Comment transmettre à ses enfants de bonnes habitudes alimentaires et une saine image de leur corps ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Courtney P. McLean, Research Fellow, School of Psychological Sciences, Monash University

Il est important d’aider les enfants à développer un rapport sain à l’alimentation, et à l’image de leur corps. Jose Luis Peleaz Inc/Getty

Un nombre conséquent d’enfants et d’adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques. En tant que parent, comment donner le bon exemple et aborder avec ses enfants les questions de nourriture et d’image du corps ? Voici quelques pistes.


Élever ses enfants de façon à ce qu’ils aient un rapport apaisé à l’alimentation et à leur corps est l’une des meilleures approches pour favoriser le développement d’une bonne estime de soi, et les protéger contre le développement de troubles du comportement alimentaire.

Toutefois, l’exercice peut s’avérer délicat lorsqu’on rencontre soi-même des difficultés vis-à-vis de ce sujet. Quels comportements adopter – et lesquels éviter ? On fait le point.

Qu’entend-on par « conduites alimentaires problématiques » ?

L’expression « conduites alimentaires problématiques » désigne un ensemble de comportements (et d’attitudes) dysfonctionnels vis-à-vis de son alimentation, de son poids et de son corps. Ceux-ci peuvent se traduire par la mise en place de régimes, par l’exclusion de certains aliments ou groupes d’aliments, par le fait de sauter des repas, de se livrer à des jeûnes, de s’adonner à une pratique sportive excessive, ou de connaître des épisodes d’hyperphagie (ingestion de grandes quantités de nourriture).

Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire (TCA) (on dénombre trois TCA : l’anorexie, la boulimie et la frénésie alimentaire, NdT). Néanmoins, les TCA sont généralement précédés par des conduites alimentaires problématiques, en particulier par le fait de suivre des régimes.

Les préoccupations liées à l’alimentation et à l’image corporelle sont fréquentes et peuvent apparaître dès le plus jeune âge : à l’échelle mondiale, on estime que 22 % des enfants et des adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques, avec une prévalence plus élevée chez les filles.

De nombreux facteurs influencent la perception qu’ont les enfants de la nourriture et de leur corps : les représentations véhiculées par les médias, l’estime de soi et les attitudes familiales, notamment.

Étant donné que les enfants observent et reproduisent la manière dont leurs parents parlent de leur corps et de la nourriture, il peut s’avérer judicieux de leur proposer un modèle fondé sur l’emploi d’un langage positif ou neutre et sur des comportements alimentaires sains. Voici quelques pistes pour y parvenir.

Quatre écueils à éviter

1. Classer les aliments en « bons » et « mauvais »

Évitez de parler de régime, de perte de poids ou de qualifier les aliments de « bons » ou « mauvais » : cela revient à faire de l’alimentation une question morale. Dire, par exemple, que l’on a « fait n’importe quoi aujourd’hui » lorsque l’on a mangé des aliments sucrés, ou que l’on a « été raisonnable » en respectant son régime, entretient la culpabilité et la honte autour de l’acte de manger.

Mieux vaut privilégier un discours centré sur la façon dont les différents aliments nourrissent notre corps, ou sur le plaisir et la satisfaction qu’ils procurent.

2. Commenter le corps des autres

Faire des remarques sur le corps, le poids ou les habitudes alimentaires d’autrui – qu’il s’agisse d’un proche, d’un inconnu ou d’une célébrité – peut inciter les enfants à se comparer aux autres et à porter un jugement sur eux-mêmes. Si votre enfant fait une remarque sur le physique de quelqu’un, vous pouvez, par exemple, lui répondre que chacun est différent : certaines personnes sont plus grandes, d’autres sont plus petites, certaines ont un corps plus imposant, d’autres un corps plus menu, une couleur de peau différente, etc.

Célébrer ainsi la diversité des morphologies enseigne aux enfants que la valeur d’une personne n’est pas déterminée par son poids.

3. Faire des compliments centrés sur l’apparence

Lorsque vous félicitez votre enfant, concentrez-vous sur des aspects qui n’ont rien à voir avec le poids, l’apparence physique ou l’alimentation. Vous pouvez, par exemple, lui dire : « C’était très généreux de ta part de partager tes jouets » ou « J’ai vu comme tu t’es appliqué pour tes devoirs. » De même, lorsque l’on s’adresse à un enfant que l’on ne connaît pas, le premier réflexe est de le complimenter sur son apparence (« Comme tu es joli ! »).

Or, mieux vaut commenter son énergie, son humour, son style ou sa créativité : « J’adore ton sens du style » ou « Tu as une énergie formidable. »

4. Dénigrer son propre corps

En matière d’image du corps, il est essentiel que vous soyez positif, car vos enfants vous ont pour modèle. Des travaux de recherche ont révélé qu’entendre un adulte critiquer son propre corps incite les enfants à adopter également un discours négatif sur le leur.

Tâchez de ne pas vous focaliser sur l’apparence, mais plutôt de souligner la force, la bonne santé ou la fonctionnalité de votre propre corps : « Ces bras me permettent de te serrer fort » ou « Mes jambes sont faites la marche ».

Trois pistes à explorer

1. Ayez confiance en la capacité de votre enfant à s’autoréguler

Même si cela peut sembler difficile, essayez de faire confiance à votre enfant : il mangera autant – ou aussi peu – que son corps en a besoin. Les enfants sont, en effet, tout à fait capables de s’autoréguler pour répondre aux besoins de leur organisme. Leur apprendre à écouter les signaux que leur envoie leur corps – comme la faim et la satiété – contribue à construire une relation positive à l’alimentation.

Beaucoup de parents souhaitent que leurs enfants terminent leur assiette avant de quitter la table. Mais cette exigence peut engendrer des conflits autour de la nourriture, et mener les enfants à négliger leurs signaux corporels.

Vous pouvez tout à fait demander à vos enfants de rester à table jusqu’à la fin du repas, sans que cette demande ne soit liée à la quantité de nourriture consommée.

Les apports alimentaires pouvant varier en quantité comme en qualité d’un jour à l’autre, pour vous rassurer, tâchez plutôt de considérer l’alimentation de votre enfant sur l’ensemble de la semaine, au lieu de vous focaliser sur un repas ou une journée en particulier.

2. Cultivez votre propre plaisir de manger

Si vous avez vous-même une alimentation variée et que vous savez apprécier et savourer votre nourriture, vous deviendrez un précieux modèle pour votre enfant. À l’inverse, si vous rencontrez des difficultés avec votre propre image corporelle ou votre alimentation, il peut être nécessaire que vous déconstruisiez certaines injonctions liées aux régimes (quand manger, quoi manger, en quelle quantité…). Si cette démarche vous semble ardue, solliciter l’aide d’un professionnel peut s’avérer utile.

3. À défaut de positivité, visez la neutralité

Tout le monde ne parvient pas à atteindre la « positivité corporelle », cet état d’esprit qui permet de se dire « Je me sens bien dans mon corps ». Si vous êtes dans ce cas, vous pouvez plutôt viser la neutralité corporelle. Cette approche, qui consiste à accepter et à respecter son corps tel qu’il est, implique de reformuler ses pensées et ses ressentis à l’égard de son corps. Par exemple, au lieu de vous dire « J’ai pris du poids », envisagez plutôt que votre corps a le droit de changer.

Quels signaux doivent alerter ?

Connaître les signes de conduites alimentaires problématiques est utile pour les repérer chez vos enfants. Si vous observez que leur alimentation ou leur poids changent brusquement, ou si vous avez d’autres motifs d’inquiétude, il peut être judicieux d’engager la conversation à ce sujet. Parler de nourriture et d’image du corps peut se faire à tout âge.

L’important est de favoriser le dialogue et d’inviter son enfant à exprimer ses sentiments et ses réflexions sur son corps et son poids. S’il fait une remarque négative sur lui-même, sur son alimentation ou sur son poids, essayez d’en comprendre les raisons. Écoutez-le sans porter de jugement.

Et si vous êtes préoccupé par sa santé physique et mentale, n’hésitez pas à demander de l’aide. Vous pouvez vous tourner vers votre médecin traitant ou vers des professionnels de santé spécialisés dans les troubles alimentaires, tels que des diététiciens ou des psychologues.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment transmettre à ses enfants de bonnes habitudes alimentaires et une saine image de leur corps ? – https://theconversation.com/comment-transmettre-a-ses-enfants-de-bonnes-habitudes-alimentaires-et-une-saine-image-de-leur-corps-282028

Stimulation magnétique cérébrale : un traitement de cinq jours pourrait aider les enfants autistes à mieux communiquer, selon une nouvelle étude

Source: The Conversation – France in French (3) – By Barbara Jacquelyn Sahakian, Professor of Clinical Neuropsychology, University of Cambridge

La stimulation magnétique transcrânienne pourrait permettre d’améliorer la communication d’enfants souffrant d’un trouble du spectre de l’autisme. New Africa/Shutterstock.com

Il est particulièrement difficile d’aider les enfants atteints à la fois par un trouble du spectre de l’autisme et une déficience intellectuelle à mieux communiquer. Les résultats d’une étude récente ouvrent une nouvelle piste pour améliorer leur situation : la stimulation magnétique transcrânienne, une technique non invasive et indolore.


On estime, sur la base de travaux menés aux États-Unis, qu’environ 30 à 35 % des enfants autistes présentent une déficience intellectuelle.

Ces enfants ont moins de chances de bénéficier d’une prise en charge que ceux qui n’en sont pas atteints, notamment parce que les médecins ne sont pas toujours au fait des approches à adopter, et parce que les divers contrats d’assurance couvrent plus ou moins bien les frais afférents aux déficiences intellectuelles. Et ce, alors même que leurs besoins sont plus importants que ceux des autres enfants autistes, ce qui pèse davantage sur leurs familles. Cette population est par ailleurs trop souvent négligée par les travaux de recherche.

Si les thérapies par la parole et les programmes comportementaux peuvent aider certains de ces enfants, ces approches doivent être mises en œuvre par des spécialistes. Or, leur nombre est insuffisant, y compris dans les pays à hauts revenus.

Ces divers constats nous ont amenés à tester un autre type d’intervention : l’application de brèves impulsions magnétiques ciblées, destinées à stimuler des régions précises du cerveau. Cette technique, connue sous le nom de stimulation cérébrale non invasive ou neuromodulation, ne nécessite ni chirurgie, ni anesthésie, ni médicament.

Des salves d’impulsions

Placé à proximité du cuir chevelu, un dispositif génère un champ magnétique qui varie rapidement. Sans danger, celui-ci traverse la boîte crânienne et stimule l’activité des neurones sous-jacents. Cette approche est utilisée depuis des années pour traiter la dépression, et les chercheurs explorent de plus en plus la possibilité qu’elle puisse également atténuer les difficultés sociales et communicationnelles qui constituent un symptôme cardinal de l’autisme.

La version que nous avons testée repose sur une technique appelée stimulation par bouffées thêta (theta-burst stimulation). Plutôt que d’envoyer des impulsions une à une, elle les délivre en salves rapprochées. Chaque séance s’en trouve considérablement raccourcie par rapport aux protocoles classiques – un avantage de taille lorsqu’il s’agit de demander à de jeunes enfants de rester assis et de coopérer.

Dans notre étude, publiée dans le British Medical Journal, chaque séance ne durait que quelques minutes, et le protocole complet s’étalait sur cinq jours seulement. Un groupe d’enfants recevait une stimulation réelle, l’autre une stimulation fictive.

Lors de cette condition placebo, l’équipement était appliqué de manière identique et produisait des vibrations, mais aucune impulsion n’était délivrée. Ce dispositif permettait de comparer les résultats sans qu’aucun des deux groupes ne sache ce qu’il avait reçu, garantissant ainsi la fiabilité des observations.

Cent quatre-vingt-quatorze enfants ont participé à l’étude. L’âge moyen était d’environ 6,5 ans. Près de la moitié des participants présentaient un quotient intellectuel inférieur à 70, le seuil en deçà duquel on parle généralement de déficience intellectuelle (tous avaient cependant obtenu un score supérieur à 50 – le minimum requis pour garantir un diagnostic fiable et une participation pertinente à l’étude).

Les enfants ont été recrutés sur plusieurs sites, par voie d’affichage dans des consultations externes et par l’intermédiaire de registres cliniques locaux. Tous les représentants légaux ont donné leur consentement écrit.

Les parents ont rempli un questionnaire portant sur les capacités de leur enfant en matière de communication sociale avant le traitement, immédiatement après, puis un mois plus tard.

Des résultats prometteurs, mais encore préliminaires

Les résultats indiquent que le protocole a significativement amélioré la communication sociale chez les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Au regard des standards de la recherche clinique, l’effet observé peut être considéré comme important. Les améliorations constatées au bout de cinq jours étaient toujours présentes un mois plus tard. En outre, les capacités langagières des enfants ont également progressé.

Aucun effet indésirable grave n’a été signalé, les effets secondaires mineurs se sont tous résolus spontanément.

Il existe peu de données concernant l’efficacité des prises en charge sur les enfants autistes présentant une déficience intellectuelle, car ils sont souvent exclus des essais cliniques. Le seul fait que cet essai en ait inclus un nombre significatif est, en soi, notable. Ces travaux ne constituent cependant qu’une première étape, et de nombreuses inconnues demeurent.

On ignore encore si les bénéfices persisteront au-delà d’un mois, et pour combien de temps. Le nombre de séances nécessaire pour les maintenir devra encore être déterminé. Il faudra aussi évaluer les effets de la transposition de cette approche du laboratoire au contexte d’une consultation ordinaire.

Pour conclure, soulignons que la stimulation cérébrale ne se substitue pas aux prises en charge comportementales. L’équipement nécessaire pour la mettre en place n’est ni bon marché ni disponible partout. Toutefois, les approches classiques requièrent souvent – lorsqu’elles sont disponibles – de mettre en place des séances quotidiennes avec un professionnel, plusieurs semaines durant, ce qui représente aussi un investissement en temps, en argent et en ressources spécialisées.

Pour les familles déjà durement éprouvées par la situation, une cure de cinq jours est une tout autre affaire. Si celle-ci s’avère déboucher sur des progrès modestes mais durables, en matière de capacité à communiquer, la portée de ce type de prise en charge pourrait être considérable, tant pour l’enfant que pour ses proches, améliorant sensiblement leur bien-être et leur qualité de vie.

The Conversation

Barbara Jacquelyn Sahakian bénéficie d’un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s’inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d’auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost: Healthy Habits for a Happier Life*.

Christelle Langley bénéficie d’un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s’inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d’auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost : Healthy Habits for a Happier Life*.

Fei Li bénéficie d’un financement de la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine. Elle est rattachée au département de pédiatrie du développement et du comportement de la Société de pédiatrie de l’Association médicale chinoise.

Qiang Luo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Stimulation magnétique cérébrale : un traitement de cinq jours pourrait aider les enfants autistes à mieux communiquer, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/stimulation-magnetique-cerebrale-un-traitement-de-cinq-jours-pourrait-aider-les-enfants-autistes-a-mieux-communiquer-selon-une-nouvelle-etude-282025

Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gemma Sharp, Researcher in Body Image, Eating and Weight Disorders, Monash University

En matière de comportements alimentaires, la limite entre normal et pathologique n’est pas toujours évidente. Piksel/Getty

Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire. Mais certaines d’entre elles – en particulier les régimes amaigrissants – peuvent parfois constituer des signes avant-coureurs.


Suivre un régime amaigrissant ou pratiquer une activité physique intensive est fréquent, voire encouragé, dans nos sociétés où le soin apporté à son apparence physique et la volonté de préserver au mieux sa santé figurent en bonne place. Par ailleurs, il n’est pas rare que certaines personnes limitent ou suppriment certains aliments en raison de besoins diététiques spécifiques, ou après avoir pris conscience de l’existence d’allergies alimentaires.

Si ces comportements ne sont pas forcément problématiques, dans certains cas, ils peuvent être le signe d’une relation malsaine à la nourriture. Toutefois, il est possible d’avoir des conduites alimentaires problématiques sans pour autant se voir diagnostiquer un trouble du comportement alimentaire.

Où se situe la frontière ? Et qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire à proprement parler ?

Alimentation perturbée : de quoi parle-t-on ?

Le concept d’alimentation perturbée recouvre un ensemble d’attitudes et de comportements négatifs vis-à-vis de la nourriture et de l’acte de manger, lesquels sont susceptibles d’engendrer un schéma alimentaire déséquilibré.

L’alimentation perturbée peut se traduire par :

  • le recours aux régimes amaigrissants ;

  • le fait de sauter des repas ;

  • l’éviction de certains groupes d’aliments ;

  • des épisodes d’hyperphagie (envie de manger beaucoup et vite, NDLR) boulimique ;

  • un usage détourné de laxatifs et de médicaments amaigrissants ;

  • des vomissements provoqués (parfois qualifiés de « purges ») ;

  • la pratique compulsive d’exercice physique.

On parle d’« alimentation perturbée » lorsque ces comportements ne sont pas suffisamment fréquents ou sévères pour correspondre aux critères diagnostiques d’un trouble des conduites alimentaire (ou troubles des comportements alimentaires, TCA).

Toutes les personnes qui adoptent ces conduites ne développeront pas nécessairement un TCA. Cependant, l’apparition d’un TCA est généralement précédée d’une alimentation perturbée – en particulier par la pratique de régimes amaigrissants.

Qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire ?

Les troubles des conduites alimentaires sont des pathologies psychiatriques complexes qui peuvent affecter le corps, le psychisme et la vie sociale d’un individu. Ils se caractérisent par des perturbations persistantes de la façon dont une personne pense, ressent et se comporte à l’égard de l’alimentation et de son propre corps.

Pour poser un diagnostic de TCA, les professionnels de santé s’appuient sur la combinaison d’un entretien clinique général et de questionnaires standardisés. Ces outils permettent d’évaluer la fréquence et la sévérité des comportements ainsi que leur retentissement sur le fonctionnement quotidien des personnes concernées.

Parmi les TCA figurent l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse, l’hyperphagie boulimique – aussi appelée « frénésie alimentaire ».

(Comme le souligne le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale, la classification internationale des maladies range les TCA dans la famille plus large des troubles de l’alimentation ou de la nutrition. Les autres troubles de cette famille, plus rares que les trois cités précédemment, comprennent le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif ou ARFID – les personnes concernées sont très sélectives vis-à-vis de leurs aliments ; le Pica, dans lequel la personne peut manger des substances non comestibles ; le trouble de rumination-régurgitation, dans lequel la personne régurgite et remâche les aliments, NDLR).

Troubles des conduites alimentaires, alimentation perturbée : quelle prévalence ?

Les chiffres de prévalence varient considérablement d’une étude à l’autre, en fonction de la façon dont sont définis les comportements et les attitudes à risque.

Selon les estimations, 8,4 % des femmes et 2,2 % des hommes développeront un TCA au cours de leur vie. Ce risque est particulièrement élevé à l’adolescence.

L’alimentation perturbée est également très répandue chez les jeunes : 30 % des filles et 17 % des garçons âgés de 6 ans à 18 ans déclarent adopter ce type de comportements.

Bien que les recherches sur ce point soient encore émergentes, il semble que l’alimentation perturbée et les TCA sont encore plus fréquents chez les personnes de genre non conforme (c’est-à-dire celles dont l’identité ou l’expression de genre diffère des normes de genre associées au sexe qui leur a été assigné à la naissance, NDLR).

Peut-on prévenir les troubles du comportement alimentaire ?

Certaines données indiquent que les programmes de prévention qui ciblent les facteurs de risque – tels que les régimes amaigrissants et les préoccupations liées à la silhouette et au poids – peuvent se montrer efficaces à court terme, dans une certaine mesure.

Le problème vient du fait que la plupart des travaux qui ont été menés sur le sujet n’ont été poursuivis que durant quelques mois. Il est donc impossible de déterminer si les participants ont développé ou non un trouble du comportement alimentaire à plus long terme.

Par ailleurs, la majorité de ces études ont été menées auprès des adolescentes qui terminaient leurs études secondaires ou de jeunes femmes fréquentant l’université. À ces âges, les troubles du comportement alimentaire se sont généralement déjà manifestés : ces travaux ne sont donc pas très éclairants quant à la prévention des TCA. Par ailleurs, ils négligent également une grande partie des personnes à risque.

L’orthorexie est-elle un trouble des conduites alimentaires ?

Le terme « orthorexie » (du grec ortho, « droit », « exact », et orexia, « appétit ») désigne une obsession pathologique de l’alimentation « saine », caractérisée par un régime alimentaire restrictif et l’éviction de tout aliment jugé « malsain » ou « impur ».

Le débat qui vise à déterminer de quel côté de la frontière entre troubles des conduites alimentaires et alimentation perturbée se situe l’orthorexie n’est pas encore clos, et ce comportement fait encore l’objet de controverses. Actuellement, l’orthorexie ne figure pas dans les manuels de diagnostics officiels. Ces conduites alimentaires perturbées doivent cependant être prises au sérieux, car elles peuvent entraîner une dénutrition, une dégradation des liens sociaux et une altération globale de la qualité de vie.

Par ailleurs, en raison de la popularité croissante de certains régimes alimentaires (cétogène, paléo, etc.), du jeûne intermittent ou de la volonté de supprimer certains constituants (comme le gluten, par exemple), il peut parfois s’avérer délicat de déterminer le moment à partir duquel les préoccupations liées à l’alimentation deviennent pathologiques.

On considère, par exemple, qu’environ 6 % de la population souffre d’une allergie alimentaire. Des données récentes suggèrent que ces personnes présenteraient un risque accru de développer des formes restrictives de troubles de l’alimentation ou de la nutrition, telles que l’anorexie ou le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif (ARFID).

Pour autant, adopter un régime alimentaire particulier, comme le véganisme, ou souffrir d’une allergie alimentaire ne conduit pas automatiquement à une alimentation perturbée ou à un TCA. Il importe de prendre en considération les motivations individuelles qui sous-tendent le choix de consommer ou d’éviter certains aliments. Ainsi, une personne végane peut restreindre certains groupes alimentaires en raison de ses convictions en matière de droits des animaux, et non en raison de symptômes relevant de l’alimentation perturbée.

Les signaux d’alerte

Si vous vous interrogez sur votre propre rapport à la nourriture, ou sur celui d’un proche, voici quelques signes auxquels prêter attention :

  • une préoccupation excessive pour la nourriture et sa préparation ;

  • la suppression de groupes alimentaires entiers ou le fait de sauter régulièrement des repas ;

  • une obsession pour le poids ou la silhouette ;

  • des fluctuations pondérales importantes ;

  • une pratique compulsive de l’exercice physique ;

  • des changements d’humeur et un repli sur soi.

En cas de doute, il est toujours préférable de demander de l’aide le plus tôt possible. Et surtout, il faut garder à l’esprit qu’il n’est jamais trop tard pour le faire…


Pour en savoir plus

La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom.

The Conversation

Gemma Sharp bénéficie d’une bourse de recherche du NHMRC. Elle est professeure, directrice fondatrice et membre du Consortium for Research in Eating Disorders, un organisme caritatif agréé.

ref. Trouble des conduites alimentaires ou alimentation perturbée : où se situe la différence ? – https://theconversation.com/trouble-des-conduites-alimentaires-ou-alimentation-perturbee-ou-se-situe-la-difference-282027

Troubles des conduites alimentaires : pourquoi la notion de rétablissement ne se résume pas à l’alimentation ou au poids

Source: The Conversation – France in French (3) – By Catherine Houlihan, Senior Lecturer in Clinical Psychology, University of the Sunshine Coast

La notion de rétablissement, dans le contexte des troubles des conduites alimentaires, est encore souvent fondée essentiellement sur l’amélioration des symptômes cliniques. A.C./Unsplash

En matière de trouble des conduites alimentaires, pour définir ce qu’est le rétablissement, on s’intéresse généralement à la présence ou à l’absence de symptômes cliniques. Mais ce critère n’est pas celui qui compte le plus pour les personnes concernées.


Les troubles du comportement alimentaire (TCA) ne sont pas de simples affections physiques. Ce sont des pathologies psychiatriques complexes qui perturbent profondément la relation des individus avec eux-mêmes, avec leur corps et avec autrui.

Se rétablir d’un TCA est un processus long et complexe. La prise en charge de telles affections vise généralement à diminuer les pensées et les comportements dysfonctionnels qui les caractérisent, qu’il s’agisse de se livrer à des régimes amaigrissants extrêmes, d’avoir des accès hyperphagiques (envie de manger beaucoup et vite), des conduites purgatives, une image corporelle négative ou encore, dans certains cas, de présenter un poids très faible.

Or, considérer que le rétablissement n’est atteint que lorsque les symptômes cliniques ont été maîtrisés (permettant, par exemple, de revenir à un poids considéré comme « sain ») peut mener à négliger certaines dimensions essentielles de la guérison. En effet, en matière de rétablissement, la dimension psychologique ainsi que le vécu subjectif des personnes concernées par les TCA jouent un rôle déterminant.

Publiés récemment, les résultats de notre nouvelle étude révèlent que lorsque le bien-être global des patients s’améliore – par exemple, lorsqu’ils développent un sentiment d’acceptation de soi ou ressentent de l’espoir –, ces derniers sont davantage enclins à se déclarer comme ayant « personnellement » récupéré de leur trouble. Et ce, quand bien même ils présentent encore certains symptômes cliniques.

Comment mesure-t-on le rétablissement ?

En matière de TCA, il n’existe pas de définition unanime de ce qu’est le rétablissement. À ce sujet, la plupart des travaux de recherche existants se sont focalisés sur les symptômes. Selon cette approche, on considère qu’un patient est rétabli lorsqu’aucun critère diagnostique (épisode de boulimie, de frénésie alimentaire, de conduite purgative…) n’a été constaté, sur une période donnée (par exemple douze mois consécutifs).

Des recherches plus récentes soulignent, quant à elles, l’importance du « rétablissement personnel ». Cette notion implique qu’en matière de rétablissement, les dimensions relevant du bien-être psychologique sont tout aussi essentielles que celles relevant des symptômes cliniques.

Ainsi, en 2020, une revue de la littérature scientifique concernant des travaux de recherche qui se sont focalisés sur le point de vue des personnes atteintes de TCA, a révélé que le soutien dont elles ont fait l’objet, l’espoir qu’elles ont ressenti, la prise de conscience de leur identité, leur autonomisation, le sens et la finalité donnés à leur vie, leur « empowerment » (autonomisation) et l’autocompassion (manifester de la compassion envers soi-même en cas de faiblesse, de souffrance ou d’échec, NdT) occupaient une place centrale dans leur parcours de rétablissement.

Les personnes souffrant de TCA rapportent également qu’intégrer ces dimensions dans les objectifs thérapeutiques – plutôt que de cibler seulement les symptômes cliniques – leur semble non seulement pertinent, mais aussi générateur d’un sentiment d’émancipation. Par ailleurs, des travaux indiquent que cette approche peut améliorer les résultats à long terme et la qualité de vie des patients, réduisant ainsi le risque de rechute.

Pourtant, jusqu’à présent, peu d’études se sont penchées sur la manière dont les dimensions personnelles et cliniques pourraient être intégrées à la prise en charge et ainsi participer conjointement au processus de rétablissement. Comprendre comment y parvenir relève d’une véritable urgence, car les TCA figurent parmi les troubles psychiatriques dont le risque de mortalité potentielle est le plus élevé. En outre, le rétablissement des patients est souvent lent.

Ce que nous avons fait et ce que nous avons découvert

Notre nouvelle étude a été menée auprès de 234 adultes ayant vécu ou vivant actuellement avec un trouble du comportement alimentaire. La majorité des volontaires s’identifiait comme femme (89 %) et leur âge moyen était de 28 ans.

Dans l’ensemble, moins d’un quart des personnes participantes (22,6 %) répondaient aux critères d’amélioration clinique, ce qui signifie qu’un grand nombre d’entre elles restaient engagées dans des conduites alimentaires restrictives ou étaient encore préoccupées par leur alimentation et leur image corporelle. En revanche, plus de la moitié (52,1 %) d’entre elles estimaient être rétablies.

Ce « rétablissement personnel » englobait l’acceptation de soi ainsi que le fait de pouvoir entretenir des relations interpersonnelles positives, d’avoir le sentiment d’avoir progressé, d’avoir une plus grande capacité de résilience et une autonomie accrue, et d’observer une diminution des comportements liés au TCA.

Si l’amélioration clinique des symptômes favorisait certes le rétablissement personnel, près des deux tiers (63,9 %) des personnes participantes qui se considéraient comme « personnellement rétablies » ne satisfaisaient pas à la définition clinique du rétablissement (autrement dit, elles présentaient encore certains symptômes de TCA).

Ce constat met en lumière l’existence d’un décalage potentiel entre une définition du rétablissement centrée sur les symptômes et ce que signifie réellement le rétablissement pour les personnes qui le vivent.

Au cours de cette étude, nous avons également cherché à savoir si le rétablissement personnel différait en fonction du diagnostic. L’ensemble des personnes participantes avaient reçu à un moment ou un autre de leur vie un diagnostic d’anorexie (68,4 %), de boulimie (8,5 %) ou de frénésie alimentaire (aussi appelée parfois « hyperphagie boulimique » – 8,1 %).

Nos résultats révèlent que, en matière de taux de rétablissement personnel, il n’existe aucune différence significative selon le type de diagnostic. Cela suggère que, quel que soit le TCA rencontré, l’expérience du rétablissement personnel est largement similaire.

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

Lorsque le succès thérapeutique est évalué presque exclusivement à l’aune de listes de symptômes et de critères cliniques, on risque de ne pas voir – et de ne pas valoriser – les progrès qui comptent le plus pour la personne que l’on accompagne.

Pour cette raison, nous suggérons de ne pas s’en tenir uniquement aux recommandations cliniques : il est important de demander également aux personnes qui entament un parcours de rétablissement ce que la guérison représente pour elles. Une telle démarche pourrait également contribuer à améliorer les taux de recours aux soins pour les TCA, qui restent actuellement faibles. Elle pourrait aider les cliniciens et cliniciennes à définir des objectifs thérapeutiques porteurs de sens pour les patients et patientes, qui refléteraient mieux la nature psychologique de ces troubles, et pas seulement leurs manifestations physiques.

Si vous faites partie des personnes concernées par un TCA et que certains aspects vous paraissent importants en matière de rétablissement, n’hésitez pas à en faire part à l’équipe soignante. Le rétablissement revêt des formes différentes d’une personne à l’autre, et vos objectifs personnels comptent.

L’objectif d’atteindre un bien-être peut, entre autres, consister à renouer avec ses proches, à se reconstruire une identité ou, tout simplement, à reprendre le contrôle de sa vie quotidienne, le tout en parallèle de l’amélioration des symptômes cliniques.

Ce constat revêt aussi une importance systémique : le financement des services spécialisés dans les TCA et les décisions prises en matière de politiques de santé reposent encore largement sur des indicateurs cliniques. Si ces derniers ne rendent pas compte des dimensions du rétablissement personnel, il est probable que l’on sous-estime le nombre de personnes en voie de guérison et que l’on conçoive des dispositifs de soins fondés sur une vision du rétablissement plus étroite que ce que les données scientifiques permettent aujourd’hui d’étayer.


Pour en savoir plus

La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Troubles des conduites alimentaires : pourquoi la notion de rétablissement ne se résume pas à l’alimentation ou au poids – https://theconversation.com/troubles-des-conduites-alimentaires-pourquoi-la-notion-de-retablissement-ne-se-resume-pas-a-lalimentation-ou-au-poids-282026

Themes of peace and human dignity have been central to Pope Leo as he marks his first year in office

Source: The Conversation – USA (3) – By Mathew Schmalz, Professor of Religious Studies, College of the Holy Cross

Pope Leo XIV arrives for his weekly general audience in St. Peter’s Square at the Vatican on April 29, 2026. AP Photo/Alessandra Tarantino

When he was elected pope on May 8, 2025, Robert Prevost, who took the name Leo XIV, greeted the crowd with Christ’s words to his disciples: “Peace be with you.”

Peace has become a central theme of the pontificate of the first American pope. In recent months, opposing the war in the Middle East, Leo has said that the “world is being ravaged by a handful of tyrants.” He led a “Prayer Vigil for Peace” on April 11, 2026, in which he criticized how the name of God has been used to justify war and death. He has also said that “military action will not create space for freedom” because true freedom can come only from patient dialogue.

Prayer vigil for peace.

Combined with his calls for peace is Leo’s equally outspoken emphasis on human dignity. In an age where power is concentrated in the hands of a few, the pope has urged Christians to make a “radical choice in favor of the weakest.” Technological advances, especially the rise of artificial intelligence, also endanger human dignity by threatening to override “human creativity, imagination and intellect,” he has cautioned.

In my view as a scholar of global Catholicism, the themes of peace and human dignity are crucial for understanding Leo’s first year as the 267th leader of the Catholic Church.

Calls for peace

During his speech for the 59th World Day of Peace, on Jan. 1, 2026, Leo echoed remarks he made after his election by saying the world should look to Jesus Christ as “our peace.” He called for “unarmed and disarming peace, humble and persevering,” contrasting peace built on military strength versus peace built on love.

In advocating for peace, Leo is echoing his predecessors. Pope Francis invited Presidents Shimon Peres of Israel and Mahmoud Abbas of the Palestinian National Authority to pray for peace in 2014. Benedict XVI condemned “the useless slaughter of war” when recalling Benedict XV’s condemnation of World War I nearly 100 years earlier. Pope John Paul II also argued that war should be “part of humanity’s tragic past” when he visited Coventry, England, which had been devastated during World War II.

Leo has specifically criticized war in Gaza by rejecting the “collective punishment” and “forced displacement” inflicted on Palestinians after Hamas’ attacks on Israelis on Oct. 7, 2023.

Although he is repeating condemnations of war made by other popes, Leo has been drawn into an unprecedented conflict with a U.S. president. In criticizing the U.S. and Israel’s war with Iran, the pope has condemned the loss of life and the failure of negotiations.

In response, President Donald Trump has called the pope “terrible for Foreign Policy.” For his part, Leo has said that he does not look at policy through “the same perspective” as the U.S. president and his words should not be interpreted as a personal attack.

The Catholic Church does have a tradition of “just war theory,” which argues that war can be waged ethically. Vice President JD Vance has stated that the pope is ignoring this tradition. After World War II, however, the Catholic Church has stated its opposition to war clearly and consistently, since modern warfare is so destructive.

Affirming human dignity

In response to ongoing violence between and within nations of the world, Leo has called for dialogue and respect for humanitarian law. His emphasis on human rights affirms the God-given dignity of all people, especially those whom society has cast aside.

The pope holds a cross as he stands beside a man in a saffron top, while others look on.
Pope Leo visits Bata Prison in Equatorial Guinea on April 22, 2026, emphasizing that incarceration should not strip individuals of their humanity.
AP Photo/Andrew Medichini

Human dignity has been an important theme among the popes who have come before Leo. John Paul II spoke about the dignity of the unborn and the elderly in his 1995 encyclical The Gospel of Life. Benedict XVI emphasized how each and every human being has dignity because they are made in the image of God. Francis called attention to “throwaway culture” that ignores the poor.

Leo has reiterated all these themes in various contexts.

Overall, however, Leo is most clearly following the teachings of Francis on human dignity and applying them more specifically to ongoing international crises.

He has spoken about the challenges to human rights and dignity in conflicts in many areas of the world: Ukraine, Venezuela, the Great Lakes region of Africa, the Caribbean Sea and Myanmar. As a missionary, teacher and bishop for over two decades in Peru, Leo’s perspective is shaped by his understanding of issues facing the Global South and how they relate to larger political and economic dynamics.

During his yearlong papacy he has given sustained attention to the challenges faced by migrants and the poor. Following his trip to Africa in April 2026, he stated that migrants and refugees are “treated worse than … house pets or animals.” His focus on migration is also reflected in his appointment of Evelio Menjivar-Ayalaa former undocumented migrant – as bishop of the diocese of Wheeling-Charleston, West Virginia.

In his Oct. 4, 2025, apostolic exhortation Dilexi Te – “I Have Loved You” – Leo says that “in every rejected migrant, it is Christ who knocks at the door of the community.” Using the words of Francis, Leo describes the Catholic Church’s mission to migrants as “welcome, protect, promote and integrate.”

Dilexi Te’s main focus is the conditions facing the poor. In criticizing the pursuit of wealth at “all costs,” Leo argues for a cultural change that removes the social and economic aspects of poverty. In making this argument, Leo identifies Jesus as the “Poor Messiah” who has a special love for those rejected by the world. The poor have dignity, the pope observes, precisely because they show society the face of Jesus.

The challenge of technology

An emerging concern for Leo is how advances in artificial intelligence also relate to peace and human dignity.

The pope has said that he is not against technological progress that aids human development. But, at the same time, he argues that society should be aware how technology can diminish human responsibility and true intimacy between people. For example, Leo has observed how social media algorithms create “bubbles of easy consensus and easy indignation” that prevent authentic dialogue.

For Leo, the struggle for peace and human dignity is not just a matter of war or economic systems. It is also shaped by the way people lead their everyday lives along with increasingly powerful technology.

The Conversation

Mathew Schmalz does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Themes of peace and human dignity have been central to Pope Leo as he marks his first year in office – https://theconversation.com/themes-of-peace-and-human-dignity-have-been-central-to-pope-leo-as-he-marks-his-first-year-in-office-280722

Canada’s fragmented electronic health records harm patients and cost taxpayers billions: New research

Source: The Conversation – Canada – By Braden Manns, Professor of Medicine and Health Economics, University of Calgary

In most Canadian provinces and territories, patient health information is siloed in separate software programs in different offices, designed by multiple vendors with differing standards. (Unsplash)

Canada’s health systems began shifting from paper charts to electronic health records decades ago. These records hold patients’ critical health information, including medications, diagnoses, clinical notes, test results, specialist consults and plans for care.

Our research, published today in the Canadian Medical Association Journal, raises major concerns about the state of these electronic health records nationwide.

In most provinces and territories, information is currently siloed in separate software programs in different offices, designed by multiple vendors with differing standards. This fragments patients’ health records across services and leaves clinicians without the information they need to provide safe care.

This is harming patients, costing taxpayers $9.4 billion annually and hindering health-system improvement.

Canada’s missed opportunity

Ideally, patients’ health information should follow them over time and across locations. Some might assume that’s how it works now. After all, hotel chains remember whether we prefer foam or feather pillows, no matter what country we are in. Uber ratings follow us everywhere.

Unfortunately, in health care, things aren’t so seamless. In the rush to abandon paper charts and transition to electronic records, Canada missed a major opportunity for standardization.

Without an overarching plan, clinics, hospitals and jurisdictions chose from dozens of incompatible platforms sold by vendors competing for market share, without considering the need for personal health information to follow the patient.

A provincial and territorial legislative focus on the privacy of patient records has also fostered an environment that splinters patient information between health services.

The Connected Care Scorecard

Collecting, tracking and exchanging patients’ health information is key to safe, co-ordinated care. In some jurisdictions, like Taiwan, electronic health records from different vendors dock securely together. If a family doctor changes a medication, then pharmacy, hospital and specialist records are automatically updated. A treatment plan from a specialist lands directly in a family doctor’s electronic record, without need for faxing, scanning or uploading.

In Canada, hospitals, specialists and primary-care services still rely heavily on fax machines and mail, rather than automated, instant, accurate data exchange.

As part of our research, we created a Connected Care Scorecard that reveals where each province and territory stands in connecting its health records.

the connected care scorecard
Curious how interoperable your home province or territory’s electronic health records are?
(Connected Care Scorecard)

In British Columbia, for example, dozens of incompatible electronic health record systems are used in community clinics alone. Hospitals, even within the same health authority, run on different platforms. A patient who visits an emergency room in downtown Vancouver will have to tell their story again if they later seek care in Burnaby. Clinicians may end up retesting for illnesses already ruled out.

Prince Edward Island does much better — with one electronic health record uniting all hospitals and a single platform for primary-care clinics. The hospital record feeds information into primary care so details are available for follow-up.

Interoperability matters

Connected, integrated electronic health records allow all clinicians to work together on a common plan. Sharing patient information is critical for team-based care. It improves outcomes like medication safety and enables patients’ access to records, making them part of the care team.

Most jurisdictions do have patient portals where some people can see portions of their health information, like lab results or prescriptions. However, a 2025 study found that only 13.2 per cent of adult Canadians have electronic access to such records.

Despite tremendous hype and opportunity to improve care through artificial intelligence, most health systems can’t use it at scale. That’s largely because the opportunities it offers — assisting with diagnoses and prompting clinicians to order the tests and treatments patients need — are wholly dependent on ready access to comprehensive, accurate patient health data.

Interoperable electronic health records would also help health systems access population-based information to inform planning. Data could help predict disease outbreaks and spot bottlenecks in hospital flow. It could improve cancer care and ensure patients with the greatest needs are prioritized.

Our research shows that although most jurisdictions use some hospital data for planning, information in electronic health records, especially from primary care, rarely gets used to improve health systems. This has long-term implications: you can’t manage what you don’t measure.

All of this adds up to massive costs for taxpayers, patients and clinicians.

Common health data standards

The federal government recently reintroduced the proposed Connected Care for Canadians Act, which would require vendors to adopt common standards for exchanging information across systems. It’s a solid first step, but more is needed.

Most importantly, governments must establish clear accountability — nationally, provincially and territorially — for health data oversight. This must balance minimizing privacy breaches with limiting all other forms of harm arising from disconnected records, including damage to patients, clinicians and health systems.

Jurisdictions must also establish common health data standards, tools and incentives to improve data coordination.

Our challenge is not adopting electronic health records, but connecting them. Without that, our investment simply won’t pay off. Care will continue to suffer.

Dr. Ewan Affleck, physician, senior medical advisor in health informatics at the College of Physicians and Surgeons of Alberta and chair of Networked Health, co-authored this article.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Canada’s fragmented electronic health records harm patients and cost taxpayers billions: New research – https://theconversation.com/canadas-fragmented-electronic-health-records-harm-patients-and-cost-taxpayers-billions-new-research-280798

Nueve formas de renaturalizar los campos agrícolas para mejorar su adaptación al cambio climático

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José M. Rey Benayas, Catedrático de Ecología, Universidad de Alcalá

Charca pequeña construida en una dehesa para promover la biodiversidad. José María Rey Benayas

Existen múltiples oportunidades para renaturalizar los paisajes agrícolas mediante la introducción estratégica de elementos ricos en biodiversidad. De esta manera, es posible mejorar los servicios ecosistémicos –es decir, los beneficios que aporta la naturaleza a la sociedad–, la resiliencia y la sostenibilidad socioecológica de los territorios rurales.

Este enfoque parte del reconocimiento de que la agricultura intensiva ha simplificado drásticamente el paisaje. Ello ha provocado pérdidas significativas de biodiversidad, degradación del suelo, reducción de la capacidad de regulación climática y deterioro de los servicios culturales y de soporte. La restauración ecológica en estos paisajes no pretende competir con la producción agrícola o ganadera, sino complementarla y reforzarla, integrando la biodiversidad en el funcionamiento de las explotaciones.

Marco conceptual de la renaturalización de los paisajes agrícolas. La introducción de elementos ricos en biodiversidad puede plantearse en todos los esquemas agrícolas: agricultura intensiva, agricultura de precisión, agricultura ecológicamente intensificada y agricultura extensiva.
Rey Benayas et al. 2025

Los agroecosistemas en la legislación europea

El reciente Reglamento Europeo de Restauración de la Naturaleza incluye un artículo dedicado a los agroecosistemas. Entre las metas destacan la necesidad de revertir la tendencia negativa de varios indicadores de biodiversidad, como el índice de mariposas de pastizales, las reservas de carbono orgánico en suelos minerales y la proporción de superficie agraria que incorpora elementos paisajísticos de alta diversidad.

Asimismo, se fijan objetivos de aumento progresivo del índice de aves comunes. Estas metas reflejan la urgencia de actuar a escalas amplias y de manera coordinada para reforzar la funcionalidad ecológica del paisaje.

Actualmente, el Gobierno de España, en coordinación con las comunidades autónomas, está elaborando el Plan Nacional de Restauración de la Naturaleza, recientemente sujeto a consulta pública.




Leer más:
La productividad agrícola no es incompatible con la conservación de la biodiversidad


Intervenciones para aumentar la biodiversidad

Se pueden poner en marcha varias intervenciones prácticas en explotaciones agrarias para incrementar su biodiversidad sin comprometer la actividad productiva. Estas son algunas de ellas:

Seto plantado en una linde de La Nava del Conejo (Valdepeñas, Ciudad Real) por la Fundación Internacional para la Restauración de Ecosistemas. El seto está compuesto principalmente por especies de arbustos bajos y matas para mantener el carácter abierto del paisaje. Los tubos verdes están protegiendo unas plántulas de encinas.
José María Rey Benayas
  • Plantación de árboles aislados: son el hábitat de multitud de especies y contribuyen a secuestrar y almacenar carbono y la conectividad del paisaje, entre otras funciones.

  • Revegetación de lindes, ribazos y bordes de caminos: estas estructuras lineales aumentan la conectividad ecológica y permiten diseñar restauraciones estratégicas eficientes. Los setos o cercas vivas, concebidos como “bosques reticulados”, son capaces de mejorar la infiltración de agua, reducir la erosión, favorecer la polinización y aumentar la presencia de fauna auxiliar beneficiosa, entre otras contribuciones de la naturaleza a las personas.

  • Introducción de islotes de vegetación nativa: estos elementos son microhábitats forestales que funcionan como nodos de biodiversidad y favorecen la dispersión de semillas, la regeneración natural y la conectividad ecológica.

  • Construcción de caballones: estos elementos lineales elevados sobre el nivel general del suelo también ofrecen refugio y alimento a muchas especies.

  • Rehabilitación o creación de puntos de agua (charcas, fuentes, abrevaderos): son el hábitat de especies ligadas al menos durante una parte de su ciclo vital al agua (algas, plantas, anfibios y odonatos, entre otras) y bebederos de toda la fauna silvestre.

  • Creación de franjas herbáceas y bandas florales: ofrecen refugio y recursos alimenticios a multitud de especies, en particular a los insectos.

Bayas de un rosal silvestre plantado por la Fundación Internacional para la Restauración de Ecosistemas.
José María Rey Benayas
  • Instalación de cajas nido y refugios para la fauna silvestre: las cajas nido suplen la falta de huecos en el paisaje apropiados para nidificar. Otros elementos como los majanos de piedras y pilas de madera proporcionan refugio a muchas especies de invertebrados, reptiles y pequeños vertebrados, entre otras.

  • Instalación de perchas: permiten descansar a todas las aves, otear las presas a las rapaces y formar puntos de acumulación de semillas que las aves dispersoras transportan y depositan en la base.

  • Acciones de conservación del patrimonio arquitectónico rural: la construcción o reparación de muros de piedra seca y chozos, por ejemplo, permiten integrar valores ecológicos y culturales.

Refugio para murciélagos instalado sobre una estructura alta azul con copas de encinas detrás
Refugio para murciélagos instalado en La Nava del Conejo (Valdepeñas, Ciudad Real) por la Fundación Internacional para la Restauración de Ecosistemas.
José María Rey Benayas

Ejemplos de iniciativas de restauración

Dos iniciativas relevantes de la Fundación Internacional para la Restauración de Ecosistemas en marcha son Campos de Vida y Campo de Montiel + Natural, esta última en el marco de la Red de Territorios Regenerativos. Ambas aplican modelos de restauración integrados, participativos y orientados a la regeneración de suelos, la diversificación del paisaje y la revitalización socioeconómica.

Estas iniciativas se complementan con NavaLab, un laboratorio vivo con fines de demostración, investigación, formación y agroturismo, principalmente.

En síntesis, la renaturalización de los paisajes agrícolas constituye una vía efectiva, viable y necesaria para reconciliar la producción, la biodiversidad y el bienestar humano. Integrar elementos de alta diversidad en el mosaico agrario no solo mejora los servicios ecosistémicos, sino que fortalece la resiliencia del territorio frente al cambio climático y genera beneficios tangibles para agricultores y comunidades rurales.

The Conversation

José M. Rey Benayas recibe fondos de varias agencias, administraciones y organizaciones europeas, nacionales y locales para el desarrollo de sus investigaciones y proyectos aplicados. El es miembro de la Fundación Internacional para la Restauración de Ecosistemas.

ref. Nueve formas de renaturalizar los campos agrícolas para mejorar su adaptación al cambio climático – https://theconversation.com/nueve-formas-de-renaturalizar-los-campos-agricolas-para-mejorar-su-adaptacion-al-cambio-climatico-279989

¿Por qué los peces no tienen pelo?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antonio Figueras Huerta, Profesor de investigación del Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Instituto de Investigaciones Marinas (IIM-CSIC)

liudmila_selyaninova / shutterstock

Un delfín, un salmón y un lobo marino no se parecen en casi nada cuando se observa su piel. El salmón está cubierto de escamas superpuestas y mucosidad. El delfín tiene una piel lisa, prácticamente sin pelo. El lobo marino, en cambio, conserva uno de los pelajes más densos del reino animal. Los tres son vertebrados acuáticos. Las diferencias no son anecdóticas: revelan una regla básica de la evolución que suele sorprender, incluso, a quienes creen entenderla bien.

La respuesta está en cientos de millones de años de historia evolutiva y muestra cómo un mismo problema –proteger y aislar el cuerpo– puede resolverse de formas radicalmente distintas según el punto de partida evolutivo.

Los peces tienen escamas porque nunca necesitaron pelo

El pelo es un rasgo distintivo de los mamíferos. Evolucionó una sola vez, en el linaje de los sinápsidos, el grupo de amniotas que incluye a todos los mamíferos y sus antepasados, que se originó hace más de 300 millones de años. Pero el linaje es una cosa y el rasgo es otra: los fósiles más antiguos que sugieren la presencia de pelo datan de hace unos 250 millones de años, a partir de heces fosilizadas –coprolitos– de terápsidos hallados en Rusia. Y las primeras impresiones claras de pelaje corresponden a mamíferos del Jurásico, hace unos 165 millones de años.

Lo que sí sabemos con certeza es que el pelo ya estaba plenamente establecido cuando los tres grandes linajes de mamíferos actuales (monotremas, marsupiales y placentarios) divergieron.

Los peces se separaron del linaje que daría origen a los vertebrados terrestres hace unos 375–400 millones de años, mucho antes de que apareciera el pelo. No lo perdieron: nunca lo tuvieron. En su lugar, desarrollaron escamas, estructuras duras incrustadas en la piel que proporcionan protección mecánica sin comprometer la movilidad.

Las escamas de los peces no son equivalentes al pelo de los mamíferos, ni siquiera a las escamas de los reptiles. Comparten el nombre, pero no el origen, ni la estructura. En los peces, estas cubiertas forman parte de la dermis y tienen una base mineralizada de hueso, dentina o sustancias similares al esmalte. En los reptiles, las cubiertas externas derivan de la epidermis y están formadas por queratina.

Existen distintos tipos de escamas en los peces, adaptadas a funciones diferentes. Un ejemplo llamativo es el de tiburones y rayas, cuyas escamas placoideas –pequeñas estructuras similares a dientes– reducen la resistencia hidrodinámica con tal eficacia que han inspirado diseños industriales. Mientras, en los peces óseos, las escamas son finas, flexibles y superpuestas, compuestas principalmente de un tejido rico en colágeno, llamado elasmodina, recubierto por una capa ósea.

A esto se suma la mucosidad que recubre la piel de los peces. Su capa viscosa no es un simple lubricante: reduce la fricción, dificulta la entrada de patógenos y ayuda a regular el intercambio de sales con el entorno acuático. Es una solución evolutiva completamente independiente a problemas que los mamíferos, en tierra, resolvieron de otra manera.

El pelo es para la vida terrestre

Cuando los vertebrados colonizaron la tierra firme, las reglas físicas cambiaron. El agua conduce el calor unas 25 veces mejor que el aire, de modo que atrapar una fina capa de aire junto a la piel se convirtió en una ventaja enorme. Eso es exactamente lo que hace el pelo.

El pelaje funciona como aislante porque mantiene aire inmóvil cerca del cuerpo, reduciendo la pérdida de calor. Además, protege de la radiación solar, de la abrasión y de los parásitos y, en algunos casos, cumple funciones sensoriales muy precisas: las vibrisas de las focas, por ejemplo, pueden detectar el rastro hidrodinámico de un pez que pasó segundos antes.

Todos los mamíferos tienen pelo en algún momento de su desarrollo. Incluso las ballenas forman folículos pilosos durante la gestación. El pelo no es un accesorio: es una sinapomorfía –un carácter derivado compartido– que define al grupo entero.

Volver al mar planteó un dilema

Tras la desaparición de los grandes reptiles marinos hace unos 66 millones de años, los océanos ofrecían nichos ecológicos que diversos linajes de mamíferos acabarían ocupando, aunque la relación causal exacta entre aquella extinción y la radiación de mamíferos marinos sigue siendo objeto de debate.

A partir del registro fósil y las reconstrucciones filogenéticas, los científicos infieren que algunos mamíferos terrestres que vivían cerca de costas, ríos y estuarios empezaron a explotar recursos acuáticos. El proceso fue gradual y ocurrió varias veces de forma independiente: los linajes que darían lugar a ballenas y delfines lo iniciaron hace unos 50 millones de años, los manatíes poco después y las focas más tarde. Los fósiles más antiguos de pinnípedos datan del Oligoceno tardío, hace unos 27–30 millones de años.

En tierra, el pelaje funciona porque atrapa aire. En el agua, esa capa de aire se comprime y pierde eficacia. La conductividad térmica del pelaje mojado y comprimido se aproxima a la del agua misma, mientras que la grasa subcutánea no se comprime y mantiene su capacidad aislante, incluso a grandes profundidades. Además, suaviza el contorno del cuerpo y reduce el gasto energético al nadar.

Así que la selección natural no «eligió» entre pelo y grasa. Simplemente, favoreció, generación tras generación, aquello que funcionaba mejor en un entorno acuático. Cuanto mayor era el tiempo pasado bajo el agua, mayor era la ventaja de sustituir el pelo por una gruesa capa de grasa.

Las ballenas completaron la transición

Los cetáceos representan el extremo de este proceso. A lo largo de millones de años, perdieron casi todo su pelo, conservando apenas algunos folículos alrededor del hocico. En algunas especies, como las ballenas boreales, estas estructuras parecen haberse reutilizado como sensores del movimiento del agua.

El rastro de esta transformación queda escrito en el genoma. La tasa de pérdida de genes de queratina capilar en cetáceos supera significativamente la tasa basal en otros mamíferos. Muchos genes que antes producían proteínas del pelo han quedado inactivos, convertidos en fósiles moleculares. Ya no había presión selectiva para mantenerlos y la evolución los dejó degradarse.

En otros mamíferos acuáticos, como manatíes e hipopótamos, se observan procesos similares. Este fenómeno se conoce como evolución convergente: linajes no emparentados que, ante presiones ambientales similares, llegan de forma independiente a soluciones parecidas. La pérdida del pelo no ocurrió una sola vez, sino repetidamente, cada vez que un linaje de mamíferos volvió al agua.

Las focas están a medio camino

Los pinnípedos ilustran una situación intermedia. Siguen dependiendo de la tierra para reproducirse y descansar, y su aislamiento térmico refleja esa doble vida.

Leones marinos en Óblast de Sahalinskaya, Rusia.
Shchipkova Elena/Shutterstock

Los lobos marinos conservan un subpelaje extremadamente denso –los osos marinos ártícos, por ejemplo, tienen aproximadamente 300 000 pelos por pulgada cuadrada, entre los pelajes más densos de cualquier pinnípedo–. Las focas verdaderas, en cambio, dependen mucho más de la grasa subcutánea: en elefantes marinos, la capa de grasa puede superar los 15 centímetros de grosor. La transición evolutiva del pelo a la grasa en pinnípedos sigue un gradiente claro, con los otarios en el extremo dominado por el pelo y los fócidos en el extremo dominado por la grasa. Cuanto mayor es el compromiso con la vida acuática, menor es la dependencia del pelo.

No es una escala de «mejor» a «peor», sino de ajuste progresivo a condiciones físicas distintas.

La evolución no planifica

Peces, focas y ballenas viven en el agua, pero sus cubiertas corporales no son variaciones de un mismo diseño. Las escamas y la mucosidad de los peces evolucionaron en el agua y nunca dejaron de ser eficaces. El pelo apareció en tierra y no funcionaba bien al volver al mar. La grasa subcutánea fue la alternativa que mejor funcionaba con los materiales disponibles.

No es una línea recta ni una mejora progresiva. Son historias evolutivas diferentes que confluyen en un mismo entorno, sin compartir las mismas soluciones.

Foca común.
Wikimedia Commons., CC BY

Esto nos lleva a una idea clave de la biología evolutiva: la evolución no anticipa, no optimiza y no rediseña desde cero. Trabaja con lo que ya existe. Los peces nunca “necesitaron” pelo. Los mamíferos no recuperaron escamas al volver al mar. La selección natural no busca la solución ideal, sino la que funciona lo suficientemente bien.

Las focas siguen a medio camino. Las ballenas han llegado casi al final. Los peces nunca emprendieron ese viaje. Tres formas de vivir en el agua, tres pieles distintas y una misma lección incómoda: en evolución, la historia importa tanto como el entorno.

The Conversation

Antonio Figueras Huerta no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Por qué los peces no tienen pelo? – https://theconversation.com/por-que-los-peces-no-tienen-pelo-279250

El dilema sobre el modelo Bukele: ¿es lícito conseguir la seguridad de un país a cualquier precio?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Marta Martí Barrachina, Profesora colaboradora en criminología, UOC – Universitat Oberta de Catalunya

Detenidos en formación antes de ser escoltados a sus celdas en un centro de alta seguridad de Tecoluca, El Salvador. youledtayif/Shutterstock

El llamado “modelo Bukele” –en referencia a Nayib Bukele, presidente de El Salvador desde 2019, y convertido en referente de las políticas de mano dura– constituye uno de los fenómenos penales recientes más discutidos a nivel global. Sus resultados en reducción de la violencia han sido ampliamente difundidos aunque, en paralelo, ha recibido críticas contundentes por sus implicaciones en materia de derechos humanos y garantías democráticas.

El modelo genera, así, adhesiones y rechazos intensos, haciendo que el debate se mantenga en esa dicotomía más de lo deseable. Quienes lo apoyan suelen aceptar sus peligrosos excesos; quienes lo rechazan a menudo eluden una pregunta delicada: ¿qué alternativa se le ofrece a quien lleva décadas viviendo bajo una violencia que el Estado no ha sabido contener?

Antes de Bukele: violencia y fracaso institucional

Durante décadas, El Salvador registró niveles de violencia extraordinariamente elevados, situándose entre los países con mayores tasas de homicidio del mundo. Esta violencia –continuada y estructural– estaba vinculada al control del territorio que ejercían las pandillas (las maras), conocidas internacionalmente por el uso de tatuajes visibles en el rostro, además de en otras partes del cuerpo.

Las pandillas no solo cometían homicidios: imponían un régimen de dominación basado en la extorsión, la amenaza y el miedo constante, condicionando la vida diaria de la población.

En El Salvador, era (es) normal tener amigos o familiares asesinados, vivir en casas protegidas por concertinas, encontrarse con personal de seguridad armado en la entrada de una farmacia o un restaurante y tener que pagar periódicamente una cantidad de dinero a la pandilla del barrio para vivir allí o tener un negocio.

En este escenario, marcado también por elevados niveles de pobreza y corrupción, las respuestas estatales previas a Bukele no lograron revertir el problema. A pesar de la alternancia política entre gobiernos de izquierdas y derechas, las estrategias implementadas –incluyendo operativos policiales y militares intensivos– no consiguieron desmantelar las estructuras criminales y, en muchos casos, generaron efectos negativos adicionales, como abusos y deterioro de la confianza institucional.

Es en este contexto de violencia crónica y agotamiento social donde debe situarse la estrategia impulsada por el presidente de El Salvador.

Luces y sombras del modelo

A partir de 2019, y especialmente tras el régimen de excepción de 2022 –que implicó una suspensión prolongada de garantías constitucionales y una ampliación extraordinaria del poder punitivo estatal–, el Estado salvadoreño desplegó una política de control penal intensivo basada en detenciones masivas, el encarcelamiento generalizado y el endurecimiento del sistema penitenciario.

Retrato oficial de Nayib Bukele (2019)
Wikimedia Commons, CC BY

Esta política ha llevado a El Salvador a registrar la tasa de encarcelamiento más alta del mundo, con cifras que superan los 1 600 presos por cada 100 000 habitantes. Para dimensionar la cifra: Cuba, segunda del ranking, tiene la mitad; España, alrededor de 116.

Los resultados de la estrategia, sin embargo, han sido contundentes, al menos en términos de seguridad. Las cifras oficiales indican una reducción drástica de los homicidios, acompañada del descenso de otros delitos, como la extorsión. Además, los indicadores de percepción de seguridad confirman este cambio: una gran parte de la población afirma sentirse segura en su vida cotidiana, algo impensable en años anteriores.

Estos resultados ayudan a explicar por qué el modelo ha recibido un apoyo significativo dentro de El Salvador y también fuera de él, especialmente en Latinoamérica, donde algunos sectores de la población lo perciben como una respuesta posible a la violencia en sus propios países.

Así, actores políticos de Costa Rica, Argentina, Chile o Guatemala han planteado ya medidas inspiradas en él. Ahora bien, este apoyo convive con sectores crecientes de la población que cuestionan esta estrategia por sus costes en derechos y garantías.

En esta línea, Bukele y su modelo han sido objeto de críticas severas. Organizaciones y académicos han denunciado detenciones arbitrarias, encarcelamiento de personas inocentes y graves limitaciones al debido proceso en el marco del régimen de excepción. También se ha cuestionado la fiabilidad de las estadísticas oficiales, señalando cambios en los criterios de recuento de homicidios que podrían sobredimensionar la reducción de la violencia.

A ello se suman preocupaciones por el gran deterioro institucional y democrático derivado de la concentración de poder y la “deriva autoritaria” de Bukele –que incluye la persecución y encarcelamiento de periodistas y activistas–, así como dudas sobre la sostenibilidad de una estrategia basada en el encarcelamiento masivo en un contexto de pobreza persistente.

Más allá del todo o nada: el incómodo vacío de alternativas

La discusión sobre el caso de El Salvador suele plantearse en una lógica de todo o nada: se acepta el modelo por sus resultados en seguridad o se rechaza por sus elevados costes. Sin embargo, ambas posiciones resultan, de algún modo, insuficientes.

El problema de la primera es más visible: minimiza sus gravísimas implicaciones, expuestas anteriormente. El problema de la segunda –que a menudo pasa desapercibido– es que elude una cuestión incómoda: no existen alternativas que, a día de hoy, hayan demostrado ser eficaces para reducir de manera rápida niveles extremos de violencia en países con las características de El Salvador y parte de la región latinoamericana.

Los enfoques preventivos –educación, reinserción, policía comunitaria…– cuentan con un amplio respaldo empírico, pero su aplicación requiere tiempo y presenta límites importantes en escenarios donde las estructuras criminales ejercen un control consolidado sobre el territorio y la vida cotidiana, y donde cada día de espera se traduce en muertes.

Ignorar este problema contribuye, paradójicamente, a reforzar el atractivo de modelos como el salvadoreño. Una parte relevante de su apoyo no se explica por su legitimidad, sino por la percepción de que es la única opción que ha ofrecido resultados visibles. Reconocer esta realidad no equivale a legitimar el modelo; es el punto de partida para combatirlo.

El reclamo real de mano dura

Desde contextos alejados de la violencia resulta más sencillo rechazar estrategias ilegítimas, porque hacerlo no implica continuar viviendo amenazado. Pero para quienes padecen esa realidad de forma cotidiana, la urgencia reduce drásticamente el margen de elección: se prioriza sobrevivir hoy sobre las garantías que deberían proteger el mañana.

Comprender esta lógica –sin validarla– es indispensable para entender por qué determinados sectores de la población formulan demandas de mano dura en estas situaciones y por qué líderes con propuestas extremas e ilegítimas logran una base de apoyo real.

En este sentido, si se quiere evitar que la excepcionalidad punitiva se consolide como única opción políticamente creíble, no basta con denunciar sus costes: es imprescindible construir alternativas realistas y operativas que, además de normativamente deseables, sean también eficaces en contextos de violencia estructural. De lo contrario, el riesgo es su expansión a otros países, con costes democráticos inaceptables y sin garantía de resultados.

The Conversation

Marta Martí Barrachina no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El dilema sobre el modelo Bukele: ¿es lícito conseguir la seguridad de un país a cualquier precio? – https://theconversation.com/el-dilema-sobre-el-modelo-bukele-es-licito-conseguir-la-seguridad-de-un-pais-a-cualquier-precio-280214

Mejorar los coches autónomos imitando al cerebro humano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Hernández Cámara, Profesor e investigador. Departamento de Ingeniería Electrónica & Laboratorio de Procesado de Imágenes, Universitat de València, Universitat de València

La conducción autónoma con inteligencia artificial aún tiene algunos retos que salvar. Samuele Errico Piccarini / Unsplash., CC BY-SA

Conducir por una carretera de montaña y que, de repente, nos envuelva una niebla densa es una situación de máxima tensión. Automáticamente, agudizamos la vista, entrecerramos los ojos para distinguir a los otros coches. Los seres humanos somos muy buenos gestionando estos cambios. Sin embargo, para la inteligencia artificial que guía a los coches autónomos actuales, esta misma escena puede ser una pesadilla.

Hoy en día, los sistemas de inteligencia artificial de visión son extremadamente precisos en buenas condiciones. Un coche autónomo puede reconocer peatones, señales y otros vehículos con una gran precisión en un día soleado. Pero tienen un grave problema: son muy frágiles ante los cambios ambientales. Si cae la noche, llueve o aparece la niebla, las imágenes cambian drásticamente. Las inteligencias artificiales estándar, a menudo, se vuelven ciegas ante estas variaciones, incapaces de detectar obstáculos que un conductor humano vería sin problemas.

En nuestra investigación en la Universitat de València, nos planteamos una posible solución: en lugar de enseñar a la IA millones de imágenes de cada clima posible, decidimos imitar la biología. ¿Qué mecanismo biológico permite a nuestro cerebro ver tan bien en condiciones tan diferentes?

El “control de volumen” del cerebro humano

En nuestro cerebro, las neuronas no trabajan de forma aislada. Utilizan una forma de adaptación fascinante conocida en neurociencia como normalización divisiva.

Para entenderla sin utilizar matemáticas, podemos imaginarla como un sistema de “control de volumen” automático, donde las neuronas trabajan en equipo. Por ejemplo, supongamos que una neurona mira una zona muy oscura de la imagen, como un coche negro por la noche. En este caso, las neuronas vecinas “suben el volumen” a esa señal débil. Así, logran amplificar esos pequeños detalles para hacerlos más visibles. Si miramos una luz fuerte, sucede el efecto contrario. El cerebro baja el volumen de la señal para no deslumbrarnos.

Este mecanismo biológico es el que nos permite adaptarnos y ver perfectamente en condiciones muy distintas. El problema es que las inteligencias artificiales modernas, buscando ser más rápidas y precisas, han dejado de lado esta inspiración biológica.

La inteligencia artificial en el simulador de conducción

En nuestro estudio, tomamos algunas de las inteligencias artificiales más utilizadas para procesar imágenes y le añadimos capas para simular este mecanismo del cerebro. Básicamente, les obligamos a que sus neuronas se comunicaran y ajustaran al entorno. Exactamente igual que hace nuestro cerebro.

Queríamos comprobar si esta imitación biológica hacía los coches más seguros. Para ello, sometimos tanto a la inteligencia artificial estándar como a nuestra modificación inspirada en el cerebro a distintas pruebas. Utilizamos bases de datos de conducción real en ciudades europeas, imágenes de conducción nocturna en Suiza y distintos simuladores de conducción virtual. De esta manera, pudimos comparar cómo respondían ante diferentes niveles de niebla, oscuridad y variaciones de luz.

Una respuesta más robusta y predecible

Los resultados demostraron que imitar a la biología y nuestro cerebro funciona. Tras su entrenamiento, las dos inteligencias artificiales conducían de forma perfecta. Pero, al introducir la niebla y la oscuridad, el sistema tradicional comenzó a fallar. Incluso perdió la capacidad de distinguir los coches de la carretera o de los edificios.

Por el contrario, la IA equipada con el mecanismo inspirado en el cerebro demostró una gran robustez. Incluso en condiciones de niebla o en plena noche, logró mejoras superiores al 20 % respecto a su contraparte tradicional. Analizamos cómo veía el mundo esta nueva máquina por dentro y comprobamos que hacía exactamente lo que esperábamos. Estaba rescatando y amplificando los detalles de los vehículos ocultos en la niebla que, si no, serían invisibles. Con ellos, su desempeño se volvió más estable frente a los cambios de condiciones meteorológicas.

Aprender de la naturaleza

Como sociedad, confiar el mundo a la inteligencia artificial plantea grandes retos. Por ejemplo, a la hora de garantizar la seguridad de los pasajeros y peatones en los coches autónomos. No es suficiente con que los sistemas inteligentes funcionen en condiciones ideales. Necesitamos que sean totalmente seguros en el mundo real y aseguren la vida de los peatones y conductores en cualquier clima.

Nuestra investigación demuestra que la clave para hacer una inteligencia artificial más segura, robusta y adaptable puede estar más cerca de lo que parece. No es necesario utilizar ordenadores más potentes o muchos más datos. A veces, basta con mirar a los millones de años de evolución que han dado forma a nuestro cerebro.

En muchos casos, la naturaleza ya ha resuelto algunos de los problemas a los que hoy se enfrenta la inteligencia artificial hoy en día. Solo tenemos que aprender de ella.

The Conversation

Pablo Hernández Cámara recibe fondos del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

ref. Mejorar los coches autónomos imitando al cerebro humano – https://theconversation.com/mejorar-los-coches-autonomos-imitando-al-cerebro-humano-281444