Le musée sur ordonnance : comment nos pratiques culturelles deviennent un enjeu de santé publique

Source: The Conversation – in French – By Maria Elena Buslacchi, socio-anthropologue, chercheuse post-doc à L’Observatoire des publics et pratiques de la culture, MESOPOLHIS UMR 7064, Sciences Po / CNRS / Aix-Marseille Université, Aix-Marseille Université (AMU)

Loic Manegarium/Pexels, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Le 18 juin dernier, les instances européennes ont déclaré la culture priorité stratégique de l’Union européenne.

  • Il est désormais admis que les pratiques culturelles produisent des réponses psychologiques, physiologiques, sociales et comportementales concrètes et positives pour la santé.

  • La « muséothérapie » se développe, et les premières prescriptions muséales ont déjà vu le jour.


Le 18 juin 2026, en marge du Conseil européen à Bruxelles, pour la première fois, le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne ont signé une déclaration commune faisant de la culture une priorité stratégique.

Ce texte, « L’Europe pour la culture – La culture pour l’Europe », affirme douze principes clés qui sont censés inspirer, sinon orienter, les politiques culturelles des pays membres. Parmi ces principes, celui de la culture comme enjeu de santé. La Commission reprend explicitement les conclusions d’un rapport d’experts des États membres, Culture for Health, qui met en avant les effets bénéfiques de la culture pour la santé et le bien-être.

La culture n’y est plus seulement défendue comme patrimoine, soit source d’attachement et d’appartenance pour les individus, ou comme levier économique, dans le secteur de l’industrie créative. Elle devient une ressource pour la santé publique et la cohésion sociale.

La culture comme soin

Ce déplacement s’inscrit dans un mouvement plus large, qui inspire des initiatives pilotes et des orientations politiques à plusieurs niveaux, en attribuant une nouvelle priorité à la recherche en neurosciences sur les effets des pratiques culturelles sur le cerveau et le bien-être. Le réseau européen Culture Next vient d’ailleurs de publier un rapport, « Culture as Care: Participation, Health and Collective Well-Being in European Cities », qui prolonge directement les termes de la déclaration.

La culture y est décrite non comme un substitut aux politiques sociales, sanitaires ou éducatives, mais comme ce qui crée du soin par la participation elle-même – à travers les espaces de rencontre, de reconnaissance mutuelle et d’action collective qu’elle rend possibles.

Le rapport insiste en particulier sur la jeunesse, appelant à dépasser une approche de l’accès (faire venir les jeunes vers les institutions culturelles, comme le veut le cadre théorico-politique français de la démocratisation culturelle) pour reconnaître le rôle déjà actif de créateurs et d’organisateurs, souvent en dehors des cadres institutionnels (selon une perspective qui se rapproche davantage à celle des droits culturels).

Un écosystème de santé

Le rapport de la Commission européenne Culture and Health – Time to Act (2025) préconise le développement d’un ecosystème de santé pour faire face à une série de phénomènes sociosanitaires qui caractérisent le continent européen aujourd’hui et qui contribuent à une détérioration progressive des conditions générales de santé tant physique que mentale des individus : le burn out post-pandémique, le vieillissement de la population, l’augmentation de l’isolement social, les conflits armés et la croissance des inégalités.

La notion d’écosystème de santé avait été initialement proposée dans le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) paru en 2019, intitulé « What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being ? » (« Quels sont les effets bénéfiques réels de la pratique des arts sur la santé et le bien-être ? ». Selon ce rapport, les activités artistiques mobilisent simultanément l’engagement esthétique, l’imagination, l’activation sensorielle, l’évocation émotionnelle et la stimulation cognitive qui déclenchent des réponses psychologiques, physiologiques, sociales et comportementales concrètes et positives pour la santé.

Des initiatives pionnières

Ces rapports, en réalité, ne font qu’institutionnaliser un mouvement déjà amorcé à l’échelle de quelques institutions culturelles pionnières. Le Museum of Modern Art à New York (MoMa) est l’un des premiers musées à avoir formalisé, avec le concours de professionnels de santé, une offre culturelle adaptée à un public cliniquement défini : celui des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Dès 2006, le programme Meet Me at MoMA propose tous les mois des visites interactives et commentées des collections pendant les heures de fermeture au public. L’objectif est de ménager un espace d’expression et d’échange pour des personnes aux stades précoce et intermédiaire de la maladie, en s’appuyant sur des œuvres emblématiques de l’art moderne. C’est un premier pas vers la reconnaissance du rôle que l’espace muséal peut jouer en matière de bien-être.

En 2018, l’historienne de l’art Nathalie Bondil, alors directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, lance, avec le concours de médecins francophones canadiens, le dispositif de « prescription muséale » : un médecin partenaire peut orienter un patient vers une visite au musée lorsqu’il en anticipe un bénéfice pour sa santé.

Devenue depuis directrice du musée et des expositions de l’Institut du monde arabe à Paris, Nathalie Bondil a contribué à diffuser ce modèle en Europe, notamment à travers le concept de « muséothérapie », désormais admis et transmis par des institutions publiques en France, telles que l’Institut national du patrimoine (INP) ou l’École du Louvre, lors de leurs formations aux professionnel·les et futur·es professionnel·les des musées.

En France, le programme « Culture à l’hôpital » avait été formalisé dès 1999 par une première convention nationale interministérielle. Régulièrement renouvelé (en 2010, puis en juillet 2025), ce cadre partenarial entre les ministères de la culture et de la santé explicite l’intention de dépasser la logique de présence artistique en milieu hospitalier pour embrasser une ambition plus large de promotion de la santé et de prévention par la culture.

Prescriptions muséales

Les expérimentations au musée se multiplient. Le MoCo Montpellier Contemporain se lie au service d’urgences et de post-urgences psychiatriques du CHU dans le dispositif L’art sur ordonnance, ancrant le dispositif dans une logique de soin psychiatrique ; à Rennes, depuis 2022, une prescription médicale permet d’accéder gratuitement à des lieux culturels, tels que La Criée, 40mcube, le Musée des beaux-arts de Rennes, le Musée de Bretagne, Les Champs Libres ou encore l’Écomusée de la Bintinais ; le Louvre-Lens a inscrit la lutte contre les inégalités de santé parmi les engagements qu’il mentionne dans son projet scientifique et culturel et, en 2023, le musée a lancé un programme de séances gratuites de « Louvre-Lens-Thérapie » sur ordonnance médicale.

Dans les Yvelines, un programme départemental permet aux soignants et aux travailleurs sociaux de prescrire des visites muséales à travers un carnet de chèques pour des pathologies liées au stress, des troubles de la personnalité, ou comme alternative non médicamenteuse à la douleur.

Cette circulation de pratiques s’accompagne aussi d’une tentative de légitimation par la formation. Depuis 2024, l’Université Claude-Bernard Lyon 1 propose un diplôme universitaire, Prescriptions culturelles : arts et santé, coordonné par Nathalie Bondil elle-même aux côtés de Pierre Lemarquis, neurologue, et de Laure Mayoud, psychologue clinicienne.

Cette étape marque le passage d’une phase expérimentale de la prescription muséale à l’étape où l’on cherche désormais à l’inscrire dans un cadre théorique et pédagogique transmissible, à la croisée de la muséologie, des neurosciences et des sciences sociales. Mais, pour ce faire, des évidences scientifiques sur les effets doivent encore être produites, au-delà des études pionnières.

Des résultats concluants mais nuancés

À Caen, une étude de l’Inserm visant à mesurer les bienfaits de la fréquentation muséale sur différentes catégories de personnes est l’un des rendez-vous du Millénaire de la ville de Caen 2025. Une étude similaire en contexte européen a été portée par le projet ASBA (Anxiety, Stress, Brain-friendly museum Approach) sous la direction d’Annalisa Banzi, chercheuse au Centre d’études sur l’histoire de la pensée biomédicale de l’Université de Milano-Bicocca, en collaboration avec l’Università Statale di Milano.

Les niveaux d’anxiété et de stress de 350 citoyens et des dizaines d’agents d’accueil et de médiation des musées ont été mesurés par l’enregistrement de l’activité électro-corticale et par questionnaire avant et après leur participation à différentes activités culturelles au musée. Les résultats quantifient la réduction des niveaux d’anxiété et de stress perçus, qui peuvent diminuer d’un quart, et l’amélioration du bien-être psychophysique des participants.

La densification des moments de réflexion collective sur le sujet – par exemple, la conférence Who Cares ? Museums, Wellbeing and Resilience, organisée par le Network of European Museum Organisations (NEMO) à Horsens, au Danemark, en octobre 2025 – atteste à la fois son actualité et le besoin de prendre du recul face à un phénomène en plein essor, mais sans gommer les frontières et les tensions entre champ artistique et champ thérapeutique. Du point de vue des sciences sociales, le cadre de socialisation est, par exemple, un aspect saillant encore peu exploré dans les études.

Des enquêtes récentes montrent que l’influence des représentations et des pratiques du musée transmises dans le cadre familial dès le plus jeune âge ont aussi un impact majeur sur la conversion de l’expérience de visite en bien-être, conversion qui varie sensiblement selon les profils sociodémographiques.

La rencontre avec l’institution muséale, mais aussi avec les professionnel·les et les autres publics ainsi que tout ce qu’il y a « autour » de la visite mérite aussi d’être étudié. Le trajet, les pauses, le goûter pris au café du musée, l’achat d’un marque-page dans la boutique du musée, tout ce qui accompagne l’expérience esthétique de l’œuvre ne peut pas être oublié dans l’analyse. Ce qui n’invalide pas le rôle social de l’espace du musée et, bien au contraire, invite à poursuivre la réflexion pour le repenser dans ces termes.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Andrea Esposito, expert en neuroesthétique, titulaire d’un M2 en Histoire de l’art à l’Université Ca’ Foscari Venezia et visiting researcher à l’Université degli studi Milano-Bicocca (projet ASBA) et à la Faculty of Behavioural and Social Sciences de l’Université de Groeningen.

The Conversation

Maria Elena Buslacchi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le musée sur ordonnance : comment nos pratiques culturelles deviennent un enjeu de santé publique – https://theconversation.com/le-musee-sur-ordonnance-comment-nos-pratiques-culturelles-deviennent-un-enjeu-de-sante-publique-287007

Prendre plus de protéines au petit-déjeuner sans faire d’exercice ne vous fera pas gagner en masse musculaire – il faut distinguer la science du marketing

Source: The Conversation – in French – By Linda M. Boland, Professor of Biology, University of Richmond


L’ESSENTIEL

  • Aux États-Unis comme en France, les aliments enrichis en protéines ont envahi les rayons des supermarchés.

  • Les protéines sont essentielles à l’organisme. Mais leur apport est généralement suffisant avec des aliments classiques.

  • Les industriels tirent bénéfice de l’engouement pour leurs aliments, poudres et compléments alimentaires « surprotéinés ». Et les consommateurs ?


Quand nous étions enfants, mes frères étaient fascinés par le premier film « Rocky ». Ils cherchaient à devenir plus forts et à exceller dans le sport, et une scène les marquait presque autant que celle de Rocky en train de monter les marches du musée en sprintant. C’est celle pendant laquelle, avant le lever du soleil, Rocky cassait des œufs crus dans un verre et les buvait.

Pour un adolescent, cela soulevait un certain nombre de questions. Pourquoi des œufs crus ? Était-ce vraiment ce dont on a besoin pour se muscler et devenir plus fort ? La curiosité a fini par l’emporter, mais une gorgée a suffi. La boisson était aussi dégoûtante qu’elle en avait l’air. Cette scène visait autant à montrer la ténacité de Rocky qu’à préparer une boisson riche en protéines qui permettrait de devenir plus fort.

Aujourd’hui, les œufs crus de Rocky ont cédé la place aux boissons et barres protéinées ainsi qu’à toute une gamme de produits enrichis en protéines. Les rayons des supermarchés regorgent de céréales, de pâtes, de chips, de café, de pain et même de Pop-Tarts enrichies en protéines (les Pop-Tarts, ou grillardises au Québec, sont des pâtisseries plates de forme rectangulaire, prisées en Amérique du Nord, ndlr).

Lorsqu’une viennoiserie du petit-déjeuner, principalement connue pour son goût sucré et son côté pratique est commercialisée comme source de protéines, il est évident que les entreprises agroalimentaires capitalisent sur l’intérêt croissant des consommateurs pour les protéines.

En tant que chercheuse spécialisée dans l’étude des protéines essentielles au fonctionnement des cellules nerveuses et musculaires, j’ai l’habitude de m’interroger sur ce que démontrent réellement les données scientifiques. Une grande partie de l’engouement actuel pour les protéines repose sur des données scientifiques solides. Cependant, de nombreuses personnes consomment déjà des quantités suffisantes de protéines dans leur alimentation.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire – Anses – fait le point sur le rôle des protéines, les aliments qui en contiennent ainsi que les apports recommandés dans la population, ndlr.

En tant que personne qui aborde elle aussi cet engouement pour les protéines comme une consommatrice soucieuse de sa santé, je pense qu’il est également important de faire la distinction entre le marketing qui pousse à ajouter des protéines dans tout, et ce qui est réellement nécessaire pour être en bonne santé.

Quelle définition des protéines ?

Avec les glucides et les lipides, les protéines font partie des trois macronutriments que vous devez consommer en quantités suffisantes pour assurer le bon fonctionnement de votre organisme. Les glucides et les lipides constituent vos principales sources d’énergie. Si les protéines peuvent également servir de source d’énergie, leur rôle principal est de construire et de réparer l’organisme.

Les protéines sont indispensables à la formation et au maintien des muscles. Cela inclut les muscles squelettiques que Rocky utilise pour sprinter et boxer, les muscles qui permettent à votre cœur de battre, ceux qui font passer les aliments dans votre estomac et vos intestins, ainsi que ceux qui ouvrent vos voies respiratoires pour vous permettre de respirer.

Mais les muscles ne sont pas la seule partie du corps qui a besoin de protéines. Les protéines sont également essentielles au bon fonctionnement de votre système nerveux, de votre système immunitaire, de votre peau, de vos hormones et d’autres éléments essentiels.

Les protéines ne sont donc pas seulement « la nourriture des muscles ». Elles sont nécessaires à l’ensemble de votre organisme, même si le marketing autour des aliments riches en protéines met l’accent sur les muscles.

Quelle définition des acides aminés

Les protéines sont constituées d’acides aminés, dont il existe 20 types. C’est la combinaison et le nombre d’acides aminés, ainsi que les formes que prennent les protéines qui se créent, qui leur confèrent leurs différents rôles dans l’organisme.

Votre organisme obtient des acides aminés en digérant les protéines que vous consommez et en les décomposant en ces éléments constitutifs individuels. La capacité de votre organisme à absorber les acides aminés et à les rendre disponibles pour être utilisés dépend de nombreux facteurs, notamment la source des protéines et le mode de cuisson.

Les protéines animales sont généralement plus digestes que les protéines végétales, et la cuisson améliore généralement la digestibilité des protéines. Ainsi, même si les œufs crus de Rocky constituaient une source de protéines, il faut savoir que les œufs brouillés sont plus faciles à digérer et auraient peut-être constitué un meilleur choix.

UN GUIDE DES 20 ACIDES AMINÉS COMMUNS

Les acides aminés sont les éléments de base des protéines des organismes vivants. Il existe plus de 500 acides aminés dans la nature. Cependant, seulement 20 d’entre eux sont utilisés pour la fabrication des protéines chez l’humain. Les acides aminés essentiels (que l’organisme humain ne peut pas produire) doivent être apportés par l’alimentation ; les acides aminés non essentiels peuvent être synthétisés par l’organisme, ndlt.

Tableau présentant les structures chimiques des 20 acides aminés
Les 20 acides aminés constituent les éléments de base des protéines.
Andy Brunning/Compound Interest, CC BY-NC-ND

Sur les 20 acides aminés différents présents dans les protéines, neuf sont considérés comme essentiels, car l’organisme humain ne peut pas les synthétiser directement et doit les puiser dans l’alimentation. La plupart des aliments riches en protéines contiennent la majorité de ces acides aminés essentiels, mais certains sont pauvres en un ou plusieurs d’entre eux. Les protéines d’origine animale, telles que les œufs, les produits laitiers, le poisson, la volaille et les viandes maigres, constituent de bonnes sources d’acides aminés essentiels.

La plupart des aliments végétaux riches en protéines, tels que la plupart des légumineuses, des fruits à coque et du riz, sont pauvres en un ou plusieurs acides aminés essentiels. Le soja fait exception, car il apporte une composition complète d’acides aminés essentiels.




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Les professionnels de santé recommandent de consommer des sources de protéines variées, notamment des protéines complètes, afin de s’assurer d’absorber tous les acides aminés essentiels. La consommation d’un mélange d’aliments végétaux riches en protéines permet de pallier les carences d’un aliment végétal en particulier. (À lire aussi : les principaux repères alimentaires pour les végétariens adultes de l’Agence française de sécurité sanitaire, ndlr).

Les protéines en poudre, souvent utilisées comme compléments alimentaires, varient en termes de teneur en acides aminés essentiels et de composition. Par rapport aux poudres d’origine animale, les poudres d’origine végétale ont généralement des teneurs plus faibles en un ou plusieurs acides aminés essentiels et une teneur totale en protéines plus faible.

De quelle quantité de protéines avez-vous besoin ?

Il ne fait pratiquement aucun doute, d’un point de vue scientifique, que les protéines alimentaires sont essentielles à une bonne santé. Ce qui est plus difficile à déterminer, c’est la quantité de protéines dont vous avez besoin.

Une norme souvent citée est l’[apport nutritionnel recommandé (ANR)] fédéral des États-Unis. En janvier 2026, le gouvernement états-unien a relevé l’apport journalier recommandé (AJR) en protéines alimentaires pour les adultes, en le faisant passer de 0,8 gramme par kilogramme de poids corporel à 1,2 à 1,6 gramme par kilogramme. Pour une personne de 150 livres (75 kg, ndlr), cela revient presque à doubler la recommandation, qui passe de 54 grammes à une fourchette comprise entre 80 et 110 grammes par jour.

En France, l’apport journalier recommandé en protéines pour un adulte en bonne santé est de 0,83 g/kg/j, précise l’Anses, ndlr.

Certains experts ont interprété cette mise à jour comme une volonté de mettre l’accent sur l’optimisation de la santé plutôt que sur la garantie d’un apport protéique adéquat pour éviter toute carence.

Ces nouvelles recommandations fédérales ne sont toutefois pas sans susciter la controverse. La quantité de protéines dont une personne a besoin est une question complexe qui dépend des objectifs de santé individuels, de l’âge, du sexe, du niveau d’activité physique, des antécédents médicaux et d’autres facteurs. Consulter un professionnel de santé ou un nutritionniste agréé peut aider à définir des objectifs alimentaires personnalisés en matière de protéines.

De nombreux experts s’accordent à dire qu’aux États-Unis, en moyenne, un adulte en bonne santé consomme déjà une quantité suffisante de protéines. Si la plupart des adultes en bonne santé peuvent tolérer un apport modérément élevé en protéines, une surconsommation de protéines pourrait entraîner des problèmes de santé, tels que des lésions rénales et des troubles digestifs.

Des entreprises commercialisent des régimes riches en protéines pour favoriser la perte de poids, car une consommation accrue de protéines tend à augmenter la sensation de satiété). Une étude publiée en 2026 a ainsi mis en évidence un lien entre la leucine, un acide aminé, et la suppression de l’appétit, via une connexion entre l’intestin et le cerveau.

Cela dit, si la réduction de l’appétit peut favoriser la perte de poids, elle peut également diminuer l’apport calorique provenant des fruits, des légumes, des légumineuses et des céréales complètes qui apportent des fibres, des vitamines et d’autres nutriments essentiels.

Qu’en est-il des protéines en poudre et des compléments alimentaires ?

Les protéines en poudre représentent un secteur d’activité de 20 milliards de dollars US (soit 17,2 milliards d’euros, ndlr) , et leur popularité reflète à la fois l’idée selon laquelle les protéines alimentaires peuvent favoriser la croissance musculaire et réduire la perte musculaire, mais aussi à quel point les compléments protéinés peuvent être lucratifs.

Pour les personnes ayant peu d’appétit, ou pour celles qui rencontrent des difficultés pour respecter les apports protéiques recommandés, les aliments enrichis en protéines peuvent constituer un moyen utile d’augmenter l’apport en protéines. Cela pourrait concerner les personnes prenant des médicaments amaigrissants à base de GLP-1 (appelés aussi médicaments antiobésité par injections, ndlr), car ces spécialités pharmaceutiques peuvent réduire l’appétit et rendre plus difficile la consommation d’une quantité suffisante de protéines et d’autres nutriments.




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Mais si une boisson protéinée peut apporter des acides aminés essentiels, elle n’offre pas la valeur nutritionnelle globale des aliments riches en protéines, tels que le poisson, les légumineuses, les fruits à coque, le yaourt et les produits à base de soja. De plus, les aliments industriels enrichis en protéines peuvent contenir davantage de sucre, de sel ou de graisses saturées. Une barre protéinée peut davantage s’apparenter à une barre chocolatée à laquelle est adossée une meilleure image de marque.

Pour ces raisons, des organisations liées à la santé recommandent de consommer des associations de sources de protéines qui proviennent d’aliments non industriels.

Pour développer sa masse musculaire, consommer des protéines ne suffit pas

Au-delà du culturisme, la science a permis à la société de mieux comprendre l’importance des protéines alimentaires dans la lutte contre la perte musculaire liée au vieillissement, à la perte de poids ou à une blessure.

Certains experts estiment que doubler son apport en protéines n’est pas aussi important pour développer la masse musculaire que l’entraînement en résistance, un type d’exercice qui exerce une force et une contrainte sur les muscles afin de signaler à l’organisme de les réparer et d’en développer davantage. Cela diffère de l’entraînement d’endurance, qui améliore la capacité aérobie.

Un essai clinique publié en 2021 a montré que ce n’est que lorsque l’apport en protéines alimentaires était associé à un entraînement intensif de musculation que les personnes âgées constataient une amélioration de leur masse musculaire, de leur force et de leurs capacités fonctionnelles.

Le simple fait de consommer davantage de protéines ne suffit pas à développer la masse musculaire, car les voies moléculaires essentielles à la croissance et à la force musculaires nécessitent d’exercer de manière répétée des forces importantes sur le muscle. Solliciter vos muscles par un entraînement répété et des charges rendues progressivement de plus en plus lourdes stimule leur adaptation : ils gagnent en volume et deviennent plus aptes à produire de la force. Le système nerveux s’adapte lui aussi, en devenant plus apte à activer et coordonner les mouvements musculaires.

La musculation est également essentielle pour prévenir la perte musculaire qui accompagne la perte de poids liée aux médicaments à base de GLP-1, au vieillissement et à la récupération après une blessure. Le point essentiel à retenir est que les protéines alimentaires et la musculation agissent en synergie pour favoriser la croissance musculaire et maintenir la force.

Rocky savait que boire des œufs ne suffisait pas : il devait également solliciter ses muscles pour gagner en masse musculaire et en force.

Des protéines partout : science ou argumentaire commercial ?

Alors, cet engouement pour les protéines repose-t-il sur des données scientifiques réelles, ou s’agit-il d’une mode passagère ?

Les deux. Les données scientifiques sont claires : les protéines alimentaires favorisent le maintien et la croissance musculaires, la réparation et la récupération après une blessure, la sensation de satiété et la régulation du poids, ainsi qu’un vieillissement en bonne santé. La mode, quant à elle, réside dans l’idée que tout aliment enrichi en protéines est automatiquement meilleur – et qu’on a toujours intérêt à consommer davantage de protéines.

Les protéines méritent qu’on s’y intéresse. Mais la commercialisation de produits alimentaires enrichis en protéines ne facilite pas l’accès à une alimentation de qualité, qui apporte une source complète d’acides aminés issus d’aliments nutritifs.

The Conversation

Linda M. Boland ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Prendre plus de protéines au petit-déjeuner sans faire d’exercice ne vous fera pas gagner en masse musculaire – il faut distinguer la science du marketing – https://theconversation.com/prendre-plus-de-proteines-au-petit-dejeuner-sans-faire-dexercice-ne-vous-fera-pas-gagner-en-masse-musculaire-il-faut-distinguer-la-science-du-marketing-290645

« Et clic, l’argent est là » : les usages du crédit digital en Côte d’Ivoire

Source: The Conversation – in French – By Hélène Ducourant, Sociologue, Laboratoire Territoires Techniques et Sociétés, CNRS, Ecole des ponts, Université Gustave Eiffel


L’ESSENTIEL

  • Accessible en quelques clics, le crédit digital connaît un essor rapide en Afrique, et notamment en Côte d’Ivoire.

  • Ces petits crédits servent surtout à répondre aux situations urgentes.

  • Loin de discipliner ou de transformer profondément les budgets, le crédit digital apparaît surtout comme un outil supplémentaire pour gérer des situations financières fragiles.


Paiements fractionnés et mini-crédits font partie des nouvelles pratiques financières des consommateurs dans les pays du Nord. Ils sont souvent décrits comme brouillant les frontières entre paiement et crédit, en raison de modalités d’octroi rapides, automatisées et fondées sur un contrôle limité de la solvabilité.

Dans les pays du Sud, une forme proche connaît également un succès important : le crédit digital. Comment fonctionne-t-il ? Et quels effets cette facilité d’endettement produit-elle sur les pratiques budgétaires des ménages dans les Suds ?

Un univers bancaire alternatif

Le crédit digital désigne une offre de crédit automatisée, accessible directement depuis un téléphone mobile. Il s’est développé dans le prolongement du mobile money, c’est-à-dire des services de paiement, de transfert et de dépôt d’argent associés à un numéro de téléphone, largement diffusés en Afrique subsaharienne comme alternative à la bancarisation. Environ 40 % de la population dispose de tels comptes de mobile money associés à leur téléphone en 2025.

Publicité diffusée par Orange Money sur Facebook, 29 juin 2026. Cliquer pour zoomer.
Orange Bank/Facebook

Les premières offres de crédit digital sont apparues au Kenya au début des années 2010 avant de se diffuser dans d’autres pays africains faiblement bancarisés. Ces crédits portent sur de petits montants et sur des durées courtes, généralement comprises entre un et trois mois. Les frais et intérêts sont extrêmement variables d’un pays à l’autre. EN 2026, l’une des offres en Côte d’Ivoire affiche un taux de 1,15 % par mois, auquel s’ajoutent des frais de fonctionnement. Au Kenya, en 2021, les taux annuels étaient compris entre 49 % pour KCB M-Pesa, et 442 % pour KopaCash.

La décision d’octroi est impersonnelle, sans vendeur ni guichet. Elle repose sur un algorithme qui s’appuie sur deux types de données : les usages du compte de mobile money du client et son historique éventuel de remboursement de crédits antérieurs.

Le succès de ces offres s’accompagne de niveaux élevés de défauts ou de retards de paiement (par exemple en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Nigeria, au Malawi, ou encore au Mexique). Cette ambivalence en fait un objet particulièrement intéressant pour comprendre les transformations contemporaines du crédit : le caractère automatisé et l’accès permanent au service poussent-ils à la surconsommation de crédit et à l’endettement ?

Pour le savoir, nous avons mené en mai 2025 une étude qualitative auprès d’usagers de ces crédits en Côte d’Ivoire, à Abidjan, où deux offres coexistent : Tik Tak d’Orange et MoMo Kash de la compagnie sud-africaine Mobile Telephone Networks (MTN).

Recours au crédit digital et ordinaire budgétaire

Notre enquête montre en premier lieu que le recours au crédit digital s’inscrit le plus souvent dans des quotidiens budgétaires marqués par l’irrégularité des revenus, la pluriactivité et une forte exposition aux aléas.

« Quand je suis coincée, j’ai les factures à payer. Je n’ai pas d’argent. Je prends, je règle les factures. Quand c’est bon, je travaille, je les rembourse. »

– H., 21 ans, stagiaire en centre d’appels

Les montants empruntés s’accordent avec cet usage de dépannage (transport, factures, achats alimentaires), visant moins à transformer les situations économiques qu’à en contenir la fragilité.

Publicité pour MTN Côte d’Ivoire, juillet 2023.

Autre résultat de l’enquête, le recours au crédit digital ne signifie pas que les usagers n’épargnent pas ni qu’ils seraient incapables d’anticiper leurs dépenses. Au contraire, le crédit digital, le crédit entre proches et l’épargne coexistent souvent dans les mêmes budgets. Les personnes interrogées composent avec deux horizons : les besoins immédiats du quotidien et des situations plus lointaines qui supposent de mettre de l’argent de côté. Pour cela, elles mobilisent différents supports d’épargne : associations, tontines, épargne bancaire, « coffres-forts » de mobile money, argent confié à un proche, ou liquide mis de côté.

Comprendre les règles d’octroi des crédits

L’enquête visait également à comprendre comment les personnes interrogées se représentent les mécanismes d’octroi du crédit digital. Cette question est d’autant plus importante que la plupart d’entre elles n’ont jamais eu accès au crédit bancaire classique ni aux prêts proposés par les institutions de microfinance.

Le principe général de l’octroi est relativement simple : bien rembourser permet d’augmenter progressivement le montant empruntable ; à l’inverse, un retard entraîne une baisse du plafond et une suspension temporaire de l’accès au crédit.

« Pour moi, si tu rembourses vite, peut-être qu’ils te donneront plus encore. »

– H, 21 ans, petit commerçant

Le corollaire de cette « justice comportementale » — la fermeture temporaire de l’accès au crédit ou sa restriction en cas de mauvais remboursement — est peu contesté. Il est même souvent interprété comme une sanction d’autant plus compréhensible qu’elle apparaît réversible :

« Pour me punir un peu parce que je suis un mauvais payeur, je suis obligé de redescendre, de redescendre et puis, bon, peut-être après, si je fais un peu les paiements réguliers, il n’y a pas de souci. »

– H, 35 ans, agent commercial indépendant

Aux États-Unis, le modèle du credit score universel, qui évalue la solvabilité de tous les consommateurs à partir de l’ensemble des données financières et de consommation connues, est très critiqué, car il tend à renforcer l’exclusion sociale, contraignant par exemple l’accès au logement, à l’assurance et à l’emploi. Le crédit digital, lui, demeure un produit financier clos sur lui-même. Ses effets sont circonscrits à l’accès futur au crédit, sans s’étendre plus largement aux autres dimensions de la vie économique et sociale des emprunteurs.

En cas de défaut ou retard de paiement

Les retards et défauts de paiement sont fréquents. Bien des enquêtés énoncent que, face à des urgences budgétaires, ils ne priorisent pas le remboursement du crédit. Dans ces situations, l’opérateur engage des actions de recouvrement, d’abord par SMS, puis par téléphone. Mais il dispose aussi d’un autre levier : prélever directement les sommes disponibles, ou celles qui transitent ensuite par le compte de mobile money associé à la ligne du débiteur.

Il revient alors à ce dernier d’éviter de recevoir de l’argent sur ce compte s’il ne souhaite pas qu’il soit ponctionné. Le multi-équipement en téléphones, puces et comptes de mobile money auprès de différents opérateurs permet alors, au prix d’une certaine charge mentale, de maîtriser le remboursement : alimenter le compte de mobile money Orange/MTN au moment où l’on est prêt à payer le crédit, et utiliser un autre compte le reste du temps.

« Par exemple, si moi je dois à Orange 10 000 et que vous devez me donner 5 000, je ne vous donnerai pas mon numéro Orange. Je dis “Laisse ça sur MTN, pour que je puisse récupérer”. »

– H, 42, chauffeur de VTC

Financiarisation de la vie quotidienne ?

En sociologie de la finance, la notion de « financiarisation de la vie quotidienne » rend compte de la place croissante prise par les produits financiers dans la vie ordinaire des ménages. Elle décrit comment les façons de gérer son argent, de prévoir, d’arbitrer ou de prendre des risques sont de plus en plus façonnées par l’offre bancaire et financière, par les règles qui l’encadrent, mais aussi par les outils numériques, qui enregistrent les traces des usagers et individualisent les services.

Notre enquête sur le crédit digital menée à Abidjan ne va pas dans ce sens. Certes, les enquêtés sont généralement soucieux d’adopter des pratiques budgétaires qui leur permettent de maintenir leur accès au crédit. Mais ce crédit digital ne discipline pas complètement les budgets, ni ne transforme en profondeur leurs pratiques budgétaires.


Cet article a été co-écrit avec Thomas Beauvisage et Fabienne Gire (Orange Research, laboratoire Sociology and Economics of Networks and Services, SENSE).

The Conversation

Hélène Ducourant a reçu des financements de Orange Innovation.

– ref. « Et clic, l’argent est là » : les usages du crédit digital en Côte d’Ivoire – https://theconversation.com/et-clic-largent-est-la-les-usages-du-credit-digital-en-cote-divoire-290006

Vagues de chaleur à l’école : pourquoi rénover les murs ne suffira pas

Source: The Conversation – France (in French) – By Sonia Vermeulen Steyaert, Senior researcher, Université de Lausanne; Université Libre de Bruxelles (ULB)


L’ESSENTIEL

  • Fin mai 2026, le ministère de l’éducation nationale publiait son premier plan « vagues de chaleur » pour les écoles, qui charge les collectivités de repérer les bâtiments les plus exposés et de lancer les chantiers prioritaires.

  • Mais la fraîcheur d’une classe ne dépend pas seulement de la rénovation thermique des bâtiments : elle dépend aussi de la matière dont ils sont faits et de la façon dont on les habite.

  • Ces deux points constituent les angles morts du plan de l’éducation nationale. Leur prise en compte conditionne pourtant l’efficacité des vastes budgets annoncés, tant en matière de rénovation que de climatisation.


Lors de la canicule de juin 2026, de nombreux élèves ont passé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans des salles de classe où les températures relevées franchissaient les seuils au-delà desquels l’attention et les fonctions cognitives déclinent. Quelques jours plus tôt, l’éducation nationale avait publié son premier plan de gestion des vagues de chaleur.

La circulaire du 27 mai 2026 demande ainsi aux communes de cartographier la vulnérabilité thermique du bâti scolaire, étape préalable aux travaux de rénovation, soutenus par ÉduRénov et le Fonds vert. La facture s’annonce lourde. Un rapport remis au gouvernement en 2020, repris par le Sénat, chiffre à environ 40 milliards d’euros sur dix ans la rénovation énergétique du parc scolaire, très au-delà des financements engagés.

Mais un diagnostic conduit bâtiment par bâtiment présente des limites. En effet, au sein d’une même école et d’un même bâtiment, deux classes peuvent connaître des températures très différentes selon leur étage et l’orientation de leurs fenêtres. Une salle sous les toits restera plus chaude qu’une salle de plain-pied, que le bâtiment soit neuf, rénové ou ancien.

La position de la classe dans l’édifice pèse ainsi autant que sa construction, ce qui invite à se demander quelles pièces méritent de devenir des salles de classe.

Or, la circulaire de l’éducation nationale ne répond pas entièrement à cette question. Elle élude deux réalités d’ordre matériel et social : ce que la matière des bâtiments fait de la chaleur et ce que leurs occupants en font.




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Les deux angles morts du diagnostic thermique

Le plan invite à mesurer l’orientation, l’année de construction, l’état de la ventilation et la présence de protections solaires. Ces indicateurs saisissent le bâtiment tel que l’ont dessiné les concepteurs et livré les maîtres d’ouvrage. Il en découle une première limite : ces indicateurs portent sur l’édifice livré davantage que sur l’édifice habité, une fois investi par les élèves et les routines scolaires.

La sociologie de l’espace donne un nom à cet écart. À la suite du chercheur Henri Lefebvre, on distingue l’espace conçu par les décideurs, l’espace perçu par celles et ceux qui l’habitent et l’espace vécu dans les gestes ordinaires. La psychologie environnementale a repris cette distinction pour étudier les écoles comme les lieux de travail.

Or, le confort d’été se fabrique dans le passage du plan à la réalité, quand le diagnostic ministériel s’arrête au premier.

Deux zones d’ombre pèsent particulièrement lourd.

  • La seconde zone d’ombre concerne les usages. La circulaire accorde peu de place à la marge de manœuvre des équipes. Peuvent-elles ouvrir la nuit, occulter au bon moment, déplacer le mobilier, changer une classe de salle, décaler les activités intenses vers les heures fraîches… ? La formation à ces gestes mériterait, elle aussi, de figurer dans le diagnostic. Ce sont pourtant ces pratiques qui activent (ou neutralisent) la performance thermique du bâti.



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Quand la matière et les usages travaillent ensemble

Quelques réalisations récentes donnent à voir ce que la matière permet. À Paris, par exemple, la médiathèque James-Baldwin, livrée au printemps 2025 par l’atelier de Philippe Madec, occupe l’ancienne école hôtelière Jean-Quarré.

Médiathèque James-Baldwin, place des Fêtes, Paris XIXᵉ.
Clément Dorval/Ville de Paris

Les volumes existants ont été isolés par l’extérieur en fibre de bois et reliés par une construction neuve à ossature bois, dont un mur intérieur en terre crue coulée, façonné avec les terres excavées du Grand Paris Express, régule l’humidité. Grâce aux toitures végétalisées, à la ventilation naturelle et aux protections solaires, ce lieu très fréquenté traverse l’été sans recourir systématiquement à la climatisation.




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Le monde scolaire offre aussi ses propres exemples. En Wallonie, l’école communale d’Outre-Meuse à Huy se construit avec 300 mètres cubes (m3) de blocs de terre crue compressée produits localement, un matériau qui tempère l’air intérieur et amortit le bruit sans consommer d’énergie.

Plan 3D de la nouvelle école communale d’Outre-Meuse, en Belgique.
Ville de Huy

En Suisse, plusieurs agrandissements d’écoles associent ossature bois et murs de terre crue pour stabiliser température et hygrométrie. Ces cas restent minoritaires, mais ils prouvent qu’un établissement scolaire peut rester frais l’été avec des moyens sobres.

L’efficacité de ces dispositifs matériels dépend toutefois de ceux qui les habitent. La médiathèque parisienne doit ainsi son confort à un personnel qui connaît le comportement du bâtiment et l’ajuste au fil des heures. Le même principe vaut à l’école.

Une étude menée auprès de 230 enseignants du primaire montre que la configuration des salles et leur adaptabilité figurent parmi les caractéristiques les plus liées au sentiment d’efficacité et au bien-être au travail. Là où les équipes disposent d’une réelle latitude pour transformer leur espace, elles s’en saisissent, y compris pour affronter la chaleur. Là où tout est verrouillé, fenêtres bloquées pour raisons de sécurité ou consignes imposées par une gestion technique centralisée, cette intelligence pratique s’éteint.

La conception ouvre un potentiel de fraîcheur, que l’appropriation quotidienne transforme en climat réellement vécu. Le confort d’été naît de leur rencontre.




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Trois leviers que le plan laisse de côté

Si l’on prend au sérieux ce couplage entre matière et usages, trois leviers mériteraient de rejoindre le diagnostic thermique dans les plans d’adaptation.

  • Le premier est la connaissance des usages réels, dans toute l’école et pas seulement dans les salles de classe. En cas de forte chaleur, les couloirs, la cantine, la salle des maîtres, la cour ou le préau pourraient se transformer en refuges improvisés, alors que le plan de l’établissement les destinait à d’autres fonctions. Les travaux des chercheurs en psychologie scolaire Zoe Moody, Frédéric Darbellay et leurs collègues sur les espaces que les enfants investissent en marge des lieux d’enseignement rappellent que l’usage réel s’éloigne souvent de l’usage prévu. Le rapport du Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco) sur la qualité de vie à l’école confirme que la qualité d’ensemble de ces environnements pèse sur le bien-être et la réussite.

  • Le deuxième levier est la marge d’appropriation, indissociable du choix des matériaux. Un mur à forte inertie se rafraîchit pleinement lorsqu’une main ouvre la fenêtre qu’il supporte la nuit et le referme le jour. Une salle pilotée par une gestion centralisée retire ce geste aux occupants, quand bien même le bâtiment s’y prêtait. Matériaux et manières de faire relèvent d’un seul et même levier. La politique du bâti gagnerait à s’appuyer sur le réemploi. Des chercheurs comme Michaël Ghyoot et ses collaborateurs ont déjà documenté les pratiques, qui existent depuis longtemps et qui permettent d’abaisser le coût des matériaux à faible impact et préserver, lors des rénovations, les composants qui rendaient déjà performants certains bâtiments anciens, comme les menuiseries épaisses, les briques pleines ou les planchers massifs.

  • Le troisième levier est la compétence d’habiter, autrement dit ce que les enseignants, les agents et les élèves savent faire de leur bâtiment. Or, cette compétence se forme, mais la formation initiale des enseignants s’en préoccupe encore peu, voire pas du tout. À propos de la végétalisation des cours, l’historien de l’éducation Sylvain Wagnon met en garde contre la tentation de « repeindre l’école en vert » sans toucher aux structures profondes. Le confort d’été appelle la même vigilance. La transformation effective des usages suppose formation et latitude d’action ; à ce prix, une rénovation modifie réellement les manières d’habiter le bâtiment.

Ce qui se joue pendant les vagues de chaleur dépasse la seule question du thermomètre. L’articulation entre ce qu’un bâtiment permet et ce que ses occupants peuvent en faire gouverne aussi la qualité de l’air, le niveau sonore, l’accueil des élèves à besoins particuliers ou l’arrivée du numérique. Elle éclaire la lenteur avec laquelle l’école transforme ses murs quand ses missions, elles, évoluent vite.

La rénovation d’un bâtiment prend tout son sens lorsqu’on réapprend, dans le même mouvement, à l’habiter. La rentrée 2026 offre l’occasion d’adresser enfin la question à celles et ceux qui vivent l’école, et pas seulement à ses façades.




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The Conversation

Sonia Vermeulen Steyaert a reçu des financements du Fonds National Suisse.

– ref. Vagues de chaleur à l’école : pourquoi rénover les murs ne suffira pas – https://theconversation.com/vagues-de-chaleur-a-lecole-pourquoi-renover-les-murs-ne-suffira-pas-289415

Pourquoi est-ce que nous nous envoyons des messages à nous-même ? Ou comment nous nous approprions les technologies

Source: The Conversation – France in French (2) – By Pierre Tchounikine, Professeur en informatique, Université Grenoble Alpes (UGA)

S’envoyer un message permet de mieux éclairer sa journée. Rui Silvestre/Unsplash, CC BY

Détourner la fonction première d’une technologie pour mieux se l’approprier révèle que nous la percevons comme un moyen de répondre à certains de nos besoins – que ces derniers soient ou non ceux que ses concepteurs ont anticipés.


Les travaux qui étudient comment et pourquoi nous utilisons les outils de communication numérique ont mis à jour un phénomène surprenant mais extrêmement fréquent : l’envoi de messages à soi-même. Cette pratique est apparue avec les e-mails, notamment dans un contexte professionnel. On la retrouve maintenant avec les outils de messagerie instantanée, au point que des plateformes comme WhatsApp ont introduit une fonctionnalité qui facilite l’envoi et la visualisation de ces messages.

La raison pour laquelle nous nous envoyons des messages à nous-même relève d’un mécanisme général : l’appropriation des technologies. Comprendre ce phénomène peut nous aider, tant individuellement que collectivement, à mieux contrôler notre vie numérique.

Comment nous nous approprions les technologies

L’appropriation est le processus par lequel nous transformons un moyen en un support de nos activités que nous mobilisons et utilisons sans vraiment y penser. Depuis notre enfance, nous nous sommes approprié de nombreux objets ou technologies : lorsque nous voulons enfoncer un clou, nous attrapons un marteau, et lorsque nous voulons connaître l’heure nous jetons un œil sur notre montre.

La généralisation des ordinateurs et des smartphones nous conduit maintenant à nous approprier différentes applications informatiques. Ainsi, lorsque nous cherchons une information, le premier réflexe de bon nombre d’entre nous est maintenant de lancer une recherche Google (avant, c’était d’ouvrir le dictionnaire). Partager un événement avec ses amis est souvent devenu synonyme d’attraper le smartphone, d’appuyer sur l’icône de Facebook ou de WhatsApp et d’envoyer un message ou une photo. Nous faisons cela sans vraiment y réfléchir, la technologie est en quelque sorte devenue transparente : notre attention est focalisée sur ce que nous cherchons ou ce que nous voulons dire, pas sur les moyens que nous utilisons.

Mais que veut dire « utiliser une technologie sans y penser » ? Quels sont les phénomènes qui nous permettent de réaliser des tâches complexes (trouver une information, parler à un ami, consulter son compte en banque…) de façon aussi fluide ?

Une partie de l’explication tient à notre capacité à automatiser certaines séquences d’actions. La première fois que nous utilisons une application (par exemple, un outil de messagerie) nous sommes obligés de réfléchir à ce que nous devons faire puis à la façon de le faire : indiquer à qui nous voulons envoyer un message et donc trouver comment taper un numéro de téléphone ou accéder à la liste de nos contacts ; identifier la zone de l’écran où il faut taper le message ; etc. Si nous utilisons régulièrement cette application, nous allons cependant internaliser cette combinaison d’actions récurrentes et être capables de l’effectuer machinalement, comme c’est le cas lorsque nous changeons les vitesses de notre voiture.

Associer un besoin à une technologie

Le phénomène clé de l’appropriation est cependant que nous avons associé un besoin (connaître la réponse à une question, contacter un ami) à une technologie (un moteur de recherche, un réseau social ou un outil de messagerie). C’est cette association qui nous fait lancer telle ou telle application sans y penser puis, de façon plus ou moins automatisée, l’utiliser.

Le développement des constructions psychologiques que sont ces associations besoin/moyen et ces séquences d’actions automatisées vient du fait que l’activité humaine est à la fois productive (nous réalisons des tâches, dans notre vie personnelle et professionnelle) et constructive (nous développons des moyens – matériels, organisationnels, psychologiques – de réaliser ces tâches). Lorsque nous découvrons une nouvelle façon de réaliser une tâche et qu’elle nous semble efficace, nous lui donnons de l’importance et elle tend à remplacer ou modifier notre ancienne façon de faire. C’est ce qui nous permet de nous développer, tant individuellement que collectivement.

Si nous nous approprions généralement les objets et les technologies d’une façon cohérente avec ce qui était prévu par leurs concepteurs, ce n’est pas toujours le cas. Lorsque nous devons enfoncer un clou et n’avons pas de marteau, nous allons généralement fouiller la caisse à outils pour trouver une alternative et, par exemple, attraper une clé anglaise. C’est une appropriation ponctuelle, et nous utiliserons le marteau dès que nous l’aurons retrouvé. Mais une appropriation ponctuelle peut se révéler productive et devenir récurrente. C’est le cas de ce pot de confiture posé sur notre bureau pour rassembler nos stylos, de ce crayon devenu une façon habituelle de tenir un chignon ou de cette caméra de smartphone devenu miroir de poche.

Détournement de technologies

La façon dont fonctionne l’appropriation des technologies met en évidence que pour comprendre les usages réels d’une technologie il faut se focaliser sur les gens et leurs besoins. Une technologie est une proposition technique. Ce qui définit l’usage, c’est la façon dont nous percevons cette technologie comme un moyen de répondre à certains de nos besoins, que ces derniers soient ceux anticipés par les concepteurs de cette technologie ou pas. Ainsi, le succès des plateformes dites « réseaux sociaux » ne s’explique pas par le fait qu’elles permettent d’échanger des textes, des images et des vidéos. Leur succès tient à ce que, pour beaucoup d’entre nous, elles sont des moyens conscients ou inconscients de répondre à des besoins cruciaux comme le fait d’être en contact avec les autres (un besoin fondamental des humains), de partager sa vision du monde (une façon de se rassurer) ou encore, malheureusement, d’assouvir son narcissisme ou sa violence.

Alors, pourquoi est-ce que nous nous envoyons des messages à nous-même ? La raison la plus fréquente est liée à un besoin basique, mais important, de nos vies professionnelles et personnelles : nous souvenir de ce que nous devons faire. Ce besoin a toujours existé, et nous l’avions auparavant associé à différents moyens conçus pour y répondre (agendas papiers, post-it) ou qui se sont révélés efficaces (pour les plus anciens, faire un nœud à son mouchoir).

La généralisation des smartphones a conduit de nombreuses personnes à adopter un nouveau moyen explicitement conçu pour répondre à ce besoin : les agendas électroniques. Comme beaucoup de nos activités professionnelles ou privées passent par le mail ou les messageries instantanées et que nous avons toujours un œil sur notre boîte de réception, garder ces mails et ces messages est cependant un bon moyen de ne pas oublier les tâches qui y sont associées. Si ce comportement s’avère fructueux, il tend à s’autorenforcer et la boîte de réception devient, petit à petit, une « to-do list » (en d’autres termes : nous nous approprions la boîte de réception comme un pense-bête). Lorsque nous voulons nous souvenir de quelque chose qui n’est pas lié à un message, il est alors assez logique et, en fait, nécessaire de créer un message ad hoc et de nous l’envoyer à nous-même.

N.B. technique : Plutôt que de s’envoyer le mail via un serveur distant, il suffit de le copier du dossier brouillon au dossier boîte de réception : cela économisera un peu de CO₂.

The Conversation

Pierre Tchounikine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi est-ce que nous nous envoyons des messages à nous-même ? Ou comment nous nous approprions les technologies – https://theconversation.com/pourquoi-est-ce-que-nous-nous-envoyons-des-messages-a-nous-meme-ou-comment-nous-nous-approprions-les-technologies-272404

Pourquoi nous préférons parfois nous taire sur les sujets politiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lee-Ann d’Alexandry, doctorante, Aix-Marseille Université (AMU)

La démocratie se nourrit du débat et de l’expression des désaccords. Mais quand la crainte du conflit domine, les majorités silencieuses s’effacent et les minorités bruyantes s’imposent. Kues/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Par crainte du jugement, pour éviter le conflit ou par simple appréhension, nous nous autocensurons fréquemment sur les sujets politiques.

  • Lorsque la peur du débat domine, les majorités silencieuses disparaissent et les minorités bruyantes prennent toute la place.

  • Lorsque les conditions sont réunies (information, modération, représentativité, sécurité), l’autocensure diminue et une plus grande diversité s’exprime.


Pause-café au bureau. Les élections approchent. Un collègue affirme que le Rassemblement national « change la donne ». Un autre évoque le potentiel retour de François Hollande. Vous avez un avis. Peut-être même un désaccord. Vous pesez vos mots. Vous évaluez les regards. Vous imaginez les conséquences. Et finalement, vous ne dites rien.

Cette scène banale révèle un mécanisme profondément humain : dès qu’il est question de politique, nous préférons souvent nous taire. Pourquoi ? Dans les régimes autoritaires, où la censure est explicite, ce silence s’explique aisément. Mais même au sein des démocraties libérales, prendre la parole peut être intimidant.

Aux États-Unis, la sénatrice Lisa Murkowski (membre du Parti républicain, ndlr) l’a reconnu lors d’un sommet à Anchorage en avril 2025 :

« Nous avons tous peur… Moi-même, je suis souvent très anxieuse à l’idée de prendre la parole, car les représailles sont réelles, et ce n’est pas bien. »

Lorsqu’une élue exprime publiquement une telle crainte, cela interroge le climat politique. Si cette déclaration surprend dans ce que l’on considère comme la plus grande démocratie du monde, elle rappelle surtout une réalité : la peur de s’exprimer n’a pas besoin de censure institutionnelle pour s’installer.

Par crainte du jugement, pour éviter le conflit ou par simple appréhension, nous nous autocensurons. La psychologie sociale montre que ce silence n’est pas anodin : il constitue un mécanisme de protection sociale, profondément enraciné dans nos interactions quotidiennes.

Liberté d’expression et autocensure : deux phénomènes distincts

Il importe de distinguer deux niveaux souvent confondus.

La liberté d’expression est un principe juridique : le droit, garanti par la loi, d’exprimer ses opinions sans intervention arbitraire de l’État. Dans la plupart des démocraties, ce cadre demeure formellement protecteur. Pourtant, les indicateurs internationaux signalent un recul mesurable : l’Unesco relève une baisse d’environ 10 % des indicateurs mondiaux liés à la liberté d’expression depuis 2012, accompagnée d’une progression de l’autocensure chez les journalistes.

Ces dynamiques institutionnelles ne doivent toutefois pas masquer un phénomène distinct : l’autocensure volontaire dans des régimes où la liberté reste juridiquement protégée.

Aux États-Unis, 77 % des personnes interrogées déclarent se retenir régulièrement d’aborder la politique dans certaines situations. Il ne s’agit pas d’une interdiction formelle, mais d’une inhibition sociale. En France, 78 % des citoyens déclarent ne pas avoir confiance en la politique, signe d’un climat peu propice à la prise de parole. Lorsque le bénéfice perçu de l’expression s’effondre, le silence devient rationnel.

L’autocensure face à la peur du jugement et de l’isolement

Comment expliquer ce paradoxe : une liberté formelle intacte, mais une parole retenue ?

La théorie de la « spirale du silence », formulée par Elisabeth Noelle-Neumann en 1974, propose un premier cadre. Lorsque nous percevons notre opinion comme minoritaire ou socialement risquée, la peur de l’isolement nous incite à la taire. Ce silence agit comme un effet boule de neige : le mutisme de chacun alourdit la masse, donnant l’impression que cette idée est encore plus rare qu’elle ne l’est réellement.

Une méta-analyse récente montre que la perception du climat d’opinion influence effectivement l’expression politique. L’effet est particulièrement fort dans les discussions avec des proches sur des sujets moralement sensibles. Autrement dit, la pause-café ou le dîner entre amis constituent des contextes où la spirale opère avec le plus d’intensité.

Contrairement à une idée répandue, cet effet n’est pas plus faible en ligne qu’hors ligne : la dynamique du silence fonctionne aussi sur les réseaux sociaux.

Les travaux de Pew Research Center autour des révélations d’Edward Snowden l’ont montré : 86 % des Américains se disaient prêts à discuter du sujet en face à face, mais seulement 42 % des utilisateurs de Facebook ou de Twitter étaient disposés à en parler en ligne. Plus frappant encore : les individus percevant un désaccord dans leur réseau numérique étaient également moins enclins à en parler hors ligne. Le silence observé en ligne peut ainsi contaminer les conversations physiques.

À ces mécanismes s’ajoutent les cascades informationnelles décrites par les trois économistes et chercheurs en finance Bikhchandani, Hirshleifer et Welch : face à l’incertitude, nous avons tendance à imiter les choix déjà visibles, en supposant que les premiers à s’exprimer disposent de meilleures informations. Peu à peu, une opinion paraît dominante simplement parce qu’elle a été exprimée en premier ou plus fortement.

Quand le consensus se fissure : l’action corrective

Le silence n’est toutefois pas un destin inéluctable.

Des travaux récents, montrent qu’un consensus perçu comme biaisé ou injuste peut au contraire susciter une prise de parole corrective. Ce n’est pas la simple perception d’une majorité qui compte, mais le jugement porté sur sa légitimité. Si un individu estime que l’opinion dominante est erronée ou moralement problématique, et s’il se sent suffisamment légitime pour intervenir, il peut choisir de s’exprimer malgré le risque social.

La spirale du silence et l’action corrective ne s’opposent pas : elles coexistent. L’une domine lorsque le coût social perçu excède le bénéfice attendu. L’autre s’active lorsque l’enjeu moral ou identitaire rend le silence plus coûteux que la prise de parole.

Cette logique s’observe aujourd’hui dans des phénomènes tels que la cancel culture _ (boycott ou sanction publique pour des propos jugés inacceptables), ou le _call out (qui consiste à dénoncer publiquement ces propos). Selon le Pew Research Center, ces pratiques divisent profondément : pour certains, elles renforcent la responsabilité, pour d’autres, elles relèvent d’une forme de censure sociale. Dans ce contexte, la prudence devient rationnelle.

Aux Jeux olympiques d’hiver 2026, la patineuse Amber Glenn a ainsi réduit sa présence en ligne après des menaces liées à ses prises de position en faveur de la communauté LGBTQIA+. En Australie, l’annulation de l’Adelaide Writers’ Week a conduit plusieurs auteurs à organiser un événement alternatif pour défendre la pluralité des voix. Pour rappel : l’événement a été annulé à la suite d’un boycott massif (logique de cancel culture) provoqué par la déprogrammation d’une autrice palestino-australienne. Cette déprogrammation avait elle-même suscité de vives dénonciations publiques (logique de call out).

Le danger des majorités silencieuses

La démocratie se nourrit du débat et de l’expression des désaccords. Mais que se passe-t-il si tout le monde se tait ? Le miroir de l’opinion publique se fissure : les majorités silencieuses disparaissent tandis que les minorités bruyantes prennent toute la place. Le résultat est un débat public faussé, qui ne reflète plus la diversité réelle des points de vue.

Toutes les pressions sociales ne sont pas illégitimes : certaines critiques doivent pouvoir exister, surtout lorsqu’elles visent à prévenir discriminations ou agressions. Le vrai défi est de trouver l’équilibre : comment protéger la liberté d’expression tout en garantissant responsabilité et respect ?

Les recherches sur la délibération publique offrent des pistes concrètes. Les Deliberative Polls, développés par le professeur en sciences politiques James Fishkin, montrent qu’en conditions structurées – information équilibrée, modération, représentativité – les participants expriment des positions plus nuancées et moins conformistes. Lorsque le cadre sécurise l’expression et rend visible la diversité réelle des points de vue, l’autocensure diminue.

Mais au-delà de l’architecture institutionnelle, une autre voie consiste à renforcer les compétences individuelles. Plutôt que d’aménager l’environnement informationnel pour orienter subtilement les comportements, il s’agit de développer la capacité des citoyens à résister eux-mêmes à la pression conformiste : esprit critique, tolérance à la dissonance, capacité à distinguer désaccord et rejet social.

Autrement dit, la question n’est pas seulement de créer plus d’espaces de parole, mais de renforcer la souveraineté cognitive de ceux qui les habitent.


Lee-Ann d’Alexandry est l’autrice du Manuel pour ne plus être manipulé par les politiques, (De Boeck supérieur, 2026).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi nous préférons parfois nous taire sur les sujets politiques – https://theconversation.com/pourquoi-nous-preferons-parfois-nous-taire-sur-les-sujets-politiques-275750

Une rentrée sans toit : comment la crise du logement étudiant fragilise l’entrée dans l’âge adulte

Source: The Conversation – France in French (3) – By Guillaume Negri, Doctorant en sociologie, spécialisé en migrations et en jeunesse, Université Rennes 2


L’ESSENTIEL

  • La recherche d’un logement étudiant est un parcours du combattant.

  • Cette instabilité résidentielle a des répercussions bien au-delà de la rentrée universitaire sur les conditions d’études et de vie des jeunes.

  • Une recherche, menée en France et en Irlande, interroge les risques d’une citoyenneté différée.


À chaque rentrée universitaire, les mêmes scènes. Les files d’attente s’allongent devant les Crous, toutes les chambres universitaires ont été allouées, et les studios se visitent par grappes de candidats. La France compte aujourd’hui une chambre du Crous pour dix-sept étudiants, contre une pour quatorze en 2000, et l’offre publique ne couvre que 7 % des besoins selon le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse et le Conseil national de l’habitat.

De l’autre côté de la mer Celtique, l’Irlande fait pire encore. Fin 2025, il manquait près de 39 000 lits étudiants dans les quatre principales villes universitaires du pays. À Cork (dans le sud-ouest de l’Ilande, ndlr), où je mène une partie de mes recherches doctorales, la presse rapporte le cas d’un étudiant contraint à trois heures de trajet quotidien depuis Limerick (centre-ouest de l’Irlande, ndlr), faute de chambre abordable.

Le débat public raisonne en stocks et en flux. On y discute du nombre de places à construire et du niveau des loyers, et ces discussions enferment le problème dans l’horizon court de l’année universitaire, celui des affectations à boucler avant les premiers cours.

La sociologie des parcours de vie oblige à poser une question d’une autre portée temporelle, que ma thèse instruit en comparant la France et l’Irlande. Quelles sont les répercussions de cette instabilité résidentielle, éprouvée au seuil de la vie adulte, sur la suite d’une existence ?

Je fais l’hypothèse que le logement commande les autres étapes du passage à l’âge adulte, et que sa privation enclenche des retards en chaîne, dans la formation puis dans l’emploi. Ces retards frappent d’autant plus durement que la famille ne peut pas servir de filet.

Une précision de méthode s’impose ici : mon matériau, qualitatif, ne mesure pas ces effets de long terme ; il montre comment ils se forment, entretien après entretien, et pourquoi ils s’installent. C’est déjà beaucoup pour comprendre ce qu’une rentrée sans toit engage réellement.

Le logement, verrou du passage à l’âge adulte

Les sociologues de la jeunesse l’ont établi de longue date. On ne devient plus adulte en franchissant des seuils dans l’ordre attendu, le diplôme puis l’emploi, le départ de chez les parents puis la vie à deux. On y parvient au terme d’un processus long, fait d’allers-retours et de bifurcations.

Dans ce processus, le logement fait office de verrou. Impossible, sans adresse stable, de constituer le moindre dossier, qu’il s’agisse d’une inscription en formation, d’une bourse, d’un compte bancaire ou d’une couverture santé. Obtenir un stage ou un emploi relève alors de l’acrobatie. Même dormir et manger correctement cessent d’aller de soi.

Pour observer cette dépendance, mon enquête doctorale s’est tournée vers un public qui l’éprouve sous sa forme la plus brute, celui des jeunes exilés arrivés adolescents ou jeunes majeurs en France et en Irlande. Je les ai suivis à Rennes (Ille-et-Vilaine) et à Cork au fil de 43 entretiens biographiques ; beaucoup sont scolarisés ou en formation, et tous entrent dans la vie adulte privés du filet familial dont disposent la plupart de leurs camarades.

On pourra juger leur cas trop singulier pour éclairer la condition étudiante ordinaire. Je crois l’inverse. Ce verre grossissant fait apparaître des mécanismes qui concernent, à des degrés divers, toute la jeunesse étudiante.

Des semaines passées à chercher une chambre

Les trajectoires résidentielles que j’ai reconstituées sont rarement linéaires. On y passe d’un canapé prêté à un foyer, d’une colocation à un retour chez un proche ; certains connaissent la rue. Des chercheurs européens ont baptisé ces allers-retours trajectoires « yo-yo » dès le début des années 2000, et ils ne sont pas propres aux jeunes exilés.

À l’automne 2025, Amlé, le syndicat national des étudiants irlandais, décrivait devant les parlementaires des étudiants dormant sur des canapés ou enchaînant les semaines d’auberge de jeunesse en début de trimestre ; il faisait du logement « le premier obstacle » à l’accès aux études supérieures et à leur achèvement. À l’University College Cork, le syndicat local alertait, dès 2024, sur la situation des étudiants qui sautent des repas et renoncent au chauffage afin de payer leur loyer.

Chaque déménagement subi a un coût. Des heures à éplucher les annonces et à monter des dossiers, des trajets qui s’allongent, des nuits écourtées, des amitiés qui s’étiolent. Tout ce temps et toute cette énergie sont pris sur les études.

Dès le mois de juin, la ruée sur les logements étudiants (Franceinfo, 2024).

En France, l’enquête « Conditions de vie » de l’Observatoire national de la vie étudiante documente, édition après édition, le poids du logement dans les budgets et sur les conditions de travail des étudiants. Les conséquences suivent, presque mécaniques : des cours manqués, des examens ratés, des réorientations subies, parfois un abandon.

Le phénomène est désormais visible en Irlande, où des jeunes diffèrent leur entrée à l’université ou interrompent leur cursus faute de toit.

Des retards qui s’additionnent

Pour rendre compte de ces parcours, je mobilise la notion de « vulnérabilisation », qui désigne non pas un état de fragilité constaté à un instant donné, mais un processus par lequel les difficultés engendrent les unes les autres.

Un logement perdu retarde une formation ; une formation interrompue ferme l’accès à un emploi stable ; sans emploi stable, pas de bail ; sans bail, retour à l’hébergement précaire. La boucle, une fois refermée, peut tourner des années sans que rien vienne l’interrompre de l’extérieur.

Le système français aggrave ce mécanisme pour ceux qui n’ont pas de famille-ressource. Notre modèle social repose largement sur l’hypothèse que la famille héberge, cautionne et dépanne, au point que la science politique qualifie de « familialisées » les politiques de jeunesse françaises.




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Les jeunes privés de ce filet paient le prix fort, qu’il s’agisse des jeunes exilés, des sortants de l’aide sociale à l’enfance – pour qui le passage à la majorité constitue un point de bascule vers la pauvreté – ou des étudiants en rupture familiale. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonçait encore en 2025 les « sorties sèches » des dispositifs de protection de l’enfance, sans solution de logement, qui conduisent des jeunes majeurs à la rue.

Le risque d’une citoyenneté différée ?

Certains des jeunes que j’ai rencontrés se trouvent, à 23 ou 25 ans, dans une situation que je propose d’appeler la « citoyenneté différée ». Formellement titulaires de droits, ils en repoussent sans cesse l’exercice effectif – étudier, travailler, habiter, participer à la vie de la cité – faute d’un ancrage résidentiel qui les rende praticables.

L’Irlande donne à voir, en grandeur nature, où mène le laisser-faire. Le logement étudiant y a été largement abandonné au marché, si bien que des établissements entiers, comme la Munster Technological University et ses 18 000 étudiants, ne disposent d’aucun parc résidentiel propre.

La France n’en est sans doute pas là ; son réseau d’œuvres universitaires, même sous-dimensionné, demeure un acquis. Encore faudrait-il cesser de traiter le logement des étudiants en simple intendance de rentrée. Une année perdue à chercher un toit ne se rattrape pas en juin ni aux sessions de rattrapage ; on la retrouve longtemps après dans les files des missions locales et des services sociaux, où l’on répare à grands frais, et pas toujours avec succès, ce qu’une chambre à loyer modéré aurait pu prévenir.

The Conversation

Guillaume Negri a reçu des financements de l’Université Rennes 2 et de la Région Bretagne pour la réalisation de son doctorat.

– ref. Une rentrée sans toit : comment la crise du logement étudiant fragilise l’entrée dans l’âge adulte – https://theconversation.com/une-rentree-sans-toit-comment-la-crise-du-logement-etudiant-fragilise-lentree-dans-lage-adulte-289101

Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anne-Laure Delaunay, Maître de conférence en transformation digitale et technologies émergentes, Institut Mines-Télécom Business School


L’ESSENTIEL

  • Lorsqu’un diagnostic de cancer touche un enfant, le quotidien et l’équilibre de la famille se recomposent.

  • Les parents passent alors par trois grandes phases : rupture, routines et retour (après l’hospitalisation).

  • Contrairement à ce que peut percevoir l’entourage, la fin des traitements intensifs n’est pas synonyme de reprise de la vie « d’avant ».


Lorsqu’un enfant est atteint d’un cancer, toute la famille entre, à des degrés différents, dans la maladie.

Valérie Donzelli l’a filmé dans la Guerre est déclarée (2011) : du jour au lendemain, parents et enfant voient leur quotidien basculer autour des soins, des décisions et de l’incertitude. Dans la série Tout va bien (2023), de Camille de Castelnau, prolonge le témoignage. Ces récits mettent en lumière une spécificité du cancer pédiatrique : les parents sont immédiatement engagés dans le parcours de soins.

Ils sont les représentants légaux de l’enfant, prennent part aux décisions et organisent sa prise en charge. Ils doivent aussi l’aider à comprendre ce qui lui arrive, le rassurer et l’accompagner pendant les traitements, dans un contexte où le lien affectif rend cette implication particulièrement intense.

Cette place singulière transforme le quotidien des parents, leur vie professionnelle, leurs relations conjugales et familiales, mais aussi leur manière d’envisager l’avenir. Et ces effets évoluent au fil de la maladie.

C’est cette trajectoire parentale, du diagnostic aux traitements puis aux retours qui suivent l’hospitalisation, que nous avons cherché à comprendre pendant près de trois ans, en partenariat avec l’association Imagine For Margo. Voici ce que nous avons appris.

Une étude sur trois ans

Nos travaux ont débuté par la diffusion d’un questionnaire en ligne auprès de parents aidants. Nous avons ensuite mené 37 entretiens d’environ une heure avec des parents volontaires. Le panel comprenait 31 mères et 6 pères.

Cette surreprésentation maternelle est également observée dans la recherche en oncologie pédiatrique, dans un contexte où les mères tendent sociologiquement à plus souvent assumer les soins et les pères le soutien financier.

Les profils des répondants sont variés : en couple ou en famille monoparentale, habitant en ville ou à la campagne, en région parisienne ou en province, avec un ou plusieurs enfants.

Nos résultats font apparaître trois grandes phases dans la trajectoire des familles : la rupture provoquée par le diagnostic, l’installation de routines pendant les traitements à l’hôpital, puis le retour à domicile et la reconstruction qui l’accompagne. Rupture, routines, retours : ces « trois R » dessinent les grandes lignes de la trajectoire d’aidance.

La rupture

Vécu comme un « choc physique et émotionnel » (les verbatims entre guillemets sont issus du matériau empirique collecté pendant notre recherche auprès de parents aidants d’enfants atteints de cancer, NdA), le diagnostic place les parents dans une phase de sidération.

Ils sont rapidement pris dans un tourbillon médical et logistique, auquel s’ajoute la charge émotionnelle de l’annonce. À ce stade, leur première difficulté est de comprendre ce qui leur arrive.

Médulloblastome, leucémie aiguë myéloblastique, néphroblastome : le nom de la maladie s’ajoutent à ceux des traitements, des interventions et des dispositifs médicaux. Mais, lorsqu’il s’agit d’un enfant, comprendre le jargon médical ne suffit pas.

Le parent doit aussi trouver les mots pour expliquer ce qui se passe, répondre aux questions, préparer l’enfant à une opération, à une chimiothérapie ou à la perte de ses cheveux. Il cherche aussi à rendre l’épreuve plus supportable, par des cadeaux, des attentions, des rituels ou simplement une présence constante. Il doit enfin répondre aux questions des proches et les tenir au courant.

Durant cette période, beaucoup de parents mettent leurs propres besoins entre parenthèses pour se concentrer sur ceux de leur enfant. Ici commence véritablement l’entrée dans l’aidance.

Les routines

Passée cette phase de crise, l’enfant débute les traitements et la vie familiale s’organise progressivement autour de leur rythme. Chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, immunothérapie ou protonthérapie (une forme de radiothérapie très précise) peuvent se succéder pendant plusieurs mois ou années selon les protocoles. Le parcours reste éprouvant et imprévisible, mais parents et enfants finissent par développer leurs propres repères.

Ces « routines » ne doivent pas s’entendre comme un retour à un quotidien stable. Elles désignent plutôt une manière d’apprendre à vivre sous contraintes. En effet, l’hôpital reste un lieu de travail avec ses hiérarchies et ses règles. Ni membres de l’équipe soignante ni simples visiteurs, les parents doivent y trouver leur place.

Ils endossent aussi de nouveaux rôles, qui s’ajoutent à leur rôle parental :

« Je deviens à la fois le taxi de mon enfant, je deviens son infirmière parce que je dois lui donner des médicaments, je deviens sa maîtresse parce que je l’accompagne sur la scolarité… »

Ils préparent un sac pour les hospitalisations d’urgence, afin d’anticiper les périodes d’aplasie (effet secondaire de certaines chimiothérapies se traduisant par une forte diminution des globules blancs et une baisse des autres composants du sang, globules rouges et plaquettes, ndlr). Ils connaissent les routines hospitalières : l’heure du bain de l’enfant, celle de la tournée des médecins ou des « embouteillages » à la douche commune des parents, les endroits où acheter de quoi manger…

Ils retrouvent aussi les mêmes visages dans les couloirs : des soignants et parfois d’autres parents avec lesquels des liens peuvent se nouer. L’accompagnement de l’enfant malade reste souvent entre leurs mains. L’entourage prend le relais pour faire tenir le reste du foyer : repas, ménage, linge, trajets.

La fratrie occupe une place particulière dans cette organisation. Profondément affectée par la maladie, elle reste pourtant largement oubliée dans la prise en charge et dépend souvent de ces soutiens informels des proches pour préserver un quotidien aussi stable que possible.

Le retour au domicile (et le retour de bâton ?)

Lorsque les séjours à l’hôpital s’espacent, voire disparaissent, une nouvelle phase commence. Le retour au domicile s’accompagne du retour à l’école pour l’enfant et, souvent, du retour au travail pour le parent qui avait réduit ou mis entre parenthèses son activité professionnelle.

Cependant, quelle que soit la situation médicale (rémission complète ou incomplète, tumeur en dormance, traitement d’entretien) de leur enfant, tous les parents décrivent une reconstruction difficile à négocier :

« Donc il faut reprendre une vie normale, mais reprendre une vie normale quand on a vécu tout ça… on ne reprend pas notre vie d’avant, en fait. »

Ce retour au domicile éloigne aussi les parents du cadre hospitalier, de ses routines et de ses repères. La proximité avec les soignants diminue, tandis qu’autour d’eux la vie reprend son cours et que les coups de main des proches se raréfient.

Or, la fin des traitements intensifs ne signifie pas la fin de la maladie : traitements à domicile, rendez-vous de contrôle, suivi des séquelles, retour à l’école, démarches administratives… Une partie de ce qui était organisé par l’hôpital revient ainsi vers la famille, alors même qu’elle doit retrouver une place dans une vie ordinaire.

Les parents apprennent aussi à vivre avec les risques de rechute et les effets à long terme des traitements. Comme l’un d’eux le résume :

« C’est vraiment l’épée de Damoclès l’exemple le plus parlant. Même par rapport à nos familles les plus proches, c’est l’épée de Damoclès. Ils ne se rendent pas compte qu’en fait le cancer est entré dans votre famille et il n’en sort jamais vraiment, même [après] cinq, dix, quinze ans. »

De l’extérieur, cette phase peut être perçue comme une sortie de crise. Cependant, pour certains parents, elle correspond à un contrecoup après des mois de mobilisation intense ; pour d’autres, à une forme de chronicité où la maladie reste présente, mais devient moins visible.

Les fragilités physiques et psychiques accumulées pendant les séjours à l’hôpital peuvent alors devenir plus difficiles à contenir.

Adapter les dispositifs de soutien

Rupture, routines, retours : ces « trois R » dessinent donc les grandes lignes de la trajectoire d’aidance pour les parents qui doivent faire face à l’épreuve que représente le cancer de leur enfant.

En partant de nos résultats, nous avons construit, avec une vingtaine de parents, une feuille de route adaptée à ces différentes phases de l’aidance : accéder à la bonne information au bon moment, accompagner la reconstruction du projet de vie après le cancer et explorer les usages émergents de l’intelligence artificielle (IA) conversationnelle.

Cette feuille de route accorde une attention particulière au temps du retour, lorsque l’hôpital s’éloigne, mais que les effets de la maladie persistent. À ce titre, nous souhaitons proposer à l’avenir un bilan aux parents ainsi qu’un partage de témoignages d’autres personnes ayant vécu la même expérience (on parle de « pair-aidance »), notamment sur l’après-maladie, le retour au travail ou la reprise du quotidien.

The Conversation

Anne-Laure Delaunay est coordinatrice du projet intitulé “rôles des technologies dans le soutien des parents aidants d’enfants atteints de cancer”, financé par l’Institut National du Cancer et réalisé en partenariat avec l’association Imagine For Margo

Amélie Clauzel et Jamila Lahmar-Eythrib ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ? – https://theconversation.com/cancers-pediatriques-comment-les-parents-vivent-ils-et-sadaptent-ils-a-lepreuve-du-cancer-de-leur-enfant-290679

‘Por favor, silencio’: cómo las interrupciones en clase dificultan el aprendizaje y queman a los docentes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Joan Tahull Fort, Profesor e investigador en sociología, especializado en dinámicas sociales y educativas contemporáneas, Universitat de Lleida

Un profesor entra en el aula con la clase preparada. Ha organizado los contenidos, ha pensado en una actividad y sabe lo que quiere que los alumnos hayan entendido al final de la sesión. Pero antes de empezar, tiene que esperar a que terminen algunas conversaciones.

Cuando por fin consigue captar la atención del grupo, llega un alumno tarde. Vuelve a retomar la explicación. Alguien está mirando el móvil, dos compañeros siguen hablando, alguien arrastra una silla y otro alumno pregunta qué se supone que debe hacer, a pesar de que el profesor acaba de explicarlo.

No ha pasado nada grave ni extraordinario. Es una escena habitual en muchas aulas. Sin embargo, la clase ya ha tenido que empezar más de una vez.

Cuando hablamos del bienestar de los profesores, solemos señalar la burocracia, la carga de trabajo, la falta de recursos o las dificultades para conciliar la vida laboral y personal. Son factores importantes, pero hay otro, menos visible: el desgaste que supone tener que recuperar continuamente la atención del grupo y el ambiente necesario en el aula para poder seguir impartiendo la clase.




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Un ritmo continuamente interrumpido

El ruido en las aulas no es solo una cuestión de decibelios. Un espacio puede ser a la vez ruidoso y educativo: los alumnos debaten, cooperan, hacen preguntas o se mueven para realizar una actividad. El problema surge cuando estas conversaciones y movimientos dejan de formar parte de la tarea y desvían la atención del grupo.

No es una sensación aislada: el 29 % de los profesores de secundaria en España afirma que sus aulas son muy ruidosas y desordenadas, ocho puntos por encima del promedio de la OCDE y de la Unión Europea, situado en el 21 %. Ese mismo 29 % declara que pierde bastante tiempo debido a las interrupciones del alumnado. El problema no es exclusivo de un territorio, aunque su intensidad varía entre países, centros y grupos.

¿Cuántos minutos de aprendizaje se pierden?

El tiempo lectivo no suele perderse de una sola vez, sino en pequeños fragmentos: unos segundos para pedir silencio, un minuto para resolver un problema o un momento para repetir una instrucción que parte de la clase no ha oído.

Cada interrupción puede parecer insignificante, pero su acumulación acaba alterando el ritmo de toda la clase. Y su efecto no desaparece cuando vuelve el silencio. Entonces hay que recordar en qué punto se había quedado, recuperar la atención del grupo y volver a meter a todos en el hilo de la actividad.

Sin esta continuidad, resulta difícil seguir una idea, relacionarla con lo que ya se sabe y comprenderla de verdad.




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El desgaste de recuperar la atención

Las interrupciones no solo consumen tiempo. Cada vez que la actividad se detiene, el profesor tiene que volver a captar la atención del grupo y poner en marcha la sesión de nuevo. Este trabajo no aparece en los horarios ni cuenta como una tarea específica, pero exige concentración, toma de decisiones y energía emocional.

No se trata solo de repetir lo que ya se ha dicho. El profesor tiene que observar si el grupo está preparado para reanudar la actividad, decidir si continuar o retroceder, evaluar si debe intervenir ante un comportamiento concreto y anticipar si hacerlo provocará aún más interrupciones. Al mismo tiempo, intenta no perder los nervios ni mostrar frustración.

En mi reciente investigación cualitativa sobre este problema, una profesora explicó que acababa repitiendo la misma instrucción hasta dieciocho veces. Su experiencia demuestra que el cansancio no proviene solo de hablar mucho, sino de comprobar una y otra vez que las palabras no han llegado a todo el grupo.

Al final de la jornada, es posible que la profesora no recuerde ningún incidente especialmente grave y, sin embargo, se sienta agotada. El cansancio proviene de la acumulación de correcciones, esperas y pequeñas decisiones que ha tenido que tomar a lo largo de horas para mantener al grupo atento y la actividad en marcha.

¿Autoridad docente perdida?

Parte de este cansancio tiene que ver con la transformación de la autoridad del profesor. Tradicionalmente, la institución respaldaba la posición del docente, independientemente de su relación personal con los alumnos. Hoy en día, este reconocimiento ya no se da por sentado: hay que construirlo cada día a través del conocimiento, la coherencia y la confianza.

Este cambio es positivo: la educación no debe basarse en el miedo. Pero dejar atrás los modelos autoritarios no significa renunciar a los límites. Entre la obediencia ciega y la negociación constante, debe existir una autoridad democrática respaldada por toda la comunidad educativa.

Cuando este apoyo colectivo falla, el profesor se queda solo frente al grupo y, a menudo, tiene que justificar sus decisiones. Ya no basta con conocer la materia y saber enseñarla: también debe captar el interés, negociar los límites y demostrar constantemente el valor de lo que propone.

Móviles y redes

Aunque la llegada de los teléfonos inteligentes no lo explica todo, la cultura digital aumenta la presión: el uso de dispositivos puede distraer a los alumnos y dificultar la gestión del aula. Según el informe PISA 2022, el 30 % del alumnado de la OCDE se distrae con dispositivos digitales en la mayoría o en todas las clases de matemáticas. Las notificaciones y los mensajes fragmentan la atención, aunque su efecto depende de cómo se utilicen. La Unesco recomienda emplearlos únicamente cuando contribuyan claramente al aprendizaje.

Pero más allá del móvil, en las distracciones y las interrupciones también influyen la falta de motivación, la dinámica entre compañeros, la fragilidad de los límites y los mensajes contradictorios procedentes de la escuela, las familias y la sociedad.

El silencio hace posible el aprendizaje

A veces, el silencio se presenta como una exigencia conservadora, típica de un aula rígida en la que solo habla el profesor. Pero también puede entenderse como una condición que permite escuchar, pensar y seguir una idea hasta su conclusión.

Un aula no tiene por qué estar en silencio todo el tiempo. Sin embargo, el silencio debe ser posible cuando la actividad lo requiera. Es un bien común: depende de todos, y todos salen perdiendo cuando desaparece.

Crear estas condiciones no puede ser responsabilidad exclusiva de cada profesor. Se necesitan normas claras y coherentes, acuerdos sobre el uso de dispositivos, rutinas para comenzar las clases y cambiar de actividad, el apoyo de las familias y criterios comunes para gestionar las interrupciones.

También es necesario escuchar a los alumnos y ayudarles a comprender que interrumpir no solo afecta al profesor: les quita tiempo y atención a sus compañeros. Cuidar de los profesores no consiste solo en actuar cuando ya están agotados, sino en proteger las condiciones cotidianas que necesitan para realizar su trabajo.

Cuando estas condiciones fallan, no solo se pierden minutos. También se acumula un cansancio difícil de percibir y se debilita una condición esencial para el aprendizaje: que profesores y alumnos puedan compartir la misma actividad, con la continuidad suficiente para comprender lo que están haciendo.

The Conversation

Joan Tahull Fort no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ‘Por favor, silencio’: cómo las interrupciones en clase dificultan el aprendizaje y queman a los docentes – https://theconversation.com/por-favor-silencio-como-las-interrupciones-en-clase-dificultan-el-aprendizaje-y-queman-a-los-docentes-290900

Ni estado de alarma ni excepción: qué es la ‘situación de interés para la seguridad nacional’ activada en Ceuta

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fidel Bedia Castillo, Coordinador Académico Máster Universitario en Seguridad Pública, UNIR – Universidad Internacional de La Rioja

El presidente del Gobierno de España, Pedro Sánchez, preside la reunión del Consejo de Seguridad Nacional hoy, 1 de septiembre. La Moncloa

La crisis de Ceuta ha llevado al Gobierno a utilizar por primera vez una figura prevista desde 2015, pero nunca aplicada hasta ahora: la situación de interés para la seguridad nacional (SISN). La medida se ha declarado mediante el Real Decreto 681/2026, de 25 de agosto y se completa con la declaración de recursos aprobada por el Real Decreto 705/2026, de 26 de agosto.

La medida tiene interés, valga la redundancia, porque permite explicar una figura poco conocida. Y también porque muestra algo importante: en seguridad pública, tener una herramienta jurídica prevista antes de una crisis da ventaja, ya que no hay que inventar el mecanismo cuando el problema ya está encima.

Pero que algo esté escrito en una ley no garantiza por sí solo que funcione; la verdadera prueba llega cuando debe aplicarse sobre el terreno.

La primera idea que conviene aclarar sobre la situación de interés para la seguridad nacional es sencilla: no estamos ante un estado de alarma, excepción o sitio. Tampoco ante una suspensión de derechos fundamentales. Sirve para coordinar mejor los medios ordinarios del Estado cuando una crisis se vuelve demasiado compleja para ser gestionada por separado desde cada administración o departamento.

Sus tres rasgos más importantes

La Ley 36/2015, de Seguridad Nacional, regula esta figura en su artículo 23. Aunque su redacción es técnica, puede explicarse con tres rasgos muy claros:

  1. El primero es que se utiliza ante crisis graves, urgentes y transversales. Esto significa que no hablamos de un problema limitado a un solo sector, ya que afecta a varios ámbitos al mismo tiempo y exige medidas coordinadas.

    En Ceuta, la situación no se reduce al control fronterizo. Involucra también a menores, sanidad, justicia, acogida, extranjería, seguridad ciudadana, transporte, relaciones exteriores y funcionamiento de servicios públicos.

  2. El segundo rasgo es que la situación debe afrontarse con los poderes y medios ordinarios de las administraciones públicas. Esto es fundamental, porque la declaración no crea un poder excepcional nuevo ni borra las competencias ordinarias de ministerios, cuerpos policiales, ciudad autónoma o autoridades judiciales. Lo que hace es ordenar mejor la utilización de recursos que ya existen, pero que necesitan funcionar de manera integrada.

  3. El tercer rasgo es el más importante desde el punto de vista ciudadano: esta figura no puede implicar la suspensión de derechos fundamentales ni libertades públicas. Es la gran diferencia con los estados excepcionales regulados en la Ley Orgánica 4/1981 –alarma, excepción y sitio–.

    La seguridad nacional no equivale aquí a excepcionalidad constitucional, sino a coordinación reforzada, interpretación que fue avalada en su momento por el Tribunal Constitucional en la sentencia 184/2016, al analizar la Ley 36/2015. No elimina las competencias ordinarias de las administraciones, sino que permite articularlas cuando concurre un interés nacional.

Una situación para crisis intermedias

Por eso puede decirse que la situación de interés para la seguridad nacional ocupa un espacio intermedio. Está por encima de la gestión ordinaria de un problema administrativo o policial, pero por debajo de los estados de alarma, excepción y sitio. Se activa cuando la normalidad institucional sigue vigente, pero necesita funcionar con más unidad, más rapidez y más coherencia.

Este matiz es decisivo. En una crisis compleja, muchas veces el problema no es que falten competencias, sino que sobren compartimentos. Cada administración puede estar haciendo algo razonable desde su ámbito, pero el conjunto puede no estar funcionando como un sistema. La finalidad de esta figura es precisamente evitar esa fragmentación.

También es importante saber quién puede declararla. La Ley 36/2015 atribuye esa competencia al presidente del Gobierno. La declaración debe incluir, al menos, la definición de la crisis, el territorio afectado, la duración, la posible autoridad funcional y los recursos humanos y materiales necesarios.

En el caso de Ceuta, el Gobierno ha designado como autoridad funcional al ministro de Política Territorial y Memoria Democrática, Ángel Víctor Torres Pérez. Su papel no consiste en sustituir a las autoridades competentes ni en absorber las funciones ordinarias de cada administración, sino en coordinar sus actuaciones para que respondan a una misma estrategia.

Cada órgano mantiene así sus competencias, pero las ejerce dentro de un marco reforzado de dirección y coordinación del Gobierno.

La declaración afecta al territorio de Ceuta, sus puestos fronterizos, costas, puerto y aguas adyacentes bajo jurisdicción española. Además, permite emplear recursos del Ministerio de Asuntos Exteriores para la cooperación con Marruecos, la Unión Europea y terceros Estados; del de Justicia para apoyar juzgados y Fiscalía; del Interior para fronteras, seguridad ciudadana, extranjería, identificación, policía judicial e investigación de redes de inmigración irregular; del de Defensa para apoyo logístico, transporte, vigilancia, alojamiento, comunicaciones y sanidad, y de otros departamentos para transporte, sanidad, acogida o gestión administrativa.

La utilidad real de la medida no se valorará por su nombre ni por su novedad, sino por sus efectos. Habrá que comprobar si mejora la identificación de personas, la protección de menores, la atención sanitaria, el funcionamiento de juzgados y Fiscalía, la acogida humanitaria, la coordinación con Marruecos y la seguridad en la frontera.

También habrá que evaluar si reduce solapamientos, instrucciones contradictorias o retrasos en la toma de decisiones. En una crisis, una mala comunicación puede tener consecuencias tan graves como la falta de medios. Un recurso que llega tarde, una información que no circula o una autoridad que no sabe quién decide qué pueden convertir un problema difícil en un problema ingobernable.

La seguridad nacional, entendida así, no debe verse como una palabra grandilocuente. Tiene una dimensión muy práctica: conseguir que el Estado funcione como un conjunto cuando la realidad desborda los cajones administrativos ordinarios.

Ceuta como prueba práctica

Ceuta será, por tanto, una prueba importante. No solo para resolver una crisis concreta, sino para comprobar cómo funciona en la práctica una figura jurídica diseñada precisamente para escenarios de incertidumbre, urgencia y transversalidad.

La enseñanza de fondo es clara: la gravedad de una crisis no siempre exige poderes excepcionales. En el caso de la situación de interés para la seguridad nacional reclama algo distinto: coordinar mejor los poderes ordinarios para proteger derechos, servicios esenciales y convivencia sin suspender derechos fundamentales ni libertades públicas.

The Conversation

Fidel Bedia Castillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Ni estado de alarma ni excepción: qué es la ‘situación de interés para la seguridad nacional’ activada en Ceuta – https://theconversation.com/ni-estado-de-alarma-ni-excepcion-que-es-la-situacion-de-interes-para-la-seguridad-nacional-activada-en-ceuta-290666