Détruire une carrière professionnelle, nouvelle forme de harcèlement moral

Source: – By Michel Naim, Enseignant chercheur de management, EBS Paris

En 2024, 35 % des actifs déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement au travail. Certaines catégories sont particulièrement touchées, comme les moins de 35 ans et les femmes, même si les hommes n’en sont pas pour autant épargnés. PrazisImages/Shutterstock

La menace de détruire la carrière professionnelle se manifeste par des agissements répétés, qui altèrent la santé physique et/ou mentale. Une étude menée dans plus de dix pays analyse les mécanismes de ce phénomène insidieux, avec des codes aussi implicites qu’explicites. Quelles conclusions en tirer ? Quelles recommandations donner aux victimes ?


Le procès de trois anciens cadres d’Ubisoft, accusés notamment de harcèlement moral, s’est clos, à Bobigny, le 5 juin et le jugement est attendu pour le 2 juillet prochain. Une actualité qui illustre la question du harcèlement moral au travail.

Il « se manifeste par des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits de la personne du salarié au travail et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ».

Un phénomène qui est celui qui entraîne le plus de répercussions graves sur les individus, dans une moindre mesure sur les institutions.

Ce sujet est de plus en plus reconnu dans les milieux organisationnels. Une de ses formes n’a pas été étudiée de manière indépendante et approfondie : la menace de détruire la carrière professionnelle des autres.

À travers une étude (à paraître) qualitative de 26 entretiens avec des salariés, issus du secteur public ou privé, au Canada, en France, aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Liban, en Égypte et en Irak, nous nous efforçons d’expliquer le mécanisme de ce phénomène.

Avec quelles conclusions à tirer ? Quelles différences entre pays développés et en développement ? Pour quelles recommandations ?

Environnement professionnel malsain

Ce harcèlement moral repose sur l’utilisation de l’autorité ou de l’influence pour infliger des dommages psychologiques. L’objectif ? Manipuler émotionnellement en menaçant de détruire la carrière d’autrui, ou de nuire réellement à l’avenir professionnel de la victime.

En 2002, les chiffres du baromètre national du harcèlement au travail sont édifiants : 35 % des salariés déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement au travail. Certaines catégories d’actifs sont particulièrement touchées, notamment les moins de 35 ans (43 %), les femmes (38 %), même si les hommes sont loin d’être épargnés (31 %).

Ce comportement toxique est souvent motivé par des conflits personnels, la peur de la concurrence, le leadership narcissique, la jalousie, la stigmatisation ou la discrimination, comme l’atteste un salarié interrogé :

« Simplement à cause de mes opinions politiques, on m’a clairement fait comprendre que si je ne m’alignais pas avec certaines vues, mon avenir dans l’entreprise serait compromis. C’est une forme de harcèlement insidieuse, où la liberté d’expression est étouffée sous prétexte de maintenir une “certaine ligne”. »

Les origines de ce type de harcèlement résident dans des environnements professionnels malsains, où les règles sont ambiguës et les relations sont tendues :

« Cette pression constante, associée aux menaces, m’a fait réaliser à quel point le harcèlement peut se manifester dans des espaces de travail où la communication et la confiance font défaut. »

Cette ambiguïté du management peut créer un climat où les salariés restent incertains quant aux attentes à leur égard, générant des tensions, des erreurs et même des conflits.

Menaces explicites et implicites

Ce type d’intimidation s’exerce souvent sous forme de pressions psychologiques, de manipulation émotionnelle ou de menaces voilées. La diffusion de rumeurs malveillantes est l’un des outils les plus courants. Elle vise à ternir la réputation de la victime et à semer le doute sur sa crédibilité. Saboter les projets clés ou retirer des opportunités importantes constitue une autre tactique, privant ainsi la victime des moyens de démontrer ses compétences.

« J’ai rapidement compris que certaines remarques et comportements étaient des menaces subtiles contre ma carrière. C’est une forme de pression insidieuse qui crée un climat de peur et de soumission. »




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Les évaluations professionnelles biaisées ou manipulées peuvent dégrader artificiellement les performances perçues de la personne ciblée. Elles faussent la perception des compétences et des contributions réelles de l’employé, impactant négativement sa trajectoire professionnelle. Des menaces explicites ou implicites de licenciement ou de réduction des avantages professionnels sont fréquemment utilisées pour instiller la peur. Ces méthodes sont souvent complétées par une marginalisation sociale, visant à isoler la victime de ses collègues.


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Chantage permanent

Ensemble, ces tactiques créent une atmosphère toxique qui mine la confiance et bloque tout épanouissement professionnel. La plus grande inquiétude de la victime reste la menace de ternir sa réputation après avoir quitté son travail, notamment auprès d’employeurs potentiels :

« Lors de la réunion au cours de laquelle mes employeurs m’ont dit que j’allais être licencié, sans aucune preuve, je leur ai parlé des organisations où je travaille à temps partiel. La responsable, totalement narcissique, a immédiatement pris le stylo et a commencé à écrire les noms des organisations avec un sourire diabolique sur le visage, dans une tentative apparente de me menacer de les contacter pour me discréditer. »

Voire même aller au-delà du préjudice professionnel… dans la sphère privée. Le harcèlement au travail peut conduire à des menaces judiciaires.

« Lorsque ils ont échoué à fournir une preuve prouvant que j’avais enfreint les règles du travail, ils m’ont soudainement informé qu’une dame se plaignait de moi, affirmant que je l’avais terrifiée en lui parlant. Ce qui est absolument faux. Puis ils ont insinué sournoisement la possibilité d’aller en justice. Bien que je sois innocent à cent pour cent, comparaître devant la justice pour des accusations fausses à mon encontre pourrait effectivement entraîner une décision judiciaire injuste à mon égard. C’est pourquoi, j’ai choisi de garder le silence. J’ai cessé d’affirmer que j’étais victime d’injustice. »

Pression et dépression

Les conséquences de la menace de destruction de carrière sont graves et multiples, affectant aussi bien la victime que l’organisation. Sur le plan psychologique, la victime subit un stress intense, une perte de confiance en soi, et parfois même des troubles émotionnels tels que l’anxiété ou la dépression. Professionnellement, cette pression peut entraîner un ralentissement de la progression de carrière, voire un départ forcé ou volontaire du poste, ou même des dommages à l’avenir professionnel. Pour l’organisation, ces comportements entraînent une baisse de la productivité globale, une augmentation du turnover et une difficulté à retenir ou à attirer les talents ; ce qui nuit à sa réputation et à sa performance.

« Ils ont suivi ma page LinkedIn pour savoir où je travaillerai, pour ruiner ma carrière. Ils sont vraiment cruels. Je n’ai commis aucune erreur. Le problème est que je suis en désaccord avec eux sur les opinions politiques et religieuses. »

Les conséquences pour les salariés dans les pays développés –  Canada, en France, aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni – sont généralement moins sévères que dans les pays en développement – Liban, en Égypte et en Irak. En raison de systèmes sociaux et économiques plus robustes, les travailleurs dans les pays développés peuvent bénéficier de prestations de chômage et de réseaux de soutien pour les aider à surmonter le licenciement du travail, par exemple.

Réaction des victimes

Les réactions de la victime varient en fonction de sa personnalité, de son réseau de soutien et des circonstances sociales et professionnelles. Certaines peuvent adopter des stratégies de confrontation directe, tandis que d’autres préfèrent l’évitement ou la soumission.

« Je n’ai jamais gardé le silence. Je l’ai confronté et lui ai dit qu’il s’agissait d’une menace et d’une tentative de manipulation que je n’accepterais pas. »

Les différences entre pays en développement et pays développés sont multiples. Recourir à la justice dans les pays développés est plus sûr et facile si un salarié est exposé à de mauvais traitements au travail. Certains employés peuvent transformer la menace en opportunité en recherchant un meilleur emploi ou en devenant entrepreneurs.

Les conditions organisationnelles, telles que la culture de l’entreprise et les politiques en matière de gestion des conflits, jouent également un rôle crucial dans la manière dont la victime réagit et s’adapte à cette forme de harcèlement.

Pour éradiquer cette forme de harcèlement, les organisations doivent instaurer une culture de respect et de collaboration, mettre en place des politiques claires contre le harcèlement et proposer des canaux de signalement sécurisés pour les employés.

Notre étude tire quelques recommandations à destination de la victime : restez calme, évaluez la situation, documentez tout, communiquez, recherchez du soutien, envisagez une action en justice, concentrez-vous sur votre travail, pratiquez des activités qui vous aident à gérer le stress et planifier votre avenir.

The Conversation

Michel Naim ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Détruire une carrière professionnelle, nouvelle forme de harcèlement moral – https://theconversation.com/detruire-une-carriere-professionnelle-nouvelle-forme-de-harcelement-moral-252097

Mieux accompagner la santé mentale au travail : la stratégie des petits pas

Source: – By Tarik Chakor, Maître de conférences en sciences de gestion, Aix-Marseille Université (AMU)

Selon le baromètre Qualisocial-Ipsos 2025 sur la santé mentale au travail, 25 % des salariés estiment avoir une mauvaise santé mentale, avec une population féminine particulièrement touchée – 29 % des femmes, contre 21 % des hommes. PeopleImages-Yuri A./Shutterstock

Comment agir efficacement et de manière pérenne pour préserver la santé mentale des individus au travail et prévenir une détérioration de leur qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) ? Un credo : privilégier les petites victoires à une grande défaite. L’acteur clé : le manager de proximité.


La Semaine pour la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) aura lieu du 16 au 20 juin 2025 sur tout le territoire français. Cette initiative, lancée par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) en 2004 a pour objectif de promouvoir le débat et de favoriser le partage de pratiques en santé au travail, notamment au niveau mental et psychologique.

Bien que présente dans le débat public et scientifique depuis le début des années 2000, notamment avec les travaux de la psychiatre Marie-France Hirigoyen autour du harcèlement moral, puis de la vague de suicides chez France Télécom dès 2006, la question de la santé mentale au travail se pose toujours au sein des organisations. Selon le baromètre Qualisocial-Ipsos 2025 sur la santé mentale au travail, 25 % des salariés estiment avoir une mauvaise santé mentale, avec une population féminine particulièrement touchée – 29 % des femmes, contre 21 % des hommes.

Malgré la succession de quatre plans Santé-Travail, de deux accords nationaux interprofessionnels (ANI) sur la QVT (en 2013 puis en 2020)
ou de multiples rapports officiels, une question semble rester en suspens : comment agir efficacement – et de manière pérenne – pour préserver la santé mentale des individus au travail et prévenir une détérioration de leur QVCT ?

Santé mentale au travail : de quoi parle-t-on ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale correspond à « un état de bien-être mental qui nous permet d’affronter les sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté ». Elle n’est pas uniquement l’absence de troubles mentaux, mais plutôt un état dynamique pouvant être influencé par de nombreux facteurs. Les causes, mais également les manifestations peuvent varier d’une personne à une autre.

Dans la sphère professionnelle, de nombreux concepts en lien avec la santé mentale ont émergé depuis une vingtaine d’années : stress, risques psychosociaux, burnout, mais également bien-être, qualité de vie au travail (QVT) et QVCT plus récemment, dans une approche plus positive de la santé au travail. La santé mentale au travail concerne tous les niveaux hiérarchiques, tous secteurs d’activité confondus : direction, encadrement, management de proximité, exécutants mais aussi travailleurs indépendants.

« Greatwashing »

Les acteurs tels que l’Anact ou l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), ainsi que de nombreux articles scientifiques, notamment en gestion des ressources humaines, défendent depuis une dizaine d’années une approche spécifique de l’action en santé au travail.

Ils souhaitent débattre collectivement de l’activité réelle de travail, des conditions et du contenu du travail, garantir aux salariés une capacité d’expression et d’action autour de leur travail, co-construire le diagnostic de la situation de travail et proposer des dispositifs adaptés et partagés.




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La situation ne semble pas s’améliorer au sein des organisations, elle semble même empirer, notamment au sortir de la crise sanitaire et des épisodes de confinement. De multiples obstacles à la prévention en santé mentale au travail sont apparus :

  • le déni des salariés et/ou de leur encadrement, notamment dans un contexte de crise et d’instabilité économiques ;

  • la difficulté à mettre en mots les maux (pas de liens stricts de cause à effet entre des contextes de travail et des manifestations de dégradation de la santé mentale au travail) ;

  • la forte dimension subjective du vécu du travail et de ses risques.


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Plus largement d’autres obstacles émergent. Certains accords de prévention en entreprise sont scellés a minima. Ils questionnent peu ou pas l’organisation du travail avec des actions plus individualisées (cellules d’écoute, formations, etc.), une déresponsabilisation de l’organisation, privilégiant des actions visibles et sur le court terme, leur permettant de communiquer rapidement, voire d’améliorer leur marque employeur, jusqu’à potentiellement tomber dans le « greatwashing ».

Une autre limite identifiée est en lien avec le taux de rotation des personnels encadrants. Les actions et les résultats de courte durée sont préférés, dans une optique de carrière, plutôt que des actions sur le long terme, dont les résultats sont peu visibles, et donc peu valorisables.

Privilégier les petites victoires à une grande défaite

Nous pensons que, pour être efficace et pérenne, l’action en santé mentale au travail doit reposer sur deux piliers : le pragmatisme managérial et la subsidiarité.

Face aux difficultés telles que l’instrumentalisation de la prévention, les stratégies et rapports de force entre acteurs, la déresponsabilisation de l’organisation et l’individualisation des maux, nous défendons l’idée d’une action modeste, simple, identifiable et identifiée. Elle vise en priorité à agir sur ce qui est possible, faisable, et « au bon niveau », avec les parties prenantes concernées.

Cette stratégie des petits pas et des petits groupes, appliquée au management de la santé au travail, semble lever certains blocages. Elle permettrait aux acteurs de s’entendre plus facilement sur les termes employés, facilitant un diagnostic partagé, situé, dans un périmètre limité – un service, un groupe de travail, une équipe, etc. Cette stratégie faciliterait également l’instauration d’un dialogue et d’une saine conflictualité, ou la rendrait a minima moins complexe et risquée. Le principe de subsidiarité prendrait ici tout son sens, en réglant le problème là où il se pose, par et avec les personnes directement concernées.

Toute ambition démesurée en santé au travail nous semble perdue d’avance, voire contre-productive, la gestion de la santé mentale au travail pouvant paradoxalement dégrader cette dernière.

Le rôle du manager de proximité nous semble décisif : bien que la QVCT soit « l’affaire de toutes et de tous », elle nous semble être particulièrement l’affaire de ces encadrants, positionnés au plus proche du réel, en prise avec sa complexité et pouvant, plus que les autres, mettre en débat l’activité de travail.

The Conversation

Tarik Chakor ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Mieux accompagner la santé mentale au travail : la stratégie des petits pas – https://theconversation.com/mieux-accompagner-la-sante-mentale-au-travail-la-strategie-des-petits-pas-248922

Détricotage des politiques écologiques : le grand retour de bâton. Entretien avec François Gemenne

Source: – By François Gemenne, Chercheur en science politique, spécialiste du climat et des migrations, HEC Paris Business School

Alors que la troisième conférence de l’ONU sur l’océan vient de s’achever, en France, les reculs sur l’écologie se multiplient : « mise en pause » des aides à la rénovation thermique, restrictions des normes d’artificialisation des sols, autorisation de pesticides dangereux, suppression des zones à faible émission. Le « backlash » (retour de bâton) concernant l’écologie est spectaculaire, au niveau politique comme dans le monde des entreprises. Pourtant, l’opinion reste favorable à des choix écologiques ambitieux. Comment l’expliquer ? Comment y remédier ? Entretien avec le politiste François Gemenne.


The Conversation : Comment analysez-vous les choix politiques faits par le gouvernement Bayrou ou par des alliances parlementaires qui rassemblent généralement le centre, la droite et l’extrême droite – mais aussi LFI – pour la suppression des zones à faibles émission ?

François Gemenne : À l’évidence, il y a une tendance de fond, et elle est très inquiétante. Ces reculs témoignent du fait qu’en France, l’engagement écologique a été contraint et pas choisi. Il s’agissait de le faire parce que les scientifiques alertaient, parce que les militants alertaient, mais nous n’avons pas réussi à faire de l’écologie un vrai projet économique, social et démocratique.

Si l’on regarde du côté de la Chine, on constate que ce pays a fait de la transition un projet moteur pour dynamiser son économie (sur les marchés de la voiture électrique, du solaire, des batteries, du nucléaire) et pour gagner en puissance sur la scène internationale. Mais les Européens regardent surtout du côté de Washington, qui se désengage. Du coup, la transition est désormais perçue comme un frein à la compétitivité ou comme un engagement « woke ».

Emmanuel Macron s’est récemment exprimé en critiquant le gouvernement Bayrou sur l’écologie. Avec la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc) qui se tenait à Nice, le président de la République a affiché une ambition écologique forte. Que pensez-vous de son action et de son bilan ?

F. G. : La conférence sur les océans était un exercice de communication et de diplomatie plutôt réussi de la part d’Emmanuel Macron, même si, au plan des résultats, le bilan est relativement modeste.

La conférence a permis de glaner les derniers signataires pour le traité sur la haute mer. Il a également permis de poser frontalement le sujet de l’exploitation minière des fonds marins, sur lequel rien n’est gagné.

Pour le reste – techniques de pêche, chalutage, aires marines protégées –, il y a eu très peu d’avancées.

Concernant les critiques formulées par Emmanuel Macron envers le « détricotage » des politiques écologiques par le gouvernement Bayrou, je rappellerai que le bilan du président est loin d’être spectaculaire en la matière. Il y a eu des avancées, mais souvent modestes et loin des ambitions affichées. Par ailleurs, le président Macron a une part de responsabilité dans les reculs : c’est lui qui a demandé une « pause » dans les normes environnementales européennes en mai 2023. Enfin, critiquer un gouvernement qu’il a choisi semble un peu facile.

Quel lien faites-vous entre le recul du consensus sur l’écologie et la montée en puissance de forces réactionnaires ou d’extrême droite ?

F. G. : Pour les forces réactionnaires, la transition écologique est devenue un totem à abattre. Or, cela n’a pas toujours été le cas. Souvenons-nous du consensus qui s’était formé au moment des marches pour le climat, portées par Greta Thunberg, vers 2018. Ce consensus s’est achevé vers 2023-2024 et, désormais, l’écologie est devenue un sujet très polarisé. Pourtant, ce consensus en faveur de l’écologie reste très fort dans la population : 85 % des Français disent vouloir davantage d’action de leurs gouvernements face au changement climatique, par exemple. Le débat public amplifie donc les voix des 15 % qui veulent en finir avec la transition.

Professeur à HEC, vous rencontrez de nombreux chefs d’entreprises. Quelle est leur position dans ce contexte de recul écologique ?

F. G. : Les entreprises réagissent aux mouvements de société. Certaines entreprises ont joué le jeu d’une mode, visant de nouveaux contrats, de nouveaux clients, de nouveaux marchés, à travers l’engagement écologique. Dès lors que la transition apparaît comme moins désirable et plus clivante, elles changent de cap : elles investissent dans l’intelligence artificielle, ou dans ce qu’elles perçoivent comme l’enjeu du moment – comme si ces enjeux étaient en concurrence entre eux.

D’autres entreprises maintiennent leur engagement écologique, mais n’en parlent plus, de crainte d’être accusées de « greenwashing » par des militants, ou par crainte de perdre des marchés, notamment aux États-Unis. Elles vont donc cacher leur action, comme si c’était quelque chose de honteux, laissant croire qu’il ne se passe plus rien.

Le PDG d’une très grande entreprise française de service me confiait récemment qu’il ne communiquait plus sur son engagement écologique pour protéger son marché, ou ses collaborateurs, aux États-Unis. Mais en Europe aussi, les entreprises sont prises entre deux feux. Le fait qu’une certaine gauche ait associé la transition à la « lutte des classes », par exemple, complique les choses pour embarquer les entreprises.

Au-delà des effets de mode, l’organisation actuelle des marchés permet-elle aux acteurs économiques de réellement s’engager dans la transition ?

F. G. : C’est le problème de fond. Le modèle économique ne permet pas aux entreprises d’aller au bout de leur démarche. Le bio dans l’agriculture recule, une partie de l’industrie européenne, notamment automobile ne parvient pas développer son offre électrique. Enfin, toute une série d’investissements dans la décarbonation n’ont pas vraiment été faits, et on a assisté à certaines faillites retentissantes comme celle de Northvolt. Finalement, de nombreuses entreprises qui voulaient pivoter n’ont pas réussi à trouver de vrais modèles économiques de rentabilité.

Nous avons un vrai problème de régulation macro-économique du côté des taux d’intérêt directeurs des investissements, ou dans la manière d’intégrer le coût carbone dans les productions. Tant que l’on n’intégrera pas les coûts environnementaux des biens et des services produits, la transition sera limitée.


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Un exemple frappant est celui de la législation européenne sur les normes comptables CSRD qui visait à juger de la performance des entreprises à l’aune de leurs résultats sociaux et environnementaux, et plus uniquement de leurs résultats financiers. Cette législation était largement imparfaite, mais elle allait dans le sens d’une régulation structurante. Or, aujourd’hui, l’Europe recule et donne un signal terrible aux entreprises. Celles qui ont investi des millions pour anticiper cette nouvelle comptabilité vont être pénalisées au détriment de celles qui n’ont rien fait.

Comment aborder le discours écologique pour qu’il redevienne audible ?

F. G. : Il faut se débarrasser du discours écologiste culpabilisant et donneur de leçons – a fortiori si ces leçons sont données par des individus nantis qui semblent vouloir régenter la vie des pauvres.

Par ailleurs, il faut mettre en avant les bénéfices associés à la transition, assumer un discours égoïste sur ce que chacun peut gagner concrètement : moins de dépenses en carburant ou en chauffage, un meilleur confort dans les habitats, une meilleure santé pour les individus ; une plus grande compétitivité et de nouveaux marchés pour les entreprises ; moins de dépendance énergétique à des dictatures comme la Russie et plus de puissance pour l’Europe…

Il semble également pertinent de communiquer sur les risques comme le fait le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. En substance, il répète que les risques environnementaux peuvent avoir des conséquences dramatiques sur la finance et sur l’économie, et qu’il est irresponsable de les ignorer. C’est un discours hyperrationnel et très pragmatique, pas du tout politique ou moral.

Enfin, un discours constructif sur l’écologie peut être associé à un nouveau projet de société. En questionnant sans cesse ses choix et en doutant de ses actions, en louvoyant, selon l’air du temps, l’Europe, comme le gouvernement français, a du mal à fixer un cap et à construire. Or, la transition représente un modèle économique porteur, mais aussi un nouvel horizon politique et démocratique.


Propos recueillis par David Bornstein.

The Conversation

François Gemenne est président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme, président du Sustainable Finance Observatory, président de l’Alliance pour la décarbonation de la route.

Ses projets de recherche ont reçu des financements des programmes Horizon, Twinning, Acronym, Habitable, Magyc.

ref. Détricotage des politiques écologiques : le grand retour de bâton. Entretien avec François Gemenne – https://theconversation.com/detricotage-des-politiques-ecologiques-le-grand-retour-de-baton-entretien-avec-francois-gemenne-259157

Peut-on vraiment prévenir les arrêts cardiaques avec du champagne ou du vin blanc ? Retour sur une étude aux résultats trompeurs

Source: – By Mickael Naassila, Professeur de physiologie, Directeur du Groupe de Recherche sur l’Alcool & les Pharmacodépendances GRAP – INSERM UMR 1247, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

Une étude prétend que consommer du champagne ou encore utiliser son ordinateur réduirait le risque d’arrêt cardiaque soudain. Mais elle présente des biais méthodologiques majeurs ! Ses soi-disant résultats ne doivent donc pas être pris en compte.


Il y a des études scientifiques qui font sourire, d’autres qui interrogent, et certaines qui, bien qu’habillées du vernis de la rigueur, diffusent des conclusions aussi fragiles que les bulles d’un verre de champagne.

C’est le cas d’un article récemment publié dans le Canadian Journal of Cardiology qui conclut, entre autres, que la consommation de champagne et/ou de vin blanc pourrait protéger contre l’arrêt cardiaque soudain.

Ce n’est pas une blague, c’est le résultat d’une étude sérieuse… du moins en apparence.




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Un cocktail de données et d’algorithmes

L’étude, conduite par une équipe chinoise, repose sur l’analyse des données de la UK Biobank, une vaste base d’information médicale et comportementale rassemblée auprès de plus de 500 000 volontaires britanniques).

Les chercheurs ont sélectionné 125 « facteurs de risque modifiables » (comme la consommation d’alcool, le temps passé sur l’ordinateur ou les sentiments d’irritabilité) et ont évalué leur lien avec la survenue d’un arrêt cardiaque soudain, sur une période de près de quatorze ans.

Pourquoi 125 ? Pourquoi pas 300 ? Ou 28 859, qui correspond au nombre initial de variables ? On ne saura jamais. Ce choix arbitraire, filtré par des critères aussi opaques qu’un vin trop vieux, a permis de faire ressortir que les buveurs de champagne ou de vin blanc et les amateurs d’ordinateurs seraient mieux protégés des arrêts cardiaques.

Le tout repose sur une approche dite exposomique, qui vise à explorer sans a priori un grand nombre de facteurs environnementaux et comportementaux.




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Pour aller plus loin, les auteurs ont utilisé une méthode sophistiquée – la randomisation mendélienne –, censée permettre d’inférer un lien de causalité entre certains comportements et les arrêts cardiaques.

Le résultat : 56 facteurs seraient associés au risque d’arrêt cardiaque, dont 9 considérés comme causaux. Parmi les facteurs mis en avant comme protecteurs : la consommation de champagne ou de vin blanc, la consommation de fruits secs, ou encore le temps passé sur un ordinateur.

Au passage, six autres facteurs sont présentés comme ayant un lien délétère : le sentiment de ras-le-bol, la quantité et le taux élevés de masse grasse mesurés au bras, l’indice de masse corporelle (IMC), la pression artérielle systolique et un niveau d’éducation inférieur.

Quand la génétique s’égare

La randomisation mendélienne est une méthode puissante, souvent présentée comme un « essai clinique naturel » fondé sur la génétique. L’idée est la suivante : certaines variantes génétiques influencent nos comportements ou traits biologiques (comme l’indice de masse corporelle) et, en les étudiant, on peut tenter d’estimer l’effet causal de ces comportements sur la santé, sans les biais habituels des études observationnelles.




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Mais cette méthode repose sur trois hypothèses très fortes, qui doivent être absolument vérifiées pour pouvoir conclure :

  1. Les gènes choisis doivent être fortement liés au comportement étudié (ex. : boire du champagne).

  2. Ils ne doivent pas être associés à d’autres facteurs (pas de « confusion »). Or, il est peu probable que les buveurs de champagne aient exactement les mêmes conditions de vie que les autres.

  3. Ils doivent influencer l’arrêt cardiaque seulement via la consommation de champagne, et non par d’autres biais sociétaux ou comportementaux (pléiotropie horizontale).


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Une étude récente réalisée par la Société française d’alcoologie a, par exemple, montré que la consommation d’alcool a un lien causal démontré par la randomisation mendélienne sur de nombreuses pathologies : les cancers de la cavité buccale, de l’oropharynx, de l’œsophage, le cancer colorectal, le carcinome hépatocellulaire et le mélanome cutané, ainsi que sur les maladies cardiovasculaires telles que l’hypertension, la fibrillation atriale (un trouble du rythme cardiaque qui accélère le cœur et le fait battre de manière irrégulière), l’infarctus du myocarde et les maladies vasculaires.

Dans l’étude publiée dans le Canadian Journal of Cardiology, plusieurs de ces hypothèses sont probablement faussées. Par exemple, les gènes supposés influencer la consommation de champagne ou de vin blanc pourraient tout aussi bien refléter un statut socio-économique élevé ou des préférences culturelles qui, eux-mêmes, sont liés au risque de maladies cardiovasculaires. C’est ce qu’on appelle la pléiotropie, un biais bien connu en génétique, (également évoqué plus haut dans l’article, ndlr).

L’étude repose en grande partie sur des données autodéclarées (consommation d’alcool, sentiments de ras-le-bol, usage de l’ordinateur), ce qui apporte un niveau de subjectivité supplémentaire. À cela s’ajoute une absence totale de prise en compte des changements dans le temps : boire du champagne à 55 ans n’implique pas qu’on en boira encore à 68, l’âge moyen des arrêts cardiaques dans cette cohorte.

Des résultats aussi exagérés que séduisants

Les résultats montrent un effet protecteur du champagne et de l’ordinateur. Sauf que… surprise ! Les méthodes de sensibilité, qui permettent de juger de la robustesse des résultats (randomisation mendélienne et médiane pondérée), ne trouvent souvent aucune significativité, voire un effet inversé.

La robustesse des résultats étant remise en cause, la prudence doit être de mise. Car les conclusions ne tiennent plus debout quand on change un peu les calculs et les hypothèses de départ. Cela révèle ainsi que ces résultats peuvent être influencés par des biais ou par des incertitudes cachées.

Le plus spectaculaire dans l’étude, ce n’est pas tant le champagne que les chiffres avancés : selon les auteurs, jusqu’à 63 % des arrêts cardiaques pourraient être évités si les facteurs de risque étaient corrigés. Ce chiffre impressionnant repose sur un calcul appelé « fraction de risque attribuable », qui suppose que l’on peut modifier les comportements sans que cela ne change rien d’autre dans la vie des personnes. Une hypothèse très contestable : améliorer son alimentation modifie aussi souvent le poids, le sommeil ou l’humeur.

Plus grave encore : seuls 9 des 56 facteurs identifiés seraient réellement causaux, selon les auteurs eux-mêmes. En d’autres termes, un lien de cause à effet ne serait avéré que pour 9 facteurs sur 56. Il est donc méthodologiquement incohérent de calculer une fraction de risque globale sur la base de données aussi incertaines.

Un cas d’école de surinterprétation

Le problème ici n’est pas l’utilisation des données massives ni des outils statistiques modernes. C’est la surinterprétation des résultats, l’usage approximatif des méthodes et la communication d’un message qui frôle le sensationnalisme scientifique.

En faisant croire qu’un verre de champagne ou quelques heures d’écran pourraient sauver des vies, on détourne l’attention des véritables leviers de prévention : l’arrêt du tabac, la réduction de l’hypertension, la lutte contre les inégalités sociales et l’accès aux soins.

Le risque est de promouvoir une vision naïve de la prévention centrée sur des comportements individuels anodins, au détriment des politiques de santé publique ambitieuses.

La science mérite mieux

Il est essentiel de rester critique face aux résultats trop beaux pour être vrais, surtout lorsqu’ils concernent des sujets graves comme l’arrêt cardiaque. La recherche épidémiologique a tout à gagner à la transparence méthodologique, à la prudence dans les interprétations, et à l’humilité dans la communication des résultats.




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Comprendre l’épidémiologie


Le champagne et le vin blanc ne sont pas des médicaments. Et une étude, même statistiquement sophistiquée, ne vaut que par la solidité de ses hypothèses.

Si vous voulez vraiment réduire votre risque cardiovasculaire, préférez une marche quotidienne à un verre de bulles, même si c’est moins festif.

The Conversation

Mickael Naassila est Président de la Société Française d’Alcoologie (SFA) et de la Société Européenne de Recherche Biomédicale sur l’Alcoolisme (ESBRA); Vice-président de la Fédération Française d’Addictologie (FFA) et vice-président junior de la Société Internationale de recherche Biomédicale sur l”Alcoolisme (ISBRA). Il est membre de l’institut de Psychiatrie, co-responsable du GDR de Psychiatrie-Addictions et responsable du Réseau National de Recherche en Alcoologie REUNRA et due projet AlcoolConsoScience

ref. Peut-on vraiment prévenir les arrêts cardiaques avec du champagne ou du vin blanc ? Retour sur une étude aux résultats trompeurs – https://theconversation.com/peut-on-vraiment-prevenir-les-arrets-cardiaques-avec-du-champagne-ou-du-vin-blanc-retour-sur-une-etude-aux-resultats-trompeurs-257257

Pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon a-t-il été pris pour cible par Donald Trump et Laurent Wauquiez ?

Source: – By Paco Milhiet, Visiting fellow au sein de la Rajaratnam School of International Studies ( NTU-Singapour), chercheur associé à l’Institut catholique de Paris, Institut catholique de Paris (ICP)

Après Donald Trump, qui a menacé l’archipel français d’être taxé à 50 % sur ses exportations de poisson, le député LR Laurent Wauquiez a proposé d’y envoyer les étrangers sous OQTF, le 9 avril. Victime de ce double « bad buzz », les autorités locales du territoire de 5000 habitants ont réagi avec humour à travers une campagne promotionnelle « OQTF » (On Quitte Tout Facilement pour vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon), mettant en avant sa qualité de vie et ses paysages exceptionnels.


Saint-Pierre-et-Miquelon est un petit archipel français situé au large de Terre-Neuve, dans la partie nord-ouest de l’océan Atlantique.

Une carte montre les îles au large de la côte de Terre-Neuve et sa zone économique exclusive
Carte de Saint-Pierre-et-Miquelon et de sa zone économique exclusive.
(Eric Gaba)

Le territoire ne s’étend que sur 244 kilomètres carrés et compte seulement 5 800 habitants. Il a néanmoins récemment fait parler de lui à l’échelle internationale, d’une part en raison de son inclusion dans une vague d’imposition de droits de douane par les États-Unis et, d’autre part, à cause d’une remarque controversée de Lurent Wauquiez, président du groupe parlementaire LR, suggérant d’y déporter des sans-papiers.

Ces événements sont l’occasion d’examiner les liens historiques et géopolitiques complexes qui concernent Saint-Pierre-et-Miquelon et qui impliquent la France, le Canada et les États-Unis.

Dernier territoire français dans la région

Visité par les peuples autochtones pendant près de 5 000 ans, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon a été découvert par des navigateurs européens à la fin du XVe siècle pour ensuite être officiellement revendiqué pour la France par Jacques Cartier en 1536.

L’archipel est rapidement devenu une base stratégique pour les pêcheurs français de morue et de baleine. Au cours des siècles suivants, la France et la Grande-Bretagne se sont âprement disputé ces îles, qui ont changé de mains à plusieurs reprises avant d’être définitivement rendues à la France en 1816.

Au XXe siècle, l’archipel a été le théâtre de conflits incessants entre le Canada et la France autour de la pêche.

Ces conflits ont atteint leur paroxysme en 1988 avec la saisie de navires de pêche, le rappel d’ambassadeurs et la violation d’accords. Malgré des droits historiques inscrits dans des traités, l’accès de la France aux zones de pêche a diminué après le moratoire sur la pêche à la morue décrété par le Canada en 1992, ainsi qu’une décision arbitrale accordant à Saint-Pierre-et-Miquelon une zone économique exclusive de seulement 38 kilomètres autour de l’archipel, à l’exception d’une bande de 16 kilomètres qui s’étend sur 320 kilomètres vers le sud.

Ces deux événements ont eu des répercussions économiques importantes pour Saint-Pierre-et-Miquelon

Des droits de douane exceptionnels

Aujourd’hui, l’économie locale est faible, représentant moins de 0,001 % du PIB de la France, et dépend fortement des fonds publics et des apports extérieurs, notamment du Canada voisin.

Néanmoins, le territoire a d’abord été inclus dans les cibles des tarifs douaniers dits du « jour de la libération », annoncés par le président américain Donald Trump en avril. Il a été soumis à des droits de douane de 50 %, ce qui en a fait temporairement un des territoires les plus taxés au monde, à l’égal du Lesotho, pays africain enclavé.

Si Trump a fait volte-face et ramené les droits de douane à 10 % quelques jours plus tard, la décision initiale laisse perplexe étant donné le poids économique minime de l’archipel et sa position géopolitique périphérique. Pourquoi l’administration Trump a-t-elle ciblé aussi brutalement ces îles ?

Flétan et géopolitique

Les relations commerciales entre Saint-Pierre-et-Miquelon et les États-Unis étaient équilibrées de 2010 à 2025, sauf en juillet 2024, où un écart marqué est apparu. Les États-Unis ont alors importé pour 3,4 millions de dollars de marchandises en provenance des îles, tandis que leurs exportations n’ont totalisé que 100 000 dollars sur toute l’année.

Le gouvernement américain a interprété ce déséquilibre commercial de 3 300 % pour l’année 2024 comme la preuve de l’imposition d’un droit de douane de 99 % par le territoire. Le même type de calcul erroné a été utilisé pour d’autres pays.

D’où vient cet écart en juillet 2024 ?

Selon plusieurs rapports, cette anomalie statistique est en fait le résultat d’un différend de longue date entre la France et le Canada au sujet des quotas de pêche dans les eaux bordant Saint-Pierre-et-Miquelon.

Historiquement, le territoire exporte principalement des produits de la mer vers la France et le Canada, et presque rien vers les États-Unis.

Pourtant, en juin 2024, un bateau français a déchargé plusieurs tonnes de flétan – un poisson cher et très prisé des gastronomes – à Saint-Pierre.

Bien que la prise ait été effectuée dans les eaux internationales et qu’elle soit techniquement légale, elle s’est déroulée dans un contexte de tensions entre la France et le Canada concernant les stocks de flétan et la durabilité de l’espèce dans la région.

En raison de ces tensions, le poisson a été redirigé vers le marché américain et vendu pour 3,4 millions de dollars, devenant ainsi la cause de l’imposition de droits de douane élevés par l’administration Trump.

La France et le Canada sont parvenus à une entente sur le flétan plus tard en 2024. Mais cette « guerre du flétan » n’est que le plus récent exemple des conflits récurrents entre les deux pays concernant les quotas de pêche au large des Grands Bancs de Terre-Neuve, une des zones de pêche les plus abondantes au monde.

Ainsi, les droits de douane élevés imposés par les États-Unis à l’archipel français, même s’ils ont été rapidement modifiés, étaient une conséquence indirecte des vieilles tensions entre la France et le Canada.

Un nouvel Alcatraz ?

Quelques jours après s’être remis du choc tarifaire, Saint-Pierre-et-Miquelon se retrouve à nouveau sur la sellette.

Laurent Wauquiez, l’un des prétendants LR à la présidence de la République, a proposé que les migrants faisant l’objet d’un ordre de quitter le territoire (OQTF) se voient offrir deux possibilités : être détenus à Saint-Pierre-et-Miquelon ou retourner dans leur pays d’origine.

Laurent Wauquiez lors d’une réunion des Républicains (LR) à Paris, le 9 février 2022.
Victor Velter

Ce n’est pas la première fois que des politiciens parlent d’expulser des prisonniers vers les territoires français d’outre-mer.

Cette suggestion s’inscrit dans la lignée de l’utilisation historique par la France de certains territoires comme sites de colonies pénitentiaires, notamment Cayenne, en Guyane française et la Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique Sud.

Les propos de Laurent Wauquiez ont été largement condamnés pour leur ton méprisant et colonial, y compris par des membres du gouvernement.

En réponse, les autorités locales ont tenté de tirer parti de la controverse en lançant une campagne médiatique humoristique reprenant le sigle OQTF pour « On Quitte Tout Facilement pour vivre à Saint-Pierre-et-Miquelon).

Trois publicités sur les réseaux sociaux
Annonces sur les réseaux sociaux de l’administration de Saint-Pierre-et-Miquelon inspirée par la proposition d’expulsion de Laurent Wauquiez.
(Compiled by Paco Milhiet)

Leur objectif était de changer le discours et de mettre en avant les attraits de l’archipel : faible taux de chômage, grande sécurité publique, paysages naturels exceptionnels et vie paisible et familiale, et ce, si possible, sans les lourds droits de douane américains.

The Conversation

Paco Milhiet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi Saint-Pierre-et-Miquelon a-t-il été pris pour cible par Donald Trump et Laurent Wauquiez ? – https://theconversation.com/pourquoi-saint-pierre-et-miquelon-a-t-il-ete-pris-pour-cible-par-donald-trump-et-laurent-wauquiez-258262

L’océan est aussi l’affaire des élus locaux : exemples en Aquitaine, en Bretagne et en Occitanie

Source: – By Gwenaël Leblong-Masclet, Chaire Mers, Maritimités et Maritimisations du Monde (4M), Sciences Po Rennes

À Lacanau, des projets de désurbanisation volontaire ont été lancés pour anticiper le recul du littoral, en concertation avec les habitants et les acteurs économiques. sylv1rob1/Shutterstock

La 3ᵉ Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc 3) se tient à Nice à partir du 9 juin 2025. Elle met notamment en lumière un enjeu souvent sous-estimé : la place stratégique des collectivités territoriales dans la gouvernance maritime. Étude de cas à Lacanau en Aquitaine, au Parc naturel marin d’Iroise en Bretagne et au Parlement de la mer en Occitanie.


L’océan, théâtre des bouleversements de l’anthropocène, n’est pas une abstraction lointaine. Pour les territoires littoraux, il est une réalité concrète, quotidienne, faite de défis de submersion, d’érosion, d’aménagement, de développement portuaire ou encore d’adaptation des politiques touristiques. C’est depuis ces territoires que la préservation des océans peut – et doit – être repensée.

Dans un prochain article « Les politiques publiques locales au prisme de la maritimité » dans la revue Pouvoirs locaux, nous nous sommes demandé si, plutôt que de voir la mer comme un obstacle, nous la considérions comme un levier de transformation de l’action publique ?

Les élus au chevet du trait de côte

Les élus locaux sont les premiers à affronter les conséquences visibles du changement climatique : tempêtes plus fréquentes, recul du trait de côte, érosion accélérée. La compétence de gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (Gemapi), confiée aux intercommunalités, les placent en première ligne.

À Lacanau, des projets de désurbanisation volontaire ont été lancés pour anticiper le recul du littoral, en concertation avec les habitants et les acteurs économiques. Au programme : suppression des parkings littoraux, aménagement d’un pôle d’échange multimodal plus à l’intérieur des terres, repositionnement des missions de secours ou encore le déplacement de certains commerces situés sur le front de mer.

Ce processus implique des arbitrages difficiles entre maintiens des activités touristiques, relocalisation des infrastructures, préservation des écosystèmes et accompagnement des habitants concernés. La loi Climat et résilience de 2021 a introduit des outils juridiques pour anticiper ce recul. Leur mise en œuvre concrète reste à parfaire. Sans action locale forte et coordonnée, les effets du changement climatique sur le littoral risquent d’être incontrôlables et, surtout, d’être une nouvelle source d’inégalités humaines et territoriales.

Gouverner un espace fragile

Si l’océan couvre 70 % de la planète, son interface avec la terre – le littoral – est l’un des espaces les plus disputés et les plus fragiles. Y coexistent des usages parfois antagonistes : tourisme, conchyliculture, urbanisation, activités portuaires, pêche, énergies marines renouvelables (EMR)… Cette multiplicité appelle une gouvernance intégrée, à la fois verticale – de l’échelon local à l’échelon international – et horizontale – entre acteurs publics, privés et citoyens.

Elle implique de penser une gouvernance écosystémique des littoraux, s’appuyant sur :

  • des mécaniques démocratiques multiscalaires (à plusieurs échelles),
  • les savoirs empiriques des communautés locales comme les pêcheurs,
  • les parties prenantes économiques.

Aux collectivités, mises en situation d’agir par la gestion intégrée des zones côtières ou par les documents stratégiques de façade, de savoir créer les espaces de négociation et de consensus entre ces acteurs.

Certaines collectivités ont déjà innové. En Bretagne, le Parc naturel marin d’Iroise a été conçu avec les pêcheurs locaux et les associations environnementales, permettant une cogestion efficace.

L’exemple de la Région Occitanie, avec son Parlement de la mer, lancé dès 2013, montre que les collectivités peuvent innover en matière de gouvernance maritime. Ce parlement régional fédère élus, professionnels, ONG et chercheurs pour co-construire une stratégie maritime partagée.

À Brest, la métropole a su capitaliser sur sa fonction portuaire et scientifique pour faire émerger une véritable « capitale des océans », mobilisant universités, centres de recherche, industriels et autorités portuaires autour d’une même ambition.

Laboratoire maritime… d’innovation territoriale

Acteurs traditionnellement davantage « terriens » que maritimes, les collectivités territoriales revendiquent aujourd’hui une place à la table des négociations sur les politiques océaniques.

À rebours d’une vision exclusivement étatique, les élus locaux portent une connaissance fine des dynamiques littorales, des conflits d’usages et des attentes citoyennes. Ces démarches incitent à penser la mer comme bien commun.

L’un des apports essentiels de la conférence Unoc 3 sera, du moins peut-on l’espérer, de rappeler que la protection des océans ne peut se faire sans la reconnaissance de l’ensemble des acteurs territoriaux.


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La mobilisation des territoires insulaires, par exemple au sein de l’ONG Smilo, contribue à une reconnaissance du rôle des initiatives locales comme levier de changement. L’insularité est le « laboratoire » d’un développement durable et concerté des stratégies territoriales.

Le développement des aires marines protégées (AMP) en est une bonne illustration : leur efficacité dépend en grande partie de l’implication des communautés locales, des pêcheurs, des associations. À ce titre, intégrer les savoirs empiriques dans les politiques de gestion maritime n’est pas un luxe, mais une nécessité. Ainsi, le rahui polynésien – interdiction temporaire d’exploitation d’une zone pour permettre sa régénération – inspire désormais les pratiques de préservation de la ressource halieutique, bien au-delà du seul triangle polynésien.

Recommandations de l’ONG Smilo pour tendre vers une gestion durable des ressources en milieu insulaire.
Fourni par l’auteur

Plus globalement, l’insularité, problématique récurrente dans les Outre-mer, implique de penser et d’accepter la différenciation des politiques publiques. Les élus d’Ouessant, de Mayotte ou des Marquises rappellent que les contraintes logistiques, la dépendance à la mer et la fragilité des écosystèmes appellent des réponses sur mesure, souvent loin des seuls standards gouvernementaux.

Penser global, agir local

Observer les politiques locales depuis le large permet d’inverser le regard. Le littoral, espace de contact entre l’humain et le vivant, devient alors un laboratoire d’innovation démocratique, écologique et institutionnelle, où se dessinent des formes renouvelées de coopération et d’engagement. L’Unoc 3 offre une occasion décisive de rappeler que la transition maritime ne se fera pas sans les territoires.

Il est donc temps de reconnaître pleinement le rôle des élus locaux dans cette dynamique. Ils sont les chevilles ouvrières d’une action publique renouvelée, plus proche du terrain, plus attentive aux équilibres écosystémiques et plus sensible aux savoirs citoyens.

Parce que la mer est ici – sur les plages, dans les ports, dans les écoles et les projets municipaux –, elle engage la responsabilité de tous, à commencer par celles et ceux qui construisent au quotidien les politiques publiques locales.

The Conversation

Je suis DGA de Brest métropole.

Romain Pasquier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’océan est aussi l’affaire des élus locaux : exemples en Aquitaine, en Bretagne et en Occitanie – https://theconversation.com/locean-est-aussi-laffaire-des-elus-locaux-exemples-en-aquitaine-en-bretagne-et-en-occitanie-257592

Repos le 1er Mai (et jours fériés) : que dit le droit ?

Source: – By Michel Miné, Professeur du Cnam, titulaire de la chaire Droit du travail et droits de la personne, Lise/Cnam/Cnrs, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Le code du travail prévoit 11 jours fériés, sans obligation de chômage pour les salariés ni de majoration de salaire en cas de travail. Pla2na/Shutterstock

Après une loi de 2004 instaurant une journée dite « de solidarité », de travail non rémunéré, initialement prévue le lundi de Pentecôte, le repos du 1er Mai est remis en cause par une récente proposition de loi. L’objectif : permettre aux employeurs de certains secteurs, notamment la boulangerie-pâtisserie, de faire travailler leurs salariés. Faire le point sur le droit applicable s’avère nécessaire.


Une proposition de loi, enregistrée au Sénat le 25 avril, vise à réduire le champ d’application de la règle du repos le 1er Mai. Le 28 avril, le Gouvernement a engagé la procédure accélérée pour faire adopter ce texte. La commission des affaires sociales du Sénat a désigné un rapporteur le 21 mai.

Cette proposition ne porterait-elle pas en germe la suppression généralisée dans le commerce du droit au repos le 1er Mai ? Permettre de faire travailler certains salariés le 1er Mai dans des commerces de proximité ne justifierait-il pas ensuite l’emploi de salariés ce jour-là, dans d’autres secteurs, au nom de la concurrence « libre et non faussée » ?

Le repos du 1er Mai s’inscrit dans la relation entre employeurs et salariés, mais trouve aussi sa raison d’être dans la nécessité de repères temporels dans la cité. Les « besoins du public », sous l’angle de la consommation, étant sans limites, doivent être contenus par des règles de droit.

Code du travail et accords collectifs

Le Code du travail prévoit 11 jours fériés. D’autres jours fériés sont prévus dans certains territoires, notamment les journées de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte, à La Réunion, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Le code du travail ne prévoit pas le chômage obligatoire de ces journées, ni une majoration de salaire en cas de travail. Le chômage de jours fériés ne peut entraîner aucune perte de salaire pour les salariés totalisant au moins 3 mois d’ancienneté dans l’entreprise. Les heures de travail perdues ne donnent pas lieu à récupération.

Ce sont les accords collectifs, d’entreprise ou, à défaut, de branche, qui déterminent les jours fériés chômés. À défaut d’accord, l’employeur fixe par décision unilatérale les jours fériés chômés dans l’entreprise. Lorsque le jour férié est travaillé, les accords collectifs peuvent prévoir une majoration de la rémunération, mais ce n’est pas obligatoire.

Le régime est donc inégalitaire entre les salariés, suivant les accords collectifs de branche et d’entreprise. Certains accords d’entreprise peuvent prévoir le repos de seulement trois jours fériés dans l’année et aucune majoration de salaire pour les jours fériés travaillés.

Si la loi pouvait utilement être modifiée, elle rendrait le régime légal des jours fériés plus protecteur pour tous les salariés en assurant de meilleures contreparties aux salariés obligés de travailler les jours fériés et l’égalité de traitement.

Régime exceptionnel du 1ᵉʳ Mai

Le régime des jours fériés connaît une exception : le 1er Mai.

Cette journée trouve sa source dans l’histoire du mouvement ouvrier au niveau international. Tout d’abord aux États-Unis, où les syndicats revendiquent à partir de 1884 la journée de travail de 8 heures. Ce mouvement revendicatif donnera lieu, en 1886 et en 1887, à des grèves, des manifestations et une sanglante répression. En 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris, décidera de faire du 1er Mai la journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs. Il en est ainsi depuis 1890.

Bannière australienne au début du siècle pour revendiquer 8 heures de travail, 8 heures de loisir et 8 heures de repos.
Wikimediacommons

Le 1er Mai exprime la solidarité des travailleuses et des travailleurs au plan international avec la revendication de la réduction de la durée du travail, à l’origine la journée de 8 heures. La convention de l’Organisation internationale du travail (OIT) n°1 de 1919 prévoit la journée de travail de 8 heures.


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Le 1er Mai est aujourd’hui un jour férié dans 24 des 27 États membres de l’Union européenne et dans la plupart des États du monde.

En France, depuis la loi n°47-778 du 30 avril 1947, « le 1er Mai est jour férié et chômé ». Le code du travail prescrit le repos, et ce repos ne peut être une cause de réduction de salaire. Il s’agit d’une disposition légale d’ordre public.

Exceptions limitées

Par exception, des établissements et services « ne peuvent interrompre le travail en raison de la nature de leur activité ». Il s’agit notamment des hôpitaux, des hôtels et des transports en commun. Les salariés qui y travaillent ont droit, en plus du salaire correspondant au travail effectué, à une indemnité égale au montant de ce salaire, à la charge de l’employeur.

« En instituant cette exception au chômage du 1er Mai, pour les établissements et services qui ne peuvent interrompre le travail en raison de la nature de leur activité, l’article L. 3133-6 du code du travail est rédigé en termes suffisamment clairs et précis pour permettre son interprétation, qui entre dans l’office du juge pénal, sans risque d’arbitraire », rappelle l’arrêt du 20 janvier 2015, de la Cour de cassation, Chambre criminelle.

Il convient d’analyser au cas par cas chaque situation de fait afin de déterminer si, en raison de la nature de l’activité, l’interruption du fonctionnement de l’entreprise le 1er Mai est ou non possible. Par conséquent, il n’y avait pas lieu de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel.

Le repos ou, à défaut, le salaire doublé sont protégés par la loi : toute contravention aux dispositions relatives au 1er Mai est passible d’une amende de 750 €, appliquée autant de fois qu’il y a de salariés indûment employés ou rémunérés. En cas de poursuite pénale, il appartient à l’employeur, qui a fait travailler des salariés, de démontrer que la nature de son activité ne lui permettait pas d’interrompre le travail le 1er Mai.

À défaut, l’employeur est condamné pour infraction : arrêt de la Cassation criminelle du 25 juin 2013 et arrêt de la Cassation criminelle du 8 février 2000 pour les magasins de jardinerie, arrêt de la Cassation criminelle du 14 mars 2006 pour les location de DVD, etc.

Remise en cause

Une proposition de loi présentée au Sénat, fin avril, vise à réduire le champ d’application de la règle du repos le 1er Mai. Le 28 avril, trois jours après son enregistrement, le gouvernement a engagé une procédure accélérée pour faire adopter ce texte. La proposition en faisant référence à l’article L. 3132-12 vise à appliquer au repos du 1er Mai des dérogations existantes pour contourner le repos dominical.

Cette proposition « visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er Mai » est en réalité destinée à permettre aux employeurs de certains établissements et services de faire travailler les salariés le 1er Mai. Ainsi, aucune disposition ne prévoit le volontariat des salariés pour travailler ce jour, même si la notion de volontariat dans les très petites entreprises est à apprécier avec prudence.

Son article unique prévoit de modifier le code du travail comme suit : dans les établissements et services « dont le fonctionnement ou l’ouverture est rendu nécessaire par les contraintes de la production, de l’activité ou les besoins du public, mentionnés à l’article L. 3132-12 » les salariés occupés le 1er mai ont droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire.

La proposition en faisant référence à l’article L. 3132-12 vise à appliquer au repos du 1er Mai des dérogations existantes pour contourner le repos dominical.

Interdiction de porter atteinte au repos des salariés

Cette proposition va à l’encontre de la jurisprudence de la Cour de cassation. Cette dernière rappelle de façon constante, notamment dans un arrêt de la Chambre criminelle du 14 mars 2006, que le code du travail n’institue aucune dérogation de principe au repos du 1er Mai en faveur des établissements et services bénéficiant du repos hebdomadaire par roulement.

L’exposé des motifs de cette proposition contenant plusieurs formulations ambiguës sur le plan juridique, certains points méritent d’être reprécisés.

« Ces règles sont d’ordre public, mais elles ne portent que sur les salariés. Ainsi, les personnes qui ne sont pas salariées et qui travaillent dans les boulangeries-pâtisseries peuvent naturellement faire le 1er Mai. », rappelle une réponse ministérielle du 20 mai 2025.

Sur la portée de l’interdiction de travail : ce qui est interdit par la loi, c’est de porter atteinte au repos des salariés. Il n’est pas interdit aux commerçants de travailler. Le boulanger peut ouvrir son commerce et vendre du pain s’il le souhaite, le fleuriste de même peut vendre du muguet. Dans l’entreprise familiale, le conjoint du chef d’entreprise peut également travailler ce jour-là.

Sur les dispositions conventionnelles applicables : la convention collective nationale de la boulangerie-pâtisserie mentionne « le 1erMai dont le régime est défini par la loi », sans contester le régime légal applicable.

Commerces et grandes surfaces

La proposition est présentée comme portant sur deux secteurs d’activité particuliers : les boulangeries et les fleuristes. Mais la formulation modifiée de l’article de loi envisagé va bien au-delà.

Comme indiqué dans la réponse ministérielle précitée :

« Le gouvernement est favorable à une évolution de la loi pour clarifier le cadre applicable et tenir compte à l’avenir, de manière pragmatique, des besoins sur certains secteurs spécifiques, dont fait partie le secteur de la boulangerie-pâtisserie. »

Une proposition de loi soutenue par le gouvernement remet en cause le repos du 1ᵉʳ Mai. Elle confirme la tendance, à la suite de la relaxe de cinq boulangers vendéens, le 25 avril 2O25, ayant fait travailler leurs salariés le 1ᵉʳ mai 2024.
PetrKovalenkov/Shutterstock

Cette proposition porte en germe la suppression généralisée dans le commerce du droit au repos le 1er Mai. Permettre de faire travailler les salariés le 1er Mai dans des commerces de proximité justifierait ensuite la demande d’ouverture et d’emploi de salariés par les grandes surfaces au nom de la concurrence « libre et non faussée ».

Une seconde proposition de loi concernant « les établissements de moins de dix salariés » s’inscrit dans la même démarche de remise en cause du repos.

Projet de société

Après la remise en cause du repos le dimanche, par la multiplication des dérogations depuis plusieurs années, après la facilitation du travail de nuit, l’ultime norme qui résiste encore serait à renverser pour satisfaire les besoins illimités du Marché.

Le repos le 1er Mai rappelle que la personne humaine ne peut être réduite à un Homo œconomicus, consommateur-travailleur. Ce temps de repos, prévu par le droit, permettant de pratiquer ses activités sociales, culturelles, de se consacrer à sa vie familiale, etc., signifie la nécessité d’une limite, la souveraineté de la limite pour faire société.

The Conversation

Michel Miné est membre de l’association RACSE – Réseau académique de la Charte sociale européenne

ref. Repos le 1er Mai (et jours fériés) : que dit le droit ? – https://theconversation.com/repos-le-1-sup-er-sup-mai-et-jours-feries-que-dit-le-droit-257404

Peut-on brûler toutes les réserves d’énergies fossiles et compenser en plantant des arbres ?

Source: The Conversation – Indonesia – By Alain Naef, Assistant Professor, Economics, ESSEC

Lorsque l’on parle d’atténuation du changement climatique, on pense souvent au fait de replanter des arbres, qui consomment du CO2, ou à des solutions techniques consistant à recapturer le gaz carbonique depuis l’atmosphère. Mais ces approches, si elles peuvent être intéressantes, sont irréalistes pour stocker le réchauffement, si on souhaite continuer à brûler des ressources fossiles jusqu’à épuisement.


Quand on prend l’avion, on nous offre souvent la possibilité de planter des arbres à l’autre bout de la planète pour compenser les émissions de notre vol. Un luxe qui permet aux quelques 2 à 4 % des habitants de la planète qui volent chaque année de réduire leur bilan carbone et soulager leur conscience. Mais que se passerait-il si on étendait ce luxe à toute notre économie ? Peut-on vraiment continuer à émettre du CO2 gaiement et espérer le compenser plus tard ? La question devient urgente alors que nous sommes actuellement au-dessus de 1,5 °C d’augmentation de température depuis l’ère industrielle.

Dans une nouvelle étude, nous montrons que compenser les émissions de CO2 coûte trop cher pour être une solution viable. Par exemple, si l’on souhaite capter directement le CO₂ dans l’air, le coût que cela représente est d’environ 1 000 € par tonne, selon les estimations des quelques projets existants, tels que le projet de Climeworks en Islande. La technologie fonctionne avec des ventilateurs géants qui aspirent directement le CO2 de l’air. Pour le mettre où ? Les Norvégiens ont débuté jeudi 12 juin l’installation d’une infrastructure de captage et de stockage du CO₂ sous le plancher océanique, opération marketing à l’appui. Cela parait idéal pour continuer à polluer, tout en n’affectant pas la planète.


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Les estimations dans notre étude montrent que les 200 plus grandes entreprises pétrolières produiraient environ 673 gigatonnes de CO2 en brûlant leurs réserves de pétrole, gaz et charbon. Ces réserves sont inscrites dans leurs rapports annuels et il s’agit de la base de leur valorisation financière. Leurs actionnaires savent que c’est grâce à ces réserves qu’ils ont une certaine capitalisation boursière plutôt qu’une autre.

La capture et le stockage du carbone ? Hors de prix

Le problème, comme le montre notre étude, est que pour compenser les réserves actuelles des entreprises de gaz, pétrole et charbon, cela coûterait environ 673 700 milliards d’euros, soit presque sept fois le PIB mondial. Cela implique que si l’on souhaite continuer à polluer jusqu’à avoir épuisé les réserves d’énergies fossiles, nous devrions payer l’équivalent de sept ans de toute la production mondiale. À ce prix là, autant ne pas polluer.

À l’échelle des entreprises fossiles, le calcul ne serait pas rentable non plus. Pour Total Énergie, qui possède des réserves d’environ 4,25 gigatonnes de CO2 en réserves, c’est trop cher. À 1 000 € la tonne, Total devrait payer environ 4 253 milliards d’euros. C’est presque 34 fois sa valeur boursière, qui s’élève aujourd’hui à environ 126 milliards d’euros.

Dans notre étude, nous appelons cela la valeur environnementale nette, c’est-à-dire la valeur d’une entreprise fossile une fois le CO2 contenu dans ses réserves compensées. Dès que le prix pour compenser une tonne de CO2 dépasse les 150 dollars, la valeur environnementale nette des 200 plus grandes entreprises du secteur des énergies fossiles devient négative. En d’autres termes, si les entreprises fossiles devaient compenser leurs émissions, elles mettraient toutes la clé sous la porte. Heureusement pour elles, aucune législation en ce sens ne s’applique pour le moment. Certaines l’ont compris et ont commencé à investir dans des technologies génératrices d’énergie verte.

Planter des arbres ? Il faudrait recouvrir au moins toute l’Amérique du Nord !

Il existe cependant des solutions plus abordables, comme celle qu’on nous propose à bord des avions notamment : planter des arbres. Selon une étude de l’OCDE, le prix est minime puisqu’il s’élève à environ 16 dollars la tonne. Ce coût infime s’entend sans le prix du terrain : planter des arbres à Manhattan est probablement plus cher.

Les arbres sont en effet généralement composés à moitié de carbone. Pour de nombreuses espèces d’arbres, cette séquestration est la plus efficace pendant les vingt premières années de croissance. Mais pour que la plantation d’arbres capture du carbone, il faut bien sûr éviter qu’ils soient ensuite coupés ou brûlés, ce qui relâcherait à nouveau tout le carbone séquestré. Et il faut éviter de les planter dans un lieu où cela pourrait perturber l’écosystème déjà en place… Pouvons-nous donc sauver la planète en plantant des arbres ?

Dans notre étude, nous avons utilisé les moyennes de captures de carbone par les arbres, en fonction des régions où ils seraient plantés, d’ici à 2050. Si l’on voulait compenser les émissions potentielles de l’ensemble des réserves de gaz, pétrole et charbon, il faudrait planter des arbres sur une très grande surface, qui dépend des régions du monde (certaines étant plus propices que d’autres à la séquestration du carbone). Une de nos estimations est qu’il faudrait couvrir environ 27 millions de kilomètres carrés, soit l’entièreté de l’Amérique du Nord et centrale, ainsi qu’une partie de l’Amérique du Sud. Cela impliquerait de remplacer toutes les constructions, les routes, les lacs, et de planter des arbres partout, et sans compter ceux qui poussent déjà.

Bien que l’idée est absurde, la carte ci-dessous permet de se représenter la surface que cela représente. En d’autres termes, même si la plantation d’arbres peut être une bonne forme de capture de carbone, la solution n’est pas viable si on regarde les étendues des réserves de gaz, pétrole et charbon actuellement en possession des entreprises fossiles.

Et si on pousse cette idée encore plus loin, en voulant planter suffisamment d’arbres pour compenser le CO2 déjà émis au cours de l’histoire, il faudrait cette fois transformer en forêt géante non seulement l’Amérique du Nord, mais aussi l’Europe et presque toute l’Afrique, de la côte méditerranéenne jusqu’au Zimbabwe.

Des solutions utiles, mais invraisemblables sans changements profonds de nos émissions

On voit donc que la compensation carbone n’est pas une baguette magique. Si l’on veut le faire avec de la technologie, le prix actuel est bien trop élevé. De plus, il faut transporter le carbone de son lien d’émission vers le lien de stockage, par exemple de la France vers la Norvège, ce qui génère également des émissions. Les solutions naturelles sont bien sûr à favoriser, telles que la plantation d’arbres.

Mais là aussi la place manque. La solution ? Arrêter les émissions, bien sûr. Et pour les secteurs difficiles à décarboner, comme la métallurgie, l’industrie chimique ou l’agriculture, il faut d’abord diminuer les activités polluantes, et compenser pour celles qui demeurent nécessaires. La compensation carbone doit donc rester un joker à utiliser en dernier recours, et non la solution par défaut, pour réduire les émissions humaines dans un monde à +1,5 C° et qui continue de se réchauffer.

The Conversation

Alain Naef a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

ref. Peut-on brûler toutes les réserves d’énergies fossiles et compenser en plantant des arbres ? – https://theconversation.com/peut-on-bruler-toutes-les-reserves-denergies-fossiles-et-compenser-en-plantant-des-arbres-259330

Éclairer la ville ou protéger la biodiversité : faux dilemme

Source: The Conversation – Indonesia – By Léa Tardieu, Chercheuse en économie de l’environnement, Inrae

La pollution lumineuse affecte les écosystèmes et la santé humaine, comme le montre cette image satellitaire de l’agglomération de Montpellier de nuit. Image acquise le 26 août 2020 par Jilin-1 de CGsatellite et distribuée par La TeleScop, Fourni par l’auteur

La pollution lumineuse a de nombreux effets délétères. Elle menace la biodiversité, la santé humaine et même les observations astronomiques. Pour être efficaces, les mesures mises en place doivent toutefois dépasser l’opposition binaire entre éclairage ou extinction des feux. L’enjeu est de s’adapter à chaque situation locale.


La pollution lumineuse a considérablement augmenté ces dernières années (d’au moins 49 % entre 1992 et 2017) et continue de croître à un rythme alarmant (7 à 10 % par an). Cette progression rapide est due à la multiplication des sources de lumière artificielle, née de l’expansion urbaine et des changements dans le spectre lumineux des éclairages (couleurs plus froides qui affectent davantage les insectes, par exemple). L’effet rebond du passage à la technologie LED, qui permet d’éclairer davantage pour le même coût, aggrave la situation en multipliant les points lumineux.

Or, la lumière artificielle nocturne a de nombreux effets néfastes, désormais bien démontrés par la communauté scientifique. Elle pèse sur la biodiversité, sur la santé humaine, sur la recherche en astronomie et même, indirectement, sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) du fait de la consommation d’énergie accrue que représente l’éclairage.

Les discours autour de l’éclairage sont aujourd’hui réduits à une logique de « tout ou rien » selon que l’on cherche à privilégier les résidents ou la biodiversité. Dépasser cette binarité est tout l’enjeu de l’étude que nous avons publiée dans Nature Cities.

Celle-ci montre que des compromis entre biodiversité et société sont possibles, mais qu’aucune politique uniforme ne sera efficace. Seule une politique d’éclairage nocturne pensée au niveau local, pour chaque point d’éclairage, adaptée au contexte environnemental et social, permettra de concilier les besoins des uns et des autres. Ceux-ci sont parfois concomitants, et parfois antagonistes.

Les multiples ravages de la pollution lumineuse

En matière de biodiversité, tout d’abord, les éclairages nocturnes perturbent une large gamme de taxons (groupes d’espèces) nocturnes comme diurnes.

Ils masquent en effet les cycles naturels d’alternance jour-nuit. La nuit constitue un habitat pour les espèces nocturnes – et représente un temps de repos pour les espèces diurnes. La nuit représente en quelque sorte une face cachée trop souvent oubliée des politiques environnementales.


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Les effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité ont pourtant été documentés à différents niveaux : à l’échelle individuelle (altérations de la physiologie, du comportement reproductif, alimentaire ou d’orientation), à l’échelle communautaire (impacts sur les interactions de compétition et de prédation), et même à l’échelle des écosystèmes. Elle affecte par exemple les processus de pollinisation, la diversité des plantes ou encore le fonctionnement des récifs coralliens tempérés et tropicaux.

Mais la pollution lumineuse représente aussi un enjeu de santé publique. Elle interfère avec les rythmes circadiens et la production de mélatonine chez l’humain, affectant ainsi les cycles de sommeil, l’éveil, les habitudes alimentaires et le métabolisme.

Elle interfère aussi avec les observations astronomiques en diminuant la visibilité des étoiles à l’œil nu. De 250 aujourd’hui en moyenne, elle pourrait chuter à seulement 100 d’ici dix-huit ans. Lorsqu’on ne peut admirer que 200 étoiles dans une ville comme Milan (Italie), un lieu non pollué en offre à nos yeux environ 2 000. Non seulement cette disparition détériore les observations scientifiques astronomiques, mais elle abîme aussi le lien culturel qui nous unit à la nuit.

La Voie lactée depuis l’observatoire de Paranal (désert d’Atacama, nord du Chili), où se trouve le Very Large Telescope (VLT). La lueur rouge à droite est due au halo de la ville d’Antofagasta, bien visible malgré sa distance, 100 kilomètres plus au nord.
Bruno Gilli/ESO, CC BY, CC BY-NC-SA

Enfin, l’éclairage associé à la pollution lumineuse est une source de consommation excessive d’énergie qui génère des émissions de CO2. La consommation énergétique liée à l’éclairage artificiel représente environ 2 900 térawattheures (TWh), soit 16,5 % de la production mondiale annuelle d’électricité et environ 5 % des émissions de CO2. Cela fait de ce secteur un enjeu incontournable pour tenir les objectifs de l’accord de Paris.

Restaurer les paysages nocturnes, un enjeu politique

La restauration des paysages nocturnes est pourtant possible, et cela, même dans les grandes villes. Cela requiert toutefois une volonté politique : il s’agit à la fois de sensibiliser à ces enjeux, mais aussi de prendre des décisions qui ne soient pas exclusivement dictées par le coût énergétique de l’éclairage et d’orienter l’urbanisme vers des systèmes d’éclairage plus durables.

Des politiques ambitieuses, aux niveaux mondial comme local, sont donc indispensables pour réduire et atténuer significativement la pollution lumineuse. Dans certains pays tels que la France, la législation nationale prescrit des mesures et des seuils d’ajustement de l’éclairage public pour éclairer plus directement les zones cibles et réduire le halo lumineux (arrêté du 27 décembre 2018 ou la nouvelle proposition de loi pour la préservation de l’environnement nocturne).

Certaines sources lumineuses artificielles peuvent avoir une température de couleur (indiquée en Kelvin, comme une température) qui se rapproche de celle de la lumière du jour.
Wikimedia, CC BY-SA

Toutefois, le respect des seuils réglementaires en termes de température de couleur, d’intensité lumineuse ou d’extinction, demeure à ce stade à la discrétion des élus locaux. La proposition de loi envisage de donner cette compétence à l’Office français de la biodiversité (OFB). Ce qui interroge, étant donné les fonctions dont il a déjà la charge, les entraves croissantes que ses agents rencontrent dans l’exercice de leur travail, et les récents appels à sa suppression.

Dépasser les arbitrages du « tout ou rien »

Certes, il ne peut être ignoré que le contexte urbain représente un défi pour les urbanistes. Ces derniers doivent, potentiellement, arbitrer entre les préférences des habitants et les besoins de la biodiversité.

« Potentiellement », car la majeure partie des mesures de réduction de la pollution lumineuse sont reçues positivement par la population. La résistance (ou la perception d’une résistance) au changement, liée à des raisons de sécurité, et cristallisée autour de l’extinction, constitue souvent le principal obstacle à leur mise en œuvre pour les élus locaux. Elle constitue aussi le principal argument pour faire machine arrière.

Notre étude publiée dans Nature Cities a été menée dans la métropole de Montpellier Méditerranée (3M), qui regroupe 31 communes, 507 526 habitants, et qui enregistre la plus forte croissance démographique de France (1,8 % par an).

La pollution lumineuse émise y est particulièrement problématique en raison de sa proximité avec le Parc national des Cévennes, l’un des six parcs français labellisés réserves internationales de ciel étoilé (Rice).

S’adapter localement aux besoins

Nous développons, dans l’étude, une analyse spatiale qui porte sur deux aspects :

  • les besoins des espèces en matière de réduction de la pollution lumineuse, d’une part,

  • et l’acceptabilité des habitants face aux changements d’éclairage de l’espace public, d’autre part.

Les besoins des espèces ont été évalués à partir d’images satellites multispectrales (c’est-à-dire, évalués dans plusieurs longueurs d’onde du spectre lumineux) à très haute résolution spatiale.

Ceci permet de délimiter deux dimensions de la pollution lumineuse :

  • le niveau d’émission lumineuse qu’émet chaque lampadaire vers le haut (la radiance),

  • et le nombre de points lumineux visibles, pour un observateur placé à 6 mètres de haut, compte tenu des objets présents dans l’espace (p.ex. : immeubles, arbres, etc.).

Nous prédisons ensuite, à partir de savoirs d’experts locaux et d’inventaires naturalistes, la connectivité du paysage (c’est-à-dire, la capacité des espèces à traverser le paysage pour passer d’un milieu habitable à un autre), avec et sans pollution lumineuse, pour six groupes d’espèces particulièrement sensibles à la pollution lumineuse ou d’intérêt pour la région. Il s’agissait ici : des insectes inféodés aux milieux humides et des Lampyridae, de deux groupes de chiroptères (chauves-souris), Rhinolophus et Myotis, d’un groupe d’espèces d’amphibiens Pelodytes, Pelobates et Epidalea calamita, et de l’engoulevent d’Europe, (qui appartient à une famille d’oiseaux nocturnes, ndlr).

Ceci a été mené en collaboration avec trois associations d’experts naturalistes : l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie), la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Groupe chiroptères du Languedoc-Roussillon.

Cela nous a permis, d’abord, de classer les points d’éclairage selon l’urgence à réduire la pollution lumineuse pour protéger la biodiversité. Les préférences citoyennes face à différentes mesures de réduction de la pollution lumineuse (réduction de l’intensité, extinction sur différentes périodes de la nuit, changement de couleur, etc.) ont ensuite été cartographiées à partir des résultats d’une vaste expérience de choix, c’est-à-dire une enquête durant laquelle les individus sont amenés à choisir, parmi plusieurs scénarios composites, leur option préférée. Celle-ci a été menée auprès de 1 148 habitants de la métropole.

Nous avons, enfin, croisé les besoins de la biodiversité et des citoyens pour identifier les actions sur l’éclairage public mutuellement bénéfiques et celles qui nécessitent des compromis. Les résultats ont été intégrés dans une application interactive, SustainLight, destinée à aider les décideurs et les citoyens à explorer les différentes situations possibles.

Adapter les stratégies à chaque territoire

Trois situations principales ressortent de notre analyse :

  • Certains quartiers comportant des enjeux forts pour la biodiversité peuvent bénéficier de réductions rapides de la pollution lumineuse avec le soutien des habitants.

  • Dans d’autres, situés en zones urbaines centrales avec des enjeux écologiques modérés, certaines mesures de réduction (par exemple le changement de couleur, la baisse de l’intensité, l’ajustement de la directivité/direction des luminaires pour qu’ils éclairent plus directement le sol) semblent être mieux reçues que des extinctions.

  • Des quartiers à forts enjeux écologiques, enfin, sont marqués par une forte résistance du public aux mesures d’extinction. Dans ce cas, il est possible d’avoir un éclairage plus respectueux de la biodiversité en adoptant les mesures mentionnées ci-dessus. Cela peut être accompagné d’actions de sensibilisation pour informer les résidents des multiples effets néfastes de la pollution lumineuse.

Nos travaux confirment que, pour être efficaces dans la préservation de la biodiversité contre la pollution lumineuse, les politiques d’éclairage durable doivent être socialement acceptées et tenir compte des besoins à la fois de la biodiversité et de la société.


Sarah Potin, Vincent Delbar et Julie Chaurand, de la start-up La Telescop, ont contribué à la rédaction de cet article.

The Conversation

Léa Tardieu est chercheuse à l’UMR TETIS et associée à l’UMR CIRED. Elle est membre du GDR 2202 Lumière & environnement nocturne (LUMEN) et de l’Observatoire de l’Environnement Nocturne du CNRS. Léa a reçu des financement de la Région Occitanie (projet Readynov Pollum).

Chloé Beaudet est membre du GDR 2202 Lumière & environnement nocturne (LUMEN) et de l’Observatoire de l’Environnement Nocturne du CNRS. Elle a reçu des financement de la Région Occitanie (projet Readynov Pollum).

Léa Mariton est membre du GDR 2202 Lumière & environnement nocturne (LUMEN) et de l’Observatoire de l’Environnement Nocturne du CNRS.

Maia David a reçu des financements de l’INRAE et AgroParisTech en tant que chercheuse à l’UMR Paris-Saclay Applied Economics (PSAE).

ref. Éclairer la ville ou protéger la biodiversité : faux dilemme – https://theconversation.com/eclairer-la-ville-ou-proteger-la-biodiversite-faux-dilemme-254904

Qu’est-ce que la « civilisation écologique » que revendique le pouvoir chinois ?

Source: The Conversation – Indonesia – By Virginie Arantes, Postdoctoral Researcher – Projet Chine CoREF, CNRS/EHESS (CECMC), Université Libre de Bruxelles (ULB)

Cette photo, prise le 5 avril 2025, montre un troupeau de cerfs du père David (_Elaphurus davidianus_) marchant sous des panneaux solaires dans une réserve naturelle de Yancheng (province de Jiangsu, est de la Chine).
AFP (hors Chine/China out), CC BY

Depuis 2007, les dirigeants chinois affirment mettre en place une « civilisation écologique ». Lorsque l’on regarde la décarbonation comme la réduction des gaz à effet de serre, alors que les États-Unis reculent, la Chine, elle avance… mais vers quelle écologie ?


Le 23 avril 2025, lors de la réunion des dirigeants sur le climat et la transition juste, [organisée par le président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva et le secrétaire général de l’ONU António Guterres, ndlr], Xi Jinping appelait à défendre « le système international centré sur l’ONU » et à « tenir le cap du développement vert et bas carbone », dénonçant au passage les grandes puissances qui « s’obstinent à porter l’unilatéralisme et le protectionnisme ».

Dans un contexte où les États-Unis annoncent, pour la seconde fois, leur retrait de l’accord de Paris, la Chine se présente comme une actrice centrale de la transition verte, promettant la neutralité carbone d’ici 2060 et faisant de la « civilisation écologique » la nouvelle boussole de son développement.

Mais que se cache réellement derrière cette expression, si souvent mentionnée dans les discours officiels ? Est-ce le signe d’une prise en compte accrue des enjeux environnementaux ? ou bien l’expression d’une vision stratégique, dans laquelle écologie, développement et gouvernance sont étroitement articulés ? Retour sur ce terme devenu un des piliers du pouvoir chinois actuel.

Un concept né dans l’urgence environnementale

La notion de « civilisation écologique » apparaît pour la première fois dans les discours du Parti communiste chinois (PCC) sous la présidence de Hu Jintao, en 2007. À l’époque, le concept est encore flou, mais il renvoie déjà à une réalité bien concrète : une Chine confrontée à une crise environnementale sans précédent.

De fait, plus de 60 % des grands fleuves sont gravement pollués, 90 % des cours d’eau urbains contaminés, et plus de 300 millions de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre. Les « villages cancers » se multiplient, les mobilisations contre les barrages, les incinérateurs ou les complexes chimiques inquiètent les autorités. En 2013, un haut responsable du Parti reconnaît publiquement que les questions environnementales sont devenues l’une des principales causes des « incidents de masse », ces protestations collectives inquiètent le pouvoir central.

Selon Yang Chaofei, vice-président de la Société chinoise des sciences de l’environnement, les conflits environnementaux augmentaient déjà de 29 % par an entre 1996 et 2011, et si le gouvernement cesse rapidement de publier les chiffres, les estimations de Sun Liping, professeur à l’Université Tsinghua, évoquent jusqu’à 180 000 protestations en 2010, dont une part importante liée à l’environnement.


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Transformer une urgence en projet national

Dans ce contexte, la notion de « civilisation écologique » ne naît pas d’une révélation éthique soudaine mais d’une tentative de réponse politique à une crise sociale et écologique devenue impossible à ignorer. Le China Daily, quotidien officiel en langue anglaise publié par le gouvernement chinois, avertit dès 2007 que ce concept ne doit pas rester un slogan, mais un moteur de changement réel.

Longtemps restée périphérique, l’idée prend de l’ampleur à partir de 2012 lorsque Hu Jintao, à la tête de la Chine de 2003 à 2013, inscrit la « civilisation écologique » parmi les cinq grandes missions stratégiques du Parti, aux côtés du développement économique, politique, social et culturel. Mais c’est sous Xi Jinping, qui lui a succédé et qui est toujours au pouvoir aujourd’hui, qu’elle devient un levier central de gouvernance.

Elle est ainsi intégrée au 13e plan quinquennal en 2015, érigée en objectif stratégique au 19e Congrès du Parti en 2017, puis inscrite dans la Constitution en 2018.

L’écologie au service de la modernisation socialiste

Xi Jinping la place également dans une lecture historique continue de la modernisation chinoise : Mao aurait permis le passage de la civilisation agricole à la civilisation industrielle, Deng Xiaoping, à la tête du régime chinois de 1978 à 1989, aurait instauré une civilisation matérielle, et lui-même porterait désormais une civilisation écologique.

Mais cette écologie ne vise pas à ralentir la croissance. Elle sert au contraire à la rediriger vers : les énergies renouvelables, les hautes technologies vertes, les industries dites « propres », les zones expérimentales, les villes intelligentes. La Chine veut devenir une puissance verte, capable de combiner développement économique, stabilité sociale et rayonnement international.

Concrètement, cette stratégie s’est traduite par des investissements massifs dans les infrastructures vertes. À elle seule, la Chine représente désormais un tiers des capacités mondiales en énergies renouvelables. En 2024, elle a battu un record en installant 357 gigawatts (GW) de solaire et d’éolien, franchissant ainsi, dès maintenant, son objectif de 1 200 GW fixé pour 2030, avec six ans d’avance. Cette progression fulgurante correspond à une hausse annuelle de 45 % pour le solaire et de 18 % pour l’éolien.

Cette expansion a permis de compenser une grande partie de la croissance énergétique, si bien que les émissions de CO2 sont restées inférieures à celles de l’année précédente pendant dix mois consécutifs, malgré une hausse annuelle globale estimée à 0,8 %. Ce rebond s’explique par la reprise post-Covid et une demande exceptionnelle en début d’année, notamment liée à des vagues de chaleur record qui ont perturbé la production hydroélectrique, forçant le recours accru au charbon. Mais ce succès masque une autre réalité : l’effort climatique chinois reste avant tout technocentré, peu redistributif, et fortement dépendant de logiques industrielles lourdes, comme le charbon ou la chimie, qui continuent de croître.

Le système national d’échange de quotas d’émissions (ETS), lancé en 2021, est déjà le plus grand du monde en volume couvert. En 2024, la Chine a représenté près de 60 % des ventes mondiales de voitures électriques. Elle produit environ 75 % des batteries lithium-ion mondiales.

Si certains analystes estiment que la Chine pourrait avoir atteint son pic d’émissions en 2024, les autorités, elles, maintiennent le cap officiel d’un pic « avant 2030 » et n’ont pour l’heure annoncé aucune inflexion.

Dans son allocution de 2025 sur la transition juste, Xi associe transition climatique, réduction des inégalités et leadership global. Ce discours achève de consacrer la « civilisation écologique » non seulement comme un objectif de politique publique, mais comme un projet de civilisation, intégré à la trajectoire historique du Parti et présenté comme la voie chinoise vers la modernité durable.

Comprendre la « civilisation écologique » aujourd’hui

Aujourd’hui, la « civilisation écologique » fait partie intégrante du socle idéologique du régime chinois sous Xi Jinping. Si le terme peut paraître abstrait, voire poétique, il renvoie pourtant à un projet très concret, qui structure les politiques publiques, les plans de développement, les discours diplomatiques et l’appareil doctrinal du Parti.




À lire aussi :
Lancement de la mission Tianwen-2 : comprendre la politique spatiale de la Chine. Une conversation avec Isabelle Sourbès-Verger


Il ne s’agit pas d’une écologie citoyenne ou militante, encore moins participative. La « civilisation écologique » telle qu’elle est pensée en Chine propose une transition verte entièrement pilotée par l’État, centralisée, planifiée, hiérarchisée. Elle promet un verdissement du développement sans en transformer les fondements productivistes ni ébranler le monopole du Parti : c’est une transition par le haut, sans rupture. La nature y est conçue comme une ressource stratégique, un capital à valoriser, un levier d’accumulation et de puissance nationale.

Dans ce cadre, protéger l’environnement ne signifie pas ralentir le développement, mais le réorienter. Le mot d’ordre est de produire autrement, pas moins. Miser sur les technologies vertes, les « zones modèles », les villes intelligentes, à l’image de la nouvelle ville de Xiong’an, conçue comme un laboratoire de modernité écologique par les autorités. Une réorganisation qui, tout en intégrant le vocabulaire écologique, préserve les logiques productivistes.

Si l’on peut observer et commenter toute cette mise en action, il n’existe cependant pas, à proprement parler, de définition unique de ce qu’est la « civilisation écologique » dans les textes officiels. Plusieurs tentatives de clarification ont cependant vu le jour dans les médias proches du pouvoir ou dans les textes de vulgarisation. En 2018, un article publié sur des médias officiels la présentent comme une étape éthique et culturelle succédant à la civilisation industrielle. Elle y est décrite comme fondée sur l’harmonie entre l’homme, la nature et la société, et sur une transformation profonde des modes de vie, de production et de gouvernance. Cette vision dépasse le simple cadre chinois : elle se veut universelle, mais en partant d’une base nationalement définie.

Dans ses discours récents, Xi Jinping affirme lui que la civilisation écologique représente la quatrième grande transformation de l’histoire humaine, après les civilisations primitive, agricole et industrielle. Elle naîtrait de la crise écologique mondiale engendrée par l’industrialisation et proposerait un nouveau paradigme, qui n’abolit pas l’industrie, mais l’intègre dans une logique écologique de long terme.

Dans les discours officiels, ce tournant est présenté comme une contribution intellectuelle au marxisme contemporain. Xi insiste sur le fait que la nature ne doit plus être considérée uniquement comme un décor ou une ressource passive, mais comme une force productive à part entière. Le slogan désormais célèbre selon lequel « les eaux limpides et les montagnes verdoyantes sont des montagnes d’or et d’argent » devient dans ce cadre une véritable théorie de la valeur écologique.

La richesse ne se mesure plus uniquement en production humaine, mais aussi en valeur ajoutée naturelle. Une forêt non exploitée, un fleuve propre, un écosystème équilibré deviennent des actifs économiques valorisables. Cette idée traverse aujourd’hui les discours sur la finance verte, la comptabilité environnementale, ou les marchés du carbone, qui prennent une place croissante dans les politiques publiques chinoises. L’instauration en 2021 d’un réseau national de parcs, dont celui du panda géant ou de la forêt tropicale de Hainan, illustre cette volonté de faire du vivant un capital à la fois écologique, économique et symbolique.

Une écologie d’État aux contours mouvants

La « civilisation écologique » n’est donc pas simplement un concept environnemental parmi d’autres. C’est une forme de gouvernance verte aux contours mouvants, qui mêle planification, contrôle, innovation technologique et ambition civilisationnelle. Elle combine gestion centralisée, récit de puissance, et ambitions géopolitiques.

La « civilisation écologique » est autant une promesse de durabilité qu’un projet de souveraineté verte destiné à concurrencer les modèles occidentaux. Mais son avenir, comme celui de la transition écologique mondiale, reste suspendu à une question centrale : jusqu’où peut-on verdir un modèle de développement sans en changer les fondements ?

The Conversation

Virginie Arantes a reçu des financements du Fonds de la Recherche Scientifique – FNRS (Belgique).

ref. Qu’est-ce que la « civilisation écologique » que revendique le pouvoir chinois ? – https://theconversation.com/quest-ce-que-la-civilisation-ecologique-que-revendique-le-pouvoir-chinois-257389