Ce que l’accès aux toilettes publiques révèle des inégalités de genre dans les villes

Source: The Conversation – in French – By Belen Martinez, Research Fellow, Centre for Regional Economic and Social Research, Sheffield Hallam University


L’ESSENTIEL

  • Dans les gares, dans les festivals ou sur les stations d’autoroutes, accéder aux toilettes relève pour les femmes de l’épreuve de patience.

  • Le design uniformisé des toilettes publiques cache des normes de genre qui produisent des inégalités.

  • Loin d’être triviale, la question des sanitaires interroge la conception des espaces urbains.


Vous souvenez-vous de la dernière fois que vous avez dû faire la queue pour aller aux toilettes ? Si plusieurs exemples vous viennent immédiatement à l’esprit, il y a de fortes chances que vous ayez été dans la file d’attente des femmes. Que ce soit dans les théâtres, les aéroports, les centres commerciaux ou les festivals, le constat est le même : les hommes entrent et sortent des toilettes sans difficulté, sans presque jamais attendre, tandis que les femmes doivent patienter dans de longues files.

Dans la plupart des bâtiments publics, l’espace réservé aux toilettes est réparti en fonction de la superficie, ce qui attribue aux hommes et aux femmes un espace à peu près égal. Bien que cela puisse paraître équitable, des études sur le genre et la conception des toilettes ont montré qu’une superficie égale ne garantit pas l’égalité de l’accès. Cette conception part du principe que les hommes et les femmes utiliseraient les toilettes de la même manière et pendant la même durée, et c’est celle qui prévaut dans la plupart des toilettes publiques.

Design uniformisé, inégalités d’accès

Les toilettes pour hommes combinent généralement des cabines et des urinoirs, qui prennent moins de place et permettent une utilisation plus rapide. Les toilettes pour femmes ne comportent que des cabines ; ainsi, même lorsque les deux types d’installations occupent la même surface, celles destinées aux hommes peuvent servir à davantage d’usagers.

Le temps joue également un rôle. Les femmes mettent généralement plus de temps car elles doivent s’asseoir plutôt que rester debout, portent souvent des vêtements plus complexes à enlever et remettre, elles peuvent avoir leurs règles, être enceintes et sont plus susceptibles de souffrir de troubles tels que l’incontinence ou des infections urinaires.

De nombreuses normes de conception reposent encore sur le modèle du « corps masculin par défaut », qui suppose une utilisation rapide des toilettes, en position debout et avec un temps de passage minimal. Lorsque les espaces sont aménagés en fonction du corps et des habitudes des hommes, les retards sont facilement imputés au comportement des femmes – qui « prendraient trop de temps » – plutôt qu’à un problème dans la conception même des toilettes.

La conséquence la plus visible de ces normes d’aménagement est la file d’attente devant les toilettes pour femmes. Mais, comme le montre ma recherche, cela peut également avoir des répercussions économiques et sanitaires. Pour les travailleurs mobiles, comme les chauffeurs de taxi, le temps passé à faire la queue est du temps perdu pour gagner leur vie.

Un coût économique

Et il ne s’agit pas seulement de la longueur de la file d’attente : le simple fait d’installer des toilettes publiques est déjà un choix d’aménagement qui a davantage de conséquences pour les femmes que pour les hommes, qui peuvent plus facilement trouver un endroit où se soulager lorsqu’ils en ont besoin.

Pour la plupart des femmes, faire la queue pour aller aux toilettes est un désagrément certes, mais qu’elles jugent mineur et intègrent dans leur quotidien sans y prêter vraiment attention. Cependant, lors de mes recherches sur les femmes chauffeurs de taxi en Espagne, j’ai réalisé que ces inégalités en matière de toilettes pouvaient avoir des conséquences plus graves.

Lorsque je leur ai demandé quels étaient les aspects frustrants de leur métier, leur première réponse n’était presque jamais la circulation, les passagers difficiles ou les longues journées de travail, mais bien les toilettes. Trouver des toilettes pendant leur service exigeait souvent une organisation minutieuse et de longues attentes, entraînant une perte de revenus, alors que leurs collègues masculins ne s’absentaient pas plus de quelques minutes pour les mêmes raisons.

Rosario, une conductrice Uber de 26 ans, a qualifié les pauses toilettes pendant son service de « drame du métier » ! Comme beaucoup d’autres conductrices ayant participé à mon étude, elle a expliqué qu’elle planifiait son itinéraire en fonction des toilettes dont elle connaissait l’emplacement. D’autres ont indiqué qu’elles évitaient de boire de l’eau pour ne pas avoir à s’arrêter « tout le temps », tandis que certaines ont établi un lien entre des infections urinaires récurrentes et le fait de « se retenir trop longtemps ».

Ces stratégies deviennent toutefois inopérantes en période de règles. Comme l’explique Juana :

« Il faut s’organiser et s’obliger à s’arrêter. Après une course, au lieu de se rendre directement à une station de taxis pour prendre un nouveau client, il faut se rendre dans une station-service pour pouvoir d’abord aller aux toilettes. »

Des normes de genre implicites

Des recherches ont depuis longtemps démontré que les toilettes publiques ne sont pas des infrastructures neutres, mais qu’elles reflètent des présupposés plus profonds quant aux corps et aux comportements considérés comme la norme. En particulier, les normes de pudeur et d’intimité impliquent que les femmes soient censées utiliser des cabines fermées, tandis que les installations destinées aux hommes privilégient la rapidité et l’efficacité grâce à des urinoirs ouverts.

Des recherches ont depuis longtemps démontré que les toilettes publiques ne sont pas des infrastructures neutres, mais qu’elles reflètent des présupposés plus profonds quant aux corps et aux comportements considérés comme la norme. En particulier, les normes de pudeur et d’intimité impliquent que les femmes soient censées utiliser des cabines fermées, tandis que les installations destinées aux hommes privilégient la rapidité et l’efficacité grâce à des urinoirs ouverts.

Il est également plus facile d’un point de vue anatomique – et souvent socialement plus accepté – pour les hommes d’uriner au bord d’une route ou ailleurs lorsqu’il n’y a pas de toilettes publiques à disposition.

Si l’intimité des femmes fait l’objet d’une attention particulière dans la conception des toilettes, il n’en va pas de même de leur temps. Les recherches consacrées à la « parité en matière de toilettes » (« toilet parity ») montrent qu’une augmentation du nombre de cabines ou la création de cabines non genrées permet de réduire considérablement les files d’attente des femmes, avec un impact minime sur celles des hommes. Des expérimentations menées lors de grands événements, notamment avec l’installation d’urinoirs conçus pour les femmes, montrent qu’une réflexion sur la capacité d’accueil des sanitaires peut pratiquement éliminer les temps d’attente.

Pour les femmes ayant participé à mon étude, la quête frustrante d’un accès à des toilettes ne relève pas seulement de l’attente, mais aussi de la dignité et du droit d’occuper l’espace urbain sur un pied d’égalité. En ce sens, les toilettes indiquent de manière discrète mais éloquente pour qui l’espace public est réellement conçu, et quelles sont les personnes dont les corps sont censés s’adapter, encore aujourd’hui.

The Conversation

Belen Martinez a reçu des financements de l’Economic and Social Research Council (ES/P00072X/1).

– ref. Ce que l’accès aux toilettes publiques révèle des inégalités de genre dans les villes – https://theconversation.com/ce-que-lacces-aux-toilettes-publiques-revele-des-inegalites-de-genre-dans-les-villes-288744

Pourquoi a-t-on envie de manger du salé au bord de la mer ?

Source: The Conversation – in French – By José Miguel Soriano del Castillo, Catedrático de Nutrición y Bromatología del Departamento de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universitat de València

À la plage, les produits apéritifs, les snacks ou les fruits secs peuvent apporter des quantités élevées de sel dans un volume réduit. Davizro Photography/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Nous avons souvent envie de salé lors de pique-niques à la plage ou d’apéritifs en terrasse au bord de la mer.

  • La transpiration, le besoin de sodium et la soif n’expliquent qu’en partie pourquoi la mer est associée aux aliments salés.

  • Le cerveau, qui guide les sens et la mémoire, ainsi qu’une culture gastronomique construite autour du sel jouent aussi un rôle.


Certaines scènes semblent faire partie d’un souvenir collectif : une table face à la mer et une boisson fraîche accompagnée d’olives, de pommes de terre, de fruits secs, de sardines, d’une omelette ou d’une portion de calamars. Parfois, nous n’avons même pas très faim, mais l’ambiance semble nous pousser vers le salé.

Est-ce simplement une habitude ? Cela répond-il à un besoin de l’organisme ? Ou bien la mer éveille-t-elle d’une certaine manière l’appétit pour le sel ?

Le corps s’exprime lui aussi : transpiration, sodium et soif

Le premier suspect, c’est la transpiration. À la plage, on marche, on nage, on joue, on prend le soleil et, même quand la brise dissimule ce phénomène, on perd de l’eau et des électrolytes. Parmi ces derniers, figure le sodium, qui se révèle essentiel pour maintenir l’équilibre hydrique, transmettre les impulsions nerveuses et permettre le bon fonctionnement musculaire.

Lorsque l’organisme détecte une perte importante de ce nutriment, il peut activer des mécanismes qui favorisent la recherche de sel. Cela ne signifie pas pour autant que chaque envie de chips soit un signal d’urgence de l’organisme. La plupart des gens n’arrivent pas à la plage avec une véritable carence en sodium et, en réalité, dans les sociétés occidentales, nous avons tendance à consommer plus de sel que ce qui est recommandé. Cependant, la chaleur, l’activité physique, une transpiration abondante, une exposition prolongée au soleil ou la consommation d’alcool peuvent renforcer la sensation selon laquelle quelque chose de salé « passera mieux ».

Le corps ne perçoit pas le sel uniquement comme un nutriment, mais aussi comme une expérience sensorielle dont l’attrait varie en fonction de l’état physiologique. L’appétence pour le sel résulte ainsi de l’interaction entre le besoin, l’apprentissage, le plaisir et l’environnement.

La soif joue également un rôle. Les aliments salés stimulent l’envie de boire, et au bord de la mer, on dispose généralement de boissons fraîches à portée de main. La combinaison du sel, de la fraîcheur et de la chaleur ambiante est séduisante : olives et bière, frites et soda, fruits secs et eau gazeuse, poisson frit et citron… Le plaisir réside dans l’ensemble de la séquence : chaleur, sel, boisson fraîche, détente et conversation.

La mer, théâtre de l’appétit

La physiologie, cependant, n’explique pas tout. S’il ne s’agissait que d’une question de transpiration, en sortant d’un sauna, nous aurions envie des mêmes aliments qu’à la plage, ce qui n’est pas toujours le cas. Nous mangeons avec notre corps, mais aussi avec notre mémoire. Le cerveau apprend à établir des associations : le cinéma est associé au pop-corn ; un anniversaire, au gâteau ; Noël, aux friandises ; et la plage, à l’apéritif. Les signaux environnementaux peuvent influencer ce que nous mangeons et en quelle quantité, avant même que la faim physiologique ne se manifeste.

La mer concentre bon nombre de ces signaux. Elle sent le sel, les algues, la crème solaire, le poisson, la fumée de cuisine et l’été. On y entend le bruit des vagues, des conversations et de la vaisselle sur les terrasses. L’ensemble forme une sorte de « menu invisible » que le cerveau reconnaît sans avoir besoin de le lire.

De plus, de nombreux aliments du littoral sont salés pour des raisons historiques. Pendant des siècles, le sel était indispensable à la conservation du poisson avant l’apparition de la réfrigération. C’est ainsi qu’ont vu le jour des préparations telles que les anchois, la mojama (une spécialité espagnole obtenue à partir de la partie noble du thon, ndlr), la morue, les œufs de poisson ou de nombreux poissons salés. Dans les régions côtières, le sel ne se résume pas à une simple saveur : il fait partie intégrante de la conservation, du commerce, de la gastronomie et du paysage.

C’est pourquoi l’envie de manger quelque chose de salé au bord de la mer peut également être considérée comme une réaction acquise. Nous ne recherchons pas le sel uniquement parce que notre corps en a besoin, mais parce que nous avons appris que cela fait partie du rituel lié au fait d’être au bord de la mer.

Une expérience multisensorielle

De plus, le goût ne naît pas uniquement sur la langue. L’odorat, la vue, le son, la texture, la température, l’environnement et les attentes jouent également un rôle. Les recherches en gastrophysique montrent que l’environnement peut modifier l’expérience gustative. Un aliment peut nous sembler plus frais, plus intense ou plus agréable en fonction des signaux qui l’accompagnent.

Manger au bord de la mer, ce n’est pas la même chose que de déguster le même plat dans une pièce fermée. Les vagues, la brise, l’odeur de sel et la température transforment l’atmosphère. Cela n’augmente peut-être pas littéralement la quantité de sel, mais cela peut amener le cerveau à percevoir les saveurs marines comme plus appropriées ou plus agréables.

De l’anchois, une huître ou un poisson frit semblent s’intégrer parfaitement au paysage. Quand un aliment montre une certaine cohérence avec le contexte, on l’apprécie généralement davantage. Le cerveau n’évalue pas le goût de manière isolée, mais à l’intérieur d’une scène complète. C’est pourquoi un simple apéritif peut paraître extraordinaire au bord de la mer et moins mémorable à la maison.

Profiter sans abuser

Il convient toutefois de ne pas idéaliser le sel. Le fait que l’organisme puisse avoir envie d’aliments qui en contiennent lors d’une journée chaude ne signifie pas que nous devions en consommer sans limites. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande aux adultes de consommer moins de cinq grammes de sel par jour. Les apéritifs, les conserves, les snacks, les produits salés et les fritures peuvent apporter des quantités élevées de sel dans un volume réduit.

Comprendre les envies de grignoter ne revient pas à justifier un « buffet à volonté ». On peut profiter de saveurs intenses sans se limiter aux aliments ultratransformés.




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Parmi les alternatives, on peut citer les poissons et fruits de mer frais, les olives en quantité modérée, les fruits secs peu salés, le gaspacho, les salades, les cornichons (en contrôlant la quantité) et les préparations à base de citron, de vinaigre, d’herbes ou d’épices.

Lorsque nous sommes à la plage et que nous avons envie de quelque chose de salé, il n’y a probablement pas une seule raison à cela. La transpiration, le sodium et la soif y sont pour quelque chose, mais aussi l’odeur de la mer, le souvenir d’étés passés et une culture gastronomique qui s’est construite au fil des siècles autour du sel. Ce désir n’est pas uniquement une question de biologie ou d’habitude : c’est un dialogue entre le corps, le paysage, les sens et la mémoire.

The Conversation

José Miguel Soriano del Castillo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi a-t-on envie de manger du salé au bord de la mer ? – https://theconversation.com/pourquoi-a-t-on-envie-de-manger-du-sale-au-bord-de-la-mer-288957

En Gironde, les vulnérabilités des forêts ne disparaîtront pas avec la fumée des incendies

Source: The Conversation – in French – By Bastien Castagneyrol, Chercheur en écologie, Inrae


L’ESSENTIEL

  • L’incendie parti de Saumos, en Gironde, le 22 juillet dernier, a brûlé plus de 42 000 hectares de forêt, détruit plus de 200 habitations et entraîné l’évacuation de plus de 200 000 personnes.

  • Le changement climatique crée les conditions d’un véritable effet domino : il accroît le risque incendie, puis les feux favorisent les ravageurs du pin (scolytes et nématodes du pin), qui accélèrent le dépérissement des arbres et donc augmentent les quantités de combustible sec.

  • Lorsque viendra l’heure du bilan et du reboisement, il ne faut pas imaginer que les vulnérabilités qui ont permis les feux de 2022 puis ceux de 2026 disparaîtront par magie grâce à des solutions miracles : elles devront faire l’objet d’une gestion intégrée.


Le feu qui s’est déclenché le mercredi 22 juillet 2026 sur la commune de Saumos, en Gironde, a brûlé plus 42 000 hectares de forêt, plus de 200 habitations et entraîné l’évacuation de plus de 224 000 personnes en moins d’une semaine. Quand les fumées se seront dissipées, elles vont révéler l’étendue de la catastrophe. Celle-ci est non seulement écologique, mais également sociale et économique.

La forêt des Landes de Gascogne est un socioécosystème largement dominé par la sylviculture du pin maritime. Les peuplements de pin en monoculture s’étendent sur près de 800 000 hectares, localement interrompus par des boisements épars de chênes et des peuplements forestiers plus diversifiés le long des cours d’eau et des lagunes, des grandes cultures et des espaces artificialisés (zones urbanisées, infrastructures de transport et d’activités).

Il est, de ce point de vue, parfaitement légitime de protéger cette forêt contre le feu tant elle structure le paysage, l’économie et la vie des personnes qui occupent ce territoire, en plus d’héberger une biodiversité originale. Pourtant, aussi terrible, dévastateur et rapide soit-il, notre rôle de scientifiques est de rappeler que, s’agissant de la forêt, le feu n’est qu’un aléa parmi d’autres.




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Dans l’urgence du moment, ne penser et ne raconter la future gestion de la forêt des Landes de Gascogne et de son territoire que par le seul prisme de la défense contre les incendies pourrait, à moyen terme, condamner le pin maritime dans la région et au-delà.

L’enjeu n’est rien de moins que la durabilité d’un socioécosystème dont dépendent des vies humaines (directement menacées par les flammes lors des feux), une biodiversité originale, un pan important de l’économie, mais également une partie de la stratégie bas carbone de la France et la protection du littoral.

Le changement climatique crée les conditions d’un effet domino

Plusieurs risques pèsent sur les monocultures de pin maritime. Ils sont nombreux et interagissent les uns avec les autres.

Commençons par clarifier ce qu’on entend par risque : cette notion anthropique (elle est relative aux activités humaines) se définit comme la combinaison d’aléas (phénomènes plus ou moins probables), de vulnérabilités (effets prévisibles de ces phénomènes) et des enjeux (humains, économiques et environnementaux).

Les feux sont un aléa dont la survenue peut entraîner des dommages catastrophiques sur l’ensemble de ce système. Ne dépendant pas des êtres vivants, ils sont qualifiés d’aléas abiotiques, au même titre que les tempêtes, les canicules extrêmes et les sécheresses intenses.

L’impact de ces aléas sur le socioécosystème que constituent la forêt des Landes de Gascogne et son territoire est d’autant plus important :

  • qu’il est fragilisé par les changements climatiques,

  • que la filière économique est dépendante d’un modèle sylvicole spécialisé,

  • que l’urbanisation croissante liée à l’augmentation de la population étend les espaces bâtis et les infrastructures à l’interface avec les milieux forestiers.

Or, les aléas exploitent les vulnérabilités créées par l’activité humaine ou renforcées par les perturbations précédentes, augmentant la probabilité de réalisation des risques. Comme dans un jeu de domino, si l’un survient et que le domino bascule, les autres suivent.

  • Les changements climatiques modifient le régime des précipitations : dans le sud-ouest de la France, elles sont plus importantes en hiver et favorisent une reprise de la végétation au printemps.

  • Les sécheresses accompagnées de canicules sont également de plus en plus précoces, intenses et fréquentes. Elles assèchent les sols et la végétation devenue abondante. Les arbres et l’ensemble des êtres vivants souffrent d’un stress hydrique et thermique chronique.

  • S’agissant des pins, quoique plutôt résistants, ils peuvent perdre leurs aiguilles les plus âgées qui sèchent, tombent au sol et constituent une litière qui se décompose lentement sur le sol acide des Landes de Gascogne. Avec les plantes de sous-bois, la litière desséchée accumule des matériaux inflammables.

Effets du changement climatique sur les activités des feux de forêt en France hexagonale.
INRAE, Fourni par l’auteur

La sécheresse et la canicule exacerbent donc le risque d’incendie et font vaciller le premier domino. Une étincelle ou une allumette criminelle suffisent à déclencher un incendie dont la propagation est facilitée par la quantité, la continuité et l’état de dessiccation de la végétation.

Des arbres brûlent entièrement, mais d’autres restent en vie pour quelques mois ou plus longtemps tout en étant pourtant affaiblis. Nous en sommes là aujourd’hui. Mais demain, cela pourrait être encore pire.




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Le rôle amplificateur des parasites du pin

En effet, à ces aléas abiotiques s’ajoutent aussi des aléas dits biotiques, liés aux êtres vivants. Par exemple, les pullulations d’insectes ravageurs et de microorganismes pathogènes natifs, et l’introduction de ravageurs et de pathogènes exotiques en lien, notamment, avec le commerce international.

Un autre domino peut alors tomber. Les scolytes, de petits insectes coléoptères se nourrissant des tissus qui conduisent la sève des pins, trouvent dans les pins affaiblis une ressource favorable ; les pins affaiblis ne sont plus en mesure de se défendre efficacement, les populations de scolytes explosent, créant des pullulations qui, si elles débutent à proximité des zones incendiées, peuvent s’étendre aux peuplements ayant échappé aux flammes.

Et encore un autre. En témoigne, par exemple, l’arrivée du nématode du pin , une espèce dite de quarantaine (c’est-à-dire faisant l’objet d’une surveillance renforcée et de plans d’éradication sticts) au niveau européen. Or, l’insecte vecteur du nématode, Monochamus galloprovincialis, est pyrophile : il est attiré par le bois brûlé dans lequel il se développe. Les foyers déjà détectés dans le département des Landes et des Pyrénées-Atlantiques s’étendent.

Scolytes et nématodes induisent ainsi une mortalité additionnelle des pins, accroissant de fait la vulnérabilité au feu du fait de l’accumulation de bois mort, qui sèche et sert de combustible.

Interactions entre changements climatiques, aléas biotiques et abiotiques.
Fourni par l’auteur

On peut retenir trois enseignements de cet enchaînement :

  • les changements climatiques sont la cause profonde de l’intensification des aléas et de l’aggravation des vulnérabilités qui façonnent les risques forestiers ;

  • même après l’extinction des incendies, les risques demeurent et continuent d’affecter durablement les écosystèmes forestiers ;

  • du fait de leur interdépendance, tous les aléas et les risques qu’ils font peser sur la forêt doivent être gérés simultanément dans une approche systémique.




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Pas de scénario universel, même pour la sylviculture du pin

Depuis les années 1950, le domaine de l’Hermitage à Pierroton, sur la commune de Cestas au sud de Bordeaux, abrite des laboratoires de recherche de l’Inrae voués à l’étude de la forêt. Le travail patient et rigoureux des chercheuses et des chercheurs, des techniciennes et des techniciens de laboratoire et de terrain, depuis plus de soixante-quinze ans, a contribué à révéler et expliquer le fonctionnement de cette forêt et à alerter sur ses vulnérabilités.

Observations, expérimentations et modélisations ont permis de proposer et de tester des scénarios de gestion favorisant la résistance et la résilience des forêts face aux risques abiotiques et biotiques.

Présentation de l’unité expérimentale forêt Pierroton/Inrae.

Et pourtant, la forêt brûle. Près de 80 hectares des infrastructures de l’Inrae consacrées à la recherche forestière sur le site de Pierroton ont brûlé à la suite de l’incendie parti de Saumos.

Il serait dangereusement naïf de croire qu’il pourrait y avoir un scénario universel de sylviculture pour les forêts, dont celle des Landes de Gascogne, tant l’ensemble des compartiments de ces systèmes complexes sont connectés les uns aux autres. Et cela, du sol à la canopée, de la chenille à la mésange, de la goutte d’eau au bois, jusqu’à la scierie.

Il en résulte des arbitrages délicats. Le débroussaillement du sous-bois réduit la quantité de combustible disponible pour le feu, mais il élimine des habitats nécessaires aux oiseaux et aux insectes prédateurs qui contribuent à réguler les ravageurs. Les fossés de drainage assèchent les parcelles, réduisent l’engorgement des sols au printemps et favorisent la stabilité des arbres face au vent, mais ils accentuent l’assèchement des sols en été, diminuent la disponibilité en eau pour les végétaux, augmentant ainsi le risque d’incendie.




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La forêt de demain ne ressemblera pas à celle qui a brûlé

La fumée des incendies de Gironde va se dissiper. Elle rendra visible une forêt mutilée et un territoire toujours aussi vulnérable.

Les forêts perdues pourraient peut-être être reconstituées. Pourtant, ce n’est pas exactement ce qui s’est passé au Portugal à la suite des sécheresses et incendies des dernières décennies et à l’introduction du nématode du pin : une grande partie des terrains anciennement plantés de pins ont été convertis en peuplements d’eucalyptus ou artificialisés.

Quand bien même les surfaces boisées perdues dans les incendies seraient reconstituées, la forêt de demain ne ressemblera pas à celle qui a brûlé. Même replantée, une forêt se régénère lentement. La forêt de demain devra faire face à l’accélération des changements climatiques et aux introductions d’espèces exotiques envahissantes. Elle devra remplir de nombreuses fonctions, qu’il faudra piloter de manière intégrée à différentes échelles emboîtées, de l’arbre au territoire, en se gardant de reproduire les vulnérabilités déjà connues des spécialistes, mais révélées au public par les incendies déjà pendant l’été 2022 puis en juillet 2026.

La recherche apporte une vue d’ensemble des enjeux, des trajectoires possibles et des risques. Les savoirs déjà acquis et transmis peuvent éclairer les choix, mais pas arbitrer les priorités. Au lendemain des incendies, il faudra redoubler d’efforts pour consolider les collaborations déjà installées entre la recherche publique, les acteurs de la filière forestière et toutes les autres parties prenantes du territoire.

Il faudra surtout trouver de nouveaux cadres politiques, législatifs et réglementaires pour accompagner la transformation de ce massif forestier et renforcer sa résilience face aux épreuves – qu’il devra inévitablement affronter, étant désormais soumis à des vulnérabilités croissantes –, tout en permettant la coexistence durable d’une diversité d’activités cohérentes.

À titre d’exemple, cela pourrait conduire à faire évoluer les dispositifs de dérogations au défrichement pour créer des coupures de combustible d’intérêt collectif ou à renforcer l’articulation entre les documents de gestion forestière et les outils de planification territoriale afin de mieux intégrer les enjeux de résilience à l’échelle du paysage.


Les membres de l’équipe BIODIV du laboratoire INRAE BIOGECO à Cestas (33) ont contribué à l’écriture de cet article, en particulier Jean-Baptiste Rivoal, Nattan Plat, Olivier Bonnard, et Arndt Hampe.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. En Gironde, les vulnérabilités des forêts ne disparaîtront pas avec la fumée des incendies – https://theconversation.com/en-gironde-les-vulnerabilites-des-forets-ne-disparaitront-pas-avec-la-fumee-des-incendies-288956

Plateformes de SVOD : quand le consommateur est prêt à payer moins cher son abonnement en échange du visionnage de publicités

Source: The Conversation – France (in French) – By Laure Perraud, Maitre de Conférences en Marketing, Université Bourgogne Europe

Face à l’inflation et à un marché saturé, le streaming opère une mutation radicale. Désormais, la publicité n’est plus tant perçue comme une nuisance subie que comme la monnaie d’échange, acceptée par le consommateur, pour préserver son accès à une variété de contenus sans se ruiner.


L’accès aux plateformes de Service Video On Demand (SVOD) est aujourd’hui démocratisé puisqu’un Français sur deux dispose d’un abonnement. Grâce à des contenus variés, proposés à des prix abordables, les consommateurs en ont parfois même souscrit plusieurs. Le marché du streaming vidéo est dominé par plusieurs acteurs majeurs, comme Netflix (12 millions d’abonnés en France, début 2024), Amazon Prime Vidéo, Disney+, ou encore des acteurs locaux comme MyCanal.

Après des années de croissance rapide, ces entreprises font face à un marché qui arrive à maturité. Aux États-Unis, par exemple, le taux de croissance des nouveaux abonnés est tombé en dessous des 10 %, au 4ᵉ trimestre de 2025, selon NPA Conseil s’appuyant sur des données Antenna.

Ces entreprises sont donc confrontées à un objectif double :

  • continuer à recruter des clients dans un marché saturé, ce qui devient de plus en plus difficile ;

  • et lutter contre le désabonnement en fidélisant leurs abonnés actuels.

Chez Netflix, dès 2022

Pour répondre à ce défi, Netflix a lancé sur le marché en novembre 2022 une offre inédite avec un abonnement moins cher, mais contenant la présence de publicités en contrepartie. Pour 5,99 euros par mois, l’abonné accède au catalogue proposé en échange du visionnage de publicités. Avec ce lancement, Netflix souhaitait ainsi augmenter le nombre total de ses abonnés après une baisse historique et attirer un nouveau public dont le budget est plus contraint en inversant le rapport coût/bénéfice.




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C’est cette nouvelle orientation stratégique qui nous a conduit à nous demander : comment les abonnés perçoivent-ils la publicité lorsqu’ils ont délibérément choisi de s’y exposer pour payer moins cher ?

Dans le cadre de nos travaux, publiés dans Décisions Marketing, nous avons souhaité savoir si l’intrusion publicitaire avait des conséquences sur leur satisfaction et leur intention de poursuivre leur relation avec leur plateforme de SVOD.

Une nouvelle équation économique : le prix comme bénéfice

Traditionnellement, dans le domaine du marketing, le prix est considéré comme un sacrifice. Il s’agit de la somme d’argent, de l’effort consenti par le consommateur pour obtenir le service et/ou le produit dont il a besoin et qu’il désire. Dans le cas des plateformes de streaming, le service souhaité correspond au contenu (films, séries, reportages…) et représente par conséquent le bénéfice attendu.

Dans l’abonnement avec publicités de Netflix, ce rapport s’inverse de manière originale. Le prix réduit est perçu par le consommateur comme une opportunité, un bénéfice (avantage) pour son budget, surtout dans un contexte de forte inflation où le pouvoir d’achat est limité. En contrepartie, la publicité, autrefois absente du modèle « Premium » de Netflix, devient le nouveau sacrifice consenti par l’abonné.

Ce changement modifie donc la façon dont l’abonné évalue la valeur globale de son contrat. Cette perception résulte d’un arbitrage entre ce que l’on reçoit (bénéfices toniques et utilitaires) et ce que l’on donne (argent et temps d’exposition publicitaire).

La publicité reste intrusive

Pour comprendre ce phénomène, une étude scientifique quantitative a été menée en avril 2023. Nous avons interrogé, grâce à un questionnaire en ligne, 437 abonnés français ayant tous souscrit à l’abonnement « Standard avec pub » de Netflix. Les répondants ont été consultés dans un premier temps sur la valeur perçue de l’offre souscrite, leur satisfaction et leur intention de fidélité, puis dans un second temps sur la valeur perçue des publicités visionnées et leur intrusion perçue.

L’un des principaux enseignements de cette recherche est que, même si l’abonné a choisi volontairement cette offre, il continue de percevoir la publicité comme intrusive. L’intrusion publicitaire perçue se définit comme une réaction psychologique négative qui survient lorsqu’une sollicitation commerciale interfère avec le processus cognitif et/ou la tâche qu’est en train de réaliser un individu.

Dans le cas de Netflix, l’abonné est pleinement concentré sur le visionnage de son programme. L’interruption publicitaire casse donc le processus d’attention en cours. Notre recherche montre que le fait d’avoir le contrôle au moment de la souscription ne suffit pas à éliminer la perception d’intrusion.

RFI, 2026.

Une satisfaction dégradée

Cette perception d’intrusion a des effets directs et mesurables sur le comportement de l’abonné qui ont pu être vérifiés :

  • l’intrusion publicitaire dégrade la satisfaction à l’égard de l’offre ;

  • l’intrusion publicitaire diminue la valeur (informative, divertissante…) perçue de la publicité ;

  • l’intrusion publicitaire nuit à l’intention de poursuivre la relation, quand bien même l’abonné a choisi un abonnement avec des publicités.

La valeur de l’offre comme protection

Cependant, l’étude révèle un mécanisme de compensation. En effet, la valeur perçue ne dépend pas que du prix, mais de trois dimensions :

  • émotionnelle, par le sentiment de bien-être et/ou de détente procuré par le service ;

  • sociale, à travers la façon dont l’utilisation du service influence la perception de soi par les autres ;

  • fonctionnelle/prix, par le rapport qualité-prix perçu par l’abonné.

Ainsi, lorsque la valeur globale du service est jugée élevée par l’abonné (grâce à la qualité des contenus inédits, exclusifs ou diversifiés), elle parvient à limiter l’impact de l’intrusion publicitaire perçue. En d’autres termes, si l’abonné attribue suffisamment de valeurs aux contenus proposés, il acceptera plus facilement le sacrifice de la publicité, et les effets négatifs de l’intrusion publicitaire s’en trouveront diminués.




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La diversité de l’offre de programmes, un atout majeur

Pour limiter l’insatisfaction des abonnés ayant souscrit à ce type d’offres et faire en sorte que la relation perdure, nous recommandons aux plateformes de SVOD de :

  • capitaliser sur les propositions de contenus variés et originaux afin de maintenir la valeur de l’offre perçue par les abonnés ;

  • conserver cette stratégie de prix accessible par un grand nombre puisque le sacrifice demandé en contrepartie (le visionnage de publicités) semble acceptable, de surcroît dans un contexte inflationniste ;

  • veiller à ce que les publicités diffusées correspondent aux attentes, aux besoins, aux profils des abonnés en s’appuyant davantage sur les données collectées les concernant ;

  • privilégier une diffusion en début de programme pour diminuer (ou à défaut limiter) l’intrusion publicitaire perçue survenant principalement lorsque l’abonné est interrompu lors du visionnage de son programme.

L’avenir des plateformes de SVOD dépendra de leur capacité à produire des contenus originaux et qualitatifs de manière à transformer l’intrusion publicitaire en un compromis acceptable pour l’abonné.

The Conversation

Laure Perraud est membre de l’association française du marketing.

Virginie Uger Rodriguez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Plateformes de SVOD : quand le consommateur est prêt à payer moins cher son abonnement en échange du visionnage de publicités – https://theconversation.com/plateformes-de-svod-quand-le-consommateur-est-pret-a-payer-moins-cher-son-abonnement-en-echange-du-visionnage-de-publicites-286198

Le pouvoir politique face aux incendies : depuis la Rome de Néron, un exercice de mise en scène ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Demassieux, Docteur en langues et littératures anciennes, Université de Lille

*L’Incendie de Rome*, par Hubert Robert (vers 1771). Musée d’art moderne André-Malraux, via Wikimedia Commons

L’ESSENTIEL

  • Le 27 juillet 2026, Emmanuel Macron s’est rendu en Gironde pour saluer les « forces mobilisées » face au feu.

  • Les textes antiques, comme le récit par Tacite de l’incendie de Rome en 64 de notre ère, permettent d’éclairer les rouages de cette communication de crise du pouvoir.

  • S’il dispose de plus de canaux pour s’exprimer, le doute face au mythe du chef secourable ne date pas d’hier.


On croit souvent que l’Antiquité n’a rien à nous apprendre sur le présent, sinon par analogie vague ou par élégance de style. C’est oublier que certains textes anciens ont déjà pensé, avec une lucidité rarement égalée depuis, les mécanismes même de la communication du pouvoir – et qu’ils permettent, par contraste, de mieux voir ce qui se joue sous nos yeux.

Dans Mythologies (1957), Roland Barthes définit le mythe contemporain comme une parole qui transforme l’histoire en nature, le contingent en évidence. C’est ainsi qu’un geste politique – une visite, une déclaration, une image – cesse d’être perçu comme un acte parmi d’autres possibles pour devenir un signe qui « va de soi ». L’image du chef de l’État aux côtés des pompiers, dans la boue ou les cendres, n’est jamais évaluée comme une décision de communication ; elle symbolise immédiatement la sollicitude de l’État, avant même d’être jugée sur ses effets.

On l’a encore vu la semaine passée. Les mégafeux de Gironde, des Landes, du Var, du Tarn et de Corse – environ 117 000 hectares brûlés depuis le début de l’année, selon le ministre de l’intérieur, un orage de feu inédit observé en Gironde, deux sapeurs-pompiers morts au combat – ont donné lieu à un ballet bien identifiable : lundi 27 juillet, Emmanuel Macron s’est rendu au centre opérationnel de Bordeaux, a présidé une cellule interministérielle de crise et est allé à la rencontre des forces mobilisées pour leur dire le soutien de la nation.

Pendant ce temps, à Lège-Cap-Ferret, des dizaines de maisons détruites restent en zone interdite, et les habitants évacués ne peuvent toujours pas rentrer chez eux. D’où la critique, récurrente, d’un décalage entre cette mise en scène de l’engagement et le fond du problème – structurel, écologique – (et les solutions à y apporter) qui reste largement hors champ du moment médiatique.

La catastrophe change d’échelle, le pouvoir se manifeste

Ce mécanisme a un précédent presque parfait, et il ne date pas d’hier. En 64 de notre ère, un incendie ravage Rome pendant plusieurs jours. L’historien Tacite en donne, dans ses Annales (livre XV, chapitre 39), un récit qui commence par un détail de calendrier qui en dit long – voici le passage, dans une traduction personnelle :

« En ce temps-là, Néron, qui séjournait à Antium, ne revint à Rome que lorsque le feu approcha de sa propre demeure, celle par laquelle il avait relié le Palatin aux jardins de Mécène. On ne put pourtant empêcher que le Palatin, cette demeure et tout ce qui l’entourait, ne fussent dévorés. Mais, pour soulager le peuple chassé de ses maisons et errant, il ouvrit le Champ de Mars, les monuments d’Agrippa, et même ses propres jardins, et fit élever des abris provisoires pour recevoir la foule indigente ; on fit venir des vivres d’Ostie et des municipes voisins, et le prix du blé fut abaissé jusqu’à trois sesterces. »

Quelques lignes, et déjà tout y est. D’abord ce détail qu’on pourrait croire anodin : Néron ne rentre à Rome que lorsque le feu approche sa propre demeure. Tacite ne commente pas, il constate – mais il place ainsi, dès la première phrase, le moment où l’intérêt privé du prince rejoint l’intérêt public.

Macron, lui, s’est déplacé tôt, dès le lundi, avant que le feu ne touche rien qui lui appartienne en propre : la logique n’est donc pas identique. Elle obéit pourtant à la même grammaire du seuil. Il aura fallu, dans les deux cas, que la catastrophe change d’échelle pour que le pouvoir se rende visible sur zone – 117 000 hectares, un phénomène météorologique jamais observé en France, deux morts, d’un côté ; la proximité du palais, de l’autre.

Vient ensuite le secours, et il faut ici résister à la tentation du procès facile : l’aide que décrit Tacite n’a rien de fictive. Ouverture d’espaces d’accueil, hébergements provisoires, vivres acheminés d’Ostie, prix du blé plafonné – la réponse matérielle est concrète, chiffrée, documentée.

Il en va de même aujourd’hui, avec la cellule interministérielle de crise, la mobilisation nationale des pompiers, les dispositifs de relogement engagés en Gironde. Mais ce secours immédiat ne suffit pas à clore le débat, parce qu’il ne répond pas à la question posée : celle de la prévention et de l’aménagement du territoire face à un risque d’incendie structurellement aggravé par le changement climatique.

L’image de la sollicitude de l’État

Le gouvernement Lecornu lui-même qualifie cette saison d’inédite et d’exceptionnelle – une formule qui décrit un phénomène, non une politique. C’est précisément sur cet autre terrain, celui de la prévention et de l’aménagement forestier dans la durée, que se loge la critique – un terrain que ni l’aide d’urgence de Néron ni la cellule de crise de Bordeaux ne peuvent occuper.

Et puis il y a le geste lui-même, le plus tacitéen des trois mouvements. Néron va jusqu’à ouvrir ses jardins personnels ; un geste qui vaut par ce qu’il donne à voir autant que par son effet pratique. La déclaration présidentielle depuis le centre opérationnel de Bordeaux suit une économie comparable : elle s’ouvre sur une pensée pour les deux sapeurs-pompiers qui sont tombés avant le soutien de toute la nation – la parole se construit comme un rituel de deuil et de reconnaissance, filmé et retransmis, avant d’être un acte administratif.

C’est la mécanique exacte que Barthes appellera, 19 siècles après Tacite, un mythe : un signe qui circule pour lui-même, presque indépendamment de son efficacité mesurable. L’image du président au centre opérationnel signifie la sollicitude de l’État avant même qu’un seul hectare ne soit repris au feu.

On pourrait s’arrêter là et se satisfaire du parallèle. Mais Tacite ne se contente jamais de décrire un geste sans en interroger la portée, et c’est peut-être ce qui le distingue le plus nettement de Barthes. Pour ce dernier, le mythe fonctionne précisément parce qu’il efface sa propre construction : c’est ce qui fait sa puissance idéologique, sa capacité à se faire passer pour une évidence naturelle plutôt que pour un discours.

Or, Tacite ne laisse jamais le geste de Néron s’installer dans cette évidence. Le chapitre suivant enchaîne aussitôt sur la rumeur d’un Néron chantant la prise de Troie pendant que Rome brûle – rumeur que l’historien rapporte sans trancher, mais qu’il place assez près du récit du secours pour que le lecteur ne puisse plus lire l’un sans l’autre.

Tacite expose la construction du mythe impérial plutôt que de la laisser opérer : il fait, 1 900 ans avant Mythologies, un travail de démystification.

Face au geste de crise, l’expression du soupçon

Reste un écart qu’il faut se garder d’effacer. Néron gouverne sans opposition institutionnelle ni presse indépendante capable de vérifier ses actes ; la rumeur est, chez Tacite, le seul contre-pouvoir disponible – un mécanisme souterrain, diffus, invérifiable.

Aujourd’hui, la mise en doute du geste politique se fait au grand jour, immédiatement, dans la presse et sur les réseaux sociaux, avec un accès direct aux faits et aux chiffres. C’est peut-être là, plus que dans la ressemblance elle-même, que se trouve la vraie leçon : le soupçon envers le geste de crise n’est pas une invention moderne, Tacite le pratiquait déjà avec les moyens de son temps.

Ce qui a changé, ce n’est pas le mécanisme du mythe, c’est son régime de visibilité. Ce qui circulait en rumeur clandestine chez Tacite est devenu, cette semaine, un chiffre publié en direct par la préfecture, une cartographie satellite mise à jour chaque jour, des habitants de Lège-Cap-Ferret filmés devant leurs maisons détruites, une critique formulée dans l’heure sur la prévention et l’aménagement forestier.

La rumeur romaine n’avait qu’un canal, incontrôlable et invérifiable ; la contestation d’aujourd’hui en a mille, tous vérifiables – mais tout aussi impuissants à faire coïncider le temps du geste et celui du problème.

Le mythe du chef secourable ne convainc donc jamais tout à fait : le geste a beau être réel, un doute subsiste toujours sur ce qu’il dissimule ou ce qu’il évite. Et c’est sans doute là la vraie leçon de ce parallèle : ce n’est pas Néron, mais Tacite – celui qui a su regarder ce geste avec distance et en exposer les ressorts – qui reste le modèle le plus utile pour lire notre propre époque médiatique.

The Conversation

Je suis juste chercheur associé à l’Université de Lille, comme indiqué dans mon profil sur The Conversation.

– ref. Le pouvoir politique face aux incendies : depuis la Rome de Néron, un exercice de mise en scène ? – https://theconversation.com/le-pouvoir-politique-face-aux-incendies-depuis-la-rome-de-neron-un-exercice-de-mise-en-scene-288896

Cómo el incidente en el paso fronterizo de Ceuta ha beneficiado a la extrema derecha

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Deniz Torcu, Adjunct Professor of Globalization, Business and Media, IE University

Se calcula que más de 50 000 migrantes cruzaron y entraron en la ciudad autónoma de Ceuta el 30 de julio en el transcurso de un solo día, tras el colapso efectivo de la frontera. El Gobierno español ha afirmado que casi todos los migrantes han regresado desde entonces a Marruecos, y al menos 88 han fallecido.

Tras el suceso, ante las dudas sobre cómo y por qué pudo suceder, a la opinión pública solo le quedaron las imágenes y las fotografías: personas nadando y trepando por la playa del Tarajal, en Ceuta; decenas de miles en un solo día y una sola noche; decenas de muertos.

Sin datos ni explicaciones que las respalden, escenas como estas calan primero en la imaginación. Y es en la imaginación donde se forja la actitud de un país ante la migración.

El paso fronterizo de Ceuta socava una de las ideas más halagadoras que España tiene de sí misma. Tras los largos años de dictadura fascista, el país ha dedicado los últimos años a reinventarse como un lugar que acoge la migración y la diversidad, mientras gran parte de Europa habla de muros y defensa.

Esta es una historia que España cuenta con verdadera convicción: una nación en la encrucijada entre Europa y África, forjada por siglos de mestizaje cultural. Y a menudo pone en práctica estos ideales: hace solo seis meses, abrió una vía para la residencia legal a cientos de miles de inmigrantes que ya vivían y trabajaban en el país.

Pero la imagen que el país tiene de sí mismo y la opinión pública son un logro cultural más que jurídico. Se basan en las emociones, lo que las hace mucho más delicadas –y mucho más vulnerables a la desinformación y la explotación– que cualquier ley.




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Imágenes, palabras, opiniones

Podemos observar cómo cambian las opiniones en tiempo real fijándonos en las palabras que utiliza la gente. Un día antes, el discurso público sobre la migración era corriente y neutro. Se centraba principalmente en la integración, los permisos de trabajo y los trámites habituales de una vida establecida.

Las imágenes que llegan desde Ceuta han dejado todo eso de lado, imponiendo un tono más duro. Palabras como invasión, guerra, avalancha y control predominan ahora en las declaraciones públicas y en las redes sociales.

Para la gente corriente, esto significa que el migrante que podría ser un vecino, un compañero de trabajo o el padre de un compañero de clase se convierte en una figura sin rostro, un número que cruza una playa. Es mucho más difícil lamentar la pérdida de un número que la de una persona, y el lenguaje que se expresa en números puede ser tan frío como quiera sin parecer cruel.

Mientras tanto, una imagen –como las que ahora se repiten sin cesar en las pantallas de televisión y en las redes sociales– argumenta sin necesidad de argumentar. La retórica tiene que persuadir, decir algo a lo que el oyente pueda responder, pero las imágenes ofrecen un atajo hacia el sentimiento que hay detrás. Desplazan el punto de partida de cualquier conversación sobre el tema.

Las imágenes que circulan desde Ceuta obligan al Gobierno español a dar explicaciones, mientras que las ideas punitivas se presentan como sentido común. Frases que el miércoles habrían sonado desagradables, el viernes sonaban casi como una descripción sobria. El moderado acaba pareciendo ingenuo, y la carga de la prueba cambia de manos sin que nadie lo anuncie.

Las imágenes son un regalo para la extrema derecha europea, y saben perfectamente qué hacer con ellas. Pueden perder todos los argumentos sobre las cifras reales y aun así salir ganando, porque su objetivo es hacer que la imagen de una España acogedora parezca ridícula. A falta de cualquier otra información, los vídeos y las imágenes hacen gran parte de ese trabajo de forma gratuita.




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Normalización del lenguaje extremo

El secretario general del partido de la oposición de derecha en España, el Partido Popular (PP), relacionó rápidamente el cruce de la frontera con la política de regularización masiva del Gobierno español, introducida en febrero, y ha formulado la afirmación infundada de que esto creaba un “factor de atracción”.

El líder del partido español de extrema derecha Vox fue más allá y calificó inmediatamente las llegadas como una “invasión” de hombres en edad de alistamiento. El empresario estadounidense Elon Musk ha esgrimido el mismo argumento y ha comparado las imágenes con una escena de la película de zombis de 2013 Guerra Mundial Z.

Pero para la extrema derecha, esto va más allá de un simple ciclo informativo. En el momento en que su vocabulario deja de sonar extremo, la derecha mayoritaria tiene que responder en los mismos términos o se arriesga a parecer débil. Una vez que el debate cambia de rumbo, cualquiera que defienda la imagen que España tiene de sí misma como país abierto y acogedor ya se encuentra a la defensiva, disculpándose antes incluso de haber dicho una sola palabra.

Tras el incidente de Ceuta, esto es lo que España se juega: la capacidad de contar su historia de acogida a la inmigración y de aceptación de la diversidad sin tener que disculparse primero por ello.

The Conversation

Deniz Torcu no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Cómo el incidente en el paso fronterizo de Ceuta ha beneficiado a la extrema derecha – https://theconversation.com/como-el-incidente-en-el-paso-fronterizo-de-ceuta-ha-beneficiado-a-la-extrema-derecha-288965

Demandez à un homme ou à une femme de vous parler de développement personnel, ils n’emploieront pas les mêmes mots

Source: The Conversation – France (in French) – By Franck Jaotombo, Professeur AI & Quantitative Methods in Business, EM Lyon Business School


L’ESSENTIEL

  • Le marché florissant du développement personnel est tantôt soupçonné de nombrilisme, tantôt considéré comme un outil de manipulation managériale.

  • Une étude a passé au crible les discours sur le développement personnel, au moyen d’un logiciel de statistiques textuelles.

  • Les femmes et les hommes ne mettent pas les mêmes mots derrière l’expression moderne de « développement personnel ».


Stages, livres, applications, coachs, podcasts… le développement personnel est devenu un marché à part entière, celui de l’épanouissement de soi. Il s’est installé au cœur de l’entreprise, où il promet de muscler ces fameuses soft skills censées faire la différence.

Pourtant, demandez à dix personnes ce qu’est, au juste, le développement personnel : vous obtiendrez probablement dix réponses différentes. C’est précisément ce flou que j’ai voulu sonder lors de ma thèse. J’ai prolongé et systématisé cette démarche dans le cadre de mon habilitation à diriger des recherches.

Rappelons que le développement personnel n’est ni une collection de recettes de bonheur ni une simple mode managériale. C’est un processus d’apprentissage par lequel une personne, mobilisant son libre arbitre, cherche à mieux se connaître et à actualiser son potentiel sur trois plans indissociables : ce qu’elle pense et sait – cognitif –, ce qu’elle ressent – affectif – et ce qu’elle veut et entreprend – conatif. Les pratiques – coaching, thérapies, méditation ou formation – ne sont que des moyens de faciliter ce processus ; elles n’en sont jamais le cœur.

Reste à savoir ce qu’en pensent les principaux intéressés.

Pour ce faire, j’ai mené des entretiens auprès de managers, médecins, psychologues du travail, dirigeants, consultants ou salariés. Puis j’ai passé ces discours au crible d’une analyse lexicale, au moyen de la méthode Alceste et du logiciel iramuteq. Cette technique statistique repère les occurrences de mots puis regroupe les segments de textes en « mondes lexicaux ». J’ai couplé cette méthode à l’analyse des « spécificités » qui mesure les mots les plus ou les moins employés par un groupe de personne.

Clichés de genre

Un des premiers résultats de l’étude : les mots utilisés par les femmes pour parler de développement personnel ne sont pas les mêmes que ceux employés par les hommes. Parmi 697 mots analysés, seulement vingt sont davantage prononcés par les femmes contre 55 par les hommes.

Les mots les plus caractéristiques de chaque sexe, mesurés par leur indice de spécificité.
Fourni par l’auteur

Chez les femmes, le vocabulaire surreprésenté converge vers l’intériorité, le ressenti et la relation : « intérieur », « imaginer », « rencontrer », « réfléchir », « sentir », etc. Chez les hommes, c’est presque l’inverse, mot pour mot : « outil », « technique », « performance », « résultat », « maîtrise », « efficace », « compétence ». Là où les unes décrivent un cheminement humain et subjectif, les autres parlent d’une boîte à outils au service de l’action.

En outre, plus un mot est caractéristique d’un sexe, plus il est déserté par l’autre. À lui seul, le mot « outil » revient 81 fois dans la bouche des hommes, contre 19 fois chez les femmes.

Le développement perçu par les femmes (à gauche) et par les hommes (à droite).
Fourni par l’auteur

On retrouve les stéréotypes de genre bien documentés par la recherche jusque dans le territoire intime du « travail sur soi ». Le pôle « agentique » associé au masculin – performance, autonomie, rationalité – est opposé au pôle « communionnel » associé au féminin – souci des autres, chaleur, sensibilité émotionnelle.

Même quand il s’agit de se transformer soi-même, les clichés de genre tiennent bon.

Euphémiser les rapports de domination

Au-delà du genre, trois grandes thématiques lexicales sur les façons de concevoir le développement personnel émergent des discours :

  • le considérer comme un outil de bien-être au travail : gérer le stress, apaiser les conflits, prévenir les risques psychosociaux ;

  • pour d’autres, c’est une démarche personnelle : mieux se connaître, évoluer, « devenir quelqu’un de plus conforme à ce que tu es au fond de toi » ;

  • pour les derniers, c’est la formation et la professionnalisation au métier qui posent question.

Les trois mondes lexicaux du développement personnel.
Fourni par l’auteur

Masquer une organisation défaillante

Deux dérives reviennent. La première est d’ordre organisationnel, où le développement personnel sert d’alibi pour masquer une organisation défaillante :

« Presser les gens comme des citrons… c’est la façon de manager une entreprise. C’est très utopiste de penser que le développement personnel va tout changer », résume une médecin du travail.

Cette critique, portée de longue date par les sociologues comme Élise Requilé, voit dans le développement personnel un moyen d’« euphémiser » les rapports de domination.

La seconde, plus insidieuse, fait porter à l’individu seul un mal-être d’abord produit par l’organisation :

« Le bien-être au travail, ce n’est pas lié à l’individu, mais à une organisation, à une façon de manager, de gérer, d’organiser le travail », rappelle une autre médecin du travail.

Proposer un stage de développement personnel devient alors un moyen commode de déléguer au salarié la charge de s’adapter, plutôt que de corriger ce qui dysfonctionne.

Ni gadget narcissique ni potion miracle

Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non. Bien compris, le développement personnel n’est pas une invention du XXe siècle. Dans sa lecture de Socrate, le philosophe Pierre Hadot montre que le « souci de soi » serait indissociable du souci d’autrui et de la cité.

Développer sa liberté intérieure, ce ne serait pas se replier sur soi, mais se renforcer pour mieux s’engager dans le monde. Les concepts psychologiques qui sous-tendent aujourd’hui le développement personnel (sentiment d’efficacité personnelle, autodétermination, usage de ses forces) sont d’ailleurs solidement mesurés et validés.

Le développement personnel n’est donc ni le gadget narcissique que raillent ses détracteurs, ni la potion miracle que vendent ses marchands. Mais nos mots le trahissent : nous ne l’abordons pas tous de la même manière. Cette diversité n’est pas un défaut. C’est peut-être la première chose qu’une entreprise devrait entendre, avant de proposer le même stage à tout le monde.

The Conversation

Franck Jaotombo détient des parts dans Amalteya SAS et HOME Landerneau SAS.

– ref. Demandez à un homme ou à une femme de vous parler de développement personnel, ils n’emploieront pas les mêmes mots – https://theconversation.com/demandez-a-un-homme-ou-a-une-femme-de-vous-parler-de-developpement-personnel-ils-nemploieront-pas-les-memes-mots-287219

Découverte d’un champignon tueur de la chenille légionnaire africaine : une piste prometteuse pour protéger les cultures

Source: The Conversation – in French – By Letodi Luki Mathulwe, Research entomologist, Department of Conservation Ecology and Entomology, Stellenbosch University

La chenille légionnaire africaine. Fourni par l’auteur

La chenille légionnaire africaine est un ravageur migrateur extrêmement destructeur. Elle s’attaque au maïs, au sorgho, au millet et à la canne à sucre. Cette chenille cause également des dégâts indirects au bétail, car elle détruit les pâturages et les prairies.

La dernière grande invasion de chenilles légionnaires en Afrique australe s’est produite entre février et avril 2025. Elle a touché les provinces sud-africaines du KwaZulu-Natal, du Limpopo, du Gauteng et du Mpumalanga, ainsi que le Zimbabwe voisin.

Lutter contre la chenille légionnaire reste un défi majeur. La méthode la plus couramment utilisée consiste à appliquer un insecticide chimique synthétique à base de pyréthroïdes. Son efficacité reste toutefois limitée et ne permet pas une éradication complète.

L’insecticide n’agit que sur les stades larvaires (chenilles) lorsqu’elles mesurent environ 1 à 5 mm de long, celles-ci étant plus sensibles au poison que les larves plus développées. L’insecte passe par différents stades de développement : œuf, larve (chenille), pupe puis adulte, qui est un papillon de nuit. Le stade de chenille est le plus nuisible.

Je suis entomologiste et mes travaux portent principalement sur la lutte intégrée contre les insectes ravageurs des cultures qui ont une certaine importance économique. Je m’intéresse plus précisément à l’utilisation de champignons et de nématodes pathogènes (entomopathogènes) comme agents de lutte biologique contre les insectes dans les écosystèmes agricoles.

Dans un récent article, j’ai présenté les résultats de mes travaux sur un champignon qui infecte et tue naturellement les stades larvaires de la chenille légionnaire africaine. Il s’agit du premier rapport faisant état de la présence et de l’isolement réussi de ce champignon en Afrique du Sud.

un champignon tueur de chenille légionnaire africaine découvert en Afrique du Sud

Les infestations de chenilles légionnaires africaines se caractérisent principalement par une forte densité de stades larvaires de l’insecte. Elles avancent en groupes compacts comme une « armée » qui se déplace ensemble au sol.

Elles se nourrissent de plantes et peuvent dévorer entièrement les feuilles des cultures jusqu’au niveau du sol. Les dégâts causés aux pâturages de kikuyu réduisent également la quantité de fourrage disponible pour le bétail, qui peut alors tomber malade à cause d’un empoisonnement. En effet, lorsque les larves se nourrissent de l’herbe, celle-ci libère un composé chimique cyanuré comme mécanisme de défense contre l’insecte.

Ce composé cyanuré est toxique pour le bétail, principalement les bovins.

Chez les bovins touchés lors des épidémies de cet insecte, l’empoisonnement au kikuyu peut provoquer plusieurs symptômes. Les animaux peuvent souffrir de douleurs abdominales, de déshydratation et d’une salivation excessive. Ils peuvent aussi présenter une « fausse soif ».

Ils semblent alors avoir soif, mais sont incapables de boire, même lorsqu’ils plongent la bouche dans l’eau. Une perte de coordination peut également survenir, entraînant des mouvements instables et involontaires. Dans les cas les plus graves, les animaux peuvent souffrir de troubles cardiaques et respiratoires.

Lorsque j’ai inspecté des pâturages de kikuyu infestés par cet insecte au KwaZulu-Natal, j’ai observé que quelque chose tuait les stades larvaires de la chenille légionnaire africaine. Il s’agissait d’une souche du champignon Metarhizium rileyi.

Ces champignons vivent dans le sol et font partie des nombreux entomopathogènes qui infectent et tuent divers ravageurs. Ils sont souvent utilisés en agriculture pour lutter contre les ravageurs qui causent de graves dégâts aux cultures. Plusieurs insecticides à base de champignons sont disponibles dans le commerce et se sont révélés efficaces.

J’ai constaté que des larves mortes de chenille légionnaire africaine recouvraient de vastes zones des champs. La plupart étaient accrochées à des brins d’herbe et certaines à la surface du sol. Elles étaient infectées par Metarhizium rileyi. L’infection était visible sous forme de conidies blanches et vertes, qui sont des spores asexuées présentes à la surface de la cuticule des insectes.

Il s’agissait de la première observation et du premier rapport concernant l’efficacité de ce champignon contre la chenille légionnaire africaine. Auparavant, ce champignon avait été signalé comme un agent de lutte biologique efficace contre la chenille légionnaire d’automne dans des pays tels que les Philippines.

Cette découverte ouvre la voie à l’exploration et au développement de cet organisme en tant que produit de lutte biologique potentiel, destiné à être utilisé pendant les saisons d’épidémie en Afrique du Sud et dans d’autres régions du monde.

La prochaine étape consisterait à produire cette espèce fongique à grande échelle à des fins commerciales et à faire homologuer le champignon en tant que biopesticide contre cet insecte. Cela pourrait venir compléter les stratégies de gestion pouvant être mises en œuvre efficacement pendant les saisons d’épidémie de cet insecte.

The Conversation

Letodi Luki Mathulwe bénéficie d’un financement du ministère de l’Agriculture et du Développement rural du KwaZulu-Natal.

– ref. Découverte d’un champignon tueur de la chenille légionnaire africaine : une piste prometteuse pour protéger les cultures – https://theconversation.com/decouverte-dun-champignon-tueur-de-la-chenille-legionnaire-africaine-une-piste-prometteuse-pour-proteger-les-cultures-288737

La aplicación que nos agota la batería: por qué el ruido es el contaminante invisible de nuestro cuerpo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Julia Almazán Catalán, Investigadora predoctoral en nutrición y salud metabólica, Universidad CEU San Pablo

Kazantseva Olga/Shutterstock

¿Cuántas veces ha sentido que su teléfono móvil se descarga demasiado rápido sin saber por qué? A veces, la explicación es sencilla: decenas de aplicaciones abiertas en segundo plano consumen energía de forma constante. Con nuestro cuerpo ocurre algo bastante similar. Vivimos con una “aplicación” instalada por defecto que nunca se cierra: el ruido.

Este agresor invisible no es solo un fenómeno físico medible en decibelios. Se trata de una experiencia subjetiva y cultural. Esa ambigüedad lo convierte en un problema difícil de acotar, pues lo que empieza como un estímulo sensorial acaba alimentando una crisis de atención y de descanso biológico. Como señala el filósofo Byung-Chul Han, nuestra sociedad ha desplazado el silencio hacia los márgenes, sustituyéndolo por una hiperatención constante que mantiene al organismo en un estado de alerta difusa.

Un desajuste evolutivo

Desde una perspectiva evolutiva, esto no es un tema menor. El ser humano está diseñado para interpretar los sonidos como señales de peligro o información relevante. Durante milenios, el crujido de una rama podía marcar la diferencia entre la supervivencia y la muerte. Sin embargo, nuestro entorno sonoro ha cambiado radicalmente en apenas unas décadas. El tráfico, las obras, las notificaciones constantes y el murmullo urbano han creado un paisaje acústico perpetuo. El problema es que nuestro organismo, sencillamente, no ha tenido tiempo evolutivo para adaptarse a este bombardeo.




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Durante años, la investigación se centró en la salud auditiva. Con razón: el ruido es la segunda causa de pérdida de audición a nivel mundial. No obstante, en las últimas décadas ha cobrado relevancia la exposición “recreativa”, especialmente el uso prolongado de auriculares en jóvenes, cuyas consecuencias acumulativas empiezan a preocupar seriamente a la comunidad científica.

La onda que atraviesa el organismo

El cambio más importante en la ciencia actual no es solo cuantitativo, sino conceptual. El ruido ha dejado de entenderse únicamente como un problema del oído para ser reconocido como un contaminante ambiental sistémico. De hecho, el ruido del transporte es ya la segunda causa ambiental de enfermedad en Europa, solo por detrás de la contaminación del aire.

El cuerpo humano no procesa todos los sonidos igual. Existe un umbral fisiológico en torno a los 60 decibelios (una conversación normal). Por debajo, el organismo mantiene su equilibrio. Pero al superar ese límite, el sistema nervioso autónomo interpreta el estímulo sonoro como una amenaza y activa la respuesta ancestral de “lucha o huida”. No importa si es una motocicleta o una sirena lejana: el cerebro no evalúa la intención del sonido, sino su potencial peligro.

En ese instante, se activa el eje hipotálamo-hipofisario-adrenal, desencadenando una liberación sostenida de cortisol y adrenalina, las hormonas del estrés que nos ponen en “modo supervivencia”.

Del corazón al intestino: el impacto sistémico

Cuando este mecanismo de supervivencia se mantiene de forma crónica, la salud se resiente. La exposición continuada al ruido eleva la frecuencia cardíaca y la presión arterial, incrementando el riesgo de hipertensión, infarto de miocardio e ictus.

Pero los efectos de esta “onda invisible” llegan a territorios inesperados: la microbiota intestinal. De hecho, las investigaciones más recientes sugieren que el vasto ecosistema de bacterias que habita en nuestro interior es especialmente sensible a nuestro entorno y comportamiento. El estrés crónico inducido por el ruido podría alterar la paz de este ecosistema, provocando lo que los científicos llaman “disbiosis”: una especie de motín bacteriano donde las poblaciones beneficiosas disminuyen y las perjudiciales toman el control.

Incluso durante el sueño, el cerebro no se desconecta. Sigue procesando sonidos y manteniendo al organismo en un estado de microalerta que fragmenta el descanso. Esta falta de reparación nocturna es el caldo de cultivo ideal para procesos de estrés oxidativo e inflamación sistémica, vinculados incluso con enfermedades metabólicas como la diabetes tipo 2.

El silencio como “lujo”

Nuestros sentidos son auténticos interruptores de salud, pero el acceso a la calma no se distribuye de forma equitativa. Teniendo en cuenta que el 83,9 % de los españoles reside en zonas urbanas, el código postal condiciona nuestra exposición al ruido. Las zonas urbanas más densas soportan un bombardeo acústico que las convierte en epicentros de vulnerabilidad, transformando el ruido en un factor de desigualdad social: las poblaciones con menos recursos no solo respiran un aire peor, sino que viven en una atmósfera sonora que impide que su organismo se repare.

Frente a este “incendio silencioso”, la solución no es solo externa. Un organismo ya sometido a estrés (por factores emocionales o mala alimentación) es más vulnerable al impacto acústico. Aquí, la nutrición emerge como una aliada estratégica. Aunque una dieta no apaga el ruido, los compuestos antioxidantes y nutrientes esenciales pueden modular nuestra tolerancia, protegiendo tejidos sensibles y reforzando la resiliencia del ecosistema intestinal.

Recuperar el control del volumen

La lucha contra la contaminación acústica requiere políticas públicas: reducir el tráfico, mejorar el aislamiento y promover zonas verdes que funcionen como refugios fisiológicos. Se requiere un cambio cultural. Revalorizar el silencio implica reconocerlo como un recurso biológico de primera necesidad.

Cuidar nuestra “dieta sonora” puede empezar con gestos mínimos: silenciar notificaciones innecesarias o buscar momentos de desconexión total. En una sociedad que tiende al exceso y a la velocidad, el silencio se vuelve un acto subversivo. No se trata de eliminar el sonido, sino de recuperar el equilibrio. Quizá la pregunta más importante no sea cuánto ruido somos capaces de soportar, sino cuánto silencio necesitamos para estar realmente sanos.

En un mundo que nos empuja a estar siempre conectados, recuperar el silencio es el mejor cargador posible. Debemos aprender a cerrar, de forma consciente, esa aplicación que drena nuestra energía en segundo plano. Porque, al final, para que nuestra batería biológica no se agote, debemos recordar que el silencio no es un fallo del sistema, sino el único estado en el que nuestro sistema operativo puede, por fin, actualizarse.

Si el silencio es hoy un privilegio al que acceden solo unos pocos, ¿no será que la calma ha dejado de ser una opción personal para convertirse en un derecho de salud pública?


Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation


The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. La aplicación que nos agota la batería: por qué el ruido es el contaminante invisible de nuestro cuerpo – https://theconversation.com/la-aplicacion-que-nos-agota-la-bateria-por-que-el-ruido-es-el-contaminante-invisible-de-nuestro-cuerpo-288220

Élfico, klingon, alto valyrio… ¿Por qué inventamos idiomas y qué nos enseñan sobre el cerebro?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Inka Romero-Ortells Labrada, Investigadora del Centro de Investigación Nebrija en Cognición, Universidad Nebrija

Un manuscrito en élfico escrito en pergamino de seda; el idioma élfico fue creado por Tolkien para _El señor de los anillos_. Luca Lorenzelli/Shutterstock

Cuando pensamos en lenguas inventadas, solemos imaginar mundos de fantasía o ciencia ficción. Pero… ¿alguna vez ha jugado a hablar en el llamado “idioma de la pe”?

Muchos niños han utilizado este código secreto en diferentes épocas. Se llama el jeringozo y consiste en añadir una nueva sílaba con el sonido /p/ y la primera vocal de la sílaba anterior. Por ejemplo, juego se convierte en jue-pu-go-po. Con un poco de práctica, se pueden mantener conversaciones completas.

Sin embargo, la creación de formas de comunicación va más allá de la infancia o el entretenimiento. A lo largo de la historia, hemos inventado o adaptado recursos lingüísticos por necesidad, creatividad o interés científico. Fabricar idiomas también puede ser una ventana para entender cómo funciona el cerebro. Desde los códigos de juego infantiles hasta las lenguas creadas en el laboratorio, todos revelan algo clave sobre nuestra capacidad para aprender nuevas reglas.

Cuando la necesidad obliga: los pidgins

En muchas ocasiones, estos códigos nacen de situaciones de contacto entre culturas, no de un despacho. Cuando dos comunidades que no comparten un idioma necesitan comunicarse para comerciar o convivir, surge una variedad lingüística simplificada llamada pidgin.

El origen del término pidgin suele atribuirse a la pronunciación en chino de la palabra business (negocio). Estas lenguas de contacto toman gran parte de su vocabulario de la lengua socioeconómicamente dominante, pero reducen y reorganizan su gramática para facilitar la comunicación. Por lo tanto, ante una necesidad comunicativa, encontramos reglas compartidas.

Lenguas planificadas: cuando la estructura importa

No todas las lenguas artificiales surgen de la improvisación. Algunas se diseñan con una arquitectura completa, como si fueran obras de ingeniería. Para funcionar como lengua no bastan palabras nuevas, hacen falta reglas para combinarlas y una comunidad de hablantes.

Un ejemplo es el de las lenguas élficas creadas por J. R. R. Tolkien. Antes de escribir sus novelas y poner a los personajes a hablar, Tolkien, que era filólogo, ya había desarrollado la gramática, la evolución histórica y los sonidos de los idiomas. Quería que estos fueran tan consistentes como las lenguas naturales.

Algo parecido ocurrió con el esperanto, creado en 1887 por L. L. Zamenhof. Su intención era diseñar una lengua auxiliar internacional fácil de aprender, con reglas claras y sin excepciones. Hoy en día cuenta con una comunidad de hablantes en todo el mundo.

Un caso distinto es el klingon, creado en los años 80 del siglo pasado para la serie de televisión Star Trek. El lingüista Marc Okrand diseñó sonidos inusuales y un orden de palabras poco común (objeto–verbo–sujeto) para que sonara como un idioma extraterrestre.

El klingon resulta interesante porque, a diferencia del esperanto, nació para una ficción concreta, y a partir de las necesidades del guion. Esto muestra que una lengua inventada puede tener objetivos muy distintos, desde facilitar la comunicación internacional hasta construir un mundo imaginario creíble.

¿Qué dice la neurociencia sobre las lenguas inventadas?

Durante años no estaba claro cómo reaccionaba el cerebro ante lenguas artificiales. Para contestar esta pregunta, un estudio del Instituto Tecnológico de Massachusetts examinó, mediante resonancia magnética funcional, la actividad cerebral de personas que dominaban varias de ellas.

Los resultados fueron claros. Si las personas hablan con fluidez una lengua artificial (como el esperanto, el klingon, el na’vi de Avatar y el alto valyrio o el dothraki de Juego de tronos), el cerebro la procesa como una lengua natural. Es decir, activa con ella las mismas redes neuronales.

Pero para que el cerebro la considere lengua, esta debe permitir expresar significados sobre el mundo, sobre otras personas o sobre nuestros propios estados mentales. Por eso, los lenguajes de programación, aunque tienen reglas estrictas, activan redes neuronales distintas.

Lenguas artificiales en el laboratorio

Esta capacidad para aprender lenguas nuevas no es solo curiosidad. También es una herramienta científica muy útil. En psicolingüística, es relativamente habitual crear minilenguas artificiales para estudiar cómo aprende la mente humana.

Estas minilenguas tienen reglas simples y un vocabulario inventado. Gracias a ello, los investigadores pueden observar cómo las personas detectan patrones y aprenden estructuras nuevas sin la influencia ni el “ruido” de su lengua materna. Sorprendentemente, la facilidad con la que se aprenden estas lenguas artificiales predice con bastante exactitud la capacidad de aprender idiomas reales.

Un espejo de nuestra arquitectura mental

Todos estos escenarios revelan algo común: el cerebro busca constantemente patrones, significado e intención comunicativa.

La ciencia nos recuerda, así, un poderoso mensaje. Más allá de la diversidad de idiomas del mundo, compartimos una misma arquitectura mental para aprender y usar el lenguaje. Si una forma de comunicación tiene reglas y sirve para compartir ideas, nuestro cerebro puede adoptarla y convertirla en una herramienta para pensar, relacionarnos y construir conocimiento.


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The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Élfico, klingon, alto valyrio… ¿Por qué inventamos idiomas y qué nos enseñan sobre el cerebro? – https://theconversation.com/elfico-klingon-alto-valyrio-por-que-inventamos-idiomas-y-que-nos-ensenan-sobre-el-cerebro-285004