Rire du malaise : la « cringe comedy », nouveau manuel de savoir-vivre ?

Source: The Conversation – in French – By Carine Farias, Associate Professor in Entrepreneurship and Business Ethics, IÉSEG School of Management

_The Office_ (NBC, États-Unis), saison 3, épisode 10 « A Benihana Christmas » (2006).

Tant sur les réseaux sociaux que dans les séries télévisées, le contenu « cringe », visant à provoquer le rire par le malaise, est devenu un phénomène culturel. Preuve de son foisonnement, le dictionnaire Robert a fait admis en 2019 le mot « malaisant » utilisé par le public français en référence à ce type de contenus. Mais pourquoi la « cringe comedy », genre cinématographique fondé sur un comique ambivalent imprégné de gêne et frôlant la moquerie, est-il si populaire aujourd’hui ?


Le terme anglais « cringe » évoque un mouvement de recul, ce réflexe de se recroqueviller face à une situation embarrassante. C’est justement sur cette réaction physique et émotionnelle ambivalente mêlant l’embarras, la gêne et la répulsion, que repose la cringe comedy.

La cringe comedy est un genre hybride mêlant drame et humour, qui mise sur le malaise pour provoquer le rire. Depuis deux décennies, il s’est imposé sur nos écrans avec la diffusion de séries comme The Office, Curb Your Enthusiasm, ou encore The Curse. Il s’appuie sur des procédés filmiques donnant une impression de moments pris sur le vif, pour mettre en scène des maladresses sociales.

Si certains chercheurs voient les prémices de la cringe comedy dans l’émission « Saturday Night Live » diffusée dès 1975 aux États-Unis, c’est la série britannique The Office (2001) qui fixe les codes esthétiques du genre. Sous couvert d’un faux reportage de la BBC, cette série montre le quotidien des employés d’une petite usine de fabrication de papier dont le patron, protagoniste central, est persuadé d’être drôle et sympathique, alors qu’il génère l’embarras de ses employés. Forte de son succès, cette série réalisée par Ricky Gervais et Stephen Merchant a été adaptée dans 16 pays, dont les États-Unis par NBC.

De nombreuses productions repoussant les limites du supportable ont suivi. Par exemple, le comédien, scénariste et producteur canadien Nathan Fielder a fait du malaise le ressort principal de ses productions audiovisuelles. De Nathan For You à The Rehearsal en passant par The Curse, il brouille volontairement les frontières entre réalité et mise en scène. Ses formats alambiqués et dérangeants placent les spectateurs dans une position inconfortable où ils ne savent plus s’ils doivent rire ou détourner le regard.

Cet essor est indissociable de la multiplication des vidéos virales qualifiées de malaisantes sur les réseaux sociaux. Imprégnées de la culture railleuse voire haineuse des trolls, ces vidéos capturant des faux pas ou des comportements décalés ont participé à faire de la cringe comedy un phénomène culturel de masse.

L’esthétique du malaise

La cringe comedy repose sur une grammaire audiovisuelle et narrative bien précise, qui rompt avec les codes classiques de la fiction. L’esthétique du malaise repose d’abord sur des protagonistes à la moralité complexe et nuancée, tel que l’égocentrique et misanthrope Larry, dans Curb Your Enthusiasm. Loin des héros inspirants, ces personnages ont des comportements souvent discutables, enchaînant les maladresses sociales en abordant régulièrement des sujets tabous. On les déteste autant qu’on les plaint : bien que pitoyables, leur vulnérabilité les rend étrangement attachants.

Le malaise est amplifié par des filtres éditoriaux qui injectent du réalisme dans la temporalité des interactions sociales scriptées. Les interactions traînent ainsi en longueur, incluant souvent de longs et troublants silences ainsi que des dialogues superflus. L’absence quasi systématique de musique de fond renforce ce réalisme. Dénué d’effets sonores, ce format n’offre pas de guide à l’interprétation des scènes, laissant les spectateurs dans une ambiguïté émotionnelle. Tout cela laisse à la gêne le temps de s’installer.

Enfin, l’esthétique de la cringe comedy repose souvent sur une caméra volontairement imparfaite. En feignant l’amateurisme – plans tremblants, zooms brusques et cadrages serrés sur les visages – la réalisation donne l’impression d’enregistrements pris sur le vif, accentuant l’impression de réalisme et d’authenticité des maladresses sociales mises en spectacle.

La cringe comedy : un outil normatif ?

Si nous éprouvons une telle fascination pour le malaise, c’est certainement à cause de sa portée normative. En observant et en qualifiant les agissements des autres comme des faux pas, nous identifions et (re)définissons collectivement les frontières de l’acceptable, de l’audace et du ridicule.

Les travaux du sociologue Erving Goffman peuvent éclairer cette dynamique. Selon lui, nous jouons tous des rôles en société, qui dépendent du contexte dans lequel on se trouve. Afin que les interactions sociales soient fluides, nous adaptons sans cesse notre comportement aux attentes codifiées des autres et de notre environnement. Les maladresses sociales émergent lorsque nous ne parvenons pas à décrypter ces attentes.

La cringe comedy se nourrit de ces transgressions aux codes du savoir-vivre. En mettant en scène des maladresses sociales, la cringe comedy nous rappelle à l’ordre. Le malaise renforce les normes sociales en nous (ré)apprenant, par un rire ambivalent, les règles de la bienséance. Cela nous amène à désapprouver ensemble les comportements condamnables.

Loin d’une leçon de morale rationalisée, ce processus normatif est avant tout une réaction viscérale qui intervient directement dans notre corps. Pour Johnathan Logan Smilges, chercheur en langue et littérature anglaise, le malaise est un réflexe émotionnel culturellement conditionné qui témoigne de notre lien viscéral et affectif aux normes sociales. En d’autres termes, c’est l’expérience du politique exprimée dans et par le corps. D’autres expériences artistiques font appel à cette viscéralité du politique. C’est ce qui se joue lorsque Lionel Richie se dit « mortifié » devant la prestation musicale décalée et dérangeante de Sophie Powers dans l’émission American Idol. Dans l’art contemporain, un nombre croissant d’artistes génèrent le malaise, perçu comme émotion phare de notre époque, pour questionner nos pratiques socioculturelles à l’ère des réseaux sociaux.

Dans ce contexte, le rire provoqué par le malaise est ambivalent, à mi-chemin entre embarras et répugnance. Il s’apparente à un rire nerveux qui libère des émotions négatives liées à la gêne que l’on ressent par procuration pour autrui. Oscillant entre mépris et empathie, on finit par ressentir un certain confort à observer l’inconfort des autres : tant que nous restons spectateurs distants, on se rassure sur notre capacité à ne pas commettre de tels impairs.

Le potentiel politique du malaise

Malgré sa portée normative, la cringe comedy peut néanmoins ouvrir des espaces réflexifs, de par ses codes audiovisuels particuliers. La gêne surgit souvent lorsque des sujets et comportements tabous sont abordés sans tact ni nuances, dans une atmosphère brute et minimaliste (absence de musique, silences prolongés, etc.). En nous privant des filtres éditoriaux qui guident habituellement notre interprétation, la cringe comedy déstabilise et nous pousse à une participation active. C’est seul que le spectateur doit interroger ses propres limites morales en se demandant : « Dois-je rire, me moquer ou me révolter ? »

D’autre part, les séries de cringe comedy déconstruisent les idéaux de la perfection en célébrant des antihéros ordinaires et imparfaits. Ils nous rappellent avec une sincérité désarmante que l’erreur est humaine. Loin des standards de la perfection, la mise en avant de la vulnérabilité peut libérer les spectateurs d’une certaine pression sociale. Représenter des hommes vulnérables et maladroits dans The Office ou The Curse par exemple, peut bousculer les attentes genrées d’assurance et de performance souvent imposées aux hommes. De même, les protagonistes féminines de Fleabag ou Girls enfreignent continuellement des tabous sociaux. Ces séries sont vues comme des outils de réflexions politiques qui questionnent les attentes traditionnelles de la féminité. Aujourd’hui, revendiquer notre vulnérabilité, nos imperfections et même une esthétique « cringe » peut devenir un acte politique : en s’autorisant à créer le malaise, on remet en question la rigidité des normes sociales.

Mais attention, le « cringe » oscille toujours entre empathie et mépris : nous ne ressentons pas toujours le malaise avec les personnages, mais souvent à leur dépens. Il est donc crucial de se demander qui s’autorise à rire de qui ? Si la cringe comedy reste produite par et pour les groupes dominants, elle risque de renforcer les stéréotypes et les rapports de force existants, au lieu de les subvertir.

Le potentiel subversif de la cringe comedy s’exprime pleinement lorsque les minorités façonnent le script afin que l’on ressente le malaise de leur point de vue, face aux normes des groupes dominants. Les performances de l’humoriste britannique Laurence Clark illustrent bien cette dynamique. Dans ses sketchs en caméra caché, il montre les réactions malaisantes des passants face à son handicap. En commentant ces scènes lors de ses spectacles, il pousse le public à réfléchir de manière critique à leurs propres réactions, pour les amener à questionner les représentations normées des handicaps.

Entre outil normatif et levier subversif, la cringe comedy nous prouve qu’en riant du malaise nous dessinons, un silence gênant après l’autre, les contours de notre vivre-ensemble.

The Conversation

Carine Farias ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rire du malaise : la « cringe comedy », nouveau manuel de savoir-vivre ? – https://theconversation.com/rire-du-malaise-la-cringe-comedy-nouveau-manuel-de-savoir-vivre-276127

Municipales 2026 : le Parti socialiste peut-il tenir bon ?

Source: The Conversation – in French – By Pierre-Nicolas Baudot, Docteur en science politique, Université Paris-Panthéon-Assas

L’échelon municipal a toujours constitué un espace clé pour le Parti socialiste (PS). Devenu largement un parti d’élus locaux, son déclin national a renforcé encore l’importance de ses municipalités. Ces dernières décennies, son assise s’y est largement construite sur une technicisation et une dépolitisation de l’action locale. Le contexte actuel devrait, pourtant, conduire à une nationalisation et à une politisation des élections de mars prochain. À quel défi le PS doit-il s’attendre ?


La municipalisation est décisive dans l’histoire du socialisme dès la fin du XIXᵉ siècle. L’action municipale est un lieu de formation pour les cadres du parti et un laboratoire pour l’ensemble du pays. Elle lui a aussi permis de constituer ses principaux réseaux, d’entretenir ses relations avec les associations, de constituer ses clientèles électorales et de rétribuer ses militants.

Lorsque, dans les années 1970, le Parti socialiste (PS) redéfinit les rapports de force à gauche et se rapproche de l’exercice du pouvoir national, l’échelon local joue toujours un rôle clé. Les années 1980 accroissent encore la municipalisation du parti : les réformes de décentralisation augmentent les budgets et le personnel à la disposition des élus locaux et renforcent la place des carrières professionnelles liées à la politique.

Progressivement, le « socialisme municipal » ne renvoie plus à une identité singulière, tant l’action locale socialiste s’est banalisée. Pour autant, cet échelon structure toujours le PS. La place des élus locaux a continuellement crû au sein du parti et les mandats locaux demeurent un enjeu central dans le fonctionnement socialiste. C’est vrai pour les élus, mais aussi pour le personnel municipal ou les collaborateurs politiques qui dépendent directement des élections.

L’effondrement du parti au niveau national dans les années 2010 a modifié l’ancrage du socialisme sur le territoire, mais il n’a pas contredit cette observation. Certes, en 2014, le PS enregistre son plus mauvais résultat lors d’un scrutin local sous la Vᵉ République. Il revient à un niveau qu’il n’avait plus connu depuis trente-cinq ans. Il perd 49 des villes de plus de 30 000 habitants qu’il dirigeait (près de la moitié), 27 villes de plus de 50 000 habitants et plusieurs villes de plus de 100 000 habitants. En 2020, il peine à se relever de cette défaite historique.

Cependant, son effondrement à l’élection présidentielle de 2017 ne l’empêche pas de conserver toutes ses métropoles, et d’en gagner même de nouvelles (Nancy, Saint-Denis, Périgueux, Bourges ou Marseille, par exemple). Il continue de dominer, à gauche, les scrutins municipaux. Alors que ses positions électorales nationales se sont largement réduites, l’échelon municipal constitue un espace de résistance – sinon de résilience – pour le PS. L’affaiblissement militant du parti amplifie ce constat, en rendant le parti plus dépendant encore de ses ressources institutionnelles.

Une hégémonie en recomposition

Les coordonnées du problème socialiste ont cependant évolué. Les scores réalisés dans certaines métropoles ne doivent pas masquer l’érosion profonde de ses ancrages dans de nombreux territoires et la perte de villes, comme Metz, ou de certains bastions. Comme l’indiquait le cas de Nevers en 2014, le socialisme des villes moyennes s’est par endroit largement essoufflé, sur fond de déclin urbain (baisse démographique, crise économique, croissance de la précarité…) et de mobilité des catégories sociales qui lui étaient le plus favorables. Comme l’observe le géographe Achille Warnant :

« Alors qu’en 1977 la “vague rose” était d’abord l’affaire des villes moyennes, la “vague rose et verte” de 2020 est davantage l’affaire des métropoles. »

L’affaiblissement du PS l’a, de plus, rendu plus dépendant encore de ses partenaires, écologistes en particulier. Dès 2014, s’il domine encore la gauche, son hégémonie tend à se réduire : 69,3 % des mairies de gauche sortantes étaient contrôlées par le PS avant l’élection, contre 60,2 % après. En 2020, dans les villes de plus de 30 000 habitants, les scores de la gauche au premier tour se stabilisent par rapport à 2014, mais ceux du PS continuent de décliner : 36 % en 2008, 25,4 % en 2014 et 16,5 % en 2020. Le PS conserve ses principales zones de force au second tour, mais il le doit essentiellement à un renforcement de son alliance avec les écologistes auxquels il concède de plus en plus de place dans les accords.

Une gauche divisée

Le PS aborde les élections municipales de 2026 après avoir refusé de censurer le gouvernement Lecornu – contrairement aux autres partis de gauche. Il a acté les désaccords stratégiques au sein de son camp, espérant cultiver l’image d’un parti « responsable ». L’importance prise dans le débat public par ces désaccords et les tensions afférentes sont de nature à se répliquer sur le jeu municipal.

Cela vaut d’autant plus que, contrairement aux derniers scrutins, LFI investit l’élection en présentant des candidats dans de nombreuses villes. Le mouvement mène campagne sur la « rupture », y compris avec les édiles socialistes. Ceux-ci rejettent majoritairement, en retour, toute idée d’alliance avec LFI. La proximité de l’échéance présidentielle, en 2027, ne peut qu’attiser cette rivalité.

Dans les villes gérées par les socialistes, cette situation pourrait accentuer la politisation de l’élection et cliver l’électorat de gauche. Cela devrait en particulier s’observer dans les villes de petites couronnes métropolitaines et dans les grandes villes. LFI y obtient ses meilleurs scores et peut espérer puiser dans le réservoir électoral socialiste. Le PS pourrait perdre à cette occasion certaines des grandes villes qu’il dirige – comme Lille, Paris ou Rennes – où des listes insoumises pourraient se maintenir au second tour. Outre les municipalités, c’est également la présidence de certaines de ses métropoles que le PS pourrait être contraint d’abandonner.

La capacité du PS à nouer des alliances, avec les écologistes en premier lieu, sera donc décisive. En retour, le parti pourrait être contraint de concéder plus de places encore à ces alliés.

2026 : une tension entre nationalisation et dépolitisation ?

Les politistes Jean-Yves Dormagen et Stéphane Fournier accréditent la thèse d’une politisation du scrutin municipal dans les grandes villes. Ils font l’hypothèse d’une « polarisation “écologico-identitaire” ». Elle serait appuyée par les politiques progressistes et écologiques des municipalités de gauche et par le « backlash culturel anti-écologiste et sécuritaire » qu’oppose la droite. Elle se manifesterait par la critique des rénovations urbaines destinées à adapter davantage les villes au changement climatique et par des attitudes conservatrices et identitaires. Certes, les grandes villes, où les jeunes et les diplômés favorables à la gauche sont très présents, sont portées à gauche. Mais, la politisation de ces thématiques pourrait mobiliser l’électorat de droite – pour qui elle s’articule à un sentiment décliniste.

Elle pourrait également cliver l’électorat de gauche. La réaction face au changement climatique suscite par exemple certains désaccords, comme sur les zones à faibles émissions (ZFE) que LFI propose de suspendre pour ne pas faire porter aux classes populaires le poids des politiques environnementales. Il en va de même des modalités de lutte contre les discriminations, dont LFI a fait l’un de ses thèmes de campagne. L’électorat de gauche pourrait ainsi se diviser sur ces thèmes, en particulier entre les offres politiques du PS, des écologistes et de LFI.

L’enjeu est donc sans doute moins de savoir si les grandes villes continueront de voter à gauche que de savoir si les socialistes seront en mesure d’en bénéficier. De même, dans les villes qu’il ne dirige pas, rien n’indique que le PS puisse tirer un profit mécanique de cette politisation : soit parce que, comme à Lyon ou à Caen, les écologistes semblent mieux placés pour le faire ; soit parce que, comme à Toulouse, la droite a investi la question de l’adaptation des villes au changement climatique. C’est d’autant plus vrai que, dans l’opposition, le PS peine à fidéliser des électeurs. En témoigne le fait que les villes de plus de 100 000 habitants perdues en 2014 au profit de l’UMP n’ont pas, depuis, été reconquises.

Si le scrutin venait à être nationalisé dans les grandes villes, il pourrait contrevenir à la trajectoire des municipalités socialistes. Celles-ci se sont épanouies autour d’un brouillage politique produit par la technicisation et la dépolitisation du discours municipal. Si les élus socialistes nationaux peuvent espérer tirer profit de leur attitude à l’égard du gouvernement, les élus locaux sont peu impliqués dans la vie politique nationale. Pour minimiser l’empreinte du débat national, ils pourraient être incités à prolonger ces attitudes passées : valoriser leur enracinement local et mettre à distance leur affiliation partisane.

Pour autant, la question du leadership à gauche restant ouverte et l’élection présidentielle de 2027 se profilant, les résultats des grandes villes feront inévitablement l’objet d’une extrapolation nationale. Quoi qu’il en soit, les répercussions de la vie politique nationale sur les élections municipales risquent de prolonger encore la marginalisation des enjeux locaux observée lors des scrutins précédents.

The Conversation

Pierre-Nicolas Baudot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Municipales 2026 : le Parti socialiste peut-il tenir bon ? – https://theconversation.com/municipales-2026-le-parti-socialiste-peut-il-tenir-bon-274889

Le « rôle prophétique » de l’Église catholique face à la crise en RDC : fake news, polarisation et controverses

Source: The Conversation – in French – By Annélie Delescluse, Socio-anthropologue, FNRS/Université de Liège, Université de Liège

Monseigneur Fulgence Muteba (au centre, en soutane blanche) lors d’une visite au monastère du Carmel de l’Épiphanie, Lubumbashi, le 18 janvier 2025.
Compte Facebook de l’Archidiocèse de Lubumbashi

Le 24 décembre 2025, lors de la messe de minuit, l’archevêque de Lubumbashi (le chef-lieu de la province du Haut-Katanga, au sud-est de la République démocratique du Congo) a prononcé une homélie à teneur très politique, comprenant des reproches véhéments à l’encontre du gouvernement de Kinshasa. Peu après, une fake news annonçant sa suspension s’est propagée sur les réseaux sociaux. Cet épisode en dit long à la fois sur le clivage Est-Ouest dans le pays, sur les tensions entre le gouvernement et l’Église catholique, et sur l’impact que les réseaux sociaux ont aujourd’hui sur la société congolaise.


Cet article a été co-écrit avec Marcel Ngandu Mutombo. Professeur d’histoire à l’Université de Lubumbashi, ses travaux portent principalement sur la vie sociale, les mouvements sociaux et les relations intercommunautaires au Katanga, thématiques auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages.

En République démocratique du Congo, les relations entre l’Église et la politique ont été de longue date marquées par une tension permanente entre collaboration et confrontation, de la période coloniale où l’Église accompagnait l’État, au régime autoritaire de Mobutu Sese Seko où elle est devenue une voix critique, jusqu’aux crises récentes sous Joseph Kabila, où elle s’est imposée comme médiatrice et autorité morale influente dans le débat démocratique. Aujourd’hui, les Églises catholiques et protestantes proposent une initiative controversée qui permettrait de mettre fin à la guerre qui déchire le pays depuis plus de trente ans tout en refondant le lien social et politique en RDC.

Le 13 janvier 2026, un post intitulé « Séisme au sein de l’Église catholique (RDC) » circule sur les réseaux sociaux congolais. Le message annonce la suspension de Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence nationale épiscopale du Congo (CENCO), une institution religieuse qui joue un rôle crucial en RDC comme autorité morale et spirituelle, mais aussi comme médiatrice lors des crises politiques.

Le lendemain, l’archidiocèse de Lubumbashi publie un communiqué dénonçant cette fausse information, appelant les fidèles à pardonner aux « frères égarés qui ne comprendraient pas le fonctionnement de l’Église catholique, ni ses structures institutionnelles » alors que « le pays s’efforce de trouver des voies de sortie de crise ».

Rappelons que les récents accords signés à Doha en novembre 2025 et à Washington en décembre de la même année n’ont réussi ni à faire taire les armes ni à mettre un terme à l’occupation des villes de Goma et de Bukavu par la rébellion (coalition entre l’AFC/M23 et l’armée rwandaise).

Or cette fake news survient moins d’un mois après une polémique suscitée par l’homélie prononcée par l’archevêque métropolitain lors de la messe de la nuit de Noël dans la cathédrale de Lubumbashi. Elle est à relier de façon plus globale aux différentes controverses autour du « Pacte social pour la paix et le bien vivre ensemble » mis en place par la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC). Comment ce pacte est-il perçu par les membres du clergé et par les fidèles catholiques ? Et que révèlent ces polémiques sur l’institution et sur la bataille de l’information qui se déroule au sein dans la société congolaise ?

La messe de Noël

Dans son homélie du 24 décembre, Mgr Muteba peint un tableau sombre de l’état du pays, en proie au pillage de ses ressources. Il cite ces propos du Pape François, tenus en 2023 : « Retirez vos mains de la République démocratique du Congo ! Retirez vos mains de l’Afrique ! Arrêtez d’étouffer l’Afrique, ce n’est pas une mine à dépouiller ou un terrain à piller ! »

Enfin, il interpelle les fidèles sur les accords signés entre Kinshasa et les États-Unis, leur demandant s’ils savent que ces derniers ont été signés pour une durée de 99 ans :

« Il est inimaginable de gager ou de brader les minerais de toute une nation pour sauver un régime ou un système politique. De toute évidence, cela revient à sacrifier le développement de la population et à confisquer le bonheur des générations à venir. »

À la fin de l’homélie, quelques applaudissements se font entendre, mais l’atmosphère s’est alourdie. Le lendemain, les réactions des fidèles sont mitigées. Sur WhatsApp, les critiques fusent : « C’est pas une homélie de Noël ça » ; « Déjà, la cathédrale n’était pas pleine » ; « Les gens ne le supportent plus » ; « Hier, il n’était pas du tout dans la célébration… à part sa haine ».

Interrogés sur le parvis de l’église, d’autres voix défendent l’archevêque, qui aurait eu le courage de dire la vérité. Pour Kevin (33 ans, servant de messe), ceux qui critiquent l’archevêque sont des fanatiques du parti présidentiel (affiliés ou sympathisants de l’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UDPS). Il dénonce la mauvaise gestion du pays – une critique du régime qui prend une coloration particulière dans l’ex-province du Katanga, fief des principaux opposants au régime.

De plus, l’homélie survient dans un contexte de fortes tensions dans la ville minière de Kolwezi (manifestations, affrontements violents, morts) suite à une décision administrative limitant l’accès des mineurs artisanaux aux marchés de traitement et de vente. Parallèlement à ce climat d’insécurité sociale, des accusations, soupçons et procédures judiciaires qui portent sur des enrichissements illicites dans les carrés miniers de la région pèsent sur des proches du président Félix Tshisekedi.

Deux jours après l’homélie, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya parle de « contre-vérités » au sujet de la durée du contrat signé et verse lui aussi dans le registre spirituel en citant le verset biblique d’Éphésiens 4 :25 : « Renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain. »

Mgr Muteba représente une génération d’évêques congolais hautement formés, combinant rigueur académique en théologie morale et engagement pastoral dans la sphère publique, dans la continuité de la tradition d’intervention sociale de l’Église catholique en RDC. Depuis qu’il est archevêque de Lubumbashi, il influence fortement l’espace politique local en dénonçant la gestion des ressources minières et la pauvreté du peuple katangais, malgré la richesse de son sous-sol.

Interviewé en juillet 2025, il relie directement une tentative d’enlèvement de la garde républicaine dont il a été victime en 2023 à l’initiative de réconciliation qu’il avait initiée en 2022 entre Moïse Katumbi et Joseph Kabila, les deux poids lourds politiques de la région.

Devant la cathédrale de Lubumbashi, le 24 décembre 2025.
A. Delescluse, Fourni par l’auteur

Dans un contexte de migrations internes et de tensions communautaires, l’Église locale avait fait du « vivre ensemble » un axe pastoral central (le thème de l’année liturgique 2021-2022) en organisant un Forum sur la réconciliation entre les Katangais et un Colloque sur le vivre ensemble. Pour les Lushois (habitants de Lubumbashi) interrogés, la première initiative était la bienvenue afin de réconcilier les Katangais fragilisés par le redécoupage territorial et la fin de l’unité administrative du Katanga.

L’ascendance morale de l’Église sur la société congolaise lui donnerait la légitimité de traiter des affaires publiques : c’est le « rôle prophétique » de l’Église catholique, une expression régulièrement utilisée par les fidèles.

Le Pacte social

Cette orientation dite prophétique s’est prolongée à l’échelle nationale et régionale avec le lancement, début 2025, du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs, porté conjointement par les Églises catholique et protestante, dans un contexte de recrudescence du conflit en Ituri et dans les Kivus.

Cette initiative propose un dialogue inclusif avec la rébellion armée, les forces politiques et celles issues de la société civile pour trouver une sortie de crise et réformer l’État congolais. Mais en dépit de sa bonne réception à l’international (ONG internationales de paix et de médiation, chancelleries occidentales et milieux diplomatiques) et de l’espoir qu’elle a suscité au sein de la société civile congolaise, notamment dans les Kivus, elle ne fait pas forcément l’unanimité.

Ces divergences ne sont pas perceptibles au niveau du clergé local de Lubumbashi. Les prêtres et religieuses interrogés disent avoir été informés en amont, avoir prié pour sa bonne réalisation et ne pas être surpris des consultations menées à Goma ou à Kigali. L’argument est pragmatique : le pays étant acculé militairement, il n’y aurait pas d’autre solution que d’ouvrir des canaux de négociation pour arrêter l’effusion de sang. Cette position coïncide avec celles d’une partie de l’opinion internationale et de plusieurs figures de l’opposition.

Au niveau de la société civile, la première critique est liée à l’ingérence politique. Des voix questionnent l’efficacité de l’initiative et soupçonnent les évêques d’avoir un agenda politique caché. Des désaccords s’expriment sur le financement du Pacte social et sur les voyages de ses membres. Certains minimisent les soutiens extérieurs et insistent sur l’esprit du projet, tandis que d’autres rappellent que l’origine des appuis (y compris rwandais) est devenue un point de contestation majeur.

La lecture de la guerre est elle-même polarisée : des enquêtés relativisent les violences des rebelles en opposant leurs pratiques à celles des milices alliées aux Forces armées de la République démocratique du Congo, voire décrivent l’occupation comme productrice d’« ordre ». À l’inverse, d’autres jugent la démarche du Pacte social incompréhensible si elle passe par Kigali : ils y voient une normalisation de l’agresseur présumé et une contradiction avec les appels pontificaux à « ôter les mains du Congo ».

Si à l’époque de Kabila, les évêques engagés dans la contestation et la médiation étaient qualifiés d’« extrémistes » ou d’« opposants », l’Église ayant joué un rôle majeur dans la mobilisation pour lui faire quitter le pouvoir en 2018, un pas a été encore franchi : sous Tshisekedi, ces derniers sont qualifiés de « traîtres », de « rebelles » et même de « diables en soutane » tandis que des images circulent sur les réseaux sociaux pour nourrir la polémique (poignée de main entre Mgr Muteba et Paul Kagame, sourire et bénédiction de Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) devenu leader du mouvement rebelle AFC/M23).

Une des explications avancées par les sympathisants du pouvoir de Kinshasa aux critiques formulées à leur encontre par les hommes d’église est la décision, prise en 2019, de rendre l’enseignement primaire gratuit, ce qui aurait provoqué une perte financière pour l’Église catholique. Une autre est le tribalisme. Serge (42 ans, avocat) a quitté l’Église lorsque l’initiative du Pacte Social a été présentée aux fidèles :

« L’archevêque est dans une posture d’un homme politique, il est plus politique que religieux. Il est membre de l’opposition radicale contre le pouvoir en place. Le mal est dans l’Église. »

Pour ce dernier, l’opinion de l’archevêque est façonnée par la haine tribale et non portée par des raisons objectives vis-à-vis de l’appareil d’État congolais. Il fait ici référence à la tension entre Katangais et Kasaïens qui se trouve réactivée par l’élection d’un président kasaïen en 2018 et par l’arrivée massive des migrants kasaïens dans les 4 provinces de l’ex-Katanga.

Comme une bonne partie de la classe politique affiliée à l’UDPS, ce témoin qualifie les Katangais de traîtres acquis au gouvernement rwandais. Deux prêtres congolais interrogés en France soupçonnent certains évêques d’avoir été corrompus par les membres de la rébellion politico-militaire. Pour d’autres, la raison du soutien plus ou moins avoué de membres de la CENCO à la rébellion n’est pas économique mais plutôt morale ou idéologique. Benoît (68 ans, professeur) estime ainsi que « le Rwanda domine psychologiquement beaucoup de personnes parmi les élites congolaises ».

Ceux qui ne sont pas corrompus « pêcheraient » par naïveté et par soif du pouvoir, plusieurs d’entre eux avouant aimer la politique ou avoir hésité entre la vocation religieuse et une carrière politique ou militaire. Un autre fidèle laisse entendre que dans le contexte de redécoupage territorial et de perte de l’unité administrative et de l’identité katangaise, Mgr Muteba cherche à devenir le leader qu’ont pu incarner autrefois Gabriel Kyungu wa Kumwanza (mort en 2021) ou Moïse Katumbi, aujourd’hui en exil.

Une tension palpable

Que retenir de ces polémiques ? Sur le continent africain, l’Église catholique a souvent joué un rôle de médiation clé en période de stabilisation ou de guerre, de crise post-électorale ou encore lors des tensions post-apartheid en Afrique du Sud. Dans différents contextes, les initiatives du clerge étaient souvent ciblées et acceptées par les parties, voire mandatées par le gouvernement. En RDC, la crise est politique, sociale et institutionnelle, donc plus diffuse – et l’ambition du Pacte ECC-CENCO est très large, ce qui fait à la fois sa force et sa principale fragilité.

Ces controverses révèlent toutefois deux dynamiques majeures. D’un côté, une polarisation de l’opinion publique entre deux camps supposés : les pro-régime qui se qualifient de patriotes, et ceux soupçonnés d’être pro-M23-Rwanda. À Lubumbashi, ce clivage s’observe parmi les fidèles catholiques et revêt une coloration ethnico-régionale entre Kasaiens et Katangais. De l’autre, la désinformation comme arme politique.

En RDC comme ailleurs, la guerre n’est pas seulement militaire ; elle est aussi informationnelle, et les réseaux sociaux sont devenus le principal champ de bataille politique. L’absence de contrôle des énoncés diffusés sur WhatsApp pose, à cet égard, une question centrale, les agences de fact-checking congolaises se concentrant davantage sur les contenus diffusés sur TikTok et Instagram.

The Conversation

Annélie Delescluse ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le « rôle prophétique » de l’Église catholique face à la crise en RDC : fake news, polarisation et controverses – https://theconversation.com/le-role-prophetique-de-leglise-catholique-face-a-la-crise-en-rdc-fake-news-polarisation-et-controverses-276455

D’un signal de qualité à une contrainte compétitive : le système des AOC fonctionne-t-il encore ?

Source: The Conversation – in French – By Jean-Marie Cardebat, Professeur d’économie à l’Université de Bordeaux et Professeur affilié à l’INSEEC Grande Ecole, Université de Bordeaux

Quarante millions d’euros ont été débloqués par l’Union européenne pour aider la filière vinicole. Au-delà des enjeux financiers, le secteur souffre aussi des blocages inhérents au système des AOC. Longtemps protectrice, les appellations d’origine contrôlée étaient une garantie de qualité. Elles deviennent une entrave à l’adaptation, alors que le marché s’est mondialisé et le climat déréglé.


Entre des fêtes de fin d’année marquées par les barrages routiers des agriculteurs, le salon Wine Paris et maintenant celui de l’agriculture, la France vit depuis deux mois au rythme de son secteur agricole. Jadis dominant et grand pourvoyeur de devises, ce secteur s’étiole depuis plusieurs années. Si les accords commerciaux cristallisent aujourd’hui les débats sur les difficultés des agriculteurs, ils ne peuvent expliquer ce déclin à eux seuls. Les oppositions radicales sur le Mercosur, aujourd’hui, et, demain, sur l’accord de libre-échange avec l’Inde, pourraient au contraire nous éloigner d’une nécessaire remise en question interne.

Parmi les causes structurelles du déclin du secteur agricole, il en est une qui s’apparente pourtant à une force historique : les appellations d’origine contrôlées (AOC). Loin du bruit médiatique, la critique du système des AOC devient une litanie persistante dans le secteur agricole. Le vin mérite un examen particulier, car c’est dans cette filière qu’a été créé ce système d’appellations d’origine contrôlée dans les années 1930. Aujourd’hui, la filière possède le plus grand nombre d’AOC dans notre pays. L’image d’une AOC perçue comme un signal de qualité vecteur de vente glisse insidieusement vers celle d’un système sclérosé imposant des contraintes empêchant les viticulteurs de s’adapter aux changements nécessaires de l’époque.




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AOC viticoles : quand le terroir crée de la valeur


Trois défis à relever

Or ces changements représentent des défis majeurs : l’adaptation au changement climatique, l’évolution des attentes des consommateurs ou encore la dilution du signal qualité face à la multiplication d’AOC inconnues du grand public. Sur ces trois points, la filière et les pouvoirs publics (l’Institut national de l’origine et de la qualité, INAO) doivent rapidement créer les conditions de l’adaptation. Le sujet est sur la table mais les freins au changement sont puissants malgré la crise actuelle que traverse la filière.

Historiquement, l’AOC protège contre la contrefaçon et évite la tromperie consistant à vendre du vin provenant d’une autre région, moins chère. L’AOC s’est donc imposée comme un signal de qualité. En garantissant une origine, l’AOC défend aussi un goût, un particularisme lié au terroir. On parle alors de typicité du vin. Les vins jugés non typiques d’une appellation, par un comité de dégustation local composé de professionnels, ne peuvent pas recevoir le droit de vendre sous l’appellation.

Un cahier des charges très précis

Au-delà même du goût et des aspects organoleptiques, il faut respecter un cahier des charges extrêmement précis sur le plan viticole. Les cépages autorisés, l’espacement des pieds de vigne, leur taille, le droit à irriguer, les types de vins (couleur, vins effervescents), le rendement maximum autorisé, etc., sont dictés par l’AOC qui est gouvernée par les professionnels eux-mêmes sous l’égide de l’INAO. Les règles sont nombreuses, strictes et largement figées. C’est là que le bât blesse. Le vigneron qui veut évoluer et s’adapter aux défis actuels peut être contraint de sortir de l’AOC.

De plus en plus le font et vendent leurs bouteilles en « Vin de France ». Ainsi, l’emblématique Château Lafleur s’est retiré en août 2025 de l’AOC Pomerol, l’une des plus prestigieuses du monde, plongeant la filière vin dans la stupeur. La justification venait de la volonté d’irriguer les vignes face au réchauffement climatique et aux épisodes récurrents de sécheresse.

On comprend que l’arbitrage des vignerons entre les gains et les coûts de l’AOC évolue rapidement au détriment des appellations. Plusieurs études académiques publiées récemment nous permettent de comprendre pourquoi. D’un côté, les gains s’amenuisent. Un article récent montre que trop d’AOC morcelées dissolvent le signal de qualité.

Limites cognitives

Le consommateur ne peut pas mémoriser un ensemble d’information aussi conséquent. Il existerait ainsi un nombre et une taille d’AOC optimaux. Rappelons qu’il existe plus de 2 200 AOC dans le monde et plus de 350 en France. Dans la même veine, une autre étude démontre que le consommateur opère des regroupements sémantiques : des AOC avec des noms proches lui apparaissent équivalentes. Le consommateur pratique donc, quand cela est possible, un tri. Au fond, il resterait sensible à l’origine mais à des échelles plus macroscopiques (pays, région), limitant ainsi son encombrement cognitif. Ces études indiquent finalement que le signal qualité se dissout avec la progression du nombre d’AOC.

De nouveaux signaux de qualité

Autre facteur d’amenuisement du gain de l’AOC, le signal de qualité qu’il envoie est aujourd’hui concurrencé par d’autres signaux qui apparaissent plus clairs et plus lisibles aux yeux du consommateur. Il s’agit, d’une part, de la note donnée par d’autres consommateurs sur des applications dédiés (type Vivino) ou de celles donnée par les experts. L’information se trouve très facilement sur Internet.

Et il s’agit, d’autre part, de la marque. La concurrence des nouveaux pays producteurs de vins a vu émerger des marques fortes, reconnues par les consommateurs et agissant comme un signal de qualité. On parle de confiance dans la marque. Souvent ces marques mettent en avant des cépages qui sont peu nombreux et facilement assimilables à un goût pour le consommateur. Entre, notes, marques et même cépages, l’AOC n’est donc plus qu’un signal parmi d’autres. Et, qui plus est, un signal qui parle de moins en moins à un consommateur mondialisé n’ayant strictement aucune connaissance des subtilités des AOC.

Baisse de la productivité et de la rentabilité

Si les gains de l’AOC s’estompent, les coûts, en revanche, augmentent très sensiblement. Ils sont de deux natures. L’inertie du cahier des charges des AOC empêche une adaptation rapide au changement climatique. Or celui-ci pèse sur les rendements viticoles depuis 2019. Les évènements extrêmes sont en cause (pluie diluvienne, grêle, gel tardif, sécheresse). Il existe des moyens de s’en prémunir et la recherche avance dans ce domaine, mais l’adoption de ces innovations semble plus lente que l’innovation elle-même finalement. En attendant, la productivité se réduit et la rentabilité des exploitations baisse.

Arte, 2025.

L’inertie des cahiers des charges des AOC pèse aussi sur l’adaptation aux attentes des consommateurs. Celles-ci se portent vers les vins plus légers, le blanc, les pétillants, le sans alcool. Il est parfois impossible de produire de tels vins dans le cadre des AOC. Certaines AOC s’empêchent de surfer sur les tendances du marché au nom de la tradition et de la typicité. Cela peut s’entendre car le vin est dépositaire d’une culture et d’un savoir-faire traditionnel. Néanmoins, certaines AOC du Sud-Ouest combinent la tradition avec une évolutivité forte des règles de production, non sans un certain succès, ce qui porte à réflexion.

Un début de réflexion

Or cette réflexion débute enfin. Un débat sur la simplification des AOC s’est engagé depuis janvier 2026 dans la filière. Il sera intéressant de voir jusqu’où les professionnels sont eux-mêmes prêts à s’engager. Sont-ils prêts à réduire drastiquement le nombre d’AOC, par exemple, pour redonner de la visibilité aux consommateurs ? Car, au-delà de la simplification, il est également urgent de réfléchir à la valorisation de l’origine sur des échelles géographiques plus larges. Il est aussi important d’élargir le cahier des charges aux dimensions environnementale et œnotouristique. Il est urgent, enfin, de poser une stratégie nationale pour promouvoir le vin de France à l’export, ce que font les italiens par exemple, dans une approche macroscopique de l’appellation.

En bref, il faudra être innovant, certainement, et sans doute disruptif. Car l’innovation est aujourd’hui l’apanage des « vins de France ». Cette catégorie qui montre un dynamisme impressionnant dans un contexte de crise devrait faire réfléchir la filière comme les pouvoirs publics lors des débats qui viennent de s’ouvrir sur la simplification des AOC.

The Conversation

Président de la European Association of Wine Economists

ref. D’un signal de qualité à une contrainte compétitive : le système des AOC fonctionne-t-il encore ? – https://theconversation.com/dun-signal-de-qualite-a-une-contrainte-competitive-le-systeme-des-aoc-fonctionne-t-il-encore-276817

How natural hydrogen, hiding deep in the Earth, could serve as a new energy source

Source: The Conversation – USA (2) – By Promise Longe, Ph.D. Candidate in Chemical and Petroleum Engineering, University of Kansas

A drilling site in northeastern France is part of an effort to measure and collect natural hydrogen. Jean-Christophe Verhaegen/AFP via Getty Images

In the search for more, new and cleaner sources of energy, a largely untapped resource is emerging: natural hydrogen.

Unlike hydrogen produced from industrial processes, natural hydrogen forms through geological reactions that occur normally within the Earth’s crust, meaning it costs nothing to make – though it costs some amount to extract – and does not emit any carbon dioxide or other human‑caused pollutants.

Today, hydrogen is used mainly in oil refining, production of ammonia for fertilizer and to make methanol, which can be a fuel and an ingredient in plastics. Emerging technologies are making hydrogen a viable fuel for cars, planes, ships and factories. Hydrogen demand around the world is projected to grow from around 90 million metric tons in 2022 to more than 500 million metric tons by 2050. Some of that supply could come from nature itself, as well.

To describe each source of hydrogen, energy researchers like me, and the energy industry as a whole, use a range of colors. In general, “gray” and “blue” hydrogen are made by burning fossil fuels, with blue hydrogen incorporating technology that captures the carbon dioxide produced in the process to reduce emissions. “Green” hydrogen comes from renewable‑energy‑powered electrolysis, using electricity to split water into hydrogen and oxygen. “White” or “gold” hydrogen occurs naturally underground and can be extracted directly with minimal processing.

How natural hydrogen forms

Natural hydrogen originates from several geological processes. The most well‑studied mechanism is serpentinization, a reaction where water interacts with iron‑rich rocks known as ultramafics, releasing hydrogen gas.

Serpentinization occurs in diverse settings around the world, including ocean ridges and continental formations such as the Midcontinent Rift in North America, a band of mostly igneous rocks with some sedimentary rocks mixed in, which extends from Minnesota through the Lake Superior region and southward toward Kansas.

Another process, thermogenic hydrogen formation, occurs in deep sedimentary basins when organic material decomposes under high temperatures, roughly 480 to 930 degrees Fahrenheit (250 to 500 degrees Celsius). These reactions can also produce hydrogen alongside other gases, such as methane or nitrogen.

Because these processes happen over millions of years, using natural hydrogen generally requires far less energy than human‑made methods such as electrolysis, which consumes roughly 50 kilowatt-hours of electricity per kilogram of hydrogen produced – enough to power an average home for a day or two, and more than the energy that kilogram of hydrogen can provide. Natural hydrogen is already made – it just has to be collected.

The science and the search

Researchers and exploration companies are developing methods similar to those used in oil and gas exploration to locate potential hydrogen accumulations. They are looking at three types of geological formations:

  1. Focused seepage, where hydrogen seeps naturally through cracks and faults. It tends to reach the surface and disperse quickly, making large-scale capture difficult.

  2. Coal beds, where hydrogen binds to coal layers, offer higher potential density but pose difficulties for extraction. The hydrogen must first be separated from the coal and then flow through tight rock layers to the extraction point.

  3. Reservoir‑trap‑seal systems, comparable to the rock formations that trap natural gas underground, are considered the most promising for commercial production because they can concentrate large volumes of hydrogen in well‑defined, drillable structures. However, they remain largely unproven in practice: The basic idea is well established, and geologists have a good sense of where those formations might occur, but they still lack detailed data on how much hydrogen these formations actually contain and how easy it would be to extract.

A large drill rig sits on open ground.
A drill site in eastern Kansas is one of several places companies are looking for natural hydrogen.
HyTerra

Massive reserves – somewhere

The U.S. Geological Survey estimates there could be more than 5 trillion metric tons of geological hydrogen underground around the world. But only a small fraction of that is estimated to be recoverable, both technically and in terms of reasonable costs.

However, even 2% of that total would be more than all proven natural gas reserves on the planetand enough to meet projected demand for the next 200 years, even accounting for increased consumption.

All of that reserve has built up over billions of years. The Earth naturally produces between 15 million and 31 million metric tons of natural hydrogen each year – less than 1% of the amount expected to be needed each year by 2050. But only a fraction of that is likely to be efficiently captured.

So geologic hydrogen is likely best viewed as a very large but ultimately finite source of low‑carbon energy that can substantially complement, but not replace, other energy sources, including various methods of producing hydrogen.

Global hot spots

Currently, only one hydrogen field, at Mali’s Bourakébougou village, produces natural hydrogen commercially, supplying tens of tons of hydrogen per year to power the village.

However, the number of companies exploring for natural hydrogen has increased rapidly, from roughly 10 in 2020 to about 40 by the end of 2023, according to Rystad Energy and related government and research‑lab reports.

Apart from that one field in Mali, exploration is concentrated in the United States, Australia, Canada and several European countries.

In the U.S., HyTerra’s Nemaha Project in Kansas has confirmed subsurface hydrogen concentrations reaching more than 90% hydrogen and 3% helium. The higher the concentration of hydrogen, the more efficient and cost‑effective it is to recover. HyTerra is also exploring elsewhere in the Midwest and Rocky Mountain regions.

A close-up image of a rock that is mottled in shades of green and gray.
The geologic process of forming serpentinite can produce hydrogen.
James St. John via Flickr, CC BY

Technical barriers

Transforming geological hydrogen into a commercial energy source presents tough scientific and technical challenges. Detecting and measuring hydrogen underground is difficult because of its small molecular size and reactivity with other elements in the rocks.

And if what’s found is low concentrations of hydrogen mixed with large amounts of other gases, it can be costly, even prohibitively so, to separate and purify the hydrogen before it can be used.

Economics and efficiency

The economic promise of natural hydrogen lies in its simplicity.

Because geological processes already performed the production work, early estimates suggest that extraction costs could be one‑tenth the production costs for other traditional hydrogen generation techniques – or possibly even less than that.

But those figures are based on the small amounts of hydrogen found so far and may not represent future large‑scale performance. Producing enough to serve commercial demand will require discovering large, high-quality accumulations.

As one leading research group noted, “This is not a gold rush.” It’s a careful exploration for scientific evidence that could lead, in time, to an abundant, carbon‑free and continuous energy source that complements other renewable energy sources.

The Conversation

Promise Longe does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How natural hydrogen, hiding deep in the Earth, could serve as a new energy source – https://theconversation.com/how-natural-hydrogen-hiding-deep-in-the-earth-could-serve-as-a-new-energy-source-273174

How to prevent elections from being stolen − lessons from around the world for the US

Source: The Conversation – USA – By Shelley Inglis, Senior Visiting Scholar with the Center for the Study of Genocide and Human Rights, Rutgers University

Research has found that voter fraud is rare in the United States. AP Photo/Bryon Houlgrave

President Donald Trump in his State of the Union address on Feb. 24, 2026, doubled down on his false claims that the U.S. elections system is compromised. He asserted that “the cheating is rampant in our elections. It’s rampant.”

These pronouncements follow the January 2026 FBI seizure of 2020 ballots from Fulton County, Georgia, and the president’s recent call for the Republican Party to nationalize elections. The Trump administration is also suing 24 states and Washington, D.C., for voter lists to monitor voter registrations.

In his speech, Trump asked Republicans to pass the SAVE America Act. Approved by the House on Feb. 11, 2026, the measure would require that voters provide documentary proof of U.S. citizenship, effectively ending all online voter registration. “They want to cheat. They have cheated,” he said of Democrats.

These calls spread distrust in the U.S. electoral process, despite extensive evidence showing that voter fraud is rare, especially by noncitizens.

All this has led to speculation about how much further the Trump administration and Republican Party might go to tilt the 2026 midterm and 2028 presidential elections in their favor.

After decades of working internationally on democracy and peace-building, I know that efforts to undermine elections are not uncommon. Citizens of many affected countries have learned various techniques to help protect the integrity of their elections and democracy that may be helpful to Americans today.

International electoral assistance

Leaders, even in established democracies such as India, have used increasingly sophisticated and wide-ranging means to manipulate elections in their favor. Those means vary from legal changes that suppress votes to harassment and prosecution of the opposition, to promoting widespread disinformation campaigns.

These methods have evolved despite international efforts to counter rigged elections and improve election integrity. These countering efforts are called electoral assistance, and they support societies to develop electoral systems that reflect the will of the people and adhere to democratic principles.

Electoral assistance has been shown to strengthen transparency and election administration in countries such as Armenia and Mexico. It has also improved voter registration and education in countries such as Ghana and Colombia.

It’s mostly provided by international nonprofits, such as the National Democratic Institute and The Carter Center in the U.S. Multilateral organizations such as the United Nations also provide electoral assistance.

a group of men and women in formal wear stand around a podium that says ‘only americans should vote in american elections’
House Majority Leader Steve Scalise, R-La., speaks to reporters about the SAVE America Act alongside Republican leadership and supporters on Capitol Hill in Washington, D.C., on Feb. 11, 2026.
AP Photo/Tom Brenner

Five international responses to electoral manipulation

Here are five areas of electoral assistance that have shown some success internationally.

Early warning and community resilience: Early warning efforts track threats of violence and intimidation against election officials, candidates and voters. They seek to mitigate risks and prepare for crises. This happens from the early stages of an election through election day in countries such as Sri Lanka and Liberia.

Law enforcement, civic groups and election officials usually undertake these efforts together. But where such direct cooperation with government authorities is not feasible, civic groups can help by undertaking risk assessments and tracking coercion and threats. They can also raise alarms with officials and the media.

Indicators, or established metrics, can track sophisticated coercion tactics such as the misuse of government funds for campaign purposes. They also can track vote buying, like civic groups in North Macedonia did during 2024 parliamentary and 2025 local elections.

For these efforts to be successful, it’s critical that networks of trusted leaders urge early action to put in place greater safeguards long before election day. Raising alarms and urging action was done successfully by religious leaders in Kenya during general elections in 2022.

Real-time disinformation and local media reaction: Real-time fact-checking and debunking of false or manipulative information has proven critical to election integrity in countries such as Mexico and South Africa.

A highly organized and fast-moving approach involving media, technology companies and authorities successfully countered disinformation to ensure a competitive democratic election in Brazil in 2022. A coalition of Brazilian media outlets, for example, fact-checked political claims and viral rumors during the election period, using innovative tools such as online apps.

Robust local media play a particularly important role. In the 2024 presidential election of Maia Sandu in Moldova, a new investigative newspaper uncovered a Russia-backed network that paid people to attend anti-Sandu rallies and to vote against the president. That outlet had received training by an expert nonprofit group. It also received free legal advice and human resource management that were critical to its effectiveness.

Neutrality, transparency and systems reform: Amid efforts to sow doubt in elections, increasing transparency and ethical standards can help build awareness and deepen trust.

Various tools, such as codes of conduct that detail ethical standards, can be formulated for candidates, media and businesses. This has been done in Nigeria and the Philippines.

International groups, including the the International Foundation for Electoral Systems, published model commitments for advancing genuine and credible elections in 2024, which have been used for preelection assessments in Bangladesh.

Additionally, major technology companies such as Google and Meta in 2024 helped draft the international Voluntary Election Guidelines for Technology Companies. Meta also helped target false content and deepfakes during Australia’s 2025 election.

The neutrality of election officials is critical to tackle distrust. In New Zealand, high levels of public trust in elections align with robust neutrality rules for public officials. The key is to develop public awareness of such commitments and how they can be useful to hold election officials, media and businesses accountable.

More profoundly, the design of the electoral system can also be linked to levels of public trust and polarization. New Zealand, South Africa and Northern Ireland, for example, reformed from winner-take-all elections to proportional representation elections to address deep internal divisions and dissatisfaction with unrepresentative results.

Broad-based mobilization and civic campaigns: Significant voter turnout that delivers large winning margins make efforts to manipulate results more difficult.

In Zambia, for example, a landslide victory for the opposition candidate in the 2021 presidential elections was driven by high youth turnout and people switching parties in urban areas.

Mobilization efforts can span from public campaigns to digital tools and voter registration and education. These efforts can motivate key groups, such as youth, minority or overseas voters. Participation of diaspora groups in Poland’s 2023 parliamentary elections was a key factor in the opposition’s win.

Proactively building public awareness of election security measures, called prebunking campaigns, has demonstrated results in increasing trust in elections in Brazil and the U.S. Additionally, civic education has shown to have positive impact on voter choice of pro-democracy candidates over their preferred party.

Strategic coalitions and nonpartisan monitoring: Nonpartisan monitoring and observation of an electoral process is a key tool in the electoral assistance tool kit. Effective monitoring often involves coalitions of nonpartisan civic groups, which Senegal has used, and faith-based organizations, as in the Philippines, to ensure adequate coverage of polling stations and consistent application of standards.

Key tools, such as parallel vote tabulation, or “quick counts,” which provide independent and statistically accurate reports on the quality of voting and counting process, have helped verify official election results in Ukraine, Ghana and Paraguay.

International observation by entities such as the Organization for Security and Cooperation in Europe assesses whether elections meet global standards. Where it identifies serious flaws or fraud, such scrutiny can help justify mass protests or mobilization, such as in Serbia’s parliamentary and local elections in 2023, trigger new elections, such as in Bolivia’s general elections in 2019, or support international condemnation, such as in Georgia’s 2024 parliamentary elections. They also make recommendations on reforms, such as changes to elections laws and systems, to strengthen integrity and align with democratic principles.

The Conversation

From May 2023 until July 1, 2025, the author served in the Bureau for Democracy, Human Rights, and Governance at the United States Agency for International Development (U.S.A.I.D.).

ref. How to prevent elections from being stolen − lessons from around the world for the US – https://theconversation.com/how-to-prevent-elections-from-being-stolen-lessons-from-around-the-world-for-the-us-275390

We need to talk about how Black women educators experience burnout and care

Source: The Conversation – Canada – By Nadia Clarke Cordick, PhD Student, Educational Studies, Lakehead University

When I began teaching, I was the only Black educator on staff at my Ontario school.

In addition to my official responsibilities, I was often called on to translate cultural dynamics, support students experiencing racism and provide emotional labour for colleagues — for instance by serving as a shoulder to cry on.

As research related to Ontario and elsewhere in Canada shows, both these situations — of finding myself the sole Black educator on a staff, and being expected to provide emotional labour — are common for Black teachers.

No one named the cultural translation and emotional labour tasks, they were simply expected. While professional development days offered “wellness” sessions on mindfulness and stress reduction, they never addressed the racialized stress I was experiencing or named a systemic problem to be solved.

While often well-intentioned, as researchers across sectors have examined, “wellness” focused on individual responsibility can often be interpreted as asking individuals to cope better, rather than asking institutions, cultures or social structures to change.

Now, in my doctoral studies, I am developing a research plan to conduct a qualitative study with Black women educators in Ontario, where I explore how they experience burnout and care in predominantly white school systems — and how they re-imagine those systems as places of dignity, rest and belonging.




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Being the ‘only one’ at work and the decades long fight against anti-Black racism


Wellness focused on the individual

Teacher wellness strategies comprise things like short-term initiatives and professional development focused on stress management. These may be offered by school boards, teacher unions or third-party organizations.

Approaches to teacher wellness often ignore deeper contexts, including around racialized and gendered inequities: for example, that Black women educators face disproportionate stress due to systemic racism, isolation and exploitative emotional labour.

Research shows that generic self-care programming fails to acknowledge how race and gender shape the experience of burnout in education. Without addressing institutional conditions, these “solutions” become bandages on a structural wound.

The weight Black women carry in schools

Black women are often positioned as caretakers, expected to support students, serve on equity committees and manage diversity work, all while navigating workplace bias and surveillance. These added burdens are rarely acknowledged or compensated.

A 2023 doctoral dissertation called this out directly: “wellness” for Black women educators often becomes a form of resistance, not just recovery, in the face of institutional neglect. Emotional exhaustion is not a personal failure, but a predictable outcome of systems that extract care without offering care in return.

Many Black women educators also report experiencing “racial battle fatigue,” a term describing the cumulative toll of daily microaggressions, stereotype threats and constant self-monitoring in predominantly white environments.




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Addressing anti-Black racism is key to improving well-being of Black Canadians


In exploratory conversations conducted as part of developing my research,
I am hearing that Black women educators are experiencing harm in the very systems that claim to support their well-being — that we are being asked to survive conditions that need to change. One educator in Durham Region shared the following:

“In 2011 and again in 2019, I had white colleagues reach out and touch my hair, one of them during an introduction by my administrator. I had to tell them it made me uncomfortable, and that conversation was hard. But it’s the kind of emotional labour we carry, quietly.”

During the COVID-19 pandemic, emotional labour became even more visible. The same educator recalled that after George Floyd’s murder:

“Our admin opened a staff meeting by asking how we were feeling. There was no prep. No follow-up. It felt like emotional voyeurism. What were they offering in return for that vulnerability?”




Read more:
How to deal with the pain of racism — and become a better advocate: Don’t Call Me Resilient EP 2


Afrofuturism offers a liberatory framework

To truly support Black women educators, we need frameworks that centre justice, imagination and collective care, not just resilience.

One such approach is Afrofuturism: a Black radical tradition that blends memory, imagination and the envisioning of liberated futures and new worlds beyond racial violence.

In educational contexts, Afrofuturism has been used to disrupt deficit narratives and imagine liberatory possibilities for Black learners and educators alike.

Informed by Afrofuturist and Black feminist thought, my emerging research identifies four recurring principles that reframe well-being as political, collective and embodied:

  • Speculative imagination: Dreaming of educational spaces that don’t yet exist.

  • Embodiment: Honouring the body as a site of knowledge and resistance.

  • Fugitivity: Refusing harmful systems and finding joy outside their boundaries.

  • World-making: Creating new models of care, rest and belonging.

‘Affinity spaces’

These Afrofuturist and Black feminist principles partly emerged in practice during my earlier research in social justice studies, when I collaborated with Hill Run Club, a Toronto-based Black women’s running and wellness collective.

Working alongside 12 Black women over the course of a year, I engaged as both a researcher and a run coach through movement, reflective journaling and vision boarding. This community-rooted project was co-created with participants and explored how Black women experience wellness, safety, body politics and belonging in predominantly white fitness spaces.

This work countered dominant wellness narratives by engaging in speculative reimagining and centring community-rooted care as acts of resistance.
It also laid the methodological and theoretical foundation for my current research.

In a narrative interview, Aaries Clarke Cordick, a teacher candidate in Ontario, shared what Afrofuturist wellness means to her:

“Affinity spaces make a difference. Being around colleagues with similar philosophies of inclusion, or even just seeing teachers who reflect the diversity of our students matters. We need PD [professional development] that speaks directly to racial battle fatigue and burnout, especially for those working with marginalized students but in staff cultures that aren’t Black.”

How we can actually do better

So what would it mean to take Black women educators’ well-being seriously?

My work will continue to engage three approaches that shift the focus from individualized “self-care” toward structural, community-rooted change:

Institutionalize sister circles: These peer-led spaces are already being used informally for mutual support, mentorship and storytelling. Schools should recognize and resource them as formal professional learning structures.

Build radical rest into policy: Instead of encouraging teachers to “unplug” after work, school boards can conduct equity audits and provide protected wellness time during the school day.

Co-create wellness initiatives: Black women educators must be at the centre of designing wellness policies that reflect their lived realities, not treated as afterthoughts in generic programming.

These changes require commitment, but they are not impossible. They ask school systems to shift from extractive relationships to reciprocal ones, where care is not just encouraged but embedded.

Afrofuturism invites us to envision education as a site of liberation, not just endurance. In doing so, it reminds us that the well-being of Black women educators is not a luxury. It is a political imperative, and a blueprint for better schools for everyone.

The Conversation

Nadia Clarke Cordick does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. We need to talk about how Black women educators experience burnout and care – https://theconversation.com/we-need-to-talk-about-how-black-women-educators-experience-burnout-and-care-274400

Ukraine: after four years of war, exhaustion on both sides is the main hope for peace

Source: The Conversation – UK – By Alexander Titov, Lecturer in Modern European History, Queen’s University Belfast

As Ukrainian officials meet with US negotiators in Geneva with the possibility of full three-way talks involving Moscow, Kyiv and Washington in early March, there’s a glimmer of hope that an end to the conflict may be in sight. But the fact that after four years this remains a glimmer speaks volumes about the difficulties in ending the war.

Even Donald Trump, who promised to end the war in one day, has now stopped issuing ultimatums and deadlines to the warring parties.

In what has become a war of attrition, discussions about vulnerabilities and losses are only meaningful when compared with those of the opposing side. Reflecting on how each side’s theories of victory changed over the four years helps to grasp the war’s overall trajectory.

Russia’s initial plan for a swift knockout of Ukraine was foiled within the first few days of the invasion. Instead, it settled into a conflict of grinding the enemy down through slow advances on the battlefield and debilitating attacks on the energy infrastructure in the rear, with the expectation in Moscow that at some point Ukraine would throw in the towel.

But the question is whether Russia has enough manpower and economic resources for this strategy.

Russia is finally experiencing economic difficulties due to a combination of western sanctions and falling oil prices, which fell from over US$100 (£74) per barrel in 2022 to approximately $60 in 2025. In 2026, the Kremlin had to raise taxes and reduce its reliance on oil, whose share of Russia’s budget fell from 40% in 2019 to 25% in 2025. Perhaps the Kremlin is beginning to realise that this cannot continue forever.

But Russia’s weakness is relative to that of Ukraine. This applies to war losses: Putin believes that Ukraine’s manpower losses are higher than Russia’s (which flies in the face of what some western researchers estimate) and that Ukraine, with a much smaller population than Russia, has much less staying power.

Ukraine’s theory of victory, meanwhile, has evolved from a belief in an outright military victory in 2022–23, to just trying to exhaust Russia’s military in 2025 by using the “wall of drones”. But as the Russian army had captured some key strongholds, such as Siversk, Pokrovsk and Hulyaipole, Kyiv’s new defence minister, Mykhailo Fedorov (the fourth since the start of the war), declared that Ukraine’s path to victory now was to kill 50,000 Russian soldiers per month. That’s more than most estimates of Russia’s recruitment, which is believed to be around 30,000 per month.

Western politicians and analysts have embraced this theory, arguing that Russia’s unsustainable losses justify Ukraine continuing with the war with their support.

But after four years, Kyiv’s position is hampered by the loss of the full support of what was once its key ally: Washington. The Ukraine frontline is being slowly but steadily forced back and in 2025 for the first time in the war there was no major Ukrainian offensive.

Kyiv’s best hope is to freeze the conflict along the current line of contact, get security guarantees from the west, join the EU, and maintain pressure on Russia through western sanctions. Unfortunately for Ukraine, there are issues with every item on this list.

The situation at home is challenging and funding from the west is declining, thanks to the US. Meanwhile, its energy infrastructure has been severely damaged, there are ongoing issues with unpopular mobilisations, and the country’s president, Volodymyr Zelensky, has suffered a significant blow from a major corruption scandal involving his closest aides.

However, crucially, Ukraine is still fighting and its best hope now is an economic collapse in Russia. Attacks on Russia’s oil industry were intended to hasten that collapse, but Moscow’s destruction of Ukraine’s energy grid has demonstrated its greater capacity for escalation. This year will not be easy for Ukraine.

Europe’s position

Since the start of the invasion, Europe’s ideal plan for helping Ukraine win has not changed. It is believed that a combination of economic sanctions and military aid to Ukraine will eventually cause Russia’s economic collapse and military defeat.

Other than this there is no European plan to end the war, except to try to prevent Trump from striking a deal which would favour Russia and gut Ukraine. For the best part of a year, the so-called coalition of the willing (Kyiv’s European allies led by France, the UK and Germany) has been talking about post-war plans with itself.

But the irony is that – despite being Ukraine’s biggest donor – coalition countries have been excluded from negotiating with Russia, whose consent to any western military deployment as a security guarantee for Kyiv will be essential.

Whatever happens, the EU will have to pay Ukraine’s bills, either to continue the war or to cover its post-war reconstruction. The EU’s promise to accept Ukraine as a member would also require increased funding over an indefinite period.

Whose side is the US on?

Under the Biden presidency, the US and Europe had the same theory of victory. However, since returning to power in January 2025, Trump has forced Europe to finance the supply of US military equipment to Ukraine. Meanwhile, it has opened negotiations with Russia to end the war.

The US push for peace remains a mystery. After all, if the Ukrainians are willing to fight and the Europeans are willing to pay for it, it is unclear why the US is so eager to end a war that is exhausting one of its geopolitical rivals in Russia.

Perhaps Trump genuinely wants to stop the killing. Or perhaps he believes that if the war is not stopped now, the eventual peace deal will be much worse for Ukraine and the west. Or maybe it’s simply a matter of stopping “Biden’s war”. A war that Trump has no interest in and that he clearly feels is hampering his plans to do business with Putin.

As with Gaza, a deal can be reached only when the parties involved in the conflict are exhausted and ready to stop fighting. In these circumstances, Trump’s mediation could succeed. For now, however, each side is still clinging to its vision of victory.

On its fourth anniversary, there is hope that this may be the last year of the war. While all sides are growing increasingly exhausted, it will be the “last mile” that matters most — who can muster the willpower and resources in the final stretch to end the war on their terms.

The Conversation

Alexander Titov does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ukraine: after four years of war, exhaustion on both sides is the main hope for peace – https://theconversation.com/ukraine-after-four-years-of-war-exhaustion-on-both-sides-is-the-main-hope-for-peace-276783

Trump tariff ruling shows top courts serve as last line of defence against strongman rule

Source: The Conversation – UK – By Andrea Loux Jarman, Senior Lecturer in Law, Bournemouth University

The US Supreme Court told Donald Trump on February 20 that the tariffs he has used to try and bend the world to his will are unlawful. Tariffs are taxes and it is not for the president to impose them. According to the US constitution, Congress holds the power of the purse.

Trump relied on the terms of a 1977 law designed to address national emergencies, the International Emergency Economic Powers Act, to impose the majority of his tariffs. The court held that this law did not provide Trump with the legal authority to impose them.

In a post on social media following the court’s decision, Trump called the justices who ruled against him a “Disgrace to our Nation”. And he has subsequently announced that he will rely on another law, section 122 of the 1974 Trade Act, to impose worldwide tariffs of 15%.

But even if Trump’s use of that law survives legal challenge, these tariffs would be time limited. The act says that after 150 days the tariffs would continue only if Congress says so. Trump disagrees, saying in his State of the Union address on February 25 that “congressional action will not be necessary”.

Trump is a would-be “strongman” leader. Like all strongmen, his aim is to concentrate political power in himself and those closest to him. Since returning to the White House in January 2025, Trump has preferred to rule by way of executive order rather than through the legislative process. He has done so despite his Republican party controlling both houses of Congress.

Strongmen want to rule without the interference or oversight of legislatures and courts. But Trump has discovered that, in a constitutional democracy that is governed by the rule of law, the Supreme Court will not allow that to happen.

Resisting strongman rule

Trump is not the only western leader to experience push back from a top court when seeking to bypass the legislature. In 2019, Britain’s then-prime minister Boris Johnson wanted to fulfil his political promise to “get Brexit done” unfettered by parliament.

He advised the queen to suspend parliament for five weeks in the lead up to the UK’s “exit day” from the EU. The UK’s Supreme Court ruled unanimously that this advice was unlawful because, in the UK, parliament is sovereign. Parliament has two constitutional roles: to pass legislation and to hold the government to account.

The court held that Johnson and his ministers were constitutionally required to explain and justify their policies, decisions and actions to parliament and to answer parliament’s questions. Parliament must be free to exercise its constitutional functions, the court said, especially in times of great change.

The UK and the US have vastly different constitutions. But when faced with strongmen tactics, the supreme courts in both countries have stepped in to uphold the constitutional role of the legislature.

The function of legislatures in a democracy, US Supreme Court Justice Neil Gorsuch declared on February 21 after invalidating Trump’s tariffs, is “to tap the combined wisdom of the people’s elected representatives, not just that of one faction or man”.

In Israel, Prime Minister Benjamin Netanyahu (another would-be strongman leader) and his justice minister, Yariv Levin, have embarked on a programme of judicial reform in recent years to strengthen the power of the executive in relation to the judiciary.

The Israeli parliament passed amendments to the country’s quasi-constitutional Basic Laws in 2023, which aimed to limit the power of the courts to review ministerial decisions. These reforms have caused a constitutional crisis.

Protests were staged against the reforms across Israel in 2023, and military reservists threatened to not report for service. The protests ended abruptly with the October 7 terrorist attacks in southern Israel later that year.

Israel’s Supreme Court struck down one amendment to the Basic Laws in early 2024, with all 15 justices convening for the first time in Israeli history. The court held that it had the power to review the Basic Laws and declared an amendment – that would have limited the court’s ability to review ministerial decisions – unlawful.

However, the ruling has not derailed Netanyahu’s plans to reform the Israeli legal system. In 2025, the Israeli parliament passed a law that introduces more political control over judicial appointments. A case challenging this law will be heard by the full bench of the Israeli Supreme Court in summer 2026.

Meanwhile, Levin is refusing to cooperate with the president of the supreme court, Yitzhak Amit, to make judicial appointments. The Israeli government is also seeking to dismiss the independent attorney-general, Gali Baharav-Miara, who has argued against the reform.

In his response to the recent decision in the US to strike down Trump’s tariffs, French president Emmanuel Macron said: “It is not bad to have a supreme court and, therefore, the rule of law. It is good to have power and counterweights to power in democracies.”

At a time when strongman tactics appear to be on the rise, the courts are providing the last line of defence against authoritarian rule.

The Conversation

Andrea Loux Jarman does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trump tariff ruling shows top courts serve as last line of defence against strongman rule – https://theconversation.com/trump-tariff-ruling-shows-top-courts-serve-as-last-line-of-defence-against-strongman-rule-276571

Could global tensions finally see Sweden warming towards the euro?

Source: The Conversation – UK – By Fredrik NG Andersson, Associate Professor, Department of Economics, Lund University

Vitaliy Kyrychuk/Shutterstock

Sweden has been part of the European Union for 30 years, yet it is one of the few EU countries that has kept its own currency, the krona. Legally, Sweden is expected to join the euro one day but in reality, that day keeps being pushed into the future.

This makes Sweden something of an outlier in Europe. In a referendum in 2003, 56% of voters said no to the euro, and no government since then has felt confident enough to revisit the question.

Now however, as Europe faces new economic and geopolitical pressures, there have been reports that the mood in Sweden is beginning to shift. The country’s central bank (Riksbank) recently acknowledged that the economic uncertainty caused by US president Donald Trump’s erratic tariff policies had “widened the range of potential outcomes”. But despite the headlines, any move would represent a major change in direction for Swedes.

Sweden’s relationship with European integration has always been pragmatic. Cooperation has been viewed primarily through an economic lens rather than as a political project.

During the cold war, the country’s policy of neutrality kept it outside the European Economic Community (the original European free trade area). When Sweden finally joined the EU in 1995, it did so largely because the creation of the single market in 1993 had reshaped trade across Europe. For a small, export-orientated economy, access to that market was essential.




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From the beginning, Swedish debate about EU membership centred on growth, jobs and stability rather than on questions of shared political identity. That economic focus would later shape attitudes towards the euro as well.

A second formative experience came from Sweden’s own financial and currency crisis in the early 1990s. After a period of currency turmoil, the Riksbank hiked interest rates to an astonishing 500% in a bid to prevent devaluation.

When this failed, the krona was allowed to float (meaning it could be traded on currency markets, which would determine its value) after being pegged to other currencies for more than half a century. Sweden then entered a deep recession.

The crisis marked a turning point. Sweden had moved to a floating exchange rate, the Riksbank was granted independence, and strict rules to prevent unsustainable budget deficits were introduced.

Over time these reforms restored credibility and stability. They also left a lasting imprint on public opinion: monetary independence and flexible exchange rates came to be seen by citizens as beneficial.

When the euro was being designed in the 1990s, Sweden was still recovering from its economic crisis. Public finances were strained and unemployment was high. A government-appointed commission concluded in 1996 that Sweden was not yet ready to join a monetary union. As a result, the country stayed out when the euro was launched in 1999.

Stronger on the outside?

When the 2003 referendum was called, memories of the 1990s crisis and the risks associated with fixed exchange rates were still vivid. So voters chose to remain outside.

Since then, Sweden’s economic performance has often been better than that of the euro area. Output has grown at a consistently faster pace, and the economy has weathered major shocks, including the global financial crisis, the European sovereign debt crisis and the COVID pandemic, with relative resilience.

Stronger growth has bolstered the public finances, and Sweden’s public debt ratio today stands at less than half the average level in the euro area.

As Swedish public opinion tends to evaluate European cooperation in economic terms, these comparisons matter. Support for the euro fell sharply during the euro debt crisis. Although it has recovered in recent years, roughly half of Swedes say they would vote no to joining while around one third would vote yes.

At the political level, the picture remains divided. Some parties continue to favour eventual membership, while others oppose it. The Social Democrats, Sweden’s largest party, are open to discussion but have made no commitment. The Moderate party is traditionally more pro-European and has signalled interest in reviewing the issue. The Sweden Democrats are firmly against adopting the euro.

But rising geopolitical tensions have nudged the tone of the debate. Sweden’s swift decision to join Nato in 2024 demonstrated that long-standing positions can change quickly. Some argue that deeper integration within the EU, including euro membership, would strengthen Sweden’s influence and reduce vulnerability in a more uncertain world.

If Sweden were to join, the formal process is relatively clear. It would need to participate in the EU’s exchange rate mechanism, align its legislation with euro area rules and meet the convergence criteria, such as limits on inflation and government deficits. It largely already satisfies these. In political terms, however, a new referendum would almost certainly be required.

For now, continuity appears more likely than change. Political parties remain divided. The updated review of the 1996 euro commission, chaired by the same economist, Lars Calmfors, did not agree on whether the benefits of adopting the euro would outweigh the costs.

Sweden’s approach to European integration has long been cautious and grounded in economic analysis. Unless Swedes become convinced that membership would clearly strengthen stability and long-term prosperity, the krona will probably remain as their national currency.

The Conversation

Fredrik NG Andersson does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Could global tensions finally see Sweden warming towards the euro? – https://theconversation.com/could-global-tensions-finally-see-sweden-warming-towards-the-euro-276906