur le terrain, omniprésent sur les panneaux publicitaires

Dès la cérémonie d’ouverture, sur le bord du terrain, les sponsors golfiens dominent. Emirates et DP World, les deux fleurons du transport de Dubaï, ainsi qu’Aramco, le géant pétrolier saoudien, sont en haut de l’affiche. Sobha, la société du promoteur immobilier originaire du Kerala, Palath Narayanan Menon, basée à Dubaï, complète cet ensemble.

Entre gain d’influence et ambitions de puissance étatique, ces sociétés du Golfe influent sur le cricket mondial. Sobha s’affirme comme l’incarnation de l’influence des réseaux indiens aux Émirats arabes unis. À travers ces investisseurs, pour Dubaï, puis à l’arrière-plan Abu Dhabi et maintenant l’Arabie saoudite, le cricket rime avec diversification. Avec ce sport, leur tropisme penche vers l’est, il est conçu pour parler à l’Asie du Sud en vue de poursuivre l’édification de leur vision multipolaire.

Le cricket apparaît pour les monarchies du Golfe comme un vecteur d’influence au service de leur diversification économique et de la sécurisation de leur environnement régional. Il s’affirme comme un espace de convergence avec les milieux économiques et politiques du sous-continent indien dont le marché et leurs capacités militaires sont devenus indispensables. Mais sur le terrain, c’est une autre géopolitique qui se joue.

Une tension palpable, le boycott comme arme

Inde-Pakistan : le match tant attendu, prévu pour le 15 février, a bien failli ne pas se jouer. Shehbaz Sharif, le premier ministre pakistanais, avait annoncé, le 5 février, que la sélection pakistanaise ne prendrait pas part à cette rencontre historique, déclarant qu’elle ne jouerait pas contre l’Inde en signe de solidarité avec le Bangladesh après le retrait de ce dernier du tournoi.

Le boycott de la compétition par le Bangladesh avait été annoncé fin janvier 2026. Les autorités de Dacca avaient justifié cette décision par des craintes sécuritaires liées au déplacement de la sélection nationale en Inde, évoquant non seulement des risques logistiques pour les joueurs et le staff, mais aussi un climat de tensions politiques croissant, alimenté par le nationalisme hindou promu par le premier ministre Narendra Modi et des incidents récents perçus comme menaçants pour les sportifs bangladais. Islamabad a alors saisi l’occasion pour accentuer la pression sur l’ICC, cherchant à obtenir l’absence de sanctions à l’encontre du Bangladesh et une reconnaissance institutionnelle de sa position, tout en annonçant son intention de boycotter cette affiche parmi les plus emblématiques et lucratives du cricket mondial.

Pour le Pakistan, ce boycott motivé par la contestation de la puissance indienne, Islamabad ne manquant aucune occasion pour protester contre sa mainmise sur le cricket mondial, n’était que temporaire. Cette action eut néanmoins l’avantage de tendre une épée de Damoclès au-dessus de ce duel rare et de ce fait si lucratif, très recherché tant par les institutions du cricket que par les diffuseurs, pour lesquels ce match constitue un temps fort en termes d’audience et de revenus.

Face à la crise, l’ICC a engagé de longues discussions avec le Pakistan Cricket Board (PCB) et d’autres parties prenantes pour préserver l’intégrité du calendrier et maintenir ce rendez‑vous tant attendu. Au terme de ces négociations, le Pakistan a finalement renoncé à son boycott et accepté de jouer, permettant ainsi au match de se tenir comme prévu lors de cette édition 2026.

Cette opposition s’inscrit toujours dans un climat de tensions latentes, ce qui contribue à son attrait médiatique et populaire. Le terrain devient alors, pour Islamabad comme pour New Delhi, un espace central d’instrumentalisation politique et symbolique, où gouvernants, hommes d’affaires, artistes et sportifs contribuent à mettre en scène leurs aspirations nationalistes dans un contexte géopolitique chargé. Ainsi, en février 2025, alors que le Pakistan accueillait l’ICC Champions Trophy, la cérémonie de remise du trophée a été organisée pour des questions de sécurité en terrain délocalisé, à Dubaï, et aucun représentant du PCB n’était présent au pied du podium, comme il est de coutume.

Les crispations se sont accentuées à la suite de l’opération « Sindoor », à savoir une série de frappes de missiles indiens ayant eu lieu, du 7 au 10 mai 2025, contre plusieurs cibles situées au Pakistan et au Cachemire sous administration pakistanaise. Les affrontements ont encore dégradé les relations bilatérales à l’approche de la Coupe du monde. C’est dans ce climat de tensions exacerbées que la compétition s’est ouverte, la perspective de la tenue (ou non) de la rencontre au sommet Inde-Pakistan occupant une place centrale dans les esprits des observateurs et des supporters.

Après de nombreuses discussions entre l’ICC et le PCB, et au terme d’une séquence diplomatique largement médiatisée, le Pakistan, on l’a dit, a finalement infléchi sa position. Cette volte-face est intervenue après que l’ICC s’est engagée à ne pas pénaliser le Bangladesh pour son retrait et à lui accorder, à l’avenir, l’organisation d’un événement majeur.

La rencontre aura donc bien lieu. Le cricket demeure néanmoins soumis à une pression géopolitique constante, structurée par les rivalités internes à l’espace de l’océan Indien, dans lequel l’Inde exerce une hégémonie qui pourrait, durant cette Coupe du monde, être remise en cause… sur le plan sportif uniquement.

The Conversation

Raphaël Le Magoariec a reçu des financements d’IHEDN.

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Avant d’être protégés, les hérissons ont été longtemps persécutés

Source: The Conversation – France (in French) – By Kate Davies, PhD candidate, Nottingham Trent University

Accusé de vols, soupçonné d’être l’allié des sorcières, le hérisson a subi bien des persécutions de la part de l’homme. Getty Open Content., CC BY

Pendant des siècles, le hérisson a été tour à tour craint, persécuté, puis idéalisé. Des mythes médiévaux aux campagnes de protection actuelles, son histoire éclaire la manière dont nos récits façonnent notre rapport à la faune sauvage.


Les hérissons font partie de la culture humaine depuis des millénaires. Selon les sociétés, ils ont été tour à tour associés à la fertilité, à la protection et à la guérison, mais aussi à la peur, aux superstitions et à la méfiance.

Aujourd’hui, 17 espèces de hérissons sont présentes en Europe, en Afrique et en Asie. Beaucoup vivent à proximité immédiate des humains, une cohabitation étroite qui a contribué à façonner les récits que l’on raconte à leur sujet.

Bien avant l’apparition de l’écriture, des représentations évoquant le hérisson apparaissaient déjà dans des formes d’art symbolique liées à la fertilité et au renouveau, ce qui suggère que ces animaux comptaient pour les humains depuis bien plus longtemps que ne le révèlent les sources écrites.

Dans l’Égypte ancienne, ils étaient considérés comme des guides et des protecteurs, admirés pour leur capacité à survivre à l’hiver grâce à l’hibernation, un puissant symbole de renaissance. Toutefois, les Égyptiens les chassaient également et utilisaient leurs piquants dans des remèdes populaires, notamment ceux supposés soigner la calvitie.

Les hérissons ont aussi, au fil de l’histoire, endossé des rôles plus inquiétants. Dans certaines régions de Chine, les premiers récits évoquaient des esprits de hérissons capables de se transformer en êtres humains et d’apporter le malheur. Des traditions plus tardives en faisaient à l’opposé des protecteurs sacrés du foyer et des guérisseurs.

Dans « Alice au pays des merveilles
Dans « Alice au pays des merveilles ».
British Library archive

L’histoire sombre des hérissons

En Grande-Bretagne, les hérissons ont longtemps souffert d’une image largement négative, jusqu’à une période relativement récente. Au Moyen Âge, ils étaient étroitement associés à la sorcellerie. Une croyance très répandue voulait que les sorcières puissent se transformer en hérissons afin de perpétrer leurs méfaits. On pensait aussi qu’ils se glissaient la nuit dans les champs pour voler le lait directement au pis des vaches.

Selon une autre croyance ancienne, les hérissons transportaient des fruits volés sur leurs piquants. Les illustrations médiévales les représentaient souvent traversant des vergers, des pommes fichées sur le dos, une image qui perdure encore aujourd’hui dans les livres pour enfants et jusque dans les décorations de gâteaux d’anniversaire. Certains mythes anciens subsistent également : des personnes bien intentionnées continuent par exemple de leur proposer du lait, alors même que les hérissons sont intolérants au lactose.

Si certaines de ces histoires subsistent aujourd’hui comme de simples curiosités pittoresques, d’autres ont eu des conséquences bien plus graves. Les hérissons ont ainsi été officiellement classés parmi les « vermines » en vertu du Preservation of Grain Act (loi sur la protection des récoltes céréalières) de 1532, parmi une longue liste d’animaux.

Les paroisses étaient tenues de les tuer, une prime de trois pence étant versée pour chaque hérisson abattu, une somme importante pour l’époque. Les communautés qui n’atteignaient pas les quotas imposés pouvaient même être sanctionnées par des amendes. Les hérissons sont restés inscrits sur ces listes de nuisibles pendant des siècles.

On estime qu’entre 1660 et 1800, sur une période de 140 ans, près de 500 000 hérissons ont été éliminés de cette manière – un total proche de celui que compte aujourd’hui la population britannique actuelle de hérissons. Et les hérissons n’étaient pas les seuls : chats sauvages, loutres ou encore martres des pins (pour ne citer qu’eux) ont eux aussi été persécutés selon les mêmes logiques. Après de forts déclins, ces espèces figurent aujourd’hui parmi les plus strictement protégées par la loi au Royaume-Uni.

Persécution et protection

Bien que cette loi ait fini par être abrogée, la mise à mort des hérissons s’est poursuivie jusqu’au XIXe siècle et au début du XXe, en particulier sur les domaines de chasse. Les archives indiquent que des dizaines de milliers d’individus étaient tués chaque année durant cette période, avant que les chiffres ne commencent à reculer entre les années 1960 et le début des années 1980. Ce recul peut traduire une évolution des mentalités et l’adoption de lois de protection de la faune, mais il est aussi possible qu’il reflète une raréfaction des hérissons.

Un texte illustré du XVᵉ siècle présentant un hérisson et un loup
Un texte illustré du XVᵉ siècle présentant un hérisson et un loup.
Getty’s Open Content Program, FAL

Aujourd’hui, au Royaume-Uni du moins, les hérissons bénéficient d’une image très différente. En 2016, ils ont été élus mammifère préféré des Britanniques, devançant largement le renard roux, arrivé en deuxième position. Cet attachement du public a nourri des campagnes de préservation dans les jardins, le développement de structures caritatives dédiées et l’essor d’un réseau croissant de centres de soins, qui prennent en charge des animaux malades ou blessés, souvent avec le soutien de particuliers qui aménagent activement leurs jardins en pensant aux hérissons.

Si les attitudes à l’égard des hérissons se sont nettement améliorées au cours des dernières décennies, cela n’a toutefois pas suffi à enrayer leur déclin. L’espèce a récemment été reclassée comme « quasi menacée » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Comprendre notre parcours culturel et l’évolution de notre regard sur les hérissons permet d’éclairer à la fois notre volonté de les protéger et certaines des erreurs que nous continuons à commettre.

Le parcours du hérisson, autrefois perçu comme un nuisible redouté et aujourd’hui érigé en icône des jardins, illustre la puissance des récits humains, capables à la fois de nuire à la faune sauvage et de susciter sa protection. Mais l’affection, à elle seule, ne suffit pas.

Les mythes qui ont jadis servi à justifier sa persécution subsistent encore sous des formes plus atténuées, influençant des comportements bien intentionnés mais parfois préjudiciables. Aujourd’hui, les hérissons ont besoin de protection. Des gestes simples – comme mettre à disposition une coupelle d’eau peu profonde, aménager des jardins favorables aux hérissons, prévoir des issues de secours dans les bassins ou limiter l’usage des pesticides – peuvent contribuer à préserver ce mammifère désormais très apprécié.

The Conversation

Kate Davies ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Aux États-Unis, les vents du « backlash » climatique redoublent d’intensité

Source: The Conversation – France (in French) – By Christian de Perthuis, Professeur d’économie, fondateur de la chaire « Économie du climat », Université Paris Dauphine – PSL

Le président Trump a annoncé l’abrogation de l’Endangerment Finding, un texte de l’Agence environnementale américaine (EPA) à la base de toutes les régulations fédérales concernant les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays. Après le retrait de l’accord de Paris et des institutions internationales traitant du climat, c’est un renforcement du backlash climatique qui souffle sur les États-Unis.


L’abrogation de l’Endangerment Finding (qu’on peut traduire par « constat de mise en danger »), annoncée depuis la Maison-Blanche, le 12 février 2026, marque un retour en arrière de près de vingt ans.

Ce texte de l’EPA réunit en effet les éléments scientifiques permettant l’application d’une décision de la Cour suprême des États-Unis datant de 2007, qui appelait l’Agence environnementale américaine (EPA) à inclure les six principaux gaz à effet de serre parmi les rejets atmosphériques qu’elle a mission de réguler.

Nouvelle illustration du backlash climatique de l’Amérique trumpienne, cette abrogation promet de multiples contentieux juridiques qui remonteront sans doute jusqu’à la Cours suprême, dont la décision de 2007 n’a pas été abrogée.




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Aux origines du « backlash »

Titre d’un livre de Susan Faludi paru en 1991, l’expression « backlash » a connu son heure de gloire aux États-Unis dans les années 1990. Elle désignait alors toute régression en matière de droits civiques, en particulier ceux des femmes et des minorités.

Le backlash est revenu en force en 2025, avec le démarrage du second mandat de Donald Trump. La guerre contre les droits civiques a repris avec une grande violence pour les migrants. Elle a été étendue à tout ce qui touche le changement climatique, autrement dit aux droits environnementaux, ainsi qu’à la science.

La guerre anti-climat a été déclarée le premier jour de la présidence. Le 20 janvier 2025, parmi les innombrables décrets signés par Donald Trump, figurait celui annonçant le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et un autre visant la relance les énergies fossiles.

En termes de politique extérieure, la dénonciation de l’accord de Paris a été complétée en janvier 2026 par le retrait des États-Unis de la convention-cadre des Nations unies sur le réchauffement climatique et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). En se retirant de la convention-cadre, l’Amérique trumpienne s’est affranchie de toute obligation en matière climatique.




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Les sciences du climat en ligne de mire

Le retrait du Giec illustre un autre volet du backlash : la guerre déclarée contre les sciences du climat et toutes les institutions qui les hébergent.

Si les universités et les centres indépendants comme le World Resources Institute (WRI) ou le Berkeley Earth ont pu résister, trois grandes administrations fédérales ont été directement affectées : l’administration en charge de l’atmosphère et de l’océan (NOAA), les centres de recherche sur le climat de la NASA et l’agence environnementale (EPA), en charge de l’établissement de l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre. Ces trois institutions produisent nombre de données et de modélisations utilisées par les scientifiques du monde entier.

Sur le plan de la politique intérieure, l’abrogation de l’Endangerment Finding ouvre la voie à la suppression de l’ensemble des régulations environnementales touchant le climat, notamment dans les transports et l’énergie. Elle a été préparée par la publication du rapport de juillet 2025 du Département de l’énergie, qui relativisait les impacts du réchauffement climatique, instillant le doute sur ses origines anthropiques et affirmant, dans son résumé pour décideurs, que « des politiques d’atténuation excessivement agressives pourraient s’avérer plus néfastes que bénéfiques ».

La question des preuves scientifiques était déjà au cœur de la décision d’avril 2007 de la Cour suprême des États-Unis, dite Massachusetts v. EPA, qui enjoignait à l’EPA d’intégrer les gaz à effet de serre (GES) parmi les polluants atmosphériques qu’elle avait en charge de réglementer. Ce faisant, la Cour a retourné, par une faible majorité (5 contre 4), la jurisprudence antérieure qui reposait sur les supposées incertitudes scientifiques quant au lien entre les émissions de GES et le changement climatique.

C’est à nouveau en contestant les diagnostics des sciences du climat que l’Amérique trumpienne tente de s’affranchir de toute responsabilité face au changement climatique. Cela ne va pas manquer de multiplier les contentieux judiciaires, qui risquent fort de remonter jusqu’à la Cour suprême, dont la décision de 2007 enjoignant à l’EPA de réguler les émissions de gaz à effet de serre n’a pas été abrogée.

Des conséquences déjà tangibles pour le climat

L’abrogation de l’Endangerment Finding vise à inscrire dans la durée la stratégie trumpienne. Celle-ci est guidée par le rétroviseur, avec la promesse de retrouver un paradis énergétique reposant sur une abondance d’énergie fossile livrée à bas coût à la population.

C’est au nom de cette chimère que les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables et à l’électrification des usages ont été démantelés en moins d’un an. Cela a conduit les constructeurs américains à mettre un grand coup de frein sur la voiture électrique. Dans les énergies renouvelables, la filière éolienne a été particulièrement visée, avec le gel ou l’arrêt de la plupart des grands projets offshore déjà engagés, généralement portés par des entreprises européennes.

Simultanément, le secteur des énergies fossiles a été cajolé par la « grande et belle loi budgétaire » qui prévoit, entre autres, la cession de nouvelles concessions pétrolières dans le golfe du Mexique et sur les terres fédérales, des allègements fiscaux sur les forages, le report de la redevance sur le méthane, la réduction des redevances minières pour le charbon, l’extension de son extraction sur les terres fédérales et enfin des crédits d’impôt pour le « charbon métallique » utilisé dans les hauts-fourneaux.

Ce cocktail de mesures a contribué à la remontée, estimée à 2,4 %, des émissions de gaz à effet de serre du pays en 2025. La tendance à la baisse des émissions observée depuis 2005 risque ainsi d’être interrompue.

Le tête-à-queue américain peut-il faire dérailler les scénarios globaux de sortie des énergies fossiles ? En 2025, les États-Unis ont été à l’origine de 13 % des émissions mondiales de carbone fossile. Tout dépendra de la façon dont va réagir le reste du monde.




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Face au « backlash » : accélération au Sud, hésitations en Europe

Dans le reste du monde, ce n’est pas le backlash, mais l’accélération de la transition énergétique qui prévaut.

La Chine en est devenue l’acteur pivot. Grâce à un investissement sans pareil dans les énergies bas carbone, elle est en train de franchir son pic d’émission à 8 tonnes de CO2 par habitant, quand les États-Unis ont franchi le leur à 21 tonnes, et l’Europe à 11 tonnes. La question clé est désormais celle du rythme de la décrue après le pic.

Devenue le fournisseur dominant des biens d’équipement de la transition énergétique, la Chine a contré la fermeture du marché américain en redirigeant ses ventes vers le Sud global, qui accélère ses investissements dans l’économie bas carbone. L’agressivité trumpiste a même réussi à rapprocher la Chine de l’Inde.

L’accélération de la transition bas carbone est particulièrement forte en Asie. En 2025, l’Inde a stabilisé les émissions de son secteur électrique, grâce à la montée en régime du solaire. La même année, on a vendu, en proportion, plus de véhicules électriques au Viêt-nam ou en Thaïlande que dans l’Union européenne, et le Pakistan s’est couvert de panneaux photovoltaïques.




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Dans ce contexte, l’Europe s’enferme dans une position défensive face aux États-Unis, subissant les coups les uns après les autres. Les vents du backlash climatique trouvent même des relais au sein de l’Union européenne, où une partie de la classe politique cherche désormais à freiner, voire stopper, la transition bas carbone.

Cette attitude est contreproductive. Le vieux continent importe la grande majorité de son énergie fossile, et pourrait au contraire reconquérir une partie de sa souveraineté économique en accélérant sa transition énergétique. Cela contribuerait également à relever son taux d’investissement, car l’économie bas carbone est plus capitalistique que celle reposant sur l’énergie fossile.

L’Europe devrait, enfin, mobiliser toutes ses ressources scientifiques pour faire face aux attaques lancées contre les sciences du climat. Aux « faits alternatifs » que cherchent à imposer les « ingénieurs du chaos » – du nom de l’essai éponyme paru en 2019 – sur les réseaux sociaux, il est temps d’opposer avec détermination les faits scientifiques.

The Conversation

Christian de Perthuis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Comment Bad Bunny a porté l’activisme sur la scène du Super Bowl

Source: The Conversation – in French – By Belinda Zakrzewska, Assistant Professor of Marketing, University of Birmingham

Le show de mi-temps du Super Bowl signé Bad Bunny n’a pas seulement battu des records d’audience. À travers une mise en scène chargée de symboles, le rappeur portoricain a transformé un spectacle grand public en manifeste culturel, articulant mémoire coloniale, identité et activisme.


Après plusieurs jours de controverse – au cours desquels Donald Trump s’était plaint du choix des artistes, avait déclaré qu’il n’assisterait pas à l’événement, et qu’une programmation alternative « 100 % américaine » serait mise en avant –, le rappeur portoricain Bad Bunny est monté sur scène lors du très attendu spectacle de mi-temps du Super Bowl, dimanche 8 février.

Les attentes étaient élevées, comme en témoigne le nombre inédit de téléspectateurs. Le show de Bad Bunny a généré plus de 135,4 millions de vues, surpassant les 133,5 millions de Kendrick Lamar en 2025 et les 133,4 millions de Michael Jackson en 1993.




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Les médias ont principalement présenté l’événement comme une célébration de la diversité, suscitant en retour une réaction hostile chez les partisans de Donald Trump et certains commentateurs conservateurs. Les critiques visaient Bad Bunny non seulement pour son opposition ouverte à l’administration Trump, mais aussi au motif qu’il ne serait « pas un artiste américain » (comprendre : « états-unien »), malgré le fait que Porto Rico est un territoire des États-Unis. Sa performance a montré comment l’authenticité peut se construire à travers un activisme anticolonial.

Si l’authenticité est souvent vue comme quelque chose de réel, vrai ou sincère, elle repose en réalité sur une qualité relationnelle qui peut être liée au comportement d’une personne de trois façons : par la connexion aux personnes ou aux lieux ; par la conformité aux conventions ou leur remise en cause ; et par la cohérence entre le message et les actions. Lors de la mi-temps du Super Bowl, Bad Bunny a incarné ces trois dimensions.

L’authenticité comme connexion

L’authenticité s’est manifestée notamment par la présence de canne à sucre sur scène, une culture qui a façonné les économies coloniales des Caraïbes. Les plantations appartenaient aux colonisateurs et reposaient sur l’exploitation violente des peuples autochtones et des Africains réduits en esclavage. En mettant la canne à sucre au centre du décor, la performance a rappelé les fondements de la richesse coloniale et a réhabilité un symbole d’oppression en tant que vérité historique plutôt que comme mémoire idéalisée.

La présence de l’icône portoricaine Ricky Martin a renforcé ce sentiment de connexion lorsqu’il a interprété Lo Que Le Pasó A Hawaii, de Bad Bunny. Par ses paroles, la chanson met en garde les Portoricains contre la perte de leur identité culturelle face aux pressions d’assimilation à l’influence états-unienne. La performance de Martin a souligné ce message, en présentant la préservation culturelle comme une forme essentielle de résistance anticoloniale.

Lady Gaga a ajouté une dimension symbolique forte. Sa robe bleu clair renvoyait à la version originale de 1895 du drapeau portoricain, avant que sa teinte ne soit assombrie pour s’aligner sur celle du drapeau des États-Unis. Elle portait un hibiscus rouge – emblème national de fierté et de résistance – ainsi que des fleurs blanches, évoquant ensemble les couleurs du drapeau. Elle incarnait ainsi le respect, la participation et la solidarité plutôt que la séparation ou l’effacement.

L’authenticité comme conformité

Les artistes naviguent souvent entre conformité et transgression, et Bad Bunny a parfaitement maîtrisé cet équilibre. En tant qu’artiste portoricain évoluant dans une industrie qui pousse souvent à abandonner ses origines, il a au contraire créé un espace culturel hybride : un spectacle de mi-temps du Super Bowl en espagnol. Il a ainsi agi au sein du système tout en remettant en cause l’idée que l’anglais doive dominer et que les figures grand public doivent correspondre à un modèle culturel étroit.

L’artiste a également bousculé le récit dominant qui réduit l’« Amérique » aux États-Unis, en reconnaissant l’ensemble du continent américain. Après avoir déclaré « God Bless America », il a énuméré tous les pays du continent, du sud au nord.

En citant les pays, Bad Bunny a inversé la hiérarchie géopolitique traditionnelle. Ce geste évoquait l’œuvre América Invertida de l’artiste uruguayen Joaquín Torres-García et son idée selon laquelle « le Sud est notre Nord », remettant en cause l’idée que la légitimité culturelle ou politique doive venir du « Nord ».

L’authenticité comme cohérence

Enfin, la cohérence s’est manifestée par des clins d’œil à l’activisme de longue date de Bad Bunny. L’explosion d’un lampadaire avant l’interprétation d’El Apagón renvoyait directement à son clip de 2022, qui prend la forme d’un documentaire dénonçant la négligence des infrastructures et la privatisation de l’électricité par des entreprises états-uniennes. Ce moment reliait le divertissement aux réalités coloniales vécues à Porto Rico.

La brève apparition d’El Sapo Concho, mascotte de son dernier album, a ajouté une autre dimension symbolique. Presque disparu en raison des perturbations écologiques liées à l’exploitation coloniale des ressources, ce crapaud portoricain est devenu un symbole de survie face aux dommages structurels. Sa présence dans le show rappelait que l’impact du colonialisme est autant environnemental que culturel.

De la même façon, lorsque Bad Bunny a remis un Grammy à une version plus jeune de lui-même, il renforce son message : « Si je suis ici, c’est parce que j’ai toujours cru en moi. » Dans un contexte où les populations issues de nations colonisées font face à la discrimination et à la marginalisation, beaucoup ont vu la culture des colonisateurs comme un moyen d’ascension sociale. Son geste a ainsi réaffirmé la confiance en soi comme un acte de résistance.

« This is America »

À la fin du spectacle, un panneau lumineux affichait « The only thing more powerful than hate is love » (La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour). Bad Bunny tenait alors un ballon de football portant l’inscription : « Together, We Are America. » (Ensemble, nous sommes l’Amérique.)

Cette image proposait un idéal panaméricain fondé sur la solidarité plutôt que sur la domination. À travers des symboles de résilience collective, l’artiste présentait ainsi l’authenticité comme une forme d’activisme anticolonial ancrée dans l’amour, la mémoire et la communauté.

Ces choix visuels étaient intentionnels et s’inscrivaient dans des années de prises de position publique, de musique et d’engagement. Chaque élément renforçait un récit cohérent de résistance, démontrant que l’authenticité n’est pas seulement une performance, mais le résultat d’un activisme anticolonial constant.

En imbriquant histoire, symbolismes et convictions personnelles à chaque instant de sa performance, Bad Bunny a démontré que l’art peut devenir un vecteur d’action politique et culturelle, fondé sur l’amour, la tolérance et l’inclusion.

The Conversation

Flavia Cardoso a reçu des financements du gouvernement chilien (Fondecyt) et de la Fondation Luksic.

Belinda Zakrzewska et Jannsen Santana ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Comment Bad Bunny a porté l’activisme sur la scène du Super Bowl – https://theconversation.com/comment-bad-bunny-a-porte-lactivisme-sur-la-scene-du-super-bowl-275881

Inondations : l’aménagement du territoire est-il responsable ?

Source: The Conversation – in French – By Luc Aquilina, Professeur en sciences de l’environnement, Université de Rennes 1 – Université de Rennes

Les inondations qui touchent le Sud-Ouest de la France provoquées par la tempête Nils pourraient alimenté à nouveau le débat sur le rôle l’aménagement du territoire dans la survenue de ces événements. Les inondations sont pourtant des phénomènes complexes et le rôle des aménagements reste difficile à estimer.


Depuis plusieurs années, l’Europe est frappée par des inondations majeures aux bilans humains terribles : 243 morts en juillet 2021 en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas, 17 morts en mai 2023 en Italie du Nord, 27 morts en septembre 2024 lors de la tempête Boris en Europe Centrale, de l’Allemagne à la Roumanie, et 237 morts en octobre 2024 dans le sud de Valence. Plus près de nous, les inondations de la Vilaine de ce mois de janvier 2026 et celles de l’année dernière ont ravivé pour les habitants le spectre des inondations du passé.

Ces évènements frappent les esprits et font la une des médias, surtout s’ils se déroulent en Europe. Très vite, des causes liées à l’aménagement du territoire sont invoquées. En Espagne, l’extrême droite a condamné les écologistes qui ont prôné l’arasement des barrages. Vérification faite, il ne s’est agi que de la suppression de « barrières » peu élevées et le lien avec les barrages n’est pas attesté. En Bretagne, à l’inverse, suite à la crue de la Vilaine début 2025 et à l’inondation de plusieurs quartiers de Rennes et de Redon, plusieurs coupables ont été rapidement désignés dans les médias. Le changement climatique d’abord, puis le remembrement des territoires ruraux et le drainage des parcelles agricoles qui ont accompagné la révolution verte des années 1960 et 1970 ont été pointés du doigt.

Les scientifiques de l’eau soulignent le rôle des aménagements passés sur les sécheresses et les tensions autour de la ressource en eau. Pour autant, l’attribution des causes à des événements exceptionnels comme les crues intenses s’avère difficile. Faut-il chercher un seul coupable, ou bien plusieurs ? Changement climatique et modification des usages des sols contribuent à la genèse des inondations, mais leurs implications respectives dans ces évènements varient selon le type d’inondation ainsi qu’au cours du temps.

Il est difficile de déterminer les causes des crues

Isoler la part de responsabilité du changement climatique dans la survenue d’un événement climatique extrême est ce qu’on appelle un processus d’attribution. La science de l’attribution, relativement récente, est nécessaire pour quantifier les impacts du changement climatique dans des processus complexes et variables. Un exemple récent est l’étude menée suite aux pluies torrentielles d’octobre 2024 en Espagne, qui a montré que ce type d’épisode pluvieux présente jusqu’à 15 % de précipitations supplémentaires par rapport à un climat sans réchauffement. En d’autres termes, environ une goutte d’eau sur six tombée lors de cet épisode peut être imputée au changement climatique.

Si l’attribution des pluies est aujourd’hui de mieux en mieux maîtrisée, celle des crues reste moins bien déterminée. On confond souvent l’attribution de la pluie et celle de la crue, alors qu’elles ne sont pas équivalentes. Entre le moment où la pluie tombe et celui où la rivière déborde, il se passe beaucoup de choses au niveau du bassin versant : selon le degré d’humidité et la nature du sol et du sous-sol ou bien la manière dont il a été aménagé, il peut agir comme tampon ou accélérer les flux d’eau. Deux bassins versants différents auront des réponses également différentes pour un même volume de pluie, et un même volume de pluie tombant sur un même bassin versant peut avoir des conséquences très différentes selon le moment de l’année. La survenue d’une crue dépend donc de la combinaison de deux dés : la pluie qui tombe sur le bassin versant et la capacité de ce bassin à l’absorber.

Le changement climatique et les aménagements perturbent l’absorption des sols

Les études d’attribution des pluies montrent avec certitude que le réchauffement climatique — et donc les activités humaines qui en sont la cause — intensifient les pluies fortes et les rendent de plus en plus fréquentes. Si nos futurs étés seront plus secs, les hivers seront eux plus humides, notamment dans le nord de la France. Qu’en est-il du deuxième dé, la capacité d’absorption des bassins versants ? Le changement climatique l’affecte également, en modifiant l’humidité des sols au fil des saisons. Mais cette capacité dépend aussi largement des transformations opérées par certaines activités humaines.

C’est le cas par exemple des barrages, conçus pour stocker l’eau lors des saisons humides et qui ont la capacité de tamponner la puissance des crues. Mais d’autres phénomènes sont impliqués, comme l’urbanisation, qui imperméabilise les sols en remplaçant champs et prairies par du béton et de l’asphalte. Ces surfaces imperméables réduisent fortement l’infiltration et favorisent le ruissellement. Même si l’urbanisation reste marginale à l’échelle des grands bassins versants, elle peut jouer un rôle majeur localement, notamment en zones périurbaines, où les petits cours d’eau sont souvent canalisés ou recouverts.

Les aménagements agricoles comptent également. Le remembrement, qui a fait disparaître des milliers de haies et fossés au profit de grandes parcelles plus facilement exploitables pour des machines agricoles, a profondément modifié la circulation de l’eau. En parallèle, d’autres transformations ont réduit la capacité du paysage à retenir l’eau lors des pluies fortes, comme la pose de drains en profondeur dans les sols agricoles qui vise à évacuer l’excédent d’eau des terres trop humides durant l’hiver. La création de digues et de canaux pour limiter l’expansion des rivières, le creusement des cours d’eau et la rectification de leurs berges les ont recalibrées pour les rendre linéaires. Ces différents aménagements ont des effets importants. Ils modifient le cycle de l’eau continental en accélérant globalement les flux vers la mer. Les niveaux des nappes ont déjà été affectés par ces modifications. Dans les vastes marais du Cotentin, nous avons montré que le niveau moyen des nappes a chuté d’environ un mètre depuis 1950, alors que les aménagements des siècles précédents avaient déjà diminué ces niveaux. Le changement climatique va renforcer cette diminution des niveaux de nappe au moins sur une grande partie du territoire hexagonal.

D’un bassin à l’autre, des effets différents

Ces facteurs jouent différemment selon la surface des bassins versants et leur localisation : l’urbanisation a un effet très fort sur les crues des petits bassins versants côtiers de la Côte d’Azur, qui ont une surface inférieure à 10 km2, mais un effet moindre sur le bassin versant de la Vilaine, qui compte 1 400 km2 à Rennes après la confluence avec l’Ille. À l’inverse, les pratiques agricoles ont un effet plus important sur les crues du bassin de la Vilaine que sur ceux de la Côte d’Azur.

Aujourd’hui, il est difficile de quantifier précisément la part relative de ces facteurs dans l’occurrence des crues observées. En amont des cours d’eau, certaines transformations peuvent ralentir la propagation des crues en augmentant des capacités de stockage locales, par exemple dans les sols, les zones humides ou les plaines inondables, tandis qu’en aval, l’accélération des flux et leur addition tendent à dominer. Chacun des aménagements décrits influence la manière dont un bassin versant absorbe ou accélère l’eau, mais l’addition de leurs effets crée une interaction complexe dont nous ne savons pas précisément faire le bilan.

Lors d’événements exceptionnels comme la crue de Valence, ce sont avant tout les volumes de pluie qui déclenchent la crue et ses conséquences, le changement climatique pouvant intensifier ces précipitations. Les aménagements du territoire influencent de manière secondaire la façon dont l’eau s’écoule et se concentre dans les bassins versants. Il n’en reste pas moins que ces deux effets jouent un rôle de plus en plus important dans les événements de moindre ampleur, dont les impacts sont néanmoins importants et dont l’occurrence a déjà augmenté et va encore s’accentuer dans le futur. Pour deux degrés de réchauffement, l’intensité des crues décennales (d’une ampleur observée en moyenne une fois tous les 10 ans) augmentera potentiellement de 10 à 40 % dans l’Hexagone, et celle des crues centennales (observées en moyenne une fois tous les siècles) de plus de 40 %.

Une vie en catastrophes ?

Ces événements ont provoqué des prises de position politique virulentes. Certains, en particulier à droite de l’échiquier politique, ont remis en question les politiques récentes de restauration de l’état naturel des cours d’eau, de protection des zones humides et de destruction des barrages. Elles ont conduit à des appels à la suppression de l’Office français de la biodiversité lors des manifestations agricoles, proposition reprise par le sénateur Laurent Duplomb devant le Sénat le 24 janvier 2024.

Les aménagements les plus récents, défendus par de nombreuses structures territoriales, visent à redonner au cycle de l’eau, et en particulier aux rivières, des espaces plus larges et à recréer ou protéger des zones humides. Tous ces aménagements conduisent à ralentir les flux et donc luttent contre les inondations, tout en préservant la biodiversité à laquelle notre santé est liée. Les zones humides sont par exemple les meilleurs ennemis des moustiques tigres, en permettant le développement de leurs prédateurs. Bien qu’ils exigent de concéder des terres agricoles aux milieux naturels, ces aménagements nourrissent les nappes qui restent le meilleur réservoir pour le stockage de l’eau des saisons humides.

Remettre en question les politiques de recalibration des cours d’eau, de remembrement et de drainage, tout comme l’imperméabilisation des zones urbaines, est une nécessité imposée par l’adaptation au changement climatique. Il s’agit de limiter ou éviter les tensions entre les besoins des activités humaines et les besoins des écosystèmes qui pourraient en faire les frais. Les inondations catastrophiques ne sont qu’en partie liées aux aménagements et ne peuvent pas justifier à elles seules les politiques de retour à l’état naturel des cours d’eau, qui sont en revanche une réponse aux sécheresses estivales à venir. Pour autant, ces inondations majeures sont là pour nous alerter sur les effets du changement climatique. Les étés vont devenir plus secs et les ressources vont manquer, mais les événements extrêmes vont également se multiplier. Une vie en catastrophes nous attend si nous ne transformons pas nos modes de consommation et de production. Tel est le message porté par les inondations. Sera-t-il mieux entendu que les appels des hydrologues ?

The Conversation

Luc Aquilina est co-titulaire de la chaire Eaux et territoires de la fondation de l’Université de Rennes qui reçoit des fonds d’Eau du Bassin Rennais, Rennes Métropole et du Syndicat Mixte Eau 50.

Pierre Brigode a reçu des financements de l’Université de Rennes, du Centre national de la recherche scientifique et de l’Agence nationale de la recherche.

ref. Inondations : l’aménagement du territoire est-il responsable ? – https://theconversation.com/inondations-lamenagement-du-territoire-est-il-responsable-274443

McDonald’s : vers un retour des jouets en plastique dans le Happy Meal

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Renault, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université d’Orléans

Dans sa nouvelle campagne (photo), McDonald’s s’est associé à la célèbre marque de figurines Playmobil pour ses fameux Happy Meal. ©McDonald’s – visuel promotionnel de la campagne En avant Playmobil® , Fourni par l’auteur

Bannis des menus enfants depuis 2022, les jouets en plastique font leur retour chez McDonald’s par l’intermédiaire d’une collaboration avec Playmobil. Derrière l’argument du plastique végétal, que dit vraiment ce retour ? Et qu’omet-il de rappeler ?


Novembre 2025 marque, en France, un tournant symbolique chez le géant du fast-food McDonald’s. Après plusieurs années de « diète plastique » dans le menu enfant où il a fallu se contenter de cartes à collectionner, de coloriages ou d’autres livrets d’activité, les jouets en plastique ont fait leur grand retour dans le Happy Meal.

Grâce à une collaboration avec Playmobil, McDonald’s tourne la page du « tout-papier ». L’enseigne semble entonner le refrain d’Elmer Food Beat : « Le plastique, c’est fantastique. » Ce revirement s’appuie sur une mécanique redoutable mêlant nostalgie et vernis écologique.




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Du jouet jetable à l’objet patrimonial : la requalification morale du plastique

En France, depuis le 1er janvier 2022, la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) interdit, dans son article 81, la distribution de jouets en plastique dans les menus destinés aux enfants. Il s’agit, d’une part, de réduire les déchets à usage unique et, d’autre part, de limiter l’exposition des enfants à des objets à faible durée de vie. En filigrane, cette mesure interroge le rôle des jouets comme leviers d’attractivité des offres de restauration rapide auprès des plus jeunes, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à la prévention de l’obésité infantile et à la promotion de pratiques alimentaires plus équilibrées. Pour les enseignes de restauration rapide à l’instar du géant McDonald’s, cette mesure a signé la fin d’un pilier historique du menu enfant, longtemps structuré autour de la promesse d’un jouet en plastique à collectionner.

Durant cette parenthèse, où le jouet enfant était principalement réduit à du papier ou carton, le plastique n’avait pas quitté l’écosystème de McDonald’s. Il s’était simplement déplacé vers la cible adulte. C’est là toute l’habileté de la stratégie du géant du fast-food. Alors que l’enfant apprenait la sobriété écologique, les opérations pour adultes remettaient l’objet en plastique au centre du désir. En France, ce déplacement s’est matérialisé en 2025 autour de deux opérations emblématiques.

Tout a commencé avec les collaborations menées avec des univers culturels fortement chargés en capital affectif à l’occasion d’une part de la sortie du film Minecraft en avril, puis de la nouvelle saison de Mercredi en juillet  2025. Des figurines en plastique à vocation de collection ont été intégrées à des menus et dispositifs promotionnels tournés vers une clientèle adulte.

Du jouet pour enfants à l’artefact pour « kidults »

L’objet change ainsi de statut : de jouet jetable pour enfant, il devient artefact culturel pour kidults. La contrainte environnementale n’a pas fait disparaître le plastique. Elle l’a requalifié, en l’inscrivant dans une économie de la nostalgie et de la collection, socialement plus acceptable.

La subtilité réside dans le changement de statut du jouet en plastique : dans le menu enfant, le plastique était devenu un déchet polluant à bannir ; dans le menu adulte, il est célébré comme un objet de collection. En réhabilitant le plastique auprès des parents, McDonald’s a préparé les esprits. Une fois que le plastique a été « relégitimé » par la culture pop, il devenait plus simple de le réintroduire dans le menu enfant. Encore fallait-il lui trouver une vertu morale.

Pour acter ce retour en arrière, le choix du partenaire était crucial. Il semble, dans ce contexte, que l’association avec Playmobil ait pu agir comme un bouclier. Contrairement aux jouets sous licence de films, séries ou autres dessins animés susceptibles d’être jetés une fois la mode passée, les figurines Playmobil bénéficient d’une aura de respectabilité.

Il s’agit de jouets robustes qui se transmettent de génération en génération. L’argument implicite est fort, il ne s’agit pas d’un déchet plastique mais d’un patrimoine ludique. En outre, la collection de dix figurines d’animaux sauvages s’inscrit dans un imaginaire largement associé à la préservation de la nature et à la protection du vivant, ce qui renforce la portée affective et symbolique de l’opération.

Le « plastique végétal » : fantastique ou cynique ?

Face à l’urgence climatique, pour que ce retour soit socialement acceptable, il fallait un argument technique imparable : le plastique végétal. C’est ici que l’analyse doit se faire critique, car le terme flirte avec le malentendu.

D’une part, dire qu’un plastique est végétal signifie qu’il est fabriqué à partir de biomasse (fibres de canne à sucre, amidon de maïs, etc.) et non de pétrole. S’il s’agit d’un progrès en termes d’empreinte carbone, un polymère végétal a toutefois des similitudes avec son cousin pétrolier. S’il est perdu dans la nature, il mettra des décennies à se désagréger.

D’autre part, fabriquer des millions de figurines en plastique végétal implique d’utiliser des ressources agricoles. La systématisation de cette production pour des objets considérés comme « gratuits » pose la question de l’allocation des terres arables dans un monde aux ressources contraintes.

Enfin, et c’est peut-être la critique fondamentale, le plastique végétal est une solution technologique qui permet de tout changer pour que rien ne change. Il valide la poursuite d’un modèle basé sur la distribution massive de petits objets manufacturés avec un repas, plutôt que de questionner la nécessité même de ce « cadeau » systématique. De là à parler d’habillage éthique, il n’y a qu’un pas…

Archives INA.

Du Happy Meal au Happy Doggy : déplacer l’affect pour légitimer le plastique

Chez McDonald’s, les enjeux environnementaux n’ont pas fait disparaître le plastique. Ils l’ont rendu plus rare, plus scénarisé et de facto plus désirable. Dans le Happy Meal, les jouets en papier et carton demeurent ainsi la norme. Lorsque le jouet en plastique réapparaît, il est présenté comme un collector, pensé pour durer. La circulation de ces objets sur les plates-formes de vente en ligne, comme Vinted ou leboncoin, en témoigne. Le plastique se voit attribuer une seconde vie, socialement valorisée, qui le distingue du jetable.

In fine, le problème ne serait plus la matière, mais l’éphémère. Le jouet en soi n’est pas problématique, en revanche son absence de valeur affective l’est. Quid en ce sens des jouets en papier/carton ayant succédé à l’ère du plastique ? Ne sont-ils pas jetés bien plus rapidement que leurs homologues en plastique ? En requalifiant subtilement le plastique comme support de mémoire et de collection, McDonald’s transforme une pratique de consommation potentiellement dissonante en plaisir légitime.

L’introduction en novembre 2025 de jouets pour chiens (les Happy Doggy) dans le menu Best Of s’inscrit dans cette logique de déplacement symbolique. Le plastique trouve dans l’univers du pet marketing un nouvel espace de légitimation affective, moins exposé aux injonctions de sobriété adressées à la consommation enfantine.

The Conversation

Sophie Renault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. McDonald’s : vers un retour des jouets en plastique dans le Happy Meal – https://theconversation.com/mcdonalds-vers-un-retour-des-jouets-en-plastique-dans-le-happy-meal-273711

Pourquoi les jeunes Suédois maîtrisent-ils si bien l’anglais ?

Source: The Conversation – in French – By Una Cunningham, Professor Emerita, Department of Teaching and Learning, Stockholm University

En Suède, l’apprentissage de l’anglais ne se limite pas à ce qui se passe à l’école. (LightField Studios/Shutterstock)

Le suédois est une langue vivante parlée par environ 10 millions de personnes, principalement en Suède et en Finlande. Mais les jeunes Suédois maîtrisent souvent aussi l’anglais.

La Suède se classe régulièrement parmi les premiers pays dans les classements de maîtrise de l’anglais. Les jeunes Suédois parlent en fait si bien l’anglais que d’autres pays les regardent avec envie.

Bien que l’anglais n’ait pas de statut officiel en Suède, la maîtrise de cette langue est une exigence formelle pour progresser dans les études, et souvent aussi pour l’emploi et les activités sociales. Le programme scolaire national suédois souligne que « la langue anglaise nous entoure dans notre vie quotidienne et est utilisée dans des domaines aussi divers que la politique, l’éducation et l’économie ».

Comme beaucoup de langues nationales en Europe, le suédois partage de plus en plus son espace avec l’anglais. Les espaces publics sont depuis longtemps tapissés d’enseignes et de publicités en anglais, ou en suédois et en anglais.

Les jeunes Suédois ne manifestent guère d’intérêt pour l’apprentissage d’autres langues étrangères : l’anglais est considéré comme suffisant.

L’anglais est la langue par défaut pour les locuteurs suédois dans toutes les situations où l’on pense que quelqu’un ne maîtrise pas parfaitement le suédois, tant lors de voyages internationaux qu’à la maison en Suède lorsqu’ils s’adressent à des touristes ou à des migrants. En fait, les migrants rapportent qu’ils ont du mal à amener les Suédois à parler suédois avec eux.

Les jeunes Suédois passent naturellement à l’anglais et parlent de plus en plus anglais entre eux. Beaucoup de jeunes envisagent une vie hors de Suède et considèrent l’anglais comme la langue de leur avenir.

L’anglais à l’école et au-delà

Dans les écoles secondaires suédoises, l’enseignement de l’anglais vise à aider les élèves à parler anglais avec assurance. Les compétences en communication en anglais (écoute, expression orale, lecture et écriture) sont enseignées et évaluées, avec des tests nationaux qui commencent en sixième année (à l’âge de 12 ans). L’accent est mis sur les connaissances linguistiques implicites (être capable d’utiliser la langue) plutôt que sur les connaissances linguistiques explicites (connaissance de la langue).

La précision linguistique précise n’est pas un objectif explicite du programme d’études. Par conséquent, les jeunes, bien que souvent compétents à l’oral grâce à une exposition généralisée à l’anglais, peuvent manquer de connaissances en grammaire et en conventions, ce qui leur permet de communiquer efficacement, mais pas toujours avec une précision totale.

Ce manque potentiel de précision n’empêche pas les jeunes Suédois de se tourner vers l’anglais. En dehors des salles de classe, les étudiants suédois utilisent davantage l’anglais que beaucoup de leurs pairs à l’étranger. L’anglais conserve un attrait important en raison de sa place prépondérante dans les médias et la publicité, de la popularité de la culture britannique et américaine, et de la prévalence des artistes suédois utilisant l’anglais dans leurs compositions musicales.




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De plus, de nombreux jeunes ont tendance à utiliser l’anglais sur les réseaux sociaux, notamment pour les jurons et les expressions argotiques. La langue que les jeunes Suédois rencontrent le plus en ligne est l’anglais. La consommation médiatique des jeunes en Suède – de Netflix à YouTube, de TikTok à Snapchat – se fait principalement en anglais.

Fille assise sur son lit regardant son téléphone
La plupart des contenus sur les réseaux sociaux avec lesquels les adolescents suédois interagissent sont en anglais.
Ground Picture/Shutterstock

De nombreux influenceurs suédois créent des contenus en anglais. Les jeux vidéo en Suède ont toujours été majoritairement en anglais.

Bien que les écoles exposent les élèves aux aspects formels de la langue et leur offrent la possibilité de recevoir des corrections, ceux-ci acquièrent généralement en parallèle l’anglais de manière informelle en dehors de la salle de classe.




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Cette utilisation de la langue anglaise repose sur les intérêts personnels des élèves, tels que les jeux vidéo, le sport, la musique pop et la lecture. Les élèves ne cherchent pas activement à développer leur anglais, mais acquièrent du vocabulaire, améliorent leur prononciation et approfondissent leurs connaissances des structures de la langue anglaise en s’adonnant à diverses activités.

La volonté d’utiliser l’anglais n’est pas la même chose qu’une solide connaissance de la langue. La plupart des élèves tirent profit de la combinaison de l’apprentissage en classe et de l’exposition à la langue en dehors de l’école pour développer pleinement leurs compétences en anglais.

Idéalement, les enseignants devraient reconnaître et intégrer cette utilisation de la langue dans leur enseignement. Le nouveau programme d’anglais du secondaire supérieur reflète cette approche en soulignant l’importance de sensibiliser les élèves à la manière dont la langue peut être apprise en dehors de l’école.

Ce qui se passe à l’école ne représente qu’une petite partie de la manière dont les jeunes apprennent l’anglais en Suède. L’enseignement formel et l’utilisation informelle de la langue offrent beaucoup plus ensemble que séparément.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pourquoi les jeunes Suédois maîtrisent-ils si bien l’anglais ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-jeunes-suedois-maitrisent-ils-si-bien-langlais-275612

La guerre après la guerre : comment la violence se transmet d’une génération à l’autre

Source: The Conversation – in French – By Myriam Denov, Professor and Canada Research Chair in Children, Families and Armed Conflict, McGill University

De Gaza à l’Ukraine, du Soudan au Myanmar, la guerre fait rage à travers le monde, touchant le plus durement ceux qui sont les moins impliqués dans la violence : les enfants. Aujourd’hui, on estime que 520 millions d’enfants dans le monde, soit un sur six, vivent dans des zones de conflit. Pourtant, même lorsque les combats s’apaisent et que des accords de paix sont signés, la violence ne cesse pas toujours. L’impact de la guerre perdure.


Le nord de l’Ouganda en est un exemple. Au cours du conflit qui a duré plusieurs décennies, de 1987 à 2006, l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), dirigée par Joseph Kony, a tenté de renverser le gouvernement ougandais et s’est fait connaître pour les atrocités et les crimes de guerre qu’elle a commis contre les civils. La LRA a enlevé environ 80 000 enfants pour les entraîner dans le conflit armé, une tactique visant à terroriser les communautés et à grossir ses rangs.

« Rose », par exemple, n’avait que 14 ans lorsque la LRA l’a enlevée à l’école au milieu des années 1990. Pendant huit ans, elle a été retenue captive, forcée à combattre, contrainte à un soi-disant « mariage » avec un commandant de la LRA et soumise à des abus incessants, y compris des violences sexuelles. Sa fille, Grace, est née de cette violence. Grace a passé sa petite enfance captive de la LRA, dans un environnement marqué par la brutalité, la faim, les bombardements et les déplacements.


Cet article est le premier d’une série rédigée par les meilleurs universitaires canadiens en sciences humaines. Cliquez ici pour vous inscrire à la conversation avec Myriam Denov, le 25 février à 13 h (heure de l’Est). Il s’agit d’un événement virtuel coorganisé par The Conversation Canada et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.


Lorsque Rose s’est courageusement échappée de la LRA avec Grace, après huit ans de captivité, elles n’ont pas reçu de soutien. Elles ont été au contraire rejetées. Leur communauté les considérait avec crainte et suspicion. Grace était stigmatisée à l’école, au sein de sa famille élargie et dans sa communauté, qualifiée d’« enfant de Kony » d’après le nom du chef rebelle. Sans logement stable et déplacée à plusieurs reprises, Grace a été contrainte de quitter l’école et de vendre des marchandises au marché pour subvenir aux besoins de sa famille.

Un jour, lors d’une longue marche à travers la campagne pour se rendre au marché, l’inimaginable s’est produit. Grace a été violée, puis a appris qu’elle était enceinte à la suite de ce viol. En 2018, alors qu’elle était encore adolescente, Grace a donné naissance à Alice, une enfant de la troisième génération dont la vie a déjà été marquée par une guerre qui a officiellement pris fin des années plus tôt.

La guerre ne s’achève pas avec les cessez-le-feu, mais se transmet de génération en génération à travers la stigmatisation, la violence, la pauvreté et l’exclusion sociale. Les enfants nés de la guerre restent largement invisibles dans les discussions et les efforts de justice post-conflit.




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La guerre après la guerre

La violence sexuelle est depuis longtemps utilisée comme une arme de guerre. Ces dernières années, le monde a commencé à reconnaître ses conséquences dévastatrices pour les survivantes, notamment les blessures physiques, les traumatismes psychologiques, la marginalisation économique et l’exclusion sociale. Ce qui reste beaucoup moins visible, ce sont les séquelles intergénérationnelles de ces crimes, en particulier pour les enfants nés de violences sexuelles en temps de guerre.

Mes recherches en cours auprès d’enfants et de jeunes comme Grace montrent qu’ils sont souvent confrontés à des défis similaires à ceux de leurs mères.

Beaucoup ont du mal à trouver leur place, que ce soit au sein de leur famille ou de leur communauté. Ils sont souvent victimes de stigmatisation et de rejet. Cette stigmatisation prend la forme d’étiquettes telles que « violent », « dangereux » ou « enfant rebelle ». Ils sont considérés comme maudits par les « mauvais esprits » au sein de leur famille, de leur communauté, de leur école et de leur groupe de pairs. Il leur est donc difficile de développer un sentiment d’appartenance et une identité sûre.

Ces enfants sont également plus susceptibles d’être victimes de violence familiale et communautaire et de se heurter à des obstacles en matière d’éducation, de soins de santé, d’accès à la terre, d’héritage, d’emploi et de droits légaux.

Grace a décrit en termes crus l’hostilité à laquelle elle continue de faire face et le fait que la violence ne s’arrête pas nécessairement à la deuxième génération :

La vie est difficile ici parce que les gens nous stigmatisent… ils ont tourné leur haine contre nous. Dans ma famille, ils détestent ceux d’entre nous qui sont nés en captivité. Mon oncle nous bat et dit qu’il va nous tuer. Il ne veut pas d’enfants rebelles, d’enfants de Kony, à la maison… Je sais que mon enfant sera stigmatisé. Tant que ma famille ne sera pas prête à m’accepter, je pense qu’elle rejettera également mon enfant.

Rose craint également qu’Alice hérite un jour de la même stigmatisation, faisant écho aux préoccupations de Grace :

Je pense qu’il est possible que ma petite-fille soit stigmatisée à cause du passé de ma fille. Les gens diront : « Vous voyez cette belle enfant ? Sa mère est née dans la brousse.

Pour ces familles, la guerre n’est pas terminée, elle a simplement changé de forme. Comme l’a dit un jeune homme de mon étude, né d’un viol pendant la guerre : « La guerre à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, c’est la stigmatisation. »

Comment la résilience se transmet

Et pourtant, la violence et la dévastation ne sont pas tout. Reconnaître les dommages intergénérationnels ne signifie pas réduire ces familles et leur lignée à un simple traumatisme.

Au fil des générations et parallèlement à des pertes profondes, il y a aussi la résilience, la détermination et la volonté inébranlable de se construire une vie différente.




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Les enfants nés de la guerre dans le nord de l’Ouganda sont très conscients des sacrifices consentis par leurs mères pour les garder en vie. Un jeune homme se souvient de la fuite de sa mère devant la LRA. Elle l’a porté à travers la brousse tout en échappant aux combattants armés, survivant grâce à du manioc volé et refusant de le quitter même face à la mort. « Elle m’a tenu la main, dit-il. Elle ne m’a jamais quitté. »

Ces souvenirs de protection et de survie ne sont pas seulement des souvenirs douloureux, mais des sources de force. De nombreux enfants s’en inspirent pour imaginer un avenir qui ne soit pas uniquement défini par la violence.

Malgré la pauvreté, l’ostracisme et la marginalisation, Grace a exprimé clairement ce qu’elle souhaite pour Alice :

Je veux que mon enfant devienne médecin. Je soutiendrai mon enfant de toutes les manières possibles pour qu’elle réalise ce rêve.

Cette capacité à endurer, à s’adapter et à espérer n’est pas le fruit du hasard. Elle reflète ce que j’ai décrit comme la résilience intergénérationnelle, c’est-à-dire la manière dont les familles transmettent leur force et leurs stratégies de survie à travers les générations, même après avoir subi une violence extrême.

À l’instar d’un héritage familial, cette résilience se forge à travers l’expérience et la mémoire collectives. Elle donne aux jeunes les outils nécessaires pour faire face à l’adversité et redéfinit la résilience non pas comme un trait individuel, mais comme un processus relationnel et intergénérationnel ancré dans les liens familiaux et l’attention portée aux autres.

Ce que la reconnaissance rend possible

Trop souvent, les enfants nés de la guerre sont réduits à des étiquettes déshumanisantes dans les pays où la guerre ou le génocide a eu lieu, souvent qualifiés d’« enfants de la haine » ou de « bâtards ». Ces descriptions occultent à la fois la violence qui a conduit à leur marginalisation et les capacités extraordinaires dont ils font preuve pour y survivre.


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Si nous continuons à considérer la guerre comme quelque chose qui prend fin avec la signature d’accords de paix, nous laisserons tomber des générations d’enfants comme Grace et Alice. Les efforts de reconstruction après les conflits, les processus de justice transitionnelle et les interventions humanitaires doivent tenir compte du fait que les dommages causés par la guerre sont cumulatifs et intergénérationnels. Cela nécessite l’inclusion des enfants nés de la guerre dans les processus de réconciliation, les réparations, les efforts de sensibilisation des communautés et la reconnaissance formelle dans le droit successoral et le droit de la citoyenneté.

Il faut également lutter contre la stigmatisation en tant que forme de violence, garantir l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux droits légaux pour les enfants nés de la guerre et les reconnaître non pas comme des symboles des atrocités passées, mais comme des individus dotés de droits et d’un avenir dans lequel il vaut la peine d’investir.

Comme l’a déclaré un jeune participant à ma recherche en cours dans le nord de l’Ouganda, revendiquant un récit qui leur a si souvent été refusé : « Nous sommes la lumière qui est sortie des ténèbres. »

Les préjudices intergénérationnels ne sont pas propres au nord de l’Ouganda, ils se produisent partout où la guerre touche les enfants. Et si nous voulons sérieusement mettre fin aux conséquences de la guerre sur les enfants, nous devons les écouter et agir en conséquence.

La Conversation Canada

Myriam Denov reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et du Programme des chaires de recherche du Canada.

ref. La guerre après la guerre : comment la violence se transmet d’une génération à l’autre – https://theconversation.com/la-guerre-apres-la-guerre-comment-la-violence-se-transmet-dune-generation-a-lautre-275728

Près de 80 % des travailleurs canadiens utilisent l’IA sans cadre institutionnel

Source: The Conversation – in French – By Harold NGUEGANG, Étudiant de doctorat en sciences de l’administration – Systèmes d’information organisationnels, Université Laval

Près de 80 % des travailleurs de bureau au pays disent utiliser les outils d’intelligence artificielle générative (IAG) pour accélérer leur productivité et améliorer leur travail. Cette pratique crée un fossé inquiétant, puisque trois quarts d’entre eux le font en dehors de tout cadre institutionnel. Ce faisant, ils exposent leurs organisations à des risques financiers et réputationnels majeurs.

Ce phénomène, baptisé « Shadow AI », révèle moins une défaillance individuelle des employés qu’un problème de gouvernance : Les entreprises doivent rapidement baliser l’usage des IAG en proposant à leurs employés des solutions sécurisées et contrôlées.

L’usage croissant des IAG

Le paysage technologique actuel est dominé par les IAG comme ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic), Gemini (Google) et Microsoft Copilot. Parmi les entreprises, Statistique Canada indique que ces outils sont surtout utilisés pour l’analyse textuelle (35,7 %), l’analyse de données (26,4 %) et le déploiement d’agents conversationnels, comme les robots de clavardage (24,8 %).

L’essor des IAG continue de susciter un discours polarisé. Comme le mentionnent Rajiv Sabherwal et Varun Grover, deux professeurs émérites en systèmes d’information de l’université d’Arkansas, le discours entourant les IAG promet un gain de productivité, une accélération de l’innovation et une transformation profonde des activités professionnelles. Au même moment, divers rapports (notamment ceux du gouvernement canadien, du Centre canadien pour la cybersécurité, de Deloitte, ou d’IBM) mettent en garde contre les risques pour la sécurité, la conformité et la dépendance organisationnelle aux solutions externes.

Les travailleurs canadiens n’ont pas attendu que leurs employeurs encadrent l’utilisation des IAG. Selon une récente étude d’IBM, leur usage non contrôlé concerne la majorité des travailleurs à temps plein au pays.

Face à cette réalité, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’observer, elles doivent agir.




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# « Shadow AI »

Le Shadow AI est aujourd’hui une réalité documentée au Canada et à l’international. Les études de CybSafe and the National Cybersecurity Alliance, KPMG, et Salesforce confirment l’importance de cette pratique devenue une mode.

En septembre 2025, une étude d’IBM a ainsi révélé que 79 % des travailleurs de bureau au Canada utilisent des outils d’IAG dans leurs tâches professionnelles, mais que 25 % d’entre eux seulement recourent à des solutions approuvées par leur entreprise. Encore plus marquant, 54 % déclarent recourir à des outils personnels au moins une fois par semaine pour accomplir des tâches professionnelles.

Cette étude révèle également que 21 % utilisent exclusivement des outils personnels pour accomplir leurs tâches, tandis que 33 % combinent des outils personnels et ceux de leur entreprise. Ce contraste entre les pratiques individuelles et les pratiques organisationnelles officielles relatives aux IAG témoigne d’un vide stratégique significatif.

Des risques multiples

Les risques associés au Shadow AI sont multiples et empiriquement attestés. 57 % des répondants d’une enquête de TELUS Digital Experience ont admis avoir saisi des données sensibles (informations personnelles, contrats, codes sources) dans des outils d’IAG.

Les conséquences financières sont également présentes. Le rapport IBM Cost of a Data Breach 2025 estime à 308 000$ l’impact additionnel par incident de Shadow AI sur le coût des violations de données au cours de la dernière année dans les entreprises canadiennes.

Au-delà des pertes financières, des cas emblématiques illustrent les risques réputationnels : chez Samsung, des employés ont accidentellement divulgué un code source interne sensible via ChatGPT, tandis que deux avocats de New York ont été condamnés à une amende de 5000 $ pour avoir soumis un dossier juridique contenant des citations et des jurisprudences entièrement inventées par ChatGPT.




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Causes du « Shadow AI »

La pratique du Shadow AI ne naît pas du simple désir de contourner les règles de l’entreprise. Elle illustre plutôt un écart entre les besoins opérationnels réels des employés et les possibilités offertes par les employeurs.

Le discours dominant sur les IAG, véhiculé par les entreprises technologiques comme Anthropic ou Microsoft, certains médias et des influenceurs, promeut un gain d’efficacité et de productivité. Cela suscite chez les employés une perception positive des IAG, qui sont vues alors comme un outil indispensable à leur performance qu’il faut adopter en l’absence de solutions institutionnelles.

Ce phénomène pourrait également s’expliquer par le décalage temporel entre le développement continu des IAG et la réactivité organisationnelle. Les employés évoluent plus rapidement que les institutions conçues pour les soutenir.

Les institutions, contraintes par des processus de validation, de conformité et de gestion des risques, tardent à répondre aux attentes des employés. Face à des processus bureaucratiques perçus comme lents, les employés contournent les canaux officiels pour accéder aux gains promis par les IAG. Ainsi, 46 % des travailleurs canadiens interrogés par IBM envisageraient de quitter leur entreprise pour une autre qui utilise l’IAG plus efficacement. Ceci souligne l’urgence stratégique de ce phénomène.


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Institutionnalisation des IAG

Face au phénomène de Shadow AI, les entreprises doivent adopter une posture proactive d’institutionnalisation afin de le transformer en opportunité. Cette approche ne consiste pas à imposer l’usage des IAG, mais à formuler une position claire sur un continuum allant de l’interdiction stricte à l’utilisation libre. L’absence de ce positionnement constitue une faille stratégique dans l’institutionnalisation des IAG, exposant l’entreprise à des risques.

Pour une institutionnalisation efficace de l’IAG, nous proposons trois points complémentaires.

  • L’élaboration de politiques d’utilisation explicites, communiquées et régulièrement mises à jour, permet de clarifier les frontières entre usages autorisés et proscrits.

  • La formation et la sensibilisation constituent des leviers essentiels : les employés doivent développer non seulement des compétences techniques en matière de rédactique, mais également une compréhension profonde des enjeux organisationnels, éthiques et de sécurité.

  • Le choix et la mise en place d’outils d’IAG approuvés et sécurisés, notamment alignés sur les besoins de l’entreprise et sur la loi. Comme le souligne KPMG, les organisations avant-gardistes « transforment l’utilisation non autorisée de l’IA en un avantage stratégique et en un moteur d’innovation » (traduction libre).

Cette approche proactive permet de réduire les risques, de renforcer la confiance des employés et de cultiver une culture d’innovation responsable.

Perspectives : vers des IAG propriétaires

Une réflexion prospective sur le Shadow AI conduit naturellement à envisager le développement en interne d’outils d’IAG sur mesure. À l’exemple de Forvis Mazars, une multinationale experte en certification, comptabilité, fiscalité et services-conseils, certaines entreprises et gouvernements explorent le développement d’IAG internes adaptées à leurs besoins spécifiques.

Cette stratégie réduit l’exposition aux risques et offre plusieurs avantages : une maîtrise accrue de la confidentialité des données, une personnalisation de l’IAG en fonction des processus du métier, une réduction de la dépendance vis-à-vis des plates-formes externes et un renforcement de la souveraineté numérique. Toutefois, cette voie implique des investissements considérables en ressources techniques, financières et humaines, ainsi qu’une gouvernance éthique rigoureuse.

Les entreprises qui sauront transformer la pratique du Shadow AI en un levier stratégique, par une institutionnalisation réfléchie et inclusive des IAG, auront un avantage concurrentiel durable dans l’économie numérique émergente.

La Conversation Canada

Harold Junior NGUEGANG TEWAMBA est membre du Centre de recherche en technologies de l’information et affaires (CeRTIA) de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

Gildas Agbon est membre étudiant de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia). Il a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada

ref. Près de 80 % des travailleurs canadiens utilisent l’IA sans cadre institutionnel – https://theconversation.com/pres-de-80-des-travailleurs-canadiens-utilisent-lia-sans-cadre-institutionnel-251668

« Le plastique, c’est fantastique. » Vers un retour des jouets en plastique dans le Happy Meal de Mc Donald’s?

Source: The Conversation – in French – By Sophie Renault, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université d’Orléans

Dans sa nouvelle campagne (photo), McDonald’s s’est associé à la célèbre marque de figurines Playmobil pour ses fameux Happy Meal. ©McDonald’s – visuel promotionnel de la campagne En avant Playmobil® , Fourni par l’auteur

Bannis des menus enfants depuis 2022, les jouets en plastique font leur retour chez McDonald’s par l’intermédiaire d’une collaboration avec Playmobil. Derrière l’argument du plastique végétal, que dit vraiment ce retour ? Et qu’omet-il de rappeler ?


Novembre 2025 marque, en France, un tournant symbolique chez le géant du fast-food McDonald’s. Après plusieurs années de « diète plastique » dans le menu enfant où il a fallu se contenter de cartes à collectionner, de coloriages ou d’autres livrets d’activité, les jouets en plastique ont fait leur grand retour dans le Happy Meal.

Grâce à une collaboration avec Playmobil, McDonald’s tourne la page du « tout-papier ». L’enseigne semble entonner le refrain d’Elmer Food Beat : « Le plastique, c’est fantastique. » Ce revirement s’appuie sur une mécanique redoutable mêlant nostalgie et vernis écologique.




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Du jouet jetable à l’objet patrimonial : la requalification morale du plastique

En France, depuis le 1er janvier 2022, la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) interdit, dans son article 81, la distribution de jouets en plastique dans les menus destinés aux enfants. Il s’agit, d’une part, de réduire les déchets à usage unique et, d’autre part, de limiter l’exposition des enfants à des objets à faible durée de vie. En filigrane, cette mesure interroge le rôle des jouets comme leviers d’attractivité des offres de restauration rapide auprès des plus jeunes, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à la prévention de l’obésité infantile et à la promotion de pratiques alimentaires plus équilibrées. Pour les enseignes de restauration rapide à l’instar du géant McDonald’s, cette mesure a signé la fin d’un pilier historique du menu enfant, longtemps structuré autour de la promesse d’un jouet en plastique à collectionner.

Durant cette parenthèse, où le jouet enfant était principalement réduit à du papier ou carton, le plastique n’avait pas quitté l’écosystème de McDonald’s. Il s’était simplement déplacé vers la cible adulte. C’est là toute l’habileté de la stratégie du géant du fast-food. Alors que l’enfant apprenait la sobriété écologique, les opérations pour adultes remettaient l’objet en plastique au centre du désir. En France, ce déplacement s’est matérialisé en 2025 autour de deux opérations emblématiques.

Tout a commencé avec les collaborations menées avec des univers culturels fortement chargés en capital affectif à l’occasion d’une part de la sortie du film Minecraft en avril, puis de la nouvelle saison de Mercredi en juillet  2025. Des figurines en plastique à vocation de collection ont été intégrées à des menus et dispositifs promotionnels tournés vers une clientèle adulte.

Du jouet pour enfants à l’artefact pour « kidults »

L’objet change ainsi de statut : de jouet jetable pour enfant, il devient artefact culturel pour kidults. La contrainte environnementale n’a pas fait disparaître le plastique. Elle l’a requalifié, en l’inscrivant dans une économie de la nostalgie et de la collection, socialement plus acceptable.

La subtilité réside dans le changement de statut du jouet en plastique : dans le menu enfant, le plastique était devenu un déchet polluant à bannir ; dans le menu adulte, il est célébré comme un objet de collection. En réhabilitant le plastique auprès des parents, McDonald’s a préparé les esprits. Une fois que le plastique a été « relégitimé » par la culture pop, il devenait plus simple de le réintroduire dans le menu enfant. Encore fallait-il lui trouver une vertu morale.

Pour acter ce retour en arrière, le choix du partenaire était crucial. Il semble, dans ce contexte, que l’association avec Playmobil ait pu agir comme un bouclier. Contrairement aux jouets sous licence de films, séries ou autres dessins animés susceptibles d’être jetés une fois la mode passée, les figurines Playmobil bénéficient d’une aura de respectabilité.

Il s’agit de jouets robustes qui se transmettent de génération en génération. L’argument implicite est fort, il ne s’agit pas d’un déchet plastique mais d’un patrimoine ludique. En outre, la collection de dix figurines d’animaux sauvages s’inscrit dans un imaginaire largement associé à la préservation de la nature et à la protection du vivant, ce qui renforce la portée affective et symbolique de l’opération.

Le « plastique végétal » : fantastique ou cynique ?

Face à l’urgence climatique, pour que ce retour soit socialement acceptable, il fallait un argument technique imparable : le plastique végétal. C’est ici que l’analyse doit se faire critique, car le terme flirte avec le malentendu.

D’une part, dire qu’un plastique est végétal signifie qu’il est fabriqué à partir de biomasse (fibres de canne à sucre, amidon de maïs, etc.) et non de pétrole. S’il s’agit d’un progrès en termes d’empreinte carbone, un polymère végétal a toutefois des similitudes avec son cousin pétrolier. S’il est perdu dans la nature, il mettra des décennies à se désagréger.

D’autre part, fabriquer des millions de figurines en plastique végétal implique d’utiliser des ressources agricoles. La systématisation de cette production pour des objets considérés comme « gratuits » pose la question de l’allocation des terres arables dans un monde aux ressources contraintes.

Enfin, et c’est peut-être la critique fondamentale, le plastique végétal est une solution technologique qui permet de tout changer pour que rien ne change. Il valide la poursuite d’un modèle basé sur la distribution massive de petits objets manufacturés avec un repas, plutôt que de questionner la nécessité même de ce « cadeau » systématique. De là à parler d’habillage éthique, il n’y a qu’un pas…

Archives INA.

Du Happy Meal au Happy Doggy : déplacer l’affect pour légitimer le plastique

Chez McDonald’s, les enjeux environnementaux n’ont pas fait disparaître le plastique. Ils l’ont rendu plus rare, plus scénarisé et de facto plus désirable. Dans le Happy Meal, les jouets en papier et carton demeurent ainsi la norme. Lorsque le jouet en plastique réapparaît, il est présenté comme un collector, pensé pour durer. La circulation de ces objets sur les plates-formes de vente en ligne, comme Vinted ou leboncoin, en témoigne. Le plastique se voit attribuer une seconde vie, socialement valorisée, qui le distingue du jetable.

In fine, le problème ne serait plus la matière, mais l’éphémère. Le jouet en soi n’est pas problématique, en revanche son absence de valeur affective l’est. Quid en ce sens des jouets en papier/carton ayant succédé à l’ère du plastique ? Ne sont-ils pas jetés bien plus rapidement que leurs homologues en plastique ? En requalifiant subtilement le plastique comme support de mémoire et de collection, McDonald’s transforme une pratique de consommation potentiellement dissonante en plaisir légitime.

L’introduction en novembre 2025 de jouets pour chiens (les Happy Doggy) dans le menu Best Of s’inscrit dans cette logique de déplacement symbolique. Le plastique trouve dans l’univers du pet marketing un nouvel espace de légitimation affective, moins exposé aux injonctions de sobriété adressées à la consommation enfantine.

The Conversation

Sophie Renault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Le plastique, c’est fantastique. » Vers un retour des jouets en plastique dans le Happy Meal de Mc Donald’s? – https://theconversation.com/le-plastique-cest-fantastique-vers-un-retour-des-jouets-en-plastique-dans-le-happy-meal-de-mc-donalds-273711