Plus rien ne vous choque ? Comment l’intolérable se transforme en norme dominante

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lee-Ann d’Alexandry, doctorante, Aix-Marseille Université (AMU)

*Comment des idées politiques ou sociales considérées comme inadmissibles finissent-elles par pénétrer, voire à s’imposer, dans le débat public ? La psychologie sociale montre que face à l’incertitude ou à la pression du groupe, les individus ajustent leurs jugements à ce qu’ils perçoivent comme la norme dominante. Mais la résister à la normalisation d’idées extrémistes ? *


Plus rien ne vous choque ? Aux États-Unis, les raids de l’ICE et les promesses de déportations massives de Donald Trump se sont concrétisées, son administration a capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et menace désormais Cuba. En Europe, certains politiciens souverainistes n’hésitent pas à affirmer que la loi nationale doit primer sur les traités. Ce qui frappe n’est pas seulement la radicalité de ces paroles ou de ces actions, mais le fait qu’elles suscitent de moins en moins de surprise – à peine le temps d’un scroll ou d’un zappage de chaîne.

Qu’il s’agisse de politique, de société ou de valeurs culturelles, des idées autrefois impensables finissent par entrer dans le débat public. Elles deviennent discutables, tolérables, parfois banales, même si elles continuent de diviser. Comment expliquer ce déplacement progressif des frontières de l’acceptable ?

Pour y répondre, il faut dépasser le seul registre de l’indignation. La psychologie sociale montre en effet que ce que nous jugeons « acceptable » n’est ni naturel ni stable : cela se construit collectivement, au fil des interactions, des discours et des répétitions.

La normalisation : comment le « normal » se déplace

Ce que nous percevons comme « normal » repose sur des normes sociales : des règles implicites partagées qui définissent ce qui est valorisé, toléré ou sanctionné. Ces normes évoluent lorsque des comportements ou des idées sont répétés et validés publiquement. Les expériences classiques de Muzafer Sherif et de Solomon Asch ont montré que, face à l’incertitude ou à la pression du groupe, les individus ajustent leurs jugements à ce qu’ils perçoivent comme la norme dominante.

Mais la normalisation ne relève pas seulement de mécanismes individuels. Des travaux récents en science politique montrent qu’elle opère aussi à l’échelle des idéologies. Dans The Normalization of the Radical Right (2024), le politiste Vincenzo Valentim montre que la montée de l’extrême droite ne tient pas tant à une radicalisation soudaine des électeurs qu’à l’érosion progressive des normes sociales qui freinaient l’expression publique de ces idées.

Lorsque le stigmate social diminue, des préférences jusque-là latentes peuvent s’exprimer plus librement. L’enjeu n’est donc pas simplement un changement des convictions, mais une transformation des conditions de leur expression : à mesure que le coût symbolique de certaines prises de position baisse – parce qu’elles sont reprises par des responsables politiques, discutées dans les médias ou moins fortement sanctionnées – elles deviennent plus visibles, paraissent plus ordinaires et déplacent progressivement le seuil de leur acceptabilité collective.

Ce phénomène s’apparente à ce que le sociologue Damon Centola appelle une « contagion complexe » : contrairement à une information virale, une idéologie ne se diffuse pas par une exposition ponctuelle, mais par des expositions répétées, socialement renforcées, au sein de réseaux où elle gagne progressivement en légitimité.

L’évolution récente du terme de « remigration » en Europe illustre ce mécanisme. Longtemps cantonné à des cercles marginaux, il a été remis en lumière en janvier 2024 par l’enquête du média allemand Correctiv sur des réunions entre responsables politiques et militants d’extrême droite. La reprise de ce terme par des dirigeants du parti d’extrême droite AfD et sa discussion sur des plateaux télévisés, non plus comme une proposition extrémiste mais comme une option politique parmi d’autres, a contribué à en déplacer l’acceptabilité.

Quand l’autorité et les médias légitiment l’impensable

La normalisation est accélérée lorsque des figures d’autorité s’en font les relais. Les travaux d’Albert Bandura sur l’apprentissage social montrent que nous avons tendance à imiter les comportements et les discours de modèles perçus comme puissants ou légitimes. Lorsqu’un dirigeant politique adopte publiquement une position radicale, celle-ci gagne en crédibilité par simple imitation.

Les médias jouent un rôle complémentaire. Depuis les travaux fondateurs de Maxwell McCombs et Donald Shaw (1972), on sait que l’agenda-setting n’influence pas directement ce que les citoyens pensent, mais ce à quoi ils pensent. En accordant une visibilité répétée à certaines idées, mêmes marginales au départ, les médias contribuent à les installer durablement dans le débat public.

La criminalisation des mouvements écologistes en offre un exemple récent. En France, entre 2023 et 2025, plusieurs responsables politiques ont qualifié des militants écologistes de « terroristes » ou de « menace pour l’ordre public » à la suite d’actions contre des infrastructures. La forte médiatisation de ces discours par des médias nationaux a contribué à rendre cette grille de lecture progressivement acceptable, voire légitime, dans l’espace public.

Mais la normalisation ne va pas toujours dans le sens d’un durcissement. Elle peut aussi accompagner des transformations progressistes. L’égalité salariale entre les femmes et les hommes, longtemps perçue comme une revendication marginale, s’est imposée comme une norme sociale largement partagée. De même, selon un sondage Ipsos publié en 2025, 77 % des Français se déclarent favorables à des lois renforçant la lutte contre les discriminations envers les personnes LGBT+.

Quand la normalisation rencontre des résistances

Pour autant, l’élargissement du champ de l’acceptable n’est ni automatique ni irréversible. La psychologie sociale s’intéresse aussi aux mécanismes de résistance à la normalisation. Des travaux récents sur l’« inoculation psychologique », menés notamment par Jon Roozenbeek et Sander van der Linden, montrent que l’exposition préventive aux techniques de manipulation renforce la capacité des individus à résister à des discours trompeurs ou extrémistes. Autrement dit, les normes ne se déplacent pas indéfiniment : elles se heurtent à des seuils de tolérance et à des capacités de vigilance collective.

Ces moments de rupture apparaissent souvent lorsque des acteurs légitimes nomment explicitement le basculement en cours. L’histoire en offre plusieurs exemples. En 1974, lorsque Simone Veil défend la législation de l’IVG, elle met en lumière l’écart entre l’interdit pénal et une réalité sociale déjà répandue. Elle révèle l’inadéquation croissante de la norme juridique. De même, lors de l’abolition de la peine de mort en 1981, portée par Robert Badinter sous la présidence de François Mitterrand, la réforme ne suit pas immédiatement l’opinion majoritaire : elle redéfinit publiquement le seuil moral tolérable en inscrivant la question sur le terrain des principes fondamentaux.

Ces séquences rappellent que la normalisation n’est jamais totale. Le déplacement des frontières du tolérable n’est pas un processus à sens unique : il peut être contesté, freiné, voire partiellement inversé lorsque des repères moraux partagés sont réactivés. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour éviter le double écueil du fatalisme – tout serait inévitable – et de l’illusion inverse, selon laquelle les normes se transformeraient sans résistance.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Plus rien ne vous choque ? Comment l’intolérable se transforme en norme dominante – https://theconversation.com/plus-rien-ne-vous-choque-comment-lintolerable-se-transforme-en-norme-dominante-275459

Augmenter les frais d’inscription universitaires des étudiants internationaux : une erreur stratégique ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marion Tissier-Raffin, Maîtresse de conférences en droit public, Université de Bordeaux

Dans la lignée du plan « Bienvenue en France » lancé en 2018, la stratégie annoncée en avril 2026 pour renforcer l’attractivité de la France auprès des étudiants étrangers conforte une mesure controversée, celle des frais d’inscription universitaires différenciés. En quoi cette logique est-elle contre-productive ?


Sept ans après « Bienvenue en France », la stratégie pour renforcer l’attractivité de la France auprès des étudiants internationaux, le ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé le 21 avril 2026, le lancement de « Choose France for Higher Education ». Dans la continuité du précédent, ce nouveau plan conforte une mesure controversée, celle des frais d’inscription majorés pour les étudiants extra-européens. Il annonce leur généralisation, dès la rentrée 2026, par la restriction drastique de l’autonomie des universités pour leur accorder des exonérations ciblées.

Cette annonce suit de près la divulgation du déclenchement par l’université de Strasbourg d’une procédure de désinscription à l’encontre de 47 étudiants extra-européens, faute pour eux d’avoir pu s’acquitter des 3941 euros de frais d’inscription majorés. Elle fait aussi suite à la suppression des aides personnalisées au logement (APL) pour la majorité des étudiants extra-européens dans le cadre de la loi de finances 2026, alors même que la précarité sociale des étudiants étrangers est déjà préoccupante.

Si l’annonce d’une probable désinscription administrative si tard dans l’année est une véritable catastrophe pour ces 47 étudiants internationaux de l’université de Strasbourg, qui risquent en plus de ne pas pouvoir renouveler leur titre de séjour étudiant, cette situation n’est que la conséquence logique de la mise en place de frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-européens issue du plan « Bienvenue en France ».

Des frais d’inscription différenciés

En 2018, constatant le déclassement de la France, passée de la 3e à la 7e place dans les rankings internationaux entre les années 1980 et 2019, le gouvernement d’Edouard Philippe fixait l’objectif d’attirer 500 000 étudiants étrangers en 2027 (soit une hausse de 40 % par rapport à 2018), et pour cela, mettait en place des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-européens, soit 2 770 euros pour une inscription en Licence et 3 770 euros pour une inscription en Master, contre 178 euros et 254 euros pour les étudiants français et ressortissants de l’UE.

Cette mesure était toutefois assortie de la possibilité pour les universités d’exonérer jusqu’à 10 % de tous les étudiants inscrits dans leur établissement. Or cette marge de manœuvre a largement été utilisée par ces dernières, puisqu’à la rentrée 2025, près de 60 % des universités exonéraient, partiellement mais automatiquement, l’ensemble des étudiants extra-européens, ce qui permettait de ramener le montant de leurs frais d’inscription à ceux payés par les étudiants français et européens (données issues d’un projet de recherche sur « Les mobilités à des fins d’études »).

Et, parmi les universités qui appliquaient les frais d’inscription différenciés, une grande majorité d’entre elles a voté des politiques d’exonération ciblées, sur divers fondements, comme l’excellence académique des candidats, leur provenance d’un des pays les plus pauvres du monde, ou encore leur inscription dans un cursus de sciences et technologie, ou leur niveau d’étude.

C’est par exemple le cas de l’Université de Strasbourg qui, si elle applique les frais différenciés, a décidé d’exonérer les étudiants extra-européens inscrits en Licence, et non ceux qui, comme les 47 étudiants visés par la mesure de désinscription administrative, poursuivent leurs études en Master.

De l’universalisme à l’utilitarisme

L’annonce du plan « Choose France for Higher Education » s’inscrit dans la continuité du plan « Bienvenue en France ». Comme celui-ci, il s’inscrit dans une logique utilitariste, selon laquelle il faut « passer d’une logique de réponse à la demande à une logique d’offre qualitative ».

Cela signifie qu’il ne s’agit pas d’attirer le plus grand nombre d’étudiants étrangers, dans une logique d’accès universel et culturel, mais de renforcer l’attractivité auprès des étudiants internationaux dont l’apport économique et scientifique est le plus profitable, c’est-à-dire des étudiants solvables et qui poursuivent leurs études dans des domaines stratégiques pour l’innovation et la croissance, comme « la santé, le numérique (dont l’intelligence artificielle), le quantique, les biotechnologies, les sciences de l’environnement, etc. »

Comme le plan « Bienvenue en France », la nouvelle stratégie se fonde sur une mesure clé, celle de la généralisation des frais d’inscription différenciés. La logique d’attractivité de celle-ci repose sur la théorie du signal-prix qui postule que des études plus onéreuses sont des études de meilleure qualité et donc plus attractives pour les étudiants internationaux.

Une hausse des frais universitaires pour les étudiants étrangers qui fait polémique (France 3 Grand Est, avril 2026).

Cette nouvelle stratégie d’attractivité « Choose France for Higher Education » interroge. Celle-ci fait suite à un Rapport de la Cour des Compte qui postulait, certes, la généralisation des frais différenciés, mais sans que cette proposition ne s’appuie sur un diagnostic précis de leur application.

Surtout, si l’objectif d’atteindre 500 000 étudiants étrangers en 2027 est en passe d’être atteint – l’objectif est en soi contestable car il comptabilise les étudiants étrangers et non les étudiants en mobilité d’étude qui sont moins nombreux – le classement de la France dans les rankings ne s’est pas amélioré depuis Bienvenue en France, au contraire. La France est reléguée au 8e rang mondial, derrière des pays comme la Turquie.

On s’étonne également de l’autosatisfaction du gouvernement sur plusieurs données pourtant peu favorables, comme le fait que la France est le 3e pays francophone le plus attractif, alors qu’elle était le 1er pays d’accueil non anglophone en 2019, ou encore de l’annonce de la diversification de la provenance des étudiants internationaux, alors que les chiffres ont peu évolué, plus de la moitié d’entre eux provenant toujours du continent africain. Enfin, si le gouvernement annonce flécher 60 % des bourses du gouvernement français sur les filières d’avenir, c’est déjà le cas des bourses d’excellence Eiffel dont 60 % de leur titulaire poursuivent des études scientifiques, dont 45 % en cursus ingénieur.

Sous-financement et fragmentation de l’enseignement supérieur

Au-delà des interrogations liées à l’analyse objective sous-tendant ce nouveau plan, la principale critique que l’on peut émettre est que, comme le plan « Bienvenue en France », il fonde toute la stratégie d’attractivité internationale sur une approche étroite, liée à la seule généralisation de frais d’inscription majorés.

Non seulement cette annonce n’anticipe pas comment le risque d’un effet d’éviction peut être écarté, comme le mentionne France Université, puisqu’un tel phénomène a déjà été documenté par France Stratégie, mais elle passe sous silence d’autres facteurs structurels qui expliquent aussi le déclassement de la France.

Il s’agit du sous-financement chronique des universités et de la recherche, la fragmentation de l’enseignement supérieur français, entre ses « grandes écoles » issues des classes prépa et la concurrence croissante des écoles privées, mais aussi l’absence de coordination avec la politique migratoire qui ne cesse de se durcir et dont les étudiants internationaux sont également les victimes.

Quoiqu’en dise le ministre, et comme en attestent le Défenseur des droits ou l’arrêt récent du Conseil d’État, le fonctionnement de la plateforme Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) met tous les étrangers, y compris les étudiants et les chercheurs internationaux, dans des situations administratives inextricables et graves.

Le cas de l’Allemagne, à la 4e place dans les rankings internationaux, avec des frais d’inscription aussi « modiques » qu’en France, témoigne du fait qu’une stratégie d’attractivité ne se construit pas sur la seule problématique des frais d’inscription et de la théorie du signal-prix. Pour être effective, celle-ci devrait se construire à partir d’une approche plus globale, fondée sur une coordination des politiques ministérielles, que ce soit celles liées à l’enseignement supérieur ou aux politiques migratoires, et être davantage respectueuse de l’autonomie des universités et leur mission historique de service public.

The Conversation

Marion Tissier-Raffin a reçu des financements de la Région Nouvelle Aquitaine.

ref. Augmenter les frais d’inscription universitaires des étudiants internationaux : une erreur stratégique ? – https://theconversation.com/augmenter-les-frais-dinscription-universitaires-des-etudiants-internationaux-une-erreur-strategique-282800

Water tank delivery in South Africa has stopped pipes getting fixed and opened the door to corruption – research

Source: The Conversation – Africa – By Nyashadzashe Chiwawa, AIA Research Co-ordinator in the College of Law and Management Studies, University of KwaZulu-Natal

Across many cities and towns in South Africa, turning on a tap no longer guarantees water. Instead, trucks – known as water tankers – arrive to deliver water to communities facing shortages.

Water tankers have shifted from being an emergency stopgap to a routine feature of water provision by municipalities. In many communities, especially informal settlements and areas affected by repeated outages, residents now depend on trucks to deliver water for months at a time.




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This reliance has grown over more than 10 years as ageing pipes, leaking networks, failed pumps, power cuts and poor maintenance have made supply increasingly unreliable.

Water tankering has also become a lucrative municipal business. Johannesburg Water, an entity owned by the City of Johannesburg, reportedly spent R130.5 million (US$8 million) on tankers in the 2024/25 financial year. Although this is only about 0.16% of Johannesburg’s combined R83.1 billion operating and capital budget for 2024/25, it is a large recurring outlay for what is meant to be an emergency service. It is also about 1.8% of the city’s R7.4 billion capital budget, money that could otherwise support longer-term infrastructure investment.

In Johannesburg, the tankers are largely supplied through private contractors appointed by Johannesburg Water. They deliver water from Johannesburg Water’s own supply.




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The water tanker contracts have also attracted controversy: a R263 million (about US$16 million) Johannesburg Water contract for 70 water tankers was declared invalid and set aside by the Gauteng High Court in December 2025 because of irregularities in the tender process.

South Africa’s growing reliance on water tankers reflects a deepening collapse in municipal water systems. A 2023 government report found that 46% of water supply systems in the country had poor or bad microbiological water quality, compared with only 5% in 2014.




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Water lost through leaks, faulty meters, illegal connections, poor billing or uncollected revenue rose from 37% in 2014 to 47% in 2023. This is far above the international average of about 30%.

By 2025, 47% of audited wastewater treatment systems were in a critical state, up from 39% in the previous assessment. Water systems rated excellent or good fell from 14% to 8%.

Together, these reports point to a long-running deterioration in municipal capacity: infrastructure is ageing, maintenance budgets are inadequate, skilled staff are in short supply, and many municipalities are losing treated water faster than they can reliably deliver it.




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As a researcher working in public governance and service delivery, I conducted a study aimed at understanding what happens when a temporary water solution becomes permanent. I wanted to find out how this shapes the lives of people forced to collect their only water supply in buckets from tankers over long periods.

My research explored how tanker-based water provision affects fairness, environmental sustainability, and trust in government in the eThekwini Municipality (formerly known as Durban), a coastal city in South Africa.




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The findings reveal a troubling pattern. Marginalised communities, particularly those in informal settlements or peri-urban areas, receive irregular and unreliable water deliveries. Some wait hours or even days for water, while others have more consistent access.

The key findings of my research are that water tankering:

  • delays real solutions to water shortages

  • is the result of top-down decisions that communities haven’t been part of

  • has a negative impact on the environment

  • makes inequality much worse.

The challenges seen in eThekwini are not unique. Cities around the world are facing similar pressures from climate change, urbanisation and ageing infrastructure. Relying on short-term fixes like tankering is becoming more common. But understanding its consequences is critical for avoiding larger crises in the future.

On the ground

I spoke directly to people affected by water shortages and those responsible for managing supply: municipal officials, engineers, community leaders, activists and residents living in water-scarce areas. My aim was to record real life stories about how people receive water, how they perceive the system and what challenges they face.

The problems identified included:

  • delays in real solutions to water shortages. Instead of investing in infrastructure like pipes, reservoirs and treatment plants, municipalities are relying on tankers as a stopgap. Over time, this delays tackling the root causes. As one participant described, tankering becomes a “Band-Aid” rather than a cure.

  • a lack of community involvement. Decisions about water distribution are often made without input from those most affected, leading to mistrust, frustration and a sense of exclusion. When people feel they have no voice in how water is managed, it undermines both governance and social cohesion, as one person I interviewed told me:

I advocate for community-driven solutions such as rainwater harvesting systems or decentralised water treatment facilities. These approaches empower communities to manage their water resources sustainably and reduce dependence on external interventions like water tankering.

  • environmental impact. The tankers use diesel, which causes carbon emissions and pollution. Extracting and transporting water at scale can strain natural resources, especially in already water-stressed regions. As another person I interviewed said:

It’s not a sustainable solution for ensuring water security. It’s costly, energy-intensive, and can have negative environmental impacts.

  • inequality. Water is essential to life, health and dignity. When access to water is unequal, it affects everything from education and employment to public health. Children in water-scarce households may miss school. Families may spend hours collecting water instead of working. Poor water quality can lead to disease. These are not isolated issues. A community member told me that getting water from tankers instead of from the tap is frustrating and demoralising:

We feel like second-class citizens, constantly at the mercy of erratic delivery schedules and uncertain water quality. Ethically, we deserve access to reliable, clean water just like any other community. The current situation undermines our dignity and perpetuates a cycle of poverty and dependence.

What needs to happen next?

First, governments must shift from reactive to proactive solutions. This means investing in long-term water infrastructure rather than relying on emergency measures. Pipes, treatment plants and storage systems may require large upfront costs, but they provide sustainable and equitable access to water over time.

Second, governance must improve. Transparency, accountability and anti-corruption measures are essential to ensure that resources are used effectively. Public funds spent on repeated tanker contracts could often be better invested in permanent systems.




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Third, communities must be included in decision-making. Local knowledge and participation can lead to more effective and context-specific solutions, such as rainwater harvesting or decentralised water systems. When people are involved, they are more likely to trust and support water management strategies.

Finally, policymakers need to treat water access as a matter of justice, not just logistics. This means recognising water as a basic human right and ensuring that policies prioritise the most vulnerable populations.

The Conversation

Nyashadzashe Chiwawa does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Water tank delivery in South Africa has stopped pipes getting fixed and opened the door to corruption – research – https://theconversation.com/water-tank-delivery-in-south-africa-has-stopped-pipes-getting-fixed-and-opened-the-door-to-corruption-research-281752

The World Bank wants to change the way it manages complaints: the fixes that could make it better

Source: The Conversation – Africa – By Danny Bradlow, Professor/Senior Research Fellow, Centre for Advancement of Scholarship, University of Pretoria

The World Bank made history in 1994 by creating the Inspection Panel, the first independent accountability mechanism at any international organisation. Its function is to investigate complaints from communities who allege they were harmed because the bank failed to comply with its own policies and procedures.

By establishing the three-member Inspection Panel, the World Bank showed support for a democratic vision of international governance based on the rule of law and the rights of individuals to take part in development decisions that affect their lives.

To date, the panel has received 186 complaints. Fifty-two have been from Africa. They involved projects in 56 countries, including 26 African countries. The complaints have raised issues such as the World Bank’s failure to comply with its own policies regarding public consultations, environmental and social impact assessments and involuntary resettlement in the projects that it funds.

The board has expanded the bank’s accountability process to include both compliance reviews and dispute resolution processes. Today, the World Bank Group has three independent accountability mechanisms:

  • the Inspection Panel, which focuses on compliance reviews in public sector projects

  • a separate dispute resolution mechanism for public sector projects

  • the Compliance Advisor Ombudsman, which offers both compliance reviews and dispute resolution services for private sector projects, primarily funded by the International Finance Corporation.

These accountability mechanisms have operated with mixed success. There have been some wins, for example in a case in Uganda involving risks for women and children associated with the building of a road. And some failures. An example is the Compliance Advisor Ombudsman finding against the International Finance Corporation for noncompliance in a coal fired power plant in India that was ignored.

We were involved, as legal academics and working with civil society organisations, in the establishment of the Inspection Panel. We have been following the activities of these independent accountability mechanisms for over 30 years. We are concerned about their future.

The World Bank Group is seeking to become a “bigger and better” bank. This involves promoting more collaboration between the five entities that make up the group. It is doing so under the banner of “One WBG”. This is an important development because the World Bank is the only global multilateral development bank. It offers developing countries both financial and advisory services. For example, it is the biggest funder of development projects in Africa.

The increasing collaboration between the different institutions in the bank raises concerns about which of their policies are applicable to a particular project. It also raises the issue of whether the bank should integrate the group’s independent accountability mechanisms so that there is no question about which mechanism is applicable to the project.

We believe that resolving this issue offers the bank’s board an opportunity to improve the structure of its independent accountability mechanisms and their contribution to the bank’s operations.

The dangers

The board appointed a two-person task force in September 2025 to advise it on the feasibility of integrating the three organisations in a way that does not reduce their independence, accessibility and effectiveness. The task force prepared a thorough and well-reasoned draft report.

The report was finalised after public consultations and is being considered by the board. It shows that integration of the mechanisms is a feasible, but complex exercise. The existing mechanisms have different operating cultures, policies and practices and human resource needs. The report describes various models for integrating the existing mechanisms.

The report also demonstrates that if mishandled, the exercise could result in a less independent and less effective accountability mechanism. To avoid this risk, we propose that the board adopt a model consisting of two separate independent accountability mechanisms. One to cover compliance reviews across the entire group. The other to cover dispute resolution across the group. This will enable both functions to operate independently and efficiently.

Our proposal raises four issues.

First, it is important that each mechanism is independent of the bank’s management. Each mechanism must have sufficient resources to undertake effective compliance reviews or dispute resolutions. Their processes must also be robust enough to result in meaningful outcomes for the complainants.

Second, the new compliance mechanism must retain a three-member panel appointed by and reporting to the bank’s board. The panel should have a permanent chair serving a six-year term. The chair must have the authority to decide which cases need the panel’s attention. The other two panel members should also serve staggered six-year terms.

A three-person panel allows for some geographic, technical and experiential diversity. Gaining a consensus among the panel members improves the quality and increases the credibility of the panel reports. A three-member panel is better able to withstand pressure from the bank’s management and other stakeholders than is a mechanism headed by one person.

Third, the dispute resolution mechanism should be headed by an experienced dispute resolution professional at the vice-president level. This official should report to the president of the bank. Our view is that this arrangement could encourage the institution to play a more proactive role in resolving disputes.

To ensure that the unit has some independence it should also have regularly scheduled meetings with the board. The head of the unit should also be able to request a meeting with the board whenever they deem it necessary and without requiring the prior approval of the bank’s president.

Fourth, the process of consolidating accountability mechanisms will be complex. Consequently, the board should first decide on the basic structure: a compliance review unit headed by a three-member panel and a separate dispute resolution unit headed by a senior professional.

It should delay any decisions on the policies, principles and practices of the mechanisms until it receives advice from a multi-stakeholder working group that includes external stakeholders and management and is co-chaired by one person from each of the units being merged.

An opportunity to fix things

The bank has the opportunity to strengthen its development mission. The changes it makes should be designed to:

  • help make the bank a better institution that supports higher quality projects

  • make the bank a learning institution that openly accepts criticism and looks to implement solutions

  • ensure it becomes an institution that recognises that people affected by bank-funded projects are stakeholders in its operations who may be forced to risk their well-being for the greater good.

The Conversation

Danny Bradlow, in addition to his position at the University of Pretoria, is a Non-Resident Fellow at the Global Development Policy Center, Boston University.

David Hunter has previously received grants of up to $100,000 per year from the Charles Stewart Mott Foundation, an independent US foundation that supports groups that work on sustainable finance). He serves on the Board of Directors of Accountability Counsel, a non-profit advocacy group in the United States that supports affected communities in bringing claims to accountability mechanisms, like the World Bank Groups’ Inspection Panel and CAO.

ref. The World Bank wants to change the way it manages complaints: the fixes that could make it better – https://theconversation.com/the-world-bank-wants-to-change-the-way-it-manages-complaints-the-fixes-that-could-make-it-better-282695

Pourquoi l’hôtel Hilton de Washington relie Reagan et Trump : quand la violence met le pouvoir à l’épreuve

Source: The Conversation – France in French (3) – By Florian Leniaud, Docteur en civilisation américaine. Membre associé au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

La tentative d’assassinat qui a visé Donald Trump et ses ministres les plus importants le 26 avril dernier s’est produite à l’hôtel Hilton de Washington, devant lequel Ronald Reagan avait été grièvement blessé par balles 45 ans plus tôt. Ce parallèle invite à analyser la manière dont les attaques physiques qu’ils ont subies ont transformé l’image des deux présidents républicains, ainsi que les réponses qu’ils y ont apportées.


Quarante-cinq ans après la tentative d’assassinat contre Ronald Reagan du 30 mars 1981, une attaque visant Donald Trump vient de survenir au même endroit : l’hôtel Hilton de Washington.

Ce détail n’en est pas un, car il transforme un fait isolé en continuité. Le lieu devient une scène. La violence politique ne surgit plus seulement comme un événement, elle semble se rejouer, tout en reliant deux figures présidentielles au sein d’une même épreuve.

Un lieu qui transforme la violence en récit

En 1981, Reagan, qui avait eu le poumon perforé par une balle tirée à bout portant par John Warnock Hinckley, Jr., sort profondément renforcé de cet épisode. Les images de sa sortie d’hôpital, son humour face au danger mortel auquel il a été exposé et la mise en récit médiatique contribuent à installer durablement la figure d’un leader ayant traversé l’épreuve.

Quelques heures après avoir été touché, Reagan plaisante auprès de ses chirurgiens : « J’espère que vous êtes tous des Republicans ». La formule fait immédiatement le tour du pays et structure l’image d’un président courageux, maître de lui-même jusque dans la proximité de la mort.

Aujourd’hui, Trump — qui avait déjà vécu un moment similaire le 14 juillet 2024 lorsqu’il avait émergé, le poing brandi et l’oreille en sang, après avoir échappé à une tentative d’assassinat lors d’un meeting — apparaît dans une configuration différente mais comparable sur un point précis : l’exposition à la violence renforce une posture de leader assiégé. Depuis près de dix ans, son discours politique repose largement sur l’idée d’une Amérique menacée, encerclée par des ennemis intérieurs et extérieurs. Chaque attaque contribue dès lors à renforcer un récit déjà installé, celui d’un dirigeant pris pour cible parce qu’il incarnerait une forme de résistance politique.




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Dans les deux cas, l’événement ne se limite donc pas à un acte violent, puisqu’il est immédiatement intégré dans une narration politique. Or ce récit ne fonctionne pas seul. Il repose sur une médiatisation continue qui transforme la violence en séquence politique majeure. Si la violence fait l’événement, le récit médiatisé en fait un moment politique.

Un attentat prémédité dans un espace hautement symbolique

Les éléments désormais connus sur l’assaillant du 25 avril dernier, Cole Tomas Allen, confirment qu’il avait préparé son attaque de longue date. L’homme, âgé de 31 ans, avait traversé les États-Unis avec plusieurs armes et réservé une chambre au Hilton plusieurs semaines à l’avance. Selon les enquêteurs, il projetait de viser Donald Trump ainsi que plusieurs responsables politiques présents lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Ses écrits, mélange de confession, de revendication politique et de message d’adieu, révèlent une accumulation de griefs personnels et politiques contre l’administration Trump. Les autorités indiquent également qu’il ne pensait pas survivre à son attentat, ce qui ancre son geste dans une logique sacrificielle relativement fréquente dans les violences de masse contemporaines.

Cette dimension est importante car elle éloigne l’idée d’un acte purement impulsif ou irrationnel. Les travaux consacrés aux auteurs de fusillades montrent des trajectoires souvent marquées par l’isolement social, des formes d’humiliation ou une quête de reconnaissance. Dans de nombreux cas, le passage à l’acte s’inscrit dans un environnement saturé de récits violents et fortement médiatisés.




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La médiatisation ne constitue alors pas un simple relais d’information, car à travers la répétition des images et des noms des assaillants, elle peut contribuer, chez certains individus, à rendre ces actes réellement possibles, soit imaginables. À force d’être rejouée en boucle, la violence s’installe dans un horizon mental familier où le passage à l’acte peut apparaître comme un moyen brutal d’accéder à une forme de visibilité publique.

Le lieu comme scène politique

Le choix du lieu joue un rôle central dans cette dynamique. Les attaques ne surviennent pas dans des espaces neutres : écoles, centres commerciaux, universités, lieux de pouvoir ou bâtiments gouvernementaux concentrent visibilité et résonance médiatique. Ils fonctionnent comme des scènes ouvertes sur le pays tout entier.

Le Hilton de Washington agit à ce titre comme un espace de mémoire politique. Déjà associé à la tentative d’assassinat contre Reagan, il transforme instantanément l’événement en continuité historique. Ce lieu de mémoire produit du sens avant même l’interprétation politique et dépasse largement le geste individuel.

La comparaison d’Allen avec John Hinckley Jr. permet néanmoins de souligner des différences importantes. Hinckley agit dans une logique obsessionnelle très personnelle qui mêle fascination médiatique et fixation sur l’actrice Jodie Foster. Allen apparaît, quant à lui, engagé dans une démarche nettement plus politisée et idéologique. Pourtant, un point commun demeure : dans les deux cas, l’acte vise un espace hautement visible, aujourd’hui chargé de sens.

La violence politique contemporaine ne cible donc pas seulement des individus. Elle cible aussi des lieux, des symboles et des récits.

Une polarisation médiatique qui transforme immédiatement la violence en affrontement politique

Cette évolution ne peut être comprise sans replacer ces événements dans l’histoire récente du paysage médiatique américain. La présidence Reagan marque un tournant majeur avec la disparition progressive de la Fairness Doctrine à la fin des années 1980. Cette règle imposait jusque-là aux médias audiovisuels de traiter les sujets controversés de manière équilibrée.

Sa suppression ouvre progressivement la voie à un système médiatique beaucoup plus polarisé, où l’information devient un espace d’affrontement idéologique permanent. L’essor du talk radio conservateur, puis des chaînes d’information continue et des réseaux sociaux fragmente l’espace public américain en récits concurrents.




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Dans ce contexte, chaque événement violent fait immédiatement l’objet d’interprétations opposées. Pour les soutiens de Trump, l’attaque confirme l’idée d’un dirigeant persécuté parce qu’il dérange une partie du système politique et médiatique. Pour ses opposants, l’attaque renvoie au contraire à un climat de tension politique auquel les discours de Trump et sa manière de polariser le débat public auraient contribué.

La violence cesse alors d’être seulement un drame partagé pour devenir un élément du combat politique, utilisé par chaque camp pour conforter sa propre lecture du pays, du pouvoir et de la menace.

Les armes à feu comme imaginaire politique

La question des armes à feu occupe une place centrale dans cette dynamique. Leur diffusion massive entretient un imaginaire politique fondé sur l’autodéfense et la menace permanente. Aux États-Unis, lorsque les armes ne relèvent pas de la sécurité ou du loisir, elles constituent un marqueur culturel et identitaire profondément enraciné dans une partie du conservatisme américain.

Ce système fonctionne en boucle : la peur favorise l’armement, tandis que l’omniprésence des armes rend la violence plus probable. Chaque nouvelle attaque engendre un sentiment d’insécurité qui justifie à son tour la possession d’armes.




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C’est précisément dans cette tension entre culture des armes et expérience directe de la violence que la comparaison entre Reagan et Trump devient éclairante. Ronald Reagan, pourtant figure majeure du conservatisme américain et défenseur du deuxième amendement, avait progressivement infléchi sa position après avoir survécu à la tentative d’assassinat de 1981 lors d’une tribune écrite pour le New York Times. Dans les années 1990, après ses deux mandats, il soutient publiquement le Brady Act, texte renforçant les contrôles sur les ventes d’armes à feu — baptisé ainsi en hommage à James Brady, porte-parole de la Maison-Blanche grièvement blessé en même temps que le président le 30 mars 1981, et resté lourdement handicapé à la suite de ses blessures. Reagan reconnaît alors qu’un meilleur encadrement des armes aurait pu sauver des vies.

Donald Trump défend au contraire une ligne plus ferme en faveur du droit au port d’armes, y compris après avoir lui-même été visé. Cette différence traduit une transformation plus profonde du camp républicain : chez Reagan, la violence conduit partiellement à une forme de remise en question, alors que chez Trump elle vise davantage à renforcer un récit politique déjà raffermi autour du danger et de l’affrontement.

Quand le lieu survit à l’événement

L’attaque contre Donald Trump ne constitue pas un événement isolé. Elle survient dans un contexte plus large de polarisation politique et de violences visant des responsables publics aux États-Unis. L’assaut du Capitole en 2021 avait déjà révélé l’intensité d’une polarisation où une partie du conflit politique se déplace désormais sur le terrain physique et sécuritaire.

Mais le plus frappant reste peut-être la persistance du lieu lui-même. Quarante-cinq ans après Reagan, le Hilton de Washington réapparaît comme si certains espaces conservaient la mémoire des violences qui les ont traversés. Le lieu ne se contente plus d’accueillir l’événement : il lui donne une profondeur historique immédiate et relie plusieurs séquences de la vie politique américaine à travers une même scène.

De Reagan à Trump, les effets politiques diffèrent, mais une constante demeure : l’exposition à la violence peut renforcer la portée symbolique du pouvoir. Si la violence politique fait depuis longtemps partie de l’histoire américaine, sa médiatisation permanente et son inscription dans un paysage fortement polarisé lui donnent aujourd’hui une résonance particulière, où chaque attaque devient aussitôt un affrontement politique et médiatique qui dépasse largement l’événement lui-même..

The Conversation

Florian Leniaud est membre du Centre d’histoire et d’études culturelles rattaché à l’Université Paris-Saclay

ref. Pourquoi l’hôtel Hilton de Washington relie Reagan et Trump : quand la violence met le pouvoir à l’épreuve – https://theconversation.com/pourquoi-lhotel-hilton-de-washington-relie-reagan-et-trump-quand-la-violence-met-le-pouvoir-a-lepreuve-282314

Quand l’école ne protège pas les jeunes queer des violences et discriminations

Source: The Conversation – France in French (3) – By Arnaud Alessandrin, Sociologue, Université de Bordeaux

Le 17 mai est la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Une étude française menée auprès de 400 jeunes LGBTQIA+ âgés de 14 à 18 ans documente notamment les discriminations subies durant la scolarité.


L’école est souvent présentée comme un espace d’émancipation, de socialisation et de protection. Pourtant, pour de nombreux jeunes LGBTQIA+ (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre, intersexe, asexuel), elle demeure un lieu d’apprentissage… de la peur. Moqueries, insultes, harcèlement, invisibilisation, isolement : les expériences discriminatoires vécues à l’école ont des conséquences profondes sur la santé mentale, les parcours scolaires et la confiance en soi.

Dans l’ouvrage collectif La santé mentale des jeunes queers, que nous avons dirigé, nous avons souhaité replacer ces questions au cœur du débat public. Car avant d’être perçus comme des jeunes fragiles parce qu’influencés par un soi-disant lobby LGBT, ces jeunes LGBTQIA+ sont surtout exposés à des violences spécifiques et répétées.

Une école encore traversée par les violences LGBTphobes

Les discriminations vécues par les jeunes gays, lesbiennes, bi, trans ou non binaires à l’école ne se limitent pas aux agressions physiques. Elles prennent souvent des formes plus diffuses : remarques humiliantes, mises à l’écart, rumeurs, assignations de genre, refus du prénom choisi, insultes quotidiennes ou encore silence des adultes face aux violences.




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Les études européennes montrent l’ampleur du phénomène. Selon l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (2023), 91 % des personnes LGBTQIA+ disent avoir entendu des remarques dégradantes ou observé des comportements négatifs envers des élèves perçus comme LGBT durant leur scolarité. L’Unesco estimait déjà en 2019 que près d’un jeune LGBTQIA+ sur deux en Europe avait subi des intimidations scolaires liées à son orientation sexuelle ou son identité de genre.

Ces violences ne sont pas anecdotiques. Elles s’inscrivent dans un climat scolaire où certaines normes hégémoniques de masculinité, de féminité et d’hétérosexualité restent valorisées. Les élèves qui s’en éloignent deviennent alors des cibles privilégiées de stigmatisation. Les jeunes trans sont particulièrement exposés au sein de la communauté LGBTQIA+.

Dans plusieurs témoignages recueillis lors de notre enquête, menée pour l’association de recherche ARESVI avec le soutien de la DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT), les insultes, les rejets et les humiliations scolaires apparaissent comme des expériences fondatrices d’un mal-être durable.

Cette surexposition est statistiquement prouvée. Entre 2024 et 2025, nous avons recueilli plus de 400 réponses de jeunes par questionnaires (entre 14 et 18 ans ; un tiers de garçons gays, un tiers de filles lesbiennes et autant de personnes trans et non-binaires, toutes catégories sociales confondues, dont 30 % vivant en milieu rural). Au total, 24 % des jeunes LGBTQIA+ que nous avons enquêtés ont subi des menaces du fait de leur sexualité et 48 % du fait de leur identité de genre. Si ces données montrent que le collège demeure un espace de moindre violence, elles soulignent que les « coming out » (annonce volontaire et assumée d’une orientation sexuelle, d’une identité de genre) s’effectuent surtout au lycée.




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À ces violences directes s’ajoute un autre phénomène : l’invisibilité. Peu d’enseignants et d’enseignantes ouvertement LGBTQIA+, peu de contenus pédagogiques inclusifs, peu de représentations positives. Le silence institutionnel produit lui aussi des effets. Comme le rappelle la chercheuse Caroline Dayer, « le silence étouffe la possibilité d’exister et de se projeter ». Autrement dit, lorsque les institutions (l’école ou la famille) ne permettent pas d’exprimer une identité (de genre ou de sexualité) cette dernière se vit comme un secret, un tabou ou une honte, et ceci dégrade la santé mentale des minorités de genre et de sexualité.

Quand les discriminations abîment la santé mentale

Si l’on isole les expériences scolaires d’autres phénomènes (comme les discriminations subies au sein des groupes de jeunes du même âge ou de la famille), on remarque que les conséquences psychiques de ces expériences sont massives. Les jeunes LGBTQIA+ présentent davantage de dépression, d’anxiété, d’automutilations et de conduites suicidaires que leurs pairs hétérosexuels.

Les chiffres sont particulièrement préoccupants chez les jeunes trans et non binaires. Ainsi, dans notre enquête, plus d’un jeune LGBTQIA+ sur deux déclarait avoir eu des « idées noires » ou des pensées suicidaires à la suite des discriminations subies. Toujours dans la même enquête, ce chiffre atteint près de 60 % chez les jeunes trans et plus de 63 % chez les jeunes non binaires.

Le concept de « stress minoritaire », développé par le psychologue Ilan Meyer, permet de comprendre ces écarts. Il montre que les difficultés psychiques des minorités sexuelles et de genre ne proviennent pas de leur identité elle-même, mais de l’exposition répétée aux discriminations, au rejet et à l’anticipation constante de violences. Autrement dit : ce n’est pas le fait d’être gay, lesbienne ou trans qui produit la souffrance, mais le fait d’être humilié, invisibilisé, rejeté, voire ostracisé en raison de cette identité.

Ces discriminations, injures ou ostracismes touchent aussi l’estime de soi et les relations sociales. Dans notre enquête, près des deux tiers des répondantes et répondants LGBT déclarent avoir perdu confiance en eux après des expériences discriminatoires à l’école. Un jeune sur cinq déclare avoir cessé certaines activités ou évité des relations sociales.

Des effets durables sur les parcours scolaires

Ces violences ont également des conséquences directes sur les études. Quand l’école devient un espace d’insécurité, certains jeunes développent des stratégies d’évitement : absentéisme, phobie scolaire, décrochage, retrait des interactions sociales. Et là encore, au total, ce sont les jeunes personnes trans qui déclarent des dégradations massives de leurs expériences scolaires (comme le montre le tableau ci-dessous).

Dans notre enquête, près d’un jeune trans sur cinq déclare avoir arrêté l’école ou ses études à la suite des discriminations vécues. Beaucoup évoquent aussi une baisse des résultats scolaires (19 %), des troubles du sommeil (32 %) ou des idéations suicidaires (59 %).

Le climat hostile agit directement sur les capacités d’apprentissage. Les micro-agressions répétées diminuent la motivation, la concentration et le sentiment d’efficacité personnelle. Certains jeunes finissent même par « s’autocensurer » dans leurs choix d’orientation, évitant des filières perçues comme trop masculines, trop normatives ou insuffisamment inclusives. Or, depuis les travaux de Bernard Charlot, nous savons que « L’élève n’apprend que s’il trouve du sens à ce qu’il apprend ». La réussite scolaire dépend fortement du sens que l’élève donne aux apprentissages et à sa trajectoire scolaire. Lorsqu’un élève est orienté dans une voie qu’il n’a pas choisie ou dans laquelle il ne se reconnaît pas, les risques d’échec sont multipliés.

Les conséquences dépassent alors largement le cadre scolaire. Le décrochage, l’isolement et les difficultés psychiques peuvent produire des trajectoires de précarisation durable : difficultés d’insertion professionnelle, vulnérabilités économiques, fragilisation des liens sociaux. Et ceci a des conséquences directes : en moyenne, 22 % des jeunes LGBTQIA+ enquêtés déclarent qu’après leur coming out, au moins une personne de leur famille a rompu avec lui ou elle. Parmi eux, 49 % des personnes déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année.

Faire de l’école un espace protecteur

Pourtant, l’école peut aussi devenir un facteur de protection majeur. Les recherches montrent que le soutien des adultes, la présence de modèles positifs, les politiques anti-harcèlement ou encore la reconnaissance des identités de genre améliorent significativement la santé mentale des jeunes LGBTQIA+.




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Le problème n’est donc pas l’existence des minorités sexuelles et de genre à l’école. Le problème, ce sont les violences qu’elles continuent d’y subir.

Former la communauté éducative, lutter contre les LGBTphobies, rendre visibles des représentations positives, protéger les élèves trans dans leur parcours scolaire ou encore intégrer réellement les questions de genre et de sexualités dans les politiques éducatives : ces enjeux relèvent aujourd’hui autant de l’éducation que de la santé publique.

Parce qu’une école plus inclusive ne protège pas seulement les jeunes LGBTQIA+, elle améliore le climat scolaire pour tout le monde, il est temps de penser le lien entre école, relations sociales et santé mentale des jeunes LGBTQIA+.

The Conversation

Arnaud Alessandrin a reçu des financements de la DILCRAH

Johanna Dagorn a reçu des financements de la DILCRAH

ref. Quand l’école ne protège pas les jeunes queer des violences et discriminations – https://theconversation.com/quand-lecole-ne-protege-pas-les-jeunes-queer-des-violences-et-discriminations-282593

Bienvenue à Nubri (Népal), où tout le monde sait distiller l’alcool

Source: The Conversation – in French – By Geoff Childs, Professor of Sociocultural Anthropology, Washington University in St. Louis

À Nubri, la distillation fait partie intégrante du mode de vie.
Geoff Childs, Fourni par l’auteur

Imaginez un endroit où chaque foyer possède tout le nécessaire pour distiller de l’alcool, où l’on trinque pour presque toutes les occasions, et où vos impôts — payés en céréales — sont directement versés dans un alambic communautaire.


Bienvenue à Nubri.

Perchée dans le nord du Népal, cette vallée abrite environ 3 000 montagnards bouddhistes d’origine tibétaine. Au cours des trois dernières décennies, j’ai passé beaucoup de temps à Nubri à observer l’interaction entre les tendances démographiques et les changements sociaux. J’étais souvent accompagné d’un collègue ethnomusicologue, Mason Brown, qui étudie les traditions musicales locales. À force de terrain, nous sommes tous deux devenus des amateurs des breuvages maison — le chang et l’arak — que nous avons appris à brasser et à distiller aux côtés de Jhangchuk Sangmo Thakuri, un habitant de Nubri devenu collaborateur de recherche.

D’autres spécialistes des sociétés tibétaines et himalayennes ont souligné l’importance du chang dans les rituels et en tant que catalyseur social. À Nubri, où la population est majoritairement d’origine tibétaine, nous avons découvert par nous-mêmes le rôle essentiel que ces deux boissons jouaient dans le maintien des rituels locaux, l’économie et le développement des relations sociales.

Les bases de la fabrication

Le chang est une boisson fermentée et non gazeuse, à base de maïs, d’orge ou de riz. On ajoute un levain hérité de la cuvée précédente à des céréales bouillies encore tièdes, le tout enfermé dans un récipient avec de l’eau. Selon la température et l’effet recherché, l’attente varie de quelques jours à deux semaines. Le résultat titre entre 3 % et 6 % d’alcool — l’équivalent d’une blonde européenne — et se boit avec ses sédiments, légèrement sucré, légèrement acidulé. Les villageois l’apprécient frais, surtout pendant les travaux des champs.

L’arak, en revanche, exige une distillation d’environ une heure : le moût fermenté passe sur feu nu, la vapeur se condense au contact d’un récipient d’eau froide, et le liquide clair qui s’égoutte atteint 15 % à 25 d’alcool par volume — plus fort qu’un verre de vin mais moins que le whisky. Il est limpide et sec, avec une saveur et une texture en bouche similaires à celles du saké japonais.

Dans la vallée, presque tous les foyers — sauf les plus démunis — possèdent leur propre alambic. Ceux qui n’en ont pas en empruntent un à leurs voisins quand les réserves de grain le permettent.

En enfer… ou vers la gloire ?

Les Tibétains boivent du chang depuis au moins treize siècles. Une légende du VIIᵉ siècle raconte comment des fonctionnaires de la cour furent envoyés par un empereur à la recherche d’un garçon doté de pouvoirs magiques. Lorsqu’ils rencontrèrent un enfant et lui demandèrent où étaient ses parents, il répondait : « Mon père est parti chercher des mots. Ma mère est partie chercher des yeux. » Le père reparut avec du chang, la mère avec du feu. Pourtant, tous les Tibétains ne sont pas buveurs — ils comptent parmi eux des abstinents et des prohibitionnistes. Au XVe siècle, le lama bouddhiste Ngorchen Kunga Zangpo affirmait : « Puisqu’une personne (qui boit) a créé et accumulé le karma d’un fou, son corps finira par se dégrader, et après sa mort, elle renaîtra parmi les êtres infernaux des royaumes inférieurs de l’existence. »

Le message est d’une élégante simplicité : buvez et vous irez en enfer !

Une femme attise le feu sous un grand chaudron
Tsewang Buti, habitant de Nubri, attise le feu sous un alambic.
Geoff Childs, CC BY

Mis à part l’avertissement de Kunga Zangpo, les boissons enivrantes sont depuis longtemps appréciées dans la société nubrienne. Un texte du XVIIIe siècle met en scène Pema Wangdu, un lama de Nubri célèbre pour ses chants sur la réalisation spirituelle. Il raconte qu’un jour, alors qu’il cherchait conseil auprès d’un lama local, il dut lui présenter une offrande ; il alla donc chiper du chang chez lui pendant que les membres de sa famille travaillaient dans les champs. Le maître principal de Pema Wangdu, Pema Döndrub, également originaire de Nubri, décrit une visite dans une vallée voisine au cours de laquelle un fonctionnaire demanda aux villageois locaux d’apporter du chang au lama et à son entourage. Apparemment, ils en apportèrent plus qu’il n’en fallait, car Pema Döndrub rétorqua : « Nous avons gardé le chang savoureux et renvoyé celui qui n’était pas à notre goût. »

Pema Döndrup, lama local et connaisseur de chang.
Geoff Childs

Le chang est également souvent mentionné dans les chansons folkloriques de Nubri, transmises de génération en génération. Dans l’une d’elles, le chanteur se réjouit d’avoir bénéficié de multiples coups de chance : il vit dans un pays civilisé, habite une chambre dorée et possède un élégant poulain ainsi que de nombreux moutons. Affirmant que sa prospérité est méritée, le chanteur ordonne à sa femme : « Ne songe même pas à me donner moins de chang ! »

Une boisson pour toutes les occasions

Aujourd’hui, les Nubriens préfèrent l’arak, plus fort. Lors des rituels bouddhistes, l’arak apporte à certains participants de l’endurance et un peu de légèreté. D’autres, notamment les moines, s’en abstiennent. Ces boissons sont fournies par le biais du système fiscal du temple local. Lorsqu’un couple fonde un nouveau foyer, il contracte un emprunt obligatoire d’environ 100 kilos de céréales auprès du temple du village. Chaque année suivante, ils sont tenus de rembourser un tiers de ce prêt à titre d’intérêts.

Chaque rituel est associé à un « document de prêt » qui précise quel pourcentage du remboursement annuel d’un foyer est utilisé pour financer cet événement. Ce système garantit l’acquisition d’une quantité considérable de la récolte afin qu’elle puisse être fermentée puis transformée dans les alambics du temple.

Un document associé intitulé « Règles établies par les monastères » précise quand, en quelle quantité et à qui l’arak doit être distribué tout au long du rituel. Chaque moment de distribution porte un nom. Il y a le « chang de la connexion » qui honore le premier rassemblement propice des participants au rituel, le « chang du commencement » pour marquer le début de chaque journée, et le « chang du coucher » pour la fin de chaque journée.

Lors d’une offrande aux divinités, on sert aux participants le « chang de la victoire », qui exprime le souhait que leurs supplications soient exaucées, et le « chang de la bonne fortune », en prévision de résultats positifs.

Trois personnes utilisent des spatules en bois pour remuer du riz
Mason Brown, Jhangchuk Sangmo (à droite) et sa mère, Tsewang Buti, mélangent une culture de démarrage avec du riz bouilli.
Geoff Childs, CC BY

Une dernière anecdote pour la route

En mai 2023, nous avons quitté Nubri après avoir mené à bien un long séjour de recherche. Dorje Dundul, un vieil ami, nous a accompagnés jusqu’à un édifice religieux marquant la limite extérieure de son village. Du fond de sa tunique, il a sorti une flasque remplie d’arak, y a plongé la tige d’une plante médicinale tout en récitant des prières, puis a aspergé des gouttelettes aux quatre coins du monde en guise d’offrande pour assurer notre bon voyage.

Ensuite, il nous a tendu la flasque en nous exhortant : « Chö, chö » (« Buvez, buvez »). Nous avons chacun pris une longue gorgée de ce liquide réchauffant. Il a ensuite rebouché la gourde, l’a glissée dans la poche latérale de notre sac à dos et a dit : « C’est du lamchang (bière de route). Bon voyage. » Au cours de la descente éprouvante vers les plaines, ce cadeau d’adieu nous a redonné des forces tout en nous rappelant sans cesse l’attention que Dorje portait à notre bien-être. « Un dernier verre avant de partir » n’avait jamais été aussi bon.


L’ethnomusicologue Mason Brown et la chercheuse nubri Jhangchuk Sangmo Thakuri ont contribué à cet article.

The Conversation

Geoff Childs a reçu des financements de la National Science Foundation.

ref. Bienvenue à Nubri (Népal), où tout le monde sait distiller l’alcool – https://theconversation.com/bienvenue-a-nubri-nepal-ou-tout-le-monde-sait-distiller-lalcool-282617

The Mediterranean sea is capable of generating hurricanes and climate change will make them worse

Source: The Conversation – France in French (2) – By Emmanouil Flaounas, Senior researcher in atmosphere and climate sciences, Swiss Federal Institute of Technology Zurich

Tropical-like cyclone Ianos crosses the Ionian Sea and approaches Greece on September 17th, 2020. contains modified Copernicus Sentinel data (2020), processed by ESA, CC BY-SA

In March 2026, a tropical-like cyclone named ‘Jolina’ produced significant damage across North Africa. In 2020 and 2023, storms Ianos and Daniel both caused severe damage in Greece, and the latter triggered a humanitarian disaster in the city of Derna, Libya, where thousands were declared dead or missing.

These tropical-like cyclones occur in a non-tropical region. They are known as ‘medicanes’ – a portmanteau of Mediterranean and hurricanes.

As any major storm, medicanes know no borders. Their impacts spread across multiple countries as they sweep across the Mediterranean coast, one of the world’s most densely populated and vulnerable regions (the total population of Mediterranean countries in 2020 was about 540 million people, around one-third of them living in coastal areas).

Rising sea temperatures due to climate change increase the reservoir of energy these storms can feed on. More research on this phenomenon, which couples atmospheric and oceanic effects, is urgently needed in order to improve early warning systems and the preparedness of populations, in terms of civil protection and regarding how we would affront a catastrophic event that might exceed our ability to prepare for them.

Medicanes: rare and devastating hurricanes in the Mediterranean

One of the earliest research papers on the subject, in 1983, opened with the sentence: “At times, Mother Nature does her best to deceive us”, accompanied by a satellite image of a cyclone displaying a well-organised spiral cloud structure and a cloudless eye at its centre, strikingly similar to those that habitually occur in the tropics. The opening line implies what a surprise it would be to encounter such an impressive and counterintuitive occurence of a tropical-like storm structure in the Mediterranean.

Since then, significant progress has been made in understanding medicanes through international scientific collaboration.

In 2025, a collective research effort produced a formal definition of this once counterintuitive phenomenon.

Jolina medicane progresses towards Libya through the Mediterranean sea in March 2026. The eye of the storm is calculated in near-real time and shown as a red dot. Source : Eumetsat/CNR-ISAC/ESA Medicanes Project

In short, medicanes share important physical characteristics with tropical cyclones, but are not identical to them. Flooding from intense and widespread precipitation are their most dangerous hazard, often extending well beyond the cyclone’s centre and covering areas of country-wide extent. But what is even more critical to retain is the very strong winds close to their centre, which make their track and landfall location highly relevant to impacts from windstorms and storm surges.

Events that meet this formal definition occur on average less than three times per year. This limited frequency means our statistical record is still too small to draw firm conclusions about preferred locations of occurrence.

How does climate change affect hurricane risk in the Mediterranean

The question of what climate change holds in store for medicanes does not have a reassuring answer.

Recent advances point to sea surface temperature as a key factor in storm intensification: a warmer sea drives greater evaporation and stronger heat fluxes into the atmosphere, providing the energy needed to develop and intensify a medicane. According to the Copernicus Climate Change Service Atlas, the Mediterranean warmed by approximately 0.4°C per decade during the 1990–2020 period, a clear and accelerating trend.

While such a figure may seem small in everyday terms, its physical implications are far from negligible. Indeed, an increase of just 1–2°C can produce significantly higher wind speeds and precipitation rates. Moreover, the figure above represents a basin-wide average (i.e. for the whole Mediterranean Sea); locally, during individual medicane events, sea surface temperatures of 2°C or more above normal have already been recorded.

A recent study demonstrating links between the intensity of a Mediterranean medicane and climate change appeared in 2022 and focused on the storm “Apollo”, showed that warmer sea surface temperatures and a warmer atmosphere increased moisture availability and heavy rainfall over Sicily.

Later analyses of Daniel also found that extreme precipitation over the eastern Mediterranean and Libya was intensified by climate change.

More broadly, recent research indicates that the most robust signal for Mediterranean cyclones concerns rainfall, with clearer increases in precipitation than in wind intensity. Wind changes can also be detected in some events. Today, climameter.org, an international consortium which rapid attribution studies with a peer-reviewed protocol, monitors medicanes and Mediterranean cyclones through rapid attribution studies of emerging extremes.

New methods to monitor and better understand medicanes are urgently needed

Collaborative research between the scientific community and civil protection agencies has been central to developing early warning systems and improving preparedness.

One such effort is the MEDICANES project of the European Space Agency, some of the research is being applied as we write to the latest medicane Jolina.

Ultimately, however, efficient adaptation requires better climate prediction models and therefore more reliable and accurate estimation of extremes caused by cyclones. This can be only achieved through scientific research. An end-to-end approach that translates research findings into actionable information for climate adaptation and civil protection is both timely and essential, including for example infrastructure resilience planning and early warning systems to reduce vulnerability and socioeconomic impacts.


The AXA science philanthropy is now part of the AXA Foundation for Human Progress, which brings together the commitments of AXA Group and Mutuelles d’Assurances in the fields of Science, Nature, Solidarity, and Culture. Before 2025, the global science philanthropy was held by the AXA Research Fund, which has supported over 750 projects around the world since its inception back in 2007. To learn more, visit Axa Foundation for Human Progress.

The Conversation

Emmanouil Flaounas a reçu des financements de l’Agence Spatiale Européenne (MEDICANES project with Contract No. 4000144111/23/I-KE).

Davide Faranda a reçu des financements de ANR et ERC (Horizon)

ref. The Mediterranean sea is capable of generating hurricanes and climate change will make them worse – https://theconversation.com/the-mediterranean-sea-is-capable-of-generating-hurricanes-and-climate-change-will-make-them-worse-281182

Pourquoi les entreprises privilégient les « faux bons leaders »

Source: The Conversation – in French – By Imran Mir, PhD Candidate in Education, University of Glasgow

L’aisance à l’oral est souvent survalorisée quand il s’agit de choisir les salariés qui bénéficieront d’une promotion. Pressmaster/Shutterstock

Dans de nombreuses entreprises, le leadership se confond encore avec le charisme. Une erreur de diagnostic qui peut fragiliser les équipes, freiner la performance et décourager les talents.


Beaucoup ont déjà travaillé sous les ordres d’un manager qui paraît sûr de lui, éloquent et omniprésent – mais qui peine à diriger efficacement son équipe. Les collaborateurs se démobilisent, la prise de décision ralentit et la performance recule. Et pourtant, ces mêmes profils continuent souvent de gravir les échelons.

Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel. Dans de nombreuses organisations, le potentiel de leadership est évalué à partir de signaux faciles à observer – comme la confiance en soi, le charisme ou l’aisance à l’oral – plutôt qu’à partir des qualités qui permettent réellement de faire fonctionner une équipe.

Cela crée un problème durable. Les organisations promeuvent des personnes qui ont l’apparence de leaders plutôt que celles qui démontrent réellement les compétences nécessaires pour diriger.

L’importance des signaux visibles

Les décisions de promotion sont souvent prises dans l’incertitude. Les supérieurs hiérarchiques ne disposent pas toujours des informations nécessaires pour évaluer avec précision les capacités de leadership d’un candidat. Ils se rabattent donc sur des signaux visibles.

Ces signaux reposent généralement sur la manière dont une personne s’exprime en réunion, présente ses idées ou interagit avec la direction et les parties prenantes. Ceux qui affichent assurance et autorité dans leur communication sont plus facilement perçus comme prêts à exercer des fonctions de leadership.

Mais ces signaux peuvent être trompeurs. Dans le cadre de mes recherches doctorales en cours sur le leadership inclusif, j’ai constaté que l’efficacité d’un leader tient moins à sa visibilité qu’à sa capacité à soutenir et à faire progresser son équipe.

Des travaux ont montré que les personnes qui adoptent une posture d’autorité et affichent de la confiance en elles peuvent être perçues par le management comme plus compétentes et prêtes à diriger, même lorsque les indicateurs objectifs de performance ne confirment pas cette impression.

D’autres recherches ont même montré que des traits comme le narcissisme peuvent augmenter les chances d’accéder à des postes de direction – alors même que ces qualités ne prédisent pas l’efficacité en matière de leadership.

Lorsqu’ils évaluent leurs collaborateurs, les managers ont tendance à confondre la confiance en soi et la compétence. De vastes études sur la personnalité et le leadership montrent que les personnes présentant des traits comme l’extraversion sont plus susceptibles d’accéder à des postes de direction. Mais, là encore, ces caractéristiques ne sont pas toujours de bons indicateurs de l’efficacité réelle dans la fonction.

Les qualités qui comptent vraiment

Si la confiance en soi et le charisme peuvent jouer un rôle dans le leadership, elles n’en sont pas les moteurs principaux. Des travaux de recherche montrent que d’autres compétences sont souvent plus déterminantes. Il s’agit notamment du jugement, de la capacité à faire grandir les autres, de l’intelligence émotionnelle ou encore de l’aptitude à créer un environnement où les employés se sentent reconnus. Concrètement, cela peut se traduire par la liberté de proposer des idées ou de soulever des problèmes sans crainte.

Les équipes sont plus performantes lorsque les salariés se sentent valorisés dans leur travail. Et la possibilité de partager des idées ouvertement, ou d’admettre ses erreurs sans peur, constitue également un facteur clé dans la construction d’équipes solides.

Des études sur l’intelligence émotionnelle suggèrent que les leaders qui font preuve d’empathie et d’une bonne compréhension des relations interpersonnelles sont souvent mieux à même d’instaurer la confiance et de maintenir un haut niveau de performance au sein de leur équipe. La véritable mesure du leadership se reflète ainsi davantage dans la performance collective et les résultats obtenus que dans le charisme ou la visibilité d’un individu.

Ces compétences restent toutefois difficiles à évaluer lors des processus de promotion. Elles se construisent progressivement avec l’expérience et s’expriment surtout dans les interactions du quotidien, plutôt que dans des moments très visibles comme les présentations ou les réunions. Résultat : les organisations peuvent passer à côté de profils à fort potentiel de leadership – simplement parce que leurs contributions sont moins visibles.

Promouvoir les mauvais profils de leadership peut avoir des conséquences importantes. Lorsque les organisations valorisent la visibilité plutôt que les compétences réelles, elles risquent d’installer une culture où l’auto-promotion prend le pas sur la collaboration. Les équipes deviennent alors plus réticentes à remettre en question les décisions ou à proposer des points de vue nouveaux, surtout si les dirigeants affichent de l’assurance sans être ouverts aux retours.

Des conséquences sur la performance

À terme, cela peut fragiliser la prise de décision, réduire l’engagement des salariés et accroître le turnover. De vastes méta-analyses montrent d’ailleurs des liens étroits entre le comportement des managers, l’engagement de leurs équipes et les performances de l’entreprise (mesurées notamment par la productivité ou la satisfaction des clients).

Les systèmes de promotion qui privilégient la confiance en soi et la visibilité peuvent aussi uniformiser les équipes dirigeantes. Les personnes qui communiquent différemment ou qui sont moins enclines à mettre en avant leurs réussites risquent d’être écartées, même si elles disposent de solides compétences de leadership. Résultat : des équipes de direction qui manquent de diversité dans les façons de penser et les parcours, parce que les mêmes traits et styles de communication sont continuellement valorisés.

Si les organisations veulent progresser, elles doivent dépasser ces signaux les plus visibles du potentiel de leadership. Elles peuvent, par exemple, s’appuyer davantage sur des éléments concrets montrant comment les individus soutiennent et font grandir leurs équipes avant même d’occuper des fonctions managériales : leur capacité à accompagner des collègues, à créer une dynamique collective ou à faire face aux difficultés avec les autres.

Dépasser les stéréotypes

Les organisations peuvent recueillir des retours plus larges sur les profils à potentiel, notamment auprès des pairs ou via des évaluations collectives. Cela permet d’obtenir une vision plus fidèle de la manière dont une personne exerce concrètement le leadership.

Les programmes de développement du leadership peuvent également aider à mieux repérer des profils aux compétences solides, mais qui ne correspondent pas forcément aux stéréotypes traditionnels du leader.

Les environnements de travail deviennent de plus en plus complexes, avec le développement du télétravail et l’adoption rapide de l’intelligence artificielle qui transforment l’organisation et le management des équipes. Les dirigeants doivent s’adapter à ces évolutions tout en pilotant des collectifs de plus en plus divers. Dans ce contexte, la capacité à écouter, à collaborer et à soutenir les collaborateurs peut s’avérer bien plus déterminante que le simple fait d’afficher de l’assurance.

The Conversation

Imran Mir ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les entreprises privilégient les « faux bons leaders » – https://theconversation.com/pourquoi-les-entreprises-privilegient-les-faux-bons-leaders-281263

Pourquoi les introductions en Bourse de SpaceX et d’OpenAI ont peu de chances d’offrir des rendements fulgurants

Source: The Conversation – in French – By Brad Badertscher, Professor of Accountancy, University of Notre Dame

L’espoir d’atteindre des rendements très forts avec l’introduction de SpaceX en bourse ne résiste pas à l’examen fait par ces chercheurs de 1000 IPO au XXI<sup>e</sup> siècle. SpaceX, CC BY

Entrer en Bourse n’est plus forcément le début d’une croissance fulgurante : c’est souvent le moment choisi par les premiers investisseurs pour encaisser leurs gains.


Elon Musk et sa société SpaceX devraient prochainement entrer en Bourse dans ce qui pourrait être la plus importante introduction en Bourse (Initial public offering ou IPO) de l’histoire. Mais mes nouvelles recherches suggèrent que les investisseurs qui achèteront des actions de l’entreprise ont peu de chances de connaître la croissance fulgurante observée lors de certaines IPO passées.

Le constructeur de fusées et de satellites, qui a déposé confidentiellement son dossier d’introduction en Bourse le 1er avril 2026, prévoirait de lever jusqu’à 75 milliards de dollars, ce qui lui donnerait une valorisation d’environ 1 750 milliards de dollars.

SpaceX n’est pas la seule entreprise très médiatisée attendue en Bourse cette année. Les sociétés spécialisées dans l’intelligence artificielle OpenAI et Anthropic devraient elles aussi être introduites dans les prochains mois lors d’introductions en bourse de grande ampleur.

Des commissions importantes pour les banques

Pour Wall Street, cela signifie des opérations spectaculaires, assorties de commissions importantes pour les banques impliquées. Pour les premiers investisseurs et les dirigeants, cela peut se traduire par des gains colossaux. Pour les investisseurs particuliers, en revanche, la question est de savoir si l’introduction en Bourse d’une entreprise très en vue constitue réellement une opportunité d’investissement.

Que signifie concrètement le fait pour une entreprise d’« entrer en Bourse » ?

Pendant des décennies, une introduction en Bourse marquait le moment où les investisseurs ordinaires pouvaient entrer au capital d’une entreprise en forte croissance et participer à son expansion future. Aujourd’hui, ce moment survient souvent beaucoup plus tard dans la vie de l’entreprise – une fois qu’une grande partie de cette croissance spectaculaire a déjà eu lieu, à l’abri des regards.

Je travaille sur l’information financière, la rémunération des dirigeants et les introductions en Bourse. Dans une étude récente portant sur près de 1 000 IPO (introduction en bourse) américaines, menée entre 2007 et 2022, mes co-auteurs et moi avons analysé ce qui se passe dans la période charnière juste avant et juste après l’entrée en Bourse des entreprises. Nos résultats suggèrent que l’IPO contemporaine représente de plus en plus une opportunité pour les initiés et les dirigeants d’encaisser leurs gains – plutôt que le début d’une création de valeur pour les investisseurs publics.

Les introductions finançaient autrefois la croissance

Une introduction en Bourse correspond au moment où une entreprise privée vend ses actions au public pour la première fois. Traditionnellement, les IPO permettaient à de jeunes entreprises en manque de liquidités de lever des fonds pour se développer. Les investisseurs apportaient du capital et participaient ainsi à la possible réussite future. De nombreuses entreprises devenues emblématiques – comme Amazon et Apple – sont entrées en Bourse très tôt dans leur cycle de vie. Une grande partie de leur croissance spectaculaire s’est produite après leur introduction.

Ce modèle a changé. Les recherches montrent que le nombre d’entreprises cotées aux États-Unis a fortement diminué depuis la fin des années 1990. Dans le même temps, les financements privés, issus du capital-risque et du capital-investissement, se sont fortement développés. Dans nos travaux, nous montrons que l’âge moyen des entreprises au moment de leur introduction en Bourse a plus que doublé, passant d’environ quatre ans au début des années 2000 à près de dix ans en 2025. Les entreprises peuvent désormais lever des milliards de dollars sans aller en bourse. Elles n’ont plus besoin des marchés publics aussi tôt qu’auparavant.

Ce que nous avons observé sur près de 1 000 IPO

Notre recherche porte sur ce que les régulateurs et les praticiens appellent les « cheap stock ».

Il s’agit d’options d’achat d’actions attribuées aux dirigeants avant une introduction en Bourse, à un prix très inférieur à celui de l’introduction. Ces options donnent le droit d’acheter ultérieurement des actions à un prix fixé à l’avance. Si le prix d’introduction est bien plus élevé, ces options deviennent immédiatement très lucratives.

Par exemple, imaginons que vous soyez PDG d’une entreprise sur le point d’entrer en Bourse. Vous avez reçu des options vous permettant d’acheter 10 000 actions à 2 dollars chacune. Si le prix d’introduction est fixé à 20 dollars, vous pouvez acheter ces actions à 2 dollars puis les revendre immédiatement autour de 20 dollars, réalisant ainsi un gain de 180 000 dollars.

Nous avons analysé près de 1 000 introductions entre 2007 et 2022. En moyenne, le prix d’introduction était 5,7 fois supérieur au prix d’exercice des options attribuées l’année précédant l’IPO.

En termes simples, les dirigeants détenaient souvent des options dont la valeur s’envolait dès l’introduction en Bourse. Une partie de cet écart peut refléter une croissance réelle de l’entreprise ou le fait que les actions privées sont moins liquides – c’est-à-dire plus difficiles à vendre – que les actions cotées en bourse. Mais même en tenant compte de ces facteurs, l’écart reste important.

Cela a des conséquences pour les futurs actionnaires, c’est-à-dire ceux qui achètent des actions après l’IPO : une part substantielle de la valeur a déjà été captée par les initiés avant même l’entrée des investisseurs publics.

Des incitations à entrer en Bourse

Nous avons également identifié des schémas récurrents dans les cas où les entreprises accordaient des options fortement décotées. Les sociétés soutenues par du capital-risque et des investisseurs institutionnels privés présentaient plus souvent des écarts importants entre le prix des options et le prix d’introduction. Cela renforce une explication assez simple.

Certains investisseurs précoces recherchent de la liquidité, c’est-à-dire la possibilité de transformer facilement leurs investissements en argent. Accorder aux dirigeants des options qui prennent beaucoup de valeur au moment de l’IPO peut les inciter à mener l’opération à son terme. Dans cette logique, l’introduction en Bourse devient souvent un événement de liquidité – un moyen pour les initiés d’encaisser leurs gains.

Cela n’implique pas nécessairement un comportement problématique, mais cela suggère que l’introduction en Bourse reflète désormais souvent le moment choisi par les initiés pour sortir – plutôt qu’une simple opportunité de croissance pour les investisseurs publics.

Ce qui se passe après l’IPO

L’histoire ne s’arrête pas le jour de l’introduction en Bourse. Nos recherches montrent que les entreprises ayant accordé davantage de « cheap stock » investissent moins, après leur entrée en Bourse, dans les dépenses d’investissement et la recherche et développement. Ces options très avantageuses réduisent les incitations à prendre des risques, ce qui peut, à terme, peser sur les perspectives financières de l’entreprise.

Des dirigeants qui détiennent déjà des options très valorisées peuvent privilégier une croissance stable plutôt qu’une expansion plus agressive. Or, risque et rendement étant liés, les entreprises qui prennent moins de risques ont tendance à croître plus lentement, ce qui signifie que les futurs actionnaires pourraient enregistrer des gains plus modestes.

Nos résultats étayent cette hypothèse : nous avons constaté que les entreprises ayant accordé davantage de « cheap stock » enregistrent des rendements boursiers plus faibles sur le long terme après leur introduction en Bourse. C’est un point crucial pour les nouveaux investisseurs, qui ne s’attendent pas seulement à une croissance exponentielle après l’IPO, mais aussi à de bonnes performances boursières dans la durée.

Pour les investisseurs publics, la conclusion est simple : une grande partie de la croissance spectaculaire de la valeur des entreprises se produit désormais lorsqu’elles sont encore privées.

The Conversation

Brad Badertscher ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les introductions en Bourse de SpaceX et d’OpenAI ont peu de chances d’offrir des rendements fulgurants – https://theconversation.com/pourquoi-les-introductions-en-bourse-de-spacex-et-dopenai-ont-peu-de-chances-doffrir-des-rendements-fulgurants-281262