L’« outnovation » : quand les entreprises innovent moins mais mieux

Source: The Conversation – France (in French) – By Oihab Allal-Chérif, Business Professor, Neoma Business School

Face à la complexité croissante des smartphones, certaines entreprises proposent des téléphones minimalistes limités aux appels et aux messages, sans Internet ni fonctionnalités avancées. Caftor/Shutterstock

Dans une économie obsédée par la nouveauté, certaines entreprises font un pari contre-intuitif : innover moins mais mieux. Cette stratégie, appelée « outnovation », propose de rompre avec la surenchère technologique pour privilégier la simplicité, la réparabilité et la durabilité.


Dans un monde où l’innovation technologique est érigée en dogme absolu et où la nouveauté perpétuelle est souvent synonyme de progrès, une nouvelle approche stratégique émerge, bousculant les certitudes du management classique : l’outnovation. Loin d’être un synonyme de régression ou d’immobilisme, ce concept se définit comme une démarche intentionnelle, qui consiste à se désengager de la course effrénée à l’innovation superflue pour recentrer la valeur d’un produit ou d’un service sur l’essentiel.

Au cœur de cette philosophie se trouvent quatre piliers fondamentaux : la simplicité, l’authenticité, la nostalgie, et, de façon plus cruciale pour notre planète, la durabilité. Il ne s’agit plus d’ajouter des fonctionnalités complexes et énergivores qui génèrent plus de déchets, mais d’en retirer pour se concentrer sur une conception éthique, résiliente et intrinsèquement respectueuse de l’environnement.

L’exemple de la chaussure « Index.01 » de Salomon illustre parfaitement cette durabilité par la soustraction : en retirant les colles et le mélange habituel d’une dizaine de plastiques différents pour n’utiliser qu’un seul matériau, le TPU, la marque simplifie radicalement la structure de l’objet. Ce retrait volontaire de complexité technique permet de broyer intégralement la chaussure en fin de vie pour la recycler, là où les modèles standards finissent inévitablement en décharge à cause de leur assemblage trop sophistiqué.

Le coût caché de l’innovation permanente

Le paradigme de l’innovation constante, souvent poussée par le marketing ou l’obsolescence programmée, a généré d’immenses externalités négatives qui pèsent désormais sur l’économie globale et les écosystèmes. Chaque nouvelle itération d’un produit, qu’il s’agisse d’un smartphone, d’un appareil ménager ou d’un vêtement, mobilise des ressources premières rares, augmente la consommation d’énergie durant la fabrication et le cycle de vie, et génère inéluctablement des déchets complexes à traiter.

Ce cycle de sur-innovation conduit à une consommation irresponsable, où les produits sont remplacés non pas parce qu’ils sont cassés, mais parce qu’ils sont dépassés, une logique qui est aujourd’hui intenable face à l’urgence climatique. L’outnovation propose de rompre avec cette spirale en adoptant une posture stratégique de sobriété de la conception.

Peut-on sortir de la société d’hyperconsommation ?

L’objectif est de réévaluer chaque composante d’un produit à l’aune de sa nécessité fonctionnelle réelle et de son impact environnemental. L’innovation, lorsqu’elle est maintenue, doit être orientée vers la résilience et la longévité, et non vers la futilité technologique. C’est une démarche qui s’inscrit en droite ligne avec les principes de l’économie circulaire, mais qui opère à un stade bien plus précoce : celui de la conception.

La durabilité par la soustraction

Le pilier de la durabilité, au sein du concept d’outnovation, se traduit par des actions concrètes de soustraction et de simplification qui maximisent la vie utile du produit et minimisent son empreinte. Premièrement, l’outnovation exige une simplicité matérielle. Retirer les fonctionnalités électroniques non essentielles réduit le besoin en composants et matières rares, comme le cobalt ou le lithium, dont l’extraction est souvent destructrice et socialement conflictuelle.

En concevant des objets plus simples, on facilite leur recyclabilité et leur démontage en fin de vie. Un produit outnovant est un produit que l’utilisateur lui-même peut réparer, favorisant ainsi la longévité et l’autonomie. L’absence de micro-puces pour des fonctions secondaires, par exemple, permet de prolonger la durée de vie du produit bien au-delà de celle de ses concurrents sur-innovants.

Face à l’hyper-complexité des smartphones modernes, des entreprises ont choisi l’outnovation en proposant des téléphones mobiles d’entrée de gamme qui se concentrent uniquement sur les fonctions d’appel et de message, sans accès à Internet, ni caméras multiples, ni applications sophistiquées. Ces appareils, par leur minimalisme, consomment moins d’énergie, durent plus longtemps grâce à des batteries plus simples et sont exempts des composants les plus polluants, répondant ainsi à un besoin de déconnexion et de sobriété numérique tout en étant intrinsèquement plus durables. Cet argumentaire rencontre d’ailleurs son public. En effet, le marché des « dumbphones » connaît un rebond inattendu, notamment aux États-Unis où les ventes de téléphones à clapet augmentent, portées par une Génération Z soucieuse de sa santé mentale et désireuse de réduire son temps d’écran.

Deuxièmement, l’outnovation promeut la durabilité de l’usage. En se concentrant sur les fonctions d’usages initiales, elle permet d’atteindre une forme d’excellence fonctionnelle qui ne vieillit pas. Un produit mécanique simple et bien entretenu surpasse en durabilité une version électronique multifonctionnelle dont la complexité est la première source de panne et d’obsolescence. Le consommateur, libéré du besoin de constamment mettre à jour son équipement, réduit son taux de remplacement, contribuant directement à la diminution des flux de déchets et à la baisse de la consommation énergétique globale liée à la production.

Certaines marques d’électroménager ont adopté une stratégie d’outnovation en revenant à des designs modulaires et en garantissant la disponibilité des pièces détachées pendant dix ans, voire plus. Elles retirent les écrans tactiles superflus ou les connectivités wifi non essentielles sur certains modèles de lave-linge pour se concentrer sur la robustesse du moteur et la simplicité du panneau de contrôle. L’investissement est reporté de l’électronique de divertissement à la mécanique de précision, maximisant ainsi le cycle de vie du produit.

Bâtir un monde plus durable avec de l’électroménager fiable, réparable et évolutif.

Troisièmement, la démarche est une puissante réponse au concept de l’obsolescence perceptive. L’innovation incessante nous pousse à considérer nos biens actuels comme démodés. En misant sur l’authenticité des matériaux, un design intemporel, et la simplicité fonctionnelle, l’outnovation crée des produits qui transcendent les modes éphémères. Un produit outnovant gagne en valeur et en attrait émotionnel avec le temps, devenant un objet de transmission plutôt qu’un déchet jetable.

Une nouvelle proposition de valeur pour le consommateur responsable

L’adoption de l’outnovation n’est pas un sacrifice commercial ; c’est une réorientation de la proposition de valeur. Elle s’adresse directement au consommateur moderne, de plus en plus éduqué et préoccupé par l’impact environnemental de ses achats. Ce dernier cherche à investir dans des biens qui lui procurent un sentiment de contrôle, de qualité durable et d’alignement éthique avec des valeurs profondes.

L’outnovation permet aux entreprises de se positionner comme des acteurs responsables. Elle fournit un signal de sincérité : il est coûteux et structurellement difficile de retirer des fonctionnalités, de simplifier les chaînes de production et de privilégier la longévité sur les marges. Ce signal est bien plus crédible que de simples déclarations de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les entreprises outnovantes se distinguent en prouvant que leur modèle d’affaires est compatible avec la préservation des ressources.

Face aux jouets électroniques éphémères et gourmands en piles, des fabricants comme la marque thaïlandaise PlanToys, pionnière dans l’utilisation du bois d’hévéa recyclé, ou la maison française Janod, ont choisi l’outnovation en revenant à des jouets en bois ou en matériaux recyclés avec un design intemporel. Ils ont retiré les fonctionnalités sonores et lumineuses pour se concentrer sur l’aspect pédagogique et la qualité du matériau. Ces jouets, en plus d’être durables sur le plan physique, sont durables sur le plan psychologique, encourageant le jeu créatif sans la stimulation excessive de l’électronique. Cette approche valorise la transmission et l’héritage, des valeurs fortes pour les consommateurs.

Les jouets de Noël : la tendance écoresponsable.

Le succès des marques qui ont délibérément choisi de simplifier leurs gammes ou de réintroduire des modèles classiques en les basant sur des matériaux durables et des technologies robustes témoigne de la demande croissante pour cette forme de résilience du produit. Elles ne sont pas en faillite parce qu’elles n’innovent pas de manière spectaculaire ; elles prospèrent parce qu’elles offrent une réponse fiable et durable à un besoin fondamental. L’exemple de Dacia, devenue une référence en Europe en ne proposant que l’« essentiel » automobile, ou du Groupe SEB, dont le label « réparable 15 ans » est devenu un avantage concurrentiel majeur, illustrent parfaitement cette réussite commerciale.

Les leviers managériaux d’une stratégie d’outnovation

Pour les dirigeants et les chefs de produit, adopter l’« outnovation » nécessite un changement de mentalité radical, passant de la question « Que pouvons-nous ajouter ? » à « Que devons-nous absolument garder pour maximiser la durabilité et la fonction essentielle ? » Cela implique d’abord une analyse critique des processus d’innovation existants, visant à identifier et éliminer les innovations inutiles qui augmentent les coûts, la complexité et l’empreinte carbone sans améliorer significativement l’expérience utilisateur ou la durabilité.

Ensuite, cela requiert un investissement dans la recherche de matériaux biosourcés ou recyclés et de processus de fabrication à faible impact énergétique. Enfin, cela demande un engagement profond à garantir la réparabilité via des designs modulaires et la disponibilité de pièces détachées sur le long terme.

En conclusion, l’outnovation est bien plus qu’une simple tendance managériale ; c’est une stratégie de survie à long terme pour les entreprises et pour la planète. En choisissant de sortir de la course à l’innovation superflue, les entreprises ont la possibilité de rentrer dans le cercle vertueux de la durabilité, offrant aux consommateurs des produits qui durent, qui ont du sens, et qui contribuent positivement à l’impératif écologique global. C’est une invitation à repenser le progrès non plus comme une accumulation, mais comme une sagesse de la soustraction.

The Conversation

Oihab Allal-Chérif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’« outnovation » : quand les entreprises innovent moins mais mieux – https://theconversation.com/l-outnovation-quand-les-entreprises-innovent-moins-mais-mieux-276082

Cómo logran los carteles reclutar, fidelizar y atraer a la violencia a decenas de miles de jóvenes mexicanos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Martín Flores Almendárez, PTC Asociado "B"; Especialista en Capital Humano e integrante del CA en Gestión, Innovación Educativa y Tecnología, Universidad de Guadalajara

Con el supuesto fallecimiento del líder del Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), se ha desatado una ola de inestabilidad y violencia. Pese a ello, los operativos militares y los actos de “retribución” de los seguidores del capo están poniendo al desnudo el éxito del “poder blando” (soft power) del crimen organizado.

Lo que nos lleva a plantearnos la siguiente cuestión: ¿por qué un joven decide tomar un rifle y quemar un vehículo en una vía pública? La respuesta no es solo económica; es profundamente psicosocial.

La fidelidad como producto de consumo

La narcocultura ha diseminado un imaginario donde la adhesión al cartel se presenta como un rito de paso hacia la vida adulta y la relevancia. Según datos de la Red por los Derechos de la Infancia en México (REDIM), se estima que entre 30 000 y 45 000 menores de edad han sido reclutados por grupos delictivos. Esto obedece a una estrategia corporativa bien diseñada para atraer y captar, que en el último lustro se ha incrementado, según palabras del colectivo de madres buscadoras (grupo informal voluntario organizado para buscar a familiares desaparecidos) en México.

Esta fidelidad no nace del vacío, sino de una estética de la lealtad que los corridos y las redes sociales glorifican.

El cartel se vende como una estructura de cuidado que el Estado no provee. Para el joven que incendia una calle, ese acto de terrorismo es, en su psique distorsionada, una prueba de valor y pertenencia a una familia. Una tribu que sí lo ve, aunque sea para usarlo como carne de cañón.

Hay una fractura en el tejido social, que tiene que ver con el papel de la familia, relacionada, en el pasado inmediato, con una formación rígida y poco afectiva. Y, en la actualidad, con una sobreprotección, pero a la vez, ajena e invisible hacia sus “crías”.

Narcocultura, violencia y el mito del sicario

La relación entre narcocultura y sicariado es una simbiosis de deshumanización. La cultura del narco ha logrado “estetizar” la violencia. El sicario no se ve a sí mismo como un asesino, sino como un “guerrero” o como actor necesario en un “operativo”.

Esta semántica es peligrosa porque dota de un propósito heroico a actos atroces. La violencia se convierte en su lenguaje. En la narcocultura, el ejercicio de la fuerza es el único mecanismo de ascenso social rápido. Se proyecta que el sicariado es una etapa transitoria hacia el lujo, ocultando la realidad estadística.

La vida media de un joven en estas estructuras rara vez supera los tres años tras su ingreso activo, pesar de contar con un “plan de vida” que los proyecta al ascenso de manera vertiginosa, a través de resultados concretos.

En 2023, un estudio publicado en la revista Science, establecía que los grupos criminales en México sumaban entre 160 000 y 185 000 integrantes, convirtiéndolos en uno de los principales empleadores del país. Según sus modelos matemáticos, los carteles reclutan unas 350 personas por semana. De continuar esta tendencia, se podrían alcanzar los 200 000 miembros en 2027.

El relato ante el descabezamiento

“El rey ha muerto, viva el rey” ¿Qué sucede cuando un cartel como el CJNG enfrenta el vacío de su líder? La narcocultura ya tiene preparado el relato: la mitificación del caudillo. Ante la posible muerte de El Mencho, el relato criminal no reconoce la derrota, sino que invoca la figura del “mártir” o del “invicto”.

Este relato sirve para dos cosas:

  1. Mantener la cohesión: evitar deserciones mediante la mística del líder caído.

  2. Legitimar la sucesión: preparar el terreno para que nuevos liderazgos, a menudo más violentos y jóvenes, ocupen el vacío. Para la narcocultura, el líder es un símbolo. Si el hombre muere, el símbolo debe ser defendido con más sangre.

Es sabido que, cuando no se desarticula desde el origen y sólo se presume la cabeza, emergen el resto de las cabezas de la hidra, de forma violenta y
descontrolada.

Una propuesta desde la educación

Nuestra respuesta no puede ser el silencio. Debemos proponer una contraestética. Si el narco ofrece una “identidad de muerte”, la educación debe ofrecer una “identidad de propósito”. Necesitamos gestionar espacios donde la rebeldía juvenil se canalice hacia la transformación social y no hacia la autodestrucción armada.

El reto es arrebatarles el relato. El joven con el arma en ristre es, en última instancia, una víctima de un sistema cultural que le hizo creer que su única forma de ser alguien era destruyendo a los demás.

El secuestro de lo cotidiano

La narrativa oficial habla de “daños colaterales” o “quema de vehículos” y dicen que lo peor ya pasó. Mientras, la ciudadanía observa que la estrategia de contención es negativa, pues en los lugares con presencia del cartel, donde actúan confrontados y aliados, permanece la intranquilidad y el caos.

Esa versión se ve rebasada por el ciudadano que tiene que correr a resguardarse en el baño de la autopista o mantenerse cautivo al interior de su auto varado por horas, ante la angustia, zozobra y caos a su alrededor. O por la madre que no puede recoger a su hijo porque el transporte público se detiene. La palabra no es operativo: es terror.

La ciudadanía se atrinchera no por falta de valor, sino por un pragmatismo doloroso: sabe que, en el intercambio de fuego entre el Estado y el cartel, el civil es invisible.

Cuando el hogar se convierte en búnker, el Estado ha fallado en su promesa básica de seguridad.

La trampa del poder blando en el caos

El grupo criminal aprovecha este vacío de autoridad para lanzar su propio relato: “Nosotros estamos aquí porque el gobierno los tiene abandonados”. Es una mentira perversa. No se puede proteger a un pueblo al que se le usa como escudo humano o al que se le incendia su patrimonio para presionar a la autoridad.

El mayor acto de resistencia ciudadana es no normalizar el encierro.

  • Frente al Gobierno: exigir que la transparencia no sea un ejercicio de relaciones públicas, sino una rendición de cuentas sobre por qué la prevención falló.

  • Frente al crimen: Negarse a replicar su propaganda. Cada video de un bloqueo compartido por curiosidad es un punto de rating para el terror.

El miedo es una herramienta de gestión para el narco y un costo político para el Gobierno.

Conclusión: arrebatarle el futuro al algoritmo

La narcocultura no es un accidente estético. Es el resultado de un vacío de Estado y una derrota de la imaginación colectiva. Nuestra angustia no nace de una postura moralista o conservadora, sino del dolor de ver cómo el talento de una generación es devorado por una maquinaria que los consume como mercancía desechable.

El poder blando del crimen organizado es sumamente eficaz porque sabe leer la soledad y la falta de pertenencia de los jóvenes, ofrece un “nosotros” –aunque sea uno violento–, en un mundo que los individualiza y los descarta.

Sin embargo, hay una grieta en su armadura: el hartazgo. Existe una juventud vibrante que está cansada de que su identidad sea un campo de batalla y su futuro una moneda al aire. Ellos no quieren ser los protagonistas de la próxima narcoserie; quieren ser los dueños de su propia historia, lejos del estigma y la sangre.

Resulta necesario deconstruir la gramática del poder criminal para demostrar que la opulencia del “capo” no es éxito, sino una jaula de oro con fecha de caducidad.

Revertir la narcocultura implica proponer un proyecto de vida que sea más seductor que la muerte. Es un pacto entre la sociedad que guía y el joven que sueña, basado en la convicción de que la legalidad debe ser, ante todo, una ruta hacia la dignidad y la paz. Si se recupera la capacidad de asombro y de movilidad real, le habremos ganado la partida al algoritmo del terror.

Es hora de que la juventud deje de ser el guión de una tragedia ajena para convertirse en la autora de su propio renacimiento.

The Conversation

Juan Martín Flores Almendárez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo logran los carteles reclutar, fidelizar y atraer a la violencia a decenas de miles de jóvenes mexicanos – https://theconversation.com/como-logran-los-carteles-reclutar-fidelizar-y-atraer-a-la-violencia-a-decenas-de-miles-de-jovenes-mexicanos-276886

Quand les animaux de compagnie deviennent aussi des témoins de travail

Source: The Conversation – France (in French) – By Pierre Chaudat, Maitre de Conférences HDR, IAE Clermont Auvergne – School of Management, Université Clermont Auvergne (UCA)

Autoriser les animaux de compagnie au travail peut donner un avantage concurrentiel à la marque employeur. Pavel Herceg/Unsplash, FAL

La place croissante prise par les animaux de compagnie dans la vie des personnes est telle qu’il était possible que certaines entreprises autorisent leur présence. Toutefois, il est nécessaire de suivre certaines règles pour espérer que la présence canine aura une influence positive sur les salariés.


Par animal de compagnie, nous entendons un animal familier qui ne produit pas, élevé principalement pour sa compagnie. Que ce soit un chien, un chat, un oiseau, un poisson, un lapin, etc. la liste est longue. En France, depuis 1976, le nombre d’animaux de compagnie a été multiplié par 2,5 pour atteindre aujourd’hui 79 millions. Selon cette même source, 61 % des Français en posséderaient au moins un. Un tel engouement a donné naissance à un business qui ne cesse progressivement de s’étendre. Désormais, il s’étend au-delà des sphères traditionnelles, en abordant l’entreprise. Parfois considéré comme un membre de la famille, l’animal de compagnie est-il en passe de devenir un collègue ?

Aujourd’hui, l’étude de la place de l’animal de compagnie dans l’entreprise pourrait être une problématique plus présente. Tout d’abord parce que le recours à un animal de compagnie peut, dans certaines situations, être indispensable voire obligatoire. Au sens de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987, le droit d’accès des personnes en situation de handicap accompagnées de leur chien guide ou d’assistance dans tous les lieux, y compris les locaux professionnels, est garanti.




À lire aussi :
« J’accepte les chiens, mais… » : l’offre touristique pas tout à fait « pet-friendly »


Par ailleurs, plusieurs évolutions invitent de nos jours certains particuliers à sauter le pas de l’adoption d’un animal voire à interpeller leur employeur :

  • l’humanisation de l’animal au point où celui-ci est considéré comme un véritable membre de la famille,

  • les changements démographiques, notamment la baisse de la fécondité, mais aussi une population plus isolée,

  • des modes de vie permettant de nouvelles organisations du travail.

Un vrai bénéfice pour les salariés

Si l’on en croit une enquête récente, 82 % des salariés voient un véritable bénéfice dans la présence de l’animal de compagnie en entreprise. Sur le terrain, les situations rencontrées ne s’avèrent pas simples.

Nous avons tous en tête certaines grandes entreprises de la tech, des start-up, des agences créatives ou des patrons de PME arborant fièrement leur animal de compagnie. L’image se veut idyllique, faisant parfois oublier les limites de cette politique inclusive.

Google est un exemple d’entreprise emblématique montrant des employés heureux d’être accompagnés de leur chien au travail. En France des entreprises, comme Purina ou Dentsu, ont aussi largement communiqué à propos de leur politique d’accueil d’animaux de compagnie en entreprise. L’administration n’est pas en reste. Par exemple, la Mairie de Suresnes a obtenu le label régional « ville amie des animaux ». Et chaque année en France, et ce, depuis 2017, un trophée « Pet Friendly » peut être décerné dans la catégorie « entreprise et monde du travail » !

Un impact d’image

D’un côté, les entreprises peuvent y trouver de nombreux avantages. Et les enjeux RH et managériaux sont nombreux. La présence de l’animal peut ainsi présenter un avantage concurrentiel pour attirer des talents. Sa marque employeur révélera une culture d’entreprise plus ouverte, moins décomplexée, plus proche des nouvelles attentes en termes de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) et d’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, qui prend en compte la vie personnelle des salariés. Elle donne le sentiment d’une entreprise plus humaine et bienveillante qui accepte l’émotionnel, l’affectif, le vivant au travail. L’entreprise pourra arborer des marqueurs culturels de type « Dog Friendly », « pet at work » lui permettant de fidéliser des talents, surtout dans des entreprises où les marges de manœuvre salariales sont plus faibles.

D’autres enjeux peuvent concerner des problématiques de santé et d’implication au travail. Dans le cadre d’une recherche qualitative et quantitative avec mon collègue François Grima de l’Université Paris-Est Créteil, nous avons questionné 133 salariés dont le lieu de travail accueillait un chien.

Concernant le premier volet de l’enquête, il a été question d’analyser la notion d’implication. La recherche témoigne que les jeunes salariés (moins de 25 ans) sont plus impliqués que le reste des individus lorsqu’ils sont accompagnés d’un animal. Cet attachement est également plus marqué chez les femmes que chez les hommes.




À lire aussi :
Nos relations avec nos animaux de compagnie en révèlent beaucoup sur nous. Les professionnels de la santé mentale doivent en prendre bonne note


Une entreprise plus vivante, plus familière

Par ailleurs, la recherche relève que moins le salaire est élevé et plus l’attachement à l’entreprise est important pour le salarié exerçant au côté de l’animal. Concernant la variable « stress », il est avéré que l’animal a une forte influence concernant les troubles de l’humeur (anxiété, irritabilité, découragement) et les troubles de la tension (maux de tête, nervosité, etc.). Les femmes y sont là encore plus sensibles que les hommes. L’animal contribue à améliorer un cadre de vie et a fortiori de travail. L’entreprise s’avère plus vivante, plus familière.

Les salariés les moins rémunérés semblent les plus attirés par cet environnement. Au sein de l’entreprise, l’animal ne laisse à aucun moment indifférent. Ni le salarié ni l’entourage proche ou éloigné de ce dernier (fournisseur, client, patient…). Il peut se révéler un instrument précieux pour réinventer de nouveaux rapports sociaux. Paradoxalement, il contribue à humaniser les relations humaines.

Des enjeux juridiques et réglementaires

Enfin, la présence de l’animal de compagnie en entreprise ne s’improvise pas et peut présenter de nombreuses limites. Il existe ainsi des enjeux juridiques, réglementaires et opérationnels à intégrer. Un chien peut se montrer agressif, aboyer, mordre, dégrader du matériel ou transmettre à l’humain certaines maladies. Des inégalités entre salariés (avec ou sans animaux) – comme celles connues dans le cadre du télétravail – peuvent apparaître. Des salariés peuvent témoigner d’une véritable phobie ou se montrer allergiques à l’égard d’un animal.

TF1 2025.

Dans tous les cas, l’animal se doit d’être éduqué et répondre à des règles d’hygiène et de sécurité. Au regard de son pouvoir de direction, l’employeur peut accepter ou refuser la présence d’un animal dans ses locaux. À ce sujet, le Code du travail oblige l’employeur à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité physique et mentale de ses salariés au sens de l’article L 4121-1 du Code du travail.

L’employeur peut mentionner l’interdiction des animaux dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe les règles de conduite en matière de santé et de sécurité auxquelles les salariés doivent se conformer (article L 1321-1 du Code du travail).
L’autorisation de la présence d’un animal nécessite sans aucun doute une discussion et l’adhésion d’un collectif dans le cadre de règles claires, connues et partagées.

Dans cette même veine, l’application d’une charte semble incontournable. Elle permettra de détailler les types d’animaux autorisés, les conditions d’accès (certificat de vaccins, certificat d’assurance), les conditions comportementales de l’animal en termes d’éducation et de propreté, les zones de présence autorisées ou interdites à l’animal, la responsabilité du propriétaire, et les règles en cas d’incident.

The Conversation

Pierre Chaudat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand les animaux de compagnie deviennent aussi des témoins de travail – https://theconversation.com/quand-les-animaux-de-compagnie-deviennent-aussi-des-temoins-de-travail-276691

L’« outnovation », ou comment sortir de la course à l’innovation pour construire un avenir durable

Source: The Conversation – France (in French) – By Oihab Allal-Chérif, Business Professor, Neoma Business School

Face à la complexité croissante des smartphones, certaines entreprises proposent des téléphones minimalistes limités aux appels et aux messages, sans Internet ni fonctionnalités avancées. Caftor/Shutterstock

Dans une économie obsédée par la nouveauté, certaines entreprises font un pari contre-intuitif : innover moins mais mieux. Cette stratégie, appelée « outnovation », propose de rompre avec la surenchère technologique pour privilégier la simplicité, la réparabilité et la durabilité.


Dans un monde où l’innovation technologique est érigée en dogme absolu et où la nouveauté perpétuelle est souvent synonyme de progrès, une nouvelle approche stratégique émerge, bousculant les certitudes du management classique : l’outnovation. Loin d’être un synonyme de régression ou d’immobilisme, ce concept se définit comme une démarche intentionnelle, qui consiste à se désengager de la course effrénée à l’innovation superflue pour recentrer la valeur d’un produit ou d’un service sur l’essentiel.

Au cœur de cette philosophie se trouvent quatre piliers fondamentaux : la simplicité, l’authenticité, la nostalgie, et, de façon plus cruciale pour notre planète, la durabilité. Il ne s’agit plus d’ajouter des fonctionnalités complexes et énergivores qui génèrent plus de déchets, mais d’en retirer pour se concentrer sur une conception éthique, résiliente et intrinsèquement respectueuse de l’environnement.

L’exemple de la chaussure « Index.01 » de Salomon illustre parfaitement cette durabilité par la soustraction : en retirant les colles et le mélange habituel d’une dizaine de plastiques différents pour n’utiliser qu’un seul matériau, le TPU, la marque simplifie radicalement la structure de l’objet. Ce retrait volontaire de complexité technique permet de broyer intégralement la chaussure en fin de vie pour la recycler, là où les modèles standards finissent inévitablement en décharge à cause de leur assemblage trop sophistiqué.

Le coût caché de l’innovation permanente

Le paradigme de l’innovation constante, souvent poussée par le marketing ou l’obsolescence programmée, a généré d’immenses externalités négatives qui pèsent désormais sur l’économie globale et les écosystèmes. Chaque nouvelle itération d’un produit, qu’il s’agisse d’un smartphone, d’un appareil ménager ou d’un vêtement, mobilise des ressources premières rares, augmente la consommation d’énergie durant la fabrication et le cycle de vie, et génère inéluctablement des déchets complexes à traiter.

Ce cycle de sur-innovation conduit à une consommation irresponsable, où les produits sont remplacés non pas parce qu’ils sont cassés, mais parce qu’ils sont dépassés, une logique qui est aujourd’hui intenable face à l’urgence climatique. L’outnovation propose de rompre avec cette spirale en adoptant une posture stratégique de sobriété de la conception.

Peut-on sortir de la société d’hyperconsommation ?

L’objectif est de réévaluer chaque composante d’un produit à l’aune de sa nécessité fonctionnelle réelle et de son impact environnemental. L’innovation, lorsqu’elle est maintenue, doit être orientée vers la résilience et la longévité, et non vers la futilité technologique. C’est une démarche qui s’inscrit en droite ligne avec les principes de l’économie circulaire, mais qui opère à un stade bien plus précoce : celui de la conception.

La durabilité par la soustraction

Le pilier de la durabilité, au sein du concept d’outnovation, se traduit par des actions concrètes de soustraction et de simplification qui maximisent la vie utile du produit et minimisent son empreinte. Premièrement, l’outnovation exige une simplicité matérielle. Retirer les fonctionnalités électroniques non essentielles réduit le besoin en composants et matières rares, comme le cobalt ou le lithium, dont l’extraction est souvent destructrice et socialement conflictuelle.

En concevant des objets plus simples, on facilite leur recyclabilité et leur démontage en fin de vie. Un produit outnovant est un produit que l’utilisateur lui-même peut réparer, favorisant ainsi la longévité et l’autonomie. L’absence de micro-puces pour des fonctions secondaires, par exemple, permet de prolonger la durée de vie du produit bien au-delà de celle de ses concurrents sur-innovants.

Face à l’hyper-complexité des smartphones modernes, des entreprises ont choisi l’outnovation en proposant des téléphones mobiles d’entrée de gamme qui se concentrent uniquement sur les fonctions d’appel et de message, sans accès à Internet, ni caméras multiples, ni applications sophistiquées. Ces appareils, par leur minimalisme, consomment moins d’énergie, durent plus longtemps grâce à des batteries plus simples et sont exempts des composants les plus polluants, répondant ainsi à un besoin de déconnexion et de sobriété numérique tout en étant intrinsèquement plus durables. Cet argumentaire rencontre d’ailleurs son public. En effet, le marché des « dumbphones » connaît un rebond inattendu, notamment aux États-Unis où les ventes de téléphones à clapet augmentent, portées par une Génération Z soucieuse de sa santé mentale et désireuse de réduire son temps d’écran.

Deuxièmement, l’outnovation promeut la durabilité de l’usage. En se concentrant sur les fonctions d’usages initiales, elle permet d’atteindre une forme d’excellence fonctionnelle qui ne vieillit pas. Un produit mécanique simple et bien entretenu surpasse en durabilité une version électronique multifonctionnelle dont la complexité est la première source de panne et d’obsolescence. Le consommateur, libéré du besoin de constamment mettre à jour son équipement, réduit son taux de remplacement, contribuant directement à la diminution des flux de déchets et à la baisse de la consommation énergétique globale liée à la production.

Certaines marques d’électroménager ont adopté une stratégie d’outnovation en revenant à des designs modulaires et en garantissant la disponibilité des pièces détachées pendant dix ans, voire plus. Elles retirent les écrans tactiles superflus ou les connectivités wifi non essentielles sur certains modèles de lave-linge pour se concentrer sur la robustesse du moteur et la simplicité du panneau de contrôle. L’investissement est reporté de l’électronique de divertissement à la mécanique de précision, maximisant ainsi le cycle de vie du produit.

Bâtir un monde plus durable avec de l’électroménager fiable, réparable et évolutif.

Troisièmement, la démarche est une puissante réponse au concept de l’obsolescence perceptive. L’innovation incessante nous pousse à considérer nos biens actuels comme démodés. En misant sur l’authenticité des matériaux, un design intemporel, et la simplicité fonctionnelle, l’outnovation crée des produits qui transcendent les modes éphémères. Un produit outnovant gagne en valeur et en attrait émotionnel avec le temps, devenant un objet de transmission plutôt qu’un déchet jetable.

Une nouvelle proposition de valeur pour le consommateur responsable

L’adoption de l’outnovation n’est pas un sacrifice commercial ; c’est une réorientation de la proposition de valeur. Elle s’adresse directement au consommateur moderne, de plus en plus éduqué et préoccupé par l’impact environnemental de ses achats. Ce dernier cherche à investir dans des biens qui lui procurent un sentiment de contrôle, de qualité durable et d’alignement éthique avec des valeurs profondes.

L’outnovation permet aux entreprises de se positionner comme des acteurs responsables. Elle fournit un signal de sincérité : il est coûteux et structurellement difficile de retirer des fonctionnalités, de simplifier les chaînes de production et de privilégier la longévité sur les marges. Ce signal est bien plus crédible que de simples déclarations de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les entreprises outnovantes se distinguent en prouvant que leur modèle d’affaires est compatible avec la préservation des ressources.

Face aux jouets électroniques éphémères et gourmands en piles, des fabricants comme la marque thaïlandaise PlanToys, pionnière dans l’utilisation du bois d’hévéa recyclé, ou la maison française Janod, ont choisi l’outnovation en revenant à des jouets en bois ou en matériaux recyclés avec un design intemporel. Ils ont retiré les fonctionnalités sonores et lumineuses pour se concentrer sur l’aspect pédagogique et la qualité du matériau. Ces jouets, en plus d’être durables sur le plan physique, sont durables sur le plan psychologique, encourageant le jeu créatif sans la stimulation excessive de l’électronique. Cette approche valorise la transmission et l’héritage, des valeurs fortes pour les consommateurs.

Les jouets de Noël : la tendance écoresponsable.

Le succès des marques qui ont délibérément choisi de simplifier leurs gammes ou de réintroduire des modèles classiques en les basant sur des matériaux durables et des technologies robustes témoigne de la demande croissante pour cette forme de résilience du produit. Elles ne sont pas en faillite parce qu’elles n’innovent pas de manière spectaculaire ; elles prospèrent parce qu’elles offrent une réponse fiable et durable à un besoin fondamental. L’exemple de Dacia, devenue une référence en Europe en ne proposant que l’« essentiel » automobile, ou du Groupe SEB, dont le label « réparable 15 ans » est devenu un avantage concurrentiel majeur, illustrent parfaitement cette réussite commerciale.

Les leviers managériaux d’une stratégie d’outnovation

Pour les dirigeants et les chefs de produit, adopter l’« outnovation » nécessite un changement de mentalité radical, passant de la question « Que pouvons-nous ajouter ? » à « Que devons-nous absolument garder pour maximiser la durabilité et la fonction essentielle ? » Cela implique d’abord une analyse critique des processus d’innovation existants, visant à identifier et éliminer les innovations inutiles qui augmentent les coûts, la complexité et l’empreinte carbone sans améliorer significativement l’expérience utilisateur ou la durabilité.

Ensuite, cela requiert un investissement dans la recherche de matériaux biosourcés ou recyclés et de processus de fabrication à faible impact énergétique. Enfin, cela demande un engagement profond à garantir la réparabilité via des designs modulaires et la disponibilité de pièces détachées sur le long terme.

En conclusion, l’outnovation est bien plus qu’une simple tendance managériale ; c’est une stratégie de survie à long terme pour les entreprises et pour la planète. En choisissant de sortir de la course à l’innovation superflue, les entreprises ont la possibilité de rentrer dans le cercle vertueux de la durabilité, offrant aux consommateurs des produits qui durent, qui ont du sens, et qui contribuent positivement à l’impératif écologique global. C’est une invitation à repenser le progrès non plus comme une accumulation, mais comme une sagesse de la soustraction.

The Conversation

Oihab Allal-Chérif ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’« outnovation », ou comment sortir de la course à l’innovation pour construire un avenir durable – https://theconversation.com/l-outnovation-ou-comment-sortir-de-la-course-a-linnovation-pour-construire-un-avenir-durable-276082

Carmat, Ynsect… quand les pépites industrielles françaises tombent dans le gouffre de Moore

Source: The Conversation – France (in French) – By Norchene Ben Dahmane Mouelhi, Marketing, ESCE International Business School

Pour Geoffrey Moore, le moment particulier du cycle d’une innovation qu’est le passage à ne pas sous-estimer des premiers utilisateurs enthousiastes à la majorité du marché constitue un gouffre à franchir nécessairement. Matthew Osborn/Unsplash, CC BY

Deux jeunes pousses phares de la « Start-up Nation » – hautement médiatisées – rencontrent d’importantes difficultés économiques et financières. À quel moment l’idée disruptive n’a-t-elle pas été à la hauteur de ses promesses ? Et qui est le coupable : le mur des réalités ou le fameux gouffre de Moore ?


Carmat et Ynsect ont incarné l’innovation française, avec une capacité à créer des technologies de rupture et à faire émerger des champions industriels dans des secteurs stratégiques. Cœurs artificiels pour l’un, protéines d’insectes pour l’autre : deux projets ambitieux, soutenus par des investisseurs, des pouvoirs publics et un discours très positif sur la réindustrialisation. Les deux entreprises se caractérisent par une offre disruptive. Toutefois, ces deux exemples montrent que ces atouts ne suffisent pas pour briller sur le long terme. Elles se sont heurtées à la dure réalité du marché et à la nécessité de produire à grande échelle et de ne pas se contenter d’avoir un bon prototype.

Carmat et Ynsect illustrent ainsi un paradoxe. En effet, même si elles sont considérées comme des symboles de la réussite industrielle française, sur lesquels les investisseurs avaient misé gros, elles se sont heurtées à des difficultés financières et opérationnelles.




À lire aussi :
Après la liquidation d’Ynsect, l’élevage d’insectes a-t-il un avenir en Europe ?


Paris ratés et naïveté collective

Ynsect a été placée en liquidation judiciaire le 2 décembre 2025. Quant à Carmat, l’entreprise traverse actuellement une situation financière critique depuis son redressement judiciaire, prononcé le 1er juillet 2025. Sauvée de justesse de la liquidation judiciaire en décembre 2025, elle a néanmoins dû procéder à 39 licenciements économiques (sur 127 salariés).

C’est la chute de deux promesses d’innovations de rupture. Ceci est la preuve qu’un produit innovant ne suffit pas pour réussir. Dans les médias, on parle d’échecs, de paris ratés, parfois de naïveté collective. Mais limiter ces trajectoires à de simples erreurs de gestion serait réducteur. Ces deux cas illustrent un phénomène bien connu dans le monde de l’innovation :le gouffre de Moore.

Un moment clé

Le concept est proposé au début des années 1990 par Geoffrey Moore. Il décrit un moment clé dans le cycle d’une innovation : qui est celui du passage des premiers utilisateurs enthousiastes (les novateurs et les premiers adoptants) à la majorité du marché. Entre les deux, il existe un abîme, un gouffre.

Les premiers adoptants ont un fort goût pour la découverte et ont généralement des ressources financières. Ils n’ont pas peur du risque et acceptent les imperfections tant qu’ils sont les premiers à tester des nouveautés.

Les attentes d’une clientèle plus vaste ne sont pas les mêmes. La majorité souhaite des produits fiables, accessibles, faciles à utiliser et à un prix raisonnable. Ainsi, parier sur l’avenir ne l’intéresse pas. Elle veut avant tout des preuves immédiates. Elle est prudente et n’adopte les innovations que si elles sont utiles au quotidien. Et c’est là que beaucoup de projets trébuchent.

Moins spectaculaire mais plus crucial

Convaincre des experts, des investisseurs ou des institutions est une chose. Convaincre un marché et les clients en est une autre. Et surtout, réussir un prototype ne signifie pas savoir produire à grande échelle ou communiquer avec le marché.

Franchir le gouffre suppose de maîtriser l’industrialisation, les coûts, la logistique, les usages réels, et le modèle économique d’une part ; et de l’autre, réussir sa stratégie marketing. C’est souvent moins spectaculaire que l’innovation elle-même, mais tout aussi crucial.

Par exemple, une recherche sur le rôle du positionnement et de la communication dans l’adoption de la fibre optique en France montre comment franchir le gouffre de Moore en adaptant son discours en fonction du cycle d’adoption.

Difficile production de masse

Carmat et Ynsect se caractérisaient par une offre innovante, audacieuse, et révolutionnaire. Carmat est une prouesse technologique. L’entreprise a réalisé l’exploit scientifique de concevoir un cœur artificiel. Mais face à des coûts élevés, des volumes faibles, des procédures longues, et un marché étroit, elle a rapidement fait face au défi de rendre viable son produit.

Ynsect, de son côté, portait une promesse forte qui était de proposer une alternative durable aux protéines animales traditionnelles. Des chercheuses en marketing se sont intéressées en 2019 à ce sujet et ont étudié « Les mécanismes cognitifs d’acceptation d’une innovation alimentaire de discontinuité : le cas des insectes en France ». Le projet Ynsect cochait toutes les cases du moment : écologie, souveraineté alimentaire, innovation. Les financements ont afflué avec 600 millions d’euros levés et les usines ont été lancées. Mais produire massivement, à un coût compétitif, tout en créant une vraie demande s’est révélé bien plus compliqué que prévu. Là encore, l’innovation était réelle mais le passage à l’échelle beaucoup moins évident.

Dans les deux cas, on observe le même schéma : une idée audacieuse, un soutien initial important, puis une confrontation brutale à la réalité du marché. Ce ne sont pas des accidents isolés. C’est un problème structurel avec des attentes du marché de masse différentes de celles des premiers soutiens. C’est précisément à ce moment que le gouffre de Moore se situe.

Un contexte français et européen peu favorable

Ce gouffre est d’autant plus difficile à franchir dans le contexte actuel, puisque la crise économique, les arbitrages budgétaires permanents et la dépendance aux subventions rendent les trajectoires industrielles fragiles. Effectivement, beaucoup de start-up « deep tech » vivent longtemps sous perfusion financière, sans atteindre rapidement l’autonomie.

Les Échos 2025.

À l’échelle européenne, le marché reste fragmenté, les normes sont multiples, si bien que la capacité d’attendre plusieurs années avant un retour sur investissement demeure rare. En outre, le contexte géopolitique tendu, la guerre en Ukraine, la concurrence industrielle avec les États-Unis et la Chine ainsi que les enjeux de souveraineté technologique mettent une pression supplémentaire sur des entreprises encore en phase de construction.

Ainsi, nous assistons à une contradiction frappante puisque l’on appelle à la réindustrialisation, on célèbre les innovations de rupture, mais on peine à accompagner le moment le plus critique : celui où il faut passer du laboratoire à l’usine, puis de l’usine au marché. Une question se pose alors : investit-on au bon moment ? Les start-up innovantes parviennent à lever des fonds pour développer un prototype et valider une technologie. Mais le rythme change souvent lorsque vient le moment d’industrialiser. Les montants deviennent plus élevés, les retours sur investissements plus incertains. À ce stade, les financements se raréfient et deviennent plus prudents. Or, c’est précisément ce moment qui conditionne le franchissement du fameux gouffre. Investir beaucoup au début ne suffit pas si l’effort ralentit au moment le plus stratégique.

Sortir du mythe de la disruption

Les cas Carmat et Ynsect invitent à revoir notre manière de penser l’innovation. Les sociétés valorisent beaucoup les idées « révolutionnaires », qui sont d’autant plus abordées par les médias, toujours à l’affût de nouveauté. Nous parlons de disruption, de technologies de rupture, de pépites mais nous sous-estimons souvent ce qui fait réellement le succès sur le long terme. Effectivement, la viabilité d’un produit repose sur un modèle économique robuste et sur la capacité à produire, à livrer et à convaincre les clients ordinaires. Le constat est que l’innovation ne suffit pas.

Si la France veut faire émerger de véritables champions industriels, elle devra regarder au-delà des prototypes et des levées de fonds. Le rôle du marketing est alors de soutenir l’industrialisation et le passage à l’échelle afin de favoriser l’adoption du produit par le marché.

En 2026, la société Carmat semble vouloir relancer sa production et reconquérir le marché. À elle désormais d’apprendre de ses erreurs pour tenter de surpasser le gouffre de Moore. Car le vrai défi n’est pas d’inventer mais de durer…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Carmat, Ynsect… quand les pépites industrielles françaises tombent dans le gouffre de Moore – https://theconversation.com/carmat-ynsect-quand-les-pepites-industrielles-francaises-tombent-dans-le-gouffre-de-moore-275757

Les caïds, ces managers toxiques promoteurs d’univers de travail pathogènes

Source: The Conversation – France in French (3) – By Michel Rocca, Professeur d’économie politique, Université Grenoble Alpes (UGA)

Selon une étude, 43 % des salariés constatent des faits toxiques, mais seuls 33 % les signalent. DanielMErnst/Shutterstock

Une crise au sein l’organisation peut offrir des conditions favorables à l’émergence d’un management toxique. Elle peut aller jusqu’à installer un « caïdat », ce système organisationnel où les règles de fonctionnement habituelles sont remplacées par des lois officieuses, décidées par un manager « caïd ». Comment se défaire de cet environnement pathogène ?


Malgré la médiatisation d’exemples de management toxique conduisant à un harcèlement avéré, comme chez Michelin, aucun recul sensible du phénomène n’est aujourd’hui constaté dans les organisations.

Selon « The worforce view in Europe » publiée en 2019, 23 % des personnes interrogées dans huit pays d’Europe, dont la France, son impactées par un management toxique. Un milieu de travail toxique augmente de 300 % le risque de dépression.

Pas toujours précisément défini, le management toxique englobe un vaste ensemble de pratiques managériales qui, par leur nature ou leur répétition, dégradent la santé psychologique des agents. En 2023, la Fédération des intervenants de risques psychosociaux (FIRPS) recense ainsi 250 enquêtes de harcèlement, soit une hausse de + 21 % en un an.

Nous avions commencé à identifier cette toxicité induite par certaines techniques de management dès 2005 lors d’une enquête menée dans deux grandes multinationales françaises, à la suite de vagues de burn out et de suicides. En 2009, un ouvrage consacré à la performance du travail nous amenait d’ailleurs à conclure que « des dispositifs managériaux structurés et d’envergure apparaissaient profondément pathogènes tant ils mettaient en échec les salariés ».

Loin de s’expliquer par le seul prisme de cadres aux profils psychologiques particuliers (narcissisme notamment), la dérive toxique du management ne s’expliquerait-elle pas davantage par l’existence d’univers de travail pathogènes, fruit vénéneux d’une « culture organisationnelle toxique » ?

La loi du « caïdat »

Promoteur en France de la psychopathologie du travail, le psychiatre Christophe Dejours avance dès 1985 une idée féconde au sujet de cette crise des organisations. Selon lui, au moment où le conflit surgit dans l’organisation, comme de fortes tensions interindividuelles, il est fréquent « qu’une seconde loi prenne le dessus sur la loi officielle ».

La loi officielle comprend les règles de fonctionnement reconnues qui régissent, d’une part, l’organisation du travail – la distribution des tâches, par exemple – et, d’autre part, son management – les méthodes de gestion des individus par les objectifs, par exemple. Officieuse mais effective, cette seconde loi est opportunément qualifiée par Christophe Dejours de « caïdat », en référence aux lois qui prévalent dans les prisons et dans toutes les microsociétés.




À lire aussi :
Comment faire fuir vos employés ? Petit guide (ironique) de gestion toxique de la performance


En pratique, le caïdat s’installe comme un nouveau système de règles appuyé sur une distribution du pouvoir spécifique pour faire vivre ce système dans le temps. Ce nouveau référentiel s’avère très favorable à l’expression de la toxicité du management… voire même porteur de cette toxicité. Selon Christophe Dejours :

« Ce système de légalité parallèle n’est jamais indemne de violence – la partialité, l’inégalité, l’arbitraire, sont objets de démonstrations répétées à tous les niveaux de la hiérarchie –, de sorte qu’il est impossible d’y échapper, quel que soit son statut. »

Avec moi ou contre moi

Un clivage entre les positions des acteurs s’institue assez mécaniquement dans ce système parallèle. Trois positions sont possibles :

  • Être « moteur ou soutien » dans l’exercice de cette violence – mouchard, membre du groupe de pression, relais dans un service, etc.

  • Être « bénéficiaires ou clients » de cette violence – bénéfices d’avantages portant sur la rémunération, la promotion, le choix des postes, etc.

  • Être « victimes » – brimades diverses portant sur les affectations de poste, sur les possibilités de mutation, sur les augmentations de salaire, sur les possibilités de développement professionnel, etc.

La conception même du management toxique est questionnée : s’agit-il seulement d’une mauvaise pratique de certains cadres qu’il faudrait repérer pour pouvoir la corriger ou s’en prémunir à l’avenir ? Pas seulement. Peut-on « se sortir » d’un management toxique, en adoptant des astuces en vue de « l’apprivoiser », comme le suggère le titre de l’ouvrage d’Adeline Perez Managers toxiques : mode d’emploi. Les clés pour les apprivoiser ? Pas vraiment.

Le « caïdat » ouvre une nouvelle perspective en pensant la toxicité du management comme une composante systémique du système organisationnel qui entre en crise forte. Au-delà des interactions individuelles, les deux premiers groupes instituent, profitent et relaient des logiques arbitraires, les membres du dernier groupe subissent cette loi qui peut les détruire ou les faire fuir.

Près de 51 % des signalements restés sans suite

Ce fonctionnement systémique du management toxique suppose, assez souvent, l’existence d’un clan formé autour d’un chef qu’est le « caïd », promoteur politique du système toxique.

Parfois étendu, ce clan est fait des « soutiens » et des « bénéficiares », véritables « clients », les gagnants du système. Tous travaillent logiquement à la perpétuation du système, quand bien même l’efficacité économique baisse, les départs se multiplient et les problèmes de santé s’aggravent chez les salariés. Le manager toxique sera assez naturellement « couvert » dans cet univers si un collaborateur proteste face à un système systématiquement violent et injuste.

Même quand des audits sont déployés face à des faits préoccupants, rien ne change vraiment, comme dans le cas de suspicion de management toxique au Service d’information du gouvernement en 2022. Dans ce service placé sous l’autorité du premier ministre, un audit est confié à un cabinet externe à la suite de faits graves de management toxique entraînant des atteintes à la santé. De l’avis général des salariés, cet audit s’avèrera « pipé » tant il limite par avance les sujets abordés et les possibilités pour les salariés de s’exprimer en sécurité. L’audit rendu, tout continuera comme avant.




À lire aussi :
Harcèlement moral institutionnel à France Télécom : quand la politique dysfonctionnelle de l’entreprise devient un délit pénal


L’enquête menée par l’éditeur de logiciel Capterra en 2022 montre l’ampleur des effets induits par une culture organisationnelle toxique : 43 % des salariés constatent des faits toxiques (à leur égard ou à l’encontre de quelqu’un d’autre) mais seuls 33 % les signalent. À la fin, 51 % des signalements de comportements professionnels toxiques restent sans suite : pas de prise en compte véritable des troubles psychiques ou pas de changements constatés quand le statu quo pathogène est instauré par la loi du « caïdat ».

L’infernale et l’hypocrite « surutilisation des règles »

Parce qu’il en a génétiquement besoin, le « caïdat » appelle les méthodes contemporaines du manager toxique et, en particulier, son habileté perverse dans l’usage des règles.

Comme rappelé très justement par le site Souffrance et Travail, le manageur toxique n’invente rien d’original. Il ne peut seulement procéder par violence pure mais par une surutilisation des règles propres aux différents registres habituels de l’action managériale. Un dévoiement, le plus souvent conscient, qui s’avère aussi terrible que destructeur.

Surutilisation du lien de subordination

Le manager toxique ira d’abord jusqu’à le transformer en un strict lien de pouvoir oppressant la personne : on cherche à lui montrer que l’on peut tout lui appliquer de manière discrétionnaire. Si la panoplie des actes concrets est très vaste, ils se complètent toujours dans une architecture originale pour isoler, stigmatiser, injurier, ignorer, humilier…

Surutilisation des règles disciplinaires

Parties intégrantes des prérogatives de l’employeur, ces règles « surutilisées » peuvent servir à persécuter par des contrôles, des surveillances ou des reportings incessants, à refuser de valider ou bloquer une promotion, une action ou encore à blâmer et soumettre les victimes à des procédures non fondées.

Surutilisation du pouvoir de direction

Il est ici possible de construire la perte du sens du travail, rendre « invisible » le salarié et l’épuiser. La fixation d’objectifs irréalistes ou la multiplication d’injonctions paradoxales constituent les manifestations les plus fréquentes de cet excès.

L’influence des traits psychologiques des manageurs toxiques

Il n’est pas possible de complètement nier l’influence de traits psychologiques particuliers qui, là encore, influenceraient le recours du cadre à un management toxique.

Même s’il convient de ne pas chercher des causalités trop strictes, « les individus ayant un besoin compulsif de dominer et de contrôler leur entourage sont plus susceptibles d’adopter des comportements harcelants, surtout sous forte pression. Ce besoin excessif de contrôle peut se traduire par du micromanagement et de la manipulation », rappelle Jean-Claude Delgènes, fondateur d’un cabinet spécialisé dans le dialogue social.

Alors, comment se défaire de cette alchimie où fusionnent dans un processus obscur et terrible les effets d’une crise de l’organisation, les traits psychologiques problématiques du cadre et parfois, aussi, son incompétence ? Cette question reste malheureusement aussi essentielle qu’insondable. Le salarié harcelé se la pose pourtant en boucle lorsqu’il pense au manageur toxique qui détruit méthodiquement sa vie.

The Conversation

Michel Rocca ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les caïds, ces managers toxiques promoteurs d’univers de travail pathogènes – https://theconversation.com/les-ca-ds-ces-managers-toxiques-promoteurs-dunivers-de-travail-pathogenes-274758

South Africa’s move to greener energy is creating new jobs, but benefits aren’t evenly spread

Source: The Conversation – Africa – By Jessika Bohlmann, Research Specialist, Faculty of Economic and Management Sciences, University of Pretoria

South Africa’s green transition is creating jobs. But not for everyone.

The country’s economy has historically been heavily reliant on coal. Around 70% of its energy is generated from coal. This makes it one of the world’s most carbon-intensive economies.

To reduce greenhouse gas emissions and modernise the energy system, the government is advancing a transition towards renewable energy, improved energy efficiency, and the development of low-carbon industries. This shift forms part of South Africa’s commitment to a just energy transition, supported by international partners through the Just Energy Transition Partnership.

The transition is unfolding in a context of persistently high unemployment. The official rate is 30%. Youth unemployment is particularly severe. In response, policymakers and international organisations have promoted green industrial development and investment in renewable energy as potential drivers of job creation and inclusive growth.

But the extent to which these opportunities will be equitably distributed remains an open question.

South Africa’s move towards a greener economy is often presented by policymakers, international development institutions and energy transition strategies as achieving two objectives: lower carbon emissions and more jobs.

But does the data support this claim?

We are economists working on labour markets, structural change and the just energy transition. In a recent research paper we set about answering the question. In the study we combined South Africa’s labour force survey data with occupational information that identifies environmentally related work activities – green occupations. This allowed us to track green employment trends over time and examine which sectors and workers benefit most from the transition.

Our research findings show that green employment is indeed growing. However, the benefits are uneven. Some sectors and groups of workers are gaining ground. Others risk being left behind.

South Africa’s commitment to a just energy transition implies that workers and communities affected by structural change should not bear disproportionate costs.

But justice is not only about protecting workers in declining sectors. It is also about ensuring that new opportunities are broadly accessible.

Where jobs are being created, and where they’re not

What counts as a “green job”?

One of the first challenges is defining what a green job is. According to the International Labour Organisation, green jobs are decent jobs that contribute to preserve or restore the environment. They can be in traditional sectors such as manufacturing and construction. Or they can be in new emerging green sectors such as renewable energy and energy efficiency.

In our research, we developed a method to classify green employment in South Africa. We combined South Africa’s occupational classification system, which groups jobs according to tasks and skills, with international data linking specific work activities to environmental sustainability.

These jobs include work directly connected to renewable energy, energy efficiency, environmental management, waste reduction and sustainable finance.

This approach allowed us to move beyond broad assumptions and measure where green employment is actually happening in the labour market.

Our findings showed that the share of green jobs has increased gradually over time from 12.4% in 2022 to 14.8% in 2024. That suggests the transition to a greener economy is underway. But it’s not happening evenly across the economy.

Green jobs are concentrated in a handful of sectors:

  • utilities, particularly electricity and water

  • mining, including environmental rehabilitation and renewable energy components

  • construction, especially green buildings and energy-efficient infrastructure

  • finance. Here jobs are being created through sustainability reporting and environmental, social and governance investment activities.

These patterns reflect where regulation, investment and policy signals have been strongest. Government-led initiatives act as major catalysts. Examples include:

  • renewable energy procurement

  • environmental compliance requirements – including stricter environmental governance – force firms to invest in greener technologies and compliance measures. This creates a direct demand for environmental, technical, and engineering roles.

  • sustainable finance initiatives. These are shaping labour demand.

Other sectors show far less green penetration.

The demographic profile of green employment also reveals important patterns.
Green jobs are more likely to be:

  • held by younger workers

  • located in the formal sector; informal workers are underrepresented

  • associated with moderate levels of education (including post-secondary or technical qualifications rather than highly specialised professional degrees)

  • dominated by men. Gender disparities are noticeable.

This suggests that green growth does not automatically translate into inclusive growth.

Without deliberate policy intervention, existing inequalities may simply be reproduced within new sectors.

What needs to be done

Our findings highlight four policy implications.

Firstly, skills policy is central.

Many green jobs require specific technical or regulatory competencies. These range from renewable energy engineering and environmental auditing to sustainable finance and compliance expertise.

If the education and training system does not respond quickly enough, skill shortages could limit job creation. At the same time, workers without access to training may be excluded.

Active labour market policies, vocational training reforms and targeted upskilling programmes are therefore critical.

Secondly, the transition needs sectoral depth.

Green employment is concentrated in a few industries. Expanding the transition into manufacturing, services and small-scale enterprises could broaden employment effects.

This requires coordinated industrial, energy and trade policy. Localisation strategies in renewable energy value chains, for example, could deepen job creation beyond installation and maintenance.

Thirdly, informal workers must not be ignored. South Africa’s informal economy employs millions of people. Yet green employment, as currently structured, is largely formal.

Waste pickers, small-scale recyclers and informal repair services already contribute to environmental sustainability. Integrating and supporting these workers through policy and municipal systems could strengthen both environmental and social outcomes.

Fourthly, measurement matters.

Green transitions are often discussed in aspirational terms. But policy making requires evidence.

Developing robust methods to identify and track green employment allows government and stakeholders to monitor progress, assess distributional impacts and adjust policy accordingly. Without data, the idea of a just transition remains rhetorical.

A green economy can support employment – with the right choices.

South Africa’s statistical system could also improve measurement of green employment. Statistics South Africa could incorporate questions in the labour force survey that capture environmentally related work tasks, skills and training. It could also develop a national classification of green occupations and industries aligned with international standards. Better data would allow policymakers to monitor the employment effects of the transition more accurately.

Our findings do not undermine the case for green growth. On the contrary, they show that the transition is already reshaping South Africa’s labour market.
But the process is uneven and path-dependent. It reflects where incentives exist, where investment flows and where regulatory frameworks create demand.

If policymakers want the green transition to reduce unemployment and inequality, design matters. A greener economy will not automatically be a fairer one. Ensuring that it is requires deliberate, coordinated action.

Darlington Mushongera, manager for research and development at the South African Qualifications Authority, contributed to this article.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. South Africa’s move to greener energy is creating new jobs, but benefits aren’t evenly spread – https://theconversation.com/south-africas-move-to-greener-energy-is-creating-new-jobs-but-benefits-arent-evenly-spread-276495

Les finances publiques en Afrique en crise : un nouvel ouvrage explique pourquoi

Source: The Conversation – in French – By Lyla Latif, Co-Founder & Research Lead, Committee on Fiscal Studies, University of Nairobi

_Les finances publiques, c’est-à-dire la manière dont les gouvernements collectent et allouent l’argent public, sont visibles partout autour de nous. Ce nid-de-poule qui abîme votre voiture, une clinique sans médicament, une école délabrée. L’argent public n’est pas l’argent du gouvernement. C’est le vôtre, écrit la spécialiste kenyane des finances Lyla Latif dans son nouveau livre Governing Public Money. S’appuyant sur une décennie d’expérience dans 32 pays, l’auteure expose les maux dont souffrent les finances publiques africaines et les pistes en faveur du changement. The Conversation Africa l’a interrogée sur les grands thèmes de son livre.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ce livre ?

La plupart des ouvrages sur les finances publiques sont écrits par des hommes, issus d’institutions du Nord, et traitent de systèmes conçus dans le Nord. Il n’existe pas un seul ouvrage complet sur les lois de finances consacré au Kenya ou, d’ailleurs, à un quelconque pays africain. Je voulais changer cela.

Mais ma motivation profonde était une question qui m’habitait depuis plus de dix ans de travail au sein des systèmes fiscaux. En tant qu’experte et universitaire en fiscalité internationale, j’ai passé des années à observer comment l’argent public circule réellement : à travers les administrations fiscales et les ministères des Finances, à travers les unions douanières régionales et les négociations de traités internationaux, les gouvernements locaux et les marchés de la dette souveraine.

Ce qui m’a frappé, c’est que tout le monde croit savoir ce que sont les finances publiques. Peu de gens comprennent comment elles sont gérées, et encore moins apprécient à quel point leurs différents éléments sont profondément interconnectés. C’est cette interconnexion que les 11 chapitres du livre tentent de saisir. La politique fiscale détermine la viabilité de la dette. La viabilité de la dette impose des limites à la programmation budgétaire. Celle-ci détermine à son tour ce que la décentralisation peut apporter. L’intégration régionale redessine les choix fiscaux. Les régimes des traités internationaux limitent la marge de manœuvre politique nationale. La technologie transforme l’administration. La corruption ronge tout.

Aucun chapitre ne peut être compris isolément, tout comme aucun défi budgétaire ne peut être résolu isolément.

Le dernier chapitre examine les finances publiques islamiques. J’y aborde les thèmes suivants :

  • la zakat, une contribution obligatoire basée sur la richesse et utilisée pour soutenir la protection sociale

  • le waqf, une dotation dédiée à des causes d’intérêt public telles que l’éducation ou la santé

  • le sukuk, des certificats financiers islamiques adossés à des actifs, souvent comparés à des obligations, mais structurés sans intérêt.

Je soutiens que ces institutions fiscales s’inscrivent dans une tradition juridique que l’administration coloniale a réprimée, mais jamais remplacée. Écrire ce chapitre m’a donné l’impression d’accomplir un acte de justice intellectuelle.

Quels sont les messages clés sur les finances publiques ?

Le livre s’ouvre sur un souvenir. Pendant les fréquentes coupures d’électricité de mon enfance à Nairobi, mon père nous rassemblait autour de bougies et dessinait. Un soir, il a esquissé une femme portant de l’eau sur la tête et un enfant sur le dos, marchant vers un horizon lointain.

Je ne comprenais pas alors que l’obscurité elle-même était liée au budget : la conséquence d’un sous-investissement, d’un entretien différé et de choix politiques qui ont privé des communautés entières d’électricité fiable.

Cette image résume l’argument central du livre. Les finances publiques ne sont pas un sujet technique réservé aux fonctionnaires du Trésor et aux économistes. Elles sont le moyen par lequel les sociétés améliorent le niveau de vie ou entretiennent la dépendance.

Chaque école non construite, chaque clinique sous-financée, chaque route effondrée est avant tout un échec budgétaire. Et chaque acte de gouvernance, de la défense des frontières d’une nation à l’approvisionnement en eau potable, se ramène au fond à une question budgétaire.

Le livre soutient que le droit ne se contente pas de réglementer les finances publiques. Il en est le fondement. Le pouvoir de taxer, d’emprunter, de dépenser et de demander des comptes aux fonctionnaires découle d’instruments juridiques. La Constitution kenyane de 2010 consacre un chapitre entier aux finances publiques, établissant les principes d’équité, de transparence et de participation publique. Il ne s’agit pas de dispositions symboliques. Elles constituent l’architecture à travers laquelle le pouvoir fiscal est autorisé, encadré et contesté.

Pourtant, le livre insiste également sur le fait que les cadres juridiques ne déterminent pas les résultats. L’écart entre ce que promettent les constitutions et ce que vivent les citoyens est façonné par l’économie politique : par ceux qui détiennent le pouvoir, par les intérêts qui prévalent et par les forces internationales qui limitent les choix nationaux.

En quoi l’Afrique est-elle désavantagée par la fiscalité internationale ?

Le désavantage de l’Afrique n’est ni accidentel ni temporaire. Il est le reflet d’une structure ancienne, forgée par l’histoire et perpétuée par les règles internationales modernes. Les systèmes fiscaux coloniaux ont été conçus pour l’exploitation, et non pour le développement.

Au Kenya, la Native Hut and Poll Tax Ordinance (ordonnance sur les huttes indigènes et l’impôt par tête) de 1910 a contraint les populations africaines à travailler comme salariés pour payer des impôts en monnaie coloniale. Ces impôts ont permis de financer les chemins de fer vers l’Ouganda et les corridors d’exportation vers Londres au détriment de l’éducation et de la santé en Afrique.

Comme l’ont documenté les chercheurs kenyans George Ndege, Ahmed Mohiddin et I, les administrations coloniales s’appuyaient sur des impôts indirects qui pesaient le plus lourdement sur les populations africaines. Elles consacraient les dépenses aux infrastructures d’exportation desservant les marchés métropolitains et concentraient le pouvoir entre les mains de l’exécutif, avec un minimum de responsabilité.

L’indépendance a apporté une souveraineté formelle, mais n’a pas démantelé l’architecture internationale dans laquelle s’inscrit la gouvernance fiscale africaine. Les conventions fiscales, négociées principalement entre pays développés, répartissent les droits d’imposition de manière à favoriser systématiquement les exportateurs de capitaux. Le maintien du statu quo permet aux entreprises multinationales de tirer des revenus substantiels des marchés africains sans être être imposées dans le pays d’origine.

Les traités d’investissement exposent les États africains à des procédures d’arbitrage pouvant se chiffrer à des milliards de dollars lorsqu’ils modifient leur politique fiscale. Les accords commerciaux limitent les choix tarifaires susceptibles de soutenir le développement industriel. Les pays africains ont été positionnés comme des destinataires passifs des règles plutôt que comme leurs auteurs. Les cadres qui régissent la fiscalité transfrontalière, la restructuration de la dette souveraine et la protection des investissements ont été conçus dans des forums où les États africains n’avaient que peu ou pas voix au chapitre.

Depuis plus de 60 ans, les règles régissant la fiscalité transfrontalière ont été rédigées principalement au sein de l’OCDE, un organisme regroupant des États riches exportateurs de capitaux où les pays africains n’avaient pas leur place.

Grâce au plaidoyer africain, une nouvelle Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale adoptée en 2023 est en train de changer la donne. La convention ouvre la voie à des obligations contraignantes en matière de services transfrontaliers, de fiscalité de l’économie numérique et de flux financiers illicites. Ce sont là des domaines dans lesquels les cadres juridiques volontaristes ont toujours échoué sur le continent.

Il s’agit du changement le plus important dans la gouvernance fiscale internationale depuis des décennies.

Les États africains commencent à rédiger des règles plutôt que de se contenter de les subir.

Que pourraient changer les pays et les citoyens ?

Le changement le plus important serait que les pays africains se tournent vers l’intérieur. Ce qui implique qu’ils doivent s’attaquer au déficit budgétaire chronique qui gangrène la gouvernance budgétaire africaine. Le ratio moyen des recettes fiscales par rapport au PIB du continent reste inférieur à 16 %, bien en deçà de ce qui est nécessaire pour financer les services publics de base sans dépendre de manière chronique des financements extérieurs.

Cela nécessite la mise en place d’administrations fiscales indépendantes et professionnelles. Il faut aussi une gestion transparente des finances publiques et la volonté politique de taxer la richesse et les rentes longtemps protégées par les élites. Autrement dit, il faut développer une expertise fiscale locale plutôt que d’importer des politiques publiques conçues à Washington, Paris et Genève.

Se tourner vers l’intérieur n’est pas synonyme d’autarcie, c’est-à-dire se suffire à sa propre activité économique et se désengager des échanges internationaux. Il s’agit plutôt de consolider les choix économiques clairs et les capacités internes afin que l’engagement vers l’extérieur se fasse selon les conditions fixées par l’Afrique. Mon collègue Daniel Nuer, haut fonctionnaire à l’administration fiscale ghanéenne, m’a dit un jour :

Si l’Afrique commence à se tourner vers l’intérieur, tous les États non africains seront contraints de se conformer aux approches africaines.

Cette observation repose sur une logique discrète mais puissante. Lorsque les pays africains renforcent la mobilisation des recettes nationales, ils réduisent leur dépendance à l’égard de l’aide et des emprunts sur les marchés internationaux aux conditions fixées par les créanciers. Lorsqu’ils mettent en place des administrations fiscales efficaces, ils forgent la capacité institutionnelle qui sous-tend la légitimité de l’État.

Lorsqu’ils coordonnent leurs efforts au niveau régional, par exemple dans le cadre de la Communauté de l’Afrique de l’Est ou de la Zone de libre-échange continentale africaine, ils créent des économies d’échelle qu’aucun pays seul ne peut atteindre. À mesure que les systèmes fiscaux africains gagnent en efficacité, l’architecture internationale actuelle, fondée sur l’hypothèse que les pays en développement resteront des preneurs de règles, devient insoutenable.

Un continent qui mobilise ses propres ressources, gère sa propre dette et taxe sa propre économie numérique n’a pas besoin d’accepter des cadres conçus ailleurs au profit d’autres pays. Ce n’est pas seulement un espoir. En 2024, les États africains ont voté en faveur d’une convention fiscale multilatérale malgré l’opposition des pays les plus riches du monde. La Zone de libre-échange continentale africaine est en train de mettre en place un marché coordonné qu’aucune économie africaine ne peut soutenir à elle seule.

Mais la souveraineté fiscale ne se développe pas dans des conditions idéales. Elle doit faire face à des pressions structurelles qui continuent de réduire la marge de manœuvre politique. Le remboursement de la dette souveraine absorbe des ressources qui devraient financer le développement, tandis que les flux financiers illicites privent chaque année le continent plus que ce qu’il reçoit en aide.

Ce qui détermine l’avenir budgétaire de l’Afrique n’est donc pas la logique abstraite du marché souvent associée à Adam Smith, mais des choix politiques assumés sur la manière dont les fonds publics sont gérés et dont le pouvoir sur ceux-ci est exercé.

Par conséquent, le rôle des citoyens va au-delà du simple respect des règles. Le contrat budgétaire entre l’État et les citoyens dépend des deux parties. Les gouvernements doivent mobiliser les ressources de manière équitable et les déployer de manière transparente. Les citoyens doivent exiger la reddition de comptes et participer aux processus budgétaires que les constitutions, comme celle du Kenya, exigent désormais.

Les organisations de la société civile et les journalistes d’investigation se sont révélés essentiels en révélant les défaillances budgétaires que les institutions officielles n’avaient pas détectées. La tâche qui nous attend n’est ni simple ni rapide. Mais la direction à suivre est claire. La gouvernance budgétaire africaine doit être construite à partir de fondations africaines, éclairée par les besoins africains et responsable devant les citoyens africains. Voilà ce que signifie véritablement la gestion des deniers publics.

The Conversation

Lyla Latif does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les finances publiques en Afrique en crise : un nouvel ouvrage explique pourquoi – https://theconversation.com/les-finances-publiques-en-afrique-en-crise-un-nouvel-ouvrage-explique-pourquoi-276908

Estudiantes ‘autónomos’: una meta que ha de construirse por etapas y con acompañamiento

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Díez Ruiz, Associate professor, Universidad de Deusto

AnnaStills/Shutterstock

La autonomía del alumnado se ha convertido en una de las grandes promesas del sistema educativo contemporáneo. Metodologías activas, aprendizaje basado en proyectos, evaluación formativa o trabajo cooperativo comparten un mismo trasfondo: formar estudiantes capaces de gestionar su propio aprendizaje.

Sin embargo, en las aulas aparece con frecuencia una paradoja incómoda. Pedimos autonomía a estudiantes que, en realidad, aún no han tenido la oportunidad de aprender a ser autónomos. Y esa contradicción tiene consecuencias educativas, emocionales y organizativas.

¿Qué es la autonomía?

La autonomía es la capacidad del alumnado para actuar de manera autodeterminada: fijarse metas, tomar decisiones sobre las tareas, supervisar y evaluar su aprendizaje. En primaria y secundaria, esto abarca desde trabajar de forma independiente en tareas establecidas por el profesorado hasta participar activamente en la definición de objetivos, contenidos o ritmos.

En muchos centros educativos, docentes de secundaria expresan una sensación recurrente: el alumnado “no se organiza”, “no planifica”, “no es responsable”. Al mismo tiempo, desde etapas anteriores se ha asumido que fomentar la autonomía significa, en gran medida, “dejar hacer”. El resultado es un desfase entre lo que esperamos del alumnado y las herramientas reales que le hemos proporcionado para llegar hasta ahí.




Leer más:
Cómo dar más autonomía a los alumnos en clase de Educación Física


Autonomía no es dejar solo

Conviene aclararlo desde el principio: autonomía no equivale a ausencia de acompañamiento. Ser autónomo no es aprender en solitario, sino desarrollar progresivamente la capacidad de tomar decisiones ajustadas sobre el propio aprendizaje: qué hacer, cómo hacerlo, cuándo pedir ayuda y cómo evaluar el propio progreso.

Desde la psicología educativa, la autonomía del alumnado se ha conceptualizado clásicamente como aprendizaje autorregulado. En el enfoque sociocognitivo del experto estadounidense Barry J. Zimmerman, la autorregulación no es una competencia innata que el alumnado posea o no: se aprende mediante instrucción, práctica guiada y retroalimentación progresiva.

Evitar la retirada prematura de la ayuda

Esta confusión entre autonomía y trabajo independiente conduce a una exigencia prematura que penaliza especialmente a quienes no han aprendido aún a planificar, supervisar y evaluar su propio aprendizaje.

Estos alumnos encuentran dificultades con las metodologías activas no porque no quieran aprender, sino por una retirada prematura del apoyo adulto. Cuando el andamiaje desaparece antes de tiempo, la autonomía no emerge; lo que aparece es desorientación.

Construir la autonomía por etapas

En la educación primaria, la autonomía es necesariamente guiada. El alumnado aprende a través de rutinas estables, modelos claros y decisiones pequeñas pero significativas: elegir el orden de una tarea, responsabilizarse de un material o revisar el propio trabajo con ayuda del docente.

El primer ciclo de educación secundaria es, probablemente, el tramo más delicado. Aquí se espera un salto cualitativo en la capacidad de autorregulación, pero no siempre se acompaña del apoyo necesario. Se amplían las tareas, se diversifican los profesores y se incrementa la exigencia, mientras que el acompañamiento se reduce de forma brusca. En muchos casos, el mensaje implícito es claro: “ya deberías saber hacerlo”. No todos pueden.




Leer más:
Transiciones educativas: ¿es posible evitar la ansiedad de los cambios de etapa?


Modular el apoyo

¿Qué hacer entonces con los que no pueden? La respuesta no pasa por reducir la exigencia, sino por modular el apoyo. Algunos estudiantes necesitan que se haga explícito lo que otros han aprendido de manera implícita: cómo planificar una tarea larga, cómo dividir un proyecto en pasos manejables, cómo anticipar dificultades o cómo revisar el propio trabajo antes de entregarlo. La autonomía no se impone: se entrena. Y ese entrenamiento requiere instrucciones claras desde el principio, práctica acompañada después y retirada progresiva del apoyo cuando las estrategias ya están consolidadas.

En los últimos cursos de secundaria, la autonomía debería consolidarse en forma de responsabilidad: planificación del tiempo, gestión emocional ante la evaluación, toma de decisiones académicas. Pero esta fase solo funciona cuando las anteriores han sido cuidadosamente construidas. Sin cimientos, la autonomía se convierte en una expectativa irreal.

Cuánta autonomía y para quién

Uno de los mayores retos para el profesorado es determinar cuánta autonomía dar y a quién. No todo el alumnado necesita el mismo nivel de apoyo, ni al mismo tiempo. Tratar la autonomía como un requisito uniforme puede generar desigualdades silenciosas.

Un mismo proyecto puede requerir distintos grados de estructura: más pautas para unos estudiantes, más libertad para otros. La autonomía eficaz es diferenciada, no homogénea. Ajustarla exige observación, criterio pedagógico y, sobre todo, tiempo para conocer al alumnado.

Cuando este ajuste no se produce, las consecuencias son claras: ansiedad, bloqueo, sensación de incompetencia e incluso abandono. La autonomía mal calibrada no empodera; desgasta.

Lo que necesitan los docentes

Paradójicamente, gran parte del debate sobre autonomía se ha centrado en el alumnado, cuando quizá deberíamos mirar antes al profesorado. Construir autonomía no es intuitivo: requiere formación específica, espacios de coordinación y una cultura compartida en los centros.

Un estudio realizado en Países Bajos mostró que incluso entre el profesorado no existe una definición compartida de lo que significa fomentar la autonomía del alumnado. Los varían desde instrucciones muy estructuradas hasta proyectos diseñados por los propios estudiantes.

Los docentes necesitan criterios claros sobre qué significa ser autónomo en cada etapa, cómo acompañar sin sobreproteger y cómo retirar la ayuda sin abandonar. Especialmente importante es la coordinación entre primaria y secundaria, para evitar rupturas bruscas que penalizan al alumnado.

Autonomía como resultado, no como punto de partida

Fomentar la autonomía del alumnado sigue siendo un objetivo irrenunciable. Pero conviene recordar algo esencial: la autonomía no es el punto de partida del aprendizaje, sino uno de sus mejores resultados.

Pedir autonomía sin haberla enseñado no es exigir más; es exigir antes de tiempo. Si queremos estudiantes capaces de aprender por sí mismos, primero debemos acompañarlos en el proceso de llegar a serlo.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Estudiantes ‘autónomos’: una meta que ha de construirse por etapas y con acompañamiento – https://theconversation.com/estudiantes-autonomos-una-meta-que-ha-de-construirse-por-etapas-y-con-acompanamiento-274770

U.S.-Israeli strikes against Iran may succeed on a military basis, but at what cost?

Source: The Conversation – Canada – By James Horncastle, Assistant Professor and Edward and Emily McWhinney Professor in International Relations, Simon Fraser University

Israel and the United States have launched combat operations against Iran via Operation Epic Fury. The air campaign appears aimed at three targets: Iran’s military bases and command structure, its air defences and strategic missile sites and its leadership.

Early strikes were successful in killing Iran’s Supreme Leader Ali Khamanei and several key members of the leadership.




Read more:
Ayatollah Ali Khamenei ruled Iran with defiance and brutality for 36 years. For many Iranians, he will not be revered


The strikes themselves are likely to be successful from a strictly military standpoint. Israeli and American forces are quickly establishing air superiority over Iran and disabling Iran’s anti-air capabilities.

These attacks occur at a moment when Iran is weakened both domestically and internationally.

The Iranian regime is still recovering from the December and January protests that were the greatest challenge to the Iranian government since the 1979 Iranian Revolution.

Internationally, key members of Iran’s “ring of fire,” like the Houthis in Yemen and Hezbollah in Lebanon, are in a vulnerable position. Furthermore, the domestic unrest have emboldened people around the world to challenge the Iranian regime’s legitimacy.

Nevertheless, the U.S. and Israel are unlikely to be successful in their stated goal of regime change. Historically, air power alone is insufficient. Furthermore, even if they succeed in regime change, they may create an even more volatile geopolitical situation.

Escalating tensions

The tensions between the U.S.-Israel and Iran are nothing new. Their foundations go back to the birth of the Islamic Republic.

There’s been a significant escalation of tensions, however, over the past few years. The Oct. 7, 2023, Hamas attack against Israeli citizens and Iran’s role in supporting Hamas and other paramilitary groups opposed to the Israeli state resulted in Israel launching extensive strikes against Iranian assets in the region.

These strikes culminated in last year’s Twelve Day War between Israel and Iran, with the U.S. playing an auxilliary role. American and Israeli strikes inflicted significant damage on Iranian infrastructure. But they didn’t achieve the American goal of eliminating Iran’s nuclear program, despite President Donald Trump’s claims to the contrary.

Iranian protests

Against this backdrop of rising tensions between Israel/the United States and Iran, the economic situation in Iran deteriorated, resulting in shopkeepers and merchants in Tehran going on strike. These protests served as a spark for what became the largest public demonstrations against the Iranian regime that it had encountered since the birth of the Islamic Republic.

This latest uprising by the Iranian people presented an opportunity for the U.S. and Israel. Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu has never backed down from his goal of regime change in Iran. Trump actively encouraged the protesters to fight for regime change.

The protesters, however, needed material support that only the U.S. could provide. But with American military assets in the Caribbean challenging Venezuela, there were insufficient forces available.




Read more:
‘Woman, Life, Freedom’ hasn’t faded in Iran — it’s being actively eliminated


The result was that the U.S. was not able to intervene, and the Iranian regime succeeded in quashing the protests. Total deaths from the government’s crackdown are estimated to be in the thousands.

The U.S., having missed its ideal opportunity for regime change due to its fixation on Venezuela earlier in the year, nevertheless went through with pursuing its goal on Feb. 28.

An uncertain end

The problem now faced by Israel and the U.S. s the stated goal of regime change and the long-term stability of Iran. Not only is regime change uncertain due to the limitations of a strictly air campaign, but it could also create a scenario where more radicalized forces come to power.

This comes from the fact that, while the Iranian regime is often equated with prominent figures like the Ayatollah, it operates as more than a system centred on a single individual.

Unlike other authoritarian countries where key individuals or families have power, Iran is a complex state with a complex governance structure. At its heart is the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC). Far from merely a military unit or secret police, the IRGC is a vast institution integrated within the security, economy and governance of Iran.

This is where the difference between “regime change” and “regime building” comes to light. Removing key leaders may destabilize Iran and change who wields power, but that usually means power is then consolidated by people already in place. That’s not the citizens Iran, who Trump urged to rise up, but the vast infrastructure of the IRGC.




Read more:
Trump and Netanyahu want regime change, but Iran’s regime was built for survival. A long war is now likely


Conflict could spread

This outcome is more likely given the instability of Iran over the past few weeks. If the regime were stable, Iranian political and military leaders wouldn’t view the current attacks as posing a threat to their control. But under the current volatile domestic circumstances, these leaders are likely to respond more forcefully and broadly because they believe their own future — and lives — are at stake.

The IRGC isn’t likely to be a more conciliatory or ideologically permissive interlocutor. In fact, the opposite is probably true.

Faced with the threat of further American and Israeli attacks and nascent discontent at home, the IRGC may move quickly to further lock down its own power and respond aggressively. This power struggle could not only result in significant Iranian deaths, but cause the war to spread throughout Middle East.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. U.S.-Israeli strikes against Iran may succeed on a military basis, but at what cost? – https://theconversation.com/u-s-israeli-strikes-against-iran-may-succeed-on-a-military-basis-but-at-what-cost-277182