Penser la place de la culture en ville au-delà du storytelling politique

Source: The Conversation – in French – By Alain Chenevez, Maître de conférences HDR en sociologie de la culture et du patrimoine, Département Denis Diderot, laboratoire LIR3S (UMR 7366), Université Bourgogne Europe

Le parvis de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, à Dijon (Côte-d’Or). Wikimédia, CC BY

À l’approche des élections municipales, la culture apparaît moins comme un thème central des programmes que comme un registre de légitimation des politiques urbaines. Elle permet de parler positivement de transformation, d’attractivité et de qualité de vie, tout en laissant souvent au second plan la question, pourtant déterminante, de l’habitabilité.


Dans les discours de l’action publique locale, la culture est de plus en plus traitée comme une ressource politique ambivalente. Elle fonctionne comme un opérateur de gouvernement urbain, en contribuant à rendre la transformation explicable, lisible et acceptable. En 2025, de nombreuses collectivités territoriales déclarent néanmoins une baisse de leurs budgets culturels, tandis que le consensus sur l’utilité politique de la dépense culturelle s’érode et se repolarise.

À l’approche des élections municipales, la culture intervient comme un registre commode, souvent consensuel, qui permet de parler positivement de la ville, de relier des objectifs hétérogènes et de produire un récit de transformation sans exposer d’emblée les arbitrages les plus conflictuels. Elle articule patrimoine, attractivité, image, tourisme, qualité de vie ou transition, sans toujours rendre visibles les choix sociaux et spatiaux que ces objectifs engagent. Dans des villes contraintes par la tension écologique, la crise du logement, l’usure des services publics et la conflictualité des transformations urbaines, la culture devient un langage d’amortissement]. Elle pacifie, rend désirables des transformations parfois contestées et donne du sens là où se jouent des arbitrages sociaux.

Cette assignation fonctionnelle, qui consiste à demander à la culture d’attirer, de réparer, de compenser, de « faire lien », de « faire transition » ou de « faire image », a une conséquence rarement assumée. Elle éclipse la question la plus concrète et la plus politique, celle de l’habitabilité. Non pas l’« attractivité » au sens où l’entend le marketing urbain, mais celle des droits de présence, c’est-à-dire la possibilité pour tout un chacun de circuler dans des lieux culturels, de s’y attacher, d’y passer du temps.

L’habitabilité, c’est la possibilité d’habiter la ville sans devoir justifier sa présence face aux usages « légitimes », aux rythmes imposés dans des espaces pensés d’abord pour les touristes et les investisseurs plutôt que pour celles et ceux qui y vivent.

Réussite de vitrine et fragilité d’usage

À Dijon (Côte-d’Or), la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) concentre cette nouvelle grammaire. Le projet est, sur le papier, idéal. Il s’agit de mettre en valeur un patrimoine matériel et immatériel inspiré par le repas gastronomique des Français, tradition culinaire inscrite par l’Unesco sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité (PCI), le 16 novembre 2010.

La CIGV combine expositions, formations, ateliers et événements, cinéma, boutiques et restaurants. Elle promeut un certain art de vivre et stimule l’économie locale, tout en ambitionnant de « faire vivre » un patrimoine exceptionnel.

Mais ce volontarisme politique coexiste avec un autre régime de réalité : la presse spécialisée a pointé une fréquentation en deçà des objectifs initiaux et la fragilité économique de plusieurs exploitations et de l’hôtellerie adossées au site. Le 23 juin 2025, au conseil municipal de Dijon, la gratuité des expositions permanentes du pôle culturel est discutée comme levier de relance de fréquentation (et contestée sur son coût et sa soutenabilité).

Il ne s’agit pas de décréter « l’échec » ou « la réussite » d’un tel lieu, mais d’observer ce que la Cité fait à la ville et à ses usages. Le lieu fonctionne comme vitrine de flux : on y circule, on y passe, on y amène des visiteurs. Mais on y passe plus qu’on ne l’habite. La culture y est présente, mais largement programmée et encadrée. Ce qui peine à émerger, ce sont des attachements durables, des pratiques récurrentes, un sentiment d’hospitalité ordinaire, autrement dit, des projets culturels qui se soucient d’habitabilité.

Ce que nous observons à Dijon peut être lu comme une hypothèse de travail, à comparer à d’autres lieux culturels. Dans plusieurs villes, les grands projets culturels tendent à fonctionner simultanément comme vitrines urbaines et comme dispositifs d’acceptabilité des transformations.

Arbitrages silencieux et droits de présence

Pourquoi cette tension ? Parce qu’un grand équipement culturel n’est jamais « seulement culturel ». Il organise des circulations, requalifie des abords, hiérarchise des dépenses et produit un récit qui rend la transformation de la ville plus acceptable. La culture devient ainsi un principe de sélection des priorités urbaines.

C’est là que la sociologie intervient, pour rappeler que les dispositifs culturels ne sont jamais neutres, car ils hiérarchisent des formes de présence, rendent certaines pratiques plus visibles et désirables, et en relèguent d’autres, souvent par des formes d’exclusions peu visibles – les prix, les codes, les horaires d’ouverture – et par une conception de l’espace pensée pour la circulation plus que pour la permanence, destinée aux publics de passage et répondant à des logiques de valorisation. L’habitant « ordinaire », lui, n’est pas en ligne de mire.

Du consensus à la neutralisation

La difficulté des municipalités, dans la séquence 2026, est claire. Plus l’urbain devient conflictuel, plus la tentation est forte d’utiliser la culture comme langage de consensus, au risque d’en faire un outil de neutralisation. La culture sert alors à envelopper la transformation plutôt qu’à l’exposer, à produire de l’adhésion plutôt que du débat, de l’acceptabilité plutôt que des désaccords.

Ce paradoxe éclaire la période actuelle. Alors même que de nombreux projets culturels font l’objet de critiques, sur leurs coûts, leur viabilité ou leurs effets urbains, qu’il s’agisse des dérives budgétaires du Musée des Confluences à Lyon (Rhône) ou des critiques institutionnelles sur le coût et le montage du MuCEM à Marseille (Bouches-du-Rhône), sans oublier les mises en garde sur les surcoûts de la Philharmonie de Paris par la Cour des comptes, la culture demeure largement plébiscitée par les exécutifs locaux. Non parce qu’elle serait exempte de difficultés, mais parce qu’elle reste l’un des rares registres d’action publique capables de produire de l’adhésion sans exposer frontalement les conflits.

Dans un contexte de restrictions budgétaires et d’exigences écologiques, la culture conserve une vertu politique décisive. Elle offre des projets visibles là où la transition (sur les questions de rénovation, de végétalisation ou de mobilités) cristallise les oppositions. Elle fonctionne comme une politique « refuge ».

C’est précisément pour cette raison qu’elle mérite d’être interrogée non comme un secteur à part, mais comme un symptôme des recompositions du pouvoir urbain. Cette lecture se distingue d’approches qui ont fait de la culture un lieu privilégié d’émancipation, de dissensus et de réinvention du politique, qu’on les pense à partir de l’esthétique et de l’émancipation, de l’agonistique et des scènes de conflit, ou des promesses et ambiguïtés de la participation culturelle.

Le problème n’est pas que ces dynamiques aient disparu. Elles existent encore, mais elles ne suffisent plus à comprendre ce que la culture fait aujourd’hui aux villes lorsqu’elle fonctionne d’abord comme langage de consensus, dispositif d’image et opérateur d’acceptabilité.

L’enjeu des municipales n’est donc pas « plus de culture » contre « moins de culture » ou culture « cultivée » versus culture populaire. La question décisive est ailleurs. Qu’attend-on de la culture ?

Reprendre l’habitabilité comme critère, c’est forcer des déplacements. Au lieu de célébrer des récits, il s’agit de regarder les usages. Au lieu de compter des entrées, interroger des attachements. Au lieu de promettre du rayonnement, poser la question des droits de présence. Politiser la culture, ce n’est pas la fragiliser, c’est cesser de s’en servir pour éviter les enjeux qu’elle recouvre.

The Conversation

Alain Chenevez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Penser la place de la culture en ville au-delà du storytelling politique – https://theconversation.com/penser-la-place-de-la-culture-en-ville-au-dela-du-storytelling-politique-276600

Enfants non scolarisés : en France, plus de situations qu’on ne l’imagine

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Denecheau, Professeur des universités, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Les enfants qui bénéficient d’un accès très intermittent à l’école sont comptabilisés comme scolarisés. Ils disparaissent donc des statistiques de non-scolarisation. Michal Parzuchowski/Unsplash, CC BY

En France, les taux de scolarisation frôlent les 100 %. Pourtant, derrière ces chiffres rassurants, des milliers d’enfants connaissent des ruptures d’école parfois longues, parfois répétées. Placements, procédures judiciaires, hospitalisations : autant de situations où l’institution scolaire se désynchronise des parcours de vie. Si l’absence de données à leur sujet est criante, les travaux de recherche identifient progressivement ces situations, dont certaines ne sont pas inconnues des services de l’État.


En France, le taux de scolarisation est un des plus hauts d’Europe et avoisine les 100 % pour les enseignements primaire et secondaire. Il commence à décroitre à 16 ans, à la fin de l’obligation d’instruction. Toutefois ce nombre ne s’appuie que sur les situations connues : lorsque les enfants ne sont pas scolarisés, ils peuvent aussi échapper au recensement. Par ailleurs, des enfants peuvent être inclus dans la population scolarisée, tout en connaissant des périodes plus ou moins longues de non-scolarisation.

Dans un avis publié en 2024, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) constate qu’en France ces situations en violation des dispositions prévues par les droits international, européen et français concernent une part non négligeable d’enfants, sans toutefois pouvoir en faire un décompte précis.

La liste des publics non scolarisés est longue : des enfants vivant en situation de grande précarité (notamment dans la rue, en bidonvilles, squats et hôtels sociaux…) ; des enfants vivant en territoires isolés, notamment en Guyane et à Mayotte ; des mineurs non accompagnés ; des enfants et jeunes allophones ; des « enfants de voyageurs » ; des enfants en situation de handicap (qu’ils bénéficient ou non d’une reconnaissance de leur handicap) ; des enfants en situation de danger ; des enfants malades ; des enfants en conflit avec la loi, dont ceux détenus en quartier pour mineurs ou en établissement pénitentiaire pour mineurs.

Une partie de ces enfants est sous les radars des institutions et les situations de non-scolarisation sont difficiles à recenser. Les sociologues Tanguy Mathon-Cécillon et Gilles Séraphin se sont attelés à cette tâche à Mayotte. Ils identifient plusieurs méthodes pour mieux compter les non-scolarisations, mais n’arrivent pas à un chiffre stable et sûr.

Toutefois, une autre partie des enfants non scolarisés est sous la responsabilité, et donc connue, de services (éducatifs, sociaux, de justice, de santé, etc.) ou d’associations qui les accueillent ou les prennent en charge.

Pourquoi des enfants connus des services de l’État sont-ils non scolarisés ?

Nos recherches sur les interventions judiciaires ou socio-éducatives permettent d’identifier plusieurs causes de non-scolarisation des enfants connus par les services de l’État.

La première est une conséquence des temps et des procédures non synchronisés entre l’école et les systèmes judiciaires et de protection de l’enfance. Ces derniers prennent des décisions qui peuvent générer des placements ou des déplacements des enfants qui changent alors de lieu de vie, et souvent de lieu de scolarisation. Pour autant, les enfants ne sont pas toujours rescolarisés aussitôt. Parfois les démarches administratives de réinscriptions ne sont pas immédiates, et génèrent un temps d’attente avant de pouvoir retrouver les bancs de l’école.

Ces multiples ruptures et difficultés peuvent également mettre à mal l’enfant et son rapport à l’école. Il peut être trop difficile d’aller dans un nouvel établissement scolaire, lorsqu’on ne connaît personne, que l’école et les apprentissages sont des épreuves quotidiennes, que l’on vient de changer de lieu d’habitation et d’être séparés de ses proches. Les données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees, ministère de la santé) indiquent, par exemple, que 2,3 % des jeunes âgés de 6 à 16 ans hébergés au sein d’établissements de Protection de l’enfance (foyers et maisons d’enfants à caractère social) sont déscolarisés.

Du côté de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), nous avons mené une recherche dans des services de milieu ouvert : les jeunes y font l’objet d’une mesure judiciaire, mais restent au foyer familial (ils restent scolarisés dans leur établissement scolaire ou peuvent suivre une formation ou avoir un emploi, pour les plus âgés).

Sur un échantillon de 379 jeunes de moins de 18 ans, plus de la moitié n’était pas scolarisée (56 %), et une part importante n’était pas non plus en emploi ou en formation (18 %). Les changements réguliers subis par certains jeunes entraînent des écarts progressifs de l’école qui peuvent parfois s’installer dans la durée : les périodes de non-scolarisation se répètent et durent plus longtemps, ce qui augmente les difficultés scolaires.

Pourtant, ces jeunes sont suivis et parfois encadrés par des professionnels qui ont une responsabilité éducative parmi leurs fonctions. Cette contradiction peut en partie s’expliquer par le manque de moyens qui contraint l’action éducative à être intermittente (les éducateurs et éducatrices ne peuvent pas consacrer un temps suffisant pour suivre la scolarité et la soutenir, tel qu’il est attendu par l’école).

Par ailleurs, la scolarité est souvent reléguée à un statut secondaire dans ces interventions. Les professionnels privilégient d’autres entrées (la protection de l’enfant, le travail sur les liens familiaux, l’acte délinquant et le rapport à la loi pour la PJJ), et peuvent considérer l’école comme source de difficultés qui seraient supplémentaires à celles que subissent déjà les enfants. Ils peuvent donc soutenir les périodes de non-scolarisation qui permettraient à l’enfant de « souffler ».

Une demi-journée d’école par semaine = scolarisé

Par ailleurs, considérer que la situation ne peut être que de deux ordres, scolarisé ou non scolarisé, génère un chiffre noir de situations qui sont enregistrées comme une scolarisation, mais qui n’en sont pas réellement. Car si l’Insee affiche un taux de scolarisation à 100 % jusqu’à 12 ans, qui reste à 98,3 % à 15 ans, la scolarisation peut être intermittente pour certains.

C’est-à-dire qu’une part minoritaire des élèves accède à des enseignements, mais sur des temps relativement restreints. Ça n’est donc pas une scolarisation pleine, loin de là. Par exemple, les élèves hospitalisés en service de soins lourds bénéficient au mieux de quelques heures d’enseignement organisées par des associations, pour quelques disciplines, celles qui peuvent être délivrées par les enseignants impliqués. Ailleurs, ce sont les enfants de familles identifiées comme « voyageuses » qui suivent des cours dans les camions-écoles, pour une ou deux demi-journées par semaine au maximum. Enfin, une récente recherche conduite par les sociologues Hugo Bréant et Lorenn Contini dans les lieux d’enfermement a confirmé le faible nombre d’heures d’enseignement auxquelles avaient accès les mineurs : elles dépassent rarement la dizaine par semaine.

Dans son avis sur l’accès à une scolarisation effective pour tous les enfants, publié en 2024, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) met en lumière l’insuffisance des moyens pour garantir l’accès à l’école pour tous les enfants. Elle relève également un manque de données et donc d’attention sur la question de la non-scolarisation en France.

Or, la non-scolarisation est une atteinte aux droits des enfants et en premier lieu au droit à l’éducation, établit dans plusieurs textes majeurs, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 26), la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (article 29), et enfin le Code de l’éducation, adopté en 2000, qui précise qu’il s’agit de la première priorité nationale, et que le service public de l’éducation « contribue à l’égalité des chances […]. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser » et qu’il vise à garantir la réussite de tous (article L111-1).

Mais cela va bien au-delà. La CNCDH souligne l’interdépendance des droits fondamentaux. Ne pas aller à l’école, c’est ne pas avoir accès aux connaissances, qui permettent aussi d’être plus au fait de ses droits et de mieux les assurer (sur la santé par exemple, qui nécessite de maîtriser des démarches administratives pour accéder aux soins, de savoir lire une notice de médicament, etc.). Faire l’expérience de périodes de non-scolarisation, c’est aussi être exclu du principal lieu de socialisation, après la famille, pour les enfants, un lieu où l’on apprend à vivre avec des personnes d’autres milieux sociaux, où l’on découvre l’histoire et les cultures, un lieu par lequel on devient pleinement citoyen.

The Conversation

Benjamin Denecheau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Enfants non scolarisés : en France, plus de situations qu’on ne l’imagine – https://theconversation.com/enfants-non-scolarises-en-france-plus-de-situations-quon-ne-limagine-276107

Why we shouldn’t abandon handwriting at school

Source: The Conversation – France (in French) – By Atheena Johnson, Docteure en linguistique appliquée, Université Paris Nanterre

Over the decades, technological devices have been gradually integrated into language learning, as is recently the case with generative artificial intelligence (AI).

Does the sophistication of these tools eventually render pencils and pens obsolete? Or can digital uses be combined with manual writing? How does writing keep its value for the human being?

Pen or keyboard: an impact on memorisation

Handwriting has long been associated with memory and learning. It was in 1829 that the keystroke first appeared. It, thereafter, became common in 1867 thanks to the first manual typewriter. While students of the past learned to write exclusively by hand, today’s students alternate between screens and paper. However, research shows that these modalities do not have the same effects on memorisation and retention, and essentially, the acquisition of knowledge.

In a 2014 study, students were better able to answer analytical questions if they took their notes by hand. A 2017 study found that 20-25-year-old students retained the information they wrote by hand longer than the information that they typed on a keyboard.

In addition, it was discovered that students who used artificial intelligence from the stage of their
first draft remembered very little of what was actually written when they were tested for their ability to cite a text, unlike those who had composed their own texts from the draft stage. Finding a balance between written and digital production is, therefore, very important.

Less lexical richness in digitally produced written work

In an experiment conducted in 2019, before the generative AI boom that we know, we compared the handwritten and typewritten productions of students in English. We found a lesser lexical richness in typed productions, which confirmed the trends mentioned above.

There were 58 university participants in the study, each producing a typewritten text and a handwritten text at an interval of one week. The experiment took place as part of the preparation for a final evaluation. Participants could not use resources during the production: no dictionary or self-correction tools.

The objective of the study was to determine whether there were linguistic differences according to the mode of production. We were interested in the stylistic aspects, such as the informational value of the texts and the way they were arranged, as well as lexical aspects.




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The majority of the texts showed a statistically similar informational value and textual organisation. This suggested that the mode of production did not influence the stylistic approaches used.

Regarding lexical diversity, however, the observation was not the same. Lexical richness was much greater in most handwritten productions. The typed productions had lexical weaknesses that were not present in the handwritten productions of the same participants.

These results may have implications for teaching English and how students are encouraged to produce their written texts.

Writing on screen is a learned competence

Since the digital transition has been condoning the pen to the closet, several countries have looked at the impact of digital uses on written skills: Spain, the United States and France.

However, recent studies highlight the importance of specific writing strategies for student progression, such as planning or proofreading. If handwritten production develops capabilities that the keyboard does not develop, keyboard mastery remains an essential but demanding skill.

The difficulties in writing today are primarily due to the place that it is given, receiving less priority in school curricula in Europe, the United States or China. What is of fundamental consideration is that the production methods are different at three levels.

Firstly, typewriting and handwriting take place in distinct spatial frameworks. Writing occurs in a unified space while typing takes place in two separate spaces: on the screen and on the keyboard.

Secondly, the way in which the individual composes with the spatial differences when planning, transcribing and revising a text is also very different. Finally, the perception and uses of students vary according to the production methods.

This is why it is important to continue to emphasise the cognitive benefits of handwriting at school and elsewhere, while becoming aware of the formal training that digital writing implies so that students reach the same level of fluidity on screen as on paper. In class, it is a matter of thinking about the options offered in terms of writing tools. It remains to be seen what the impact of the increasing use of AI will be on written production, where writing mastery is equally essential and demanding.


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The Conversation

Atheena Johnson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Why we shouldn’t abandon handwriting at school – https://theconversation.com/why-we-shouldnt-abandon-handwriting-at-school-276210

Syndrome de Gilles de La Tourette : les patients atteints de « tics tabous » subissent une forte stigmatisation sociale

Source: The Conversation – France in French (3) – By Rena Zito, Associate Professor of Sociology, Elon University

Les tics de langage obscènes dont sont atteints certains patients touchés par le syndrome de Gilles de La Tourette les poussent à dire ou à faire ce qu’ils souhaitent le plus éviter. Dominic Lipinski/Stringer via Getty Images

Le syndrome de Gilles de La Tourette est encore très mal compris du public, et fait l’objet d’une importante stigmatisation. Le réduire à une « maladie des jurons » ne reflète pas la réalité complexe de ce trouble du neurodéveloppement, puisque seule une minorité de patients est concernée par ces symptômes.


Le 22 février 2026, durant la cérémonie de la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA), à Londres, John Davidson, dont l’existence a inspiré le biopic primé I Swear, a involontairement proféré une insulte à caractère racial lors du discours de Michael B. Jordan et Delroy Lindo. La séquence est devenue virale, et le tollé qui s’est ensuivi a ravivé le débat public sur le syndrome de Gilles de la Tourette et son symptôme le plus frappant, les tics de langage obscènes, désignés sous le terme de « coprolalie ».

M. Davidson est une figure familière du public britannique depuis son adolescence, époque à laquelle il a figuré pour la première fois dans un documentaire de la BBC consacré au syndrome de Gilles de La Tourette, dont il est atteint. Depuis lors, il a consacré des décennies à sensibiliser le public à cette pathologie, un engagement qui lui a valu une distinction honorifique en 2019, remise par la reine Elizabeth II.

Les réactions suscitées par les tics de Davidson lors de la soirée de la BAFTA révèlent que le syndrome de Gilles de La Tourette demeure une pathologie profondément méconnue. En tant que sociologue, je consacre mes recherches aux dimensions sociales de cette affection (avec lequel je vis moi-même), notamment à la stigmatisation liée à la coprolalie. Si la majorité des personnes atteintes par le syndrome de Gilles de La Tourette ne présentent jamais ces tics tabous, celles qui en souffrent doivent supporter le poids du jugement social.

Qu’est-ce que le syndrome de Gilles de La Tourette ?

Le syndrome de Gilles de La Tourette est un trouble du neurodéveloppement qui affecte environ 0,5 % à 0,7 % de la population. Il se caractérise par des mouvements et des sons involontaires, appelés tics, qui débutent généralement dans l’enfance et, pour certains individus, persistent à l’âge adulte.

Les tics peuvent être moteurs, tels que des clignements d’yeux ou des haussements d’épaules, ou vocaux, comme le raclement de gorge ou l’émission de sons brefs. Certains se limitent à un geste ou un son unique, tandis que d’autres combinent plusieurs mouvements ou impliquent des verbalisations plus longues – par exemple, un claquement de doigts suivi d’un mouvement brusque de la tête, ou la répétition de mots ou de phrases.

La coprolalie, soit l’émission involontaire de propos obscènes ou offensants, constitue l’un des aspects les plus mal compris de la pathologie. Environ 10 % à 20 % des personnes atteintes du syndrome de Gilles de La Tourette présentent ce type de tic.

Moins d’une personne sur cinq atteinte du syndrome Gilles de La Tourette présente des tics tabous, comme la coprolalie, mais leur impact sur la vie sociale est disproportionné.

L’intensité, la fréquence et la forme des tics évoluent souvent avec le temps, des périodes de calme relatif alternant avec des phases d’exacerbation des symptômes. De nombreux patients ressentent une sensation de tension désagréable avant l’apparition d’un tic, appelée besoin prémonitoire, comparable à une démangeaison qu’il faut impérativement soulager. Pour d’autres, les tics surviennent de manière plus subite, à l’instar d’un éternuement imprévisible. Certains parviennent à réprimer temporairement leurs tics, souvent au prix d’un inconfort ultérieurement accru, tandis que d’autres en sont incapables.

Les tics peuvent être physiquement éprouvants, entraînant des douleurs et des blessures aiguës ou chroniques. En outre, les personnes atteintes sont fréquemment confrontées à la stigmatisation et à la discrimination. Elles vivent sous la pression constante de devoir contrôler ou dissimuler leurs symptômes, ce qui engendre une lourde charge psychologique. Ces patients présentent un risque accru d’automutilation et de suicide.

Bien que l’étiologie du syndrome de Gilles de La Tourette ne soit pas encore totalement élucidée, une forte composante génétique est vraisemblablement en cause. Cependant, s’il s’agit souvent d’une pathologie familiale, ce syndrome peut également résulter de complications périnatales ou d’infections.

Comprendre les tics tabous tels que la coprolalie

Bien que seule une minorité de patients souffre de coprolalie, les représentations médiatiques du syndrome de Gilles de la Tourette se focalisent de manière disproportionnée sur les accès de vulgarité. Ces tics tabous, choquants et inattendus, marquent en effet davantage l’imaginaire collectif que des tics plus fréquents, mais moins spectaculaires. Ce stéréotype de la « maladie des jurons » dénature la réalité vécue par la plupart des malades.

Par ailleurs, la coprolalie n’est en effet qu’une forme de tic tabou parmi d’autres. On dénombre également la copropraxie (gestes obscènes) et les tics non obscènes, mais socialement inappropriés, tels que des bruits de baisers, des crachats ou le fait de toucher autrui.

Baylen Dupree, star de l’émission « Baylen Out Loud » de la chaîne états-unienne TLC
Baylen Dupree, vedette de l’émission « Baylen Out Loud » (TLC), souffre d’une forme sévère de syndrome de Gilles de La Tourette incluant la coprolalie.
Slaven Vlasic/Stringer via Getty Images

L’un des aspects les plus déroutants des tics tabous réside dans leur capacité à être contextuellement pertinents, tout en demeurant involontaires. Un patient pourrait par exemple hurler « J’ai une arme ! », lors d’un contrôle de police. Les tics peuvent être déclenchés par certains stimuli de l’environnement social, en particulier lors de moments de stress intense.

Pourquoi la vulgarité prédomine-t-elle dans certains cas ? Les tics résultent d’un dysfonctionnement des circuits neuronaux impliqués dans le mouvement et le contrôle des impulsions. Or, les termes tabous possèdent une forte charge émotionnelle et sociale ; ils tendent donc à être plus solidement ancrés dans les réseaux langagiers et émotionnels du cerveau que les mots neutres.

Cela explique pourquoi la coprolalie peut également survenir, bien que plus rarement, chez des individus souffrant de lésions cérébrales, de maladies neurodégénératives ou de troubles épileptiques.

Les défis du quotidien avec la coprolalie

Les symptômes de tics tabous sont souvent associés à une gravité clinique accrue du trouble, à une plus grande fréquence de comorbidités ainsi qu’à des difficultés relationnelles majeures. L’insertion sociale des personnes touchées par le syndrome de Gilles de La Tourette qui en sont atteintes peut s’avérer précaire. Mes recherches sur la stigmatisation de la coprolalie mettent par ailleurs en lumière la profondeur de la détresse qu’engendrent les idées reçues.

Un préjugé courant veut que les tics révèlent le fond de la pensée de l’individu. En réalité, les tics contraignent souvent les personnes à dire ou à faire précisément ce qu’elles souhaitent le plus éviter.

La lutte contre les préjugés est un enjeu crucial, d’autant plus lorsque les tics prennent la forme d’insultes ou de calomnies.

Comme me l’a confié une des personnes que j’ai interrogées durant mes travaux : « C’est comme si mon cerveau transformait mes intentions les plus polies en armes cruelles. Sortir devient terrifiant… Savoir que j’ai en moi ce mécanisme de confrontation qui peut se manifester subitement, alors que je ne le souhaite absolument pas. »

Ces tics socialement inappropriés peuvent attirer une attention malvenue sur les patients et les conduire à l’exclusion, au harcèlement, à des altercations et constituer un obstacle à l’accès à l’emploi. Un autre participant l’a résumé ainsi : « Il n’existe aucun travail où l’on accepterait un aménagement spécifique m’autorisant à injurier mon patron. »

Anticipant ces réactions, de nombreux patients souffrant d’une coprolalie marquée se retirent de la vie publique ou vivent avec le fardeau de devoir sans cesse s’expliquer et sensibiliser leur entourage.

Une autre idée reçue est que la coprolalie se manifeste systématiquement par le fait de hurler des obscénités en public. Si tel est le cas pour certains patients, comme John Davidson à la remise des prix de la BAFTA, d’autres parviennent à réprimer, masquer ou minutieusement contrôler leurs tics en société. Toutefois, ces deux réalités sont tout aussi éprouvantes l’une que l’autre. En outre, comme tout tic, l’atteinte coprolalique peut fluctuer avec le temps.

Enfin, soulignons que le stress lié aux tics tabous s’étend au-delà de l’individu. Les membres de la famille des patients affirment fréquemment ressentir un sentiment d’impuissance face à la détresse de leur enfant. Ils se sentent également peu soutenus par les institutions scolaires, et expérimentent le poids du jugement d’autrui lorsque ces tics se manifestent.

Afin de pouvoir participer pleinement et sereinement à la vie de la cité, les personnes atteintes du syndrome de Gilles de La Tourette, et plus particulièrement celles souffrant de tics tabous, ont donc besoin de toute la compréhension et le soutien possible.

The Conversation

Rena Zito ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Syndrome de Gilles de La Tourette : les patients atteints de « tics tabous » subissent une forte stigmatisation sociale – https://theconversation.com/syndrome-de-gilles-de-la-tourette-les-patients-atteints-de-tics-tabous-subissent-une-forte-stigmatisation-sociale-277116

Pourquoi les frappes sur l’Iran nous rappellent qu’il est urgent d’abandonner le pétrole

Source: The Conversation – France in French (3) – By Hussein Dia, Professor of Transport Technology and Sustainability, Swinburne University of Technology

La sortie du pétrole est souvent présentée comme un impératif climatique. Mais les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, qui paralysent le détroit d’Ormuz, nous rappellent que c’est également un enjeu sécuritaire de premier ordre.


Alors qu’Israël et les États-Unis attaquent l’Iran, les marchés mondiaux du pétrole sont sur les nerfs.

Les prix du pétrole ont commencé à augmenter avant même toute perturbation de l’approvisionnement. Les négociants en pétrole envisagent la possibilité que le détroit d’Ormuz soit fermé.

Le détroit d'Ormuz permet d'exporter une importante partie du pétrole saoudien, iranien et émirati.
Le détroit d’Ormuz permet d’exporter une importante partie du pétrole saoudien, iranien et émirati.
Jacques Descloitres, MODIS Land Rapid Response Team, NASA/GSFC, CC BY

Environ 20 % du pétrole commercialisé dans le monde transite par cette voie navigable étroite entre l’Iran au nord et Oman et les Émirats arabes unis au sud. Un pétrolier a été bombardé et le trafic a pratiquement cessé. Or, sur les marchés mondiaux de l’énergie, la simple menace d’une interruption peut faire grimper les prix.

Car, le pétrole n’est pas comme la plupart des matières premières. Le contrôle de ce combustible à haute densité énergétique façonne la géopolitique. Les trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays qui dépendent des importations de pétrole pour leurs voitures, leurs camions et d’autres usages. Ainsi, le contrôle des flux de pétrole et, de plus en plus, de gaz, a longtemps été utilisé comme moyen de pression, depuis les chocs pétroliers des années 1970 jusqu’à la réduction des approvisionnements en gaz de la Russie à l’Europe en 2022.

Toute perturbation grave du trafic des pétroliers dans le Golfe aura donc des répercussions sur les marchés mondiaux du pétrole et menacera la stabilité économique. De longues files d’attente ont déjà été signalées en Australie, les automobilistes se précipitant pour faire le plein avant une éventuelle flambée des prix.

Alors que les tensions internationales s’intensifient, des pays tels que Cuba ou l’Ukraine en passant par l’Éthiopie accélèrent déjà leurs plans visant à réduire leur dépendance au pétrole et à renforcer leur sécurité énergétique.

Un demi-siècle d’influence pétrolière

Le pouvoir du pétrole est devenu évident lors de l’embargo pétrolier de 1973, lorsque les principaux producteurs de pétrole du Moyen-Orient ont réduit leur offre afin de remodeler la politique étrangère américaine. Les prix ont quadruplé, les économies ont stagné et la sécurité énergétique est devenue un enjeu politique central presque du jour au lendemain. Depuis lors, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) coordonne l’approvisionnement afin de faire grimper les prix.

Aujourd’hui, les mécanismes de contrôle ont changé, mais le pouvoir créé par la dépendance au pétrole demeure.

Même avant l’intervention militaire américaine, les sanctions contre les principaux producteurs tels que l’Iran et le Venezuela ont réduit l’offre et remodelé les flux commerciaux.

Les tensions actuelles près des points d’étranglement tels que le détroit d’Ormuz introduisent des primes de risque dans les prix.

Car les marchés pétroliers sont prospectifs, ce qui signifie que les prix reflètent non seulement l’offre et la demande actuelles, mais aussi les anticipations quant à l’évolution future.

Les frappes sur l’Iran ont ainsi entraîné une hausse du prix du pétrole brut Brent – la référence mondiale – qui s’échange [à l’heure où nous publions cet article] autour de 79 dollars américains (67,50 euros) le baril, contre environ 68 dollars américains (58,10 euros) quelques semaines plus tôt. Les prix étant mondiaux, l’instabilité politique dans une région donnée peut avoir des conséquences économiques partout ailleurs.

Qu’est-ce qui réduit la dépendance au pétrole ?

En 2015, l’Inde a bloqué les importations de pétrole du Népal, provoquant le chaos. En réponse, les autorités ont encouragé la croissance très rapide des véhicules électriques. Les importations de pétrole ont, elles, commencé à baisser.

Plus récemment, la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les frappes américaines contre le Venezuela et l’Iran ont remis au centre des préoccupations la réduction des importations de pétrole et le renforcement de la sécurité énergétique nationale.

À Cuba, pays dépendant du pétrole, la pression exercée par les États-Unis a réduit de manière drastique l’approvisionnement en pétrole. Les coupures d’électricité sont fréquentes et les voitures restent immobilisées. En réponse, les autorités et les entreprises importent 34 fois plus de panneaux solaires chinois qu’il y a un an.

Ce n’est pas l’idéologie qui motive ce changement, mais la nécessité. Les importations de véhicules électriques sont également en forte hausse. « Cuba pourrait connaître la transition énergétique la plus rapide au monde », a déclaré un économiste cubain au magazine The Economist.

Pourquoi les énergies renouvelables changent la donne

Contrairement au pétrole, les panneaux solaires et les éoliennes peuvent éviter d’être transportés via des points d’étranglement maritimes tels que le détroit d’Ormuz. Les énergies renouvelables ne sont pas commercialisées de la même manière centralisée à l’échelle mondiale. L’électricité est produite localement et de plus en plus sur de nombreux sites de petite taille.

La Russie cible depuis longtemps les infrastructures énergétiques et les centrales électriques ukrainiennes pendant la guerre. En réponse, l’Ukraine développe les énergies renouvelables aussi rapidement que possible, car la production d’électricité décentralisée est beaucoup plus difficile à détruire. Comme l’a déclaré un expert ukrainien en énergie à Yale360, un seul missile « peut détruire » une centrale à charbon, alors qu’il faudrait 40 missiles pour détruire un parc éolien.

L’énergie décentralisée est plus résiliente, ce qui signifie que les dommages causés à une ferme ne provoqueront pas l’effondrement du réseau.

La résilience grâce au transport électrique

L’électrification des transports est un autre élément clé de ces nouvelles approches en matière de sécurité énergétique.

Les véhicules électriques alimentés par de l’électricité produite localement réduisent la dépendance vis-à-vis des marchés mondiaux du pétrole. Cette réflexion transparaît dans la décision prise par l’Éthiopie d’interdire les nouvelles voitures à moteur à combustion interne.

De son côté, la Chine importe encore la majeure partie de son pétrole, dont une grande partie provient d’Iran. Mais Pékin accélère en parallèle sa transition rapide vers les véhicules électriques. L’année dernière, les véhicules électriques représentaient 50 % des voitures neuves en Chine et 12 % du parc automobile total. La Chine utilise de plus en plus le pétrole pour fabriquer des plastiques et non pour le transport. La hausse des importations enregistrée l’année dernière s’explique par la constitution de stocks considérables dans un contexte d’incertitude mondiale.

La vulnérabilité de nombreux pays

L’Australie importe la grande majorité de ses carburants raffinés. Le pays disposerait d’environ un mois d’approvisionnement d’essence avant d’être à court.

[En France, en 2024, les autorités assuraient que les réserves de pétroles bruts représentaient un peu plus de deux mois de consommation nationale, ndlr]

Si les guerres font grimper les prix du pétrole, la hausse des prix à la pompe se répercutera sur les coûts de transport, les prix des denrées alimentaires et l’inflation.

Alors que la transition vers les véhicules électriques s’accélère, l’Australie est à la traîne par rapport aux normes mondiales. Même si l’électricité se verdit rapidement, les transports restent massivement dépendants du pétrole étranger. Cela expose l’Australie à des risques.

[La France est dans une situation similaire avec des véhicules électriques et hybrides qui ne représentaient que 5 % environ du parc automobile français en 2025, ndlr]

La politique énergétique est une politique de sécurité

Les énergies renouvelables n’éliminent pas les risques géopolitiques. Les réseaux électriques sont exposés à des cybermenaces. Les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques introduisent de nouvelles dépendances, et une grande partie de la fabrication actuelle de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques est concentrée en Chine.

Mais il existe une différence structurelle évidente. Les systèmes décentralisés sont plus difficiles à manipuler par le biais des goulets d’étranglement de l’approvisionnement. Une fois installés, les panneaux solaires produisent de l’énergie localement. La vulnérabilité passe alors des importations continues de combustibles à la dépendance initiale vis-à-vis de la fabrication.

Le pétrole façonne la politique mondiale depuis des décennies, car il est transportable, négocié à l’échelle mondiale et seuls quelques pays disposent d’importantes réserves.

La réduction de la dépendance au pétrole est souvent présentée comme une mesure de politique climatique. Mais elle est également essentielle pour la sécurité énergétique et la sécurité nationale. La réduction de la consommation de pétrole renforce la résilience face aux chocs et réduit l’influence d’autres nations.

La crise iranienne pourrait ne pas entraîner de hausse durable des prix. L’offre pourrait s’ajuster. Les marchés pourraient se stabiliser. Mais les dirigeants vont repenser l’opportunité de s’exposer au pétrole négocié à l’échelle mondiale dans un monde instable.

The Conversation

Hussein Dia a reçu des financements du Australian Research Council, du centre coopératif de recherche iMOVE Australia, de Transport for New South Wales, du Queensland Department of Transport and Main Roads, du Victorian Department of Transport and Planning, ainsi que du Department of Infrastructure, Transport, Regional Development, Communications, Sport and the Arts.

ref. Pourquoi les frappes sur l’Iran nous rappellent qu’il est urgent d’abandonner le pétrole – https://theconversation.com/pourquoi-les-frappes-sur-liran-nous-rappellent-quil-est-urgent-dabandonner-le-petrole-277304

Pourquoi l’Iran a-t-il bombardé plusieurs États du Golfe ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Andrew Thomas, Lecturer in Middle East Studies, Deakin University

Détroit d’Ormuz, missiles balistiques, proxies régionaux : la République islamique joue l’extension du conflit pour survivre. Reste à savoir si cette stratégie de déstabilisation produira des effets politiques avant d’épuiser ses ressources.


Les frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran au cours du week-end ont de nouveau plongé la région dans la guerre et ont entraîné la mort du guide suprême iranien. L’Iran a riposté par des salves de missiles balistiques et de drones visant Israël, mais aussi plusieurs de ses voisins du Golfe persique.

En lançant des centaines de missiles et de drones à travers le Golfe, Téhéran a ciblé des sites aux Émirats arabes unis (EAU), en Arabie saoudite, à Oman, au Bahreïn, au Koweït et au Qatar, clouant des avions au sol. Et ce, alors qu’aucun de ces pays n’avait officiellement pris part à des actions coordonnées avec les États-Unis et Israël lors des premières opérations.

Un voisin impopulaire

Malgré la taille relativement importante de l’Iran et sa puissance militaire dans la région, le gouvernement iranien est peu apprécié par ses voisins. Au mieux, le pays est perçu comme un rival ; au pire, comme un adversaire. L’Arabie saoudite et l’Iran se livrent ainsi depuis plus d’une décennie une guerre par procuration au Yémen. Et en décembre dernier, l’Iran a réaffirmé ses revendications historiques sur Bahreïn.

Les autres États du Golfe – à savoir les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar – ont, pour leur part, entretenu des relations plus pragmatiques avec l’Iran, en maintenant des canaux diplomatiques réguliers et en proposant de jouer les médiateurs dans les différends au sein du Conseil de coopération du Golfe.

Malgré des tensions persistantes, l’Iran n’a jamais été engagé dans une confrontation militaire directe avec aucun de ces États.

Pourquoi bombarder ?

Presque tous les États du Golfe ont un point commun essentiel : ils bénéficient de garanties de sécurité américaines et accueillent des bases militaires américaines.

Pour l’Iran, frapper ces sites constitue l’un des moyens les plus efficaces de riposter, pour plusieurs raisons. D’abord, ces bases se trouvent clairement à portée de ses missiles balistiques les plus nombreux.

Les bases situées dans le Golfe revêtent également une importance stratégique majeure pour les États-Unis. Celle frappée à Bahreïn ce week-end abrite le quartier général de la Cinquième flotte de la marine américaine.

La base aérienne d’Al-Udeid, située à l’extérieur de Doha, la capitale du Qatar, a elle aussi été visée par des missiles balistiques iraniens. Al-Udeid accueille le commandement central américain (US-CENTCOM), chargé de coordonner les opérations militaires dans l’ensemble de la région. Elle abrite également 10 000 soldats américains – le contingent le plus important déployé dans la zone.

Téhéran est toutefois conscient du degré de sophistication des systèmes d’alerte américains et ne s’attend probablement pas à infliger des dommages significatifs aux infrastructures états-uniennes.

Quel est l’objectif, alors ?

La stratégie consiste plutôt à déstabiliser la région et à faire en sorte que tous ses voisins en ressentent les effets. En substance, Téhéran avertit que si les opérations se poursuivent, la relative paix et la prospérité dont le Golfe a bénéficié prendront fin.

L’Iran espère que ses voisins percevront le conflit comme une guerre d’initiative menée par les États-Unis et Israël, dans laquelle ils se retrouvent entraînés malgré eux. Les États du Golfe seront alors contraints soit de renforcer encore leur alliance avec Washington, soit d’œuvrer à une désescalade.

Il n’est pas certain que cette stratégie porte ses fruits. Elle pourrait au contraire entraîner une pression militaire accrue sur l’Iran si les États du Golfe s’impliquent davantage dans les opérations.

Dans le même temps, les relations de plus en plus tendues entre les États du Golfe et Israël au cours des deux dernières années pourraient inciter plusieurs d’entre eux à hésiter à s’engager davantage.

Il est également impossible pour l’Iran de soutenir indéfiniment une telle stratégie. Même s’il dispose de l’arsenal de missiles le plus vaste et le plus diversifié de la région, il finira par épuiser ses stocks de munitions. Les autres pays pourraient alors choisir d’attendre que la situation s’essouffle.

Ce type d’action est devenu la signature de la doctrine iranienne de « défense avancée » : frapper loin de ses frontières pour démontrer sa capacité de projection. En mobilisant son arsenal de drones et de missiles, Téhéran entend ainsi signaler à la région – et au reste du monde – que le régime ne s’effacera pas sans riposter.

Entraîner toute la région dans le chaos

Parallèlement, l’Iran dispose d’un réseau affaibli mais toujours étendu de proxies indépendants à travers la région. Des groupes au Yémen, en Irak et au Liban devraient rester loyaux à la République islamique et mettre en œuvre, en son nom, des stratégies insurrectionnelles de long terme.

Le groupe paramilitaire libanais Hezbollah a déjà tiré des projectiles vers Israël. Cela a ravivé les hostilités le long de la frontière libanaise, ouvrant un nouveau front pour Israël.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole mondial, constitue un autre levier que l’Iran peut instrumentaliser. Déjà, deux pétroliers ont été attaqués dans le détroit et le prix du baril de Brent a augmenté de 13 %.

Autrement dit, l’ampleur de ces attaques constitue un signal. Elles ne sont pas comparables aux frappes calibrées de désescalade que l’Iran avait menées en 2024 et 2025.

Cette guerre est existentielle pour la République islamique. Ses frappes à travers le Golfe visent à rappeler qu’elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour entraîner l’ensemble de la région dans le chaos, favoriser l’incertitude et l’instabilité, le tout afin d’assurer sa survie.

À tout le moins, l’Iran cherche à créer des conséquences politiques pour toutes les parties impliquées. Reste à savoir si le régime survivra suffisamment longtemps pour que ces conséquences produisent leurs effets.

The Conversation

Andrew Thomas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi l’Iran a-t-il bombardé plusieurs États du Golfe ? – https://theconversation.com/pourquoi-liran-a-t-il-bombarde-plusieurs-etats-du-golfe-277306

L’« outnovation » : quand les entreprises innovent moins mais mieux

Source: The Conversation – France (in French) – By Oihab Allal-Chérif, Business Professor, Neoma Business School

Face à la complexité croissante des smartphones, certaines entreprises proposent des téléphones minimalistes limités aux appels et aux messages, sans Internet ni fonctionnalités avancées. Caftor/Shutterstock

Dans une économie obsédée par la nouveauté, certaines entreprises font un pari contre-intuitif : innover moins mais mieux. Cette stratégie, appelée « outnovation », propose de rompre avec la surenchère technologique pour privilégier la simplicité, la réparabilité et la durabilité.


Dans un monde où l’innovation technologique est érigée en dogme absolu et où la nouveauté perpétuelle est souvent synonyme de progrès, une nouvelle approche stratégique émerge, bousculant les certitudes du management classique : l’outnovation. Loin d’être un synonyme de régression ou d’immobilisme, ce concept se définit comme une démarche intentionnelle, qui consiste à se désengager de la course effrénée à l’innovation superflue pour recentrer la valeur d’un produit ou d’un service sur l’essentiel.

Au cœur de cette philosophie se trouvent quatre piliers fondamentaux : la simplicité, l’authenticité, la nostalgie, et, de façon plus cruciale pour notre planète, la durabilité. Il ne s’agit plus d’ajouter des fonctionnalités complexes et énergivores qui génèrent plus de déchets, mais d’en retirer pour se concentrer sur une conception éthique, résiliente et intrinsèquement respectueuse de l’environnement.

L’exemple de la chaussure « Index.01 » de Salomon illustre parfaitement cette durabilité par la soustraction : en retirant les colles et le mélange habituel d’une dizaine de plastiques différents pour n’utiliser qu’un seul matériau, le TPU, la marque simplifie radicalement la structure de l’objet. Ce retrait volontaire de complexité technique permet de broyer intégralement la chaussure en fin de vie pour la recycler, là où les modèles standards finissent inévitablement en décharge à cause de leur assemblage trop sophistiqué.

Le coût caché de l’innovation permanente

Le paradigme de l’innovation constante, souvent poussée par le marketing ou l’obsolescence programmée, a généré d’immenses externalités négatives qui pèsent désormais sur l’économie globale et les écosystèmes. Chaque nouvelle itération d’un produit, qu’il s’agisse d’un smartphone, d’un appareil ménager ou d’un vêtement, mobilise des ressources premières rares, augmente la consommation d’énergie durant la fabrication et le cycle de vie, et génère inéluctablement des déchets complexes à traiter.

Ce cycle de sur-innovation conduit à une consommation irresponsable, où les produits sont remplacés non pas parce qu’ils sont cassés, mais parce qu’ils sont dépassés, une logique qui est aujourd’hui intenable face à l’urgence climatique. L’outnovation propose de rompre avec cette spirale en adoptant une posture stratégique de sobriété de la conception.

Peut-on sortir de la société d’hyperconsommation ?

L’objectif est de réévaluer chaque composante d’un produit à l’aune de sa nécessité fonctionnelle réelle et de son impact environnemental. L’innovation, lorsqu’elle est maintenue, doit être orientée vers la résilience et la longévité, et non vers la futilité technologique. C’est une démarche qui s’inscrit en droite ligne avec les principes de l’économie circulaire, mais qui opère à un stade bien plus précoce : celui de la conception.

La durabilité par la soustraction

Le pilier de la durabilité, au sein du concept d’outnovation, se traduit par des actions concrètes de soustraction et de simplification qui maximisent la vie utile du produit et minimisent son empreinte. Premièrement, l’outnovation exige une simplicité matérielle. Retirer les fonctionnalités électroniques non essentielles réduit le besoin en composants et matières rares, comme le cobalt ou le lithium, dont l’extraction est souvent destructrice et socialement conflictuelle.

En concevant des objets plus simples, on facilite leur recyclabilité et leur démontage en fin de vie. Un produit outnovant est un produit que l’utilisateur lui-même peut réparer, favorisant ainsi la longévité et l’autonomie. L’absence de micro-puces pour des fonctions secondaires, par exemple, permet de prolonger la durée de vie du produit bien au-delà de celle de ses concurrents sur-innovants.

Face à l’hyper-complexité des smartphones modernes, des entreprises ont choisi l’outnovation en proposant des téléphones mobiles d’entrée de gamme qui se concentrent uniquement sur les fonctions d’appel et de message, sans accès à Internet, ni caméras multiples, ni applications sophistiquées. Ces appareils, par leur minimalisme, consomment moins d’énergie, durent plus longtemps grâce à des batteries plus simples et sont exempts des composants les plus polluants, répondant ainsi à un besoin de déconnexion et de sobriété numérique tout en étant intrinsèquement plus durables. Cet argumentaire rencontre d’ailleurs son public. En effet, le marché des « dumbphones » connaît un rebond inattendu, notamment aux États-Unis où les ventes de téléphones à clapet augmentent, portées par une Génération Z soucieuse de sa santé mentale et désireuse de réduire son temps d’écran.

Deuxièmement, l’outnovation promeut la durabilité de l’usage. En se concentrant sur les fonctions d’usages initiales, elle permet d’atteindre une forme d’excellence fonctionnelle qui ne vieillit pas. Un produit mécanique simple et bien entretenu surpasse en durabilité une version électronique multifonctionnelle dont la complexité est la première source de panne et d’obsolescence. Le consommateur, libéré du besoin de constamment mettre à jour son équipement, réduit son taux de remplacement, contribuant directement à la diminution des flux de déchets et à la baisse de la consommation énergétique globale liée à la production.

Certaines marques d’électroménager ont adopté une stratégie d’outnovation en revenant à des designs modulaires et en garantissant la disponibilité des pièces détachées pendant dix ans, voire plus. Elles retirent les écrans tactiles superflus ou les connectivités wifi non essentielles sur certains modèles de lave-linge pour se concentrer sur la robustesse du moteur et la simplicité du panneau de contrôle. L’investissement est reporté de l’électronique de divertissement à la mécanique de précision, maximisant ainsi le cycle de vie du produit.

Bâtir un monde plus durable avec de l’électroménager fiable, réparable et évolutif.

Troisièmement, la démarche est une puissante réponse au concept de l’obsolescence perceptive. L’innovation incessante nous pousse à considérer nos biens actuels comme démodés. En misant sur l’authenticité des matériaux, un design intemporel, et la simplicité fonctionnelle, l’outnovation crée des produits qui transcendent les modes éphémères. Un produit outnovant gagne en valeur et en attrait émotionnel avec le temps, devenant un objet de transmission plutôt qu’un déchet jetable.

Une nouvelle proposition de valeur pour le consommateur responsable

L’adoption de l’outnovation n’est pas un sacrifice commercial ; c’est une réorientation de la proposition de valeur. Elle s’adresse directement au consommateur moderne, de plus en plus éduqué et préoccupé par l’impact environnemental de ses achats. Ce dernier cherche à investir dans des biens qui lui procurent un sentiment de contrôle, de qualité durable et d’alignement éthique avec des valeurs profondes.

L’outnovation permet aux entreprises de se positionner comme des acteurs responsables. Elle fournit un signal de sincérité : il est coûteux et structurellement difficile de retirer des fonctionnalités, de simplifier les chaînes de production et de privilégier la longévité sur les marges. Ce signal est bien plus crédible que de simples déclarations de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les entreprises outnovantes se distinguent en prouvant que leur modèle d’affaires est compatible avec la préservation des ressources.

Face aux jouets électroniques éphémères et gourmands en piles, des fabricants comme la marque thaïlandaise PlanToys, pionnière dans l’utilisation du bois d’hévéa recyclé, ou la maison française Janod, ont choisi l’outnovation en revenant à des jouets en bois ou en matériaux recyclés avec un design intemporel. Ils ont retiré les fonctionnalités sonores et lumineuses pour se concentrer sur l’aspect pédagogique et la qualité du matériau. Ces jouets, en plus d’être durables sur le plan physique, sont durables sur le plan psychologique, encourageant le jeu créatif sans la stimulation excessive de l’électronique. Cette approche valorise la transmission et l’héritage, des valeurs fortes pour les consommateurs.

Les jouets de Noël : la tendance écoresponsable.

Le succès des marques qui ont délibérément choisi de simplifier leurs gammes ou de réintroduire des modèles classiques en les basant sur des matériaux durables et des technologies robustes témoigne de la demande croissante pour cette forme de résilience du produit. Elles ne sont pas en faillite parce qu’elles n’innovent pas de manière spectaculaire ; elles prospèrent parce qu’elles offrent une réponse fiable et durable à un besoin fondamental. L’exemple de Dacia, devenue une référence en Europe en ne proposant que l’« essentiel » automobile, ou du Groupe SEB, dont le label « réparable 15 ans » est devenu un avantage concurrentiel majeur, illustrent parfaitement cette réussite commerciale.

Les leviers managériaux d’une stratégie d’outnovation

Pour les dirigeants et les chefs de produit, adopter l’« outnovation » nécessite un changement de mentalité radical, passant de la question « Que pouvons-nous ajouter ? » à « Que devons-nous absolument garder pour maximiser la durabilité et la fonction essentielle ? » Cela implique d’abord une analyse critique des processus d’innovation existants, visant à identifier et éliminer les innovations inutiles qui augmentent les coûts, la complexité et l’empreinte carbone sans améliorer significativement l’expérience utilisateur ou la durabilité.

Ensuite, cela requiert un investissement dans la recherche de matériaux biosourcés ou recyclés et de processus de fabrication à faible impact énergétique. Enfin, cela demande un engagement profond à garantir la réparabilité via des designs modulaires et la disponibilité de pièces détachées sur le long terme.

En conclusion, l’outnovation est bien plus qu’une simple tendance managériale ; c’est une stratégie de survie à long terme pour les entreprises et pour la planète. En choisissant de sortir de la course à l’innovation superflue, les entreprises ont la possibilité de rentrer dans le cercle vertueux de la durabilité, offrant aux consommateurs des produits qui durent, qui ont du sens, et qui contribuent positivement à l’impératif écologique global. C’est une invitation à repenser le progrès non plus comme une accumulation, mais comme une sagesse de la soustraction.

The Conversation

Oihab Allal-Chérif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’« outnovation » : quand les entreprises innovent moins mais mieux – https://theconversation.com/l-outnovation-quand-les-entreprises-innovent-moins-mais-mieux-276082

Quand les animaux de compagnie deviennent aussi des témoins de travail

Source: The Conversation – France (in French) – By Pierre Chaudat, Maitre de Conférences HDR, IAE Clermont Auvergne – School of Management, Université Clermont Auvergne (UCA)

Autoriser les animaux de compagnie au travail peut donner un avantage concurrentiel à la marque employeur. Pavel Herceg/Unsplash, FAL

La place croissante prise par les animaux de compagnie dans la vie des personnes est telle qu’il était possible que certaines entreprises autorisent leur présence. Toutefois, il est nécessaire de suivre certaines règles pour espérer que la présence canine aura une influence positive sur les salariés.


Par animal de compagnie, nous entendons un animal familier qui ne produit pas, élevé principalement pour sa compagnie. Que ce soit un chien, un chat, un oiseau, un poisson, un lapin, etc. la liste est longue. En France, depuis 1976, le nombre d’animaux de compagnie a été multiplié par 2,5 pour atteindre aujourd’hui 79 millions. Selon cette même source, 61 % des Français en posséderaient au moins un. Un tel engouement a donné naissance à un business qui ne cesse progressivement de s’étendre. Désormais, il s’étend au-delà des sphères traditionnelles, en abordant l’entreprise. Parfois considéré comme un membre de la famille, l’animal de compagnie est-il en passe de devenir un collègue ?

Aujourd’hui, l’étude de la place de l’animal de compagnie dans l’entreprise pourrait être une problématique plus présente. Tout d’abord parce que le recours à un animal de compagnie peut, dans certaines situations, être indispensable voire obligatoire. Au sens de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987, le droit d’accès des personnes en situation de handicap accompagnées de leur chien guide ou d’assistance dans tous les lieux, y compris les locaux professionnels, est garanti.




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Par ailleurs, plusieurs évolutions invitent de nos jours certains particuliers à sauter le pas de l’adoption d’un animal voire à interpeller leur employeur :

  • l’humanisation de l’animal au point où celui-ci est considéré comme un véritable membre de la famille,

  • les changements démographiques, notamment la baisse de la fécondité, mais aussi une population plus isolée,

  • des modes de vie permettant de nouvelles organisations du travail.

Un vrai bénéfice pour les salariés

Si l’on en croit une enquête récente, 82 % des salariés voient un véritable bénéfice dans la présence de l’animal de compagnie en entreprise. Sur le terrain, les situations rencontrées ne s’avèrent pas simples.

Nous avons tous en tête certaines grandes entreprises de la tech, des start-up, des agences créatives ou des patrons de PME arborant fièrement leur animal de compagnie. L’image se veut idyllique, faisant parfois oublier les limites de cette politique inclusive.

Google est un exemple d’entreprise emblématique montrant des employés heureux d’être accompagnés de leur chien au travail. En France des entreprises, comme Purina ou Dentsu, ont aussi largement communiqué à propos de leur politique d’accueil d’animaux de compagnie en entreprise. L’administration n’est pas en reste. Par exemple, la Mairie de Suresnes a obtenu le label régional « ville amie des animaux ». Et chaque année en France, et ce, depuis 2017, un trophée « Pet Friendly » peut être décerné dans la catégorie « entreprise et monde du travail » !

Un impact d’image

D’un côté, les entreprises peuvent y trouver de nombreux avantages. Et les enjeux RH et managériaux sont nombreux. La présence de l’animal peut ainsi présenter un avantage concurrentiel pour attirer des talents. Sa marque employeur révélera une culture d’entreprise plus ouverte, moins décomplexée, plus proche des nouvelles attentes en termes de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) et d’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, qui prend en compte la vie personnelle des salariés. Elle donne le sentiment d’une entreprise plus humaine et bienveillante qui accepte l’émotionnel, l’affectif, le vivant au travail. L’entreprise pourra arborer des marqueurs culturels de type « Dog Friendly », « pet at work » lui permettant de fidéliser des talents, surtout dans des entreprises où les marges de manœuvre salariales sont plus faibles.

D’autres enjeux peuvent concerner des problématiques de santé et d’implication au travail. Dans le cadre d’une recherche qualitative et quantitative avec mon collègue François Grima de l’Université Paris-Est Créteil, nous avons questionné 133 salariés dont le lieu de travail accueillait un chien.

Concernant le premier volet de l’enquête, il a été question d’analyser la notion d’implication. La recherche témoigne que les jeunes salariés (moins de 25 ans) sont plus impliqués que le reste des individus lorsqu’ils sont accompagnés d’un animal. Cet attachement est également plus marqué chez les femmes que chez les hommes.




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Une entreprise plus vivante, plus familière

Par ailleurs, la recherche relève que moins le salaire est élevé et plus l’attachement à l’entreprise est important pour le salarié exerçant au côté de l’animal. Concernant la variable « stress », il est avéré que l’animal a une forte influence concernant les troubles de l’humeur (anxiété, irritabilité, découragement) et les troubles de la tension (maux de tête, nervosité, etc.). Les femmes y sont là encore plus sensibles que les hommes. L’animal contribue à améliorer un cadre de vie et a fortiori de travail. L’entreprise s’avère plus vivante, plus familière.

Les salariés les moins rémunérés semblent les plus attirés par cet environnement. Au sein de l’entreprise, l’animal ne laisse à aucun moment indifférent. Ni le salarié ni l’entourage proche ou éloigné de ce dernier (fournisseur, client, patient…). Il peut se révéler un instrument précieux pour réinventer de nouveaux rapports sociaux. Paradoxalement, il contribue à humaniser les relations humaines.

Des enjeux juridiques et réglementaires

Enfin, la présence de l’animal de compagnie en entreprise ne s’improvise pas et peut présenter de nombreuses limites. Il existe ainsi des enjeux juridiques, réglementaires et opérationnels à intégrer. Un chien peut se montrer agressif, aboyer, mordre, dégrader du matériel ou transmettre à l’humain certaines maladies. Des inégalités entre salariés (avec ou sans animaux) – comme celles connues dans le cadre du télétravail – peuvent apparaître. Des salariés peuvent témoigner d’une véritable phobie ou se montrer allergiques à l’égard d’un animal.

TF1 2025.

Dans tous les cas, l’animal se doit d’être éduqué et répondre à des règles d’hygiène et de sécurité. Au regard de son pouvoir de direction, l’employeur peut accepter ou refuser la présence d’un animal dans ses locaux. À ce sujet, le Code du travail oblige l’employeur à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité physique et mentale de ses salariés au sens de l’article L 4121-1 du Code du travail.

L’employeur peut mentionner l’interdiction des animaux dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe les règles de conduite en matière de santé et de sécurité auxquelles les salariés doivent se conformer (article L 1321-1 du Code du travail).
L’autorisation de la présence d’un animal nécessite sans aucun doute une discussion et l’adhésion d’un collectif dans le cadre de règles claires, connues et partagées.

Dans cette même veine, l’application d’une charte semble incontournable. Elle permettra de détailler les types d’animaux autorisés, les conditions d’accès (certificat de vaccins, certificat d’assurance), les conditions comportementales de l’animal en termes d’éducation et de propreté, les zones de présence autorisées ou interdites à l’animal, la responsabilité du propriétaire, et les règles en cas d’incident.

The Conversation

Pierre Chaudat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand les animaux de compagnie deviennent aussi des témoins de travail – https://theconversation.com/quand-les-animaux-de-compagnie-deviennent-aussi-des-temoins-de-travail-276691

L’« outnovation », ou comment sortir de la course à l’innovation pour construire un avenir durable

Source: The Conversation – France (in French) – By Oihab Allal-Chérif, Business Professor, Neoma Business School

Face à la complexité croissante des smartphones, certaines entreprises proposent des téléphones minimalistes limités aux appels et aux messages, sans Internet ni fonctionnalités avancées. Caftor/Shutterstock

Dans une économie obsédée par la nouveauté, certaines entreprises font un pari contre-intuitif : innover moins mais mieux. Cette stratégie, appelée « outnovation », propose de rompre avec la surenchère technologique pour privilégier la simplicité, la réparabilité et la durabilité.


Dans un monde où l’innovation technologique est érigée en dogme absolu et où la nouveauté perpétuelle est souvent synonyme de progrès, une nouvelle approche stratégique émerge, bousculant les certitudes du management classique : l’outnovation. Loin d’être un synonyme de régression ou d’immobilisme, ce concept se définit comme une démarche intentionnelle, qui consiste à se désengager de la course effrénée à l’innovation superflue pour recentrer la valeur d’un produit ou d’un service sur l’essentiel.

Au cœur de cette philosophie se trouvent quatre piliers fondamentaux : la simplicité, l’authenticité, la nostalgie, et, de façon plus cruciale pour notre planète, la durabilité. Il ne s’agit plus d’ajouter des fonctionnalités complexes et énergivores qui génèrent plus de déchets, mais d’en retirer pour se concentrer sur une conception éthique, résiliente et intrinsèquement respectueuse de l’environnement.

L’exemple de la chaussure « Index.01 » de Salomon illustre parfaitement cette durabilité par la soustraction : en retirant les colles et le mélange habituel d’une dizaine de plastiques différents pour n’utiliser qu’un seul matériau, le TPU, la marque simplifie radicalement la structure de l’objet. Ce retrait volontaire de complexité technique permet de broyer intégralement la chaussure en fin de vie pour la recycler, là où les modèles standards finissent inévitablement en décharge à cause de leur assemblage trop sophistiqué.

Le coût caché de l’innovation permanente

Le paradigme de l’innovation constante, souvent poussée par le marketing ou l’obsolescence programmée, a généré d’immenses externalités négatives qui pèsent désormais sur l’économie globale et les écosystèmes. Chaque nouvelle itération d’un produit, qu’il s’agisse d’un smartphone, d’un appareil ménager ou d’un vêtement, mobilise des ressources premières rares, augmente la consommation d’énergie durant la fabrication et le cycle de vie, et génère inéluctablement des déchets complexes à traiter.

Ce cycle de sur-innovation conduit à une consommation irresponsable, où les produits sont remplacés non pas parce qu’ils sont cassés, mais parce qu’ils sont dépassés, une logique qui est aujourd’hui intenable face à l’urgence climatique. L’outnovation propose de rompre avec cette spirale en adoptant une posture stratégique de sobriété de la conception.

Peut-on sortir de la société d’hyperconsommation ?

L’objectif est de réévaluer chaque composante d’un produit à l’aune de sa nécessité fonctionnelle réelle et de son impact environnemental. L’innovation, lorsqu’elle est maintenue, doit être orientée vers la résilience et la longévité, et non vers la futilité technologique. C’est une démarche qui s’inscrit en droite ligne avec les principes de l’économie circulaire, mais qui opère à un stade bien plus précoce : celui de la conception.

La durabilité par la soustraction

Le pilier de la durabilité, au sein du concept d’outnovation, se traduit par des actions concrètes de soustraction et de simplification qui maximisent la vie utile du produit et minimisent son empreinte. Premièrement, l’outnovation exige une simplicité matérielle. Retirer les fonctionnalités électroniques non essentielles réduit le besoin en composants et matières rares, comme le cobalt ou le lithium, dont l’extraction est souvent destructrice et socialement conflictuelle.

En concevant des objets plus simples, on facilite leur recyclabilité et leur démontage en fin de vie. Un produit outnovant est un produit que l’utilisateur lui-même peut réparer, favorisant ainsi la longévité et l’autonomie. L’absence de micro-puces pour des fonctions secondaires, par exemple, permet de prolonger la durée de vie du produit bien au-delà de celle de ses concurrents sur-innovants.

Face à l’hyper-complexité des smartphones modernes, des entreprises ont choisi l’outnovation en proposant des téléphones mobiles d’entrée de gamme qui se concentrent uniquement sur les fonctions d’appel et de message, sans accès à Internet, ni caméras multiples, ni applications sophistiquées. Ces appareils, par leur minimalisme, consomment moins d’énergie, durent plus longtemps grâce à des batteries plus simples et sont exempts des composants les plus polluants, répondant ainsi à un besoin de déconnexion et de sobriété numérique tout en étant intrinsèquement plus durables. Cet argumentaire rencontre d’ailleurs son public. En effet, le marché des « dumbphones » connaît un rebond inattendu, notamment aux États-Unis où les ventes de téléphones à clapet augmentent, portées par une Génération Z soucieuse de sa santé mentale et désireuse de réduire son temps d’écran.

Deuxièmement, l’outnovation promeut la durabilité de l’usage. En se concentrant sur les fonctions d’usages initiales, elle permet d’atteindre une forme d’excellence fonctionnelle qui ne vieillit pas. Un produit mécanique simple et bien entretenu surpasse en durabilité une version électronique multifonctionnelle dont la complexité est la première source de panne et d’obsolescence. Le consommateur, libéré du besoin de constamment mettre à jour son équipement, réduit son taux de remplacement, contribuant directement à la diminution des flux de déchets et à la baisse de la consommation énergétique globale liée à la production.

Certaines marques d’électroménager ont adopté une stratégie d’outnovation en revenant à des designs modulaires et en garantissant la disponibilité des pièces détachées pendant dix ans, voire plus. Elles retirent les écrans tactiles superflus ou les connectivités wifi non essentielles sur certains modèles de lave-linge pour se concentrer sur la robustesse du moteur et la simplicité du panneau de contrôle. L’investissement est reporté de l’électronique de divertissement à la mécanique de précision, maximisant ainsi le cycle de vie du produit.

Bâtir un monde plus durable avec de l’électroménager fiable, réparable et évolutif.

Troisièmement, la démarche est une puissante réponse au concept de l’obsolescence perceptive. L’innovation incessante nous pousse à considérer nos biens actuels comme démodés. En misant sur l’authenticité des matériaux, un design intemporel, et la simplicité fonctionnelle, l’outnovation crée des produits qui transcendent les modes éphémères. Un produit outnovant gagne en valeur et en attrait émotionnel avec le temps, devenant un objet de transmission plutôt qu’un déchet jetable.

Une nouvelle proposition de valeur pour le consommateur responsable

L’adoption de l’outnovation n’est pas un sacrifice commercial ; c’est une réorientation de la proposition de valeur. Elle s’adresse directement au consommateur moderne, de plus en plus éduqué et préoccupé par l’impact environnemental de ses achats. Ce dernier cherche à investir dans des biens qui lui procurent un sentiment de contrôle, de qualité durable et d’alignement éthique avec des valeurs profondes.

L’outnovation permet aux entreprises de se positionner comme des acteurs responsables. Elle fournit un signal de sincérité : il est coûteux et structurellement difficile de retirer des fonctionnalités, de simplifier les chaînes de production et de privilégier la longévité sur les marges. Ce signal est bien plus crédible que de simples déclarations de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les entreprises outnovantes se distinguent en prouvant que leur modèle d’affaires est compatible avec la préservation des ressources.

Face aux jouets électroniques éphémères et gourmands en piles, des fabricants comme la marque thaïlandaise PlanToys, pionnière dans l’utilisation du bois d’hévéa recyclé, ou la maison française Janod, ont choisi l’outnovation en revenant à des jouets en bois ou en matériaux recyclés avec un design intemporel. Ils ont retiré les fonctionnalités sonores et lumineuses pour se concentrer sur l’aspect pédagogique et la qualité du matériau. Ces jouets, en plus d’être durables sur le plan physique, sont durables sur le plan psychologique, encourageant le jeu créatif sans la stimulation excessive de l’électronique. Cette approche valorise la transmission et l’héritage, des valeurs fortes pour les consommateurs.

Les jouets de Noël : la tendance écoresponsable.

Le succès des marques qui ont délibérément choisi de simplifier leurs gammes ou de réintroduire des modèles classiques en les basant sur des matériaux durables et des technologies robustes témoigne de la demande croissante pour cette forme de résilience du produit. Elles ne sont pas en faillite parce qu’elles n’innovent pas de manière spectaculaire ; elles prospèrent parce qu’elles offrent une réponse fiable et durable à un besoin fondamental. L’exemple de Dacia, devenue une référence en Europe en ne proposant que l’« essentiel » automobile, ou du Groupe SEB, dont le label « réparable 15 ans » est devenu un avantage concurrentiel majeur, illustrent parfaitement cette réussite commerciale.

Les leviers managériaux d’une stratégie d’outnovation

Pour les dirigeants et les chefs de produit, adopter l’« outnovation » nécessite un changement de mentalité radical, passant de la question « Que pouvons-nous ajouter ? » à « Que devons-nous absolument garder pour maximiser la durabilité et la fonction essentielle ? » Cela implique d’abord une analyse critique des processus d’innovation existants, visant à identifier et éliminer les innovations inutiles qui augmentent les coûts, la complexité et l’empreinte carbone sans améliorer significativement l’expérience utilisateur ou la durabilité.

Ensuite, cela requiert un investissement dans la recherche de matériaux biosourcés ou recyclés et de processus de fabrication à faible impact énergétique. Enfin, cela demande un engagement profond à garantir la réparabilité via des designs modulaires et la disponibilité de pièces détachées sur le long terme.

En conclusion, l’outnovation est bien plus qu’une simple tendance managériale ; c’est une stratégie de survie à long terme pour les entreprises et pour la planète. En choisissant de sortir de la course à l’innovation superflue, les entreprises ont la possibilité de rentrer dans le cercle vertueux de la durabilité, offrant aux consommateurs des produits qui durent, qui ont du sens, et qui contribuent positivement à l’impératif écologique global. C’est une invitation à repenser le progrès non plus comme une accumulation, mais comme une sagesse de la soustraction.

The Conversation

Oihab Allal-Chérif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’« outnovation », ou comment sortir de la course à l’innovation pour construire un avenir durable – https://theconversation.com/l-outnovation-ou-comment-sortir-de-la-course-a-linnovation-pour-construire-un-avenir-durable-276082

Carmat, Ynsect… quand les pépites industrielles françaises tombent dans le gouffre de Moore

Source: The Conversation – France (in French) – By Norchene Ben Dahmane Mouelhi, Marketing, ESCE International Business School

Pour Geoffrey Moore, le moment particulier du cycle d’une innovation qu’est le passage à ne pas sous-estimer des premiers utilisateurs enthousiastes à la majorité du marché constitue un gouffre à franchir nécessairement. Matthew Osborn/Unsplash, CC BY

Deux jeunes pousses phares de la « Start-up Nation » – hautement médiatisées – rencontrent d’importantes difficultés économiques et financières. À quel moment l’idée disruptive n’a-t-elle pas été à la hauteur de ses promesses ? Et qui est le coupable : le mur des réalités ou le fameux gouffre de Moore ?


Carmat et Ynsect ont incarné l’innovation française, avec une capacité à créer des technologies de rupture et à faire émerger des champions industriels dans des secteurs stratégiques. Cœurs artificiels pour l’un, protéines d’insectes pour l’autre : deux projets ambitieux, soutenus par des investisseurs, des pouvoirs publics et un discours très positif sur la réindustrialisation. Les deux entreprises se caractérisent par une offre disruptive. Toutefois, ces deux exemples montrent que ces atouts ne suffisent pas pour briller sur le long terme. Elles se sont heurtées à la dure réalité du marché et à la nécessité de produire à grande échelle et de ne pas se contenter d’avoir un bon prototype.

Carmat et Ynsect illustrent ainsi un paradoxe. En effet, même si elles sont considérées comme des symboles de la réussite industrielle française, sur lesquels les investisseurs avaient misé gros, elles se sont heurtées à des difficultés financières et opérationnelles.




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Paris ratés et naïveté collective

Ynsect a été placée en liquidation judiciaire le 2 décembre 2025. Quant à Carmat, l’entreprise traverse actuellement une situation financière critique depuis son redressement judiciaire, prononcé le 1er juillet 2025. Sauvée de justesse de la liquidation judiciaire en décembre 2025, elle a néanmoins dû procéder à 39 licenciements économiques (sur 127 salariés).

C’est la chute de deux promesses d’innovations de rupture. Ceci est la preuve qu’un produit innovant ne suffit pas pour réussir. Dans les médias, on parle d’échecs, de paris ratés, parfois de naïveté collective. Mais limiter ces trajectoires à de simples erreurs de gestion serait réducteur. Ces deux cas illustrent un phénomène bien connu dans le monde de l’innovation :le gouffre de Moore.

Un moment clé

Le concept est proposé au début des années 1990 par Geoffrey Moore. Il décrit un moment clé dans le cycle d’une innovation : qui est celui du passage des premiers utilisateurs enthousiastes (les novateurs et les premiers adoptants) à la majorité du marché. Entre les deux, il existe un abîme, un gouffre.

Les premiers adoptants ont un fort goût pour la découverte et ont généralement des ressources financières. Ils n’ont pas peur du risque et acceptent les imperfections tant qu’ils sont les premiers à tester des nouveautés.

Les attentes d’une clientèle plus vaste ne sont pas les mêmes. La majorité souhaite des produits fiables, accessibles, faciles à utiliser et à un prix raisonnable. Ainsi, parier sur l’avenir ne l’intéresse pas. Elle veut avant tout des preuves immédiates. Elle est prudente et n’adopte les innovations que si elles sont utiles au quotidien. Et c’est là que beaucoup de projets trébuchent.

Moins spectaculaire mais plus crucial

Convaincre des experts, des investisseurs ou des institutions est une chose. Convaincre un marché et les clients en est une autre. Et surtout, réussir un prototype ne signifie pas savoir produire à grande échelle ou communiquer avec le marché.

Franchir le gouffre suppose de maîtriser l’industrialisation, les coûts, la logistique, les usages réels, et le modèle économique d’une part ; et de l’autre, réussir sa stratégie marketing. C’est souvent moins spectaculaire que l’innovation elle-même, mais tout aussi crucial.

Par exemple, une recherche sur le rôle du positionnement et de la communication dans l’adoption de la fibre optique en France montre comment franchir le gouffre de Moore en adaptant son discours en fonction du cycle d’adoption.

Difficile production de masse

Carmat et Ynsect se caractérisaient par une offre innovante, audacieuse, et révolutionnaire. Carmat est une prouesse technologique. L’entreprise a réalisé l’exploit scientifique de concevoir un cœur artificiel. Mais face à des coûts élevés, des volumes faibles, des procédures longues, et un marché étroit, elle a rapidement fait face au défi de rendre viable son produit.

Ynsect, de son côté, portait une promesse forte qui était de proposer une alternative durable aux protéines animales traditionnelles. Des chercheuses en marketing se sont intéressées en 2019 à ce sujet et ont étudié « Les mécanismes cognitifs d’acceptation d’une innovation alimentaire de discontinuité : le cas des insectes en France ». Le projet Ynsect cochait toutes les cases du moment : écologie, souveraineté alimentaire, innovation. Les financements ont afflué avec 600 millions d’euros levés et les usines ont été lancées. Mais produire massivement, à un coût compétitif, tout en créant une vraie demande s’est révélé bien plus compliqué que prévu. Là encore, l’innovation était réelle mais le passage à l’échelle beaucoup moins évident.

Dans les deux cas, on observe le même schéma : une idée audacieuse, un soutien initial important, puis une confrontation brutale à la réalité du marché. Ce ne sont pas des accidents isolés. C’est un problème structurel avec des attentes du marché de masse différentes de celles des premiers soutiens. C’est précisément à ce moment que le gouffre de Moore se situe.

Un contexte français et européen peu favorable

Ce gouffre est d’autant plus difficile à franchir dans le contexte actuel, puisque la crise économique, les arbitrages budgétaires permanents et la dépendance aux subventions rendent les trajectoires industrielles fragiles. Effectivement, beaucoup de start-up « deep tech » vivent longtemps sous perfusion financière, sans atteindre rapidement l’autonomie.

Les Échos 2025.

À l’échelle européenne, le marché reste fragmenté, les normes sont multiples, si bien que la capacité d’attendre plusieurs années avant un retour sur investissement demeure rare. En outre, le contexte géopolitique tendu, la guerre en Ukraine, la concurrence industrielle avec les États-Unis et la Chine ainsi que les enjeux de souveraineté technologique mettent une pression supplémentaire sur des entreprises encore en phase de construction.

Ainsi, nous assistons à une contradiction frappante puisque l’on appelle à la réindustrialisation, on célèbre les innovations de rupture, mais on peine à accompagner le moment le plus critique : celui où il faut passer du laboratoire à l’usine, puis de l’usine au marché. Une question se pose alors : investit-on au bon moment ? Les start-up innovantes parviennent à lever des fonds pour développer un prototype et valider une technologie. Mais le rythme change souvent lorsque vient le moment d’industrialiser. Les montants deviennent plus élevés, les retours sur investissements plus incertains. À ce stade, les financements se raréfient et deviennent plus prudents. Or, c’est précisément ce moment qui conditionne le franchissement du fameux gouffre. Investir beaucoup au début ne suffit pas si l’effort ralentit au moment le plus stratégique.

Sortir du mythe de la disruption

Les cas Carmat et Ynsect invitent à revoir notre manière de penser l’innovation. Les sociétés valorisent beaucoup les idées « révolutionnaires », qui sont d’autant plus abordées par les médias, toujours à l’affût de nouveauté. Nous parlons de disruption, de technologies de rupture, de pépites mais nous sous-estimons souvent ce qui fait réellement le succès sur le long terme. Effectivement, la viabilité d’un produit repose sur un modèle économique robuste et sur la capacité à produire, à livrer et à convaincre les clients ordinaires. Le constat est que l’innovation ne suffit pas.

Si la France veut faire émerger de véritables champions industriels, elle devra regarder au-delà des prototypes et des levées de fonds. Le rôle du marketing est alors de soutenir l’industrialisation et le passage à l’échelle afin de favoriser l’adoption du produit par le marché.

En 2026, la société Carmat semble vouloir relancer sa production et reconquérir le marché. À elle désormais d’apprendre de ses erreurs pour tenter de surpasser le gouffre de Moore. Car le vrai défi n’est pas d’inventer mais de durer…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Carmat, Ynsect… quand les pépites industrielles françaises tombent dans le gouffre de Moore – https://theconversation.com/carmat-ynsect-quand-les-pepites-industrielles-francaises-tombent-dans-le-gouffre-de-moore-275757